Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Jeu 22 Aoû - 23:34

19 résultats trouvés pour medecine

François Bégaudeau

Le moindre mal

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Ce livre s’inscrit dans le cadre de la collection Raconter la vie, initiée par Pierre Rosanvallon et Pauline Peretz, pour donner la parole aux « invisibles », et, notamment, raconter le travail.

Ici, François Bégaudeau prête sa plume à Isabelle, une infirmière.
Après avoir situé la filiation qui l’a menée à ce choix, il quitte la petite histoire pour un récit très factuel, direct, s’effaçant derrière un style volontairement non travaillé, pour raconter les années et les jours de son « héroïne ».
Trois thèmes principaux : la formation, la politique hospitalière de non remplacement du personnel, puis, pour finir, minute par minute, heure apr heure, fait par fait, une journée de travail ordinaire dans le service de chirurgie générale.


Ce n’est pas Bégaudeau pour rien, il y a des pages militantes contre les politiques économiques drastiques en matière de santé, et des médecins forcément beaucoup moins sympas que les infirmières.


Mais globalement, cette course -poursuite de la journée infirmière m’a plutôt séduite. Cet enchaînement d’événements sans pathos, sans le temps de reprendre son souffle ou d’y mettre trop d’émotion, avec sa diversité technique donne parfaitement l’image de ce métier plus technique qu’il n’y paraît, où les exigences  de performance Imposent une efficacité qui malheureusement ne laisse guère place au doute, aux questionnements, aux épanchements.



mots-clés : #medecine #mondedutravail #temoignage
par topocl
le Ven 15 Mar - 20:38
 
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Sujet: François Bégaudeau
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Marie Chaix

Les silences ou la vie d’une femme

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Pendant six semaines, Maris Chaix visite sa mère dans le coma, lui souhaitant une mort douce alors que l’équipe hospitalière lutte pour la ramener coûte que coûte à la vie. Les souvenirs remontent, l’histoire de cette femme qui a été petite fille, jeune fille, jeune épouse brièvement comblée, femme au foyer amoureuse soumise aux dictats de cet homme impatient, collaborationiste puis emprisonné pour cela, cette mère comblée pleinement nourrie par sa descendance, cette femme encore jeune clouée au fauteuil par un accident vasculaire, et maintenant, cette douce forme vieillissante, inerte, qui respire encore.

C’est un très beau portrait de femme, de son rapport avec sa fille Marie, un portrait des attentes, souvent déçues, de la soumission où entre un certain choix, lesquelles n’empêchent pas une obstination à mener sa barque. Marie Chaix a un style très inspiré, elle est sensible aux ambiances, aux couleurs, aux odeurs, aux cocasseries. Elle nous livre ici un livre des plus touchants, plein d ‘une grande tendresse, qui lui permet de laisser tomber la colère. Un livre- hommage à cette mère qui a eu un parcours en contradiction totale avec les choix ultérieurs de sa fille , laquelle lui conserve pourtant son amour, sa fidélité  et son respect.

Il y a des pages très fortes sur la mémoire/présence des morts et les cimetières, Marie, j'ai pensé à toi.

Mots-clés : #amour #conditionfeminine #medecine #mort #portrait #relationenfantparent
par topocl
le Ven 8 Fév - 16:42
 
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Sujet: Marie Chaix
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Philippe Lançon

Le lambeau

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Je ne vivais ni le temps perdu, ni le temps retrouvé ; je vivais le temps interrompu.


Le lambeau est la version de Philippe Lançon sur un événement qui a  bouleversé sa vie, après avoir bouleversé toute une nation. La part intime de cet événement après lequel rien n’a plus été pareil : l’attentat de Charlie Hebdo où, si la France et le monde y ont perdu une naïveté, une légèreté,  Philippe Lançon a perdu ses amis, son visage et ses dernières illusions : il s’est perdu lui-même, « un événement qui, dans ma propre vie, mettait le reste entre parenthèses »

C’est une année de reconstruction, entre humilité et obstination, par un homme qui n'a pas pu parler ni manger pendant des mois.  Il s'y réinvente dans une prose qui est très loin d’être journalistique, mais au contraire profonde, brillante, littéraire pour tout dire.  Philippe Lançon n'a aucun souci de de l’universel (il n’y entre même pas): pas de revanche, pas de haine, pas de réflexion convenu sur le fanatisme…. dans une attitude qu’il ne juge même pas utile de justifier:le propos n’est pas là.

Alors n’est-ce pas se regarder le nombril que de ne parler que de soi, de reconstituer au jour le jour, détail après détail, sans en lâcher aucun,  une lutte certes admirable mais ô combien personnelle ? Certains penseront cela. Pour ma part j’y ai surtout vu un partage dans une complète sincérité - qui n’empêche pas les jardins secrets. Voilà ce que c’est d'être un homme, cet homme-là, en lutte tel qu’il est, et est devenu, dans ses faiblesses et dans ses forces, tel qu’il nous le relate dans une impudique pudeur. Car ce livre à lui seul est un oxymore géant, une perpétuelle mise en confrontation de la nuance et de la subtilité, du sérieux et de l’humour, de l’homme et de l’enfant, de l’intellectuel virulent et du patient désarmé, du sachant et de l'ingénu.

C’est aussi un magnifique hommage à ceux qui l’ont aidé : les amis, la famille (dans une recomposition circonstancielle), bien sûr : les toujours-là et toujours-prêts. Mais aussi  les soignants, menés par Chloé, la chirurgienne charismatique, auprès desquels il a trouvé non seulement une technicité hors pair, mais aussi un nid protecteur et stimulant où se ressourcer, constituant pour lui une sorte de balai de dieux et de héros. Et les policiers qui l’ont sécurisé 24 heures sur 24, tout à la fois d’agresseurs potentiels que de ses visions de reviviscence terrorisantes (oui il le reconnaît lui-même un journaliste de Hara-kiri qui remercie ceux qu’il n’appelle plus des flics, c’est assez savoureux). Et puis, aussi Proust dont il lit et relit la mort de la grand-mère, Kafka écrivant à Milena, La Montagne magique de Mann et son enfermement cotonneux , Bach, et toutes ces lectures, ces films, ces musiques,  cette vie antérieure qu’il ne  reconnaît plus, dans ce grand chambardement de la personnalité, de la mémoire et de la cognition, mais qui fut nourrissante, affectivement culturellement, qui fait ce qu’il est quand même, et ce qu’il devient , et, alors même qu’il ne se connaît plus lui-même, lui donne un terreau comme tremplin.

« La réflexion sur ces choses n’apporte rien. C’est comme si l’on voulait s’efforcer de briser une seule des marmites de l’enfer, premièrement on échoue, et deuxièmement si on réussit, on es consumé par la masse embrasée qui s’en échappe, mais l’enfer reste intact dans sa magnificence. Il faut commencer autrement. En tout cas s’allonger dans un jardin et tirer de la maladie, surtout si elle n’en est pas vraiment une, le plus de douceurs possible. Il y a là beaucoup de douceurs. »Ces phrases [de Kafka] me servaient depuis lors de bréviaire, et même de viatique.


