Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Jeu 22 Aoû - 23:24

14 résultats trouvés pour corruption

Alaa al-Aswany

L’immeuble Yacoubian

Tag corruption sur Des Choses à lire Bm_cvt12

Si on s’en tient au premier et au dernier chapitre, il s ‘agit d’un homme notable vieillissant, qui, voyant l’âge venir, emploie une jeune femme pour lui prodiguer de la compagnie et un peu plus. Et qui est si doux et si charmant qu’après avoir voulu le gruger, elle finit par l’aimer infiniment.

Mais au Caire la vie grouille et il ne s’agit pas de s’en tenir à une histoire intime et heureuse. L’immeuble Yacoubian, immeuble haussmannien qui réunit les riches dans ses étages et les pauvres sur sa terrasse, est un lieu de vie intense, jamais en pause,  où s’expriment toutes les déviances d’un pays marqué par la misère, la corruption, une religion égarée, des rapports sociaux gangrenés, un puritanisme mal caché par un libéralisme de mœurs qui n’est qu’apparent.

Dans ce roman choral, l’habile conteur Al Aswany fait se croiser et s’entrecroiser  le beau monde et les petites gens, les policiers ripous, les politiciens dépravés et les islamistes aveugles, les bourgeois sûrs du pouvoir de leur argent, les femmes manipulées, pelotées, achetées, les homosexuels réprouvés, tout un monde foisonnant qui illustre les dérives d’un pays, écartelé entre civilisation et régression,  à la fois révulsé et fasciné par l’Occident.



L'immeuble Yacoubian:
Tag corruption sur Des Choses à lire Ya10

Une terrasse:
Tag corruption sur Des Choses à lire Yac10


Mots-clés : #corruption #religion #romanchoral #terrorisme
par topocl
le Sam 25 Mai - 9:13
 
Rechercher dans: Écrivains d'Afrique et de l'Océan Indien
Sujet: Alaa al-Aswany
Réponses: 21
Vues: 1075

SHI Nai'an

Tag corruption sur Des Choses à lire Produc12

Au bord de l'eau

Un des grands romans classiques de la littérature chinoise, Au bord de l'eau évoque une rébellion de cent-huit hors-la-loi, révoltés contre la corruption et le mépris de dignitaires et hauts fonctionnaires gouvernementaux de la dynastie Song (XIIème siècle).

Il s'agit avant tout d'un immense récit d'aventures qui se développe sur plusieurs milliers de pages. Le lecteur est emporté par l'euphorie et la créativité d'une narration qui maintient une tension permanente, les intrigues se succédant selon un rythme trépidant. Il faut accepter de se perdre dans les méandres de l'action qui s'attache à suivre un personnage, puis un autre, en multipliant les perspectives et les détours apparents.

Au bord de l'eau est à la fois une oeuvre formidablement dépaysante et étrangement familière, dans sa révélation d'une sensibilité intemporelle fragile et souvent bouleversante. Des moments de violence implacable et de tendresse infinie se superposent sans cesse, dévoilant la complexité et les contradictions des comportements humains.
Ce fut en tout cas une découverte marquante de mon année littéraire.



mots-clés : #aventure #corruption #historique #insurrection
par Avadoro
le Sam 22 Déc - 0:56
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: SHI Nai'an
Réponses: 4
Vues: 155

Robert Penn Warren

Tous les hommes du roi

Tag corruption sur Des Choses à lire Proxy_31

Après tant de mois, j'y étais enfin. Car rien ne se perd, rien ne se perd jamais. Il y a toujours un indice, une facture, une marque de rouge à lèvres, une empreinte de pied dans la plantation, un préservatif sur le sentier du parc, une vieille blessure qui lance, un souvenir d'enfance, une infection dans le sang. Et le passé, le présent et le futur ne sont qu'un seul et même temps, et les morts n'ont jamais vécu avant que nous leur donnions vie, et leurs yeux, au-delà des ténèbres, nous implorent.


Que voilà un roman majestueux, virtuose, prolifique! Un roman noir qui emprunte au meilleur du genre, ses politiques véreux mais pathétiques, suant dans leurs costumes  élégants, ses petits malfrat obéissant dans la chaleur humide du Sud, où il ferait si bon boire et fumer sur les vérandas, si seulement la vie décidait d'être douce et simple, si seulement ces personnages crapuleux n'étaient pas aussi des hommes souffrants... Mais non, l'homme est par nature tourmenté, ballotté par la douloureuse splendeur du ballet de ses sentiments, désespéré de trouver un sens à la vie, une réponse aux aspirations de l'enfant qu'il était, de se définir en tant qu'individu cohérent, de dénouer l’inextricable nœud des responsabilités.

Racontée depuis les temps tardifs de l'apaisement, cette tragédie digne des Atrides nourrit un grand roman des illusions perdues, disserte sur le bien et le mal, la pureté impossible et la rédemption interdite.

C'est jack Burden qui raconte, Jack qui est celui qui ne se salit pas les mains, ou y croit, en tout cas.

il a dit que si le monde était  un tas d'ordures, l'homme, pour sa part, n'avait pas à l'être.


Tout à la fois journaliste et historien il  va comprendre que la quête de la Vérité ne suffit à sauver le monde :  "L'ignorance, c’est le bonheur".

Mais le monde est une gigantesque boule de neige qui dévale une montagne, et jamais on ne la voit remonter la pente pour revenir à l'état de flocons, à l'état de rien.


Car oui,  aussi : "La connaissance c'est le pouvoir", c'est ce qu'a compris Willy Stark, dont il est le bras droit, un "grand couillon naïf" parti de rien et devenu  Gouverneur "intense, inquisiteur, exigeant",  un populiste adulé par les petits, qui sait corrompre, asservir, terroriser.

-Tu as cru que tu pouvais me rouler...faire en sorte que je l'achète. Eh bien je ne vais pas l'acheter! Je vais l'écraser! J'ai déjà acheté trop de fils de pute. Si tu les écrases, au moins ils ne mouftent plus, mais quand tu les achètes, impossible de savoir combien de temps ils vont rester à ta botte.


