Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 12 Nov - 16:58

103 résultats trouvés pour mort

Pierre Jean Jouve

@Jack-Hubert Bukowski a écrit:
Pierre Jean Jouve semble être mu par une quête qui le secoue et la question religieuse ne semble pas loin...


Oui, tout à fait d'accord - je suis en train d'achever la lecture du recueil Kyrie (chiné en édition originale numérotée !), et c'est noir, et c'est tourmenté, et cette drôle de quête qu'on peine à nommer, entre une existence à mener, des obsessions de mort et de ravage et d'érotisme...
Sa foi est étrange, teintée de dolorisme et de morbidité, les deux autres vertus théologales sont...disons, tellement en retrait, ou enfouies...qu'on se pose la question de leur présence.

Mais de très beaux poèmes, de haute tenue, tout de même.

Recueil divisé en trois parties:
Sa série Les quatre cavaliers (qui sont les cavaliers de l'Apocalypse) qui suit les poèmes de Kyrie proprement dits et précèdent ceux de Nul n'en était témoin est époustouflante, fait passer un réel souffle.  

Le poème Psyché abandonnée devant le château d'Éros (sur le tableau de Claude Lorrain) est un bon exemple de la combinaison morbidité/sensualité (je vais faire mon copiste, ne l'ayant pas trouvé sur la Toile).
Peu ponctué, Jouve nous laisse le soin de définir nos respirations, à l'aide aussi des endroits où il arrête ses vers, mais dans tous les cas on s'étonne, si vous le tentez à voix haute, d'avoir été chercher là de tels accents avec sa propre voix.
La toile de Le Lorrain n'est pas seulement visitée, elle est revisitée.

Tag mort sur Des Choses à lire The_en10
Le tableau de Le Lorrain, à la National Gallery (Londres).


Psyché abandonnée devant le château d'Éros


Verte beauté ! serais-tu morte ? La lumière
De tristesse funèbre incendie sur la mer
Rôde avec les prairies vertes
Des géants méditent dans leur feuillage inoubliable
El les montagnes de rochers s'évanouissent
Il règne la saveur exquise de la mort.


Bête mystérieuse de la mer
La marée nue remue, un immortel relent
Du cœur, la bête verte intérieure
Que des voiles des signes blancs sillonnent à l'étendue.


Et Psyché flanc sombre empli de vœux
Aux mains écarquillées aux pieds glacés dans l'herbe
Est assise avec ses instables moutons
Qui mangent sans répit désespoir des contrées
Et regarde: un monstre cruauté bâtie
Château de la chaleur de l'odeur et de l'ombre
Amoncellement de l'amour et puni
Par la foudre
Aisselle noire où Il demeure
Lui qu'elle aima le traître à l'œil de perle fine
Aux membres toujours fumants et au dragon
Couvert de sang de larme et de benjoin
Qu'elle aima ! et qui creusa le flanc superbe.




Mots-clés : #amour #mort #peinture #poésie
par Aventin
le Mar 5 Nov - 17:36
 
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Sujet: Pierre Jean Jouve
Réponses: 8
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Pierre Jourde

Pays perdu

Tag mort sur Des Choses à lire Jourde10



Vous le savez peut-être, l'homme Pierre Jourde m'est assez antipathique. Mais je ne m'interdis jamais de lire ni d'aimer l'œuvre d'un écrivain dont la personnalité me rebute. Je ne profite donc pas de ce compte-rendu pour faire son procès, car son livre m'a déplu pour des raisons extérieures à ce qui me déplaît habituellement chez lui et dans ses articles de blog. Par ailleurs, je me suis forcé de ne pas lire ton commentaire, @Nadine. Je le lirai dès que j'aurai terminé le mien (et j'ai hâte !)

***
                                                                                         
Dans le village déshérité où vit encore une partie de la famille du narrateur, un enterrement a lieu. Cet enterrement est le fil rouge du roman, autour duquel s'entrecroisent les portraits des habitants de ce "pays perdu". Le narrateur, à travers et par-delà ces portraits, engage une réflexion sur la mémoire, sur le deuil et sur l'impermanence des choses.

Dans l'incipit, le narrateur retrace l'itinéraire de la ville jusqu'au "pays perdu", qu'il suivait avec son père lorsqu'ils allaient visiter leur famille. Cet itinéraire du cœur du monde à ses confins, paradoxalement brouillé par la précision des explications géographiques, nous fait mesurer l'isolement de ce "pays". Ceci entendu, cette énumération nécessairement longue et répétitive des routes, des villages, des crevasses, des montagnes, des rocs, des steppes brûlées, du ciel "comme une mer", matérialisant le gouffre spatial et temporel entre le "pays perdu" et le monde civilisé, à cause de sa longueur même, se devrait d'être sinon un manifeste esthétique, du moins une démonstration de style, sous peine d'être pur excédent et véritable pensum.

Or, d'entrée de jeu et tout le long du roman, c'est précisément le style qui pèche.

Sa phrase est encombrée de détails terre-à-terre censés produire un effet de réel, mais qui ne font guère illusion : ces détails, simples notations dépourvues de tout traitement littéraire et qui me semblent par ailleurs tout à fait accidentelles, se résument à un vain remplissage. Entre plusieurs artifices, Jourde a fréquemment recours à un vocabulaire excessif et tonitruant, qu'il semble confondre avec l'éloquence et la force d'évocation; afin de donner vigueur et mouvement à ses descriptions, il prête vie aux paysages et aux objets d'une façon maladroite et inefficace. Enfin, son texte juxtapose bien souvent un vocabulaire vulgaire jugé celui d'un campagnard et le lexique choisi d'un spécialiste (manifestations qu'on peut également observer à l'échelle de la syntaxe) : je suppose qu'il s'agit d'un choix conscient, non entièrement dénué d'humour, mais qui n'en est pas moins agaçant.
Je trouve par exemple cette phrase assez drôle, mais ça ne vient pas sans un léger malaise : quel regard du narrateur est-ce que cela traduit, au-delà de l'effet comique ?
Il est arrivé que Gustave, la bouche pleine de potage, puant la vinasse et la sueur, projette dans mon assiette, scories d'une éruption spasmodique de mots, quelques fragments de vermicelle.

Sans développer outre-mesure, je suis encore stupéfié par le passage consacré à la typologie des bouses de vache, dont topocl a déjà parlé. Je pense ne jamais avoir rien lu de plus vulgaire, mais j'avoue que je me suis bien amusé.

En somme, l'écriture de Jourde est une écriture inopérante : ce n'est pas le roman qui se regarde fonctionner, c'est l'auteur qui se regarde écrire. Et c'est regrettable, car ses portraits auraient pu m'intéresser. À leur tonalité on sent qu'ils se voudraient intimes, empathiques, et cependant sans concessions. Je les trouve sans chaleur car Jourde ne parvient jamais à faire oublier sa présence : c'est à peine si je vois rien d'autre que la page du livre que je suis en train de lire. Trop souvent, il sacrifie à la belle formulation et au trait d'esprit la justesse de ses peintures.
Avec sa casquette, sa veste de grosse toile bleue et ses moustaches, c'est l'effigie du paysan en visite. Le travail de soixante années tombe sur cette silhouette neutralisée et la rive au sol.

Dans la robe blanche qui peine à faire le tour de sa carrure puissante, la couronne des épousées sur le crâne, elle figurerait aussi bien, avec le même naturel, sur la photographie d'un mariage à Oulan-Bator dans les années quarante.


On trouve tout de même, çà et là, de courtes réflexions sur la douleur et sur le deuil qui m'ont paru plutôt justes.
À présent je ne viens plus toucher la tombe pour sentir sa peau, mais pour tenter de me remémorer une sensation morte. C'est à la sensation que je songe, et non à lui. Alors je me reproche ce geste vide. Je m'en veux de cette sentimentalité sans contenu, qui blasphème une piété disparue, réduite à des rites. Mais peut-on s'en vouloir d'accomplir les rites sans recevoir la visite du dieu ? Qu'il faille avoir honte de son absence signifierait que la douleur est honorable. La douleur n'a rien d'honorable. L'idée même est déplaisante, comme si l'on pouvait tirer quelque rétribution de cela. Ni la souffrance, ni l'absence de souffrance ne peuvent se vivre sans culpabilité. Il faudrait apprendre à ne plus s'en vouloir.


Quant à l'agression qu'il a subie après la parution de ce texte, je n'en vois pas le motif. Ce livre n'a pourtant rien d'une insulte…


Mots-clés : #intimiste #mort #nature #ruralité #social #solitude
par Quasimodo
le Jeu 31 Oct - 20:11
 
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Sujet: Pierre Jourde
Réponses: 42
Vues: 697

Marie de Hennezel et Jean-Yves Leloup

Marie de Hennezel
Née en 1946


Tag mort sur Des Choses à lire 5marie10

Marie de Hennezel est psychologue clinicienne et écrivain.

Après avoir fait des études de langues et enseigné l'anglais elle réalise un DESS de psychologie clinique et un DEA de psychanalyse.
En 1986, elle intégre la première équipe de soins palliatifs en Europe continentale.
Elle se forme à l'Haptonomie, essentielle dans l'approfondissement des qualités de contact et de présence, si nécessaires dans le soin et l'accompagnement des grands malades et des mourants.
Devant l'immense besoin d'accompagnement psychologique et spirituel des personnes touchées par le VIH, Marie de Hennezel fonde en 1992, avec Jean-Louis Terrangle, l'Association Bernard Dutant - Sida et Ressourcement. Son objectif est d'accueillir ceux qui, condamnés par la médecine, conscients d'avoir un temps limité à vivre, sont en quête de sens.
Avec l'évolution des nouvelles thérapies, le Sida devient une maladie chronique et l'Association Bernard Dutant, aujourd'hui basée à Marseille, s'oriente vers des activités de ressourcement pour "prendre soin de soi" (week-ends de marche, théatre, soirée de partage).
En octobre 2002, Jean-François Mattei, Ministre de la Santé, de la Famille et des Personnes Handicapées, lui confie une mission sur la fin de vie.
Un rapport "Fin de vie et Accompagnement" est remis au ministre le 16 octobre 2003.
Le 17 décembre 2003, elle est auditionnée par la mission parlementaire d'information sur l'accompagnement de la fin de vie. Cette mission a proposé une loi sur les droits des malades et la fin de vie qui a été adoptée par le parlement le 30 novembre 2004.
En février 2010, elle est entrée au Comité de pilotage de l Observatoire National de la fin de vie , dont elle a démissionné en 2012, à la suite d'un désaccord avec le Président de l'Observatoire, au sujet de la mission de l'Observatoire et du rapport d'activité publié.