C’est un texte somptueux, par son humilité dans une démarche qui aurait vite pu être auto-promotionelle, auto-apitoyée, larmoyante, vainement égocentrique, et aussi par son écriture, sa richesse en humanité et en culture, son émotion et sa pensée.

Philippe Lançon apporte ici une réponse à cette question qui , peut-être, je ne sais pas, rôde parfois en vous : à quoi sert la littérature? N’est ce pas, entre autres, apporter une parole réfléchie, intense face à d’imbéciles agissements, à un monde qui se disloque, donner encore une petite foi en l’homme, fourmi agissante, pensante et créatrice face à l’obscurantisme obtus. Une preuve d'humanité résiliente, en quelque sorte.

j’ai senti de nouveau, mais avec une force inédite, qu’on mourrait un nombre incalculable de fois dans sa vie, des petites morts qui nous laissaient là, debout, pétrifiés, survivants, comme Robinson sur l’île qu’il n’a pas choisie, avec nos souvenirs pour bricoler la suite et nul Vendredi pour nous aider à la cultiver.



mots-clés : #autobiographie #identite #medecine #psychologique #terrorisme
par topocl
le Dim 6 Jan - 13:08
 
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Sujet: Philippe Lançon
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Camille Laurens

Philippe

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Philippe, le fils aîné de Camille Laurens est décédé quelque heures après sa naissance. Si la première partie « Souffrir » décrit les beaux moments de la grossesse et de l'attente, amères à la lueur du destin par nous connu, la suite « Comprendre » est surtout un pamphlet de récrimination contre l’accoucheur incompétent et négligent (copies du dossier médical et de l’expertise à l'appui) et l'entourage globalement maladroit à l'exception de quelques amis « courageux ». puis la troisième partie « Ecrire » , c'est l'écriture pour faire « survivre » l'enfant.

Je comprends tout à fait le besoin de Camille Laurens en tant qu'écrivain de jeter (car c’est plus souvent jeter qu'écrire) cette histoire sur le papier, et en tant que femme de hurler cette cruelle ignominie à la face du public. Il ressort bien évidemment de cette lecture une impression d'horreur, de révolte  et de malheur auxquels le lecteur, comme la lectrice ne sauraient échapper.
Dire que c’est un bon livre est sans doute autre chose, à laquelle je ne puis me résoudre, même si je n'aime pas tirer sur les ambulances. C'est  pour l'essentiel un acte de dénonciation, qu'on peut considérer comme salutaire (encore que...), peut-être même de vengeance, mais cela n' a qu'un lointain rapport avec la littérature.

Quant à la polémique Laurens-Darrieusecq à propos de Tom est mort elle ne peut être comprise par l'observateur non impliqué que comme l'expression de l'ampleur de la déchirure de Camille Laurens.

Et je ne parlelrai pas du ridicule achevé de la couverture du Folio...
Spoiler:
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mots-clés : #autofiction #medecine #mort #relationenfantparent
par topocl
le Jeu 6 Déc - 18:19
 
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Sujet: Camille Laurens
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Anne Bert

Le tout dernier été

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Anne Bert apprend à 58 ans, qu'elle est atteinte de la maladie de Charcot. Elle sait ce qui l'attend, ce carcan qui va peu à peu enfermer son corps, supprimer son autonomie, réduire la communication. Elle décide de ne pas laisser la vie lui dicter sa mort.

Il ne faut pas s'attendre à un pamphlet, un réquisitoire, un plaidoyer, un descriptif détaillé.
C'est une accumulation, au jour le jour, de sensations, d'impressions , de petits bonheurs, de grandes meurtrissures.
C'est un récit qui n'a d'autre but que de dire, j'ai été là, j'ai ressenti ceci, j'ai vécu cela,mon choix fut tel.
Le suicide assisté est là, omniprésent, implicite le plus souvent, mais ce n’est finalement pas le thème central de ce récit tout en sensualité. C'est assez beau, et ça bouleverse, évidemment.


mots-clés : #autobiographie #medecine #mort #temoignage
par topocl
le Sam 17 Nov - 15:44
 
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Sujet: Anne Bert
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Pierre Jourde

Winter is coming

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C'est l'un des livres les plus terribles, les plus noirs que j'aie lus. Quand on ouvre ce genre de livre, c 'est ce qu'on cherche, vous me direz.

Alors que la vie coulait pour Pierre Jourde un peu comme pour tout le monde, sans doute même un peu mieux que la moyenne,  on a diagnostiqué chez son fils de 19 ans un cancer du rein, d'une forme très rare, 12 cas au monde, et très virulente, pas de survie au-delà de 2 ans. Gabriel, dit Gazou, cet enfant pas encore homme, cet homme encore enfant,  aura droit à 11 mois.
Une histoire sans espoir aucun, racontée rétrospectivement, pas encore sorti de cette douleur dont il ne sait pas s'il en sortira jamais.

N'attendez pas une histoire de petits faits au jour le jour, de petits détails, de petites anecdotes qui permettent de reprendre souffle, de beaux détails sauvés dans ce marasme qui font quand même croire en la vie, C'est au contraire, malgré un vague souci chronologique, une grande déferlante sans répit faite de noirceur, de colère, de rage, d'impuissance et de fatalité. Cela reste sobre et contrôlé, parfois superbement écrit, avec parfois une note d’humour pour mieux cibler la naïveté  de l'équipe patiente (Gazou et sa famille), la vanité des espoirs et des dénis, mais il n'y a pas une seconde où souffler. C'est un homme qui se noie à voir son fils se noyer. Ce n'est pas un cri, mais une longue et déchirante vallée de larmes.

Si je comprends bien à quoi ça sert d’écrire cela, j'en suis toujours à me demander à quoi ça sert de le lire, et à y retourner, quand même. Un partage d'humanité, une oreille à ce qui se doit d'être dit ? Une façon de conjurer le sort? Une honnêteté à reconnaître que mes petits emmerdements, je ferai bien de ne pas trop m'en soucier ? Professionnellement une façon de comprendre ce qui se passe de l'autre côté de mon bureau ? Je ne sais pas. Mais mon cœur serré  doit bien y trouver quelque chose....


