Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 15 Oct - 4:37

142 résultats trouvés pour poésie

Paul Celan

Choix de poèmes réunis par l’auteur :

Tag poésie sur Des Choses à lire Paulce11

Paul Celan est quelqu’un de très particulier comme poète. On peut le considérer comme un genre de Graal à atteindre dans le domaine de l’étude de la poésie. Ça fait plusieurs poètes que je côtoie qui se penchent sur lui et en parlent dans des essais (Paul Bélanger, Paul Chamberland, Philippe Lacoue-Labarthe, etc.).

De la même manière, je serai très sélectif lorsque vient le moment de le citer. Ses recueils sont brefs et on dit que sa poésie est fermée au point d’être hermétique et close. On peut le voir comme une tentative d’empêcher cette poésie d’être réduite et/ou récupérée par la suite - par des gens mal intentionnés qui remettraient en cause, pour citer l’exemple utilisé le plus fréquent, la notion de témoignage de l’Holocauste.

«ŒIL  SOMBRE  DE SEPTEMBRE»

Bonnet de pierre temps. Et plus généreuses sourdent
les boucles de la douleur autour du beau visage de la terre,
de la pomme ivre, brunie par l'haleine
d'une sentence pécheresse: belles et répugnant au jeu
qu'elles jouent dans le reflet
mauvais de leur futur.
 
Le châtaignier fleurit pour la deuxième fois:
signe de l'espoir pauvrement enflammé
d'un prochain retour
d'Orion: la ferveur
claire étoilée des amis aveugles du ciel
le rappelle là-haut.
 
Près des portes du rêve,  non dissimulé,
un œil solitaire se bat.
Il lui suffit de savoir
ce qui se passe chaque jour:
à la fenêtre d'Est
lui apparaît quand il fait nuit l'oblongue
silhouette voyageuse du sentiment.
 
Dans l'humide de son œil tu plonges l'épée.

TRADUCTION FRANÇAISE – JEAN-PIERRE LEFEBVRE


Comme vous le voyez, la poésie de Paul Celan est puissante et plutôt incomparable par ses effets. On peut dire qu’il a inventé lui-même une façon de concevoir la poésie et l’a couchée sur papier de façon indélébile, s’assurant de rester inoubliable.

J’ai sauté par-dessus «Fugue de mort». Je suis plutôt tombé sur ce poème :

«Brûlure»

Nous ne dormions plus car nous gisions dans les rouages
de l’horloge mélancolie
et courbions les aiguilles comme des verges,
et elles se sont détendues d’un coup et ont fouetté le
temps jusqu’au sang
et tu racontais une pénombre qui grandissait,
et douze fois j’ai dit tu à la nuit de tes mots,
et la nuit s’est ouverte, et elle est restée déclose,
et j’ai mis un œil en sa chair et t’ai tressé l’autre dans les
cheveux
et j’ai noué entre les feux la mèche, la veine ouverte –
et un jeune éclair a nagé jusque-là.


Parfois, sa poésie a l’air de rien… j’ai passé par-dessus pendant longtemps… mais il y avait quelque chose qui me faisait revenir vers lui… irrémédiablement.

JE SUIS SEUL, je mets la fleur de cendre
dans le verre rempli de noirceur mûrie. Bouche-sœur,
tu prononces un mot qui survit devant les fenêtres,
et sans un bruit, le long de moi, grimpe ce que je rêvais.
Je suis dans La pleine efflorescence de l’heure défleurie
et mets une gemme de côté pour un oiseau tardif :
il porte le flocon de neige sur la plume rouge vie ;
le grain de glace dans le bec, il arrive par l’été.


Tout ce qui vient de précéder vient du recueil Pavot et mémoire. Je vous le rappelle, j’essaie de rester fidèle à l’esprit des recueils et laisser un espace pour la lecture des recueils.


Mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Jeu 10 Oct - 8:54
 
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Sujet: Paul Celan
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Marie-Andrée Gill

Chauffer le dehors (2019) :

Tag poésie sur Des Choses à lire Mariea10

Marie-Andrée Gill confirme avec ce recueil qu’elle fait partie de mon panthéon d’auteurs de poésie. Elle a une esthétique et une conception d’écriture de la poésie qui se rapprochent de la mienne. Elle déclarait d’ailleurs en 2016 : « Je sens que j’ai une responsabilité politique et sentimentale envers mon village, mais je ne sais pas comment en parler. Alors c’est comme ça que je l’exprime »*. Je l’apprenais pour la première fois, mais à la réflexion je n’en suis pas si étonné surtout quand on connaît son penchant pour des auteurs comme Daniel Leblanc-Poirier et David Goudreault.

En lisant à nouveau son recueil avec ces nouvelles lunettes d’analyse, j’ai repéré d’autres choses, dont le recours textuel d'une référence à Hubert Aquin. Il ne faut pas oublier non plus qu’elle écrit en tant que femme et cette manière d’écrire peut être considérée féministe dans la mesure qu’elle peut recourir à un mimétisme de l’écriture des hommes pour en dégager une démarche signalétique en tant que femme autochtone.

Je vous livre quelques extraits :

Toujours en train d’écrire de quoi pour survivre,
j’invente des listes de choses à faire, déconstruis
les structures fanées de rêves dociles : oignons
revenus et soupes chaudes, chanterelles et tartes
aux pommes; nos accidents de bonheur simple.

Même si la fuite aplatit les contours, l’attente est
une lueur lourde sur la matérialité des mots.
Pourtant, je sais quoi faire et ne pas faire, j’ai le manuel
de ces affaires-là, les rituels.

Quelque chose en moi garde sa lampe allumée -
une déchirure, pas tout à fait une blessure, plutôt
comme quand les nuages s’ouvrent là au milieu,
entre les poumons - une envie qui peut pas
s’empêcher de chercher le trouble, provoquer
la rencontre, essayer n’importe quoi tout à coup que.
p. 17


Quand je parlais de Goudreault et de la référence à S’édenter la chienne :

Je cherche dans le bois
et les chiennes de vivre
le remède aux morsures de ta douceur
celle qui m’a fait toucher à autre chose
qu’à la bouette des rôles à jouer
p. 27


Il faut dire après tout que les chien-ne-s sont importantes dans les coutumes et les modes de vie autochtones, du moins dans la mémoire collective.

Quand je parle de l’ombre aquinienne qui se profile (incipit de Prochain épisode) :

Je t’écris de ma piscine intérieure qui coule.
Je hurle sur mute dans le sable mouvant
des HLM en lançant du sel derrière mon
épaule et en tournant en rond à chercher
une perpétuelle dernière fois parce que
c’est connu, on sait pas réfléchir quand le
feu est pris dans le tapis.

