Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Jeu 22 Aoû 2019 - 18:35

46 résultats trouvés pour communautejuive

Daniel Mendelsohn

Les Disparus

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Les-di10

Très tôt dans l’ouvrage, les commentaires du commencement de la Torah, l’origine du monde et le début de l’histoire de l’humanité, le présentent comme une sorte de travelling du général au particulier, procédé choisi par souci de raconter une histoire particulière pour représenter l’universelle. Une intéressante glose de la Bible se déroule en parallèle de l’enquête de l’auteur, insérée en italiques comme tout ce qui est externe à son cours, et concernant notamment les annihilations divines (le déluge, Sodome et Gomorrhe) ; on apprend aussi qu’Abraham, le premier Juif, s’est enrichi comme proxénète de sa propre femme auprès de Pharaon (IV, 1)…
Daniel Mendelsohn revient sur les mêmes points, répète les mêmes choses, cite plusieurs fois le même document ou le même extrait dans une sorte de délayage qui ne m’a pas toujours paru approprié ou plaisamment effectué ; de plus, l’ouvrage fait 750 pages, et c’est long. Peut-être est-ce calqué sur la forme litanique de lamentations du type kaddish, comme le livre éponyme d’Imre Kertész ; il est vrai que par contraste les témoignages précis (et horribles) marquent d’autant plus. En tout cas, on peut s’attendre à des moments d’ennui ou d’agacement avec d’être totalement pris par les attachantes personnes rencontrées dans cette quête étendue dans le temps et l’espace.
Les Disparus, c’est ceux (personnes et culture) dont il ne reste apparemment rien et dont Mendelsohn tente de retrouver trace, mais c’est aussi beaucoup l’histoire de sa parentèle ; le goût prononcé pour la famille et la généalogie, un peu désuet voire étonnant pour certains.
Ce livre, c’est encore comment conter, le compte-rendu de l’élaboration de sa narration, la transmission des faits de la Shoah par les petits-enfants des témoins ; focus et importance des détails.
« Un grand nombre de ces fêtes [juives], je m'en étais alors rendu compte, étaient des commémorations du fait d'avoir, chaque fois, échappé de justesse aux oppressions de différents peuples païens, des peuples que je trouvais, même à ce moment-là, plus intéressants, plus engageants et plus forts, et plus sexy, je suppose, que mes antiques ancêtres hébreux. Quand j'étais enfant, à l'école du dimanche, j'étais secrètement déçu et vaguement gêné par le fait que les Juifs de l'Antiquité étaient toujours opprimés, perdaient toujours les batailles contre les autres nations, plus puissantes et plus grandes ; et lorsque la situation internationale était relativement ordinaire, ils étaient transformés en victimes et châtiés par leur dieu sombre et impossible à apaiser. » I, 2

« …] écrire ‒ imposer un ordre au chaos des faits en les assemblant dans une histoire qui a un commencement, un milieu et une fin. » I, 2

« Nous ne voyons, au bout du compte, que ce que nous voulons voir, et le reste s'efface. » I, 2

« Mais, en même temps, qui ne trouve pas les moyens de faire dire aux textes que nous lisons ce que nous voulons qu’ils disent ? » II, 1

« La première Aktion allemande, a commencé Bob, qui voulait que je comprenne la différence entre les tueries organisées des nazis et les vendettas privées de certains Ukrainiens, ceux qui avaient vécu avec leurs voisins juifs comme dans une grande famille, comme m'avait dit la gentille vieille Ukrainienne à Bolechow, a eu lieu le 28 octobre 1941. » III, 2

Curieuse reconnaissance de la judéité chez quelqu’un, ici par un autre juif :
« Quelqu'un en uniforme français, et je me suis approché de lui, et il avait l'air d'être juif. » III, 2

Francophobie, ou french bashing ?
« (Le rabbin Friedman, au contraire, ne peut se résoudre à envisager seulement ce que les gens de Sodome ont l'intention de faire aux deux anges mâles, lorsqu’ils se rassemblent devant la maison de Lot au début du récit, à savoir les violer, interprétation que Rachi accepte placidement en soulignant assez allègrement que si les Sodomites n'avaient pas eu l'intention d'obtenir un plaisir sexuel des anges, Lot n'aurait pas suggéré, comme il le fait de manière sidérante, aux Sodomites de prendre ses deux filles à titre de substitution. Mais, bon, Rachi était français.) » V

« Parfois, les histoires que nous racontons sont les récits de ce qui s'est passé ; parfois, elles sont l'image de ce que nous aurions souhaité voir se passer, les justifications inconscientes des vies que nous avons fini par vivre. » IV, 1

« …] plus nous vieillissions et nous éloignions du passé, plus ce passé, paradoxalement, devenait important. » IV, 2

« …] les petites choses, les détails minuscules qui, me disais-je, pouvaient ramener les morts à la vie. » IV, 2

« Les gens pensent qu'il n'est pas important de savoir si un homme était heureux ou s'il était malheureux. Mais c'est très important. Parce que, après l'Holocauste, ces choses ont disparu. » IV, 2

« …] la véritable tragédie n'est jamais une confrontation directe entre le Bien et le Mal, mais plutôt, de façon plus exquise et plus douloureuse à la fois, un conflit entre deux conceptions du monde irréconciliables. » V

« Il n'y a pas de miracles, il n'y a pas de coïncidences magiques. Il n'y a que la recherche et, finalement, la découverte de ce qui a toujours été là. » V



Mots-clés : #antisémitisme #campsconcentration #communautejuive #devoirdememoire #entretiens #famille #genocide #historique
par Tristram
le Sam 23 Mar 2019 - 16:29
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Daniel Mendelsohn
Réponses: 38
Vues: 1061

Olga Tokarczuk

Les livres de Jakob  

Tag communautejuive sur Des Choses à lire 51t02m10
sur la couverture duquel on peut lire:
Les livres de Jakob ou Le grand voyage à travers sept frontières, cinq langues, trois grandes religions et d'autres moindres : rapporté par les défunts, leur récit se voit complété par l'auteure selon la méthode des conjectures, puisées en divers livres, mais aussi secourues par l'imagination qui est le plus grand don naturel reçu par l'homme. Mémorial pour les Sages, Réflexion pour mes Compatriotes, Instruction pour les Laïcs, Distraction pour les Mélancoliques


Nous sommes à la fin du XVIIIème siècle, période où les esprits recherchent à chambouler des conceptions du monde prétendument acquise. Chez les juifs polonais, c’est la saturation face a la misère, aux pogroms, à l’exclusion et, si des messies s’autoproclament à tous les coins de rue, Jakob Frank va déclencher un mouvement hérétique qui mènera des dizaines de milliers de Juifs à la conversion au catholicisme. Mais quel est donc cet homme si peu ordinaire, si charismatique, mais aussi pervers, jouisseur, tyran à l’ego démesuré, jusqu’à en être malsain, dont la secte est un grand bordel, au sens propre du terme. Les catholiques initialement réjouis de voir toutes ces brebis égarées rejoindre le droit Chemin, démantèlent peu à peu la supercherie, et les revoilà repartis pour  l’exclusion et la persécution.


C’est l’occasion pour Olga Tokarscuz non seulement de raconter par le détail les jours heureux et malheureux de cette secte si particulière, mais aussi de dresser un portrait d’une société polonaise multiple et  multiculturelle. Dans un récit d’une puissance à la hauteur de la tâche assignée, cela  foisonne, cela fourmille, les gens comme les idées voyagent, les odeurs palpitent, les climats marquent les faits de leur empreinte, les marchés grouillent, les commerces fructifient ou s’étiolent, les salles d’études regorgent de livres…Olga Tokarscuz multiplie les descriptions, les personnages d’horizons divers, humbles et puissants,  donne aussi  la parole aux uns ou aux autres via des écrits divers, journaux, lettres, publications diverses.

En grande conteuse, elle n’oublie pas de lier tout cela avec une pointe de fantastique,  grâce au regard omniscient d’une  vieille femme qui séjourne entre les vivants et les morts pour l’éternité, qui voit tout, connaît chacun.

Mais ce côté conteur n’oublie pas de  s’inscrire dans  notre monde d’aujourd’hui  et ses préoccupations, puisqu’on y croise un homme qui souhaite que le savoir soit gratuit et accessible à tous, des femmes qui s’insurgent contre le droit de cuissage, un homme qui apprend la langue du pays aux migrants...

C’est un bouquin époustouflant, énorme par son nombre de pages mais aussi par son érudition, par sa qualité romanesque, par son envergure géographique et temporelle, par son intelligence, par sa sensibilité. C’est bien dommage tous ces lecteurs potentiels qui vont y renoncer au vu de sa longueur.

mots-clés : #communautejuive #historique #religion
par topocl
le Mar 26 Fév 2019 - 6:55
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Olga Tokarczuk
Réponses: 22
Vues: 588

Philippe Apeloig

Enfants de Paris 1939-1945

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Proxy109

Souvenez-vous d’eux, votre mémoire est leur seule sépulture.