Mots-clés : #autobiographie #medecine #mort #psychologique #relationenfantparent #temoignage
par topocl
le Mer 7 Nov - 18:22
 
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Sujet: Pierre Jourde
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Mathias Enard

Remonter l’Orénoque

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Parallèlement au récit de la remontée de l’Orénoque par Joana, Ignacio écrit ce roman (plutôt une novella, environ 150 pages) en racontant comment Youri, son collègue chirurgien, s’est mis à sombrer dans l’alcool et la folie en poussant dans ses bras son amante, Joana justement, l’infirmière dont lui-même s’est épris.
La quête de sens, le désir et l’amour, surtout le thème du corps traversent Joana enceinte et les patients, mais ce n’est que l’un des fils qui s’entrelacent dans ces histoires, et l’Histoire, qui remontent vers les vagues sources originelles.
C’est encore une nouvelle voie parcourue par Enard, avec une nouvelle voix, un style adapté au propos (deuxième roman écrit par l’auteur, cinquième que je lis de lui).
Bien sûr la promesse de la remontée du fleuve équatorial n’est pas tenue, c’est d'ailleurs un rêve inatteignable par l’écriture (mais qui ne meurt pas même si on l’a vécu parfois), sauf peut-être dans l’Ecuador de Michaux, qui n’en dit pratiquement rien…
Enard fait référence à Jules Crevaux, explorateur des Guyanes, de l’Amazone et de l’Orénoque, dont les comptes-rendus de voyage sont passionnants ; le Noir Apatou qui apparaît dans le roman est une évocation du chef boni qui suivit Crevaux jusque Paris.
Pour qui l’Orénoque intéresse, je peux citer les ouvrages suivants parmi ceux que j’ai lus :

En radeau sur l'Orénoque : des Andes aux bouches du grand fleuve, Voyages dans l’Amérique du Sud, contenant notamment À travers la Nouvelle-Grenade et le Venezuela, et Le mendiant de l'Eldorado. De Cayenne aux Andes, de Jules Crevaux
Le Superbe Orénoque, Jules Verne.
Robinson Crusoé, Daniel Defoe (son île est située dans l'embouchure de l’Orénoque).
Le partage des eaux, d’Alejo Carpentier.
Moravagine, de Blaise Cendrars.
Les Mahuzier au Venezuela et dans l'enfer vert du delta de l'Orénoque, Albert Mahuzier.
L'Expédition Orénoque-Amazone, récit du voyage effectué entre 1948 et 1950 par Alain Gheerbrant et ses compagnons.
L'Expédition (Croisière) Eldorado, de Barrancas, au Venezuela, à Buenos Aires, du bassin de l'Orénoque à celui du Paraná en passant par l’Amazone, par son navigateur, Jean-Gérard Mathé.
Légendes indiennes du Venezuela, Raymond Zocchetti.

Enard fait allusion à
« …] une source inexistante, une toile d’araignée de cours d’eau sauvages, de rivières striant les forêts pour rejoindre au hasard les entrelacs amazoniens. Pas de seuil, pas de partage des eaux, aucune frontière à laquelle se raccrocher [… »

et donc au canal de Casiquiare, un défluent qui relie l'Orénoque à l'Amazone via le rio Negro, extraordinaire phénomène de communication interbassins avec renversements de sens du courant, truc qui me fascine (aussi pour l’avoir un peu expérimenté).
Mais Remonter l'Orénoque parle d'autre chose, qu'on peut difficilement commenter sans divulguer le dénouement, d'où mes méandreuses gloses...
Sinon, belle édition d’Actes Sud, c’est agréable à feuilleter, ça change de browser la liseuse…
A propos :
« …] ces livres étant, j’en suis convaincu, le meilleur de moi qui les avait lus à défaut de les avoir écrits, ils ont fait de moi ce que je suis plus sûrement que la mère elle-même, qui me les confiait pourtant déjà. […]
…] je me contentais de lui remettre les mots des autres, par paquets, ceux qui m’étaient les plus chers, ceux, au fond tout aussi intimes, qui la reflétaient pour moi le plus fidèlement. »






mots-clés : #amour #medecine #mort
par Tristram
le Mar 25 Sep - 0:13
 
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Sujet: Mathias Enard
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Irvin Yalom

Ca va un peu prolonger ce qu'écrivait Arturo dans le précédent post...

Comment je suis devenu moi-même ? (2018)

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Devenir soi-même, c’est toujours un peu con, si on le savait on irait droit dessus. Nonobstant, certains bouquins de développement personnel se mettent en tête l’idée de nous faire advenir à nous-mêmes à l’aide de petits trucs et de petites astuces qui permettent également, et assez insidieusement, d’augmenter notre aptitude à entrer dans le rang d’oignons sans faire pleurer les éplucheurs de légumes. La méthode de Yalom est un peu différente : devenir soi-même, c’est vieillir, tout simplement. Appréciez la subtilité de l’idée : chaque instant qui passe, au lieu de vous rapprocher de la mort, vous rapproche de l’essence même de votre être. Bravo à vous, bravo à nous, nous devenons plus authentiques à chaque seconde, même nos égarements finiront par le confirmer.


Le parcours n’est pas aisé pour autant, tout le monde le sait. Les premiers chapitres du livre sont laborieux voire rebutants. Ils présentent le schéma rigide suivant : évocation de la situation d’un patient sur un paragraphe, création d’un lien entre cette situation et celle de l’enfant Irvin, narration du souvenir, brève échappée non détruite par le temps sur le court filament chronologique d’une vie d’enfant. L’évocation du cas clinique semble n’être qu’un prétexte vite écorché, le souvenir peine à remonter à la surface, le vieil Irvin semblant avoir tout oublié du jeune Irvin un peu angoissé qu’il dit avoir été, sans doute parce que le reste de sa vie fut un triomphe relatif, sans doute aussi parce que la colère qu’il dit avoir ressenti dans sa jeunesse semble avoir désormais laissé place à la compréhension et au pardon.

Ce voyage était divin, pourtant je me sentais souvent impatient et agité, peut-être à cause du « choc des cultures » ou parce que je ne savais pas vivre sans bûcher. Ce sentiment de mal-être a empoisonné mes premières années d’âge adulte. Vu de l’extérieur, je réussissais formidablement : j’avais épousé la femme que j’aimais, j’avais été admis en fac de médecine où tout marchait bien ; mais, en réalité, je n’étais jamais à mon aise, doutant toujours de moi, sans arriver à saisir l’origine de cette anxiété, soupçonnant une blessure profonde remontant à mes jeunes années, et avec l’impression de ne pas être à ma place, de ne pas être aussi méritant que les autres.



Ce n’est qu’à partir de la page 100 que la biographie devient plus fluide et plus captivante lorsque Irvin, enfin marié et sûr de sa voie professionnelle, nous raconte les petits et grands événements sa vie de couple et de famille, ses découvertes psychothérapeutiques et ses relations professionnelles avec des personnes plus ou moins connues du lecteur. Même s’il se montre parfois un peu agaçant à vouloir nous faire comprendre à quel point sa vie a été merveilleuse, pleine d’amour, d’enfants, d’amis riches et célèbres, de best-sellers et de maisons à Hawaï, il reste aussi attendrissant et il n’hésite pas à mettre à l’œuvre dans son bouquin ce qu’il a toujours préconisé en tant que psychothérapeute : pour briser la cuirasse de méfiance de son patient, il faut savoir prendre des risques soi-même et ne pas hésiter à révéler sa vulnérabilité la plus profonde. Si la méthode a fait ses preuves en psychothérapie, elle fonctionne aussi en littérature, permettant de surmonter les moments d’ennui et d’agacement et procurant un plaisir de lecture simple sans être non plus transcendant.