Ces deux hommes pleins d'estime l'un pour l'autre dans leurs différences,versions pile et face de l'espèce humaine, se répondent en fait comme deux miroirs face à face, et ces miroirs mettent en lumière leurs ambiguïtés. Racontant Willy Stark, Jack Burden se dévoile, solitaire crâneur, homme d'amour et d'amitié, fils orphelin, il  pêche à la fontaine du souvenir , car tout se tient,  "c'est uniquement avec le passé que se forge le futur"

Il y a ce récit tragique aux accents déchirants, ces héros haïssables et qu'on aime pourtant, fasciné, charmé. Il y a aussi l'inventivité, l'acuité, le lyrisme de l'écriture de Robert Penn Warren, tout à la fois sensuelle et vigoureuse, patiente, attentionnée, liquide.  Il y a les pièces du puzzle patiemment accolées, les allers et retours, les chemins transversaux. Il y a les leitmotivs, les réminiscences obsédantes,. il y a les métaphores, leur pertinence, leur sensualité, leur poésie.

Le monde entier, les troncs nus des autres arbres, qui avaient perdu leurs feuilles désormais, le toit des maisons et même le ciel lui-même avaient un air pâle, lavé, soulagé, similaire à celui que peut avoir un homme souffrant d'une longue maladie qui se sent mieux et pense qu'il va peut-être guérir.


Il y a une lectrice comblée.




Ton Ami de Jeunesse est le seul ami que tu auras vraiment, car il ne te voit pas tel que tu es. Dans son esprit, il voit un visage qui n'existe plus, prononce un nom - Spike, Bud, Snip, Red, Rutsky, Jack, Dave - qui appartient à ce visage sans existence, mais qui, par quelque confusion absurde et sénile de l'univers, se rattache maintenant à un étranger ennuyeux qu'on regrette d'avoir rencontré. Mais il se plie à cette confusion sénile, incontinente, de l'univers et continue d'appeler ce pénible étranger par le nom qui n'appartient vraiment qu'à ce jeune visage d'autrefois, à l'époque où sa jeune voix appelait faiblement par-dessus le fruit des flots en fin d'après-midi, murmurait la nuit près d'un feu de camp, ou disait au milieu d'une rue bondée : « Oh, écoute un peu ça : « Aux confins du Welnlok, anxieuse est la forêt... Le Wrekin a gonflé  sa haute toison d'arbres » » Ton Ami de Jeunesse ne reste un ami que parce qu'il ne te voit plus.


Mots-clés : #amitié #amour #corruption #culpabilité #identite #relationenfantparent #trahison
par topocl
le Lun 9 Juil - 21:36
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Robert Penn Warren
Réponses: 3
Vues: 322

Jean-Baptiste Malet

L'Empire de l'or rouge : Enquête mondiale sur la tomate d'industrie

Tag corruption sur Des Choses à lire Proxy_25

La tomate, direz vous, quelle drôle d'idée ? Et bien 280 pages plus loin, on a plutôt envie de dire que c'est une drôlement bonne idée, un sacrément bon sujet : on a appris plein de choses sur à la mondialisation en général et l'industrie agroalimentaire agroalimentaire.

Au fil des pages, on comprend que la tomate industrielle (c'est-à-dire la tomate qui est utilisée pour des préparations alimentaires, une tomate refabriquée dans ce sens, et non pas celle que l'on peut trouver sur les étalages, y compris des supermarchés ) est un enjeu économique beaucoup plus fort qu'on ne le croit, avec ses tradeurs, ses entreprises supranationales, sa loi du marché, sa corruption… C'est une très bonne façon de comprendre l'organisation du commerce au niveau mondial que de se pencher sur ce petit fruit/légume rouge...

On commence en Chine, où la tomate a été importée pour le seul plaisir de faire de l'argent, de façon tout à fait artificielle, et  où, outre enrichir des déjà-multimillionnaires, elle donne, généreuse qu'elle est, du travail aux enfants comme aux prisonniers des camps de redressement. Elle est ensuite conditionnée en concentré, de qualité pas très bonne à franchement très mauvaise, selon le marché auquel elle s'adresse. "Franchement" car, oui, les Africains n'ont pas d'argent, donc, pas de problème, on leur propose une qualité inférieure, et ce sera toujours cela de gagné en plus… À moins que la nouvelle idée d'implanter les usines de conditionnement en Afrique elle-même, ou la main d’œuvre est encore moins cher, soit finalement la panacée…

En Italie, qui a toujours été le royaume de la tomate, eh bien oui…maintenant, on reconditionne du concentré chinois, c'est tellement moins cher et facile, on colle une étiquette Made in Italie,  aux couleurs vert blanc rouge, et cela permet à l'occasion de blanchir l'argent de la mafia. Ce serait cependant mentir de dire qu'il n'y a plus de culture de tomates industrielles en Italie : il faut bien donner du travail aux migrants clandestins (ceux-la même que l'importation de concentré de tomates chinois en Afrique a privés de leur travail et de leurs revenus)r. Je vous raconte pas les conditions de travail, je  vous laisse les imaginer…

La Californie, avec ses cultures intensives, son libéralisme à outrance, son délire de mécanisation  ferait presque figure d'enfants de chieur là au milieu.

Au total, c'est un survol impressionnant du commerce au niveau mondial, complètement déprimant, certes, mais globalement très instructif.

