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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 12 Nov - 16:32

17 résultats trouvés pour correspondances

Helene Hanff

84, Charing Cross Road

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Helene Hanff, écrivain new-yorkaise aux revenus précaires, commande  en Angleterre, à une librairies située 84 Charing Cross Road, toutes sortes des livres anciens ou épuisés qu’elle n’arrive pas à se procurer chez elle. Peu à peu une espèce d’amitié se noue entre elle et le libraire, Franck Doel puis avec toute l’équipe puisqu’en cette période des sévères restrictions d’après guerre, Helene envoie des colis de nourriture à distribuer entre tous.

C’est un court roman épistolaire. Ou bien Helene Hannf s’est elle contentée de reprendre des lettres réelles, de les sélectionner et les mettre en face à face ? Ça, on ne le sait pas. Il y a là un ton délicieux, d’une légèreté rieuse, entre la fofolle new-yorkaise et l’anglais guindé. Le ton évolue peu à peu au fil des pages, les employés de la librairie et la famille de Franck s’y mettent, c’est tout à fait charmant.


Mots-clés : #amitié #autofiction #correspondances #universdulivre
par topocl
le Ven 10 Mai - 11:55
 
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Sujet: Helene Hanff
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Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon

L’amour après (Marceline Loridan-Ivens et Judith Perrignon)

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Marceline, 89 ans, ouvre une valise fermée depuis 50 ans et contenant des lettres ‒ sa « Valise d’amour ». L’amour était en bourgeon quand il fut compromis dans son corps mis à nu lors de sa déportation à 15 ans. Pas question pour la survivante de se souvenir, de parler de Birkenau, mais de vivre libre.
« Je ne peux m’empêcher de superposer nos corps, nos enfants, nés ou pas, nos histoires, comme une question qui nous était posée à toutes, puisque la société n’attendait qu’une seule chose de nous : mariez-vous et procréez. »

D’abord frigide, incapable d’abandon amoureux, surtout occupée de son besoin de liberté (d’où l’affranchissant statut de femme mariée avec Francis Loridan, l’ingénieur expatrié) dans le Saint-Germain-des-Prés des années 50, ce sont les lettres de prénoms oubliés, et de Georges Perec, d’Edgar Morin, intéressantes en elles-mêmes, mais pourquoi les leurs, si ce n’est que, passades de Marceline, ce sont des figures d’élite ? Elle fut fascinée par les intellectuels, d’ailleurs demande sans cesse des conseils de lectures (sa scolarité ayant été elle aussi avortée) dans sa volonté de s’élever, son intarissable soif de « vouloir savoir ».
« Je construisais une bibliothèque imaginaire devant moi, un peu comme on pave son chemin. En me déportant, on m’avait aussi arrachée à l’école, et je préférais me pencher sur ce que je n’avais pas appris que sur ce que j’avais vécu. »

C’est l’époque des questionnements de la jeunesse, des engagement politiques contre les conventions, des pionnières de l’émancipation féminine.
« La jeunesse venait de naître, ce n’était plus seulement un état passager, mais une catégorie valorisée, toisant les générations précédentes. »

« Il n’y eut, après les camps, plus aucun donneur d’ordres dans ma vie. »

Simone Weil :
« Nous étions du même transport, du même quai, du même camp. »

« Il faut répéter qu’une Juive survivante d’Auschwitz a tout fait pour sauver des femmes arabes de la torture et du viol. Il est là le sens de l’Histoire, et de l’humanité. Mais nous l’avons perdu. À moins qu’il n’y ait aucun sens, que j’aie simplement eu besoin d’y croire comme beaucoup d’autres au sortir de la guerre. Il n’y a qu’un balancier, faisant et défaisant. »

Puis vient Joris Evans, le grand amour de Marceline, qui lui permet enfin de se « connecter au monde » avec le cinéma documentaire.
« Mon corps n’était plus un enjeu enfin. Et doucement, à ses côtés, la jeune femme et la survivante ne firent plus qu’une seule. »

Marceline témoigne fort humainement…
« Je me cherchais dans les regards et je ne voulais pas y voir mon âme perdue. Qu’est-ce qu’une âme perdue ? C’en est une qui tâtonne dans la nuit, sur les routes du souvenir. Il faut agir follement pour ne pas la laisser voir. »

« Je n’étais pas une gosse, j’avais tout compris du genre humain à quinze ans, pas une adulte non plus, j’avais si peu connu de la vie, j’étais un petit être farouche, hybride, souvent cassant, doté d’un penchant pour la mort et d’un redoutable instinct de survie. Lorsque je l’ai rencontré, je sortais d’un sanatorium de Suisse, où j’avais soigné une tuberculose, et d’une seconde tentative de suicide aussi. J’étais venue me reposer au château. Étrange cette habitude que j’avais d’aller me réparer là où mon drame avait commencé, comme si, en revenant au point de départ, on pouvait tout annuler et renaître. »

… et j’admire son franc-parler :
« J’écris un livre sur l’amour. Sur comment vivre à deux sans se faire chier. »

« Ma vie c’était vraiment du rabe. »

« Ces vingt dernières années, j’ai vu une petite rousse vieillissante me regarder depuis des vitrines devenues trop luxueuses. J’ai mieux vieilli que mon quartier, je trouve. »



Mots-clés : #correspondances #temoignage
par Tristram
le Dim 7 Avr - 1:01
 
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Sujet: Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon
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Mary-Ann Shaffer et Annie Barrows

Mary-Ann Shaffer
1934/2008

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Mary Ann Shaffer, de son nom complet Mary Ann Fiery Shaffer, née le 13 décembre 1934 à Martinsburg, en Virginie-Occidentale, aux États-Unis, et morte en 16 février 2008, est une écrivaine américaine auteur d'un roman épistolaire Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates (titre original : The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society), qu'elle a achevé avec l'aide de sa nièce Annie Barrows quand sa santé est devenue défaillante.

Le roman est publié en juillet 2008 par l'éditeur américain Random House, peu après la mort de l'auteur. Il rencontre un succès international, consacré par le prix du meilleur livre du Washington Post en 2008. La traduction française d'Aline Azoulay paraît en avril 2009 chez l'éditeur NiL.
Éditrice, bibliothécaire puis libraire, Mary Ann Shaffer découvre Guernesey en 1976 et s'en souvient pour écrire à l'initiative de son propre cercle littéraire son roman épistolaire qui mêle la vie sentimentale d'une jeune femme de lettres anglaise, Juliet Ashton, et un regard documentaire sur l'île Anglo-Normande de Guernesey durant la Seconde Guerre mondiale, seul territoire européen dépendant de la couronne britannique occupé par l'armée allemande. En 1946, Juliet entre en contact avec des habitants de Guernesey et reçoit leurs lettres-témoignages sur la vie quotidienne de l'île occupée par les Allemands. Elle apprend en particulier l'anecdote de la création d'un cercle littéraire qui justifiait leurs rencontres autour d'un cochon grillé et d'une tourte aux épluchures de patates, et qui donne son titre au livre.

Il y est aussi question de Charles Lamb poète et critique littéraire anglais et à ses Essais d'Elia qui vont être l'objet du premier contact entre les membres du cercle littéraire.



Annie Barrows
Née en 1962

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Annie Fiery Barrows est une romancière américaine née en 1962 à San Diego.
Elle est la coauteur du roman épistolaire The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society, publié en 2008 par l'éditeur américain Random House, et dans sa traduction française en 2009 par l'éditeur NiL sous le titre Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates.

Mary Ann Shaffer est l'auteur principal du roman, mais sa santé défaillante l'empêcha de retravailler le manuscrit final. C'est sa nièce Annie Barrows qui accepta de reprendre le texte et de le travailler jusqu'à publication finale. Elle est également l'auteur de la série pour enfants Ivy and Bean et de The Magic Half.