Plus je vieillis, plus je ressens cet isolement. Je pense au monde de mon enfance – les réunions du samedi soir chez tante Luba, les odeurs s’échappant de la cuisine, la poitrine de bœuf, le ragoût et les carottes à la juive, les parties de Monopoly et les parties d’échec avec mon père, l’odeur du manteau de laine d’agneau bouclé de ma mère – et je frissonne en comprenant que tout cela n’existe plus que dans ma mémoire.


Cette profession, qui nous offre l'occasion de dépasser notre petite personne, fait de nous des explorateurs, plongés dans la plus grandiose des recherches - le développement et la préservation de l'esprit humain. Main dans la main avec les patients, nous savourons le plaisir de la découverte - le moment décisif où des fragments idéels disparates glissent brusquement l'un vers l'autre pour former un tout cohérent. Je me fais parfois l'effet d'un guide escortant des étrangers à travers les pièces de leur propre maison. Quel bonheur de les regarder ouvrir les portes de chambres où ils n'étaient jamais entrés, de découvrir dans des parties inexplorées des éléments de leur identité, beaux et novateurs.



mots-clés : #autobiographie #medecine #psychologique
par colimasson
le Lun 13 Aoû - 16:49
 
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Sujet: Irvin Yalom
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Matt Cohen

Matt Cohen
(1942 - 1999)


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Matt Cohen, romancier, nouvelliste, poète, auteur de livres pour enfants (né le 30 décembre 1942 à Kingston, en Ontario; décédé le 2 décembre 1999 à Toronto, en Ontario). Lauréat du Prix du Gouverneur général et membre fondateur de la Writers’ Union of Canada, Matt Cohen est un auteur prolifique et de renom et a écrit plus de 20 œuvres de fiction.

Formation et carrière
Élevé et éduqué à Ottawa, Matt Cohen obtient un baccalauréat ès arts (1964) et une maîtrise ès arts en sciences politiques (1965) à l'Université de Toronto.

En 1968, quoiqu’il n’ait rien publié encore, il devient écrivain résident au Rochdale College à Toronto et y rencontre Stan Bevington, un des fondateurs de la Coach House Press, et le poète Dennis Lee, un des fondateurs de la House of Anansi Press. Par son amitié avec le philosophe George Grant, Matt Cohen est embauché par l’Université MacMaster comme professeur de religion, poste qu’il quitte de façon prématurée pour se consacrer à l’écriture.


Oeuvres traduites en français


Le médecin de Tolède, 1986
Nadine, 1990
Freud à Paris, 1990
Les mémoires barbelées, 1993
Élizabeth et après, 2000


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Le médecin de Tolède

Tag medecine sur Des Choses à lire 515lry10



J'ai lu sans déplaisir aucun ce roman, ces dernières semaines, un peu comme on regarde une série, avec enthousiasme mais sans certitude sur la qualité du scénario.

Car l'histoire, romanesque à souhait, nous entraine dans ses rebondissements terribles.
Mais dans le fond j'ai trouvé quelques maladresses au style de l'auteur, il y a quelques fois des râtés, des incohérences, des développements psychologiques qui font sentir l'écrivain derrière l'histoire.Des ruptures de ton qui semblent involontaires et où on sort de la fresque historique et humanitaire. Enfin je ne sais pas si c'est ça le problème ou si ce sont des traits de la psychologie des personnages qui ne m'ont parfois pas plu. Vous savez des fois faut se méfier avec ma subjectivité, elle a un côté très en forme quand elle veut !

Pour autant c'était une "lecture de vacances" sympa, comme on dit (surtout que je ne suis pas en vacances du tout et qu'il fallait ce genre de livre pour accompagner ma fatigue, justement, très enlevé même si imparfait parfois.)

Le thème du livre, lui, est loin d'être plaisant. Je l'ai choisis pour approfondir ma connaissance du XVeme siècle. On accompagne la vie tragique d'un homme , fils d'une juive violée lors d'un pogrom, qui devient médecin, brillant , mais toujours assujetti à son statut de juif, au coeur d'une Espagne profondément antisémite et juive. Ces aspects sont très bien développés ainsi que la pesée des pouvoirs en place dans l'Eglise catholique.


J'ai lu ce livre dans la volonté de prolonger la lecture du livre de Jacques Attali  appelé 1492 (ICI)

et elle illustrera aussi parfaitement , sur un plan romanesque, le  livre de Pierre Assouline, Retour à Séfarad. (Je fais un fil ce week end promis)

J'ai aussi appris pas mal sur le judaïsme à cette époque, au fil de ces trois lectures croisées, je n'y connaissais rien, et force est d'admettre que la notion d'hérésie a copieusement trouvé eau à son moulin en trucidant la communauté religieuse juive, je ne le savais pas mais ils ont copieusement morflé à l'époque .Comme je suis issue d'une culture catholique , je découvre comment le Christianisme a maintenu son monopole culturel et politique à cette époque. C'est coton-pas glop. Je sors de mes vagues notions ethnocentrées de l'Histoire, avant quand je pensais "heretiques" je pensais "courants protestants, sorcières etc" Tu parles, il y avait dans le collimateur aussi la religion juive et tous ses convertis. Je ne le savais tout bonnement pas. Depuis je lis beaucoup de choses par hasard qui le confirment, donc une grosse lacune chez moi est enfin comblée. #etre ignare mais se soigner



mots-clés : #antisémitisme #historique #medecine #moyenage #religion
par Nadine
le Sam 2 Juin - 11:02
 
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Sujet: Matt Cohen
Réponses: 2
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Jérome Garcin

Le syndrome de Garcin

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Jérôme Garcin poursuit son œuvre d’autoportrait sans en avoir l'air, à travers la recension de ses morts. Ici ses deux grands-pères (et plus particulièrement son grand père Garcin célèbre neurologue qui décrivit le signe de Garcin, le syndrome de Garcin et j'en passe) et à travers eux deux lignées médicales dans la plus belle tradition du mandarinat, du patriarcat, du népotisme, appelez ça comme vous voudrez.

Cela donne deux portraits attachants, et amusants car contrastés. L'un est rigide, austère, totalement absorbé par son travail, mais droit et accueillant,un chef d’œuvre d'humanisme avec ses patients (enfin il est décrit comme tel), l'autre, psychiatre renommé, est plus joyeux, plus souple, très ouvert avec ses vieux pantalons de velours côtelé.

C'est un hommage affectueux à ces grands père, à leur façon d'aborder la vie avec une dignité discrète, réservant l'étalage de leurs affects, pleinement investis de leur vocation médicale, tant dans son versant scientifique qu'humain. De grands hommes. C'est une réflexion sur la médecine, ses rapports avec la littérature, qui partagent une attention à l'humain. C'est une confession intime sur l'esprit Garcin, cette façon de raconter les tragédie sans y avoir l'air d'y toucher, ce qui  n'empêche pas de souffrir.

Comme souvent avec Jérôme Garcin, il y a de très beaux moments, du fait de son œil tout à la fois perçant et attentionné, d'autant qu'il a une belle écriture, presque trop par moments, un peu désuète par moments (et obligeant parfois à relire certaines phrases pour les comprendre).Mais ce "ne pas y toucher " me laisse aussi toujours un peu sur ma faim.

