Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 19 Jan - 2:52

212 résultats trouvés pour nouvelle

Rick Bass

Dans les monts Loyauté

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Premières nouvelles publiées de Rick Bass, ce recueil fut dédié à John Graves, Jim Harrison et Tom McGuane…
Et pour un coup d’essai ce sont dans l'ensemble d’excellents textes, tous marqués par la nature (y compris humaine).

Chronique de la ville de Rodney
L’existence fantasque dans une petite ville portuaire pratiquement abandonnée dont le Mississippi s’est retiré voilà un siècle, coupant un de ses méandres.

Le Marigot
C’est le surnom d’un gamin persécuté par les autres élèves, peut-être fascinés parce qu’il est passionné par le marais et sa faune.

Incendies
Pour la protéger d’une éventuelle attaque d’ours, le narrateur suit à vélo une coureuse venue s’entraîner dans cette vallée écartée, souvent visitée par les incendies, volontaires ou pas.

La Vallée
« Un jour, j’ai quitté le Sud, j’ai laissé tomber mon travail et j’ai filé jusqu’au milieu des neiges : l’extrême nord-ouest. J’y habite un chalet rustique sans électricité, et je ne n’en partirai jamais.
Il n’y a pas beaucoup de gens dans cette vallée – vingt-six électeurs inscrits – et plutôt que de détester presque tout le monde, comme ça m’était si facile en ville, je peux maintenant prendre le temps d’aimer presque tout le monde.
Il faut que je commence petit. Il faut que je m’y prenne bien. »

Dans cet aperçu du Wild du Nord-Ouest, on pressent nettement l’œuvre à venir.
À propos d’une autre solitaire, qui recueille les chiens fuyant vers le Canada :
« Je suis comme ces chiens errants, et je pense que Jody aussi. Ces chiens sont venus de loin pour arriver jusqu’ici. »


Cornes et ramures
Dans une petite communauté similaire, sinon la même, où tout le monde chasse à la saison, Suzie est contre.
« Le bétail est fait pour ça. Le bétail ressemble aux habitants des villes. Le bétail s’attend à, et même mérite, ce qui va lui arriver. Mais les animaux sauvages sont différents. Les animaux sauvages aiment la vie. Ils vivent dans les bois exprès. C’est cruel d’aller les chasser et de les tuer. C’est cruel. »


Wejumpka
C’est le « nom indien » d’un petit garçon abandonné par son père suite au divorce de ses parents.

Le Fabuleux Pig-Eye Reeves
Pour s’entraîner, un jeune boxeur du Mississippi se bat dans les bars minable, et court poursuivi par un cheval.

L’Attente
Journée de pêche en mer, entre hommes avec les femmes en tête.

Séjour au Paradis
Le gardien d’un château dans une forêt reculée profite du lieu, et voudrait le protéger des deux agents immobiliers qui projettent de le rendre rémunérateur, en vrais prédateurs.

Dans les monts Loyauté
Ambivalents souvenirs de jeunesse.

Mots-clés : #nature #nouvelle
par Tristram
le Mar 7 Jan - 23:21
 
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Sujet: Rick Bass
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Joseph Conrad

Amy Foster

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Le narrateur rapporte ce qu’un médecin lui a raconté, l’histoire de la femme de Yanko, un émigrant d’Europe centrale parti en Amérique et naufragé sur les côtes du Kent (la distanciation par enchâssement des témoignages est savamment construite par Conrad).
Cette nouvelle est nourrie de l’expérience de l’auteur, lui-même transplanté de Pologne en Angleterre. Et ce récit (écrit en 1901) d’un réfugié fuyant la misère, de plus escroqué par les passeurs, résonne singulièrement aujourd’hui…
« Il est en effet pénible pour un homme de se retrouver un étranger, abandonné, sans défense, incompréhensible, et d’une origine mystérieuse, dans quelque coin obscur de la terre. »

« Il est vrai, disait-il, qu’il les avait abordés comme un mendiant ; mais dans son pays, même si l’on ne donnait rien, on parlait gentiment aux mendiants. Dans son pays, on n’apprenait pas aux enfants à jeter des pierres sur ceux qui imploraient la pitié. »

Yanko, incarnation de l’inconnu et de l’étrange(r) dans ce qui est pour lui aussi le comble de l’étrangeté, ne sera accueilli que par Amy, une jeune femme sans grande beauté, intelligence ou éducation. Il restera détesté, pris pour un dérangé, aux manières différentes.
« Puis le vagabond se leva sans dire un mot devant lui, masse de boue et de crasse de la tête aux pieds. Smith, seul au milieu de ses meules avec cette apparition, dans le crépuscule d’orage où retentissaient les aboiements furieux du chien, sentit en lui la peur devant cette inexplicable étrangeté. »

La dissemblance est renforcée de l’incommunicabilité, puisque Yanko ne parle pas la même langue…
Je me demande si Yanko n’est pas un des Yahoos de Swift, ces humains dégénérés et répugnants, désignation devenue synonyme de rustre déplaisant en anglais…

Mots-clés : #discrimination #exil #immigration #nouvelle
par Tristram
le Jeu 2 Jan - 17:20
 
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Sujet: Joseph Conrad
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Gilbert-Keith Chesterton

Le club des métiers bizarres

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Titre original: The Club of Queer Trades. Nouvelles, 1905, 190 pages environ.
Peut se lire en langue originale ici.
Six nouvelles reliées entre elles par les thèmes et les protagonistes principaux.

Autant les premiers romans de Chesterton comptent parmi ce qu'il a fait de meilleur, autant ces nouvelles-ci, ses premières, laissent un peu l'exigeant lecteur sur sa faim, j'eus souhaité qu'il sophistiquât quelque peu davantage, qu'il enjolivât encore.

En 1905, en fait de polars britanniques, existait Sir Arthur Conan Doyle et son Sherlock Holmes, et c'est à peu près tout: l'historien du genre, pointilleux, me rétorquera sans doute qu'untel ou untel (dont R-L Stevenson en personne) s'était aussi aventuré dans ce domaine littéraire-là, qui allait faire florès au XXème et toujours de nos jours, mais on parle bien d'auteurs à la fois spécialisés et grand-public, en matière de polars britanniques.

Comment prendre le pendant de l'écrivain-médecin et de sa logique clinique ?
Bien sûr, si vous avez déjà lu quelques pages de Chesterton c'est évident, le projet va de soi: face à la déduction scientifique l'auteur oppose le paradoxal intuitif, la conviction dût-elle paraître d'un absurde consommé.
Aussi ceci: on ne meurt pas dans les enquêtes narrées par Chesterton, d'ailleurs, à ma connaissance, on ne meurt pas non plus dans ses romans ou son théâtre: ainsi les enquêtes, comme les histoires narrées au sens large, ne sont pas alourdies du fardeau de la gravité, ni de la délectation voyeuriste de la violence morbide.

Peut-être, sans trop s'avancer, peut-on suggérer que Chesterton tente d'ébaucher son personnage de détective, qui sera, bien des années plus tard, le Père Brown, Basil Grant étant un prototype abandonné d'emblée, trop typé, trop limité ?

Le détective est Rupert Grant, toujours en chasse, tandis que l'enquêteur qui démêle, le héros principal, est son frère, Basil Grant, un excentrique juge démissionnaire: dans chacune des nouvelles, à la fin, Basil démontre à Rupert qu'il n'y a eu ni crime, ni intention malfaisante de la part de ceux contre qui sont les apparences trompeuses.
Ou presque:
La dernière nouvelle (mais ne dévoilons pas !) montre un cas de justice pour des faits non répréhensibles par les lois des tribunaux, en sus de quelques baffes, mêlées, horions et autres coups de poing.

