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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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27 résultats trouvés pour insularite

Jean-Marie Gustave [J.M.G] Le Clézio

Voyage à Rodrigues

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Récit romancé, 1986, 135 pages environ.

Il s'agit d'une relecture, à rebrousse-poil, puisque j'ai envie ces prochaines semaines de relire aussi Le chercheur d'or, qu'on lit en principe avant (voir même L'Africain, histoire de caser ça en trilogie).

Le Clézio m'agace quand il brasse en rond dans ces pages surchargées d'emphase une espèce de vacuité que je peine à prendre pour du souffle (Désert, par exemple, je n'ai jamais pu aller au-delà des premiers paragraphes):
Il est des auteurs que l'on aimerait voir foisonner, se laisser aller à une faconde verbeuse, et d'autres dont on souhaiterait qu'ils se continssent.

135 pages, c'est pourtant bref, mais cela eût pu être écrit sans dommage, à mon humble avis, en 75-80 pages, format nouvelle.
Ce qui fait sujet, c'est un parcours, idéalement d'ordre initiatique, de l'auteur qui tente de mettre ses pas dans ceux de son grand-père, qui a cherché là en vain un trésor de corsaire, entre 1902 et 1930, avec un acharnement des plus rares.

Comme son grand-père s'avéra un gros traqueur de signes et un déchiffreur d'énigme codée, l'auteur effectue un glissement, de signe à signifiant, d'encodages à symbolique, se demandant si, en fin de compte, il n'y a pas là les éléments d'un langage personnel, dont il devient de facto le dépositaire: avec les quelques descriptions, exotiques à souhait, de l'ile, c'est dans l'abord de cette problématique-là qu'il faut rechercher les meilleures pages.

La fin du livre, transcription de son grand-père dans la généalogie des Le Clézio, nous transporte à Eurêka, la munificente demeure familiale mauricienne d'où le grand-père fut expulsé par ses créanciers, et son jardin d'abondance, et la montagne Ory, le Pouce, le Piether Both, toutes éminences bien connues des lecteurs de Malcolm de Chazal.  

La quête de l'auteur est sans fin, nous le comprenons, ainsi que la recherche acharnée du trésor le fut pour son grand père.
Au final tout de même une bien belle lecture, sur un thème...en or, et dans des lieux lointains et esseulés, que Le Clézio nous restitue à merveille: allez vers ces pages sans crainte.

page 63 a écrit:Mais ce trésor, qu'était-il ? Ce n'était pas le butin des rapines de quelques pilleurs des mers, vieux bijoux, verroteries destinées aux indigènes de la côte des Cafres ou des Moluques, doublons ou rixdales. Ce trésor, c'était donc la vie, ou plutôt la survie. C'était ce regard intense qui avait scruté chaque détail de la vallée silencieuse, jusqu'à imprégner les roches et les arbustes de son désir. Et moi, aujourd'hui, dans la vallée de l'Anse aux Anglais, je retrouvais cette interrogation laissée en suspens, j'avançais sur ces cartes anciennes, sans plus savoir si c'étaient celles de l'écumeur de mer ou celles de mon grand-père qui l'avait traqué.



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L'Anse aux Anglais, à Rodrigues.






Mots-clés : #famille #insularite #lieu #temoignage #xxesiecle
par Aventin
le Lun 22 Juil - 22:55
 
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Sujet: Jean-Marie Gustave [J.M.G] Le Clézio
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Halldor Laxness

La Cloche d’Islande

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Merci @Avadoro, qui m’a aussi fait découvrir Le pont sur la Drina, d’Ivo Andrić, dans la chaîne d’hiver 2017 !
L’impression calamiteuse (mais bon marché) de l’édition GF-Flammarion me transporte d’entrée aux temps héroïques des balbutiements de la typographie.
L’ouvrage comprend une utile mise en situation du traducteur-préfacier, Régis Boyer.
Le roman est construit en trois livres, publiés de 1942 à 1946 (500 pages en tout) :

La Cloche d'Islande
:
C’est l’histoire de l’increvable croquant, Jon Hreggvidsson de Rein, fermier du Christ, picaresque incarnation de la résilience populaire : ce pauvre paysan noir de poil et noirci par les épreuves est indûment condamné à mort comme meurtrier du bourreau qui venait de le flageller pour le vol d’une corde qui lui aurait permis de pêcher. L’action de cette fresque historique se déroule au XVIIIe siècle, lors de la famine dans ce pays asservi par les Danois qui le privent du nécessaire ‒ dont la corde, qui deviendra un leitmotiv du roman : ainsi, c’est à Jon que le bourreau commanda de couper la corde de la cloche de l’Althing (l’assemblée parlementaire nationale), réquisitionnée pour être fondue.
« Le junker suivit Ture Narvesen jusqu’à la soue aux porcs. On gardait là les bêtes qui, seules de toutes les créatures, vivaient dans le bien-être et l’honneur en Islande, surtout depuis que le représentant spécial du roi avait strictement interdit aux bipèdes de manger vers et vermine. Parfois, par miséricorde, les croquants obtenaient la permission de contempler ces bêtes merveilleuses à travers un grillage et ils en avaient la nausée, d’autant que ces animaux, par leur couleur, ressemblaient à des hommes nus, avec une chair de gens riches, et de plus, vous regardaient avec des yeux raisonnables de pauvres ; à cette vue, beaucoup vomissaient de la bile. »

« ‒ Vôtre Grâce préfère-t-elle laisser le roi acheter des graines de mauvaises années pour ces gens plutôt que de leur permettre de pêcher du poisson ?
‒ Je n’ai jamais dit cela, dit le Conseiller d’État. Mon opinion est que nous avons toujours manqué, en Islande, d’un fléau suffisamment radical pour que la canaille qui infeste ce pays disparaisse une bonne fois pour toutes, afin que les quelques gens qui sont bons à quelque chose puissent, sans être dérangés par les mendiants et les voleurs, tirer le poisson dont la Compagnie a besoin et préparer l’huile de baleine qu’il faut à Copenhague. »

« ‒ Il faut parer au plus pressé, dit Arnas Arnaeus. Il faut maintenir les bals masqués, cela coûte de l’argent. Un bon bal masqué engloutit les intérêts d’une année de revenus de tous les couvents islandais, Votre Grâce. »

« L’homme qui veut étrangler une petite bête peut finir par se fatiguer. Il la tient à bout de bras, resserre tant qu'il le peut son étreinte autour de sa gorge, mais elle ne meurt pas, elle le regarde, toutes griffes sorties. Elle ne s'attend à aucun secours, quand bien même un troll amicalement disposé surviendrait qui dirait vouloir la délivrer. Tout son espoir de survivre vient de ce qu'elle attend que le temps agisse à son avantage et affaiblisse les forces de son ennemi.
Si un petit peuple sans défense a eu la chance, au milieu de son malheur, d’avoir un ennemi pas trop fort, le temps finira par conclure un accord avec lui comme avec la bête que j’ai prise en exemple. Mais si, dans sa détresse, il se met sous la protection du troll, il sera englouti en une bouchée. […]
Un serviteur gras n’est pas un grand homme. Un esclave que l’on roue est un grand homme, car dans sa poitrine habite la liberté. »

S’ensuivent nombre de péripéties comme Jon s’enfuit et traverse l’Islande pour embarquer vers la Hollande, l’Allemagne et le Danemark, où il entend faire réviser son procès par le roi ‒ et à l’issue de chaque péril, il déclame les « Rimes de Pontus ».