Bibliographie en français :

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates,  2008 (avec Mary-Ann Shaffer)
Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables, 2015


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Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

Tag correspondances sur Des Choses à lire Bm_3726_aj_m_3620


Ce fut une belle surprise ! Une virée dans un de ces endroits magiques : une boutique de livres d'occasion....avec espace convivial mis à la disposition des clients..thé, café...et une femme me conseille ce roman. Si je la revois, je l'embrasse Tag correspondances sur Des Choses à lire 1390083676

J'ai adoré. Donc, il s'agit d'un roman basé uniquement sur des échanges épistolaires....après la fin de la guerre, en 1946, une jeune journaliste : Juliet, qui peine à trouver un nouveau sujet après le succès de sa précédente rubrique....répond à un lecteur habitant l'île de Guernesey qui lui fait part de son admiration pour un écrivain, Charles Lamb. Il est entré en possession d'un de ses livres, ayant jadis appartenu à Juliet et dont le nom et l'adresse étaient au dos de l'ouvrage.

Et tout découle de cet échange.....au fil de leurs courriers, il l'informe de la création du cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates...né à Guernesey au cours de l'occupation allemande....

Juliet, intriguée, le questionne....et tous les membres dudit cercle se dévoilent peu à peu.... et s'ensuivent des lettres avec tous ceux-ci....

C'est plein d'humour...sympa....comique et à la fois tragique quand le sujet s'étend évidemment à l'occupation allemande, aux exactions qui en ont découlé....etc....

Un roman léger ...mais pas tant que ça au fond.... Juliet au fil des lettres avec son éditeur et de son amie évoque aussi les aléas de sa vie privée...hilarant.

Juliet répond à Dawsey Adams...qui est entré en possession de son livre...

" Je me demande comment cet ouvrage est arrivé à Guernesey. Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu'à leur lecteur idéal...  Comme il serait délicieux que ce soit le cas....»

N'est-ce pas ?


mots-clés : #correspondances #deuxiemeguerre
par simla
le Jeu 29 Nov - 4:30
 
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Sujet: Mary-Ann Shaffer et Annie Barrows
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Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon

L'amour après
avec Judith Perrignon

Tag correspondances sur Des Choses à lire 41aubv10


Au crépuscule de sa vie, lumineux quoiqu'elle perde la vue, Marceline Loridan-Ivens rouvre la valise de ses archives et se rappelle comment, au retour des camps, avec "l'ombre de la mort" dans son dos, elle a fait le choix de la liberté, là où beaucoup de ses compagnes ont choisi le mariage, la sagesse, les enfants, cadre rassurant pour dépasser l'empreinte infernale. Comment elle joue le "jeu de la séduction dont j'avais abusé pour me rassurer, par simple peur d'être aspirée par le vide".

C'est l'occasion de parler d'un corps qui ne peut que se souvenir des sévices, de l'usage d'une espèce de liberté qu'elle a paradoxalement apprise dans les camps, où, jetée à 15 ans, elle s'est affranchie de toute tutelle pour ne vivre que par elle-même. C'est aussi l'occasion de parler  d'amour dans cette incroyable relation partagée avec Joris Ivens, d'amitié, notamment avec quelques pages très fortes sur Simone Veil, si différente et si proche, de ce lien impossible à couper entre les survivant(e)s.
C'est un texte que la belle écriture de Judith Perrignon contribue à rendre aussi joyeux que terrible, vivant, en quelque sorte, de cette énergie de savoirs, de relations, de combats qui a conduit Marceline Loridan-Ivens.

Seuls comptent la quête, le mouvement, le sens.


Sans mentir, franche, résolue, elle ne franchit jamais les limites d'une impudeur, ni sur l'horreur ou la douleur, ni sur la joie, ni sur le plaisir. Les dernières pages sont bouleversantes, elle se retrouve seule dans le lit de son conjoint décédé reste de son côté, puis adopte le milieu. Tout cela est bien remuant. Il y a une beauté à cette façon de mener sa vie.

Mots-clés : #amour #autobiographie #campsconcentration #conditionfeminine #correspondances #temoignage
par topocl
le Mer 1 Aoû - 15:42
 
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José Manuel Prieto

Papillons de nuit dans l'empire de russie

Tag correspondances sur Des Choses à lire Prieto10

Le narrateur, un certain J, profite de l’effondrement de l’empire soviétique pour faire du trafic avec l’occident en privilégiant le matériel militaire high-tech : guides laser et googles infra-rouge. Il a bien compris qu’il peut bénéficier d’une plus-value non négligeable sur ce type d’objet peu encombrant, en revanche il risque gros. Il rencontre lors d’une vente un richissime suédois qui lui suggère un autre type de trafic, moins dangereux, celui des papillons. J se lance donc à la recherche du mystérieux yaziku dont le dernier spécimen a été donné au tsar Nicolas II en 1914.
Lors d’un voyage à Istanbul avec son employeur suédois, J remarque dans une boîte de nuit une stripteaseuse et prostituée, une certaine V, une jeune russe qui a voulu fuir son village sordide de Sibérie. Celle-ci lui demande de l’aider à fuir et retourner en Russie (cas classique, le propriétaire de la boîte lui a confisqué son passeport et l’a endettée à vie). Par la suite, J recevra sept lettres de V, lettres sublimes. Pour lui répondre il va lire de nombreuses correspondances de l’Antiquité à nos jours.

Encore un détail : si nous sommes en admiration devant les lettres de Flaubert à Louise Collet, ou celles de Kafka à Milena (et aussi à Felice), pourquoi ne pas imaginer qu’elles ont été inspirées par des lettres de bien meilleure qualité, écrites par ces femmes ? Bien souvent on ne lit ou ne publie que les lettres des écrivains, en majorité des hommes, mais derrière celles-ci – tout comme derrière ce brouillon – se cachent des lettres de femmes, de vraies œuvres d’art, sublimes. Sublimes, il ne me vient pas d’autre mot à l’esprit.


Le livre est donc un roman épistolaire d’un genre nouveau. Le narrateur raconte sa vie avant, pendant et après sa fuite avec V. Le tout s’entremêle de réflexions sur l’existence, de notations sur le temps, les paysages, les scènes du quotidien. Surtout, la poésie est omniprésente.
J’ai été plus particulièrement séduit par l’atmosphère slave qui se dégage du livre, Prieto est cubain mais il a vécu longtemps en Russie ; également ce dialogue particulier qui s’instaure entre Orient et Occident. En effet, le récit oscille entre deux sites, un Istanbul plutôt marqué par l’Orient et Livadia en Crimée où les influences occidentales sont plus marquées. Cependant, ce sont aussi des villes où coexistent des deux cultures, les deux esprits.
En littérature, le mot « papillon » renvoie immanquablement à Nobokov. C’est dans un genre un peu différent que Prieto nous entraîne dans les aventures de J chassant le yaziku dans le delta de la Volga. Mais il a gardé le côté « enchanteur » du maître.
Une très belle lecture et un écrivain à découvrir.  Very Happy

Lorsque mes yeux glissèrent sur son nom, à la dernière page, étourdi par ce que je venais de lire et parce que cette lettre était peut-être encore plus belle que la précédente, je perdis un court instant la pleine conscience du lieu où je me trouvais, immergé dans le plus profond silence, tandis que sa phrase d’au revoir résonnait comme une perle de cristal rebondissant sur les parois d’un coquillage, se déplaçant rapidement dans la spirale de ses cavités.


