Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 16 Juil - 13:19

194 résultats trouvés pour nouvelle

Ryûnosuke AKUTAGAWA

Rashômon et autres contes

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Rashzm10


Ces contes relèvent du fantastique, comme l’éponyme, et même du policier comme le fameux Dans le fourré, mais aussi d'un humour qui fait songer à Gogol, et pas seulement à cause des évocations de nez…
Les Kappa est une longue nouvelle, une satire sociale rappelant Swift ; Akutagawa y donne aussi un aperçu de son intéressante perception des écrivains occidentaux :
« ‒ C’est un de nos saints… saint Strindberg, qui se révoltait contre tout. »




Mots-clés : #contemythe #fantastique #humour #nouvelle #polar
par Tristram
le Ven 12 Juil - 14:03
 
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Sujet: Ryûnosuke AKUTAGAWA
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Jean-Loup Trassard

L'ancolie

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Ancoli10

9 nouvelles

Les patiences du bord de l'eau : chaleur, humidité, les fermiers souffrent, les cultures s'abîment et dans cet univers une jeune fille disparaît près de l'étang, sous l'oeil d'un héron cendré ; que s'est-il passé ? fuite ? enlèvement ? autre ?

"Parce que nu, son corps - environné d'une vaste tièdeur humide et par elle comme vêtu - ne devait pas sembler différent de l'eau dans laquelle il entrait. Parmi les nénuphars, lentement, passait le reflet de ses seins. Là sans doute elle vit l'oiseau, à l'envers rien qui fût distinct, des ailes fermant le ciel l'enveloppèrent un instant."

"L'oiseau qui revenait au nid de plumes l'apercevant ainsi étendue lâchait le serpent qu'il tenait, au-dessus d'elle ouverte planait avant de se poser. Tout autour s'élevaient les cigües vireuses. Sur les bords où l'étang avait dépsé la semence en hiver, les oseilles formaient des graines vertes. Tout autour le silence était troublé lentement par çà et là des coassements sourds, des bulles en éclosion, un retournement de queue dans l'eau, le cri bref d'un râle invisible."

"A part une trace de pied nu qu'ils (les fermiers) disaient certaine, ils ne trouvèrent que, pris à la boue, un livre sans couverture - épais, les pages réunies - qui me fut ensuite apporté. L'imminence d'un envol, dont l'envergure les couvrirait, avait de quoi rendre précautionneux."


Reconnaissance des dehors et des dedans d'une forêt


Le narrateur fait la reconnaissance active, physique des dehors d'une forêt,  tandis qu'un écrivain lui en reconnait les dedans en créant une forêt dans son roman ;  une forêt où l'on se perd volontairement ou non.

L'écrivain :
"S'il avait vécu dans la forêt il n'aurait pas eu celte envie de la changer en mots. Les mots qui l'évoquaient, puis la représentaient étaient preuve même de la forêt."

"Et que le papier sur lequel il écrivait fût pour une grande part fabriqué de bois - si bien qu'avec l'aide du hasard il écrivait peut-être la forêt sur le bois qui en était issu - lui paraissait faire de cette forêt contenant d'avance le support du texte qui la créait, un bloc irréductible, lieu d'une protection infinie."


le narrateur qui visite la forêt :

"La forêt ceinte à son pourtour de lianes fleuries, des hérissons y dorment en boule serrés sur les poils doux de leur ventre au fond de terriers bourrés de feuilles sèches. Elle fait une vaste trouée sombre dans la brume qui se déchire sur les branches et parait entre les troncs rassemblés plus légère. Nul ne s'approche alors, par crainte de se trouver pris, d'errer parmi les arbres vêtus de voiles et d'être, la nuit, fixé au piège des épines."

Le cerceau de bois

La maison, ceux qui y vécurent et y moururent et le narrateur : "le vent habite la maison plus que moi la nuit durant."

"Elle avait l'homme, l'enfant, de coussins elle rendait les fauteuils creux."

"Maintenant ils sont partis. Dix coups pour un homme, six pour une femme. Parents, amis, serviteurs même, rien n'a tenu.  Maison ensorceleuse où tous moururent, et je devais rester. Je n'étais bien que là. Le jour obscur, l'herbe noire, les murs humides. Là."

"Maison, vos nappes froides tirées de l'ombre vers l'odeur des pavés de la salle à manger si fraîche aux fenêtres ouvertes sur l'été. Absence, absence, absence autour de la table. Il neige des regards éteints."


Un miroir des ornières

La commune où vit le narrateur doit adapté les nombreux chemins à la circulation d'aujourd'hui ; il propose donc d'en dresser la carte ; chemins abandonnés, chemins communaux, chemins à faire à pieds.

"Depuis les champs, quand on ne connait pas, c'est sans l'avoir soupçonné que l'on découvre, en passant la tête et les épaules par une brèche, ce couloir d'ombre. Les fermes vivent au bord. Il y a peu, une famille y faisait encore un monde suffisant et immobile sur la terre battue. On ne s'y parlait guère, semaine au long, ils se voyaient entre eux, et les bêtes."

"C'est ce qui me touche dans les chemins, ce pourquoi je voudrais qu'on les considère : leur existence personnelle. Ils ne sont pas là que pour aller d'un point à un autre. J'ai une préférence pour ceux qui vont nulle part, c'est-à-dire qui se perdent, à contourner les champs, à se diviser en fourche, finissent sur un raccordement oublié."


Harloup

Alors que dans la presse, à la radio les informations relatent la violence des guerres, grèves, conflits dus au racisme, le narrateur relève en dernière page l' abattage d'un loup par un berger pour la raison que l'animal avait égorgé une de ses brebis.

Partant de là le narrateur remonte sur des faits d'attaques remontant dans les temps anciens et les moyens mis en oeuvre pour les éradiquer. Evènements qui ont contribué à constituer certaines légendes.

"Après l'été pluvieux de 1661 la récolte fut nulle, le froment renchérit, un chroniqueur local dut écrire que si les habitants des deux villes tombaient morts de faim dans les rues, ceux des champs ressemblaient à des carcasses déterrées et disputaient aux loups leur pâture car lorsqu'ils trouvaient des bêtes crevées ils se repaissaient d'une chair qui les faisait plutôt mourir que vivre. Les paysans étaient réduits à paître et il y avait peu de nos chemins qui ne fussent bordés de corps morts, la bouche pleine d'herbe."