Source : slog.fr


Publications

 
Spoiler:
La Mort intime, éditions Robert Laffont, 1995 (préfacé par François Mitterrand)
  L'Art de mourir, 1997, en collaboration avec Jean-Yves Leloup
  La Quête du sens, éditions Albin Michel, 2000
  Le Grand Livre de la tendresse, éditions Albin Michel, 2002
  Le Souci de l'autre, Robert Laffont, 2004
  Mourir les yeux ouverts, éditions Albin Michel, 2005
  Nous ne nous sommes pas dit au revoir, éditions Robert Laffont, 2006
  La chaleur du cœur empêche nos corps de rouiller, éditions Robert Laffont, 2008
  La Sagesse d’une psychologue, L’Œil neuf éditions, 2009
  Une vie pour se mettre au monde, Carnets Nord, mars 2010, en coll. avec Bertrand Vergely
  Qu'allons nous faire de vous, éditions Carnets Nord, 2011 en coll. avec Edouard de Hennezel
  Nous voulons tous mourir dans la dignité, éditions Robert Laffont, 2013
  J'ai choisi de me battre, j'ai choisi de guérir, éditions Robert Laffont, 2014 avec Claude Pinault
  Sex and sixty : un avenir pour l'intimité amoureuse, éditions Robert Laffont, 2015
  Croire aux forces de l'esprit, éditions Fayard, 2016


son fil personnel : http://deschosesalire.forumactif.com/t1648-marie-de-hennezel

Jean-Yves Leloup
Né en 1950


Tag mort sur Des Choses à lire Leloup10

Jean-Yves Leloup est un écrivain, philosophe, théologien et prêtre français, né le 24 janvier 1950 à Angers.

Fondateur de l'Institut pour la rencontre et l'étude des civilisations et du Collège international des thérapeutes, Il est l'auteur de plus de quatre vingt ouvrages en français, traduits dans une vingtaine de langues notamment en anglais, en allemand, en espagnol et en portugais (Brésil).
Jean-Yves Leloup est né le 24 janvier 1950 à Angers. Dominicain de 1973 à 1986 environ, ordonné prêtre en 1978, puis prêtre orthodoxe, analyste, philosophe, spécialiste de patristique et de religions comparées ainsi que poète, il livre quelques « fragments de son itinérance » dans son livre L'Absurde et la Grâce. En tant que prêtre il appartient à l'Église non-canonique indépendante dite « Église orthodoxe française » de la « communion des Églises orthodoxes occidentales », (son évêque n'appartient pas à l'Assemblée des évêques orthodoxes de France) son monastère est celui de Saint-Michel dans le Var. Il a enseigné dans différentes universités et instituts de recherche en anthropologie fondamentale, en Europe, aux États Unis, au Canada, en Amérique du Sud.
Les ouvrages de Jean-Yves Leloup traitent essentiellement de spiritualité chrétienne. Avec une approche contemporaine des textes; il a traduit et commenté les Évangiles apocryphes de Thomas, Philippe et Marie de Magdala, ainsi que l’Évangile canonique de Saint-Jean. Il rappelle les traditions primitives, méditatives et monastiques de l’Église orthodoxe, (Mont Athos, Hésychasme) et l’enseignement des Pères de l'Église, notamment des Pères du désert. Il s’intéresse à l’ouverture spirituelle vers les autres traditions et à la part du féminin dans la spiritualité.


Publications

Spoiler:
Va ! L'esprit et la pratique des Béatitudes, Éditions Presses du Châtelet, Coll. La parole qui guérit, 2019
Vers une écologie intégrale, Éditions UPPR, 2018
Requiem, entrer dans l'Éternité, ( avec CD Jean Paul Dessy), Éditions Le Relié, 2018
L'évidence de l'Invisible, Éditions Actes Sud, 2018
Le Testament de Marie Madeleine, Éditions Lazare et Capuccine, 2018
Les dits de la femme qui brûle, Marguerite Porete, Editions Almora, 2018
Sagesse du Mont Athos, Éditions Philippe Rey, 2018
Il n'y a qu'un seul Dieu, Lequel?, Éditions Philippe Rey, 2018
Les portes de la transfiguration, Éditions Albin Michel, 2018
Le Cantique des cantiques, La sagesse de l'amour, éditions des Presses du Châtelet, 2017
Le livre de Salomon, La sagesse de la contemplation, éditions des Presses du Châtelet, 2017.
L'ecclésiaste (Le Qohelet) La sagesse de la lucidité, éditions des Presses du Châtelet, 2016.
Le philosophe et le djihadiste, éditions des Presses du Châtelet, 2016.
Réfléchir sur le cœur des choses, Éditions du Relié, 2016.
Sens et sagesse de l'icône, UPPR, 2015.
La sagesse qui guérit, Éditions Albin Michel, 2015.
Être chrétien aujourd'hui, UPPR, 2015.
Une danse immobile, éd. du Relié, 2015.
Pierres de nuit, éd. New York - Paris - Tokyo, Coll. Nouvelles tendances de l'art contemporain, 2014.
Les Épitres de Jean (traduction et commentaire), éd. Albin Michel, 2014.
De Nietzsche à maitre Eckhart, éd. Almora, 2014.
Faire la Paix, éd. du Relié, 2013.
Un obscur et lumineux silence, La théologie mystique de Denys l'aréopagite éd. Albin Michel, 2013.
Marie-Madeleine à la Sainte Baume, éd. du Relié, 2012.
Abécédaire de l’innommable, éd. Snoeck, 2012.
L’Apocalypse de Jean, éd. Albin Michel, 2011.
L’Assise et la marche, éd. Albin Michel, 2011.
Dictionnaire Amoureux de Jérusalem, éd. Plon, 2010.
Apocalypsis avec Catherine Arto et Jean-Paul Dessy, éd. Isabelle et Jacques Pologny, 2009.
Qui est « je suis » ? Connaissance de soi et connaissance du Soi, éd. du Relié, 2009.
L’immense et l’intime (photos de Jacques Polony, calligraphies de Kitty Sabatier), éd. Isabelle et Jacques Polony, 2008.
Jésus, Marie-Madeleine et l’incarnation, éd. Albin Michel, 2008.
Apprendre à être heureux ? (avec Lytta Basset, Pascal Bruckner, Eugen Drewermann, Jean-Paul Guetny, Marek Halter, Alain Houziaux, Gérard Miller, Ysé Tardan-Masquelier), éd. Albin Michel, 2008.
Mont Athos : sur le chemin de l’Infini (photographies de Ferrante Ferranti), éd. Philippe Rey, 2007.
Les profondeurs oubliées du Christianisme (avec Karin Andréa de Guise), éd. du Relié, 2007.
Innocence et Culpabilité (avec Marie de Solemme, Philippe Naquet, Paul Ricœur, Stan Rougier), éd. Albin Michel, 2007.
Le « Notre Père » : une lecture spirituelle, coll. « Spiritualité vivantes », éd. Albin Michel, 2007.
Aimer désespérément (collectif, avec André Comte-Sponville), éd. Albin Michel, 2007.
La Grâce de solitude (collectif, avec Christian Bobin), éd. Albin Michel, 2006.
Un homme trahi - le Roman de Judas, éd. Albin Michel, 2006.
Qui aime quand « je » t’aime ? (avec Catherine Bensaïd), éd. Albin Michel, 2005 (Pocket, 2006).
Tout est pur pour celui qui est pur, éd. Albin Michel, 2005.
La vie de Jésus racontée par un arbre (conte), coll. « jeunesse », éd. Albin Michel, 1995 (éd. Du Relié, 2005).
Guérir l’esprit. Le colloque de Bodhgaya (avec Faouzi Skali, Lama D.Teundroup), « Espaces libres », éd. Albin Michel, 2004.
L’Évangile de Philippe, coll. « Spiritualité vivantes », éd. Albin Michel, 2003.
Une femme innombrable. Le roman de Marie-Madeleine, éd. Albin Michel, 2002.
L’Évangile de Thomas (calligraphies de Frank Lalou), coll. « Les carnets du calligraphie », éd. Albin Michel, 2002
Un art de l’attention, éd. du Relié, 2000 (éd. Albin Michel, 2002).
Si ma maison brûlait, j’emporterais le feu, Entretien avec Edmond Blattchen, Alice éditions, 2001.
L’art de vivre au présent (collectif, avec André Comte-Sponville), coll. « Espaces libres », éd. Albin Michel, 2001.
Paroles d’ermites. Les Pères du désert, coll. « Carnets de sagesse », éd. Albin Michel, 2000.
La montagne dans l’océan. Méditation et compassion dans le bouddhisme et le christianisme, éd. Albin Michel, 2000.
L’Icône. Une école du regard, éd. Le Pommier, 2000.
Aimer… malgré tout (entretien avec Marie de Solemme), Éditions Dervy, 1999.
Ce corps. Paroles de Jésus et Anandamayi (avec J.C. Marol), Altess, 1999.
Prendre soin de l’Etre, les Thérapeutes selon Philon d’Alexandrie, éd. Albin Michel, 1999.
Sectes, Églises et religions. Elements pour un discernement spirituel , coll. « Espaces libres », éd. Albin Michel, 1998.
Introduction aux « vrais philosophes ». Les Pères grecs : un continent oublié de la pensée occidentale, éd. Albin Michel, 1998.
L’Evangile de Marie. Myriam de Magdala, éd. Albin Michel, 1997
Les livres des morts. Tradition du bouddhisme, tradition du christianisme, tradition égyptienne, éd. Albin Michel, 1997.
L’art de mourir : tradition religieuse et spiritualité humaniste face à la mort aujourd’hui (avec Marie de Hennezel), Éditions Robert Laffont, 1997 (Pocket, 2000).
Désert, déserts, coll. « Espaces libres », éd. Albin Michel, 1996.
Maître Eckhart, éd. Terre blanche, 1995 (épuisé).
La vie en Jésus-Christ selon Nicolas Cabasilas et Saint Thomas d’Aquin, Éditions Le Fennec, 1994 (épuisé).
Jean de la Croix ou la nuit habitée, éd. Le Fennec, 1994 (épuisé).
Texte de fondation du « Collège International des Thérapeutes », éd. Le Fennec, 1994 (épuisé).
Manque et plénitude. Éléments pour une mémoire de l’essentiel, éd. Albin Michel, 1994.
Paroles de Jésus. Sélection et présentation, coll. « Carnets de sagesse », éd. Albin Michel, 1994.
Jean Chrysostome : introduction aux Homélies sur l’Incompréhensibilité de Dieu, éd. Albin Michel, 1993.
Nocturnes (quatre poèmes et leur traduction anglaise), éd. Le Fennec, 1993 (épuisé).
Evagre le Pontique : introduction à Praxis et Gnosis, éd. Albin Michel, 1992.
Jean Cassien : introduction aux Collations, éd. Albin Michel, 1992.
La Voie du pèlerin, éd. Terre blanche, 1992 (épuisé).
L’Absurde et la Grâce : fragments d’une itinérance, éd. Albin Michel, 1991.
Paroles du Mont Athos, éd. Albin Michel, 1991 (Cerf, 1980).
« Entretien avec Olivier Germain-Thomas », in Agora : les Aventuriers de l’Esprit, éd. La Manufacture, 1991.
Ecrits sur L’Hésychasme, éd. Albin Michel, 1990
De l’aréalité du bleu, des vents, et des sables (poèmes et tableaux, sous le nom de Jean Khalil Sarov), éd. New York -Paris - Tokyo, coll. « Nouvelles tendances de l’art contemporain », 1990 (épuisé).
L’Evangile de Jean, éd. Albin Michel, 1989.
L’Enracinement et l’Ouverture, éd. Albin Michel, 1989.
L’Art d’apprivoiser le buffle (essai et traduction des dix tableaux de Kakouan), coll. « Pratiquer Zazen », éd. de l’Ouvert, 1988 (Le Fennec, 1994) (épuisé).
« Jnana Yoga. La Voie de la connaissance », in Les Yogas. Chemins de transformation, éd. Seveyrat, 1988.
« Approche métaphysique et éthique du visage de l’homme », in Visage, sens et contresens, éd. Eshel, 1988.
L’art du Saule (poèmes, accompagnés d’exercices proposés par Léonore Gottwald), éd. de l’Ouvert, 1987 (Verus, 2005).
Le Cantique des Cantiques (traduction et notes suivies d’échos sur les interprétations bibliques de Marc Chagall), éd. De l’Ouvert, 1987. (rééd. Terre Blanche, 1998).
L’Évangile de Thomas, éd. Albin Michel, 1986.


