Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 13 Déc - 14:14

4 résultats trouvés pour complotisme

Leo Perutz

Tag complotisme sur Des Choses à lire Turlup10


Tancrède Turlupin respectait les jeûnes et tous les commandements de l'Eglise, il pratiquait la charité et jamais il ne passait devant un mendiant sans lui faire l'aumône. Il agissait ainsi par prudence et par sagesse, car en réalité, il haïssait les mendiants et leur souhaitait tous les malheurs qui se fussent jamais abattus sur une créature ; s'il avait osé, il les aurait tous étranglés de ses propres mains. C'étaient des espions de Dieu, des prétentieux, de misérables traîtres. Ils recouvraient l'aumône comme on lève un tribut. Et quand quelqu'un passait sans faire attention à eux, ils le maudissaient aussitôt, et leurs paroles s'élevaient vers le ciel jusqu'à l'oreille de Dieu. Ils étaient conscients de leur pouvoir et toujours prêts à dépouiller les gens honnêtes et travailleurs. Tancrède Turlupin leur donnait sa menue monnaie plein d'une rage contenue et en grinçant des dents.

Gravement malade, sur le point de mourir, le cardinal de Richelieu poursuit encore sa vieille obsession, se débarrasser de la noblesse. Radicalement et une fois pour toutes. Une sorte de Saint Barthélémy des aristos. Mais son but n'est pas de de protéger Louis XIII et la royauté, mais d'établir une république à l'image de celle de Cromwell. L'occasion, il va la trouver lors des obsèques d'un pair de France qui réunissent une grande partie d'entre eux. Le moment venu, il s'agira d'inciter le peuple de mécontents à se soulever et de massacrer les nobles présents. Pour commencer. A cet effet, il a soudoyé un agent provocateur qui donnera le signal.

Un projet grandiose  !

Tout est prêt, mais voilà ! Un grain de sable inattendu va gripper la machine en marche. Turlupin est son nom. Un jeune homme abandonné à a naissance, puis recueilli, il est devenu barbier et telle pourrait être sa vie. Banale mais sure. Et ce serait mieux pour lui, vu qu'il est un peu béta. Pas méchant, non, mais pas futé non plus. La preuve en est qu'il s'est mis en tête qu'il est de noble ascendance. Présent aux obsèques du noble pair, il s'imagine que sa veuve le fixe du regard pendant la cérémonie. Et il se persuade qu'elle est sa mère. En fait elle est aveugle, mais moins que lui. Décidé à se faire connaitre, il parvient, déguisé en noble, à s'introduire dans le château et à se glisser parmi les invités. C'est le passage le plus drôle du livre. Il se rend très vite compte qu'ils ont tous en commun d'être incroyablement vains, futiles, imbus de leurs privilèges, belliqueux et en plus tous pochards. Comme il ne connait pas les moeurs de ces oligarques, il multiplie les impairs et se met en danger.

Ce qui se passe ensuite, vous le saurez en lisant le livre. Et sachez que Perutz, comme dans tous ses romans, multiplie les plaisirs et divertissements, les intrigues riches en rebondissements, les fausses citations. Les personnages principaux et secondaires sont nombreux et savoureux.

Alexandre Dumas et Leo Perutz ont des points communs. Mais Dumas s'intéresse plutôt à l'héroïsme et aux intrigues politiques et amoureuses. L'Histoire pour Perutz est une suite de hasards et de malentendus, d' absurdités.
Les personnages sont dérisoires et se cherchent en vain. Tel ce Turlupin, propulsé au coeur de l'action pour inverser le cours de l'histoire sans se rendre compte qu'il est manipulé.

Au fond, la vision de la société et de l'Histoire est pessimiste chez Perutz. La mort rode et n'est jamais bien loin. Et cette oeuvre est sans doute le reflet d'un lieu et d'une époque, même si dans ce cas précis, c'est Paris et non Prague en toile de fond.


mots-clés : #complotisme #historique #humour
par bix_229
le Sam 15 Déc - 18:28
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue allemande
Sujet: Leo Perutz
Réponses: 24
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Juan Gabriel Vásquez

Le corps des ruines

Tag complotisme sur Des Choses à lire Images96

Il va être difficile de rendre compte de ce roman tant il est tentaculaire, intelligent, maîtrisé, tant le roman et le non-roman y sont étroitement intriqués au bénéfice de l'esprit et d'une certaine générosité.