Tout, autour de moi, se ferme et s’ouvre.
Je veux désapprendre l’odeur de tes cheveux
et, avec la même force, je dis encore encore
je veux être sur le matelas en arrière du char
à réveillonner dans tes mains, qu’on
soit des enfants, qu’on mange des chocolats
et des tomates-cerises qui explosent dans
la bouche même si je sais qu’après on fera
comme d’habitude en allant se baigner dans
nos drames parce qu’il serait le temps de péter
la bulle, prendre une débarque et réapprendre
à faire du bicycle.
p. 45


Quand on reprend une saveur plus autochtone :

Je pleume les oies pour souper, comme je voudrais
le faire pour toi mais à l’envers : te greffer des ailes
qui marchent et des cris plein la gorge, que tu puisses
voir les fleurs sauvages de mon cœur cru, la médecine
millénaire qui nous enveloppe.
p. 58


Il y a une diversité dans le registre et les procédés d’écriture. Ici, on voit que c’est néo-punk :

Chaque pensée est un crash
de corneilles dans un blender
une matière nouvelle à dompter
p. 61


Ça ne manque pas de piquant :

Ce qu’il reste :
des rires en pleurant comme tout le monde en connaît
une senteur de savon à linge pis de gaz deux-temps
et mon clitoris comme une ronde
toute seule dans sa mesure
p. 63


Autochtone bis :

Je peux aussi courir après les orignaux et écouter
la poésie pas compliquée des faux-trembles.

Sous le soleil de neige chaude je te remplace par
les sentiers que j’ouvre et tape avec la force de ma
chaleur de femme, par le chemin brillant de chaque
dièse que les flocons font en naissant.
p. 72


Il y a tellement à citer et réciter dans ce recueil. Je vous conseille la lecture du recueil pour mieux comprendre l'intention esthétique. Marie-Andrée Gill est une poétesse majeure si on se place sous la lorgnette des poétesses autochtones et de la référence aux courants contemporains de poésie québécoise. Elle veut marquer le pas et assumer ce que les poètes de l’Écrou et des maisons d’édition émergentes sont en train de défricher comme sentier.

* Référence à l'article suivant : http://impactcampus.ca/arts-et-culture/marie-andree-gill-rester-fidele-a-lordinaire/


Mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Dim 8 Sep - 8:57
 
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Sujet: Marie-Andrée Gill
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Vénus Khoury-Ghata

Dans "Le livre des suppliques" (2015), page 89 ce poème, comment ne pas voir une évocation de son frère Victor (vers: celui assis sur le vide se disait éphémère comme la flambée de houx), et de sa sœur morte à l'âge de huit mois, ce dont son père eut bien du mal à se remettre (une des trois chaises au dos interminables, les deux autres pouvant être celles des parents) ?  

Victor, le grand frère qui souhaitait devenir poète, partit pour Paris, où il ne parvint pas à se faire publier, et se liquéfia dans la drogue, l'alcool probablement aussi, et une sexualité homosexuelle débridée.
Le père, ancien militaire interprète pour le Haut-Commissariat français du temps du mandat de la république française au Liban, avait été reversé dans l'armée libanaise: c'est lui, qu'on sent absent mais terrorisant, le passeur de la langue française auprès de ses enfants.

Injonction du père à Victor de revenir au Liban. Retourné au foyer familial, le père le fit interner en psychiatrie et subir une lobotomie.
Il mourra jeune et sordidement écroué, pardon "interné".

Le père-ogre, detesté-mais-tout-n'est-pas-si-simple par Vénus.
A-t-elle, en quelque sorte, volé à son tour le feu, repris le flambeau de Victor, en divorçant d'un premier mariage à vingt ans pour suivre le scientifique Jean Ghata à Paris et s'imposer comme une femme de lettres de premier plan (de premier plan c'est moi qui l'affirme, hein) ?

bouleversante page 89 en tous cas:


la lucarne reflétait les humeurs du père
Devenait opaque lorsqu'il rentrait les mains vides
Avalait insectes et poussières lorsqu'il renversait la soupière et
 que la mère la mère ramassant les débris accusait le vent
Nous étions sept par temps de désarroi ordinaire
Quatre enfants et trois chaises au dos interminables
Celui assis sur le vide se disait éphémère comme la flambée de
 houx
Sa vie n'excèdera pas la taille d'un crayon
Qu'il nous noiera sous ses bienfaits
Un cerf-volant qui nous emportera par-dessus le toit
et un soleil de poche pour la mère qui pleuvait à chaque passage
 de nuage


si triste la maison à cinq heures de l'après-midi



Mots-clés : #enfance #famille #fratrie #huisclos #poésie #relationenfantparent #viequotidienne
par Aventin
le Sam 7 Sep - 8:33
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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Vénus Khoury-Ghata

Emportés comme seuls bouquins de poésie pour quinze jours de vacances, Le livre des suppliques et Les mots étaient des loups, ce dernier étant un recueil de poèmes choisis de la [célèbre] collection Nrf - Poèsie/Gallimard, je dirais que le second est propice à la découverte, tandis que le premier est un exceptionnel transport poétique de tout premier ordre, j'en reste bouche bée.

Tag poésie sur Des Choses à lire Le_liv10
Tag poésie sur Des Choses à lire Les_mo10


Auparavant, de Vénus Khoury-Ghata je picorais quelques poèmes à la volée, glanés sur le Net, appréciais ses entrevues (un parcours même sommaire de la Toile vous donnera de nombreux podcasts radio, vidéos, articles de journaux, etc...).
Bref, je passais à côté, elle était telle un monument somptueux dont on sait qu'il existe et dont on se remet très bien de ne jamais l'avoir scruté ou visité.

Aujourd'hui, je suis convaincu qu'elle est l'un des plus grands poètes francophones, parmi les contemporains si vous voulez, sachant que mon curseur personnel de contemporanéité est un peu plus souple en matière de poésie que dans la quasi-totalité des autres domaines: mettons un gros demi-siècle, plutôt un trois-quart de siècle bien tassé et n'en parlons plus.

Et il me reste la plupart de ses recueils de poésie, et la totalité de ses romans à découvrir: voilà une perspective qui rend heureux rien qu'à l'évoquer !

