Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Jeu 22 Aoû - 23:33

16 résultats trouvés pour fratrie

Claire Messud

Avant le bouleversement du monde

"Et elle avait appris une expression balinaise qui l'avait touchée : C'était celle qui décrivait l'époque paisible de l'origine de l'île, lorsque tout allait bien sur terre, avant l'arrivée des hommes blancs. L'expression était "dugas gumine enteg", et elle signifiait
avant le bouleversement du monde."


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Melody, une maîtresse femme, a deux filles, l'aînée Virginia et Emmy la cadette. A l'âge adulte Emmy se marie avec un australien et part vivre dans son pays, tandis que Virginia reste vivre avec sa mère. Deux caractères très différents ; Emmy dit maîtriser sa vie alors que Virginia pense que nous sommes tributaires du destin, notre vie nous échappe.

A la suite d'une grande déception Virginia, alors que la famille est athée, trouve refuge dans la religion et surtout dans son groupe de lecture de la Bible qui se déroule régulièrement chez son amie Angelica.

Emmy après quelques années de confort matériel et moral, une fille Portia en âge de se marier, ne contrôle plus sa vie : son mari la quitte pour sa meilleure amie. Mais a-t-elle jamais contrôler sa vie ? Elle part à Bali pour se retrouver. La seule chose qu'elle arrivera à accomplir, non s'en mal c'est l'ascension de la montagne Abang. Invitée par le fils d' un riche australien elle sera rejetée par une ancienne maîtresse de Buddy Spark. Retour chez elle. Que reste-t-il de son "moi" de l'île, qu'en est-il de son "moi" Sydnéen" ?  Elle se glisse dans  sa vie d'avant, comme dans ses loques refuge.


De son côté Virginia est dans une mauvaise passe, professionnelle mais surtout spirituelle ; elle découvre le révérend faisant l'amour avec un homme. Bouleversée, elle n'en dira mot à personne mais acceptera de partir quelques jours sur l'île de Sky avec sa mère, pensant elle aussi faire le point de sa vie. Retour à Londres.

"Et elle sentait que la seule voie qu' il lui restait était de poursuivre sa quête des bras accueillants de son Dieu. Si elle avait eu un souhait, il aurait été de retrouver son éclatante certitude : n'avoir jamais vu, jamais su, jamais douté."


Durant le séjour sur l'île de Skye où Molly pensait mourir, celle-ci écrit une lettre à son aînée pour lui recommander de se rapprocher de sa soeur.

"Elle et toi, vous ne vous ressemblez pas, à part, malheureusement, par votre orgueil ; vous n'avez pas toujours été gentilles l'une avec l'autre ; c'est peut-être ma faute. Je voulais que vous vous entendiez, mais tu es née avec la peau dure, et Virginia sans peau du tout."

Virginia fait le voyage pour l'Australie afin d'assister au mariage de sa nièce, qu'elle ne connait pas, Portia. Les deux soeurs se retrouvent et chacune mesure le fossé qui les sépare, qui les a toujours séparé, Emmy veut se montrer sous son meilleur jour, elle joue un rôle ce qui n'échappe pas à Virginia qui malgré tout lui envie sa liberté.

"Une telle liberté lui apparaissait à la fois comme la chose qu'elle avait le plus enviée à sa soeur et comme un vide terrifiant, le dénouement effroyablement triste qu'elle prévoyait pour elle-même lorsque leur mère serait enfin partie, la chose justement dont tout le monde semblait chercher à se prémunir avec tant de zèle. Vu sous cet angle, elle ressentait presque de la pitié pour Emmy qui, comme tous les autres, avait tant essayé, et cependant échoué. Pourtant Emmy avait Portia."


***

De beaux portraits de femmes ;  l'auteure nous livre leurs pensées les plus intimes. L'écriture souligne l'ironie, l'hypocrisie, les faiblesses des personnes au gré des situations ; l'incertitude dans laquelle  tout être subit son destin.
Je pense que la religion, les religions sont un peu pointées dans le récit (ou plutôt les adeptes ?), ainsi que la guerre (évoquée à deux reprises, notamment pour son impact sur les deux enfants).

Le choix du titre ; un tacle sur la colonisation ?

De belles descriptions de la région de Bali.

Cette écriture m'a rappelé  JCO qui sait si bien elle aussi  "entrer" dans la tête des personnages.

C'est une première lecture de cet auteure et c'est son premier roman, donc je continuerai à faire sa connaissance.

J'attends vos propositions ! Smile


Mots-clés : #famille #fratrie #psychologique #religion
par Bédoulène
le Ven 21 Juin - 19:04
 
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Sujet: Claire Messud
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Michael Ondaatje

Divisadero

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Veuf, le père d'Anna adopte deux orphelins, Claire et Cooper. Soudés dans une même fratrie sans être du même sang, ses trois enfants grandissent en osmose dans une petite ferme de Californie. Une nuit, le père découvre Anna nue dans les bras de Cooper. Drame, coups de sang, fugues. Les trois enfants se séparent. Chacun trace son chemin. Des années plus tard, leurs destins se croiseront à nouveau.

Présentation de l'auteur.


J'ai découvert l'écriture de Michael Ondaatje avec ce récit et j'avoue que cela a été une belle rencontre.