Juan Gabriel Vasquez s'y montre  écrivain à l’œuvre, s’appropriant peu à peu un sujet qui l'a initialement rebuté, à l'écoute des signes qu'au fil des années celui-ci peut lui envoyer, l'amenant à accepter de douter, de se remettre en question pour finalement se l'approprier au prix d'un itinéraire affectivo-intellectuel traversant le temps et les continents.

Ce sujet lui est apporté/imposé par une espèce de complotiste exalté, monomaniaque et  agaçant, Carlos Carballo, fasciné par deux assassinats politiques qui ont été  des tournants majeurs dans l'histoire de la Colombie:  celui de Rafael Uribe Uribe en 1914, et celui de Jorge Eliécer Gaitán en 1948, deux figures de l'opposition libérale. Pour ces deux assassinats,  les exécutants ont été châtiés, et Carballo soutient que la justice s'est refusée à remonter le fil des vrais commanditaires. La juxtaposition de ces deux affaires est l'occasion  d'interroger la société colombienne, pervertie d'avoir toujours frayé avec la violence,  de réfléchir au lien que celle-ci entretient avec le mensonge et la dissimulation, et de montrer comment la quête de la vérité, si elle est vouée à l'échec, permet cependant d'interroger sa propre intimité, mais aussi tout le corps social  notamment dans sa  dimension  politico-judiciaire.

On est  dans une démarche assez curieuse (et plusieurs fois revendiquée) qui mêle sciemment l'autofiction et  l'histoire d'un pays, mais aussi l'Histoire et la fiction  pour produire une œuvre protéiforme, mi-polar politique, mi-réflexion et quête de sens. Dans cette démarche qui n'est pas sans rappeler Cercas, mais portée ici par une écriture fluide et pleine de vivacité, parfois à la limite de la faconde, Juan Gabriel Vasquez communique, par un montage époustouflant,  sa passion, ses émotions  et son érudition. il tire un fil qui en révèle un autre, suggère sans imposer, les longueurs sont très rares (et sans doute indispensables), c'est de la belle ouvrage.




mots-clés : #autofiction #complotisme #creationartistique #historique #justice #politique #violence
par topocl
le Mar 20 Fév - 16:20
 
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Sujet: Juan Gabriel Vásquez
Réponses: 16
Vues: 754

Jean-Christophe Rufin

Le parfum d’Adam

Tag complotisme sur Des Choses à lire Le_par10

Thriller dont l’intrigue est plutôt du genre espionnage, mais vite lassant par trop de convention assez mal traitée (malgré l’évocation des contrées visitées par l’auteur). Il a pourtant le mérite de mettre en lumière l’antispécisme et l’antihumanisme, et plus généralement la place de l’être humain dans la nature, notions qui me turlupinent depuis que j’ai été confronté à l’impact de l’homme sur la forêt équatoriale. En gros, le spécisme est aux espèces animales ce que le racisme est à l’intérieur de l’espèce humaine : pourquoi un être humain aurait-il moralement plus de valeur qu’un éléphant, un moustique ou un vibrion cholérique ? On ne trouve bien sûr pas de réponse dans le livre, mais ce questionnement est troublant, surtout si on le prolonge en interrogeant l’opposition individu et continuum biologique, ou les degrés de différence entre être humain et (autre) animal. A ce propos, Rufin explicite dans une postface ce qu’il considère comme le passage de la guerre à la pauvreté à la guerre contre les pauvres via l’écologisme radical états-unien mis en scène dans son roman, en prolongement d'activistes comme Edward Abbey  (fil ici) par exemple.
Complot d’une "élite" pour débarrasser la planète des pauvres en surnombre, voilà l’intrigue de ce livre dont le vrai sujet est d’exposer l’écologie extrême et le malthusianisme jusqu’au-boutiste (en parfait contraste avec l’engagement humanitaire de Rufin). Apparemment l’auteur a voulu rendre la pilule plus avalable, mais j’aurais préféré un ouvrage plus resserré (dépasse les 500 pages), et qui aurait évité les vieux ressorts du genre (péripéties, humour et amours).
A cause de coïncidences secondaires, ce livre m’a rappelé American Darling, de Russell Banks.

