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La date/heure actuelle est Mer 11 Déc - 12:15

20 résultats trouvés pour moyenage

Rutebeuf

Le premier béguinage du royaume fut institué à Paris par et sous la protection de Saint-Louis en 1264,  là nous avons une indication historique, le poème ci-dessous est à plutôt dater de la fin de la vie de Rutebeuf.

Tag moyenage sur Des Choses à lire Bzogui10

Le Dit des Béguines

Spoiler:
Le béguinage naît à la fin du XIIème à Liège dans l'actuelle Belgique, existe encore aujourd'hui et paraît même connaître un regain non seulement d'intérêt, mais de vitalité, après une histoire toute en éclipses et discontinuités.

Pourtant, c'est un peu un pis-aller, une moins mauvaise solution à l'origine:

Les couvents ne pouvaient absorber toutes les vocations (un numerus clausus fut même promulgué, en 1215 au Concile de Latran, tellement les candidatures à la vie monacale étaient nombreuses !), surtout féminines, lesquelles ne pouvaient, en somme, pas être reversées dans le clergé séculier et donc difficilement dans le clergé régulier, à peine dans les nouveaux ordres mendiants, en particulier la branche franciscaine - les Clarisses -:
Ce sont ces ordres mendiants qui ont, sinon peut-être "inventé", du moins protégé et cherché à propager le béguinage.
S'ajoutent aux candidates de vocation un gros afflux venu du veuvage et du célibat féminin non choisi de manière générale, conséquence des guerres, épidémies, rapines et de l'insécurité (le royaume de France étant un peu plus épargné que ses voisins, ce qui peut expliquer une diffusion plus tardive du mouvement du béguinage).

Les béguines optent pour une vie communautaire (repas, prières, soins, travaux...), logent chacune dans un petit habitat individuel le plus souvent, lesquels habitats sont contigus et groupés autour d'une chapelle, ou d'une église, le béguinage étant sous la direction d'une Maîtresse entourée de son Conseil, cette hiérarchie étant le plus souvent élue, mais pouvant être nommée.
Elles ne prononcent pas de vœux et se confortent à un règlement souple qui n'est pas une Règle, à l'instar de celles de Saint-Benoît ou de Saint-François, mais tend à s'en approcher.
C'est une manière d'entraide, quelques garanties de sécurité, la protection royale et des ordres mendiants, une bonne façon de vivre sa foi tout en conservant son autonomie, en restant économiquement actif et en vivant dans le Siècle et non cloîtré: bref, ce n'est pas rien au XIIIème, on comprend l'engouement et la rapide propagation (une ville comme Strasbourg en comptera vite plusieurs dizaines !).

La réaction ne se fait pas attendre: Le Concile de Vienne de 1312 interdit les béguinages, qui subsistent toutefois en Flandre, protégés par quatre évêques n'ayant pas froid aux yeux...

Avant ceci, les béguinages provoquent l'ire de Rutebeuf, qui n'a ni argent, ni logement confortable ou adapté, ni vêtement, ni protection, ni revenu, ni perspectives, et leur reproche ouvertement de n'être pas tout à fait des religieuses mais de bénéficier du respect dû à celles-ci, idem, sinon de pouvoir faire tout ce qu'elles veulent, du moins de jouir d'une certaine liberté alliée à une grande considération, et de changer de vie si elles le désirent, bref, tout ce qui lui manque...




Allez, assez bavassé, en avant pour un joli morceau satirique et drôle !

Li Diz des Béguines a écrit:

Des Béguines,


ou ci encoumence


LI DIZ DES BÉGUINES





En riens que Béguine die
N’entendeiz tuit se bien non ;
Tot est de religion
Quanque hon trueve en sa vie :

Sa parole est prophécie ;
S’ele rit, c’est compaignie ;
S’el’ pleure, dévocion ;
S’ele dort, ele est ravie ;
S’el’ songe, c’est vision ;
S’ele ment, non créeiz mie.

Se Béguine se marie,
S’est sa conversacions :
Ces veulz, sa prophécions
N’est pas à toute sa vie.
Cest an pleure et cest an prie,
Et cest an panrra baron.
Or est Marthe, or est Marie ;
Or se garde, or se marie,
Mais n’en dites se bien non :
Li Rois no sofferroit mie.


Explicit des Béguines.


Proposition de transcription:

Le dit des Béguines

En chaque chose qu'une Béguine dit
N'entendez rien sauf du bien:
Tout est conforme à la religion
Quoi qu'on puisse trouver dans sa vie.

Sa parole est prophétie;
Si elle rit, c'est convivial;
Si elle pleure, dévotion;
Si elle dort, elle est en extase;
Si elle songe, c'est vision;
Si elle ment, n'en croyez rien.

Si elle se marie,
C'est sa nouvelle conversion:
Ses vœux, sa profession de Foi
N'est pas édictée pour la vie.
Cette année elle pleure et cette année elle prie,
Et cette année elle prendra baron pour mari:
Elle est Marthe, elle est Marie,
Elle est chaste, elle se marie,
Mais n'en dites que du bien sinon:
Le Roi ne le souffrirait point.


En somme Rutebeuf reproche que les Béguines aient l'avantage d'une vie ecclésiale, et l'approbation des puissants, sans en connaître les inconvénients: j'ai failli cocher #Jalousie parmi les mots-clefs suggérés.
Il préfigure la décision d'interdiction qui les frappera au siècle suivant.

Lui qui ne connaît que la paille, la misère, les expédients doit trouver que le béguinage, c'est le comble du bien-être, du nantissement en sus d'une vie orans et laborans, qui est le nec plus ultra rêvé du temps...
D'où ce ton persiffleur, cette charge, ce coup de griffe destiné à écorcher.

On est loin du raffinement, de l'aboutissement formel extraordinaire de La griesche d'yver.
Cette prosodie est rendue acérée via le balancement très incisif des S..., quasiment sur les douze vers qui précèdent les deux Or...  proches des vers finaux.
Ces deux vers "Or..." marquent un ralentissement préparatif à la touche terminale du dernier vers, osée, et qui constituerait peut-être une indication de datation à mettre au conditionnel:
Ce serait sous le règne de Philippe III Le hardi et non de Saint-Louis que ce Dit des Béguines fut composé.

Mots-clés : #conditionfeminine #humour #moyenage #poésie
par Aventin
le Lun 11 Nov - 10:10
 
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Sujet: Rutebeuf
Réponses: 18
Vues: 297

Rutebeuf

@Jack-Hubert Bukowski a écrit:Difficile de trouver des citations en français moderne... Wink


Alors on trouve environ une trentaine de poèmes (certains sont longs), avec la transcription (& annotations) en français contemporain dans l'inévitable nrf Poésie/Gallimard:
Tag moyenage sur Des Choses à lire Rutebe11

La transcription, dans cette édition, est souvent précieuse à l'amateur de sens, et les notes éclairantes, mais pèche dans le rendu poétique, l'envie qui peut prendre le lecteur de façonner par soi-même la transcription en langue française actuelle -j'y succombe joyeusement - permet de bien scruter les poèmes, mais ne dit pas mieux en termes de résultat, avec toutefois une conséquence:
À s'arrêter beaucoup sur les termes, locutions et expressions de Rutebeuf, on en apprécie d'autant mieux ses jeux de rimes, assonances et aussi le bâti des poèmes proprement dit (telle strophe amenant ou mettant en valeur telle autre, etc...).

Mon impression toute personnelle est que la scansion des poèmes de Rutebeuf devait aller de pair avec un accompagnement musical, ça me semble plus destiné à être chanté que dit, sauf sans doute les Poèmes pour prier Notre-Dame, et bien sûr les fabliaux.  

_______________________________________________________________________________________________________________________________________________________



De la Griesche d’Yver,
ou ci encoumence
LI DIZ DE LA GRIESCHE D’YVER


Je me sers de ce glossaire  qui a pour défaut une consultation, un maniement très peu commodes.
Et déplore de ne pas bien rendre la subtilité de certains termes (comme enviail, enviau).
Autre exemple, il doit y avoir un jeu de mots dans Li dé que li decier ont fet, que je rends en Les dés que les fabricants ont façonnés, et que vous trouverez transcrit en Les dés que les fabricants ont fait dans le nrf/poésie Gallimard, or nous passons au travers de ce jeu de mots, allègrement.

Idem la transcription fossoie les magnifiques 9 pieds / 5 pieds de Rutebeuf, et toute la richesse de ses rimes plates et ouvertes, souvent triplées, par exemple ce passage, très judicieusement élaboré:

[...]
Au premier giel.
En moi n'a ne venin ne fiel :
Il ne me remaint rien souz ciel.
Tout va sa voie.
Li enviail que je savoie
M'ont avoié quanques j'avoie
[...]


Le fait de n'utiliser que des mots qui soient mono, bi ou tri syllabes (souffrez que je m'extasiasse !) permet sans doute une scansion moins corsetée, plus apte à une liberté en matière de rythme à la diction (ou, plus vraisemblablement, au chant), lequel change peut-être, si ce n'est sûrement, au long du poème.
Les allitérations sont innombrables, le jeu prosodique se flûte assez bien, l'ensemble a une belle unité de facture, en sus d'une légèreté générale, qui contribue à souligner que, bien que le sujet soit grave, le ton est léger, et l'humour ne manque pas de poindre.

Un mot sur l'insistance, dans les termes vents et dés, figurant l'un un élément, l'autre une addiction, la manière de les répéter et de les faire tournoyer en quelque sorte (il y a baudelairienne correspondance là-dessous, ne trouvez-vous pas ?), est d'un rendu prosodique exceptionnel, on sent véritablement les assauts du vent de toutes parts, à l'identique plus loin la fatalité du jeu de dés:


[...]
Et povre rente.
Et froit au cul quant bise vente.
Li vens me vient, li vens m’esvente,
Et trop sovent
Plusors foies sent le vent.
Bien le m’ot griesche en covent
Quanques me livre ;
Bien me paie, bien me délivre :
Contre le sout me rent la livre
[...]




[...]Fors que bien fet.
Li dé qui li détier ont fet
M’ont de ma robe tout desfet ;
Li dé m’ocient,
Li dé m’aguetent et espient,
Li dé m’assaillent et deffient,
[...]


