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71 résultats trouvés pour pathologie

Joachim Schnerf

Mon sang à l’étude


Originale : Français, 2014

CONTENU :
Dans trois jours, Samuel saura s'il est séropositif. Trois jours d'angoisse et de fantasmes les plus fous, trois jours de recherches approfondies sur le mystérieux " patient zéro " qui serait à l'origine du fléau... Mais trois jours, aussi, de passion avec Léna qu'il vient de rencontrer, et avec qui il engage une relation intense, sensuelle.

Au fil de ce roman à l'écriture fiévreuse, le sexe et la mort se frôlent en une danse exaltée. Car tout peut prendre fin très vite.

REMARQUES :
Samuel a 26 ans dans le temps de la narration, en 2014. En théorie déjà une période « post-sidéene »… C’est après avoir eu un « doute » sur des rapports non-protégés qu’il se décide pour une analyse de sang (de là le titre) en vue d’avoir les idées claires et se confronter à l’hypothèse du virus. Donc, on raconte tros jours d’attente entre la première visite au centre de depistage et l’arrivée des resultats. Moments forts, cruciaux…

Dans la littérature, voir des films, sur le fléau on parle souvent de l’accompagnement des séropositifs, la descente en enfer etc, mais ici l’auteur prend le choix de nous décrire un possible vécu face aux doutes, face à l’attente. On a presque l’impression d’anticiper sur la degringolade du corps à longue terme et une disparition progressive d’un esprit présent : délire, cauchemars, rêves…, mais aussi frénésie sexuelle, vécue dans la relation naissante avec Léna. Et c’est déjà le temps de se demander : dois-je me declarer comme possible transmetteur du virus ? Faut-il alerter ses partenaires d’une nuit, ou plus ?

Atteint dans l’intimité, on a le sentiment d’être dévisagé, réconnu. La désorientation nous gagne, on cherche l’oubli et on trouve une solitude, voir un isolement.

Donc, à mon avis des pages forts de ce temps d’angoisse et d’attente. Est-ce que les descriptions sexuelles ont du être si détaillées ? J’en sais rien...

mots-clés : #pathologie #psychologique #sexualité
par tom léo
le Sam 16 Juin - 7:11
 
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Sujet: Joachim Schnerf
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Nicolas Bokov


Loin de la Tour Eiffel


Originale : вдали от эйфелевой башни  (Russe, 2015)

CONTENU :
Récit d'un écrivain, père d'une fille née handicapée en France, dans une famille de réfugiés politiques soviétiques. Turbulences de relations autour d'elle, conflits d’intérêts entre les parents et l'administration au sein du foyer d'accueil.

REMARQUES :
Voilà un "autre" livre de Nicolas Bokov qui retrace un « aspect » (?) douloureux de sa vie. Etant père d'une fille handicappée, Marie, aujourd'hui âgée d'une quarantaine d'années, il parle de sa relation avec elle, empreinte de tendresse et respect pour ce qu'elle est, et ce qu'elle n'est pas. Mais plus qu'une relation à deux, ce livre est aussi une sorte d'accusation parfois dure (mais authentique et vraie) contre toutes les absurdités rencontrées quand on veut soulager la vie d'un être cher, dans un établissement régi par des normes, et des fois oubliant complètement sa vocation d'un « chez soi ». Oui, cela rend Bokov des fois solitaire, malheureux, voir amer : comment ne pas se revolter ? Quand éventuellement d'autres ont jeté l'éponge et disent rien à cause d'une dépendance de ces établissements, d'une manque d'assurance, et le sentiments même d'une culpabilité cachée ?

L'écrivain parsème ces moments-là avec des souvenirs d'un passé plus ou moins heureux ou menacé, de réfugié politique en France ou de dissident en URSS. Pour moi c'est profondement parlant, ayant moi-même une sœur handicappé, et me sentant d'autre part, proche du monde d'origine de Bokov.

On souhaite des lecteurs à ce petit livre...

mots-clés : #autobiographie #famille #immigration #pathologie
par tom léo
le Ven 15 Juin - 7:16
 
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Sujet: Nicolas Bokov
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Ernesto Sábato

Alejandra



Le livre commence sur l'annonce d'un fait divers : l'assassinat par Alejandra de son père Fernando dans la chambre de la tour de la famille suivi du  suicide de la jeune femme par le feu puisqu'elle provoque un incendie. Le "rapport sur les aveugles" découvert dans les restes de la chambre peut-il expliquer ce drame, celui d'une grande famille de Buenos Aires ?

1ère partie : Martin le jeune homme amoureux d'Alejandra conte sa rencontre avec la jeune femme insaisissable, mystérieuse, laquelle dit avoir besoin de lui mais cèdera néanmoins avec réticence à l'amour physique.

2ème partie : le rapport sur les aveugles établi par le père d'Alejandra, Fernando, visiblement paranoïaque révèle sa peur obsessionnelle des aveugles, depuis l'enfance

3ème partie : la voix de Bruno ami de la famille qui en connait le passé et qui a aimé Georgina la femme de Fernando et à travers elle Alejandra.


Ce que j'ai trouvé intéressant  :  

- la partie du rapport sur les aveugles bien maîtrisé dans les hallucinations, les élucubrations, repoussant,  construit par  Fernando ;

-  la fuite des soldats qui accompagnent Lavalle, qui est en fond de l'histoire de la famille et de l'Histoire de l'Argentine ; cette suite qui scande le récit adroitement.

Je me suis un peu lassée des états d'âme du jeune homme, des sautes d'humeur d' Alejandra.


L'atmosphère du livre est trouble, dérangeante, par moment je ressentais le besoin de  "prendre l'air". La dernière page tournée je ne sais toujours pas pourquoi Alejandra a tué son père, pourquoi elle s'est suicidée par le feu (même si elle "voyait souvent un incendie" dans ses rêves) donc je suis frustrée.  Alejandra garde sa part d'ombres, de ses rapports avec ses parents nous ne savons pas grand chose, mais ils semblent également malaisés et maléfiques.

Il est vrai que le destin des membres de cette branche de la famille a subi les soubresauts de l'Histoire de l'Argentine, plus que toute autre et qu' ils sont tous "plus ou moins" atteint de folie.


c'était une bonne lecture tout de même et le lien avec le précédent Tunnel est visible.


mots-clés : #amour #criminalite #famille #guerre #historique #pathologie
par Bédoulène
le Jeu 17 Mai - 8:57
 
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Sujet: Ernesto Sábato
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Daniel Keyes

Des fleurs pour Algernon (roman) :



Voilà un des titres phares de la SF, en tout cas un qui revient assez souvent il me semble.
Eh bien, M. Keyes n'a pas usurpé sa réputation avec ce roman magistral, qui est un véritable tour de force, tant par la forme que par le fond.
Un livre bouleversant, je dirais.

C'est l'histoire d'un arriéré mental, qui va devenir le cobaye de scientifiques, qui suite à des expériences et tests sur une souris, relatifs à l'accroissement du QI, ont décidé de passer à l'étape supérieure : l'homme.
Le livre est en fait présenté sous formes de comptes rendus du personnage principal : Charlie. Et on suit son évolution, les premières pages sont bourrées de fautes d'orthographe et de conjugaison, puis progressivement, suite au succès de l'expérience, Charlie, comme Algernon (la souris), va connaître une fulgurante croissance de son intelligente.
Keyes développe au sein de son récit, l'air de rien, beaucoup de problématiques intéressantes : le rapport entre intelligence et adaptation à la société, et aux autres ; le lien entre intelligence et bonheur, intelligence et cynisme, lucidité.
Ce qui est poignant, c'est qu'on avance pas à pas, et le personnage est très touchant : tout ce qu'il souhaite c'est d'être aimé, d'avoir sa chance, il a la naïveté de penser qu'en devenant intelligent il le deviendra. Le plus dur est lorsque le voile des illusions tombe.
C'est aussi un beau livre sur le rapport aux handicap mental, et sur le regard que l'on porte sur les déficients mentaux.