La Vierge claire :
C’est Snaefrid, blond soleil rayonnant avec la « gloire dorée » de sa chevelure, fille du gouverneur Eydalin, épouse de Magnus Sigurdsson, junker de Braedratunga (chef de vieille souche et propriétaire terrien), aussi bel artisan doué, mélancolique et ivrogne ‒ truculent avatar de la démesure cyclique dans sa ruineuse immodération, capable de vendre son domaine ou sa femme lors d’une de ses « expéditions », sinon repentant, réparateur, rongé de dépit et de remords…
C’est Snaefrid qui fit s’évader Jon, et l’envoya rencontrer au Danemark Arnas Arnaeus, l’homme qu’elle aime, et qui revient quinze ans plus tard en tant que commissaire du roi, pour statuer sur la conduite injuste des juges et du gouverneur, notamment envers ledit Jon…
Islandais réfugié au Danemark, Arnas collecte les antiques manuscrits islandais pour les sauvegarder.
L’archiprêtre Séra Sigurd, un pieux protestant, est aussi un vieux prétendant de Snaefrid. Laxness profite de son intervention pour régler des comptes avec le luthéranisme et le papisme… À propos, il passe habilement d’un style à un autre, et sa palette comprend humour, lyrisme, poésie, description réaliste, etc.
« Celui qui ne peut jamais arracher sa pensée de sa misérable chair, la fixant en peinture sur un mur, chez soi, sous forme d’une idole transpercée de clous, ou qui témoigne de ce désir selon les livres saints, jamais ne comprendra celui qui s’est consacré corps et âme au service des gens sans défense et au rétablissement de son peuple. »

Elfe, Snaefrid est insondable, imprévisible, telle un être surhumain ; elle paraît aussi inhumaine, scandaleuse, voire cruelle (cf. le sacrifice du cheval).

L'Incendie de Copenhague :
Magnus a publiquement accusé sa femme d’adultère, gagné son procès à ce propos, puis est mort. Varient les rapports entre Snaefrid et Arnas (chez qui Jon Hreggvidsson est réfugié). Outre ces trois personnages principaux, d’autres sont notables, comme le docte Jon Gudmundsson de Grindavok, copiste (et écrivain) de la bibliothèque d’Arnas, ou Jon Marteinsson, le voleur qui déroba à ce dernier la Skalda, précieux livre antique (voilà trois Jon…)
Le récit culmine dans l'incendie de Copenhague :
« Les gens se précipitaient par la ville, frappés de terreur, ‒ comme, en Islande, quantité de vermisseaux sortent en rampant d’une lompe que l’on fait cuire sur la braise pour les bergers ‒ certains avec des enfants dans les bras, une quantité portant quelques affaires dans un sac, d’autres, nus et dépourvus de tout, affamés et assoiffés, certains hors de sens et multipliant gémissements et plaintes : une femme n’avait réussi à sauver qu’un tisonnier, et restait là, nue. »

Dans ce roman fort curieux et dépaysant est omniprésente l’Islande (nation occupée à l’époque, et même colonie danoise), c'est-à-dire son histoire de reliquaire des héritages héroïque et cosmogonique viking et plus généralement scandinaves (aussi celte et Moyen Âge chrétien) : Eddas, scaldes et sagas (et trolls, elfes, géants…) Laxness a d’ailleurs reçu le Nobel 1955 pour "avoir ressuscité l'ancienne tradition narrative islandaise." Et dans ses personnages à la fois iconiques et complexes sourd de nouveau la sève et la verve des anciennes divinités, dans un curieux syncrétisme où leurs destins se mêlent inextricablement.
C’est encore un bel éloge des livres (d’occasion), auquel les Chosiens seront sensibles :
« Il reste encore sur le rebord de la fenêtre, à demi enveloppé d’un linge de soie rouge, un antique livre sur parchemin, racorni, noir de suie, plein de marques de doigts graisseux : il a appartenu à des gens morts depuis si longtemps qu’il ne subsiste de leur séjour ici-bas que ces marques de doigts. »


Mots-clés : #colonisation #historique #insularite
par Tristram
le Dim 21 Juil - 23:04
 
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Sujet: Halldor Laxness
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Grazia DELEDDA

Le Pays sous le Vent

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Nous sommes à Nuoro, dans le centre de la Sardaigne. Nina est une jeune fille de 17 ans qui aime rêver en contemplant la nature et passe ses moments secrets cachée dans le grenier à lire des livres. Ses parents, de condition modeste, louent quelques chambres à des personnes de passage, un peu comme une pension de famille, afin de vivre un peu plus aisément.
Parmi les clients, un notaire, ami du père, loge régulièrement et fait l'éloge de son fils Gabriele qui fait des études de médecine. Les deux pères envisagent le mariage de leurs enfants. Un jour, Gabriele vient loger chez Nina. La jeune fille qui avait beaucoup entendu parler du jeune homme en tombe amoureuse secrètement. Leur rencontre ne durera que le temps d'une soirée et sera assez maladroite, emplie de non-dits. Nina aura beau l'attendre, Gabriele ne donnera plus jamais signe de vie.
Huit ans après, un nouveau pensionnaire est de passage chez Nina: Attilio, homme de la trentaine, riche et de bonne famille. Il va très vite demander la main de Nina et les voilà partis en voyages de Noces à la côte. C'est là que par hasard Nina va retrouver Gabriele, complètement miné par la maladie, à tel point qu'il ressemblera à un fantôme, l'Ombre.
Ces retrouvailles vont ébranler Nina, lui remémorer sa passion amoureuse qu'elle avait dû refouler et qui l'avait fait souffrir.

Comme on le voit, on est dans un roman “gentil” d'amour de jeune fille que l'on oubliera vite.
C'est un peu mièvre, un peu simple sur le développement psychologique. Un vocabulaire qui se repète beaucoup, ne donnant pas beaucoup de densité aux personnages. Seules les descriptions de la Sardaigne sauvent un peu la mise.
Le style de Grazia Deledda a malheureusement vieilli et pourtant il y a beaucoup d'authenticité dans ce qu'elle écrit, beaucoup de justesse sur la condition de la femme en Sardaigne à son époque (fin XIXe – début XXe S ).

Je vais quand même lire un de ces jours Elias Portolu ou La Mère.

P.S: Les éditions Cambourakis sont occupées a ressortir de l'oubli certains romans de Grazia Deledda.


mots-clés : #amour #insularite
par Cliniou
le Mar 19 Mar - 13:44
 
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Sujet: Grazia DELEDDA
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Nicolas Cavaillès

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Le mort sur l’âne

Originale : Français, 2018

Au travers de l'épopée nocturne d'un animal des moins exotiques, Nicolas Cavaillès dresse, dans
Le Mort sur l'âne, un portrait atypique de l'île Maurice et en raconte l'histoire. Au rythme de la toponymie si particulière des lieux – Curepipe, Trou-d'Eau-Douce, cap Malheureux, Bois aux Amourettes, Montée-Bois-Puant... –, depuis les hauteurs de l'île jusqu'au littoral – sans plages ni touristes –, ce voyage dans l'intérieur des terres est aussi un voyage dans le temps.

S'inspirant d'un conte du XIXe siècle, Nicolas Cavaillès invoque dans ce récit l'idée paradoxale que la civilisation, dans son effort pour rendre le monde toujours plus " vivable ", fait œuvre de destruction, de mort souvent – le comble, étant le touriste, qui détruit ce qu'il veut " visiter ". Heureusement, quelques exceptions se distinguent : le poète Baudelaire, qui séjourna à Maurice en 1841, et Kaya, figure musicale locale mort en 1999. Tout deux sont les symboles du refus d'un monde policé et du respect d'un monde " sauvage ". L'incarnation de la revanche du chaos sur le langage, cette suprême usurpation du monde – le langage n'ayant rien à nous apprendre puisque l'essentiel se trouve hors de celui-ci.


REMARQUES :
Recommandation de mon libraire, expérience bizarre, mais positive par une autre lecture d’un livre de l’auteur (voir en haut), texte de présentation intéressante me faisaient prendre ce livre. Court. Très court : des pages à moitié rempli, font généreux, une 40aine de chapitres sur peu de pages… Le texte se présentait à moi comme un mélange de différents genres, types d’écriture : entre légende, fable, énumération toponymique, géographique, historique, mythologique. Et entre l’immensité du temps de gestation sur des milliards d’années, et la ridiculité de quelques siècles d’habitation par ce mammifère qu’on appelle être humain. Est-ce que ce petit cosmos contient tout ?

Il me semble que c’était trop demandé, vu le peu de pages. Et je me sentais pas vraiment invité au voyage et suis resté à l’extérieur.

Peut-être vous aurez un autre ressenti ?


mots-clés : #insularite #lieu
par tom léo
le Dim 17 Fév - 16:35
 
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Sujet: Nicolas Cavaillès
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Norman Rush

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Accouplement

Une jeune trentenaire, étudiante américaine en anthropologie, cherche un sens à sa future thèse au coeur du Botswana. Entre fuite et cynisme, saupoudrant d'un humour clairvoyant son itinéraire, elle se fait narratrice de ses perditions et ressacs, de ses lubies, et nous prévient très vite que tout son récit voudra expliciter la rencontre exceptionnelle qu'elle va faire d'un homme .