Sur l'entame, elle n'est pas sans rappeler un autre poème de Rutebeuf, avec l'allégorie de l'arbre qui se dépouille et du pauvre en hiver; en effet ici nous avons:
Contre le tens qu’arbre deffueille,
Qu’il ne remaint en branche fueille
Qui n’aut à terre,
Por povreté, qui moi aterre,
Qui de toutes pars me muet guerre,
Contre l’yver


Ci-dessous le bref poème Ci Encoumence Li Diz des Ribaux de Greive (alias Le dit des gueux de Grève):



Ribaut, or estes-vos à point :
Li aubre despoillent lor branches
Et vos n’aveiz de robe point ;
Si en aureiz froit à voz hanches,
Queil vos fussent or li porpoint
Et li seurquot forrei à manches.
Vos aleiz en estei si joint,
Et en yver aleiz si cranche,
Vostre soleir n’ont mestier d’oint,
Vos faites de vos talons planghes.
Les noires mouches vos ont point,
Or vos repoinderont les blanches[1].


Explicit.








Petite tentative de mise en langage actuel de La griesche d'yver, lien vers l'original dans un message un peu plus haut sur le fil:

La dèche d'hiver


Au temps où l'arbre se dépouille,
Qu'il ne demeure feuille sur branche
Qui ne soit au sol,
Par la pauvreté qui me saisit
Qui de toutes parts me déclare la guerre
Pendant l'hiver,
Qui modifie beaucoup le cours de ma vie
Mon poème commence par trop enclin
À une histoire d'indigence.
Ce sont pauvre talent et pauvre mémoire
Que me donna Dieu, le roi de gloire,
Et pauvres biens,
Et froid au cul quand la bise vente:
Le vent vient à moi, le vent m'évente
Et trop souvent
Je ressens les assauts du vent.
La dèche m'avait bien promis
Ce qu'elle me livre:
Elle me paie comptant, et bien s'acquitte,
Contre un sou me rend une livre
De grande indigence.
Sur moi la pauvreté revient:
La porte m'en est ouverte chaque jour,
J'y suis chaque jour
Pas une fois ne m'en suis-je désenglué.
Par la pluie mouillé, par le soleil brûlé:
Que voilà un homme fortuné !
Je ne dors que le premier somme,
De mon avoir je ne connais la somme,
N'en ayant point.
Dieu me règle si bien les saisons
Qu'en été la mouche noire me pique,
La blanche en hiver.
Je suis telle l'oseraie franche
Ou comme l'oiseau sur la branche:
En été je chante,
En hiver je pleure et me lamente
Et me dépouille aussi tel le rameau
Au premier gel.
Il n'y a en moi ni venin ni fiel:
Il ne me reste aucun bien sous le ciel,
Tout suit son cours.
Mes finesses de jeu
Ont eu raison de mon avoir,
Et fourvoyé,
Hors du droit chemin.
J'ai tenté des coups insensés,
Je m'en souvient à présent,
À présent je vois bien que tout vient, tout va;
Il convient que tout aille et vienne,
Sauf les bienfaits.
Les dés que les fabricants ont façonnés
M'ont ôté jusqu'à mon vêtement.
Les dés m'assassinent,
Les dés me guettent et m'épient,
Les dés m'assaillent et me défient,
Cela m'accable.
Je n'en peux plus et m'émeut:
Je ne vois venir ni avril ni mai,
Voici la glace.
Or je suis sur une mauvaise pente,
Les fourbes de la pire espèce
M'ont dépouillé de mes vêtements.
Le monde est si empli de sournoiserie !
Qui a quelque avoir s'en gave;
Mais que puis-je faire
Sous le joug de la misère ?
La dèche ne me laisse pas en paix
M'égare beaucoup,
M'assaille et me combat tout autant,
Jamais de ces maux je ne guérirai
Dans une telle situation.
J'ai trop arpenté de lieux mauvais;
Les dés m'ont pris et enfermé:
Je réclame que nous soyons quitte !
Fou est celui qui s'y installe:
De sa dette incapable de s'acquitter,
Ainsi s'alourdit;
De jour en jour elle croît en nombre.
En été il ne recherche pas l'ombre,
Ni la fraîcheur d'une pièce,
Sur un lit nu sont souvent ses membres:
Du fardeau de son voisin il ne s'occupe,
Mais pleure le sien.
Sur lui la dèche s'est abattue,
L'a dépouillé en vitesse,
Et nul ne l'aime.
Celui qui l'appelait son cousin auparavant
Lui dit en riant: "Ici se rompt la trame,
Usée par la débauche".
Par la foi que tu dois à Sainte Marie,
Va donc à la Draperie,
Emprunter du tissu;
Si le drapier ne veut pas
Alors file droit à la foire
Et va chez les Changeurs.
Et si tu jures par Saint Michel l'archange
Que tu n'as sur toi ni lin ni linge
Qui vaille de l'argent,
Là te verront de beaux sergents,
Et les gens te verront tel quel:
On te croira.
Quand de ces lieux tu te retireras,
Argent ou haillon emporteras."
Voilà la paye du jour.
C'est ainsi que l'on m'appointe,
Je n'en peux plus.



Dénouement de La dèche d'hiver



Mots-clés : #addiction #humour #moyenage #poésie
par Aventin
le Dim 10 Nov - 7:39
 
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Sujet: Rutebeuf
Réponses: 18
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Rutebeuf

De Brichemer,
ou

C’EST DE BRICHEMER

I


Rimer m’estuet de Brichemer
Qui jue de moi à la briche:
Endroit de moi je l’ doi amer ;
Je ne l’ truis aeschars ne chiche.
N’a si large jusqu’outre mer,
Quar de promesse m’a fet riche :
Du forment qu’il fera semer
Me fera anc’ouan flamiche.

II

Brichemer est de bel afère ;
N’est pas uns hom plains de desroi :
Cortois et douz et debonère
Le trueve-on, et de bel aroi ;
Mès n’en puis fors promesse atrère,
Ne je n’i voi autre conroi :
Autele atente m’estuet fère
Com li Breton font de lor roi.

III

Ha, Brichemer ! biaus très doux sire,
Paié m’avez cortoisement,
Quar vostre bourse n’en empire,
Ce voit chascuns apertement ;
Mès une chose vos vueil dire
Qui n’est pas de grand coustement :
Ma promesse fetes escrire ;
Si soit en votre testament.



Explicit de Brichemer.



Alternance d'une rime en -iche, féminine et en -roi, masculine, entre I et II, et joli glissement d'une rime en -ère en II vers -ire en III.

Brichemer a-t-il été le débiteur de Rutebeuf, est-ce bien son vrai nom ? Si c'est le cas, fort décapante entame:
Rimer m’estuet de Brichemer
Qui jue de moi à la briche:


Le ton me semble humoristique, mais rejoint une préoccupation majeure de Rutebeuf: faire entrer un minimum l'argent.
Dans cet ordre d'idées:
Est-il si curieux qu'on ne trouve pas un vers sur le roi Saint-Louis, alors que Rutebeuf en fit sur son successeur, Philippe III le Hardi, bien que la juxtaposition des dates présumées de naissance et de décès de Rutebeuf épousent davantage, dans le temps, celles de Saint-Louis ?
Pas tant que ça.
Roi iconique pour ses sujets, Rutebeuf a pu estimer qu'il serait tabou de l'égratigner, ou, à tout le moins, si périlleux...
Or, sous l'influence des Ordres Mendiants naissants (en premier lieu les franciscains), Saint-Louis prône une vie nettement plus dépouillée que celles de ses prédécesseurs, et les activités des bateleurs, ménestrels, jongleurs, montreurs d'ours et autres sont regardées comme futiles, si ce n'est néfastes, en ce sens qu'elles ne contribuent pas au Salut de l'âme, voire l'en détournent.
Tag moyenage sur Des Choses à lire 12-22m10

Le grand Saint d'Assise, à l'origine de cette déferlante, celle des nouveaux Ordres (mendiants) pourtant fort musicien et compositeur, canonisé en 1228 seulement deux ans après sa mort, préconise qu'on se suffise de la Lectio Divinas, jeûne sans cesse et, sinon, se contente d'une très faible nourriture mendiée.

La grande affaire de la vie terrestre étant de réussir sa mort (comme dirait Fabrice Hadjadj), arriver impeccable au Jugement Dernier:
Comme les moines des Ordres Mendiants ne sont plus cantonnés dans les monastères, ainsi que l'étaient, par exemple, bénédictins et clunisiens, ni les ermites dans leurs Déserts, mais sillonnent les chemins et vivent de l'aumône, il y a, pour Rutebeuf et ses confrères, compétition perdue d'avance.
Quant à l'argent proprement dit, n'est-ce pas déjà coupable de courir un tant soit peu après ?

Adaptation (traduction ?) maison:

De Brichemer

I

Il m'échoit de rimer sur Brichemer
Qui se joue de moi par tromperie.
Pour ma part je l'apprécie,
Ne l'estimant ni mesquin ni chiche;
Jusqu'en outre-mer on n'en trouve de si prodigue,
Car de promesses il me fit riche:
Du froment qu'il fera semer
L'an prochain me cuira une galette.

II

Brichemer est un homme d'importance,
N'est pas homme accablé:
Courtois et doux et débonnaire
Le rencontre-t-on, et en belles dispositions,
Mais je n'en puis obtenir que des promesses,
Et je n'y rencontre que cette disposition:
Je dois attendre de façon similaire
À celle des Bretons le retour de leur roi.

III

Ha ! Brichemer, beau sire très doux,
Vous m'avez payé avec courtoisie,
Sans que votre bourse ne se délie,
Ce que voit ouvertement chacun;
Mais je veux vous dire une chose
Qui ne vous coûtera pas beaucoup;
Écrire la promesse à moi faite,
Qu'ainsi elle figure en votre testament.



Dénouement de Brichemer.




Mots-clés : #humour #moyenage
par Aventin
le Dim 3 Nov - 9:54
 
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Sujet: Rutebeuf
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Edith Pargeter (Ellis Peters)

(Merci aux petites mains qui ont mis en forme soin pseudonyme comme il le fallait !)

Un cadavre de trop

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Ce roman policier "soft", comprendre non sanguinaire, a été trouvé dans une boîte à livre, quel joli cadeau du hasard : j'ai beaucoup apprécié le lire.

L'intrigue :

(Wikipedia)
"Étienne de Blois et Mathilde l'Emperesse se disputent le trône d'Angleterre.
En août 1138 (du 22 au 27), Étienne, roi d'Angleterre de fait,
assiège Shrewsbury défendue par Guillaume Fitz-Alan,
qui tient la ville pour Mathilde, assisté de Arnulf de Hesdin,
présenté comme son oncle.
La place résiste une semaine, c'est trop et tous les membres de la garnison vaincue sont pendus.
Guillaume Fitz-Alan parvient toutefois à prendre la fuite.

