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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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84 résultats trouvés pour religion

Umberto Eco et le Cardinal Carlo Maria Martini

Umberto Eco
(1932 - 2016)

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Umberto Eco, né le 5 janvier 1932 à Alexandrie dans le Piémont et mort le 19 février 2016 à Milan, est un universitaire, érudit et écrivain italien. Fils de Giovanna Bisio et de Giulio Eco, employé aux chemins de fer, il a passé son baccalauréat au lycée Giovanna-Plan d'Alexandrie, sa ville natale. Dans sa classe, il y avait un accordéoniste, Gianni Coscia, qui a fait une carrière en accompagnant entre autres Astor Piazzolla. Ils se sont liés d'amitié et ont composé ensemble à l'école de petites revues musicales dont Umberto écrivait le livret. Amis d'enfance, ils ont continué à faire de la musique ensemble, Umberto Eco étant un très honorable flûtiste.

Dans sa jeunesse, il faisait partie des jeunes catholiques de l'action catholique. Au début des années cinquante, il en devint même un des principaux responsables nationaux italiens. En 1954, il abandonna son engagement en raison d'un désaccord avec Luigi Gedda (it).
Diplômé en philosophie en 1954 à l'université de Turin (avec une thèse sur l'esthètique de Saint Thomas d'Aquin), Umberto Eco s'intéresse dans un premier temps à la scolastique médiévale, puis à l'art d'avant-garde et à la culture populaire contemporaine. Il rencontre un succès immédiat en Italie.
Sa thèse universitaire sur Thomas d'Aquin lui fit mettre de la distance avec la Foi et l'église catholique : « Il m'a miraculeusement guéri de la foi », a-t-il déclaré ironiquement.
Devenu ensuite un pionnier des recherches en sémiotique (La Structure absente, 1968), Umberto Eco développe une théorie de la réception qui le place parmi les penseurs européens les plus importants de la fin du xxe siècle.

Son premier roman, Le Nom de la rose (1980) connaît un succès mondial avec plusieurs millions d'exemplaires vendus et des traductions en 43 langues, malgré un contenu dense et ardu. Umberto Eco met en application dans ce « policier médiéval » ses concepts sémiologiques et ses théories du langage, ceux-là mêmes qu'il enseigne à Turin.
Son deuxième roman, Le Pendule de Foucault (1988) connaît également un énorme succès, quoique pour des raisons inverses : le public, guidé par Eco, part à la découverte de symboles énigmatiques ou prophétiques, à rebours de la dénonciation de l'ésotérisme qui est pourtant le propos de l'auteur. Mais celui-ci démontre par la même occasion que le lecteur est libre de ses interprétations. Le livre tourne d'ailleurs en ridicule l'interprétation à outrance des faits avérés ou légendaires de l'histoire, en tirant avec un égal succès des dimensions d'un simple kiosque à journaux le même genre d'informations de portée cosmique que certains se croient fondés à lire dans celles de la pyramide de Khéops.

Tout au long de sa carrière, il écrit régulièrement, dans des quotidiens et des hebdomadaires, des chroniques sur des sujets de l'heure, avec un souci de « débusquer du sens là où on serait porté à ne voir que des faits ».

Il est élu membre associé de l’Académie royale de Belgique le 7 mars 2011.
En février 2015, il est récompensé du prix Alphonse-Allais pour l'ensemble de son œuvre. En novembre 2015, il quitte les éditions Bompiani pour fonder à Milan La nave di Teseo, une nouvelle maison d'édition.
Umberto Eco meurt le 19 février 2016 d'un cancer.

source : Wikipédia

Fil personnel de l'auteur : http://deschosesalire.forumactif.com/t1563-umberto-eco

Bibliographie :

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Romans
- Le Nom de la Rose (1980) : Page 1
- La Pendule de Foucault (1988)
- L'Ile du Jour d'avant (1994)
- Baudolino (2000)
- La Mystérieuse flamme de la Reine Loana (2004)
- Le Cimetière de Prague (2010) : Page 1
- Numéro Zéro (2015)

Essais (liste sélective)
- Le Problème esthétique chez Thomas d'Aquin (1970)
- Art et beauté dans l'esthétique médiévale (1987)
- L'Œuvre ouverte (1962)
- Pastiches et postiches (1996) (version augmentée de Diario minimo, 1963)
- La Structure absente, introduction à la recherche sémiotique (1968)
- Le Signe, histoire et analyse d'un concept, (1971)
- La Guerre du faux (tiré de Il costume di casa, 1973; Dalla periferia dell'impero, 1977 ; Sette anni di desiderio, 1983)
- Beatus de Liébana (1973)
- La Production des signes (version partielle de A Theory of Semiotics, 1975)
- De Superman au Surhomme (1976)
- Lector in fabula ou la Coopération interprétative dans les textes narratifs (1979)
- Apostille au Nom de la Rose (1983)
- Sémiotique et philosophie du langage (1984)
- L'Énigme de la Hanau 1609 (1989) (« Enquête bio-bibliographique sur l'Amphithéâtre de l'Éternel Sapience... de heinrich Khunrath»)
- Les Limites de l'interprétation (1990)
- Comment voyager avec un saumon, nouveaux pastiches et postiches (traduction partielle de Il secondo diario minimo)
- Interprétation et surinterprétation (1992)
- La Recherche de la langue parfaite dans la culture européenne (1993)
- Six promenades dans les bois du roman et d'ailleurs (1994)
- Incontro - Encounter - Rencontre (1996) (en italien, anglais et français)
- Croire en quoi ? (1996) Page 1
- Cinq questions de morale (1997)
- Kant et l'ornithorynque (1997)
- De la littérature (2002)
- La Licorne et le Dragon, les malentendus dans la recherche de l'universel (collectif, 2003)
- Histoire de la beauté (2004)
- À reculons, comme une écrevisse (2006)
- Dire presque la même chose, expériences de traduction (2003)
- Histoire de la laideur (2007)
- Histoire de la beauté (2008)
- Vertige de la liste (2009) Page 1
- De l'arbre au labyrinthe (2011)
- Confessions d'un jeune romancier (2013)
- Histoire des lieux de légende (2013)
- Construire l’ennemi (2014)
- Écrits sur la pensée au Moyen Âge (2015)
- Chroniques d'une société liquide (2016)
- Comment écrire sa thèse
- Reconnaître le fascisme

En collaboration
- Jean-Claude Carrière et Umberto Eco, N’espérez pas vous débarrasser des livres (2009)

Œuvres pour la jeunesse
- Les Trois Cosmonautes, avec Eugenio Carmi, 1989
- La Bombe du général, avec Eugenio Carmi, 1989
Les Gnomes de Gnou, avec Eugenio Carmi, Grasset, 1993


Cardinal Carlo Maria Martini
1927/2012

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Carlo Maria Martini, né le 15 février 1927 à Turin (Italie) et mort le 31 août 2012 à Gallarate, près de Milan (Italie), est un prêtre jésuite italien. Professeur d'Écritures saintes et recteur de l'Institut biblique de Rome, il devient recteur de l'Université grégorienne avant d'être nommé archevêque de Milan en 1979. Il est créé cardinal par Jean-Paul II en 1983.

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Jeunesse et formation
Né à Turin, Carlo Maria Martini est baptisé le 22 février 1927. Au journaliste Aldo Maria Valli il confie : « C'est à mes parents que je dois mes racines religieuses et le respect de qui pense autrement que moi ». À neuf ans, il va à l'école jésuite Istituto Sociale à Turin. Le 25 septembre 1944, il entre dans la Compagnie de Jésus et est ordonné prêtre le 13 juillet 1952 par le cardinal Maurilio Fossati.

En 1958, il obtient un doctorat de théologie fondamentale à l'Université pontificale grégorienne de Rome. Sa thèse porte sur les témoignages de la résurrection du Christ. Il obtient ultérieurement un deuxième doctorat à l'Institut d'études bibliques de Rome avec cette fois-ci une thèse sur l'Évangile selon Luc.

Professeur d'Écritures saintes
Le 2 février 1962, il fait sa profession religieuse définitive dans la Compagnie de Jésus. À partir de cette même année, il commence une longue collaboration avec la revue La Civiltà Cattolica où il signera un grand nombre d'articles, particulièrement sur le progrès des recherches en sciences bibliques. Il est chargé d'enseignement à l'Institut biblique pontifical, un institut d'études supérieures et de recherches en sciences bibliques, dont il est le recteur de 1969 à 1978.
En 1978, il est choisi par le pape Paul VI pour être le recteur (rector magnificus) de l'Université pontificale grégorienne. Pendant ces années, il publie de nombreux travaux universitaires. Il est l'un des responsables éditoriaux du Novum Testamentum Graece.

Archevêque de Milan
Le 29 décembre 1979, Jean-Paul II le nomme archevêque de Milan. Pour sa première nomination épiscopale, Carlo Maria Martini reçoit d'emblée la responsabilité du diocèse le plus grand au monde avec plus de 1 100 paroisses, une charge considérable et prestigieuse. Il est consacré le 6 janvier 1980 par le pape en personne.
En tout l'archevêque donne une place privilégiée à la lecture et la méditation de la Parole de Dieu. En novembre 1980, il met sur pied l' école de la Parole qui réunit chaque mois des milliers de jeunes gens qu'il initie à l'écoute et la méditation de l'Écriture.
De 1987 à 1993, il préside la Conférence des évêques européens.

Cardinal
Carlo Maria Martini en 1992.
Lors du consistoire du 2 février 1983, il est créé cardinal par le pape Jean-Paul II avec le titre de cardinal-prêtre de Sainte-Cécile du Trastévère.
En 1995-1996, il participe à la création de la « mafia de Saint-Gall » avec Mgr Ivo Fürer (en).
En 2002, ayant atteint l'âge de la retraite, il est remplacé à Milan par le cardinal Dionigi Tettamanzi. Pour marquer la fin de son mandat apostolique à Milan il écrit une lettre pastorale intitulée Sur Ta parole: « Pas de nostalgie, pas de regrets, pas de fuites des nécessités actuelles: laissons-nous donc animer d'une ardente espérance, d'une profonde passion pour le Royaume qui vient... » Attaché à la Terre sainte, où le bibliste qu'il est retrouve les traces de Jésus de Nazareth, qui a toujours été au coeur de sa vie et de sa recherche, il prend sa retraite à Jérusalem, pour y prier et se consacrer à ses études d'exégèse biblique.
Lors du conclave de 2005, âgé de 78 ans, il est encore électeur et éligible. Pendant des années, de nombreux catholiques « progressistes » ont espéré son élection pour succéder à Jean-Paul II. Cependant, à la mort de ce dernier, l'élection du cardinal Martini est généralement considérée comme improbable, en raison de ses opinions, de son âge, ou, surtout, parce qu’il souffre de la maladie de Parkinson. Il refuse alors qu'on vote pour lui.
Le 15 février 2007, il atteint l'âge limite de 80 ans et ne peut plus voter en cas de nouveau conclave. Il rentre en Italie du Nord en 2008, sa maladie de Parkinson s'étant aggravée.
Il meurt à Gallarate le 31 août 2012 (à 85 ans). En novembre 2012, le rabbin Giuseppe Laras, acteur du dialogue judéo-chrétien au côté de Carlo Maria Martini, fait parvenir de la terre de Jérusalem pour que celle-ci soit placée dans le tombeau du cardinal4. Le rabbin Laras souhaite qu'une forêt soit consacrée à sa mémoire, près du lac de Tibériade, comme pour Jean XXIII, entre autres.