Et puis, il faut reconnaître que si se tartiner la généalogie de ces patrons-médecins a un réel sens sociologique, j'ai vu moins d’intérêt, même moi neurologue, à l'énumération des maladies rares, des titres de travaux...alors je me dis que pour les non-médecins, cela doit être par moments carrément indigeste.

Curieux mélange, donc. N'empêche, j’aime quand même bien Jérôme Garcin.


Mots-clés : #famille #medecine
par topocl
le Sam 2 Juin - 8:58
 
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Sujet: Jérome Garcin
Réponses: 4
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Henry Bauchau

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L’enfant bleu


CONTENU:
L'enfant bleu, c'est Orion, un garçon psychotique âgé de 13 ans dont les médicaments peinent à apaiser les crises. Véronique, psychothérapeute dans un hôpital de jour parisien, va entrer dans l'imaginaire de cet enfant pour essayer de lui rendre la paix. Elle devine sa richesse, sa sensibilité extrême, et va le guider, avec patience et passion, vers l'expression artistique. Henry Bauchau explore ici, avec sa tendresse de poète et sa passion d'écrivain, la frontière entre art et folie.

REMARQUES:
J’ai lu avec énormément de plaisir „L'enfant bleu“. Juste quelques impressions personnelles :
Ce qui me touche dans le chemin de la thérapie, c’est la longueur, la durée qu’on lui donne. En cela, par ces tous petits pas hésitants vers des améliorations, envers des contrariétés et des résistances, on donne une véracité au récit.
La terminologie venant de la psychothérapie peut quand même d’abord désorienter quelqu’un qui était étranger à cet univers jusqu’à maintenant : perpétuellement on sent derrière l’écrivain le psychanalyste. Mais derrière celui-ci aussi toujours l’écrivain.
Ce qui est intéressant c’est que l’analysante est elle-même dans un certain sens en quête de guérison après des épreuves de la vie. Elle ne reste pas extérieure à la thérapie : le danger d’une fusion est toute proche. Mais c’est aussi par cette implication très personnelle que quelque chose peut changer dans la vie d’Orion. Ces réflexions m’ont très touchées...
Pour celui qui est attiré par l’art thérapie, il va trouver dans ce livre un vibrant plaidoyer.

C’était bien mon premier Bauchau à l’époque, et n’allait pas être mon dernier. Le boulevard m’attendait déjà…


mots-clés : #creationartistique #enfance #medecine #pathologie
par tom léo
le Dim 25 Fév - 22:32
 
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Sujet: Henry Bauchau
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Marie de Hennezel

La mort intime.

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si la maladie est une ennemie à combattre, la mort, elle, n'en est pas une.


Marie de Hennezel rapporte ici, en épisodes de vie/mort entrecroisés, sous une forme accessible à tous quoique exigeante,  son expérience dans le premier service de soins palliatifs, dans un service de patients atteints du SIDA, ou dans sa vie personnelle. Marie de Hennezel comprend vite que la réserve et l'absence d'empathie de la psychanalyse ne sont ici qu'un bagage superflu, elle se forme à l’haptonomie.

La vie m'a appris trois choses : la première est que je n'éviterai ni ma mort ni celle de mes proches. La deuxième est que l'être humain ne se réduit pas à ce que nous voyons ou croyons voir. Il est toujours infiniment plus grand, plus profond que nos jugements étroits ne peuvent le dire. Il n'a, enfin, jamais dit son dernier mot, toujours en devenir, en puissance de s'accomplir, capable de  transformer à travers les crises et les épreuves de sa vie.


On est en 1995, ne l'oublions pas, la médecine, dans ses aspects techniques, humains et juridiques, a énormément évolué depuis. Mais le propos général reste parfaitement d'actualité, car la mort, elle, est toujours là: comment accompagner les patients en fin de vie, comment vivre sa mort, spiritualité ou pas,  pour qu'elle soit un acte de vie.

Dans Une mort intime, elle nous fait partager le chemin vers la mort d'une poignée patients, qui permettent d’illustrer son propos: il ne s'agit pas d’accompagner un corps souffrant, mais une personne qui est là jusqu’au dernier instant.

ceux qu'on appelle des "mourants" mais qui sont bien des "vivants jusqu’au bout.


Cette gageur est pleinement réussie: ses "personnages " existent, ils sont là avec leur personnalité, leurs angoisses, leurs forces et leurs faiblesses, vivants. Et on est impressionné de cet accompagnement profondément humain, épris de vérité comme de tendresse, qui leur permet de passer ce cap dans le meilleur confort possible, parfois même comme une épiphanie.

L'ouvrage est assez court, ce qui est judicieux car la lecture est si "émotionnelle" devant ces situations impitoyables, qu'il aurait sans doute été difficile d'en lire beaucoup plus. Sans qu'elle ne joue jamais sur le pathos, on est perpétuellement renvoyé à ses représentations et fantasmes personnels, à des  vécus plus ou moins douloureux. Au-delà de cette expérience personnelle qui constitue comme un terreau, Marie de Hennezel nous emmène doucement mais fermement vers l'introspection et la réflexion. Ce sont les buts réels de  cet ouvrage : la remise en question du lecteur, de son rapport à la mort, la sienne comme  celle des autres, la levée d'un tabou qui quoi qu'on en dise crânement  nous emprisonne tous. C'est pleinement réussi, j'ai découvert des choses en moi, j'ai l'impression réelle d'avoir fait un pas constructif.

C'est une lecture dure, mais il ne faut pas hésiter à s'y confronter (juste un bémol, qu'elle n'ait pas parlé aussi de ses échecs).




mots-clés : #medecine #mort
par topocl
le Lun 30 Oct - 11:03
 
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Sujet: Marie de Hennezel
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Brigitte Giraud

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Un loup pour l’homme


Originale: Français, 2017

Flammarion a écrit:Printemps 1960. Antoine est appelé pour l'Algérie au moment où Lila, sa toute jeune femme, est enceinte. Il demande à ne pas tenir une arme et se retrouve infirmier à l'hôpital militaire de Sidi-Bel-Abbès. Ce conflit d’Algérie, c'est à travers les récits que lui confient jour après jour les "soldats en pyjama" qu'il en mesure la férocité. Et puis il y a Oscar, amputé d'une jambe et enfermé dans un mutisme têtu, qui l'aimante étrangement. Avec lui, Antoine découvre la véritable raison d'être de sa présence ici : "prendre soin". Rien ne saura le détourner de ce jeune caporal, qu'il va aider à tout réapprendre et dont il faudra entendre l'aveu. Pas même Lila, venue le rejoindre.
Dans ce roman tout à la fois épique et sensible, Brigitte Giraud raconte la guerre à hauteur d'un "appelé", Antoine, miroir intime d'une génération. embarquée dans une histoire qui n'était pas la sienne. Ce faisant, c'est aussi la foi en la fraternité et le désir de sauver les hommes qu'elle met en scène.