Je comprends que l'une des grandes raisons d'aller au collège et de s'instruire, c'est d'apprendre que les choses auxquelles on a cru toute sa vie ne sont pas vraies, et que rien n'est ce qu'il paraît être.



mots-clés : #pathologie #sciencefiction #science
par Arturo
le Ven 27 Avr - 13:02
 
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David Foster Wallace

Petits Animaux inexpressifs


Nouvelle narrant l’histoire de l’équipe de production et de réalisation du jeopardy. Dans es années 80 quand il fallait relancer ce jeu célèbre. Précisions que cette histoire est intégrée dans le recueil de nouvelles La fille aux cheveux étranges que je n’ai pas lu.
Cette histoire globale est incrémentée dans l’histoire d’amour de deux jeunes femmes abîmées, la candidate phare du jeu et l’encyclopédiste chargée des questions. Des personnages avec une forte psychologie, un style mi sarcastique mi cynique font de cette histoire une fiction intéressante. L’autisme et le lesbianisme sont des thématiques de société qui n’ont malheureusement pas évolué dans le bon sens et on y décèle les mêmes enjeux et les mêmes incompréhensions. Que dire à autrui ? Comment l’expliquer ? C’est notre vécu ? Notre nature ?
Une fiction simple avec un propos émouvant et intelligemment mené.

****
mots-clés : #amour #identitesexuelle #pathologie #psychologique
par Hanta
le Jeu 5 Avr - 10:30
 
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Henry Bauchau



L’enfant bleu


CONTENU:
L'enfant bleu, c'est Orion, un garçon psychotique âgé de 13 ans dont les médicaments peinent à apaiser les crises. Véronique, psychothérapeute dans un hôpital de jour parisien, va entrer dans l'imaginaire de cet enfant pour essayer de lui rendre la paix. Elle devine sa richesse, sa sensibilité extrême, et va le guider, avec patience et passion, vers l'expression artistique. Henry Bauchau explore ici, avec sa tendresse de poète et sa passion d'écrivain, la frontière entre art et folie.

REMARQUES:
J’ai lu avec énormément de plaisir „L'enfant bleu“. Juste quelques impressions personnelles :
Ce qui me touche dans le chemin de la thérapie, c’est la longueur, la durée qu’on lui donne. En cela, par ces tous petits pas hésitants vers des améliorations, envers des contrariétés et des résistances, on donne une véracité au récit.
La terminologie venant de la psychothérapie peut quand même d’abord désorienter quelqu’un qui était étranger à cet univers jusqu’à maintenant : perpétuellement on sent derrière l’écrivain le psychanalyste. Mais derrière celui-ci aussi toujours l’écrivain.
Ce qui est intéressant c’est que l’analysante est elle-même dans un certain sens en quête de guérison après des épreuves de la vie. Elle ne reste pas extérieure à la thérapie : le danger d’une fusion est toute proche. Mais c’est aussi par cette implication très personnelle que quelque chose peut changer dans la vie d’Orion. Ces réflexions m’ont très touchées...
Pour celui qui est attiré par l’art thérapie, il va trouver dans ce livre un vibrant plaidoyer.

C’était bien mon premier Bauchau à l’époque, et n’allait pas être mon dernier. Le boulevard m’attendait déjà…


mots-clés : #creationartistique #enfance #medecine #pathologie
par tom léo
le Dim 25 Fév - 22:32
 
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Sujet: Henry Bauchau
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Patrick Süskind



Le Parfum

Résumé
L'histoire abominable et drolatique de Jean-Baptiste Grenouille a déjà fait rire et frémir, en quelques mois, des centaines de milliers de lecteurs allemands et italiens. La voilà, en somme, réimportée en France, puisque c'est ici qu'elle se passe, à Paris et en Provence, en plein XVIII siècle.

Ce vrai roman, ce roman d'aventures, est aussi un merveilleux conte philosophique à la Voltaire. Il y est d' ailleurs beaucoup question d'essences...

"Car l'odeur était sœoeur de la respiration. Elle pénétrait dans les hommes en même temps que celle-ci ; ils ne pouvaient se défendre d'elle, s'ils voulaient vivre. Et l'odeur pénétrait en eux jusqu'à leur coeœur et elle y décidait catégoriquement de l'inclinaison et du mépris, du dégoût, de l'amour et de la haine. Qui maîtriserait les odeurs maîtrisait le cœoeur des hommes."


Concernant le commentaire ci dessous, pour ceux qui n'ont pas lu le roman, il y a  risque d'être spoilé, alors c'est à votre choix de le lire ou pas

Je n’ai pas été déçue de cette relecture du « Parfum » de Suskind. Je l’avais lu il y a de nombreuses années, et m’en souvenais peu, donc je me suis laissée de nouveau emmener dans l'atmosphère odorante de cette histoire. Je trouve que l’auteur nous fait entrer dans une autre dimension avec sa perception du monde au travers des odeurs plutôt qu'avec les yeux. Quant un sens est en berne, d’autres prennent le relai et se renforcent, et certainement que, comme Grenouille, nous percevrions le monde avec bien d’autres nuances si nous le percevions avec son nez (ou si notre odorat était plus développé). Ce roman est pour moi d’une grande originalité et nous embarque dans ce monde odoriférant.

Certains perçoivent le personnage de Grenouille comme "malsain", amoral, méchant …. Personnellement je l’ai trouvé riche et intéressant. Et méchant, je n’emploierai pas ce terme, car pour l’être encore faut il avoir une conscience morale de ce qui est bien et mal, tout en sachant que cette conscience relève des déterminants d’une société, varie d’une culture à une autre et d’une époque à une autre. Grenouille, de par sa naissance, le rejet de sa mère, le rejet de sa nounou, du prêtre, et le manque d’affection dans lequel il a grandi, sans compter une éducation très sommaire voire inexistante, n’a pas notion de bien et de mal. D’ailleurs, à ce siècle, je ne m’avancerai pas trop pour dire ce qui était perçu comme bien et mal.

Après, l’auteur aussi nous prédétermine à le percevoir sous le jour d’une forme de perversion, étant donné que, dès le début du roman, il insinue que Grenouille fait exprès de crier ce qui aboutit à la mort de sa mère. D’emblée, il nous place devant un être ayant une intentionnalité mauvaise. Mais  un bébé n’a pas d’intentionnalité, c’est seulement l’auteur qui nous amène à le penser ainsi. D'emblée il définit les traits de son personnage du côté d'un désir malsain de faire du mal.

Grenouille, dans sa vie, n’a que les odeurs. Elles le guident, l’attirent, le repoussent, etc. Et il explique sa différence et le rejet des autres par le fait qu’il n’a lui-même pas d’odeur. Son but devient ainsi de s’en créer une, et de s’en créer une qui soit très attirante pour les autres, qui fasse qu’on puisse l’aimer.
Lui-même, qui fait au quotidien l’expérience de l’influence des odeurs sur l’attitude des gens, devient peu à peu un orfèvre de l’art d’en créer.

Dans la première partie, nous suivons son enfance et son début d’adolescence, comment il est mis à l’écart, déconsidéré, et comment il pousse un jour la porte du maitre parfumeur. Le décès de celui-ci suite au départ de Grenouille est sans doute une note donnée par l’auteur pour dire que tout se paie, étant donné que la morale a une place importante dans ce roman. On peut imaginer une sorte d’intervention divine pour punir le parfumeur, ou encore, une erreur de sa part, guidée par son inconscient du fait de sa grande culpabilité, qui amène à ce que tout ce qu’il a obtenu grâce à un autre parte en fumée.

Dans la seconde partie, Grenouille prend peu à peu conscience de combien les hommes et leurs odeurs l’envahissent, comment c’est insupportable, et il choisit de s’éloigner de plus en plus du monde humain, jusqu’à rester larvé au fond d’une grotte pendant des années. Je ne sais si cela est à entendre au sens littéral, car il me semble que cette mise à distance de la réalité et de la société humaine signe aussi son entrée dans la psychose et le basculement vers une reconstruction délirante du monde.

Quand il y entre de nouveau, cela va être sous tendu par cette création de parfum, de son parfum. Il est guidé par ce nouvel ordre du monde qu’il a créé, et je ne pense pas qu’il ait notion de ce que le meurtre est un mal. Les femmes (et les hommes en général), ne semblent pour lui que des objets, auxquels il ne s’intéresse que parce qu’ils sont susceptibles de le servir, d’être des ingrédients pour son parfum.

