Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 16 Juil - 13:17

135 résultats trouvés pour poésie

Guy Goffette

Verlaine d’ardoise et de pluie

Tag poésie sur Des Choses à lire Verlai10

Dédiée à Jacques Réda, voilà une suite de six textes à propos de la vie de Verlaine.
Un pays sur la route fait référence au poème Va ton chemin et a pour thème la marche-cheminement du poète, au moment de son agonie. Celle-ci sera le fil conducteur des textes :
« On dit que la mémoire, avant de tourner la page, dresse encore sa table des matières et trace un vivant résumé. Toutes les scènes marquantes sont reprises et serrées comme un poing. Le film se déroule au ralenti dans le temps d’un éclair. C’est l’heure où les aveugles voient, où les sourds entendent, et Caïn même, au fond de sa retraite, a beau se fermer les yeux, il voit ce qu’il a fui. »

Les bocals sont ceux où sa mère conservait ses trois aînés mort-nés, comme un répons visionnaire de ses trois amours, Elisa, Arthur, et Lucien (la cousine-grande sœur, « l’ange dromomane »-« homme aux semelles de vent », le protégé-fils adoptif).
Une infusion de Verlaine, c’est celle qui tua son grand-père apoplectique, poivrot invétéré ‒ bon sang ne saurait mentir…
« Parce qu’un vieux fond de mélancolie (d’où tenu ?) l’a traîné sur des chemins de fortune et jeté dans les bras de mille fées vertes sans vergogne. »

La mort de la vierge, c’est la Saskia de Rembrandt, que Verlaine reconnaît en Mathilde sa future épouse ; et la « vierge folle », c'est aussi Verlaine avec « l'époux infernal »...  
De schiste et de pluie : l’incipit, déjà, évoquant l’ardoise sous la pluie, renvoie à l’Ardenne, région originaire pour Verlaine et l’auteur :
« Le schiste est un soleil refroidi, enfermé dans la pierre. C'est une fleur aussi, plusieurs fois millénaire, quelque chose entre le coquelicot et le chardon, en plus éteint, mais qui s'irise encore à certaines heures du jour, les plus fragiles. Au petit matin, par exemple, et à l'entrée du soir. »

La Maison des couleuvres : comme une fidélité définitive, au bout de la route, au pays d’origine...

A la lecture de cette biographie poétique qui se réfère sans cesse à l'œuvre de Verlaine, mais aussi de Rimbaud, j’ai rapidement songé à Michon, pour le thème comme pour le style.


Mots-clés : #biographie #poésie
par Tristram
le Lun 8 Juil - 22:58
 
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Sujet: Guy Goffette
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André Hardellet

Si vous avez une heure devant vous...(bien dommage ce manque d'images, ce joli reportage-là appelle, à mon humble avis, support visuel - ne serait-il, pour le maniaque du hashtag ou du catalogue, qu'entrevues de témoins-).

...l'air à la fois bonasse et pirate, mais qui faisait des poèmes délicats...

Bal chez Temporel

...Les chasseurs est un livre qui se situe sur la ligne de démarcation où la poésie se tient...

...il était -mais vraiment !- d'une telle naïveté...

...ce qui est vrai parce que je l'affirmerai tel...

...il faut, je crois, employer une langue aussi simple, aussi claire que possible...

...Il n'y a pas un mot qui ne soit à sa place, une espèce d'exactitude...

...ça tenait tellement à rien...

...c'est quelqu'un qui est tombé du Paris de l'enfance...

...l'impression d'avoir des gros sabots quand on parle de lui...





Mots-clés : #poésie #xxesiecle
par Aventin
le Lun 1 Juil - 19:36
 
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Sujet: André Hardellet
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André Hardellet

Les chasseurs
I et II

Tag poésie sur Des Choses à lire Les_ch10

Fourre-tout où l'on retrouve des nouvelles, parfois très courtes (des brèves ?) quelques rares poèmes, deux répertoires.
Publiés en 1973 chez l'éditeur Pauvert, Les chasseurs I puis sa suite Les chasseurs II parurent ensuite, réunies en un seul ouvrage, chez Gallimard collection L'imaginaire: 135 pages environ pour cette dernière publication.

Très recommandable ouvrage inclassable, souvent délectable, truffé de clins d'œil (comme cette brève intitulée Niouorlinsse, dédiée in memoriam à Boris Vian, évocation de l'afro-jazz à connotations antillaises et bop.

Loisive est un somptueux (et long) poème,  bien des charmes restent à glaner dans Les échassiers, Le logis d'Aramis, L'artillerie hollandaise, Jalousies, Les carrières, L'enquête...tandis que la Comptine en latin, espièglerie de potache de niveau cancre de collège émarge au plus que dispensable (mais c'est le seul titre dans ce cas-là et ça ne "pèse" que quelques mots, même pas une page).
Hardellet fait penser par son art d'écrivain à ses potes Doisneau le photographe, Prévert le poète, Brassens le fin auteur-compositeur-interprète, Mac Orlan, ou son ancêtre Carco, vous voyez, ces artisans en cousu-main du trottoir urbain nocturne: allez-y, la veine est indubitablement la même - Réda, quasi-contemporain, a dû tremper dans Hardellet aussi.

Si Jack-Hubert passe par cette page, confions-lui combien il y a du fin flâneur urbain chez Hardellet (échantillon dans le dernier extrait) !

Les deux répertoires sont à éplucher avec des lenteurs de pêcheur à la ligne au bord de l'assoupissement, on y trouve, par exemple, à:
Cartes (à jouer) a écrit:L'odeur d'un vieux jeu retrouvé dans un tiroir, avec un jacquet et des jetons en os. Autrefois, après le souper, ces rois, ces reines et ces valets écoutaient évoquer des amours, des chasses et des fêtes qu'il nous faut réinventer.

Saule a écrit:Le saule qui, d'une basse branche, tâte l'éternité de la rivière.


Histoire de vous mettre l'eau (ou plutôt le vin blanc des coteaux de Suresnes) à la bouche, ci-dessous in extenso la première (courte !) nouvelle, qui suit immédiatement la préface, préface que vous resservirez plus tard, en postface avec un hochement de tête.

La chambre froide a écrit:Le vin blanc des coteaux de Suresnes se récolte maintenant sous forme d'une pluie à peine ambrée, de mince saveur et qui provoque néanmoins de jolis arcs-en-ciel lorsque le temps s'y prête; animés d'une grande vitesse de rotation, ces météores présentent bientôt l'aspect de disques blancs coupés par l'horizon.
 Au coucher du soleil, des joueurs de bonneteau guettent les habitués d'un hippodrome clandestin qui serpente à travers les constructions neuves, les jardins d'enfants, les champs de lierre et de manœuvre et parfois même emprunte la piste officielle du Val d'Or. Des satyres vétustes observent les environs, évoquant de riches souvenirs.  
 De temps en temps, des vagues policières, avec bulldozers et filets motorisés, ratissent le secteur. On trouve de tout, parmi les prises, à la Grande Maison: une main de bonneteur, des fragments de rentières, une jeune fille qui se caressait à l'ombre de lilas, plusieurs peaux-rouges, un neuf de trèfle maculé, l'âme des violons, un sourire.
 Ces rafles sont généralement suivies de la pluie plus haut décrite, et d'un grand calme. Par les journées favorables, un parfum s'élève, musical, comme venu d'anciens foins, de vendanges trépassées.
 Quelqu'un s'arrête, hume.
 




Mots-clés : #creationartistique #poésie #xxesiecle
par Aventin
le Sam 29 Juin - 19:24
 
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Sujet: André Hardellet
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Max Jacob

Publié dans Le cornet à dés, ce poème en prose doit dater de 1910-1913 environ. Un rien pictural et kaléidoscopique, proche des travaux de Guillaume Apollinaire de ce temps-là, la suggestion est onirique et d'une proximité artistique certaine avec les préoccupations japonisantes de certains peintres d'alors.
Même si, si l'on devait tenter de l'illustrer par une peinture, il ne serait pas inconvenant de se tourner vers les œuvres d'un peintre postérieur à ce poème, comme Jun Dobashi par exemple.