Deux brefs poèmes en guise d'échantillons, choisis justement pour leur taille mini:

Les mots étaient des loups page 63 a écrit:
Montures courant dans leur écorce
un sang vert aux commissures des lèvres
montures végétales pour nuages fatigués
battus tel tapis de pauvre à sa fenêtre
jetés à terre plus bas que brouillard
et qu'herbe sourde au tympan éclaté
montures quand même dans la sombre écurie de la
  forêt
olivier au pied bot
chêne mâle aux épaules cagneuses
platane chiffonnier aux mains fourchues


chevaux







Le livre des suppliques, page 85 a écrit:
L'enfant qui crie de bas en haut ne peut ameuter les nuits ne peut
  alerter les soldats de plomb qui veillent sur son sommeil
la mère qui allaite sur l'envers du mur est de pierre sourde
l'ébriété de ses seins fait des remous dans l'eau de la bassine et
  fait craindre à l'enfant une inondation de l'obscurité







Mots-clés : #poésie
par Aventin
le Ven 6 Sep - 22:31
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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Emmanuel Deraps

Failure (2019) :

Tag poésie sur Des Choses à lire Emmanu11

Le dernier recueil d’Emmanuel Deraps, Failure, m’a beaucoup plu à la lecture. On peut parler du ratage qu’il érige en absolu, mais c’est surtout cher à «l’art de la défaite» esquissé par Hubert Aquin. Dans des descriptions qui ne manquent pas d’à-propos, le poète se place dans la lignée des devanciers de Doctorak go :

26 juillet 2016 - montréal

cartographiant l’île noire de mémoire
j’en perds quelques bouts                      je sais
                  le cœur d’un été de vin volé
                  et de terrasses abattues
sous le poids des lancements par habitude
j’en oublie comment même me rapailler
entre les micros-ouverts et le choc
des pintes levées
à ce qui nous consume

une fin
en taxi                          en tour de ville
à un de plus que le nombre de sièges
serrés tight jusqu’à l’abandon
sous les averses neigeuses de juillet
personne ne nous avait dit qu’on jouait
dans la nuit de ses quarante ans
il avait tout fait                               pour tuer
le temps
mathieu et ses manigances
        comme pour se fêter en cachette
        ou nous faire une surprise
nous avait dit aimer
habiter
                                     la vingtaine des autres
Extrait, p. 27


Tag poésie sur Des Choses à lire Emmanu12


Mots-clés : #contemporain #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Mar 27 Aoû - 9:34
 
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Sujet: Emmanuel Deraps
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Breyten Breytenbach

Breyten Breytenbach est un écrivain remarquable qui mérite sa place aux côtés des plus grands écrivains d'Afrique du Sud.
Militant de l'ANC (Congrès National Africain, le parti de Mandela), il a participé à tous les combats contre l'apartheid.
Et il a été un des rares blancs à faire partie des instances dirigeantes de l'ANC.
Il a écrit en anglais aussi bien qu'en afrikkans, sa langue natale : poèmes, romans, essais.
Il est aussi peintre et aquarelliste.
Ce qui me le fait apprécier en tant qu'homme, c'est sa lucidité constante, et son courage aussi, qui l'ont conduit logiquement à s'opposer aux graves dérives au sein de l'ANC au pouvoir.
Résistant est la qualificatif qui lui convient le mieux...

De plus, c'est un écrivain remarquable, doublé d'un poète et d'un peintre.

Testament d’un rebelle

Donne-moi une plume
que je puisse chanter
que la vie n’est pas vaine...

Donne-moi un amour
qui ne périsse pas
soudain entre les doigts...

Donne-moi un cœur
qui batte sans arrêt,
mais qu’il batte plus fort
que le battement blanc
d’un pigeon affolé...

Donne-moi un cœur,
une usine de sang...

Donne-moi deux lèvres,
de l’encre pour ma plume,
qu’elle abreuve de lait
une lettre d’amour
pour la terre entière.


Traduction de Bernard Lorraine Christian Bourgois, 1983
Extrait du livre : 100 poèmes du monde pour les enfants


Mots-clés : #poésie
par bix_229
le Sam 10 Aoû - 17:03
 
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Sujet: Breyten Breytenbach
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Jacques Réda

L’herbe des talus

Tag poésie sur Des Choses à lire L_herb10


Suite de textes assez brefs comme autant de poèmes en prose ou pas, d’entrées d’un journal gidien comme autant d’auto-confidences, souvenirs nostalgiques en fragments de mémoires, références littéraires choisies ‒ rien d’étonnant à ce qu’un aspect cabalistique en obscurcisse parfois l'acception. Balades réflexives, y compris voyages internationaux, et au détour de chaque vadrouille quelques brins d’herbe font fil conducteur. Phrases que Jacques Réda modèle avec soin, désarticule occasionnellement en inversant les segments ‒ une tournure à laquelle je suis sensible.
Volontiers ludique, pas dénué d’humour, il pratique la pêche aux nuages avec un cerf-volant, les trains, le jazz…
« On se figure souvent en voyage qu’on devient un autre, que de l’imprévu en sortira, et je tâchais au moins d’éprouver l’intérêt qu’un de ces autres eût pris au spectacle. »


Mots-clés : #poésie #voyage
par Tristram
le Mer 17 Juil - 22:29
 
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Sujet: Jacques Réda
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Guy Goffette

Verlaine d’ardoise et de pluie

Tag poésie sur Des Choses à lire Verlai10

Dédiée à Jacques Réda, voilà une suite de six textes à propos de la vie de Verlaine.
Un pays sur la route fait référence au poème Va ton chemin et a pour thème la marche-cheminement du poète, au moment de son agonie. Celle-ci sera le fil conducteur des textes :
« On dit que la mémoire, avant de tourner la page, dresse encore sa table des matières et trace un vivant résumé. Toutes les scènes marquantes sont reprises et serrées comme un poing. Le film se déroule au ralenti dans le temps d’un éclair. C’est l’heure où les aveugles voient, où les sourds entendent, et Caïn même, au fond de sa retraite, a beau se fermer les yeux, il voit ce qu’il a fui. »

Les bocals sont ceux où sa mère conservait ses trois aînés mort-nés, comme un répons visionnaire de ses trois amours, Elisa, Arthur, et Lucien (la cousine-grande sœur, « l’ange dromomane »-« homme aux semelles de vent », le protégé-fils adoptif).
Une infusion de Verlaine, c’est celle qui tua son grand-père apoplectique, poivrot invétéré ‒ bon sang ne saurait mentir…
« Parce qu’un vieux fond de mélancolie (d’où tenu ?) l’a traîné sur des chemins de fortune et jeté dans les bras de mille fées vertes sans vergogne. »

La mort de la vierge, c’est la Saskia de Rembrandt, que Verlaine reconnaît en Mathilde sa future épouse ; et la « vierge folle », c'est aussi Verlaine avec « l'époux infernal »...  
De schiste et de pluie : l’incipit, déjà, évoquant l’ardoise sous la pluie, renvoie à l’Ardenne, région originaire pour Verlaine et l’auteur :
« Le schiste est un soleil refroidi, enfermé dans la pierre. C'est une fleur aussi, plusieurs fois millénaire, quelque chose entre le coquelicot et le chardon, en plus éteint, mais qui s'irise encore à certaines heures du jour, les plus fragiles. Au petit matin, par exemple, et à l'entrée du soir. »

La Maison des couleuvres : comme une fidélité définitive, au bout de la route, au pays d’origine...

