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La date/heure actuelle est Mer 13 Nov 2019, 16:24

14 résultats trouvés pour ecologie

Pascal Picq

De Darwin à Lévi-Strauss ‒ L’homme et la diversité en danger

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« Quand Christophe Colomb touche les Amériques en 1492, la même année, les juifs sont chassés d’Espagne, qui ne s’en remettra jamais. Les empires, les royaumes et les États s’écroulent quand ils commencent à exclure. Tel est le vieux monde pétri d’histoire et d’humanités, mais incapable d’apprendre de sa propre histoire alors qu’il prétend l’imposer au reste du monde. Y a-t-il de l’espoir dans le nouveau monde ?
Un siècle est passé entre l’arrivée de Darwin et celle de Lévi-Strauss au Brésil. Entre-temps, presque toute la Terre a été explorée, exploitée, aujourd’hui surexploitée. Tous deux, juste avant de mettre le pied à terre, ont décrit le spectacle étonnant de bancs de petites plantes dérivant le long des côtes. Après cet enchantement, l’un a découvert la luxuriance des tropiques, l’autre leur tristesse. L’un a aimé le voyage, l’autre pas. »

Ces quelques phrases présentent bien le projet épistémologique de ce livre, rapprochement entre ces deux génies et bilan de la dégradation de la planète par l’homme entre leurs voyages en Amérique du Sud à un siècle d’intervalle : pertes de diversité naturelle et culturelle, sauvage et domestique.
Ensuite, cet ouvrage est utile pour préciser les notions d’évolution (la descendance avec modification) et de biodiversité, si faciles à mésentendre, ainsi que les enjeux :
« Voilà un bon exemple de la fonction adaptative de la diversité : la probabilité qu’existent des individus différents susceptibles de mieux répondre à des changements de l’environnement. C’est la véritable assurance-vie d’une espèce. Quand on dit qu’une espèce "s’adapte, ce ne sont pas les individus qui se transforment. L’adaptation est la conséquence d’une sélection sur une diversité préexistante d’individus, dont certains étaient ou semblaient moins adaptés dans les circonstances précédentes. La diversité est la matière première, la condition nécessaire de la sélection et in fine de l’adaptation. »

Pour Pascal Picq, diversité biologique et diversité culturelle sont tout un :
« Depuis, nous savons que nous vivons dans un monde qui change constamment. En revanche, ce dont nous avons moins conscience ‒ et que Darwin avait déjà compris ‒, c’est que l’homme a déjà engagé une entreprise de destruction de la diversité naturelle et qu’il en va de même pour les populations humaines confrontées à l’expansion planétaire de la société occidentale. »

Il précise la notion de coévolution :
« La coévolution, c’est l’évolution qui s’appuie sur la biodiversité et les interactions entre les espèces. »

« Or la biodiversité n’est pas une question d’espèce : c’est l’ensemble de la diversité des gènes, des interactions, des individus et des populations des espèces qui constituent un écosystème. Par conséquent, si un acteur d’éteint, c’est l’ensemble de la communauté écologique qui est menacée. Pourquoi ? Parce que la biodiversité est intrinsèquement liée à la coévolution. »

Picq insiste sur la mobilité de l’homme ‒ voyages, migrations ‒ mais on peut rester dubitatif quant à ses motivations :
« Trois faits majeurs caractérisent le genre Homo [à sa sortie d’Afrique]. Sur le plan biologique, il hérite d’une bipédie et d’une physiologie qui l’autorisent à faire de longs déplacements et à transporter armes et objets ; il avance dans le monde. Sur le plan technique, il invente des outils de pierre taillée plus efficaces, met au point des chaînes opératoires complexes d’une structure cognitive identique à celle du langage, maîtrisant le feu et construisant des abris ; il transforme le monde. Sur le plan cognitif, il développe le langage et témoigne d’expressions symboliques complexes par l’esthétique des bifaces ‒ matière, couleur, forme ‒ et l’usage de colorants ; il construit des représentations symboliques du monde. »

« Homo sapiens ne s’arrête pas comme cela puisqu’il navigue depuis plus de cent mille ans. Plusieurs vagues atteignirent l’Australie, les Amériques et l’Océanie. Comme ces migrations ne sont pas le fait d’une seule population, il s’agit donc d’une étrange pulsion de notre espèce à aller par-delà les horizons et les lignes de crête. C’est certainement la conséquence de sa propension à s’inventer des mondes. »

Il souligne aussi l’érosion de la biodiversité domestique :
« Aujourd’hui, on évoque rarement la disparition en quelques décennies de toute cette biodiversité de races et de variétés de plantes et d’animaux domestiques, et encore moins les pratiques et les savoir-faire qui allaient avec. Les nouvelles plantes génétiquement modifiées et qui éliminent toutes les autres formes d’agriculture, sont un déni de l’évolution : le "cauchemar de Darwin". »

« Cette agrodiversité est liée à des pratiques et à des savoir-faire portés par des mots, des langues, des gestes et des croyances. C’est l’un des facteurs les plus fondamentaux pour espérer conserver toute la biodiversité ; il faut œuvrer pour que les peuples, les langues et leurs savoirs ne disparaissent pas, ce qui serait un désastre d’une ampleur encore plus dommageable que l’incendie de la grande bibliothèque d’Alexandrie. »

On arrive à l’avenir de notre alimentation (et survie) :
« Toutes les recherches entreprises depuis une quinzaine d’années aboutissent au même résultat : plus il y a de la diversité dans un écosystème, quelle que soit sa superficie, plus la productivité de chaque variété est augmentée, la stabilité de la communauté écologique renforcée et la qualité des sols en nutriments améliorée. »

Il y a aussi un intéressant détour par la médecine (qui a particulièrement retenu mon attention comme je pâtis actuellement d’une bactérie opportuniste qui serait d’après la faculté cause de maladies nosocomiales en métropole) :
« On persiste de plus en plus à vouloir éradiquer les maladies et les agents pathogènes, ce qui conduit à l’aberration des maladies nosocomiales. D’une manière générale, en éliminant des bactéries avec lesquelles nous avons coévolué ‒ et même si elles ont des effets peu désirables ‒, on a libéré des "niches écologiques" pour d’autres agents pathogènes redoutables, non pas en soi, mais parce qu’on a aucune histoire épidémiologique avec eux.
D’une manière plus générale, on lit de plus en plus de travaux qui évoquent la moindre résistance aux infections ou la diminution de la tolérance à certaines nourritures, sans oublier les allergies. […] D’une certaine façon, la médecine évolutionniste nous enseigne qu’il vaut mieux coévoluer avec des maladies qu’on sait soigner que de les éradiquer au risque d’en favoriser d’autres. »

« D’une façon plus générale et sans nier les apports de la biologie fondamentale, il serait grand temps de comprendre que la plupart des maladies qui affectent l’homme proviennent de ses activités (agriculture, élevage, villes, pollutions, comme en atteste la direction REACH de la Commission européenne). »

Picq rappelle des évidences utiles à garder à l’esprit pour éviter toute dérive suprématiste :
« Aucune lignée n’est restée en panne d’évolution ou à un stade ancien par rapport à la nôtre. Toutes les espèces qui nous entourent sont les représentantes actuelles de leurs lignées respectives. »