Aux moines de l'abbaye de Shrewsbury, échoit le soin de s'occuper des morts. Frère Cadfael, Sherlock Holmes du Moyen Âge, constate alors, avec stupeur qu'il y a un cadavre de trop. Qui plus est, les traces que porte ce cadavre sont différentes de celles que laisse une exécution par pendaison où le supplicié a les mains liées. Frère Cadfael veut rendre justice à cet homme et à sa famille.

À noter qu'en lieu et place d'un classique tribunal, l'épilogue de cette enquête est un jugement de Dieu, combat à l'outrance. "

Combat très bien écrit d'ailleurs .
Je lis ici et là que cette auteure que je ne connaissais pas se documentait énormément et que la caractéristique de ses romans moyen-ageux est la précision à tous points de vue.
C'était tout à fait dépaysant, en effet,
le moine a une psychologie absolument réjouissante, humaniste et rusé, bonhomme et bourru, tous les ingredients pour séduire . Son adversaire est paré de toute subtilité ce qui rend leur pas de deux vraiment subtil et porteur de valeurs .

L'intrigue ne suspend pas l'haleine, dans le sens où nous n'errons pas dans d'affreuses spéculations : en cela c'est vraiment soft, en effet on découvre quasiment en même temps que les personnages les étapes, pour autant c'est toujours très bien amené et surtout l'occasion de dépeindre les protagonistes avec finesse.
Je recommande triplement pour ceux que l'époque et le genre attirent. J'ai adoré, ça a été un moment de détente merveilleux.

Le contexte de guerre civile est bien rendu, évidemment il est aussi l'occasion d'observer comment des troubles terribles malmènent les éthiques individuelles.


Mots-clés : #historique #moyenage #polar
par Nadine
le Lun 13 Mai - 19:40
 
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Sujet: Edith Pargeter (Ellis Peters)
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Vues: 279

Felix Timmermans

La harpe de Saint François

Tag moyenage sur Des Choses à lire Cvt_la10
Titre original: De harp van Sint Franciscus, paru en 1933, roman, 245 pages environ, 15 chapitres, traduction et avant-propos par Camille Melloy.


Que l'exercice de l'hagiographie soit particulièrement ardu, le fait est peu contesté.
Histoire, peut-être, d'ajouter encore de la difficulté, Timmermans choisit celle d'un des saints les plus notoires, l'un de ceux dont l'intercession est toujours invoquée avec la même constance depuis des siècles, et sur lequel il a énormément été écrit (et qui, lui-même, nous a laissé des écrits, et un Ordre toujours bien vivant et actif de nos jours).

Tout ces écrits, Timmermans les a lus, médités. De cette somme de lecture, il dit avec une humilité toute...franciscaine, en guise de conclusion à l'ouvrage:
Ainsi me suis-je représenté ces choses après avoir lu les livres que les savants ont écrits sur cette belle vie.
Ainsi les ai-je vues s'accomplir. Et ces images, je les ai dédiées à ma femme et à mes enfants, au Révérend Giuseppe Pronti, prêtre d'Assise, et à quelques humbles gens de notre rue, en l'honneur de saint François.

Complétons un peu cet assaut de grande modestie (normale, vu le sujet):

- Tenter d'appréhender la mystique à l'approche de François ne l'effarouche guère, il n'élude pas le thème, ni le réduit à une observation clinique, encore moins à un foisonnement cédant au merveilleux, au fantastique, à l'imaginaire (bref lles travers les plus pénalisants sont évités).

- L'historicité comme discipline technique n'est pas le but de l'ouvrage, toujours est-il qu'autant qu'il me soit donné de pouvoir en juger, Timmermans reste toujours en phase avec celle-ci, comme un cadre imposé, mais ne réduit jamais son propos à l'"approche historique de...".
Peut-être un point ou deux (mineurs) me font tiquer, comme le fait que la mère de François était provençale et non française, ce qui était très distinct à l'époque, et que donc lorsque, jeune, il s'envisageait troubadour (et non trouvère comme indiqué) c'était en provençal et non en français qu'il chantait, langue dans laquelle il entonnera psaumes et cantiques par la suite.

- Tendresse, délicatesse, poétique rurale et naturaliste, humilité, petites gens, pauvreté -grande qualité des cœurs simples, sont les grands ingrédients de sa recette (autant de qualificatifs qui jalonnent, si j'ai bien compris son œuvre). Seul bémol sur son approche, à mon humble avis, elle est à tout le moins doloriste (à l'excès ?).

- Quand Timmermans veut bien desserrer le frein à main du lyrisme (il ne le fait jamais longtemps, du moins jamais assez longtemps à mon goût), le peintre qu'il est aussi n'est jamais loin, et nous avons là des passages de haute tenue qui donnent envie de se plonger plus avant dans ses écrits, comme:

Chapitre 8, Une couronne de roses et d'épines a écrit:
Un tournoi venait de finir, un autre allait commencer. Les trompettes allaient sonner, lorsque tout à coup, sans être invité ou attendu, un petit moine se tint debout au milieu de l'arène. Les spectateurs étaient surpris, mais avant qu'on eût pu crier un mot pour ou contre, François se mit à chanter la strophe d'une ballade, puis à prêcher sur la grande valeur d'une vie pénitente. Il était là, hirsute, émacié, déguenillé, - parlant et criant à toute cette noblesse et tous ces maîtres du pays. Ses gestes étaient vifs, sa voix aigüe, et par moments son ardeur l'emportait à tel point qu'il dansait presque. Et tous l'écoutèrent - comme on écoute le tonnerre et la musique, dans un silence tel qu'on entendait frissonner les bannières et les oriflammes dans l'air. Il y eut des larmes, des paupières baissées, des cœurs battants,  des soupirs. Et lorsqu'il s'en alla, ce fut dans un grand enthousiasme d'ovations et de voiles agités.  


Sur la richesse de sa palette descriptive, richesse contenue, non foisonnante, précise, efficace, Timmermans-peintre ne faisant qu'un avec l'écrivain - comment ne pas évoquer les peintres flamands, surtout lesdits "primitifs":

Chapitre 6 Des poètes par douzaines a écrit:
La nuit tombée, la pluie redoubla. Les gouttes égrenaient d'interminables rosaires à travers le toit sur leurs capuchons, sur leurs pieds nus, dans le petit feu fumant de bois humide. À certains moments, la fumée était si épaisse dans la cabane qu'il valait encore mieux se tenir dehors, sous la pluie. Mais frère Genièvre agitait son manteau pour dissiper la fumée. François proposa une belle méditation sur la pauvreté de la Sainte Vierge; ils récitèrent et chantèrent ensuite quelques psaumes; enfin, ils se couchèrent: il leur suffisait, pour être au lit, de s'étendre où ils se trouvaient. L'âcre fumée du petit feu demeura suspendue sous le toit. Par les fentes, l'eau tombait, avec un bruit mat, sur leur bure mince. La nuit grimpait lentement sur la terre.  






Mots-clés : #biographie #historique #moyenage #religion #spiritualité
par Aventin
le Sam 27 Avr - 16:15
 
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Sujet: Felix Timmermans
Réponses: 10
Vues: 895

Pascale Fautrier

Pascale Fautrier et son livre : Hildegarde de Bingen, un secret de naissance

Tag moyenage sur Des Choses à lire 97822210

L'ouvrage de Pascale Fautrier a bénéficié d'une documentation abondante de la part de cette universitaire mais aussi comme dit précédemment des travaux poussés de l'historien Franz Staab, ce dernier ayant débroussaillé le terrain en établissant l'origine d'une lignée noble d'Hildegarde. Pascale Fautrier précise le lignage de haute volée de cette future sainte établie Docteure de l'Eglise par le Pape  (Allemand, ce qui n'est pas anodin) Benoît XVI en 2012.
Elle se livre dans cet ouvrage à une veritable enquête historique sur les origines de la future abbesse, dénonçant les erreurs commises jusque là par les historiens qui l'ont précédée dans ces recherches, notamment Florence Pernoud qui s'était attachée à en faire une "petite abbesse" inconnue une grande partie de sa vie, faisant de son couvent des bords du rhin un lieu "obscur", Fautrier démontre  que l'abaissement de la condition sociale d'Hildegarde de Bingen par Florence Pernoud relève d'une intention hagiographique et d'héroïsation féministe, en minorant le rôle et la place d'Hildegarde elle déguise la vérité pour lui attribuer une "grandeur miraculeuse".
Ainsi de cette phrase de Florence Pernoud : "Le Pape lisant devant cette immense assemblée l'oeuvre de la petite religieuse (sic) jusqu'alors inconnue (sis), sauf de son entourage proche, c'est un spectacle surprenant". Elle démontre que le comportement de Pernoud relève d'une lutte contre l'historiographie misogyne des XIX et XX° siècles niant le fait que de grandes figures de femmes puissantes aient existé dans l'histoire. Mais cette attitude tend à minorer socialement et psychologiquement l'existence de ces femmes, on combattrait la subalternité des femmes en les transformant en des subalternes..? Rétablir la vérité, la réalité de l'oeuvre, de la vie, de la naissance, des origines de Hildegarde de Bingen tel est le principal but de ce livre.
L'oeuvre elle même d'Hildegarde est abordée, mais pour la relier à ce qui a fait d'elle ce personnage, ainsi une hypothèse : le penchant d'Hildegarde pour l'étude, la connaissance des plantes viendrait de la branche familiale d'origine Souabe (les Souabes ont été un peuple barbare animiste des IV et V° siècles, lorsque Hildegarde vivait quatre ou cinq siècles ce n'était pas grand choses, changer de mentalités à ces époques ne se faisait pas en quelques générations. Hildegarde apparentée au carolingiens, aux capétiens, aux familles du Saint Empire Romain Germanique n'avait rien à voir avec une petite inconnue de basse condition.
Ce livre nous livre une foultitude de renseignements sur cette époque contemporaine des croisades, des batailles au sein de l'église, de la naissance d'un empire germanique (dont le folklore nazi s'est par la suite inspiré)
On pourrait disserter des heures sur ce bouquin que je vous recommande de lire, surtout aux férus d'Histoire, vous ne serez pas déçus, c'est de l'histoire documentée et non romancée comme de nombreux "historiens" de notre époque se font les chantres abusifs...


mots-clés : #biographie #conditionfeminine #historique #moyenage
par Chamaco
le Jeu 27 Sep - 18:15
 
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Sujet: Pascale Fautrier
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Matt Cohen

Matt Cohen
(1942 - 1999)


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Matt Cohen, romancier, nouvelliste, poète, auteur de livres pour enfants (né le 30 décembre 1942 à Kingston, en Ontario; décédé le 2 décembre 1999 à Toronto, en Ontario). Lauréat du Prix du Gouverneur général et membre fondateur de la Writers’ Union of Canada, Matt Cohen est un auteur prolifique et de renom et a écrit plus de 20 œuvres de fiction.