Un voyage doit se profiler à l’avance dans l’esprit du voyageur comme dans un minuscule polygone, comme dans une chambre de Wilson où l’on étudierait sa trajectoire de particule atomique, où l’on envisagerait l’état de satisfaction qui nous attend sur l’autre rive, l’eau en train de bouillir dans la marmite, le soleil en train de se coucher derrière les arbres, les guides bachkirs discutant à voix basse tout près de toi, dans leur boutique de fortune. Voilà pour ce qui est de l’importance physique de la peau exposée au vent et du soleil derrière les paupières. Mais on notera la nécessité d’un cadre mental, métaphysique, d’une expérience supra personnelle qui nous permette de d’admirer, ravis, les traces des bulles dans la masse liquide, de découvrir des univers confinés entre ces minces parois. Une idée inaccessible et d’apparence fragile, les ailes d’un papillon, un rêve.


A l’intérieur de ces troncs survivaient des forces qui refusaient de se consumer, qui protestaient en émettant des craquements, dans un rapide staccato, ralentissant le rythme par moments pour émettre ensuite des appels à l’aide frénétiques. C’étaient les plaintes des âmes emprisonnées dans les arbres, divinités sylvestres martyrisées par le feu, ou peut-être, pensais-je tout à coup, les cris de joie qu’elles poussaient en s’élevant vers le ciel, libres enfin. Avant de se mêler au reste du troupeau des âmes, elles devaient avoir averti mon autre moitié errante, l’importunant l’espace d’une seconde dans un bar de Linz en Autriche.


Pour ma part, je n’avais aucune raison de m’inquiéter, mais comme je la regardais, droit dans les yeux, tout en l’écoutant parler de mode (son rêve était de devenir mannequin, m’avait-elle dit) je pus voir la peur voiler son regard, la solution aqueuse de ses yeux se cristalliser soudain, se précipiter et tomber lentement comme des flocons de neige.


mots-clés : #contemporain #correspondances #polar #voyage
par ArenSor
le Lun 18 Juin - 18:31
 
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Sujet: José Manuel Prieto
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Claudie Hunzinger

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La langue des oiseaux

« La nuit où j’ai rencontré Kat-Epadô, j’étais seule dans une baraque isolée, porte fermée à double tour. Autour de moi, la tempête. À perte de vue, des forêts. »
ZsaZsa, une romancière, quitte Paris pour aller dans les montagnes étudier la langue des oiseaux. Elle n’imaginait pas que le soir même, allumant l’écran, elle allait rencontrer une étrange Japonaise dont l’écriture la fascine aussitôt par son charme maladroit. Un jour, celle-ci débarque. Elle a peur. Pourquoi ces deux jeunes femmes vont-elles fuir ensemble à travers les forêts ? De nuit ? Qu’est-ce qui les lie ? Qui les poursuit ?

Quatrième de couverture


Peut-être que la quatrième de couverture va trop vite pour raconter le roman ou peut-être que ce qui m'a marquée est "l'avant-rencontre" réelle des deux "filles" comme ZsaZsa les nomme.

ZsaZsa - j'adore ce surnom - a décidé de prendre une année sabbatique pour prendre du recul par rapport à sa vie personnelle, son travail de correctrice et par rapport à la société  elle-même avec laquelle elle n'est plus en adéquation. Elle part donc pour les forêts vosgiennes, un abri de la dernière guerre, un confort spartiate, le dénuement et la vie en pleine nature même si on est en plein hiver pour tout replacer à sa juste valeur et surtout donner de l'importance aux choses qui sont essentielles  pour ZsaZsa.

il - isaac Babel - vous disait qu'au genre humain, il ne faut pas se fier. Il n'y a que les écrivains pour vous le dire, jamais la société ne vous l'avouera. Elle vous cachera le Mal dont elle est pétrie, par honte. Par humanisme.

J'ai  - égoïstement - aimé les pages où ZsaZSa se raconte : son enfance atypique, ce père cultivé qui enseigne le chinois à sa fille et l'écoute des oiseaux pour les connaître et communiquer avec eux, puis les rencontres, la vie professionnelle, son rapport à notre société. Et tout autant quand elle évoque la nature qui n'est là que pour elle seule, Marguerite "sa voisine" si décalée dans notre société et si attachante - n'est-elle pas disponible à toute heure pour ouvrir sa porte , - .

Je voulais lui  - marguerite -épargner l'hôpital du village où déjà une fois, cet hiver, il avait fallu la transporter après la mort de son cheval. Il n'y avait pas de bêtes là-bas, en bas, disait-elle, pas de poules, pas de chat, il n'y avait rien. A l'hôpital, il n'y avait rien. Il fallait que je revienne ici. les bêtes sont des confidents, on leur dit tout, et alors, là, elle leva vers moi son regard, pour être sûre de moi, sûre que je comprenais cela, l'essentiel, nous-mêmes, elle et moi, fille et bêtes.

Il y a cette quête vers le virtuel que représente Kat-Espadô, cela occupe complètement sa volonté quand elle ne parcourt pas les forêts, la hante...Et il y a la rencontre réelle et là, je ne dirai rien de plus : à vous de découvrir !

Il existe toutes sortes de rencontres. (...) On peut rencontrer un pseudo : il vous possède. On peut rencontrer un oiseau : il vous fait rougir. La plus petite rencontre contient sa part explosive qui fracture quelque  chose en vous.


Je n'ai qu'un regret  : avoir lu la dernière page de ce roman et quitté ZsaZsa comme on quitte une image que l'on trouve trop familière...


mots-clés : #amitié #correspondances #solitude
par kashmir
le Mer 21 Fév - 19:23
 
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Sujet: Claudie Hunzinger
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Hélène Gestern

Eux sur la photo

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Hélène Gestern, dont l’héroïne s’appelle Hélène - cela ne peut être anodin - nous raconte l’histoire d’u couple somme toute assez banale, leur amour contrarié pour cause de mésalliance, mais qui ne fut jamais oublié, et malgré des mariages de raison, renaquit dans un bonheur éclatant pour tourner assez vite au tragique. Une histoire souvent entendue, mais qu’Hélène Gestern tourne fort joliment : une photo immortalisant Pierre et Nathalie lors d’un tournoi de tennis, va réunir Hélène et Stéphane, leurs enfants respectifs, le temps d’une chasse aux non-dits, dans une relation faite de patience, de respect , de tendresse et d’humour. Ces deux là, tout au long d’une année, vont découvrir les secrets qui les ont déchirés, les ont faits ce qu’ils sont, et par là se découvrir l’un l’autre.

Roman épistolaire des temps modernes, Eux sur la photo alterne lettres, courriels et SMS où les deux héros se dévoilent peu à peu, dans une douceur tranquille et pleine d ‘humour. C’est cette prose délicate et surannée, pleine de délicatesse qui donne sa vraie valeur au livre. C’est un  vrai régal de voir comment les mots évoluent, selon le support, et au fil de la progression de leur relation. Quant aux description des photos peu à peu retrouvées qui vont mener Stéphane et Hélène de révélations en fausses pistes, leur description constitue autant de petites nouvelles assez sublimes.

Histoire assez banale, certes, mais dont le mode  narratif nous offre un livre  finalement plutôt original, charmant, où la drame et la légèreté nous entraient alternativement, Eux sur la photo montre à quel point nous sommes ballottés par nos destins,  fragiles et imparfaits.