Souvent considéré comme l'un des membres « progressistes » du Sacré Collège, il a montré à travers ses nombreux écrits une grande largeur de vues qui l'a rendu populaire dans certains milieux de l'Église catholique.
L'une de ses œuvres les plus connues dans le grand public est une série de lettres échangées avec l'auteur italien Umberto Eco, dont la traduction française a été publiée en 1997 sous le titre Croire en quoi ?
Il déclare en juillet 2007 qu'il ne célébrera pas la forme tridentine du rite romain tel que le permet le récent motu proprio Summorum Pontificum6, soulignant la bonne volonté de Benoit XVI qui « permet à chacun de prier Dieu dans l'ancienne forme et dans la nouvelle ».
En 2008, il livre un ouvrage d'entretiens sur la foi, les jeunes et l'Église avec le jésuite Georg Sporschill, dans lequel il apparait souvent à contre-courant du pape Benoît XVI et critique à demi-mot la hiérarchie de l'Église. Il remet explicitement en cause Humanæ Vitæ et estime que l'interdiction de la contraception artificielle a créé « un tort grave » à l'Église qui, selon lui, « [s']est éloignée de beaucoup de gens » et dont « beaucoup de gens se sont éloignés »


Publications en français
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1968 - 1984
1968 : Beati Petri Apostoli epistulae Ex Papyro Bodmeriana VIII Transcriptae, (2 vol.) éd. Hamilcar Pizzi, Milan. Fac-simile d'un papyrus biblique important, le papyrus Bodmer VIII.
1968 : Collaboration à Kurt Aland, Matthew Black, Carlo M. Martini… [et al.], The Greek New Testament, United Bible societies, London ; New York ; Edinburgh [etc.], 2d ed.
1969 : Essai bibliographique sur Jésus-Christ, à la suite de Paul VI (Pape) Messages aux hommes d'aujourd'hui, le Christ et le drame de conscience moderne, Fayard, Paris.
1981 : Voici votre roi : les "Exercices spirituels" de saint Ignace à la lumière de saint Jean, Cerf, Coll. « Épiphanie » no 62
1982 : Être avec Jésus : l'itinéraire spirituel des Douze selon saint Marc, Cerf, Coll. « Épiphanie » no 78

Le cardinal Martini reçoit la visite du pape Jean Paul II à Milan en 1984.
1984 : Itinéraire de prière avec Saint Luc, Médiaspaul, Coll. «Maranatha» no 2, Paris
1984 : Saint Paul face à lui-même, Médiaspaul, Coll. «Maranatha» no 3, Paris
1984 : La Bonne Nouvelle de la Résurrection.Contribution à l'ouvrage collectif sous la direction de R. Gantoy . Cerf, Collection « Lire la Bible » no 66
1985 - 1994
1985 : L'Évangélisateur en saint Luc, Médiaspaul, Coll. «Maranatha» no 5, Paris
1986 : Témoins de la Parole - Maximilien Kolbe. Thérèse de l'Enfant-Jésus. Charles de Foucauld. Simone Weil. Georges La Pira. Deux fiancés., Cerf, Coll. « Épiphanie »
1986 : La Femme de la Réconciliation, ed. Saint-Paul, Paris-Fribourg
1986 : Peuple en marche : pour une Église missionnaire, Médiaspaul, Coll. «Maranatha» no 6, Paris
1987 : Sur les chemins du Seigneur : réflexions pour chaque jour, Desclée de Brouwer, Paris
1987 : L'Église pour le monde : méditations sur l'Église d'après les textes de Vatican II, ed. Saint-Paul, Paris-Fribourg
1987 : La Femme dans son peuple : le cheminement de Marie avec les hommes et les femmes de tous les temps, Médiaspaul, Coll. «Maranatha» no 12, Paris
1987 : Présentation dans Carlo Cremona, Augustin d'Hippone : la raison et la foi, Éd. de la Colombe, Paris
1990 : Préface pour Aux commencements de la foi : pastorale catéchuménale en Europe aujourd'hui / Conférence européenne des catéchuménats, Médiaspaul, Paris
1991 : Participation à Communication et spiritualité : recueil de textes et d'interviews, Pierre Babin (Dir.), Chalet, Coll. «Le chrétien en situation», Paris
1991 : Préface dans Les évêques d'Europe et la nouvelle évangélisation Coll. «Documents des Églises», Paris
1991 : David et le Christ : retraite ignacienne, éd. Culture et vérité, Coll. «Chrétiens aujourd'hui» no 6, Namur
1992 : Prêtres, quelques années après… - Méditations sur le ministère presbytéral, Cerf, Coll. « Épiphanie », Paris.
1992 : "Je te cherche dès l'aube" : une école de prière, Centurion, Paris
1993 : Épreuve et persévérance - Méditations sur le livre de Job, Cerf, Coll. « Épiphanie »
1993 : Épreuve et persévérance : méditations sur le livre de Job, Cerf, Coll. «Épiphanie», Paris
1994 : À l'écoute du cœur : entretiens avec Alain Elkann, Albin Michel, Coll. «Paroles vives», Paris
1994 : Vie de Moïse : vie de Jésus et existence pascale, Ed. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1994 : Abraham, notre père dans la foi, Ed. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse).
1995 - 1999
1995 : Bible et vocation : de la vocation baptismale à la vocation sacerdotale, Médiaspaul, Coll. Maranatha no 34, Paris
1995 : Samuel - Méditations sur le premier livre de Samuel, Cerf, Coll. « Épiphanie »
1995 : Et Dieu se fit vulnérable : les récits de la Passion, Cerf, Coll. Épiphanie
1995 : S'ouvrir à la Parole du Christ : maximes spirituelles / cardinal Martini ; choisies par Christine Povero, Fates, Coll. Foi Vivante no 363, Troyes
1995 : "Je jouerai pour Toi" : méditations sur la vie religieuse, Desclée de Brouwer, Paris
1995 : "Que devons-nous faire ?" : méditations pastorales sur l'Évangile de Matthieu, Desclée de Brouwer, Paris
1995 : Et Dieu se fit vulnérable - Les récits de la passion, Cerf, Coll. « Épiphanie »
1995 : Apôtre, projet de vie ou mandat ?, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1996 : Mets de l'ordre dans ta vie - Méditations sur les «Exercices spirituels» de saint Ignace, Cerf, Coll. « Épiphanie »
1997 : En chemin avec Timothée, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1997 : La femme dans son peuple : le cheminement de Marie avec les hommes et les femmes de tous les temps, Médiaspaul, Coll. Maranatha no 12, Paris
1997 : Jérémie : parole pour aujourd'hui, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1998 : Croire en quoi ?, en collab. avec Umberto Eco, Éd. Payot & Rivages, Coll. Rivages poche. Petite bibliothèque
1998 : À l'écoute du cœur : entretiens avec Alain Elkann, Albin Michel, Coll. Espaces Libres no 83, Paris
1998 : Miettes de la Parole, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1998 : À la fin du millénaire faisons un rêve, Salvator, Paris
1998 : Qui suis-je ? Qui es-tu ? : Méditations bibliques pour les jeunes, Salvator, Paris
1998 : Parole et politique, en collab. avec Enzo Bianchi, Éd. Fates, Troyes
1998 : Marie souffre encore, Éd. Saint-Paul, Versailles.
1999 : Libre pour aimer - Marie, Servante du Seigneur, modèle des croyants – Méditations, Cerf, Coll. « Épiphanie »
1999 : Petit dictionnaire de spiritualité, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
1999 : J'irai vers mon Père : lettre pastorale 1998-1999, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2000 - 2004
2000 : Méditations sur l'Évangile de Marc, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2000 : Quelle beauté sauvera le monde ?, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2000 : Le fruit de l'Esprit dans la vie quotidienne, Éd. de l'Atelier & Éd. ouvrières, Paris
2000 : Les Béatitudes, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2000 : Méditations sur l'Évangile de Jean, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2000 : "Je rêve d'une Europe de l'Esprit", Bayard, Paris
2001 : Simple propos sur le corps, Éd. Saint-Paul, Versailles
2001 : Témoins de la Parole, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2001 : Disciples du Christ ressuscité, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2001 : La joie de l'Évangile, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2001 : Le "Notre Père", Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2002 : Les vertus, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2003 : La joie parfaite, fruit de la Croix, avec la collab. Raniero Cantalamessa, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2003 : Les sacrements, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
20qu04 : Le Désir de Dieu - Prier les psaumes, Cerf, Coll. « Épiphanie »
2004 : L'Esprit et l'apostolat, avec la collab. de Godfried Danneels, Franco Gallivanone et Benoît Standaert, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2004 : Le sérieux de la foi : croire selon saint Jean, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2004 : Vers Jérusalem, Cerf, Paris
2004 : L'Église une, sainte, catholique, apostolique, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2004 : Propos sur l'art, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2004 : Vers Jérusalem, Cerf, Coll. « Épiphanie »
2005 - 2012
2005 : Découvrir sa [vocation], Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2005 : Paul et son ministère : deuxième Lettres aux Corinthiens, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2005 : O mon peuple, sors de tes servitudes, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2005 : Paul et son ministère : deuxième Lettres aux Corinthiens, Éd. Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse)
2006 : Martini – Mes trois villes - Rome, Jérusalem, Milan, Cerf, Coll. « L'Histoire à vif »
2006 : Préface pour Gilles Routhier et Laurent Villemin (Dir.) Nouveaux apprentissages pour l'Église : mélanges offerts à Hervé Legrand, Cerf, Paris
2006 : Préface pour Alain Marchadour & David Neuhaus, La terre, la Bible et l'histoire : "vers le pays que je te ferai voir", Bayard, Paris
2011: "Mon jardin secret" DDB (226 p) cité dans "Prions en Église" no 295, juillet 2011
2012 : L’évêque au jour le jour, Éditions Lessius
2013 : Je crois à la vie éternelle, Éditions Médiaspaul
2013 : Dernières conversations : Sur Dieu, l'Eglise, le pape, l'éthique et la foi, Bayard Jeunesse


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Croire en quoi ?

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Ce livret est co-signé par Umberto Eco et le cardinal Carlo Maria Martini.
Le titre original est In cosa crede chi non crede ? qui serait mieux traduit par « À quoi croit celui qui ne croit pas ».
L’idée de base, c’est de délimiter un terrain d’entente entre Eglise et non-croyants : quels sont leurs points d’accord, leur "lieu commun" ?
Le dialogue débute par des vues sur le millénarisme (cet échange épistolaire remonte à 1995), l’Apocalypse de Jean, la fin des temps (il est contemporain des Entretiens sur la fin des temps entre Jean Delumeau, Umberto Eco, Stephen Jay Gould et Jean-Claude Carrière, de très recommandable lecture).
« Nous vivons aujourd’hui [1995] (fût-ce de la manière écervelée à laquelle les moyens de communications nous ont habitués) nos terreurs de la fin ; et, disons-le, dans l’esprit du bibeamus, edamus, cras moriemur ["Buvons et mangeons, car nous mourrons demain", Ésaïe, XXII, 13], en célébrant la fin des idéologies et de la solidarité dans le tourbillon d’un consumérisme irresponsable. Chacun joue avec le fantasme de l’Apocalypse tout en l’exorcisant d’autant plus inconsciemment qu’il le craint et le projette sur les écrans sous forme de spectacle sanguinolent, espérant ainsi l’avoir rendu irréel. Mais la force des fantasmes tient précisément à leur irréalité. »

Eco précise que la notion de progrès, d’histoire, de marche en avant, de perfectibilité et donc d’espérance est intrinsèquement chrétienne ; d’où la finalité dernière prônée par la religion.
L’enjeu principal, il y a un quart de siècle, c’est déjà celui de la planète. Eco pointe un paradoxe (ou une méconnaissance) qui me revient souvent à l’esprit :
« Il y a les végétariens, qui renoncent au respect de la vie végétale pour protéger la vie animale. »

L’écueil religion (catholique) et laïcité, c’est d’abord le problème du respect de la vie (surtout dans le débat sur le droit à l’avortement). Puis c’est la question du sacerdoce des femmes.
Quel est le fondement de l’éthique, de la morale laïque, dans une société aux règles mouvantes ? Quelle est la justification de l’altruisme sans principe métaphysique, transcendant ?
« Certains problèmes éthiques me sont devenus plus clairs quand je me suis penché sur des questions sémantiques ‒ et peu importe si d’aucuns trouvent nos propos difficiles : ils ont sans doute été encouragés à penser trop facile par la "révélation" mass-médiatique, prévisible par définition. Qu’ils apprennent à penser difficile, car ni le mystère ni l’évidence ne sont faciles.
Il s’agit de savoir s’il existe des "universaux sémantiques", c'est-à-dire des notions élémentaires communes à toute l’espèce humaine, pouvant être exprimées par toutes les langues. […] Malgré cela, j’en suis arrivé à la certitude qu’il existe des notions communes à toutes les cultures, et que toutes se réfèrent à la position de notre corps dans l’espace. »

Il me semble finalement revenir à la vague notion d’archétypes jungiens d’un inconscient collectif…

En un mot, une lecture stimulante d'intelligence, ouvrant des perspectives et précisant même quelques concepts d'actualité.


Mots-clés : #entretiens #philosophique #religion
par Tristram
le Mer 10 Juil - 9:36
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Umberto Eco et le Cardinal Carlo Maria Martini
Réponses: 0
Vues: 27

Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen

Les Aventures de Simplicissimus

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Universalis a écrit:
Le livre s'ouvre sur le récit de l'enfance misérable du héros dans une ferme du Spessart. Après le pillage de la ferme par les impériaux, il erre dans les bois où il est recueilli par un ermite qui lui donne sa première formation religieuse et morale. La mort de l'ermite le rejette dans la guerre, d'abord du côté des impériaux, puis du côté des protestants. Habillé d'une peau de veau, il devient bouffon du gouverneur de Hanau et mérite son nom ambigu de Simplicius. Puis à Soest, en Westphalie, sous le nom du Chasseur Vert, il est sur le point de faire fortune en trompant les autres au lieu de donner l'apparence d'être lui-même trompé.