Le tempérament de cette femme, singulier, tisse tout le corps textuel, elle mène la danse, mais ce présupposé est servi par la nature de son caractère, analytique, anthropologue jusqu'au bout des poils, mais aussi rompu au détour psychanalytique.
En conséquence, on accrochera ou pas quant au ton, au mouvement du récit.

F.Le corre pour cairn info a écrit:Exploration territoriale, confrontation des idées, rencontre des cultures, utopie politique, épreuve de la personnalité, passion amoureuse et rivalité des sexes, le tout exposé par une jeune anthropologue américaine, perdue au Botsawana pour les besoins d'une thèse en anthropologie nutritionnelle ? une vraie fausse piste sur laquelle elle ironise : « En Afrique, on veut plus, je pense. Les gens y sont pris d'avidité. Je n'ai pas échappé à la règle. » Ce sont les premiers mots du livre. Le ton est donné. Observatrice méticuleuse d'elle-même et des autres, des institutions et des sociétés, la jeune femme, aussi maîtrisée que caractérielle, est une surdouée des interprétations multiprises qu'elle démonte aussi vite qu'elle les monte. Elle est à elle seule un prodige de méfiance et de détermination, une virtuose en dialectique, mélange détonant de cérébralité et de sensualité. Quand elle entend parler d'un certain Nelson Denoon, intellectuel qui aurait fondé une cité secrète au fin fond du Kalahari , « ce vide replié dans le vide jusqu'à l'Atlantique », elle sait qu'elle ira le rejoindre. Ce qu'elle fait seule avec deux ânes, avant d'arriver à moitié morte à Tsau, la fameuse communauté de Denoon où des femmes tentent d'émerger de leur asservissement séculaire. Là sont Denoon, l'utopie, et un temps immobile qui recèle sa propre capacité de destruction. Contrairement au royaume des hauteurs où s'accouplent les vautours, ce repaire qui prétend écarter la violence ne pourra protéger l'accouplement de chair et d'esprit qu'elle aurait voulu comme une confrontation loyale, équitable et jamais achevée. L'illusion se défait, sans que le mouvement s'épuise, sans que cessent de tenailler l'envie de comprendre et le grand, l'insatiable appétit de vivre.



c'est drôle, spécieux (jargon universitaire bonjour), empathique et arborescent dans sa logique, c'est un roman sur l'amour féminin, sur la société botswanaise, sur l'utopie socialiste.
Assez épatant du point de vue de la personnalité féminine décrite (auteur empathique, observateur, qui sait pourtant aussi par touche discrète nous démonter sous un jour moins favorable ), l'auteur dit qu'il a eu l'ambition de construire le personnage féminin le plus complet de la littérature anglophone. Pour avoir survolé des articles non traduits sur lui, il semble que ce soit un grand hommage à sa femme, à leur relation, bien que transposé, détail qui rend assez sympathique le fatras global où nous transporte cette femme de foi perdue et d'instinct sauf. A moins que ce ne soit tout l'inverse.

Une très jolie lecture . Le regard politique est intéressant, aussi, bien que la lecture de nos jours puisse le faire paraitre un peu déjà vu. Mais sans doute qu'à l'époque il valait son poids.
Et je n'ai pas de citation. pardon. rendu à la médiathèque.




mots-clés : #amour #conditionfeminine #huisclos #independance #initiatique #insularite #politique #social
par Nadine
le Mer 21 Nov - 19:28
 
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Sujet: Norman Rush
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Patrick Chamoiseau

La matière de l’absence

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Dans le prolongement des récits autobiographiques sur son enfance, et d’un essai comme Écrire en pays dominé, Chamoiseau reprend une fois encore cet héritage du passé fatidique, « le manque fondateur, l’effacé structurant », la Traite impossible à oublier, avec des mots et une verve renouvelés en variations lyriques.
Roman ? participe plus de l’essai, dans un va-et-vient des souvenirs à l’approfondissement des réflexions.
Sous forme de dialogues avec la Baronne sa sœur à propos de Man Ninotte, leur mère décédée, évocation de la mort dans le monde créole, superstitions, rituels, vide/ en-dehors/ mystère/ disparition :
« Il ne se passait pas un jour sans qu’on ne les remplisse, leur amenant des personnes décrochées des dernières espérances, à croire qu’à la manière de pêcheurs clandestins les cimetières envoyaient vers la vie des lignes chargées d’hameçons, et en ramenaient des trâlées de victimes. »

« Sauf circonstances extraordinaires, et même si les sépultures seront en certains lieux réservées aux personnages marquants, nulle part sur cette planète (sauf durant la Traite des nègres, l’esclavage américain ou dans les camps nazis) un mort ne se verra abandonné sans un bout d’enchantement, et sans qu’il ne serve à étayer une quelconque autorité. »
(Impact, Légendaire du retour)

…théorie de la « grappe » comme groupe de Sapiens ; les Traces, concept venu de Glissant, ce à quoi se résume la culture perdue des esclaves déportés (en parallèle avec la narration de Man Ninotte proie d’Alzheimer après avoir vaillamment combattu la déveine ‒ stratégie de survie dans la misère) ; le jazz, notamment celui de Miles Davis ; un beau passage à propos des plantes, « mémoires végétales » connues des « marchandes-sorcières », les herboristes (pp 187-188) ; dissertation sur les origines de la beauté, de la poésie (et Césaire sera à son tour rappelé) :
« Parlons du sentiment de la beauté.
Imagine cette conscience humaine balbutiante qui s’ouvre sur trois immensités : sur la menace de l’inconscient humain chargé de toutes les animalités ; sur l’omnipuissance de la nature et du vivant ; sur l’infinie désolation de la mort…
Imagine ce qui lui arrive…
Elle commence à se détacher de l’inconscient et d’une indistinction avec le monde. […]
Il faut appeler "présence" le rayonnement indéfinissable de la chose vivante ou minérale à son plus bel éclat. […]
La conscience archaïque percevra tout présence comme vivante : les éléments, les grottes, les pierres, la nuit, le vent, le soleil… Elle y soupçonnera un être imprévisible, secret, obscur, invisible et puissant ‒ je veux dire : une beauté. L’éclat du beau est dans l’intensité de la chose existante lorsque celle-ci inspire la sensation d’une présence. […]
La sacralisation qui donne du sens à l’existant est l’énergie première de la beauté.

Le sentiment du beau ouvre à l'état poétique : cette partie de la vie qui échappe aux obligations des survies immédiates. »
(Éjectats, Légendaire du langage)

Il y a d’ailleurs une réelle poétique chez Chamoiseau, quoiqu’il en dise ; ici, à un lever de jour :
« La ville perdait ses immobilités dans une marée d’éveils. »
(Impact, Légendaire de l’annonce)

Expérience déterminante du gouffre, la cale du navire négrier, d’où l’on doit se refonder, individu séparé du collectif vers la Relation au Tout-monde (notions de Glissant) ; puis le cimetière.

« Les nuits sont toujours enceintes, nous disent les Arabes, elles sont les seules qui, dans un même mouvement, peuvent dissiper les certitudes du jour et recharger le monde pour la splendeur d’une aube. C’est ce genre de nuits qui se vivait dans mes antans d’enfance. »
(Impact, Légendaire du retour)





mots-clés : #devoirdememoire #esclavage #fratrie #identite #insularite #lieu #mort
par Tristram
le Sam 20 Oct - 19:56
 
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Sujet: Patrick Chamoiseau
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Louis-Philippe Dalembert

Avant que les ombres ne s’effacent

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J’ai appris dans ce livre que Haïti avait déclaré la guerre au « petit caporal » allemand, ouvert sa porte aux Juifs qui le fuyaient, offert la nationalité haïtienne aux apatrides et hébergé ainsi 300 familles fuyant le nazisme à l’heure où toutes les nations leur fermaient leurs portes.

C’est donc une histoire du XXème siècle, une de plus : Ruben , futur médecin fuyant enfant les pogroms polonais, installé à Berlin avec sa famille pour une adolescence heureuse, fuyant après la nuit des longs couteaux : diaspora familiale classique, l’une en Palestine et les autres aux Etats-Unis. Quant à Ruben, après avoir tâté des camps allemands et français, il fait le « choix » de Haïti.