L’ouvrage s’achève par une Esquisse des progrès de l’esprit et des sociétés humaines en annexe, qui distingue les époques et révolutions de façon nouvelle.
« Dans une perspective darwinienne, il faut toujours distinguer la question de l’apparition d’un caractère ou de son origine de celle de sa diffusion et de sa participation au succès d’une espèce (adaptation). C’est aussi la différence épistémologique, au sens de Joseph Schumpeter ‒ qui avait très bien lu Darwin ‒ entre invention et innovation. Un changement de société, ce n’est pas tout inventer, mais appréhender et arranger des inventions déjà existantes et les intégrer dans un projet porté par une nouvelle représentation du monde. Sans savoir où nous allons, tout ce qui a accompagné l’idée de progrès ‒ économie, démocratie, travail, politique, société ‒ est en train de changer ; en un mot, les rapports de l’homme à son évolution et à la nature du progrès sont à inventer. »

Peu de bouleversements peut-être dans cette actualité des sciences de l’évolution (2013), mais les pensées sont magistralement synthétisées en quelques mots qui disent beaucoup :
« Le début du XXe siècle hérite d’une tension formidable entre les utopies scientistes et progressistes exprimées par la naissance de la science-fiction ‒ Jules Verne, H. G. Wells ‒ et les promesses d’utopies sociales nourries par la condition misérable des classes sociales dont témoignent les œuvres de Charles Dickens et d’Émile Zola. Le rêve d’un progrès de l’humanité s’effondre dans l’horreur de la Première Guerre mondiale, où les hommes sont broyés par les machines. »

Ce livre collationne beaucoup de faits, d’ordres de grandeur, de moyens d’appréhension, de rapprochements parlants.
Picq fait référence à Jay Gould aussi bien qu’à Hampâte Bâ ou Conrad.
Bien que ce ne soit pas du tout nécessaire pour cette lecture, il est quand même recommandé d’avoir lu Claude Lévi-Strauss, au moins Tristes tropiques, et bien sûr, sinon d’avoir lu Darwin (pourtant passionnant même pour qui a peu de bagage scientifique, mais le goût des voyages aventureux), de connaître un minimum la théorie de l’évolution (et ça, ça devrait être au programme de tous).
Fait partie de ces ouvrages de vulgarisation qui sont si stimulants, au moins pour l’imagination !

Mots-clés : #ecologie #essai #historique #minoriteethnique #mondialisation #nature #science
par Tristram
le Lun 12 Aoû 2019, 14:18
 
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Sujet: Pascal Picq
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Romain Gary

Les Racines du ciel

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Écrit à l’origine en 1956, j’ai lu le texte définitif, de 1980, soit peu avant le suicide de Romain Gary ; je n’ai malencontreusement pas trouvé d’informations sur les modifications apportées d’une version à l’autre, ni même la préface de la première édition.
« Un blanc qui est devenu amok par misanthropie, et qui est passé du côté des éléphants… »

C’est l’histoire de Morel, « rogue » activiste écologiste dans l’Afrique centrale des années 50, persuadé de « toucher le cœur populaire » en défendant les « géants menacés »… Curieusement (ou pas), prendre la défense de la nature est perçu à l’époque comme un désaveu de l’humanité, alors qu’il s’agit peut-être du contraire, une empathie humaniste pour toute souffrance, la préservation d’une « marge humaine » de dignité ‒ les différentes interprétations du combat de ce sympathique héros incarnant un espoir, perçu selon les intérêts et surtout le milieu culturel des individus, constituent le fond de l’ouvrage. Les enjeux économiques, politiques, éthiques et même métaphysiques sont exposés, s’articulant autour d’une opposition utopisme - pragmatisme pas aussi nette qu’on pourrait croire.
« Le règlement de comptes entre les hommes frustrés par une existence de plus en plus asservie, soumise, et la dernière, la plus grande image de liberté vivante qui existât encore sur terre, continuait à se jouer quotidiennement dans la forêt africaine. »

Livre paru l’année de ma naissance, dont l’action se passe au Tchad, parfois dans les lieux mêmes où j’étais encore il y a dix ans… Dans ce pays, 90% de la population des éléphants aurait été exterminée au cours des 40 dernières années ; il n’y a plus de forêt en dehors du sud du pays.
Voici le pont sur le Chari limitrophe du Cameroun au sud de N’Djamena, quartier où se situe approximativement le bar dans le roman :
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Au début, l’histoire gravite donc autour d’un bar, le Tchadien, et m’est sans cesse revenu à l’esprit cette auberge où je séjournais lors de mes passages à Fort-Lamy/ N’Djamena, et où l’atmosphère n’avait pas dû changer beaucoup depuis l’Indépendance. Il me semble que j’y voyais, et y revoir encore, les personnages que Gary a si habilement su camper en les présentant progressivement dans sa mise en scène. En premier lieu Morel, protagoniste de l’histoire, sorte de don Quichotte luttant contre l’extinction des éléphants :
« Je suis un peu allemand moi-même, par naturalisation, si on peut dire. J’ai été déporté pendant la guerre, et je suis resté deux ans dans différents camps. J’ai même failli y rester pour de bon. Je me suis attaché au pays. »

Il parle ici à Minna, l’entraîneuse allemande de le Tchadien, rescapée meurtrie de la seconde Guerre Mondiale, obstinée qui aime les animaux (et Morel) ; personnage le plus important après ce dernier ‒ « il fallait bien qu’il y ait quelqu’un de Berlin à côté de lui » ‒, elle est la seule femme du roman. La guerre et les camps, encore d’un passé récent à l’époque de la rédaction du livre, marquent indélébilement ce dernier, qui constitue aussi une allégorie où s’enchâsse comme un symbole de plus la parabole du déporté Morel portant secours aux hannetons…
Puis vient le commandant Schölscher, empathique ancien méhariste chargé de capturer Morel, et encore le gouverneur, irascible républicain empêtré dans la situation chaotique provoquée par ce dernier en rébellion ouverte. Il y a aussi le père Tassin (personnage inspiré par Teilhard de Chardin), jésuite et paléontologue convaincu de l’évolution darwinienne qu’il semble fausser de l’idée d’un dessein intelligent chrétien, le père Fargue, franciscain haut en couleur qui soigne les lépreux et les sommeilleux, Orsini le chasseur haineux qui conspue tous (et surtout lui-même), le vieux naturaliste danois Peer Qvist, vétéran de la lutte pour la protection de la nature :
« Peer Qvist lui dit que ce tapis vivant de près de cent kilomètres carrés qui changeait de couleur, s’élevait et retombait, s’éparpillait et se reformait comme une tapisserie fulgurante sans cesse brodée et rebrodée sous ses yeux, n’était qu’une parcelle infime, tombée en cours de route des milliards d’oiseaux migrateurs qui rejoignaient la vallée du Nil et les marécages du Bahr el Gazal soudanais. »

… Saint-Denis, l’administrateur de la région écartée des Oulés, qu’il voudrait préserver du « progrès » :
« Depuis vingt ans, je n’avais qu’un but, on pourrait presque dire une obsession : sauver nos noirs, les protéger contre l’invasion des idées nouvelles, contre la contagion matérialiste, contre l’infection politique, les aider à sauvegarder leurs traditions tribales et leurs merveilleuses croyances, les empêcher de marcher sur nos traces. »

… et son ami le sorcier Dwala, qu’il a convaincu de le réincarner en arbre ; également Waïtari, ex-député français et indépendantiste panafricain, arriviste et manipulateur :
« La brousse est pour nous une vermine dont nous devons nous débarrasser. »