Si vous préférez, il y a un filme co-réalisé avec Xavier Deleu


Mots-clés : #corruption #documentaire #economie #mondedutravail #mondialisation
par topocl
le Mar 3 Juil - 16:46
 
Rechercher dans: Sciences humaines
Sujet: Jean-Baptiste Malet
Réponses: 12
Vues: 276

David Grann

La note américaine

Tag corruption sur Des Choses à lire La-not10

(Quel titre nul...
Titre original :Killers of the flower Moon, The Osage Murders and the Birth of the FBI)
Traduction Cyril Gay

A la fin du XIXème siécle, chassés par l'avidité des colons, les Indiens Osages achètent des terres dans ce qui sera l'Oklahoma. Des terres arides et dépeuplées dont personne ne veut. Mais quand on y découvre des gisements pétroliers, les prospecteurs affluent, les Indiens leur louent chèrement le droit d'exploitation et les voila riches à millions...Seulement  les Blancs ne sont pas si bêtes: ils ont déjà déclaré les Indiens inaptes à gérer leurs biens, leur ont imposé des curateurs, et l'argent est largement détourné. Mais cela ne suffit pas, une épidémie de morts violentes  terrorise la population, pour récupérer cet argent par arnaque à l'assurance ou héritages impliquant des couples mixtes.

En ces débuts du XXème siècle, la police locale était quasi inexistante, incompétente et corrompue, et il a donc fallu l'intervention des instances fédérales, en l’occurrence le Bureau of Investigations (futur FBI tout récemment repris en main par Hoover et dont c'est la première "grande enquête") pour vaincre les obstacles scrupuleusement échafaudés par les assassins, et mener à bien - au moins partiellement - l'enquête et les condamnations.

C'est sur cette histoire qu’enquête David Grann, un épisode fort peu glorieux de l'histoire américaine très largement occulté. Il rappelle les faits à notre mémoire et par certaines découvertes dans les archives, fait bouger le regard qu'on peut porter sur les faits, transformant un fait divers sordide en responsabilité collective impunie. Ce n'est pas génialement écrit, mais extrêmement documenté, illustré de photos magnifiques (un peu gâchées par le rendu d’impression) et  très intéressant,  tant sur ces fameux (un temps) richissimes Indiens Osages que  sur l’organisation policière et judiciaire de cette époque.

Mots-clés : #corruption #criminalite #discrimination #historique #justice #minoriteethnique
par topocl
le Mer 21 Mar - 20:26
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: David Grann
Réponses: 8
Vues: 267

Juan de Recacoechea

Tag corruption sur Des Choses à lire 51e0wd10

American visa

Mario Alvarez est, de son propre aveu, « un faible, un amoureux de l’impossible, un rêveur qui n’arrive pas à se décider, un homme incomplet. »  Ancien professeur d’anglais, il vivote aujourd’hui de petits trafics. Sa femme l’a quitté, et plus rien ne le retient vraiment en Bolivie ; il décide donc de tenter l’aventure américaine pour rejoindre son fils. Direction La Paz.
Malheureusement, une fois arrivé dans la capitale bolivienne, il apprend que le consulat américain paye des détectives pour vérifier l'authenticité des justificatifs fournis par les demandeurs de visa. Dès lors, c'est tout l’édifice soigneusement érigé par Mario à grand renfort de prêts et de fausses attestations qui s’effondre. Et s'il apprend rapidement l'existence de chemins détournés pour obtenir le précieux sésame, les moyens d’y parvenir sont pour le moins risqués...

Réfugié dans un hôtel minable de La Paz, Mario traîne son spleen dans les rues et les troquets de la ville, ne sachant plus trop ce qu’il doit décider, ni même ce qu’il attend de la vie… Un temps, il se prend presque à rêver, lorsque son amour de la littérature américaine l’amène à rencontrer une jeune (et sublime) héritière. Par ennui, par curiosité aussi, elle l’intègre quelques jours à sa vie, avant que les clivages sociaux indépassables ne le rendent à son destin, à son errance, à ses amis de bric et de broc.

Avec un héros aussi indécis, l’intrigue n’est évidemment pas l’intérêt majeur de ce livre, même si l’auteur arrive parfois à instiller le doute dans l’esprit du lecteur. Selon moi, tout le charme réside dans l’évocation des petites gens de La Paz : vieillards excentriques, prostituées au grand cœur, patrons de bars miteux…  Pour eux, le rêve américain a depuis longtemps perdu de sa superbe, et ils survivent au jour le jour dans une société bolivienne cadenassée. Toutes illusions perdues, mais sans jamais oublier d’en rire…

Je l’avoue, j’ai été embarquée par ce livre. J'ai vraiment eu l’impression d’y être, dans cette ville de La Paz dont l’altitude vous coupe le souffle. (Et les ailes ?)  A grands traits, l’auteur a su créer des personnages attachants jusque dans leurs failles. Je regretterai tout de même quelques métaphores inutilement appuyées, et, surtout, le traitement de la fin. Cinquante dernière pages à mon sens inabouties, dont le goût doux-amer n’est toutefois pas parvenu à dissiper la jolie impression laissée par tout ce qui avait précédé...


mots-clés : #corruption #social
par Armor
le Sam 16 Sep - 4:08
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Juan de Recacoechea
Réponses: 2
Vues: 297

Anirban BOSE

Tag corruption sur Des Choses à lire Ob_3c510

La mort de Mitali Dotto

Après des études aux Etats-Unis, Neel Dev-Roy, brillant chirurgien oncologue, décide de revenir exercer en Inde. Par idéalisme, et aussi pour tenter de combler les failles et les silences d'une enfance sous le signe d'un père absent, célèbre médecin contraint de fuir pour préserver sa famille des conséquences de son engagement politique.
Dès son arrivée, Neel se retrouve confronté à la dure réalité. En Inde, on ne soigne pas tout le monde, et surtout, pas de la même manière… Une jeune patiente en état de mort cérébrale, Mitali Dotto, devient l’enjeu d’une guerre entre Neel et son chef de service. Et lorsque l'on découvre que Mitali est enceinte, les choses basculent…

Comment dire… Ce roman se lit d’une traite et sans déplaisir, et pourtant je l'ai trouvé terriblement frustrant. L’intrigue se concentre essentiellement sur des enjeux psychologiques, mais la description, assez froide et clinique, reste en surface, et les intrigues secondaires se soldent souvent par des impasses. Quant aux drames et dilemmes qui couvaient depuis des décennies, hop, d'un coup d'un seul, les voilà résolus en deux phrases lapidaires… Au lecteur de s'en contenter. Ou pas...