A la lecture de cette biographie poétique qui se réfère sans cesse à l'œuvre de Verlaine, mais aussi de Rimbaud, j’ai rapidement songé à Michon, pour le thème comme pour le style.


Mots-clés : #biographie #poésie
par Tristram
le Lun 8 Juil - 22:58
 
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Sujet: Guy Goffette
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André Hardellet

Si vous avez une heure devant vous...(bien dommage ce manque d'images, ce joli reportage-là appelle, à mon humble avis, support visuel - ne serait-il, pour le maniaque du hashtag ou du catalogue, qu'entrevues de témoins-).

...l'air à la fois bonasse et pirate, mais qui faisait des poèmes délicats...

Bal chez Temporel

...Les chasseurs est un livre qui se situe sur la ligne de démarcation où la poésie se tient...

...il était -mais vraiment !- d'une telle naïveté...

...ce qui est vrai parce que je l'affirmerai tel...

...il faut, je crois, employer une langue aussi simple, aussi claire que possible...

...Il n'y a pas un mot qui ne soit à sa place, une espèce d'exactitude...

...ça tenait tellement à rien...

...c'est quelqu'un qui est tombé du Paris de l'enfance...

...l'impression d'avoir des gros sabots quand on parle de lui...





Mots-clés : #poésie #xxesiecle
par Aventin
le Lun 1 Juil - 19:36
 
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Sujet: André Hardellet
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André Hardellet

Les chasseurs
I et II

Tag poésie sur Des Choses à lire Les_ch10

Fourre-tout où l'on retrouve des nouvelles, parfois très courtes (des brèves ?) quelques rares poèmes, deux répertoires.
Publiés en 1973 chez l'éditeur Pauvert, Les chasseurs I puis sa suite Les chasseurs II parurent ensuite, réunies en un seul ouvrage, chez Gallimard collection L'imaginaire: 135 pages environ pour cette dernière publication.

Très recommandable ouvrage inclassable, souvent délectable, truffé de clins d'œil (comme cette brève intitulée Niouorlinsse, dédiée in memoriam à Boris Vian, évocation de l'afro-jazz à connotations antillaises et bop.

Loisive est un somptueux (et long) poème,  bien des charmes restent à glaner dans Les échassiers, Le logis d'Aramis, L'artillerie hollandaise, Jalousies, Les carrières, L'enquête...tandis que la Comptine en latin, espièglerie de potache de niveau cancre de collège émarge au plus que dispensable (mais c'est le seul titre dans ce cas-là et ça ne "pèse" que quelques mots, même pas une page).
Hardellet fait penser par son art d'écrivain à ses potes Doisneau le photographe, Prévert le poète, Brassens le fin auteur-compositeur-interprète, Mac Orlan, ou son ancêtre Carco, vous voyez, ces artisans en cousu-main du trottoir urbain nocturne: allez-y, la veine est indubitablement la même - Réda, quasi-contemporain, a dû tremper dans Hardellet aussi.

Si Jack-Hubert passe par cette page, confions-lui combien il y a du fin flâneur urbain chez Hardellet (échantillon dans le dernier extrait) !

Les deux répertoires sont à éplucher avec des lenteurs de pêcheur à la ligne au bord de l'assoupissement, on y trouve, par exemple, à:
Cartes (à jouer) a écrit:L'odeur d'un vieux jeu retrouvé dans un tiroir, avec un jacquet et des jetons en os. Autrefois, après le souper, ces rois, ces reines et ces valets écoutaient évoquer des amours, des chasses et des fêtes qu'il nous faut réinventer.

Saule a écrit:Le saule qui, d'une basse branche, tâte l'éternité de la rivière.


Histoire de vous mettre l'eau (ou plutôt le vin blanc des coteaux de Suresnes) à la bouche, ci-dessous in extenso la première (courte !) nouvelle, qui suit immédiatement la préface, préface que vous resservirez plus tard, en postface avec un hochement de tête.

La chambre froide a écrit:Le vin blanc des coteaux de Suresnes se récolte maintenant sous forme d'une pluie à peine ambrée, de mince saveur et qui provoque néanmoins de jolis arcs-en-ciel lorsque le temps s'y prête; animés d'une grande vitesse de rotation, ces météores présentent bientôt l'aspect de disques blancs coupés par l'horizon.
 Au coucher du soleil, des joueurs de bonneteau guettent les habitués d'un hippodrome clandestin qui serpente à travers les constructions neuves, les jardins d'enfants, les champs de lierre et de manœuvre et parfois même emprunte la piste officielle du Val d'Or. Des satyres vétustes observent les environs, évoquant de riches souvenirs.  
 De temps en temps, des vagues policières, avec bulldozers et filets motorisés, ratissent le secteur. On trouve de tout, parmi les prises, à la Grande Maison: une main de bonneteur, des fragments de rentières, une jeune fille qui se caressait à l'ombre de lilas, plusieurs peaux-rouges, un neuf de trèfle maculé, l'âme des violons, un sourire.
 Ces rafles sont généralement suivies de la pluie plus haut décrite, et d'un grand calme. Par les journées favorables, un parfum s'élève, musical, comme venu d'anciens foins, de vendanges trépassées.
 Quelqu'un s'arrête, hume.
 




Mots-clés : #creationartistique #poésie #xxesiecle
par Aventin
le Sam 29 Juin - 19:24
 
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Sujet: André Hardellet
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Vues: 323

Max Jacob

Publié dans Le cornet à dés, ce poème en prose doit dater de 1910-1913 environ. Un rien pictural et kaléidoscopique, proche des travaux de Guillaume Apollinaire de ce temps-là, la suggestion est onirique et d'une proximité artistique certaine avec les préoccupations japonisantes de certains peintres d'alors.
Même si, si l'on devait tenter de l'illustrer par une peinture, il ne serait pas inconvenant de se tourner vers les œuvres d'un peintre postérieur à ce poème, comme Jun Dobashi par exemple.