Formation et carrière
Élevé et éduqué à Ottawa, Matt Cohen obtient un baccalauréat ès arts (1964) et une maîtrise ès arts en sciences politiques (1965) à l'Université de Toronto.

En 1968, quoiqu’il n’ait rien publié encore, il devient écrivain résident au Rochdale College à Toronto et y rencontre Stan Bevington, un des fondateurs de la Coach House Press, et le poète Dennis Lee, un des fondateurs de la House of Anansi Press. Par son amitié avec le philosophe George Grant, Matt Cohen est embauché par l’Université MacMaster comme professeur de religion, poste qu’il quitte de façon prématurée pour se consacrer à l’écriture.


Oeuvres traduites en français


Le médecin de Tolède, 1986
Nadine, 1990
Freud à Paris, 1990
Les mémoires barbelées, 1993
Élizabeth et après, 2000


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Le médecin de Tolède

Tag moyenage sur Des Choses à lire 515lry10



J'ai lu sans déplaisir aucun ce roman, ces dernières semaines, un peu comme on regarde une série, avec enthousiasme mais sans certitude sur la qualité du scénario.

Car l'histoire, romanesque à souhait, nous entraine dans ses rebondissements terribles.
Mais dans le fond j'ai trouvé quelques maladresses au style de l'auteur, il y a quelques fois des râtés, des incohérences, des développements psychologiques qui font sentir l'écrivain derrière l'histoire.Des ruptures de ton qui semblent involontaires et où on sort de la fresque historique et humanitaire. Enfin je ne sais pas si c'est ça le problème ou si ce sont des traits de la psychologie des personnages qui ne m'ont parfois pas plu. Vous savez des fois faut se méfier avec ma subjectivité, elle a un côté très en forme quand elle veut !

Pour autant c'était une "lecture de vacances" sympa, comme on dit (surtout que je ne suis pas en vacances du tout et qu'il fallait ce genre de livre pour accompagner ma fatigue, justement, très enlevé même si imparfait parfois.)

Le thème du livre, lui, est loin d'être plaisant. Je l'ai choisis pour approfondir ma connaissance du XVeme siècle. On accompagne la vie tragique d'un homme , fils d'une juive violée lors d'un pogrom, qui devient médecin, brillant , mais toujours assujetti à son statut de juif, au coeur d'une Espagne profondément antisémite et juive. Ces aspects sont très bien développés ainsi que la pesée des pouvoirs en place dans l'Eglise catholique.


J'ai lu ce livre dans la volonté de prolonger la lecture du livre de Jacques Attali  appelé 1492 (ICI)

et elle illustrera aussi parfaitement , sur un plan romanesque, le  livre de Pierre Assouline, Retour à Séfarad. (Je fais un fil ce week end promis)

J'ai aussi appris pas mal sur le judaïsme à cette époque, au fil de ces trois lectures croisées, je n'y connaissais rien, et force est d'admettre que la notion d'hérésie a copieusement trouvé eau à son moulin en trucidant la communauté religieuse juive, je ne le savais pas mais ils ont copieusement morflé à l'époque .Comme je suis issue d'une culture catholique , je découvre comment le Christianisme a maintenu son monopole culturel et politique à cette époque. C'est coton-pas glop. Je sors de mes vagues notions ethnocentrées de l'Histoire, avant quand je pensais "heretiques" je pensais "courants protestants, sorcières etc" Tu parles, il y avait dans le collimateur aussi la religion juive et tous ses convertis. Je ne le savais tout bonnement pas. Depuis je lis beaucoup de choses par hasard qui le confirment, donc une grosse lacune chez moi est enfin comblée. #etre ignare mais se soigner



mots-clés : #antisémitisme #historique #medecine #moyenage #religion
par Nadine
le Sam 2 Juin - 11:02
 
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Sujet: Matt Cohen
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Clara Dupont-Monod

LA FOLIE DU ROI MARC

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Oyez, braves gens, oyez l'histoire du roi Marc, rendu fou de douleur par l'amour qui unit Yseut, sa femme,à Tristan, son neveu, son quasi-fils ! La célèbre légende du Moyen Âge est ici revisitée : si les diverses étapes du parcours des amants sont scrupuleusement respectées, avec leur cortège de délations, de bonheurs éphémères et de souffrances, la passion est cette fois-ci narrée selon le point de vue du mari trompé. Nous assistons alors, de l'intérieur, à la montée progressive de la folie chez ce roi déchiré entre l'amour absolu et vain qu'il voue à sa femme, et l'exercice du pouvoir, qui l'astreintà une certaine sévérité. Son long monologue décline toutes les facettes d'une insatiable souffrance  : sentiment de dépossession, trahison, jalousie, pulsions vengeresses, sursauts irraisonnés de confiance se succèdent, pour finalement laisser la place à la complaisance dans une douleur profonde.Ce roman, le deuxième publié par Clara Dupont-Monod, émeut et dérange tout à la fois : il nous dit la puissance irrépressible de la passion, capable de mener à la destruction de l'orgueil et à l'oubli de soi-même.

Reprenant l'histoire (ou le mythe) de Tristan et Yseult, l'auteure nous le fait percevoir au travers du regard de l'époux d'Yseult, le roi Marc, père adoptif de Tristan, au travers d'un long monologue qu'il fait avec lui même et nous le fait percevoir déchiré entre son amour pour sa femme qui n'a d'yeux que pour Tristan, son amour pour Tristan qu'il a élevé comme son fils, sa place de roi et la pression de ses barons pour qu'il prenne des mesures contre un adultère par tous connu. Face à cela, Marc se débat avec ses doutes qu'il cherche à confirmer tout autant qu'il est parfois dans le déni et veut garder les yeux fermés, continuer à croire qu'il n'y a rien. Il se débat avec une cours aussi qui lui demande de réagir, de mettre un terme à cela, des sujets qui le méprisent car ils perçoivent tous la tromperie, et estime leur roi faible.
Ses décisions, variations de conduite, prise de position sont toujours comme dictées de l'extérieur, par son rang, sa jalousie, le jugement de ses sujets, etc...
Il est pétri d'indécision, de doute, et alterne tous les positionnements.

Pari risqué que de tenir une œuvre complète autour de ce huis clos entre Marc et lui même, à ne nous faire vivre l'histoire que dans la discussion qu'il se fait avec lui même, dans sa tête. Elle le réussit je pense, malgré quelques redondances, mais cet exercice il me semble n'est pas simple. Pour autant, ce monologue perpétuel n'a pas vraiment réussi à m'accrocher, à trop torturer l'esprit de Marc, et torturer le nôtre en même temps de ses multiples revirements, je n'ai pas réussi à apprécier le personnage, je n'ai pas pu ressentir sa souffrance... tellement il semble marionnette de ses pensées et des autres, tellement il n'est pas maître de ses choix il agace; c'est une plainte longue de 200 pages qui vient dire combien il est trahi, malheureux, ce malgré qu'il a tout donné... et honnêtement, ça a fini par m'ennuyer.

mots-clés : #amour #moyenage
par chrysta
le Mar 2 Jan - 14:05
 
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Sujet: Clara Dupont-Monod
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Umberto Eco

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Le Nom de la Rose
Le Nom de la Rose se donne de bons arguments. Une enquête tout à fait prenante, haletante, au cœur d’un moyen-âge où la connaissance, comme l’humour, ne sont plus en odeur de sainteté. Une vaste bibliothèque, renfermant les trésors livresques des temps et des lieux les plus reculés, interdite d’accès ― ce qui révèle d’autant mieux son ampleur et son mystère ― nos deux personnages, un ex-inquisiteur et son secrétaire, qui en bravent l’accès et se perdent dans des labyrinthes obscurs. Une grande richesse, des livres secrets qui communiquent entre eux, tous contenus dans le dogmatisme inquiet d’un christianisme vindicatif et austère… Le Nom de la Rose ne transcende pas non plus son écrin : le roman d’aventure, on y reconnaît tout de même un amour palpable pour la connaissance.

Umberto Eco a écrit:― J'en ai une, mais confuse encore. J'ai l'impression, en lisant cette page, d'avoir lu certains de ces mots, et des phrases presque identiques, que j'ai vues ailleurs, me reviennent à l'esprit. Il me semble même que cette feuille parle de quelque chose dont on a déjà parlé ces jours-ci... Mais je ne me souviens pas de quoi. Il faut que j'y pense. Peut-être me faudra-t-il lire d'autres livres.
― Pourquoi donc ? Pour savoir ce que dit un livre vous devez en lire d'autres ?
― Parfois, oui. Souvent les livres parlent d'autres livres. Souvent un livre inoffensif est comme une graine, qui fleurira dans un livre dangereux, ou inversement, c'est le fruit doux d'une racine amère. Ne pourrais-tu pas, en lisant Albert, savoir ce qu'aurait pu dire Thomas ? Ou en lisant Thomas, savoir ce qu'avait dit Averroès ?
― C'est vrai », dis-je plein d'admiration. Jusqu'alors j'avais pensé que chaque livre parlait des choses humaines ou divines, qui se trouvent hors des livres. Or je m'apercevais qu'il n'est pas rare que les livres parlent de livres, autrement dit qu'ils parlent entre eux. A la lumière de cette réflexion, la bibliothèque m'apparut encore plus inquiétante. Elle était donc le lieu d'un long et séculaire murmure, d'un dialogue imperceptible entre parchemin et parchemin, une chose vivante, un réceptacle de puissances qu'un esprit humain ne pouvait dominer, trésor de secrets émanés de tant d'esprit, et survivant après la mort de ceux qui les avaient produits, ou s'en étaient fait les messagers.
― Mais alors, dis-je, à quoi sert de cacher les livres, si on peut remonter des visibles à ceux qu'on occulte ?
― A l'aune des siècles, cela ne sert à rien. A l'aune des années et des jours, cela sert à quelque chose. De fait, tu vois à quel point nous sommes désorientés.
― Et donc une bibliothèque n'est pas un instrument pour répandre la vérité, mais pour en retarder l'apparition ? demandais-je pris de stupeur.
― Pas toujours et pas nécessairement. Dans le cas présent, elle l'est."