J’ai beaucoup aimé toute la partie européenne qui est très réussi dans un secteur déjà souvent raconté, les personnages et les relations intrafamiliales sont touchants, l’humour toujours présent en  filigrane. Il y a une une légèreté dans la façon de raconter ces drames qui m’a parfois rappelé le Tabac Triezneck.

Curieusement, la partie haïtienne, qui commence à Paris dans la communauté haïtienne puis se poursuit dans l’île, voit apparaître quelques longueurs alors qu’elle devrait constituer  l’ "originalité" du livre. Celui-ci  perd en épaisseur, devient plus descriptif d’un mode de vie, le personnage se perd un peu.

Cela reste une bonne lecture, la découverte d’un fait historique que je ne connaissais pas, et d’une réelle verve littéraire.


Mots-clés : #communautejuive #exil #famille #historique #insularite #lieu
par topocl
le Ven 19 Oct - 11:22
 
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Sujet: Louis-Philippe Dalembert
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Patrick Chamoiseau

Écrire en pays dominé

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Quatrième de couverture :
Écrire en pays dominé c'est l'histoire d'une vie, la trajectoire d'une conscience, l'intime saga d'une écriture qui doit trouver sa voix entre langues dominantes et langues dominées, entre les paysages soumis d'une terre natale et les horizons ouverts du monde, entre toutes les ombres et toutes les lumières. Écrivain, Marqueur de Paroles, et finalement Guerrier, Patrick Chamoiseau interroge les exigences contemporaines des littératures désormais confrontées aux nouvelles formes de domination et à la présence du Total-monde dans nos imaginaires.


Essai (1997) très structuré (égard de plus en plus rare, l’ouvrage bénéficie d’une utile table des matières).

Il se compose de trois « cadences », entrelardées de paroles du vieux guerrier sur la colonisation (« Inventaire d’une mélancolie ») et de brefs commentaires sur des lectures-phares (« Sentimenthèque »).

D’abord I, « Anagogie par les livres endormis » : les réflexions de Chamoiseau sur le comment écrire dominé par une autre culture, puis la révélation de la découverte des livres-objet (reprise des souvenirs de son autobiographie À bout d’enfance), puis lecture « agoulique », puis, à l’adolescence, découverte de Césaire, de la poésie lyrico-épique, du militantisme, du racisme ordinaire et de l’identité dans la négritude opposée à l’impérialo-capitalisme (qui tente d’imposer ses valeurs « universelles »), domination silencieuse du Centre avec passage pour ce dernier de la contrainte à la subjugation, l’ « autodécomposition » dans le « développement », le mimétisme, la consommation, l’assistanat et la folklorisation, enfin rôles de Glissant et Frankétienne dans son évolution du lire-écrire (Chamoiseau est alors éducateur dans les prisons métropolitaines).

II, « Anabase en digenèses selon Glissant » : après dix ans passés en métropole à rêver du pays, en anabase (expédition vers l’intérieur, voyage intérieur, cf. Saint-John Perse), en admiration libératrice du déprécié, il s’identifie successivement au premier colon (« carrelage » de l’ordre et de la mesure, de la rationalité sur leurs contraires), aux Caraïbes (Amérindiens), aux Africains puis à tous les autres apports ethniques. Marronnage et mer geôlière, danse, tambour, quimboiseurs, mentôs puis conteurs et autres « résistances et mutations ». « Ultimes résistances et défaites urbaines » : après le conteur des habitations-plantations dont l’oralité créatrice se réfugie dans les chansons et proverbes, le driveur errant en déveine et déroute folle se concentre dans l’En-ville, devenant djobeurs et majors, jusqu’au « Moi-créole », le Divers dans la mosaïque créole, sans origine ni unité : le « chaos identitaire » ; Lieu versus territoire.

III, « Anabiose sur la Pierre-Monde » : identité d’assimilation, départementalisation stérilisante, assistanat, modernisation aveugle, développement factice, consommation irresponsable, fatalité touristique (toujours au profit des békés). Domination furtive d’un Centre diffus, du rhizome-des-réseaux, « Empire technotronique où l’empereur serait le brouillard de valeurs dominantes, à coloration occidentale, tendant à une concentration appauvrissante qui les rend plus hostiles à l’autonomie créatrice de nos imaginaires [color=#2181b5]ains et artistes neutralisés « dans la dilution d'une ouverture au monde". Insularité vécue comme isolement versus la (notion de la) mer ouverte. Choix entre les deux langues, la reptilienne et résistante, et le français, par celui qui devient le Guerrier dans le Monde-Relié. Davantage épanouissement que développement de l’Unité se faisant en Divers : la Diversalité.

C’est donc l’historique du ressenti douloureux des (ex-)colonisés du « magma anthropologique », simultanément avec l’éveil par les livres (lus, relus, écrits) du Marqueur de paroles, pour relever le défi du Web.


mots-clés : #creationartistique #essai #identite #independance #insularite #mondialisation
par Tristram
le Sam 10 Mar - 0:23
 
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Sujet: Patrick Chamoiseau
Réponses: 33
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Mariusz Wilk

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Le journal d’un loup


Original : Wilczy Notes. Zapiski sołowieckie 1996-1998 (Polonais)

Né en 1955 à Wroclaw/Pologne, Mariusz Wilk était entre autre très tôt actif dans le mouvement de « Solidarnosc ». Puis il travaillait comme reporter à Moscou, Berlin, les Etats-Unis. Un jour il sentait le besoin d’une distance et atterrissait, un peu par hasard, sur les Îles très reculés des Solovki, dans la Mer blanche, dans l’Extrême Nord de la Russie. C’est de là il commença à écrire régulièrement des articles pour le journal polonais « Kultura ».

Les semaines se prolongent en années et il se laisse toucher non pas plus comme un pur étranger, mais comme de l’intérieur, comme par empathie par les réalités de la Russie dans ces contrées lointaines des centres virevoltantes comme St. Petersbourg ou Moscou. Malgré ses origines polonaises (qui connaît l’histoire…) il arrive de devenir tout proche des gens, si souvent abandonnés par un pouvoir trop occupé par d’autres soucis. C’est de l’optique de ces lieux –là, qu’il regarde, observe et commente les développements de ce pays. Mais jamais cela devient une exercice d’enseignement sec, même si il nous fait partager une quantité de pensées et réflexions sur la culture, la foi et l’histoire de ce pays. Il part de la réalité concrète sur ces Ïles de Solovki, lieu si fameux dans l’histoire de la Russie, et cela à double titre : Cette île est historiquement et spirituellement célèbre pour son monastère fondé au XVème siècle, lieu qui a bien rayonné au-delà des environs. De l’autre côté, ce même lieu est devenu le premier « GOULAG » de l’Union soviétique, au tout début des années 20. C’est par ailleurs de là que Soljenitsyne a pris le titre de son investigation sur les camps : « Archipel de Goulag », c’était d’abord cet archipel de quelques îles dans la Mer blanche.

Quelques fois ses visions, ses descriptions prendront une allure apocalyptique, comme par exemple quand il parle de ce fléau qu’est l’alcoolisme ou les désastres écologiques… D’un coup l’animal humain n’est pas loin, purement historique, mais tout proche. Et pourtant… Qui connaît la Russie comme Wilk s’y laissait prendre, y discerne une force d’attraction qui peut dérouter dans son étrangeté ; mais qui ne nous lâche plus.

C’est un livre très varié de par ses sujets, idées, analyses, impressions évoqués, qui pourra donner des nouveaux perspectives à chaque russophile ancien et nouveau sur ce pays fascinant. Ayant été moi-même infecté par ce virus de l’amour pour ce pays, et ayant visité avec bonheur et respect cet archipel proche du Cercle polaire, je trouve dans les pages de Wilk mes impressions confirmées et nourries. Dans CE genre précis, avec cette lucidité et cet amour pour la Russie, j’ai rien trouvé de comparable.

Entre-temps Wilk est en train de se confirmer comme un explorateur/voyageur dans la meilleure tradition…

Il faut dire que les éditions « Noir sur blanc » ont eu une main magnifique en nous présentant Mariusz Wilk !


mots-clés : #campsconcentration #voyage #insularite
par tom léo
le Mar 8 Aoû - 7:48
 
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Sujet: Mariusz Wilk
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Philippe Lançon

Tag insularite sur Des Choses à lire 41axar10

Les Îles


"J'avais passé une partie exagérée de ma vie à juger les autres. C'était une manière efficace de ne pas les comprendre, de ne pas m'oublier en m' échauffant  ; il était temps de nous laisser, eux et moi, à la liberté et au silence du récit."