Philippe  Apeloig s’est donné pour tâche  de répertorier, photographier et transmettre dans un cadrage rigoureux plus de 1000 plaques commémoratives de la période 1939-1945 à Paris, classées par arrondissement, dans un souci d’exhaustivité dont il savait d’avance qu’elle ne serait jamais parfaite.

Des enfants, des hommes, des femmes, arrêtés, déportés, fusillés, décapités, torturés par ceux qui sont nommés selon les plaques les boches, les Allemands, les nazis, l’ennemi, les hitlériens. Des juifs, des résistants, des soldats, des anonymes ou des hommes célèbres réduits à rien par le destin, humblement et fermement commémorés par des plaques éparpillées sur les murs de la capitale, dans les rues, sur les façades, dans des lieux publics ou privés.

Dans un texte très émouvant, il raconte comment son grand-père, émigré de Pologne à Paris, a caché sa famille en zone libre à Châteaumeillant où elle fut sauvée grâce à la constante complicité de la population. Le grand-père, lui, a rejoint le maquis. La mère de Philippe Apeloig n’a eu de cesse de commémorer, à travers cet événement, les habitants salvateurs. Cette démarche s’est confrontée à l’expérience de Philippe Apeloig, son expérience de graphiste et de typographe, sa visite au mur des vétérans de Washington érigé par Maya Lin, son vécu du 11 septembre à travers les milliers de petits mots laissés par les habitants autour du désastre. Tout cela l’a amené à la construction progressive de ce livre, longuement mûri, de cette collection de fourmi obsessionnelle.

Nous avions repéré, Monsieur topocl il y  a quelques mois, l’annonce de ce livre dans divers journaux. Nous  en avions discuté, admiratifs d’une démarche que certains pourraient qualifier de vaine, mais qui nous avait semblé cruciale. De là à acheter le livre… nous ne nous étions pas lancés. Topocl Junior nous avait gentiment moqué, rappelant que, si nous avions toujours fréquenté les cimetières militaires, y traînant notre marmaille, si nous continuons à e faire encore aujourd’hui, nous ne nous étions jamais « amusés » à en lire successivement chaque pierre tombale.

Mais un  ange silencieux et bienveillant a bien vu, lui, que ce livre était pour moi.

C’est d’abord un splendide objet, dont la forme, très rectangulaire,  la couleur et la typographie de couverture évoquent évidemment les plaques qu’il enserre. Présentation très soignée, les feuilles de garde, bleu pour la première, rouge pour la dernière enserrant la tranche blanche dans un bel hommage patriotique, que complète des signets tissés également bleus et rouges.

Contemplant tout d’abord songeusement l’ouvrage, témoin de quelque chose qui peut-être considéré comme une performance artistique, je me demandais comment me l’approprier. Une plaque par jour ? J’en avais de plus de trois ans. Je m’étais finalement décidée pour un arrondissement par jour.

Et puis, il faut bien le dire, entrée là-dedans, il m’a semblé impossible d’en sortir, captivée, aimantée, très soigneusement préparée par l’introduction de l’auteur qui parle de mis en page, de typographie, de police, de choix des mots… J’ai avancé, j’ai continué, je n’ai rien pu lâcher jusqu’à la dernière page. C’était une belle promenade, pleine d’émotions et de sérieux, l’impression de quelque chose de bien, quand bien même je ne faisais finalement que quelque chose de très égoïste.
Qui étaient-ils ? Que seraient ils devenus ? Qu’on-t’ils pensé dans leurs derniers moment ? Qui les a pleurés ? Qui pense encore à eux ?



mots-clés : #campsconcentration #communautejuive #deuxiemeguerre #devoirdememoire #temoignage
par topocl
le Jeu 24 Jan 2019 - 13:58
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Philippe Apeloig
Réponses: 5
Vues: 173

Gila Lustiger

Nous sommes

Tag communautejuive sur Des Choses à lire G10

Mon père a toujours voulu nous protéger de lui-même ; pas des Allemands, de lui-même. Pas de l’homme, bien sûr, qu’il était venu après tant d’années vouées à la rigueur et à la discipline de son travail de refoulement; mais de son pire ennemi, qu’il a combattu pendant cinquante nous ans et qu’il croit à présent avoir vaincu, lui, l’homme d’affaires et l’essayiste en vue : le garçon exténué du camp de concentration. Mon père a toujours voulu nous protéger de ce jeune homme et ne nous a jamais laissé voir son visage d’enfant parce qu’il n’était ni innocent, ni tendre, ni joufflu, ni pur. Mais c’est justement ce visage que ma sœur et moi avons cherché toute notre vie. En vain.


Dans ce texte tardivement autobiographique, Gila Lustiger raconte sa famille Ses parents, ses grands-parents. Son grand-père maternel, le jeune sioniste, communiste convaincu, qui embarque de Pologne sa bourgeoise de fiancée, pour de ses mains  participer à la création de l’État d’Israël. Son père réchappé d’Auschwitz, enfermé dans son silence, ses journaux, ses livres et qui a nommé ses filles l’une Bonheur, l’autre Joie.

Au-delà des portrait émouvants, et souvent savoureux, elle raconte aussi ce livre en train de se faire, ce que cela coutes d’être écrivain et romancière dans une famille  vouée au silence, et qui  peut considérer la fiction comme une insulte à ce qu’elle a vécu.

Gila Lustiger est prise entre une fougueuse admiration, une compassion bouleversée, mais aussi une détestation déterminée : le poids du silence, le devoir d’assumer ce fardeau, censé déterminer la conduite de tous les descendants, un devoir de courage et de bonheur par respect pour ceux qui sont revenus.

Pas facile de grandir, puis d’être une adulte libre là au milieu

C’est assez disparate,  La traduction joue peut-être son rôle. Mais Gila Lustiger gagne son lecteur par son humour décapant, son ironie, qui peut parfois aller jusqu’à la hargne, sa capacité à briser les tabous et à s’autoriser la subversion.

Eh oui, c’est la vérité, même si elle est inavouable : ce n’est pas aux assassins que j’en voulais, ni aux collaborateurs, aux lâches, aux voleurs, aux tortionnaires et aux traîtres, mais à ma famille qui avait été anéantie pendant la guerre à cause des Allemands. Je pensais : Il fallait que ça tombe sur toi. Être justement ce qui te déprime, le rejeton d’une famille anéantie.



En tout cas, merci à bix pour cette lecture qui, derrière l’émotion, marque son originalité par un côté pas toujours politiquement correcte, pas du tout.


mots-clés : #autofiction #campsconcentration #communautejuive #conflitisraelopalestinien #devoirdememoire #famille
par topocl
le Jeu 17 Jan 2019 - 16:35
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue allemande
Sujet: Gila Lustiger
Réponses: 5
Vues: 163

Nicole Krauss

Forêt profonde

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Cvt_fo10

Eh bien, la forêt a été vraiment obscure pour moi. Il y a là une recherche de virtuosité, dans une tentative pseudo(?)-philosophique tournant autour de l’identité, du double, de la métamorphose, des univers multiples qui nuit férocement au romanesque. Les discours « penseurs » envahissent le paysage et nuisent aux deux intrigues, qui devraient être des thrillers psychologiques, mais sont plutôt des objets cocasses que j’ai abordés avec un certain détachement

Il y a donc deux personnages (dont une écrivaine prénommée Nicole qui ne supporte plus son mari), menés en chapitres alternés, qui ont certes beaucoup de points communs : tous deux abandonnent leur vie américaine plus ou moins ordinaire, insatisfaits l’un de sa réussite vaine l’autre de son mariage en échec, s’exilent sans trop savoir pourquoi, s’installent au Hilton de Tel-Aviv, sont chacun pris en charge par un personnage mystérieux et atypique qui veut leur imposer l’un des histoires de judéité en rapport avec la kabbale, l’autre une curieuse histoire autour de Kafka dont la mort n’aurait été qu’un simulacre lui permettant une deuxième vie à l’abri de la notoriété. Le problème narratif, c’est qu’au-delà de ces similitudes, ils ne se rencontrent qu’à la dernière page dans une pirouette temporelle assez naïve.

J’aspire à un roman comme une clairière, dont le récit linéaire se suffirait à lui-même,sans thèse, sans thème, sans démonstration,
où l’auteur n’aurait pas le besoin de montrer qu’il ou elle est un ou une brillant(e) intellectuel(le),   n’aurait pas besoin de Kafka comme mentor, ni de régler ses comptes avec son ex.


mots-clés : #absurde #autofiction #communautejuive #creationartistique #identite #philosophique
par topocl
le Mer 9 Jan 2019 - 14:29
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Nicole Krauss
Réponses: 14
Vues: 378

Christophe Boltanski

La cache

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Proxy_89

Christophe Boltanski, neveu du plasticien Christian et du sociologue Luc, raconte l'histoire de sa famille et de ses origines. Mais ce n'est pas tant ceux-là qui tiennent la place centrale que ses grands- parents. Elle, abandonnée enfant par sa famille à une riche « marraine », très handicapée par une polio, communiste et nantie, qui vampirise sa famille dans un mode de vie bohème et fusionnel. Lui, fils d'immigrés juifs ukrainiens, qui a passé 20 mois caché dans leur appartement, l'oreille aux aguets, survivant terrorisé par ses semblables. Autour d'eux, enfants et petits enfants, comme scotchés les uns aux autres : le point d'ancrage est une grande maison, rue de Grenelle où on mange ensemble, on dort ensemble, d'où on se déplace ensemble, un creuset d'ébullition culturelle et intellectuelle plein de fantaisie.