(commentaire récupéré)
mots-clés : #correspondances
par topocl
le Dim 18 Juin - 19:58
 
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Katherine Pancol

Un homme à distance

Tag correspondances sur Des Choses à lire Tylych50

« Ceci est l'histoire de Kay Bartholdi. Un jour, Kay est entrée dans mon restaurant. Elle a posé une grosse liasse de lettres sur la table. Elle m'a dit : Tu en fais ce que tu veux, je ne veux plus les garder. » Ainsi commence ce roman par lettres comme on en écrivait au xviiie siècle. Il raconte la liaison épistolaire de Kay Bartholdi, libraire à Fécamp, et d'un inconnu qui lui écrit pour commander des livres. Au fil des lettres, le ton devient moins officiel, plus inquisiteur, plus tendre aussi. Kay et Jonathan parlent de leurs lectures, certes, mais entament un vrai dialogue amoureux. Ils se font des scènes, ils se font des confidences, ils se tendent des pièges, s'engagent dans une relation que Kay, hantée par le souvenir d'une déchirure ancienne, s'efforce de repousser. Mais qui pourrait prédire vers quelle révélation l'emmène ce nouveau lien noué à travers des livres dont chacun des correspondants se sert comme de masques pour cacher ses vrais sentiments ? Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es et comment tu aimes... semble dire ce nouveau roman de Katherine Pancol.

Un échange épistolaire élégant doublé d’une stylistique des plus agréables.
J’avoue avoir pris beaucoup de plaisir à retrouver  la délicatesse et la courtoisie des correspondances  d’antan.  
Prenez une libraire subtile et érudite,  un voyageur  intriguant et lettré et vous aurez « un homme à distance » un clin d’œil à la littérature, à la passion,  prodiguant des références littéraires des plus séduisantes à côté desquelles je ne suis pas passée...
Un  récit gracieux, un épilogue dont je ne me serais pas douté, ce qui est appréciable.
mots-clés : #correspondances
par Ouliposuccion
le Mer 22 Mar - 16:43
 
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Sujet: Katherine Pancol
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Antoine Choplin

L'incendie
avec Hubert Mingarelli

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C'est un très court roman, écrit à quatre mains sans qu'on sache qui a écrit quoi.C'est plutôt plaisant d'imaginer ces deux écrivains partageant cette histoire, mais c'est aussi frustrant de ne pas en savoir plus, pas tant qui a écrit quoi, que le point de départ de cette formule, le mécanisme d'écriture , si ils sont partis à l'aveuglette ou si l'histoire était écrite d'avance : les coulisses de cette production particulière. Mais c’est sans doute une curiosité mal placée, il faut lire l’œuvre pour ce qu’elle offre, préférer le quoi au comment .

Des années après, Pavle et Jovan, qui ne se sont pas revus, entament une relation épistolaire autour d'un acte de guerre plutôt barbare dans lequel ils ont joué un rôle ensemble. Ils en partagent la culpabilité, mais ils ne se sont pas tout dit. L''écriture est volontairement pataude (ce sont deux hommes qui s'écrivent sans avoir l'habitude de le faire, et tournent autour du pot de leurs vérités innommables), exposant la simplicité du cœur de ces hommes sincères.

On brasse donc des choses tournant autour de la culpabilité, du travail de la mémoire, du pouvoir salvateur des mots, de « chacun sa vérité » et de l'amitié malgré tout. Cependant, malgré le poids des actes décrits, j'ai trouvé l'argument un peu faible pour pleinement emporter mon adhésion.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #correspondances
par topocl
le Lun 20 Mar - 9:19
 
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Sujet: Antoine Choplin
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Collectif : Lettres d'Amour. George Sand, Alfred De Musset. Préface de Françoise Sagan

George Sand , Alfred De Musset . Lettres d'Amour . Préface Françoise Sagan


Tag correspondances sur Des Choses à lire Captur92

George Sand et Alfred de Musset se sont aimés, puis se sont quittés à Venise en 1832, après des trahisons et des déchirements.
Le récit de cette aventure tient dans les soixante lettres spirituelles, passionnées et passionnantes, qu'ils ont échangées. Françoise Sagan a lu ces lettres et s'est interrogée sur les sentiments des deux personnages. Elle a tenté de comprendre ce qui s'est réellement passé entre cette jeune femme qui ne ressemblait à personne et qui séduisait tout le monde, et le poète alcoolique et génial qu'elle appelait son gamin d'Alfred.


J'ai été assez déçu par cette correspondance que j'aurais souhaitée plus fouillée, moins conventionnelle.
Il aurait été intéressant de retrouver ce gamin de De Musset, homme torturé qui ne savait garder auprès de lui Sand, prenant maîtresses mais ne pouvant se passer d'une Sand moitié mère /moitié amante.
Mais...je n'ai pas retrouvé Alfred De Musset, homme aimant se faire materner, poète et si dur à la fois dans sa relation. Cet homme tentant dans l'auto flagellation de récupérer sa bien-aimée , pour mieux s'enfuir, pour mieux souffrir .La destruction psychologique affligée à George Sand est survolée et presque obstruée par une histoire d'amitié ; de frères entre eux ...Amitié qui n'en a jamais été.
Quant à elle, femme meurtrie par la disparition de son père dès son enfance, recherchant le modèle paternel chez les hommes qu'elle aime frêles et sensibles , les hommes à materner, le tout en étant amante tapageuse , rien n'est très clair ni retranscrit.
Nous y lisons un échange assez plat, beaucoup de courriers concernant les finances, les nouvelles de son fils.
Pourtant, ce sont bien les échanges que George Sand a voulu publier à sa mort, afin que soit rétablie la vérité concernant leur histoire. Histoire ayant suscitée la polémique.

La préface, écrite par Françoise Sagan est prometteuse, superbe, je dirais que c'est ce que j'ai trouvé de plus intéressant dans cette correspondance...L'analyse d'une histoire qu'elle connait, mais qui n'est justement pas traitée en profondeur.

Le point positif est de découvrir que beaucoup de phrases attribuées à De Musset, en particulier dans " on ne badine pas avec l'amour" sont de George Sand, passages de ses lettres remaniées dans les pièces de De Musset.
Autre avis tout à fait personnel, il me semble après diverses lectures que George Sand n'a jamais été célèbre de par ses œuvres qui déjà à son époque étaient considérées comme assez mièvres, mais bien par son esprit et sa position de femme libre aux mœurs dérangeantes.
Les jugements en son temps ont été très sévères et je n'invente rien :

"C'est la vache bretonne de la littérature"  disait Jules Renard."


Baudelaire la détestait je cite :

"La femme Sand est le Prudhomme de l’immoralité, elle n'a jamais été artiste. Elle a le fameux style coulant cher aux bourgeois, elle est bête, elle est lourde, elle est bavarde, elle a dans les idées morales la même profondeur de jugement et la même délicatesse de sentiments que les concierges et les filles entretenues. Que quelques hommes aient pu s'amouracher de cette latrine, c'est bien la preuve de l'abaissement des mœurs de ce siècle.je ne puis plus penser à cette stupide créature sans un certain frémissement d'horreur et si je la rencontrais, je ne pourrais m'empêcher de lui jeter un bénitier à la tête"


Charles Murat qui n'était pas tendre avec elle :

« Elle avait ce je ne sais quoi de glouton dans le mouvement du désir »


Ses discours socialistes et humanitaires sont qualifiés de "Bêlant" par la société intellectuelle "entre autres "le meunier d'Angibault et "le péché de monsieur Antoine".
Ses romans " la petite fadette ", "lélia" ,"la mare au diable" "François le champi" et "les maîtres sonneurs" sont qualifiés de gentillets mais "un rien du tout" dans le monde de la littérature.
A sa mort Flaubert a pleuré Sand en saluant la femme mais non l’auteure, je cite :

« Les hautes figures disparaissent, mais ne s'évanouissent pas .George Sand était une idée. »


Pas un mot sur ses œuvres.
Tourgueniev a salué la femme en disant avoir pleuré comme un veau

« Il fallait la connaitre comme je l'ai connue pour savoir tout ce qu'il avait de féminin dans le grand homme ! L'immensité de la tendresse qui se trouvait dans le génie de l'esprit ... »


(de son esprit...)
La femme, George Sand a donc marqué par son esprit, son ingéniosité, mais non pas dans ses romans ou discours.
J’en viens donc à la conclusion, et bien entendu ; ce n'est encore une fois que mon humble avis, que les meilleurs écrits de George Sand se trouvent dans les œuvres de ses amants ( Ecrits provenant de correspondances dont ils se sont inspirés) ainsi que dans ses échanges épistolaires (outre celui avec de Musset) .