L'auteur (c'est narré au "je") dit s'appeler Swinburne (oui, comme le grand poète, encore vivant et londonien à l'époque de parution), et fait office de témoin tout en complétant le trio, basculant dans l'erreur (c'est-à-dire du côté Rupert de l'analyse):
Procédé commode pour permettre d'embarquer le lecteur vers la mystification et donner du poids aux chutes des nouvelles.
Quelques unes des marques de fabrique du gentleman de Beaconsfield sont bien là, comme l'habituelle mine à citations (bien que réduite à sa portion congrue, cette fois-ci - une ci-dessous), les descriptions très picturales et savoureuses, l'humour.

La curieuse affaire de l'agent de location a écrit:
- La vérité doit forcément être plus étrange que la fiction, dit Basil avec calme. Car la fiction n'est qu'une création de l'esprit humain et, par conséquent, est à sa mesure.



La singulière conduite du professeur Chadd (entame) a écrit:

  En dehors de moi, Basil Grant avait relativement peu d'amis et cependant, il était le contraire d'un homme insociable. Il parlait à n'importe qui n'importe où et il parlait non seulement bien mais avec un intérêt et un enthousiasme parfaitement sincères pour les affaires de son interlocuteur. Il parcourait le monde, pour ainsi dire, comme s'il se trouvait toujours sur l'impériale d'un omnibus ou sur le quai d'une gare. Naturellement, la plupart de ses connaissances de hasard disparaissaient après avoir traversé sa vie. Quelques-uns, ici ou là, restaient en quelque sorte accrochés à lui et devenaient ses intimes pour toujours, mais ils avaient tous un même air d'être là accidentellement, comme des fruits abattus par le vent, des échantillons pris au petit bonheur, des ballots tombés d'un train de marchandises ou des paquets-surprises pêchés à la foire.  


En langue originale c'est encore plus savoureux (et fluide, surtout !):

The Noticeable Conduct of Professor Chadd (beginning) a écrit:

Basil Grant had comparatively few friends besides myself; yet he was the reverse of an unsociable man. He would talk to any one anywhere, and talk not only well but with perfectly genuine concern and enthusiasm for that person's affairs. He went through the world, as it were, as if he were always on the top of an omnibus or waiting for a train. Most of these chance acquaintances, of course, vanished into darkness out of his life. A few here and there got hooked on to him, so to speak, and became his lifelong intimates, but there was an accidental look about all of them as if they were windfalls, samples taken at random, goods fallen from a goods train or presents fished out of a bran-pie.


Mots-clés : #absurde #humour #justice #nouvelle
par Aventin
le Sam 28 Déc - 17:38
 
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Sujet: Gilbert-Keith Chesterton
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Francisco Coloane

Cap Horn

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Cap_ho10

Quatorze nouvelles sur la brutalité de l’existence pour les animaux (y compris l’homme) en Patagonie, que ce soit dans les estancias magellanes, dans la pampa ou en mer. Ou plutôt de brefs récits, rapportés par un narrateur comme autant de témoignages, ce qu’ils sont au moins en partie.
Le dernier texte, qui donne son nom au recueil, résume bien l’ensemble : des hommes tuent les bébés phoques où ils sont mis au monde, puis s’entretuent.

« Le couteau était pour Denis comme une prolongation de lui-même, un sens supplémentaire grâce auquel il recevait de secrètes et agréables vibrations. Il l’avait toujours en main, coupant des longes de cuir, amincissant des lanières, effilant les fines veines de guanaco qui servent de fil à coudre. » (La voix du vent)

« Denis était-il un criminel-né ? Ou bien ses vingt années de dépeçage avaient-elles fait de lui un homme accoutumé à son lot quotidien de victimes ? » (La voix du vent)

« Nous étions à la mi-décembre et la nuit, sous ces latitudes, est presque inexistante ; les jours se mordent la queue, car à peine le crépuscule commence-t-il à étendre ses ombres que la clarté laiteuse de l’aurore les efface. » (L’iceberg de Kanasaka)

« Puis nous donnâmes à manger aux chiens et nous nous assîmes autour du feu pour boire le maté et goûter ce calme indicible, mélancolique et parfois angoissant qui s’installe la nuit dans les déserts et les pampas fuégiennes, où nul oiseau ni insecte ne viennent troubler la solitude et le silence. » (Une nuit dans le Páramo, III)

« C’est la vie, compagnons ! Nous finirons tous de la même manière, comme les moutons que nous conduisons de l’estancia à la chambre froide ; à la différence près que les capones [moutons châtrés], on les engraisse et que la viande part en Europe dans des boîtes de conserve de toutes les couleurs, tandis que nous, on se serre la ceinture, on nous roule dans la farine et on nous marche sur les pieds ! Et au bout du compte nos pauvres carcasses s’en vont pourrir dans la boue, ou parfois, histoire de changer, on nous envoie, sans prendre la peine de nous engraisser, dans ces charniers humains que les riches creusent entre les frontières ! D’ailleurs, il n’est pas impossible qu’on finisse bientôt là-bas ! J’ai entendu dire que toutes ces bêtes étaient prévues pour une guerre prochaine. » (Chiens, chevaux, hommes)


Mots-clés : #aventure #nature #nouvelle #solitude
par Tristram
le Ven 27 Déc - 23:03
 
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Sujet: Francisco Coloane
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Samuel Beckett

Premier amour

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Premie10

Un certain cynisme, un côté abject sourdent de cette brève œuvre des débuts, qui donne une approche plus aisée du personnage, toujours un peu le même au cours de cette descente dans l’être que retrace la trilogie Molloy/ Malone/ l’Innommable et toute l’œuvre qui suivra. Ici, c’est surtout l’absence de communication véritable avec autrui et de possible empathie du narrateur qui sont mises en scène. Une impression de malveillance cache la sensibilité pessimiste à la misère humaine.
« La chose qui m’intéressait moi, roi sans sujets, celle dont la disposition de ma carcasse n’était que le plus lointain et futile des reflets, c’était la supination cérébrale, l’assoupissement de l’idée de moi et de l’idée de ce petit résidu de vétilles empoisonnantes qu’on appelle le non-moi, et même le monde, par paresse. »

« J’ai beaucoup aimé, enfin assez aimé, pendant assez longtemps, les mots vase de nuit, ils me faisaient penser à Racine, ou à Baudelaire, je ne sais plus lequel, aux deux peut-être, oui, je regrette, j’avais de la lecture, et par eux j’arrivais là où le verbe s’arrête, on dirait du Dante. »

« Cela me faisait mal au cœur, de quitter une maison sans qu’on me mît dehors. »


Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mer 25 Déc - 12:30
 
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Sujet: Samuel Beckett
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Antonio Tabucchi

Le jeu de l’envers

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Plusieurs textes, plusieurs registres (d’ailleurs assez éclectiques), de la saudade portugaise à l’influence de Fitzgerald (et Woolf ‒ et de nombreux autres auteurs) en passant par l'enfance, avec une poésie entre amertume et mélancolie.
J’ai inévitablement été charmé par un petit texte, Théâtre : 1934, un jeune Portugais dans la brousse du Mozambique, sous les auspices de Conrad ; il y est convié par un gentleman anglais à des séances de Shakespeare qu’il interprète seul.
« L’Afrique, avec son immanence et sa lassitude, augmentait les distances et amortissait les souvenirs. »

« L’Afrique était un territoire de l’esprit, une non-prévisibilité, un hasard. En Afrique tout le monde avait l’impression d’être loin, y compris de soi-même. »

« Le soir qui tombait s’emplissait des bruits intranquilles de la forêt, les moustiques commençaient à être redoutables, une brise très légère nous apportait l’odeur âcre du sous-bois. »

Le chat du Cheshire (celui d’Alice)
« Mais au fait, est-ce que les choses ont un sens ? Peut-être que oui, mais c’est un sens caché, on le comprend après, beaucoup plus tard, ou alors on ne le comprend pas, mais elles ont quand même un sens : un sens qui leur appartient, bien sûr, qui parfois ne nous concerne pas, même si nous croyons le contraire. »