Quel matériau ! Qu'est ce qui fait pourtant que je n'ai pas trop vibré ? Christophe Boltanski survole un peu, et à part la grand-mère qui est le personnage premier, tous sont un peu inconsistants, il y a une réelle superficialité qui tient à distance.
Quant au mode d'écriture, centrer le livre sur la maison, petits plans à l'appui, c'était plutôt une bonne idée, mais au final cela met un côté fouillis. D'autant que Boltanski adore dire « elle » ou « lui » plutôt que de nommer son personnage, ce qui achève de nous perdre. Et le recours répété aux énumérations est une solution de facilité qui ne suffit pas à faire un style.

Ce n'est certes pas un livre à condamner, mais je n'y ai pas pris le plaisir que j'en espérais.

Recup 2015

Mots-clés : #communautejuive #famille #lieu
par topocl
le Ven 21 Déc 2018 - 13:41
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Christophe Boltanski
Réponses: 7
Vues: 133

Charles Lewinsky

Charles Lewinsky
Né en 1946

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Avt_ch12

Charles Lewinsky, né le 14 avril 1946 (72 ans) à Zurich, est un écrivain, dramaturge et metteur en scène. Il vit en Franche-Comté (France).

Il a étudié la littérature allemande et le théâtre. Dramaturge, scénariste et romancier, il a obtenu, pour son précédent roman Johannistag (2000), le prix de la Fondation Schiller. Melnitz, salué par la critique comme une prouesse littéraire, a été qualifié de Cent ans de solitude suisse.

Melnitz, c'est la saga des Meijer, une famille juive suisse, de 1871 à 1945 - de la guerre franco-prussienne à la fin de la deuxième guerre mondiale.


Publications

Melnitz, Grasset, 2008 (L'histoire d'une famille juive en Suisse de 1871 à 1939)
Un village sans histoire, Grasset, 2010
Un Juif tout à fait ordinaire. Monologue d'un règlement de comptes. Éditions du Tricorne, Genève, 2011.
Retour indésirable, Grasset, 2013



------------------------------------------------------

Melnitz

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Melnit10

"Plus c’est absurde, plus ils s’en souviennent. Ils se souviennent qu’avant Pessah nous égorgeons des petits enfants et faisons cuire leur sang dans la pâte des "Matze". Cela n’est jamais arrivé, mais 500 ans plus tard, ils sont capables de raconter la scène comme s’ils l’avaient vue de leurs propres yeux. Comment nous avons attiré le petit garçon loin de ses parents en lui promettant des cadeaux ou bien du chocolat, bien longtemps avant l’existence du chocolat. Ils le savent dans les moindres détails."




Melnitz c'est une chronique de famille, une famille juive vivant en Suisse sur quatre générations de 1871 à 1945.

Ces dates ne sont jamais arbitraires. Elles correspondent à des faits historiques qui modifièrent la vie de chacun de ses membres.
Une famille qui, somme toute, ressemblerait à celle des autres citoyens du pays. Ambitions sociales, quête d'ascension logique pour les descendants.
Evidemment il y a les rites et coutumes juifs. Un héritage, des repères, des fêtes et des repas.
Pas de communautarisme. Au contraire. Aucun de ses membres n'est un fanatique religieux. Certains même vont jusqu'à renier cette tradition, cette religion, et embrasser le christianisme.
Et le succès d'abord semble donner raison aux plus ambitieux. Mais c' est sans  compter sans l'Histoire, les guerres, les bouleversements sociaux. A la fin, ils connaîtront tous le sort commun aux exclus. Et les juifs sont le symbole quasiment éternel de l' exclusion, des pogroms. Bref de l'antisémitisme dont ils sont les boucs émissaires.
Cette famille est ce qu'est tout famille. A cette exception près peut être, qu'on y trouve des personnalités extraordinaires et inoubliables. Et c'est un point fort de cette chronique.

Et Melnitz ?

C'est un inquiétant personnage, ce Melnitz, qui traîne derrière lui l'odeur et le froid du caveau. Mort depuis deux siècles au moins, il réapparaît dans la famille Meijer, à l'occasion d'un deuil, d'une bar-mitsva, d'une noce. Il entre sans s'annoncer, s'assied, écoute, et de temps à autre prend la parole pour un commentaire sarcastique. Ce qui le met en verve, c'est la confiance que les Meijer témoignent à leur pays - la si paisible Confédération helvétique -, à leurs voisins - tellement bien disposés à leur égard -, à leur propre réussite.

" Tu crois, dit-il à l'un de ces ingénus, qu' il ne peut plus rien t'arriver. Mais tu te trompes. Parfois, ils gardent le silence et nous pensons qu'ils nous ont oubliés. Crois-moi, ils ne nous oublient pas". Et de dérouler la pelote des persécutions depuis le jour lointain où lui- même, Melnitz, est né en Ukraine, d'une jeune juive violée par un cosaque."

Ainsi le définit Mona Ozouf. Melnitz raconte. Lui qui sait tout, rappelle à chacun qu' il est juif et qu' il subira éternellement la malédiction de son peuple. Comme le Juif errant.
Malheur à celui qui l'oublie !

A propos de son oeuvre, Lewinsky dit :

"Toutes les sagas juives pourraient avoir comme sous-titre "Le Chemin vers la tragédie". De ce point de vue, Melnitz n'est pas une saga juive, ne serait-ce que parce que la Suisse a été touchée mais pas dévastée par la Shoah. J'ai surtout écrit ce roman à l'intention des Suisses qui ne connaissent pas leurs voisins."




mots-clés : #antisémitisme #communautejuive #famille #guerre
par bix_229
le Jeu 29 Nov 2018 - 11:49
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Charles Lewinsky
Réponses: 8
Vues: 142

Louis-Philippe Dalembert

Avant que les ombres ne s’effacent

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Proxy_67

J’ai appris dans ce livre que Haïti avait déclaré la guerre au « petit caporal » allemand, ouvert sa porte aux Juifs qui le fuyaient, offert la nationalité haïtienne aux apatrides et hébergé ainsi 300 familles fuyant le nazisme à l’heure où toutes les nations leur fermaient leurs portes.

C’est donc une histoire du XXème siècle, une de plus : Ruben , futur médecin fuyant enfant les pogroms polonais, installé à Berlin avec sa famille pour une adolescence heureuse, fuyant après la nuit des longs couteaux : diaspora familiale classique, l’une en Palestine et les autres aux Etats-Unis. Quant à Ruben, après avoir tâté des camps allemands et français, il fait le « choix » de Haïti.

J’ai beaucoup aimé toute la partie européenne qui est très réussi dans un secteur déjà souvent raconté, les personnages et les relations intrafamiliales sont touchants, l’humour toujours présent en  filigrane. Il y a une une légèreté dans la façon de raconter ces drames qui m’a parfois rappelé le Tabac Triezneck.

Curieusement, la partie haïtienne, qui commence à Paris dans la communauté haïtienne puis se poursuit dans l’île, voit apparaître quelques longueurs alors qu’elle devrait constituer  l’ "originalité" du livre. Celui-ci  perd en épaisseur, devient plus descriptif d’un mode de vie, le personnage se perd un peu.

Cela reste une bonne lecture, la découverte d’un fait historique que je ne connaissais pas, et d’une réelle verve littéraire.


Mots-clés : #communautejuive #exil #famille #historique #insularite #lieu
par topocl
le Ven 19 Oct 2018 - 6:22
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Louis-Philippe Dalembert
Réponses: 2
Vues: 158

Eduardo Halfon


Tag communautejuive sur Des Choses à lire Monast10
Monastère

"Une cage allait à la recherche d'un oiseau." Kafka

"3/4 arabe, 1/4 polonais et juif parfois."

Ainsi se définit Eduardo Halfon, la narrateur. Le narrateur qui n' est pas l' auteur.
Enfin pas tout à fait...
Et il ajoute :

"Trois grands parents arabes juifs, venus d' Egypte, du Liban, de Syrie, envoyés en Amérique Latine et un grand père paternel, juif et polonais arrêté à Lodz par les nazis à 16 ans, et envoyé en camps de concentration."


Il est le fruit et le mélange de cette hérédité, exilée au Guatemala.
Un mélange identitaire plutôt mal assumé, turbulent et instable.
D' où son malaise quand il est invité en compagnie de son frère au mariage de sa sœur à Jérusalem.