sources wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Yves_Leloup

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L'Art de mourir

co-écrit avec Jean Yves Leloup (prêtre et théologien orthodoxe)

Tag mort sur Des Choses à lire 517wg010

Cet ouvrage là m'a davantage amené de ressources.
Surtout les approches décrites par Leloup. Celui-ci a semble t il une bonne connaissance des rites et mythes d'un certain nombre de religions ou systèmes de pensée du monde, c'était intéressant de suivre ses analyses.

Il souligne notamment l'importance de témoigner au mourant de son identité profonde , qui dépasse la simple enveloppe souffrante et matérielle. "Vas vers toi même". D'en avoir la capacité.
C'est un livre qui traite de l'accompagnement aux personnes en fin de vie, de la fin de vie , aussi.
Les approches spirituelles croisées de Leloup m'ont très nettement enrichie, pour reconstituer fugacement mais nettement le "lieu" où se tenir. L'appareil symbolique et théologique de nombreuses cultures sont très reliées, dumoins sait il le montrer, là dessus. je conseille. Notamment il croise les mots des textes sacrés de différentes religions. Le contenu général reste assez léger, se presente sous forme de transcription d'interviews, ce n'est pas inaccessible ni un essai, je veux dire.

Je n'ai que moins rencontré la parole transmise par Hennezel. Ce qu'elle dit est intéressant mais plus basique , je dirais. Plus pragmatique. Ce sont les ouvrages que j'avais à disposition en mediatheque, j'aimerais topocl à l'avenir lire ceux dont tu parles, aussi, à bientôt de revenir.


Mots-clés : #mort #religion #spiritualite
par Nadine
le Mer 23 Oct - 9:53
 
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Sujet: Marie de Hennezel et Jean-Yves Leloup
Réponses: 2
Vues: 134

Pierre Clastres

Chronique des Indiens Guayaki, Ce que savent les Aché, chasseurs nomades du Paraguay

Tag mort sur Des Choses à lire Chroni10

Le texte de Pierre Clastres paraît d’abord assez brouillon : observations en immersion chez les Guayaki (en 1963), présentation historique de ceux-ci découverts par le monde extérieur (mais sans suivre le cours chronologique), récit de sa venue chez eux s’entremêlent avec des réflexions sur notre civilisation, y compris sa thèse d’un pouvoir politique séparé de la violence, c'est-à-dire en occurrence où le chef parle mais n’ordonne pas (finalement pas si éloigné de notre société).
Les Guayaki sont des chasseurs-cueilleurs nomades qui auraient régressé et se seraient réfugiés dans la forêt (en perdant l’agriculture) sous la pression de l’expansion des Guarani plus nombreux (leurs langues sont apparentées) ; ce sont des « "gens de la forêt", des selvages ». Toute leur existence ressortit à la chasse ; le chasseur ne consomme pas le gibier qu’il flèche, mais le distribue dans une économie d’échanges courtois ; si l’arc est viril, le panier est féminin (passionnant épisode du cas d’un homosexuel). Ils sont assez souvent d’un teint clair et d’une pilosité inusités chez les Amérindiens, ce qui suscite quelques mythes non-amérindien. A propos, ils sont aussi cannibales, « mangeurs de graisse humaine » ‒ « endocannibales, en ce qu’ils font de leur estomac la sépulture ultime des compagnons », régime nourrissant, excellent au goût, même rapproché de l’amour.
« Parce que manger quelqu’un c’est, d’une certaine manière, faire l’amour avec lui. »

Certaines extrapolations interprétatives m’ont paru audacieuses, surtout après un séjour d’à peine 8 mois chez les Guayaki (groupe hélas éteint dans les années qui suivirent), et peut-être datées après les travaux Lévi-Strauss et Descola ‒ bien sûr mon incompétence ne peut avancer que des impressions, moi je suis seulement venu pour la ballade en forêt, grignoter quelques larves de palmier pinto, tâter du miel de l’abeille irö (dilué d’eau), chatouiller les femmes en kivay coutumier.
C’est donc l’habituelle opposition nature et culture, la violence devant rester en-dehors de la communauté qui s’applique à maintenir l’ordre, l’équilibre entre excès et manque.
« Là-même gît le secret, et le savoir qu’en ont les Indiens : l’excès, la démesure sans cesse tentent d’altérer le mouvement des choses, et la tâche des hommes, c’est d’œuvrer à empêcher cela, c’est de garantir la vie collective contre le désordre. »

Sinon, la grande affaire est de posséder des femmes, que ce soit par rapt guerrier ou liaison consentie qu’on se les procure. Ils pratiquent le meurtre d’enfant par vengeance-compensation d’un autre décès ; ils tuent aussi les vieillards qui ne peuvent plus marcher ‒ et, bien sûr, ils les mangent.
Revigorante, cette comparaison d'une autre société à la nôtre, avec peut-être plus de rapprochements à faire que de différences à pointer.

Mots-clés : #amérindiens #contemythe #essai #identite #minoriteethnique #mort #social #temoignage #traditions
par Tristram
le Lun 14 Oct - 1:14
 
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Sujet: Pierre Clastres
Réponses: 2
Vues: 90

Ismail Kadare

Le général de l'armée morte

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Au début des années 60 un général italien (principal personnage, point de vue du narrateur) est missionné avec un prêtre pour rechercher les restes de militaires de la Seconde Guerre mondiale inhumés en Albanie. Ils conduisent l’exhumation de dépouilles identifiées à la présence du médaillon réglementaire, à la taille de l’individu estimée d’après celle de ses os longs.
« L'armée était là, en bas, hors du temps, figée, calcifiée, recouverte de terre. Il avait pour mission de la faire se relever de terre. Et cette tâche lui faisait peur. » (Première partie, chapitre premier)

« Au début, il n'y avait que quelques pelotons de cercueils, puis, graduellement, des compagnies et des bataillons se sont formés, et on est maintenant en train de compléter les régiments et les divisions. » (Première partie, chapitre treizième)

« Il était venu de loin troubler le grand sommeil d'une armée entière. Muni de cartes et de listes, il avait, à coups d'outils métalliques, frappé le sol qui les recouvrait sans bien savoir si eux-mêmes souhaitaient ou non être dérangés. » (Deuxième partie, chapitre dix-neuvième)


Cela se passe systématiquement dans la boue, le froid, la brume (Kadaré passe sous silence printemps comme été) ; l’ambiance est bien sûr funèbre. La prégnante métaphore du double, de l’ombre de la guerre est savamment développée.
« – Nous avons été vaincus par l'ombre de la guerre. Qu'en aurait-il été si ç'avait été par la guerre elle-même !  
– La guerre elle-même ? Peut-être cela aurait-il mieux valu."  
Ils dissertèrent à nouveau sur la guerre et son double, toujours incapables de décider s'ils préféraient l'une ou l'autre. » (Deuxième partie, chapitre vingt-quatrième)

C’est l’opportunité de rendre l’inanité, la perte, l'anonymat autant que le drame de la guerre.
« Vous avez dit qu'il s'était passé des choses grotesques. Plus que ridicules, ces épisodes sont consternants.
– À la guerre, il est malaisé de faire le partage entre le tragique et le grotesque, l'héroïque et le consternant... » (Première partie, chapitre douzième)

L’aspect cocasse est à peine prononcé, presque subliminal, c’est un discret (mais grinçant) humour gogolien (dans le premier extrait suivant, une autre nation belligérante de l’époque est aussi à la recherche de ses morts au combat) :
« – Peut-être ont-ils si bien saboté leur travail que, ne trouvant plus rien, ils se sont mis à piller les premières tombes rencontrées en chemin. […] – Autrement dit, les restes de nos soldats vont être distribués à des familles étrangères au lieu d'être remis aux leurs ! éructa le général. C'est à devenir fou !
– Il faut croire qu'ils ont pris des engagements, commenta le prêtre. Et comme...
– Et comme ils ne découvrent pas les leurs, ils font main basse sur tout ce qui leur tombe sous la main. Ah, le beau travail ! » (Première partie, chapitre quinzième)

« Quoi qu'il en fût, il devait bien y avoir un moyen de remédier à cette affaire. Il en parlerait avec le prêtre. Il y avait quantité de soldats qui mesuraient un mètre quatre-vingt-deux, la taille du colonel. Pour ce qui était des dents, on pourrait facilement se débrouiller. Et qui se douterait alors que les restes du colonel n'étaient pas vraiment les siens ? Plus il y réfléchissait, plus il lui paraissait possible de se mettre d'accord là-dessus avec le prêtre. » (Deuxième partie, chapitre vingt-deuxième)

« "J'ai été aussi général, fit-il d'un ton où perçait l'irritation, et j'ai fait la guerre en Albanie."
Tous deux se toisèrent un instant avec mépris, l'un parce qu'il avait devant lui un général vaincu, l'autre parce qu'il se trouvait face à un général de temps de paix. » (Première partie, chapitre quatrième)