Il me fait penser aussi à du Mallarmé parmi les proximités possibles, Mallarmé dont l'apport à la poésie devait rayonner très fort encore à ces dates-là.

En tous cas, bravos à tout rompre pour Omnia Vanitas, bien bel exercice stylistique, à savourer, qui fait partie de ce qui sauve ce recueil, Le cornet à dés par ailleurs inégal et que je persiste à trouver décevant, après plusieurs lectures lentes et intégrales.



OMNIA VANITAS


Ce ne sont pas les roses d'un champ, ce sont les visages de ses admirateurs. La selle de son cheval est une peau de tigre, les Japonaises habillées d'un seul trait de plume portent des godets bien propres et le soleil est changé en arbre, mais voilà que la selle du cheval s'allonge et griffe toutes les roses et le cheval et les Japonaises et tout disparaît, et cette hydre même n'est plus qu'une peau de tigre pour le dénudé cavalier qui n'est plus qu'un vieillard en prières et en sanglots. Le trait de plume des Japonaises s'est fondu dans l'arbre; il ne reste plus que les godets sur la peau de tigre.  



Mots-clés : #poésie
par Aventin
le Dim 9 Juin - 12:09
 
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Sujet: Max Jacob
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Malcolm de Chazal

Non-intitulé, recueil Contes & poèmes, les délices métaphysiques, ou de propositions renversées, d'aphorismes ou de pseudo-aphorismes, avec ce côté percutant si caractéristique de son écriture:

Spoiler:

Tous les bleus
Qui
Ont froid
Se blottissent
Dans
Le blanc.





Le glaçon
Dans
La
Cataracte
Faisait
Du
Ski
Nautique.





Les formes
De
Son corps
Etaient
Son
Catéchisme.





Elle
Vendangeait
Des
Seins.





Quand
On
Presse
Le ventre
Du feu
La lumière
Rit.






L’or
Sur
La putain
Se
Momifia.





L’ombre
Qui
Dépasse
Son pas
Crée
Le
Faux jour.






Dieu
Nous
Regarde
Dans
Les formes
A
Travers
Leurs
Archétypes.






Le gris
Hypnotisé
Par
Le blanc
S’endormit.





Toute
Pierre
Dans
Le
Mur
Se
Sent
Enterrée
Vive.




La symétrie
Absolue
N’importe où
Arrêterait
L’univers.





L’œil
Dort
Quand
La bouche
Parle
Trop.






Le jet d’eau
Faisait
Des
Exercices
Pour
Maigrir.






L’eau
Est
Toujours
Poussée
Et
L’air
Tiré.






L’œil
Soustrait
Et
La bouche
Additionne
Dans
L’ennui.

L’eau
Mordue
Par
La vague
Poussa
Un cri.






La
Ceinture
Mal
Fermée
Cherchait
Sa
Taille.





Le lit
N’est
Quantitatif
Qu’après
L’amour.






Quand
Passe
Le vent
Les herbes
S’allongent
Pour
Faire
L’amour.





C’est
Afin
Que
Tout
Ait
Un poids
Que
L’espace
N’en
A pas.






L’eau
Qu’on
Jetait
Dans
Le feu
Eut
Une
Convulsion.






Seul
Le feu
A
Le pouvoir
De
Se lécher
Les yeux.






La bouche
Ne
S’endort
Jamais.






Si l’air
Ne
Devenait
Papillon
Comment
Le papillon
Pourrait-il
Voler
Dans
L’air ?






Le robot
C’est
L’aveugle
Conduisant
Le paralytique.





Le
Pot de chambre
C’est
La république
Des fesses.





Tout
Obèse
Qui
Marche
Fait
L’ours.





La mer
Quand
Il pleut
Croit
Avoir
Enfanté
La plage.





La
Bouche
Blessée
Dans
Sa
Vanité
Se
Mettait
Des
Pansements
D’orgueil.






La
Solitude
Des
Fesses
Est
L’enfer
Des femmes.



L’eau
Mordue
Par
La vague
Poussa
Un cri.






La
Ceinture
Mal
Fermée
Cherchait
Sa
Taille.





Le lit
N’est
Quantitatif
Qu’après
L’amour.






Quand
Passe
Le vent
Les herbes
S’allongent
Pour
Faire
L’amour.





C’est
Afin
Que
Tout
Ait
Un poids
Que
L’espace
N’en
A pas.






L’eau
Qu’on
Jetait
Dans
Le feu
Eut
Une
Convulsion.






Seul
Le feu
A
Le pouvoir
De
Se lécher
Les yeux.






La bouche
Ne
S’endort
Jamais.






Si l’air
Ne
Devenait
Papillon
Comment
Le papillon
Pourrait-il
Voler
Dans
L’air ?






Le robot
C’est
L’aveugle
Conduisant
Le paralytique.





Le
Pot de chambre
C’est
La république
Des fesses.





Tout
Obèse
Qui
Marche
Fait
L’ours.





La mer
Quand
Il pleut
Croit
Avoir
Enfanté
La plage.





La
Bouche
Blessée
Dans
Sa
Vanité
Se
Mettait
Des
Pansements
D’orgueil.






La
Solitude
Des
Fesses
Est
L’enfer
Des femmes.



L’eau
Mordue
Par
La vague
Poussa
Un cri.






La
Ceinture
Mal
Fermée
Cherchait
Sa
Taille.





Le lit
N’est
Quantitatif
Qu’après
L’amour.






Quand
Passe
Le vent
Les herbes
S’allongent
Pour
Faire
L’amour.





C’est
Afin
Que
Tout
Ait
Un poids
Que
L’espace
N’en
A pas.






L’eau
Qu’on
Jetait
Dans
Le feu
Eut
Une
Convulsion.






Seul
Le feu
A
Le pouvoir
De
Se lécher
Les yeux.






La bouche
Ne
S’endort
Jamais.






Si l’air
Ne
Devenait
Papillon
Comment
Le papillon
Pourrait-il
Voler
Dans
L’air ?






Le robot
C’est
L’aveugle
Conduisant
Le paralytique.





Le
Pot de chambre
C’est
La république
Des fesses.





Tout
Obèse
Qui
Marche
Fait
L’ours.





La mer
Quand
Il pleut
Croit
Avoir
Enfanté
La plage.





La
Bouche
Blessée
Dans
Sa
Vanité
Se
Mettait
Des
Pansements
D’orgueil.






La
Solitude
Des
Fesses
Est
L’enfer
Des femmes.









Mots-clés : #poésie
par Aventin
le Dim 19 Mai - 9:07
 
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Sujet: Malcolm de Chazal
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Robert Desnos

Je vais proposer une simple sélection d'un poème tiré de Corps et biens.

Tag poésie sur Des Choses à lire Cvt_co10

Là-dessus, je dis : respect, Robert Desnos.

Cataracte des flots cataracte des yeux
aux cheveux roux des roues
feues nos mains, feus nos yeux furent maîtres des feux.
Dans nos vaisseaux battus par un sang sans globule
Voguent de grands vaisseaux portant dans des cellules
les grands forçats sanglants qui burent nos cellules.

Au bout du môle blanc les sirènes sont molles.
Sirènes de vapeurs avez-vous vu Méduse aux cheveux de méduse :
Mes pupilles sont devenues ses amoureuses pupilles.