Sa soeur, il nous la présente jeune, belle, intelligente, ouverte.
Or, ne voilà t-il pas qu' elle va épouser un juif de Brooklyn, ultra orthodoxe.
Eduardo n' a pas envie d' assister à ce mariage.
Moins encore, lorsque mis en présence de ce futur beau frère, il le découvre vain, arrogant, dogmatique et agressif comme tous les néo convertis.
De ce mariage, nous n' en saurons pas d' avantage.

Ce qu' il voit d' Israel, dès le tarmac de l' aérodrome, accentue son malaise.
Un chauffeur de taxi lui demande s' il est arabe et lui déclare tout de go que les arabes sont méchants et qu' il faudrait les tuer tous.
Et puis, il y a ce fameux mur que les Israéliens ont édifié pour être séparés des palestiniens.
Les jours je font que l' enfoncer dans une torpeur étouffante accentuée par la chaleur de l'été.

Jusqu' au jour où il rencontre Tamara,  une femme qu' il a connue et aimée.
Une israélienne forte et rien moins que conformiste.
Elle le conduit au bord de la Mer Morte et cette excursion est l' occasion pour lui  de se confronter à son passé et à son histoire familiale.
Pour elle, de le faire parler, se raconter.
Avouer ses doutes, le fait de ne pas se reconnaitre juif.
Elle lui dit que son histoire familiale fait partie de ses racines, c' est aussi son histoire à lui.
"Notre histoire, conclue-t-elle, est notre seul patrimoine."
J' ai aimé cette histoire brillamment racontée et qui sait nous montrer sans insister, à quel point les êtres humains sont multiples, contradictoires, surtout quand ils sont prisonniers des soubresauts de l' Histoire.


mots-clés : #autobiographie #communautejuive #famille #identite
par bix_229
le Lun 27 Aoû 2018 - 15:05
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Eduardo Halfon
Réponses: 10
Vues: 317

Philip Roth

Patrimoine Une histoire vraie

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Proxy_59

Il appartient à la horde primitive de ces fils qui, comme Freud se plaisait à le présumer, sont enclins à tuer le père - qui le haïssent et le craignent et, après avoir triomphé de lui, l'honorent en le dévorant. Et moi, j'appartiens à la horde incapable de décocher le moindre coup. Nous ne sommes pas ainsi, et nous ne pourrions l'être ni avec nos pères, ni avec personne. Nous sommes les fils que la violence épouvante, qui ne sauraient infliger la moindre souffrance physique, incapables de battre et d'assommer, inaptes à pulvériser fût-ce l'ennemi qui le mériterait le plus, et pourtant, pas nécessairement dénués de pétulance, de caractère, voire de férocité. Nous avons des dents tout comme les cannibales, mais elles sont là, plantées dans nos mâchoires, pour nous aider à mieux articuler. Quand nous ravageons, ou que nous exterminons, ce n'est pas avec des points déchaînés ou des machinations cruelles ou une violence démente et tentaculaire, mais avec nos mots, avec notre cerveau, notre mentalité, tout ce qui a suscité un abîme atroce entre nos  pères et nous, et qu'eux-mêmes se sont échinés à nous procurer. Et nous incitant à être aussi astucieux et bons petits yeshivas buchers, ils ne soupçonnaient guère qu'ils nous donnaient des armes pour les laisser isolés et frappés de stupeur face à notre incessant bavardage.


Dix ans se sont écoulés depuis ma dernière lecture, j'ai changé de génération en quelque sorte, et mon père est mort. j'ai donc lu Patrimoine avec un autre œil , plus touché, certainement.

Touchée par ce portrait d'un père qui quitte la scène, plutôt rustre, un père qui ne maîtrise pas les mots et encore moins la littérature, mais qui maîtrise sacrément bien la vie, contre les vacheries de laquelle il s'est toujours battu avec vigueur,  et il continue à se battre tout aussi hardiment contre les vacheries de la mort, à ce moment crucial où la relation parent-enfant s'inverse, avec une bonne dose de tendresse, de loyauté et d'humour. Et à travers ce portrait, celui d'un fils aimant et résolu, désemparé mais toujours là.

mots-clés : #communautejuive #mort #relationenfantparent #vieillesse
par topocl
le Lun 4 Juin 2018 - 5:38
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Philip Roth
Réponses: 70
Vues: 2888

Paul Auster

4 3 2 1

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Image102

Quel dommage que ce livre fasse 1 000 pages, qu'il pèse 1 tonne, cela va décourager tant de lecteurs ! Quel plaisir que ce roman de la démesure, qu'il fasse 1000 pages, qu' on s'y vautre, qu'on s'y traîne, qu'on s'y love, qu'on y tremble et qu'on y pleure, qu'on y rie, qu'on s'y attache, qu'on y retrouve tant  de souvenirs propres , qu'on y apprenne tant…

Bien sûr, certains aimeront, d'autres pas, mais comment ne pas reconnaître à Paul Auster, cet homme courtois, lumineux, intelligent, d'être en plus un auteur hors-pair, hors normes, qui nous livre ici son Grand Roman Américain, typique d'un lieu et d'une époque, tentaculaire et omniscient et qui ne ressemble à aucun autre? Comment ne pas lui reconnaître un talent extraordinaire de conteur, tant dans la structure narrative, profondément originale et parfaitement maîtrisée, que dans l'écriture d'une richesse, d'une vivacité, une inventivité qui n'est que le reflet de celle de la vie de son (ses) héros, "mes quatre garçons" les appelle-t'il, tellement jeunes et tellement mûrs, tellement heureux et tellement désespérés, tellement attachants?

On l'a dit partout, Archibald Isaac Ferguson est un jeune juif new-yorkais des banlieues dans l'après-guerre, de cette classe moyenne qui, Dieu merci, recherche son émancipation non dans la consommation et la frivolité, mais dans la création, (l'écriture en l'occurrence ), la réflexion, la remise en question, la recherche d'une justice et des libertés. Et comme Ferguson est un enfant puis un jeune homme réfléchi, si souvent "adulte", qui s'interroge en permanence sur la destinée, le rôle du hasard et des choix, Paul Auster, par des glissements dans son environnement, lui offre quatre destins, tout en préservant sa personnalité centrale, qui va évoluer, certes, varier selon les versions, mais rester là comme un noyau fondateur.

Tour de force, Paul Auster déplace sur une vingtaine d'années les personnages (Ferguson et tout son complexe environnement familial et amical)  avec malice, sur son échiquier élaboré, sans jamais perdre le lecteur, en tout cas jusque ce qu'il faut pour que cela soit délicieux de se laisser porter, d'essayer de venir vérifier un détail en arrière et finalement y renoncer, car finalement, on s'en fout, l'instant est là qui nous emporte: il y a cet humour, cette clairvoyance, cette tendresse pour les personnages quels qu'ils soient,  cette générosité sans limites de l'auteur et c'est ce qui importe..  Il y a ce souffle époustouflant à décrire l'intimité d'un jeune homme en formation, son incroyable relation avec une mère toujours ouverte, toujours accueillante, toujours encourageante, jamais envahissante, qui est la clé de sa personnalité, de son aptitude à de devenir un explorateur et un conquérant (un conquérant sympathique) dans tous les domaines : les études, l'écriture, le positionnement politique, le sport, la culture, l'amour, le sexe… L'existence des quatre histoires enrichit formidablement cette façon d'aborder  l'élaboration d'une personnalité, lui donne une puissance, une profondeur.

Les quatre Ferguson ont tous  une relation à l'écrit, qui n'est pas la même, poète, journaliste, prosateur… à succès ou sans succès, tous dans une recherche absolue de sincérité, dans un désir d'inventer de nouvelles voies, et ceux qui cherchent à savoir ce qu'est la littérature ne manqueront pas de trouver ici de nombreuses pistes.
Mais Auster élargit son discours à tous les arts, rend un hommage à un nombre incalculable d' œuvres qui ont marqué son propre apprentissage culturel, les livres, les films, les pièces musicales, le sport qui en même temps qu'un épanouissement physique est un art. Il raconte le plaisir des premières fois,  ces innombarables premières fois qu'il faut connaître, les unes après les autres, pour se construire en tant qu'homme vivant.
Il rend hommage aux médiateurs, parents, adultes bienveillants, amis, petites amies et petits amis, professeurs, tous sources d'inspiration, donneurs de conseils, tuteurs attentionnés, guides à travers le monde, tous  ces gens qui nous aiment, et qui font que nous devenons qui nous sommes.

Il raconte comment la jeunesse née après guerre, dans cette euphorie du jamais-plus et de la quête du bonheur enfin aboutie, sa jeunesse à lui, a grandi au contraire dans  une Amérique violente, autoritaire, imbue d'elle-même, violant les libertés individuelles, méprisant les individus (l'assassinat de Kennedy, de King, la lutte pour les droits civiques, la guerre du Vietnam, les émeutes raciales). Comment elle a fait fleurir en son sein  la révolte et parfois l'engagement.

Il y a enfin New-York, ville tentaculaire, détestable et magnifique, ses rues numérotées où déambuler nuit et jour, ses cafés, ses odeurs, ses taudis, ses habitants, ses universités, ses banlieues d'où chacun rêve de s'échapper...