Il me fait penser aussi à du Mallarmé parmi les proximités possibles, Mallarmé dont l'apport à la poésie devait rayonner très fort encore à ces dates-là.

En tous cas, bravos à tout rompre pour Omnia Vanitas, bien bel exercice stylistique, à savourer, qui fait partie de ce qui sauve ce recueil, Le cornet à dés par ailleurs inégal et que je persiste à trouver décevant, après plusieurs lectures lentes et intégrales.



OMNIA VANITAS


Ce ne sont pas les roses d'un champ, ce sont les visages de ses admirateurs. La selle de son cheval est une peau de tigre, les Japonaises habillées d'un seul trait de plume portent des godets bien propres et le soleil est changé en arbre, mais voilà que la selle du cheval s'allonge et griffe toutes les roses et le cheval et les Japonaises et tout disparaît, et cette hydre même n'est plus qu'une peau de tigre pour le dénudé cavalier qui n'est plus qu'un vieillard en prières et en sanglots. Le trait de plume des Japonaises s'est fondu dans l'arbre; il ne reste plus que les godets sur la peau de tigre.  



Mots-clés : #poésie
par Aventin
le Dim 9 Juin - 12:09
 
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Sujet: Max Jacob
Réponses: 14
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Malcolm de Chazal

Non-intitulé, recueil Contes & poèmes, les délices métaphysiques, ou de propositions renversées, d'aphorismes ou de pseudo-aphorismes, avec ce côté percutant si caractéristique de son écriture:

Spoiler:

Tous les bleus
Qui
Ont froid
Se blottissent
Dans
Le blanc.





Le glaçon
Dans
La
Cataracte
Faisait
Du
Ski
Nautique.





Les formes
De
Son corps
Etaient
Son
Catéchisme.





Elle
Vendangeait
Des
Seins.





Quand
On
Presse
Le ventre
Du feu
La lumière
Rit.






L’or
Sur
La putain
Se
Momifia.





L’ombre
Qui
Dépasse
Son pas
Crée
Le
Faux jour.






Dieu
Nous
Regarde
Dans
Les formes
A
Travers
Leurs
Archétypes.






Le gris
Hypnotisé
Par
Le blanc
S’endormit.





Toute
Pierre
Dans
Le
Mur
Se
Sent
Enterrée
Vive.




La symétrie
Absolue
N’importe où
Arrêterait
L’univers.





L’œil
Dort
Quand
La bouche
Parle
Trop.






Le jet d’eau
Faisait
Des
Exercices
Pour
Maigrir.






L’eau
Est
Toujours
Poussée
Et
L’air
Tiré.






L’œil
Soustrait
Et
La bouche
Additionne
Dans
L’ennui.

L’eau
Mordue
Par
La vague
Poussa
Un cri.






La
Ceinture
Mal
Fermée
Cherchait
Sa
Taille.





Le lit
N’est
Quantitatif
Qu’après
L’amour.






Quand
Passe
Le vent
Les herbes
S’allongent
Pour
Faire
L’amour.





C’est
Afin
Que
Tout
Ait
Un poids
Que
L’espace
N’en
A pas.






L’eau
Qu’on
Jetait
Dans
Le feu
Eut
Une
Convulsion.






Seul
Le feu
A
Le pouvoir
De
Se lécher
Les yeux.






La bouche
Ne
S’endort
Jamais.






Si l’air
Ne
Devenait
Papillon
Comment
Le papillon
Pourrait-il
Voler
Dans
L’air ?






Le robot
C’est
L’aveugle
Conduisant
Le paralytique.





Le
Pot de chambre
C’est
La république
Des fesses.





Tout
Obèse
Qui
Marche
Fait
L’ours.





La mer
Quand
Il pleut
Croit
Avoir
Enfanté
La plage.





La
Bouche
Blessée
Dans
Sa
Vanité
Se
Mettait
Des
Pansements
D’orgueil.






La
Solitude
Des
Fesses
Est
L’enfer
Des femmes.



L’eau
Mordue
Par
La vague
Poussa
Un cri.






La
Ceinture
Mal
Fermée
Cherchait
Sa
Taille.





Le lit
N’est
Quantitatif
Qu’après
L’amour.






Quand
Passe
Le vent
Les herbes
S’allongent
Pour
Faire
L’amour.





C’est
Afin
Que
Tout
Ait
Un poids
Que
L’espace
N’en
A pas.






L’eau
Qu’on
Jetait
Dans
Le feu
Eut
Une
Convulsion.






Seul
Le feu
A
Le pouvoir
De
Se lécher
Les yeux.






La bouche
Ne
S’endort
Jamais.






Si l’air
Ne
Devenait
Papillon
Comment
Le papillon
Pourrait-il
Voler
Dans
L’air ?






Le robot
C’est
L’aveugle
Conduisant
Le paralytique.





Le
Pot de chambre
C’est
La république
Des fesses.





Tout
Obèse
Qui
Marche
Fait
L’ours.





La mer
Quand
Il pleut
Croit
Avoir
Enfanté
La plage.





La
Bouche
Blessée
Dans
Sa
Vanité
Se
Mettait
Des
Pansements
D’orgueil.






La
Solitude
Des
Fesses
Est
L’enfer
Des femmes.



L’eau
Mordue
Par
La vague
Poussa
Un cri.






La
Ceinture
Mal
Fermée
Cherchait
Sa
Taille.





Le lit
N’est
Quantitatif
Qu’après
L’amour.






Quand
Passe
Le vent
Les herbes
S’allongent
Pour
Faire
L’amour.





C’est
Afin
Que
Tout
Ait
Un poids
Que
L’espace
N’en
A pas.






L’eau
Qu’on
Jetait
Dans
Le feu
Eut
Une
Convulsion.






Seul
Le feu
A
Le pouvoir
De
Se lécher
Les yeux.






La bouche
Ne
S’endort
Jamais.






Si l’air
Ne
Devenait
Papillon
Comment
Le papillon
Pourrait-il
Voler
Dans
L’air ?






Le robot
C’est
L’aveugle
Conduisant
Le paralytique.





Le
Pot de chambre
C’est
La république
Des fesses.





Tout
Obèse
Qui
Marche
Fait
L’ours.