"Il fut remarqué que les loups connaissaient parfaitement la disposition du pays sur une large étendue et se voyant chassés tout de suite couraient aux lieux qui pouvaient les couvrir, et  longeaient les passages les moins fréquentés. Ce dédale de halliers, de chemins et de ruisseaux, de vieilles fermes pierreuses, leurs griffes l'ont usé. Quand la pluie rendait le bois froid, qu'à chaque branche pendaient des gouttes d'eau, les loups allaient par les sentiers de l'homme. Au temps sec ils coupaient à travers, leur fourrure les protégeant des arbres épineux."


D'un fût gélif

Le sabot, le travail sur le sabot et le travail du bois,  du fût au sabot.

"J'aurais pu prendre le quart de coeur et commencer à dégrossir pour amener peu à peu l'histoire. Une histoire qui n'en est pas une d'ailleurs, simplement l'aventure des mains sur le bois."

"L'affûtage, c'est l'âme des métiers du bois. Il se sert d'un tiers-point usé sur la meule. Fer contre fer. Pareil le mot s'aiguise d'affrontement, puis pierre douce au fond de la mémoire. Même les scieurs de la région venaient lui apporter leurs scies."


L'ancolie

Une femme et sa fille dans la maison, le jardin, travaux intérieur et extérieur au rythme des saisons ;  toutes les plantes sauvages qui entourent la maison et le ruisseau qui court. La journée du matin au soir.

"Vers l'avant sa robe se gonfle, s'ouvre un peu, fleur blanche au matin. Sous ses jambes allongées le ruisseau, encore froid malgré l'heure qui commence à pâlir tous les verts en une seule brillance de feuilles ou d'herbes. Sur le ventre bombé des prairies les pâquerettes passent d'extase. Elle sent le duvet argenté des menthes qui s'approche du secret de l'eau, son jeune poids de fille entre les parfums évoqués."

"Une fois par semaine, la laveuse revenue du douet avec une brouette pleine, devant midi le linge étendu au long du fil de fer dans le potager."

"Quand l'odeur de la cire franchit les fenêtres ouvertes, elle voit paraître sa mère, heureuse lasse d'avoir noyé sur les veines du bois sa durée fragile à celle des meubles."

Nos murs hourdés de terre

Travaux divers  de restauration des fermes et de leurs bâtiments (étables etc....)

"Nous avons cimenté l'allée des étables, creusé des puits, installé des fosses à purin, bâti des caves en appentis là où les tonneaux étaient dans les chambres, refait des planchers aux greniers et branché l'élecrticité. Car presque tous alors, qui soupaient à la lueur des trognons de choux, n'avaient qu'une lampe à pétrole posée dans la paille pour traire les vaches et pour les vélages de nuit."

"Des tempêtes, de longs hivers, tant d'usure. Le neuf est bien devenu vieux. Quant à l'ancien, depuis des centaines d'années les rats y sont en métayage."

"Autrefois, pour une location voisine, le fermier qui devait entrer avait détaché, poussé au chemin sous la pluie battante, le bétail de celui qui ne partait pas assez vite."

Canada

Les déplacements d'un coureur des bois, l'attente de l'arrivée de la neige.

"Il vivait, rien n'empêche qu'il vive encore, au bord et dans l'attente du moment où la neige recouvrant la campagne lui permettait de s'avancer dans un autre pays."

"Tous ses voyages étaient particuliers. Lorsqu'il y repensait ensuite, il faisait lever l'impression d'encore toucher la neige, la sève, la résine. Pourtant, plus que ces odeurs vivantes, c'était la certitude de s'être porté ailleurs qui surgissait."

"Ainsi l'attirance qu'il ressentait toute l'année, projets et préparatifs intérieur vers la neige même absente, était attente au bord d'une sorte d'éternité."



C'est une écriture aux tournures un peu surprenantes mais pleine de poésie.
L'ambiance est souvent à l'humide, les fermes, les maisons suent la tristesse, la pauvreté, l'isolement, souvent voulu.
C'est la désertification, mais l'auteur lui est revenu dans la région.
Les belles descriptions, la campagne, n'atténuent pas la pesanteur du mauvais temps ni des souvenirs d'un passé révolu.
Ces 9 petites nouvelles permettent de voir les saisons, le Temps qui laissent de profondes et irréversibles traces.
Nostalgique !









Mots-clés : #nouvelle
par Bédoulène
le Jeu 11 Juil - 21:41
 
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Sujet: Jean-Loup Trassard
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Leslie Kaplan

Désordre

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Proxy192

Ca coûte 7 € avec un bandeau attrape-nigauds, et ça se lit en une demi-heure avec, pour ma part un début d’amusement très embryonnaire qui est resté sur sa faim. Je veux bien qu'il faut  que les éditeurs, les auteurs et toute la chaîne du livre vivent, mais il faut aussi que le lecteur s'y retrouve… J'ai eu la chance de ne payer que par mes impôts locaux puisque je l’ai emprunté en médiathèque, mais, bon, ça sent quand même un peu le foutage de gueule.

Dans une époque qui n'est pas la nôtre tout en étant la nôtre, soudain, des « crimes de classe » (au sens de la lutte des classe) se multiplient, constituant une expres​sion(de quoi, nul ne le sait) spontanée, sans caractère de mouvement. Leslie Kaplan prend un plaisir à énumérer les diverses crimes sur des résumés de deux à huit lignes, qu’elle intercale avec la réaction médusée et interrogative des médias et de la population. Le final est un retournement de situation qui n'apporte pas grand-chose à la sauce, un espèce de queue de poisson.

C'est une nouvelle, donc, et ce n'était par conséquent pas forcément pour me plaire, mais il me semble que, si c’est agréablement écrit,  c’est bâclé, à partir d'une seule petite idée d'origine, qui n'a pas du tout été creusée.Que le cocasse aurait pu être plus cocasse, le politique plus politique, la réflexion plus réfléchie.