… puis Habib le joyeux aventurier libanais (marin, tenancier de le Tchadien, trafiquant d’armes), Forsythe le major américain alcoolique (prisonnier des Chinois en Corée, il a « avoué » à la radio que son pays menait une guerre bactériologique) :
« Lorsqu’on quitte une engeance capable de vous offrir à la même époque le génocide, le "génial père des peuples", les radiations atomiques, le lavage du cerveau et les aveux spontanés, pour aller vivre enfin au sein de la nature, il est bien permis de prendre une cuite… »

… ou encore Babcock, colonel britannique en retraite :
« Elle devait se dire que l’on peut toujours compter sur un gentleman lorsqu’il s’agit de ne pas comprendre une femme. Je dois dire que j’ai justifié cette confiance entièrement. »

Il y aura aussi Abe Fields, juif et cynique, grand reporter américain (photographe) :
« C’était ça, le métier de Fields : rendre le texte inutile. »

Tous ces personnages ont leur personnalité, leur langage, souvent leur humour propre, formant une sorte de roman choral. Le sens de l’humour, ou des humours, est aussi divers que salutaire ; confer celui de l’atomiste Ostrach (c’est l’époque de l’anxiogène « miracle de l’atome », et Gary parle déjà du problème de l’interminable stockage des déchets), ou encore de Robert, le digne résistant qui invente dans un camp S. S. la course invincible et salvatrice des éléphants ‒ avant de devenir le planteur Duparc…
« l’humour est une dynamite silencieuse et polie qui vous permet de faire sauter votre condition présente chaque fois que vous en avez assez, mais avec le maximum de discrétion et sans éclaboussures. »

Il s’agit bien sûr de colons/ aventuriers/ fonctionnaires d’Afrique Equatoriale Française, et pour ce que j’en sais le livre témoigne assez justement des attitudes de l’époque, teintées de paternalisme, de prosélytisme, etc. ‒ mais guère de racisme. De même, les descriptions sont captivantes, telle l’évocation d’une exceptionnelle sécheresse aux effroyables effets.
Les Africains représentés, outre notamment Idriss le vieux pisteur et Youssouf le jeune guide, sont les Oulés, paradoxalement de grands chasseurs d’éléphants !
« Dans sa jeunesse, il avait souvent vu une bête abattue et dévorée sur place par les hommes du village, les plus avides absorbant jusqu’à dix livres de viande en une fois. Du Tchad au Cap, l’avidité de l’Africain pour la viande, éternellement entretenue par les famines, était ce que le continent avait en commun de plus fort et de plus fraternel. C’était un rêve, une nostalgie, une aspiration de tous les instants – un cri physiologique de l’organisme plus puissant que l’instinct sexuel. La viande ! C’était l’aspiration la plus ancienne, la plus réelle, et la plus universelle de l’humanité. »

« Seulement, les noirs ont une sacrée excuse : ils bouffent pas à leur faim. Ils ont besoin de viande. C’est un besoin qu’on a tous dans le sang et on n’y peut rien, pour le moment. Alors, ils tuent les éléphants, pour se remplir le ventre. Techniquement, ça s’appelle un besoin de protéines. La morale de l’histoire ? Il faut leur donner assez de protéines à bouffer pour qu’ils puissent s’offrir le luxe de respecter les éléphants. Faire pour eux ce que nous faisons pour nous-mêmes. Au fond, vous voyez que j’ai un programme politique, moi aussi : élever le niveau de vie du noir africain. Ça fait automatiquement partie de la protection de la nature… Donnez-leur assez à bouffer et vous pourrez leur expliquer le reste… Quand ils auront le ventre plein, ils comprendront. Si on veut que les éléphants demeurent sur la terre, qu’on puisse les avoir toujours avec nous tant que notre monde durera, faut commencer par empêcher les gens de crever de faim… Ça va ensemble. C’est une question de dignité. Voilà, c’est assez clair, non ? »

« L’idée de la "beauté" de l’éléphant, de la "noblesse" de l’éléphant, c’était une notion d’homme rassasié, de l’homme des restaurants, des deux repas par jour et des musées d’art abstrait – une vue de l’esprit élitiste qui se réfugie, devant les réalités sociales hideuses auxquelles elle est incapable de faire face, dans les nuages élevés de la beauté, et s’enivre des notions crépusculaires et vagues du "beau", du "noble", du "fraternel", simplement parce que l’attitude purement poétique est la seule que l’histoire lui permette d’adopter. »

« Essayez de leur expliquer que les Oulés ne sont pas partis à la conquête de leur indépendance politique, nationale, mais des couilles d’éléphants. Essayez… Vous m’en direz des nouvelles. »

« Quand on les voit assis toute la journée à la porte de leurs cases, on dit qu’ils sont flemmards et qu’ils ne sont bons à rien. Quand on coupe les gens de leur passé sans rien leur donner à la place, ils vivent tournés vers ce passé… »

« …] les collines Oulé sont des troupeaux d’éléphants tués par les chasseurs Oulé et sur lesquels l’herbe a poussé. »

Cette croyance mythique répond à une métaphore antérieure dans le texte :
« …] le troupeau des collines, massé à leurs pieds jusqu’aux limites de lune. »

Avec constance l’immensité du ciel et de l’Afrique est mise en opposition au vide intérieur (spirituel) des vieux solitaires blancs.
« On ne peut pas se soulager toute sa vie en tuant des éléphants… »

« Il y a à nos côtés une grande place à prendre, mais tous les troupeaux de l’Afrique ne suffiraient pas à l’occuper. »

« Au point où nous en sommes, avec tout ce que nous avons inventé, et tout ce que nous avons appris sur nous-mêmes, nous avons besoin de tous les chiens, de tous les oiseaux et de toutes les bestioles que nous pouvons trouver… Les hommes ont besoin d’amitié. »

Ce roman est vanté comme étant le premier qui soit "écologique" ; de fait, peut-être à cause d’une perception européenne de l’Afrique, le discours n’a pas vieilli :
« Quant à la beauté de l’éléphant, sa noblesse, sa dignité, et cætera, ce sont là des idées entièrement européennes comme le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. »

« Il y était proclamé également que "le temps de l’orgueil est fini", et que nous devons nous tourner avec beaucoup plus d’humilité et de compréhension vers les autres espèces animales, "différentes, mais non inférieures." »

« Ce que le progrès demande inexorablement aux hommes et aux continents, c’est de renoncer à leur étrangeté, c’est de rompre avec le mystère, – et sur cette voie s’inscrivent les ossements du dernier éléphant… L’espèce humaine était entrée en conflit avec l’espace, la terre, l’air même qu’il lui faut pour vivre. »

« Car il s’agit bien de ça, il faut lutter contre cette dégradation de la dernière authenticité de la terre et de l’idée que l’homme se fait des lieux où il vit. »

« Les hommes meurent pour conserver une certaine beauté de la vie. Une certaine beauté naturelle… »

J’ai souvent suivi les assalas en forêt équatoriale, et cela me permet sans doute de mieux percevoir ce texte :
« On ne peut pas passer sa vie en Afrique sans acquérir pour les éléphants un sentiment assez voisin d’une très grande affection. Chaque fois que vous les rencontrez, dans la savane, en train de remuer leurs trompes et leurs grandes oreilles, un sourire irrésistible vous monte aux lèvres. Leur énormité même, leur maladresse, leur gigantisme représentent une masse de liberté qui vous fait rêver. Au fond, ce sont les derniers individus. »

L’auteur laisse percer ses convictions personnelles :
« Quant au nationalisme, il y a longtemps que ça devrait plus exister que pour les matches de football… »

Il semble partisan de la colonisation, mais l’ironie voire l’autodérision sont si prégnantes qu’on se demanderait presque s’il est vraiment gaulliste :
« Les prisons sont aujourd’hui les antichambres des ministères. »

Et il a le sens de la formule :
« On fuyait l’action mais on se réfugiait dans le geste. »

Par contre, j’ai été déçu par des longueurs, des redites aussi, ressassements de certains points de vue qui font regretter que l’ouvrage n’ait pas été plus resserré par l’auteur.
Pour prolonger cette lecture, INA, interview par Pierre Dumayet suite à son Goncourt ‒ le premier !