L'Albanie et les Albanais sont vus par des étrangers, et malicieusement la part des préventions ou fabulations de ces derniers est parfois difficile à évaluer...
Est retrouvé un journal, celui d’un déserteur devenu valet d’un moulin, à la grande honte du général d’une grande, héroïque armée ; y est mentionné le Bataillon bleu commandé par le colonel Z., une unité de sinistre mémoire, responsable de massacres civils et d’exécutions de déserteurs. Betty, la veuve du colonel après quinze jours de vie commune, revient souvent dans les pensées du général. Un certain suspense épice le récit…
Étrange dédoublement du général temporairement réincarné-identifié en une des sentinelles tuées lors de la dernière guerre :
« Depuis qu'il avait remarqué que, non seulement dans ses conversations, mais dans tous les épisodes de sa vie s'introduisaient peu à peu des éléments étrangers, des phrases de visiteurs qu'il avait reçus chez lui, des fragments de lettres ou de journaux de soldats morts, il avait fait effort pour endiguer ce flux. Mais celui-ci s'était révélé si puissant que des mots, des phrases, parfois des récits entiers de disparus envahissaient son cerveau. Ils refoulaient tout le reste et, de jour en jour, accroissaient sur lui leur emprise.
Parfois, il se consolait à l'idée que c'était un phénomène auquel il lui fallait s'attendre. Et sa crainte qu'à employer des phrases ou des mots de personnages du royaume des ombres, lui-même ne finît par s'y intégrer, s'était désormais dissipée. Il était devenu un des leurs ; jour après jour, saison après saison, il était entré dans cet univers et, quoi qu'il fit désormais, il ne pourrait plus en sortir. » (Deuxième partie, chapitre dix-septième)


Première partie
Chapitre premier
Chapitre deuxième
Chapitre sans numéro
Chapitre troisième
Chapitre quatrième
Chapitre cinquième
Chapitre sixième
Chapitre sans numéro
Chapitre septième
Chapitre huitième
Chapitre neuvième
Chapitre dixième
Chapitre onzième
Chapitre douzième
Chapitre sans numéro
Chapitre treizième
Chapitre quatorzième
Chapitre quinzième
Chapitre seizième
Deuxième partie
Chapitre dix-septième
Chapitre dix-huitième
Chapitre sans numéro
Autre chapitre sans numéro
Autre chapitre sans numéro
Autre chapitre sans numéro
Chapitre dix-neuvième
Chapitre vingtième
Chapitre vingt-et-unième
Chapitre vingt-deuxième
Chapitre vingt-troisième
Chapitre vingt-quatrième
Chapitre vingt-cinquième
Avant-dernier chapitre
Dernier chapitre


A mon excellente habitude j’ai établi la table des matières, mais surtout parce qu’elle est bien particulière : rompant le déroulement chronologique, les chapitres sans numéro peuvent prendre place à différents états du cours des recherches, et donnent au lecteur le sentiment d’une dilatation ou de lacunes temporelles, d’une indétermination dans l’écoulement irréversible.
Pour la toute petite histoire, j’ai commencé à lire ce livre en troisième, à l’instigation d’un professeur ; il me restait le souvenir d’un bouquin "prise de tête », et aujourd’hui je crois plutôt que l’ouvrage m’était paru peu "glamour". En tout cas c’est, sans conteste de mon point de vue actuel, un chef-d’œuvre.
« Puis on avait trinqué, et, derrière le tintement ténu du cristal, on aurait cru entendre un lointain grondement de canons. […]
Et pas seulement le grondement des canons, mais aussi le crépitement des mitrailleuses, le cliquetis des baïonnettes, le tintement des gamelles à l'approche du soir, pour la distribution de la soupe. Derrière le tintement des verres, il y avait tout cela, chacun en était conscient, tous le percevaient... » (Deuxième partie, chapitre vingt-quatrième)


Mots-clés : #guerre #mort
par Tristram
le Dim 6 Oct - 21:04
 
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Sujet: Ismail Kadare
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Vénus Khoury-Ghata

La maison aux orties

Tag mort sur Des Choses à lire La_mai10

Roman, 2006, éditions Actes Sud, 110 pages environ.

J'ai beaucoup aimé ce roman.
Vénus Khoury-Ghata explique le projet en prologue:
Prologue a écrit:Deux années de travail acharné, des dizaines de pages sacrifiées avec la fausse impression de coller à la réalité. Le mot "Fin" étalé sur la dernière page et m'étant relue, j'ai constaté que ces pages ne contenaient que des pépites de ce que j'ai vécu. L'écriture seul maître à bord a tiré les ficelles et m'a entraînée vers une réalité enrobée de fiction.
  Il m'est impossible de faire la part du vrai et de l'inventé, de démêler la masse compacte faite de mensonges et de vérité. À quelle date exacte avait commencé la déchéance de mon frère ? Où fut enterré mon père ? La guerre limitant les déplacements, on enterrait sur place à l'époque. Les personnages de ce livre n'étant plus de ce monde, je les ai convoqués par la pensée et leur ai demandé de donner leur version personnelle des faits.
  Penchée par-dessus mon épaule, mon analphabète de mère me dicte ses espoirs et ses désillusions. Mon jeune mari mort il y a deux décennies me donne rendez-vous dans un café, et me demande de lui décrire ma vie après lui. Seul mon frère reste sourd à mes appels.


La maison aux orties est la maison natale au Liban, la mère de Vénus se promettait chaque jour de les arracher, ces plantes envahissantes, inutiles et inesthétique afin de planter par exemple des hortensias, et, par procrastination, différait chaque jour cette tâche promise: elle ne l'a jamais accomplie.

Roman névrotique, passablement ravagé, avec plus d'humour qu'il n'y paraît.
Il est bon d'avoir lu l'autre bouquin avec une maison dans le titre (Une maison au bord des larmes) auparavant. Au reste, l'écriture en est assez différente.
Le style est nettement plus savoureux, réfléchi, avec la mise en valeur par jeu de reliefs de passages complets que dans le tempétueux Une maison au bord des larmes, montrant ainsi que Vénus Khoury-Ghata, poète, traductrice et romancière, a décidément bien des cordes à son arc, est-il si fréquent de voir de telles évolutions stylistiques, en peu d'années, chez un romancier ?

Vénus, son défunt jeune mari, feu ses parents, son voisin Boilevent, ses chattes, sa fille Yasmine alias Mie, son amant (désigné par l'initiale M., peintre chilien de grande notoriété - pour les moins perspicaces, j'avance le nom complet tel que je le présume: Matta), les coulisses du prix Max-Jacob avec des évocations marquantes (Alain Bosquet, Jean Kaplinski, etc...), bien des petits détails tout à fait croquignolets et quantité d'autres choses encore: roman de la solitude et de la vieillesse approchant, mais certainement pas roman de la décrépitude ! Madame, vos morts sont si emplis de vie !

Mots-clés : #amitié #amour #autobiographie #humour #mort
par Aventin
le Sam 21 Sep - 11:20
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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William Faulkner

Monnaie de singe

Tag mort sur Des Choses à lire Monnai10

De retour de la Première Guerre mondiale en train avec Joe Gilligan et le cadet Lowe fort ivres, et la récente veuve Margaret Powers à la bouche rouge comme une blessure, Donald Mahon, aviateur blessé, commence à devenir aveugle et mourir.
Le jeune cadet Julian Lowe est un « aspirant » fort dépité que la guerre soit terminée avant qu’il devienne un aviateur, un « as » (avec les « ailes » comme insigne, et une blessure gratifiante) :
« Être lui, avoir des ailes, mais avoir aussi sa balafre ! »

« …] en s’appliquant à avoir plus de dix-neuf ans (pourquoi dix-neuf ans a-t-il honte de lui-même ?) »

Julian constitue un personnage assez lamentable, mais très bien observé ; tombé sous le charme de Margaret, il ne cessera pas de lui envoyer des lettres minables tout au long du roman.
Januarius Jones (présenté comme un bouc obèse aux yeux jaunes, cynique et pervers) rencontre le pasteur Mahon, père de Donald (qu’il croit mort), puis Cecily Saunders, sa délicate, blanche et arbustive fiancée (qui depuis fréquente le falot George Farr) ; arrivent Mrs Powers, enfin Joe avec Donald. Est présente Emmy, la servante (avec qui ce dernier a couché).
C’est une scène de théâtre, un bal sordide, tableau satirique qui pourrait se sous-titrer "prestige de l’uniforme auprès de la gent féminine en temps de guerre". On peut concevoir que Faulkner puisse avoir été considéré comme misogyne ; voici une réplique à sa décharge :
« ‒ Ce sont les hommes qui s’inquiètent de l’honorabilité de notre nom parce que ce sont eux qui nous les donnent. Mais nous avons, quant à nous, d’autres soucis en tête. Ce que vous appelez un nom honorable est comme un vêtement trop léger pour être confortable. »

Et une confession :
« ‒ Je crois que vous devenez misanthrope, Joe." […]
"Assurément, quand il s’agit de femmes. »

La détresse, l’espoir irraisonné du Révérend, père du condamné, est rendue avec une certaine cruauté :
« Le spécialiste d’Atlanta nous avait bien dit qu’il devait devenir aveugle. Mais les médecins ne savent pas tout. Qui sait ? Quand il aura repris des forces et sera tout à fait rétabli, peut-être recouvrera-t-il la vue.
‒ Oui, oui, fit le recteur prêt à s’accrocher à n’importe quoi. Qu’il se remette ! Et ensuite nous verrons. »

La foi et la religion sont d’ailleurs questionnées, ainsi au moyen de cette curieuse conception théologique du Révérend Mahon, suivie d'une réflexion sartrienne de Joe :
« "Les voies du hasard sont bien impénétrables, Joe.
‒ Je pensais, mon Révérend, que vous auriez dit les voies de Dieu.
‒ Dieu, c’est le hasard des circonstances, Joe. Dieu est en ce monde. Nous ne savons rien de l’autre. Cela viendra en son temps. "Le royaume de Dieu est dans le cœur de l’homme" ; c’est la Bible qui le dit.
‒ N’est-ce pas là une doctrine assez inattendue de la part d’un pasteur ?
‒ Rappelez-vous, Joe, je suis un vieil homme. J’ai passé l’âge des querelles et des rancunes. Nous faisons notre paradis et notre enfer dans cette vie. Qui sait ? peut-être après notre mort ne sommes-nous appelés à aller nulle part, à ne faire quoi que ce soit. Ce serait cela, le paradis.
‒ Ou ce sont les autres qui font pour nous le paradis ou l’enfer. »

Dès le début du second chapitre, Faulkner présente d'étrange façon l’église du Révérend Mahon :
« De l’ensemble gothique de l’église s’élançait le clocher comme une prière de bronze indestructible, perpétuant l’illusion d’une chute lente parmi les petits nuages impassibles. »

Et voici, vers la fin, l’évocation d’une pauvre église de Noirs :
« Enfin, dans un bouquet d’arbres au bord de la route, ils virent la misérable petite église avec sa contrefaçon de clocher penché. »