Jetez le lest vers l'est lestes ballons. Volez jusqu'au soleil pour voler quoi?
La peine des regards, yeux au pêne hermétique,
Offre un calme de reines antiques
Coupez les rènes. Laissez-les galoper, les rennes!
Choeur des coeurs. - Le corps des prunelles est le fruit de jouir

Goûtez les prunelles avant de mourir,
aux arbres des forêts le marbre des forts est.
Cent nageurs ont plongé dans le sang des prunelles
Cent nageurs ont péri du désir des cruelles, sent, nageur le sang des
sans cervelle

Pitié pour le désert où des airs sans pitié sur les aîtres du coeur
ont renseigné les hêtres
Cent hiers ont fléchi sur l'herbe des sentiers qu'ont foulés cent aimées
en secret de nos êtres
Faire du fer pour panser nos pensées avec la mousse du vin,
avec la mousse du vain :
Du vin pour les mousses quand souffle la mousson
et que nous dormons sur la mousse, levain du vin.
Sous quel manteau trouble dérober nos troubles mentaux.

Je mens aux multiples consciences.


On voit bien ici l'influence surréaliste qui parcourt l'oeuvre de Robert Desnos. J'ai profité de sa mention récente dans le fil de poésie pour lui inaugurer un fil, fil que j'attendais d'inaugurer ou du moins de trouver une citation de poème qui correspondait au poète Desnos.



Mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Lun 6 Mai - 9:33
 
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Sujet: Robert Desnos
Réponses: 4
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François Cheng

Ce magnifique poème-ci provient du livre d'art publié avec Kim En Joong (lithographies) en 2014, Quand les âmes se font chant; il part de l'explication pour aller vers le symbole (il y a même un point pour bien marquer), c'est désarmant:



L'infini n'est autre
Que le va-et-vient
Entre ce qui s'offre
Et ce qui se cherche.
Va-et-vient sans fin
Entre arbre et oiseau

Entre source et nuage.






Mots-clés : #poésie
par Aventin
le Mer 1 Mai - 18:46
 
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Sujet: François Cheng
Réponses: 11
Vues: 591

François Cheng

Tag poésie sur Des Choses à lire Produc10

Dans la préface d'À l'orient de tout, manière d'anthologie-compilation de poèmes de François Cheng (paru chez Nrf Poésie / Gallimard, 2005), M. André Velter - poète lui aussi - isole ce propos charmant de François Cheng au sujet du mot échancrure:
 
Le Dialogue (2002) a écrit:
J'étais tombé, lors d'une lecture, sur ce mot à la sonorité inhabituelle et dont le petit dictionnaire que je possédais n'indiquait que le sens premier ("empiètement en arc de la mer sur une côte"). À l'Alliance française, où je suivais des cours, profitant d'une pause, je demandais à la jeune répétitrice l'usage exact de ce mot. "Ah, échancrure ! c'est..." et de dessiner du doigt devant sa poitrine, avec beaucoup de simplicité, les lignes de sa robe gracieusement décolletée. Une chair à la fois montrée et cachée selon une exacte mesure. Aussitôt, ce mot prit pour moi une connotation sensuelle. Rien qui ne me ravisse plus par ses syllabes phoniquement signifiantes: ÉCHAN, quelque chose qui s'ouvre, qui se révèle, qui enchante, et -CRURE, qui cependant se resserre pour dissimuler un mystère tentateur.


La poésie de François Cheng est, à mon goût, un peu inégale, mais on y passe de très bons moments:
Il y a la révélation des mots d'une langue, le français, qu'il possède à présent en très haute maîtrise, et, comme dans l'exemple exquis qu'il narre ci-dessus, peut parfois conduire le poète à un regard tellement neuf qu'il s'arrêtera là où nous, dont c'est la langue maternelle, passons outre sans rien déceler.  

Il y a aussi, et c'est sa part chinoise classique, un esprit formé dès le plus jeune âge à la calligraphie, aux idéogrammes.

En calligraphie traditionnelle chinoise, si j'ai bien compris, on part de -et aussi on tend vers- la maîtrise picturale formelle.
Donc c'est bien un art pictural, tout en restant un écrit.
Si j'ai bien compris toujours, du simple fait d'agencer différemment les mêmes idéogrammes on obtient des concepts bien distincts.

Toujours en rappel de la culture picturale chinoise traditionnelle (sortir de la lecture du Dit de Tian-Yi aide à appréhender le regard qu'y porte François Cheng) les thèmes éternels de celle-ci, par exemple la nature, l'arbre, la feuille, le cycle (des saisons et du Taoïsme), les nuages, le fleuve, etc... restent des motifs de choix pour lui, semblant omniprésents dans ses poèmes.

Ceux que je goûte le plus, parmi les poèmes de François Cheng qu'il m'a été donné de ...? (voir ? lire ? déclamer seul ?) sont ceux qui, brefs, centrés sur page blanche, avec peu de travail d'allitérations et de jeu, restituent en la dépouillant la sonorité de chaque vocable, et font sourdre une réminiscence d'idéographie calligraphiée dans notre langue (ou est-ce là effet de mon imagination ?).    

Par exemple celui qui donne son titre au recueil-anthologie:


À l'orient de tout, là où se souvient
La mer, l'orage a dispersé écailles
Des dragons, carapaces des tortues
Nous nous prosternons vers le pur silence
Régnant par-delà la terre exilée
À l'heure du soir, à l'orient de tout

Où se lève le vent de l'unique mémoire






Ou encore cette subtile épure:



Et l'indicible saule
Plongé sous ses pleurs
S'abandonne à l'onde
Aux ondes sans fin

À jamais toute ouïe







Mots-clés : #poésie
par Aventin
le Mar 30 Avr - 1:43
 
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Sujet: François Cheng
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Jean Genet

Jean Genet
(1910 - 1986)


Tag poésie sur Des Choses à lire Jean-g10

Jean Genet est un écrivain, poète et auteur dramatique français. Jean Genet aborde dans ses ouvrages, l'homosexualité et l'érotisme, à travers la célébration de personnages ambivalents au sein de mondes interlopes.


Bibliographie sélective :


Théâtre
Les Bonnes, L'Arbalète, 1947,
Haute Surveillance, Gallimard, Paris, 1949.
Le Balcon, L'Arbalète, Décines (Lyon), 1956.
Les Nègres, L'Arbalète, Décines (Lyon), 1958.
Les Paravents, L'Arbalète, Décines (Lyon), 1961.
« Elle » L'Arbalète, 1989.
Splendid's L'Arbalète, 1993.
Le Bagne L’'Arbalète, 1994.

Poésie

La Galère, 1944
Chants secrets (Le Condamné à mort, Marche funèbre), L'Arbalète, Décines (Lyon), 1945
Un chant d'amour, 1946
Le Pêcheur du Suquet, 1946

Romans et autres textes
Notre-Dame-des-Fleurs, 1944.
Miracle de la rose, 1946.
Querelle de Brest, 1947.
Pompes funèbres, 1948.
Journal du voleur, 1949.
Adame Miroir, 1949
L’Enfant criminel, 1979
Lettres à Leonor Fini, 1950

Mots-clés : #erotisme #poésie #sexualité
par Arturo
le Mer 17 Avr - 16:41
 
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Sujet: Jean Genet
Réponses: 1
Vues: 38

Atiq Rahimi

Tag poésie sur Des Choses à lire 51mp0610

Le retour imaginaire


Originale du texte : Persan (Afghanistan), 2005

Traduction : Sabrina Nouri
Avec une cinquantaine de photos…

Présentation de l'éditeur a écrit:
-Je veux photographier ces blessures. -Avant toi de grands photographes sont venus ici et ont tiré de superbes photos de ces blessures... -Mais moi ce n'est pas la beauté que je cherche. Je cherche à faire revivre le sentiment que l'homme éprouve en regardant une cicatrice. Chaque fois que nous voyons une cicatrice nous ne pouvons nous empêcher d'en repenser la douleur. -S'il s'agit de ta propre cicatrice. Justement ce sont mes cicatrices que je cherche à retrouver.