« Dans la nature, l’individu ne compte pas. Entre les êtres vivants et leur environnement, entre animaux et végétaux, l’essentiel, ce sont les équilibres. Dans le monde vivant, le système des prédateurs est le garant de ces équilibres. »

« Ils sont seulement pauvres, pauvres à un point que nul ne peut imaginer car leur misère n'est pas le fruit d'un cataclysme, d'une chute, mais leur condition profonde et probablement éternelle. Ils sont nés pauvres comme d'autres êtres naissent renard ou cheval. La misère n'est pas leur état mais leur espèce. A leur manière, ils s'y adaptent. […]
Dans les campagnes, il existe un équilibre entre le nombre d’êtres humains et les ressources de la terre. Quand la limite des ressources est atteinte, le nombre d’hommes stagne ou diminue. C’est la loi de Malthus. Mais, ici, [dans la favela] il n’y a plus de loi. Le gouvernement ne peut pas se permettre d’affamer ses villes. Alors, il les nourrit. Plus rien n’arrête la prolifération des pauvres. Leur taux de fécondité reste énorme. »

« Bioterrorisme, santé des chefs d’États, protection des brevets pharmaceutiques, manipulations des agences humanitaires, le renseignement et la médecine ont partie liée aujourd’hui. »

« Au Brésil, on comprend que les pauvres ne sont pas une espèce à part, une monstruosité venue d’on ne sait où : ils sont le produit de notre société. Elle les a fabriqués, rejetés hors de ses clôtures. L’étape suivant consiste à les accuser de leur propre dénuement et, au nom de la Terre, cet espace commun dont nous avons fait notre propriété, de les détruire. »


mots-clés : #complotisme #ecologie #polar
par Tristram
le Jeu 18 Jan - 21:42
 
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Sujet: Jean-Christophe Rufin
Réponses: 21
Vues: 732

Umberto Eco

Le Cimetière de Prague

Tag complotisme sur Des Choses à lire Eco10

Roman, 540 pages environ, publié en italien en octobre 2010, en mars 2011 pour la traduction française.
Titre original: Il cimitero di Praga.

L'éminent sémiologue nous sert là d'un drôle de pudding, cependant exhaussé sans cesse d'une part foutraque, un loufoque de situation propice au rire jaune; est-ce de peur de perdre le lecteur lambda ? Attention toutefois: cette drôlatique est d'un goût quelque peu noir.
Petits appétits, régimes, souci de la ligne écrite s'abstenir.  
(NB: au reste, au premier degré, c'est un livre où dîners et recettes sont mises en exergue !).


Le sujet de ce demi-kilogramme de pages imprimées, c'est rien moins le XIXème historique, en Italie, en France (l'action se déroule très majoritairement à Paris), voire via l'Allemagne et la Russie.
Mais le XIXème balayé sous l'angle du complotisme, de l'espionnage, du faux et usage de faux, de l'antisémitisme, du racisme et de quelques autres préjugés poisseux du même tonneau, aussi néfastes et nauséabonds, genre anti-jésuites, anti-maçonniques, anti-garibaldistes, anticlérical, anti-républicain, misogynie, manipulation, chantage, messes sataniques, confréries occultes, meurtres, trahisons et je vous en passe des guère plus reluisants:
Sujet pas de première facilité, plutôt incongru pour une parution guettée.

Une foultitude de personnages, de faits (et aussi de livres), lieux et...restaurants absolument réels habitent ces pages.
Encore une lecture qui gagne à s'effectuer non loin de son moteur de recherches (mais comment faisions-nous avant ?).

Seuls le (détestable) personnage principal Simonini - même si Eco s'applique à le rendre moins antipathique (disons pas pire que les autres), histoire de troubler encore l'épaisse sauce de ce bouquin- et son alter ego Dalla Piccola, ainsi qu'une poignée de personnages secondaires sont fictifs.

Le cadre historique habille l'ensemble, c'est incontestable, les recherches sont fouillées, et on ne s'en étonne pas; la puissance de feu d'Eco en matière de documentation au service de l'écriture de ses romans est une de ses marques de fabrique.