Mots-clés : #absurde #nouvelle
par topocl
le Mer 10 Juil - 17:15
 
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Sujet: Leslie Kaplan
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Ryûnosuke AKUTAGAWA

Tag nouvelle sur Des Choses à lire 51vsd410

Jambes de cheval

Akutagawa est un auteur-caméléon. Quelle que soit le décor, quelle que soit la nouvelle, il s'y fond et y laisse son emprunte. Nulle besoin de savoir que l'écrivain japonais a mis un terme à sa vie, durant laquelle il a été hanté par une folie héréditaire. On sent qu’un même visage narquois essaye tour à tour plusieurs masques, se déguise en ses personnages. Figures de Don Juan triomphants (on retrouve ici notre Heichû) ou ratés, d’hommes accablés par le vice, par la pauvreté ou par un malaise indéfinissable. Dans toutes ses nouvelles ― elles s’étalent sur 12 000 pages en japonais, on n’en possède qu’une petite partie traduite en français ― Akutagawa s’amuse de tout cela, abordant la rigueur du réel ou ses aspects énigmatiques, l’inquiétante étrangeté, source d’angoisse ; ou mêlant l’absurde, le cocasse au conte fantastique dans une délicieuse raillerie.

"Le chat, ou plutôt la femme, rougit. Dans ce mouvement d’émotion d’un instant, on retrouvait une vraie jeune fille. Non, ne pensez pas à une demoiselle de notre époque. Mais à une de ces jeunes filles telles qu’il n’en existe plus depuis cinq ou six ans, dans le goût des écrivains de la Société des amis de l’écritoire. Tout en cherchant de la menue monnaie, Yasukichi pensa à « Grandir ensemble », aux sacs à queue d’hirondelle, aux motifs d’iris, à Ryôgoku, à Kaburagi Kyokata, et à bien d’autres choses encore. Pendant ce temps, la femme, se penchant pour regarder sous le comptoir, cherchait les Asahi avec le plus grand zèle."


Mots-clés : #nouvelle
par Dreep
le Sam 29 Juin - 14:05
 
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Sujet: Ryûnosuke AKUTAGAWA
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Jules Supervielle

L'enfant de la haute mer

Tag nouvelle sur Des Choses à lire L_enfa11


Comment s'était formée cette rue flottante ? Quels marins, avec l'aide de quels architectes, l'avaient construite dans le haut Atlantique à la surface de la mer, au-dessus d'un gouffre de six mille mètres ? Cette longue rue aux maisons de briques rouges si décolorées qu'elles prenaient une teinte gris-de-France, ces toits d'ardoise, de tuile, ces humbles boutiques immuables ? Et ce clocher très ajouré ? Et ceci qui ne contenait que de l'eau marine et voulait sans doute être un jardin clos de murs, garnis de tessons de bouteilles, par-dessus lesquels sautait parfois un poisson ?
Comment cela tenait-il debout sans même être ballotté par les vagues ?
Et cette enfant de douze ans si seule qui passait en sabots d'un pas sûr dans la rue liquide, comme si elle marchait sur la terre ferme ? Comment se faisait-il... ?
Nous dirons les choses au fur et à mesure que nous les verrons et que nous saurons. Et ce qui doit rester obscur le sera malgré nous.
À l'approche d'un navire, avant même qu'il fût perceptible à l'horizon, l'enfant était prise d'un grand sommeil, et le village disparaissait complètement sous les flots. Et c'est ainsi que nul marin, même au bout d'une longue-vue, n'avait jamais aperçu le village ni même soupçonné son existence.
L'enfant se croyait la seule petite fille au monde. Savait-elle seulement qu'elle était une petite fille ?



L'Enfant de la haute mer

Tel est le début de ces drôles d'histoires en forme d'images kaléidoscopiques, avec un dosage subtil d'angoisse, d'humour faussement naïf.

L'entreprise de Supervielle m'a fait penser à celle d'un autre poète, André Dhotel.

Créer un pont entre le réel et l'irréel, la vie et la mort, tenter de retrouver l'univers imaginatif enfantin.

Un univers parallèle où l'on peut se réfugier quand le trop plein du réel nous étouffe et nous empêche de vivre.

Et donc de réclamer au lecteur une réconciliation de  l'enfant et de l'adulte.

Supervielle y parvient grâce à une qualité rare qu'on pourrait nommer grâce, à l'originalité de ses inventions, au ton et à l'imagination sans failles.

J'ai beaucoup apprécié aussi L'Inconnue de la Seine qui reprend un fait divers qui avait frappé l'imagination des surréalistes.

Une jeune noyée avait été repéchée, sans doute une suicidée. Mais ce qui avait frappé l'attention de tous, c'était son mystérieux sourire.

Supervielle l'imagine morte mais consciente, l'objet d'attention de mystérieux compagnons qui l'invitent à oublier le passé, à s'adapter, mais elle résiste.

"Grimaces affreuses de la vie, laissez moi tranquille, pensait-elle. Mais laissez moi donc tranquille ! Que voulez vous que je fasse de vous, quand le reste n'existe plus !"

Quand elle eut laissé loi derrière elle tous les poissons-torches et qu'elle se fut trouvée dans la nuit profonde, elle coupa le fil d'acier qui l'attachait au fond de la mer avec les ciseaux noirs qu'elle avait ramassés, avant de s'enfuir.

"Mourir enfin tout à fait", pensait-elle , en s'élevant dans l'eau.

Dans la nuit marine ses propres phosphorescences devinrent lumineuses, puis s'éteignirent pour toujours. Alors son sourire d'errante noyée revint sur ses lèvres. Et ses poissons favoris n'hésitèrent pas à l'escorter, je veux dire à mourir étouffés, à mesure qu'elle regagnait les eaux moins profondes.

Mais il faudrait citer aussi Les Boiteux du ciel, La Jeune fille à la voix de violon, La Piste et la mare.

A vous de vous faire une idée.

Moi j'ai envie de lire Le Voleur d'enfants.