Pour moi, l'intérêt du livre réside essentiellement dans la dénonciation d'une société indienne totalement gangrenée par la corruption, et ce à tous les niveaux. L'auteur nous fait découvrir l’envers du décor de ces hôpitaux à la pointe qui n'hésitent pas à prescrire une multitude d’examens inutiles pour faire payer encore et toujours les familles éplorées. Plus grave encore, des programmes dits "humanitaires", censés venir en aide aux plus démunis, sont détournés au profit de sombres trafics d’organes ou d'influence.
Cette réalité glaçante, je l’avais déjà découverte dans l’essai marquant de Rana Desgupta, Delhi capitale. Et je dois dire que le constat est assez désespérant, car il paraît presqu’impossible de lutter contre un système aussi généralisé, et surtout, aussi bien organisé malgré son apparente anarchie. Il faut donc choisir entre rester pur et impuissant, ou bien décider jusqu’où l'on accepte de déplacer le curseur… Etre corrompu, un peu, beaucoup, pas du tout ?

A mon sens, l'auteur tenait là un sujet en or, et j’aurais vraiment aimé qu’il explore plus en profondeur les zones d'ombres de son héros. Quand le geste humanitaire masque des enjeux plus personnels et bien moins avouables… Quand, de guerre lasse, on accepte l’inacceptable sans même se remettre en question… Quand on se retrouve sur la corde raide sans trop savoir de quel côté l’on va finir par tomber… et qu'au fond, ça n'a plus tellement d'importance.
Oui, j’attendais que l’auteur pousse plus avant sa réflexion, au lieu de se lancer dans des intrigues secondaires dont la pseudo résolution et le ton dépassionné _ un comble vu les sujets traités !_ m’a laissée décidément dubitative, et nettement frustrée.


mots-clés : #corruption #medecine #social
par Armor
le Lun 11 Sep - 15:46
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: Anirban BOSE
Réponses: 8
Vues: 367

Rana Dasgupta

Tag corruption sur Des Choses à lire Unknow10

Delhi capitale

Rana Dasgupta ne connaissait l'Inde que parce que ce pays était celui de son père. Jamais il n'aurait imaginé quitter définitivement le confort de Manhattan pour la cité de Delhi. Et pourtant, il a été aspiré par le pouvoir d'attraction de cette ville dont il est, dit-il, tombé aussi amoureux qu'haineux… Et cette ville, il a eu envie de la comprendre, en se replongeant dans son histoire (récente et plus ancienne), et en allant à la rencontre de ses habitants, plus particulièrement ceux de la classe moyenne, qui sont au coeur de ce livre.

Maintes fois, Delhi a été détruite. Maintes fois, elle a su renaître de ses cendres. Le dernier traumatisme en date étant le drame de la Partition, dont les conséquences ont totalement changé le visage de la capitale indienne, donnant lieu à un vrai bouleversement culturel. L'empire moghol avait laissé en héritage une culture raffinée, un art unique et une langue célébrée des poètes. En exacerbant les antagonismes, la Partition a provoqué la mort de ce subtil sincrétisme hindo-musulman, que l'auteur évoque avec une certaine nostalgie. Cet extrait certes un peu long synthétise bien, je crois, la pensée de l'auteur :

Sans doute pense-t-on qu'un pays indépendant est plus porté à s'exprimer qu'un pays colonisé. Peut-être imagine-t-on l'Indépendance comme un moment où des voix jusque-là muettes se déversent tout à coup en conversation et en chants. Mais, dans l'Inde du Nord, la vérité était plus complexe. On ne lisait plus les ouvrages des grands auteurs en hindoustani, qui contenaient trop d'éléments désavoués et était écrits dans un alphabet qu'on ne pourrait bientôt plus déchiffrer.  Les maisonnées pendjabies, naguère si fièrement littéraires, se mirent à dédaigner les livres. La plupart, tous ceux qui ne servaient pas directement à promouvoir la carrière, représentaient une dépense sans retour sur investissement ; en fait, ils étaient une menace pour la maisonnée post-Partition, dans laquelle reconstruire la base matérielle de la famille était l'unique préoccupation légitime. (…)
Delhi mérita une fois de plus sa réputation de ville ou les langues viennent mourir. Si les réfugiés de la partition oublièrent l'ourdou en une génération, ils éprouvèrent les mêmes des difficultés à transmettre leur langue maternelle, le Pendjabi, dont leurs petits-enfants, dans leur immense majorité, ne connaissaient que des bribes. Beaucoup de membres de la classe moyenne finirent par ne parler correctement aucune langue – ni l'anglais, qui était, néanmoins, leur langue professionnelle, ni le hindi, qu'ils parlaient chez eux avec un vocabulaire limité aux besoins de la vie quotidienne. Le souci de la langue ? Vain et efféminé. La mode fut un certain relâchement dans l'expression, à une ignorance voulue de la grammaire.  (…) L'ancienne largeur de vue disparut. Les gens savaient de moins en moins ce que pensaient ceux qui n'étaient pas comme eux, l'isolement et la suspicion s'accrurent entre les castes.
Ce sont souvent les pauvres migrants des petites villes qui préservaient l'idée de la belle langue. Les réfugiés de la Partition, qui étaient propriétaires, comptaient leurs maisons et leurs économies, se repaissant de leur supériorité face à ces nouveaux venus dépenaillés ; mais parfois, ils entendaient parler les classes laborieuses venues d'autres lieux où l'on avait conservé les éléments poétiques, extatiques de l'hindoustani, et il s'apercevaient alors de tout ce qu'eux-mêmes avaient perdu.