Comme nous le savons, l’auteur a du fuir son Afghanistan natal en 1982 et là, il revient après de longues années en exil. Dans des textes lyriques il parle d’un drame, peut-être le drame de tant de déplacés et exilés : un être séparé, blessé, dont une partie est resté sur la terre des ancêtres, une autre, volée de ses racines, a du lutter à l’étranger avec le manque des paroles, de l’enracinement… Maintenant il traverse sa ville, Kaboul, et veut photographier les blessures. Les textes courtes sont lyriques, poétiques, mais aussi empreintes de douleurs, de nostalgie.

A première vue ce « peu de textes » et une certaine façon de photographier (les photos sont des fois floues, imprécises) peuvent déboussoler le lecteur : le tout vaut quand même 25,- Euro. Mais éventuellement on pourra jeter un coup d’œil et se former une opinion ?

A la limite on pourrait mettre ce livre dans les rubriques « Poésie, Voyages, Témoignages, Photographes… »


Mots-clés : #poésie #temoignage #voyage
par tom léo
le Dim 14 Avr - 17:02
 
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Sujet: Atiq Rahimi
Réponses: 9
Vues: 784

Max Jacob

En ouvrant ce fil, je me suis pris à avoir peur des superlatifs: Dans l'ordre du paysage artistique francophone du XXème siècle, est-ce un géant, un incontournable, un acteur majeur ?
Disons, de façon plus mesurée, à tout le moins una figura, avant tout un esprit libre, touche-à-tout de talent, irréductible, beaucoup de cordes à son arc, beaucoup de facettes à son art...

En ce qui concerne les savoureux Poèmes de Morven le Gaélique (années 1927-1930), qui font mes délices en ce moment, au début, à Saint-Benoît-sur-Loire était une revue, La ligne de cœur, fondée par Max Jacob et Julien Lanoë, qui avait Jean Cocteau pour parrain, quelques lecteurs tout au plus, et des collaborateurs occasionnels de la France entière.  
Max Jacob, un soir d'illumination, lança l'idée d'en faire "l'organe d'une renaissance celtique" (sic).
Comme il manquait deux pages pour le numéro de janvier 1927, Max Jacob griffonna deux poèmes à tons bretons, les signant "Morven le Gaélique" parce qu'il y avait déjà quatre pages de Max Jacob dans ce numéro de La ligne de cœur.
(NB.: Morven = La jeune fille).

Jacob, très inspiré par les sujets, les tonalités brutes, populaires, dansantes ou à entonner de la langue bretonne (d'abord du Pays d'Auray précise-t-il) -laquelle a l'oralité en dimension principale- réussit à faire du neuf avec du vieux, pas vraiment du pseudo-folklore ou de la revisite à mon humble avis, non, c'est plutôt qu'il compose avec cette façon uchronique, et c'est bonheur..

Un exemple vaut mieux que de longues considérations:
Le poème ci-dessous est tout à fait abouti et pourtant sonnant daté, "à cachet", il ferait -je crois- une chanson populaire, de marche ou de veillée, un air à siffloter - et le français utilisé en arrive à avoir l'air traduit du breton...

Le casuiste Aventin, certes prompt à s'enflammer comme brande sous torche, affirme qu'en l'espèce il a trouvé un cas de descendance littéraire d'Aloysius Bertrand  Tag poésie sur Des Choses à lire 1155189403 :

Mais peut-être est-ce que je me leurre,
En tous cas bravo au prestidigitateur.








Armée de Chouans



Le duc de Moëllo a passé
Sur la route de Ploërmel.
Plusieurs charrettes avec des bœufs
des vaches, des cochons, et des meubles de famille.
- Prenez-moi avec vous, dit une jeune fille
je sais guider les bêtes et les soigner
et je m'habillerai en soldat
pour ne pas faire désordre.
Si vous allez du côté de la France
prenez-moi avec vous.
Là, je trouverai celui qui m'a promis le mariage.
- Si tu veux lui servir de chaufferette
quand il fera mauvais temps
et de bain froid quand il fera chaud
tu viendras avec le duc de Moëllo
cette route n'est pas celle de Ploërmel
c'est la route de l'enfer.
- Venez donc habillée en soldat, ma fille
vous avez ma parole de duc
que vous n'aurez aucun trouble
de moi ou des soldats de mon armée.
Si vous rencontrez celui qui vous a promis mariage
si vous le rencontrez aux armées de France
c'est moi qui vous marierez tous les deux
moi et un bon prêtre de France




Mots-clés : #poésie
par Aventin
le Dim 24 Mar - 16:16
 
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Sujet: Max Jacob
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Charles Cros

BERCEUSE


Endormons-nous, petit chat noir.
Voici que j'ai mis l'éteignoir
Sur la chandelle.
Tu vas penser à des oiseaux
Sous le bois, à des félins museaux...
Moi rêver d'elle.

Nous n'avons pas pris de café,
Et dans notre lit bien chauffé
(Qui veille pleure)
Nous dormirons, pattes dans bras.
Pendant que tu ronronneras,
J'oublierai l'heure.

Sous tes yeux fins, appesantis,
Reluiront les oaristys
De la gouttière.
Comme chaque nuit, je croirai
La voir, qui froide a déchiré
Ma vie entière.

Et ton cauchemar sur les toits
Te dira l'horreur d'être trois
Dans une idylle.
Je subirai les yeux railleurs
De son faux cousin, et ses pleurs
de crocodile.

Si tu t'éveilles en sursaut
Griffé, mordu, tombant du haut
Du toit, moi-même
Je mourrai sous le coup félon
D'une épée au bout du bras long
Du fait qu'elle aime.

Puis hors du lit, au matin gris,
Nous chercherons, toi, des souris,
Moi, des liquides
Qui nous fassent oublier tout,
Car, au fond, l'homme et le matou
Sont bien stupides.


mots-clés : #poésie
par bix_229
le Dim 3 Mar - 19:46
 
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Sujet: Charles Cros
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Joséphine Bacon

Uiesh. Quelque part (2018)

Tag poésie sur Des Choses à lire Joseph12

J'ai connu le plaisir d'une première lecture du recueil en me rendant à mon premier cours d'Études autochtones de la session en métro. Le recueil se lit de manière relativement aisée. Plus ça va, plus Joséphine Bacon a tendance à adopter la forme brève (si on compare avec Bâtons à message). Il s'agit d'une des poétesses d'origine autochtone à s'illustrer sur la scène québécoise qui est l'une des plus accomplies avec Natasha Kanapé Fontaine. Comme elles sont toutes deux originaires de la même réserve de Pessamit sur la Côte-Nord, il y a naturellement une forme de passage du témoin historique même si elles s'illustrent toutes deux en même temps.

Natasha Kanapé Fontaine m'a elle-même parlé encore une fois en personne du fait qu'elle prenait exemple sur Joséphine Bacon. À cette époque, mes premières tentatives de lire Joséphine Bacon n'avaient pas été concluantes, probablement à cause de la facture bilingue de ses recueils. En amassant des citations dans mon périple syndical aux Postes, je suis tombé sur un long extrait dans Bâtons à message qui m'avait conquis à la poésie de Joséphine Bacon.

Dans son tout dernier recueil, Uiesh. Quelque part, Joséphine Bacon excelle à l'art de la poésie brève. J'ai dû sélectionner quelques poèmes et il y a tellement de passages savoureux. Il faut savoir prendre le temps de reposer la lecture et la reprendre.