Mots-clés : #litteraturejeunesse #nouvelle
par bix_229
le Jeu 20 Juin - 17:44
 
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Sujet: Jules Supervielle
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Zakhar Prilepine

Une fille nommée Aglaé

Tag nouvelle sur Des Choses à lire 41yol710
Originale : Восьмерка (Russe, 2013)

CONTENU :
Notes de l'éditeur a écrit:« Une fille nommée Aglaé » rassemble sept nouvelles qui reprennent les thèmes chers à Zakhar Prilepine - la figure tutélaire du père, absent ou présent, les rapports impossibles entre hommes et femmes. Ces histoires se passent toutes dans la Russie profonde - campagne abandonnée et triste (Le Petit Vitia) où la nature parfois préservée magnifie tout (La Forêt), ville de province sinistrée où de singuliers policiers (Mon père) font régner l'ordre à leur façon (Une fille nommée Aglaé, L'Interrogatoire), où l'on s'échoue aussi (Le Brancard), mais encore lieu propice aux amours clandestines vouées à l'échec (L'Ombre d'un nuage sur l'autre rive).

Zakhar Prilepine a une façon bien à lui de décrire ces hommes pris au piège, et qui tirent réconfort de l'amour d'un père, unique consolation dans un monde où les femmes, pour eux, ne sont que malentendu et faux-semblant. Il ne reste plus alors qu'à faire le deuil de son enfance, grandir obligatoirement, s'endurcir, pour devenir un homme, un vrai... Mais à quel prix ?

Publié en 2013, ce recueil a connu un grand succès dans son pays - Aglaé a été porté à l'écran -, comme pour confirmer qu'un écrivain russe digne de ce nom se doit d'exceller dans un genre où Tchékhov reste un maître inégalé


REMARQUES :
Tous ces récits sont racontés par un narrateur vivant ces rencontres, ses souvenirs. Cela donne à l'oeuvre de Prilepine constament l'impression d'une forme de travail de l'auteur sur ses souvenirs personnels. Cela m'avait déjà touché dans d'autres livres de lui. Néanmoins ils se trouvent pas sur les mêmes niveaux temporaires, et on ne voit pas des liens directs entre ces récits. Plusieurs fois apparents souvenirs d'enfance, des fois histoires d'amour plus ou moins réussies…, plutôt pas ! Le récit « Une fille nommée Aglaé » me semble le plus urbain dans un sens contemporain, s'approchant par exemple à Sankya : des OMON (force de sécurité) qui vivent un peu selon leurs règles, dans une atmosphère de violence. Image plutôt violent d'une Russie ue nous ne comprenons probablement très peu. Néanmoins justement cet auteur est apparemment aimé en Russie pour la proximité : les gens se réconnaissent dans son écriture.

Et on y trouve un melange si propre et unique entre justement une certaine noirceur et puis une tendresse infinie, des touches d'une grande humanité où le lecteur est sous le charme. Je pense spécialement aux récits très courts (Aglaé me paraissait, à moi, le plus loin…). Le dernier récit parle p ex des souvenirs à une enfance lointaine, près d'une rivière, du Père-héro, adoré par l'enfant (où est la mère?) avec lequel on va partir monter la rivière à pied pour aller jusqu'à une monastère. Récit si bien ficelé qu'à la fin on ne sait plus si l'enfant est le père (nommé Zakhar!), où le père l'enfant…

Quand on connaît les fréquentations douteuses de Prilepine on est un peu refroidi, mais quelle écriture ! Pour certains de ces récits cela touche, pour mon goût, à la perfection.


Mots-clés : #nouvelle
par tom léo
le Sam 15 Juin - 17:48
 
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Sujet: Zakhar Prilepine
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Anna Moï

L'écho des rizières :

Tag nouvelle sur Des Choses à lire L_zoch10

Anna Moï raconte une existence pleine d'imprévu(s) dans un pays où rien ne fonctionne comme ailleurs, où chacun invente sa vie entre tragédie et humour. Ses nouvelles sont des instantanés de charme écrits avec une remarquable pudeur.

Présentation de l'éditeur.


C'est un tout petit livre. Ce sont de tout petits "chapitres" de quelques pages à chaque fois. Mais c'est un concentré de bonheur, de joie, de nostalgie, de tristesse aussi parfois et d'espièglerie.

Anna Moï raconte des moments de l'existence, des situations, des attitudes devant les événements de la vie, des réflexions d'enfants dans un Vietnam qu'elle baigne de musique, de chant ou de violon. On regarde le ciel, les étoiles, la lune le premier jour du Têt qui commence son cycle, les paysages...

C'est un recueil à glisser dans la poche, à lire pour s'évader, visiter une autre culture et réfléchir à l'importance des choses...

Un merveilleux texte.

Le Vietnam est le dernier pays où les sirènes viennent embrasser les pieds de hommes, où les jeunes filles de quinze ans survivent aux cages à tigres et où nous serons peut-être un jour protégés de notre propre barbarie.

Like a Star @ heaven  Like a Star @ heaven  Like a Star @ heaven

Je crois que dans la vie, on tombe forcément dans la catégories des protégés, ou des protecteurs. On ne choisit pas. A tout prendre, j'aurais préféré faire partie de la première catégorie. Mais à mon corps défendant, je me suis retrouvée dans la seconde.
Nul n'a jamais pensé à me protéger. (...)



Mots-clés : #musique #nouvelle
par kashmir
le Lun 10 Juin - 19:00
 
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Sujet: Anna Moï
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Yasunari KAWABATA

La Lune dans l'eau

Voici le bel incipit de ce texte, recueilli en France dans La Danseuse d'Izu :
« Un jour, la jeune femme eut l’idée de prendre sa glace à main pour monter à son mari, toujours alité dans une chambre du premier étage, une partie du potager. Il n'en fallut pas davantage pour ouvrir une vie nouvelle au malade, et cela devait aller bien plus loin qu'elle ne l'aurait imaginé. »

Le jeu de la spécularité engendre une certaine gémellité dans le monde. En une dizaine de pages, Kawabata touche délicatement le lecteur. Il est rapporté que l’auteur manifestait un attachement particulier à ce texte, et ce peut être également le cas du lecteur.
« Découvrirait-on les choses sous un aspect nouveau, la première fois qu’elles se reflètent dans la glace ? »


Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Sam 11 Mai - 0:04
 
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Sujet: Yasunari KAWABATA
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Jacques Réda

Accidents de la circulation

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Accide12
180 pages environ. Nouvelles, bien que l'auteur préfère récits. Paru en 2001.