Vagabondage (en hommage au poète errant Dino Campana)
« Et c’était cela, l’étrange fonction de l’art : arriver par hasard à des personnes prises au hasard, parce que tout est hasard dans le monde, et que l’art nous le rappelle : et c’est pourquoi il nous rend mélancoliques et nous réconforte. Il n’explique rien, comme le vent n’explique rien : il arrive, il agite les feuilles, et les arbres restent traversés par le vent, et le vent s’envole. »

« La route, et sa voix de sirène. »

Une journée à Olympie (qui redonne la parole à Pindare)
« Le Vainqueur se souvenait de ces atmosphères fraîches et ombragées : il se souvint de ses jeux d’enfant avec Égine, de leurs courses entre les colonnes et des rires innocents de l’enfance, en un temps qui était passé depuis peu et qui déjà ne lui appartenait plus, et il pensa au temps. Les pieds rapides du Temps, qui laissent des traces des choses dans la mémoire quand ces choses elles-mêmes n’existent plus. Et ainsi, lorsqu’ils arrivèrent dans la salle centrale et qu’Égine le fit s’étendre à son aise sur les coussins dans la position la plus commode pour qu’il lui raconte sa journée victorieuse, il commença à lui parler du Temps tel qu’il l’avait ressenti à Olympie.
‒ Le témoin unique de toute vérité exacte, le Temps, règne. Son empire ne concerne pas seulement la clepsydre, mais commande à toute chose, parce qu’il est l’harmonie et le mouvement, la mesure et le rythme, la scansion, la pause, le silence. […]
Voilà, et ainsi tu arrives et sens sa présence : la respiration du Temps. Il arrive avec la brise du soir, comme un souffle : et cela, c’est le Temps. Il respire dans la moindre feuille des saules touffus qui se balancent, chacun à son propre rythme : et cela, c’est le Temps. Il brille avec le ciel que Vesper embrase : et toute lumière qui scintille est Temps. Il respire dans le corps des hommes, qui par leur respiration sont Temps vêtu de chair. Et toi, dans cet endroit-là, tu comprends que la compétition est comme la musique, la danse et la poésie ; et que le Temps gouverne le cosmos. »


Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mer 18 Déc - 0:22
 
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Sujet: Antonio Tabucchi
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Marguerite Yourcenar

Comme l'eau qui coule

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Trois nouvelles ; Anna, soror…, Un homme obscur et Une belle matinée.

Anna, soror…
C’est une relecture pour ce premier texte, superbe, et je suis de nouveau ébloui par le style, les jeux d’allitérations et scansions ponctuées de Marguerite Yourcenar, pourtant toujours juste. Est retracé le tragique inceste entre un frère et une sœur de la noblesse espagnole occupant Naples au XVIe siècle.
« Les constructions inachevées, dont l'aspect, comme pour décourager le maître d'œuvre, imite par avance la ruine qu'elles seront un jour, lui rappelaient que tout bâtisseur, à la longue, n'édifie qu'un effondrement. »

Un homme obscur, c’est Nathanaël, un humble Hollandais au XVIIe siècle, doué pour le latin, marin aux Amériques, amoureux d’une belle Juive entr’autres belles rencontres de hasard, correcteur des Prolégomènes « du docte Juif nommé Léo Belmonte », pleurétique ballotté par la vie jusqu’à sa mort solitaire.
« …] j'ai toujours cru qu'entre simples et sages, le seul fossé était de vocabulaire. »

Une belle matinée c’est le moment où Lazare, le fils de Nathanaël, part à douze ans jouer les rôles féminins de Shakespeare, rêvant par avance ses incarnations de comédien.

Postfaces : Marguerite Yourcenar évoque la genèse de ces textes. Celle d’Anna, soror… est ancienne, ce récit demeurant cependant actuel pour son auteur après plus de cinquante ans ; l’histoire du thème littéraire de l’inceste est aussi retracée.

Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Mar 3 Déc - 12:00
 
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Sujet: Marguerite Yourcenar
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Colette

La femme cachée

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Recueil de nouvelles,
de 1924, pour la date de première édition. Elle avait donc 51 ans.
Ce receuil est inégal, c'est à dire que chaque nouvelle a toujours des fulgurances, mais la perfection de leur construction est variable , la moitié est épatante, l'autre juste très agréable.

Le point commun du recueil, comme son nom l'indique, un biais sur l'"éternel féminin" , en couple ou non. Excepté une nouvelle, appelée "Le renard", qui met en scene deux hommes proprietaires l'un d'un renard apprivoisé, l'autre d'un couple de poules/coqs.
Je reste très impressionnée par le style de cette femme.
Du coup je vous recopie une des nouvelles. Tout simplement. Je ne sais pas quoi dire en commentaire, Colette c'est Colette, quoi. On connait.

Hop. je recopie ci dessous "La femme cachée", la nouvelle qui donne son titre au recueil.


Mots-clés : #nouvelle
par Nadine
le Mer 27 Nov - 19:54
 
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Sujet: Colette
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Truman Capote

L'été indien

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Juste pour me faire plaisir : passer un moment avec l'écriture de Truman Capote. Je ne m'en lasserai jamais.

Petit livre, la taille d'une nouvelle mais qui laisse tant de mélancolie, tant de tristesse partagée face à un choix de vie imposé par le père de famille.
En même temps, récit si descriptif du paysage qui environne les personnages qu'on referme le livre, persuadé qu'en levant les yeux, c'est certain, il neige dehors.
Il neige comme dans le récit, comme dans le coeur du grand-père, comme dans celui de l'enfant.


Mais il reste un secret à partager...



Mots-clés : {#}nouvelle{/#}
par Invité
le Ven 22 Nov - 18:57
 
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John Fante

Grosse faim

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On rencontre plusieurs fois le jeune Arturo Bandini dans ces 18 nouvelles inédites et publiées à titre posthume, datées de 1932 à 1959 :

Quel plouc, ce Dibber Lannon !
« Un jour, je suis allé avec Dibber à la maison hantée, au bord de la rivière. On avait des frondes pour tuer les fantômes. »

Le copain du narrateur prétend que son frère sera le prochain pape. Dans cette nouvelle comme dans la suivante, on mesure comme John Fante savait rendre justement, sensiblement l’esprit des gamins, avec humour, mais aussi parfois amertume.
« Je le connaissais. On me la faisait pas. Je savais à quoi ressemblait ce gars-là. Comment il zigouillait les poulets et les chatons. Je savais tout ça. Peut-être qu’il allait bel et bien devenir prêtre, mais ce serait certainement pas un prêtre modèle. Je voyais encore le chaton mort. On peut pas faire un truc pareil et être sanctifié. Jamais de la vie. »


La Mère de Jakie
Incipit :
« Bon, si j’avais une mère comme celle de Jakie Shaler, je ferais quelque chose. Je ferais quelque chose de vraiment bizarre. Je me mettrais aussi sec à la recherche d’une autre mère. »

L’enfance maltraitée, aussi confrontée à la mort.

Les voix encore petites
Scène de ménage nocturne, dont profite toute la famille.

L’Ardoise
C’est celle, chez l’épicier, que doit gérer la mère dans la famille nombreuse d’un pauvre maçon rital…

Le Criminel
Il s’agit d’un bootlegger ‒ dans le plus pur style, voire caricaturalement, italien…
« Si l’un de nous autres, les gosses, osait seulement pousser le moindre soupir un peu sonore durant cet accès de fureur, papa s’emparait aussitôt d’un couteau et menaçait de nous trancher la gorge. Même si cette menace effrayante fut proférée trois à quatre fois par semaine pendant toute notre enfance, elle connut sa concrétisation la plus probante le soir où il lança une boulette de viande vers mon frère Dino. »


Une femme de mauvaise vie
Une possible mésalliance révolutionne le « clan […] victime d’une crise d’hystérie collective »…

Un type à l’intelligence monstrueuse
Le samedi soir (drague, danse et bières) d’un jeune manœuvre prétendant écrivain qui pense surtout à ses lectures, dont Nietzsche.