Tout le roman est parcouru par un certain humour, certes caustique, plutôt de la raillerie, voire du sarcasme. Mais peut-être cette dérision grinçante est-elle aussi shakespearienne, selon l’inspiration de ce drame d’amours et de mort.
Ce premier roman me paraît vraiment être une bonne porte, d’ailleurs évidente, pour entrer dans l’œuvre de Faulkner, et sa manière caractéristique d’injecter les bribes de pensées des personnages en soliloque brut, de dévoiler nombre d’observations psychologiques et sociales tout en préservant la part humaine d’insondabilité ‒ sans compter des pensées métaphysiques qui sentent peut-être encore un peu leur auteur débutant :
« Toutes les impressions d’une journée, qu’il y en ait dix ou cent mille, on cette faculté précieuse de tomber dans l’oubli, où tôt ou tard s’ensevelissent toutes les inventions humaines. Voilà qui préserve le monde d’un encombrement désastreux. »

« Le Sexe et la Mort, porte d’entrée et porte de sortie du monde. Comme ils sont en nous inséparables ! Durant notre jeunesse ils nous enlèvent au-dessus de la chair ; quand nous sommes devenus vieux, ils nous ramènent à la chair, l’un nous engraissant, l’autre nous décharnant, au bénéfice des vers. Quand les instincts sexuels sont-ils plus aisément satisfaits qu’en temps de guerre, de famine, d’inondation, d’incendie ? »

« La liberté naît de la décision : elle n’attend pas l’action. […] Le mieux est de se contenter d’être libre sans en avoir conscience. Avoir conscience d’être ceci ou cela implique une comparaison, un rapport avec son contraire. Vivez donc votre rêve, mais ne le réalisez pas. Sinon ce sera la satiété. Ou le désespoir. Lequel est pire, je me le demande ? »


Bonus : tout au long de cette belle lecture, j’ai été accompagné par l’illustration de couverture, Gamme jaune de Kupka, représentant ton sur ton ce qui paraît être un lecteur malade s’étant assoupi :

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J’ai été frappé par le plombé des paupières baissées, sombre complémentaire bleue comme un regard.
Il existe une IIe étude de cette œuvre, plus figurative, voire expressionniste :

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Mots-clés : #mort #premiereguerre
par Tristram
le Sam 10 Aoû - 14:33
 
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Sujet: William Faulkner
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Georges Rodenbach

Bruges-la-Morte (1892)

Tag mort sur Des Choses à lire 51fd1b10

Hugues Viane ne se console pas de la disparition de sa femme. Il s'est réfugié à Bruges dont l'eau stagnante des canaux convient à son deuil. Il erre dans le labyrinthe des rues, croise une inconnue dont la silhouette, la démarche, le visage le frappent de stupeur : " Ah, comme elle ressemblait à la morte ! "

"Bruges-la-Morte" associe les thèmes du fantastique aux intuitions du symbolisme. Il donne aussi l'exemple, avant "Nadja" d'André Breton, du premier ouvrage d'auteur illustré de photographies.

Cette réédition d'un des chefs-d'oeuvre de la littérature "fin de siècle" est accompagnée des trente-cinq illustrations de l'édition oiginale [1892] et de nombreuses variantes.


D'habitude le GF est un repoussoir pour moi avec sa police minuscule et illisible, mais cette édition est vraiment agréable à lire, aérée et comprenant les illustrations d'origine, qui parsèment le texte.

Ami de Mallarmé, et membre du courant symboliste en son temps, Robenbach ne manque pas de talent. Et ce court roman est une belle découverte pour ma part.
Cela fait un peu penser à Nadja, comme le dit le synopsis, allez savoir si Breton s'en est inspiré ?

On suit avec plaisir ce veuf désespéré dans une Bruges aux allures fin-de-siècle. La bigoterie de l'époque est aussi bien présente avec la servante notamment.
Dans une prose poétique, l'on suit un homme qui cherche à faire revivre les souvenirs de sa femme, morte, dans la ville, puis à travers une autre femme.

Hugues songeait : quel pouvoir indéfinissable que celui de la ressemblance !

Elle correspond aux deux besoins contradictoires de la nature humaine : l’habitude et la nouveauté. L’habitude qui est la loi, le rythme même de l’être. Hugues l’avait expérimenté avec une acuité qui décida de sa destinée sans remède. Pour avoir vécu dix ans auprès d’une femme toujours chère, il ne pouvait plus se désaccoutumer d’elle, continuait à s’occuper de l’absente et à chercher sa figure sur d’autres visages.

D’autre part, le goût de la nouveauté est non moins instinctif. L’homme se lasse à posséder le même bien. On ne jouit du bonheur, comme de la santé, que par contraste. Et l’amour aussi est dans l’intermittence de lui-même.

Or la ressemblance est précisément ce qui les concilie en nous, leur fait part égale, les joint en un point imprécis. La ressemblance est la ligne d’horizon de l’habitude et de la nouveauté.

En amour principalement, cette sorte de raffinement opère : charme d’une femme nouvelle arrivant qui ressemblerait à l’ancienne !

Hugues en jouissait avec un grandissant délice, lui que la solitude et la douleur avaient dès longtemps sensibilisé jusqu’à ces nuances d’âme. N’est-ce pas d’ailleurs par un sentiment inné des analogies désirables qu’il était venu vivre à Bruges dès son veuvage ?

Il avait ce qu’on pourrait appeler « le sens de la ressemblance », un sens supplémentaire, frêle et souffreteux, qui rattachait par mille liens ténus les choses entre elles, apparentait les arbres par des fils de la Vierge, créait une télégraphie immatérielle entre son âme et les tours inconsolables.

C’est pour cela qu’il avait choisi Bruges, Bruges d’où la mer s’était retirée, comme un grand bonheur aussi.


les ruptures d'amour sont comme une petite mort, ayant aussi leurs départs sans adieux.



Mots-clés : #amour #lieu #mort #xixesiecle
par Arturo
le Lun 17 Juin - 21:18
 
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Sujet: Georges Rodenbach
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Jean Mattern

Le Bleu du Lac

Tag mort sur Des Choses à lire 31jbj110


Originale: Français, 2018

CONTENU:
amaz.raccourci a écrit:Quand un soir elle a remplacé au pied levé Pogorelich à Wigmore Hall, la salle de concert londonienne, celle qui allait devenir la grande pianiste Viviane Craig ne savait pas encore que sa gloire soudaine ne serait pas son défi le plus difficile à relever. Si sa vie tranquille de professeur de piano, mariée au directeur du service culturel de la BBC, a certes changé après ce succès inaugural, sa rencontre avec James, l'évidence avec laquelle elle a cédé au désir de ce charismatique critique musical, boxeur à ses heures, a profondément bouleversé son équilibre intime.

Des années plus tard, alors que leur passion va grandissant, Viviane apprend, par un appel de son exécuteur testamentaire, le décès brutal de James. Sans mesurer le sens ni la portée de la requête posthume qu'il transmet, l'homme invite la pianiste, retirée depuis cinq ans déjà de la scène musicale, à jouer une dernière fois lors de la messe de funérailles. Pendant le long trajet en métro qui va la conduire de sa demeure de Wimbledon au quartier de Holborn, Viviane, elle-même stupéfaite d'avoir accepté sans réfléchir cette épreuve, laisse libre cours aux émotions qui l'assaillent. L'église choisie par James, minutieux ordonnateur de la cérémonie, est voisine de son appartement à lui, refuge de leurs amours ...


REMARQUES :
Comme dans « Les bains de Kiraly » il s’agit aussi ici d’un livre sur une perte et une forme d’incommunicabilité, d’impossibilité apparente de porter un chagrin publiquemment… Pour clarifier le cadre de narration : tout se passe lors de ce trajet de la maison vers le lieu des funerailles où elle doit jouer une pièce de Brahms. Et les souvenirs assaillent la pianiste célébre, mariée et mère de famille, la soixantaine, mais aussi amante de ce James Fletcher ; 55 ans, critique musical, compositeur et musicologue, mais aussi boxeur à ses heures perdues, mort d’apnées de sommeil. La forme extérieure avec Viviane comme narratrice – pratiquemment pas de paragraphes dans le texte, beaucoup de phrases halétantes – donne au livre quelque chose qui pousse en avant, quelque chose de très instable, inquiet presque. Ou de plaintive, d’incontrôlée ?! Personne semble être au courant de leur amour de plusieurs décennies ! Ils se terrent dans l’appartement de James.

Elle parle volontiers du fait à quel point elle se fiche des conventions, des « règles hypocrites de la societé ». Néanmoins je me demandais constamment pourquoi alors ils vivent leur amour dans une telle cachette et finalement sont esclaves alors de ces étiquettes, jouant une comédie? Pour finalement alors garder l’autre vie de couple marié ? Bizarre, et je me fâchais avec cette liberté affichée qui, selon moi, n’en était pas une. Et le temps présent est quand même l’an 2002 ! Donc, jamais avoué cette double vie vers l’extérieur, ni à son mari.

Puis certaines répétitions trop automatiques, l’auto-célébration, et celle de l’amant, parfait dans son corps, avec « un membre comme il faut », deviennent gênantes, voir pénible. Ce nombrilisme montre éventuellement comment l’auteur (efin un homme) voudrait être vu par une femme ? Pour moi cela manquait de maturité, voir de profondeur. Un amour ne se vit pas non plus lors d’environ deux décennies, voir trois, entre quatre murs ou seulement au lit, dans un pur égoïsme à deux.

Bien sûr on pourrait accueillir avec étonnement un « petit » revirement à la fin, mais on s’y attendait, presque. Donc, ici Mattern m’a plutôt décu.

Mots-clés : #amour #mort #musique
par tom léo
le Mar 11 Juin - 21:53
 
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Sujet: Jean Mattern
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François Cheng

Quand reviennent les âmes errantes
Sous-titré: Drame à trois voix avec chœur.

Tag mort sur Des Choses à lire Quand10
Court roman, 140 pages environ, paru en 2012.

François Cheng a bâti ce livre comme un opéra, voir le sous-titre en guise de clin d'œil musical.
Cinq actes comme autant de Mouvements, et un chant final.

Tout comme dans Le Dit de Tian-Yi le cœur de l'ouvrage est une relation à trois, une femme, Chun-niang (qui incarne la Beauté) et deux hommes, Jing Ko (le Chevalier) et Gao Jian-li (le Barde).
Ce trio prend le "je" narratif à tour de rôle, mais il y a aussi un narrateur extérieur: cela concourt à cet aspect presto ! qui semble être la marque de fabrique formelle de ce roman.