La devise des années Nehru, "frugalité, service, nation", déjà mise à mal sous le régime d'Indira Gandhi, fut littéralement balayée par la dérégulation économique des années 2000. Aujourd'hui, la ville de Delhi se trouve dédiée tout entière à la rentabilité, à la réussite sociale et au consumérisme. L'opulence se doit d'être ostentatoire. Mais si le dynamisme de cette classe moyenne force l'admiration, il n'en cache pas moins des failles : une jeunesse désoeuvrée et en perte de repères, et des cellules familiales déstabilisées par la nouvelle indépendance des femmes, la (relative) libéralisation des moeurs, ou encore le recul de la spiritualité.
Et puis, le pendant de tout cet argent coulant à flot est, on le sait, la corruption endémique qui sévit dans le pays. Le système, loin d'être anarchique, est au contraire soigneusement planifié et entretenu par tous ceux qui y trouvent leur intérêt. Même le système médical est gangrené, les hôpitaux n'hésitant pas à faire payer des sommes ahurissantes des traitement totalement inutiles, voire dangereux pour les patients…
Delhi est en plein boom, Delhi s'enrichit, mais Delhi marche sur la tête…

Bien entendu, les pauvres sont comme toujours les grands perdants dans cette histoire. Les terrains où ils établissent leurs bidonvilles étant régulièrement convoités par les promoteurs, ils sont évincés manu militari, relégués dans les friches insalubres. Là, patiemment, de leurs propres deniers, ils reconstruisent des habitations, des écoles, et adjoignent un système de canalisation, avant d'être, de nouveaux, chassés comme des malpropres. Eternel cycle infernal pour ces déshérités ouvertement méprisés :

Le corollaire de tout cela était que, dans l'esprit de la classe moyenne, les domestiques ne méritaient pas leur salaire. Ce dernier n'était pas le reflet de leur contribution à la maisonnée, mais une espèce d'aumône qui leur était faite en dépit de leur incompétence. (…) Leur représentation des pauvres n'était pas celle d'une formidable force de travail, mais d'une meute de parasites qui vivaient au crochet de l'intelligence et du dur labeur de leurs supérieurs. C'était elle, la classe moyenne, qui boostait l'économie, et elle était déterminée à s'assurer que les fruits de la croissance lui reviennent en propre, et à personne d'autre. (…) « Se faire plumer » par les pauvres étaient quasiment une obsession (…)  Comme si, en réaction à la sempiternelle maxime de l'immédiat après indépendance – « Souvenez-vous des pauvres ! » –, Le temps était venu, semblait-il, de les oublier.


Pour dresser ce portrait contrasté de la ville, l'auteur a interviewé des gens très divers, arrogants, attachants, lucides, déroutants aussi, parfois, qui se sont livrés en toute sincérité. Mais Rana Dasgupta ne se contente pas de nous proposer des témoignages bruts, il fait un véritable travail de mise en perspective, aussi bien culturel que politique, analysant les mutations actuelles à l'aune du passé de la ville et du pays. C'est passionnant, parfois édifiant, et que l'on soit d'accord ou pas avec ses théories, on se plongera avec fascination dans cet essai de quelques 600 pages qui se lit aussi facilement qu'un roman, et livre de Delhi une vision aussi séduisante qu'effrayante.
A l'heure actuelle, Delhi est une ville à l'équilibre précaire, d'autant plus que son approvisionnement en eau est de plus en plus difficile à asssurer. Delhi pourrait donc bien s'auto-détruire. Avant de renaître, encore une fois ?


mots-clés : #corruption #essai #historique #mondialisation #social
par Armor
le Sam 15 Juil - 18:29
 
Rechercher dans: Sciences humaines
Sujet: Rana Dasgupta
Réponses: 9
Vues: 337

QIU Xiaolong

J'ai lu Les courants fourbes du lac tai

Tag corruption sur Des Choses à lire Tylych27

Après sa lecture je me souviens avoir regardé mon livre l'air dubitatif .Où est le Qiu Xiaolong et le vénérable inspecteur Chen dont j'ai tant entendu parler?
J'ai pallié le manque de noirceur et d'intrigue associés au polar par un goût amer de déception.Les personnages ne sont pas creusés mais à défaut sonnent creux.
L'intrigue ( ou ce qui devrait être une intrigue ) est soporifique à souhait.
La noirceur , oui , il' y en a ! les eaux du lac...
Petite note positive qui a sauvé ce livre de la noyade , la poésie chinoise distribuée au gré des pages.
Conclusion: Je ne l'ai pas conseillé.
Cependant, après multiples avis recueillis qui vont dans ton sens sur ses polars antérieurs , je vais retourner à la rencontre de L'inspecteur Chen en espérant que "les courants fourbes du lac tai" ne soit qu'une erreur de parcours...


mots-clés : #polar #corruption #regimeautoritaire
par Ouliposuccion
le Ven 24 Fév - 17:42
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: QIU Xiaolong
Réponses: 10
Vues: 602

Alaa al-Aswany

Tag corruption sur Des Choses à lire L-imme10

l'Immeuble Yacoubian

Comme certains ce sont les nombreuses références à Dieu qui m'ont interpellée. Mais que ces appels à Dieu soient faits par des voleurs, escrocs, pervers, politiciens véreux n'est pas à lier uniquement à l'Egypte ; les voyous de toute religion, de tout pays utilisent ces appels en "protection" avant et après (remerciement) leurs délits.

Les personnages et les lieux sont décrits précisément.

La construction des parties ne m'a pas gênée, j'ai bien suivi ces nombreux personnages, même si parfois j'oubliais les noms, car leurs actions et paroles me les rendaient reconnaissables.

l'histoire de cet immeuble est lié à l'histoire du pays.

Je pense aussi que la langue est riche en mots.

Le cheminement du jeune Taha jusqu'à son endoctrinement par les Islamistes extrémistes est réaliste et c'est celà qui m'a le plus effrayée. (c'est hélas d'actualité plus que jamais)

Et évidemment, la condition Féminine catastrophique et celle des Homosexuels m'ont touchée.

En résumé, j'ai apprécié ce livre.