Pourquoi des femmes jeunes, belles et rousses se sont demandé certains. Déjà, nombre de ses victimes n’étaient pas rousses. Le trait commun étant plutôt la jeunesse et le fait d’être vierge. Grenouille ressent quelque chose pour elles, et je dirai qu’il s’agit certainement d’attirance sexuelle, sauf qu’il ne la perçoit pas comme telle et n’en retient que l’odeur, certainement en partie de phéromones dont certaines auxquelles il est plus sensible. Son appétence pour ces odeurs rendant aussi celles qui les dégagent plus jolies. Et certainement que les jeunes filles vierges ne dégagent pas le même fumet.

Pour Grenouille, la différence des sexes et le sexuel en général est quelque chose qu’il n’a pas construit, qui est pour lui forclos ( terme lacanien), et qui va revenir de ce fait dans le délire et les hallucinations. C’est ainsi que je vois la scène d’orgie dans le village, comme une hallucination qu’il a. Quant à la fin, dans laquelle il se fait dévorer pour son odeur, elle peut également être un effet hallucinatoire.

Bref, je pense que pour l’analyser sous ce jour il me faudrait le relire, mais je ne pense pas le faire de sitôt. Deux fois c’est déjà pas mal, mais j’en sors avec le plaisir d’avoir lu un roman écrit d’une belle plume, original, interrogeant, une petite perle selon moi.


mots-clés : #pathologie #sexualité #violence
par chrysta
le Sam 17 Fév - 18:09
 
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Sujet: Patrick Süskind
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Jean-Paul Dubois

Après, il y a eu comme une respiration::

Je pense à autre chose




Quinze ans avant le cas Sneijder, Dubois écrivait déjà la même histoire : Un homme, Paul, hospitalisé en service psychiatrique raconte son incapacité à accepter son bonheur, les failles qui s’infiltrent peu à peu dans sa vie et l’entraînent dans un système délirant , où l’autre est responsable de son enfermement, qu’il prend comme système de référence. L’autre, ici Simon, c’est le jumeau toujours honni, c’est Anna , l’ex-épouse qui s’est détachée de lui.

Dubois glisse très subtilement les indices de la fragilité de Paul, de ses petits décalages qui ne choquent pas fondamentalement en première lecture mais qui deviennent une faille profonde et sont ainsi rétrospectivement éclairés. C’est très astucieusement fait et on met longtemps à voir venir le délire, dans un glissement progressif insensible puis patent.

Une première partie d’exposition éblouissante d’humour et de vivacité mélancolique, on pense souvent à Woody Allen dans cette façon de voir décalée et désenchantée de ce juif laïque, dont le frère jumeau est outrageusement religieux et la femme goy. Une petite perte de vitesse au milieu, avec des diversions météorologiques (comme les ascenseurs dans le cas Sneijder) et une reprise en force sur la fin , où la description de ce monde clos dans lequel Paul vit,  pense et s‘enferme devient prenante.
Un roman inégal donc, intéressant, drôle mais tragique,  et brillant par moments.

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mots-clés : #famille #humour #pathologie
par topocl
le Lun 8 Jan - 20:52
 
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Sujet: Jean-Paul Dubois
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Jean-Paul Dubois

Dubois et moi, ça n'a pas très bien commencé:

Hommes entre eux






C’est ça, des hommes entre eux ? Cette suffisance auto apitoyée vaguement bestiale sous prétexte de désenchantement ?
Et bien, je les laisse à leurs divagations sans humour sous la tempête de neige Ce livre inabouti s’appuie sur des psychologies sommaires, lance des pistes qu’il ne suit pas suffisamment, il ne se passe au demeurant pas grand chose, et si l’écriture plutôt moyenne tente quelques morceaux de bravoure , je n’ai pu me laisser emporter par ces combats d’hommes à mains nues, ces strip-teases glauques, l’amour dans une voiture ou la tempête de neige magnifiée par la fièvre. La chute, plus improbable que surprenante, ne sauve rien.
Je n’ai vraiment rien trouvé pour me retenir dans ce livre.

Commentaire récupéré


mots-clés : #pathologie #psychologique #violence
par topocl
le Lun 8 Jan - 20:50
 
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Sujet: Jean-Paul Dubois
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Henry Bauchau

Le Boulevard périphérique



C’est un livre qui peut paraître dur par son sujet, il y est question d’affrontement et de mort, mais c'est un livre pétri d’humanisme.

L’intrigue se déroule sur deux temporalités qui alternent. La plus ancienne se situe en Belgique à la fin des années 30 et pendant la seconde guerre mondiale : le jeune Stéphane initie le narrateur à l’escalade sur les parois des Ardennes. Il lui apprend notamment à se surpasser et à vaincre sa peur. Nous apprenons que durant la guerre Stéphane entre dans la Résistance et se trouve fait prisonnier par le redoutable colonel SS Shadow .
L’autre moment se place dans les années 80. Le narrateur, devenu âgé, se rend quotidiennement au chevet de sa belle-fille Paule qui se meurt d’un cancer dans un hôpital parisien. Les trajets qu’il effectue des Yvelines à la capitale donnent son titre au roman.

L’affrontement entre Stéphane et Shadow constitue donc une partie du livre. Stéphane (le Couronné) est une créature libre, légère et aérienne, qui se trouve face à son double Shadow (l’Ombre) homme massif et sombre, très tellurique. C’est une lutte mortelle, mélange d’amour haine qui s’engage entre les deux hommes, bien que l’un soit à la merci de l’autre. Pensez-donc, Stéphane est le seul homme qui face à Shadow, ne court pas aux toilettes se vider les intestins ! Sa pirouette finale hantera les derniers jours de Shadow lorsqu’il rencontre le narrateur, peu de temps après la guerre dans un hôpital, pour se confier à lui avant de mourir.

Ce genre d’histoire a déjà été mis en lumière par beaucoup d’écrivains et pèche peut-être par son côté manichéiste affirmé, mais il y a des morceaux inoubliables, notamment cette image des femmes qui hurlent en groupe lors du départ des hommes pour le travail en Allemagne.

L’hôpital – la mort est l’un des fils qui relie l’histoire ancienne à celle du présent. Celle-ci m’a plus touché, probablement parce qu’elle fait place aux multiples détails de la vie quotidienne. Dans la chambre de Paule se rencontrent son mari, partagé entre son amour pour sa femme et son travail, l’enfant lui a été envoyé en Angleterre. La mère de la malade est toujours là à ses côtés, dans son rôle de mère, vraie figure de Pietà qui m’a fait penser à la servante dans « Cris et chuchotements ». Elle parle peu la mère mais c’est pour dire des choses importantes :

« Elle a bon moral. Hier, j’ai vu que vous étiez troublé. Il ne faut pas, tout est déjà décidé dans son corps mais nous ne savons pas quoi. On a tout fait, il ne faut plus penser, supputer, se chagriner. Il faut seulement soutenir son moral. »


Le narrateur est là bien sûr, également des amis. Il y a la vie qui continue avec ses multiples péripéties malgré la présence de la mort.Il y a beaucoup de mélancolie et de tendresse dans ce livre. J’ai pensé à un bon film de Claude Sautet !