Mots-clés : #aventure #colonisation #ecologie
par Tristram
le Mer 05 Juin 2019, 00:43
 
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Sujet: Romain Gary
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Richard Powers

L’Arbre-Monde

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Le titre en français apparaît dans le texte, c’est Yggdrasil, l’Arbre-Monde original. Le titre original, Overstory, désigne la couche supérieure de la canopée, soit le feuillage de la forêt en contact direct avec l’atmosphère et l’éclairage solaire (Merriam-Webster, Environment and Climate Change Canada et https://global.mongabay.com/fr/rainforests/0404.htm ; ce dernier site est particulièrement intéressant).
Le livre est structuré en trois parties sensiblement égales en longueur, « Racines » (8 histoires d’humains ayant rapport aux arbres, comme autant de nouvelles), « Tronc » et « Cime », suivies de « Graines ».
Un des personnages les plus attachants est Adam Appich, bourré d’idées à développer, de "départs" au sens botanique. Une sorte de Baron perché :
« C’est là un secret stupéfiant que nul dans sa famille ne connaîtra jamais : il y a plus de vies ici, dans son unique érable, qu’il n’y a de gens dans tout Belleville.
Adam se rappellera cette veillée bien des années plus tard, perché dans un séquoia à soixante mètres de haut, en toisant un grouillement de gens pas plus gros que des insectes, dont la majorité démocratique souhaitera le voir mort. »

Un certain concept d’intelligence supra-individuelle, de foule organisée ?
« L’espèce humaine est profondément malade. Elle n’en a plus pour longtemps. C’était une expérience aberrante. Bientôt le monde sera rendu aux intelligences saines, les intelligences collectives. Les colonies [de fourmis] et les ruches. »

Passionnante également est l’histoire de Neelay Mehta participant au « troisième acte de l’évolution » (la révolution numérique, après les phases biologie et culture) à l’université de Stanford, en créant un fabuleux jeu de rôle…
« – Mais pourquoi ? Pourquoi renoncer à un monde d’une richesse inépuisable pour vivre dans une carte géographique de dessin animé ? »

« Et le but du jeu sera de deviner ce que ce monde nouveau et désespéré attend de vous. »

« Imaginez un peu : un jeu dont le but serait de faire avancer le monde, plutôt que soi-même. »

… ou celle de Patricia Westerford, la malentendante fervente d’arbres :
« Aussi sûrement que le vent d’ouest, les choses que les gens savent et tiennent pour acquises changeront. Savoir de façon certaine, ça n’existe pas. Les seules choses fiables, c’est l’humilité et un regard attentif. »

Parfois, juste d’une phrase, un bref aperçu-condensé états-unien :
« Le fils de l’immigrant cède à la maladie du progrès bien avant qu’on ne découvre un remède efficace. »

« Elle suit des routes secondaires de Las Vegas, capitale des pécheurs paumés, à Salt Lake City, capitale des saints rusés [les mormons]. »

Sans trop de surprise, le « tronc » réunit progressivement les « racines » en faisceau autour de l’activisme pour le droit des vieux arbres, un « nouvel ordre moral non humain ».
« Cime » : les mêmes destinées qui s’entrelaçaient bifurquent et divergent après un drame de l’action extrémiste des « ennemis du progrès humain », « traître à l’espèce ».
« Graines » : les bots apprenants seront bientôt en mesure de dire ce que la vie veut des humains…
« Une urgence de masse, nourrie par le public, se développe sur la Terre du Like, et les apprenants, qui regardent par-dessus l’épaule des humains et notent chaque clic de chacun, commencent à voir ce que ça pourrait être : une migration de masse vers un paradis simulé. »

J’aime l’idée de « dessein de l’arbre », de « grand dessein du vert proliférant », même si elle fleurte avec la théorie pseudo-scientifique du "dessein intelligent", quand « la vie va quelque part » :
« …] les plantes ont une volonté propre, de l’astuce et un but, tout comme les gens. »

Quelques autres extraits significatifs :
« Elle choisit une audition pour jouer Macbeth dans un spectacle amateur. Pourquoi ? Elle répond pour rien. Un caprice. Une lubie. La liberté. Mais bien sûr, il n’y a pas de liberté. Il n’y a que des prophéties anciennes qui décryptent les graines du temps et proclament lesquelles croîtront ou non. »

« De fait, Douggie a la conviction croissante que le plus grand défaut de l’espèce humaine, c’est sa tendance dévorante à prendre le consensus pour la vérité. La première et majeure influence sur ce qu’un quidam pense ou pas, c’est ce que proclament les quidams environnants sur les ondes publiques. Mettez ensemble trois personnes, et elles décréteront que la loi de la gravité est maléfique et devrait être abrogée, sous prétexte que l’un de leurs oncles est tombé du toit après s’être bourré la gueule. »

« Quand les racines latérales de deux sapins de Douglas se rencontrent sous terre, elles fusionnent. Par ces nœuds auto-greffés, les deux arbres réunissent leurs systèmes vasculaires pour ne faire plus qu’un. Tissés ensemble sous terre par des milliers et des milliers de kilomètres de fils fongiques vivants, les arbres se nourrissent et se guérissent l’un l’autre, protègent la vie des jeunes et des malades, réunissent leurs ressources en une cagnotte commune métabolique… »

« Il lui reste à découvrir que les mythes sont des vérités fondamentales déformées en formules mnémotechniques, des instructions transmises par le passé, des souvenirs qui attendent de devenir prédictions. »

« "Je n’avais pas compris que les gens pouvaient être une drogue dure.
– La plus forte qui soit. Ou en tout cas celle qui fait le plus de ravages.
– Et combien il faut pour… décrocher ? "
Il réfléchit. "Personne n’est jamais clean." »

« Comment l’exploitation pourrait-elle s’arrêter ? Elle ne peut même pas ralentir. Tout ce qu’on sait faire, c’est grossir. Une croissance plus forte ; une croissance plus rapide. Meilleure que l’an dernier. Une croissance, jusqu’au sommet de la falaise, jusqu’à tomber dans le vide. Il n’y a pas d’autre issue. »

« Les arbres sont des scientifiques. Ils pratiquent un milliard de tests sur le terrain. Ils tentent des hypothèses, et le monde vivant leur indique ce qui marche. La vie est spéculation, et la spéculation c’est la vie. Quel mot merveilleux ! Ça veut dire supposer. Mais ça veut aussi dire refléter. »

J’ai apprécié la manière dont c’est écrit, dense, entraînant ; en fait, ça paraît fort élagué ‒ mais devient un peu lassant sur 550 pages… Pendant de la profusion et de la complexité botaniques de la nature, une volonté totalitaire explique peut-être cette collection de tous les poncifs sur les arbres, des Métamorphoses d’Ovide et de la forêt de Birnam dans Macbeth aux banques de graines et militants écologistes occupant des séquoias.
Dans cet aspect wiki/ encyclopédique, on retrouve même mon ami géant :
« Hura crepitans, le pet du diable, qui projette les graines de ses fruits explosifs à deux cent quarante kilomètres à l’heure. »

C’est fourmillant de vie, mais cela sature. Quelques flous New Age et un petit côté Bernard Werber, des généralités et emphases m’ont aussi légèrement indisposé.
Particulièrement attiré par le titre, j’ai découvert Richard Powers au travers de cet ouvrage ; je reviendrai à une lecture plus chronologique pour explorer le reste de l’œuvre.