L'arpenteur du quotidien urbain sublimé nous entraîne cette fois-ci (et pour ne pas trop changer) dans son Paris maintes fois encré dans sa prose, entre narquois, préciosité, poésie et agapes quasi de l'ordre cingriesque.
Avec incursions, à moins qu'excursions ne soit un terme préférable, en France profonde, à Lisbonne, à Madrid, à Bologne (pour "les cravates", qu'on peut trouver ailleurs chez cet auteur - il doit aimer donc ce récit-là, à moins que l'amateur ne soit son éditeur).

Homme aux semelles d'évent, il met en évidence tout ce que la confrérie de la voirie et du fil à linge cèle, de façon géo-poétiquement correcte (cher Jack-Hubert, si tu passes par ce fil d'auteur, qui n'est pas qu'à linge...).

Nul besoin d'aller s'immerger dans des tessons de civilisations rares, dans des paysages sublimes, des rencontres hors du commun: le simple franchissement géographique de votre boîte aux lettres suffit à entrer dans un monde exceptionnel, à condition bien entendu de subodorer sa présence, ce qui est une autre paire de manches.
Mais-bonheur et tutoriel-, voilà Réda à la rescousse, puis à la manœuvre et à la barre, on lève le doigt pour se laisser désigner passager attentif et silencieux.

Ces Accidents de la circulation, dans lesquels il n'y a jamais crash ! au sens ballardien du terme, et plutôt collusion que collision, ont leur charme (usuel chez l'auteur) un peu bric-et-broc.

Narquois disais-je, flegmatique, bonhomme et gentiment humoristique, le gentilhomme Réda.  

Un mot sur le découpage du livre:
25 récits (ou nouvelles), charpentés en 4 titres de chapitre, qui valent qu'on les cite parce qu'ils se répondent et composent une phrase:

Quand on sent que le temps va tourner à l'orage,
(11 récits)
il vaut mieux s'aviser de prendre un peu de champ,
(5 récits)
puis reprendre la route, en roulant, en marchant,
(5 récits)
en se laissant porter au loin comme un nuage.
(4 récits).

Récit Roman de l'escabeau a écrit:
Peut-on attendre davantage d'une rue ? Raisonnablement: non, ou pour mieux dire: en bonne justice. Au-delà, les rues, si on leur tourne la tête, on ne sait pas de quoi elles seront capables ensuite pour leur malheur. Elles ressembleront à celles de la banlieue pavillonnaire qui ont complètement perdu le nord, auxquelles il faudrait sans arrêt rappeler le parcours qu'elles ont à suivre ou simplement leur nom qui se répète dans les communes avoisinantes.  Si je renais au mot la rue du Retrait dans les intentions qu'elle manifeste, ce serait abuser de l'innocence, parce qu'elle propose quelque chose qu'elle ne comprend pas bien.





Mots-clés : #nouvelle #urbanité
par Aventin
le Ven 10 Mai - 14:51
 
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Sujet: Jacques Réda
Réponses: 22
Vues: 487

Zsigmond Móricz

Un déjeuner


Tag nouvelle sur Des Choses à lire Bbbb10

Livre que j'ai beaucoup apprécié. Recueil de diverses nouvelles de scènes de la vie hongroise regroupant souvent la vie paysanne mais également des notables.
La nouvelle la plus importante est éponyme et constitue la moitié de l'ouvrage. C'est aussi la meilleure qualitativement. Selon l'ordre du menu nous suivons les différents dialogues des protagonistes de façon savoureuse avec beaucoup d'humour et de causticité.
Chaque nouvelle pourrait être une pièce de théâtre tant la précision des dialogues et le rythme permettent un réalisme prégnant.
Chaque nouvelle possède une chute surprenante et morale (sans être moralisatrice) et la jubilation cède la place au léger malaise et à la réflexion.
Excellemment écrit, j'ai trouvé les pages sans jamais me lasser en regrettant que ce soit trop court.
Un très très bon livre.

*****


Mots-clés : #nouvelle #viequotidienne
par Hanta
le Mar 7 Mai - 11:49
 
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Sujet: Zsigmond Móricz
Réponses: 3
Vues: 93

Denis Johnson

Jesus' Son (1992) :

Tag nouvelle sur Des Choses à lire 51wese10

Recueil de courtes nouvelles dans l'Amérique des junkies. Beaucoup moins trash qu'un Burroughs ou Selby, ou psychédélique qu'un Hunter S. Thompson, mais très "planant". Je trouve que la traduction rend bien. L'écriture me plaît. Et certaines nouvelles dégagent quelque chose de fort, en juste quelques pages. Un bon petit livre.


Mots-clés : #nouvelle
par Arturo
le Sam 4 Mai - 15:57
 
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Sujet: Denis Johnson
Réponses: 3
Vues: 214

Tahar Ben Jelloun

Le premier amour est toujours le dernier

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Le_pre10

« Ce livre raconte le déséquilibre et les malentendus entre l'homme et la femme arabes. Les histoires qu'on y trouve ne parlent que d'amour, c'est-à-dire de solitude, de secret, et d'incompréhension. Et puis ce besoin d'amour devient vite une recherche de soi, car pour aimer l'autre, pour donner, il faut s'aimer un peu soi-même. Ce n'est pas si simple, dans un pays où la tradition et la religion aident surtout l'homme à asseoir sa petite puissance, alors même que rien ne peut s'y faire sans la femme. »

(Quatrième par l’auteur soi-même)

21 textes d’une moyenne de dix pages. Dès le premier, le lecteur se retrouve dans une réalité très factuelle ‒ en tout cas, pour l’avoir côtoyé, j’ai reconnu le comportement édifiant de certaines « gens du Golfe ». Puis un conte, un souvenir (vrai ou faux), un fait-divers ; le sixième permet de retrouver le ton des romans de Ben Jelloun que j’ai déjà lu : poétique, un peu angoissant, obscurément métaphysique. Les femmes musulmanes du Maghreb et leur misère ; l’amour aussi, à Petra, à Paris, ailleurs encore.
Un écho de ma précédente lecture, Le Météore de Capek ?
« Toute fiction est un vol de la réalité et il lui arrive d’y retourner et de s’y confondre. »

Sinon (peut-être pour qui se rappelle ses premières amours, et vit les dernières) :
« Le premier amour est toujours le dernier. Et le dernier est toujours rêvé. »


Mots-clés : #conditionfeminine #nouvelle
par Tristram
le Ven 3 Mai - 0:06
 
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Sujet: Tahar Ben Jelloun
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David Bosc

Relever les déluges

Tag nouvelle sur Des Choses à lire David_11
Quatre nouvelles (intitulées récits), 80 pages environ au total, parues en 2017, éditions Verdier.

Quatre nouvelles qui claquent, en termes d'écriture c'est une belle réussite stylistique. L'agréable alternance de la longueur des phrases, des temps de conjugaison, l'art de ménager un temps d'amené pour servir une évocation forte, un vocabulaire riche, cherchant l'adaptation -sans pédagogie, préciosité ni historicisme- aux époques et aux lieux, l'usage du menacé de suppression point-virgule -qu'on finit par remarquer, par contre-coup, dans les écrits d'aujourd'hui (bref, quelques-unes de ces vieilles recettes "de grand-mère" dont je déplore qu'elles soient parfois bien dédaignées de nos jours au profit d'un style télégraphique, désincarné).

On lui sait aussi gré d'avoir su changer de style (parlé, par exemple, pour Mirabel ou Le Grelot) pour correspondre à chaque nouvelle, sans que l'ensemble ne paraisse trop hétéroclite: ce genre d'exercice passe pour périlleux !

Lieux et époques, disais-je, sont disparates, idem (ou à peu près) pour la condition sociale des protagonistes principaux: Le XIIIème naissant, en Sicile, et un roi, Frédéric de Hohenstaufen (alias Farid Imperator dans la nouvelle éponyme qui ouvre le livre), la Provence du début XVIIIème pour Mirabel et un simple paysan journalier, L'Espagne du XXème au temps de la guerre civile pour Le Grelot et un ouvrier maçon, Marseille à l'époque contemporaine pour Un Onagre et un jeune anar.

Ce qui fait lien entre ces nouvelles, à y bien regarder, est le fait que tous expérimentent la transgression aux règles et données du monde dans lequel ils évoluent, et suivent leurs idées, visions, conceptions et expériences, les conduisant à mener leur chemin hors des clous, à contre-courant dominant, bien sûr avec des moyens et selon des parcours extrêmement différents, distincts.

Nouvelles digestes, toutes à recommander, petit ordre de préférence personnel: Mirabel, puis Le Grelot à égalité avec Farid Imperator, enfin Un Onagre.

Échantillon stylistique, avec les points-virgules, les deux phrases très brèves à l'issue d'une longue, le style parlé (monologué), l'adaptation du vocabulaire à l'époque choisie sans en faire des tonnes, etc...:

Mirabel a écrit:Quand les branches de cerisier sont lourdes de cerises, je vais boire mon pot de vin, sur la Veaune, après la cueillette des azeroles, je suis heureux. Au moins j'aurai échappé à l'épouvante des sillons, à la tristesse des chaumes à perte de vue, sous le soleil; ici je peux marcher sous les grandes feuilles des figuiers, parmi les astres des grenadiers, (où je piège à la glu des alouettes, des bizets, des grives); je fais mes va-et-vient dans la tapisserie du potager, toujours changeante. J'ai un chapeau de paille, acheté à un Grec - nous avons barguigné avec des signes, des grimaces, et topé là, pareils à des rois qui tranchent une province. Malgré tout, cela m'est venu. J'en ai assez. Ce ne sont pas les mines du roi Salomon, il n'est plus question de mourir à la tâche, et j'ai mes gages, sans doute, mais je ne m'appartiens pas. Et c'est aussi que tout se referme. Ça n'a jamais été grand ouvert, pour sûr, mais là, de toute part je sens que ça se ferme. Ce que j'ai, c'est parfois comme un paradis, le ruisseau, le temps clair, les fleurs aux amandiers - et le vent les déchire, et viennent les fruits qui ne sont pas à moi. Je pioche pour la vieille avec à l'horizon de crever dans dix ans d'une fièvre quarte ou quinte, d'un grand frisson, d'une jambe cassée.  




Mots-clés : #nouvelle
par Aventin
le Sam 27 Avr - 8:19
 
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Sujet: David Bosc
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Jacques Réda

Toutes sortes de gens

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Rzoda10
Vingt courtes nouvelles, 2007, 105 pages environ, éditeur: Fata Morgana.

Avec son air badaud et narquois, Réda nous conte là quelques rencontres (mais en sont-ce, toutes, vraiment ?) très variées, étagées dans le temps (de son enfance à l'époque d'écriture).
Ne cherchez pas trop ce prétendu dénominateur commun aux nouvelles, c'est davantage un prétexte à batifoler de mises en perspectives à situations valant détours, circonvolutions et pose d'un mot rare dans quelque recoin de texte.

Je les ai trouvées inégales en intérêt (bon, c'est bien sûr subjectif) - en particulier une série qui se suit dans l'ordre de publication: Annonciation à Kensington - Les Géants - Les Thons - Amer Bébé - Un Pigeon.

J'admets une préférence pour: Chez Crouvizier - Les camps-volants - La Boulangerie du bout du Bois-du-Bouc - Un stylite - Le Comptable.

Et je cherche toujours, embarqué dans les méandres d'une métaphysique aux bords (contenus) du délirant, la clef de compréhension (ou d'appréhension) de Dédale des Possibles.

On pressent le cheminement, bien que nous ayons affaire à un chemineau tortueux, imprévisible, cingriesque, qui mènera Réda à Des écarts expérimentaux (voir ci-dessus).  

Je ne recommande pas particulièrement ces nouvelles-là en première découverte de l'auteur; dans ma petite hiérarchie de ce qui fut chroniqué ci-dessus, c'est bien en-deçà de Ponts Flottants et, bien sûr, du chef d'œuvre Les Ruines de Paris: mais, agréablement troussé dans une langue empreinte de séduction, ça reste tout de même fort plaisant.

Échantillon, un peu choisi pour la part de clin d'œil cingriesque j'en conviens:

L'Excursionniste a écrit:
Mais, le temps que je me repose à l'ombre d'un repli mou des collines, le soir était venu, j'établis mon petit campement.