« Comme une araignée tisse sa toile, je n’ai rien fait avec ténacité que de m’emprisonner moi-même. J’ai eu des mouvements de libération, j’ai parfois brisé une porte, scié un barreau, mais je n’ai jamais cessé d’être fidèle à la Loi qui depuis mon enfance me prescrit de bâtir ma prison. »


« Paule s’éveille doucement par reprises successives, pourtant sa bouche s’ouvre un peu, appelle l’air comme un poisson hors de l’eau. Mais elle le trouve, elle aspire, elle respire calmement. Elle a encore sa rivière, son fleuve, son océan d’air. Elle nous retrouve des deux côtés de son regard et elle sourit. »


« Il ne reste plus que ce visage tranquille avec sa bouche ferme et la disparition à jamais de ce qui fut son regard. Il ne reste que ce corps devenu peu à peu fragile sous les coups de la maladie, qui a perdu sa rapidité, son volume, son souffle et n’est plus maintenant sous le drap que le signe de ce qui fut le passage d’une vague soulevée par on ne sait quel océan. »


« Je voudrais faire l’économie de toutes les morts que j’ai vécues, de celles que je devrai vivre encore. Je ne peux pas, je suis dans ce temps, dans ce monde, il n’y en a pas d’autre. »


« Autrefois je pensais qu’il fallait écrire avec des cailloux blancs afin de pouvoir retrouver son chemin. Aujourd’hui je vois qu’un peu de mie de pain suffit et qu’il faut avancer dans l’obscurité en se servant des traces confuses laissées dans la forêt, de ce qui reste de lumière et si je vois, comme aujourd’hui, la lampe de la maison de l’ogre, je suis content car elle éclaire cette page où je parviendrai peut-être à faire apparaître la plus intime des écritures, celles de nos grands prédateurs. »


mots-clés : #deuxiemeguerre #mort #pathologie
par ArenSor
le Ven 5 Jan - 19:16
 
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Sujet: Henry Bauchau
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Kristopher Jansma

New York Odyssée



Tous les quatre, Georges, Irene, Sara et jakob, à peine leurs études finies, sont venus à l'assaut de New York (cinquième personnage)  pour y vivre à fond le bonheur qui leur est dû, déambuler dans les rues, boire dans les bars branchés, s'amuser du temps qui passe et de la vie qui s'annonce; mais leur élan est brisé quand Irene apprend qu'elle a un cancer, qu'ils l'accompagnent avec fidélité et folie, puis quand elle meurt,  laissant ses jeunes amis désemparés, comme prématurément vieillis.

Kristopher Jansma traite avec un certain brio ce sujet casse-gueule, avec ce qu'il faut de tristesse sans tomber dans le larmoyant, et une belle intelligence émotionnelle. Cependant malgré des portraits épatants, et des scènes parfaitement réussies, il y a aussi de bonnes longueurs qui font que je n'ai pas adhéré pleinement à ce roman d'une génération, parfois déchirant, parfois joyeux, parfois inspiré.

Mots-clés : #amitié #lieu #mort #pathologie
par topocl
le Mer 27 Déc - 21:14
 
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Sujet: Kristopher Jansma
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Anne Godard

Une chance folle


C'est l’histoire d'une petite fille qui devient grande, dans une solitude qui est celle de tous les enfants puis des adolescentes, mais exacerbée par cette brûlure qui envahit les heures et les pensées. Un horrible stigmate qui l'astreint à des traitements aussi pénibles et répétés qu'inefficaces, la condamne  au rôle du monstre regardé de travers voire moqué, ou pire encore, plaint. Elle vit  cette marque infamante dans la culpabilité  de l’horreur et de la peine qu'elle impose aux autres comme à elle-même.

Et chaque fois ce qui recommence, c'est le récit de ce dont je ne me souviens pas, tandis que ce qui compte vraiment, c'est ce que je ne raconte pas, ce qui se répète de rencontre en rencontre, leurs yeux sur moi et la question. C'est quoi, là ? Leurs yeux sur elle et la question. Qu'est-ce qui vous est arrivé ? Même lorsque la question n'est pas posée, lorsque leurs yeux ne se sont pas arrêtés, à chaque rencontre, j'attends, j'anticipe et je prévoir le moment où l'on ose enfin, le moment où l'on se permettra de me montrer que ça y est, cette chose, on l'a remarquée, cette chose sur moi qui est la trace d'une autre chose qui m'est arrivée.


Cet aspect est vraiment très bien traité, l’ostracisme lié à la différence, celui que les autres créent et celui qu'elle se crée elle-même. Magda est aimée-malaimée d'une façon tout à la fois phagocytante et rejetante par une mère à qui  le dévouement permet de se créer un personnage au détriment de sa fille. Tout cela est finement montré, les petites phrases, les petites hypocrisies, les petites maladresses qui n'empêchent pas l'amour, la grande détresse.
Ca part épatamment bien, cette relation perverses entre les  deux.

Peut-être qu'elle s'était tellement habituée de le soigner qu'elle oubliait qu'il était à moi ce corps, ou peut-être qu'elle ne faisait plus la différence entre nous, depuis le temps que nous allions ensemble en cure ou à l'hôpital, elle et moi, comme si nous n'étions qu'une.


Et puis il se greffe diverses péripéties de cette vie familiale, tragiques mais au demeurant assez banales, des épisodes vus et revus ailleurs dans les récits d'adolescence, et auxquels manque une profondeur. Les personnalités des autres personnages sont à peine ébauchées et convenues. Cela donne un résultat assez bancal, livré avec une écriture singulière et urgente, mais qui, on le regrette,  ne suffit pas à convaincre pleinement.



mots-clés : #contemporain #enfance #psychologique #pathologie
par topocl
le Mer 1 Nov - 19:55
 
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Sujet: Anne Godard
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Amulya MALLADI



En Inde, le mariage est la grande affaire d’une vie. Alors, quand on a présenté à Anjali un jeune et beau militaire, elle n’a pas hésité longtemps. Malheureusement pour elle, très vite, le prince charmant s’est transformé en crapaud. Un soir, il a tout simplement oublié d’aller la chercher à la gare. Hors, ce soir-là, à Bhopal, l’usine d’Union Carbide a explosé. Asphyxiée par les gaz toxiques, Anjali a failli mourir. Peu après, elle a décidé de ne plus gâcher sa vie avec ce mufle, et a demandé le divorce. Une décision d’autant plus courageuse qu’en Inde, le divorce, synonyme d'ostracisme et, même, très souvent, de rejet familial, est encore impensable pour une femme de la classe moyenne.
Malgré tout, Anjali a réussi à rebondir : elle a repris ses études, et a refait sa vie avec un charmant professeur. Et ils ont eu un fils. Hélas, les gaz de Bhopal et leurs insidieuses conséquences ont terni leur bonheur : le petit garçon est né terriblement malade, condamné à brève échéance. Pour eux, dorénavant, c’est la vie vaille que vaille, l’espoir malgré tout, le sourire pour seule arme.
Un jour, hasard des affectations, l'ex-mari d'Anjali est muté dans la ville où elle a refait sa vie. Leur rencontre est inéluctable... Pour Anjali, c'est la confusion des sentiments. Pour l’ex-mari, confronté au triste résultat de son inconséquence, les remords, la honte, les pitoyables tentatives de se racheter. Et pour le mari actuel, la jalousie, l’amour, le doute, l’abnégation, l’amour encore.

Voilà. C’est donc un livre à trois voix, qui entend plonger au plus intime de ses personnages. Ce livre parle de reconstruction, de pardon, de maladie. Il évoque des sujets tabous en Inde, et se veut le reflet de toute l’ambiguïté des sentiments humains. On ne peut pas dire que ce soit simpliste, alors, pourquoi n’ai-je pas adhéré à ce roman ?

Comme d’autres livres indiens publiés récemment par Mercure de France, Une bouffée d’air pur répond à un certain schéma. Et s’il se lit si facilement, c’est peut-être, _Allez, j’ose le dire ?_ grâce à son écriture calibrée pour plaire à un certain public, de toute évidence féminin. Un public dont on présuppose qu’il consent à être bousculé, mais pas trop ; qu’il admet des drames, mais pas sans amour immortel ; qu’il accepte l’inéluctable, tant qu’on ne lui interdit pas de rêver quand même…
Pour moi, c’est là qu’est le hic. En effet, il suffit d’un peu de lucidité pour voir que le destin d’Anjali, si douloureux soit-il, n’est guère crédible. Ca ne doit pas être si fréquent qu’une femme indienne, divorcée, rejetée par les siens  -et donc quasi sans ressources-, puisse ainsi reprendre des études, rencontrer des amis « pour la vie » absolument merveilleux, puis un homme « pour la vie »  non moins merveilleux (et orphelin, ce qui, vous l’avouerez, est bigrement pratique pour l‘écrivain, les parents n'étant plus là pour s’opposer au mariage).
Ils ne doivent pas être si nombreux non plus, les ex-maris mufles-crapauds, qui, d’un coup d’un seul, sont bourrelés de remords et prêt à tout pour se racheter… (avec _ attention spoiler_  l’aide de leur nouvelle femme, tout amour et compréhension sous ses airs de mégère non apprivoisée).
Alors, que dire de la probabilité que ces bons sentiments soient tous réunis en même temps ? Quasi nulle, bien sûr.
Bon, il y a aussi quelques méchants irrécupérables, dans ce livre. Mais comme un passage obligé...