C'est aussi un roman historique, situé au troisième siècle avant Jésus-Christ, c'est la période, noire, trouble, des Royaumes combattants, avec la victoire unificatrice de l'autocrate plus que très cruel Qin Shi Huang (Zheng dans le roman), le Premier Empereur de Chine, considéré comme le père de la Grande Muraille, qui pense fonder une dynastie pour "dix mille générations", or elle ne lui survivra...que trois ans.  

La poétique (un lyrisme voyant mais jamais criard) et le découpage à la façon musicale ne viennent en rien estomper l'intensité et la noirceur de ce qui est une dramatique, quelques pages (dispensables pour les âmes sensibles) de tortures nous rappellent combien cru et cruauté s'accordent.

Opus un peu en-dedans par rapport aux splendeurs déployées par Le Dit de Tian-Yi, la comparaison ne tourne pas en faveur de Quand reviennent les âmes errantes, peut-être même faut-il conseiller de commencer par ce dernier livre avant d'entreprendre la lecture du Dit (le lecteur pressé et soucieux de quelques éléments de la thématique du trio amoureux chez M. François Cheng y verra une bonne aubaine, d'ailleurs) ?

Le chant final, je ne sais pas ce qu'il vaut en chinois, ni s'il a été composé en français directement (probablement), mais il sonne un peu trop "traduit du" pour valoir...emballage final: allez, lecteur exigeant et conscient du talent de l'auteur, je le dis: j'attendais mieux de M. François Cheng, poète de qualité.

Reste que, et ça va peut-être vous sembler contradictoire avec ce que je viens d'écrire, l'écrivain élégant qu'il est, racé sans préciosité, limpide, est toujours un bonheur de lecture.  


Acte III a écrit: Le repas terminé, Gao Jian-Li se lève et se met à l'écart. Son zhou posé sur les genoux, il joue. Tout d'abord un morceau grave et solennel, puis il entre dans le mode zhi, celui du ton rompu. C'est dans ce mode que les musiciens expriment les sentiments les plus tragiques. À mesure que le chant avance, les sons mêlés au bruit de l'eau sont plus poignants, plus intenses. Les participants à la scène ont les yeux exorbités et les cheveux dressés.  


Acte I a écrit:À peine deux ans plus tard arriva le malheur. Le vert de la nature vira au jaune terreux. Privé de pluie, accablé de chaleur, le sol se mit à craqueler. La sécheresse s'installa, inexorablement, suivie d'une terrible famine. Partout plantes et bétail périssaient. Torturés par la soif et la faim, nous étions réduits à traquer le moindre fruit sauvage, la moindre flaque d'eau, le moindre brin d'herbe, le moindre insecte. Une nuit, la poitrine creuse et le ventre gonflé, mon frère expira dans les bras de ma mère. Le lendemain, enveloppé d'un drap, son pauvre corps fut enterré. L'inexorable exode commença. Nous fuyions sur la grand-route jonchée de cadavres. Mes parents, exténués, devaient me porter tour à tour car, totalement épuisée, je ne pouvais plus avancer d'un pas. Afin que j'ai une chance d'avoir la vie sauve, ils furent acculés à me laisser à un couple d'aubergistes, en échange d'une petite somme d'argent. C'est ainsi que je fus vendue à des étrangers en un rien de temps.  




Mots-clés : #conditionfeminine #guerre #historique #mort #regimeautoritaire
par Aventin
le Dim 9 Juin - 18:50
 
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Sujet: François Cheng
Réponses: 11
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William Faulkner

Trois nouvelles (Une rose pour Emily - Soleil couchant - Septembre ardent)

Tag mort sur Des Choses à lire A_rose10
Titres originaux: A Rose for Emily - That evening sun - Dry September.

Lu en version Folio bilingue (ci-dessus).
Dates de premières publications: 1930 pour A Rose for Emily, 1931 pour That evening sun et pour Dry September.


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A Rose for Emily (Une rose pour Emily):

Le narrateur écrit au "je", plus exactement au "nous", "nous" englobant ainsi tous les habitants de la ville (Jefferson, bien connue des lecteurs de Faulkner).
Emily et sa maison sont, en quelque sorte, deux monuments, deux exceptions à Jefferson. L'histoire débute par l'évocation de la date du décès d'Emily. Ce décès donne enfin l'occasion à la communauté villageoise de pousser la porte de la maison d'Emily, où elle vivait recluse en compagnie d'un vieux serviteur, qui disparaît dès le décès officialisé:

V a écrit:Le Noir vint à la porte recevoir la première des dames. Il les fit entrer avec leurs voix assourdies et chuchotantes, leurs coups d'œil rapides et furtifs, puis il disparut. Il traversa toute la maison, sortit par-derrière et on ne le revit plus jamais.
Les deux cousines arrivèrent tout de suite. Elles firent procéder à l'enterrement le second jour. Toute la ville vint regarder Miss Emily sous une masse de fleurs achetées. Le portrait au crayon de son père rêvait d'un air profond au-dessus de la bière, les dames chuchotaient, macabres, et, sur la galerie et la pelouse, les très vieux messieurs - quelques-uns dans leurs uniformes bien brossés de Confédérés - parlaient de Miss Emily comme si elle avait été leur contemporaine, se figurant qu'ils avaient dansé avec elle, qu'ils l'avaient courtisée peut-être, confondant le temps et sa progression mathématique, comme font les vieillards pour qui le passé n'est pas une route qui diminue mais, bien plutôt, une vaste prairie que l'hiver n'atteint jamais, séparé d'eux maintenant par l'étroit goulot de bouteille des dix dernières années.


V a écrit:The Negro met the first of the ladies at the front door and let them in, with their hushed, sibilant voices and their quick, curious glances, and then he disappeared. He walked right through the house and out the back and was not seen again.The two female cousins came at once. They held the funeral on the second day, with the town coming to look at Miss Emily beneath a mass of bought flowers, with the crayon face of her father musing profoundly above the bier and the ladies sibilant and macabre; and the very old men --some in their brushed Confederate uniforms--on the porch and the lawn, talking of Miss Emily as if she had been a contemporary of theirs, believing that they had danced with her and courted her perhaps, confusing time with its mathematical progression, as the old do, to whom all the past is not a diminishing road but, instead, a huge meadow which no winter ever quite touches, divided from them now by the narrow bottle-neck of the most recent decade of years.


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That evening sun  (Soleil couchant):

Le thème de la peur, traité très en finesse. Quelle virtuosité dans l'inexprimé, quelle économie de mots, aussi. Beaucoup de dialogues, mettant en avant le langage des enfants:
En effet le narrateur au "je" de la nouvelle est un enfant de neuf ans, Quentin:
Autant Christian Bobin m'avait exaspéré avec ce procédé-là dans La folle allure, autant William Faulkner m'enchante dans That evening sun !

IV a écrit:
Alors, Nancy se remit à faire le bruit, pas fort. Assise, penchée au-dessus du feu, elle laissait pendre ses longues mains entre ses genoux. Soudain, l'eau se mit à couler sur sa figure, en grosses gouttes. Et, dans chaque goutte, tournait une petite boule de feu, comme une étincelle, jusqu'au moment où elle lui tombait du menton/ "Elle ne pleure pas, dis-je".
- "Je ne pleure pas" dit Nancy. Elle avait les yeux fermés. ""Je ne pleure pas. Qui est-ce ?
- Je ne sais pas, dit Caddy qui se dirigea vers la porte et regarda au-dehors. Il va falloir que nous partions, dit-elle. Voilà Papa.
- Je vais le dire, dit Jason. C'est vous qui m'avez forcé à venir."


IV a écrit:Then Nancy began to make that sound again, not loud, sitting there above the fire, her long hands dangling between her knees; all of a sudden water began to come out on her face in big drops, running down her face, carrying in each one a little turning ball of firelight like a spark until it dropped off her chin. "She's not crying," I said.
"I ain't crying," Nancy said. Her eyes were closed. "I ain't crying. Who is it?"
"I don't know," Caddy said. She went to the door and looked out. "We've got to go now," she said. "Here comes father."
"I'm going to tell," Jason said. "Yawl made me come."




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Dry September (Septembre ardent):

Un salon de coiffure pour hommes [blancs] dans une petite ville du Sud Faulknérien. Une rumeur de viol d'une femme blanche célibataire par un noir enflamme la conversation. Seul le coiffeur s'interpose et est persuadé de l'innocence du noir.

Nouvelle où action et suggestion sont étroitement imbriquées, avec finesse: la non-description du lynchage est remarquable, dans ce registre-là (il fut, paraît-il, reproché à Faulkner de ne pas avoir couché ce lynchage sur papier). Très sobre dans son écriture, Faulkner nous gratifie d'une nouvelle dense, paroystique: du grand art.

III a écrit:
La vitesse précipita Hawk parmi les ronces poussiéreuses jusque dans le fossé. Un nuage de poussière s'éleva autour de lui, et il resta étendu, haletant, secoué de nausées, parmi les craquements ténus, agressifs de tiges sans sève, jusqu'à ce que la seconde voiture soit passée et ors de vue. Alors, il se leva et s'éloigna, traînant la jambe. Arrivé sur la grand-route, il prit la direction de la ville en brossant de ses mains son vêtement. La lune avait monté, elle glissait très haut, sortie enfin du nuage de poussière sous lequel, au bout d'un moment, la lueur de la ville apparut.

 

III a écrit:The impetus hurled him crashing through dust-sheathed weeds, into the ditch. Dust puffed about him, and in a thin, vicious crackling of sapless stems he lay choking and retching until the second car passed and died away. Then he rose and limped on until he reached the highroad and turned toward town, brushing at his clothes with his hands. The moon was higher, riding high and clear of the dust at last, and after a while the town began to glare beneath the dust.



Mots-clés : #criminalite #justice #mort #psychologique #racisme #segregation #vieillesse #violence
par Aventin
le Dim 9 Juin - 13:35
 
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Sujet: William Faulkner
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Ivan Alekseïevitch Bounine

Le Fol artiste

Tag mort sur Des Choses à lire Bm_10110

Un homme arrive en Russie en provenance de stockholm, le 24 décembre 1916 accompagné de son serviteur, il réclame à l'hôtel une belle chambre et il clame "je suis un artiste" !
Il sort, prend un taxi et se fait conduire dans un magasin d'encadrement de tableau, mais ce magasin ne vend pas des couleurs pour peindre ; il presse ensuite le conducteur pour le retour car il doit débuter son tableau à une heure précise.
Ce tableau doit être immortel,c'est une promesse faite à sa femme mourante ; il montre l'alliance d'elle qu'il porte à son doigt à son serviteur et lui dit que c'est un testament, qu'il peindra un tableau immortel et lui offrira à lui !
Mais le "fol artiste" est venu sans le matériel et en Russie à cette époque de guerre il n'y a point de couleurs, point de pinceau !
Après une longue nuit de travail acharné il termine le tableau mais il ne se rend pas compte de l'horreur peinte, à la place des sourires et beauté  qu'il imaginait, ne voilà que grimaces et laideurs dans les personnages, pourtant le sujet "la naissance de Jésus" s'y prêtait.