J'ai cent mots à te raconter
Mon vieil âge
Mes rides

Je n'ai plus l'alerte des pas
Le souffle court
J'avance dans mon songe
Sans fatigue

Je sais entendre les feuilles
J'apprends le monde
Mon âge vieillit avec moi

Je n'ai pas cent mots
Je n'ai pas cent ans

(p. 12)


Comme nous savons, les Autochtones sont attachés à la terre et aux éléments naturels, dont la neige :

J'ai vu la naissance de l'hiver
La neige abandonne
Ses fragiles flocons
Dans un monde torturé
Sa finesse éblouit
La terre des nomades

(p. 28)


Le rapport des Autochtones face à leur histoire a son grain :

Je ne suis pas demain
Je suis aujourd'hui
Mon coeur retourne
Dans l'espace
Quand tu racontes mon histoire

Je suis la grande lune
Qui traverse le temps
Tourbillon de neige
Je m'affole
Que vive la tradition

(p. 40)


Encore une fois, sans crier gare :

Mes grands-pères ont parcouru la terre
Mes grand-mères ont donné naissances à nos mères
Je suis de cette tradition de paroles
Ma terre est bafouée
Par un serpent venimeux
Où coule mon histoire

(p. 64)


Le rapport à la nature est essentiel pour les Autochtones :

Tu parles d'étoiles
Je te parle de rivières
Tu parles d'astres
Je te parle de lacs
Tu parles de l'infini
Je te parle de la toundra
Tu parles d'anges
Je te parle d'aurores boréales
Tu parles des cieux
Je te parle de la terre

(p. 74)


Conscience d'être :

Ne me tue pas d'être vivante
Ne me tue pas de sourire
Ne me tue pas d'aimer
Ne me tue pas d'être humaine

Tue-moi
Si j'oublie

(p. 90)


Appel intergénérationnel :

Poing en l'air
Guerrière aux larmes
Sans vacarme
Je suis territoire
Tu m'as construite
Je suis souvenance
Tu poursuis mon enseignement

(p. 94)


Il y a quelques années, j'ai également connu la chance de voir une conférence de José Acquelin. Ça me manque de n'avoir pas encore vu Joséphine Bacon, mais je la lirai sans doute encore. Elle est très humble, discrète, naturelle et sage dans sa manière d'être. Les autres personnes ont tendance à la mettre en valeur et j'y vois une forme de revanche historique dans la mesure où elle a longtemps enseigné. Elle s'est révélée à la poésie après 2009. Imaginez si elle avait connu l'occasion d'une publication antérieure de ses poèmes en langue innue.


mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Dim 17 Fév - 8:55
 
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Sujet: Joséphine Bacon
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François Guerrette

Les oiseaux parlent au passé (2009) :

Tag poésie sur Des Choses à lire Les-oi10


François Guerrette est l'un des poètes vers qui je reviens. Je le qualifierais même de poète initiatique, au même titre que Geneviève Desrosiers, Daniel Leblanc-Poirier, Shawn Cotton et Maxime Catellier pour les poètes québécois de ma génération. Dans ce premier recueil, nous voyons déjà les promesses qui l'annoncent comme poète accompli.

Dans Les oiseaux parlent au passé, on sent ce souffle prophétique. Je dirais que je l'ai plus senti dans ses premiers recueils (Panique chez les parlants me vient en tête) avant que François Guerrette se révèle dans le recueil de maturité que constitue Pleurer ne sauvera pas les étoiles. La langue poétique québécoise est touffue surtout si on la trouve chez les Poètes de brousse. On dirait même que la maison d'édition et François Guerrette se sont trouvés...

Il y a des extraits saillants dans ce recueil que j'ai retenus pour les fins de l'exercice en gardant à l'esprit que la poésie de François Guerrette est particulièrement combative (je dirais même une déclaration de guerre, pour paraphraser un de ses recueils subséquents).

fièvres sacrées l'orage torride
le repos quantique s'il cache
à travers les décharges électriques et les oiseaux
je reste muet l'émeute aux lèvres
la tête ouverte mémoire à l'air
je pourrais porter des pyramides sur mon dos

(p. 21)


Je sens un fond de contre-culture :

je connais des dieux rouges de bouillir
à force de colère acouphène
le vide est buvard et l'usure
maquillée par la nuit mascara
la tache sur les murs l'aurore
un rien me laverait de vivre

(p. 31)


Très québécois par la manière de concevoir la thématique poétique :

à la craie le sang le ciel au plomb
sous l'angle kaléidoscope
le temps s'effiloche lente chemise
mal tricotée mon ombre cousue
sur la peau des murs j'ai l'air
d'une blessure ouverte sur l'avenir

(p. 46)


En vous parlant de ce souffle prophétique :

ouvrir les yeux c'est ouvrir le feu
un duel dans le crâne l'abeille
irrespirable parmi les cellules
un visage de moteur qui fume ma langue
et la voix de mourir
ne finit jamais de muer

(p. 63)


Encore une fois, je vous invite à lire François Guerrette. Son oeuvre survivra encore quelques générations. Je vous ai parlé sur l'autre forum de la qualité de son travail de poète, du fait qu'il était un tâcheron. On peut déjà le sentir dans ce premier recueil. Il est quand même porté par quelque chose de comment dire, grand, magique? Non, ce ne serait pas approprié de le dire comme critique de poésie, mais il y a quelque chose qui nous amène à nous dépasser dans la langue poétique qu'il emploie.


mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Jeu 14 Fév - 9:09
 
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Sujet: François Guerrette
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Gérard de Nerval

La bohème galante
(1855)

Tag poésie sur Des Choses à lire Sylvie12



La bohème galante proprement dite fut d'abord publiée en revue (L'Artiste, publication appartenant à Arsène Houssaye) en 1852, entre juillet et décembre. Arsène Houssaye, hommes de lettres et d'entregent, avait pour habitude de faire paraître sous sa propre signature des vers, des proses etc... émanant des divers collaborateurs de la revue, qui étaient tous ses obligés, en général pour dettes.

Et donc il y a du Nerval à dégotter (et pas mal d'autres plumes illustres sans aucun doute) chez Houssaye, courage à qui ira dépiauter les bouquins parus sous son nom, c'est un mastodonte...

Anecdote:
C'est ce même Houssaye qui, faisant paraître un recueil de poésie dont nul ne saura jamais combien de vers furent effectivement de lui, alla jusqu'à le préfacer lui-même et le tendre à Théodore de Banville pour qu'il paraphe de sa signature la préface, s'offrant ainsi à sa (dé)mesure et à sa gloire une préface dudit "poète du bonheur"....Où il y a de la gêne...

Quoi qu'il en soit, c'est avec l'ami de Nerval de très longue date -depuis l'adolescence-, Théophile Gautier, qu'Arsène Houssaye fait publier un ensemble de textes post-mortem intitulé La bohème galante, d'après un projet de compilation sur lequel travaillait Nerval (il en était même aux premières épreuves d'imprimerie); l'ordre des textes de ce patchwork peut varier suivant les éditeurs, ci-dessous celui de l'édition dont je dispose:
Bien jolie édition, Jules-Tallandier 1929, un peu abîmée au dos mais fort plaisante à lire, papier, mise en page comme police de caractères.


La bohème galante: 25 pages environ, 4 titres - on retrouve Sylvain, le "grand frisé" aperçu dans Sylvie, et deux ou trois scènes ré-empruntées à Sylvie, dont celle où il faillit se noyer, enfant, en traversant un gué qui n'existait pas ou plus, on retrouve Senlis, Ermenonville, et toujours ces effluves de rousseauisme.

Mes prisons: 15 pages - plutôt savoureux et inattendu, la façon dont le "bohémien" Nerval se retrouve parfois au poste (on dirait en garde à vue aujourd'hui).

Les nuits d'octobre: 100 pages environ, 26 courts chapitres qui sont autant de tableaux. Ravira les franciliens par les descriptions. Très substantifique. Toujours cette finesse concise, cette élégance de plume; les compositions en prose de Nerval, parce qu'elles ont ce je-ne-sais-quoi de gracile mais de retenu, de maîtrisé, échappent toujours un peu, ce qui est paradoxal tant son propos est limpide. Nerval est un styliste, tout en touches et en équilibres. Sa façon n'a pas pris une ride, et il faudra bien un jour s'interroger, pourquoi cet art de la plume-là, celui de Nerval, est-il intemporel, alors que certains auteurs, publiés il y a à peine un demi-siècle, nous semblent utiliser une manière tombée en désuétude, datée ?  