Et puis, on tourne la 1015ème page... et c'est fini.
Déjà.... pale
Tant pis, il nous reste Paul Auster, il parait qu'il a déjà commencé à écrire son prochain livre!



mots-clés : #amitié #amour #communautejuive #creationartistique #identitesexuelle #insurrection #lieu #relationenfantparent #sports
par topocl
le Sam 3 Mar 2018 - 6:58
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Paul Auster
Réponses: 90
Vues: 3016

Angel Wagenstein

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Abraha10

Angel Wagenstein :  Abraham le Poivrot. -10/18



Lorsque Berto Cohen revient dans sa ville natale de Plovdiv, en Bulgarie, trente ans et plus se sont passés.
Trente ans d' exil ou presque en Israel.
Mais le passé lui saute aussitot au visage. Les souvenirs bien entendu, mais aussi quelques témoins encore vivants.
Ainsi le photographe Costaki, archiviste et témoin passionné, et Araxi, une amie d' enfance et fille de la tant aimée de Marie Vartanian, prof de français de la 5e A.
Araxi avec qui il s' est "marié" à douze ans, et dont il retombe amoureux progressivement sans trop savoir si c' est Araxi qu' il aime ou sa mère à travers elle.
Invité à un congrès ennuyeux, il l' oublie très vite et, accompagné d' Araxi, il parcourt la ville et les lieux de leur enfance.
Plovdiv, une très belle et ancienne ville des Balkans, au bord de la Maritsa.
Mais elle a bien changé la ville !

Pourtant,il sent partout la présence son grand père maternel, Abraham.
Athée revendiqué mais de mèche avec le pope, le rabbin et le mollah.
Ferblantier de son métier, grande gueule et grand coeur, pilier de bars, coureur de jupons et conteur hors pair.
Ne se rappelle t-il pas des temps et des évènements qu' il n' a jamais vécus ?
Il est vrai que la tradition est forte dans ce milieu de juifs séfarades, expulsés d' Espagne en 1419 par l' Inquisition et qui, en Bulgarie, échapperont par miracle au génocide des années 40.
Ce qui fait vivre les juifs et les autres communautés ethniques, c' est une exceptionnelle solidarité. Bulgares, albanais, turcs, jufs et tziganes, coexistent en paix.
Naturellement ça ne durera pas.

Abraham ne se sent jamais aussi bien, autant lui-meme, qu' au milieu de cette commuauté populaire et plurielle.
Lorsqu' elle disparaitra, il en mourra de désespoir.
Comment ne pas aimer cette mosaique humaine !
Où les femmes des trois religions vont aux bains turcs à tour de role sous les yeux attentifs des hommes et des religieux dans une complicité sensuelle mais bon enfant.

Berto aime et admire son grand père plus que tout et dans la famille, il sert d' "agent double" pour ses deux aieuls.
Et puis les autres, Stoichov, le prof principal de la 5e A, idéaliste et révolutionnaire intègre.
Et les Tziganes, remuants et pauvres, avec  leur chef d' orchestre génial, Manouche Aliev.

Celui qui n' a jamais assisté à une fete tzigane ignore ce que c' est que de jouir de la vie, que de s' abreuver de tout son soul sans accabler son ame des angoisses du lendemain.


Mais le communisme, après la guerre, montre sa vraie nature et brise la belle unité de la communauté.

Voilà une fresque enluminée, miraculeusement vivante où le présent se nourrit du passé sous les yeux de Costas Papadopoulos, le photographe.
C' est chez lui que le narrateur et Araxi se retrouvent pour revivre un moment presque oublié  de l' histoire.
Suspendu dans le temps et la nostalgie.

mots-clés : #autobiographie #communautejuive #enfance
par bix_229
le Jeu 1 Mar 2018 - 15:53
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Angel Wagenstein
Réponses: 7
Vues: 348

Philippe Sands

Retour à Lemberg

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Images78

Lemberg, ville aujourd'hui ukrainienne, qui fut aussi Lwow, Lviv selon  la souveraineté  autrichienne ou polonaise,  l'occupation allemande ou soviétique, au fil du XXème siècle.

Lemberg, villle d'origine de Leon , grand-père de l'auteur, qui a fui d'abord à Vienne, puis à Paris l'oppression nazi, survivant muet sur son passé, comme tant d'autres, et dont Philippe Sands va, tel une fourmi obstinée et besogneuse, décrypter le passé à partir de quelques lettres, photos, recueillant des témoignages auprès de survivants éparpillés dans la diaspora.

Mais à Lemberg sont aussi nés Lauterpacht et Lemkin, deux éminents juristes de renommée internationale, qui eux aussi ont fui les discriminations , eux aussi laissé derrière eux des familles destinées à l'assassinat de groupe. Chacun à sa façon, a travaillé à analyser ces actes d'infamie, à leur donner une tournure, un nom afin de permettre au Droit International, dont la première étape fut le procès de Nuremberg, de se positionner et de porter sereinement son verdict. Le droit international est en train de naître, Philippe Sands, là encore gorgé de lectures et d'archives, interlocuteur de descendants,  nous en livre les balbutiements et les subtilités. Il décortique pour le lecteur profane l'opposition des deux écoles : Lauterpacht décrit la notion de crimes contre l'humanité, perpétrés sur des individus, fussent-ils multiples. Lemkin introduit celle de  génocide (et crée le mot) , qui s'adresse à des groupes, raciaux, religieux ou nationaux

Et c'est sur Lemberg encore qu'a régné Franck,  Gouverneur Général de la Pologne occupée, opprimant, humiliant, exilant, spoliant, assassinant les juifs par milliers. Franck condamné à la pendaison par le Tribunal de Nuremberg, fustigé par son fils Niklas, contrairement à l’attitude de la plupart des enfants de responsables nazis.

Ce récit historique, parcouru tout au fil des  pages d'un puissant souffle romanesque, s’attache à ces quatre figures pour raconter, une fois de plus, le destin tragique des Juifs sous le nazisme. Une fois de plus, oui, c'est cette histoire si connue, sa montée en puissance, son écrasante dévastation. Et une fois de plus les destins individuels au milieu de cette destinée universelle émergent avec toute leur  singularité. Les histoires racontées sont un miroir tendu à la réflexion des deux juristes: destins individuels, destin du groupe, indissociables et complémentaires.

Philippe Sands est impressionnant d'érudition, il fournit un travail de titan,  traque l'information, aiguille dans le tas de foin des archives et souvenirs, ne lâche pas une piste si infime soit-elle, : le résultat est époustouflant. On pense aux Disparus de Daniel Mendelsohn, où la littérature et la mythologie, mise en abîme de l'Histoire,  sont remplacées par le droit. C'est sans doute un peu plus sec, un peu moins habité. Mais c'est une contribution indispensable, une invitation à la réflexion, à l'heure où nationalismes et antisémitisme sont, encore et toujours, à nos portes.

Ah, j’oubliais il y a a plein de photos, de gens et de documents. c'est passionnant, terriblement émouvant évidemment, instructif et plein de pistes, on en croirait que le droit international, c'est simple.

Chaude recommandation.



mots-clés : #communautejuive #deuxiemeguerre #genocide #historique #justice #lieu #minoriteethnique
par topocl
le Sam 13 Jan 2018 - 16:32
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Philippe Sands
Réponses: 4
Vues: 167

Jonathan Safran Foer

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Foer10

Me Voici


Isaac a choisi d’immigrer aux USA quand les nazis ont investi la Galicie où il est né.

Des horticulteurs allemands avaient élagué toutes les branches de l’arbre généalogique d’Isaac jusqu’au sol de Galicie. Mais avec de la chance et de l’intuition, et sans aide de l’au-delà, il en avait repiqué les racines dans les trottoirs de Washington et avait vécu assez longtemps pour en voir les repousses. Et à moins que l’Amérique ne se retourne contre les Juifs –jusqu’à ce qu’elle se retourne, le corrigeait son fils Irv -, l’arbre continuerait à produire des rameaux et des bourgeons. »

Jacob, le petit-fils,  est l’un des  rameaux ; il s’est marié avec Julia, de religion juive également, ils ont eu 3 enfants, des garçons, Sam, Max et Benjy.  De l’amour, du bonheur il y en a eu ;

« Chaque matin,  au réveil,  Jacob embrassait Julia entre les jambes – pas un geste sexuel (le rituel exigeait que le baiser ne donne pas matière à développement), mais religieux. Ils se mirent à collectionner, au cours de leurs voyages, des objets dont l’intérieur donnait l’impression d’être plus grand que l’extérieur : l’océan contenu dans un coquillage, le ruban usé d’une machine à écrire le monde dans un miroir au mercure. Tout semblait tendre vers le rituel – Jacob passait prendre Julia au travail le jeudi, le café du matin partagé en silence, Julia qui remplaçait les marque-pages de Jacob par de petits-mots, jusqu’ à ce que, tel un univers en expansion qui atteint ses limites avant de se contracter vers son commencement, tout se défasse. »

Mais 16 ans plus tard sous les dehors d’une famille heureuse, le couple bat de l’aile. Les mots tus comme  les mots dits ont eu pareillement raison de leur entente.  