La narration est très belle, un grande part faite à la nature et dans ce cas-ci, une construction du roman que j'ai adorée. Et je ne peux m'empécher d'aimer les livres qui me parlent encore et encore de ... livres !

Roman choral mais également "à tiroirs" , les récits des uns et des autres s'imbriquant les uns dans les autres. Des personnages "secondaires" qui permettent de décrire d'autres cultures - comme le Manouche- ou d'autres destins - comme celui de cet homme sur lequel Anna travaille- .

Et c'est ainsi, qu'à un moment, pour moi, un second livre naît dans le premier...


C'est comme une villanelle cette tendance à revenir sur le événements du passé, de la manière dont la villanelle elle-même se refuse à adopter un développement linéaire pour tourner au tour des instants d'émotions familiers. Seule compte la relecture, a dit Nabokov... Car nous vivons dans les rappels de notre enfance qui se fondent et se répercutent tout au long de notre existence...Nous vivons en permanence dans la répétition de nos propres histoires, et cela quelque soit l'histoire que l'on raconte.


Mots-clés : #enfance #famille #fratrie
par kashmir
le Dim 9 Juin - 22:08
 
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Sujet: Michael Ondaatje
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Per Petterson

Jusqu’en Sibérie

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Originale:  Til Sibir (Norvègien, 1996)

CONTENU:
Nous accompagnons Jesper et sa soeur cadette de trois ans (je n’ai pas trouvé un nom ?), en plusieurs épisodes. Cela se passe dans le grand Nord du Danemark, commençant au milieu des années 30 quand nos protagonistes ont une dizaine d’années. Même si la sœur (qui est la narratrice) est une soixantanaire quand elle écrira, l’histoire s’arrêtera vers 1948, à son retour de la Suède. Ils avaient vécu donc dans un port danois, et avaient à souffrir d’un père silencieux et d’une mère bigote qui chante ses hymnes sur son orgue à casser les oreilles des autres. Tandisque Jesper rêve du Maroc et s’identifie avec les combattants républicains de la Guerre en Espagne, elle rêve de la Sibérie. Qu’est-ce qu’il en adviendra ? Quand plus tard arrivera aussi le voisin allemand et occupera le pays (2ième partie)? Et quand on va s’éloigner de la patrie (3ième partie) ?

REMARQUES:
Petterson fait donc intervenir une narratrice, et voilà déjà une idée belle et, peut-être réussie. Elle regarde en arrière, vers un passé lointain, comme le fait le narrateur dans « Pas facile de voler... ».

Le temps prédominant semble être le brouillard, le temps de jour prédominant la nuit. La mort ou une menace diffuse, des relations cassées entre des générations et des problèmes d’alcool ne sont pas trop loin derrière les expériences d’enfants innocents. Donc, il y a des nuages sombres à l’horizon, et une atmosphère lourde et solitaire. S’il n’y avait pas comme contrepoids alors cette relation entre frère et sœur qui semble être appelée à remplacer tout ce qui ne peut pas être donné par la famille, par la société… Cet amour donne relief aux premières deux chapitres (de trois) et manquera justement cruellement dans la troisième.

Est-il permis de penser que

Spoiler:
rien aura remplacé chez la sœur son frère et qu’à l’annonce de la mort de celui-ci – comme elle le dira – la vie s’est arrêté. Depuis plus rien d’important est advenu dans sa vie.


On trouvera des références à Stig Dagerman et aussi, me semble-t-il, un image d’un roman de Dostoïevski : le cheval maltraité à mort ! Pendant un temps on trouvera en elle une lectrice affamée !

Si j’ai eu l’impression que dans sa troisième partie le roman perd un peu de son intérêt, cela peut alors tenir à l’absence du frère, et une certaine perte d’orientation chez elle.

Moins fort que « Pas facile que de voler des chevaux » !

Mots-clés : #deuxiemeguerre #famille #fratrie #initiatique
par tom léo
le Mar 21 Mai - 22:39
 
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Sujet: Per Petterson
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Angela Flournoy

La maison des Turner


@kashmir a écrit:La maison des Turner

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Une histoire autour d'une maison symbolique ou le coeur palpitant d'une famille nombreuse...Viola et Francis ont eu treize enfants, et c'est la vie de chacun d'entre eux qui apparaît au fil des pages. Avec un fil conducteur qu'est l'histoire de Lelah, la plus jeune soeur, celle qui va nous ramener vers la maison désertée depuis que Viola , malade, habite chez son fils aîné. Que faire de la maison : la vendre, la garder, nous sommes début 2008.

En lisant cette histoire, c'est la vie sur un demi-siècle, d'une famille Afro-Américaine que l'on découvre au fil des pages.
Avec l'envie de lire d'autres livres qui ont forcément un rapport...

Un livre à tiroirs.



Tout jeune couple fuyant la discrimination du Sud, Francis et Viola s’installent à Detroit où ils font le pari d’espérer une vie heureuse en donnant naissance à 13 enfants. L’action se déroule  au crépuscule de la vie de Viola, alors que la quatrième génération pointe le nez,  que les aînés abordent la vieillesse et les plus jeunes la maturité . Tous s’interrogent sur le devenir de la vétuste maison familial à laquelle tant de souvenir les rattachent.