Lavé sous la pluie
Un petit employé rêve à ses pitoyables amours :
« Je tombe amoureux de femmes qui ne le savent pas. »


Je suis un écrivain de la vérité
Le narrateur-je (c’est le procédé privilégié de Fante) est un pédant écrivain épris de vérité ‒ incipit, et reprise d'icelui :
« La vérité est souvent désagréable, mais il faut la dire. Dans le cas présent, la vérité c’est que Jenny n’est pas une jolie fille. Elle est l’héroïne lamentable de cette nouvelle. Elle est petite et grosse, couverte de bourrelets de graisse. Sa bêtise dépasse les pouvoirs descriptifs de ma plume. »

« Si vous l’interrogiez, Jenny serait incapable de se rappeler le moindre mot de tous mes grands monologues. C’est une vraie tragédie. Car j’ai souvent dit de belles choses, me surprenant parfois moi-même. Je suis incapable de m’en souvenir maintenant, mais je me rappelle que sur le moment elles étaient spectaculaires, magnifiquement ciselées, dignes d’être mémorisées.
J’ai déclaré plus haut que je souhaite dire la vérité. Je dois maintenant faire un aparté pour reconnaître que j’ai échoué. J’ai dit que Jenny est grosse et laide. Ce n’est pas tout à fait exact, car Jenny est tout sauf cela. Oui, Jenny est une vraie beauté. Elle est mince et souple. Son attitude est aussi arrogante que celle de la rose. C’est une joie de l’avoir auprès de soi. »


Prologue à Demande à la poussière 
« Inutile de chercher à fabriquer une intrigue pour cette histoire, mon second roman. Tout cela m’est arrivé. Cette fille est partie, j’étais amoureux d’elle et elle me détestait, et voilà mon histoire. Demande à la poussière sur la route. »

La triste histoire d’amour torturé qui va devenir Demande à la poussière : un très beau texte qui parle de l’inégalité des chances dans une société hiérarchisée selon l’identité ethnique, rappelant notre actualité ; d’autodérision et de rêve de gloire chez l’auteur ; de Los Angeles et sa Bunker Hill.
« J’intitule donc mon livre Demande à la poussière parce que la poussière de l’Est et du Middle West est dans ces rues et c’est une poussière où rien ne poussera jamais, une culture sans racines, un désir forcené de se barricader, la vaine fureur de gens perdus et désespérés qui meurent d’envie d’atteindre une terre qui ne leur appartiendra jamais. Et une fille égarée qui a cru que la frénésie rendait heureux, et qui a voulu avoir son lot de frénésie. »

« L’amour à petit budget, une héroïne gratuite et pour rien, à se rappeler à travers un hublot où nagent truites et grenouilles. »

« La Faim de Hamsun, mais ici c’est la faim de vivre dans une contrée de poussière, la faim de voir et de faire. Oui, La Faim de Hamsun. »

Et là on se ramentoit vivement Henry Miller…

Un trajet en car
Dans la peau d’un saisonnier philippin qui voyage de nuit en car.

Mary Osaka, je t’aime
Ostracisme entre Américains… d’origine philippine et japonaise ; un amour pourtant, puis survient Pearl Harbour…

Valenti apprivoisé
Passion à l’italienne : alternance de violente jalousie et d’amour ardent.

L’Affaire de l’écrivain hanté
Superstition, peut-être aussi d’origine italienne ?

Le rêve de Mama
Superstition encore, aux conséquences burlesques dans cette parodique famille italienne.

Les Péchés de la mère
Le vrai pouvoir, celui de la Mama ‒ ici impétueux, excessif, surtout quand son poids s’ajoute à celui de la coutume.

Grosse faim
John Fante retourne dans l’esprit d’un enfant, ses fabulations, sa perception du monde et… sa conception de l’alimentation.

Mon premier voyage à Paris
Rencontre d’une vieille misérable en souffrance dans la rue ; il s’avère que
« Elle ne désire rien, sinon qu’on la laisse tranquille avec sa douleur. »

A son habitude, Fante mêle les faits, souvent autobiographiques, finement observés, et la fiction qu’il en tire ; comme de coutume, c’est son style si particulier qui fait sa différence : laconisme, reprises, et surtout cette petite note humaine, impossible à préciser, glissée entre les mots.

Notez bien que Des choses à lire vous a gracieusement offert la table des matières de cet ouvrage (peine que pratiquement aucun éditeur ne se donne plus).  
Arturo, you guy owe me a couple o' beers...

Mots-clés : #enfance #famille #immigration #nouvelle
par Tristram
le Mer 2 Oct - 0:22
 
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Sujet: John Fante
Réponses: 27
Vues: 862

Jules Renard

Sourires pincés

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Sourir10

I. Pointes sèches : Les poules - Les perdrix - Aller-retour - Sauf votre respect - La pioche - Les lapins - La trompette - Le cauchemar - Coup de théâtre
Dans la dernière brève pièce, apparition de Poil-de-Carotte, le petit mal-aimé (autobiographique ?) de la famille :
« Scène V
Poil-de-Carotte
(Au fond d'un placard. Dans sa bouche, deux doigts. Dans son nez, un seul. Etat d'âme à la M. Paul Bourget.)
Tout le monde ne peut pas être orphelin. »

II. Ciel de lit (des distances à respecter dans le lit conjugal)

III. La mèche de cheveux (délicieuse petite pièce, plus désopilante que baudelairienne ; j’ai envie de la citer intégralement…)

IV. Sourires pincés : Le pêcheur - Les vers luisants - L'herbe - Les bœufs - L'affût - La vendange - Le pêcheur à la ligne - Les moineaux
L’avant-dernière scène, in extenso :
« Les ruisseaux accourent au bassin où se repose la rivière. L'un apporte le murmure câlin de ses joncs ; l'autre, sur un mince filet clair, pur de toute boue, écrémé sous les dents de la roue du moulin, tout essoufflé et comme toussotant, pour avoir tant sauté de cailloux, apporte le plain-chant des canards du village, tandis qu'au milieu du bassin, où s'égrène un vol de mouches, les poissons font des ronds à fleur d'eau, paillètent, et, repus, loin des bords, se demandent entre eux à quoi s'occupe ainsi le pécheur à la ligne ? »

V. La demande

VI. Les joues rouges

VII. Les petites bruyères : Gens des deux sexes - Gens de métier - Gens du monde

VIII. Baucis et Philémon

IX. Le coureur de filles

Instants saisis à la concision de haïku ‒ travail à l’os comme brièveté des saynètes ‒, observations précises jusqu’au venin, humour savoureux mais pointes fort sèches…

Mots-clés : #famille #nouvelle #ruralité #xixesiecle
par Tristram
le Sam 28 Sep - 22:32
 
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Sujet: Jules Renard
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Eric Holder

Masculins singuliers

Nouvelles, 140 pages environ, 2001, éditions Le Dilettante.

Tag nouvelle sur Des Choses à lire C_masc10


Huit nouvelles, parfois de courtes proses, parfois un texte plus long, étoffé. Le titre est fort heureusement choisi, il s'agit de la singularité de différents caractères masculins. Ils campent de belles rencontres, au résultat un peu désastreux il est vrai - pas toujours.