La situation de départ est paradoxale : le narrateur-protagoniste est un enfant apparemment simplet, qui acquiert auprès d’un ermite une éducation cultivée (surtout religieuse, mais il lit, écrit, a des notions de latin) tout en restant fort naïf et totalement ignorant de la société des hommes.
Revenu à celle-ci, l’innocence de Simplici est telle qu’il prend pour crise de folie l’abêtissement alcoolique et l’excès de table (en période de famine), chapitre I, XXX et suivants. Ses cocasses mésaventures sont pleines d’humour (et même d’autodérision), notamment fondé sur le ressort traditionnel de la scatologie, surtout pétomane ‒ et tout naturellement Simplicius devient bouffon à la cour du gouverneur qui l’a recueilli. Déguisé en veau, devenu « fou », le rire lui permet de dire impunément leur fait à tous ceux qui le dominent ‒ et c’est un moyen d’appréhender son propre triste sort :
« Je ne pus me retenir de rire de mon désastre parce que je vis, à considérer le nid et les plumes, quel genre d’oiseau je devais être. » (II, VI)

« Vint alors le repas de midi auquel je me laissais employer, car je m’étais prescrit de relever toutes sottises et de châtier toutes vanités, ce qui répondait à merveille à ma condition de ce temps-là. Aucun des convives n’était assez bon que je ne blâmasse et condamnasse son vice, et s’il s’en trouvait un à qui cela déplût, ou bien il en était tourné en dérision par les autres, ou bien mon maître lui remontrait qu’un sage ne saurait s’échauffer la bile comme un fou. » (II, X)

Subordonné d’un gouverneur militaire, il réfute l’hérédité nobiliaire des qualités d’un ancêtre héroïque, d’ailleurs souvent basée sur des combats meurtriers ou des arts « ramas de vanités et de folies » :
« Mais qu’est-ce qu’une gloire que vient souiller tant de sang humain innocent répandu, et qu’est-ce qu’une noblesse conquise et confirmée par la perte de tant de milliers d’autres hommes ? »

Le récit témoigne de la grande inventivité humaine dans la barbarie au cours de la guerre de Trente Ans, conflit pan-européen entre catholiques et protestants à une époque où un monde sans Dieu ni religion était encore inconcevable. C’est l’occasion de considérations religieuses et/ou philosophiques, morales :
« …] tu dois avec le temps de mieux en mieux te connaître, et quand tu devrais vivre aussi vieux que Mathusalem, ne laisse pas cette pratique déserter ton cœur, car si la plupart des hommes sont damnés, c’est pour n’avoir pas su ce qu’ils étaient ou ce qu’ils pouvaient devenir ou devaient devenir. » (I, XII)

…qui ne sont pas dénuées de satire impie :
« Ainsi je pris congé de l’ecclésiastique qui par son saint zèle spirituel n’avait rien mérité de moi si ce n’est qu’un jour je lui refusai un lapin qu’il me demandait instamment, sous prétexte qu’il s’était prit tout seul à un collet et donc lui-même occis, que par conséquent il n’était pas séant qu’en sa qualité de suicidé il fût enseveli dans un sol béni. » (IV, XI)

Un étonnant rêve-métaphore des reîtres-partie aérienne d’arbres dont les paysans sont les racines malmenées, filée dans les chapitres XV et suivants du livre I.
Une danse de sabbat est décrite :
« …] ; mon banc qui m’emportait se posa près des ménétriers qui se tenaient autour de la danse en dehors des cercles ; mais au lieu de flûtes droites, flûtes traversières et chalumeaux, ils n’avaient rien de mieux que couleuvres, vipères et orvets dont ils sonnaient avec entrain : d’autres avaient des chats, leur soufflaient au cul et leur pinçaient la queue comme à des cithares ; on aurait dit son de cornemuse ; d’autres jouaient de l’archet sur des têtes de cheval comme sur la chanterelle d’un violon ; d’autres encore chatouillaient la harpe sur des carcasses de vaches comme on en voit chez l’équarisseur ; il y en avait même un qui avait une chienne sous le bras ; il lui tirait la queue d’une main en faisant de l’autre le doigté sur les tétins, parmi quoi les diables jouaient de la trompe nasale que la forêt en retentissait ; [… » (II, XVII)

Les armées fourragent au détriment des populations rurales, et les tribulations de notre héros connaissent des hauts et des bas :
« De ce moment-là, nous eûmes la vie la plus paresseuse du monde, où jouer aux quilles était notre plus gros travail ; quand j’avais étrillé, affouragé et abreuvé le bidet de mon dragon, je faisais le métier de gentilhomme : j’allais me promener. » (II, XXIX)

« Je ne pus me débarrasser de mon Jupiter, car le commandant n’en voulait pas, vu qu’il n’y avait rien à lui plumer, mais disait vouloir m’en faire cadeau gratis ; donc je fus affublé d’un bouffon à moi sans que j’eusse besoin d’en acheter un, bien que l’année précédente j’eusse dû m’en laisser tenir le rôle. Si étrange et capricieuse est la fortune, et si variable le temps ! Peu avant, les poux me tracassèrent, et maintenant j’avais en mon pouvoir le roi des puces ; une demi-année avant, je servais de petit domestique à un méchant dragon ; désormais je possédais deux valets qui me disaient Monsieur ; un an à peine était encore passée que les loqueteux me faisaient la course à la gueuse pour faire de moi leur paillasse ; maintenant, c’était au point que les jeunes filles se toquaient d’amour pour moi ; alors je m’aperçus opportunément qu’il n’y a rien au monde d’aussi constant que l’inconstance elle-même. J’en vint à redouter que la fortune ne tournât contre moi ses lubies et ne me fit ravaler chèrement ma prospérité du moment. » (III, VIII)

Simplicius est toujours intéressé d’explorer de nouveaux domaines de connaissance, que ce soit la topographie locale, l’artillerie ou la médecine. Et il paraît condamné à provoquer une funeste envie par son ostentation.
A la moitié du livre, le récit s’éloigne de la chronique historique authentifiable et gagne en fiction, notamment fantastique.
Il rencontre enfin les femmes (et ira jusqu’à être rétribué pour sa beauté complaisante à Paris) :
« J’en avais exactement six qui m’aimaient, et moi en retour ; pourtant aucune n’avait mon cœur en entier ni moi seul ; chez une me plaisaient les yeux noirs, chez l’autre les cheveux jaune d’or, en la troisième, c’était l’aimable gentillesse, et chez toutes les autres un je-ne-sais-quoi qu’une autre n’avait pas. » (III, XVIII)

Simplici va même explorer le monde souterrain, ou plutôt subaquatique, en passant par les puits liquides de lacs communiquant avec le Centrum Terrae. C’est là qu’il présentera au roi de ce monde une version édulcorée (et curieusement politiquement correcte) de l’humanité :
« Il n’y a plus d’avares, mais des épargnants ; plus de dissipateurs, mais des généreux ; plus de trognes armées qui volent et tuent les gens, mais des soldats qui protègent la patrie ; plus de mendiants oisifs par vocation, mais des contempteurs de la richesse et des amants de la pauvreté volontaire ; plus de juifs accaparateurs de blé et de vin, mais des gens prévoyants qui recueillent les vivres en excédent à l’intention du peuple en cas de besoin futur. »

L’histoire se prolonge d’une continuatio, une « Robinsonade » où Simplicius est (re)devenu un ermite exotique, de même que Vagabonde Courasche constituera une suite de ces Aventures dans un pseudo-« Livre Sixième ».
Le texte de von Grimmelshausen est annoté et commenté par le traducteur, Jean Amsler, ce qui n’est pas inutile pour en comprendre le contexte et y découvrir certaines particularités.



Mots-clés : #guerre #religion #voyage
par Tristram
le Dim 23 Juin - 10:51
 
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Sujet: Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen
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Claire Messud

Avant le bouleversement du monde

"Et elle avait appris une expression balinaise qui l'avait touchée : C'était celle qui décrivait l'époque paisible de l'origine de l'île, lorsque tout allait bien sur terre, avant l'arrivée des hommes blancs. L'expression était "dugas gumine enteg", et elle signifiait
avant le bouleversement du monde."


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Melody, une maîtresse femme, a deux filles, l'aînée Virginia et Emmy la cadette. A l'âge adulte Emmy se marie avec un australien et part vivre dans son pays, tandis que Virginia reste vivre avec sa mère. Deux caractères très différents ; Emmy dit maîtriser sa vie alors que Virginia pense que nous sommes tributaires du destin, notre vie nous échappe.

A la suite d'une grande déception Virginia, alors que la famille est athée, trouve refuge dans la religion et surtout dans son groupe de lecture de la Bible qui se déroule régulièrement chez son amie Angelica.

Emmy après quelques années de confort matériel et moral, une fille Portia en âge de se marier, ne contrôle plus sa vie : son mari la quitte pour sa meilleure amie. Mais a-t-elle jamais contrôler sa vie ? Elle part à Bali pour se retrouver. La seule chose qu'elle arrivera à accomplir, non s'en mal c'est l'ascension de la montagne Abang. Invitée par le fils d' un riche australien elle sera rejetée par une ancienne maîtresse de Buddy Spark. Retour chez elle. Que reste-t-il de son "moi" de l'île, qu'en est-il de son "moi" Sydnéen" ?  Elle se glisse dans  sa vie d'avant, comme dans ses loques refuge.


De son côté Virginia est dans une mauvaise passe, professionnelle mais surtout spirituelle ; elle découvre le révérend faisant l'amour avec un homme. Bouleversée, elle n'en dira mot à personne mais acceptera de partir quelques jours sur l'île de Sky avec sa mère, pensant elle aussi faire le point de sa vie. Retour à Londres.

"Et elle sentait que la seule voie qu' il lui restait était de poursuivre sa quête des bras accueillants de son Dieu. Si elle avait eu un souhait, il aurait été de retrouver son éclatante certitude : n'avoir jamais vu, jamais su, jamais douté."


Durant le séjour sur l'île de Skye où Molly pensait mourir, celle-ci écrit une lettre à son aînée pour lui recommander de se rapprocher de sa soeur.

"Elle et toi, vous ne vous ressemblez pas, à part, malheureusement, par votre orgueil ; vous n'avez pas toujours été gentilles l'une avec l'autre ; c'est peut-être ma faute. Je voulais que vous vous entendiez, mais tu es née avec la peau dure, et Virginia sans peau du tout."

Virginia fait le voyage pour l'Australie afin d'assister au mariage de sa nièce, qu'elle ne connait pas, Portia. Les deux soeurs se retrouvent et chacune mesure le fossé qui les sépare, qui les a toujours séparé, Emmy veut se montrer sous son meilleur jour, elle joue un rôle ce qui n'échappe pas à Virginia qui malgré tout lui envie sa liberté.

"Une telle liberté lui apparaissait à la fois comme la chose qu'elle avait le plus enviée à sa soeur et comme un vide terrifiant, le dénouement effroyablement triste qu'elle prévoyait pour elle-même lorsque leur mère serait enfin partie, la chose justement dont tout le monde semblait chercher à se prémunir avec tant de zèle. Vu sous cet angle, elle ressentait presque de la pitié pour Emmy qui, comme tous les autres, avait tant essayé, et cependant échoué. Pourtant Emmy avait Portia."


***

De beaux portraits de femmes ;  l'auteure nous livre leurs pensées les plus intimes. L'écriture souligne l'ironie, l'hypocrisie, les faiblesses des personnes au gré des situations ; l'incertitude dans laquelle  tout être subit son destin.
Je pense que la religion, les religions sont un peu pointées dans le récit (ou plutôt les adeptes ?), ainsi que la guerre (évoquée à deux reprises, notamment pour son impact sur les deux enfants).

Le choix du titre ; un tacle sur la colonisation ?

De belles descriptions de la région de Bali.

Cette écriture m'a rappelé  JCO qui sait si bien elle aussi  "entrer" dans la tête des personnages.

C'est une première lecture de cet auteure et c'est son premier roman, donc je continuerai à faire sa connaissance.

J'attends vos propositions ! Smile


Mots-clés : #famille #fratrie #psychologique #religion
par Bédoulène
le Ven 21 Juin - 19:04
 
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Sujet: Claire Messud
Réponses: 22
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Abdelwahab Meddeb

J'hésitais de mettre une biographie de Meddeb si longue, mais il me semble que pour celui qui s'intéresse à son oeuvre, il s'y cache déjà beaucoup d'informations qui aident à situer la personne et l'oeuvre. En découvrant ce dernier livre publié de lui (voir en bas), j'ai découvert dès le début un homme d'une érudition visiblement surprenante: pas juste dans la domaine de l'Islam, mais apparemment justement chez lui, aussi dans "nos" modes de pensées. C'est clair aussi, que sa vision est empreinte d'une recherche d'intériorité que nous n'associons malheureusement pas toujours avec l'Islam. Lui il parle et VIT (car ce n'est pas dans ce sens-là purement un rapport distancié) dans la tradition soufie dont il espère une contribution au dialogue entre les spiritualités, et une expression de l'intériorité qui dépasse pour ainsi dire les limites d'une appartenance.

Ainsi il a pu et du vivre en lui-même une réconciliation de courants différents, entre la France et la Tunésie, les fondements de culture occidentaux et ceux de l'Orient. Cela a abouti apparemment à quelque chose d'extrêmement fructifiant!


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Instants soufis


Originale : 2015

CONTENU :
Albin Michel a écrit:Ces pages retracent la vie d’illustres soufis. Les dits du maître andalou Ibn ‘Arabî, du grand mystique Rûmî, ou encore de Râbi’a, cette femme poète du Xème siècle, sont autant de rappels des merveilles de l’islam, autant d’antidotes aux fausses prédications et aux simplifications meurtrières. La sagesse soufie se dit dans les fulgurances de paradoxes qui rudoient l’étroitesse de l’esprit et son aveuglement. Elle s’offre comme une exemplarité spirituelle qu’Abdelwahab Meddeb, en poète et en érudit, a toujours visée. Ce livre auquel il a travaillé jusqu’à son dernier souffle en est le témoignage saisissant.