La promesse de cette grande fratrie afro-américaine est modérément tenue, car Angela Flournoy centre son récit sur l’aîné, qui se sent responsable de tous, mais s’effarouche d’un fantôme, et la benjamine qui lutte contre son addiction au jeu. Si ces deux personnages ont une belle épaisseur, les autres restent des figures secondaires. Le fil rouge  de la ville de Détroit, peu à peu abandonnée par les Blancs, paupérisée, sujette aux trafics en tout genre et aux émeutes n’est qu’une lointaine toile de fond. Ce n’est qu’au moment du chapitre final, une grande fête qui réunit toutes les générations , que le récit prend une ampleur à la hauteur de son ambition.



Mots-clés : #famille #fratrie #lieu
par topocl
le Sam 20 Avr - 18:39
 
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Sujet: Angela Flournoy
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Wallace Stegner

Une journée d’automne

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Court roman de jeunesse de Wallace Stegner, Une journée d’automne décrit au fil des saisons, les ravages d’une Amérique puritaine.
Tout commencé dans une légèreté un peu gnangnan.
Elspeth, au décès de ses parents quitte l’Ecosse pour rejoindre sa sœur Maragaret qui a épousé une riche propriétaire terrien, Alec . Blagueur,  assez porté sur la dive bouteille, on ne met pas longtemps)à comprendre qu’il va être plus séduit par sa jeune belle-sœur et sa naïveté  joyeuse que par son austère femme, si bonne mais si pleine de de rigueur.
La découverte du forfait est un délice de kitsch, à condition qu’on se délecte du  kitsch:

Les mains d’Elspeth s’agrippèrent aux barreaux, ses jambes la lâchèrent et elle tomba presque dans les bras d’Alec.
— Oh mon Dieu ! s’écria ce dernier.
Il serra Elspeth contre lui, mais elle se dégagea et se laissa choir sur le sol, frémissante, avec un long gémissement de douleur. Dans le noir, une vache heurta le seau à lait oublié, provoquant un fracas de métal qui résonna comme une explosion dans la grange caverneuse.
Serrés dans les bras l’un de l’autre, Elspeth désespérément agrippée à son amant, balbutiant des mots de passion et de désir, ils ne virent ni n’entendirent la femme qui se tenait dans l’ombre, muette et accablée.
Lorsque la flamme fut à son comble dans leurs veines, Alec tira Elspeth vers l’échelle du grenier, à laquelle elle monta de son plein gré. C’est alors qu’ils entendirent le cri que poussa l’ombre et le bruit de ses pas précipités sur le seuil, et que dans le demi-jour de la porte ils virent courir une silhouette.


Mais c’est là que les choses se corsent (enfin) pour décrire la coexistence que s’impose pendant des années  ce ménage à trois  instantanément disloqué, dans huis -clos d’austérité, de haine larvée et de culpabilité qui va engluer les trois personnages, chacun dans sa solitude et ses stéréotypes. Dieu merci, derrière ce silence dévastateur, les apparences sont sauves ! Qu’importent donc les souffrances ?


Mots-clés : #amour #conditionfeminine #fratrie #psychologique #relationdecouple #ruralité
par topocl
le Mer 17 Avr - 13:46
 
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Sujet: Wallace Stegner
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John Steinbeck

Au Dieu inconnu

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Joe Wayne (mais oui, le fils de John) défriche des terres à l’Ouest pour lui et ses frères, à l’ombre tutélaire d’un chêne où il voit son père disparu.
Signes avant-coureurs du désastre dont l’attente lourde imprègne tout le récit : le sanglier qui dévore ses petits, le jeune charretier terrorisé par « ce lieu mort et desséché » dans son sommeil, la sinistre chapelle protestante du mariage…
L’hostilité du protestantisme avec le christianisme, le paganisme, voire l’animisme (l’arbre ; le rocher et la source du bois de pins) sourd également tout au long de l’histoire, qui parle du sacré (donc du sacrifice) sous différentes formes : dès le commencement, Steinbeck souligne le besoin de possession charnelle de la terre chez Joseph, sa « passion pour la fertilité », peut-être biblique, mais pas que…
« Dès le premier jour de mon arrivée, j'ai compris que ce pays était peuplé de fantômes. Il s'arrêta, incertain. Non, ce n'est pas ça. Les fantômes sont de pâles reflets de la réalité. Ce qui vit ici est plus réel que nous. C'est nous, les fantômes de cette réalité-là. »

« "Gardez-moi de ce qui est ancien dans mon sang." Elle se rappela que son père lui avait dit que ses ancêtres mille ans auparavant avaient suivi le rite druidique. »

À ce propos, To a God Unknown n’aurait-pas été mieux traduit par À un Dieu inconnu ?
On est peut-être là à une source du nature writing, tant est prégnant le portrait rendu de cette vallée californienne luxuriante puis désertique.
Il y a une dimension shakespearienne aussi, à la limite du fantastique (on pense à Arthur Machen et Algernon Blackwood), avec quelque chose, mais oui, d’Henri Bosco.
Parmi les quatre frères, dont le benjamin séducteur qui chante et boit, et le protestant rigoriste, Thomas est un personnage qui m’a particulièrement plu :
« Thomas aimait les animaux et les comprenait : il ne ressentait pas plus d'émotion à les tuer que les animaux lorsqu'ils s'entretuent. Il avait trop l'instinct d'une bête, pour être sentimental. »