On retiendra Emilio, l'ange retraité aux mains calleuses de la nouvelle éponyme qui ouvre le recueil, Joachim, le maçon portugais de celle qui le clôt (intitulée Un roi sans divertissement, est-ce "pour saluer Giono" ?), Dominique, le militaire solitaire et motard de Champagne -belle nouvelle, la plus longue, l'échafaudage du non-retour de Quatre jours de sport et cette curieuse et drôle - truculente dirai-je - Corrida:

La corrida a écrit:Bien sûr, ce n'était pas un taureau, c'était pire, c'était une vache, c'est-à-dire un animal paisible qu'on retrait le soir à l'étable, et qu'on emmenait à l'abattoir avec plus de facilité qu'un mouton, pour peu que le maquignon ne fût pas vêtu de noir. Un symbole d'accommodement, de fertilité, la généreuse mère nourricière qui donnait tant le lait que la viande. Ce n'était plus la crainte qu'on lisait dans le regard des hommes, c'était la stupéfaction. Ils perdaient leurs repères. Déjà, quand j'avais dit, en manière de plaisanterie, on n'a qu'à la laisser dans le bois, il n'y vient jamais personne, elle vieillira tranquille, on m'avait regardé d'un sale œil. On ne laisse pas vieillir les vaches dans les forêts. Les vaches ne foncent pas sur les gens. Ce n'est pas dans l'ordre des choses, et cet ordre des choses, les hommes allaient maintenant le remettre à l'endroit.



Au final une fort agréable lecture, sous des airs de clarté, de précision et de concision Holder embarque bien son lecteur, je commence à mieux me familiariser avec son style épuré, efficace et m'exclame "Encore !" tel l'affamé arrivé au dessert mais dont l'estomac se croit toujours aux hors-d'œuvres.



Mots-clés : #nouvelle
par Aventin
le Dim 22 Sep - 9:50
 
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Sujet: Eric Holder
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Horacio Quiroga

Anaconda et autres contes

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Anacon10


Puisque les éditeurs (ici Métailié) ne se donnent plus la peine d’insérer une table des matières dans leurs publications, je vous la donne ici :

Anaconda
Le Simoun
Le marbre inutile
Gloire tropicale
Le yaciyatéré
Les fabricants de charbon
Le Monte Negro
Dans la nuit
Les raies
La langue
Le vampire
La tâche hyptalmique
La crème au chocolat
Les hannetons
Le Divin
Le chant du cygne
Diète d'amour
La poulie folle
Miss Dorothy Philips, ma femme


Le texte éponyme du recueil narre la guerre des serpents contre les humains. Les histoires d’animaux anthropomorphisés (les bêtes qui parlent) est un procédé brillant chez Jean de la Fontaine, qui parle des mœurs des hommes, et dont les erreurs d’éthologie animale n’ont pas d’incidence. La méthode est plus douteuse quand elle est appliquée à des animaux inconnus de la plupart des lecteurs, et qu’en plus s’y ajoutent des bévues dans l’observation de leur comportement. Il faut donc lire Anaconda comme un conte, pas une fable…
Les textes suivants sont plus courts (sauf le dernier), et davantage du registre de la nouvelle ; ils n’évoquent pas tous le rio Paraná et la région limitrophe du Chaco, du Paraguay et du Brésil, mais aussi l’Afrique du Nord ou Centrale.
Les histoires d’aventuriers (Les fabricants de charbon, Le Monte Negro), de superstitions (Le yaciyatéré) et fantastiques (Les raies), de folie (Le vampire), alternent avec ce qui doit être des souvenirs de son existence à Misiones (La crème au chocolat) ou un exercice parodique (Miss Dorothy Philips, ma femme).
Dans la nuit est un texte superbe qui rend justice autant à la majesté d’un fleuve qu’à la pugnacité d’une héroïque batelière, condensant nature grandiose et humble humanité.
Il vient simplement de ce que l’on croit, comme parole d’Évangile, que l’Administration est une machine avec des poulies, des courroies, des engrenages tous si intimement liés que l’arrêt ou le simple défaut d’une minuscule roue dentée est capable de bloquer le merveilleux mécanisme. […] La machinerie est merveilleuse et chaque homme en effet est une roue dentée. Mais les trois quarts d’entre elles sont des poulies folles, ni plus ni moins. Elles tournent aussi et semblent solidaires du grand jeu administratif, mais en réalité elles font des tours dans le vide et quelques centaines d’entre elles pourraient s’arrêter sans causer la moindre perturbation. »

« Les gens du Sud disent que le yaciyatéré est un gros oiseau disgracieux qui chante la nuit. Je ne l’ai jamais vu, mais je l’ai entendu mille fois. Son chant est très pur et mélancolique. Répétitif et obsédant comme nul autre. »


Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Lun 16 Sep - 20:39
 
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Sujet: Horacio Quiroga
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Patrice Franceschi

Première personne du singulier

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Premiz10

4 nouvelles, 2015.
Elles sont reliées par un thème, celui du choix drastique, causant trépas, dans deux de ces quatre nouvelles trépas de ce qu'on a de plus cher.

Assez jolie langue, appréciable style classique. La première, celle du choix du capitaine Flaherty, est de très haute tenue, captivante, tout à fait digne de figurer auprès de grands écrits ayant trait aux gens de mer, vraiment dans la lignée des Conrad, Melville, Loti, Stevenson, etc...

La seconde, celle du capitaine Vernaud, jeune officier pétri de Victor Hugo et cherchant gloire et honneur en pleine débâcle de 1940, croise un poème qui trotte dans la tête de l'officier avec des ordres reçus, une situation donnée, un acte héroïque mêlé d'absurde.

Pour la troisième, assez stevensonnienne, l'auteur a cru bon de fouiller un peu plus le caractère du protagoniste principal, le marin Wells, en menant la nouvelle sous la plume d'un journaliste enquêtant sur un naufrage classé sans suite.

La dernière, celle qui m'a le moins touché, stylistiquement parlant j'entends, narre une situation désespérée, quinze minutes de la vie de deux résistants, qui ne se connaissent pas 'Madeleine et de Pierre-Joseph) et vont en quelque sorte tomber amoureux en se rencontrant, avec chacun leurs deux enfants, dans la file d'attente d'un train les menant en camp de concentration.

Pour l'ensemble, c'est total ravissement que de tomber sur un écrivain-aventurier, doté d'une plume de belle qualité, pas chichiteux, média-machin ni nombrilo-centré (tout au contraire même).  
Je me suis interrogé sur la raison (s'il y en a une) qui me fait préférer les deux nouvelles de mer aux deux autres: sans succès.
Peut-être n'espérai-je pas tomber sur un écrivain de mer de cet acabit, qui fût français et contemporain de surcroît.

À recommander sans réserve, cette Première personne du singulier devrait combler bien des amateurs de nouvelles, et de littérature en général.


Mots-clés : #nouvelle
par Aventin
le Dim 8 Sep - 9:05
 
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Sujet: Patrice Franceschi
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Gilbert-Keith Chesterton

Petites choses formidables

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Cheste10

Un de moins, parmi les ouvrages non traduits en français de Chesterton, dont je regrettais un peu plus haut sur ce fil qu'ils soient si nombreux; certes celui-ci n'atteint pas aux apothéoses de L'Auberge Volante, ni même à celles du Napoléon de Notting Hill ou de La sphère et la croix, Un nommé Jeudi, etc... mais tout de même, c'est appréciable cette série d'article précédés d'une préface pour le Daily News, choix de textes, traduction, notes d'André Darbon, éditions Desclée de Bouwer 2018.
Très chroniques libres ou billets d'humeur à tendance essayiste, ces 240 pages (environ), soit 39 articles ou courtes nouvelles, pas uniquement destinées aux inconditionnels.

Quel art que celui consistant à partir de petits riens du quotidien (un morceau de craie, du lierre, une gare en campagne, un sosie d'un homme célèbre, etc...) pour aboutir à une petite démo édifiante, dont l'humour et le contrepied ne sont jamais absents, et de le faire avec une telle légèreté et une telle liberté de ton !

Nous promenant en sa chère Angleterre bien sûr, mais aussi en France, en Belgique, en Allemagne avec sa désinvolture émerveilleuse, l'on passe un bien agréable moment, trop court, cependant: en effet le livre se dévore...