Aussi, je tente très bientôt la correspondance de George Sand et Marie de Flavigny d'Agoult.
Les lettres qu'elles s'échangèrent narrant leur amitié, rassemblées ici pour la première fois, témoignent du caractère exceptionnel de ces deux femmes qui, bravant les préjugés de leur classe, se voulurent maîtresses de leur destin. Toutes deux dotées d'un fort tempérament, elles firent montre d'une force d'introspection et d'une clairvoyance peu communes. Au fil de leurs lettres glissent les ombres de personnalités de premier plan (Balzac, Lamennais, Musset, Mickiewicz, Berlioz) au premier rang desquelles surgissent celles des deux amants, Liszt et Chopin.


mots-clés : #correspondances
par Ouliposuccion
le Mer 8 Fév - 16:56
 
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Sujet: Collectif : Lettres d'Amour. George Sand, Alfred De Musset. Préface de Françoise Sagan
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Paul Auster

Explication retenue, simla Very Happy
J'ai plus de souvenirs de l'ambiance de ses films. Dans lesquels il ne se passait pas grand chose non plus...

La dernière fois que j'ai lu Paul Auster ,c'était dans sa correspondance avec Coetzee, et je ne sais pas si c'est ici qu'il faut en parler?

Ici et maintenant
Correspondance 2008-2011 entre Paul Auster et J.M. Coetzee
 
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présentation de l'éditeur

J'attends toujours quelques jours avant de m'aventurer à écrire quelques lignes de commentaire sur une lecture. Pour tenter de déterminer, finalement, ce qu'il m'en reste.
Là, je dois bien l'avouer, pas grand chose.. Même si certains passages ne manquent pas d'intérêt. Heureusement..
J'aime beaucoup les correspondances, celle de ces deux écrivains, que je trouve très différents, me tentait.
Ils parlent de quoi, en fait , en trois ans d'échanges?
De sport, et de pourquoi ils restent tous les deux scotchés devant leurs écrans à regarder des matchs de cricket et de baseball, et pourquoi. De leur aversion commune pour la technologie, de leurs machines à écrire respectives et de leurs souvenirs à ce sujet. De leurs rêves nocturnes. de leurs femmes respectives, de leurs voyages et déplacements divers , de cinéma un peu , de littérature aussi bien sûr, avec un hommage commun à Samuel Beckett. de leurs lecteurs, correspondances de lecteurs, rencontres avec lecteurs, etc.
De la crise financière qu'ils essaient de résoudre , mais je ne pense pas qu'on puisse compter sur eux pour trouver des solutions..
De politique, accord parfait sur Bush,avis proche pour le conflit israélo-palestinien. Passage très rapide, dommage, sur l'influence une fois de plus douteuse de la politique américaine en Afrique du Sud. Un peu plus de détails ne m'aurait pas déplu..
Bref, ils parlent un peu de tout, mais ce tout est quand même très effleuré!
Ce n'est pas bien grave, j'aime les correspondances, et ils pourraient parler météo que cela ne me gênerait pas plus que cela, c'est dire! Et d'ailleurs, ils ne s'en privent pas:)

Avantage? Pour moi, avantage net à Coetzee, mais, là comme ailleurs, c'est affaire de goût, là où Auster, à son habitude, écrit des pages pour ne pas dire grand chose ,même si j'aime souvent bien ce pas grand chose, Coetzee reste Coetzee, lapidaire, mais puissant, et non dénué d'un humour froid et pince sans rire que j'aime beaucoup.
Et donc je termine ces quelques impressions sur ce livre avec  un extrait d'une lettre de Coetzee:

Malgré les sarcasmes de Jonathan Swift à l'égard du projet de la Royal Society, l'idéal qu'il visait n'était pas sans noblesse. Je n'ai jamais bien compris pourquoi Beckett a laissé tomber l'anglais, mais je suppose qu'il trouvait cette langue trop encombrée d'associations littéraires. Conrad, je me souviens, pestait contre le mot "oak", qui, disait-il ne pouvait être utilisé sans évoquer toute une histoire de la navigation britannique et de l'Empire britannique.
Il n'est pas rare pour des écrivains de s'agacer, en vieillissant, de la prétendue poésie de la langue et de pratiquer un style plus dépouillé.( le " style tardif"). L'exemple le plus notoire, je suppose, est celui de Tolstoï qui, sur ses vieux jours, exprimait une désapprobation moralisante vis-à-vis des pouvoirs de séduction de l'art pour s'en tenir à des histoires qui ne dépareraient pas dans une école élémentaire. Plus ambitieux est l'exemple fourni par Bach, qui à l'heure de sa mort travaillait à son Art de la fugue, pure musique en ceci qu'elle n'est liée à aucun instrument particulier.
On peut, schématiquement, envisager la vie en art en deux ou trois grandes étapes. dans la première, on trouve- ou on se pose- une grande question. Dans la deuxième, on s'échine à y répondre. Et puis, si l'on vit assez longtemps, on atteint la troisième étape, où la grande question susnommée commence à vous ennuyer, et où il vous faut alors aller voir ailleurs. "





mots-clés : #correspondances
par Marie
le Lun 6 Fév - 2:08
 
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Sujet: Paul Auster
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Georges Brassens : Lettres à Toussenot

Georges Brassens
(1921-1981)

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Georges Brassens, est un auteur-compositeur-interprète français, il marqua de son empreinte la chanson française.

Ses parents férus de musique lui font découvrir ce plaisir de la vie. Au même moment, George découvre la poésie dans le cours d'Alphonse Bonnafé, son professeur de lettres au collège de Sète. Des auteurs comme Ray Ventura, Trénet, Django Reinhardt, Baudelaire, Villon, Verlaine, Mallarmé, Hugo, sont pour lui autant de sources d'inspiration.

A l'âge de 20 ans, il décide de monter sur Paris mais en 1940, la guerre éclate. Sous l'occupation, il est réquisitionné pour le STO (Service du travail obligatoire) et doit se rendre à Basdorf en Allemagne. Il y rencontre son assistant et ami de toujours Pierre Onténiente. A la fin de la guerre, il se cache chez Madame Jeanne au 9, impasse Florimont, sans gaz, sans eau ni électricité. Brassens y restera vingt-deux ans.

Le 8 mars 1952, il rencontre Patachou, qui tient un cabaret en vogue, sur la butte Montmartre. Depuis quelques temps, le jeune Brassens fait le tour des cabarets parisiens pour soumettre ses chansons à d'autres interprètes car il a un trac fou sur scène. Mais Patachou insiste. Et c'est en ce mois de mars 1952 que George Brassens fait ses vrais débuts, accompagné de son contrebassiste Pierre Nicolas dont il ne se séparera plus.

Jacques Cannetti, lui permet alors d'enregistrer quatre 78 tours chez Polydor. C'est la fin de la galère. Il multiplie les contrats et fait chaque soir le tour des cabarets. Les années 50 permettent à Brassens d'accéder au succès. Bon vivant, il aime réunir ces amis autour de grandes tablées. On pouvait notamment y croiser Lino Ventura, Jacques Brel, Boby Lapointe ou encore Raymond Devos. Il obtient le grand prix de poésie de l'Académie française en 1967.