Dieu est beau et Il aime la Beauté. (Hadith)

REMARQUES :
Voici le dernier livre paru d'Abdelwahab Meddeb sur lequel il travailla jusqu'à sa mort. Il se trouve même pas encore mentionné sur les bibliographies, voir en haut. C'est comme un héritage qu'on pourrait lire ce livre, exemple d'un Islam mystique, ouvert au dialogue qui a rien d'un Islam politique ou légaliste mais qui cherche vraiment la proximité avec Dieu (et le prochain dans une dimension large).

Meddeb a écrit:« Pour dire un islam libre, ouvert à l'altérité, allant vers l'aventure de la création, dans l'audace, la singularité, capable de s'adapter à toutes les évolutions, souverain, dans la certitude et l'orgueil de soi, humble, n'ayant peur ni de soi ni de l'autre, non hégémonique, actif dans le non-agir, allié des l'esprit, donnant réponse aux problèmes que nous vivons, de l'écologie à la conscience citoyenne, antidote contre le fanatisme, l'atteinte à la Nature, à la Beauté, proposant l'alliance avec la Beauté qui est en péril dans nos villes comme dans nos campagnes, faisant l'éloge de toutes les singularités. »


Il contient un préface (presque aussi un discours d'Adieu) de Christian Jambert, puis une introduction de l'auteur lui-même, dont le cœur est dechiré de voir l'Islam pris en otage par ceux qui s'en reclament (les « Islamistes ») mais qui le défigurent de son essence même.

Suivent alors 33 « Moments soufis » qui reprennent des méditations quotidiennes sur une radio lors du Ramadan en 2014. Par là on peut entendre des condensés, des points de cristalisation d'une attitude dans une personne concrète de la tradition soufie, ou un événements clé, une rencontre, une parole. Cela pourrait être, dans un certain sens, rapproché aux descriptions des vies de Saints dans le christianisme. Des personnes qui par leur vie incarnent peut-être beaucoup mieux que des dogmes, des règles extérieurs, le sens caché d'un enseignement. On donne juste quelques petites infos biographiques, on ne s'y attarde pas, pour exprimer comme l'essentiel que cet homme, cette femme a pu vivre et exprimer.


« Mon Dieu ! S'il est prévu que tu chaties l'une de tes créatures par le feu, je te demande d'amplifier ma propre créature au point que les flammes de l'enfer ne puissent consumer nul autre que moi. »

Abû Yazid Bestâmi

Ô musulmans, comment délibérer ? Moi, je ne sais qui je suis
je ne suis ni chrétien, ni juif, ni zoroastrien, ni musulman
ni d'Orient, ni d'Occident, ni d'en haut, ni d'en bas
ni des éléments de la nature, ni des spères qui tournent
je ne suis ni hindou, ni chinois, ni bulgare, ni turc,
ni d'Irak, ni du Khorassan
Mon signe est un non-signe, mon lieu un non-lieu
Je ne suis ni corps ni esprit
Mon âme est l'Esprit des esprits
Lorsque je profère la dualité je vois le monde Un
Je vois Un, je chante Un, je sais Un, le lis Un.

Jalâloddin Rûmî

- - - - - -

Je T'aime de deux amours, l'un tout entier pour l'amour, l'autre parce que Tu es digne d'être aimé.
Le premier c'est de me dépouiller de tout autre que Toi.
Le second c'est d'ôter tous les voiles afin qu'à nu je Te voie.
De l'un ni de l'autre je ne veux être louée. Mais pour l'un et pour l'autre, louange à Toi !

Râbi'a al-'Adawiyya

- - - - - - - - - - -

Nûna Fâtima bint ibn al-Muthannâ sur Ibn 'Arabi :
« De tous ceux qui viennent me voir, il est le seul à venir entier, ne laissant rien de lui ailleurs. Il faut être là où l'on est de toute sa ersonne. C'est une règle de la voie. »

Ibrâhim ibn al-Adham dit à quelqu'un :
« Ne désirez aucune chose ni d'ici-bas ni de l'au-delà ; mettez le vide en vous pour que Dieu y soit seul dans rien d'autre, et approchez-vous de lui. »


Mots-clés : #religion #spiritualité
par tom léo
le Lun 17 Juin - 22:46
 
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Sujet: Abdelwahab Meddeb
Réponses: 1
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Vassili Peskov

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Des nouvelles d’Agafia

Original : « Tajohny tupik » (2008)
Récit traduit du russe par Yves Gauthier (2009)

Et voilà qu’on retrouve notre héroïne des « Ermites de la Taïga », Agafia. Le premier tome – que j’ai présenté en haut – se terminait vers 1992 et le désir d’Agafia de rester « chez elle ». Depuis Vassili Peskov a continué à lui rendre visite annuellement, au gré des départs d’hélicoptères, de plus en plus rare. Ces visites sont des fois seulement de quelques heures !
Le livre contient un avant-propos d’Yves Gauthier qui résume un peu l’histoire extraordinaire de cette famille qu’on avait retrouvé en 1978 dans l’immensité de la Taïga.
Puis ce livre « Des nouvelles d’Agafia » est tout simplement divisé en « articles » (écrits d’origine pour la Komsomolskaya Pravda ») des visites régulières de Peskov à partir de 1992 et jusqu’en 2008. Articles qui peuvent être légèrement répétitifs, car étalés sur des années, et retraçant une vie d’une grande régularité. Il y a aussi des photos touchantes.

Et de quoi est-ce qu’il parle avec l’ermite ? On parle de la vie de tous les jours, des travaux de ferme, de la pêche, de santé, des visites d’animaux sauvages (ours et autres…), et l’auteur nous raconte aussi des « acolytes » plus ou moins passagers : avec les années il y avait une bonne vingtaine qui ont essayé de la rejoindre. Et la plupart disparaît avec le prochain hélico ! Car cette vie est sacrement rude, et il ne faudrait pas idéaliser les conditions, même si Agafia profite de sa notoriété en Russie, et des dons qui l’aident à survivre. Si d’un côté un retour « au siècle » n’est pas un sujet pour elle, malgré la rudesse de cette réclusion, elle se réjouit néanmoins des visites et devient « causeuse ».

Il est évident que ce vieux reporter qui est Peskov voue une amitié indéfectible à Agafia, et qu’il est rempli plein d’admiration pour cette femme et ce coté aventure, réclusion, indépendance, ténacité d’elle. Mais on s’empêchera pas à sentir des fois que la simplicité de foi d’une vieille croyante un peu arrêtée dans certaines opinions peut aussi devenir plus facilement un sujet sinon de moquerie, au moins d’’incompréhension. Souvent on reste à constater l’apparente anachronisme de voir une femme choisir une telle vie où temps que « le monde » a bien changé, a bien choisi d’autres rythmes de vie.

On aimerait – j’aurais aimé – vraiment écouter plus du moteur qui anime encore cette femme, c’est à dire qui la fait vivre cette vie pas seulement comme une fermière un peu spéciale, mais aussi comme expression d’une foi plus profonde. Une femme qui prie des heures par jour. Mais c’est éventuellement un coté de la vie que ces scientifiques et journalistes ne peuvent pas cerner ? Juste vers la fin du livre, un chapitre est intitulé « Causerie de nuit », et cela me semble aller plus au cœur que bien d’autres chapitres.

Mais reste l’aventure incroyable d’Agafia qui a fêté ses 75 ans cette année !


Mots-clés : #medias #religion #solitude
par tom léo
le Dim 16 Juin - 12:26
 
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Sujet: Vassili Peskov
Réponses: 13
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Marilynne Robinson

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Gilead


Avant tout il me semblait que c'était un récit de vie, destiné alors à son fils si jeune (il a sept ans!) que le pasteur vieillissant va jamais le rencontrer comme adulte. Certains partages et explications seront jamais possibles. Ces circonstances donneront un ton de mélancolie, d'un certain regret. C'est alors un livre de la relation entre père et fils, et il y en a d'autres de ces relations : l'ami Boughton en a aussi ! Le jeune Jack. Et finalement la relation entre le grand-père et le père est une aussi etc. Là intervient une autre dimension : l'attitude de combat du grand-père (presque une figure vétéro-testamentaire) et le quiétisme du père, qui s'était tourné vers les Quakers.

Bien sûr je ne peux pas forcer de voir la beauté des remarques, pas seulement sur la nature ou des descriptions, mais d'une recherche de Dieu, d'une vie de foi. Ce livre a quelque chose d'une version adapté du « Journal d'un curé de campagne » de Bernanos. Par ailleurs le Pasteur John Ames en fait allusion ! Les remarques sur Feuerbach sont fort intéressanes ; Et beaucoup d'autres choses… Mais cela touche au plus profond, et on y est ouvert ou pas. Mais ce n'est certainement pas « n'importe quoi ». Si l'auteur a attendu si longtemps entre la publication de ses livres, elle a aussi préparé son coup. Autre réaction : un ami pasteur me disait qu'il est très remarquable qu'une femme arrive a tellement bien comprendre ou saisir certains aspects de la vie d'un prédicateur…

Donc, une grande partie du roman se laisse lire pas comme un récit, mais presque comme une méditation.

MAIS je suis tout à fait d'accord que le rythme devient très lent. Ce fleuve tranquille n'est pas pour tout le monde et il y a danger d'endormissement (aussi pour moi). Circulant, des sujets reviennent sous différentes lumières, et certaines expressions de regrets (de ne pas voir son fils comme adulte) sont trop répétitives. Mais pour l'amateur d'une certaine lenteur, d'un regard presque méditatif sur la vie – il y a des pépites.

« These are the things that Ames tells his son about: his ancestors, the nature of love and friendship, the part that faith and prayer play in every life and an awareness of one's own culpability. There is also reconciliation without resignation, self-awareness without deprecation, abundant good humor, philosophical queries--Jack asks, "'Do you ever wonder why American Christianity seems to wait for the real thinking to be done elsewhere?'"--and an ongoing sense of childlike wonder at the beauty and variety of God's world. »


Mots-clés : #relationenfantparent #religion
par tom léo
le Ven 14 Juin - 7:35
 
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Sujet: Marilynne Robinson
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Alaa al-Aswany

L’immeuble Yacoubian

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Si on s’en tient au premier et au dernier chapitre, il s ‘agit d’un homme notable vieillissant, qui, voyant l’âge venir, emploie une jeune femme pour lui prodiguer de la compagnie et un peu plus. Et qui est si doux et si charmant qu’après avoir voulu le gruger, elle finit par l’aimer infiniment.

Mais au Caire la vie grouille et il ne s’agit pas de s’en tenir à une histoire intime et heureuse. L’immeuble Yacoubian, immeuble haussmannien qui réunit les riches dans ses étages et les pauvres sur sa terrasse, est un lieu de vie intense, jamais en pause,  où s’expriment toutes les déviances d’un pays marqué par la misère, la corruption, une religion égarée, des rapports sociaux gangrenés, un puritanisme mal caché par un libéralisme de mœurs qui n’est qu’apparent.

Dans ce roman choral, l’habile conteur Al Aswany fait se croiser et s’entrecroiser  le beau monde et les petites gens, les policiers ripous, les politiciens dépravés et les islamistes aveugles, les bourgeois sûrs du pouvoir de leur argent, les femmes manipulées, pelotées, achetées, les homosexuels réprouvés, tout un monde foisonnant qui illustre les dérives d’un pays, écartelé entre civilisation et régression,  à la fois révulsé et fasciné par l’Occident.



L'immeuble Yacoubian:
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Une terrasse:
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Mots-clés : #corruption #religion #romanchoral #terrorisme
par topocl
le Sam 25 Mai - 9:13
 
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Sujet: Alaa al-Aswany
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Ali al-Muqri

Le beau Juif

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Originale: Al-Yahūdī al-Ḥālī (Arabe/Yemen, 2009)

Présentation de l'éditeur a écrit:Dans le Yémen du XVIIe siècle, les communautés cohabitent et s'affrontent. Alors quand Fatima, la fille du mufti, s'éprend du bel adolescent juif qui répare les fenêtres ajourées du palais de son père, leur histoire est forcément destinée à connaître un parcours semé d'embûches. Quant à l'enfant de cette union interdite, ni les Musulmans ni les Juifs ne veulent le reconnaître. Que son père se convertisse à l'islam n'y change rien. Et quand, vers 1660, un certain Shabbataï Tsevi prétend être le Messie et redonne vie au rêve d'émancipation des Juifs, les rapports inter-religieux se compliquent encore... Ce roman dresse un tableau vivant d'un Yémen fécond et multiculturel.  


REMARQUES :
C’est avec un certain recul - au début de sept ans - que Salem le Juif, raconte en 1644 des rencontres avec Fatima, la fille du Mufti, de cinq ans son aînée ! S’installe pendant une période un vrai apprentissage mutuel des cultures de l’un et de l’autre à Rayda : Salem apprend l’écriture, la poèsie arabe, évidemment aussi grâce aux grands spirituels de l’Islam, et aussi le Coran lui-même. Et Fatima est assidue à apprendre le Hébreu, à étudier les textes de la Torah. Ô, là où l’amour naît on veut tout savoir et apprendre de l’autre. Mais bien sûr qu’on apprécie - et qu’on peut apprécier ! - ce qui fait plaisir et vivre à l’autre ! Et peu à peu les deux s’imprègnent de la culture, de la foi de l’autre ! Salem, plus tard, va se dire « appartenant au rite de Fatima », muselman à sa façon à elle : ouverte, tolérante. Et vice versa. Comme si là où la relation et le respect entre des individus sont accordés, on ne peut plus s’exclure !  