Un extrait, les risques du tabac ne sont pas toujours ceux que l'on croit !

La tragédie des deux pence a écrit:En tous cas, je ne parlais pas un mot d'allemand, en ce jour noir où je commis mon crime - ce qui ne m'empêchait pas de déambuler dans une ville allemande; [...].
Je connaissais cependant deux ou trois de ces excellents mots, pleins de solennité, qui donnent sa cohérence à la civilisation européenne (notamment le mot "cigare"). Le jour était onirique et chaud: je m'assis donc à la table d'un café,  et commandai un cigare et un pichet de bière blonde.

Je bus la bière et la payai. Je fumai le cigare, oubliai de le payer, et partis le regard euphorique posé sur les montagnes du Taunus. Après quelques dix minutes, il me revint à l'esprit que j'avais oublié de payer le cigare. Je retournai à la buvette et y déposai l'argent.
Mais le propriétaire avait lui aussi oublié, et il me posa une question dans sa langue gutturale - sans doute me demandait-il ce que je voulais. Je lui répondis "cigare" et il me donna un cigare. Je m'efforçai de lui expliquer par gestes que je refusais son cigare, et lui crut que je condamnais ce cigare-là, et m'en apporta un autre. J'agitai les bras comme un moulin, par un balayage plus universel, à lui expliquer que c'était un rejet des cigares en général, et non d'un article en particulier.
Il prit cela pour l'impatience caractéristique des hommes communs, et revint, les mains pleines de divers cigares qu'il me colla au nez. De désespoir, j'essayai toutes sortes de pantomimes, et je refusai tous ceux, de plus en plus rares et précieux, qu'il sortit des caves de son établissement. Je tâchai sans succès de lui faire comprendre que j'avais déjà eu mon cigare. Je mimai un honnête citoyen qui en fume un puis l'éteint et le jette. Le vigilant restaurateur crut que, dans la joie de l'expectative, j'étais seulement en train de répéter à l'avance les gestes bienheureux que je ferais une fois en possession du cigare.

Finalement j'abandonnai, découragé: il ne voulait pas prendre mon argent et laisser ses cigares tranquilles. C'est ainsi que ce restaurateur, sur le visage duquel brillait l'amour de l'argent comme un soleil de midi, refusa fermement les deux pence que je savais lui devoir. Je lui ai repris, et les dépensai sans compter durant les mois qui suivirent. J'espère qu'au dernier jour des anges apprendront très doucement la vérité à ce malheureux.         




Mots-clés : #absurde #humour #nouvelle #xxesiecle
par Aventin
le Jeu 5 Sep - 23:07
 
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Sujet: Gilbert-Keith Chesterton
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Carlos Liscano

Le rapporteur et autres récits

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Le_rap10

Un mendiant défend sa place face à un vigile.
Ayant été ramassé ivre par la police, le narrateur a donné un faux nom. Emprisonné jusqu’à ce qu’il avoue son vrai nom, d’ailleurs connu de la justice, un juge lui rend visite chaque année, et des rapports très courtois les unissent au fil des ans ; ainsi, le prisonnier s’apprête avec humour à écouter les confidences du magistrat :
« Ce qui se dira ici ne sortira jamais de ces murs. »

Une réunion en bonne société engendre ou pas « un petit animal social » utile aux relations humaines.
Dialogue beckettien de Ku et Ke, qui jouent aux idiots, l’un entraînant l’autre, puis l’inverse.
Une famille où l’on se vend, de père en fils et réciproquement.
Synopsis (austerien) :
« Si nous pouvions voir la nuit depuis les hauteurs, nous constaterions que nous somme maintenant quatre et que nous n’avons besoin que d’être quatre : celui qui tue, le mort, celui qui écrit, celui qui lit. Deux hommes se sont cherchés dans la nuit. Lentement, ils ont marché sous la pluie en dessinant avec leurs pas une figure secrète. Quand cette figure trouvera sa forme définitive, la nuit sera finie pour l’un d’entre eux. Et l’histoire sera finie. Nous ne serons plus que trois. »

L’auteur chez le dentiste en Suède (Liscano s’est réellement exilé là au sortir de prison dans son pays, où il a été torturé) : son dentiste, « la tentation des ténèbres », le martyrise longuement (d’ailleurs il tue le premier ministre suédois). Un texte plus long, kafkaïen, qui témoigne excellement de la perception transformée du vécu.
Un onirique étendage de linge devient universel.
Le récit éponyme, lui aussi assez long, mais bizarrement gouailleur par moments, rapporte l’arrestation, la séquestration avec sévices de qui pourrait être l’auteur, contraint à parler, puis à écrire… des rapports… Il semble que ce soit une sorte de journal justement consigné en prison pour conjurer le dénuement, le non-sens et la folie qui le guette au moyen de l’écriture, que Liscano interroge elle-même.
« Les chemins sont déjà plus ou moins tracés. Par d’autres qui sont passés avant nous, et on les prend à notre tour. On ne choisit pas tout ce qu’il y a sur le chemin. Ce sont les chemins qui s’imposent à nous. Moi, mon chemin m’a amené jusqu’ici. Je ne proteste pas, mieux vaut un chemin que pas de chemin du tout, mais il aurait pu être meilleur. »

« Je demande qu’on me prenne comme je suis, avec mon style particulier, pas avec celui d’un autre type, du premier cochon venu qui écrive dans le coin.
Qu’il me soit permis de développer un peu cette idée, de lui apporter des nuances, un peu de relief, de faire qu’il y ait des tenants et des aboutissants. On a son style et les autres ont le leur, chacun le sien. Si on n’avait pas de style propre, on ne serait pas comme on est, on serait quelqu’un d’autre, avec un style différent. Alors le style est quelque chose de fondamental, c’est ce que je suis en train d’expliquer. J’ai mon style, qu’on le croie ou non, mais c’est la vérité. Et je m’efforce de garder le style qui me caractérise, sinon rien n’aurait de sens, rien ne vaudrait la peine, nous perdrions notre temps. »

« C’est le Blond qui commande et il disait que je devais parler. Et après que je devais écrire. Voilà le problème, c’est comme ça qu’il se posait.
De quoi puis-je parler ? me demandais-je. De quelque chose. Il voulait savoir, ça n’avait aucune importance pour moi. Ce n’est pas que je ne savais pas, ou que je savais et que je ne voulais pas répondre, ou quelque chose comme ça. Non, c’était que, me disais-je, à quoi bon parler quand tout a déjà été dit ? »

« C’est cela, on essaye de tirer le meilleur parti de la vie. Si mauvaise que soit votre vie, vous essayez d’en tirer le plus possible. Il n’y en a pas d’autre. »

Dans ce recueil de nouvelles qui jouent de plusieurs registres, tout est étrange, et difficile à partager...

Curiosité : mon exemplaire porte la mention suivante : ÉPREUVES NON CORRIGÉES. Je ne garantis donc pas l’exactitude des extraits que j’en ai cité.