« Thomas avait capturé un ourson grizzli dans la montagne et il essayait, sans grand succès, de le domestiquer.
– C'est plus un homme qu'un animal, affirmait Thomas. Il ne veut rien apprendre. »

Une étonnante représentation de la nature dans sa temporalité si éloignée de celle des hommes :
« Très haut, sur une énorme cime surplombant les chaînes de montagnes et les vallées, siégeaient le cerveau du monde et les yeux qui regardaient le corps de la terre. Le cerveau était incapable de comprendre la vie qui grouillait sur son corps. Il demeurait inerte, vaguement conscient du fait qu'il pouvait bouleverser et détruire la vie, les villes, les petites demeures champêtres dans la fureur d'un tremblement de terre. Mais le cerveau était assoupi, les montagnes tranquilles et, sur la falaise arrondie qui descendait vers l'abîme, les champs étaient paisibles. Et cela s'érigeait ainsi durant un million d'années, masse immuable et tranquille où le cerveau du monde somnolait vaguement. Le cerveau du monde se chagrinait un peu, car il savait qu'un jour il lui faudrait bouger et, par là même, secouer et détruire la vie, anéantir le long travail des labours et faire crouler les maisons de la vallée. Le cerveau était navré, mais il n'y pouvait rien changer. Il pensait : « Je supporterais même d'être mal à mon aise pour préserver cet ordre qui s'est établi accidentellement. Quel dommage d'avoir à détruire ce qui s'est ordonné de la sorte. » Mais la cime terrestre se fatiguait de rester dans la même position. Elle se déplaça soudain : les maisons s'écroulèrent, les montagnes se soulevèrent affreusement et le travail d'un million d'années fut perdu. »

« Joseph méditait lentement sur ce sujet : "La vie ne peut pas être coupée d'un seul coup. Une personne n'est morte que lorsque les choses qu'elle a modifiées sont mortes à leur tour. L'unique preuve de la vie est dans ses répercussions. Tant qu'il demeure d'elle ne fût-ce qu'un souvenir plaintif, une personne ne peut être retranchée de la vie, ne peut être morte." Et il pensa : "C'est un long et lent processus pour un être humain que de mourir. Nous tuons une vache et dès que sa chair est mangée, elle n'existe plus, mais la vie d'un homme s'éteint comme un remous à la surface calme d'un étang, par petites vagues qui s'étendent et meurent dans la quiétude." »

« – Je ne veux pas de toi ici, dit-il d'un ton malheureux. Ça prolongerait l'attente. A présent, il n'y a que la nuit et le jour, l'obscurité et la lumière. Si tu devais rester là, il y aurait mille autres pauses qui retarderaient le temps, les pauses entre les mots et les longs intervalles entre un pas et un autre pas. »



Mots-clés : #fratrie #lieu #nature #ruralité
par Tristram
le Sam 23 Mar - 20:52
 
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Sujet: John Steinbeck
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Kate Atkinson

Dans les replis du temps

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ça fait longtemps que je n'avais pas lu un livre de Kate Atkinson. Ce recul m'a fais penser à des trucs, liés à ce que j'en dis plus haut (du bien et que c'est drôle et psychologue) : c'est en effet assez drôle, mais j'ai été frappée par le fait que j'aime, alors que ma lecture de Kasischke, une autre auteur qu'on ne relie en général pas, avait soulevé des points que je trouve communs, et que j'aime ici, et pas chez Kaschiche, mais j'y reviendrai parce que ça m'omnibule :
le style.

Il n'existe pas réellement, à mon sens.Cette litterature ne cherche pas à briller par les tournures, elle est directe,  les phrases veulent dire quelque chose , elles avancent le sens, mais il n'y a pas d'identité qui nait de ça. Non la manière d'Atkinson c'est d'articuler les strates et la psychologie.

Ici on suit la narratrice, une très jeune adolescente, Isobel, et son regard froid, mais sensible, cynique mais sensible, pragmatique, enfin, mais passionné, est le fil rouge de la narration. On la suit, elle raconte ce qu'elle vit , ce qu'elle rêve, ce qu'elle pense.

En cela c'est aussi du Kasischke tel que je n'aime pas, "Regardez vous un peu, espece de trainée !glapit la Veuve, tandis qu'Isobel, les orteils tous contractés, se hâtait d'avaler son porridge".  Ainsi cette phrase en exemple, au pif. çanme fais aussi penser à certaines maladresses de Philippe Besson, qui question style est de la même famille , mais façon francophone. "Glapir", "porridge" (Besson ce sera "Martini") etc, normalement ça me gave.
Et j'ai détesté Kasischke et suis passée à côté de sa construction dramatique pour ça.

Alors pourquoi Atkinson me tient jusqu'au bout, pourquoi d'elle je dis "c'est de la grande Littérature Populaire" avec tout ce que ça a de très noble pour moi ?
Alors je pense que c'est d'abord parce que ça penche d'apparence sur la comédie, le ton est lèger, on dit des trucs grâves sur un ton mi figue mi raisin, et la comédie sociale prend le dessus sur des velleités qui paraitraient au fond snob. Grand bon point.

Mais surtout, en fait, cette fois, j'ai trouvé qu'en fait ce n'était pas si drôle que cela, mais profond , surtout profond.

Atkinson choisit la parole d'un personnage, elle la tient jusqu'au bout, et toute une psychée est explorée de manière impressionnante, de manière impressionniste mais très fine, Atkinson a certainement une empathie extrèmement bien rodée.