Quelle nuit épouvantable ! Ce ne furent dans la plaine que des hurlements de vent, de bêtes, d'hommes qu'on dévalise, qu'on torture, qu'on massacre ou qu'aspire le sol sournois d'un marécage.

Au loin de l'autre côté de la plaine, je finis par discerner une lueur d'une turbulente intensité.

Oh, pensai-je, voici que la buvette a pris feu et - sachant quel sommeil de plomb la noyait après ses vaticinations exaltées - quede  ma diserte et tendre hôtesse il ne restera qu'un pain de charbon !

Puis je m'endormis dans mon duvet confortable, et ne rêvai pas une seule fois.

Au matin je scrutai l'horizon pour y découvrir la moindre fumée: rien.

Je n'avais à coup sûr fait qu'ajouter au corpus des légendes une péripétie de mon cru, et je l'ai gardée pour moi durant des dizaines d'années: je n'y songeais presque plus.

J'y songeais déjà moins quand, franchi le maigre obstacle des collines, je rencontrai bientôt, à l'écart d'un village de trente-et-une maisons, une halte ferroviaire dont le gardien, ma foi, me fit fête, et avec qui je disputai plusieurs parties de jacquet, jeu que je déteste, mais j'y prenais une part d'agrément.

Peut-être parce que, les perdant les unes derrière les autres, je me réjouissais de procurer à cet homme souvent privé de compagnie une grande satisfaction.

Cependant j'avais raté de peu le seul de la journée qui m'eût reconduit vite et directement chez moi.    


   



Mots-clés : #nouvelle
par Aventin
le Lun 22 Avr - 19:29
 
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Sujet: Jacques Réda
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Wallace Stegner

Une journée d’automne

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Cvt_un12

J’ai donc dû suspendre ma lecture en cours pour lire cette novella, publiée en 1937 sous le titre Remembering Laughter, soit un sens fort différent de celui du titre en français, et guère plus explicite…
C’est effectivement au mitan que l’histoire sans surprise prend de l’intérêt, comme les protagonistes basculent dans l'expiation sans remède en huis-clos. (Et c’est encore un exemple de ce qu’il faut parfois laisser jusqu’aux deux-tiers d’une lecture pour qu’elle se révèle intéressante.)
Je me suis aussi demandé si la réaction de sauver les apparences, hypocrisie puritaine, dissimulation mormone, mensonge calviniste, serait finalement si blâmable, et pas sans efficace…
Le style est lisse et, oui, c'est un texte qui glissera vite dans mon oubli...

#Nouvelle
#huis-clos
par Tristram
le Sam 20 Avr - 0:22
 
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Julien Green

Le Voyageur sur la terre

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Nouvelle éponyme : Daniel O'Donovan échappe à une triste enfance où il n’avait d’autre refuge que les livres (j’ai reconnu un autre moi dans le personnage de l’oncle qui l’a recueilli à la défaillance de ses parents) pour aller à l’université…
Très habilement, Julien Green nous présente son personnage de l’intérieur, puis vu par des paires d’yeux plus pragmatiques et terre à terre, avec de subtiles variations jusqu'aux conclusions, qui vont de la folie au dédoublement fantastique en passant par la grâce religieuse…
J’ai apprécié le regard fort différent également des protagonistes sur les livres, allant de la suspicion à la fin en soi…
Les clefs de la mort :
Le narrateur vit à la campagne avec sa mère et Odile, une enfant de son âge qu’elle a recueillie. Le temps passe ; Clément Jalon, un obscur cousin et probable maître-chanteur, s’invite à vivre à leurs dépens, et « sa » voix lui commande de le tuer…
On trouve trois autres textes dans ce recueil, Christine, Léviathan ou la Traversée inutile et Maggie Moonshine. (Léviathan, c'est l'ennui, une sorte de tædium vitæ).
Les protagonistes sont des passants (métaphysiques) dans un monde légèrement onirique, comme celui de Le tour d'écrou d’Henry James.
Ce sont aussi des études psychologiques, peut-être même des introspections à tendance autobiographique.
« Ma mémoire est ainsi faite que je ne me rappelle aucun événement d'ordre intérieur sans qu'aussitôt les circonstances extérieures qui l'ont accompagné me reviennent à l'esprit. »

« Comme beaucoup d'esprits médiocres et qui ont lu quelques romans, le capitaine se piquait de ce qu'il nommait psychologie et s'amusait à observer les gens de son entourage. Il s'accordait à lui-même de la pénétration et ne doutait pas qu'au bout de quelques jours il pût trouver, pour employer une expression qu'il aimait bien, la formule des personnes qu'il examinait. »

Mes premières lectures de Julien Green remontent à l’adolescence, époque lointaine où ses ouvrages étaient répandus, et j’ai sans doute été marqué de cette fréquentation précoce, bien que pratiquement oubliée. Il n’y a que peu de temps que j’ai réinterprété son thème du double de l’écrivain lui dictant son œuvre, que j’avais considéré comme une croyance futile en l’au-delà ou un ressort littéraire sans fondement : ce pourrait être une interrogation sur ces moments vécus où l’on ne se voit pas, qui ne nous laissent pas de souvenir conscient.
J’ai aussi retrouvé le beau mot de « latitudinaire », que j’avais égaré jusqu’au bout de la langue…
Il y a quelque chose de Bosco dans le regard de l’enfance sur la nature ?
(Il était grand temps de te répondre, Nadine !)