Pour être tout à fait honnête, je suis dure envers ce roman, qui n’a quand même rien d’une bluette à la Barbara Cartland, et auquel je reconnais des qualités. Mais j'en attendais beaucoup plus, et j'ai été déçue. En vérité, cette écriture « aseptisée » ne correspond tout simplement pas au public que je suis aujourd'hui.
Reste quand même, au milieu de tout cela, un enfant condamné par le cynisme des hommes. Et là, malgré toutes mes réserves, j'avoue, à la fin, j’ai pleuré...


mots-clés : #conditionfeminine #famille #pathologie #psychologique #romanchoral
par Armor
le Lun 9 Oct - 22:50
 
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Sujet: Amulya MALLADI
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Malcolm Lowry

Lunar caustic

Souvent traduit avec le titre anglais laissé, sinon on le trouve intitulé Le caustique lunaire.


Étrange opus, au fragile parcours mouvementé. En 1934, Lowry subit une cure de désintoxication de son éthylisme chronique à l'hôpital (psychiatrique) Bellevue de New-York. Il projette de se servir de ce matériau, de ce vécu, pour tenter un récit qui mettrait en scène un journaliste volontairement immergé dans une détention et qui se serait entendu avec un médecin pour que ce dernier lui facilite le travail d'enquête. Le reporter a l'infortune de se trouver à son arrivée dans un tel état d'ivrognerie que les services hospitaliers le placent d'office deux jours en observation...

Aucun éditeur ne souscrit au projet littéraire, mais, pressé par le besoin d'argent, Lowry reprend cette histoire en 1936, sous forme de nouvelle cette fois-ci, et l'intitule The last address.
Il la soumet à la rédaction de Story, une publication qui a déjà fait paraître plusieurs de ses nouvelles. Story achète la nouvelle, mais...ne la publie pas !

Suivant sa technique habituelle d'écriture, il revoit ensuite sa nouvelle à de nombreuses reprises, tente de la faire publier en 1939, sans y parvenir, puis élabore encore une autre mouture en 1942. C'est la seule version imprimée du vivant de Lowry. C'est celle qui est publiée sous le titre "le caustique lunaire" en seconde partie dans l'édition 10-18.

Ce qu'on sait de témoignages concordants, c'est que Lowry avait en projet une vaste œuvre, dénommée "the voyage that never ends" dont "au-dessous du volcan" serait le centre, et que cette œuvre serait composée de sept romans.
Lunar Caustic / the last address devait être épaissi, pour être l'un de ces sept romans.

Selon Maurice Nadeau en préface de l'édition 10-18 du bouquin, Lowry travaillait sur cinq, dix ou même vingt versions d'une même phrase, paragraphe ou chapitre, constamment.

Ces juxtapositions / superpositions d'une même phrase, une fois passées au tamis fin, rendent ce que Lowry fait stylistiquement de meilleur, ces élans à plusieurs plans de lecture, à tiroirs ouverts et d'une richesse débordante, et pourtant paraissant limpides et simples, fluides, mais donnant au lecteur l'impression de ne jamais tout à fait faire le tour de la proposition littéraire de l'auteur.

The Lunar caustic, le caustique lunaire, vous l'aurez compris, c'est la même nouvelle imprimée deux fois à la suite. L'une est plus noire, plus complexe, plus désordonnée sans doute, et provient de la direction arbitrale de Marjorie Lowry, la veuve de Malcom, et de l'ami de Lowry, Conrad Knickerbocker, qui ont puisé dans les fonds très garnis de Malcom Lowry.
Je doute (mais je me trompe souvent !) qu'ils aient bricolés, ou ré-écrits, certains passages, ils avaient le choix, l'abondance de versions était telle ! Et puis la version Lunar Caustic (ma préférée) sonne trop comme du Lowry pour être du travail de faussaire...pourtant ils subirent un procès d'intention, qui dure encore.

Je ne suis pas tout à fait la direction de collection dans leur choix, et si je peux jouer au petit éditeur amateur, placer la version intitulée "le caustique lunaire" avant celle éponyme à l'ouvrage (Lunar caustic) eût été plus inspiré: tout ça pour dire que je vous encourage à plutôt lire cette même histoire sous deux facettes dans cet ordre-là...

Un mot sur le titre: Lunar caustic est bien sûr composé d'après lunatic asylum, asile d'aliénés- hôpital psychiatrique.

Chapitre I a écrit:Un homme sort d'un bistrot, du côté des docks, au petit matin, une bouteille de whisky dans la poche. L'odeur de la mer emplit ses narines et il glisse sur les pavés aussi légèrement qu'un bateau qui quitte le port.
Bientôt pris dans une tempête, battu de toutes parts, il s'efforce désespérément de revenir en arrière. Maintenant, il accepterait l'abri de n'importe quel port.
Il entre dans un autre bar.
Il en émerge, astucieusement remis à flot, mais alors les difficultés recommencent.


Et notre rimbaldien bateau ivre va parvenir jusqu'à l'hôpital psychiatrique, dans une superbe brève phrase nette, souvent mise en exergue, une des plus connues du livre et qui est la dernière du chapitre 1:
Chapitre I a écrit:Avec le fracas frémissant d'un vaisseau lancé contre les récifs, la porte se referme derrière lui.

Cet hôpital borde un petit port entre deux quais et surplombe une péniche échouée que nous retrouverons tout au long du livre. Cette péniche-là en particulier est un élément essentiel du décor du livre, elle fait sens. Le chapitre 2 est entièrement consacré à la décoration "marine" environnante. On y trouve un:
Chapitre II a écrit:Les canots à moteur bleus et blancs, amarrés là, [...] et, sans cesser de se chamailler et se se taquiner sur ce fleuve d'une noirceur de suicide, ils semblaient conter de tendres histoires de jeunes filles, en été.


Au reste, chapitre 3, quand le héros, dont le nom n'est pas clair et sûrement d'emprunt (Bill Plantagenet ? Lawhill ?), reprend connaissance dans son nouvel univers carcéralo-hospitalier, il se croit dans un bateau. On est déjà dans l'espèce d'irréel, je dirais plutôt de trans-réel, qui est la marque de cette nouvelle, et qui n'est pas sans rappeler comme Maurice Nadeau le repère en préface le premier cercle de l'enfer de Dante Aligheri;  une scène de cauchemar, à moins que ce ne soit de delirium tremens, pour vous souligner tout ça, jugez plutôt:
Chapitre III a écrit:De terribles ombres s'approchèrent en foule, puis s'éloignèrent de lui. Une cataracte d'eau se déversa à travers la muraille, envahit la chambre. Une main rouge, gesticulante, l'aiguillonnait; sur le flanc ravagé d'une montagne, un torrent rapide charriait des corps sans jambes dont les plaintes jaillissaient de grandes orbites garnies de dents cassées. Une musique devint un cri perçant, s'apaisa. Sur un lit en désordre, maculé de sang, dans une maison à la façade soufflée, un énorme scorpion violait avec gravité une négresse manchote.


Puis nous découvrons les trois futurs amis de Bill Plantagenet-Lawhill, Garry, le petit garçon "Rimbaud adolescent", à la tête pleine d'histoires qu'il invente sans cesse, M. Kalowsky, un vieillard juif errant plutôt tendre, Battle, un grand noir hyperactif:  Et, au fil des pages, nous sommes convaincus comme Bill que leur détention est un arbitraire, un malentendu, qu'ils n'ont rien à faire là. Toujours ce jeu très constant dans l'oeuvre de Lowry sur la normalité - l'adaptation au monde, et le fragile écart qui en sépare les autres, le reste, les désemparés, les aliénés, les inadaptés ou considérés comme tels.

Les tirades magistrales de l'entrevue entre Bill et le Docteur Claggart, qui constitue le chapitre 9, sont juste poignantes, et, si c'est mis dans la bouche du héros, sans doute faut-il entendre le cri direct de Malcom Lowry: trop long pour vous citer le chapitre entier.