Mots-clés : #absurde #captivite #ecriture #nouvelle #solitude
par Tristram
le Mer 14 Aoû - 16:36
 
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Sujet: Carlos Liscano
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T.C Boyle

25 histoires de mort

Tag nouvelle sur Des Choses à lire 25-his10

25 nouvelles regroupées autour d’un thème, ici écrites entre 1979 et 2001 et chacune de 20 à 40 pages environ, c’est le principe de quelques recueils de T. C. Boyle, dont celui-ci.
La première, Gros gibier, met en scène de riches amateurs de safari dans une propriété californienne qui a opportunément recueilli quelques vieux animaux de cirque ou de zoo : un vrai carnage. C’est acerbe, et hilarant (et toujours d’actualité).
Tueur de bébés : un jeune à la dérive est placé par le tribunal chez son frère aîné, un médecin qui lui donne un petit boulot dans sa clinique. Mais il est immédiatement confronté aux « frappés de Jésus » haineux qui s’en prennent activement à l’avortement. Saignant.
Le Mexique : comment un séjour au Mexique et pas mal d’alcool peuvent éveiller une tendance suicidaire à la violence.
Capturés par les Indiens : toujours et partout, la violence et la cruauté ordinaires aux hommes.
L'Amour de ma vie : le grand amour partagé de deux étudiants prometteurs, détruit par une grossesse non désirée aboutissant à un sordide avortement clandestin. Émouvant.
Lac Greasy : quand les trop jeunes jouent les méchants.
Tranquillité d'esprit : une vendeuse d'alarmes alimente la paranoïa de ses clients potentiels en rapportant de sanglants faits divers, exaspérant ainsi un psychopathe qui réagit… violemment.
« ‒ Y vous enfoncent vos sous-vêtements dans la bouche, murmura-t-elle. Y a pas pire que ça. Tu te rends compte le goût que ça doit avoir ? Tes sous-vêtements dans la bouche ? »

Le roi des abeilles : une adoption qui tourne mal…
La maison qui coulait : la profonde dépression de celui qui reste seul.
Le Diable et Irv Cherniske : faire des affaires avec le Diable reste risqué.
La Mouche humaine : un casse-cou qui veut à tout prix atteindre à la célébrité.
Long cours : la paranoïa mène aussi au survivalisme, et donc à l’auto-défense (un fructueux bizness) ‒ mais, évidemment, pas qu’une seule personne…
Les 100 visages de la mort, volume IV : cynisme et insensibilité devant les différentes morts.
« La conversation roula sur le nez de Jamie, les sangsues, le transit intestinal et la mort. »

Little America : un vieillard, descendant d’un explorateur polaire, s’égare et devient victime d’un clochard. Burlesque et abject.
L’enfer aux trousses : un joueur de blues du vieux Sud déchaîne la jalousie féminine. Extraordinaire description de l’agonie d’un chien empoisonné.
Ça ne tient pas debout : un vieillard apprécie sa retraite chez les petits voyous.
Me cago en la leche… ou Robert Jordan au Nicaragua : quand on joue au révolutionnaire en Amérique du Sud.
Extinctions : celles des espèces animales massacrées par l’homme (mais ce qui est dit des pigeons est invraisemblable). La vaine tentative de sauvetage des Tasmaniens (les humains, pas les loups). Relativisme des extinctions.
La dame aux singes part en retraite : une éthologue est revenue au pays prendre sa retraite ‒ mais recueille Konrad, un chimpanzé "dénaturé".
L’homme de brumes : comment les enfants savent exclure l’étranger, même contre l’opinion de leurs parents.
Rara avis : survenue d’un grand oiseau inconnu, éveil de la libido ‒ et de la violence.
Le manteau II : référence évidente à Le Manteau de Gogol, où l’on retrouve Akaki en petit gratte-papier soviétique, zélateur du Parti, et finalement victime de la corruption endémique (et contre-révolutionnaire).
L’homme rouillé : encore un vieillard, enfin un couple, qui agonisent ensemble ; il y a fins plus clémentes.
Ce n’est plus cool : dépit de has been ?
« Et c’était sa plage, à lui… ou à la communauté, et la communauté, il en était membre, il versait assez d’impôts chaque année [… »

« C’était en Californie qu’on était, au royaume des plages, là où, avec ses tongs à un dollar vingt-neuf et sa chemise délavée, le mec assis sur le tabouret d’à côté vaut probablement plus que le PNB d’une demi-douzaine de pays du tiers monde mis ensemble. »

Ma veuve : le narrateur, un mort observe sa veuve, non sans une certaine tendresse.

À déplorer une traduction un peu défectueuse par endroits.
J’avais déjà lu Si le fleuve était whisky, recueil contenant d'ailleurs plusieurs des nouvelles réunies dans celui-ci.
T. C. Boyle est un excellent novelliste, et chacune de ses histoires se révèle fort originale, densément ramassée. Ses personnages, rapidement campés, tiennent admirablement debout ; c’est de plus un remarquable observateur de la société. Ses métaphores sont caractéristiques de son style. Beaucoup d’humour, voire de cynisme, assez noir, et finalement... triste.


Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Jeu 1 Aoû - 1:05
 
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Sujet: T.C Boyle
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Irène Nemirovsky

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Dimanc10

Dimanche

Dimanche est un recueil posthume des nouvelles d'Irène Nemirowski.
Recueil un peu hétérogène puisque l'auteur n'a pas pu choisir elle-même.
Mais c'est une bonne introduction à l'oeuvre romanesque, et une nouvelle comme Aino est véritablement envoûtante.
Peut-être parce qu'elle m'a semblé autobiographique - comme d'autres nouvelles - et que Nemirowski n'est jamais aussi bonne que lorsqu'elle parle d'elle-même et de ce qu'elle a vécu.


Mots-clés : #nouvelle
par bix_229
le Dim 21 Juil - 20:52
 
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Sujet: Irène Nemirovsky
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Ryûnosuke AKUTAGAWA

Rashômon et autres contes

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Rashzm10


Ces contes relèvent du fantastique, comme l’éponyme, et même du policier comme le fameux Dans le fourré, mais aussi d'un humour qui fait songer à Gogol, et pas seulement à cause des évocations de nez…
Les Kappa est une longue nouvelle, une satire sociale rappelant Swift ; Akutagawa y donne aussi un aperçu de son intéressante perception des écrivains occidentaux :
« ‒ C’est un de nos saints… saint Strindberg, qui se révoltait contre tout. »




Mots-clés : #contemythe #fantastique #humour #nouvelle #polar
par Tristram
le Ven 12 Juil - 14:03
 
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Sujet: Ryûnosuke AKUTAGAWA
Réponses: 12
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Jean-Loup Trassard

L'ancolie

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Ancoli10

9 nouvelles

Les patiences du bord de l'eau : chaleur, humidité, les fermiers souffrent, les cultures s'abîment et dans cet univers une jeune fille disparaît près de l'étang, sous l'oeil d'un héron cendré ; que s'est-il passé ? fuite ? enlèvement ? autre ?

"Parce que nu, son corps - environné d'une vaste tièdeur humide et par elle comme vêtu - ne devait pas sembler différent de l'eau dans laquelle il entrait. Parmi les nénuphars, lentement, passait le reflet de ses seins. Là sans doute elle vit l'oiseau, à l'envers rien qui fût distinct, des ailes fermant le ciel l'enveloppèrent un instant."

"L'oiseau qui revenait au nid de plumes l'apercevant ainsi étendue lâchait le serpent qu'il tenait, au-dessus d'elle ouverte planait avant de se poser. Tout autour s'élevaient les cigües vireuses. Sur les bords où l'étang avait dépsé la semence en hiver, les oseilles formaient des graines vertes. Tout autour le silence était troublé lentement par çà et là des coassements sourds, des bulles en éclosion, un retournement de queue dans l'eau, le cri bref d'un râle invisible."

"A part une trace de pied nu qu'ils (les fermiers) disaient certaine, ils ne trouvèrent que, pris à la boue, un livre sans couverture - épais, les pages réunies - qui me fut ensuite apporté. L'imminence d'un envol, dont l'envergure les couvrirait, avait de quoi rendre précautionneux."


Reconnaissance des dehors et des dedans d'une forêt


Le narrateur fait la reconnaissance active, physique des dehors d'une forêt,  tandis qu'un écrivain lui en reconnait les dedans en créant une forêt dans son roman ;  une forêt où l'on se perd volontairement ou non.

L'écrivain :
"S'il avait vécu dans la forêt il n'aurait pas eu celte envie de la changer en mots. Les mots qui l'évoquaient, puis la représentaient étaient preuve même de la forêt."