Mais quand on craind, des deux cotés, que cela va virer vers une relation amoureuse « impossible » dans le temps (on cite des exemples suicidaires de jeunes amants…), on baigne dans les affrontements intra-communautaires qui frisent la haine, voir l’exclusion et l’oppression. Dans le contexte du Yemen du XVIIème siècle ce sont plutôt des Juifs qui seront des victimes d’exactions, et qui sont poussés vers l’obéissance. Néanmoins, avec leur rêve d’un Messie vainqueur à l’horizon, on les voit aussi capables de pousser les Muselmans vers l’exclusion…, en théorie.  

Dans ce contexte : quelle sera le chemin des deux amoureux qui ont grandi entre-temps ? Je vous le laisse découvrir. La langue est belle. On pourrait être étonné d’un changement de ton quand le vieux Salem donne le récit de l’histoire des Juifs, de leur attente, comment ils sont traités. Et cela s’appelera à juste titre dans cette partie « Chronique ». Mais cela contribue à donner chair à un récit qui n’est pas seulement une histoire d’amour, mais un récit de l’histoire d’une minorité dans un pays arabe.

Assez osé pour un roman de ses contrées-là, touchant, poignant ! Cela m’a plu et je remercie T.

Mots-clés : #amour #historique #religion
par tom léo
le Mar 21 Mai - 22:30
 
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Sujet: Ali al-Muqri
Réponses: 8
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Alice McDermott

La neuvième heure

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Nous sommes entre deux guerres, dans un quartier populaire de New-York, où malgré leurs bigoteries et leur rigorisme, les bonnes sœurs développent des trésors d’humanité pour adoucir le quotidien de la veuve, de l’orphelin et de bien d’autres qui souffrent et se débattent.

C’est là qu’ont vécu enfants les parents du curieux "nous"  anonyme qui raconte. Là que la rigueur de leurs existences amène tour  à tour le grand-père, la grand-mère et la mère de ce « nous »  à se rendre coupables d’un péché mortel, pourtant péripétie ordinaire de leurs vies difficiles, qui les confronte à la réprobation ou la bienveillance de chacun.  

Surtout la bienveillance, au final, qui semble être une des qualités maîtresses de l’œuvre de McDermot, avec la subtilité, la douceur et une extraordinaire proximité à l’humilité et la souffrance des petites gens. Une réelle aménité pour ces vies si dures, faites de sentiments profonds, de droiture, d‘odeurs  mêlées et de lumières. J’ai beaucoup aimé cette voix singulière et attentive.


Mots-clés : #famille #relationenfantparent #religion
par topocl
le Dim 19 Mai - 18:44
 
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Sujet: Alice McDermott
Réponses: 17
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Felix Timmermans

La harpe de Saint François

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Titre original: De harp van Sint Franciscus, paru en 1933, roman, 245 pages environ, 15 chapitres, traduction et avant-propos par Camille Melloy.


Que l'exercice de l'hagiographie soit particulièrement ardu, le fait est peu contesté.
Histoire, peut-être, d'ajouter encore de la difficulté, Timmermans choisit celle d'un des saints les plus notoires, l'un de ceux dont l'intercession est toujours invoquée avec la même constance depuis des siècles, et sur lequel il a énormément été écrit (et qui, lui-même, nous a laissé des écrits, et un Ordre toujours bien vivant et actif de nos jours).

Tout ces écrits, Timmermans les a lus, médités. De cette somme de lecture, il dit avec une humilité toute...franciscaine, en guise de conclusion à l'ouvrage:
Ainsi me suis-je représenté ces choses après avoir lu les livres que les savants ont écrits sur cette belle vie.
Ainsi les ai-je vues s'accomplir. Et ces images, je les ai dédiées à ma femme et à mes enfants, au Révérend Giuseppe Pronti, prêtre d'Assise, et à quelques humbles gens de notre rue, en l'honneur de saint François.

Complétons un peu cet assaut de grande modestie (normale, vu le sujet):

- Tenter d'appréhender la mystique à l'approche de François ne l'effarouche guère, il n'élude pas le thème, ni le réduit à une observation clinique, encore moins à un foisonnement cédant au merveilleux, au fantastique, à l'imaginaire (bref lles travers les plus pénalisants sont évités).

- L'historicité comme discipline technique n'est pas le but de l'ouvrage, toujours est-il qu'autant qu'il me soit donné de pouvoir en juger, Timmermans reste toujours en phase avec celle-ci, comme un cadre imposé, mais ne réduit jamais son propos à l'"approche historique de...".
Peut-être un point ou deux (mineurs) me font tiquer, comme le fait que la mère de François était provençale et non française, ce qui était très distinct à l'époque, et que donc lorsque, jeune, il s'envisageait troubadour (et non trouvère comme indiqué) c'était en provençal et non en français qu'il chantait, langue dans laquelle il entonnera psaumes et cantiques par la suite.

- Tendresse, délicatesse, poétique rurale et naturaliste, humilité, petites gens, pauvreté -grande qualité des cœurs simples, sont les grands ingrédients de sa recette (autant de qualificatifs qui jalonnent, si j'ai bien compris son œuvre). Seul bémol sur son approche, à mon humble avis, elle est à tout le moins doloriste (à l'excès ?).

- Quand Timmermans veut bien desserrer le frein à main du lyrisme (il ne le fait jamais longtemps, du moins jamais assez longtemps à mon goût), le peintre qu'il est aussi n'est jamais loin, et nous avons là des passages de haute tenue qui donnent envie de se plonger plus avant dans ses écrits, comme:

Chapitre 8, Une couronne de roses et d'épines a écrit:
Un tournoi venait de finir, un autre allait commencer. Les trompettes allaient sonner, lorsque tout à coup, sans être invité ou attendu, un petit moine se tint debout au milieu de l'arène. Les spectateurs étaient surpris, mais avant qu'on eût pu crier un mot pour ou contre, François se mit à chanter la strophe d'une ballade, puis à prêcher sur la grande valeur d'une vie pénitente. Il était là, hirsute, émacié, déguenillé, - parlant et criant à toute cette noblesse et tous ces maîtres du pays. Ses gestes étaient vifs, sa voix aigüe, et par moments son ardeur l'emportait à tel point qu'il dansait presque. Et tous l'écoutèrent - comme on écoute le tonnerre et la musique, dans un silence tel qu'on entendait frissonner les bannières et les oriflammes dans l'air. Il y eut des larmes, des paupières baissées, des cœurs battants,  des soupirs. Et lorsqu'il s'en alla, ce fut dans un grand enthousiasme d'ovations et de voiles agités.  


Sur la richesse de sa palette descriptive, richesse contenue, non foisonnante, précise, efficace, Timmermans-peintre ne faisant qu'un avec l'écrivain - comment ne pas évoquer les peintres flamands, surtout lesdits "primitifs":

Chapitre 6 Des poètes par douzaines a écrit:
La nuit tombée, la pluie redoubla. Les gouttes égrenaient d'interminables rosaires à travers le toit sur leurs capuchons, sur leurs pieds nus, dans le petit feu fumant de bois humide. À certains moments, la fumée était si épaisse dans la cabane qu'il valait encore mieux se tenir dehors, sous la pluie. Mais frère Genièvre agitait son manteau pour dissiper la fumée. François proposa une belle méditation sur la pauvreté de la Sainte Vierge; ils récitèrent et chantèrent ensuite quelques psaumes; enfin, ils se couchèrent: il leur suffisait, pour être au lit, de s'étendre où ils se trouvaient. L'âcre fumée du petit feu demeura suspendue sous le toit. Par les fentes, l'eau tombait, avec un bruit mat, sur leur bure mince. La nuit grimpait lentement sur la terre.  






Mots-clés : #biographie #historique #moyenage #religion #spiritualité
par Aventin
le Sam 27 Avr - 16:15
 
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Sujet: Felix Timmermans
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Jake Hinkson

Sans lendemain

Tag religion sur Des Choses à lire Cvt_sa10

C’est un thriller dans les suites immédiates de l’après-guerre, qui se passe dans Arkansas, état archaïque de la puritaine Amérique. Billie, une jeune lesbienne délurée et rentre dans le tas, souhaite y promouvoir, pour la société qui l’emploie,  les vertus du cinéma de série B. Incarnation du démon, elle est confrontée à un charismatique pasteur  aveugle qui ne jure que par le mal. Il est l‘époux d’une jeune femme splendide dont elle tombe immédiatement amoureuse. Deux meurtres plus loin, elle se plaint encore que le monde est inique et peu tolérant.

Le ton est alerte et plutôt plaisant, parfois même drôle, surtout au début, mais le roman s’embourbe vite dans des péripéties rocambolesques et des personnages lourdingues. Dommage pour un roman  qui courre sur des sentiers rarement battus, mais qui, malgré ses bonnes intentions, ne m'a guère fait palpiter.


Mots-clés : #conditionfeminine #identitesexuelle #religion  Et on re-réclame "thriller" Tag religion sur Des Choses à lire 1384701150 ??
par topocl
le Lun 8 Avr - 11:44
 
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Sujet: Jake Hinkson
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Chinua Achebe

Tout s’effondre

Tag religion sur Des Choses à lire Tout_s11

Nous sommes chez les Ibos, et l’histoire commence avant que les missionnaires n’arrivent (donc avant l’effondrement de la société ibo), mais il y a quand même des fusils (et même un canon ?!), on se massacre à la guerre, et on a coutume d’abandonner les jumeaux dans la « forêt maudite », une sorte de parcelle réservée à la nature sauvage, à l’écart de la société/ civilisation (ces "bois sacrés" sont toujours respectés de nos jours) :
« Tout clan, et tout village, avait sa “forêt maudite”. On y enterrait ceux qui mouraient de maladies vraiment mauvaises comme la lèpre ou la petite vérole. C’était aussi le dépotoir des puissants fétiches des grands hommes-médecine à la mort de ces derniers. Une “forêt maudite” était donc animée de puissances funestes et d’obscurs pouvoirs. »

Unoka était un raté, imprévoyant, débrouillard mais fort endetté, surtout un musicien porté sur le vin de palme, et qui ne supportait pas la vue du sang. Son fils, Okonkwo a réussi : agriculteur prospère, il a trois femmes, est un guerrier accompli, a la confiance des anciens. Il est cependant colérique, violent :
« Mais sa vie tout entière était dominée par la crainte de l’échec et de la faiblesse. […] C’était sa crainte de lui-même, sa peur qu’on ne le trouve semblable à son père. »

Le personnage d’Unoka, ouvertement dénigré, me paraît ambigu (peut-être pas si négatif, et possiblement prémonitoire) ; il parle ici à son fils :
« Un cœur fier ne se laisse pas abattre quand tout s’effondre, car un tel échec ne l’atteint pas dans son orgueil. C’est beaucoup plus difficile et beaucoup plus douloureux quand on est seul à échouer. »

Le risque, avec les conversions des évangélistes (outre l’oubli des traditions, la perte des liens familiaux et claniques), c’est littéralement la disparition des ancêtres dans l’oubli :
« Il se vit, lui et ses pères rassemblés autour du sanctuaire familial pour attendre en vain adoration et sacrifices et ne trouvant que les cendres des jours passés, tandis que ses enfants prieraient le dieu du Blanc. »

Le roman offre un aperçu de la culture régionale. Le foufou d’igname est l’aliment de base (généralement accompagné d’une "sauce"), et tous les matins on entend le son caractéristique du grand pilon retombant dans le mortier…
Ce livre vaut surtout pour la mise en valeur (sans édulcoration) des valeurs communautaires ibo :
« Chez les Ibos, on tient en grande estime l’art de la conversation, et les proverbes sont l’huile de palme avec laquelle on accommode les mots. »



Mots-clés : #colonisation #religion #traditions
par Tristram
le Ven 29 Mar - 23:17
 
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Sujet: Chinua Achebe
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Emmanuel Le Roy Ladurie

Montaillou : village occitan de 1294 à 1324

Tag religion sur Des Choses à lire Montai11

C’est à cause d’Arturo et de Bix que je me suis replongé dans cet extraordinaire ouvrage publié en 1975.
Le livre est très dense et fait plus de 600 pages. Je ne sais si je le relirais entièrement, aussi je laisse ce fil en attente.
Je le conçois à vrai dire comme un « work in progress », me permettant au fil des chapitres d’en faire quelques résumés et réflexions personnelles. Ce sera, je pense, moins indigeste pour le lecteur. Bien entendu je serais heureux d’éventuels intervenants.
Sources
En bon historien, Emmanuel Le Roy Ladurie présente d’abord ses sources. Elles sont nombreuses, mais y figure un document tout à fait exceptionnel, le Registre d’inquisition de Jacques Fournier, conservé au Vatican.
Jacques Fournier, futur pape Benoît XII, aux origines modestes, devient moine cistercien et monte à Paris étudier à Paris où il devient docteur de l’Université.
En 1317, reconnu par son érudition et sa rigueur, il est nommé évêque de Pamiers.
C’est dans cette période qu’il va intervenir à Montaillou.
Le village, situé en Haute-Ariège, est régulièrement « infesté » par les hérétiques de tradition cathare.
Jacques Fournier va former avec les dominicains de Carcassonne un formidable tribunal d’Inquisition qui va fonctionner jusqu’au départ de Jacques Fournier pour l’évêché de Mirepoix en 1326. La principale cible du tribunal est le pays de Sabarthès et notamment le village de Montaillou.
Jacques Fournier est décrit comme un vrai Maigret, obsessif de la vérité, interrogeant sans relâche les prévenus. Il n’emploie que peu la torture, mais arrive à ses fins à force d’interrogatoires et d’investigations.
La transcription de ces séances du tribunal offre une vision très réaliste de ce que pouvait être une petite communauté paysanne des contreforts pyrénéens au tournant des 13 et 14e siècles.