Un peu plus teinté d'autobiographie:
Promenades et souvenirs: 35 pages environ, 8 chapitres. Textes sobres encore, dans lesquels Nerval se dévoile un tantinet. Il y a une tendresse chez ce grand rêveur, mais qui n'est pas à l'eau de rose, ou encore empreinte de vacuité. Un de ces "rêveur, définitif" que saluait, au siècle suivant, André Breton.

La main ensanglantée: 55 pages environ, 14 chapitres.  A ce point différent des autres textes du recueil que, sans celui-ci, on ne parlerait pas de textes hétéroclites ou de patchwork. C'est une histoire qui se déroule loin dans le temps, en 1609. Vocabulaire choisi, esprit de l'époque restitué, La main ensanglantée est une curiosité, Nerval évolue dans un registre inconnu (enfin, pour moi du moins !) et ça fait mouche, ça fonctionne en tous cas pour ce conte, cruel et fantasmagorique avec un soupçon de farce à gros traits, juste ce qu'il faut pour obtenir un pendant propice à l'équilibre de l'histoire.

(Déglaçé d'un message du 25 juin 2014 sur Parfum)



mots-clés : #autobiographie #poésie
par Aventin
le Lun 17 Déc - 17:39
 
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Sujet: Gérard de Nerval
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Gérard de Nerval

J'inaugure le fil Nerval (qui manquait), avec un poème des Chimères. Je vais ensuite essayer de parler d'Aurélia, et des Filles du feu.

Tag poésie sur Des Choses à lire 363210



Le Christ aux oliviers

Dieu est mort ! le ciel est vide…
Pleurez ! enfants, vous n’avez plus de père !

I

Quand le Seigneur, levant au ciel ses maigres bras
Sous les arbres sacrés, comme font les poètes,
Se fut longtemps perdu dans ses douleurs muettes,
Et se jugea trahi par des amis ingrats ;

Il se tourna vers ceux qui l’attendaient en bas
Rêvant d’être des rois, des sages, des prophètes…
Mais engourdis, perdus dans le sommeil des bêtes,
Et se prit à crier : « Non, Dieu n’existe pas ! »

Ils dormaient. « Mes amis, savez-vous la nouvelle ?
J’ai touché de mon front à la voûte éternelle ;
Je suis sanglant, brisé, souffrant pour bien des jours !

« Frères, je vous trompais : Abîme ! abîme ! abîme !
Le dieu manque à l’autel où je suis la victime…
Dieu n’est pas ! Dieu n’est plus ! » Mais ils dormaient toujours !…

II

Il reprit : « Tout est mort ! J’ai parcouru les mondes ;
Et j’ai perdu mon vol dans leurs chemins lactés,
Aussi loin que la vie en ses veines fécondes,
Répand des sables d’or et des flots argentés :

« Partout le sol désert côtoyé par les ondes,
Des tourbillons confus d’océans agités…
Un souffle vague émeut les sphères vagabondes,
Mais nul esprit n’existe en ces immensités.

« En cherchant l’œil de Dieu, je n’ai vu qu’un orbite
Vaste, noir et sans fond, d’où la nuit qui l’habite
Rayonne sur le monde et s’épaissit toujours ;

« Un arc-en-ciel étrange entoure ce puits sombre,
Seuil de l’ancien chaos dont le néant est l’ombre,
Spirale engloutissant les Mondes et les Jours !

III

« Immobile Destin, muette sentinelle,
Froide Nécessité !… Hasard qui, t’avançant
Parmi les mondes morts sous la neige éternelle,
Refroidis, par degrés, l’univers pâlissant,

« Sais-tu ce que tu fais, puissance originelle,
De tes soleils éteints, l’un l’autre se froissant…
Es-tu sûr de transmettre une haleine immortelle,
Entre un monde qui meurt et l’autre renaissant ?…

« Ô mon père ! est-ce toi que je sens en moi-même ?
As-tu pouvoir de vivre et de vaincre la mort ?
Aurais-tu succombé sous un dernier effort

« De cet ange des nuits que frappa l’anathème ?…
Car je me sens tout seul à pleurer et souffrir,
Hélas ! et, si je meurs, c’est que tout va mourir ! »

IV

Nul n’entendait gémir l’éternelle victime,
Livrant au monde en vain tout son cœur épanché ;
Mais prêt à défaillir et sans force penché,
Il appela le seul – éveillé dans Solyme :

« Judas ! lui cria-t-il, tu sais ce qu’on m’estime,
Hâte-toi de me vendre, et finis ce marché :
Je suis souffrant, ami ! sur la terre couché…
Viens ! ô toi qui, du moins, as la force du crime ! »

Mais Judas s’en allait, mécontent et pensif,
Se trouvant mal payé, plein d’un remords si vif
Qu’il lisait ses noirceurs sur tous les murs écrites…

Enfin Pilate seul, qui veillait pour César,
Sentant quelque pitié, se tourna par hasard :
« Allez chercher ce fou ! » dit-il aux satellites.

V

C’était bien lui, ce fou, cet insensé sublime…
Cet Icare oublié qui remontait les cieux,
Ce Phaéton perdu sous la foudre des dieux,
Ce bel Atys meurtri que Cybèle ranime !

L’augure interrogeait le flanc de la victime,
La terre s’enivrait de ce sang précieux…
L’univers étourdi penchait sur ses essieux,
Et l’Olympe un instant chancela vers l’abîme.

« Réponds ! criait César à Jupiter Ammon,
Quel est ce nouveau dieu qu’on impose à la terre ?
Et si ce n’est un dieu, c’est au moins un démon… »

Mais l’oracle invoqué pour jamais dut se taire ;
Un seul pouvait au monde expliquer ce mystère :
– Celui qui donna l’âme aux enfants du limon.


mots-clés : #poésie
par Arturo
le Lun 17 Déc - 14:28
 
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Sujet: Gérard de Nerval
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Max Blecher

Corps transparent

Tag poésie sur Des Choses à lire Cvt_co10

Très court ouvrage poétique et surréaliste décrivant avec amour et fort érotisme de la relation à l'aimée.
C'est assez poignant et terriblement bien écrit. L'auteur ne fait pas preuve de sentimentalisme mais on sent une passion assez forte et une certaine fièvre dans l'écrit.
C'est finalement un poème assez français et j'ai ressenti l'inspiration d'un Breton par exemple dans le récit. Ce fut en tout cas très plaisant et je lirais volontiers d'autres oeuvres de cet auteur.

mots-clés : #poésie
par Hanta
le Dim 16 Déc - 10:50
 
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Sujet: Max Blecher
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Pierre Jean Jouve

Dans les années profondes - Matière céleste - Proses

Tag poésie sur Des Choses à lire Jouve10


Il s'agit d'une sorte de compilation thématique (réussie), éditée en 1995 dans la collection Nrf Gallimard poésie.
- Dans les années profondes est une longue nouvelle ou un court roman (dans les 75 pages environ), paru en 1935 comme second récit d'un titre, La scène capitale, lui-même par la suite compilé en 1948 dans Histoires sanglantes, puis à nouveau sous le titre La scène capitale (vous me suivez toujours ?).
Le titre provient d'un vers, ou plutôt d'un passage fragmenté de Baudelaire, issu de Fusées:
A travers la noirceur de la nuit, il avait regardé derrière lui dans les années profondes (...)


Il est à noter que, bien qu'intervenant assez tôt sa carrière, Dans les années profondes (+ La scène capitale) sera le dernier roman de Jouve.

- Matière céleste paraît en 1937, puis est redécoupé en 1964 - c'est cette seconde version qui est proposée (qui est la première partie de la mouture initiale).

- Proses est publié en 1960.