(message rapatrié)


Mots-clés : #corruption #religion #romanchoral #terrorisme
par Bédoulène
le Ven 6 Jan - 23:45
 
Rechercher dans: Écrivains d'Afrique et de l'Océan Indien
Sujet: Alaa al-Aswany
Réponses: 21
Vues: 1075

Lao She

Tag corruption sur Des Choses à lire 51afdz10  Tag corruption sur Des Choses à lire 513oyd10  Tag corruption sur Des Choses à lire 51bp-k10

Quatre générations sous un même toit

Le vieux monsieur Qi ne craignait rien ni personne. Les guerres ne l'avaient pas effrayé, la paix le réjouissait. Il avait seulement  la hantise de ne pouvoir célébrer son quatre-vingtième anniversaire. (…) Il menait une vie honnête, sans chercher à sortir de  sa condition, n'aspirant qu'à jouir d'une vie paisible débarrassée des soucis matériels ; la guerre même ne le prendrait pas au dépourvu. Il gardait toujours chez lui des réserves de farine, de riz et de légumes salés, de quoi nourrir sa famille durant des mois. Les obus pouvaient percer le ciel, les soldats galoper dans les rues, il fermerait sa porte en la calant avec une grande jarre ébréchée remplie de pierres. Cela suffirait à le préserver de tout désastre.

1942. Les Japonais on envahi Pékin. Durant de longues années, ils vont tenir la population sous leur joug. L'action se déroule quasi exclusivement dans la rue du "Petit bercail", hutong populaire comme il n'en existe quasiment plus aujourd'hui. Dans cette ruelle cohabitent de nombreuses familles issues de milieux sociaux très divers. S'y côtoient des érudits, des artisans et de pauvres gens. Ils s'aiment, se querellent, s'entraident ou se dénoncent les uns les autres. Et surtout, tentent de survivre au jour le jour…

Depuis des décennies, la Chine n'est plus "qu'un simple morceau de lard que tout le monde se partage". Mais l'occupation japonaise se montre particulièrement cruelle : rien n'est épargné aux Pékinois impuissants. Les persécutions, les privations et le climat de peur permanents révèlent les caractères, la résistance active et la collaboration la plus abjecte cohabitant parfois au sein d'une même famille. Mais même les plus viles compromissions ne peuvent garantir fortune et sécurité...

Lao She décrit le peuple de Pékin comme personne, de son style inimitable et savoureux qui, selon moi, atteint ici sa plénitude. Il fait revivre sous nos yeux la Chine des années 40, ses petits métiers, ses spécialités culinaires, ses rites ancestraux, tout un mode de vie en apparence immuable, mais en apparence seulement... Lao She nous narre son déclin avec un mélange de nostalgie et d'appétance pour les idées nouvelles.…
Lao She a l'art de croquer en quelques traits des personnages qu'il approfondit ensuite par petites touches, nous faisant partager leurs émotions et questionnements les plus intimes. S'il ne craint pas d'user parfois de la caricature, c'est pour mieux retomber dans une sensible évocation des tourments humains.
L'auteur affectionne les métaphores originales, souvent animalières ou végétales. Elles surgissent au détour d'une phrase, alors qu'on ne les attendait pas ; elles peuvent surprendre, mais leur pertinence nous arrache immanquablement un sourire… Car l'humour est l'une des caractéristiques de l'écriture de Lao She. Grinçant, bon enfant, outrancier ou plus subtil… il en maîtrise toute la palette.

Le récit alterne moments de tendresse familiale, disputes animées entre voisins, pensées et projets des uns et des autres, mais aussi descriptions terribles des multiples exactions commises par les occupants. De plus en plus sombre au fur et à mesure que l'étau japonais se resserre, le roman ne tombe pourtant pas dans la désespérance. Lao She est avant tout un auteur de la vie, la vie qui continue coûte que coûte. Et c'est superbe.

Il m'est impossible de décrire ce que j'ai ressenti durant cette lecture, tant elle m'a marquée. 1900 pages qui se lisent d'une traite et auxquelles on repense longtemps après avoir, à regret, refermé le dernier tome. Assurément l'un des plus gros coups de coeur de ma vie de lectrice !

N'étant jamais allée en classe, elle n'avait pas de vrai prénom ; en effet, on ne donnait alors un prénom aux enfants qu'à leur entrée à l'école. Ce fut donc son mari qui, après leur mariage, lui donna le prénom de Yun Mei, un peu comme on décerne le titre universitaire de "docteur". ("yun" signifie charme, "mei" "prunier")
Ces deux caractères, Yun Mei, ne furent jamais bien accueillis dans la famille Qi. Les beaux-parents n'avaient pas l'habitude d'appeler leur bru par son prénom, pas plus que le grand-père ; d'ailleurs ils n'en voyaient pas la nécessité. Les autres la considéraient un peu comme la bonne à tout faire et ne voyaient rien en elle qui puisse évoquer le "charme" ou les "fleurs de prunier". Comme les deux caractères Yun Mei se prononcent exactement de la même façon que deux autres caractères qui signifient "transporter le charbon", le vieux Qi croyait qu'ils étaient synonymes.
"Eh bien, elle est déjà bien occupée du matin au soir, et en plus on a la cruauté de lui faire transporter le charbon?"
Du coup, son mari n'osa plus l'appeler par son prénom.


(Ancien commentaire très remanié)


mots-clés : #corruption #famille #guerre #traditions #romanchoral
par Armor
le Mer 4 Jan - 11:30
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: Lao She
Réponses: 8
Vues: 435

Tendai Huchu

Tag corruption sur Des Choses à lire Thumb-11

Le meilleur coiffeur de Harare

Vimbaï, 26 ans, a la langue bien pendue, une assez haute opinion d'elle-même, et un regard sans complaisance sur ses semblables... "Nous étions toutes plutôt belles, à l'exception d'Agnès qui avait hérité du physique de crapaud de sa mère. Aucune des deux n'avait de cou. Dommage".
Vimbai tire son orgueil de son statut de meilleure coiffeuse de Harare ; même la Ministre M. en personne ne jure que par elle ! Las, son petit monde s'écroule à l'arrivée de Dumi. Aussi beau que talentueux, il l'a supplante en un rien de temps.
Vimbai a pour devise de ne jamais contrarier les désirs de ses clientes. Son but : qu'en sortant du salon, elles se sentent blanches. Dumi, lui, n'en fait qu'à sa tête, mais métamorphose littéralement les femmes, qui repartent dans la peau de Naomi Campbell ou Hale Berry. Forcément, le choix est vite fait !