« Dans le monde, mon ami, il n'y a pas de plus grande fête que Noël. Et il n'y a pas de mystère qui puisse égaler la naissance d'un homme. Voici le dernier instant du monde sanglant, du vieux monde ! Un nouvel homme vient à la vie ! »

Une courte nouvelle de 14 pages (en numérique). Précipitation, effervescence d'idées, d'envie dans l'esprit de cet homme mais on doute très vite de sa compétence ; une oeuvre immortelle parait bien ambitieuse pour un tel homme, mais on est peiné pour lui car nous avons vu sur l'album qu'il consulte les photos de sa femme dans un cercueil et l'accompagnant celui d'une enfant ; une poupée !
Très court mais qui délivre beaucoup, le deuil, l'amour, la folie.
Les descriptions de la ville sont très belles.

"Le soleil se dorait à l’orient brumeux, au delà de la bleuâtre brume des forêts lointaines, au delà de la blanche dépression que dominait, d’une berge peu élevée, une antique ville russe. C’était la veille de Noël, une matinée radieuse, de gel modéré et de givre."

Très bonne lecture   Smile


Mots-clés : #lieu #mort #peinture
par Bédoulène
le Lun 20 Mai - 17:15
 
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Sujet: Ivan Alekseïevitch Bounine
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Joan Didion

Joan Didion
Née en 1934


Tag mort sur Des Choses à lire Rich_110

Joan Didion, née le 5 décembre 1934 à Sacramento en Californie, est un écrivain américain, connue comme journaliste, essayiste et romancière. Elle est considérée comme une muse et un auteur culte par des écrivains américains tels que Bret Easton Ellis ou Jay McInerney.

Son premier roman ‘Run River’ paraît en 1963 et l’année d’après elle épouse John Gregory Dunne, écrivain, avec qui elle retourne s’installer en Californie. Elle est surtout connue pour ses deux recueils d’essais ‘Slouching toward Bethlehem’ (1968) et ‘The White Album’ (1979), dans lesquels elle observe la culture et la politique américaines et les changements de cette période-là, dans un style journalistique mélangeant ses réflexions personnelles et l’observation sociale.
‘Political Fictions’ (2001) rassemble des essais publiés dans le New York Review of Books et son récit ‘Where I Was From’ (2003) analyse sa relation avec sa Californie natale ainsi que celle avec sa mère.
Elle est également l'auteur de plusieurs scénarios pour le cinéma avec l'écrivain John Gregory Dunne auquel elle a été mariée pendant quarante ans. Son dernier livre, "L'année de la pensée magique", qui relate le décès de celui-ci survenu à la suite d'une crise cardiaque, a remporté le National Book Award.

Elle était la mère de Quintana Roo Dunne, qu'elle avait adoptée à la naissance avec son mari et qui est également décédée, quelques mois après son père, d'une pancréatite aiguë à l'âge de trente neuf ans.

Joan Didion vit à New York.


Ouvrages traduits en français :

Romans :
- Une saison de nuit (Run, River, 1963)
- Maria avec et sans rien (Play it as it lays, 1970)
- Démocratie (Democracy, 1984)

Essais
- L'Amérique 1965-1990 - Chronique, traduction partielle des ouvrages Slouching Towards Bethlehem(1968), The White Album (1979), et After Henry (1992)
- L'année de la pensée magique (The year of magical thinking, 2005)
- Sud et Oust : Carnets (South and West : from a notebook, 2017)

Théâtre :
- L'année de la pensée magique (The Year of magical thinking, 2006), version pour la scène de son essai.

source : Wikipédia




Tag mort sur Des Choses à lire 51ch0410

L'année de la pensée magique

Un livre sur le deuil...

Quatrième de couverture
:
Une soirée ordinaire, fin décembre à New York. Joan Didion s'apprête à dîner avec son mari, l'écrivain John Gregory Dunne - quand ce dernier s'écroule sur la table de la salle à manger, victime d'une crise cardiaque foudroyante.
Pendant une année entière, elle essaiera de se résoudre à la mort du compagnon de toute sa vie et de s'occuper de leur fille, plongée dans le coma à la suite d'une grave pneumonie.

La souffrance, l'incompréhension, l'incrédulité, la méditation obsessionnelle autour de cet événement si commun et pourtant inconcevable : dans un récit impressionnant de sobriété et d'implacable honnêteté, Didion raconte la folie du deuil et dissèque, entre sécheresse clinique et monologue intérieur, la plus indicible expérience - et sa rédemption par la littérature.

L'année de la pensée magique a été consacré " livre de l'année 2006 " aux Etats-Unis. Best-seller encensé par la critique, déjà considéré comme un classique de la littérature sur le deuil, ce témoignage bouleversant a été couronné par le National Book Award et vient d'être adapté pour la scène à Broadway, par l'auteur elle-même, dans une mise en scène de David Hare, avec Vanessa Redgrave.


MON AVIS

Un peu mitigé... Je crois que j'attendais trop du livre... J'ai trouvé que Didion revenait trop sur le passé et insistait trop sur la maladie de sa fille (qui hélàs a "gelé" son deuil), j'attendais qu'elle donne plus de détails sur ses actes et ses pensées, à chaque étape du deuil. Une sorte de manuel de survie quand on est en grandes difficultés de la vie...

Stylistiquement, un livre très bien écrit, mais je n'ai relevé aucune citation...

Qui l'a lu?


Mots-clés : #autobiographie #ecriture #mort
par Plume
le Mer 15 Mai - 21:08
 
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Sujet: Joan Didion
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Daniel Defoe

Journal de l’année de la peste

Tag mort sur Des Choses à lire Defoe10

« Affreuse peste à Londres fut
En l’an soixante et cinq
Cent mille personnes elle emporta
Quant à moi, pourtant, toujours je suis là »

Le livre n’est pas vraiment un roman, bien qu’il comporte des épisodes dont la forme de narration appartient à ce genre, ni vraiment un récit ou un témoignage. Il est un peu de tout cela à la fois – peut-être comme Robinson Crusoë que je n’ai jamais lu ?  Crying or Very sad
Il se présente comme un vrai-faux journal. Faux puisque l’auteur n’avait que cinq ans à l’époque de la grande peste qui ravagea Londres en 1665. Cependant, Defoe a pu recueillir des témoignages de première main, consulter nombre de documents disparus aujourd’hui ; n’oublions pas que la capitale sera touchée l’année suivant par un terrible incendie qui la dévasta complètement. Habile romancier, Defoe multiplie les petits détails concrets qui laissent supposer au lecteur qu’il a assisté réellement à certaines scènes décrites. Parfois, il revendique l’exactitude d’un fait parce qu’il l’a observé, d’autres fois, il avoue n’en savoir rien car il s’est basé sur des témoignages.
Le journal est donc supposé rédigé par un bourgeois, sellier de son état, mais l’auteur à un moment déclare qu’il s’agit du journal de son oncle ! Defoe adopte donc le mode d’écriture de ce type de personnage, insistant parfois lourdement sur certains faits, répétant à plusieurs reprises la même chose. A ce sujet, évitez de lire des traductions trop anciennes qui ont lissé le texte, lui enlevant ainsi une grande partie de son charme.
Defoe sait ménager le suspens : début de l’épidémie qui ne semble pas bien méchante et toucher seulement quelques quartiers, multiplication des décès et affolement de la population jusqu’à l’apocalypse de l’automne, enfin, la décrue du nombre des morts au cours de l’hiver.
Lorsque Defoe écrit son « journal », publié en 1722, il a en tête un événement et un but précis : l’épidémie de peste qui a dévasté Marseille et la Provence en 1722. Que ferait-on si la peste revenait à Londres ?
Le livre se présente donc également et surtout comme une enquête précise et, il faut le souligner, très intelligente, sur les mécanismes de l’épidémie et les moyens de s’en prémunir.
Ainsi Defoe s’interroge sur :
1- les statistiques des morts et fait remarquer qu’au départ le nombre de décès s’accroit mais que les cas sont attribués à différentes causes, fièvres, coliques etc. on ne reconnait pas la maladie, puis on la cache pour ne pas effrayer la population avec le mot « peste ».
2- les différentes formes de la maladie sans pouvoir toutefois distinguer clairement peste bubonique et peste pneumonique. Il comprend néanmoins que la maladie présente plusieurs aspects dont certains sont plus dangereux que les autres.
3- les mesures prophylactiques à adopter. Defoe fait un sort aux astrologues et fabricants de remèdes miracle, premières victimes de leurs prédictions et de leurs remèdes. Il comprend que le mal se propage par contact, sans bien sûr soupçonner le rôle des rats et des puces ; mais tous les chiens et chats ont été zigouillés dès le début de l’épidémie.
4- Defoe s’interroge longuement sur le bien-fondé d’une mesure qui a soulevé de nombreuses critiques à l’époque : le fait de consigner les familles chez elles en cas d’infestation. De fait, la mesure était particulièrement cruelle puisqu’elle condamnait pratiquement toute la famille à mourir de la peste. Surtout, souligne Defoe, elle a été inefficace car beaucoup d’habitants ont pu s’enfuir. D’autre par, des membres de la famille avant déclaration de la maladie ont pu diffuser le virus alors qu’ils se croyaient sains
5- la meilleure défense pour Defoe est la fuite à l’extérieur, mais rapidement des barrages ont été établis pour éviter que les Londoniens propagent la peste dans les campagnes. Il préconise aussi de s’enfermer chez soi avec des vivres et de limiter les contacts avec l’extérieur.
6- Defoe souligne le courage et l’efficacité des édiles qui ont réussi à approvisionner en nourriture la population et qui a combattu comme elle l’a pu l’épidémie.
7- Defoe parle de la détresse économique de la ville : artisans et ouvriers n’ayant plus de travail tombent dans la misère ; les navires anglais ne peuvent plus accoster dans les grands ports d’Europe.
Toutes ces considérations n’alourdissent pas un récit enlevé qui alterne moments terrifiants : les charrettes des morts déversant la nuit leur contenu dans les fosses communes au milieu des feux censés purifier l’air de la pestilence, des épisodes comiques comme le joueur de cornemuse ivre qui se réveille dans la charrette des morts ou romanesques avec les aventures d’un groupe fuyant la ville et que suit un temps l’auteur.
Hautement recommandable ! Very Happy

Mots-clés : #documentaire #historique #journal #mort #pathologie
par ArenSor
le Dim 12 Mai - 20:05
 
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Sujet: Daniel Defoe
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Anne Hébert

Les fous de Bassan

Tag mort sur Des Choses à lire Proxy156

L'austère village s'accroche aux rochers, et à sa petite communauté protestante consanguine.  Le pasteur, imbu de l’arrogance de sa toute-puissance ecclésiastique,  entretient le spectre du péché, les hommes brident(s ou ne brident pas) leurs instincts, les femmes se taisent, obéissent, et les jeunes filles brillent par leur beauté virginale. Un jeune idiot épie tout ce monde. Les marrées, les vagues, et le vent sauvage attisent l’âpreté de cette atmosphère hostile. Et depuis que deux jeunes filles ont disparu, le 31 août 1936, les fantômes errent sur la grève et attisent le malheur.