Mots-clés : #historique #religion
par ArenSor
le Mer 27 Mar - 18:53
 
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Sujet: Emmanuel Le Roy Ladurie
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Olga Tokarczuk

Les livres de Jakob  

Tag religion sur Des Choses à lire 51t02m10
sur la couverture duquel on peut lire:
Les livres de Jakob ou Le grand voyage à travers sept frontières, cinq langues, trois grandes religions et d'autres moindres : rapporté par les défunts, leur récit se voit complété par l'auteure selon la méthode des conjectures, puisées en divers livres, mais aussi secourues par l'imagination qui est le plus grand don naturel reçu par l'homme. Mémorial pour les Sages, Réflexion pour mes Compatriotes, Instruction pour les Laïcs, Distraction pour les Mélancoliques


Nous sommes à la fin du XVIIIème siècle, période où les esprits recherchent à chambouler des conceptions du monde prétendument acquise. Chez les juifs polonais, c’est la saturation face a la misère, aux pogroms, à l’exclusion et, si des messies s’autoproclament à tous les coins de rue, Jakob Frank va déclencher un mouvement hérétique qui mènera des dizaines de milliers de Juifs à la conversion au catholicisme. Mais quel est donc cet homme si peu ordinaire, si charismatique, mais aussi pervers, jouisseur, tyran à l’ego démesuré, jusqu’à en être malsain, dont la secte est un grand bordel, au sens propre du terme. Les catholiques initialement réjouis de voir toutes ces brebis égarées rejoindre le droit Chemin, démantèlent peu à peu la supercherie, et les revoilà repartis pour  l’exclusion et la persécution.


C’est l’occasion pour Olga Tokarscuz non seulement de raconter par le détail les jours heureux et malheureux de cette secte si particulière, mais aussi de dresser un portrait d’une société polonaise multiple et  multiculturelle. Dans un récit d’une puissance à la hauteur de la tâche assignée, cela  foisonne, cela fourmille, les gens comme les idées voyagent, les odeurs palpitent, les climats marquent les faits de leur empreinte, les marchés grouillent, les commerces fructifient ou s’étiolent, les salles d’études regorgent de livres…Olga Tokarscuz multiplie les descriptions, les personnages d’horizons divers, humbles et puissants,  donne aussi  la parole aux uns ou aux autres via des écrits divers, journaux, lettres, publications diverses.

En grande conteuse, elle n’oublie pas de lier tout cela avec une pointe de fantastique,  grâce au regard omniscient d’une  vieille femme qui séjourne entre les vivants et les morts pour l’éternité, qui voit tout, connaît chacun.

Mais ce côté conteur n’oublie pas de  s’inscrire dans  notre monde d’aujourd’hui  et ses préoccupations, puisqu’on y croise un homme qui souhaite que le savoir soit gratuit et accessible à tous, des femmes qui s’insurgent contre le droit de cuissage, un homme qui apprend la langue du pays aux migrants...

C’est un bouquin époustouflant, énorme par son nombre de pages mais aussi par son érudition, par sa qualité romanesque, par son envergure géographique et temporelle, par son intelligence, par sa sensibilité. C’est bien dommage tous ces lecteurs potentiels qui vont y renoncer au vu de sa longueur.

mots-clés : #communautejuive #historique #religion
par topocl
le Mar 26 Fév - 10:55
 
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Sujet: Olga Tokarczuk
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Vassilis ALEXAKIS

Tag religion sur Des Choses à lire Produc14

Ap. J.-C.

quatrième de couverture a écrit:Athènes de nos jours. Nausicaa, une dame de 89 ans, demande à un étudiant en philosophie qu'elle héberge d'enquêter ( lui rapporter “tout ce qu'il est possible d'apprendre”) sur le mont Athos, cette république monastique où les femmes ne sont pas admises.
Nausicaa songe-t-elle à laisser sa fortune aux moines? Espère-t-elle retrouver son frère disparu il y a 50 ans ?
Au hasard de lectures et de rencontres singulières, le jeune homme va découvrir une communauté richissime, qui pèse d'un poids considérable sur la vie politique du pays, et dont personne ne prend le risque de contester les privilèges ni de dévoiler les secrets…


Il s'agit là d'un voyage dans le temps, on se trouve à l'époque de la construction des premiers monastères, au début du christianisme avec toutes les questions que cela génère : comment s'est répandu le monotéisme, était-il meilleur pour l'homme, qu'est-ce qui pousse un homme à devenir moine, quels sont les fondements d'une religion, etc…

Le jeune homme qui entreprend les recherches pour affection pour Nausicaa et un peu au détriment de son travail de fin d'étude, finit par se passionner pour le sujet et changera même son sujet de thèse.
Les prospections se font larges puisque l'on passe de scientifiques explorant les fonds marins aux moines poètes péruviens, on passe de l'Antiquité à notre époque contemporaine, on passe d'une ville dynamique à une presqu'île en dehors du monde.

Extrait a écrit:On sait que l'Eglise a tenté d'enrôler les anciens sages, ceux du moins qu'elle n'a pas réussi à effacer denos mémoires, en dénaturant leur pensée. On continue d'enseigner aux élèves du secondaire que Byzance a gentiment relayé la Grèce classique. Le christianisme, mon cher ami, ne prolonge pas l'Antiquité, il la suit, tout simplement, comme le nuit suit le jour. La théologie annihile la philosophie. La première possède toutes les réponses tandis que la seconde n'est riche que de questions.


De manière générale chez V. Alexakis, l'histoire relatée est souvent secondaire. Alexakis cherche à comprendre l'évolution de la pensée, du langage, ses origines et beaucoup d'autres choses sur la vie, il se pose donc beaucoup de questions. Les romans sont des prétextes à partager ces questions et les réponses qu'il a trouvées à travers des discussions avec des amis, sa famille, des étrangers croisés au hasard de la vie.En tous les cas, mon ressenti fut le même à la lecture de "Le premier mot".
Parfois ces discussions encombrent un peu l'avancement de l'histoire à proprement parler mais en considérant qu'elle est quelque part secondaire en tant que telle - car c'est comme la vie, on suit une direction mais sur le chemin on croise des personnes avec on échange des propos qui soit n'ont rien à voir avec notre direction ou soit sont directement liés - au final, c'est l'enrichissement apporté par les échanges qui compte.
La lecture d'Alexakis est reposante, pleine de paix et très riche de savoir. On est loin du roman d'action, on médite à l'ombre d'un chêne avec un raki et quelques olives, les yeux dans le bleu de l'azur grec.


mots-clés : #religion
par Cliniou
le Ven 22 Fév - 13:59
 
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Sujet: Vassilis ALEXAKIS
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Sébastien Ortiz

Dans un temple zen

Tag religion sur Des Choses à lire 51hmjx10


Originale: Français, 2017

À l'âge de 20 ans, suite à une déception amoureuse, le narrateur part pour Taiwan sans trop savoir que faire de sa vie. Il se laisse séduire par l'accueil d'un bonze dans un temple chan (= zen) du nord de l'île. Seul étranger à y être accueilli, alors que rien ne l'y préparait, il découvre, avec le regard ingénu et confiant de la jeunesse, le quotidien des moines et des nonnes bouddhistes, rythmé par la méditation et l'étude des textes. Il apprend le chinois, la méditation, épouse peu à peu leur existence tissée de passions simples, en harmonie avec une nature qui fait écho à l'imaginaire poétique de la Chine. Il se lie d'amitié avec celles et ceux qui ont choisi la voie monastique et lui livrent des bribes de leur histoire et devient ainsi Maître du tambour et donc Maître du temps.


REMARQUES :
Publié en 2017, Orthiz revient à une année de sa jeunesse : en 1992 il avait vingt ans ! Déçu par une fille, il fait ses bagages, part pour l’Asie ! Mais il n’avait probablement pas de tout en tête ce qui allait arriver. Et c’est suite à une découverte et une invitation exprimée par le responsable d’un monastère bouddhiste à Taïwan, qu’il se laisse prendre, et qu’il va y passer un temps qui, pendant toute une période, se sent pour lui, et le lecteur avec lui, « intemporel ».

Il s’agit vraiment d’un récit autobiographique très retenu et discret, presqu’en soi déjà un témoignage pour avoir laisser derrière soi des formes pompeuses et clinquantes. Cela fait plaisir de suivre le narrateur dans son séjour, ses descriptions de la vie des moines et nonnes dans sa régularité apaisante. Il nous raconte par bribes les histoires de ces personnes attachantes autour de lui dans le monastère, le devenir de leur vocation. Puis l’environnement du monastère, les promenades, la nature. L’apprentissage de la langue chinoise dans sa complexité et beauté. La mort d’un vieux moine. Il va partager (on aurait aimé en entendre encore plus?) des expériences du « zazen » et de la méditation.

Très heureux du contenu , mais aussi de la forme sans prétention, mais en toute simplicité.


mots-clés : #initiatique #religion #voyage
par tom léo
le Dim 10 Fév - 18:40
 
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Sujet: Sébastien Ortiz
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George Saunders

Lincoln au Bardo




4ème de couv a écrit:Washington, nuit du 25 février 1862. Dans le paisible cimetière de Oak Hill, non loin de la Maison-Blanche, quelque chose se prépare… Un peu plus tôt ce même jour, on a enterré un petit garçon prénommé Willie, qui n’est autre que le fils du Président des États-Unis. Ce soir-là, Abraham Lincoln, dévasté de chagrin, s’échappe de son bureau pour venir se recueillir en secret sur la
sépulture de son enfant. Il croit être seul – il ne l’est pas. Bientôt, des voix se font entendre, et
voici que jaillit des caveaux tout un peuple d’âmes errantes, prises au piège entre deux mondes, dans une sorte de purgatoire (le fameux Bardo de la tradition tibétaine). L’arrivée du jeune Willie va déclencher parmi eux un immense charivari – une bataille épique, reflet d’outre-tombe de la guerre de Sécession qui, au même moment, menace de déchirer la nation américaine. Tour à tour inquiétants, hilarants, attendrissants, les spectres surgis de l’imagination de George Saunders nous offrent un spectacle inouï, qui tient de la farce beckettienne autant que de la tragédie shakespearienne. Magistral chef d’orchestre de ce choeur d’ombres baroques, George Saunders s’amuse à dynamiter tous les registres romanesques, pour mieux nous confronter aux plus profonds mystères de notre existence : qu’est-ce que la mort ? qu’est-ce que la vie ? qu’est-ce que l’amour ? et comment vivre, et aimer, quand nous savons que tout est voué au néant ?


REMARQUES :
Ayant gagné le Man Bookers Prize, traduit avec succès déjà dans plusieurs langues, j’en ai entendu parlé déjà pas mal de ce livre. Certaines remarques et mots de la présentation laissent pourtant pensé presque à une histoire de fantômes bizarroïdes. Au fond il me semble que Saunders vise plus haut.

Il n’y a pas de narrateur, mais tout se présente comme, d’un coté, des collages de diverses articles, lettres, sources pour décrire le scénario autour de ce jour, cette nuit de la mort et de l’enterrement du fils d’Abraham Lincoln. Au milieu de la guerre civile, tandisque les premiers massacres tuent des centaines de soldats, il est confronté avec la mort sur un plan personnel. Son fils Willie est mort ! Et celui qu’on réduit souvent sur une action historique se revèle être bien plus : père attaché à son enfant, chagriné au plus profond. Est-ce que cela, et cette nuit auprès de son enfant mort, voir déjà enterré, va changer qqe ch?

Et de l’autre coté : des « voix », s’interpellant, se trouvant certes dans un monde parallèle, mais comme entre deux, le Bardo. Pour des raions variées, les gens s’y trouvant n’ont pas trouvé encore comment « laisser derrière soi l’ancien monde », prendre congé. Leur problème : une forme d’attachement trop grande, des regrets, parfois presqu’un amour trop grande. Pour aller en avant, il faudrait resolument regarder vers l’avant, sinon : risque de glacer sur place, de ne plus bouger ?

Narration alors entre changements de voix et dissonances (parfois les petits bouts de citations donnent des opinions et éclairages différentes sur une seule et même chose) ici. Et une forme de dialogue, de complémentarité (?) là, parfois formant un tout harmonieux où l’un raconte les événements se passant, ou anticipe la parole de l’autre sans altération

Mais ce choix de procèder sans narrateur au sens propre rend parfois la forme (à mon avis) un peu artificiel et difficile à avaler ?!