Quelqu’un saurait-il d’où provient la citation suivante, attribuée à Borges et apparaissant deux fois ?
« Tout homme devrait être capable de toutes les idées, et je suis convaincu qu’un jour ce sera le cas. »



Mots-clés : #ecologie #nature
par Tristram
le Jeu 23 Mai 2019, 00:30
 
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Sujet: Richard Powers
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Cyril Dion

Demain
Un nouveau monde en marche

(il a dû rager un peu de se faire piquer son « monde  en marche, Cyril Dion)

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Mais nous avons oublié un détail : est-ce que l'être humain a besoin de la nature ? Oui. Est-ce que la nature a besoin de l'être humain ? Non.
Pierre Rabhi.


En 2012, Cyril Dion « découvre », par une étude de Nature , que nous allons tous dans le mur.

"Que faire ? Mais pourquoi personne ne fait rien ? , se dit-il, c’est incroyable !"

Bien conscient qu’il ne faut pas compter sur les multinationales, ni sur les gouvernements que celles-ci tiennent pieds et poings liés, il décide, avec Mélanie Laurent,  de partir à la rencontre d’initiatives individuelles ou collectives, souvent implantées dans le local, qui non seulement créent une ambiance de pépinière, mais aussi prouvent que cela est possible, efficace, et aussi rentable. Et réussissent. Et diffusent leurs pratiques.

Et il les raconte,  persuadé que ce qui fait bouger les hommes, ce sont les récits. Il y met une sympathique naïveté feinte, qui permet de revenir aux fondamentaux dans  une volonté pédagogique, un enthousiasme déterminé qui permettent d’échapper à un côté trop catalogue, fait ressentir une réelle proximité au lecteur, traité d’égal à égal, totalement impliqué, pris en considération tant dans les carences de ses connaissances que dans ses motivations personnelles.

Thierry Salomon : « le mot "transition" est intéressant. Ce n'est pas un modèle, c'est une démarche. On part d'un certain nombre de petites expérimentations locales, qui arrivent à se bâtir dans les interstices de ce que permet l'institution, qui se reproduisent lorsqu'elles fonctionnent et, si elles ont fait leurs preuves, on crée une norme pour aller dans ce sens. Ce mouvement est intéressant car il part du bas, puis le haut raccroche les wagons pour généraliser. »


Cyril Dion mêle avec fluidité les données objectives, informations scientifiques, interviews d’experts et d’acteurs de terrain, observations personnelles. Il y met aussi une réelle  empathie, qui est l’une de ses forces, je crois, pour un réel ouvrage d’investigation populaire. Il s’introduit dans le récit, aussi humble que le lecteur,  réfléchissant à l’hôtel d’étape, cédant un temps au pessimisme pour mieux rebondir, se culpabilisant des km parcourus pour la cause en avion.
Cela donne, à côté de la rigueur de l’exercice,  une grande proximité à ce nouveau récitpour l’homme moderne qu’il nous propose, qui décide d’un optimisme (il dit bien quelque part qu'il a volontairement décidé de ne pas s'étendre sur les difficultés et les échecs).

Il finit en apothéose par la description de « son » monde idéal pour demain, écologique, citoyen, partagé, récit très utopique, il doit bien le savoir, mais  porteur d’espoirs et  ferment d’actions positives.

Spoiler:
Au niveau agroalimentaire, il rapporte les expériences de Detroit, ville économiquement ravagée reconvertie dans l' agriculture urbaine , de Topmordem en Angleterre dont les habitants ont développé Les Incroyables Comestibles, culture de fruits et légumes partagés , ou la ferme de permaculture du Bec-Helloin qui prouve sa compétitivité face à la culture intensive.

Au niveau énergétique il rapporte le scénario de transition énergétique Negawatt, qui montre que celle-ci est possible, entre décroissance du gaspillage énergétique, création d’énergies renouvelables, recherche d'autonomie, réduction d'émission de CO2 . Un pays (Islande), des îles (La réunion), des villes ( Copenhague classée n°1 des villes les plus résilientes au changement climatique, Malmö et son écoquartier prometteur, San Francisco avec l'objectif zéro déchet) se lancent à fond dans l’aventure de la transition énergétique.

Au niveau économique, en réponse à l’aberration de la croissance économique indéfinie, génératrice du pillage de la planète et des pire disparités, il évoque l’expérience d’Emmanuel Druon (dont j’ai lu Le syndrome du poisson lune) avec Pochéco,  une entreprise qui prouve au quotidien  que la performance économique est compatible avec une croissance raisonnée et une gestion écologique et humaine. Il parle des monnaies complémentaires comme celle de la  Wir Bank en Suisse ou la Bristol Pound, d’initiatives privilégiant le local., ou encore des makers et de la culture des Fab-labs, qui remplacent la consommation par la fabrication et la réparation.

Au niveau politique, il parle de la démocratie délibérative, du tirage au sort en alternative aux élections, des  ateliers constituants http://ateliersconstituants.org/ et s’appuie sur la rédaction de la Constitution Islandaise, ou les panchayat (conseils municipaux) et gram sabha (assemblées populaires) en Inde  notamment à Kuttambakkam, où le maire, par ce biais, a réussi à annihiler le système des castes et l’exclusion des Intouchables.

Tout cela ne tiendra pas sans l’éducation, bien sûr, une éducation à la coopération et non plus à la compétition, comme en Finlande où nous visitons une école.


Alors, nous, qu’est-ce que nous faisons aujourd’hui plus qu’hier pour entrer dans Demain ?

Mots-clés : #contemporain #documentaire #ecologie #economie #education #nature #politique #urbanité
par topocl
le Jeu 16 Mai 2019, 11:50
 
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Sujet: Cyril Dion
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Cyril Dion

Petit manuel de résistance contemporaine

Tag ecologie sur Des Choses à lire 41epdd10

En fin d'année, ce livre  était sur toutes les banques des librairies,en  grosses piles,comme les chewing-gums à la caisses des supermarchés, et ce procédé marketing m'a un peu irritée, Mais le livre me faisait  bien envie, quand même.
J'ai résolu mon problème de conscience en l'offrant tout bêtement à ma mistonne, qui me l'a ensuite refilé.

C'est un petit bouquin  qui répond opportunément  à la logique d'engagement de Martin Hirsch dans La lettre perdue que je viens de lire, qui cherche à rallier du monde, à expliquer pour convaincre.

Cyril Dion commence par tracer un portrait de l'état de la planète et de l'avenir qui nous attend dans un premier chapitre qui s'appelle de façon engageante « c'est pire que vous ne le croyez. » (et c'est bien le cas). Histoire de bien faire comprendre à quel point on a quand même un peu intérêt à se  bouger les fesses.

Il explique ensuite comment on en est arrivé là, sous la triple pression de l'argent triomphant, (d'où la (nécessité de supporter un travail débilitant),  du divertissement envahissant (8 heures d' écrans de divertissement par jour pour un Américain moyen ! avec ce que cela implique de captation de temps, d'énergie et d'empathie) ; et de soumission aux lois sous prétexte de sécurité.