Même bien accroché à la dimension historique, même abreuvé à chaque page par un petit cul-sec de cynisme arrachant un vague sourire tenant de la cicatrice, il est difficile de ne pas trouver cette lecture quelque peu roborative, et on perdra bien du lecteur dans les méandres d'Eco (pour ne pas simplifier, c'est écrit sous forme de journal à deux mains, avec des retours en arrière, etc...):
Comme c'est longuet, bien qu'il se passe toujours quelque chose, et que pissent les traits d'esprit ou les répliques de qualité, on éprouve parfois une petite panne d'appétit pour ces procédés littéraires tentaculaires, disons manières d'écrire dignes d'une pieuvre épileptique.
Mais enfin c'est là son style, n'est-ce pas, rien de nouveau.

Adoncques, qu'entend démontrer il Professore Eco ?
Qu'on a besoin d'ostraciser, de haïr, et donc de l'autre, de l'Ennemi majuscule, plus il est rampant, diffus, présumé puissant et tendu vers la quête du pouvoir et de l'argent, mieux c'est.  
D'où le succès de l'entreprise (d'ultime égout) de Simonini, reposant sur le fait que le complotisme a besoin de sa substance ordinaire pour le sustenter, le vrai et le faux c'est secondaire.

Pierre-André Taguieff, interview au Figaro du 17 mars 2011 a écrit:Ce roman aurait pu s'intituler: voyage d'un antisémite à travers l'Europe du XIXe siècle. Le personnage principal, Simon Simonini, est hanté par l'idée d'un complot juif dont la finalité est d'anéantir la chrétienté. Comme tous les obsédés, il projette son fantasme sur tout ce qu'il voit et entend. Il pérégrine entre la France et la Sicile où il rencontre les partisans de Garibaldi, se retrouve à Paris durant la Commune, et c'est à Prague qu'il imagine la rencontre de rabbins venus fomenter un pacte de domination du monde.

Eco nous emmène à la rencontre de personnages qui ont existé et ont cru en l'existence de complots de tous ordres, notamment maçonniques ou jésuites. On y croise notamment l'abbé Barruel, qui voyait dans la Révolution et l'Empire la marque de l'influence maçonnique, le socialiste Toussenel, véritable inventeur de l'antisémitisme de gauche, qui était persuadé que le capitalisme servait les intérêts des Juifs, sans oublier Édouard Drumont, l'auteur de La France juive dont les articles défrayèrent la chronique durant l'affaire Dreyfus. «La haine est la vraie passion primordiale. C'est l'amour qui est une situation anormale. C'est pour ça que le Christ a été tué, il parlait contre nature» , écrit Eco en conclusion de ce roman plus erratique que convaincant.


Et le même critique de lâcher une lourde flatulence dans l'ascenseur avant de sortir à l'étage:
Pierre-André Taguieff a écrit:  Quant au produit, de mauvais esprits diraient que c'est du Dan Brown sophistiqué et bien documenté, du Dan Brown pour bac + 3

J'adôôôre le procédé "de mauvais esprits diraient que", mais pas moi, hein, mais c'est moi qui le dit quand même, hein...

Aujourd'hui les haines ont peut-être changé d'objet, et, aux temps du nombrilisme-individualisme, se sont multipliées (pas loin du chacun la sienne), mais demeurent; au reste, la Toile est un instrument rendant caduques les méthodes de faussaire de Simonini, mais en met une à disposition de tout un chacun, sans même nécessiter talent, entregent, savoir-faire et dangers affrontés.    

En cela, Eco a effectué un travail salubre, utilisé sa notoriété utilement pour appuyer là où ça fait mal, profité du statut de best-seller annoncé d'un livre pour faire passer un propos dérangeant.  

Alors oui, son repasse-plats permanent pourra paraître indigeste (combien de pages ai-je murmuré: "allez, c'est bon, on a compris, déjà dit, déjà illustré plus tôt" ?), oui, l'auteur surjoue l'histrion érudit, oui, son rentre-dedans littéraire frise par instants le matraquage de lecteur (mais enfin c'est son style qui est comme ça, comme dit plus haut, style qui peut-être est une des raisons de son succès, et n'a pas à me convenir à moi en particulier), etc.

De là à moquer ou disqualifier l'ouvrage, pour ma part, c'est non certainement pas: livre à recommander, pourquoi pas avec une certaine chaleur, mais pas à tout le monde, sans nul doute !


Spoiler:
mots suggérés, spoiler à effacer SVP: haine, historique, complotisme


mots-clés : #complotisme #historique
par Aventin
le Lun 8 Jan - 17:23
 
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Sujet: Umberto Eco
Réponses: 11
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