Isobel, le personnage, a grandit auprès d'une mère qui disparait du jour au lendemain. Tout le livre enclot ce mystère, l'éclaircit, mais à travers les strates de déni, de quête et de souffrance de cette enfant, et de son frère, et c'est une plongée au coeur des chocs affectifs, des dysfonctionnements de mémoire pour survivre.
un très très très beau livre. Accessible aux adolescents en plus. Je ne la vois plus comme avant. ce n'est plus un doudou, c'est une passeuse, un thérapeute, qui montre dans ce roman comment l'esprit se débat face à ce qui ne peut être ni énoncé ni admis.

Parlant avec une copine elle me dit que Kasischke a aussi écrit sur une histoire un peu similaire. Un roman où le père tue la mère.
La complexité de ses restitution du chaos mental semble me convenir infiniment moins. peut être parce qu'il est morbide.
Ici , chez Atkinson, le ton fait passer la pilule, pourtant se dessine plus d'une fois la terreur d'un geôle enfantine totale.

J'aimerais bien que l'un/l'une de vous ait lu ces deux auteurs pour m'aider à dépasser ce parallèle manichéen.

Voilà.



mots-clés : #culpabilité #enfance #famille #fratrie #psychologique
par Nadine
le Sam 2 Mar - 18:47
 
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Sujet: Kate Atkinson
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Delphine Roux

[Kokoro]

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Seki, la grande sœur et Koichi , le petit frère et leur enfance heureuse et protégée. Le drame du décès de leurs parents les pousse chacun sur un chemin différent. Seki se barde de dureté et d’efficacité. Koicho vit dans l’incertain, l’impalpable, se bourre de gourmandises. Et la grand-mère part au royaume des sans-mémoire et sans langage.

C’est tout court, tout doux, tout moelleux, on a envie de s’y lover. La bienveillance de Koichi, son arme contre le malheur, nous ouvre les yeux sur un quotidien ainsi subtilement anesthésié, et nous accompagne dans le souvenir d’une enfance-refuge. Littérature économe, dont la pudeur extrême et la délicatesse amènent à l’émotion.

mots-clés : #enfance #fratrie #mort #viequotidienne
par topocl
le Jeu 28 Fév - 14:24
 
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Sujet: Delphine Roux
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Raymond Guérin

La peau dure

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Petit roman en trois parties pour trois sœurs, orphelines de mère, frappées par leur père, lequel s’en débarrasse bien vite au STO.
Au retour, chacune choisit/subit un destin qui est le reflet mêlé de sa personnalité et de la prédestination sociale. Clara se place comme bonne à tout faire chez des bourgeois plutôt sympas (seule entrave aux normes du récit misérabiliste), mais est rattrapée par le spectre de son avortement qui lui vaut quelques mois de prison ; Jacqueline, tuberculeuse, heureusement mariée à un homme amoureux, mais apprend à ses dépens que les belles-mères sont des vachardes, et que les jeunes hommes n’aiment pas longtemps les femmes malades, elle perd tout à la fois son mari, son indépendance, et la garde de son enfant. Louison devient fièrement une femme entretenue mais n’en souffre pas moins des affres d’une femme romantique et amoureuse d’un coureur négligent.

En tant que catalogue des misères faites aux femmes, dans ce contexte de précarité d’après la guerre, c’est assez réussi. Même Louison, qui est  tentée par un acte de rébellion à découvrir, prend le risque de s’enfermer un peu plus dans l’aliénation. Raymond Guérin fait le choix de donner la parole à chacune des trois femmes l’une après l’autre, dans son pauvre langage et ses pensées restreintes. Le résultat est un ouvrage un peu distant, qui donne à voir sans s’apitoyer. Plus une parole militante qu’une réelle réussite romanesque.

Mots-clés : #conditionfeminine #fratrie
par topocl
le Sam 29 Déc - 10:25
 
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Sujet: Raymond Guérin
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Pascale Kramer

Une famille

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Il y a tant de familles où un enfant si aimé, si charmant devient un adolescent difficile puis un adulte incompréhensible.... Où chacun valse entre amour et répulsion, culpabilité et effroi, tendresse et colère, lutte et abandon... Où chacun s'invente autre, face à cet « intrus » ,se révèle à lui-même et aux autres dans ses forces et ses faiblesses. Où les blessures, souvent non-dites, sont comme un ciment intergénérationnel...Où les phases d'espoir  font place aux zones de désarroi.

Pascale Kramer nous raconte l’histoire de cette famille bourgeoise, catholique, bordelaise, dont l'aîné, Romain bouleverse le conformisme : il sème les interrogations, les offenses, le chagrin sans parvenir à complètement ruiner le bonheur, convenu ou singulier, de chacun, ultime défi, ultime protection. Car Romain boit, ment , vole, Romain ne donne  pas de nouvelles pendant huit années et on le retrouve à Paris, dormant sur un carton.

La très bonne idée de l'auteur, c'est d'endosser successivement la place des deux parents et des trois autres enfants pour décrire tour à tour  les quelques jours entourant la naissance de Jeanne, l'une des petites filles, une de ces périodes cruciales où au sein de la joie, les souffrances et les regrets ressortent leurs griffes, en même temps que les liens se renforcent.

Elle adopte un ton presque sec, qui traduit la pudeur, mais qui ne l'empêche pas de donner parole à la douceur, l'intensité de la tendresse comme de la détestation fugitive, et de montrer en quoi une famille peut garder un esprit propre, comme un « esprit de corps » au-delà des divisions. Touchant et déchirant  tout à la fois, c'est un roman  plein d'émotions malgré son économie de moyens.


mots-clés : #addiction #famille #fratrie #pathologie #relationenfantparent
par topocl
le Sam 15 Déc - 17:32
 
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Sujet: Pascale Kramer
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Carol Rifka Brunt

Dites aux loups que je suis chez moi.

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Jess est une jeune fille au seuil de 'l’adolescence, paumée comme  il se doit à cet âge, parents aimants mais largement absents, grande sœur autrefois quasi jumelle qui la traite maintenant comme une gamine négligeable. Et son oncle Finn, l'oncle adorable-adoré qui meurt du sida...
Cependant il lui laisse « en cadeau » Tobby son compagnon sidéen auprès duquel elle va trouver réconfort, amitié, , résoudre les secrets familiaux, avancer dans sa construction personnelle, puis ressouder peu à peu les alliances.

C'est une roman pour adolescents, dommage que ce ne soit pas dit d'avance. Avec ce qu'il faut de faits de société,  de choses à apprendre t leçons à tirer pour affronter la vie,  de jusqu’au boutisme dans les actes et les sentiment.s C'est plutôt bien ficelé, il y a de l'humour, de la tendresse et de gros chagrins. Le temps d’une après-midi tranquille où l'on accepte de retrouver son état d'adolescence (où l'on n'était finalement pas plus bête que maintenant) , c'est assez émouvant, cocasse, tout doux, dans les deux premiers tiers, mais sur la fin le rocambolesque efface un peu cette sensation délicate et poétique.

Mots-clés : #amour #enfance #fratrie #initiatique #mort
par topocl
le Lun 26 Nov - 12:08
 
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Sujet: Carol Rifka Brunt
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Patrick Chamoiseau

La matière de l’absence

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Dans le prolongement des récits autobiographiques sur son enfance, et d’un essai comme Écrire en pays dominé, Chamoiseau reprend une fois encore cet héritage du passé fatidique, « le manque fondateur, l’effacé structurant », la Traite impossible à oublier, avec des mots et une verve renouvelés en variations lyriques.
Roman ? participe plus de l’essai, dans un va-et-vient des souvenirs à l’approfondissement des réflexions.
Sous forme de dialogues avec la Baronne sa sœur à propos de Man Ninotte, leur mère décédée, évocation de la mort dans le monde créole, superstitions, rituels, vide/ en-dehors/ mystère/ disparition :
« Il ne se passait pas un jour sans qu’on ne les remplisse, leur amenant des personnes décrochées des dernières espérances, à croire qu’à la manière de pêcheurs clandestins les cimetières envoyaient vers la vie des lignes chargées d’hameçons, et en ramenaient des trâlées de victimes. »

« Sauf circonstances extraordinaires, et même si les sépultures seront en certains lieux réservées aux personnages marquants, nulle part sur cette planète (sauf durant la Traite des nègres, l’esclavage américain ou dans les camps nazis) un mort ne se verra abandonné sans un bout d’enchantement, et sans qu’il ne serve à étayer une quelconque autorité. »
(Impact, Légendaire du retour)

…théorie de la « grappe » comme groupe de Sapiens ; les Traces, concept venu de Glissant, ce à quoi se résume la culture perdue des esclaves déportés (en parallèle avec la narration de Man Ninotte proie d’Alzheimer après avoir vaillamment combattu la déveine ‒ stratégie de survie dans la misère) ; le jazz, notamment celui de Miles Davis ; un beau passage à propos des plantes, « mémoires végétales » connues des « marchandes-sorcières », les herboristes (pp 187-188) ; dissertation sur les origines de la beauté, de la poésie (et Césaire sera à son tour rappelé) :
« Parlons du sentiment de la beauté.
Imagine cette conscience humaine balbutiante qui s’ouvre sur trois immensités : sur la menace de l’inconscient humain chargé de toutes les animalités ; sur l’omnipuissance de la nature et du vivant ; sur l’infinie désolation de la mort…
Imagine ce qui lui arrive…
Elle commence à se détacher de l’inconscient et d’une indistinction avec le monde. […]
Il faut appeler "présence" le rayonnement indéfinissable de la chose vivante ou minérale à son plus bel éclat. […]
La conscience archaïque percevra tout présence comme vivante : les éléments, les grottes, les pierres, la nuit, le vent, le soleil… Elle y soupçonnera un être imprévisible, secret, obscur, invisible et puissant ‒ je veux dire : une beauté. L’éclat du beau est dans l’intensité de la chose existante lorsque celle-ci inspire la sensation d’une présence. […]
La sacralisation qui donne du sens à l’existant est l’énergie première de la beauté.

Le sentiment du beau ouvre à l'état poétique : cette partie de la vie qui échappe aux obligations des survies immédiates. »
(Éjectats, Légendaire du langage)

Il y a d’ailleurs une réelle poétique chez Chamoiseau, quoiqu’il en dise ; ici, à un lever de jour :
« La ville perdait ses immobilités dans une marée d’éveils. »
(Impact, Légendaire de l’annonce)

Expérience déterminante du gouffre, la cale du navire négrier, d’où l’on doit se refonder, individu séparé du collectif vers la Relation au Tout-monde (notions de Glissant) ; puis le cimetière.

« Les nuits sont toujours enceintes, nous disent les Arabes, elles sont les seules qui, dans un même mouvement, peuvent dissiper les certitudes du jour et recharger le monde pour la splendeur d’une aube. C’est ce genre de nuits qui se vivait dans mes antans d’enfance. »
(Impact, Légendaire du retour)





mots-clés : #devoirdememoire #esclavage #fratrie #identite #insularite #lieu #mort
par Tristram
le Sam 20 Oct - 19:56
 
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Sujet: Patrick Chamoiseau
Réponses: 33
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Mick Kitson

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles


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Originale : Sal (Anglais, 2018)

Présentation de l'éditeurPrésentation de l'éditeur a écrit:Que font deux gamines en plein hiver dans une des plus sauvages forêts des Highlands, à des kilomètres de la première ville ?

Sal a préparé leur fuite pendant plus d'un an, acheté une boussole, un couteau de chasse et une trousse de premiers secours sur Amazon, étudié le Guide de survie des forces spéciales et fait des recherches sur YouTube. Elle sait construire un abri et allumer un feu, chasser à la carabine. Elle est capable de tout pour protéger Peppa, sa petite sœur.

Dans le silence et la beauté absolue des Highlands, Sal raconte, elle parle de leur mère désarmée devant la vie, de Robert le salaud, de la tendresse de la sorcière attirée par l'odeur du feu de bois, mais surtout de son amour extraordinaire pour cette sœur rigolote qui aime les gros mots et faire la course avec les lapins.


REMARQUES :
Ce qui pourrait sonner comme une simple fuite de jeunes (enfants?) est en fait l’essai dramatique de ces deux demies-sœurs de quitter une vie, un milieu malsaine où elles ont grandies pratiquemment sans vraie présence aimante parentale, entre une mère dépendante de l’alcool et son copain Robert. Celui-ci, drogué, petit criminel, avait même commencé de « visiter » la petite Sal depuis que celle-ci avait 10 ans. A treize ans elle craind le même destin pour sa sœur Peppa, plutôt encore l’image de l’innocence car gardée par Sal. Pour la préserver elle planifie une solution…

… qui mènera les deux sœurs au coeur des Highlands écossais, décrits ici comme un paysage encore sauvage, isolé. Elles vivront la recherche de nourriture, la lutte contre la maladie, mais recevront aussi de l’aide insoupçonnée dans la personne d’une ancienne hippie et doctoresse allemande, vraie sorcière et fée des forêts qui y vit aussi dans un petit abri. C’est d’un coté Sal au centre de l’histoire, c’est elle la narratrice, en quelque sorte traumatisée par ses expériences, mais aussi infiniment prévenante envers sa sœur. C’est l’amour envers elle qui la motive, et qui lui donne une perséverance et un but.

Presque tout le roman se joue dans cette nature qui a aussi force de guérison. On y intercale des flash-back en arrière sur l’enfance des héroïnes et les histoires de quelques personnes. A propos : la description de la vie d’Ingrid, la sorcière allemande, est excellente et très juste, par rapport à l’histoire allemande.

Bien sûr on pourrait se demander si une fille de treize ans avait pu, grâce à un « manuel des forces spéciales » et des vidéos sur youtube, acquérir un tel savoir pratique, car elle sait tout faire, la gamine ! Mais pas si gamine : en phase de devenir femme. Dans la narratrice on voit une maîtrise de langue qu’on attend pas de ce personnage, mais qui a au même moment une tonalité de distance, de fille traumatisée et prévenante (pour sa sœur), aimante à la fois. Une histoire de survie semble à la fois classique et contemporaine (si on évoque certaines gadgets, instruments d’aujourd’hui).

Derrière une histoire d’abus il s’agit d’un hymne à la vie et à une jeune femme en devenir !

Un beau premier roman fort !

(J'ajoute que j'ai pu rencontrer lauteur lors d'une lecture dans la region. Très sympathique.)


mots-clés : #enfance #fratrie #nature #violence
par tom léo
le Sam 20 Oct - 7:20
 
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Sujet: Mick Kitson
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Daniel Pennac

Mon  frère

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Bernard, son grand frère qui l'a tant protégé enfant, avec qui, adulte  il a partagé des parties d'échec, des ballades avec leurs chiens, beaucoup d'amour et peu de confidences, est mort il y a seize mois. Quoique d'une riche personnalité, c'était un type plutôt en retrait, ce que lui reprochait son épouse,  et c’est sans doute cela qui a poussé Daniel Pennac à mettre Bartleby en scène.