C'est dans cette ambiance à la poésie tragique, que Anne Hébert nous décrit, dans une langue ardente ces âmes perclues  de rancœurs, de passions et de non-dits dont le ressassement répond aux assauts d'une nature hostile.
Très beau texte, dans une prose fiévreuse et pleine de lyrisme, de mystères et de romantisme.


Mots-clés : #famille #huisclos #humour #mort #violence
par topocl
le Ven 5 Avr - 15:48
 
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Sujet: Anne Hébert
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Emma Jane Kirby

Tag mort sur Des Choses à lire 51ratb10
L'opticien de Lampedusa


Originale : The optician of Lampedusa (Anglais, 2016)

Le 3 octobre 2013 un naufrage a lieu à 1 kilomètre des côtes de l’île de Lampedusa, à mi-chemin entre les côtes nord-africaines et la Sicile. Il fait 366 morts. Ce reportage est le récit du sauvetage de 47 migrants par l'opticien de la ville.

L'opticien de Lampedusa nous ressemble. Il est consciencieux, s'inquiète pour l'avenir de ses deux fils, la survie de son petit commerce. Ce n'est pas un héros. Et son histoire n'est pas un conte de fées mais une tragédie : la découverte d'hommes, de femmes, d'enfants se débattant dans l'eau, les visages happés par les vagues, parce qu'ils fuient leur pays, les persécutions et la tyrannie. L'opticien de Lampedusa raconte le destin de celui qui ne voulait pas voir. Cette parabole nous parle de l'éveil d'une conscience ; elle est une ode à l'humanité.


REMARQUES :
A cause de dialogues probablement un peu arrangés on pourrait alors parler de fiction? Je pense qu’il faudra parler d’une forme de récit, offert dans une histoire fluide, sur fond historique et biographique. Cet opticien de l’île reste dans ce récit sans nom : pourrons nous nous réconnaître en lui ? Témoin distrait, mais finalement pas trop touché de ces arrivées de réfugiés sur les plages de Lampedusa. Dans l’annexe, les remerciements, Kirby va néanmoins le nommer : c’est lui qui lui avait raconté cette histoire vécue.

Une sortie entre amis va le et les confronter tous les huit à un nauffrage juste proche de la côte : ils seront les premiers sur place (on saura plus tard qu'un autre bateau a passé sans intervenir), témoin de la mort de tant de gens, mais néanmoins aussi sauvant 47 de la mort quasi certaine, les mettant à l’abri sur le petit bateau. D’un coup ils sont devenus témoins directs, touchés dans leur humanité. Il ne sera plus possible de fermer les yeux, et on s’attachera à ses réfugiés, les suivant dans leur odyssée qui suit, dans les tracasseries bureaucratiques etc. Une histoire lointaine est devenue « leur » affaire. Pour certains ils deviennent des héros, mais eux, sont traumatisés par des images  insupportables et une forme d’impuissance : est-ce qu’on aurait pu sauver plus de gens? Et tous ces enfants et femmes emprisonnés dans les cales ? Affreux...

Des gens, citoyens normaux deviennent des participants, des acteurs. Ils acceptent de devenir co-responsable pour d’autres. Des gens sans soucis se transforment en observateurs et acteurs actifs et empathisants.

Un livre donc profondément humain et nécessaire. Voir aussi, sans amertume placative, politique et revendicative. Merci à l’auteure !


Mots-clés : #immigration #mort #social #temoignage
par tom léo
le Sam 30 Mar - 22:35
 
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Isabelle Monnin

Je me rends compte que j’ai oublié de poster ce commentaire, lors de ma lecture il y a quelques mois.

Les vies extraordinaires d'Eugène

Tag mort sur Des Choses à lire Bm_97811

Eugène a vécu six mois dans le ventre sa mère, puis sept jours en couveuse, puis il est mort. C'est arrivé à isabelle Monnin, et elle en a fait ce petit roman, son premier roman.
j'ai toujours une émotion forte à partager la confidence des écrivains qui nous font l'honneur de ce genre de récit à l'intimité déchirante, comme si je leur montrais que je suis prête à leur offrir une oreille, quoi qu'il arrive. Cela fait partie de mon rôle de lectrice.

je suis invincible : j'ai déjà tout perdu.


Le récit est rédigé par le père qui raconte la "drôle" d"année qui a suivi la mort de leur fils, cette période de parenthèse où chacun selon son propre chemin s'est raccroché à ses défis dérisoires,ou à ses défaites. La mère ne parle plus, puisqu'il n'y a plus rien à dire. Le père en bon historien part à la recherche de cet enfant qui a si peu vécu, et non pas rien, qu'il a si peu connu, mais qui déjà était lui même, cet enfant que seule l'équipe médicale et ses deux parents ont tenu -si brièvement- dans leurs bras.. Ils trouvent des biais, compréhensibles d'eux seuls, pour contourner cette absence d'histoire qui est un si mauvais reflet de l'irremplaçable vie de leur fils. Un grand-père meurt, la "normalité" reprend ses droits, le "scandale" de cette mort "injuste" peut s'estomper.
C'est évidemment très douloureux, mais aussi parfois doux,  tendre ou drôle. Très attachant en tout cas.


Mots-clés : #mort #relationenfantparent
par topocl
le Ven 29 Mar - 9:22
 
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Sujet: Isabelle Monnin
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Delphine Roux

[Kokoro]

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Seki, la grande sœur et Koichi , le petit frère et leur enfance heureuse et protégée. Le drame du décès de leurs parents les pousse chacun sur un chemin différent. Seki se barde de dureté et d’efficacité. Koicho vit dans l’incertain, l’impalpable, se bourre de gourmandises. Et la grand-mère part au royaume des sans-mémoire et sans langage.

C’est tout court, tout doux, tout moelleux, on a envie de s’y lover. La bienveillance de Koichi, son arme contre le malheur, nous ouvre les yeux sur un quotidien ainsi subtilement anesthésié, et nous accompagne dans le souvenir d’une enfance-refuge. Littérature économe, dont la pudeur extrême et la délicatesse amènent à l’émotion.

mots-clés : #enfance #fratrie #mort #viequotidienne
par topocl
le Jeu 28 Fév - 14:24
 
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Sujet: Delphine Roux
Réponses: 2
Vues: 113

Laurent Gaudé

Salina les trois exils

Tag mort sur Des Choses à lire 41yf1o10

Salina est un bébé déposé par un voyageur mystérieux chez les Djimba, un peuple du désert , et adoptée à contrecœur. Son enfance s’interrompt le jour de ses premières règles, où elle est donnée en pâture au méchant fils du chef, le frère de son amour d’enfance.
Déchirement, souffrance, l’enfantement ne la sortira pas de cette détresse, la vengeance amènera contre elle  des bannissements itératifs. L’histoire est  racontée de façon rétrospective par son dernier fils  qui l’emmène vers un curieux empire des morts, où le ticket d’entrée se paie à coup d’histoires contées.

Reprenant une pièce de théâtre de 2003, Laurent Gaudé a voulu sans doute l’enrichir, car sinon, pourquoi reprendre un ancien texte ?  Gaudé veut écrire sa nouvelle  tragédie grecque en terre africaine, soit. C’est assez dommage qu’il n’en ressorte qu’un roman de moins de 150 petites pages, pleines de malheurs liés à la méchanceté des hommes face à la bonté des femmes. C’est lent et solennel, l’auteur en rajoute même un peu en sérieux et en grandiloquence. Cela donne un exercice de style que certains trouveront enchanteur, qui m’a paru un peu ampoulé, mauvaise que je suis, voire pesant, malgré la légèreté du bouquin (0.17kg chez Decitre, Armor!)


mots-clés : #conditionfeminine #contemythe #mort #relationenfantparent
par topocl
le Mer 27 Fév - 13:32
 
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Sujet: Laurent Gaudé
Réponses: 36
Vues: 1112

Louise Erdrich

Tag mort sur Des Choses à lire 51zW03pGn1L._SX195_

Un magnifique roman de cette auteure prolixe...ayant toujours en toile de fond ses origines indiennes et son héritage culturel.

"Dakota du Nord, 1999. Un vent glacial souffle sur la plaine et le ciel, d'un gris acier, recouvre les champs nus d'un linceul. Ici, des coutumes immémoriales marquent le passage des saisons, et c'est la chasse au cerf qui annonce l'entrée dans l'automne. Landreaux Iron, un Indien Ojibwé, est impatient d'honorer la tradition. Sûr de son coup, il vise et tire. Et tandis que l'animal continue de courir sous ses yeux, un enfant s'effondre. Dusty, le fils de son ami et voisin Peter Ravich, avait cinq ans. Ainsi débute le nouveau roman de Louise Erdrich, couronné par le National Book Critics Circle Award, qui vient clore de façon magistrale le cycle initié avec La Malédiction des colombes et Dans le silence du vent. L'auteur continue d'y explorer le poids du passé, de l'héritage culturel, et la notion de justice. Car pour réparer son geste, Landreaux choisira d'observer une ancienne coutume en vertu de laquelle il doit donner LaRose, son plus jeune fils, aux parents en deuil. Une terrible décision dont Louise Erdrich, mêlant passé et présent, imagine avec brio les multiples conséquences. "


Le décor est planté. De nombreux personnages s'entrecroisent dans ce roman, sur plusieurs générations, en dehors du drame que constitue la mort accidentelle de cet enfant.....comment les indiens ont réussi à préserver une partie de leur culture malgré le forcing de l'homme blanc pour l'anéantir....notamment au travers de l'éducation dans des pensionnats indignes...

Comment les deux familles , Emeline et Landreaux, parents du jeune LaRose....et Peter et Nola, les parents du jeune Dusty tué accidentellement par Landreaux...vont-ils faire face au deuil sans passer par la case vengeance ....tout le talent de Louise Erdrich s'emploie à le démontrer.... Un homme peut-il commettre un acte aussi grave que tuer un enfant et obtenir son pardon ? La réponse est oui.... un oui bouleversant...et magnifique !


mots-clés : #minoriteethnique #mort #traditions
par simla
le Sam 16 Fév - 7:43
 
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Sujet: Louise Erdrich
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