La mer
Quand
Il pleut
Croit
Avoir
Enfanté
La plage.





La
Bouche
Blessée
Dans
Sa
Vanité
Se
Mettait
Des
Pansements
D’orgueil.






La
Solitude
Des
Fesses
Est
L’enfer
Des femmes.









Mots-clés : #poésie
par Aventin
le Dim 19 Mai - 9:07
 
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Sujet: Malcolm de Chazal
Réponses: 10
Vues: 876

Robert Desnos

Je vais proposer une simple sélection d'un poème tiré de Corps et biens.

Tag poésie sur Des Choses à lire Cvt_co10

Là-dessus, je dis : respect, Robert Desnos.

Cataracte des flots cataracte des yeux
aux cheveux roux des roues
feues nos mains, feus nos yeux furent maîtres des feux.
Dans nos vaisseaux battus par un sang sans globule
Voguent de grands vaisseaux portant dans des cellules
les grands forçats sanglants qui burent nos cellules.

Au bout du môle blanc les sirènes sont molles.
Sirènes de vapeurs avez-vous vu Méduse aux cheveux de méduse :
Mes pupilles sont devenues ses amoureuses pupilles.

Jetez le lest vers l'est lestes ballons. Volez jusqu'au soleil pour voler quoi?
La peine des regards, yeux au pêne hermétique,
Offre un calme de reines antiques
Coupez les rènes. Laissez-les galoper, les rennes!
Choeur des coeurs. - Le corps des prunelles est le fruit de jouir

Goûtez les prunelles avant de mourir,
aux arbres des forêts le marbre des forts est.
Cent nageurs ont plongé dans le sang des prunelles
Cent nageurs ont péri du désir des cruelles, sent, nageur le sang des
sans cervelle

Pitié pour le désert où des airs sans pitié sur les aîtres du coeur
ont renseigné les hêtres
Cent hiers ont fléchi sur l'herbe des sentiers qu'ont foulés cent aimées
en secret de nos êtres
Faire du fer pour panser nos pensées avec la mousse du vin,
avec la mousse du vain :
Du vin pour les mousses quand souffle la mousson
et que nous dormons sur la mousse, levain du vin.
Sous quel manteau trouble dérober nos troubles mentaux.

Je mens aux multiples consciences.


On voit bien ici l'influence surréaliste qui parcourt l'oeuvre de Robert Desnos. J'ai profité de sa mention récente dans le fil de poésie pour lui inaugurer un fil, fil que j'attendais d'inaugurer ou du moins de trouver une citation de poème qui correspondait au poète Desnos.



Mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Lun 6 Mai - 9:33
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Robert Desnos
Réponses: 6
Vues: 176

François Cheng

Ce magnifique poème-ci provient du livre d'art publié avec Kim En Joong (lithographies) en 2014, Quand les âmes se font chant; il part de l'explication pour aller vers le symbole (il y a même un point pour bien marquer), c'est désarmant:



L'infini n'est autre
Que le va-et-vient
Entre ce qui s'offre
Et ce qui se cherche.
Va-et-vient sans fin
Entre arbre et oiseau

Entre source et nuage.






Mots-clés : #poésie
par Aventin
le Mer 1 Mai - 18:46
 
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Sujet: François Cheng
Réponses: 11
Vues: 659

François Cheng

Tag poésie sur Des Choses à lire Produc10

Dans la préface d'À l'orient de tout, manière d'anthologie-compilation de poèmes de François Cheng (paru chez Nrf Poésie / Gallimard, 2005), M. André Velter - poète lui aussi - isole ce propos charmant de François Cheng au sujet du mot échancrure:
 
Le Dialogue (2002) a écrit:
J'étais tombé, lors d'une lecture, sur ce mot à la sonorité inhabituelle et dont le petit dictionnaire que je possédais n'indiquait que le sens premier ("empiètement en arc de la mer sur une côte"). À l'Alliance française, où je suivais des cours, profitant d'une pause, je demandais à la jeune répétitrice l'usage exact de ce mot. "Ah, échancrure ! c'est..." et de dessiner du doigt devant sa poitrine, avec beaucoup de simplicité, les lignes de sa robe gracieusement décolletée. Une chair à la fois montrée et cachée selon une exacte mesure. Aussitôt, ce mot prit pour moi une connotation sensuelle. Rien qui ne me ravisse plus par ses syllabes phoniquement signifiantes: ÉCHAN, quelque chose qui s'ouvre, qui se révèle, qui enchante, et -CRURE, qui cependant se resserre pour dissimuler un mystère tentateur.


La poésie de François Cheng est, à mon goût, un peu inégale, mais on y passe de très bons moments:
Il y a la révélation des mots d'une langue, le français, qu'il possède à présent en très haute maîtrise, et, comme dans l'exemple exquis qu'il narre ci-dessus, peut parfois conduire le poète à un regard tellement neuf qu'il s'arrêtera là où nous, dont c'est la langue maternelle, passons outre sans rien déceler.  

Il y a aussi, et c'est sa part chinoise classique, un esprit formé dès le plus jeune âge à la calligraphie, aux idéogrammes.

En calligraphie traditionnelle chinoise, si j'ai bien compris, on part de -et aussi on tend vers- la maîtrise picturale formelle.
Donc c'est bien un art pictural, tout en restant un écrit.
Si j'ai bien compris toujours, du simple fait d'agencer différemment les mêmes idéogrammes on obtient des concepts bien distincts.

Toujours en rappel de la culture picturale chinoise traditionnelle (sortir de la lecture du Dit de Tian-Yi aide à appréhender le regard qu'y porte François Cheng) les thèmes éternels de celle-ci, par exemple la nature, l'arbre, la feuille, le cycle (des saisons et du Taoïsme), les nuages, le fleuve, etc... restent des motifs de choix pour lui, semblant omniprésents dans ses poèmes.

Ceux que je goûte le plus, parmi les poèmes de François Cheng qu'il m'a été donné de ...? (voir ? lire ? déclamer seul ?) sont ceux qui, brefs, centrés sur page blanche, avec peu de travail d'allitérations et de jeu, restituent en la dépouillant la sonorité de chaque vocable, et font sourdre une réminiscence d'idéographie calligraphiée dans notre langue (ou est-ce là effet de mon imagination ?).    

Par exemple celui qui donne son titre au recueil-anthologie:


À l'orient de tout, là où se souvient
La mer, l'orage a dispersé écailles
Des dragons, carapaces des tortues
Nous nous prosternons vers le pur silence
Régnant par-delà la terre exilée
À l'heure du soir, à l'orient de tout

Où se lève le vent de l'unique mémoire






Ou encore cette subtile épure:



Et l'indicible saule
Plongé sous ses pleurs
S'abandonne à l'onde
Aux ondes sans fin

À jamais toute ouïe







Mots-clés : #poésie
par Aventin
le Mar 30 Avr - 1:43
 
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Sujet: François Cheng
Réponses: 11
Vues: 659

Jean Genet

Jean Genet
(1910 - 1986)


Tag poésie sur Des Choses à lire Jean-g10

Jean Genet est un écrivain, poète et auteur dramatique français. Jean Genet aborde dans ses ouvrages, l'homosexualité et l'érotisme, à travers la célébration de personnages ambivalents au sein de mondes interlopes.


Bibliographie sélective :


Théâtre
Les Bonnes, L'Arbalète, 1947,
Haute Surveillance, Gallimard, Paris, 1949.
Le Balcon, L'Arbalète, Décines (Lyon), 1956.
Les Nègres, L'Arbalète, Décines (Lyon), 1958.
Les Paravents, L'Arbalète, Décines (Lyon), 1961.
« Elle » L'Arbalète, 1989.
Splendid's L'Arbalète, 1993.
Le Bagne L’'Arbalète, 1994.

Poésie

La Galère, 1944
Chants secrets (Le Condamné à mort, Marche funèbre), L'Arbalète, Décines (Lyon), 1945
Un chant d'amour, 1946
Le Pêcheur du Suquet, 1946

Romans et autres textes
Notre-Dame-des-Fleurs, 1944.
Miracle de la rose, 1946.
Querelle de Brest, 1947.
Pompes funèbres, 1948.
Journal du voleur, 1949.
Adame Miroir, 1949
L’Enfant criminel, 1979
Lettres à Leonor Fini, 1950

Mots-clés : #erotisme #poésie #sexualité
par Arturo
le Mer 17 Avr - 16:41
 
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Sujet: Jean Genet
Réponses: 1
Vues: 69

Atiq Rahimi

Tag poésie sur Des Choses à lire 51mp0610

Le retour imaginaire


Originale du texte : Persan (Afghanistan), 2005

Traduction : Sabrina Nouri
Avec une cinquantaine de photos…

Présentation de l'éditeur a écrit:
-Je veux photographier ces blessures. -Avant toi de grands photographes sont venus ici et ont tiré de superbes photos de ces blessures... -Mais moi ce n'est pas la beauté que je cherche. Je cherche à faire revivre le sentiment que l'homme éprouve en regardant une cicatrice. Chaque fois que nous voyons une cicatrice nous ne pouvons nous empêcher d'en repenser la douleur. -S'il s'agit de ta propre cicatrice. Justement ce sont mes cicatrices que je cherche à retrouver.


Comme nous le savons, l’auteur a du fuir son Afghanistan natal en 1982 et là, il revient après de longues années en exil. Dans des textes lyriques il parle d’un drame, peut-être le drame de tant de déplacés et exilés : un être séparé, blessé, dont une partie est resté sur la terre des ancêtres, une autre, volée de ses racines, a du lutter à l’étranger avec le manque des paroles, de l’enracinement… Maintenant il traverse sa ville, Kaboul, et veut photographier les blessures. Les textes courtes sont lyriques, poétiques, mais aussi empreintes de douleurs, de nostalgie.

A première vue ce « peu de textes » et une certaine façon de photographier (les photos sont des fois floues, imprécises) peuvent déboussoler le lecteur : le tout vaut quand même 25,- Euro. Mais éventuellement on pourra jeter un coup d’œil et se former une opinion ?

A la limite on pourrait mettre ce livre dans les rubriques « Poésie, Voyages, Témoignages, Photographes… »


Mots-clés : #poésie #temoignage #voyage
par tom léo
le Dim 14 Avr - 17:02
 
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Sujet: Atiq Rahimi
Réponses: 9
Vues: 839

Max Jacob

En ouvrant ce fil, je me suis pris à avoir peur des superlatifs: Dans l'ordre du paysage artistique francophone du XXème siècle, est-ce un géant, un incontournable, un acteur majeur ?
Disons, de façon plus mesurée, à tout le moins una figura, avant tout un esprit libre, touche-à-tout de talent, irréductible, beaucoup de cordes à son arc, beaucoup de facettes à son art...

En ce qui concerne les savoureux Poèmes de Morven le Gaélique (années 1927-1930), qui font mes délices en ce moment, au début, à Saint-Benoît-sur-Loire était une revue, La ligne de cœur, fondée par Max Jacob et Julien Lanoë, qui avait Jean Cocteau pour parrain, quelques lecteurs tout au plus, et des collaborateurs occasionnels de la France entière.  
Max Jacob, un soir d'illumination, lança l'idée d'en faire "l'organe d'une renaissance celtique" (sic).
Comme il manquait deux pages pour le numéro de janvier 1927, Max Jacob griffonna deux poèmes à tons bretons, les signant "Morven le Gaélique" parce qu'il y avait déjà quatre pages de Max Jacob dans ce numéro de La ligne de cœur.
(NB.: Morven = La jeune fille).

Jacob, très inspiré par les sujets, les tonalités brutes, populaires, dansantes ou à entonner de la langue bretonne (d'abord du Pays d'Auray précise-t-il) -laquelle a l'oralité en dimension principale- réussit à faire du neuf avec du vieux, pas vraiment du pseudo-folklore ou de la revisite à mon humble avis, non, c'est plutôt qu'il compose avec cette façon uchronique, et c'est bonheur..

Un exemple vaut mieux que de longues considérations:
Le poème ci-dessous est tout à fait abouti et pourtant sonnant daté, "à cachet", il ferait -je crois- une chanson populaire, de marche ou de veillée, un air à siffloter - et le français utilisé en arrive à avoir l'air traduit du breton...

Le casuiste Aventin, certes prompt à s'enflammer comme brande sous torche, affirme qu'en l'espèce il a trouvé un cas de descendance littéraire d'Aloysius Bertrand  Tag poésie sur Des Choses à lire 1155189403 :

Mais peut-être est-ce que je me leurre,
En tous cas bravo au prestidigitateur.








Armée de Chouans



Le duc de Moëllo a passé
Sur la route de Ploërmel.
Plusieurs charrettes avec des bœufs
des vaches, des cochons, et des meubles de famille.
- Prenez-moi avec vous, dit une jeune fille
je sais guider les bêtes et les soigner
et je m'habillerai en soldat
pour ne pas faire désordre.
Si vous allez du côté de la France
prenez-moi avec vous.
Là, je trouverai celui qui m'a promis le mariage.
- Si tu veux lui servir de chaufferette
quand il fera mauvais temps
et de bain froid quand il fera chaud
tu viendras avec le duc de Moëllo
cette route n'est pas celle de Ploërmel
c'est la route de l'enfer.
- Venez donc habillée en soldat, ma fille
vous avez ma parole de duc
que vous n'aurez aucun trouble
de moi ou des soldats de mon armée.
Si vous rencontrez celui qui vous a promis mariage
si vous le rencontrez aux armées de France
c'est moi qui vous marierez tous les deux
moi et un bon prêtre de France




Mots-clés : #poésie
par Aventin
le Dim 24 Mar - 16:16
 
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Sujet: Max Jacob
Réponses: 14
Vues: 181

Charles Cros

BERCEUSE


Endormons-nous, petit chat noir.
Voici que j'ai mis l'éteignoir
Sur la chandelle.
Tu vas penser à des oiseaux
Sous le bois, à des félins museaux...
Moi rêver d'elle.

Nous n'avons pas pris de café,
Et dans notre lit bien chauffé
(Qui veille pleure)
Nous dormirons, pattes dans bras.
Pendant que tu ronronneras,
J'oublierai l'heure.

Sous tes yeux fins, appesantis,
Reluiront les oaristys
De la gouttière.
Comme chaque nuit, je croirai
La voir, qui froide a déchiré
Ma vie entière.

Et ton cauchemar sur les toits
Te dira l'horreur d'être trois
Dans une idylle.
Je subirai les yeux railleurs
De son faux cousin, et ses pleurs
de crocodile.

Si tu t'éveilles en sursaut
Griffé, mordu, tombant du haut
Du toit, moi-même
Je mourrai sous le coup félon
D'une épée au bout du bras long
Du fait qu'elle aime.

Puis hors du lit, au matin gris,
Nous chercherons, toi, des souris,
Moi, des liquides
Qui nous fassent oublier tout,
Car, au fond, l'homme et le matou
Sont bien stupides.


mots-clés : #poésie
par bix_229
le Dim 3 Mar - 19:46
 
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Sujet: Charles Cros
Réponses: 7
Vues: 200

Joséphine Bacon

Uiesh. Quelque part (2018)

Tag poésie sur Des Choses à lire Joseph12

J'ai connu le plaisir d'une première lecture du recueil en me rendant à mon premier cours d'Études autochtones de la session en métro. Le recueil se lit de manière relativement aisée. Plus ça va, plus Joséphine Bacon a tendance à adopter la forme brève (si on compare avec Bâtons à message). Il s'agit d'une des poétesses d'origine autochtone à s'illustrer sur la scène québécoise qui est l'une des plus accomplies avec Natasha Kanapé Fontaine. Comme elles sont toutes deux originaires de la même réserve de Pessamit sur la Côte-Nord, il y a naturellement une forme de passage du témoin historique même si elles s'illustrent toutes deux en même temps.

Natasha Kanapé Fontaine m'a elle-même parlé encore une fois en personne du fait qu'elle prenait exemple sur Joséphine Bacon. À cette époque, mes premières tentatives de lire Joséphine Bacon n'avaient pas été concluantes, probablement à cause de la facture bilingue de ses recueils. En amassant des citations dans mon périple syndical aux Postes, je suis tombé sur un long extrait dans Bâtons à message qui m'avait conquis à la poésie de Joséphine Bacon.

Dans son tout dernier recueil, Uiesh. Quelque part, Joséphine Bacon excelle à l'art de la poésie brève. J'ai dû sélectionner quelques poèmes et il y a tellement de passages savoureux. Il faut savoir prendre le temps de reposer la lecture et la reprendre.

J'ai cent mots à te raconter
Mon vieil âge
Mes rides

Je n'ai plus l'alerte des pas
Le souffle court
J'avance dans mon songe
Sans fatigue

Je sais entendre les feuilles
J'apprends le monde
Mon âge vieillit avec moi

Je n'ai pas cent mots
Je n'ai pas cent ans

(p. 12)


Comme nous savons, les Autochtones sont attachés à la terre et aux éléments naturels, dont la neige :

J'ai vu la naissance de l'hiver
La neige abandonne
Ses fragiles flocons
Dans un monde torturé
Sa finesse éblouit
La terre des nomades

(p. 28)


Le rapport des Autochtones face à leur histoire a son grain :

Je ne suis pas demain
Je suis aujourd'hui
Mon coeur retourne
Dans l'espace
Quand tu racontes mon histoire

Je suis la grande lune
Qui traverse le temps
Tourbillon de neige
Je m'affole
Que vive la tradition

(p. 40)


Encore une fois, sans crier gare :

Mes grands-pères ont parcouru la terre
Mes grand-mères ont donné naissances à nos mères
Je suis de cette tradition de paroles
Ma terre est bafouée
Par un serpent venimeux
Où coule mon histoire

(p. 64)


Le rapport à la nature est essentiel pour les Autochtones :

Tu parles d'étoiles
Je te parle de rivières
Tu parles d'astres
Je te parle de lacs
Tu parles de l'infini
Je te parle de la toundra
Tu parles d'anges
Je te parle d'aurores boréales
Tu parles des cieux
Je te parle de la terre

(p. 74)


Conscience d'être :

Ne me tue pas d'être vivante
Ne me tue pas de sourire
Ne me tue pas d'aimer
Ne me tue pas d'être humaine

Tue-moi
Si j'oublie

(p. 90)


Appel intergénérationnel :

Poing en l'air
Guerrière aux larmes
Sans vacarme
Je suis territoire
Tu m'as construite
Je suis souvenance
Tu poursuis mon enseignement

(p. 94)


Il y a quelques années, j'ai également connu la chance de voir une conférence de José Acquelin. Ça me manque de n'avoir pas encore vu Joséphine Bacon, mais je la lirai sans doute encore. Elle est très humble, discrète, naturelle et sage dans sa manière d'être. Les autres personnes ont tendance à la mettre en valeur et j'y vois une forme de revanche historique dans la mesure où elle a longtemps enseigné. Elle s'est révélée à la poésie après 2009. Imaginez si elle avait connu l'occasion d'une publication antérieure de ses poèmes en langue innue.


mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Dim 17 Fév - 8:55
 
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Sujet: Joséphine Bacon
Réponses: 5
Vues: 361

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