Mais ce récit s'il est forcément, puisque décidé, en liberté, celle de l' écrivain et celle de l'homme, son silence raisonne de nombreuses voix, la sienne et celles des personnages qu'il côtoie au gré de sa vie et des nombreuses digressions qui la jalonnent. Car sa vie ne semble faite que de digressions  (au temps, aux lieux, aux sentiments, aux amours,  à la mémoire) : apport ou prélèvement ? les deux certainement.

Il a donc besoin de consolation et ce rôle sera celui de Cuba, l'île que le lecteur découvre au travers des personnages qui y vivent ou la visitent pour le meilleur ou le pire.

L'auteur nous amènera en voyage à Hong-Kong où il a séjourné à plusieurs reprises et qui est  l'île de l'enchantement et pourtant j'ai le sentiment qu'il préfère se consoler à Cuba ; à force de digressions il ne reconnait plus sa vie, s'il l'a jamais connue ? ses amies le trouvaient d'ailleurs immature.

Les îles dans ce récit sont décors, la pièce se joue sur la scène de la vie, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie...........

L'auteur s'est perdu souvent dans et par amour, mais s'est récupéré dans les amitiés, féminines tout spécialement.



La plume est affûtée, elle fait parfois des pâtés (certains détails de ses joutes sexuelles, inutiles à mon sens) les mots bien pesés, sans empathie toutefois (il n'aime pas cette qualité vulgarisée) donc je n'en userais pas avec lui, mais je lui accorde mon intérêt.


C'était tout de même une bonne lecture, et j’ai apprécié particulièrement les portraits des femmes

Ainsi que le personnage de « Rimbaud ».


(message récupéré)


mots-clés : #biographie #insularite #pathologie
par Bédoulène
le Dim 2 Avr - 11:21
 
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Sujet: Philippe Lançon
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Erik Orsenna

Deux étés.

Tag insularite sur Des Choses à lire Images47

Heureux les enfants élevés dans l'amour d’une île. Ils y apprennent au plus vite certaines pratiques utiles pour la suite de l'existence : l’imagination, la solitude, la liberté, voire une certaine insolence vis-à-vis de la terre ferme ; et guetter l'horizon, naviguer à la voile, apprendre à partir…
Notre île.


Une île de Bretagne comme toutes les îles de Bretagne, avec ses maisons d e familles, où l’on revient annuellement se ressourcer, investi d’un sentiment d’appartenance, avec ses plages, ses bateaux, ses amours de vacances, ses parties de Monopoly. Là, débarque un traducteur, avec ses chats et sa machine à écrire, son souhait de ne pas trahir les auteurs qui cache un réel plaisir à flemmarder. Quand il doit traduire Ada, de Nabokov, , toute l’île va lâcher ses paniers à crevettes pour participer à l’effort de dompter la langue, de montrer à l’éditeur parisien de quel bois on se chauffe sur  cette fameuse île.

C’est un livre absolument délicieux. Charmant, délicat, plein de tendresse pour les vacances en famille, de moquerie drôle pour Nabokov qui joue les stars, d’humour facétieux. C’est un petit régal, un bel hommage à l’amitié, aux vacances, à la langue, aux livres et aux mots. On sent Orsenna se régaler à nous raconter tout cela, et une histoire n’est jamais aussi bien racontée que quand l'auteur se régale

Mais, deux pages plus loin, après les inévitables présentations généalogiques qui font ressembler les romans à des femmes boutonnées du col jusqu'aux chevilles, tant vous ronge l'impatience d'arriver au fait, l'auteur s'envolait, ricochait d'image en image, picorait les souvenirs


(commentaire récupéré)


mots-clés : #insularite
par topocl
le Lun 20 Mar - 18:23
 
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Sujet: Erik Orsenna
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Erik Orsenna

"En 1995, Érik Orsenna part sur les traces de ses ancêtres cubains. Bernard Matussière, photographe, l’accompagne. Ensemble, ils découvrent les vestiges d’un eldorado aussi désuet que délicieux. À Cuba, ils rencontrent Alvaro, ancien guide de la Révolution, Félix Savón, boxeur à la renommée mondiale, ou encore Teresa, monitrice de plongée désillusionnée... Vive le peuple cubain ! Quelle malédiction a frappé cette île dont Fidel Castro voulait faire un paradis et qui a fasciné Sartre, Beauvoir et même Hemingway ?

Érik Orsenna est écrivain. Ses voyages tiennent une place essentielle dans sa vie et dans son œuvre. Il est notamment l’auteur de L’Exposition coloniale (prix Goncourt), Madame Bâ et Mali, ô Mali. Il a été élu à l’Académie française en 1998.

Bernard Matussière est photographe. Il est aujourd’hui reporter et sillonne le monde pour La Chaîne de l’espoir, une ONG de chirurgiens.

« Brillant, coloré, drôle, mais à l’écoute d’un peuple trahi, ce reportage illustré est un modèle du genre. »

L’Express"
source
Tag insularite sur Des Choses à lire 419weg10

A propos de «Mésaventures du Paradis, mélodie cubaine» :

D’Orsenna je n’avais rien lu, jusqu’à ce jour, je connaissais le personnage comme homme de télé et comme tout un chacun pour son emploi auprès de Mitterand. Son livre m’a interpellé, l’occasion de savoir ce qu’un descendant de cubains avait pu ressentir au cours de son voyage sur les traces de ses ancêtres. D’ancêtre, il s’agit de Gabriel, le père d’Augustino né en 1875, marié à une Havanaise. Gabriel était papetier (tiens, tiens ..?)et surtout, surtout, excusez moi de causer crûement, un frénétique «queutard» comme en parle un descendant de témoin qualifié de «la momie» :

«Les jambes lyonnaises, à peine débarquées, se sont mises à obéir au doigt de votre aïeul. A son doigt d’en bas. L’île a l’habitude. Depuis le XV° siècle, elle en a reçu, des frénétiques ! Mais, comme lui, rarement. Il n’arrêtait pas. Des femmes, encore des femmes ! La nuit, comme tout le monde, mais le matin, l’après-midi, au beau milieu d’une phrase, il s’enfuyait entre deux pages d’un contrat…»

Qui peut lui jeter la pierre lorsque l’on connaît la beauté des cubaines..? C’est ainsi que Erik Orsenna s’est retrouvé sur la piste de «très nombreux» cousins cubains, alors qu’il s’attendait à une lignée il se retrouvait avec des «cousins» pour lesquels il se pose la question :

«Peut on appeler «cousins des êtres humains nés d’une seule copulation..?»

Ainsi il rencontre Alvaro, Guide de la Révolution, l’occasion  de retrouver la grande histoire, celle de la Révolution Cubaine et surtout de la venue à La Havane de Sartre et Simone de Beauvoir, Alvaro fut leur chauffeur et le témoin  de leur rencontre avec le Che, mais là je n’en dirai pas plus…

Juste un voyage dans le temps des illusions...ponctué par des pannes d’électricité...(l’occasion de lire : «Ouragan sur le sucre» de Sartre..?)
Et ces questions de la foule au passage de Fidel :"Fidel, notre truie est stérile ; Fidel, comment faire quand un toit fuit..?  Fidel, est-ce socialiste, une femme infidèle..?»
Et Erik continue avec une cousine plongeuse, l’occasion de se poser des questions sur les lieux de pêche d’Hemingway et où se trouve la vraie marina..? personnellement j’y ai déjà répondu sur le fil «La Havane».
Puis c’est au tour du Pilote du Port dont le bateau est à quai, éternellement envasé dans le bloquéo, l’occasion de parler de la Santeria.
Puis la cousine, patronne d’un Paladar illégal, où Erik Orsenna redevient «touriste» (ce que tout étranger sera toujours aux yeux des cubains, un peu comme les corses des caraïbes).