Umberto Eco a écrit:Il y avait, dans un reliquaire tout d’aigue-marine, un clou de la croix. Il y avait dans une ampoule, posée sur un lit de petites roses fanées, une partie de la couronne d’épines, et dans une autre boîte, toujours sur un tapis de fleurs fanées, un lambeau jauni de la nappe de la dernière Cène. Et puis il y avait la bourse de Saint Matthieu, en mailles d’argent, et dans un cylindre, noué par un ruban violet élimé par le temps et scellé d’or, un os du bras de Sainte Anne. Je vis, merveille des merveilles, surmonté d’une cloche de verre et placé sur un coussin rouge festonné de perles, un fragment de la mangeoire de Bethléem, et un empan de la tunique purpurine de Saint Jean l’Evangéliste, deux des chaînes qui serrèrent les chevilles de l’apôtre Pierre à Rome, le crâne de saint Adalbert, l’épée de saint Etienne, un tibia de Sainte Marguerite, un doigt de Saint Vital, une côte de Sainte Sophie, le menton de Saint Eoban, la partie supérieure de l’omoplate de saint Jean Chrysostome, une dent de saint Jean-Baptiste, la verge de Moïse, un point de dentelle déchiré et minuscule de l’habit nuptial de la Vierge Marie.



mots-clés : #historique #moyenage #polar #religion
par Dreep
le Lun 11 Sep - 15:05
 
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Sujet: Umberto Eco
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Evguéni Vodolazkine

Tag moyenage sur Des Choses à lire Images12

Les quatre vies d'Arséni


Originale :   Лавр (Russe, 2012)

Fayard a écrit:Le héros, Arséni, naît en 1440 près du monastère Saint-Cyrille du lac Blanc et meurt en 1520 au terme d’une longue vie qui le conduit de son lieu de naissance à Pskov, puis jusqu’à Venise et Jérusalem, avant de le ramener à son point de départ. Ses dons de guérisseur lui valent partout où il séjourne une grande renommée et pourraient lui assurer honneurs et fortune. Mais, ayant involontairement causé dans sa jeunesse la mort de la femme aimée sans qu’elle ait reçu les sacrements de l’Église, il renonce à tous biens terrestres et tente par la mortification d’obtenir le rachat de celle qu’il ne veut pas livrer au néant.
Chronique imaginaire d’un être tourmenté par la sainteté, ce roman-fable nous entraîne dans une Russie du Moyen Âge ravagée par la peste et dans le quotidien d’un petit peuple humble et brutal, de moines énergiques et visionnaires, de pèlerins exposés aux dangers de longs voyages. Inspiré par des vies de saints russes, stylistiquement aussi dentelé que les feuilles d’un herbier, il dépayse fortement, tout en nous menant aux sources du christianisme russe.


REMARQUES :
Très bonne présentation de l'éditeur ! Le danger aurait été de mettre l'accent sur un pur roman historique ou d'aventures extérieurs – et ce ne serait même pas entièrement faux car l’œuvre a quelque chose d'épique, d'aventureux, de très riche. Mais il me semble clair que l'auteur décrit avant tout un aventure intérieur, un cheminement de vie, quasiment des années d'enfance jusqu'à la mort. Le livre est structuré en quatre grandes parties qui suivent en gros différents étappes dans la vie d'Arséni : de l'apprentissage du savoir médicinale et herboriste de son grand-père, incluant la vie intérieure dans la foir (orthodoxe) jusqu'aux années de l’exercice de ses dons de guérisseur ; de ses années comme « fol en Christ » à Pskov et le pélérinage à Jérusalem jusqu'au retour et une vie d'abord dans un monastère, et puis comme ermite dans une grotte.

Vodolazkine réussit, grâce à son savoir de médiéviste d'un coté, mais aussi grâce à un profond respect de la foi, de dessiner un moyen-âge un peu autre. Oui, marqué certes par la peste et aussi des fois par la superstition ou des préjugés, mais aussi marqué par une certaine forme d'unité de l'être humain dont on aurait grand besoin aujourd'hui. C'est avec des éléments typiquement russes, issus de la tradition, des hagiographies, mais aussi des manuscrits etc, qu'il peint un homme de ce XVème siècle qui nous devient – peut-être – tout proche. Bref, on se demande parfois si cette histoire située il y a si longtemps, ne peut pas nous montrer la Russie d'aujourd'hui, mais aussi être un miroir de nous-mêmes. Je ne cache pas que je trouvais certains passages d'une profondeur immense et touchante.

Donc, vraiment splendide ! Et je garderai cet auteur à l’œil !


Intéressant dialogue avec l'auteur :

https://www.lecourrierderussie.com/culture/2016/05/evgueni-vodolazkine-romancier-absolu/


mots-clés : #moyenage #religion
par tom léo
le Mer 28 Juin - 21:47
 
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Sujet: Evguéni Vodolazkine
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Marion Zimmer Bradley

Tag moyenage sur Des Choses à lire Dame-d11

Résumé:

La légende du roi Arthur et des chevaliers de la Table ronde n'avait, depuis longtemps, inspiré un roman d'une telle envergure, d'un pareil souffle. Merlin l'Enchanteur, Arthur et son invincible épée, Lancelot du Lac et ses vaillants compagnons, tous sont présents mais ce sont ici les femmes qui tiennent les premiers rôles: Viviane, la Dame du Lac, Ygerne, duchesse de Cornouailles et mère d'Arthur, son épouse Guenièvre, Morgane la fée, sœur et amante du grand roi...
Cette épopée envoûtante relate la lutte sans merci de deux mondes inconciliables, celui des druides et des anciennes croyances défendant désespérément un paradis perdu et celui de la nouvelle religion chrétienne supplantant peu à peu rites et mystères enracinés au cœur de la Grande-Bretagne avant qu'elle ne devienne l'Angleterre.


Commentaire :


Après ma récente aventure entre les lignes de « L’enchanteur » de Barjavel, je repars dans la découverte et redécouverte de la légende arthurienne, ou plutôt d’une de ses réécritures. Mythe intemporel basé sur des écrits moyenâgeux, d’abord sous la plume de moines puis d’écrivains qui l’ont enrichi, il avive mon intérêt tant personnel sur les peuples celtes, leurs croyances et le basculement entre celles-ci et leur écrasement par la chrétienté, que professionnels sur la fonction du mythe et ce qu’il véhicule.

Dans ce premier tome, introduit par une fée Morgane à un âge avancé de la vie et porté tout du long par des voix de femmes (Ygerne, Viviane, Morgane, Guenièvre), nous entrons pas à pas dans les méandres de la légende arthurienne. Appuyé sur une vision féminine, ce récit semble par là même restituer une place aux femmes à une période où la vénération de la Déesse, et par elle-même du féminin, appartenant aux rites ancestraux celtiques vient peu à peut-être attaqué par la chrétienté et son idéologie.  Celle-ci en effet prône l’adoration d’un Dieu unique plutôt que de multiples,  et transforme la place et la vision de la femme dans la société qui devient porteuse de la responsabilité de l’infamie du péché. Au travers des pages, nous assistons en effet à la confrontation des rites ancestraux celtes et des valeurs religieuses chrétiennes, avec l’émergence de la prépondérance de cette dernière et la tentative d’éradication des anciennes croyances relayées à la place de rites païens et du démon. Dans cet affrontement, Arthur se situe un temps dans la délicate place de maintenir les deux croyances vivantes avant de se laisser convaincre par les arguments de Guenièvre et d’abandonner la bannière du dragon, symbole des anciennes croyances. On retrouve là une sorte de mythe d’Adam et Eve et du serpent, et une femme encore rendue à l’origine d’un choix capital non sans conséquences sur l’avenir. Nous assistons à l’émergence d’une religion et de son intolérance, et au déclin d’autres croyances.

D’une harmonie avec la nature, et d’une perception de la sexualité peu entravée telle que vécue sur Avalon et par les peuples anciens, nous assistons à l’émergence de la notion de péché qui apparaît clairement dans le déploiement du triangle amoureux constitué de Arthur, Guenièvre et Lancelot, source du sentiment par celle-ci d’être maudite et de ne pouvoir enfanter qui l’amène à solliciter d’Arthur le reniement des anciennes croyances, et lui à y accéder.  
Mais cette sensée « malédiction » ne commence-t-elle pas bien avant ? Arthur et Morgane, demi frères et sœurs, sont en effet objets de manipulations sous couvert de rites ancestraux et de tentative de pérenniser les croyances ancestrales de manière « politique » ; on leur fait en effet sciemment commettre l’inceste, les utilisant comme de simples pions.  

Et la place des femmes, si importante à Avalon, n’est-elle pas elle-même un ersatz de ce qu’elle pourra être par la suite, sous la chrétienté : adulées certes, mais empêchées de vivre vraiment, tenue à une vie de sacrifice dévouée corps et âmes à la Déesse
Je passe ici les aspects de malversations, jalousies et rivalités frères / sœurs , guerres, etc… Même si, un autre point d’interrogation et d’intérêt me semble historique : à quelle période réellement et sur quel terrain apparaît ce mythe, et q’esu ce qu’il vient tenter de mettre en élaboration ainsi.
Mais ceci reste un autre épisode, et il me reste avant d’avancer sur les idées que cela m’inspire à lire le second tome pour avoir une vision globale de ce mythe, si approchant en certains points de celui d’Oedipe.


mots-clés : #moyenage #conditionfeminine #contemythe
par chrysta
le Ven 16 Juin - 15:22
 
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Sujet: Marion Zimmer Bradley
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Pierre Senges

Cendre
des hommes et des bulletins


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Relisez d'abord le parfait commentaire de shanidar.
C'est fait ? Bon, merci, je ne peux que plussoyer.

Ce livre est un ovni, une œuvre d'art en tant qu'objet,  un poème historico-onirique, l’œuvre d'un poète savant et malin, inventif, universel et unique. Le genre de type qui raconterait n'importe quoi, on y adhérerait par le seul charisme du conteur, et qui en plus raconte une histoire extra-ordinaire, une hallucination encrée dans le réel, mêlant vraie histoire et imaginaire, jeu et sérieux, tragédie et drôlerie. Quelque chose de jamais vu et unique.

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Donc cela part de ce tableau de Bruegel l'ancien,généreusement reproduit sur le rabat de la couverture de façon à pouvoir l'avoir sous les yeux  tout au long de la lecture. Un tout petit tableau (18,5 × 21,5) sur lequel se sont interrogés tous les historiens de l'art, qui ont chacun proposé leur interprétation invérifiable. Pierre Senges, lui, ne se targue pas de plausibilité, il rêve , imagine, embellit, brode, rajoute , s'amuse et nous délecte.