Le début du livre pourrait laisser penser au lecteur qu'il a affaire à un petit roman bien sympathique, mais anecdotique. Hors, très vite, le ton change, et le récit prend une tournure que je n'avais personnellement pas vu venir.

Vimbai, sous sa carapace, cache une jeune femme sensible que la vie a endurcie malgré elle. Victime du machisme ambiant, elle n'en a pas pour autant renoncé à ses ambitions : se sortir du township, monter son propre salon de coiffure et offrir un bel avenir à sa fille. Le succès de Dumi n'est donc pas pour elle qu'une blessure d'orgueil ; c'est aussi le rêve d'une vie meilleure qui s'éloigne. L'auteur rend avec subtilité les relations ambivalentes qu'elle entretient avec son rival, faites de jalousie mordante autant que d'attirance.

Si le secret de Dumi, au coeur du livre, est assez rapidement éventé (la 4ème de couverture le révèle de toute façon idiotement), l'intérêt du roman est ailleurs, dans la complexité des rapports humains et le récit de la confrontation entre deux mondes. Il est surtout le prétexte à une description sans fard de la vie sous la dictature de Mugabe. C'est d'ailleurs un vrai tour de force que d'être parvenu à en dire autant sur un pays sans négliger la trame narrative.

Tendaï Huchu nous décrit un Zimbabwe où les puissants se vautrent dans le luxe, imitant les comportements des "blancs" jusqu'à la caricature, tandis que la vie quotidienne du peuple est gangrenée par la corruption et les pénuries de toute sorte. Même s'il n'est pas nommé, le spectre du sida rôde en permanence. Tout naturellement, les magasins chics préfèrent "cibler les clientes jeunes et belles", car "se consacrer une clientèle statistiquement morte n'a pas de sens"
Par petites touches, l'air de rien, l'auteur nous fait comprendre combien il est dangereux d'oser braver les interdits du gouvernement. Jusqu'au passage terrifiant où la ministre M., si affable en apparence, laisse apparaître toute la cruauté et l'inhumanité des régimes dictatoriaux.
Et c'est là que le livre ne vous lâche plus, quand le ton faussement désinvolte laisse place au drame, et que les personnages qui vous sont devenus si proches sont pris malgré eux dans des enjeux qui les dépassent….
Si je déplore la rapidité du dénouement, c'est un défaut bien mineur comparé au plaisir que j'ai pris à lire ce roman. C'est bien simple, je ne l'ai pas lâché !

(Ancien commentaire remanié)

mots-clé : #corruption #identitesexuelle #regimeautoritaire #social
par Armor
le Ven 30 Déc - 14:55
 
Rechercher dans: Écrivains d'Afrique et de l'Océan Indien
Sujet: Tendai Huchu
Réponses: 1
Vues: 304

Rohinton MISTRY

Mes avis sur les romans de Rohinton Mistry n'en étant pas vraiment, ils sont aujourd'hui irrécupérables.
Et leur lecture est hélas trop ancienne pour que je puisse rédiger un commentaire digne de ce nom. Pourtant, je n'imagine pas ce forum sans fil pour cet auteur, aussi vais-je tâcher de vous noter quelques phrases d'après mes anciennes notes et les impressions qui me restent aujourd'hui en mémoire.

Tag corruption sur Des Choses à lire 61sagp11

L'équilibre du monde

L'équilibre du monde est un roman fleuve de plus de 800 pages. L'histoire de l'amitié improbable qui unit quatre êtres que rien de prédisposait à se rencontrer.
Ce roman fit beuacoup de bruit à sa sortie, probablement par son effet coup de poing. L'auteur avait bien des drames, bien des travers de l'Inde à dénoncer. Je reconnais d'ailleurs volontiers avoir beaucoup appris lors de cette lecture. (J'ignorais, par exemple, que sous le régime d'Indira Gandhi les hommes des castes déshéritées subissaient des castrations forcées et aléatoires, ou que les sans abris étaient envoyés dans de sordides camps de travail…)
L'accueil réservé à l'équilibre du Monde fut parfois rude ; d'aucuns ont reproché à l'auteur de parler d'événements qui n'auraient jamais existé. Ce qui prouve bien que ce livre était un pavé dans la mare, et en cela je conçois qu'il ait profondément marqué les lecteurs qui découvraient là une réalité de l'Inde bien loin des images d'épinal et des films de Bollywood.

L'ennui avec ce livre, c'est l'accumulation incroyable de malheurs qui s'abat sur nos héros. Oppression exercée sur les intouchables, violences inter-religieuses, mariages forcés, corruption, tout y passe… à tel point que j'avais régulièrement l'impression que l'auteur avait inventé telle ou telle péripétie non pas pour ce qu'elle pouvait apporter à son histoire, mais pour dénoncer un fait de société… D'où, notamment vers la fin, un vrai souci de crédibilité et une sorte de dissonance dans le récit.. Selon moi, à trop vouloir dénoncer, Mistry a desservi son propos.

Il y a dans ce livre une inéluctabilité, une noirceur qui rendent sa lecture parfois désespérante. Et pourtant, il y a aussi  ce qui a fait que je n'ai pas abandonné en cours de route ; l'empathie, la sensibilité avec laquelle l'auteur parle de ses personnages, la justesse avec laquelle il les observe et décrit leurs émotions. Tout cela laissait deviner un talent qui ne demandait qu'à s'épanouir dans un cadre moins pesant…


mots-clés : #corruption #regimeautoritaire #social
par Armor
le Mar 27 Déc - 18:14
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: Rohinton MISTRY
Réponses: 4
Vues: 302