Il s'agit d'amour, de sexe, de mort et de viatique poétique. Jouve parvient à suggérer (tout est dans l'art de la suggestion) un érotisme ni soft ni porno, mâtiné de fétichisme et de bizarreries: ce livre peut être mis dans quasi toutes les mains, dès l'adolescence, à mon humble avis, et même on peut le lire en considérant que ceci n'est pas la matière première de l'ouvrage, ni son intérêt principal (c'est loin d'être écrit libido-presto, en somme).
Ailleurs, Jouve a estimé que le (bon vieux ?) temps où les écrivains étaient censurés pour atteintes aux bonnes mœurs était, en fait, une aubaine pour ces auteurs-là, et Jouve n'écrit ni pour faire des affaires florissantes, ni pour la gloriole du monde.

Jouve a le culte de l'art, et prétend qu'il aurait tout arrêté s'il n'avait pas la conviction de faire acte sacré en tentant de, par exemple, transgresser les déterminations esthético-éthiques que l'artiste est amené à rencontrer.
Et que dire de cette mort, la Mort majuscule, omniprésente ?
[à titre personnel c'est assez substantifique comme lecture, nourriture à mes réflexions du moment sur la thématique pas si facile ni si tranchée art profane/art sacré].  

On le voit, l'unanimisme de ses débuts est complètement renié, Jouve farfouille sans relâche, outre son âme, ses désirs et instincts pour aller vers un Art dont il serait servant d'autel. De nombreux poèmes de Matière céleste, Espiritual par exemple,  trop long pour que je le reproduise ici, illustre tout cela.

Sa poésie, sans analogie réductrice, rejoint, ou du moins fait parfois penser à celle de ses contemporains Pierre Reverdy et Michel Leiris (enfin, pas quand ce dernier se vautre dans une facilité d'aloi douteux).
Disons qu'elle fait époque, là où Jouve n'a de cesse d'accumuler les référents à son maître proclamé Charles Baudelaire, in memoriam duquel il a composé un Tombeau dont j'envisage fortement la lecture (Qui a lu...?).

Revenons à cet ouvrage, au début est un jeune homme (Léonide, qui campe Jouve, 23 ans) qui tombe amoureux d'une Grande Dame (Hélène de Sannis), nouvelle campée dans les montagnes de la Suisse italophone, apparemment (l'Engadine, presqu'à coup sûr, les noms, la typographie est à peine travestie).

Là-dessus arrive un proche de la famille de Sannis, Pauliet, malade et grand érotomane, qui va servir de passeur-révélateur à Léonide...

Bref, le thème est assez éculé on le voit, la chute même de la nouvelle est prévisible depuis la moitié de l'ouvrage, l'intérêt est ailleurs; outre que, sans cette lecture préalable, il serait ardu sinon presque impossible d'appréhender ce qui suit (Matière céleste et Proses), elle permet de se familiariser avec une plume exigeante, qui se laisse déguster même avec un appétit modéré.

Dans les années profondes, chapitre I a écrit:J'avais le cœur fin au point d'éprouver les souffrances des fleurs. L'été était dans son plein, aucun vent, et le torrent lointain à la partie inférieure du val avait le luisant d'un vieux sabre: je sentais la vaste terre que j'avais sous les yeux comme une splendide terre des morts. Je vis alors que mon dos était appuyé au mur d'une maisonnette en crépi avec une fenêtre étroite à barreaux, enfoncée dans la prairie; l'herbe, pressée comme une toison, comme une chevelure, se tordait avec douceur contre la pierre, et il y avait entre le mur brûlé par le soleil, l'herbe en désordre et la fenêtre abandonnée, un tel secret, que je me sentais m'émouvoir aux larmes. La nature entière, me semblait-il son passé et son avenir, se résumaient sur la muraille claire de la maisonnette, de même qu'il suffisait d'agrandir ou de réduire la maisonnette dans le temps pour obtenir la nature entière, avec son bonheur et sa mort: et c'est seulement que j'aperçus que la maisonnette encastrée dans une muraille était une partie du cimetière.


Matière céleste a écrit:
Hélène

Que tu es belle maintenant que tu n'es plus
La poussière de la mort t'a déshabillée même de l'âme
Que tu es convoitée depuis que nous avons disparu
Les ondes les ondes remplissent le  cœur du désert
La plus pale des femmes
Il fait beau sur les crêtes d'eau de cette terre
Du paysage mort de faim
Qui borde la ville d'hier des malentendus
Il fait beau sur les cirques verts inattendus
Transformés en églises
Il fait beau sur le plateau désastreux nu et retourné
Parce que tu es si morte
Répandant des soleils par les traces de tes yeux
Et les ombres des grands arbres enracinés
Dans la terrible Chevelure celle qui me faisait délirer



Matière céleste a écrit:

Une seule femme endormie

Par un temps humide et profond tu étais plus belle
Par une pluie désespérée tu étais plus chaude
Par un jour de désert tu me semblais plus humide
Quand les arbres sont dans l’aquarium du temps
Quand la mauvaise colère du monde est dans les cœurs
Quand le malheur est las de tonner sur les feuilles
Tu étais douce
Douce comme les dents de l’ivoire des morts
Et pure comme le caillot de sang
Qui sortait en riant des lèvres de ton âme.

Par un temps humide et profond le monde est plus noir
Par un jour de désert le cœur est plus humide.



PS: En complément de la présentation de Cliniou, un petit lien vers ce site., pas inintéressant mais souffrant de piètre présentation, à mon humble avis.
mots-clés : #poésie
par Aventin
le Dim 9 Déc - 7:43
 
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Sujet: Pierre Jean Jouve
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Jacques Réda

Ponts flottants

Tag poésie sur Des Choses à lire Ponts10

2006, 192 pages environ, Gallimard.
Ce "n'est pas un roman", précise l'auteur.

J'ai trouvé cet opus un peu moins fulgurant que "les ruines de Paris", toutefois il dégage beaucoup de sérénité, pas mal de recul.
C'est davantage patchwork aussi, sont-ce les aléas de la technique halieutique ?  
Jacques Réda, dans une interview a écrit:J'observe et j'écris en somme comme d'autres pêchent, sans ambition quant à la valeur de mes prises et aux raisons qu'on peut avoir de s'en enorgueillir.


Ouvrage découpé en deux parties, "Exercices d'espace" et "Présomptions quand aux éléments", elles-mêmes subdivisées en textes courts, parfois intitulés, ou groupés comme sous une bannière par un chiffre romain. L'hétéroclite apparent procède d'une construction, nous le découvrons peu à peu.
Le titre s'éclaircit enfin dans le tout dernier texte.

La partie "Présomptions quand aux éléments" est assez surprenante, tandis que les errances cingriesques des "Exercices d'espace" correspondent davantage à ce qu'on escompte trouver sous sa plume.

J'ai beaucoup aimé.
Difficile de ressortir un texte plutôt qu'un autre.
"Prose du TGV", l'étonnant et, somme toute, humoristique "L'installation", "Terminus Gallieni" et bien d'autres de ces courts textes - je mets "textes" par défaut, on ne peut pas parler de nouvelles...j'arrête là, sinon je vais tout citer...
"Belcier", un quartier de Bordeaux que je connais bien, m'a évidemment occasionné un petit bond rapide du palpitant, la description date des années 2000, Réda serait (est, peut-être) ennuyé de voir combien ce quartier a mal tourné changé en quinze ans. Car aujourd'hui c'est, comme Réda l'écrit dans et à propos d'Alouettes, il n'y a que la couleur blanche à changer:
Alouettes a écrit:
Soit un ensemble de gros cubiques immeubles tout blancs séparés par de larges avenues perpendiculaires aux arbres en crayons d'architecte, et comme on en a construit partout.
(...) ces édifices, conçus pour le meilleur rendement immobilier (...) Tout neufs et d'une propreté de laboratoire, ces blocs prennent passivement le pouls de l'espace et rendent presque palpable l'énorme amplitude de sa période qui nous inclut.  