Le 6 janvier 1969, à l'initiative du magazine Rock & Folk et de la radio RTL, Georges Brassens participe à un entretien historique avec Léo Ferré et Jacques Brel, deux géants de la chanson française.

De son vivant Brassens publie une douzaine d'albums : La Mauvaise Réputation (1953), Les Amoureux des bancs publics (1954), Chanson pour l'Auvergnat (1955), Je me suis fait tout petit (1957), Le Pornographe (1958), Le Mécréant (1960), Les Trompettes de la renommée (1961), Les Copains d'abord (1964), Supplique pour être enterré à la plage de Sète (1966), etc.








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Lettres à Toussenot
1946-1950
Textes rassemblés par Janine Marc-Pezet
Edition Textuel

Ami indéfectible et indécrottable, le jeune Georges Charles Brassens a entretenu une correspondance enthousiaste avec Roger Toussenot, journaliste rencontré dans les couloirs du journal Le Libertaire.

Les liens sont forts et les échanges sont exaltés, Brassens allant jusqu’à écrire à Toussenot : « Toi, tu es l’ami du meilleur de moi-même. »

Cette correspondance a été confiée à Janine Marc-Pezet par Pierre Ontoniente, secrétaire et également ami de Brassens. C’est Toussenot lui-même qui a opéré, fin 1954, une sélection dans les lettres qu’il a reçues de son ami, afin d’éclairer « plus réellement l’invisibilité d’un grand poète de la révolte et de la mort ».

Dans cette édition, seules les lettres de Brassens sont reproduites. Elles permettent de suivre fidèlement une période charnière dans la vie de l’artiste.

De 1946 à 1952, il passe d’une vie de reclus et de disette aux premiers succès : le premier album 33 tours (La mauvaise réputation) sort en 1953.

A ce moment-là, pourtant, le chanteur ne pense qu’à une chose : aider les « bons copains » qui ont partagé les jours de vache maigre depuis 1944.A cette date en effet, le jeune poète décide de ne pas retourner au travail obligatoire en Allemagne.

Il se cache 9 impasse Florimont, chez Jeanne Le Bonniec (La Cane de Jeanne ;Chez Jeanne et Marcel Planche (Chanson pour l'Auvergnat ). Cette impasse a été un lieu de maturation pour Brassens. Tandis que son ventre crie famine, il s’insurge déjà contre les cons, les flics, les gens vertueux, les faux libertaires et les vrais imbéciles. Roger Toussenot devient, à distance, son oxygène, sa nourriture, lui qui apporte ou envoie des victuailles et surtout matière à alimenter et faire mûrir l’esprit du texte tel que Brassens le défendra quelques années après : « C’est toi, abominable philosophe, qui m’excites, qui me pousses, qui prend un plaisir sadique à me faire penser, à me rendre intelligent ! Comme si le fait d’être ne suffisait pas à un homme de ma condition, il faut encore que tu m’obliges à survoler, bandit ! ».

Au fil des lettres, le chanteur naissant rencontre les auteurs de textes qu’il mettra en musique, débat à propos des thèmes qui lui tiennent à cœur : « La chanson un art mineur? Ou quelque chose dans ce goût-là...? Il y a des chansons mineures, voilà tout. C’est un préjugé. » ; et surtout, d’un œil à la fois indulgent et exigeant, il regarde évoluer ses amis et le monde qui l’entoure. Pour les croquer, plus tard, d’un trait de plume et de quelques accords de guitare.

Par quels hasards de la vie Brassens est-il devenu un célèbre auteur-compositeur-interprète et Toussenot un homme de belles lettres et de belles pensées de son temps mais inconnu, tout du moins du grand public ? Brassens croyait plus en son ami qu’en ses propres chansons : « Ces conseils, en vérité, c’est à moi plutôt qu’à toi que je les adresse. Sans doute ai-je confiance en moi, mais je crois encore bien plus à ta résistance qu’à la mienne. ».

Sur fond de tableau d’après-guerre, une question sous-tend cette correspondance : combien de Toussenot un artiste rencontre-t-il dans sa vie pour devenir ce qu’il est ?

Combien faut-il de personnes réelles pour qu’un univers artistique se forme, sorte de l’impasse et voie le jour ; la postérité ne retenant souvent que le nom d’un seul être humain ?

Les acteurs de la pièce qui se joue dans ces pages savaient-ils qu’un seul d’entre eux serait l’élu -heureux et malheureux- et deviendrait porteur d’un esprit, l’esprit du temps, et de leurs interminables discussions sur la poésie, l’époque et l’avenir du monde ?

Hymne à l’amitié et à la création, à travers ce recueil, on comprend qu’aimer un artiste, c’est aimer, à travers lui, tout l’univers qui l’a fait naître.


Sources: Pierre Bachy

Ces lettres de Georges Brassens nous éclairent sur ses goûts littéraires, sur son écriture et son goût des mots , mais aussi sur l'état de misère dans lequel il vivait chez la fameuse Jeanne, qui l'avait accueilli.
Souvent, il écrivait, mais le problème était de poster la lettre, car personne n'avait les moyens d'acheter un timbre...
Quand nous ne mangeons qu’une fois (et encore c’est une façon de parler) toutes les quarante-huit heures, il ne m’est pas possible de t’adresser du courrier car les forces me manquent et je ne m’occupe que de vie intérieure et de soucis de surface»

(août 1949).

Extraits:

Paris, 2 juillet 1948

.....
Ceci- dit, et pour être emmerdant, j'ajouterai que ton entêtement à engueuler les cuistres me fait peur. Je sais bien que la majorité des hommes " a tué les restes de son enfance", " a trahi sa jeunesse", etc ( Toussenot dixit). Corne d'Auroch le sait. Quelques autres le savent. Mais la multitude, elle, ne peut pas le savoir. Alors pourquoi le dire? Besoin de véhémence? Soulagement physique? Pourquoi l'écrireplus précisément? Te voilà maintenant en contradiction avec tes théories! Oui, je sais aussi que Baudelaire considérait le droit de se contredire comme une noble nécessité de l'homme bien né. De même, n'est -ce-pas toi qui me l'a appris? Valéry posait comme condition d'existence de l'Esprit la possibilité de contradiction. Oui, bien sûr! Mais quand même, quelle fatigue inutile! Tes insultes sont encore un hommage à leur connerie! Chacune de tes polémiques ( excellentes d'ailleurs, beaucoup trop excellentes) est un poème fracassant à la gloire de la bêtise humaine. Il est pour le moins savoureux de voir de voir un type très intelligent se préoccuper à ce point de la sottise et de la médiocrité de la société de son temps. Pour un homme de valeur, il n'y a pas de connerie, il ne doit pas y en avoir! Tu vois trop la vérité, tu désenchantes tout ce que tu touches. Tu es le destructeur de tes trésors, malheureux! Plus je te connais, plus je sens qu'il y a du Nietzsche dans ta nature.
Tu parles, tu parles de façon éblouissante certes, mais tu parles et tu ne devrais que chanter. CHANTER, comprends-tu? Vois-tu, tu es trop violent avec les imbéciles, trop intégral. Pourquoi ne pratiquerais-tu pas la théorie de la non-violence? Ils sont cons, c'est un fait, mais que veux tu y faire? Tu ne dis rien aux aveugles qui ne voient pas. Alors! Crois moi, laisse les sots à leur sottise. Crée des fêtes. Pense à tes amis.
Trouve la paix. Redécouvre les voluptés perdues. Deviens l'artisan de ton âme, le musicien de ton silence, l'écrivain de ton génie. Et excuse moi de te souhaiter avec un autre comportement. Tu sais bien que mon amitié n'a rien à voir avec les conseils que je te donne. Tu es: cela suffit. Le reste est littérature!
...
Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges



Il pleut et je reviens tout seul de voir le tableau de Paris voilé de brume. Je hante la bibliothèque. J'y admire les merveilles du monde et la mesure sublime de ce que les hommes pourraient faire s'ils ne devenaient pas des grandes personnes.
C'est Chamfort qui mettra la dernière main à cette lettre en disant pour nous: " Il y a des redites pour l'oreille et pour l'esprit; il n'y en a pas pour le coeur."

p81

Paris, jeudi 8 juin 1950

Mon cher vieux,

Je crains que tu n’attaches trop d’importance aux diverses critiques que je te prodigue depuis quelques temps. Il se peut que je me trompe en jugeant l’expression de ta pensée. Cela m’est déjà arrivé. Et cela m’arrivera encore. Je suis parfois étourdi…..Je vais aborder maintenant un sujet qui me tient à cœur : les rapports des mots et des idées. Ne commence pas par me dire que tu es d’accord. Je ne te demande pas ton avis, que je connais ; je te donne le mien. D’abord, chez moi,le mot a une importance capitale. J’ai appris des mots qui ont fini par devenir des idées. Les mots me plaisent par leur son, par ce que tu appellerais « la musique extérieure ». Je ne veux plus savoir les noms de ceux qui m’ont poussé dans cette voie. Parmi les contemporains du surréalisme, il y a Max Jacob en particulier. Jacob a dit à quelque chose près : « Le sens des mots a moins d’importance que le son ( l’euphonie) ». Et ceci est capital. Mais, cependant, il faut tenir compte que l’un des poètes que j’estime le plus se nomme La Fontaine et que, de ce fait, j’entends tout de même tirer de chacun de mes mots le maximum de signification, ou, si tu aimes mieux : d’ironie, de saveur ,et même de morale. Verlaine a exprimé les mêmes concepts dans ce poème que tu prises plus que les autres, me semble-t-il : « De la musique avant toute chose… » …Chez toi, ce sont les pensées, les idées déjà pensées qui créent les mots. Tu es sans doute meilleur penseur que moi ! Je pense en mots ! Et si j’étais seulement sculpteur, je ferais comme le héros du conte de Wilde, je penserais en bronze. Comprends moi : les idées ne m’émeuvent réellement qu’à travers un autre ( comme toi). Dans mon alchimie, c’est l’émerveillement de l’image obtenue qui me rend reconnaissant envers la pensée à l’instant précis où je me sens plus profond, plus réel. Mon langage est l’incantation, comme Villon. Le tien est l’aphorisme, l’axiome ou la prose philosophique. A longueur de journées, en haussant les épaules, je me dis des trucs philosophiques que je ne juge pas nécessaire d’écrire, tandis que toi, à longueur de journées, tu contes de ravissantes choses, non moins philosophiques certes mais libérées de l’ambition terrible du mot « philosophique » a priori, et que tu ne juges pas digne de figurer dans tes cartons.
De cette différence de nature vient notre affectueux antagonisme. Bon, tu vas venir. Je m’expliquerai mieux lorsque tu seras en face de moi. L’important, a dit Léautaud, n’est pas de faire des chefs-d’œuvres, c’est de se donner du plaisir. Idée peu grandiose, j’en conviens, peu faite pour un Michel-Ange dont tu sembles connaître les vers traduits en français ( où les as-tu-pris ?)mais pleine de piquant et pas sotte . Je pense comme Léautaud et j’écris au jour le jour, en amateur. Bonaffé appréciait beaucoup mon manque de spécialisation et cette fantaisie grave. Je ne suis rien avant la lettre, je n’ai pas de doctrine, d’idée vivant plus longtemps que les roses, et j’aime que tu diffères de moi. Récréation chaque jour, mort chaque nuit, et résurrection obligée par le souffle invisible qui fait que nous nous rencontrons à travers l’espace et le temps…

Je t’embrasse

Georges

p179-180

Toute la charpente de son oeuvre est dans ces lettres... écrites avec humour, poésie et une grande sincérité.
Un très beau livre pour qui aime Georges Brassens.



récup


mots-clés : #correspondances
par Marie
le Lun 23 Jan - 1:05
 
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Sujet: Georges Brassens : Lettres à Toussenot
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André de Richaud

Je me souviens comme si c'était hier de ma lecture de deRichaud :

Je ne suis pas mort

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Sans doute, ce titre n'est pas vraiment représentatif de l'œuvre de de Richaud, car il s'agit d'une sorte de lettre testamentaire écrite en 1965 (de Richaud meurt en 68) à son nouvel éditeur. L'avant-propos est rédigé par ce dernier, Robert Morel, qui a connu de Richaud du temps de sa reconnaissance et qui le croyait mort (alors qu'il rêvait de l'éditer). Par hasard, il découvre que l'écrivain est encore vivant, enfin… vivant… et il s'engage à publier ce que de Richaud va lui faire parvenir.

Il s'agit de Je ne suis pas mort (titre ô combien ironique donc), et le texte commence ainsi :

Mais non, je ne suis pas mort. C'est bien plus pire !
Suivent 77 pages.
77 pages pour dire avec mordant, mauvaise foi et humour l'abandon dans un hospice du sud de la France où croupissent des vieillards, des indigents et des attardés mentaux. Voilà l'horizon de de Richaud… on comprend sa dépression, sa colère bilieuse, sa rage froide. Car il n'épargne personne, surtout ceux qu'il a lui-même fui et à qui il reproche de ne plus être là. Mauvaise foi, je vous dis.
Et humour… Je ne recopierai pas ici les quelques paragraphes hilarant et morbide relatant la mort gazeuse du père Belhomme, ni celle plus chevalement alcoolisé de sa femme, la mère Belhomme, mais il suffit de dire combien est irrévérencieuse la plume acide de de Richaud pour parler de la mort. Cette mort qui l'effraie et qu'il appelle de tous ses vœux. Car c'est bien là l'attrait de ce court texte : ses paradoxes !

Je ne suis pas mort, se lit avec beaucoup, beaucoup de plaisir, grâce à la langue alerte de cet écrivain plein de rogne qui éructe et qui grogne mais dont on devine bien, sous la peau de l'ours l'âme abimée d'un être qui sait recevoir parce qu'il sait donner…

Extrait :

La solitude ronge. Dans ce pays, j'avais été jeté comme un os. Oh ! Tout le monde était gentil avec moi mais j'aurais aimé être écouté, respecté et, au contraire, tout le monde me plaignait. Le côté un peu blessé que j'ai toujours eu et qui m'avait servi si longtemps à me servir des autres, sans que je fusse très conscient de ce que ce pouvait être de mal, dès que je fus arrivé dans ce pays, fit de moi un pauvre être, une âme pitoyable.


mots-clés : #correspondances #humour
par shanidar
le Dim 15 Jan - 16:02
 
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Sujet: André de Richaud
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Antonio Lobo Antunes

Lettres de la guerre
De ce vivre ici sur ce papier décrit


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traduit du portugais par Carlos Batista
Editions Christian Bourgois

Lettres , écrites à sa femme ,alors que Lobo Antunes, tout juste diplômé de médecine , avait été envoyé en Angola entre 1971 et 1973. Cette expérience a marqué toute son oeuvre, et il l'a racontée ailleurs. Ces lettres-là sont une correspondance privée, publiées à la demande de ses filles si j'ai bien compris.
Elles sont très inégales d'intérêt ..il n'a pas le droit de parler de la guerre, même s'il y a quelques sous-entendus, mais on sent à quel point il souffre. Physiquement mais surtout moralement.
Bien sûr, ce courrier privé est surtout , pour ce jeune marié, puis jeune père, un courrier amoureux, un amour qui souffre de la séparation, du manque de nouvelles. Et puis quelques portraits de ceux qui l'entourent, mais assez peu.
Pendant cette période, Lobo Antunes commence l'écriture d'un roman, et c'est finalement ce qu'il y a de plus intéressant dans ces lettres, ce qu'il écrit de ses lectures, de la littérature en général et de comment il la conçoit, et puis de ses difficultés d'écriture au jour le jour.