REMARQUES :
C’est selon les mots de l’auteure, alors la vie de ses parents qu’elle met en scène ici, pas comme un pur récit, mais avec des éléments de roman qui, néanmoins, sont tous basés sur des faits réels, aussi issus des entretiens de Giraud avec son père. Un autre roman sur l’Algérie, comme il y en a dans cette rentrée littéraire ? Oui, et avec son regard : Quel apprentissage entre le départ de ces appelés, innocents et ignorants, l’arrivée dans un l’Algérie sensuelle et pleine de charme, certes, mais se dévoilant aussi de plus en plus menaçant. Dans la mesure des non-dits de l’époque sur les vraies dimensions du « conflit », un fossé se crée aussi entre cette présence et les soldats là-bas et la normalité d’une vie, les familles laissées à la maison. Le roman joue entre l’innocence qui se perd en quelque sorte, et l’impression d’une menace grandissant.

Antoine, lui, a réfusé de porter l’arme : il travaille dans un hôpital militaire. C’est pour ainsi dire par les récits des blessés, les rumeurs des nouvelles, qu’il apprend peu à peu pas seulement quelque chose des revendications des Algériens (nous sommes en 1960 et de Gaulle va bientôt lâcher l’Algérie, c’est-à-dire reconnaitre l’auto-détermination), mais aussi les exactions commises par des Français… C’est exceptionnel que sa femme Lila, enceinte de quatre mois, peut le rejoindre. Ils peuvent même vivre en dehors de la caserne ensemble. Semblant de normalité ? Leur enfant va naître là !

Ce n’est pas un guerrier, mais un doux qui s’attache spécialement à Oscar, qui à la suite d’une amputation se trouve dans un mutisme. Il aimerait tellement le remettre « debout », extérieurement et intérieurement ! Cela est décrit comme une grande douceur, voir tendresse, où la parole qui accompagne, explique, fabule fait partie de l’attention donnée. Mais est-ce qu’Oscar va monter la pente ?

Roman sur un bout de l’histoire française, trop longtemps banni, tabou, tu, omis et ignoré. Donc, prise de conscience. Mais aussi histoire, malgré les changements de noms et une narratrice seulement apparemment plus distante, très personnelle, vrai hommage à ses parents et aussi tous ces hommes, victimes d’un conflit absurde, portant leur fardeau de mutisme, de souffrances, encore longtemps après.

J’ai beaucoup aimé !


mots-clés : #famille #guerre #medecine
par tom léo
le Ven 27 Oct - 7:25
 
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Sujet: Brigitte Giraud
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Mikhaïl Boulgakov

J'ai lu Le maître et Marguerite il y a 100 ans. Et plus récemment, Récits  d'un jeune médecin et Morphine.

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Récits d'un jeune médecin
traduit du russe par Hélène Gibert

Ce sont donc six récits inspirés du séjour qu'a fait lui même Mikhaïl Boulgakov dans un hôpital civil de la province de Smolensk , où il avait été affecté en 1916. Situation un peu extrême du fait de l'isolement géographique et des conditions climatiques pour un jeune médecin fraichement diplômé mais sans aucune expérience pratique. Comme tous, donc.
A partir de cas cliniques rencontrés , Boulgakov construit des récits d'un réalisme parfait, on s'y croirait..
Et surtout, parvient à transmettre ( peut être que cela parlera plus à certains qui ont déjà fait ce genre d'expériences d'une angoisse infinie, où on se sent tellement nuls)la différence entre savoir théorique et confrontation à des situations concrètes.
Avec, dans la progression de ces récits, un cheminement qui est finalement toujours le même, la peur et l'obligation de l'affronter sous le regard de ceux qui vous prennent pour quelqu'un qui, du fait de ses pseudo-compétences , va dominer le problème ( et de là, l'intelligence de comprendre, il l'explique très bien, que finalement, les diplômes ça ne sert pas à grand chose, et qu'il faut absolument accepter l'aide de ceux qui n'ont pas le bout de papier, mais qui ont l'expérience), puis la réussite une fois, quelquefois par le plus grand des hasards.Et après une reprise de confiance en soi qui se termine toujours par une surestimation, et là, l'échec ( il n'y en a pas beaucoup, d'échecs vraiment graves dans ces récits, c'est dommage) , le retour sur terre et la nécessité de redémarrer .

La lecture de ces récits devrait être rendue obligatoire à tous les étudiants en médecine, ils sont très fins, très bien écrits bien sûr et même si l'on n'est plus dans la Russie de 1916, cela n'a aucune importance, la leçon donnée , l'expérience racontée n'ont ni âge ni lieu.

( récup)


mots-clés : #autobiographie #initiatique #medecine
par Marie
le Mar 12 Sep - 21:19
 
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Sujet: Mikhaïl Boulgakov
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Anirban BOSE

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La mort de Mitali Dotto

Après des études aux Etats-Unis, Neel Dev-Roy, brillant chirurgien oncologue, décide de revenir exercer en Inde. Par idéalisme, et aussi pour tenter de combler les failles et les silences d'une enfance sous le signe d'un père absent, célèbre médecin contraint de fuir pour préserver sa famille des conséquences de son engagement politique.
Dès son arrivée, Neel se retrouve confronté à la dure réalité. En Inde, on ne soigne pas tout le monde, et surtout, pas de la même manière… Une jeune patiente en état de mort cérébrale, Mitali Dotto, devient l’enjeu d’une guerre entre Neel et son chef de service. Et lorsque l'on découvre que Mitali est enceinte, les choses basculent…

Comment dire… Ce roman se lit d’une traite et sans déplaisir, et pourtant je l'ai trouvé terriblement frustrant. L’intrigue se concentre essentiellement sur des enjeux psychologiques, mais la description, assez froide et clinique, reste en surface, et les intrigues secondaires se soldent souvent par des impasses. Quant aux drames et dilemmes qui couvaient depuis des décennies, hop, d'un coup d'un seul, les voilà résolus en deux phrases lapidaires… Au lecteur de s'en contenter. Ou pas...

Pour moi, l'intérêt du livre réside essentiellement dans la dénonciation d'une société indienne totalement gangrenée par la corruption, et ce à tous les niveaux. L'auteur nous fait découvrir l’envers du décor de ces hôpitaux à la pointe qui n'hésitent pas à prescrire une multitude d’examens inutiles pour faire payer encore et toujours les familles éplorées. Plus grave encore, des programmes dits "humanitaires", censés venir en aide aux plus démunis, sont détournés au profit de sombres trafics d’organes ou d'influence.
Cette réalité glaçante, je l’avais déjà découverte dans l’essai marquant de Rana Desgupta, Delhi capitale. Et je dois dire que le constat est assez désespérant, car il paraît presqu’impossible de lutter contre un système aussi généralisé, et surtout, aussi bien organisé malgré son apparente anarchie. Il faut donc choisir entre rester pur et impuissant, ou bien décider jusqu’où l'on accepte de déplacer le curseur… Etre corrompu, un peu, beaucoup, pas du tout ?