Un mot sur l'univers artistique évoqué directement - donc, Bill Plantagenet ou Lawhill est musicien de jazz, pianiste, atteint par la tremblotte de l'éthylique, au groupe dispersé et largué par sa femme, et qui, de toutes façons, n'a pas les mains assez larges pour tenir l'octave. Donc il triche, y compris quand il joue de la guitare. La scène du piano, dans le centre de détention-hôpital, est éloquente, à savourer (chapitre 8 ).

Pour l'univers littéraire, Melville traverse tout l'ouvrage, et Rimbaud aussi: Deux auteurs que je prise tant, joie !
Très belle citation de Rimbaud tirée des "Illuminations", dans un passage fort, à propos de Bill parlant de Garry au Docteur.
Lowry / Bill Plantagenet - Lawhill  en profite pour lancer au passage, tout juste après, et brut, des références à de la lectio divinas : rien moins que Le Pentateuque, le Cantique des Cantiques, l'Apocalypse selon Saint-Jean.  

Pour l'univers musical, Bix Beiderbecke (hein, Bix, hein ?) Edward Grieg, Frankie Trumbauer, Eddie Lang avec Ruth Etting (ne serait-ce pas là l'évocation de "la" Ruth du livre, celle qui a plaqué Bill ? Cela coïncide un peu trop, je trouve), + Joe Venuti et Eddie Lang (si vous allez en page 2 du fil Malcom Lowry sur Parfum j'ai posté tous les Youtubes afférents à ces références musicales, sous spoiler).


(Rapetassé de deux messages du 1er et du 2 décembre 2013 sur Parfum)

Mots-clés : #addiction #pathologie #solitude
par Aventin
le Dim 8 Oct - 6:37
 
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Sujet: Malcolm Lowry
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Déborah Lévy-Bertherat

Le châle de Marie Curie



Elles sont deux réunies par le hasard, à partager une nuit, celle d'avant leur opération. Elsa, une jeune illustratrice juive,  solitaire, a un cancer du sein. Sa voisine, Kahina, mère de 19 enfants, très entourée, est venue directement de Kabylie pour un simple kyste, croit-elle.

Ces deux qui "n'auraient jamais  dû" se rencontrer, s'observent, s’apprivoisent, se confient pudiquement, partagent des souvenirs et des espoirs. Elles concoctent un petit moment de folie douce et complice, que seules les circonstances peuvent expliquer, puis  reviennent sagement dans leurs lits. Elles se séparent à l'entrée du bloc.

Il y a une attention à ces deux êtres tout à la fois fragiles et forts, symboles de l'universalité de l’humanité face à la maladie,  une douceur, qui rendent ce livre très attachant.

Mots-clés : #pathologie
par topocl
le Mar 26 Sep - 12:57
 
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Sujet: Déborah Lévy-Bertherat
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Guillermo Arriaga



C'est une histoire d' amitié, de  passion et de folie, un trio d'amis d'enfance Manuel Gregorio et Tania. Ils s'aiment ; Manuel et Gregorio aiment Tania qui les aime aussi. Mais Gregorio est schizophrène, il convainc Manuel de se faire tatouer un bison bleu sur le bras, avec la même aiguille afin qu'encre et sang se mêlent et qu'ainsi ils soient liés. Au fil du temps Manuel ressent ce tatouage comme une emprise sur lui de Gregorio il tente de l'effacer mais le dessin se devine encore.
Après sa sortie de l'hôpital psychiatrique Gregorio se tue d'une balle dans la tête, quelques jours auparavant les deux jeunes gens s'étaient rencontrés et pardonnés mutuellement de leur différend. Manuel et Tania sont bouleversés. Culpabilisent ils inconsciemment car ils étaient amants alors qu'elle était "la fiancée" de Gregorio ? Ce dernier le savait-il ?
Manuel reçoit par intervalle des lettres portant l'écriture de Gregorio, contenant des photos, des phrases énigmatiques, qui le blessent car elles révèlent des faits insoupçonnés qui impliquent parfois Tania.
Manuel est persuadé qu' au delà la mort Gregorio veut lui nuire ; malgré  sa colère il sait que,  celui qui était à la fois son meilleur ami et meilleur ennemi, lui manque.
Tania est mystérieuse, elle fuit souvent laissant Manuel dans l'angoisse de la perdre aussi.
Tous les personnages, famille, amis, médecin sont touchés par le désordre de ces vies et mort des jeunes gens.
Tout n'est qu'incompréhension, attente, angoisse.
Manuel entendra souffler à son oreille le bison bleu dans ces nuits, comme l'a écrit Gregorio : "le bison de la nuit rêve de toi". Il va ressentir une des obsessions de Gregorio mais il continuera à vivre.

Un livre très noir mais qu'on s'attache à suivre. Il n'y a pas d'éclaircie, même les scènes d'amour portent attente, angoisse, suspicion, dépossession. L'auteur perd le lecteur comme il perd ses personnages. La folie n'est qu'à quelques pas, la mort à quelques pas de plus.


mots-clés : #pathologie

Ce livre a été adapté au cinema (espagnol)
par Bédoulène
le Dim 10 Sep - 14:28
 
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Sujet: Guillermo Arriaga
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Georg Büchner

Georg Büchner
(1813-1837)


Georg Büchner (Goddelau, 17 octobre 1813 – Zurich, 19 février 1837) est un écrivain, dramaturge, révolutionnaire, médecin et scientifique allemand. Malgré la taille modeste de son œuvre — essentiellement trois pièces de théâtre, une nouvelle et un tract —, il est devenu tardivement l'une des figures marquantes de la littérature allemande du xixe siècle, surtout grâce à ses drames La Mort de Danton et Woyzeck.

Aîné d'une fratrie de six enfants, Karl Georg Büchner est le fils de Louise Caroline Reuss et d'Ernst Büchner, un ancien médecin de l'armée naopléonnienne devenu par la suite un industriel renommé, inventeur d'outils scientifiques.
Büchner est élevé dans un monde de sciences, de culture et d'art. À partir de 1821, sa mère se charge de son instruction : elle lui enseigne la lecture, les lettres, le calcul, l'initie aux grands textes religieux  et à l'histoire des peuples de la Terre. À 10 ans, Georg dévore les ouvrages de Schiller. Il s'intéresse aux sciences, et apprend plusieurs langues (anglais, français, italien).

Büchner entreprend des études de médecine à l'université de Strasbourg, où il entre en contact avec des groupes d'opposition républicains. Logé chez le pasteur protestant Johann Jakob Jäglé, il se fiance avec sa fille Wilhelmine en 1832.
En 1833, il s’installe à Giessen pour terminer ses études, et participe à l’agitation politique qui a saisi le sud de l’Allemagne après le Hambacher Fest, manifestation du 27 mai 1832 pour l’unité nationale s’opposant aux régimes despotiques en place dans la plupart des 39 États germaniques.
En 1834, Büchner, influencé par Auguste Blanqui et Saint-Simon, co-fonde une association secrète révolutionnaire : la Société des droits de l'Homme, défandant des idées socialistes. La même année, il entreprend avec le pasteur Weidig, figure de proue de l'opposition en Hesse, la rédaction d'un tract révolutionnaire. Intitulé Le Messager hessois, ce tract est destiné à susciter le soulèvement des populations paysannes, avec le mot d’ordre : « Friede den Hütten, Krieg den Palästen ! » (« Paix aux chaumières, guerre aux palais ! »)

À partir d'octobre 1834, Büchner travaille à la rédaction d'un drame, La Mort de Danton. Il écrit également de nombreux articles polémiques et satiriques, publiés dans Le Messager hessois, qui lui vaudront les foudres des autorités et de la censure. Le pasteur Weidig est arrêté, torturé et meurt emprisonné. Mis sous mandat d'arrêt pour trahison, Büchner s'enfuit à Strasbourg sous le nom de Jacques Lutzius.
Contraint de se tenir tranquille, il se concentre sur l'écriture. En moins de deux mois, il termine La mort de Danton, traduit deux pièces de Victor Hugo (Marie Tudor et Lucrèce Borgia), et rédige la nouvelle Lenz. En parallèle, Büchner poursuit ses recherches scientifiques. Il obtient un doctorat de l'université de Zurich, et déménage dans cette ville pour devenir professeur adjoint à l'université de médecine.