Il explique que certains s'en foutent royalement, d'autres pensent que le petit geste quotidien est dérisoire et inutile dans cette situation de toute façon  désespérée et qu'il faut se concentrer sur la recherche de solutions post-apocalyptiques, et que d'autres enfin, dont il fait parti, sont adeptes de la méthode du colibri.Celle-ci, outre ses effets propres, permet la mise en place d'un climat, d'une dynamique se fixant des objectifs atteignables, qui peuvent peut-être paraître dérisoire, mais comme vous le savez, les petits ruisseaux font les grandes rivières.

L'objectif est  l'émergence de mouvements de désobéissance civique pacifiques, de contre-pouvoirs parmi lesquels les villes semblent émerger face au pouvoirs plus centraux et aux multinationales, pour mettre en place des solutions qui commencent à émerger sérieusement et pourraient à terme bouleverser notre paysage politique et écologique.

C'est très bien expliqué, argumenté, facile à lire pour toucher le plus grand nombre, et si cette semaine, j'ai enfin fabriqué la lessive au lierre dont j'avais la recette depuis pas mal de temps , planté quatre salades bio dans mon mini jardin, acheté des ferments pour faire mes yaourts, ce n'est sans doute pas un hasard.


Mots-clés : #contemporain #ecologie
par topocl
le Mar 02 Avr 2019, 20:36
 
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Sujet: Cyril Dion
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Richard Powers

Tag ecologie sur Des Choses à lire Larbre10

L'Arbre-Monde

Il m'est difficile de donner un avis tranché sur ce nouveau roman de Richard Powers, souvent passionnant mais qui peut laisser une sensation de frustration et d'épuisement. Il faut aussi ajouter que Le temps où nous chantions reste une découverte tellement importante pour moi sur le plan littéraire que les attentes sont forcément très élevées, sans doute trop, à l'entame de la lecture.

Comme souvent dans l'oeuvre de Powers, la structure de L'Arbre-Monde est particulièrement ambitieuse. Une réflexion sur la place de l'être humain dans le monde se dévoile d'entrée à travers le portrait d'une série de personnages, chacun étant marqué par une relation spécifique, souvent intime, aux arbres...Par un héritage familial où suite à un accident imprévisible, ceux-ci deviennent le reflet d'une fascination, l'expression d'une singularité, d'une solitude et un moyen d'évasion face au regard d'une humanité qui apparait oppressante. La redéfinition d'un lien à la nature apparait alors comme une remise en cause nécessaire et l'affirmation d'une humilité, dans un rapport à une temporalité plus ample et plus large.

Après la présentation des protagonistes sous une forme proche d'un recueil de nouvelles, Richard Powers relie ces destins à travers une seconde partie aux accents plus tragiques, marquée par l'activisme écologique face à la déforestation. C'est à ce moment-là que le récit m'a semblé parfois trop pesant, trop dense et inégal dans ses développements même si les thèmes abordés sont fascinants. Malgré cette impression d'un manque de fluidité, L'Arbre-Monde permet en tout cas de s'interroger sur soi, sur notre perception du monde et la compréhension du vivant. Avec des questions qui sans cesse se renouvellent.


mots-clés : #ecologie
par Avadoro
le Lun 07 Jan 2019, 20:56
 
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André Bucher

Au risque de paraître entêtée ... Tag ecologie sur Des Choses à lire 1390083676

Tag ecologie sur Des Choses à lire Un-cou10

C'est avec un grand bonheur que j'ai retrouvé l'écriture d'André Bucher avec ce roman.

La poésie est toujours omniprésente que ce soit pour décrire la faune, les oiseaux et leurs habitudes qu'il faut savoir lire : cette fois, nous avons la présence des corbeaux - véritable totem des indiens, ce n'est donc pas un hasard pour le lecteur de Jim Harrison qu'est A Bucher ! - qui nous sert de guide, ponctuellement.
La nature s'anime sous la plume de l'écrivain et les cieux qu'ils soient déchaînés ou cléments sont tellement bien décrits qu'il suffit de fermer les yeux pour "les voir" !
Bien sûr, il y a une "intrigue" dans le roman : un projet de déforestation pour "nourrir" une centrale électrique et c'est l'occasion pour l'écrivain, de nous parler d'écologie intelligente, de croquer quelques travers humains, d'esquisser quelques traits de la folie humaine mais aussi de croire qu'il y a toujours des hommes simples et sages dans nos sociétés...

J'ai adoré cette lecture et j'ai pris mon temps pour cheminer au fil des pages ne quittant qu'à regret ce coin de montagne.

Et que dire d'un écrivain qui, dans le même roman, cite "Exile On Main Street" , Edward Abbey, John Steinbeck et nous quitte en nous laissant, dans la tête, des vers d'Emily Dickinson ? Juste que c'est un rêve de lecture pour moi....

Cela tombe bien, j'ai un autre livre d'André Bucher qui m'attend sur les étagères histoire de continuer la féerie poétique de la lecture !

Mots-clés : #ecologie #nature
par kashmir
le Dim 28 Oct 2018, 18:11
 
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Etienne Davodeau

Rural!

Tag ecologie sur Des Choses à lire Proxy_66

Etienne Davodeau s'est immergé pendant un an dans l'entreprise de jeunes agriculteurs qui s'investissent dans la bio... et subissent les nuisances de la construction d'une autoroute à proximité de leurs terres.
Leur combat, leurs espoirs, leurs désillusions, plein d'humour et d'enseignement, un livre sympathique, à la Davodeau, quoi!




mots-clés : #bd #documentaire #ecologie #mondedutravail #ruralité
par topocl
le Lun 15 Oct 2018, 20:22
 
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J.A. Baker

Tag ecologie sur Des Choses à lire 41f1v310

Le pèlerin

Recommandé par bix, recommandé par le libraire, recommandé par Werner Herzog dans une interview... Le drôle de livre tient du mythe tout en se faisant assez discret (avec la bonne nouvelle d'une nouvelle publication en 2011 en Angleterre avec un autre texte : The Hill of Summer). C'est le folio que j'ai lu. Autant passer par l'ombre pour commencer : les phrases ont parfois une drôle de tête : texte original, traduction ? Ce n'est heureusement pas si important dans le cas présent (bien qu'il puisse y avoir une tentation pour la version originale...).

Il s'agit d'une œuvre de non-fiction, d'un journal d'une "saison", du mois d'Octobre au mois d'Avril, passée à observer et approcher le faucon pèlerin, quelques-uns en fait, sur la côte est de l'Angleterre. Quelques pages introduisent le livre : présentation des oiseaux : faucons et autres, quelques chiffres relevés des observations et les bribes qui situent définitivement le texte dans sa période moderne : les oiseaux sont de moins en moins nombreux, l'activité humaine apparaît ici directement. Et c'est une de ses très rares présences dans le livre.

Entrées datées du jour, notes sur la journée : météo, oiseaux et autres animaux parfois, apparition possible d'un faucon, observation du vol, de la chasse. De jour en jour les notes se suivent et se ressemblent. Le ciel, l'attente, les vols et les cris des oiseaux, le vol du faucon et ses piquées meurtrières, l'observation des dépouilles. La mer, le ciel, la saison.