A mon sens, l'auteur tenait là un sujet en or, et j’aurais vraiment aimé qu’il explore plus en profondeur les zones d'ombres de son héros. Quand le geste humanitaire masque des enjeux plus personnels et bien moins avouables… Quand, de guerre lasse, on accepte l’inacceptable sans même se remettre en question… Quand on se retrouve sur la corde raide sans trop savoir de quel côté l’on va finir par tomber… et qu'au fond, ça n'a plus tellement d'importance.
Oui, j’attendais que l’auteur pousse plus avant sa réflexion, au lieu de se lancer dans des intrigues secondaires dont la pseudo résolution et le ton dépassionné _ un comble vu les sujets traités !_ m’a laissée décidément dubitative, et nettement frustrée.


mots-clés : #corruption #medecine #social
par Armor
le Lun 11 Sep - 15:46
 
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Sujet: Anirban BOSE
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Martin Winckler

Les brutes en blanc

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Je ne suis pas suspecte de ne pas être (ou en tout cas avoir été) une fan de Martin Winckler. Mais il me faut vous dire à quel point ce livre m'a exaspérée, alors-même que je partage pleinement son idée que le patient doit être entouré d'une bienveillance attentive. Qu'il faut pourchasser la malveillance, la maltraitance, les petites ironies, les gros sarcasmes, les remarques désobligeantes, racistes, sexistes… et j'en passe… dont il est parfois l'objet.
Qu'il y a de gros crétins dans notre profession (mais je ne suis pas sûre qu'il y en ait beaucoup plus que dans d'autres secteurs).
Que les laboratoires ont plus facilement l’œil braqué sur le pôle commercial que sur le pôle du soin. Que la formation des médecins est à revoir. Qu'il faut repenser d'urgence l'organisation de la médecine.

Mais, mais, mais…pour défendre cette cause...
Il ne faut pas prendre l'anecdote pour preuve,
Il faut refuser la généralisation,
Il faut se rappeler que la citation hors contexte est sujette à critique
Il faut conserver une humilité, ne pas se prendre pour un asseneur de leçons ou un distributeur de bons points,
il faut arrêter de répéter que les médecins sont sans cervelle, sans libre arbitre, cupides, avides de pouvoir, j'en passe et des meilleures. Ah! oui incompétents, et ne se forment pas au fil de leur carrière. Et bêtes accessoirement.
Il faut envisager ne serait-ce qu'un soupçon de présomption d'innocence avant de juger.
Il faut parler aussi des situations de bientraitance au côté des exemples de maltraitance, les seuls comportement positifs évoqués dans les livres étant ceux de Saint Winckler.
Il faut dire la vérité et non les vérités qui vous arrangent.
Il ne faut pas mentir ce  qui rend impossible de prendre pour argent comptant tout ce qui est asséné à côté dans ces pages. (Un exemple parmi d'autres "En France, il [le statut d'infirmier clinicien]n'existe pas")
Il faut faire preuve d'un peu de nuance. Et de compassion, pas seulement vis à vis des patients, mais aussi vis-à-vis des médecins, et oui.


Le message n'en passera que mieux.

Je ne pense pas défendre une caste en étant terriblement gênée de lire:

Ils [les médecins] oublient, surtout, que leur principal outil diagnostic, c'est leur cerveau. Sans doute parce qu'on ne les a jamais encouragés à s'en servir.


que si beaucoup de médecins français sont opposés à une législation de l'aide à mourir, ce n'est pas pour protéger les patients, mais protéger:
"leur liberté de décider seuls s'ils vont les aider ou non à mourir !"


En France, aujourd'hui encore, les « valeurs, » de nombreux médecins restent furieusement coincées entre une conception vaniteuse de la vertu-inhérente-au-fait-d'être-médecin et des notions de déontologie paternalistes, dogmatiques et pétries de catholicisme. Cette mentalité archaïque reflète l'appartenance effective du corps médical à une aristocratie sociale.


Quarante ans après, les problèmes sont les mêmes, car les institutions n'ont pas changé




Je reconnais les abus, les dérives, les  pratiques intolérables, la nécessité de les combattre. Je reconnais aussi que ces attitudes peuvent être miennes, parfois, même si j'y suis vigilante. Mais s'il y a  dans le fond un message intéressant et des problèmes qu'il est opportun de soulever, il n'en demeure pas moins que ce livre est une provocation manifeste, une amplification perverse,  une autocélébration très malvenues. Il est dommage qu'autant de mauvaise foi biaise un sujet sensible et important, au risque qu'on le néglige ou s'en détourne..

Je suis en colère face à tant de parti-pris, de démagogie et d'outrecuidance. Je suis en colère de devoir dire ça de Martin Winckler.


mots-clés : #medecine
par topocl
le Jeu 29 Déc - 15:52
 
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Sujet: Martin Winckler
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Martin Winckler

La vacation

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Bruno Sachs, jeune médecin généraliste de campagne, avatar de Marc Zaffran (qui écrit sous le nom de Martin Winckler) que nous avons déjà rencontré dans plusieurs de ses romans, se rend tous les mardis dans la ville proche au centre de planning familial pour y pratiquer des avortements. Il se caparaçonne derrière une cuirasse factuelle : rituels répétés, gestes enchaînés, phrases stéréotypées qu’il laisse adoucir d'une empathie compassionnelle vis-à-vis des femmes échouées sur sa table d'examen. Il tient ainsi à distance une douleur et une misère humaines qui l’émeuvent. Cette distance et cette émotion, il les traduit le soir, rentré chez lui, sur le papier, jetant dans le désordre notes et réflexions sur le papier. Il n'en est pas moins homme, ressent parfois du dégoût, du découragement, une attirance pour ces femmes qu’il croise quelques minutes afin de réaliser un geste qui marquera toute leur vie. Apparemment parfait et discret, il porte en lui leur culpabilité et leur souffrance, et dans un parallèle révélateur, peine à accepter la venue au monde de son « enfant », ce livre si intime qui se nourrit du malheur des autres.

Cela donne un livre, qui est un reflet de cette tranche de la vie de Bruno Sachs. Très ritualisé, donc parfois ennuyeux, parfois trivial dans ses descriptions médicales, toujours fragile et désenchanté dans un travail qu'il assume par devoir d’aider l'autre.

Tout a déjà été dit si on a lu les autres livres de Martin Winckler. Ce livre est un nouveau cri de désespoir face à une misère humaine, à la solitude du médecin censé la soulager.

(commentaire récupéré)

mots-clés : #medecine #social
par topocl
le Mer 28 Déc - 14:47
 
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Sujet: Martin Winckler
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Martin Winckler

La maladie de Sachs

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Marc Zaffran, pseudonyme Martin Winckler, alias Bruno Sachs, que je vous ai déjà largement présenté, le médecin tourmentais tourmenté, a deux amours : sa compagne MPJ alias Pauline Kasser, et la médecine générale. Et il nous en parle sur 470 pages. Et comme les choses qu’on aime et qui vous aident à vivre, c’est vital d’en parler et en même temps délicat, donc, ici, il adopte la forme « roman » (il avait bien dit dans Plumes d’Ange qu’il ne racontait pas sa rencontre avec la fameuse MPJ, celle qu’il continue de vouvoyer après des années de vie commune et trois enfants à eux, qu’elle était trop romanesque et qu’on n’y croirait pas)

Sa compagne, c’est celle qu’il a longtemps cherchée en croyant qu'une telle femme n’existait pas, celle qui lui a montré qu'on pouvait aimer sans amputer, et à partir de laquelle il a pu apprendre à s'aimer lui-même et commencer à vraiment construire. Celle, joyeuse, drôle, attentionnée, qui l’écoute et le ressource. Celle qui lui fait retrouver une jeunesse, une légèreté que ses angoisses, ses combats, une certaine rigidité lui avaient fait oublier.