Ce livre, enfin, est une plongée au coeur du Cuba que les années qui viennent feront oublier, est-ce un bien, est ce un mal, personnellement c’est le Cuba qui me manque, bien que ce soit aussi le Cuba de la souffrance pour ses habitants, le Cuba qui vous donne mauvaise conscience et qui m’a fait partir, car il y a un moment où voir souffrir les autres sa ns ne pouvoir rien faire devient intolérable, enfin, lorsque l’on réfléchit un minimum.D’où cette question sur le titre : «Mésaventures du Paradis» ou «Mésaventures de l’Enfer»..?
Je reprendrai bien de cet Orsenna aficionado de Alejo Carpenter et du Partage des Eaux comme il le dit lui-même.

(commentaires rapatriés)


mots-clés : #famille #insularite
par Chamaco
le Lun 20 Mar - 17:52
 
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Sujet: Erik Orsenna
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Vassili Golovanov

Tag insularite sur Des Choses à lire Captur21

ELOGE DES VOYAGES INSENSES

A l'extrême nord de la Russie, dans la mer de Barents, il est une île « presque ronde ; légèrement relevée sur les côtés comme une pièce de monnaie ancienne et usée. Verte : relief de plaine. Et aussi, quelques rivières, quelques lacs, des collines. D'étranges étendues de sable... » Cet âpre bout de terre émergée, tout près du pôle, c'est Kolgouev, où survivent, livrés à la pauvreté, dans un village crasseux, quelques centaines d'habitants, descendants des Nenets, éleveurs de rennes. Avant de débarquer à Kolgouev, au début des années 90, le journaliste et écrivain russe Vassili Golovanov en avait longtemps rêvé - rêvé d'une île, quelle qu'elle soit, où qu'elle soit, pourvu qu'elle soit le support de son besoin de mystère et d'enfance, pourvu qu'elle lui soit une échappatoire à une vie insatisfaite, un mariage en miettes, un dégoût général, un début de folie peut-être. « C'est l'idée de l'île que j'ai aimée, bien avant d'y mettre le pied », confesse Golovanov, qui y est bel et bien allé, plusieurs fois et, de ces séjours austères aux confins oubliés de la Russie postsoviétique, a nourri cet ouvrage d'un lyrisme sans mesure. Un Eloge des voyages insensés, insensé lui-même, tant il brasse d'informations, de réflexions et de descriptions. Tout ensemble autofiction, récit de voyage très physique, méditation exaltée sur la place de l'homme dans la nature et le monde, le sens de la vie de l'individu, la destinée collective des peuples..., ce gros livre baroque semble avancer sans fil directeur, mais jamais ne s'égare. Il digresse du côté de la mythologie et de l'histoire, il est secoué parfois d'accès de fièvre, mais sait s'arrêter longuement devant d'admirables paysages septentrionaux, déclinant dans l'air sec et transparent toutes les nuances du gris, du vert, du blanc.


Verdier

Nathalie Crom, Télérama

J' ai lu ce livre il y a près de dix ans mais j' en ai gardé un grand souvenir.
Entre fiction et reportage. Philosophie et onirisme.
Un livre inclassable mais superbe. B



mots-clés : #insularite #voyage
par bix_229
le Ven 24 Fév - 16:54
 
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Sujet: Vassili Golovanov
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David Vann

Sukkwan island

Tag insularite sur Des Choses à lire Tylych33

Commentaire écrit dans le cadre d'une relecture. Toujours ébloui par la justesse des descriptions de David Vann, que cela soit en termes de paysages ou de sentiments. Il existe une palette de nuances, d'émotions si variées que nous sommes réellement plongés dans la complexité de l'être humain, de son ontologie, mais également de son existence au sein d'une nature mystérieuse.
Style parfois lapidaire, parfois plus construit, la simplicité des mots et de la syntaxe donne plus de force au propos et au récit.
j'ai été choqué et vulnérable au cours de cette lecture l'enfant en moi s'identifiant au fils, le père que je suis s'identifiant au père également. Il fut traduit un procès en crédibilité et en réalisme à l'encontre  de ce livre te de cet auteur. Ayant vécu par le passé des conflits et des relations tragiques avec un pathos au sens propre du terme je ne peux qu'être personnellement convaincu par cette histoire et par sa tenue, sa cohérence. Un livre qui me marqua et me marque toujours.


mots-clés : #famille #insularite
par Hanta
le Jeu 9 Fév - 14:45
 
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Sujet: David Vann
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LIM Chul-Wo

Tag insularite sur Des Choses à lire 41uync10

Je veux aller dans cette île

De sa morne cité de banlieue, un homme regarde les étoiles. Elles lui rappellent les légendes que sa grand-mère lui racontait autrefois, et de fil en aiguille, c'est toute son enfance, passée avec elle sur une île, qui lui revient en mémoire.
Le roman est constitué d'une suite de récits ayant pour protagonistes les différents personnages qui ont marqué sa jeunesse. La vie est rude : les hommes sont pauvres, les terres rares et peu fertiles, la pêche n'est en rien miraculeuse. Les femmes sont souvent battues, les filles sont délaissées sciemment au détriment des garçons, infiniment plus précieux. Les infirmes et les simples d'esprit sont moqués. Et puis, les rumeurs et autres ragots vont bon train, gare à celle qui aura le regard un peu trop aguicheur et la cuisse un peu trop légère !
A priori donc, aucune raison d'être nostalgique de cette vie.
Et pourtant… Il règne là une atmosphère bien particulière, faite de prises de bec mémorables suivies de réconciliations rieuses, de moments de pure amitié, de belles preuves de solidarité. Ici tout le monde se connaît, et les lieux sont si exigus que la vie de chacun se déroule sous les yeux des autres. Ce qui ne se fait pas sans heurts, ni sans amour... L'auteur, aussi lucide que tendre et malicieux, ressuscite sous nos yeux ce microcosme îlien, pour notre plus grand bonheur.

La traductrice s'est retrouvée face à un défi de taille : traduire en français le dialecte parlé dans cette région de Corée. Dans la préface, on nous explique qu'elle s'est inspirée du travail du traducteur de Camillieri et je dois dire que bien lui en a pris : ces dialogues sont tellement vivants qu'on s'y croirait. Là où j'avoue avoir eu plus de mal, c'est avec le choix de retranscrire systématiquement "de" par "eud", à la "picarde". Ce parti pris m'a gênée, pour moi il alourdit inutilement le récit, déjà chargé de tournures syntaxiques inhabituelles, et au début, j'ai peiné sur certaines phrases.

« Fi !  Tu crois que je connas mâme pas ça ! Tu me prends vraiment pour une idiote, ou quoi ! Le matin du 15 du mois, après qu'on s'a lavée proprement, il suffit d'aller devant le pavillon Tang, eud se prosterner devant Grand-Mère Tang et eud lui demander : « Grand-Mère, donnez-moi seulement un beau bébé. » Tu sas mâme pas ça ? Uhihi !

Heureusement, très vite, tout s'est mis à couler de source, et ce bémol mis à part, j'ai été conquise par la fluidité et la cohérence de l'ensemble.
Seul les dialogues sont retranscrits en patois. Le reste du récit respecte le langage d'un narrateur désormais citadin et débarrassé de son dialecte natal. Mais son style n'en reste pas moins vivant et imagé, alerte, et terriblement authentique.

La mère Opsun était une pauvre femme. Pour ce qui était du bonheur, elle ne devait pas être née avec seulement autant que la petite queue d'un cochon. Elle vivait tellement accablée de larmes et de soupirs que même des gosses comme moi en éprouvaient de la pitié.
(…)
Vraiment, les rossées du père Nam étaient terrifiantes. On avait du mal à croire que la mère Opsun pouvait encore respirer après avoir reçu tant de coups, au point d'être  aplatie comme un gâteau de riz.  Pas un seul jour le corps de la mère ne fut épargné. Décharné comme celui d'un fantôme, il était abîmé autant qu'il pouvait l'être. Même quand elle marchait, c'était le dos voûté. Et c'était la terreur qui dominait toujours dans son regard à moitié perdu.


Et puis, quelle heureuse idée que d'avoir conservé les onomatopées coréennes qui ponctuent le récit ! Cela contribue vraiment à plonger le lecteur dans l'ambiance. Encore une fois, on s'y croirait...

Et si les gens ne s'étaient pas jetés sur lui pour le retenir, la mère Nopto serait certainement morte sous les coups. Pourtant, elle ne poussa pas un seul cri de douleur, kkik et, comme un merlan jaune séché, p'ok p'ok, elle subit la rossée. En la voyant, les femmes du village trépignaient, tongtong, de colère et les hommes secouaient la tête en se disant que c'était une femme vraiment forte.