Un exemple:

Me voilà un peu réconcilié avec mon roman. Le début de la seconde partie me plait. Mais ça me paraît confus et disparate. Et puis c'est plein de sacrilèges: la mort de la Sainte Famille, étouffée sous une cloche, est une horreur qui me précipitera en enfer. Quelqu'un pourra-t-il aimer cela? Telle est la question que je me pose. Le goût du public est très étrange......
....Je crois que l'art, au fond, est une imitation de la vie. Mais, de même que les photos de Medina sont affreuses , étant des miroirs sans mystère, ainsi les récits qui reflètent un univers superficiel de personnages sont creux. Moi, je pense que les gens sont fous, et qu'il faut traduire cette folie secrète, les sautes d'imagination et d'humeur, la peur de la mort, les choses inexprimables. Et cesser de ranger les hommes sur des étagères cataloguées. Tout est contradictoire. L'amour, par exemple, s'accompagne toujours de haine: as-tu déjà remarqué que la mort de quelqu'un s'accompagne toujours d'une joie inavouable? Qu'il y a une part de plaisir dans le chagrin? Et les dialogues, elle a dit, il a dit. Je pense qu'un roman doit reposer sur une sort de tricot souterrain, courant sous l'apparence.
Bon, je dis tout ça rapidement et sans réfléchir. Et puis, je ne suis pas intelligent. Ce sont des choses difficiles à exprimer par des mots surtout mensongers.
Une autre chose qui m'agace, c'est d'écrire avec tant de difficultés. Chacune de ces misérables pages me coûte les yeux de la tête. Et en plus, ça ne se voit peut être pas...



Naissance de deux vocations, l'écriture et la psychiatrie..
Pour afficionados d'Antonio Lobo Antunes!

Récup


mots-clés : #correspondances
par Marie
le Dim 15 Jan - 6:13
 
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Sujet: Antonio Lobo Antunes
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Etty Hillesum

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Lettres de Westerbork

Etty Hillesum est très au dessus de tout commentaire.

Toute sa courte vie fut une quête lucide et exigeante pour une spiritulalité sans concession.
Dans une période terrible où les juifs de toute l'Europe étaient arrétés et envoyés dans les camps de la mort nazis.

Ce qui ne l'empêcha nullement d'être une femme et une amante entière et passionnée.
Jusqu'au bout, elle essaya de sauver les juifs en courant de très gros risques.
Les lettres qu'elle écrivit sont un des plus beaux témoignages humains sur l'holocauste et un texte sublime d'un être totalement à part.

L'un de ceux qui à lui seul pourrait justifier l'humanité  s'ils n'étaient aussi rares.



mots-clés : #correspondances #deuxiemeguerre #journal
par bix_229
le Mer 11 Jan - 18:56
 
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Sujet: Etty Hillesum
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Franz Kafka

Lettre au père

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Curieuse lettre d'abord, qui ne fut jamais adressée et qui, sans doute, n'aurait jamais été lue, écrite à 36 ans par un homme « faible, anxieux, hésitant, inquiet », parue à titre posthume. Et qui n'a pas le caractère spontané et fluide qu'une vraie lettre pourrait avoir, mais relève au contraire d 'une construction scrupuleuse, dense, raisonnée,tournant autour d 'un thème : la destruction , non par un manque d'amour, mais par une éducation pervertie. Ce n'est pas un règlement de compte (car Kafka  aime profondément cet homme qu'il déteste, tout serait presque simple sinon), mais plutôt un état des lieux, une analyse rigoureuse, au terme de laquelle surgit  un appel à une certaine réconciliation  puisqu'il finit ainsi :

il me semble que nous sommes parvenus malgré tout à un résultat qui approche d'assez près la vérité pour nous apaiser un peu et nous rendre à tous deux la vie et la mort plus faciles.


C'est  une longue plainte devant ce qui est , ce qui a été et pas été, sur l’échec d'un homme, le père - inapte à tendre la main, ayant rendu ses enfants de toute façon inaptes à la saisir- et sur le prix à payer par ses enfants. Issu d'un milieu rural pauvre, ayant réussi dans le commerce grâce  son énergie, sa détermination, sa sûreté de soi, il veut transmettre cela à ses enfants. Maladroit, ayant sans doute mal assimilé sa propre ascension sociale, il ne vit qu'à travers elle et loupe sa famille, sa relation à ses enfants, et il souffre, ayant cru trouver une clé, l'ayant même forgée grâce à sa propre énergie,  de voir qu’elle n'a pas suffi à ouvrir la porte du royaume de la béatitude.

Ce qui frappe, c'est l'absence totale de résilience en Kafka le fils. Ce constat d'écorché vif,  de l'échec d'une relation avec un père pourtant adulé, de l'emprise négative de celle-ci, de l'incapacité à en sortir, soit en améliorant cette relation, soit en construisant lui-même un autre royaume : réussite scolaire vécue comme un échec, métier mal approprié, hypochondrie, tentatives de mariages naufragées , écriture qu n’est évoquée que par le biais des périodes infertiles .

( et  cela  pose ainsi quelques questions : Que doit le monde littéraire à Monsieur Kafka Père ? Ne troquons nous pas allégrement, nous lecteurs, la souffrance d'un homme contre son œuvre de génie?)


(commentaire récupéré)


mots-clés : #correspondances #famille
par topocl
le Mar 27 Déc - 13:53
 
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Sujet: Franz Kafka
Réponses: 35
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Alan Bennett

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"A lady of letters", Talking Heads (Moulin à paroles).

J'ai découvert très récemment cet auteur avec Talking Heads, un recueil de plusieurs monologues où il brocarde des
personnages au tempérament bien marqué. Dans "A lady of letters" (j'ignore comment cela a été traduit en français),
nous lisons la prose volontairement maniérée, pompeuse, d'une midinette percluse et aigrie, couronnée d'une
paranoïa qui la fait regarder de travers les moindres mouvements du voisinage : ainsi, le prêtre devient un hooligan,
l'agent de sécurité des écoles, un pédophile, l'épouse du pharmacien, une prostituée, et les nouveaux voisins d'en face
dont le nourrisson a mystérieusement disparu...
C'est une épistolière compulsive : au moindre incident, au moindre désagrément, la voilà qui s'arme de son Platignum
("It's been a real friend" !) et qui rédige un courrier incendiaire. Pour les détails les plus insignifiants. Comment
ne pas sourire tristement de cette pauvre femme rongée de solitude ? Pas d'euphorie : le ton est grinçant, gêné, parce
qu'empêtré dans le drame... Si bien qu'on hésite toujours entre le rire et une certaine tendresse.
Quel coup de force de tenir en haleine le lecteur, de trouver le sens du drame dans le cadre si contraignant du monologue !
Des confidences très séduisantes, en somme.



Exceptionnellement incarné par Patricia Routledge, disponible en ligne :



mots-clés : #correspondances
par Fancioulle
le Dim 11 Déc - 13:48
 
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Sujet: Alan Bennett
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