La médecine, il nous la décrit avec tout ce que cela a de passionnant et de douloureux, de futile et de profond. Franchement c'est un portrait impressionnant de précision, de tendresse, de réflexion sur notre métier. J'ai passé ma semaine à penser au livre en travaillant et à lire en pensant à mon travail… On y retrouve le caractère rituel et répétitif, les petits mots mille fois répétés, les gestes renouvelés, plus ou moins automatisés (oui Shanidar , c’est très répétitif comme métier) tout ce qui revient cent fois par jour, ce cadre qui nous aide à rester lucide, à conserver notre attention et notre disponibilité, et toutes les 20 minutes ça recommence, quelqu'un arrive, déballe toute sa vie sur le bureau, avec confiance ou défiance, et on est là, on paraît un roc parce que simplement on est médecin, et on traîne avec nous, nos faiblesses, nos erreurs, nos échecs, notre solitude face à la détresse des autres, face à notre impuissance, la compassion qui frise parfois l'exaspération, nos certitudes et nos incertitudes, l'émotion inévitable et la distance qui tâche de nous protéger. Certains collègues qui nous font gerber, mais c’est le patient pour lequel il faut rester présent.
J'arrête car j'ai l'impression que plus parler de moi que de Martin Winckler.

Tout ceci sous forme d'une chronique douce-amère, Bruno Sachs, le héros si peu héros, ne quittant pas la scène, mais ce n'est jamais lui qui parle, cette multitude de personnages qui tour à tour nous racontent une petite tranche de vie partagée avec lui,(ses patients, ses amis, les commères, le pharmacien, la secrétaire), s'adressant à lui, lui disant tu, et ce tu montre à quel point le lien est important. Je trouve ça génial : des dizaines de JE qui racontent ce TU unique, omniprésent , commun à tous, mais toujours seul face à eux. Ce sont des gens simples comme j'en vois tous les jours, qui n'ont pas fait d’ études, qui n'ont pas de culture, qui ne lisent pas, pas des « penseurs », pas des héros de romans formatés pour faire candide, et ils aiment, ils souffrent, ils espèrent, ils réfléchissent, et, oui, ils ont des choses à dire. Et ils les disent exactement comme ça.

Au début on se dit que c'est une chronique, puis peu à peu les personnages se dessinent, les liens se tissent, et au hasard des rencontres, des secrets révélés ou suggérés, cela tourne vraiment au roman, on s'attache au destin des personnages, commun ou tragique, il y a des rebondissements cocasses, émouvants, perturbants. L'humour est toujours en filigrane

Dans ce livre, Martin Winckler /Bruno Sachs s’ apaise. Certes, il garde ses révoltes et ses colères, mais nous le sentons apaisé, il « baigne dans son jus » il est près des gens, leur parle, les écoute surtout, et Pauline Kasser l’attend à la maison pour le ressourcer.

C'est tendre, humain, c'est terriblement quotidien, je le re-relirai sûrement un jour.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #famille #medecine #pathologie
par topocl
le Mar 27 Déc - 18:06
 
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Sujet: Martin Winckler
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Martin Winckler

Les trois médecins

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Vous avez aimé Les trois Mousquetaires, ce livre fondateur pour beaucoup de lecteurs ? Ces péripéties rocambolesques qui retombent toujours sur leurs pieds, ces combats qui scellent l'amitié, ce sens de l'honneur qui emporte tout, ces amours romantiques, ces envolées d’émotion, ce grand roman-feuilleton plein d'amour et d'humour, ces passés déchirants peu à peu dévoilés ?

Martin Winckler vous en offre avec brio un remake scrupuleux, transposé dans les années 70, dans le milieu médico-provincial. Et n'hésite pas à y intégrer ses personnages fétiches (la ville fictive de Tourmens, Bruno Sacks le médecin généraliste au grand cœur, son père Abraham vénéré défenseur de l'avortement, Vargas, Lance et les autres) et ses thèmes de prédilection (l'opposition entre une médecine comme abus de pouvoir et une médecine qui recherche l'humanité, l’appropriation par le patient de sa propre santé, l’émancipation des femmes notamment à travers la maîtrise de leur corps : contraception et avortement, un petit côté sociologique, une pointe de pédagogie…). Grâce à cette appropriation du roman de Dumas, Winckler légitime son extrémisme habituel, sa dichotomie gentils/méchants ( quoi de plus normal dans un roman populaire qu'un héros qui est VRAI héros, et des méchants que rien ne saura sauver ?), ses rebondissements invraisemblables et ses coïncidences improbables, qui sont autant de références/hommages à son inspirateur. Il y met un charme fou, un humour enchanteur (Ah ! les combats de cap et d ‘épée métamorphosés en défis au Baby-foot !!!)

Et puis Martin Winckler est un militant : il s'insurge contre une médecine qui est l'expression d'un pouvoir, qui est plus une technique, un acte politique, au profit d'une médecine de compassion, d’écoute, d’honnêteté intellectuelle et de respect . En marge de son histoire, il introduit des personnages multiples qui se racontent, en tant que médecin, soignant, ou patient, et à travers leurs histoires, révèlent ce que la médecine est, ce qu'elle peut être et ce qu'elle devrait être. C'est une des raisons qui me font aimer Winckler , que je ressens comme partenaire de combat. (Par contre, j'ai du mal à me faire une idée sur comment réagit le lecteur non médical, j'ai peur qu'il soit parfois noyé sous cette abondance d’informations ?). Martin Winckler hurle sa colère et ses rancœurs, il a raison, il faut des gens comme lui. Je peux dire en tout cas que si l'accumulation amène Martin Winckler à parfois forcer le trait (ce n'est pas un homme de demi-mesure et il en agace plus d’un pour cela), la plupart des récits qu’il fait, sont tout à fait plausibles (ou à la limite du plausible), et par là même effrayants.

A la fois naïf et profond, joyeux et réfléchi, drôle et émouvant, voilà un récit formidablement construit, qui se lit très vite (Winckler a sa façon de faire raconter les gens, qui donne un style très oral, très fluide, montrant à quel point il sait écouter) avec, pour moi en tout cas, une certaine jubilation. Je l'ai retrouvé avec le même plaisir pour cette 2e lecture.


(commentaire rapatrié)



mots-clés : #medecine #science
par topocl
le Sam 10 Déc - 16:44
 
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Sujet: Martin Winckler
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