Je ressors conquise de cette lecture. La nostalgie et la tendresse du narrateur pour ces êtres imparfaits mais ô combien humains transparaît à chaque ligne, le portrait qu'il fait d'eux est à la fois juste, plein d'humour, et terriblement touchant. Vraiment, je me suis régalée.

(Ancien commentaire remanié)

PS : Maintenant, topocl, tu peux le dézinguer ! Tag insularite sur Des Choses à lire 1390083676


mots-clés : #insularite #nostalgie
par Armor
le Dim 29 Jan - 11:17
 
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Sujet: LIM Chul-Wo
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Franco Vegliani

Tag insularite sur Des Choses à lire 41mhuf10

La frontière

En repos sur l’ile Dalmate un sous-officier de l’Armée Italienne (en 1941) sympathise avec un vieil homme Simeone qui se trouve être un parent éloigné car la famille de notre sous-officier était native de l’ile et lui-même y a passé ses vacances d’enfance. Cette rencontre et l’histoire d’un autre sous-officier de l’empire Austro-Hongrois, Emidio, que lui confit Simeone intrigue, puis passionne le soldat Italien.

À 20 ans d’intervalle des interrogations, des doutes similaires assaillent les deux sous-officiers engagés dans les deux guerres mondiales dans cette région de Croatie et d’Istrie.
Le destin de la Dalmatie, dont la frontière » mouvante » au gré des possesseurs, des « maîtres » comme les appelle le vieux Simeone , contraint celui des habitants et plus sûrement des soldats engagés dans la guerre. Aussi c’est dans l’âme de ces deux soldats que la frontière est la plus difficile à franchir, de la raison ou du cœur , quel choix engagera leur destin ; quelle sera leur Patrie ?

Un récit maîtrisé qui pose la question du choix qui détermine un destin ; l’auteur ne porte aucun jugement si ce n’est celui auquel se condamne eux-mêmes les personnages. Un sujet intéressant, honnêtement exprimé. Une très bonne lecture.
   
extraits

«En vertu de l'éducation qu'il avait reçu dans sa famille, m'avait expliqué Simeone, Emidio était croyant, sincèrement croyant, mais sans la moindre ferveur. Une foi tranquille, reposante, selon l'expression du vieil homme, capable de procurer une certaine paix de l'esprit, sans imposer de devoirs trop coûteux, ni soulever d'épineux problème. Bref la foi que lui avait inculquée sa mère lorsqu'il était enfant et que, précisément parce que lénifiante, si rassurante et si peu porteuses de grands engagements, il ne s'était jamais soucié de réexaminer.»

«L'orgueil national était précisément la justification dont je ne voulais pas entendre parler. Et je ne voulais pas en entendre parler car c'était la première, la plus facile, la plus naturelle qui me fût venue à l'esprit. Quel autre sentiment, sinon, pouvait bien avoir armé la main de ces hommes, les poussant à tirer et à tuer, sans ordre exprès, d'autres hommes qu'ils n'avaiet jamais vus ?»

«C'était donc bien cela : l'orgueil national mortifié, humilié par notre victoire, par la supériorité de nos armes, qui maintenant relevait la tête et se révoltait ainsi.»

«Cette embuscade ne pouvait que se parer en moi, j'allais dire malgré moi, d'une lumière éclatante, d'une sombre mais indéniable noblesse, d'une aura romantique au charme de laquelle, en dépit de tous mes efforts, je ne parvenais pas à me soustraire.»

«En effet, si, sans le vouloir, en agissant simplement selon sa raison, sa conscience et peut-être aussi, mais de façon plus secrète et moins apparente, son intérêt, le soldat slovène avait révélé à Emidio un aspect insoupçonné et même nié, refoulé de l'idéal patriotique et de la soumission au devoir, combien différent de tout ce qu'on lui avait enseigné, Melania avait fait de même pour ce qui était de l'amour.»


mots-clés : #deuxiemeguerre #insularite
par Bédoulène
le Sam 7 Jan - 10:57
 
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Sujet: Franco Vegliani
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Henning Mankell

Les chaussures italiennes

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Depuis douze ans, Fredrik Wellin vit sur une île suédoise, dans la maison qui appartenait autrefois à ses grands-parents, perdu au milieu de la glace et de la neige. Son seul contact avec le monde extérieur est le facteur, qui vient trois fois par semaine dans son hydravion, n'apportant jamais aucun courrier. Pour cet ancien chirurgien, cet isolement glacé est sa protection face à la vie qu'il a voulu fuir, parce qu'il y a douze ans justement, une catastrophe est survenue. Il observe les oiseaux, nourrit son chat et son chien, note d’anodins petits faits quotidiens dans son journal, et la vie passe ainsi… Au moins elle ne risque pas de le blesser.

 
 Dans les villes, on ne voit plus les étoiles, c'est pour ça que j'habite ici. Quand j'étais en ville, le silence me manquait, mais plus encore la lumière des étoiles. Je ne comprends pas comment personne ne s'aperçoit que nous avons dans ce pays des ressources naturelles fantastiques qui n’attendent que d'être exploitées. Qui vend le silence comme on vend le bois ou le fer ?
   Je comprenais ce qu'elle voulait dire. Pour beaucoup de gens, le silence, la nuit étoilée, peut-être aussi la solitude n'étaient plus des biens accessibles. J’ai pensé que Louise me ressemblait peut-être, malgré tout.



Mais Hariett, un amour de jeunesse qu'il avait autrefois abandonnée dans des circonstances pas très flatteuses pour lui, vient le sortir de sa retraite paresseuse. Il va lui falloir se confronter au monde, à la réalité, aux émotions qui font que la vie est à la fois heureuse et douloureuse,. Elle est sacrément décidée, Hariett, malgré son cancer en phase terminale et son déambulateur…

Ce retour au monde l'amène à des rencontres. Des femmes (sur lesquelles je ne dirai pas plus), qui contrairement à lui, ont choisi leur destin, ont trouvé à se protéger autrement que dans le retrait.


   « - Pourquoi n'y a-t-il personne de normal ici ? Pourquoi tous les gens sont-ils si étranges ? (…)
   - Il n'y a pas de gens normaux. C'est une fausse image du monde, une idée que les politiques veulent nous faire avaler. L’idée que nous ferions partie d'une masse infinie de gens ordinaires, qui n'ont ni la possibilité ni la volonté d'affirmer leur différence. Le citoyen lambda, l'homme de la rue, tout ça - c'est du flan. Ca n' existe pas. C'est juste une excuse que se donnent nos dirigeants pour nous mépriser. »


Il apprend qu'on peut exister sans fuir la responsabilité et les sentiments. Quoique fasciné par ce qu'il rencontre, il adopte une fois de plus sa technique favorite de la fuite, pour se retrouver à nouveau seul, isolé dans son île, décontenancé, mais tenté cette fois-ci par le monde extérieur

   « Comment j'allais me débrouiller avec ma vie, après tout ce qui s'était passé, je n'en avais aucune idée.
   Là, tout à coup, sur la jetée, j'ai fondu en larmes. Chacune de mes portes intérieures battait au vent, et ce vent, me semblait-il ne cessait de gagner en puissance. »

Et ce monde auquel il s’est confronté le rattrape peu à peu, des liens se tissent, douloureux ou réconfortants, mais au moins des liens sont là, des chemins se présentent, des décisions sont à prendre. Il est confronté à la vie, à la souffrance et à la mort, c'est peut-être douloureux mais il redevient maître de ses choix.