Le quotidien continue,  les gestes habituels,  Jacob travaillent à la série tv de ses employeurs, Julia, architecte se construit sur papier une maison, mais une maison où inconsciemment ?  elle ne pourrait vivre que seule.

Un  évènement va  contribuer à l’instabilité du couple : Julia et Jacob sont convoqués par le Rabbin du Lycée car Sam a écrit des  insultes, et notamment un terrible mot en « n » que le lecteur ne peut qu’imaginer. Il lui est demandé de faire des excuses, qu’il refuse et nie être l’auteur de l’écrit. Julia croit en la culpabilité de Sam alors que Jacob la rejette. Leur position reflète bien le caractère opposé des deux parents. L’une est forte, l’autre « mou », il fuit, se cache la réalité alors qu’elle affronte.

Mais c’est une découverte  par Julia, qui va précipiter la séparation du couple ; celle d’un téléphone. Jacob envoie des messages salaces et très évocateurs à une femme, lui qui n’a plus de relation sexuelle avec la sienne et qui, comme lui jette Julia à la face,  a des projections au-dessus de ses moyens .   (ce dialogue est crument évocateur).

« L’intérieur de la vie devint beaucoup plus petit que son extérieur, ouvrant une cavité, un néant. Voilà pourquoi la bar-mitsva (celle de Sam) était si importante : c’était le dernier fil d’une corde effilochée. »

L’arrivée des cousins Israëliens va concorder avec un tremblement de terre en Israël ;  les sentiments de Jacob et Tamir, le cousin,  sont explicitement ceux des Juifs américains et des Juifs Israëliens avec leur antinomie, leur culture différente. Les juifs américains s’ils se sentent juifs, ne se sentent pas devoir quoi que ce soit à Israël (même s’ils donnent financièrement,  ce qui pour beaucoup se ressent comme une obligation)  alors que les juifs d’Israël se sentent avant tout  Israëliens.

Julia et Jacob divorceront,  mais il restera néanmoins un lien entre eux, au-delà de leurs enfants.

"Alors,  elle comprit Jacob. Elle l’avait cru quand il lui avait dit que les mots qu’il avait écrits n’étaient que des mots, mais elle ne l’avait pas compris. Désormais, elle comprenait : il avait besoin de mettre la main dans la porte. Mais il ne voulait pas la refermer lui-même."

----------------------------------

J’ ai beaucoup apprécié les dialogues, la dégradation graduelle du couple bien visible, le comportement  des enfants, des grands-parents. Les personnages sont bien croqués dans leur physique et leur psychologie.

Mais j’ai trouvé des longueurs, notamment :
dans les rites religieux, car même si intéressants ils sont digressifs  dans le processus de dégradation du couple,
le passage sur les trouvailles masturbatoires de Sam,
le tremblement de terre et les implications géopolitiques du proche-orient. (d’autant que j’ai eu beau chercher je n’ai pas trouvé trace de ce tremblement de terre qui devrait se situer en 1969 – année de l’incendie du Dôme du rocher évoqué -)

Cela reste néanmoins une bonne lecture grâce à l’écriture, à l’intelligence des rapports humains.



autres extraits :

« Ils continuèrent à coucher ensemble, même si ce qui s’était toujours produit spontanément réclamais désormais un stimulus… Ils se disaient parfois des choses dont, juste après l’orgasme, ils avaient tellement honte qu’ils se sentaient obligés de s’éclipser, au prétexte d’aller chercher un verre d’eau, alors qu’ils n’avaient pas soif. »

« Julia pouvait couper des ongles de nouveau-né d’un coup de dents, allaiter tout en préparant des lasagnes, faire en sorte que les enfants la supplient de leur passer le peigne à poux dans les cheveux, et les forcer à s’endormir grâce à un massage du troisième œil – mais elle avait oublié comment caresser son mari. Jacob apprenait aux garçons la différence entre éloigné et lointain, mais il ne savait plus comment parler à sa femme.

« Leur vie de famille était une somme d’ajustements et de corrections. D’infinis petits ajouts. »

« Ils avaient désormais tellement peur que les enfants ne soient plus là pour combler le vide. »

Leur vie de famille était une somme d’ajustements et de corrections. D’infinis petits ajouts.

Ils avaient désormais tellement peur que les enfants ne soient plus là pour combler le vide.

Les rituels domestiques étaient assez enracinés pour que leur façon de s’éviter soit naturelle et passe inaperçue.

Et quelqu’un  doute t-il vraiment qu’un jour, quand les conditions seront réunies, l’Amérique ne décide qu’on est trop bruyants, qu’on pue, qu’on est casse-pieds et bien trop intelligents pour ne pas nuire à tout le monde ?

En un instant, frappé d’une fulgurance, Jacob fut submergé par la terreur d’avoir démoli les trois plus beaux êtres humains sur terre.




mots-clés : #communautejuive #famille #psychologique
par Bédoulène
le Sam 25 Nov 2017 - 13:27
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Jonathan Safran Foer
Réponses: 8
Vues: 435

Antonio Muñoz Molina

Antonio Muñoz Molina Séfarade

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Syfara10


Il s’agit en fait d’une sorte de recueil de "nouvelles" avec un fil directeur très homogène : le souvenir d’un passé plus ou moins lourd, vécu dans différents endroits de la planète par des personnages extraordinaires ou non, historiques ou pas, des étrangers, des immigrés, des émigrés, des exilés, des disparus ‒ autant de romans, empreints des dictatures du XXe siècle.

« Il n'y a pas de limite aux histoires inimaginables qu'on peut entendre à condition de faire un peu attention, aux romans qu'on découvre soudain dans la vie de n'importe qui. »
Antonio Muñoz Molina, « Cerbère », in « Séfarade »

« Comment s’aventurer à la vaine frivolité d’inventer alors qu’il y a tant de vies qui mériteraient d’être racontées, chacune d’elles comme un roman, un réseau de ramifications qui mènent à d’autres romans, à d’autres vies. »
Antonio Muñoz Molina, « Séfarade », in « Séfarade »


Parmi les leitmotive qui se recoupent, les camps de concentration et d’extermination allemands et russes, les Séfarades et autres Juifs, d’Espagne ou d’ailleurs, Milena Jesenska et Franz Kafka (d’un certain point de vue un annonciateur du totalitarisme), les morts vivants dans la rue (drogués et autres égarés) ‒ en quelque sorte l’héritage du siècle ‒, et les obsessions et angoisses de l’auteur et/ ou narrateur (alternance de je/ il qui entrelace le texte, comme aussi des épisodes ou des personnages, tel le cordonnier) : départ/ voyage/ fuite, culpabilité, persécution, amours perdues.

« ...] Franz Kafka a inventé par anticipation le coupable parfait, l’accusé d’Hitler et de Staline, Joseph K., l’homme qui n’est pas condamné parce qu’il a fait quelque chose ou parce que se serait fait remarquer d’une quelconque manière, mais parce qu’il a été désigné comme coupable, qui ne peut pas se défendre parce qu’il ne sait pas ce dont on l’accuse et qui, au moment d’être exécuté, au lieu de se révolter, se soumet avec respect à la volonté des bourreaux, ayant en plus honte de lui-même. »
Antonio Muñoz Molina, « Tu es », in « Séfarade »


Désinformation, "agit-prop" de l’Internationale communiste :
« Willi Münzenberg a inventé l’art politique de flatter les intellectuels établis, la manipulation convenable de leur égolâtrie, de leur peu d’intérêt pour le monde réel. Il parlait d’eux avec un certain mépris et les appelait le "Club des Innocents". Il était à la recherche de gens pondérés, avec des tendances humanistes, une certaine solidité bourgeoise, si possible l’éclat de l’argent et du cosmopolitisme : André Gide, H. G. Welles, Romain Rolland, Hemingway, Albert Einstein. Lénine aurait fusillé sans délai cette espèce d’intellectuels, ou bien il les aurait expédiés dans un sous-sol de la Loubianka ou en Sibérie. Münzenberg a découvert l’immense utilité qu’ils pouvaient avoir pour rendre attrayant un système que lui, dans le fond incorruptible de son intelligence, devait trouver atterrant d’incompétence et de cruauté, même pendant les années où il le considérait comme légitime. »

« Il y a aussi dans cette histoire un traître possible, une ombre à côté de Münzenberg, le subordonné rancunier et docile, cultivé et polyglotte ‒ Münzenberg ne parlait que l’allemand, et avec un fort accent de classe populaire ‒, physiquement son contraire, Otto Katz, appelé aussi André Simon, mince, fuyant, vieil ami de Franz Kafka, organisateur du Congrès des intellectuels antifascistes de Valencia, émissaire de Münzenberg et du Komintern parmi les intellectuels de New York et les acteurs et les scénaristes d’Hollywood, étoiles de la gauche caviar, et du radical chic, toujours espionnant, adulateur assidu d’Hemingway, Dashiell Hammett, Lillian Hellman, staliniens fervents et cyniques. »
Antonio Muñoz Molina, « Münzenberg », in « Séfarade »


Personnellement, j’ai ressenti ces ressassements comme pesants, peut-être entrés en résonnance avec trop de trop récentes lectures apparentées. Idem, le fil Littérature des camps semble déserté (saturation ?)

mots-clés : #campsconcentration #communautejuive #devoirdememoire #exil #genocide #regimeautoritaire
par Tristram
le Mar 31 Oct 2017 - 20:37
 
Rechercher dans: Écrivains de la péninsule Ibérique
Sujet: Antonio Muñoz Molina
Réponses: 12
Vues: 767

Daniel Mendelsohn

L’étreinte fugitive

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Images14

Daniel Mendelsohn  , pour moi comme pour beaucoup, ça a d'abord été le choc de Les disparus. Le succès aidant, est parue en français l'étreinte fugitive, premier volet de sa trilogie. La parution récente du troisième opus,  Une odyssée : un père, un fils, une épopée, est l'occasion pour moi de m'y replonger. Moins abouti sans doute, plus confus, moins centré, l'étreinte fugitive reste une lecture riche et pleine d'ouvertures.