Étrange

Mots-clés : #nouvelle
par Tristram
le Sam 13 Avr - 20:10
 
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Marc Pautrel

La vie princière

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J'ai lu une nouvelle de Marc Pautrel, qu'on m'a prêtée : La vie princière. C'est une lettre qu'un écrivain adresse à L.., la femme dont il est tombé amoureux pendant un séminaire sans le lui dire, et qui retrace les quelques jours qu'ils ont passés ensemble à la campagne. J'ai éprouvé un certain agacement, à la lecture, face aux nombreuses exagérations du narrateur (balourdises de Marc Pautrel, ou du seul narrateur ?), inélégances (un style pas tout à fait ma tasse de thé mais assez sobre pour qu'on puisse passer outre; un refus du name-dropping qui aurait dû me plaire et que j'ai trouvé bruyant), approximations (L.. écrit une thèse de littérature dont le sujet me paraît beaucoup trop vague pour être crédible).
Et finalement, après la lecture, il ne me reste que le bon de cette histoire : une certaine finesse dans les jeux de dévoilement de l'intimité des personnages, qui ne se laisse qu'entrevoir pour se dérober aussitôt. L'approche d'une intimité physique (mais pas vraiment d'ordre sexuel) est constamment suggérée, puis refusée par on ne sait quels mouvements intérieurs, et L.. demeure obscure au narrateur peut-être plus qu'au lecteur. Le narrateur nous fait percevoir un courant de signification souterrain et inexprimé, une certaine hésitation chez L.. qui n'est absolument pas explicite mais finement rendue. L'auteur réconcilie singulièrement (et d'une façon qui m'est incompréhensible) les termes de ce qui peut paraître une contradiction : maladresse du détail et délicatesse du tableau d'ensemble.


Mots-clés : #amour #nostalgie #nouvelle
par Quasimodo
le Dim 7 Avr - 12:23
 
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Sujet: Marc Pautrel
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John Fante

Le vin de la jeunesse

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Fante-10


Ce recueil de nouvelles regroupe des textes plus ou moins autobiographiques qui évoquent une enfance dans une famille pauvre d’immigrés italiens ‒ catholiques chez les protestants ‒ dans le Colorado du début du XXe : père maçon, mère de famille nombreuse, enfants avides, cruels, vergogneux, fiers, bagarreurs, dissimulateurs, fabulateurs, machos déjà. Cette détonante combinaison d’amour et de haine familiales paraîtrait caricaturale si une sensible expérience intime ne perçait pas.
On retrouve le même humour, ce don de retrouver l'enfance, et ce style syncopé, jazzy, si particulier à John Fante.
« M. Wagner nous a fait descendre au sous-sol et nous a mis en prison. On n’a pas essayé de s’enfuir ni rien. C’est une très belle prison. Personne ne s’en ai jamais échappé. Une fois, pourtant, trois bandits ont réussi. M. Wagner est remonté pour téléphoner à nos pères respectifs. Il leur a dit de venir tout de suite à la prison. »

La notion de péché le fait toujours revenir à son Église (le prêtre l’appelle « espèce de Huysmans de cinquième zone ! »)
« Hébété, furieux, dégoûté, je suis sorti dans le matin gelé, mon panier-repas dans une main, mes livres dans l’autre, et l’enveloppe de mon père me glaçait l’estomac. Bon Dieu, pour qui se prenait-il donc ? Pourquoi ne faisait-il pas sa fichue confession directement au prêtre ? Pourquoi devais-je marcher dans les rues avec ce sacré paquet ? Ce n’étaient pas mes péchés, c’étaient les siens, alors qu’il les porte lui-même au prêtre ! »
Le Dieu de mon père

On trouve une superbe description de tremblement de terre dans La colère de Dieu :
« Les secousses étaient incessantes. La terre tremblait comme la croupe d’un cheval sous les piqûres des mouches. Une vibration nauséeuse, affolante, comme si l’on tirait vicieusement sur des ficelles attachées à vos chevilles. Ça vous flanquait les haut-le-cœur qui précèdent un vomissement. »



Mots-clés : #autobiographie #nouvelle
par Tristram
le Mar 26 Mar - 19:53
 
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Sujet: John Fante
Réponses: 14
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LU Xun

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Lu_xun10

La Véritable Histoire de Ah Q

C'est une longue nouvelle, moderne et au ton humoristique ou plutôt satirique. Ah Q est une sorte d'idiot du village, à cela prêt que l'idiot du village est généralement plutôt gentil. Ah Q n'est pas gentil, envieux, pas doué mais méchant, aussi bête que rusé... Finalement il ressemble beaucoup à ses congénères à la différence qu'il a moins de sous dans la poche.

Au fil des chapitres on découvre le village, les influences extérieures et les mouvements politiques... Un joli paysage-portrait de communauté ouvertement grinçant mais vivifiant. Surtout ça arrive à ne pas sonner vache, ça touche mais sans donner l'impression d'un coup bas.

Il va falloir que je trouve autre chose de Lu Xun à lire !


Mots-clés : #contemythe #nouvelle #revolution #satirique
par animal
le Sam 23 Mar - 21:34
 
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Sujet: LU Xun
Réponses: 5
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Robert Louis Stevenson

Nouvelles mille et une nuits

Tag nouvelle sur Des Choses à lire Nouvel10

Le personnage de Pendragon, dans Histoire d’un carton à chapeau, premier texte de Le Diamant du Rajah (1878), m’a ramentu ce même nom dans La sagesse du père Brown (1914). Sur le fil de Chesterton, je notais :
Curiosité : le nom de Pendragon, dans Les naufragés des Pendragon, se retrouve dans L’étrange crime de John Boulnois ‒ mais aussi l’épée qui sort de la haie… En fait, c’est le contraire, puisque Les naufragés des Pendragon est paru dans la presse presque un an après L’étrange crime de John Boulnois !
On goûte le même bizarre plaisir un peu suranné qu’à la lecture de son contemporain Arthur Conan Doyle ‒ ou à celle de cet autre, Maurice Leblanc, qui répondit au Sir en créant le personnage d’Herlock Sholmès, ennemi juré de son Arsène Lupin ‒ ou encore à celle de Gaston Leroux, et de leur prédécesseur à tous, Émile Gaboriau…

Il paraît évident que Chesterton renvoie à Stevenson, et de toute manière ces récits sont de la même veine.
D’ailleurs :
« ‒Vous me mettez dans l'embarras, dit l'étranger ; j'avoue n'avoir pas grande idée de l'utilité des livres, sauf comme amusement pendant un voyage en chemin de fer. Il existe toutefois, je suppose, quelques traités très exacts sur l'astronomie, l'agriculture et l'art de faire des fleurs en papier. Sur les emplois secondaires de la vie, je crains que vous ne trouviez rien de véridique. Cependant, attendez, ajouta-t-il ; avez-vous lu Gaboriau ? »


Mots-clés : #nouvelle #polar
par Tristram
le Sam 23 Mar - 21:29
 
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Sujet: Robert Louis Stevenson
Réponses: 26
Vues: 1077

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