   « J'ai vu ma vie.
   J'étais parvenu à ce point de l'existence. Il restait peut-être un ou deux carrefours en perspective, mais pas beaucoup plus. Et pas beaucoup de temps. »


Les personnages de Henning Mankell refusent tous notre monde moderne et violent, chacun à sa façon. Fredrik n'est pas le plus adroit, ni le plus sympathique, c'est un perdant, un rustre déboussolé, auquel les femmes ouvrent peu à peu les yeux. Ce livre nous parle de lâcheté, du pardon, de la solitude et de la mort. D’un certain cheminement que l'on peut faire pour se réconcilier avec soi-même, sans pour autant devenir un héros et trouver des solutions à tout. Pas forcément trouver la paix, mais souffrir un peu moins, s’ouvrir à l'autre. La nature sauvage est un refuge, une nourriture pour l’homme égaré. Fredrik a trouvé ce bout du monde perdu dans les glaces, cette maison de l'enfance qu’il croyait être un rempart face a ses propres vérités. Il a bien failli se perdre lui-même ; les femmes déterminées qu'il rencontre lui montreront qu’un rapprochement est possible avec lui-même et les autres. Malgré les erreurs, malgré la douleur de vivre parfois, il faut savoir accueillir des émotions autres que celles du vent qui passe. La vie reste une impasse mais on aura su la rendre plus légère.

Les chaussures italiennes est le roman d'éducation d'un homme adulte, qui a failli, s'est puni lui-même, mais va entrer dans la vieillesse après que des femmes l’aient non pas sauvé, mais apaisé.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #insularite #nature #psychologique
par topocl
le Ven 30 Déc - 10:53
 
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Sujet: Henning Mankell
Réponses: 28
Vues: 1786

J.Maarten Troost

J. Maarten Troost
Né en 1969

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J. Maarten Troots est né en 1969, aux Pays-Bas. Il voyage pour rendre visite à son grand père à Prague, puis sa famille déménage au Canada et aux États-Unis où il poursuit des études dans le domaine des relations internationales.  Partagé entre les États-Unis et le Vieux Continent où habite son père, il explore l’est de l’Europe, de la Pologne à la Turquie.

Il a écrit des essais pour l’Atlantic Monthly, le Washington Post et pour le Prague Post alors qu’il était étudiant. Après plusieurs petits boulots décevants, le voyage lui paraît la meilleure alternative à un travail qu’il considère comme ennuyeux et une vie un peu trop tranquille. C’est ainsi qu’à 26 ans, il prend la décision de suivre sa femme à Kiribati, une petite île du Pacifique Sud où il passera deux ans. De cette expérience, il tire un premier roman, Sex life of the Cannibals (2004) (La vie sexuelle des cannibales).

Après ses deux ans passés dans les Kiribati, à son retour aux États-Unis, il a été engagé comme consultant par la Banque mondiale.  Après avoir passé plusieurs années aux îles Fidji, il est revenu vivre assez récemment aux États-Unis, où il s’est installé en Californie avec sa femme et son fils.


Ouvrage traduit en français :

La vie sexuelle des cannibales

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Tag insularite sur Des Choses à lire 41yu2210

La vie sexuelle des cannibales

Paru dans la Collection "Etonnants voyageurs"....parfaite pour le récit de cette aventure ....

J.Maarten Troost est un journaliste, entre autres. Il a passé deux années dans les Kiribati :

«Les Kiribati se trouvent à cheval sur l'équateur et sur l'antiméridien 180 °, à la fois en Polynésie et en Micronésie, au sud des îles Marshall et de Hawaii et au nord des Tuvalu, des Samoa, des îles Cook et de la Polynésie française.

Les Kiribati sont constituées par trois archipels principaux, comprenant en tout 32 atolls et une « île haute », Banaba, située un peu à l'écart, plus proche de Nauru.»


Il en a tiré un livre très drôle. Sa compagne Sylvia et lui-même fatigués de leur vie à Washington, décident de tenter l'aventure dans ce petit archipel où Sylvia a décroché un job, directrice locale de la Fondation pour les peuples pour le Pacifique sud. Enfin, la vraie vie les attend ! La mer, les couchers de soleil, les cocotiers, etc. En fait : chaleur intense, mer polluée (servant apparemment de toilettes publiques), poissons toxiques, peu ou pas de produits frais... électricité par intermittence...voisins pour le moins (très) curieux... etc. Bref, les aventures quotidiennes relatées par J. Maarten qui, lui, ne travaille pas sur place mais est en quelque sorte un homme au foyer (!) sont très amusantes. Un bon moment de lecture. Evidemment, le titre alléchant du livre, n'a rien à voir avec le contenu de celui-ci  Laughing


mots-clés : #humour #insularite #voyage
par simla
le Mer 28 Déc - 5:45
 
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Sujet: J.Maarten Troost
Réponses: 0
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Monika Fagerholm

La fille américaine

Tag insularite sur Des Choses à lire 41ja0u10

Un roman qui sort de l'ordinaire, dérangeant et envoûtant. Nous sommes au sein d'une petite communauté de familles qui vivent sur une presqu'île à quelques kilomètres d'Helsinki. La vie des enfants s’organise par petits groupes, très intimement soudés, qui vont être perturbés à l'occasion de la mort de la « fille américaine », noyée sur la plage commune. Les adultes sont des personnages lointains l'étranger. Désespoirs intenses, conciliabules secrets, recherche désespérée d’explications, complots adolescents… La vie de chacun va être marquée pour des décennies.

L'histoire en elle-même est très étrange, faite d’alliances indissolubles, de secrets insondables, d’amours innocentes ou moins innocentes. Le désespoir, la solitude et la solidarité de l'adolescence sont parmi les ingrédients forts de ce roman. Ce qui est encore plus étrange, c'est le style très particulier de Monica Fagerholm, haletant, envoûtant, fait de retours en arrière, d’ incursions dans l'avenir, de répétitions incantatoires… Qui laisse planer un mystère et une tension tout au long du livre. Très difficile à décrire, tout à fait à part, ce livre peut tout aussi bien fasciner que rebuter. Il faut accepter de ne pas toujours tout comprendre, mais ce livre laissera en moi une empreinte durable.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #initiatique #insularite
par topocl
le Lun 26 Déc - 15:39
 
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Sujet: Monika Fagerholm
Réponses: 1
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Robert Louis Stevenson

Tag insularite sur Des Choses à lire Falesa10

CEUX DE FALESA

Je connais Stevenson depuis l'enfance et j'ai lu et relu l'Ile au trésor avec beaucoup de plaisir.
J'ai lu ensuite des nouvelles, dont le superbe Ollala, Un mort encombrant, Le voyage en âne dans les Cévennes.
Docteur Jekyll et Mr Hyde m' a paru plutôt caricatural. Mais j'ai beaucoup apprécié ses récits de voyage en Amérique : Sur la route de Silverado.
Même si Stevenson n' avait écrit que cela, il aurait déjà beaucoup apporté, tant son style est fluide et nouveau.
Et enfin j' ai lu -et relu- Le Maitre de Ballantrae qui est un chef d' oeuvre d' ambiguité et de fascination.

Et ces jours-çi, Ceux de Falesa.

On sait que Stevenson est allé vivre aux Iles Samoa et son regard sur ces îles est étonnamment neuf. Ces îles étaient déjà ravagées par le colonialisme, l'aculturation et le trafic de copra, et Stevenson jette un coup d' oeil étonnament empathique sur leur population.

Le narrateur du livre est un traficant de copra et il a tous les préjugés et défauts du métier : cynique, brutal, cruel. Il change peu à peu sous l'influence d' une femme, une indigène, qu'il "épouse" fictivement d' abord, puis réellement. Ses sentiments changent, son regard sur les indigènes, leur culture aussi.
Je ne raconterai pas ce roman étonnant qui recèle un mélange de subtilité, de mystère et de violence qui en font un livre vraiment beau et nouveau.

Mais il faut dire un mot sur l'histoire du livre. Stevenson n'a pu voir de son vivant son livre publié. Le manuscrit provoqua un véritable scandale chez ceux qu' il pensait être ses amis. L'histoire du "mariage", mais aussi le fait qu' un blanc vivait maritalement avec une indigène et s'en trouvait bien. Et parvenait même a avoir une opinion sans trop de préjugés sur la société où il vivait. Etc.
Bref, le manuscrit fut sabré, censuré, retouché et publié de façon immonde sans que Stevenson puisse intervenir.
Michel Le Bris aime beaucoup Stevenson, et s'est livré à un travail d'archives considérable pour publier un manuscrit complet et digne de ce nom, ce qui n'a pas encore été fait en Angleterre, du moins en 1994 quand il a fait éditer le manuscrit.

Ceux de Falesa. - La Table ronde. Coll. La petite Vermillon


mots-clés : #insularite #minoriteethnique

par bix_229
le Sam 24 Déc - 17:02
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Robert Louis Stevenson
Réponses: 35
Vues: 1415

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