In Koli Jean Bofane

Tag corruption sur Des Choses à lire 97827411

Mathématiques congolaises

Entre-temps, la Faim, au milieu de la population, gagnait du terrain, faisait des ravages considérables. Elle progressait en rampant, impitoyable comme un python à deux têtes. Elle se lovait dans les ventres pareille à un reptile particulièrement hargneux creusant le vie total autour de sa personne. Ses victimes avaient appris à subir sa loi. En début de journée, avant qu'elle ne se manifeste, on n'y pensait pas trop, absorbé par le labeur qui permettait justement de manger et ainsi obtenir un sursis. On faisait semblant d'oublier, mais l'angoisse persistait à chaque moment. En début d'après-midi, avec le soleil de plomb qui accélère à la déshydratation, cela devenait plus compliqué. L'animal qui, depuis longtemps, avait pris la place des viscères,  manifestait sa présence en affaiblissant le métabolisme, se nourrissant de chair et d'autres substances vitales. On était obligé de vivre sur ses maigres réserves. L'effort faisait trembler les membres, rendait les mains moites et froides, le cœur avait tendance à s'emballer. Pour calmer la bête, on lui faisait alors une offrande d'eau froide, pour qu'elle se sente glorifiée. Cela ne dure pas, car juste après, elle jouait sur le cerveau et d'autres organes de la volonté et du sens combatif. On pouvait avoir tendance à quémander et à mendier. certains devenait même implorants, parce qu'elle laminait, de son ventre rêche, des choses aussi précieuses que l'orgueil et la fierté. Elle était omniprésente et omnipotente. On ne conjuguait plus le verbe « avoir faim ». À la question de savoir comment on pouvait aller, la réponse était :  «Nzala ! », « La Faim ! ». Elle s'était institutionnalisée.


La Faim… La Faim est omniprésente dans ce roman. Les habitants de Kinshasa passent leur journée à tenter de la contrer, sans grand succès la plupart du temps. C'est pour gagner un peu d'argent afin d'apaiser la Faim que de jeunes habitants acceptent régulièrement de jouer le rôle de partisans du gouvernement lors de manifestations factices contre l'opposition.
Mais il peut arriver qu'une manifestation dégénère, et que l'on déplore des morts. Innocentes victimes des petits jeux de dupes auxquels se livrent les puissants du pays… C'est en venant faire taire une famille éplorée que l'homme de l'ombre du président, Gonzague Tsihilombo, remarque Célio Matemona, dit Celio Mathematik.

Celio, que la guerre civile a rendu orphelin, n'a dû son salut qu'à un prêtre missionnaire et à la découverte émerveillée des mathématiques. Dès lors toute situation devint pour lui sujette à analyse, résumée en quelques théorèmes mâtinés d'une ou deux sentences de Machiavel. Gonzague Tshilombo pressent que ce drôle d'énergumène pourrait être utile à la présidence, et l'embauche. L'idéaliste Celio se retrouve donc au service d'un homme sans scrupule, qui "appréciait de vivre cette période de transition. Il estimait connaître des moments privilégiés ou le savoir-faire des hommes tels que lui était nécessaire. Il était non seulement l'expert en écran de fumée, mais aussi le spécialiste en « comment poser une poutre dans l'œil du voisin sans faire tomber la paille qui s'y trouve déjà, des qualités inestimables en matière d'intoxication et de désinformation, car telle était sa véritable tâche."

Désir de s'élever dans la société, de quitter les petits boulots précaires, de jouir de l'argent facile, Celio fait taire sa conscience et met toute la fougue de sa jeunesse au service de son employeur.
L'Europe fait pression sur l'état congolais ? Jouons donc le jeu de la démocratie, si cela peut leur faire plaisir, mais tentons néanmoins de tourner chaque situation à notre avantage…Celio découvre avec grand plaisir que les mathématiques lui permettent de se jouer des hommes à sa guise et d'anticiper leurs réactions pour mieux les influencer. Et tant pis si quelques innocents sont balayés au passage, il est si amusant, et si facile de manipuler les foules !
Mais quand on est un enfant de la rue, un idéaliste, un ami des opprimés, peut-on indéfiniment faire taire sa conscience ? Tel sera le dilemme auquel Celio sera confronté…

La plume d'In Koli Jean Bofane, teintée d'humour noir, est un subtil mélange de décontraction et de recherche, et décrit à merveille la vie quotidienne des kinois. La quête d'argent happe certes toute leur énergie, mais ils n'en oublient toutefois pas de palabrer, d'aimer, et… d'entretenir leur amour de la sape !
Pendant ce temps, les puissants usent et abusent de leur pouvoir pour maintenir le pays sous leur joug, se jouant des hommes et des concepts avec un cynisme qui fait froid dans le dos. Les sorciers et autres féticheurs sont régulièrement mis à contribution, pour aider une ascension sociale ou pour faire taire une conscience trop longtemps bafouée… L'humour sous-jacent ne met que plus en valeur la déliquescence d'un pays gangrené par une corruption généralisée et un pouvoir oublieux de son peuple, qui ne sert que ses intérêts particuliers.
Sans céder à la facilité ni à l'exotisme, l'auteur est parvenu à rendre palpable la réalité de ce Congo ravagé par les luttes intestines. Mais une fois le livre refermé, c'est la dignité et la force de vie du "petit peuple" que le lecteur a envie de retenir, en espérant qu'un jour le mot "démocratie" décrira une réalité bien tangible, et non plus un concept détourné à leur profit par des dirigeants corrompus…

Chaque jour, le pouvoir d'achat s'amenuisait. Les denrées alimentaires étaient rares et hors de prix. Le système de santé n'existait plus depuis longtemps. Le sida et ses conséquences s'étant ajoutés à tout cela, l'ensemble était devenu ingérable. Les gens ne tenaient plus que par la peau qui les recouvrait. Pour l'éducation, c'étaient les parents qui s'organisaient pour payer le salaire des professeurs. Dans ce contexte, seul Dieu faisait des miracles, et encore, il avait un mal fou à suivre.



(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #corruption #regimeautoritaire #social
par Armor
le Mar 13 Déc - 16:41
 
Rechercher dans: Écrivains d'Afrique et de l'Océan Indien
Sujet: In Koli Jean Bofane
Réponses: 2
Vues: 346

Revenir en haut

Sauter vers: