Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


La date/heure actuelle est Mer 24 Juil - 9:45

15 résultats trouvés pour genocide

Alexandre Bergamini

Quelques roses sauvages

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Une photographie se détache de l'humiliation et du désastre, une photographie de deux survivants du camp de Sachsenhausen : deux jeunes hommes sourient et descendent une rue détruite de Berlin, un couple amoureux survivant au milieu du chaos.

Quelques roses sauvages est une enquête personnelle autour d'une photographie, photographie de deux survivants de la Shoah trouvée à Berlin. Enquête d'un écrivain sur les restes d'une mémoire surexploitée, surexposée à la lumière, qui mène le narrateur au camp d'extermination de Sachsenhausen, à Berlin, puis à Westerbork, le camp de transit de Hollande. Devant l'absence, les manques, les trous et les traces, et devant l'impossibilité d'écrire une fiction, Alexandre Bergamini choisit de suivre les méandres intimes et complexes d'un labyrinthe intérieur.

Confronté à une réalité qui s'éloigne et s'effrite, à une vérité insaisissable, aux archives fragmentaires ou détruites, se sont naturellement posées les questions essentielles de la littérature, de la mémoire et de la conscience. "Sacraliser la mémoire est une autre manière de la rendre stérile" écrit Tzvetan Todorov, dans Les Abus de la mémoire. Quelques roses sauvages est un récit sur la survivance ; un parcours et un regard singulier sur le lien entre l'intime et l'Histoire ; un texte qui interroge notre mémoire et appelle un nouveau devoir de mémoire.

Quatrième de couverture


Tout est dit dans la présentation de l'éditeur, ensuite c'est la façon dont le texte résonne dans l'esprit du lecteur qui fera de la lecture, une expérience personnelle. C'est vrai pour chaque livre, encore plus pour celui-ci.
Ce n'est pas un roman mais le récit d'un homme qui met ses pas d'abord dans celui-d'un autre à cause d'une photographie et de points communs qu'il pense avoir avec lui...Et qui met ses pas dans ceux de tous ces hommes et femmes qui ont connu  Oranienburg-Sachsenhausen et le camp de Westerbork, en Hollande.
Récit très bien documenté , faisant référence aux écrits de Raoul Hilberg, d'Etty Hillesum, citant nombre de philosophes , écrivains, décrivant comme si on le visionnait le film de propagande tourné à Westerbork sur la formation des convois.

Tout est dans la langue, poétique, précise, directe.

Tout est décrit, décortiqué, et vous donne à analyser ce que l'on fait aujourd'hui de ce que l'on sait.


Cet écrivain m'a beaucoup touchée, au point de sortir Sachso des étagères, mais je ne le lirai peut-être pas en entier, à la suite, au point de relire les lettres d'Etty Hillesum, au point de regarder à nouveau le film tourné par Rudolf Breslauer.
Parce que savoir, c'est d'abord connaître et  réfléchir seul ...



J'ai hâte de retrouver cette écriture.


Mots-clés : #antisémitisme #deuxiemeguerre #devoirdememoire #genocide
par kashmir
le Dim 24 Mar - 18:57
 
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Sujet: Alexandre Bergamini
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Daniel Mendelsohn

Les Disparus

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Très tôt dans l’ouvrage, les commentaires du commencement de la Torah, l’origine du monde et le début de l’histoire de l’humanité, le présentent comme une sorte de travelling du général au particulier, procédé choisi par souci de raconter une histoire particulière pour représenter l’universelle. Une intéressante glose de la Bible se déroule en parallèle de l’enquête de l’auteur, insérée en italiques comme tout ce qui est externe à son cours, et concernant notamment les annihilations divines (le déluge, Sodome et Gomorrhe) ; on apprend aussi qu’Abraham, le premier Juif, s’est enrichi comme proxénète de sa propre femme auprès de Pharaon (IV, 1)…
Daniel Mendelsohn revient sur les mêmes points, répète les mêmes choses, cite plusieurs fois le même document ou le même extrait dans une sorte de délayage qui ne m’a pas toujours paru approprié ou plaisamment effectué ; de plus, l’ouvrage fait 750 pages, et c’est long. Peut-être est-ce calqué sur la forme litanique de lamentations du type kaddish, comme le livre éponyme d’Imre Kertész ; il est vrai que par contraste les témoignages précis (et horribles) marquent d’autant plus. En tout cas, on peut s’attendre à des moments d’ennui ou d’agacement avec d’être totalement pris par les attachantes personnes rencontrées dans cette quête étendue dans le temps et l’espace.
Les Disparus, c’est ceux (personnes et culture) dont il ne reste apparemment rien et dont Mendelsohn tente de retrouver trace, mais c’est aussi beaucoup l’histoire de sa parentèle ; le goût prononcé pour la famille et la généalogie, un peu désuet voire étonnant pour certains.
Ce livre, c’est encore comment conter, le compte-rendu de l’élaboration de sa narration, la transmission des faits de la Shoah par les petits-enfants des témoins ; focus et importance des détails.
« Un grand nombre de ces fêtes [juives], je m'en étais alors rendu compte, étaient des commémorations du fait d'avoir, chaque fois, échappé de justesse aux oppressions de différents peuples païens, des peuples que je trouvais, même à ce moment-là, plus intéressants, plus engageants et plus forts, et plus sexy, je suppose, que mes antiques ancêtres hébreux. Quand j'étais enfant, à l'école du dimanche, j'étais secrètement déçu et vaguement gêné par le fait que les Juifs de l'Antiquité étaient toujours opprimés, perdaient toujours les batailles contre les autres nations, plus puissantes et plus grandes ; et lorsque la situation internationale était relativement ordinaire, ils étaient transformés en victimes et châtiés par leur dieu sombre et impossible à apaiser. » I, 2

« …] écrire ‒ imposer un ordre au chaos des faits en les assemblant dans une histoire qui a un commencement, un milieu et une fin. » I, 2

« Nous ne voyons, au bout du compte, que ce que nous voulons voir, et le reste s'efface. » I, 2

« Mais, en même temps, qui ne trouve pas les moyens de faire dire aux textes que nous lisons ce que nous voulons qu’ils disent ? » II, 1

« La première Aktion allemande, a commencé Bob, qui voulait que je comprenne la différence entre les tueries organisées des nazis et les vendettas privées de certains Ukrainiens, ceux qui avaient vécu avec leurs voisins juifs comme dans une grande famille, comme m'avait dit la gentille vieille Ukrainienne à Bolechow, a eu lieu le 28 octobre 1941. » III, 2

Curieuse reconnaissance de la judéité chez quelqu’un, ici par un autre juif :
« Quelqu'un en uniforme français, et je me suis approché de lui, et il avait l'air d'être juif. » III, 2

Francophobie, ou french bashing ?
« (Le rabbin Friedman, au contraire, ne peut se résoudre à envisager seulement ce que les gens de Sodome ont l'intention de faire aux deux anges mâles, lorsqu’ils se rassemblent devant la maison de Lot au début du récit, à savoir les violer, interprétation que Rachi accepte placidement en soulignant assez allègrement que si les Sodomites n'avaient pas eu l'intention d'obtenir un plaisir sexuel des anges, Lot n'aurait pas suggéré, comme il le fait de manière sidérante, aux Sodomites de prendre ses deux filles à titre de substitution. Mais, bon, Rachi était français.) » V

« Parfois, les histoires que nous racontons sont les récits de ce qui s'est passé ; parfois, elles sont l'image de ce que nous aurions souhaité voir se passer, les justifications inconscientes des vies que nous avons fini par vivre. » IV, 1

« …] plus nous vieillissions et nous éloignions du passé, plus ce passé, paradoxalement, devenait important. » IV, 2

« …] les petites choses, les détails minuscules qui, me disais-je, pouvaient ramener les morts à la vie. » IV, 2

« Les gens pensent qu'il n'est pas important de savoir si un homme était heureux ou s'il était malheureux. Mais c'est très important. Parce que, après l'Holocauste, ces choses ont disparu. » IV, 2

« …] la véritable tragédie n'est jamais une confrontation directe entre le Bien et le Mal, mais plutôt, de façon plus exquise et plus douloureuse à la fois, un conflit entre deux conceptions du monde irréconciliables. » V

« Il n'y a pas de miracles, il n'y a pas de coïncidences magiques. Il n'y a que la recherche et, finalement, la découverte de ce qui a toujours été là. » V



Mots-clés : #antisémitisme #campsconcentration #communautejuive #devoirdememoire #entretiens #famille #genocide #historique
par Tristram
le Sam 23 Mar - 20:29
 
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Sujet: Daniel Mendelsohn
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Edmond Jabès

Le Livre des questions

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C’est encore une nouvelle découverte de hasard à Emmaüs. Une édition originale, Blanche de Gallimard, avec dédicace de l’auteur. Surtout, il y a ce plaisir sensuel de glisser le coupe-papier entre les feuilles, d’entendre le bruit feutré du papier déchiré (ça vous intéresse monsieur Freud ?) ; gestes qui scandent à merveille la lecture de ce livre qui se déguste à petites gorgées. Hélas, les publications actuelles avec leur papier glacé, leurs pages massicotées, leur texte reproduit numériquement, nous ont ôté ces sensations qui s’accordaient tellement avec le plaisir de la lecture.

Jabès a écrit sept recueils sous le titre de Le Livre des questions, le premier portant ce nom dont il sera question ci-dessous, Le Livre de Yukel, Le Retour au livre, Yaël, Elya, Aely et El, ou le dernier livre.

Le premier opus se présente comme une succession d’aphorismes, de dialogues et de commentaires, de fragments de journaux, de sentences et de réflexions émises par de faux rabbins. Une histoire cherche parfois à s’élaborer, puis se perd, retrouve son fil, par fragments, entre rêve et réalité. Mais qu’importe puisque tout se transmue en poésie.

Il y est question de Yukel et de Sarah, deux jeunes amants revenus de la Shoah, non sans dommages, Sarah Schwall, aux initiales S.S., ayant perdu la raison dans le camp.

Le livre de Jabès est un livre particulier, la référence au verbe divin est explicite, livre unique car écrit par l’auteur mais aussi écrivant celui-ci dans l’espace et le temps, relation particulière entre l’écrivain et son texte.

Le livre de Jabès est empreint de mysticisme et de religiosité juive, ce qui pourrait paraître rebutant pour certains. En fait son discours et de portée universelle. Au travers du peuple élu c’est toute l’humanité qui est concernée.

Pas de trop longs discours lorsqu’il s’agit de poésie, place aux citations :

Enfant, lorsque j’écrivis, pour la première fois, mon nom, j’eus conscience de commencer un livre
Reb Stein


Le présent, pour toi, est ce passage trop rapide pour être saisi. Ce qui reste du passage de la plume, c’est le mot avec ses branches et ses feuilles vertes ou déjà mortes, le mot projeté dans le futur pour le traduire.
Tu lis l’avenir, tu donnes à lire l’avenir et hier tu n’étais pas et demain tu n’es plus.
Et pourtant, tu as essayé de t’incruster dans le présent, d’être ce moment unique où la plume dispose du mot qui va survivre.
Tu as essayé.


Il y a les vainqueurs, disait le rabbin prisonnier, disait le saint prisonnier, avec leur arrogance, leur éloquence, et il y a les vaincus sans paroles et sans signes.
La race des muets est tenace.


Je crois à la mission de l’écrivain. Il la reçoit du verbe qui porte en lui sa souffrance et son espoir. Il interroge les mots qui l’interrogent, il accompagne les mots qui l’accompagnent. L’initiative est commune et comme spontanée. De les servir – de s’en servir – il donne un sens profond à sa vie et à la leur dont elle est issue.


Tu ne te doutais pas, mère, qu’en me concevant, tu léguais au jour des feuilles de chair et de lumière pour toutes les phrases qui sont des tatouages que j’allais être appelé à défendre ; pour toutes les phrases qui sont des banderoles et des insectes.
Tu taillais, à vif, dans le cri.


Mon pouce est un gardien sauvage, disait Reb Hakim. Mon index fut le plus prompt à reconnaître l’étoile du berger. Mon médius, le plus lointain, est le rêve qui éconduit les rives. Mon annulaire porte, à sa base, nos serments et nos chaînes. Les sons habitent et habillent de diamants mon auriculaire.
Mais l’index est mon préféré, car il est toujours prêt à sécher une larme.


L’intransigeance du croyant est pareille à une lame de rasoir dont le souci est d’être tranchante


Je vous parlerai des divers passages que l’être se fraie dans la nuit des songes jusqu’au verbe.
Il y a, d’abord, ce tracé à peine visible de la lettre à la lettre, de l’ombre à une ombre moins sombre ; puis cette percée déjà consciente du vocable ; enfin cette route pavée du discours et des récits domptés.
Mais ne croyez pas que la folie nous ait jamais quittés ; comme la douleur, elle nous guette à chaque étape, je veux dire à chaque fois que nous butons à la parole cachée dans la parole, à l’être enfoui dans l’être.
Pauvres que nous sommes de ne pouvoir frôler la démence sans risquer de ne plus recouvrer la raison.


Une page blanche est un fourmillement de pas sur le point de retrouver leurs traces. Une existence est une interrogation de signes.


Quelle différence y a-t-il entre l’amour et la mort ? Une voyelle enlevée au premier vocable, une consonne ajoutée au second..
J’ai perdu à jamais ma plus belle voyelle.
J’ai reçu en échange la cruelle consonne.


Mots-clés : #genocide #mort #poésie #religion #spiritualité
par ArenSor
le Jeu 11 Oct - 19:18
 
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Sujet: Edmond Jabès
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Sebastian Barry

Des jours sans fin

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Thomas McNulty a fui la famine de son Irlande natale tout juste adolescent. Avec la terre nouvelle de l'Amérique, incarnation de son espoir de renouveau,   il va découvrir, en compagnie de John Cole, son "galant", un mode de vie qu'il va servir avec une constante loyauté -qui n'empêche pas les remises en question. Ce monde naissant, où il s'engage en tant que Tunique Bleue,  s'appuie sur la conquête de la frontière, l'extermination des bisons et des Indiens, mais aussi  la guerre de Sécession au nom de la liberté de tous. Au fil des années, des épreuves et des moments de bonheur, il cerne mieux cette Amérique, en perpétuelle évolution, ses combats ignobles ou généreux, ses habitants contrastés et ambivalents. il apprend aussi à se connaître lui-même, à prendre soin de la part féminine qui est en lui, qui ne l'empêche en aucun cas de se montrer "viril" au combat.

Thomas McNulty, dans sa naïveté, est un homme sensible et résolu, il raconte avec délicatesse les atermoiements de son âme, les interrogations de son esprit, les battements de son cœur, mais il se montre aussi, quand il est soumis à l'autorité,  dans une cruauté sans ambages, partie prenante  des massacres, des atrocités physiques et morales d'un monde en construction.

C'est un très beau western, avec ce que le western implique de nobles sentiments et de droiture. Mais il est aussi source de réflexion et plein de compassion. Contrairement aux westerns classiques, les femmes n'y sont pas que des potiches et il réfléchit sur l’identité sexuelle dans un monde pas vraiment ouvert sur ce sujet. Il ne réserve pas le beau rôle aux blancs, il dénonce implacablement la cruauté et le génocide. Il s'épanouit dans  la douceur et de la bienveillance de son personnage, plein de l'amour qui le lie à ses attachements, contraint par l'époque et le lieu à une vie de violence, qu'il s'efforce de décrypter.

Les soldats échangent quelques coups d'oeil. Personne aime voir les nombreuses armes étincelantes des Indiens. Des dagues, des pistolets. On a l'impression de rencontrer des bandits. Des types pas honnête. Leurs pères possédaient tout, et ils avaient jamais entendu parler de nous. Maintenant, cent mille Irlandais parcourent cette terre avec des Chinois qui fuient de cruels empereurs, des Hollandais et des Allemands, ainsi que des hommes de l'Est. Qui se déversent sur les chemins en hordes interminables. Chaque visage indien donne l'impression d'avoir été giflé. Plusieurs fois. Et ces têtes sombres nous observent  sous leurs mauvais chapeaux. Des vagabonds. Des hommes défaits. C'est ce que je pense.          

                                                                                                                                   

Je  suis une fois de plus extrêmement touchée par cet auteur, Sebastian Barry, sa pudeur mêlée de lyrisme, son amour de la nature et des hommes, de la part d'humanité qui est en eux, cachée derrière la violence, son respect pour la souffrance de chacun quel qu'il soit. Comment il arrive  à décrypter une certaine bonté derrière le déchaînement. Cet homme est miséricordieux, comme son héros, il parle "avec plus de chagrin que de colère". Il réussit le tour de force de  reconnaître sa valeur et sa dignité au plus obscur des personnages, se nourrissant des ambiguïtés et des ambivalences, sans pour autant pardonner l'impardonnable ou renoncer  à la dénonciation d'une extermination sauvage.

Merci Tom Léo Very Happy !                                    




mots-clés : #aventure #genocide #guerre #historique #identitesexuelle #immigration #xixesiecle
par topocl
le Mar 4 Sep - 14:46
 
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Sujet: Sebastian Barry
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Philippe Grimbert

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Un secret

Souvent les enfants s'inventent une famille, une autre origine, d'autres parents. Le narrateur de ce livre, lui, s'est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu'il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne vérifieront pas... Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c'est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu'il lui incombe de reconstituer. Une histoire tragique qui le ramène aux temps de l'Holocauste, et des millions de disparus sur qui s'est abattue une chape de silence.

Psychanalyste, Philippe Grimbert est venu au roman avec "La Petite Robe de Paul". Avec ce nouveau livre, couronné en 2004 par le prix Goncourt des lycéens et en 2005 par le Grand Prix littéraire des lectrices de Elle, il démontre avec autant de rigueur que d'émotion combien les puissances du roman peuvent aller loin dans l'exploration des secrets à l'œoeuvre dans nos vies.



Dans le Paris de l’après-guerre, Philippe G, enfant malingre et chétif, grandit auprès de ses parents sportifs au physique d’athlète. Pensant ne pas satisfaire leurs attentes, il, croit lire de la déception dans leurs yeux et notamment dans ceux de son père, et essaie de les rendre fiers en collectionnant les bonnes notes. En parallèle, il s’invente un frère très différent de lui, plus grand, plus fort, un frère avec lequel il entretient des relations comme avec un ami imaginaire, frère confident tout autant que frère avec lequel il se bat régulièrement. Il invente aussi une histoire à ses parents, une histoire d’amour dont il imagine les premiers rendez-vous, les premiers émois, épargnés des affres de la guerre qui gronde, et dont il est le premier, le seul et unique enfant.

Or, confronté un jour à l’école à un documentaire sur les camps où il voit une femme juive morte et nue, poupée désarticulée trainée comme un sac de sable pour être jetée dans une fosse, son corps réagit aux blagues vaseuses de ses camarades et il saute sur un de ces jeunes imbéciles pour le faire taire, pris d’une violence incompréhensible qui le déborde.

Cet événement libère l’amie proche de la famille, Louise, du devoir de taire l’histoire des parents de Philippe. Peu à peu elle lui livre la réalité de ce qui s’est passé et le libère de cette manière du poids des secrets qu’il a perçu inconsciemment au détour des mots non-dits, des gestes qui trahissent, et ont fait de lui un enfant porteur du symptôme familial et de ses fantômes.

« Un secret » est un livre bouleversant qui retrace l’histoire d’une famille juive sous l’occupation, au destin d’une femme aux choix lourds de conséquences sur ceux qui lui ont survécu. Dans les mots de Louise, nous revisitons une part de l’histoire de la déportation des juifs français sous le commandement de Laval, mais aussi leurs doutes pour certains, leur confiance pour d’autres en leur gouvernement. Par cette histoire qu’elle narre à Philippe adolescent, elle comble les blancs de son histoire, ou plutôt de l’histoire familiale, celle qui pèse malgré lui sur qui il est, ce qu’il est, tant les secrets familiaux se sont inscrits dans sa chair, et tant il porte les non-dits, les silences, les ignorances, qui ne lui appartiennent pas.

Ce livre, tout en délicatesse, en retenu, en pudeur, nous fait revisiter une page de l’histoire, et, au-delà, montre l’impact du secret et ses séquelles  transgénérationnelles, ce raconté avec simplicité et sobriété par celui qui a porté et fait apparaître ce secret.

Court, je l’ai lu en quelques heures, appréciant le style employé par l’auteur qui a choisi des phrases courtes, simples, souvent usant de métaphores qui lui permettent de ne jamais vraiment nommer l’horreur mais de la faire deviner, avec beaucoup de pudeur.

Un livre qui m’a émue, emportée, et que je n’ai pu lâcher avant de le terminer. Une belle découverte bien que je regrette les raisons qui ont pu lui faire voir le jour.

Il fallait bien qu'un jour ou l'autre son fantôme apparût dans cette brèche, qu'il surgit de ces confidences. Ma découverte du petit chien de peluche l'avait arraché à sa nuit et il était venu hanter mon enfance. Sans ma vieille amie, peut-être n'aurais-je jamais su. Sans doute aurais je continué à partager mon lit avec celui qui m'imposait sa force, ignorant que c'était avec Simon que je luttais, enroulant mes jambes aux siennes, mêlant mon souffle au sien et finissant toujours vaincu. Je ne pouvais pas savoir qu'on ne gagne jamais contre un mort.

Et toujours ces questions : régulièrement on m'interrogeait sur les origines du nom Grimbert, on s'inquiétait de son orthographe exacte, exhumant le "n" qu'un "m" était venu remplacer, débusquant le "g" qu'un "t" devait faire oublier, propos que je rapportais à la maison, écartés d'un geste par mon père. [...]
Un "m" pour un "n", un "t" pour un "g", deux infimes modifications. Mais "aime" avait recouvert "haine", dépossédé du "j'ai" j'obéissais désormais à l'impératif du "tais".



Mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #genocide
par chrysta
le Mer 9 Mai - 9:50
 
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Sujet: Philippe Grimbert
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Marguerite Duras

La Douleur

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Sous ce titre a été publié en 1985 un ensemble de cinq textes qui ont pour point commun la fin de la dernière guerre mondiale et la Libération. Certains sont à caractère autobiographique, d’autres sont de pures fictions.

La Douleur raconte l’attente angoissée de Marguerite Duras du retour de déportation de son mari Robert Antelme. Le récit se présente comme un journal. C’est en fait un faux journal qui trouve ses origines dans les fameux « cahiers de guerre », ensemble de notes écrites par Marguerite Duras dans les années 1945-47. Ces textes ont été revus à différentes reprises par l’auteur, notamment pour leur publication en 1985. Comme bien souvent, Marguerite Duras revient sur son passé dont elle modifie sans cesse la teneur. C’est le travail d’une écrivaine et non d’une historienne.
La Douleur est un texte fort qui décrit le comportement à la limite de l’hystérie d’une femme qui attend son mari détenu. Est-il mort ? Est-il vivant ? Tout se passe comme si Marguerite voulait éprouver dans la chair une violence dévastatrice qui serait en sympathie profonde avec celle connue par Robert en captivité. S’y mêle également un arrière-plan de mauvaise conscience, Marguerite ayant une liaison depuis deux ans avec Dionys Mascolo, le meilleur ami de Robert ! Après avoir fréquenté les gares d’Orsay et l’hôtel Lutetia, lieux de rassemblement des déportés, recueilli nombre de témoignages, les informations viennent du colonel Morland, nom de guerre de François Mitterand et le sauvetage in-extrémis de Robert à Dachau. Suit le lent retour à la vie du détenu décrit par l’auteur en termes parfois très crus. La publication de ce texte entraîna une longue brouille entre Duras et son ex-mari.

Monsieur X dit Pierre Rabier est le récit de la rencontre et des relations ambiguës entre Marguerite Duras et un gestapiste, de son vrai nom Charles Delval. Ce texte a été écrit vers 1985 à partir de notes rédigées en 1946 lors du procès de Delval et en 1958 lors de l’élaboration du scénario du film « Hiroshima, mon amour ».
Pour résumer le sujet : après l’arrestation de Robert en juillet 1944, Marguerite se rend au siège de la Gestapo, rue des Saussaies, afin de faire parvenir un colis à son mari interné à Fresnes. Elle tombe sur Charles Delval qui a procédé à l’arrestation de Robert Antelme.
S’ensuit une étrange relation entre le gestapiste et la résistante, fait de séduction de la part de Charles (réciproque pour Marguerite ?) doublée d’un jeu dangereux du chat et de la souris. Ainsi Charles invite régulièrement Marguerite dans des cafés et des restaurants, sous le prétexte de pouvoir aider Robert. Nous ignorons jusqu’où ira leur relation. Un projet d’assassinat de Delval est monté par le groupe de Dionys Mascolo, mais n’aura pas lieu. Finalement Charles Delval sera condamné à mort et exécuté en 1946. Marguerite Duras a témoigné une première fois à charge au tribunal, puis une seconde fois à décharge.
Dans monsieur X, Marguerite Duras présente Charles Delval comme un personnage fasciné par l’Allemagne nazie et ne doutant pas une seconde de la victoire finale. Il interprète donc sa tâche comme une sorte de devoir moral. Nous sommes au cœur de l’ambivalence bourreau – victime, les frontières n’étant pas aussi imperméables que notre vision 70 ans plus tard pourrait le laisser penser.
Fait  étonnant et qui mérite d’être mentionné puisque ces récits ont une forte valeur autobiographique : Dionys Mascolo, amant de Marguerite, entretient une relation avec la femme de Charles Delval avec laquelle il a un enfant ! Compliqué tout cela.scratch

Dans Albert des Capitales Marguerite Duras renverse les rôles et se présente en tant que bourreau. En effet, il s’agit d’un interrogatoire mené par une certaine Thérèse (« Thérèse c’est moi » nous prévient MD) d’un mouchard accompagné d’un tabassage en règle. C’est un texte extrêmement violent, franchement très dur et qui m’a mis très mal à l’aise. M.D. a-t-elle cherché à faire un contrepoint à « L’Espèce humaine » de Robert Antelme ?

Ter le milicien est le portrait d’un jeune frimeur, flambeur, amoureux de la vie qui a été séduit par une collaboration active. On ne sait s’il continuera à vivre ou s’il sera exécuté.

Les deux derniers textes sont des fictions : L’Ortie brisée, fuite d’un collaborateur dans la banlieue parisienne ; Aurélia Paris, jeune juive recueillie dans un appartement parisien. Ce sont deux beaux textes.

Ma lecture de « La Douleur » suit celle de « L’Espèce humaine » de R. Antelme. Ce dernier livre est éprouvant, mais soutenu par une pensée ferme et élaborée. Au contraire « La Douleur »  avec ses textes disparates, ses ambiguïtés, ses non-dits, son caractère beaucoup plus ouvert vers les interprétations du lecteur, offre une autre vision, complémentaire ?, qui peut être dérangeante pour certains, mais n’est-ce pas le caractère des œuvres d’art ? Very Happy


Mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #deuxiemeguerre #genocide
par ArenSor
le Lun 5 Fév - 12:15
 
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Sujet: Marguerite Duras
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Philippe Sands

Retour à Lemberg

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Lemberg, ville aujourd'hui ukrainienne, qui fut aussi Lwow, Lviv selon  la souveraineté  autrichienne ou polonaise,  l'occupation allemande ou soviétique, au fil du XXème siècle.

Lemberg, villle d'origine de Leon , grand-père de l'auteur, qui a fui d'abord à Vienne, puis à Paris l'oppression nazi, survivant muet sur son passé, comme tant d'autres, et dont Philippe Sands va, tel une fourmi obstinée et besogneuse, décrypter le passé à partir de quelques lettres, photos, recueillant des témoignages auprès de survivants éparpillés dans la diaspora.

Mais à Lemberg sont aussi nés Lauterpacht et Lemkin, deux éminents juristes de renommée internationale, qui eux aussi ont fui les discriminations , eux aussi laissé derrière eux des familles destinées à l'assassinat de groupe. Chacun à sa façon, a travaillé à analyser ces actes d'infamie, à leur donner une tournure, un nom afin de permettre au Droit International, dont la première étape fut le procès de Nuremberg, de se positionner et de porter sereinement son verdict. Le droit international est en train de naître, Philippe Sands, là encore gorgé de lectures et d'archives, interlocuteur de descendants,  nous en livre les balbutiements et les subtilités. Il décortique pour le lecteur profane l'opposition des deux écoles : Lauterpacht décrit la notion de crimes contre l'humanité, perpétrés sur des individus, fussent-ils multiples. Lemkin introduit celle de  génocide (et crée le mot) , qui s'adresse à des groupes, raciaux, religieux ou nationaux

Et c'est sur Lemberg encore qu'a régné Franck,  Gouverneur Général de la Pologne occupée, opprimant, humiliant, exilant, spoliant, assassinant les juifs par milliers. Franck condamné à la pendaison par le Tribunal de Nuremberg, fustigé par son fils Niklas, contrairement à l’attitude de la plupart des enfants de responsables nazis.

Ce récit historique, parcouru tout au fil des  pages d'un puissant souffle romanesque, s’attache à ces quatre figures pour raconter, une fois de plus, le destin tragique des Juifs sous le nazisme. Une fois de plus, oui, c'est cette histoire si connue, sa montée en puissance, son écrasante dévastation. Et une fois de plus les destins individuels au milieu de cette destinée universelle émergent avec toute leur  singularité. Les histoires racontées sont un miroir tendu à la réflexion des deux juristes: destins individuels, destin du groupe, indissociables et complémentaires.

Philippe Sands est impressionnant d'érudition, il fournit un travail de titan,  traque l'information, aiguille dans le tas de foin des archives et souvenirs, ne lâche pas une piste si infime soit-elle, : le résultat est époustouflant. On pense aux Disparus de Daniel Mendelsohn, où la littérature et la mythologie, mise en abîme de l'Histoire,  sont remplacées par le droit. C'est sans doute un peu plus sec, un peu moins habité. Mais c'est une contribution indispensable, une invitation à la réflexion, à l'heure où nationalismes et antisémitisme sont, encore et toujours, à nos portes.

Ah, j’oubliais il y a a plein de photos, de gens et de documents. c'est passionnant, terriblement émouvant évidemment, instructif et plein de pistes, on en croirait que le droit international, c'est simple.

Chaude recommandation.



mots-clés : #communautejuive #deuxiemeguerre #genocide #historique #justice #lieu #minoriteethnique
par topocl
le Sam 13 Jan - 20:32
 
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Sujet: Philippe Sands
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Géraldine Schwartz

Les Amnésiques

Tag genocide sur Des Choses à lire 97820810

Géraldine Schwartz, journaliste franco-allemande écrit ce livre sur le travail de mémoire effectué en Allemagne et en France (et dans une moindre mesure dans d' autres pays européens) après la deuxième guerre mondiale, en rapport avec les faits de guerre et surtout  la discrimination des juifs , leur spoliation et leur assassinat. Elle sépare l'attitude de la RFA et celle de la RDA qui a attendu la destruction du mur, et avait alors aussi les enjeux de la dictature soviétique à gérer.  Elle en étudie les freins et les mécanismes d’accélération au fil des décennies et de trois génération successives, et les conséquences sur l'histoire des différents pays, jusqu'à aujourd'hui..
Il s'agissait de comprendre, de reconnaître,  de punir ou amnistier.  Cela s'adressait aux acteurs des fautes , mais aussi à l'ensemble des populations, ceux qui ont simplement suivi, enchaîné le pas, pas fait de vagues, les mittlaufer.

La partie objective de son étude  se nourrit de l'histoire de sa famille (son grand-père qui a racheté une entreprise juive  à bas prix, sa grand-mère qui adorait Hitler, son père qui dans le silence ambiant a fait partie de la génération qui a demandé des comptes et a épousé une française; et sa mère fille d'un gendarme français dont nul ne sait s'il a participé à des rafles ou fermé les yeux sur des personnes passant clandestinement la frontière entre zone occupée et zone libre ). Elle trouve un très judicieux équilibre entre cette histoire familiale et l'histoire des peuples.

Au final, elle questionne notre attitude vis-à-vis des réfugiés et constate que le travail de mémoire plus performant en Allemagne n’est sans doute pas étranger à l’attitude d'ouverture d'Angela Merkel.

C'est très intéressant et instructif, et en outre facile à lire.


mots-clés : #deuxiemeguerre #devoirdememoire #essai #genocide
par topocl
le Mar 2 Jan - 11:29
 
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Antonio Muñoz Molina

Antonio Muñoz Molina Séfarade

Tag genocide sur Des Choses à lire Syfara10


Il s’agit en fait d’une sorte de recueil de "nouvelles" avec un fil directeur très homogène : le souvenir d’un passé plus ou moins lourd, vécu dans différents endroits de la planète par des personnages extraordinaires ou non, historiques ou pas, des étrangers, des immigrés, des émigrés, des exilés, des disparus ‒ autant de romans, empreints des dictatures du XXe siècle.

« Il n'y a pas de limite aux histoires inimaginables qu'on peut entendre à condition de faire un peu attention, aux romans qu'on découvre soudain dans la vie de n'importe qui. »
Antonio Muñoz Molina, « Cerbère », in « Séfarade »

« Comment s’aventurer à la vaine frivolité d’inventer alors qu’il y a tant de vies qui mériteraient d’être racontées, chacune d’elles comme un roman, un réseau de ramifications qui mènent à d’autres romans, à d’autres vies. »
Antonio Muñoz Molina, « Séfarade », in « Séfarade »


Parmi les leitmotive qui se recoupent, les camps de concentration et d’extermination allemands et russes, les Séfarades et autres Juifs, d’Espagne ou d’ailleurs, Milena Jesenska et Franz Kafka (d’un certain point de vue un annonciateur du totalitarisme), les morts vivants dans la rue (drogués et autres égarés) ‒ en quelque sorte l’héritage du siècle ‒, et les obsessions et angoisses de l’auteur et/ ou narrateur (alternance de je/ il qui entrelace le texte, comme aussi des épisodes ou des personnages, tel le cordonnier) : départ/ voyage/ fuite, culpabilité, persécution, amours perdues.

« ...] Franz Kafka a inventé par anticipation le coupable parfait, l’accusé d’Hitler et de Staline, Joseph K., l’homme qui n’est pas condamné parce qu’il a fait quelque chose ou parce que se serait fait remarquer d’une quelconque manière, mais parce qu’il a été désigné comme coupable, qui ne peut pas se défendre parce qu’il ne sait pas ce dont on l’accuse et qui, au moment d’être exécuté, au lieu de se révolter, se soumet avec respect à la volonté des bourreaux, ayant en plus honte de lui-même. »
Antonio Muñoz Molina, « Tu es », in « Séfarade »


Désinformation, "agit-prop" de l’Internationale communiste :
« Willi Münzenberg a inventé l’art politique de flatter les intellectuels établis, la manipulation convenable de leur égolâtrie, de leur peu d’intérêt pour le monde réel. Il parlait d’eux avec un certain mépris et les appelait le "Club des Innocents". Il était à la recherche de gens pondérés, avec des tendances humanistes, une certaine solidité bourgeoise, si possible l’éclat de l’argent et du cosmopolitisme : André Gide, H. G. Welles, Romain Rolland, Hemingway, Albert Einstein. Lénine aurait fusillé sans délai cette espèce d’intellectuels, ou bien il les aurait expédiés dans un sous-sol de la Loubianka ou en Sibérie. Münzenberg a découvert l’immense utilité qu’ils pouvaient avoir pour rendre attrayant un système que lui, dans le fond incorruptible de son intelligence, devait trouver atterrant d’incompétence et de cruauté, même pendant les années où il le considérait comme légitime. »

« Il y a aussi dans cette histoire un traître possible, une ombre à côté de Münzenberg, le subordonné rancunier et docile, cultivé et polyglotte ‒ Münzenberg ne parlait que l’allemand, et avec un fort accent de classe populaire ‒, physiquement son contraire, Otto Katz, appelé aussi André Simon, mince, fuyant, vieil ami de Franz Kafka, organisateur du Congrès des intellectuels antifascistes de Valencia, émissaire de Münzenberg et du Komintern parmi les intellectuels de New York et les acteurs et les scénaristes d’Hollywood, étoiles de la gauche caviar, et du radical chic, toujours espionnant, adulateur assidu d’Hemingway, Dashiell Hammett, Lillian Hellman, staliniens fervents et cyniques. »
Antonio Muñoz Molina, « Münzenberg », in « Séfarade »


Personnellement, j’ai ressenti ces ressassements comme pesants, peut-être entrés en résonnance avec trop de trop récentes lectures apparentées. Idem, le fil Littérature des camps semble déserté (saturation ?)

mots-clés : #campsconcentration #communautejuive #devoirdememoire #exil #genocide #regimeautoritaire
par Tristram
le Mer 1 Nov - 0:37
 
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Lafcadio Hearn

Fantômes du Japon

Tag genocide sur Des Choses à lire Tylych20

La cinquantaine d'histoires recueillies par Lafcadio Hearn (1850-1904) d'après le folklore japonais révèlent un éventail thématique très ouvert, allant du conte de fées aux histoires d'ogres et de vampires... Mais l'imaginaire japonais ne force pas seulement les portes de la mort, il entrouvre aussi celles de la réincarnation, thème ignoré du folklore occidental, où s'affirme la coloration religieuse qui caractérise le fantastique japonais. Des réincarnations à l'apparence de métamorphoses qui laissent à leurs victimes un espoir immense, à échelle de l'infini dans lequel elles se perdent. Un sentiment de tragique inséparable de l'espoir, telle est la morale que Lafcadio Hearn invite le lecteur à tirer. Comme il l'avait tirée lui-même en trouvant au Japon l'apaisement.


Quelle grâce que ces lignes, quel onirisme autour de ces fables et du folklore japonais. Les fantômes et mythes font  partis d’un paysage, ils sont le tronc qui soutient les feuillages de vie, de croyances, la floraison  légendaire, les germes de l’imaginaire. Le crépuscule de chaque vie ne mène qu’à l’aube de la prochaine, qui ou quoi que nous soyons, le cœur de toute chose a une âme. Une philosophie  honorable, bien loin de nos contes  qui nous délivrent un espoir d’éternité, bien loin de la chambre noire de notre propre interprétation de la mort.

La délicatesse des personnages, leur richesse, leur bonté forcent à la révérence, les mauvais esprits, souvent aux visages féminins d’une pureté époustouflante nous transportent sur le bord de la route, nous promettent  le fabuleux, nous invoquent cette ouverture d’esprit sur cette autre culture.  
Un formidable échantillon d’histoires, au nombre de 50,  qui nous fait voyager au cœur du Japon et de ses traditions.


mots-clés : #contemythe #genocide #mort
par Ouliposuccion
le Mar 31 Jan - 22:46
 
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Raphaël Stainville

Raphaël Stainville (Né en 1977)

Tag genocide sur Des Choses à lire Stainv10

Raphaël Stainville est né le 17 mai 1977 à Versailles en France. Il est journaliste au Figaro Magazine, ancien journaliste du Figaro Hors Série. Écrivain, il est l'auteur de J'irai prier sur ta tombe (François Xavier de Guibert, 2002), où il raconte son voyage de Paris à Jerusalem à pied. Il écrit après plusieurs années d'enquête le livre Pages de sang (Presses de la Renaissance, 2007) ; ce livre raconte le génocide arménien à travers les écrits d'un Français, le père Jean Rigal, missionnaire d'Arménie. Il a participé au livre Mission Le Pen : Le Garde du corps parle de Thierry Légier, garde du corps de Jean-Marie Le Pen.

(wikipedia)  

Bibliographie

Essais
2007 : Pages de sang,
2012 : Mission Le Pen, en collaboration avec Thierry Légier
2013 : Et la France se réveilla : Enquête sur la révolution des valeurs, en collaboration avec Vincent Trémolet de Villers

Récit de voyage
2002 : J'irai prier sur ta tombe

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Seule la lecture du livre qui suit m'a amenée à ce journaliste (LC sur l'ARMENIE)

Tag genocide sur Des Choses à lire Pages_10


Pages de Sang


Le journaliste narrateur hébergé chez « l’hôtel » des Sœurs  missionnaires Italiennes qui vivent leur foi dans l’église sis à Adana ville de Turquie alors qu’il fait un pèlerinage de Paris à Jérusalem, se flatte devant les sœurs de l’hospitalité des Turcs, de leur générosité, les monuments ………. bref tout ce qu’on peut trouver dans un catalogue de voyage.

L’une des sœurs, Antonia  l’interrompit : « Elle ressemble à cela la Turquie des touristes et des voyageurs ? «  Pas de relief et pas d’ombre dans ton beau tableau ? »

Antonia  demande à notre narrateur de lire un manuscrit. Le manuscrit est  anonyme, mais il découvrira qu’il est le témoignage d’un Père, qui a vécu dans la résidence des Jésuites Français, en 1909 et que c’est le récit terrifiant, incroyable des massacres des Arméniens principalement et des Chrétiens. Stainville  à la lecture des atrocités décide qu’il est  nécessaire, plus, impératif de faire connaître ce témoignage au Monde. Il commence donc dans sa cellule l’écriture du livre qu’il intitulera « pages de sang ».

Le témoignage du Père débute le 14 avril, Mercredi de Pâques à onze heures du matin où les premiers coups de fusil et de révolvers raisonnèrent, où les premiers Arméniens furent massacrés par les « bachi-bouzouks et l’armée régulière ». Les incendies suivirent. C’est en vain que les Pères demandèrent au « vali » d’intervenir,  car celui-ci se retranchait derrière l’affirmation que les Arméniens étaient des révoltés et qu’il devait arrêter la révolte, mais promettait que l’armée ferait son travail et les pompiers le leur.

Les massacres durèrent 15 jours, tous les quartiers Arméniens furent détruits, les habitations incendiées après pillage.  La résidence des Pères Jésuites et la Maison Béthanie des sœurs étaient le seul refuge, ces bâtiments accueillirent des milliers de victimes qui furent soignées,  réconfortées du mieux possible, avec courage les sœurs allèrent quêter dans la ville pour leur survie.

La fureur des assassins ne s’arrêta pas aux portes des édifices religieux, les Pères  durent quitter leur Maison,  c’est le Consul Anglais qui protégea la sortie des réfugiés qui furent  ensuite confiés à la Protestante Angleterre ,  à la Protestante Amérique et à la Protestante Allemagne.

C’est la honte au cœur que le Père directeur de la Maison des Jésuites eut l’obligation de partir car le Commandant du Victor-Hugo ne pouvait de son mouillage qu’il devait quitter, les protéger.

Le Consul Français n’est pas venu à Adana, la France semblait se désintéresser du massacre des Arméniens et des Chrétiens d’Orient.

De retour en France l’ auteur fit de nombreuses recherches pour découvrir l’identité du prêtre qui avait laissé ce manuscrit en témoignage. Après maints regroupements, il s’avéra qu’ il s’agissait du Père Rigal, Trappiste.

Six ans plus tard, l’auteur retourne à Adna pour récupérer le manuscrit, les sœurs Italiennes sont retourner dans leur pays, c’est un prêtre Polonais qui gère l’église et qui a malheureusement jeté à la poubelle le manuscrit car ne comprenant pas la langue française et ne voyait pas la nécessité de conserver le document.

Les Arméniens étaient à cette époque toujours  sous intimidation, menace, spoliation, surveillance, beaucoup ont émigrés mais quelques uns refusent de quitter le pays où ils sont nés où sont enterrés leur famille.

Ce livre porte témoignage du génocide des Arméniens, en 1909 (mais l’Histoire a prouvé qu’il s’était déroulé par épisodes : 1894/96, 1909 et 1915) ; l’auteur le conforte par les rencontres faites avec des survivants d’Adana ou de France, par la configuration restante des bâtiments religieux, des détails révélateurs comme la vierge noire que les flammes ont léché.

C’est avec douleur que l’auteur a écrit ce livre bouleversant, mais c’était  pour lui un impératif,  il s’est senti dépositaire d’une mission.



Extraits :

"Dans cette église s'étaient réfugiées cent quatre-vingts personnes environ, des femmes et des enfants surtout. Les Turcs ont défoncé la terrasse et versé à l'intérieur des bidons de pétrole enflammé. Pendant que cet exploit s'accomplissait, des hommes armés gardaient la porte pour empêcher ces malheureux de sortir. A l'intérieur, au-dessus du parquet, sur le mur blanc, en partie cachées par les décombres, se voient encore dessinées des ombres noires présentant des formes humaines crispées par la douleur. Ce sont des victimes dont les chairs ont été calcinées contre le mur et dont la graisse fondue a imprimé le décalque dans la chaux."

"Voilà donc la situation des Arméniens d'Adana : quinze mille hommes environ parqués dans les champs, des deux côtés de la station du chemin de fer, tristes loques d'un peuple florissant, riche, intelligent, mais qui se laissait trop imprudemment bercer de l'illusion chère à tout opprimé, l'illusion de la liberté enfin reconquise. Le voilà étendu, sanglant, décimé, mourant de faim, sur la terre dure, obligé de mendier auprès de l'Angleterre protestante ou de la protestante Allemagne, le morceau de pain qui l'empêche de mourir."



mots-clés : #genocide
par Bédoulène
le Sam 17 Déc - 16:26
 
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Sujet: Raphaël Stainville
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Gaël Faye

Tag genocide sur Des Choses à lire Petit-10

Petit pays

(…)Au temps d'avant, avant tout ça, avant ce que je vais raconter et tout le reste, c'était le bonheur, la vie sans se l'expliquer. L'existence était telle qu'elle était, telle qu'elle avait toujours été et que je voulais qu'elle reste. Un doux sommeil, paisible, sans moustique qui vient danser à l'oreille, sans cette pluie de questions qui a fini par tambouriner la tôle de ma tête. Au temps du bonheur, si l'on me demandait « Comment ça va ? » Je répondais toujours « Ça va ! ». Du tac au tac. Le bonheur, ça t'évite de réfléchir. C'est par la suite que je me suis mis à considérer la question. À soupeser le pour et le contre. A esquiver, à opiner vaguement du chef. D'ailleurs, tout le pays s'y était mis mis. Les gens ne répondaient plus que par « Ca va un peu ». Parce que la vie ne pouvait plus aller complètement bien après tout ce qui nous était arrivé.


Le bonheur. La vie sans se l'expliquer.
Cette vie telle qu'on voudrait tous qu'elle reste, Gaël Faye nous la décrit comme si cela coulait de source, de son écriture à la fois simple et poétique, parsemée de jolies trouvailles comme autant de petit moments de grâce. L'enfance privilégiée d'une bande de copains, avec leurs facéties de garnements, leurs jeux et leurs grands éclats de rire.

Oui mais voilà, nous sommes au Burundi dans les années 90, et malgré tous les efforts de notre narrateur pour la maintenir à distance, la fureur des hommes pénètre peu à peu son monde si bien protégé. Ce sont tout d'abord des rumeurs, venues du Rwanda voisin, prémices d'un drame qui tout à coup explose et emporte tout sur son passage. Jusqu'aux âmes, parfois...

Avec autant de talent qu'il en avait pour nous décrire le bonheur dans un Burundi aux airs de paradis perdu, Gaël Faye nous narre la fin de l'innocence, la découverte de l'horreur absolue, de la haine, la division qui peu à peu gangrène jusqu'aux plus belles amitiés.
Malgré ses tentatives désespérées pour garder, encore un peu, ses illusions, les moments de franche amitié, les jeux d'entants si nécessaires mais maintenant si dérisoires, Gabriel voit son monde se déliter autour de lui ; sommé de choisir un camp, parce que, désormais, le monde est en noir et blanc, en hutu et tustsi, et c'est tout. Parce que, désormais, même les enfants perpétuent, pour se protéger _ mais peut-être pas seulement…_ le cycle infernal de la violence...

Ce qui marque d'emblée à la lecture de ce texte, c'est la justesse du ton. Conté à hauteur d'un enfant de 11 ans, jamais pourtant le récit ne tombe dans cette naïveté ou cette précocité factices trop souvent lues. L'auteur fait montre d'un véritable talent pour retranscrire les sentiments de ce jeune Gabriel qui voit peu à peu son univers se désintégrer, et son identité se dissoudre.
Derrière le récit de l'enfance et du bonheur perdu, perce toujours en filigrane l'adulte dont les certitudes ont volé en éclat, le jeune homme en exil et en quête de lui même ; plus vraiment d'ici, mais pas totalement d'ailleurs non plus. Lorsque l'on sait ce roman en grande partie autobiographique, il n'en devient que plus poignant.

J'ai beau chercher, je ne me souviens pas du moment où l'on s'est mis à penser différemment. À considérer que, dorénavant, il y aurait-nous d'un côté, et, de l'autre, des ennemis, comme Francis. J'ai beau retourner mes souvenirs dans tous les sens, je ne parviens pas à me rappeler clairement l'instant où nous avons décidé de ne plus nous contenter de partager le peu que nous avions et de cesser d'avoir confiance, de voir l'autre comme un danger, de créer cette frontière invisible avec le monde extérieur en faisant de notre quartier une forteresse et de notre impasse un enclos.
Je me demande encore quand, les copains et moi, nous avons commencé à avoir peur.



mots-clés : #initiatique #guerre #genocide #nostalgie
par Armor
le Lun 12 Déc - 18:22
 
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Laure Marchand et Guillaume Perrier

Laure Marchand (1976) et Guillaume Perrier (?)

Tag genocide sur Des Choses à lire Marcha10



Laure Marchand est journaliste au Figaro et Guillaume Perrier dans le  Monde co-auteurs du livre :










Tag genocide sur Des Choses à lire 97823314




La Turquie et le fantôme de l’Arménie

La préface est de Taner Akçam «  Si nous avions reconnu le génocide arménien,  nous eussions été contraints d’accepter que certaines de nos grandes figures nationales étaient des assassins et des voleurs, alors qu’elles nous avaient sortis du néant en fondant notre Etat. » Accepter « 1915 » revient à accepter que des chrétiens aient vécu sur ces terres, ce qui équivaut à proclamer notre inexistence. Parce que notre existence est fondée sur leur absence ou leur disparition. »

Ce livre est complémentaire à mes précédentes lectures, il a le mérite notamment d’aborder  le destin des épargnés de 1915 « les restes de l’épée » convertis à l’Islam  pour survivre  et dont les enfants ou petits-enfants  ont découvert  tardivement leur Arménité

Sont rappelés les massacres de 1937/38 dans la région de Dersim,  ordonnés par Mustafa Kemal Atatürk , les 40 jours de Musa Dagh .

Le génocide s’accomplit aussi sur la Pierre, les terres, les édifices religieux, les habitations, les commerces, les plantations,   toutes   propriétés des Arméniens de même d’ailleurs que celles des autres  chrétiens (Grecs, Assyriens) par leur destruction ou leur spoliation. Spoliations qui sont d’ailleurs à l’origine de l’ascension économique du gouvernement de la Turquie.

Les conflits internes de la Turquie (notamment avec le PKK et la résistance Arménienne) ;  les périodes de soubressauts politiques, le conflit entre l’Arménie et l’Azerbabjian qui à la chute de l’URSS  revendiquaient  l’ annexion de la province du  Haut-Karabach,  sont exposés dans les faits par les auteurs.

L’obsession négationiste de l’Etat Turc  est matérialisée par le  mémorial  d’ Igdir, bâti pour contrer et nier  « le jour du génocide du 24 avril 1915 ». Comme l’écrit Taner Akçam : » en Turquie, la négation du génocide est une industrie. C’est aussi une politique d’état de premier ordre.

Toutefois de plus en plus d’  intellectuels, de  journalistes Turcs s’élèvent contre l’attitude négationniste de leur gouvernement, pour preuve les milliers de citoyens Turcs qui accompagnèreent le corbillard de Hrant Dink, le journaliste assassiné et les manifestations de commémorations qui depuis 2010 se déroulent à Istambul.  De même la demande de pardon  circulant sur le net qui fut signée par 30 000 Turcs en réponse à laquelle des communautés Arméniennes de France et du Canada remercièrent par un texte publié dans le journal Libéraion : Merci aux Citoyens Turcs ».

Sont mentionnés  aussi les résistants Arméniens armés du Tikko et les « Don Quichotte » résistants  ;  les Justes Turcs ou Kurdes  qui sauvèrent des Chrétiens  furent punis de mort pour certains, de relégations et autres mais tous de l'oubli par le gouvernement.

Si les Citoyens Turcs connaissaient l’ existence de ces Justes ils auraient certainement moins de mal à assumer le passé de leurs grands-parents et Parents, mais ces faits sont cachés par leur  gouvernement car ils valideraient le génocide et  de son côté la diaspora Arménienne n’a pas d’intérêt à les reconnaître.


La Turquie voulant intégrer l’Union Européenne  se sert des vitrines que représentent les sites touristiques les plus visités, tels que  l’église de l’île d’Aghtamar (restaurée ) ou  le dernier village Arménien de Vakif  pour démontrer la tolérance du gouvernement.

Cependant tant que sa politique sera négationniste aucun rapprochement ne parait envisageable par l’Arménie et les Arméniens d’ Occident. La Turquie reproche d’ailleurs à la France sa reconnaissance du génocide.



Les auteurs ont recueillis les paroles des descendants  Arméniens du génocide, en Turquie comme en France par exemple où vit une importante communauté,  ainsi que celles des Turcs,  nommés dans le livre.

Ce fut une lecture intéressante comme d’ailleurs mes précédentes  sur ces pages d’histoire.

"message rapatrié"



mots-clés : #genocide
par Bédoulène
le Dim 11 Déc - 16:29
 
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Sujet: Laure Marchand et Guillaume Perrier
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Daniel Arsand

Un certain jour d'avril à Adana

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Bien que je connaisse assez bien le contexte pour avoir lu plusieurs livres sur cette tragédie (qui avec les massacres de 1895, 1909, 1915 et plus encore constitue un génocide) dans ce livre les morts  ne sont pas seulement des chiffres ils s'appellent Dzadour, Virgené, Garinée, Essayi, Atom, Diran.............. des personnes, des familles dont l'auteur nous ouvre la porte de la maison. J' ai entendu  leurs aspirations, j'ai vu leurs bonheurs, leurs amours, leur misère aussi  puis l'incompréhensible fureur qui s'abat sur eux.

De beaux portraits de femmes, tout particulièrement, des descriptions terribles et des envolées lyriques que nous offre l'auteur. Des personnages de fiction ces hommes et ces femmes ? certainement qu'ils portaient d'autre noms mais ce sont bien les mêmes qui étaient à Adana ces jour là, ceux qui sont morts ces jours là. C'est la force de l'écriture qui m'amène à ce ressenti.  Parce que Cevat le vali et les hommes en blanc ont réellement participé à la tragédie ; parce que le Père Rigal y était aussi et a tenu un journal (Pages de sang).

Avec le personnage d'Üzgür Bey qui propose de cacher la famille de Diran, le poète, l'auteur montre que certains musulmans (rare il est vrai) ont protégé des chrétiens, ils l'ont d' ailleurs payé de leur vie plus tard.

Décidément cet auteur me plait beaucoup, j'aime son écriture aux puissantes nuances.



mots-clés : #genocide
par Bédoulène
le Ven 2 Déc - 22:09
 
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Sujet: Daniel Arsand
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Daniel Arsand

Un certain mois d'avril à Adana

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Daniel Arsand
est de Roanne, il le clame et le proclame, il a vécu dans ma ville d ‘adoption, dans la rue même où j’habite maintenant, et par un effet anti-clocher, je n’ai jamais rien lu de lui. Je me disais qu’il s ‘agissait d’un petit écrivain local, au talent boursouflé par une population qui cherchait à se valoriser travers lui. Je dois faire amende honorable. Rien qu’en lisant sa bio, je vois que ce n’est pas un petit monsieur. Et en lisant son livre je me dosi de reconnaître que Daniel Arsand n’est pas un petit écrivain local, mais alors pas du tout. J’ai été bêtement snob .

Daniel Arsand nous parle d’un passé qui lui est particulièrement sensible : le génocide arménien, que son père a connu, et dont il a toujours refusé de lui parler. C’est cette double blessure qui le rend apte à nous offrir un roman magique, emporté dans la folie des hommes, poétique, lyrique.
L’auteur travaille par petits chapitres, dont certains sont presque des poèmes en prose, dans un style dense, haché, envoûtant ; Arsand nous parle de personnes, de familles, jamais de héros. Il multiplie les personnages, dans un roman choral, mais sans jamais nous perdre . On s’attache successivement à Atom , l’orfèvre et sa famille, son neveu Vahan fragile révolutionnaire immature revenu de Constantinople, à Diran propriétaire terrien et poète, tous portés par leur Dieu qu’ils croient d’Amour…Arsand nous décrit ces vies heureuses malgré la menace. Et peu à peu la peur qui rôde se fait plus vive, peuple tous les instants, modifie les comportements, et il n’est plus question de bonheur mais de survie. Ces destins se croisent dans le quartier arménien, où plane un danger, insidieux au départ de plus en plus menaçant, de plus en plus violent et qui va exploser pendant quelques jours dans un déchaînement de haine aboutissant au massacre de 30 000 personnes.


Daniel Arsand
a une façon très personnelle de raconter cette histoire, de s’attacher aux regards, aux non dits, au quotidien qui essaie de continuer à l’espoir qui se brise ; il distille son style d ‘une grande richesse, extrêmement travaillé, d’un lyrisme jamais racoleur ni voyeur, au sein de 175 chapitres qui sont autant de joyaux.

Avec un sujet qui porte à l’émotion dans tout ce qu’elle a de plus tragique, il nous livre un roman fondamentalement original. On est bouleversé par cette langue vous prend pour ne plus vous lâcher, le terreur des faits rapportés se mêle à l’admiration devant l’œuvre qui se construit.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #genocide
par topocl
le Ven 2 Déc - 18:04
 
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Sujet: Daniel Arsand
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