Il passe par la tête comme l'idée que c'est une forme abrupte de nature writing, un émerveillement lucide du factuel, malgré une omniprésence de la mort dans cette nature très proche mais qui se révèle terriblement étrangère. Pas tant pour notre bonhomme d'ailleurs qui s'oublie dans ces lignes, quoique, que pour le lecteur. L'attente, les heures dehors, le déroulement de la journée, d'une saison, les rythmes des oiseaux, des animaux, des marées.

Et puis le lien entre l'homme et cet oiseau particulier. Les jours passent et l'homme s'approche, devenant moins homme, essayant de ne plus l'être pour approcher. L'insistance de la peur, celle de l'oiseau, des proies, de l'homme aussi. Les mimétismes et les ressemblances dans les comportements des oiseaux : imitations de vols d'une autres espèces ou simples ressemblances, répétitions...

D'une certaine façon rien ne se passe et l'homme disparait comme rarement sans pour autant pouvoir disparaitre totalement même en se levant avant le soleil et en ne quittant le territoire de son observation qu'à la nuit tombée. On a beau le dire et le penser l'effet d'une telle lecture est à part. Mur d'incompréhension, de fascination et d'émerveillement. Une acceptation, une fusion pacifique avec la part violente, brutale de la nature dans toute son immédiateté et en même temps un regard, une beauté presque infinie de si peu.  Les descriptions sont-elles si lyriques ? je ne sais pas, on ne le dirait pas, il y a de l'humidité, du froid, du temps, une décomposition, un oubli primitif dans ce texte qui ne pose pas la question de l'évocation lyrique de la nature.

C'est presque asocial comme bouquin, comme expérience. Une expérience pourtant écrite et partagée. Lecture marquante.

Extrait :
9 janvier. Le premier jour ensoleillé de cette année. Le jour le plus radieux et le plus froid que j'aie jamais connu. Au nord du gué, un héron se tenait debout, enfoncé dans la neige jusqu'aux genoux. Le vent violent ne l'ébranlait pas, n'ébouriffait pas ses longues plumes grises. Majestueux, mort de froid, il bravait le vent dans son fragile sarcophage de glace. Déjà des dynasties entières semblaient nous séparer. Je lui ai survécu comme le singe baragouineur a survécu au dinosaure.
Une poule d'eau chancelante traversa la glace du torrent, à petits pas feutrés et arthritiques; la démarche de l'agonie, dans toute sa drôlerie pathétique. Des bouvreuils se nourrissant de bourgeons bariolaient la blancheur des vergers. Des bécasses jaillirent des douves dans un sillage de neiges ramollies.
A une heure de l'après-midi, une pipistrelle voltigeait au-dessus du chemin creux. Elle se tortillait et plongeait comme pour attraper des insectes. Elle était bien la seule à pouvoir voler par ce froid. Peut-être avait-elle été réveillée par le soleil pour chasser en rêvant à l'été.
Les champs blancs étaient jonchés de grappes d'oiseaux; on y reconnaissait les contours rebondis des canards sauvages, des poules d'eau, des perdrix; les silhouettes plus étroites des bécasses et des pigeons; les virgules et les vermicelles qu'étaient les merles, les grives, les pinsons et les alouettes. Impossible de se cacher. Plus de problèmes pour le faucon. Sous ses yeux s'étalent des cartes géographiques noir sur blanc, craquelures sur une pellicule muette. Tout ce qui est noir et bouge est à abattre.
Le tiercelet piqua dans le vent et remonta à la crête d'une énorme vague d'oiseaux. En pénétrant au cœur de cette vague, faisant taire ses battements d'ailes, il entraîna les oiseaux dans la neige. Un ramier se laissa emporter par le faucon, balancé mollement dans le piège de sa serre, répandant des plumes rouges et de lents ruissellements de sang.


récup.

mots-clés : #ecologie #nature
par animal
le Mar 08 Mai 2018, 20:11
 
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Sujet: J.A. Baker
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Naomi Klein

Dire non ne suffit plus.

Tag ecologie sur Des Choses à lire Proxy_10

Mekasi Camp Horinek (membre de la nation ponka)
" je voudrais remercier le président pour toutes les mauvaises décisions qu'il prend - pour toutes les dominations aberrantes des membres de son cabinet, pour les efforts qu'il fait pour réveiller le géant qui dort. Ceux qui jusqu'ici ne s'étaient jamais battus pour leurs droits, qui ne s'étaient jamais fait entendre, s'indignent aujourd'hui. Je voudrais remercier le président Trump pour son sectarisme et son sexisme, car, grâce à lui, nous sommes tous debout et unis"


Naomi Klein analyse les raisons qui, dans le capitalisme galopant, le mépris des enjeux écologiques, des travailleurs et des minorités ont ouvert la voie à l'élection de Trump. Comment il a profité de ce terrain pour soigneusement construire sa marque (une "marque creuse " à l'instar de Nike et consorts, "qui siphonnent les profits et apposent ensuite leur nom sur des services bons marchés ou inexistants"), préparant cette victoire qui s'assimile à un coup d'Etat des grandes entreprises. Son fonctionnement s'appuie sur la stratégie du choc, chaque désastre économique, écologique, sociétale ou guerrier jouant pour terroriser la population, la sidérer pour lui  faire accepter l'inacceptable.  L'idée est même sans doute  que ce choc peut-être  volontairement recherché, d'autant que les tout-puissants multimilliardaires qui prennent actuellement les décisions politiques ont toute capacité à s'en protéger, s'isolant dans des « zones vertes » s'opposant aux "zones rouges "du chaos.

Naomi Klein, au contraire, affirme que la rage monte .

Face aux crises, les sociétés ne régressent pas forcément, ne rendent pas toujours les armes. Il existe une autre voix face au péril : on peut choisir de se rassembler et de faire un saut évolutif.(...) Refuser de se laisser prendre à c es vieilles tactiques de choc éculées, refuser d'avoir peur, quelles que soient les épreuves.


Face à Trump il n'est plus temps pour l'attente, atermoiement ou les querelles de chapelle:

« de toute évidence, il n'est plus temps de s'attaquer aux mesures politiques l'une après l'autre, il faut s'attaquer à la racine même de la culture qui les a produites."


Avec la participation d'organisations de tous bords faisant taire leurs divergences devant l' urgence(écologistes, syndicalistes, defenseurs des minorités, alter-mondialistes divers), elle participe à l'élaboration de "un bond vers l'avant", "manifeste en action", "projet vivant, en évolution, une sorte de chantier collaboratif", joint à la fin de l'ouvrage, dont  les valeurs déclarées sont : "respect des droits des Autochtones, internationalisme, droits humains, diversité et développement durable".

Elle affirme que:

« les plates-formes populaires commencent à  mener le jeu. Et les politiciens devront suivre. »


Après une première partie profondément déprimante, je me suis attachée (malheureusement sans trop d'illusions) à croire comme elle que l'utopie peut devenir réalité, et comme Howard Zinn
"il importe peu de savoir qui est assis à la Maison-Blanche, ce qui importe, c'est qui fait des sit-in - dans les rues, dans les cafétérias, dans les lieux de pouvoir, dans les usines. Qui proteste, qui occupe des bureaux et qui manifeste - voilà ce qui détermine le cours des choses."

.