En février 1837, Georg Büchner tombe gravement malade. Atteint, du typhus, il revoit sa fiancée Wilhelmine Jäglé une dernière fois et meurt, le 19 février, à l'âge de 23 ans.
Son frère Ludwig recueille ses écrits et les fait publier avec une introduction et une biographie, en 1850, chez Sauerländer à Francfort.

source : Wikipédia

Bibliographie :

1834 : Le Messager hessois (Der Hessische Landbote), pamphlet, avec Friedrich Ludwig Weidig
1835 : La Mort de Danton (Dantons Tod), théâtre
1835 : Lenz, nouvelle
1836 : Léonce et Léna (Leonce und Lena), comédie satirique
1837 : Woyzeck, pièce de théâtre (inachevée)


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Lenz


Georg Büchner avait environ vingt-deux ans quand il a écrit cette ébauche, on ne sait pas s'il aurait continué, s'il n'était pas mort deux ans plus tard à peine. Le texte frappe immédiatement par son âpreté ; il fait froid, la fatigue et la désolation laissent place à la folie. Lenz se ronge de culpabilité, tout devient insurmontable, et cette torpeur est remarquablement décrite au sein d'une nature oppressante.

"Lenz lui répondit, agressif : «Partir d'ici, partir ? Chez lui ? Devenir fou là-bas ? Tu sais bien que je ne peux tenir nulle part ailleurs que par ici, dans cette région. Si je ne pouvais monter parfois sur une montagne, si je ne pouvais pas contempler toute la région, puis redescendre ici, traverser le jardin et aller regarder la fenêtre de la maison, je deviendrais fou, fou ! Laissez-moi tranquille ! Rien qu'un peu de tranquillité, maintenant que je suis un peu bien enfin ! Partir ? Je ne comprends pas, tout est foutu avec ces deux syllabes. »"


mots-clés : #biographie #pathologie
par Dreep
le Ven 8 Sep - 21:20
 
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Sujet: Georg Büchner
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Eric Reinhardt

La chambre des époux




Curieusement, j'avais gardé un souvenir bien meilleur de Cendrillon, ce livre dont Reinhardt prend soin de nous rappeler plusieurs fois ici à quel point ce fut un roman accompli, et unanimement encensé par  la critique. Je gardais l'idée qu'il m'avait saturée , submergée, mais que c'était brillant de chez brillant. Ce qui explique que j'ai pris La chambre des époux à la médiathèque avant-hier: un sujet plus modeste - et grave qui plus est, un format plus concis, me suis-je dit, ça devrait passer, ça peut même être bien.

Mais alors là, ça n'a pas passé du tout. Ca a plutôt condensé mon exaspération. L'impression d'une pochade  (enfin j'espère au moins que Reinhardt considère ça comme une pochade et non  pas comme quelque chose de sérieux) bâclée qui se donne de l'importance, et qu'il se fout de nous, Reinhardt, à s'exposer en type pathétique, différent, inspiré ("socialement inadapté" dit-il), et il en est si fier.

En fait, ça démarre pas trop mal. Le sujet m'intéresse : il y a 10 ans, la femme de Reinhardt a eu un cancer du sein et il décrit dans son premier chapitre comment ils ont réagi à cela en une intensification de la vie et de la profondeur de leur relation commune. Comment en quelque sorte ils en gardent comme  un bon souvenir. Ca, ça m'a plu, ça a trouvé écho en moi.(Ce premier chapitre est d'ailleurs un article de commande qu'il avait écrit à l'époque, qui se suffisait bien joliment à lui- même, mais auquel malheureusement, Reinhardt a voulu donner une suite)

La suite, ça pouvait presque être drôle : Reinhardt se moque de lui-même : comment après avoir été si magistral, il a craqué un peu plus tard, pleurant comme un veau et ravalant sa morve, après avoir croisé une femme ayant vécu une épreuve similaire, voire pire. Lâchant enfin toute cette trouille géante qu'il a eu et qu'il est arrivé à cacher jusque-là sous ce faux bonheur du cancer. Presque drôle sous le tragique, si ça ne pesait pas mille tonnes. (Et s'il n'en avait pas profité - qu'est ce que ça vient faire là? -  pour ridiculiser ses confrères écrivains au passage, ces types arrogants et pédants qui ne se prennent pas pour de la merde - parce qu'en fait il n'y a que Reihnardt qui a le droit à ça, ne pas se prendre pour de la merde.)

Et puis, Reinhardt trouve la solution pour canaliser ça : écrire un roman qui raconterait l'histoire d'un homme qui avait connu un quasi-bonheur auprès de sa femme atteinte d'un cancer du sein, et qui craquerait et se déliterait en en croisant une autre qui etc etc... Alors il y a un petit jeu de poupées gigognes qui pourrait être malin mais qui est d'un casse pied... Car, déjà que Reinhardt, pour bien se faire comprendre (ou occuper de la place?), explique les choses  quatre fois, là, il reprend et re-raconte tout, et il reprend exactement les mêmes mots et phrases avec "il" au lieu de "je" . Donc 4x2=8 fois, si je compte bien. Hahah, n'est ce pas un effet grandiose (et à peu de frais, en plus)? Mais quand même, créatif : au lieu d'écrire « l'idée qu'elle puisse mourir m'était tout simplement intolérable, tout simplement intolérable, tout simplement intolérable » comme la première fois, Reinhardt  écrit cette fois : « l'idée qu'elle puisse mourir lui était tout simplement intolérable, tout simplement intolérable, tout simplement intolérable, tout simplement intolérable ». Génial, non?

Cela enchaîne ensuite sur une fascination morbide puis une aventure coquine du double de Reinhart avec la femme en agonie, totalement glauque, racontée sur le mode badinage, car vous l'aurez bien compris, cette façon de sauter une quasi morte est une sublime manière de rendre hommage à la vie, et  accessoirement à la guérison de son épouse. Si c’est pas de la psychologie de bazar, ça....

Et il ne faut pas oublier les phrases et digressions tellement longues qu'il est obligé de les couper par des "donc, disais-je", les phrases inlassablement répétées pour faire style, les parenthèses "cocasses", les dialogues aussi creux et vides que les vrais dialogue de la vie pour faire plus vrai...
Ni les détails de la vie sexuelle de Reinhardt et de sa femme, qu'il a la grande délicatesse d'attribuer à son personnage dit fictif, leurs longues conversation sur le fait qu'elle n' a plus de désir, qu'il ne font plus l'amour; mais , oui ils s'aiment, ils s'aiment, encore plus qu'avant, et c'est tellement plus beau, n'est-ce pas un couple qui s'aime tant que ça, bien qu'ils ne fassent pas l'amour et autres platitudes du genre "ils sont trop verts et bons pour des goujats" (tellement plus beau que le médiocre couple moyen à qui, oui, il arrive de faire l'amour, minable qu'il est)...

Bref, là où Reinhardt croit écrire un hymne à sa femme tant aimée, à leur couple si magnifique, à la victoire sur la maladie, on a plutôt un vague  vaudeville raté à la métaphysique intello-raisonneuse à la con (excusez-moi)

Donc, je n'ai pas aimé. Et je l'ai regretté, rien que pour cette phrase des premières pages, pleine de douceur:

(Je crois que rien ,n'est plus fort dans la vie que le plaisir anticipé de retrouver sa bien-aimée à la fin de la journée, et de laisser ce plaisir-là innerver d'une sorte d'orgasme doux, diffus, qui part du ventre, les heures que l'on passe sous l'emprise de cette attente - et quand on a la chance de connaître ça on n'a besoin de rien d'autre que d'eau fraîche, c'est bien vrai.)



mots-clés : #autobiographie #creationartistique #pathologie
par topocl
le Ven 8 Sep - 14:03
 
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Sujet: Eric Reinhardt
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Kenzaburō ŌE

Une existence tranquille



J'ai du mal avec les romans japonais. Mais régulièrement, je re-tente. C'est pourquoi j'ai pris Une existence tranquille,

Et bien,  c'est tout à fait un roman japonais ! C'est à dire  qu'il y a plein de choses intéressantes, mais que je m'y sens un peu à distance, j'y vois un coté figé voire compassé même si pour une fois, les émotions sont extrêmement intenses et à fleur de peau.