"Et que le papier sur lequel il écrivait fût pour une grande part fabriqué de bois - si bien qu'avec l'aide du hasard il écrivait peut-être la forêt sur le bois qui en était issu - lui paraissait faire de cette forêt contenant d'avance le support du texte qui la créait, un bloc irréductible, lieu d'une protection infinie."


le narrateur qui visite la forêt :

"La forêt ceinte à son pourtour de lianes fleuries, des hérissons y dorment en boule serrés sur les poils doux de leur ventre au fond de terriers bourrés de feuilles sèches. Elle fait une vaste trouée sombre dans la brume qui se déchire sur les branches et parait entre les troncs rassemblés plus légère. Nul ne s'approche alors, par crainte de se trouver pris, d'errer parmi les arbres vêtus de voiles et d'être, la nuit, fixé au piège des épines."

Le cerceau de bois

La maison, ceux qui y vécurent et y moururent et le narrateur : "le vent habite la maison plus que moi la nuit durant."

"Elle avait l'homme, l'enfant, de coussins elle rendait les fauteuils creux."

"Maintenant ils sont partis. Dix coups pour un homme, six pour une femme. Parents, amis, serviteurs même, rien n'a tenu.  Maison ensorceleuse où tous moururent, et je devais rester. Je n'étais bien que là. Le jour obscur, l'herbe noire, les murs humides. Là."

"Maison, vos nappes froides tirées de l'ombre vers l'odeur des pavés de la salle à manger si fraîche aux fenêtres ouvertes sur l'été. Absence, absence, absence autour de la table. Il neige des regards éteints."


Un miroir des ornières

La commune où vit le narrateur doit adapté les nombreux chemins à la circulation d'aujourd'hui ; il propose donc d'en dresser la carte ; chemins abandonnés, chemins communaux, chemins à faire à pieds.

"Depuis les champs, quand on ne connait pas, c'est sans l'avoir soupçonné que l'on découvre, en passant la tête et les épaules par une brèche, ce couloir d'ombre. Les fermes vivent au bord. Il y a peu, une famille y faisait encore un monde suffisant et immobile sur la terre battue. On ne s'y parlait guère, semaine au long, ils se voyaient entre eux, et les bêtes."

"C'est ce qui me touche dans les chemins, ce pourquoi je voudrais qu'on les considère : leur existence personnelle. Ils ne sont pas là que pour aller d'un point à un autre. J'ai une préférence pour ceux qui vont nulle part, c'est-à-dire qui se perdent, à contourner les champs, à se diviser en fourche, finissent sur un raccordement oublié."


Harloup

Alors que dans la presse, à la radio les informations relatent la violence des guerres, grèves, conflits dus au racisme, le narrateur relève en dernière page l' abattage d'un loup par un berger pour la raison que l'animal avait égorgé une de ses brebis.

Partant de là le narrateur remonte sur des faits d'attaques remontant dans les temps anciens et les moyens mis en oeuvre pour les éradiquer. Evènements qui ont contribué à constituer certaines légendes.

"Après l'été pluvieux de 1661 la récolte fut nulle, le froment renchérit, un chroniqueur local dut écrire que si les habitants des deux villes tombaient morts de faim dans les rues, ceux des champs ressemblaient à des carcasses déterrées et disputaient aux loups leur pâture car lorsqu'ils trouvaient des bêtes crevées ils se repaissaient d'une chair qui les faisait plutôt mourir que vivre. Les paysans étaient réduits à paître et il y avait peu de nos chemins qui ne fussent bordés de corps morts, la bouche pleine d'herbe."

"Il fut remarqué que les loups connaissaient parfaitement la disposition du pays sur une large étendue et se voyant chassés tout de suite couraient aux lieux qui pouvaient les couvrir, et  longeaient les passages les moins fréquentés. Ce dédale de halliers, de chemins et de ruisseaux, de vieilles fermes pierreuses, leurs griffes l'ont usé. Quand la pluie rendait le bois froid, qu'à chaque branche pendaient des gouttes d'eau, les loups allaient par les sentiers de l'homme. Au temps sec ils coupaient à travers, leur fourrure les protégeant des arbres épineux."


D'un fût gélif

Le sabot, le travail sur le sabot et le travail du bois,  du fût au sabot.

"J'aurais pu prendre le quart de coeur et commencer à dégrossir pour amener peu à peu l'histoire. Une histoire qui n'en est pas une d'ailleurs, simplement l'aventure des mains sur le bois."

"L'affûtage, c'est l'âme des métiers du bois. Il se sert d'un tiers-point usé sur la meule. Fer contre fer. Pareil le mot s'aiguise d'affrontement, puis pierre douce au fond de la mémoire. Même les scieurs de la région venaient lui apporter leurs scies."


L'ancolie

Une femme et sa fille dans la maison, le jardin, travaux intérieur et extérieur au rythme des saisons ;  toutes les plantes sauvages qui entourent la maison et le ruisseau qui court. La journée du matin au soir.

"Vers l'avant sa robe se gonfle, s'ouvre un peu, fleur blanche au matin. Sous ses jambes allongées le ruisseau, encore froid malgré l'heure qui commence à pâlir tous les verts en une seule brillance de feuilles ou d'herbes. Sur le ventre bombé des prairies les pâquerettes passent d'extase. Elle sent le duvet argenté des menthes qui s'approche du secret de l'eau, son jeune poids de fille entre les parfums évoqués."

"Une fois par semaine, la laveuse revenue du douet avec une brouette pleine, devant midi le linge étendu au long du fil de fer dans le potager."

"Quand l'odeur de la cire franchit les fenêtres ouvertes, elle voit paraître sa mère, heureuse lasse d'avoir noyé sur les veines du bois sa durée fragile à celle des meubles."

Nos murs hourdés de terre

Travaux divers  de restauration des fermes et de leurs bâtiments (étables etc....)

"Nous avons cimenté l'allée des étables, creusé des puits, installé des fosses à purin, bâti des caves en appentis là où les tonneaux étaient dans les chambres, refait des planchers aux greniers et branché l'élecrticité. Car presque tous alors, qui soupaient à la lueur des trognons de choux, n'avaient qu'une lampe à pétrole posée dans la paille pour traire les vaches et pour les vélages de nuit."

"Des tempêtes, de longs hivers, tant d'usure. Le neuf est bien devenu vieux. Quant à l'ancien, depuis des centaines d'années les rats y sont en métayage."

"Autrefois, pour une location voisine, le fermier qui devait entrer avait détaché, poussé au chemin sous la pluie battante, le bétail de celui qui ne partait pas assez vite."

Canada

Les déplacements d'un coureur des bois, l'attente de l'arrivée de la neige.

"Il vivait, rien n'empêche qu'il vive encore, au bord et dans l'attente du moment où la neige recouvrant la campagne lui permettait de s'avancer dans un autre pays."

"Tous ses voyages étaient particuliers. Lorsqu'il y repensait ensuite, il faisait lever l'impression d'encore toucher la neige, la sève, la résine. Pourtant, plus que ces odeurs vivantes, c'était la certitude de s'être porté ailleurs qui surgissait."

"Ainsi l'attirance qu'il ressentait toute l'année, projets et préparatifs intérieur vers la neige même absente, était attente au bord d'une sorte d'éternité."



C'est une écriture aux tournures un peu surprenantes mais pleine de poésie.
L'ambiance est souvent à l'humide, les fermes, les maisons suent la tristesse, la pauvreté, l'isolement, souvent voulu.
C'est la désertification, mais l'auteur lui est revenu dans la région.
Les belles descriptions, la campagne, n'atténuent pas la pesanteur du mauvais temps ni des souvenirs d'un passé révolu.
Ces 9 petites nouvelles permettent de voir les saisons, le Temps qui laissent de profondes et irréversibles traces.
Nostalgique !









Mots-clés : #nouvelle
par Bédoulène
le Jeu 11 Juil - 21:41
 
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Sujet: Jean-Loup Trassard
Réponses: 16
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