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Ce récit alterne donc des histoires sur le frère de Pennnac, qui le rendent assez sympathique, et des éléments sur la pièce qu'il a jouée. Tout cela est intercalé, en chapitres alternants, avec le texte coupé de Bartleby, écrit en italique,  que Pennac a utilisé au théâtre. Au total sur 120 pages, 74 , souvent courtes, sont de Pennac. Si son frère paraissait en effet un type bien (comme c'est souvent le cas dans les éloges funèbres), s'il y a quelque moments d'émotion, le texte est quand même bien léger et tout cela est assez paresseux, sans que cela remette en cause la sincérité de l'auteur.



mots-clés : #autobiographie #fratrie #mort #théâtre
par topocl
le Jeu 4 Oct - 17:45
 
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Sujet: Daniel Pennac
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Ivan Jablonka

Ame soeur

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C'est expliqué dans la post-face, il s'agit d'une œuvre de jeunesse, publiée sous pseudonyme, qui n'a eu aucun succès, et qu'un éditeur a proposé à Ivan Jablonka de ressortir sous son vrai nom, maintenant qu'on peut considérer que celui-ci  fait vendre (la post-face présente les choses de façon un peu moins pragmatique).

Une histoire de frère et sœur à l'entrée de l'âge adulte, qui ne se sont pas trop connus au-delà du fait assez commun qu'enfant le garçon faisait bouffer du gazon à la fille. Chacun de son côté, elle sage et lui rebelle, bien paumés tous les deux entre des parents sérieux et lisses.

La fille "profite" du voyage de son frère au Maroc pour mourir, et, un peu par hasard, son journal intime tombe entre les mains  de ce dernier va donner quelques clés familiales.

Le voyage au Maroc (ou retourne le jeune homme) est l'occasion d'un jeu de miroirs entre une petite banlieue d'Amiens et un bled pas loin de Rabat, qui va bien au côté sociologue de Jablonka. Mais le jeune loser puceau, la prostituée noire à laquelle il ne touche pas (mais fait lire le journal intime), ont un relent de déjà vu que n'arrivent pas à cacher la gouaille assumée et le tendre cynisme du jeune homme.

Bref une œuvre de jeunesse, avec ce que cela a de défauts, mais une certaine fraîcheur aussi; et dont on comprend pourquoi ce n'est pas elle qui a révélé Jablonka, lequel ne gagne pas forcément à ce petit retour en arrière nostalgique (ou commercial?), ayant sans doute fait le bon choix entre l'histoire et le roman.


mots-clés : #fratrie #jeunesse #mort #voyage
par topocl
le Jeu 4 Oct - 14:54
 
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Sujet: Ivan Jablonka
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Isabelle Monnin

Mistral perdu ou les événements

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Isabelle Monnin enfant, adolescente, adulte. Des chapitres.

Vu comme ça, ça fait penser à des récits déjà 100 fois lus sur les années soixante dix, la cour d'école terrorisante, les premiers baisers, les premières boums, le départ pour les études... Et au début j'ai vraiment eu peur de ça. Mais l'approche si touchante d'Isabelle Monnin s'est vite précisée, et c'est devenu un texte personnel arrachant,  avec ses deux versants intime et universel.

Isabelle Monnin décrit la bulle qu'elles ont formée avec sa sœur, et,  scandé par ce "Nous sommes deux" récurrent, qui résume une évidence, il y a   là quelque chose de quasi magique. De très ordinaire aussi, car toutes les enfances se ressemblent. Tout cela se joue sur un fond de Mistral gagnant (et oui, comme Isabelle Monnin, Renaud a sans doute été pour moi tout à la fois l'expression de ma première rébellion , comme de ma première appartenance.), dans cette petite bourgeoisie provinciale de gauche, sûre de ses idées généreuses et de son bonheur, gagné à la génération précédente sur les barricades. Tous les espoirs sont permis et cette sororité en est le carrosse.

Nous sommes deux, nous sommes des enfants et le monde est facile.


Mais assez vite, implicitement, sans qu'un mot soit dit, on sent la fracture qui rôde. On sait que cette jeune sœur rieuse et pas insouciante, un moment, ne sera plus  là.

Et oui, à 26 ans, cette sœur meurt, dans un chapitre d'une brièveté déroutante, car des pourquois et des comments, dans ces cas-là, il n'y en a pas. Il faut vivre avec cela, c'est impossible mais on n'a pas le choix. Plus rien n'est partagé. Et en plus, rien ne vient comme on l'avait prévu : le monde aussi la lâche en route.

Dans l'intime, « notre troisième fils, un grand prématuré, meurt." Dans la sphère publique, la belle conscience de gauche s'effrite, la gauche n'est plus, la haine surprend de tous côtés, empaquette ignominieusement le quotidien,  D'événement en événement, le monde jadis prometteur est en faillite. Le collectif n'est même plus là pour panser les plaies intérieurs. Est-ce la fin de l' histoire ? Même Renaud, vieillli, ventripotent , on n'y croit plus (il n'y croit sans doute plus beaucoup lui non plus). Que faire d'autre dans cette douleur transfixiante, que laisser ses enfants, joyeux, jouer parmi les tombes ?

Quelque part elle explique qu'elle est  une maison, les briques sont les événements familiaux, le ciment les événements publics. Elle s'y sentait bien. Et maintenant, on la voit faire tout ce qu'elle peut pour que la maison ne devienne pas une ruine.

C'est terriblement beau, l'écriture d'Isabelle Monnin est d'une poésie trouble, battante, inventive. Elle empaquette cette histoire tellement intime, tellement commune pour en faire un texte douloureux, fragile, un cuisant constat d'échec commun.



mots-clés : #autobiographie #enfance #fratrie #intimiste #jeunesse #mort #viequotidienne
par topocl
le Sam 26 Mai - 10:52
 
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Sujet: Isabelle Monnin
Réponses: 6
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