Et nous voilà en plein Moyen Âge, à la suite d'un cortège étrange, pouilleux, poussif et royal tout à la fois , auquel se rallient l'un après l'autre des "princes usurpés" rejetés  d'une Europe où règne l'intrigue et la gloire. Alors c'est un roman historique, me direz-vous? Rien de cela, c’est un épopée,  une  allégorie somptueuse des exclus, des méprisés, des fous, des rêveurs, des floués , ceux auxquels Bruegel dédie son tableau par ces quelques mots   "Courage, estropiés, salut, que vos affaires s'améliorent". C'est une apologie   de la splendeur des grotesques. C'est à chaque ligne délectable,  par son intelligence, entre beauté et humour, pathétique au bon sens du terme.


La nuit, après des heures de marche passées sur la crête d'un dos-d'âne, ils cherchaient le sommeil  enroulés dans de maigre couverture (la lune se voyait à travers) et fixaient le ciel, ce que les anciens avaient appelé firmament par goût du mensonge, y cherchaient le signe de l'injustice, de leur douleur, de leur fortune lésée, et l'autre signe, juste à côté, le signe jumeau, celui qui annonce le retour des choses justes - se disant : pour ce soir, encore, je ferme les yeux.


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Le texte de Pierre Senges est accompagné par les gravures-rêveries quasi obsessionnelles  de Sergio Aquindo, artiste argentin vivant en France qui dit:

Ma rencontre avec le tableau pourrait se résumer en deux mots : fuir et se perdre. C’est en me perdant au Louvre, à la recherche d’un tableau de Vermeer, et en fuyant les attroupements de touristes, que j’ai atterri à la section « Écoles du Nord » au deuxième étage du musée. Cette salle, ou région plutôt, est devenue mon refuge : je la quittais rarement et je l’ai explorée en détails. Parmi Bosch, Holbein, Memling et Van Dalem, j’ai découvert il y a des années ce petit Bruegel intime, modeste, étrange, féérique. Par pur jeu, je me suis mis à le copier, à en extraire des détails (chapeaux, prothèses, mains, etc.) À chaque fois que j’allais au Louvre ensuite, et donc du côté des Écoles du Nord, je me sentais obligé d’aller me mettre face au petit Bruegel. Et d’en dessiner une partie, un détail, quelque chose. J’ai un faible pour les choses modestes, pour les petites oeuvres. Dans celle-ci, il n’y a que des mendiants, apparemment seuls survivants d’une société disparue. L’infirmité m’attire aussi, et les hybrides… J’ai une fascination pour la technique, de manière générale : sur les premiers croquis que j’en ai faits, j’ai reproduit les béquilles et les prothèses des mendiants du tableau. C’est de là aussi que vient l’utilisation du noir et blanc. Enfin, l’ambiance du tableau m’a magnétisé, cette nuit étrange, ces couleurs féériques, et ce décor, qu’on n’identifie pas, et qui s’ouvre vers un parc ou une campagne. Une scène de théâtre, presque… .


Vous avez droit à des primes

un entretien avec les auteurs qui explique la genèse du livre

le site de Sergio Aquindo

Bon.
Qui le lit, alors?


mots-clés : #moyenage
par topocl
le Sam 20 Mai - 10:50
 
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Sujet: Pierre Senges
Réponses: 18
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Michel Pastoureau

Le Roi tué par un cochon

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Michel Pastoureau est un conteur redoutable. A partir de ce qui ne semble à première vue qu’un épisode historique secondaire, il nous entraîne dans une enquête quasi policière pour un voyage fascinant parmi la symbolique du Moyen Age.
A point de départ, un évènement dramatique : le 13 octobre 1130, le cheval que montait le jeune Philippe, roi de France, fils aîné de Louis VI le Gros, chute dans une rue de Paris à cause d’un cochon. Le roi est projeté sur une pierre et écrasé sous le poids du cheval. Il meurt quelque temps plus tard.
Philippe ne figure pas dans la numérotation des rois de France. Toutefois, comme tous les fils aînés du roi régnant jusque Philippe-Auguste, il a été sacré à Reims afin d’assurer un principe dynastique (les Capétiens n’oublient pas que le premier d’entre eux Hugues Capet doit son pouvoir à l’élection). Oint du saint chrême, Philippe participe donc bien au caractère sacré des rois de France. Il est qualifié dans les textes de « Rex junior ». Il est d’ailleurs rapidement inhumé dans la basilique royale de Saint-Denis. Quelques jours plus tard, son frère Louis est sacré à Reims. On ne plaisante avec la continuité royale !
Que ce jeune héritier ait été tué à la chasse par un sanglier, gibier royal à l’époque, passe encore. Mais par un vulgaire porc gyrovague, bête immonde entre toutes, un « porcus diabolicus » comme en parle Suger, voilà qui entache la dynastie d’une souillure  indélébile.

L’avènement au trône de Louis VII, frère de Philippe, mal préparé à la fonction, semble confirmer la malédiction qui frappe la famille royale. C’est en effet un règne calamiteux marqué par l’échec de la 2e croisade, celui du mariage avec Aliénor suivi d’un divorce désastreux qui va livrer l’Aquitaine à l’Angleterre, et j’en passe. Trois personnes entrent alors en jeu : l’abbé de Saint-Denis, le fameux Suger, saint Bernard de Clairvaux et bien sûr le roi. Tous vouent une dévotion profonde envers la Vierge Marie. Bientôt les attributs de la Vierge, la fleur de lys, symbole de pureté, et la couleur bleue vont devenir ceux du roi de France, le fameux « d’azur semé de lis d’or ». Coup de génie qui place à nouveau le roi de France dans une position particulière, ses armes étant de nature divine, par rapport à ses confrères d’Europe. L’hypothèse séduisante, remarquablement argumentée par Michel Pastoureau, bien qu’elle ne puisse malheureusement être confirmée par aucun document, est que l’adoption des attributs mariaux lave la souillure due au porc errant. De l’animal infâme aux lis d’or sur azur il n’y aurait donc qu’un pas !
Et qu’est-il advenu de ce « porcus diabolicus ». Nous l’ignorons. Dans un passage limpide sur les procès d’animaux et leurs enjeux, l’auteur nous apprend qu’ils n’apparaissent qu’un peu plus tard. Le régicide a donc évité le jugement et probablement une condamnation à mort.

Michel Pastoureau a le privilège d’une plume claire et simple qui fait de son récit un livre abordable par tous et vraiment agréable à lire, tout en gardant une rigueur historique sans faille. C’est un historien aussi plein d’humour. Il nous dit par exemple de nous méfier de la prose de Suger, maniant mal le latin, aux phrases ampoulées, cherchant à imiter Lucain. Il nous explique également les difficultés qu’il rencontrait lors de son service militaire pour replier le drapeau tricolore selon les règles et faire en sorte que le bleu recouvre les autres couleurs !
Qui a dit que nous n’avions plus de grands historiens en France ?


mots-clés : #historique #moyenage
par ArenSor
le Ven 12 Mai - 20:00
 
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Sujet: Michel Pastoureau
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Clara Dupont-Monod

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Juette est née en 1158 à Huy, une petite ville de l'actuelle Belgique. Mariée à treize ans, elle est veuve cinq ans plus tard.
Juette est une femme qui dit non. Non au mariage. Non aux hommes avides. Non au clergé corrompu. Elle n'a qu'un ami et confident, Hugues de Floreffe, un prêtre. À quelles extrémités arrivera-t-elle pour se perdre et se sauver ?
Car l'Église n'aime pas les âmes fortes ...
De ce Moyen Âge traversé de courants mystiques et d'anges guerriers, qui voit naître les premières hérésies cathares, Clara Dupont-Monod a gardé ici une figure singulière de sainte laïque.



« Je m'appelle Juette, j'ai quinze ans. Je suis mariée. J'ai sans doute été punie parce que je suis mauvaise. »

Ce roman retrace le destin de Juette de Huy tel qu’il fut conté par son ami et confident, Hugues de Floreffe. C’est de nouveau une œuvre de Clara Dupont-Monod qui fait entendre deux voix en parallèle, celle de Juette, et celle d’Hugues.

On y découvre une enfant tel un oisillon fragile qui, peu entouré de l’affection des parents, vit dans ses rêves d’histoires et de chevaliers, mais est aussi animée par la foi et par maintes interrogations qu’elle partage avec son ami religieux, Hugues. Elle est touchante dans sa fragilité, sa voix que l'on entend peu, son innocence et sa gaité d'enfant, cette petite fille maigrichonne.  est comme détruite et Mariée contre son gré après avoir prononcé un  « oui je le veux » auquel elle ne donne aucun sens, elle subit la vie maritale dans une sorte d’errance entre la souffrance de la chair, le détachement, les interrogations sans fin sur ce qui l’a menée à devoir subir cela, sur la vie et les hommes, et une haine progressive à l’égard du sexe masculin. Elle ira jusqu’à craindre la damnation pour avoir espéré la mort de son époux.

Une fois libérée des chaînes du mariage, Juette va s’affranchir peu à peu de la société, de ses peurs, croyances, ce jusqu’à remettre ouvertement en question l’ordre religieux, l’accusant de ses impiétés. Elle qui a choisi d’être auprès des lépreux, exclus par la société, sa voix et sa rebellion est entendu par nombre de femme qui la suivront comme un mentor, ainsi que d’autres, ce d’autant plus qu’elle a des extases. C'est une exemple de force et de positionnement qui jamais ne flanche, une des pionnières dans la libération des femmes de ce destin préécrit qu'on leu impose, mais aussi une femme pieuse qui va s'enfermer de plus en plus dans ce lien particulier qu'elle entretient avec sa foi.

Hugues, quant à lui, est touchant de sa présence constante et délicate envers Juette, dans ses attentes dans l'ombre à différents moments de sa vie, dans la permanence de sa pensée envers elle, de comment elle le touche, comment il va l'aimer en ne lui touchant que le cœur.
Il m'a émue dans son évolution au fil des années, dans ses peurs pour Juette, ses sentiments jamais nommés, seul à attendre dans l'ombre de cette femme devenue sainte qui ne sera plus pour lui à la fin que celle qu'il attend sans espoir pour qu'enfin peut être elle réponde à cette question qu'il a et demeure en suspens...