Je fais tout ce que je peux pour y croire (mais ce n’est quand même pas facile...).

mots-clés : #discrimination #ecologie #immigration #insurrection #mondialisation #politique
par topocl
le Dim 06 Mai 2018, 11:53
 
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Sujet: Naomi Klein
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Peter Wohlleben

@topocl a écrit:La vie secrète des arbres,
ce qu'ils ressentent,
comment ils communiquent


Tag ecologie sur Des Choses à lire Image105


Cet ouvrage est  un best-seller, pas étonnant, car on y apprend des choses renversantes sur les arbres, qu'on ne pourra plus jamais considérer comme un tronc et quelques feuilles, et les forêts, vivier collectif hautement élaboré.
C'est très instructif, plein de choses inattendues et qui bousculent nos préjugés.
Cela n'en reste pas moins assez bavard, assez brouillon, assez répétitif, et le petit côté anthropomorphe gnangnan qui m'a irritée explique sans doute une partie de son succès.

( savoir )
mots-clés : #ecologie #nature

Alors ça correspond à ce que j'ai ressenti avec le film .
par églantine
le Dim 04 Mar 2018, 19:32
 
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Sujet: Peter Wohlleben
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Vues: 458

Peter Wohlleben

La vie secrète des arbres,
ce qu'ils ressentent,
comment ils communiquent


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Cet ouvrage est  un best-seller, pas étonnant, car on y apprend des choses renversantes sur les arbres, qu'on ne pourra plus jamais considérer comme un tronc et quelques feuilles, et les forêts, vivier collectif hautement élaboré.
C'est très instructif, plein de choses inattendues et qui bousculent nos préjugés.
Cela n'en reste pas moins assez bavard, assez brouillon, assez répétitif, et le petit côté anthropomorphe gnangnan qui m'a irritée explique sans doute une partie de son succès.
Il serait dommage que ces réserves fassent reculer devant la lecture de ce livre rapide à lire, qui raconte un certain nombre de choses passionnantes, et ne peut que nous ouvrir l'esprit, l'envie de découverte, et les chemins forestiers.

( savoir )
mots-clés : #ecologie #nature #science
par topocl
le Dim 04 Mar 2018, 17:36
 
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Sujet: Peter Wohlleben
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Jean-Christophe Rufin

Le parfum d’Adam

Tag ecologie sur Des Choses à lire Le_par10

Thriller dont l’intrigue est plutôt du genre espionnage, mais vite lassant par trop de convention assez mal traitée (malgré l’évocation des contrées visitées par l’auteur). Il a pourtant le mérite de mettre en lumière l’antispécisme et l’antihumanisme, et plus généralement la place de l’être humain dans la nature, notions qui me turlupinent depuis que j’ai été confronté à l’impact de l’homme sur la forêt équatoriale. En gros, le spécisme est aux espèces animales ce que le racisme est à l’intérieur de l’espèce humaine : pourquoi un être humain aurait-il moralement plus de valeur qu’un éléphant, un moustique ou un vibrion cholérique ? On ne trouve bien sûr pas de réponse dans le livre, mais ce questionnement est troublant, surtout si on le prolonge en interrogeant l’opposition individu et continuum biologique, ou les degrés de différence entre être humain et (autre) animal. A ce propos, Rufin explicite dans une postface ce qu’il considère comme le passage de la guerre à la pauvreté à la guerre contre les pauvres via l’écologisme radical états-unien mis en scène dans son roman, en prolongement d'activistes comme Edward Abbey  (fil ici) par exemple.
Complot d’une "élite" pour débarrasser la planète des pauvres en surnombre, voilà l’intrigue de ce livre dont le vrai sujet est d’exposer l’écologie extrême et le malthusianisme jusqu’au-boutiste (en parfait contraste avec l’engagement humanitaire de Rufin). Apparemment l’auteur a voulu rendre la pilule plus avalable, mais j’aurais préféré un ouvrage plus resserré (dépasse les 500 pages), et qui aurait évité les vieux ressorts du genre (péripéties, humour et amours).
A cause de coïncidences secondaires, ce livre m’a rappelé American Darling, de Russell Banks.

« Dans la nature, l’individu ne compte pas. Entre les êtres vivants et leur environnement, entre animaux et végétaux, l’essentiel, ce sont les équilibres. Dans le monde vivant, le système des prédateurs est le garant de ces équilibres. »

« Ils sont seulement pauvres, pauvres à un point que nul ne peut imaginer car leur misère n'est pas le fruit d'un cataclysme, d'une chute, mais leur condition profonde et probablement éternelle. Ils sont nés pauvres comme d'autres êtres naissent renard ou cheval. La misère n'est pas leur état mais leur espèce. A leur manière, ils s'y adaptent. […]
Dans les campagnes, il existe un équilibre entre le nombre d’êtres humains et les ressources de la terre. Quand la limite des ressources est atteinte, le nombre d’hommes stagne ou diminue. C’est la loi de Malthus. Mais, ici, [dans la favela] il n’y a plus de loi. Le gouvernement ne peut pas se permettre d’affamer ses villes. Alors, il les nourrit. Plus rien n’arrête la prolifération des pauvres. Leur taux de fécondité reste énorme. »

« Bioterrorisme, santé des chefs d’États, protection des brevets pharmaceutiques, manipulations des agences humanitaires, le renseignement et la médecine ont partie liée aujourd’hui. »

« Au Brésil, on comprend que les pauvres ne sont pas une espèce à part, une monstruosité venue d’on ne sait où : ils sont le produit de notre société. Elle les a fabriqués, rejetés hors de ses clôtures. L’étape suivant consiste à les accuser de leur propre dénuement et, au nom de la Terre, cet espace commun dont nous avons fait notre propriété, de les détruire. »


mots-clés : #complotisme #ecologie #polar
par Tristram
le Jeu 18 Jan 2018, 21:42
 
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Sujet: Jean-Christophe Rufin
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Omar El Akkad

American war

Tag ecologie sur Des Choses à lire Images48

On est dans le Sud, tout au long de  la deuxième Guerre de Sécession  américaine (2074-2093). La montée des eaux et le dérèglement climatique ont déplacé des populations entières. Le Sud refuse la loi des nordistes qui interdit l'énergie fossile. Ses habitants subissent les ravages de cette guerre (guerre bactériologique, drônes...), et soutiennent les valeurs des combattants rebelles. Le père de Sarat meurt dans un attentat, sa famille est déplacée dans un camp de réfugiés où, devenue adolescente,  elle est approchée par des recruteurs, en collaboration avec les service secrets de l'Empire Bouazizi (qui regroupe tous les  anciens pays du Moyen Orient). On l'incarcère et la torture des années dans une île qui ressemble fort à Guantánamo, dont elle ressort détruite, définitivement transformée en un être de haine et de vengeance.

On accompagne tout au long du livre Sarat, cette petite fille qui, enfant, était heureuse et qui se transforme en quelques années en un monstre génocidaire.  C'est un beau (quoique terrible) portrait de femme, qu'on découvre, assez horrifié de cette nouvelle démonstration du fait que la violence n’entraîne que souffrance et violence.

Assez jouissive est cette image des Etats-Unis dévastés, pays qui n'a plus les manettes, livré à l'aide humanitaire internationale, subissant toutes les exactions qu'elle a imposé jusque-là aux autres sur la planète . Il y a des longueurs , certes, mais la guerre est longue; et le scénario se  déroule implacable, rendu totalement crédible par des personnages qui nous ressemblent, pris dans le monde que nous leur préparons.  Ce livre est terriblement angoissant, il montre dans un récit habile tout ce que nous redoutons, et même un peu plus. Plus moyen de croire que nous l'éviterons.


mots-clés :
mots-clés : #ecologie #guerre #romananticipation #terrorisme #violence
par topocl
le Lun 27 Nov 2017, 21:23
 
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Sujet: Omar El Akkad
Réponses: 2
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