Néanmoins la grande force de ce roman va rester probablement une vue sur différentes attitudes face à la mort. Saunders choisit un terme du monde imagé du bouddhisme tibétain, sur un monde « entre les deux », le "Bardo". Monde coupé, mais encore attaché. Comment surmonter ses resistances, nostalgies, son refus ? Y-aura-t-il un jeu pour avancer encore après la mort physique ? Au même moment nous trouverons des références chrétiennes aussi... Donc, ce livre pourrait fournir de matières pour beaucoup pour une réflexion ou un partage.

Pour ne pas avoir toujours aimé le style, la forme choisie, je ne peux néanmoins pas donner quant à moi le plein d’étoiles !


mots-clés : #fantastique #mort #religion
par tom léo
le Mar 22 Jan - 7:54
 
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Sujet: George Saunders
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Chuck Palahniuk

Survivant

Tag religion sur Des Choses à lire Surviv10

Tender Branson a détourné un Boeing 747, et relâché passagers et équipage. Dans l'avion en pilotage automatique, avec l’équivalent d’environ 7 heures de vol selon le carburant restant, il raconte sa vie à l'enregistreur de vol avec l'espoir que la boîte noire gardera une trace de son récit. Les pages du roman sont numérotées dans l'ordre décroissant, et il se déroule du chapitre 47 au premier, en compte à rebours du crash.
C’est fort brillant, il y a d’étranges moments irréels alternés avec d’impitoyables aperçus de la société états-unienne.
Très vite on rapproche le texte de Chuck Palahniuk de ceux de Bret Easton Ellis et de l’"anticipation sociale", mais cette comparaison n’est pas réductrice. Il y a du gore et du cynisme, mais pas que cela ‒ et notre époque ne peut honnêtement pas exclure une autoreprésentation ignoble.
Rescapé de l’église creedish, genre amish, une secte qui aurait apporté la Délivrance à ses membres par le suicide collectif, qu’il aurait manqué parce qu’absent, Tender Branson bénéficie du « programme de conservation des survivants »…
« À grandir au sein de la colonie du district de l’église, la moitié de vos études concernait la doctrine et les règles de l’église. L’autre moitié concernait le service. Le service comprenait le jardinage, les bonnes manières, l’entretien des tissus, le ménage, la menuiserie, la couture, les animaux, l’arithmétique, l’art d’ôter les taches, et la tolérance. »

« Nous croyions que tous ces enseignements étaient destinés à nous rendre intelligents. Ça ne faisait que nous rendre plus stupides. Avec tous les petits faits que nous apprenions, nous n’avions jamais le temps de penser. Aucun d’entre nous n’envisageait jamais ce que serait une vie passée à nettoyer derrière un inconnu tous les jours de notre existence. »

« Nous savons ce pour quoi vous avez été programmé, à ce stade. Nous sommes préparés à vous placer en observation pour empêcher que cela se produise. »

Occasion de casser de l’assistante sociale et de la psychologie appliquée :
« Les obsessionnels compulsifs, me dit-elle, se consacraient soit à la vérification des choses, soit à leur nettoyage (Rachman et Hodgson, 1980). Selon elle, j’appartenais à la seconde catégorie.
En vérité, j’aimais nettoyer, tout bonnement, mais toute ma vie j’avais été entraîné à obéir. Tout ce que je faisais, c’était essayer de faire en sorte que son diagnostic paraisse juste. L’assistante sociale m’énonçait les symptômes, et je faisais de mon mieux pour les illustrer de façon manifeste avant de la laisser m’en guérir.
Après avoir été un obsessionnel compulsif, j’ai été un cas de stress post-traumatique.
Puis j’ai été agoraphobe. […]
Pendant environ trois mois après ma première rencontre avec l’assistante sociale, j’ai été un cas de dissociation de la personnalité parce que je ne voulais pas parler de mon enfance avec la dame.
Puis j’ai été un schizoïde parce je ne voulais pas me joindre au groupe hebdomadaire de thérapie qu’elle dirigeait.
Ensuite, parce qu’elle a pensé que cela ferait une bonne étude de cas, j’ai eu le syndrome de Koro, lorsque vous êtes convaincu que votre pénis devient de plus en plus petit et que, une fois disparu, vous mourrez (Fabian, 1991 ; Tseng et al., 1992).
Après cela, elle m’a fait avoir le syndrome de Dhat, lorsque vous êtes en crise parce que vous êtes convaincu que vous perdez tout votre sperme lorsque vous avez des rêves mouillés ou que vous pissez un bock (Chadda et Ahuja, 1990). L’idée se fonde sur une vieille croyance hindoue selon laquelle il faut quarante gouttes de sang pour créer une goutte de moelle osseuse et quarante gouttes de moelle pour créer une goutte de sperme (Akhtar, 1988). Elle m’a dit qu’il n’était pas surprenant que je sois tout le temps fatigué. […]
Quels qu’aient pu être mes véritables problèmes, je ne voulais pas les voir réglés. Aucun des petits secrets que je portais à l’intérieur de moi ne voulait être découvert et expliqué. Par des mythes. Par mon enfance. Par la chimie. Ma peur était : que resterait-il alors ? Et donc aucun de mes ressentiments ou frayeurs véritables n’est jamais réapparu à la lumière du jour. »

« À la fin de cette édition du DSM sont notées les révisions effectuées depuis la dernière édition. Et les règles ont déjà changé.
Voici les nouvelles définitions de ce qui est acceptable, de ce qui est normal, de ce qui est sain.
L’inhibition orgasmique masculine devient le désordre orgasmique masculin. Ce qui était l’amnésie psychogénique devient l’amnésie dissociative.
Le désordre de l’angoisse du rêve devient le désordre du cauchemar.
D’édition en édition, les symptômes changent. Des gens sains d’esprit deviennent fous selon un nouveau critère. Des gens qualifiés de fous sont des modèles exemplaires de santé mentale. »

« Les gens n’aiment pas qu’on remette de l’ordre dans leur vie. Personne ne veut voir ses problèmes résolus. Ses drames, ses égarements, ses histoires réglées, sa vie débarrassée de ses merdes. Sinon, que resterait-il à tout un chacun ? Rien que l’inconnu, ce vaste inconnu qui fiche la trouille. »

Ainsi formé au nettoyage par la secte, il est donc devenu "homme de ménage" « dans le monde extérieur méchant et malfaisant », domestique d’un couple de riches qu’il ne voit jamais mais qui le surveille sans cesse :
« Tout à côté du téléphone mains-libres se trouve un gros agenda, un cahier-journal où ils consignent toutes les choses que je dois faire. Ils veulent que je sois à même de rendre compte de mes dix années à venir, tâche après tâche. De cette façon, tout ce qui fait votre existence se transforme en élément d’une liste. Quelque chose à accomplir. Vous y gagnez à voir votre vie totalement mise à plat. La plus courte distance entre deux points, c’est une ligne temporelle, un programme détaillé, une carte de votre temps, l’itinéraire du restant de votre existence. Rien ne vous montre mieux qu’une liste la ligne droite qui va d’ici aujourd’hui à la mort. »

Son numéro de téléphone étant pris pour celui d’un appel de détresse, il assassine impunément en conseillant le suicide aux désespérés.
« Gravés ici à jamais se trouvent les noms des gens qui ont suivi mes conseils. Allez-y. Tuez-vous. »

Il rencontre la sœur d’une de ses victimes au mausolée, et en tombe amoureux :
« Je demande : donc va-t-elle se suicider comme son frère ?
"Non", fit Fertilité.
Elle lève la tête et me sourit.
Nous dansons, un, deux, trois.
Elle dit : "Pas question que je me tire une balle. Je prendrai probablement des cachets." »

Considéré comme le seul survivant de la secte, il devient un produit marketing bodybuildé aux mains de son agent publiciste, « un chef spirituel, une célébrité religieuse » :
« Vous vous rendez compte que les gens prennent de la drogue parce que c’est la seule aventure personnelle qui leur reste dans leur petit monde de loi et d’ordre, tellement limité en temps, entièrement obnubilé par la propriété individuelle omniprésente.
C’est uniquement dans la drogue et la mort que nous verrons un tant soit peu de neuf, et la mort maîtrise bien trop l’individu.
Vous vous rendez compte qu’il ne sert à rien de faire quoi que ce soit si personne ne regarde. »

« Vous êtes devenu anaérobie, vous brûlez du muscle en lieu et place du gras, mais votre esprit est d’une limpidité de cristal. La vérité, c’est que tout ceci n’était que partie intégrante du processus suicidaire. Parce que le bronzage et les stéroïdes ne sont véritablement un problème que si vous envisagez de vivre longtemps. Parce que la seule différence entre un suicide et un martyre, vraiment, c’est la couverture presse. »

« L’autre option qu’envisage l’agent est que nous nous passions d’intermédiaires pour fonder notre propre grande religion. Établir notre propre marque. Être ainsi reconnus. Et vendre directement au consommateur. »

Fertilité, dont la profession est mère porteuse (quoique stérile), son « boulot de malfaisance », est aussi voyante (comme l’était son frère), et permet à Tender d’annoncer des miracles :
« C’est une sorte de journal télévisé avant les faits. »

Voici une partie d’une scène remarquable où, installé dans les toilettes à lire les graffiti, Tender écoute la voix de Fertilité par le trou dans la cloison :
« La bouche dit : "Nous nous ennuyons tous à mourir. " Le mur dit : j’ai baisé Sandy Moore.
Tout autour, dix autres mains ont gratté : moi aussi. Quelqu’un d’autre a gratté : y a-t-il quelqu’un ici qui n’ait pas baisé Sandy Moore ?
Tout à côté, il y a gratté : pas moi.
Tout à côté, il y a gratté : pédé.
"Nous regardons tous les mêmes programmes télévisés, dit la bouche. Nous entendons tous les mêmes choses à la radio, nous nous répétons les uns aux autres les mêmes bavardages. Il n’y a plus de surprises. Il n’y a juste qu’un peu plus de pareil au même. Des rediffusions."
À l’intérieur du trou, les lèvres rouges disent : "Nous avons tous grandi avec les mêmes programmes de télévision. C’est comme si nous avions tous les mêmes implants de mémoire artificielle. Nous ne nous souvenons de pratiquement rien de notre enfance véritable, mais nous avons un souvenir exact de tout ce qui est arrivé aux familles des sitcoms. Nous avons tous les mêmes buts fondamentaux. Nous avons tous les mêmes craintes."
Les lèvres disent : "L’avenir n’est pas brillant. Très bientôt, nous aurons tous les mêmes pensées au même moment. Nous serons parfaitement à l’unisson. Synchronisés. Unis. Égaux. Exacts. À la manière des fourmis. Insectes dans l’âme. Des moutons."
Tout est tellement peu original. Dérivé de dérivé. Référence d’une référence d’une référence.
"La grande question que les gens posent n’est pas : quelle est la nature de l’existence ? dit la bouche. La grande question que les gens posent, c’est : d’où ça vient ?"
J’écoutais le trou à la manière dont j’écoutais les gens se confesser au téléphone, à la manière dont j’écoutais les cryptes en quête d’un signe de vie. J’ai demandé : pourquoi donc a-t-elle besoin de moi ? »

Evidemment, la suppression du statut iconique de Tender accoutumé à la célébrité déclenche un syndrome de manque d’attention :
« Je ne veux pas d’un foutu cheeseburger tout graisseux et plein de gras, je lui hurle en retour.
"Il faut que vous mangiez du sucre, du gras, du sel, jusqu’à redevenir normal, dit Fertilité. C’est pour votre propre bien."
Il me faut une épilation à la cire de tout le corps, je hurle. Il me faut du gel coiffant.
Je martèle la porte à coups redoublés.
Il me faut deux bonnes heures dans une bonne salle d’haltérophilie. Il me faut trois cents étages à grimper sur un bon stepper. »

Adam Branson, son « aîné de trois minutes trente secondes », fut l’héritier de la famille creedish, qui tirait ses revenus de l’esclavage des autres enfants loués à l’extérieur de la communauté, ilotes castrés spirituellement à défaut de physiquement.
« Le sexe est l’acte qui nous sépare de nos parents. »

« La campagne Genesis a été le remède vite fait élaboré par l’agent. Chaque jour un peu plus, tout dans mon existence était un remède remédiant à un remède précédent qui remédiait à un remède précédent, jusqu’à ce que j’oublie ce qu’était le problème originel. Dans le cas présent, le problème était que vous ne pouvez pas être un Américain adulte vierge sans que quelque chose n’aille pas chez vous. Les gens sont incapables de concevoir en autrui une vertu qu’ils sont incapables de concevoir en eux-mêmes. Au lieu de croire que vous êtes plus fort, c’est tellement plus facile d’imaginer que vous êtes plus faible. Vous êtes un drogué du plaisir solitaire. Vous êtes un menteur. Les gens sont toujours prêts à croire le contraire de ce que vous leur dites. »

Adam "suicide"-t-il les ultimes Creedishs ? Tender est-il vraiment resté à bord jusqu’au crash ?
Voyages trans-US en maison préfabriquée sur poids-lourd ! District de l’église détruite transformé en décharge de pornographie obsolète ! Images, symboles forts, peut-être plus de notre société psychopathe que de son avenir.
« Ne me demandez pas quand parce que je ne m’en souviens pas, mais à un moment donné je n’ai pas cessé d’oublier de me suicider. »

« Les confessions qu’on me faisait dans mon appartement, les confessions qu’on me faisait à la télévision nationale, tout ça, c’est exactement pareil à l’histoire que je raconte en ce moment dans l’enregistreur de vol du cockpit. Mon confessionnal. »



mots-clés : #religion #romananticipation
par Tristram
le Dim 20 Jan - 18:31
 
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Leopoldo Alas dit Clarín

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La Régente

Voilà un livre que j’ai lu tout à fait par hasard : je l’ai aperçu en regardant les rayons d’une bouquinerie. Je ne connaissais même pas l’auteur de nom. J’avais trouvé quelque part un autre livre assez étrange, très intriguant, dans cette même édition Fayard, et c’est ce qui m’a fait tilter sur La Régente ― je dois dire que je trouve ces bouquins affreux, mais il s’agit ici d’aller au-delà des apparences ― qui était un autre livre absolument inconnu. C’était L’Ile du second visage d’Albert Vigoleis Thelen. Mais je veux parler ici du livre de Leopoldo Alas, connu sous le nom de Clarín. Il était par ailleurs un journaliste et critique très actif à son époque. On a l’idée en examinant ce livre d’un peu plus près, d’un écrivain très au fait de la littérature contemporaine (surtout française et espagnole) et des idées modernes, et qui souhaite y apporter une réponse originale.

Sur La Déshéritée de Benito Pérez Galdós publié en 1881 (soit quatre ans avant que La Régente soit entièrement publié), Clarín écrit :

Clarín a écrit:Un autre procédé employé par Galdós […] est celui déjà employé par Flaubert et Zola, avec des résultats si impressionnants : remplacer les observations sur la situation d’un personnage, faites fréquemment par l’auteur au moyen de sa propre voix, par l’observation du personnage lui-même et avec son propre style, mais non sous forme de monologue, mais comme si l’auteur était à l’intérieur de celui-ci.


Avec sa Régente, Clarín donne à lire un roman dont la narration multiplie ses formes, descriptive ou ironique, s’immisçant dans les pensées des personnages, dans leurs souvenirs, dans leurs stratégies ou leurs élucubrations. Le roman a quelque-chose de théâtral et même de musical, on aimerait bien voir les monologues s’interpréter, et voir quelques-unes de ses scènes se jouer. On dirait que tout Vetusta ― pendant fictif d’Oviedo, où l’intrigue du roman se déroule ― semble faire chorus aux incidents du récit, pour exprimer sa désapprobation. Dans un village, tout se sait, et La Régente (notre personnage) a une certaine notoriété. Par moments la narration nous laisse aussi imaginer la ville imaginaire dans son architecture, dans sa mentalité ambiante ainsi que son atmosphère météorologique : quelques passages où Clarín parle de l’humidité qui plombe les personnages ou les rendent malades, ou bien dans des moments apaisés, la lumière, les arbres et les feuillages de Vivero.

Tout le roman est en quelque sorte le portrait de Vetusta, en contraste avec tous ces efforts de modernité littéraire, cette ville porte bien son nom. Vétuste, figée et dans le passé et l’hypocrisie des traditions. Vetustain n’est pas seulement le nom de ses habitants, mais aussi le qualificatif d’un certain état d’esprit. Les personnages sont tous victimes (ou bourreau), des ragots des uns envers les autres, des médisances, ou des assiduités érotiques d’intrigantes ou de vicieux, à moins d’en être exclu par disgrâce. Par ailleurs il faut croire et respecter dieu (l'athéisme est "accepté" pourvu qu'il ne fasse pas trop de vagues), mais pas trop, c'est-à-dire ne pas l'adorer. Dans la même logique, on ne laisse pas trop voir qu’on est débauché. Tout ce qui sort de ce bon ton est stigmatisé, a-t-on un mot un français, pour désigner tout cela simplement ?

Clarín a écrit:Rien de plus ridicule à Vetusta que le romantisme. Et l’on appelait romantique tout ce qui n’était ni vulgaire, ni grossier, ni commun, ni routinier. Visita était le pape de ce dogme antiromantique. Regarder la lune pendant plus d’une demi-minute était pur romantisme ; contempler en silence le coucher du soleil… idem ; respirer avec délices l’air embaumé de la campagne à l’heure où soufflait la brise… idem ; parler des étoiles… idem ; saisir une expression d’amour dans un regard, sans qu’il fût besoin de rien dire… idem ; s’apitoyer sur les enfants pauvres… idem ; manger peu… Oh ! C’était le comble du romantisme.


Ana Ozores, la fameuse régente, s’inscrit donc en faux de cette tendance qui l’a répugne en son for intérieur ― elle est très loin, hélas, de manifester un engagement quelconque ― elle reste attachée à une vie de l’esprit qui se convertit suite aux circonstances et aux influences, en une piété vertueuse voire bigote. C’est que Don Fermín de Pas, un chanoine aussi nommé Le Magistral, avide d’influence sur les autres et habile dans l’expression cherche à la garder dans le giron de l’Eglise puis à la séduire physiquement. Il a pour adversaire un Don Juan plutôt matérialiste ― mais un matérialisme fort peu intellectuel ―, Don Alvaro Mesía. Les deux découvrent qu’ils sont amoureux.

On voit Ana balancer entre une forme de transcendance ― qui n’a rien de naïf, mais qui n’a ni le temps ni la possibilité de se développer de manière autonome ― et une attirance inavouée pour l’amour physique. L’origine de cette irrésolution entre deux penchants que Ana n’arrive pas à concilier est en quelque sorte raconté par elle-même, toujours dans un style indirect libre qui fait la spécificité du roman : elle se rappelle d’une escapade ― finalement tout à fait innocente ― avec un garçon. Une culpabilité toujours sous-jacente est née du scandale et des reproches que cela a causés. A la suite de cela, elle se promet une vie dénué de l’élément masculin, mais on lui impose vite un mari (le personnage au demeurant le plus drôle et le plus touchant du roman, un ornithophile créateur de machines vivant dans le monde de Calderón). Les souvenirs lumineux de ses premières lectures, la manière dont celles-ci résonnaient en elle, a favorisé en contrepoint une ferveur que son libidineux confesseur appelle panthéisme. Avec tous ces éléments, je n’ai pu m’empêcher de repenser à Anne-Marie, le personnage des Deux Etendards. La comparaison n’est pas à l’avantage d’Ana Ozores ― il est vrai qu’on est un demi-siècle plus tôt ― mais avec toutes ces promesses on aimerait la voir moins vulnérable, plus dégourdie.

Clarín a écrit:Pendant ces nuits-là, Ana fit des rêves horribles […] Une nuit, La Régente reconnut dans ce souterrain les catacombes, d’après les descriptions romantiques de Chateaubriand et de Wiseman ; mais au lieu de vierges vêtues de blanches tuniques, elle voyait errer, dans ces galeries humides, étroites et basses, des larves dégoûtantes, décharnées, revêtues de chasubles d’or, de chapes et de manteaux de prêtres qui, au contact, étaient comme des ailes de chauves-souris. Ana courait, courait à perdre haleine sans pouvoir avancer, à la recherche de l’ouverture étroite, préférant y déchirer ses chairs plutôt que de supporter la puanteur et le contact de ces masques repoussants ; mais quand elle parvenait à la sortie, les uns lui demandaient des baisers, les autres de l’or, et elle cachait son visage en distribuant des monnaies d’argent et de cuivre, tandis qu’elle entendait chanter des requiems sardoniques et que son visage était éclaboussé par l’eau sale des goupillon qui s’abreuvaient dans les flaques.


Le livre est épais, oui, mais les pages sont épaisses. On dirait que Fayard cherche à canaliser ses textes fleuves dans de longues lignes et de grandes pages... un monde se referme lorsqu'on a terminé le livre. Mais qu'on se rassure, la bêtise, comme l'a dit l'autre, est infinie.


mots-clés : #psychologique #religion #romanchoral #xixesiecle
par Dreep
le Ven 30 Nov - 12:47
 
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Sujet: Leopoldo Alas dit Clarín
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Edmond Jabès

Le Livre des questions

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C’est encore une nouvelle découverte de hasard à Emmaüs. Une édition originale, Blanche de Gallimard, avec dédicace de l’auteur. Surtout, il y a ce plaisir sensuel de glisser le coupe-papier entre les feuilles, d’entendre le bruit feutré du papier déchiré (ça vous intéresse monsieur Freud ?) ; gestes qui scandent à merveille la lecture de ce livre qui se déguste à petites gorgées. Hélas, les publications actuelles avec leur papier glacé, leurs pages massicotées, leur texte reproduit numériquement, nous ont ôté ces sensations qui s’accordaient tellement avec le plaisir de la lecture.

Jabès a écrit sept recueils sous le titre de Le Livre des questions, le premier portant ce nom dont il sera question ci-dessous, Le Livre de Yukel, Le Retour au livre, Yaël, Elya, Aely et El, ou le dernier livre.

Le premier opus se présente comme une succession d’aphorismes, de dialogues et de commentaires, de fragments de journaux, de sentences et de réflexions émises par de faux rabbins. Une histoire cherche parfois à s’élaborer, puis se perd, retrouve son fil, par fragments, entre rêve et réalité. Mais qu’importe puisque tout se transmue en poésie.

Il y est question de Yukel et de Sarah, deux jeunes amants revenus de la Shoah, non sans dommages, Sarah Schwall, aux initiales S.S., ayant perdu la raison dans le camp.

Le livre de Jabès est un livre particulier, la référence au verbe divin est explicite, livre unique car écrit par l’auteur mais aussi écrivant celui-ci dans l’espace et le temps, relation particulière entre l’écrivain et son texte.

Le livre de Jabès est empreint de mysticisme et de religiosité juive, ce qui pourrait paraître rebutant pour certains. En fait son discours et de portée universelle. Au travers du peuple élu c’est toute l’humanité qui est concernée.

Pas de trop longs discours lorsqu’il s’agit de poésie, place aux citations :

Enfant, lorsque j’écrivis, pour la première fois, mon nom, j’eus conscience de commencer un livre
Reb Stein


Le présent, pour toi, est ce passage trop rapide pour être saisi. Ce qui reste du passage de la plume, c’est le mot avec ses branches et ses feuilles vertes ou déjà mortes, le mot projeté dans le futur pour le traduire.
Tu lis l’avenir, tu donnes à lire l’avenir et hier tu n’étais pas et demain tu n’es plus.
Et pourtant, tu as essayé de t’incruster dans le présent, d’être ce moment unique où la plume dispose du mot qui va survivre.
Tu as essayé.


Il y a les vainqueurs, disait le rabbin prisonnier, disait le saint prisonnier, avec leur arrogance, leur éloquence, et il y a les vaincus sans paroles et sans signes.
La race des muets est tenace.


Je crois à la mission de l’écrivain. Il la reçoit du verbe qui porte en lui sa souffrance et son espoir. Il interroge les mots qui l’interrogent, il accompagne les mots qui l’accompagnent. L’initiative est commune et comme spontanée. De les servir – de s’en servir – il donne un sens profond à sa vie et à la leur dont elle est issue.


Tu ne te doutais pas, mère, qu’en me concevant, tu léguais au jour des feuilles de chair et de lumière pour toutes les phrases qui sont des tatouages que j’allais être appelé à défendre ; pour toutes les phrases qui sont des banderoles et des insectes.
Tu taillais, à vif, dans le cri.


Mon pouce est un gardien sauvage, disait Reb Hakim. Mon index fut le plus prompt à reconnaître l’étoile du berger. Mon médius, le plus lointain, est le rêve qui éconduit les rives. Mon annulaire porte, à sa base, nos serments et nos chaînes. Les sons habitent et habillent de diamants mon auriculaire.
Mais l’index est mon préféré, car il est toujours prêt à sécher une larme.


L’intransigeance du croyant est pareille à une lame de rasoir dont le souci est d’être tranchante


Je vous parlerai des divers passages que l’être se fraie dans la nuit des songes jusqu’au verbe.
Il y a, d’abord, ce tracé à peine visible de la lettre à la lettre, de l’ombre à une ombre moins sombre ; puis cette percée déjà consciente du vocable ; enfin cette route pavée du discours et des récits domptés.
Mais ne croyez pas que la folie nous ait jamais quittés ; comme la douleur, elle nous guette à chaque étape, je veux dire à chaque fois que nous butons à la parole cachée dans la parole, à l’être enfoui dans l’être.
Pauvres que nous sommes de ne pouvoir frôler la démence sans risquer de ne plus recouvrer la raison.


Une page blanche est un fourmillement de pas sur le point de retrouver leurs traces. Une existence est une interrogation de signes.


Quelle différence y a-t-il entre l’amour et la mort ? Une voyelle enlevée au premier vocable, une consonne ajoutée au second..
J’ai perdu à jamais ma plus belle voyelle.
J’ai reçu en échange la cruelle consonne.


Mots-clés : #genocide #mort #poésie #religion #spiritualité
par ArenSor
le Jeu 11 Oct - 19:18
 
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Sujet: Edmond Jabès
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