Si la tragédie était, comme nous nous plaisions à le croire parfois, le théâtre de l'affrontement du Bien et du Mal, elle ne serait pas aussi captivante : la tension qu'elle suscite vient de quelque chose de beaucoup plus complexe et intéressant, qui est le conflit entre deux idées du Bien.


Daniel Menselsohn aime les "garçons", il vit à Chelsea, quartier gay de New-York et fréquente les lieux de drague, les sites de rencontres,  cumule les rencontres d'une nuit ou d'un instant, sans lendemain et sans intimité, pour le plaisir du jeu et de la multiplicité.
Daniel Mendelsohn habite aussi dans le New Jersey, un quartier à la bourgeoisie conformiste, auprès d'une femme célibataire, Rose, qui, une fois enceinte, lui a demandé d'être l'élément masculin auprès de cet enfant, Nicholas. Auprès de lui il apprend l’importance  de la permanence, de la sagesse, l'intensité de la filiation.
Daniel Mendelsohn est le descendant de Juifs polonais émigrés aux Etats-Unis entre deux guerres, et dont l'histoire familiale est aussi complexe et pleine  de sens que celles de la tragédie grecque.
Daniel Mendelsohn ne renonce à aucune de ces trois images de lui, qui se reflètent  et se répondent à l'infini dans un miroir qu'il se tend à lui-même.

Ce qui donne un sens à cet amalgame parfois confus,  est une expression du grec ancien, dont Mendelsohn est un érudit passionné : deux particules, men ... et de... qui n'ont de sens l'une sans l'autre, et qu'on pourrait traduire par d'un côté... et de l'autre côté , et qui, nous dit-il, sous-tendent la pensée grecque. Quelque chose qui a à voir avec la dualité, le paradoxe, l’ambiguïté, le compromis. Quelque chose qui apprivoise la complexité : gay et père, sujet et objet, volage et fidèle, Américain et juif, fils et père, confronté à la beauté comme à la perte.

Dans la famille de cet homme, les photos avaient une importance suprême parce que c'était la preuve de la beauté et qu'après avoir  tout perdu, leur maison, leur terre, leur brasserie, leur boucherie en gros, leurs camions, leurs domestiques, leurs filles et leur dignité, il ne leur restait que la beauté.


C'est livré dans un livre exigent, sans concession, qui ne s'offre pas le luxe de la simplicité, de la chronologie, parce que ce ne serait pas le reflet de la vie, de ses surprises, de ses traquenards. Mendelsohn suit ses pensées, saute d'un personnage à l'autre, d'une époque à l'autre pour tracer un trajet plein de contre-temps, de digressions  et de détours. L'ensemble est disparate, parfois sans queue ni tête, et l'unité lui vient par une réflexion implicite sur les liens entre vie vécue, littérature, mythes, histoires, mensonges qui sont la source de son identité.

Nous allons voir des tragédies parce que nous avons honte de tout compromis, parce que nous trouvons dans la tragédie la beauté pure de l'absolu, une beauté qu'on ne peut avoir si on choisit de vivre.



mots-clés : #autobiographie #communautejuive #contemythe #famille #identitesexuelle #immigration
par topocl
le Mer 11 Oct 2017 - 16:39
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Daniel Mendelsohn
Réponses: 38
Vues: 1061

Isaac Bashevis Singer

Le certificat

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Image108

A Varsovie peu après la première guerre, David est un tout jeune juif au grandes aspirations mais plein d'incertitudes. Il a renié la religion de ses parents, mais pas encore toutes leurs convictions obscurantistes. C'est un philosophe, un raisonneur, un écrivaillon qui rêve d'être publié, mais assez désemparé pour mener sa vie. Il écoute aussi son cœur et son corps, mais ses nombreuses et candides relations avec les femmes sont  compliquées par  les préjugés qu'il n'a pas encore dépassés. Tout cela ne nourrit pas son homme, il galère, frigorifié, le ventre vide, alternativement séduit par les idéaux communistes ou sionistes. Il attend avec impatience le certificat qui lui permettra d'émigrer en Palestine, contraint pour cela à un mariage blanc, incapable pour autant de s'imaginer un destin en Palestine où on demande surtout de bras costauds.

Largement autobiographique, de publication posthume, et donc sans doute pas le meilleur pour commencer avec cet auteur, le certificat fait revivre avec justesse les affres des Juifs polonais de l'entre-deux guerre, à travers le portait attachant d'un jeune homme désemparé, car ses élans de jeunesse se heurtent aux tragiques réalités de l'antisémitisme.

mots-clés : #communautejuive #immigration
par topocl
le Ven 15 Sep 2017 - 6:34
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Isaac Bashevis Singer
Réponses: 3
Vues: 340

Arthur Koestler

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Ezra1010

La Tour d'Ezra


Je vais découper mon commentaire : première partie Les Colons de cette commune

Leur but : le Retour à la Terre, être paysan.  Année 1937

Présentation de quelque uns des colons qui formeront le noyau de la communauté qui érigera la commune selon le concept d’« un communisme rural » c’est-à-dire une propriété commune, celle-ci appartient à tous, chaque membre de la communauté travaille pour tous, tout est mis en commun il n’y a plus de propriété individuelle. Chacun apporte son savoir, son travail pour le bien de tous.  Pas d’argent en jeu, seule une cagnotte commune pour d’éventuels achats indispensables ou imprévus.

C’est le Fonds National qui les fournit pour les besoins incompressibles (tels les pioches, pelles bois, barbelés pour la construction), c’est par son intermédiaire qu’ils pourront vendre leur production. Les tractations auprès de la Banque nationale hébraïque sont ardues mais la commune s’expandra d’années en années et accueillera  de nouveaux colons jusqu’ au nombre décidé lors de la première installation.

Le lecteur suit le travail de construction de cette commune de la Tour d’Ezra, située sur une colline pierreuse, qu’il faudra dépierrer, il n’y a pas d’eau , des marais insalubres plus bas qu’il leur faudra assécher, des rebelles arabes dont il faudra se défendre avec le peu d’armes dont il disposent. La Tour dressée promènera son regard vigilant sur les collines alentour.

C’est le journal de Joseph l’un des colons (mi juif mi anglais) qui fera  vivre cette commune et ses habitants, renseignera sur  leurs rapports (dus notamment à la promiscuité, repas ensemble, partage des chambres, maison des enfants, la mise devant l’assemblée de problème personnel (sic)…) leurs opinions , leurs peines et leur rares moments de liberté et réjouissance.

Au début de la création de la commune tout évènement est fêté (avec leurs pauvres moyens) la naissance du premier  chevreau, la première récolte…… on mesure l’importance et les avancées.

Nous ne pouvons qu’admirer le courage, la force de ces colons à concrétiser  la promesse du Retour,  à faire surgir d’une colline pierreuse, d’un environnement hostile une véritable commune, des plantations, des troupeaux……..


MAIS,

Le Mukhtar du  plus proche village arabe se réveillera donc un matin et verra sa vue offensée par cette tour dressée, ces barbelés, ces bâtiments qui n’existaient pas à son coucher.

Deuxième partie :  la politique

C’est la Déclaration de Balfour en 1917* qui jette les bases d’un futur Etat d’Israël, déclaration qui sera confortée par la conférence de Paris (1919), préalable au traité de Sèvres (1920), confirmé par la conférence de San Remo (1920).


* "Par cette lettre, le Royaume-Uni se déclare en faveur de l'établissement en Palestine d'un foyer national juif. »

Malgré cette promesse les Britanniques n’interviendront pas ou que très rarement (quand ils en tireront un avantage) contre les terroristes arabes qui exercent leurs méfaits contre les colons.

Si la Haganah par la voix de ses chefs appellera toujours à l’apaisement, aux actions et manifestations de protestations pacifiques, contre les arabes ou contre le gouvernement Britannique, une partie des colons et membres de l’ administration juive adhèrera à l’armée sioniste l’Irgoun  - comme le dit Koestler dans l’une de ses autobiographies : maintenant « ils montraient les dents » -.