Un roman intéressant, mais lu très vite après "Le roi disait que j'étais diable", je ne me suis pas laissée emmener aussi facilement dans ce style particulier de l'auteur en tant qu'il m'a donné un arrière goût de déjà vu, même si le fond est différent. Juette est ici dépeinte en partie de par les éléments collectés à son propos par Hugues, d’autre part par l’imaginaire de l’auteur qui lui donne vie, émotion, l’interprète, la parle … certainement aussi par ce qu’induisent les écrits de Hugues de Floreffe.

Je dirai que le style de l’auteur est à découvrir, mais peut être si chaque roman se fait sur la même trame cela risque de devenir lassant, bien que reprenant des moments historique datant du moyen âge, période semble t’il de prédilection de l’auteure


mots-clés : #historique #moyenage #religion
par chrysta
le Sam 6 Mai - 18:09
 
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Sujet: Clara Dupont-Monod
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Clara Dupont-Monod

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Clara Dupont-Monod reprend cette figure mythique et invente ses premières années comme reine de France, aux côtés de Louis VII. Leurs voix alternent pour dessiner le portrait poignant d'une Aliénor ambitieuse, fragile, et le roman d'un amour impossible.
Des noces royales à la seconde croisade, du chant des troubadours au fracas des armes, émerge un Moyen Age lumineux, qui prépare sa mue.


Ce roman est construit sur deux voix qui s’interposent sans jamais se rencontrer : celle d’Aliénor et celle de Louis VII. C’est une impossible rencontre entre deux êtres englués dans des héritages familiaux dont ils ne peuvent se défaire vraiment, entourés chacun de leurs ombres qui ne sont pas les mêmes. Là où l’une porte les restes des croyances archaïques, l’autre se voue aux croyances nouvelles ; là où l’une est colère, rage, désir de se dégager du lourd regard familial qui pèse et de prouver ce qu’elle vaut, l’autre, roi par défaut, pétri de honte et de colère, va se laisser balloter entre désir pour sa femme impossible à toucher et repli sur lui-même tant elle l’amène à être un autre qu’il refuse.

« Sur le chemin du retour, la fièvre retombe. L’absurdité me saute au visage. Je redeviens un meunier aux mains noires. La ville saccagée, les cris des enfants, et mes hurlements lorsque la porte cède sous mes coups… Ces mêmes portes ouvertes au fond de moi, déversant la colère que je déteste. Et ce n’est qu’un début. (…) Je le sais. Tu me voudras guerrier avant d’être roi. Je vois bien que pour toi, il y a de la noblesse à menacer la vie. Personne ne t’a appris la grandeur du langage et de la bienveillance. Et personne ne m’a appris, à moi, que l’on pouvait aimer quelqu’un qui vous détruit. J’ai vu tes bras ouverts lorsque je suis rentré. Tu t’es inclinée devant moi puis tu as levé les yeux vers mon heaume. Tout cela m’a donné envie de pleurer. Pourquoi faut-il que tu me regardes uniquement lorsque je me ressemble si peu ? J’aurais du hurler : « cet homme n’est pas moi ! », mais c’est bien cet homme, à cet instant, que tu remerciais. Alors je n’ai rien dit."

Dans ce couple improbable qui unit Aliénor d’Aquitaine à Louis VII, c’est la dame qui tient la barre. Elle le pousse à se renier pour elle, sans jamais, ou presque, le reconnaître ni le voir. Et tout au long du roman nous entendons Louis dans sa complainte face à cette femme adulée qui ne le voit pas, voire le méprise et l’amène à moult actes terribles. Mais nous l’entendons aussi grandir, changer, peu à peu se ranger à la voie d’une raison qu’il n’acquiert que bien tard. Certes, Aliénor ne peut porter la responsabilité de ce qu’elle lui a fait commettre, il en a sa part, elle ne semble qu’avoir permis qu’il délie ses colères, tue son (ses) père(s) dans les meurtres qu’il commet essentiellement au nom de l’honneur de sa femme.

Quant à Aliénor, elle se livre telle une femme blessée, arrachée aux siens, à sa ville, ses racines. Une femme finalement restant dans le fond l’enfant dont les ombres parentales qu’elle veut apaiser la suivent une bonne partie du roman. Louis lui permettra en partie d’en être libérée.

Ce roman a été pour moi une belle découverte, et je me suis laissée bercer et emmener par la plume de l’auteur à traverser des épisodes d’histoire aux côtés de ce couple médiéval célèbre. Il noue, dans un style rapide et entrainant, les figures contraires du calme et du chaos. Il nous fait rencontrer deux personnages dans leurs aspects psychologiques, leurs failles, leurs forces, leurs faiblesses, et nous les montre évoluer page après page au fil d’une histoire dure et chargée de combats et de morts dépeinte dans une sorte de poésie horrifique.


mots-clés : #historique #moyenage
par chrysta
le Mer 3 Mai - 17:00
 
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Sujet: Clara Dupont-Monod
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Mireille Calmel

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Le lit d'Aliénor

Aliénor d'Aquitaine.
Une belle jeune fille au caractère fougueux, encore à marier. Sa dot : le duché d'Aquitaine, des terres débordant de richesses. D'ailleurs, en 1137, il fait bon vivre dans le château d'Aliénor à Bordeaux, luxueusement décoré et résonnant des chants des troubadours, alors que le Louvre de ce pauvre roi de France est sinistre, sale et silencieux. Au côté d'Aliénor, depuis quelques jours, une charmante silhouette se profile, celle de Loanna de Grimwald.

Elle a quinze ans, le même âge qu'Aliénor, mais elle n'est pas tout à fait comme les autres, un peu fée, un peu sorcière. Envoyée par son ancêtre Merlin l'Enchanteur, héritière des secrets druidiques, Loanna a une mission : devenir la confidente d'Aliénor, son ombre, et faire en sorte qu'elle épouse un jour Henri, le futur roi d'Angleterre. Un premier roman éblouissant, où le surnaturel et la sensualité se mêlent à l'Histoire, recréant une Aliénor d'Aquitaine insoupçonnée.



Aliénor d’Aquitaine, née en 1122, a été reine deux fois, d’abord femme de Louis VII à la cour de France, puis de Henri de Plantagenêt à la cour d’Angleterre. Elle enfanta 2 filles avec Louis et 3 rois avec Henri, dont Richard Cœur de Lion.
Ce livre retrace la partie de la vie d’Aliénor aux côtés de Louis VII, soit 15 années nous emmenant dans les méandre du 12ème siècle, de la cour de France, de ses intrigues, alliances, allégeances, mais aussi au-delà puisque nous partons aussi aux côté d’Aliénor dans la croisade dans laquelle elle accompagne Louis, de Constantinople  l’Asie mineure.

Le roman reprend toutes les grandes lignes de cette période qui associa Aliénor à Louis VII, et nous permet de découvrir (ou redécouvrir) ce pan de l’histoire de France autour de personnages qui en ont fait la légende : Aliénor, Louis, l’abbé Suger, le troubadour Jaufré Rugel notamment. Mais ce livre est aussi romancé, et, pour donner vie à l’histoire, peut être en combler les vides, lui donner une touche romanesque, l’auteure introduit le personnage de Loanna de Grimwald, narratrice la plupart du temps, aux côtés d’Aliénor. Elle serait la dernière descendante de la lignée de Merlin et des fées d’Avalon,  à une époque où les anciennes croyances, si elles persistent encore en certaines contrées, ont été délaissées et sont pourchassées au profit d’un Dieu unique. Placée auprès d’Aliénor, elle serait celle qui manipule sa vie pour écrire le destin de l’Angleterre en l’amenant à devenir par la suite reine aux côtés d’Henri plantagenêt.

On découvre au fil des pages une époque dépeinte dans ses rites et croyances, dans son verbe (bien que je doute que les personnages parlent vraiment comment avant). On rencontre Aliénor, reine en avance sur son temps qui soutient troubadours, poète et tout ce qui est arts, jeune fille passionnée, caractérielle et volage ; mais aussi jeune femme qui s’immisce dans la vie politique.On s’attache aussi à Louis, roi qui souhaitait devenir moine propulsé à cette place par la mort de son frère, celui qui aurait du régner. On fait aussi connaissance de Jaufré Rudel, troubadour chantant l’amour courtois et sans espoir, et dont certains de ses textes ont été retrouvés.

Force est de dire que l’on s’attache aux personnages, qu’ils nous émeuvent ou nous agacent. Le style romancé permet une certaine facilité de lecture, même si parfois les amours à la cour prennent trop le pas dans l’histoire et que l’on en oublie un peu la trame historique.

J’en suis sortie avec des doutes sur ce qui fait partie de l’histoire et ce qui a été ajouté et, après avoir épluché quelques articles sur la question, il s’avère que l’histoire est retracée dans nombre de ses dimensions et événements, du coup j’ai comme appris un bout d’histoire en me détendant car, sauf quelques moments plus longuets, j’ai apprécié ce livre de détente qui m’a emmenée bien loin de notre époque, entre monde médiéval, cour de France, et magie merlinienne.


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par chrysta
le Mer 3 Mai - 7:39
 
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Sujet: Mireille Calmel
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Jeanne Bourin

Le jeu de la tentation

Tag moyenage sur Des Choses à lire Tylych28

Ardent , fervent, quotidien, voici, dans sa vérité, le XIIIème siècle ressuscité de nouveau par Jeanne Bourin. Fresque minutieuse et fidèle, ce roman nous plonge au cœur même de la vie médiévale, à Paris où s'exercent grands négoces et petits métiers pittoresques, à la campagne où, dans des senteurs de foin, de miel, de sève, revivent fêtes et travaux rustiques.
Marie, la plus jeune fille des Brunel, est veuve. Son mari, Robert Leclerc, a été tué deux ans plus tôt. Nous sommes en juin 1266, le dernier bel été du règne de saint Louis.
Entourée de ses deux enfants, Vivien et Aude, Marie est enlumineresse. Soudain, aux premiers feux de l'été, des événements imprévus éclatent. Marie est déchirée entre son amour maternel et son penchant pour son ami, Côme Perrin, maître mercier. Trois Lombards, truands et criminels, font peser sur sa famille une terrible menace. Dans cette période encore paisible, le destin des Brunel préfigure les malheurs qui vont s'abattre sur le royaume.
Sous le regard d'une enfant, Aude, la propre fille de Marie, commence alors le jeu de la tentation : argent, luxure, vice, violence, désespoir, mort, et jusqu'à la sainteté et au martyre.
Après La chambre des dames, Le jeu de la tentation est le second volet de la chronique familiale des Brunel, marchands et artisans, qui vivaient au XIIIème siècle, en Île-de-France, dans le royaume de saint Louis.  