Palmyre (Syrie) me remit en mémoire une visite quasi-similaire effectuée, peut-être la même année, à Baalbek la libanaise...

Terminus Gallieni a écrit:Enfin je reviens au lieu où la dévastation scialytique plate s'anime: une dame maigre et blonde ébouriffe sa crinière dans un abribus; dans un autre, deux amoureux donnent consistance à une tératologie contre un plan de réseau; je tourne en boitillant sur place comme un vieux marabout: on croirait le début d'un zoo déjà frappé d'interdiction administrative.


Topocryptographies a écrit:
Sully pose ainsi dans la plaine le petit transformateur architectural d'une énergie obscure d'où provient sa clarté: il fixe la dernière image d'un conte où les forces mauvaises, mais qui attendent que nos frayeurs les appellent pour survenir et se dévouer à leur service,  ont succombé à la puissance bénigne d'un ordre mis en œuvre par une intention toute humaine de faste discret et sans frivolité.


Palmyre a écrit:Tous refusent de m'accompagner entre ces fantômes de colonnes.
Leur ombre tourne pour le soleil qui n'a pas besoin d'aiguilles ou de cadrans:
La lune boiteuse n'ébranle rien dans leur forêt de béquilles votives.
J'ai dormi là en plein midi dans l'ombre d'un temple ruiné.
J'ai visité des tombeaux d'où les morts eux-mêmes s'étaient enfuis.
Mais je n'ai pas voulu faire l'idiot sur la bosse d'un dromadaire.


Prose du TGV a écrit:
Bien établi dans le silence et la régularité de sa vitesse, le déplacement fuit sous une bulle où l'on croit ne plus bouger.
C'est le paysage qui défile dans le contrepoint rythmique de ses plans.
Les plus proches se bousculent sous le battement des poteaux qui les matraque, les réduit en balle, en bouillie.
Un peu plus loin se stabilisent des pièces de blé en voie de mûrir où, une fraction de seconde, l'œil entre des milliards isole un seul épi, le soupèse, se réjouit de l'adhésion intense et parfaitement structurée de ses grains.
Les lèvres comme les yeux au bord d'une coupe inépuisable, on boit, à même les nappes de céréales aux nuances diverses d'eau, à même le ciel étale.  

mots-clés : #poésie
par Aventin
le Sam 1 Déc - 6:59
 
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Sujet: Jacques Réda
Réponses: 22
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Henri Michaux

Épreuves, exorcismes

Tag poésie sur Des Choses à lire Epreuv10

Recueil de poèmes en prose composés entre 1940 et 1944 ‒ l’influence de la Seconde Guerre s’y fait sentir, surtout dans les premiers, dans Ecce homo, ou encore La marche dans le tunnel, une sorte de fable épique en 23 chants, d’ailleurs inachevée :  
« Le monde était tout drapeau. […]
Tout est Tribu, Tribu ! »

Aussi de petits contes étranges et typiques de l’auteur, avec une faune étrange et monstrueuse comme dans Les hommes en fil, d’une imagination surréaliste.
Egalement influence de spiritualité indienne, dans les paroles de « Maître de Ho » notamment (un peu caricaturé ?)
« J’ai vu l’homme à la tête diverse.
À la tête semblable au râteau, il ramasse. À la tête semblable aux racines, il pompe. À la tête semblable à un tonneau, il est penché. J’ai vu l’homme à la grenouille chaude, cherchant assouvissement, et son admirable mécanisme déclencheur qui savait le lui obtenir lui faisant prononcer alors des mots doux, d’ailleurs beaucoup trop doux.
J’ai vu l’homme semblable à une horloge qui parlait à un homme semblable à une dague. Quelle rencontre ! Mais elle n’était pas hors de l’ordinaire.
J’ai vu l’homme à la tête semblable à une balance, l’homme fait de moignons et de réservoirs autonomes, ou comme un cintre, l’homme aux seules épaules.
J’ai vu l’homme à la tête pétillante, et voulant m’en approcher, je n’ai pas pu. La vérité : Je n’aurais pas voulu avoir à le nourrir, seulement le connaître et plutôt de profil et d’une certaine distance à ne pas laisser combler inconsidérément, comme on observe un tigre, sans l’adopter.
J’ai vu les hommes en arc, têtes et corps enflés au vent de la vie. J’ai vu l’homme pyramidal, l’homme requin, l’homme attaqué par sa propre hache, faisant un avec deux, mille avec trois… ou un jugement. J’ai vu l’homme tumultueux, mais j’ai vu sa race gravissant avec sang-froid et patience le haut plateau.
Tandis qu’elle perdait les siens, des spermatozoïdes toujours jeunets en remettaient d’autres au berceau, qui reprendraient toute chose au point voulu. Et elle les regardait et me regardait et nous regardait tous passer silencieusement. »
J’ai vu (intégral)

« Sachez-le aussi : Nous n’avons plus nos mots. Ils ont reculé en nous-mêmes. En vérité, elle vit, elle erre parmi nous LA FACE À LA BOUCHE PERDUE. »
La lettre dit encore…

« Je fus transporté après ma mort, je fus transporté non dans un lieu confiné, mais dans l’immensité du vide éthérique. Loin de me laisser abattre par cette immense ouverture en tous sens à perte de vue, en ciel étoilé, je me rassemblai et rassemblai tout ce que j’avais été, et ce que j’avais été sur le point d’être, et enfin tout ce que au calendrier secret de moi-même, je m’étais proposé de devenir et serrant le tout, mes qualités aussi, enfin mes vices, dernier rempart, je m’en fis carapace.
Sur ce noyau, animé de colère, mais d’une colère nette, que le sang n’appuyait plus, froide et intégrale, je me mis à faire le hérisson, dans une suprême défense, dans un dernier refus.
Alors, le vide, les larves du vide qui déjà poussaient tentaculairement vers moi leurs poches molles, me menaçant de l’abjecte endosmose, les larves étonnées après quelques vaines tentatives contre la proie qui refusait de se rendre, reculèrent embarrassées, et se dérobèrent à ma vue, abandonnant à la vie celui qui la méritait tellement.
Désormais libre de ce côté, j’usai de ma puissance du moment, de l’exaltation de la victoire inespérée, pour peser vers la Terre et repénétrai mon corps immobile, que les draps et la laine avaient heureusement empêché de se refroidir.
Avec surprise, après ce mien effort dépassant celui des géants, avec surprise et joie mêlée de déception je rentrai dans les horizons étroits et fermés où la vie humaine pour être ce qu’elle est, doit se passer. »
Après ma mort

La préface de l'auteur constitue une sorte d’"art poétique" :
« Il serait bien extraordinaire que des milliers d'événements qui surviennent chaque année résultât une harmonie parfaite. Il y en a toujours qui ne passent pas, et qu'on garde en soi, blessants.
Une des choses à faire : l'exorcisme.
Toute situation est dépendance et centaines de dépendances. Il serait inouï qu'il en résultât une satisfaction sans ombre ou qu'un homme pût, si actif fût-il, les combattre toutes efficacement, dans la réalité.
Une des choses à faire : l'exorcisme.
L'exorcisme, réaction en force, en attaque de bélier, est le véritable poème du prisonnier.
Dans le lieu même de la souffrance et de l'idée fixe, on introduit une exaltation telle, une si magnifique violence, unies au martèlement des mots, que le mal progressivement dissous est remplacé par une boule aérienne et démoniaque - état merveilleux !
[...]
Pour qui l'a compris, les poèmes du début de ce livre ne sont point précisément faits en haine de ceci, ou de cela, mais pour se délivrer d'emprises.
La plupart des textes qui suivent sont en quelque sorte des exorcismes par ruse. Leur raison d'être : tenir en échec les puissances environnantes du monde hostile. »



mots-clés : #poésie
par Tristram
le Jeu 15 Nov - 15:50
 
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Sujet: Henri Michaux
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