Ce livre est un récit en ce  sens qu'il décrit une tranche de vie. Il est très astucieux parce qu'on peut y voir l'autoportrait sans concession de l'auteur, (qui, c'est le moins qu'on puisse dire ne se ménage pas), alors que justement il est le grand absent du livre. En effet il a pris une année sabbatique aux États-Unis, emmenant sa femme et «abandonnant » ses trois enfants jeunes adultes, attitude qui est critiquée par la plupart des protagonistes du livre. Il se décrit  donc alors qu'il n'est pas là, et en même temps, décrit sa famille alors même qu'elle est éclatée, qu'il l'a en quelque sorte reniée. On sent quand même à travers les lignes l'immense amour qu'il voue à chacun et à cette bizarre construction à cinq qu'ils sont arrivés à élaborer, et ce, en dépit de ses caprices de grand homme.

C'est surtout le portrait de Mâ, la fille cadette, une jeune fille naïve, réservée, consciencieuse. C'est elle qui a la charge de ses deux frères, de son aîné handicapé mental léger, souvent déconcertant, joyeux et attentif, compositeur prodige, et de Ô le plus jeune, pragmatique, qui se consacre à ses études. Là, ça se discute pas, c'est le rôle des femmes de s'occuper des hommes : l'épouse suit son mari, la fille s'occupe de ses frères. Ce qui est plus satisfaisant, c'est la relation douce et passionnelle entre Mâ et  son frère handicapé, chacun, bien sûr, enrichissant l'autre.

Le récit est un enchaînement de petits faits quotidiens, de description de personnes, de jours qui passent avec leurs joie et leur peurs, d'événements heureux et malheureux. Mais on y trouve aussi des échanges  intellectuels, une quête de soi, tout cela souvent assez cérébral et cet aspect m'a rebutée. D'autant plus qu'il s'appuie sur l'analyse d’œuvres culturelles que je ne connais pas (William Blake, Céline qui curieusement fascine Mâ par sa tendresse, Stalker de Tarkovski). J'ai beaucoup aimé, face aux élucubrations existentielles du père, l'attitude du vieux couple qui protège les enfants, mi-fou mi-sage, qui, au lieu de se torturer le ciboulot, met en actes ses choix de vie, et tout particulièrement de Mme Shigetô et sa théorie des « personnes de rien du tout ».

Mon sentiment, c'est que je suis née comme une personne de rien du tout, que je vis en conséquence, que je vivrai encore ainsi un certain temps, et puis que je mourrai comme une personne de rien du tout.(...).
Ce que je pense, avec ma tête absolument ordinaire, c'est que tant que je vivrai comme une personne de rien du tout, en veillant à ne m'accorder aucun privilège même le plus insignifiant, je garderai une marge de manœuvre. À partir de là, il suffit qu'à ma façon, je m'efforce de faire pour le mieux. Même si pour moi, « faire pour le mieux », ça n'est rien de plus que prêter une écharpe à une fille fatiguée qui avait froid, comme M. Shigetô a eu la gentillesse de s'en souvenir.
Mais malgré tout, j'ai l'impression que si l'on s'en tient à cette résolution de vivre comme une personne de rien, et bien au moment de mourir on doit pouvoir paisiblement revenir à zéro. Puisqu'il ne s'agit que de passer de presque zéro à zéro.


Comme quoi, même un livre qui ne vous accroche pas trop, c'est bien intéressant !

(commentaire récupéré)


mots-clés : #famille #pathologie #traditions
par topocl
le Ven 18 Aoû - 13:46
 
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Sujet: Kenzaburō ŌE
Réponses: 7
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Philippe Besson

Philippe Besson, pour moi, au fil des années, ça a été la douche écossaise. J'avais plutôt aimé la tentation de Thomas Spencer, et après j'avais adoré

Son frère



Philippe Besson, je n’avais jamais rien lu de lui. Je le mettais une peu dans la case Marc Levy, peut-être la case juste avant. J’ai bien aimé la couverture de son dernier livre, Retour parmi les hommes (qui m’évoque Henry Fonda dans les Raisins de la Colère)
Spoiler:

Donc je me suis dit que c’était l’occasion de me faire mon opinion personnelle. Evidemment à la bibliothèque il est sur liste d’attente. Je me suis donc rabattue sur Son Frère
Son frère est un « Petit Roman Parfait »

Thomas et Lucas Andrieu sont nés à 15 mois d’écart. Ensemble ils ont joué sur les plages de l’île de Ré, vers la maison familiale. Une enfance ordinaire et heureuse. On les prenait pour des jumeaux. Vers 15 ans, Thomas s’est mis à aimer les filles et pour Lucas, c’était les garçons. Ce fut leur première différence, elle les a plutôt rapprochés. A 25 ans une deuxième différence les a définitivement soudés : Thomas a appris qu’il était malade, il a su qu’il allait mourir. ils ne se sont plus quittés. Ils ont partagé les derniers mois dans une fusion totale, par delà les mots. Ils sont retournés sur leur île, ils ont affronté la douleur , l’espoir vaincu, les proches qui s’éloigne , la dérisoire solitude face à la toute puissance scientifique.
Sur ce thème très dangereux, Besson a produit un texte d’une grande beauté, absolument pas tire-larme, en même temps complètement, désespéré et lumineux. Il n’y a pas un mot de trop, tout est indispensable et magnifique, on a souvent envie de relire des pages à peine les a t’on finies. Il y a un grand respect de l’homme, de la force et de la fragilité, et une infinie dignité dans ce texte.
C’est extrêmement distancié et en même temps l’émotion qui vous envahit. Il a un style tout en redondances, en répétitions qui marquent l’obsession de la douleur.
Un livre qui se lit en une soirée (impossible de remettre la fin – pourtant connue - à demain) et à garder au cœur toute une vie. Je vais sûrement lire d’autres Philippe Besson, lui enlever l’étiquette stupide que je lui avais collée, et même s’ils me déçoivent , il restera l’homme qui a écrit Son frère.

J’ai vu que Chéreau en a tiré un film, mais cela me fait plutôt peur. Chéreau n’est pas quelqu’un qui travaille dans la subtilité…


« Alors que la pluie continue de tomber sur l’île, sur la mer, sur St Clément, sur la maison silencieuse, il prend soudain la parole pour dire qu’il veut une tombe, quelque chose qui relie à la terre, qui ramène à elle. Bien sûr, lorsqu’on meurt sur une île, on envisage que le corps soit brûlé et les cendres jetées à la mer. Mais non, il insiste : il veut une sépulture, un lieu identifié, un socle sur lequel on se recueillera. Il dit qu’il veut du marbre, comme une trace qu’on laisse, un héritage qu’on lègue, un lien avec ce qui fut pour ceux qui restent. Il dit que, sous le nom il faudra apposer la date de naissance et celle de la mort, des jours comme des repères. Il ne faut pas perdre la mémoire de ça. Il dit qu’il n’a pas de rêve illusoire de grandeur et de postérité, simplement la conviction que le souvenir s’exprime dans ces poses silencieuses qu’on prend devant les pierres tombales, dans ces recueillements distraits ou émus au pied des dépouilles. Il dit qu’il veut voisiner avec ceux qui sont morts avant lui, les jeunes hommes fauchés dans le plus bel âge sur les champs de bataille et dont il regarde le visage d’enfant sur des cartes postales en noir et blanc, les veuves octogénaires qui ont promené leurs silhouettes de deuil pendant d ‘interminables années, les corps que la maladie a emportés, qu ‘un accident a mutilés. Il dit que c’est l’histoire d’un pays, d’un siècle qui se raconte dans les cimetières de France, qu’il souhaite être de cette histoire, que l’éparpillement des cendres au large de côtes qu’on a aimées, ça ne peut pas remplacer cela.(…) Il dit qu’il veut des fleurs, des couronnes, ce décorum un peu vulgaire, un deuil éclatant, celui qu’on montre, qu’on expose, afin de ne pas le conserver par-devers soi, afin de l’expulser, de l’accomplir véritablement. Il dit qu’il faudra des larmes, des évanouissements peut-être, des manifestations spectaculaires, que la souffrance s’exprime plutôt que d’être contenue. Il dit que ce sera une belle cérémonie : il compte sur moi. »


(commentaire récupéré)
mots-clés : #famille #identitesexuelle #pathologie
par topocl
le Ven 11 Aoû - 17:06
 
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Sujet: Philippe Besson
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