Une suite très réussie après le premier volet « La chambre des dames » qui met à nu encore une fois ce XIIIème siècle laissant entrevoir   le tronc commun de la société du moyen-âge : le bien et le malin qui déterminent alors chaque ramure de vie. Le soutien d’une croyance  dresse alors un tableau aux couleurs  de vitraux.    
Si les piliers de la vertu ne sont pas contournés  pieusement par certains renégats, la tentation et les désillusions pourtant sont l’affaire de tous.
C’est dans cet univers empli de foi que diverses questions, espoirs, désenchantements, tragédies voient le jour, au milieu de grandes tablées aux denrées savoureuses que naissent des amours interdits.
Jeanne Bourin  a su encore une fois rendre le Moyen-âge attrayant, gourmet et coloré bien loin de cette idée reçue de crasse et de désolation. L’exemple même étant l’art de la table  très présent dans cet ouvrage et c’est donc avec une délectation certaine que l’on garde en tête l’édition de son dernier livre de recettes médiévales.
Avec un doigté délicat, l’auteure nous mène au beau milieu des échoppes de soie, de tissus raffinés sans oblitérer les senteurs épicées d’un Paris en proie à l’opulence sous le règne de Saint-Louis.
Mais là n’est pas tout l’intérêt de ce livre, puisque l’intrigue est belle est bien au milieu de ces atmosphères, tantôt la vengeance, tantôt, la félonie.
Sous des matins nouveaux, la rosée médiévale glisse au gré des pages,  se réveille alors parfois l’amertume d’un jour et l’apaisement d’un nouveau, les échappées du cœur et ses brisures face à la raison et la foi.
Pour ma part, je garderai de cette lecture un souvenir amoureux  de cette période médiévale, riche et enivrante.


mots-clés : #moyenage
par Ouliposuccion
le Sam 21 Jan - 10:25
 
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Sujet: Jeanne Bourin
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Jeanne Bourin

La chambre des dames

Tag moyenage sur Des Choses à lire Tylych29

Voici non pas un " roman historique ", mais un roman dans l'histoire comme jamais le Moyen Age n'en avait encore inspiré. Voici la chronique fidèle; simple et vraie d'une famille vivant au XIIIe siècle, dans le royaume de Saint Louis. Jeanne Bourin y conte l'existence quotidienne des Brunel, orfèvres à Paris, des femmes de la maisonnée, de Mathilde, la mère, trente-quatre ans, de Florie, sa fille, quinze ans, qui se marie. Et de la tragédie qui menace lorsque Guillaume Dubourg, un cousin venu d'Angers assister aux noces, s'éprend, au premier coup d'œil, de la jeune épousée... La naissance, l'amour, la mort, la foi, la fête, la violence et le miracle, tels, que vécus au Moyen Age, tissent la trame de ce livre vibrant d'événements et de personnages si proches, de nous que nous les aimons comme s'ils étaient nôtres.

Si le moyen-âge est toujours représenté de manière très négative, mettant en avant l’insalubrité, la puanteur , la violence et sa férocité, nous sommes loin de ce noir tableau lorsque nous détenons « la chambre des dames » entre nos mains.
Loin de l’expression « c’est moyenâgeux », Jeanne Bourin nous fait découvrir le XIII ème siècle sous un autre jour , celui où la foi illumine ,éblouie et dirige toute vie , une époque où les amours tendres valaient mieux que les passions , celle des amitiés réchauffantes , des scènes de marchands et d’artisans dans leur quotidien , un Saint Louis dépeint sous les meilleurs auspices.
Un très beau roman qui nous entraîne dans une époque au sein de laquelle une famille s’essaye à vivre aussi bien les bonheurs que les déconvenances , les trahisons et les drames. tout compte fait, une ère pas si différente de la nôtre..


mots-clés : #moyenage
par Ouliposuccion
le Sam 21 Jan - 10:21
 
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Sujet: Jeanne Bourin
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Carole Martinez

La terre qui penche

Tag moyenage sur Des Choses à lire Image291

C'est une chanson douce raconté par une fillette délurée et la vieille âme qu’elle est devenue , des siècles après sa mort. Douceur mêlée de cruauté, une histoire de princesse et de prince, d'amour courtois , de forêt profonde et de rivière ensorcelée. Mais c'est aussi une histoire cruelle de fillettes fouettées,  offertes à la soif et au sexe des hommes, interdites de lecture, de pensées et de liberté, fillettes impures qui ne sont "que des culs", guettées par le diable filou.

On retrouve une fois de plus chez Carole Martinez, et avec grand plaisir,  cette dénonciation de la condition des femmes, contre laquelle sa jeune héroïne, Blanche, va se révolter. On est dans  un Moyen-Age traumatisé par la peste dévastatrice, empreint de superstition, assujetti par la religion et l'enfer, mais tous ces carcans n'empêchent pas (ou favorisent) l'explosion sans contrôle des plaisirs, des impulsions  et de la violence.  

Emmenée au Château des Murmures par son père, arrogant et indifférent, pour un un mariage arrangé, elle va transformer celui-ci en folie amoureuse, apprendre à lire, se jouer de l'ogre des forêts, apprendre auprès des uns et des autres les secrets de sa naissance et de la vie : les hommes mauvais ne sont ils pas ceux qui ont le plus souffert?

Sacrée gamine sans mère  qui chevauche un  percheron du nom de Bouc en compagnie de ses trois  loups-amis fantasmatiques, elle réveille d'un baiser son amoureux au bois dormant, se confronte aux sortilèges de la rivière alternativement aimante et meurtrière, espionne chacun, se retire au pays des rêves où la cuisinière concocte des plats délicieux qui vous font revivre les quatre saisons.

A tes côtés, je m'émerveille,
Blottie dans mon ombre qui partages ma couche,
Tu dors, ô mon enfance,
Et pour l'éternité, dans la tombe, je veille


Cette histoire à deux voix, dialogue entre la vie et la mort, entre la jeunesse et la vieillesse, est pleine d'enseignements cachés, de morales implicites, mêlés à une poésie étincelante.
On est en plein réalisme magique, c'est beau comme un retour d'enfance.

Tag moyenage sur Des Choses à lire Image292


mots-clés : #fantastique #moyenage
par topocl
le Ven 6 Jan - 14:18
 
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Sujet: Carole Martinez
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Pascal Quignard

Les Larmes

Tag moyenage sur Des Choses à lire 97822411


Il y avait jusqu’à présent le Quignard de textes courts mi-philosophiques mi-poétiques, tels les « Petits traités » ou « Dernier royaume » et celui des romans. J’étais beaucoup plus sensible aux premiers qu’aux seconds. Avec « Les Larmes », Pascal Quignard inaugure une nouvelle forme qui associe les deux précédentes. Et je trouve cette synthèse remarquablement réussie.
Nous voici plongés à l’époque carolingienne, à l’abbaye de Saint-Riquier, dans la Somme, haut lieu de culture, sous la gouverne du comte-abbé Angilbert. Celui-ci s’est pris de passion pour Berthe, fille de Charles, bientôt empereur d’Occident. De leur union naissent Nithard et Hartnid, faces opposées de la gémellité. Nithard deviendra l’historien chroniqueur de Charles le Chauve, tandis qu’Harnid parcourt le monde, de l’Irlande à Bagdad en passant par Cordoue, à la poursuite d’un visage de femme.
Le livre commence par la rencontre improbable d’un cavalier avec le Christ en train de mourir sur le Golgotha, celle d’un passeur de rivière avec un geai, l’amour d’un frère pour un chat noir. Puis, entre en scène Sar, la chamane, qui prophétise,  et dont les beaux yeux bleus crevés donnent naissance à la rivière Somme. Histoires étranges qui se disent, s’écrivent dans un monde où l’homme est encore tellement proche de la nature, faisant corps avec elle, où réel et surnaturel ne se distinguent pas encore, où le miracle se voit à chaque pas. Rien d’étonnant donc que les oiseaux dialoguent avec les hommes, que ceux-ci puissent se réincarner en eux, que les corbeaux emportent l’âme des morts dans un autre monde, que temps et distances puissent s’abolir. Sous la forme des anciens livres (liber), Quignard s’inspire de vieux mythes et épopées, tels les Mabinogion, les Nibellungen, les sagas des Normands qui viennent hanter les côtes, les associant à la tradition gréco-romaine, aux récits merveilleux de la chrétienté. Par là même, il laisse entrevoir quel pouvait être l’univers culturel et spirituel des hommes de l’époque. Mais surtout il magnifie cet ensemble par la poésie.
L’acmé du livre est cette fameuse rencontre dans la plaine où fut Argentorate et qui devient alors Strazburg :
« C’est alors que, le vendredi 14 février 842, à la fin de la matinée, dans le froid, une étrange brume se lève sur les lèvres.
On appelle cela le français »

Comme cet instant magique où nait une langue est magnifiquement dit !
« On assiste au désarroi – qu’engendre le nouveau règne symbolique qu’il intronise d’un coup. Il n’y a pas de demi-langue : un souffle humain dans l’air froid change de langue. On touche au vide : à la contingence pure. »

Et Nithard est le premier à écrire le français.
« Ainsi, un jour d’hiver, un vendredi, le français et l’allemand se retrouvent-ils côte à côte à la fois dans une plaine d’Alsace et à l’intérieur d’une chronique qui, elle, est rédigée en latin, sous la plume d’oie de Nithard, le secrétaire palatial, sur une peau de veau soigneusement épilée et raclée. C’est la pierre de rosette trilingue de l’Europe.
Argentariae Sacramenta. Strazburger Eide. Serments de Strasbourg »

.
Vient rapidement le premier poème en français « In figure de colombe volat al ciel ».
Les derniers chapitres voient la mort des protagonistes de l’histoire. Voire, écouter avec attention le chant d’un oiseau dans une branche, alors qu’on est parti couper du bois, peut vous entraîner dans une étrange aventure !
« Les Larmes », partout présentes, disent la douleur des hommes. Elles viennent se mêler aux eaux immémoriales de l’Océan.
« Les Larmes » est un livre majeur de Quignard, l’un de ceux que j’aie eu le plus plaisir à lire.
Amoureux des chats, je terminerai par cette citation :
« Au terme de sa vie Frater Lucius avait fait le constat que les humains qui n’aiment pas les chats avaient tous, sans exception, une aversion pour la liberté. »



mots-clés : #moyenage #fantastique
par ArenSor
le Ven 9 Déc - 17:04
 
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Sujet: Pascal Quignard
Réponses: 51
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