Pendant ce temps, les bateaux transportant les immigrants qui s’échappaient de l’Europe, des Nazis, étaient refoulés, ceux qui arrivaient sur le sol de la Palestine clandestinement étaient arrêtés et déportés.

L’exaspération se concrétisera quand sera connue la déclaration du 17 mai 1939 du gouvernement Britannique, connue sous le nom de « Papier Blanc » règlement définitif du problème Palestinien.

Succintement :

« Le gouvernement de Sa Majesté déclare aujourd’hui sans équivoque qu’il n’est nullement dans ses intentions de transformer la Palestine en un État juif ».

L’immigration juive est limitée à 75 000 personnes sur une durée de 5 ans

Restriction ou interdiction de la vente  des terres aux Juifs

Les demandes des arabes sont donc retenues par le gouvernement Britannique, mais ils « revendiquent la fin du mandat britannique sur la Palestine » ce qu’ils n’obtiendront pas (vaguement envisagé dans un délai de 10 ans).

A noter que cette déclaration fut critiquée vivement par W. Churchill (conservateur et Mr Herbert Morrison (labour).


L’Irgoun sera très active, posant des bombes contre le gouvernement Britannique et les arabes.

Le « Papier Blanc » ne sera jamais validé par la SDN (la 2ème guerre mondiale s’annonce) mais cependant  ses termes seront exécutés.

« Un document dénué de valeur légale devenant le guide légal du gouvernement, des tribunaux, de la police ; l’arbitraire devenant la loi suprême en Terre Sainte. »

Le livre se termine donc à  la date de 1939.

Il me semble utile d' ajouter que : L' indépendance a été proclamée le 14 mai 1948, après le vote du plan de partage de la Palestine mandataire le 29 novembre 1947 par l’Organisation des Nations unies (ONU) qui mit fin au mandat britannique et qui prévoyait la création d’un État juif et d’un État arabe.


Encore une fois l’écriture de Koestler m’a convaincue, par sa compréhension de la situation géopolitique et des Etres,  sa justesse de ton,  son humour,  ses descriptions saisissantes des lieux et des villes, dont il rappelle l'histoire.

J’ai retrouvé dans les personnages certains de ses sentiments quand il a fait lui-même l’expérience dans un  petit kibboutz alors qu’il adhérait à un parti sioniste, il rejoignit  Jabotinski (sioniste nationaliste) avec qui il gardera des relations toute sa vie et à qui le livre est dédié.

Koestler décrit certains us, notamment la cérémonie de réconciliation entre deux Mukhtars , quelques pratiques des prêtres orthodoxes.

Est rappelé aussi l’attitude du gouvernement Britannique par rapport aux Tchèques (conférence de Munich 29 septembre 1938 à laquelle participé d’ailleurs Daladier), à la reconnaissance du gouvernement de Franco.

Je crois que Koestler  a  trouvé les mots qui résument la situation entre les Arabes et les Juifs, situation qui perdure :

« En Palestine, une nation a solennellement promis à une seconde le territoire d’une troisième. »

Sans prendre partie pour l'un ou l'autre des protagonistes de ce roman  il me parait utile de confronter la situation geopolitique depuis 1937 à nos  jours afin d' en mesurer le dilemne.

Tag communautejuive sur Des Choses à lire 1937_e10

Plan Peel 1937 et Woddehead 1938

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Cartes10




mots-clés : #communautejuive #historique
par Bédoulène
le Lun 7 Aoû 2017 - 3:36
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Arthur Koestler
Réponses: 16
Vues: 712

Jiri Weil

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Weil1010

VIVRE AVEC UNE ETOILE. - 10/18

Josef Rubicek n'était pas grand chose avant l'invasion de la Tchécoslovaquie par les Allemands. Un homme banal, un citoyen ordinaire, ainsi se définit-il.
Mais depuis, il n'est plus rien. en fait et c'est pire, il est juif.
Il vit seul dans une pièce glaciale et qui laisse passer la pluie.
Il n'est pas exigeant pourtant. Mais  il souffre de la faim, du froid. Et surtout de la peur.
Qu'on l'arrête et qu'on le déporte.
Alors qu'il était encore temps, il a refusé de quitter son pays et sa ville. C'est pourtant ce que lui proposait raisonnablement Ruzena, la femme qu'il aime.
Et qui lui manque. Dans son immense solitude, il a pris l'habitude de l'invoquer et de parler avec elle.

Josef, se contenterait de survivre et d'échapper à la déportation.. Il travaille dans un cimetière où lui et ses compagnons de misère font pousser des légumes, et un chat l'a adopté et lui tient compagnie.

Mais la haine de l'occupant le poursuit. Il est convoqué sans cesse pour faire états des biens qu'il n' a pas mais que les autres convoitent.
La situation ne cesse d' empirer. Les arrestations se mutiplient et les convois de prisonniers partent vers la déportation.
Comme lui, tous les juifs sont prêts à tout  dans l'espoir de survivre.
De fait, les plus riches se croyaient hors d'atteinte. Et la Communauté juive -à tort ou à raison- pensait encore sauver ce qui pouvait l'être en collaborant avec les nazis.
Jusqu'au dernier moment, chacun essayait de s'accrocher au moindre espoir.

"Ils se moquaient que la vie soit de peu de valeur. Ils savaient qu'elle est unique et irremplaçable et que c'était la leur."

Cette pensée, à mon avis fait mieux comprendre pourquoi  les juifs se sont laissé emprisonner, déporter et massacrer sans résister.
Envers et contre tout, rester en vie. Ils avaient cette illusion chevillée au corps jusqu'au bout.

Mais un jour, Thomas, le chat de Josef est tué par les Allemands. C'en est trop pour lui. Il pleure de pitié, de colère et d'impuissance.
N'ayant plus rien à perdre désormais, aux portes de la mort, il se sent enfin soulagé et libre.

Le ton du livre est uni et retenu, même s'il y a des éclats d'espoir, de nostalgie et de compassion.
Philip Roth écrit dans la préface du livre :

"Weil s'avérait être plutôt un conteur qu'un styliste absorbé par une auto-analyse implacable... Ce qu'il partageait avec l' écrivain russe Isaac Babel, c'était la capacité d'écrire sur la barbarie et la douleur avec un laconisme qui semble être en soi le commentaire le plus féroce qu' on puisse faire sur ce que la vie a de pire à offrir."

Récupéré


mots-clés : #antisémitisme #communautejuive #deuxiemeguerre
par bix_229
le Dim 30 Juil 2017 - 18:59
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Jiri Weil
Réponses: 20
Vues: 975

Peter Staphan Jungk

La traversée de l'Hudson

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Images21

Ca commence comme une bonne grosse blague juive new-yorkaise. rien n'y manque: le père physicien mondialement connu, en perpétuelle partance, la mère adorée et insupportable, et Gustav, le fils étudiant historien (sa thèse porte sur les accords de paix pendant la guerre de Cent Ans, de 1337 à 1453), fuyant ce trio symbiotique à Vienne, pour rien moins que devenir fourreur et s'enchaîner à une fadasse juive orthodoxe qui l'entraîne dans une religion rigoriste.
Mais bien sûr, derrière , il y a le tragique , car cette osmose familiale est liée au fait qu'ils sont seuls au monde, toute la famille ayant brûlé dans les camps...

On prend Gustav au sortir de l'aéroport à New-York, et sa mère est venue le chercher. Dans une superbe Cadillac blanche, les voilà engloutis, au passage du pont Tappan Zee, dans un méga-embouteillage, qui va les confronter pendant quelques heures, à leurs souvenirs, leurs démons, leurs rancœurs.

Tag communautejuive sur Des Choses à lire Images44

Peter Stephan Jungk se fait alors le roi de l'allégorie. la relation des deux protagonistes est engluée dans ce sur-place, cette impasse absolue qui va,à la levée de l'obstacle, déboucher sur une libération. Jusqu'à Gustav qui va se faire voler ses papiers , dans cette épreuve de réappropriation de son identité. Mais il n'est pas seul : le père, mort il y a un an, qui a toujours été protecteur et bienveillant , se réincarne en une forme étrange et gigantesque, échouée dans l'Hudson juste sous le pont,  "dieu fluvial", havre salvateur, nu et endormi, paysage incarné, rêve d'enfant, fantasme , golem, va savoir.

C'est donc l'histoire d'une curieuse renaissance à 45 ans, d'une libération par le passage d'une épreuve, dérisoire s'il en est. Il y a un mélange d'humour qui ne fait  pas toujours dans la finesse -tous les bons vieux clichés y passent -,  et de poésie farfelue, pour dresser le portrait de cet homme aliéné, défini par son passé et que le passage du fleuve va délivrer.


mots-clés : #communautejuive #famille #humour
par topocl
le Dim 16 Juil 2017 - 5:10
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue allemande
Sujet: Peter Staphan Jungk
Réponses: 5
Vues: 317

Revenir en haut

Page 1 sur 3 1, 2, 3  Suivant

Sauter vers: