Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 13 Nov - 5:54

28 résultats trouvés pour sciencefiction

Alain Damasio

La Horde du Contrevent

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Images77

La Horde, une sorte d’équipe de rugby solidaire, fait face contre le vent. Ode à la ténacité, saga au courage, avec son ton épique ce récit participe surtout du genre heroic fantasy.
Aussi chant du voyage et ouverture au monde, à la découverte :
« ‒ Longtemps je me suis fait de la vie, ainsi que toi Lerdoan, une exigence de parcours. Rien ne fut donc plus précieux pour moi que les voyages puisqu’ils avaient potentiellement cette force : celle de faire jaillir le neuf, le virginal des filles, l’inouï. M’offrir plus que l’univers humain : le Divers ! Pendant des années, je me suis abreuvé de différences. »

Un nouveau monde doit évidemment avoir sa propre langue, et Alain Damasio l’a créée telle que le lecteur s’y retrouve sans trop de difficulté.
« Un instant, je crus que Silamphre délirait, tant la vocifération du schnee occupa à nouveau tout le champ de l’audible. Puis rien, une brève plainte, une mince fibre mélodique, à peine discernable à la frange du sensible, comme sinuant d’un rêve, se dégagea au sein du tronc hurlant. Pas une musique, ni un bruit, encore moins une voix, non, ça montait et descendait en fréquence, mêlé au froissement horrible, l’entrecoupant, y surnageant par instants puis y replongeant. »

Tout un univers conçu autour du vent, régi par la mécanique des fluides, avec pour but l’aérodynamisme, exprimé en marques de ponctuation.
« La notation du vent, qui est en son essence différentielle, n’a rien d’une science exacte, tout le monde le sait. La perception du temps entre les salves, l’ampleur accordée à une turbulence, la distinction entre un décéléré bref avec reprise de salve et une simple turbule, est fine, parfois indécidable. On n’enseigne pas l’exactitude aux scribes comme on le fait aux géomaîtres. On nous apprend une précision éminemment plus dérangeante : l’architecture des écarts – ce sens, si poussé chez les meilleurs, de la syntaxe, qui est pur art rythmique des inflexions et des ruptures. Écrire ensuite, avec des mots, en découle benoîtement, si bien que les cours de récit, l’apprentissage à proprement parler de la narration d’un événement, ne sont dispensés qu’un an plus tard et seulement à ceux qui ont su capter, en son tissage cadencé, le phrasé du vent. »

Tout est donc orienté d’aval en amont, et aussi tourné vers le ciel, verticalité, transcendance, où l’airpailleur tend ses filets et l’oiselier-chasseur lance son gerfaut, où voguent les vélivoles navires. C’est bourré de trouvailles, souvent poétiques, comme « muage » pour nuage, « vélivélo » pour vélo volant (et non pas volé), ou le pharéole, « la sirène éolienne qui guide les vaisseaux par gros temps ». Les principales armes sont le boo (merang) et… l’hélice ! Dans cette civilisation éolienne, le souffle, la parole, le « vortexte » sont centraux, de même que les notions de mouvement, de ligne.
« ‒ L’air, de la même façon, vient évidemment du vent, et non l’inverse ! À la base, l’air est un vent stationnaire. Il faut apprendre à penser que le mouvement est premier : c’est le stable, l’immobilisé qui est second et dérivé. »

L’histoire, comme l’attention du lecteur, est regroupée en périodes, temps forts tels que la traversée du lac, la joute verbale, le volcan de vent, etc.
De beaux personnages, tous représentés par des glyphes : des personnes, mais aussi (et surtout ?) des fonctions dans le groupe. Récit polyphonique, chaque voix a son idiosyncrasie, syntaxe et point de vue particulier. Mais c’est souvent Scribe qui parle (l’auteur ?) ‒ après tout, c’est lui qui tient le « carnet de contre », témoignage adressé d’une horde à ses successeurs. Une autre voix fréquemment entendue est celle de Caracole le troubadour, assez mystérieux conteur, boute-en-train facteur de cohésion dans l’équipe, et variation orale dans la narration.
L’extraordinaire combat (aérien) typique du genre a moins retenu mon attention, malgré d’originales élucubrations post-newtoniennes sur la vitesse (projetée en prévision). Il y a tout un jeu pseudo-scientifique sur les lois physiques entremêlant espace-matière et temps, avec des aperçus à la limite de la métaphysique, aussi abscons que chimériques.
« ‒ À chaque dimension de la vitesse correspond une lenteur ou une fixité propre. À la rapidité s’oppose la pesanteur ; au mouvement s’oppose la répétition ; au vif s’oppose le continu. D’une certaine façon, être vivant ne s’atteint que par ce triple combat : contre les forces de gravité en nous – la paresse, la fatigue, la quête du repos ; contre l’instinct de répétition – le déjà-fait, le connu, le sécurisant ; et enfin contre les séductions du continu – tous les développements durables, le réformisme ou ce goût très fréole de la variation plaisante, du pianotement des écarts autour d’une mélodie amusante. »

« Le solide est un liquide lent… »

« Rythmer, c’est apprendre à plier dans le mouvement, sans le rompre. »

Voici un concept outrepassé de l’âme, longuement étudié, et qui sonne lointainement comme de l’Égypte antique :
« ‒ Le vif est la puissance la plus strictement individuelle de chacun. Il tient du néphèsh, ce vent vital qui circule en nous, qui nous fait ce que nous sommes. Rien ne peut s’y mêler. Il est pur, insécable et automoteur. Il peut seulement se disperser si sa vitesse vient à décliner, il peut s’ajouter à un autre vif, mais pas fusionner… »

En découlent des perceptions originales :
« Chaque être, vous savez, déforme autour de lui l’espace et la durée. Les vents coulis de la tour se sont invaginés, à peine certes, mais ça m’a intrigué. Chacun a sa vitesse d’émotion, son rythme fécal, ses fulgurances. Avec deux décades d’attention ténue, il devient envisageable de sentir sang et eau couler dans les corps qu’on rencontre, l’air incubé et rejeté dans une pièce, de deviner les nœuds, les plexus. J’entends : dans le maillage de l’air. »

Exercice classique depuis Borges, celui de la bibliothèque :
« ‒ La tour d’Ær est faite entièrement de livres, mademoiselle, des fondations jusqu’aux lauzes du toit. Chaque bloc de la paroi est un livre, chaque latte du plancher, chaque surface verticale ou horizontale. C’est la seule bibliothèque du monde qui ne soit faite que de livres. Mais dans leur écrasante majorité, ils n’ont pas de pages. Ils sont gravés sur des briques d’argile ou de gypse, dans le marbre, sur des cubes d’étain, des plaques d’argent et de bronze, des billes de chêne puis insérés dans le mur de la tour. L’architecture du pharéole d’Ær est unique à Alticcio. C’est la seule tour non jointoyée de la cité. Cent dix mètres de pierres sèches. Et vous pourrez retirer n’importe quel bloc, le mur tient. Tous les livres restent consultables. […]
Ce fut là tout le génie du concepteur de la bibliothèque, je pense, un génie qui n’est plus vraiment compris aujourd’hui. Par ce choix de n’accepter que des blocs, il savait que les livres qui lui parviendraient seraient éminemment denses. Il savait que la contrainte de graver lettre par lettre et l’espace exigu favoriseraient une expression contractée à l’extrême, une pensée ramassée, hautement vitale, aphoristique. »

Une dimension humaniste parcourt le roman (parfois un rien grandiloquente ou bisounours) :
« Moins que d’autres, je ne savais si le but de notre vie avait un sens. Mais je savais, plus que quiconque, qu’elle avait une valeur. Par elle-même, directement, hors de toute réussite ou déroute. Cette valeur venait du combat. Elle venait du rapport profondément physique que nous avions au vent. Un corps à corps. »

« Ou fallait-il que j’en conclue, comme me le lança Sov avec un aplomb qui m’agaça, que l’être "en-soi" n’existait pas, qu’il n’y avait que des êtres "pour et parmi les autres", que chaque hordier n’était au fond "que le pli particulier d’une feuille commune", "un nœud dont la corde est fournie par les autres" ? »

Une portée politico-sociétalo-philosophique transparaît, conformément à l’engagement de Damasio (il est plus côté « racleurs » que « Tourangeaux » ‒ roture qu’élite…) :
« "Caste obsolète", j’ai entendu hier. Continuez surtout à penser que nous serons superflus demain face à vos technologies qui s’affinent… »

« Un seul racleur qui réussit suffit à faire croire aux autres qu’ils ont tous leur chance. L’exploitation inepte qu’ils subissent tient parce qu’ils envient ceux qui les exploitent. Les voir flotter là-haut ne les révolte pas : ça les fait rêver ! Et le pire est qu’on leur fait croire que seul l’effort et le mérite les feront dépasser cinquante mètres d’altitude ! Alors ils filtrent, et ils tamisent, et ils raclent le lit du fleuve jusqu’à atteindre ce sentiment de mériter… Mais quand ils l’atteignent, ils comprennent que personne, nulle part, ne peut juger de leur effort, qu’aucun acheteur ne reconnaît la valeur de ce qu’ils font. »

Là, c’est le prince (sic) de la Horde qui parle, puis le scribe qui évoque la basse caste du « Fleuvent » ; les hordeux, eux, ils ont quand même bien du mérite…
Damasio déploie une admirable inventivité dans la description cohérente de choses imaginaires. Le vocabulaire est riche (y compris en néologismes), la syntaxe à l’occasion tordue de façon fort expressive, avec un goût marqué pour les jeux de mots oulipiens. Le style confine parfois au lyrisme baroque :
« Aussi incroyable que ça put paraître, le conte, à peine ébauché, était déjà fini. Ne subsistait qu’un tintamarre vertébral de sons rugis des planches et des lambourdes, sifflés du feu et bramés des mâts, de sons pleins, creux et fluides, de sons de cordages et de discordes, qui, jetés tous ensemble, tohués et bohuant, n’offraient pas la moindre prise à une quelconque eurythmie, fut-elle de hasard – plutôt donnait à entendre, pour une oreille dont le velours n’eut pas été déchiré (et telle fut la mienne) quelque aperçu appropriable du chaos primitif. »

Sans qu’il y ait de vraies longueurs, le livre reste épais, et le lecteur souffre un peu avec la Horde ; perso je me lasse vite quand le vent pause dans les trémolos de vibrants énamourements à peine ados.
Ce roman m’a ramentu tantôt Dune, de Frank Herbert, tantôt Les Aventures d'Arthur Gordon Pym et Une descente dans le Maelstrom, de Poe ; mais peut-être ne s’agit-il que d’impressions, par attraction des étendues désertes… Il y a aussi des rapprochements possibles avec Vian (inventions néologiques), Michaux (monstres) ; la tour-fontaine m’a fait penser à… Rabelais.
Sinon, c’est quand même encore et toujours le panégyrique de la gniaque (même avec des prodiges et du pathos), une brillante réactualisation du parcours initiatique, « cette même doctrine de l’épreuve et de la récompense qui postulait un univers moral, une fin à toute quête […] »

Mots-clés : #aventure #initiatique #sciencefiction #voyage
par Tristram
le Lun 2 Sep - 20:47
 
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Alain Damasio

Les furtifs

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Proxy196

Tu te sens prêt, Lorca?
– Absolument pas…
– C'est précisément ce que j'appelle être prêt. Cet état d'incertitude fragile, ouverte, qui rend disponible à l'inconnu. Crois-moi Lorca, quoi qu'il arrive, tu vas vivre l'un des moments les plus intenses de ton existence. Reste ouvert.



On est en 2041. Les villes sont privatisées. La Gouvernance, grâce aux technologies numériques, a mis en place une société basée sur le contrôle , Jouant sur la peur et le désir, elle a habilement su la faire accepter au commun des mortels. 
Une nouvelle espèce arrive peu à peu à la connaissance humaine : les furtifs, qui semble à l’origine de tout le vivant. Elle a pu survivre grâce à sa  capacité à se cacher , ne pas laisser de trace, échapper au contrôle, justement. Elle intéresse l’armée de par cette capacité, et le pouvoir de la rébellion qu’elle est susceptible de nourrir. Les furtifs sont des êtres étranges, en métamorphose permanente - empruntant en quelques minutes à différentes espèces animales ou végétales, mais pouvant aussi transmettre à un humain une part d’eux-même. Ils se déplacent avec une vélocité extrême, échappant au regard humain, car ce seul regard peut les tuer. Ils ont à voir avec la fuite, la liberté. Ils s’expriment par sons, mélodies, phrases mi-infantiles mi-sybillines. Et laissent d’obscures glyphe comme seul signe de leur passage.

Tishka, l’enfant mystérieusement disparue de Lorca et Sahar, n’a t ’elle pas rejoint le camp des furtifs ?. Ses parents la recherchent dans une logue enquête,  riche en péripéties, en rencontres parfois ésotériques, en épreuves.

Plus leur enquête avance, plus se lève dans le pays une prise de conscience, d’où émerge un mouvement pro-furtif, réunissant les libertaires, les marginaux, les exclus et ceux qui se sont exclus par choix, grapheurs, musiciens, scientifiques, rebelles en tout genre..., qui va nous mener dans une ZAD à Porquerolles et vers un combat politique et une insurrection finale grandiose.


C’est un formidable roman d’aventure, où le réel infiltre un imaginaire prolifique. Les six personnages-phares, identifiées par leur symboles, sont des figures mythologiques, héros portés par leur grandeur et leurs petitesses, leur singularité, leur folie, leur charisme. Les rebondissements s’enchaînent , mêlant scènes intimes, épisodes guerriers ou quasi magiques, poursuites, amples scènes de foule.

C’est un magnifique roman d’amour autour du trio Varèse, au centre duquel Trishka est l’enfant troublante, qui a pris son envol,  mais n’en aime pas moins ses parents. Ceux-ci l’ont fait naître pour elle-même, respectent son choix, mais voudraient quand même bien la voir grandir, la caresser, l’aimer. C’est d’un pathétique grandiose et sans pathos.

C’est un roman philosophique, sociétal, politique, une grande réflexion sur les outils numériques et les risques qu’ils nous font encourir, si réels, si proches. Une exhortation à s’intéresser à l’autre et le respecter, à s’ouvrir à l’étrange, à s’ancrer dans le vivant. Un hommage aux sens, à la musique et  aux sonorités, au beau, aux valeurs et émotions perdues.

C’est enfin un objet littéraire pharaonique, unique, où on retrouve tout le travail sur la langue, la ponctuation et la typographie qu’on a déjà connu dans La horde du Contrevent, mais magnifié, mûri, amplifié. Damasio est un inventeur de mots fantasque et érudit, un joueur de son assez incroyable, un surdoué du jeu de mots, de lettres, de l’Oulipo. Il multiplie les néologismes, les inversions de sens et de syllabes, les allitérations et les assonances, cela s’accélère dans les temps forts, monte en puissance tout au fil du livre pour créer dans les derniers chapitre, s’insinuant peu à peu,  comme une langue nouvelle, le damasien, issue du français, parfaitement compréhensible mais parfaitement différente, d’une poésie, d’un rythme, d’une tension, d’une mélodie incroyables.

C’est livre géant, titanesque, décapant, totalement enthousiasmant. Il ne faut pas hésiter à s’obstiner à y entrer, c’est une lecture exigeante, qui demande un temps d’habituation (il m’a fallu 200 pages) mais qui devient enchanteresse.

Mots-clés : #amour #aventure #fantastique #insurrection #relationenfantparent #romanchoral #sciencefiction #urbanité #xxesiecle
par topocl
le Mar 30 Juil - 13:54
 
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William Gibson

Neuromancien

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Sensation de déjà vu au cinéma ‒ où d’écriture cinématographique (Matrix ?)  
Futuriste Occident (Japon, USA, Europe de l’Ouest), mais aussi la Chine, et même le cosmos : déjà le monde globalisé.  
Science-fiction assurément, cependant métissée de fantastique (ou space opera), d’onirique et même de… western !
Piratage informatique, code et données, jeux vidéo, cyberespace, clonage et bricolages biologiques en tous genres dont bioniques, intelligence artificielle, stupéfiants aussi, paysages urbains glauques, paumés et déglingués, dégageant une atmosphère non dénuée de charme, le type "survivant" prolongeant l’ambiance "polar noir"… Réfère aussi à Bret Easton Ellis, mais peut-être plus encore à Kurt Vonnegut.
Les termes inventés par l’auteur ne sont pas directement définis ; ainsi, la matrice recouvre une notion nébuleuse, « éclatant treillis de logique qui se dévidait à travers un vide incolore », « hallucination consensuelle », une sorte de vaste champ de données, d’univers virtuel foisonnant.
« "La matrice tire ses racines des jeux vidéo les plus primitifs, expliquait la voix hors champ, des tout premiers programmes graphiques et des expérimentations militaires avec les connecteurs crâniens." Sur le Sony, une guerre spatiale en deux dimensions s’évanouit derrière une forêt de fougères générées de manière mathématique, démontrant les possibilités spatiales des spirales logarithmiques ; insertion d’une séquence d’archives militaires bleu glacé : animaux de laboratoire câblés sur des dispositifs d’expérimentation, casques branchés sur les circuits de contrôle de mise à feu de blindés et d’avions de combat. "Le cyberspace. Une hallucination consensuelle vécue quotidiennement en toute légalité par des dizaines de millions d’opérateurs, dans tous les pays, par des gosses auxquels on enseigne les concepts mathématiques… Une représentation graphique de données extraites des mémoires de tous les ordinateurs du système humain. Une complexité impensable. Des traits de lumière disposés dans le non-espace de l’esprit, des amas et des constellations de données. Comme les lumières de villes, dans le lointain…" »

Publié en 1984, ce roman parle de notre présent :
« Programmez une carte pour représenter la fréquence des échanges de données, un seul pixel par millier de mégabytes sur un écran géant. Manhattan et Atlanta y brillent d’un blanc éblouissant. Puis elles se mettent à palpiter, au risque que le rythme du trafic surcharge votre simulation. Votre carte est en passe de se transformer en nova. On se calme. On diminue l’échelle. Un pixel par million de mégabytes. À cent millions de mégabytes par seconde, on commence à discerner certains pâtés de maisons dans le centre de Manhattan, les contours de zones industrielles vieilles d’un siècle cernant le noyau historique d’Atlanta… »

C’est un des atouts de la SF, et non le moindre de mon point de vue : on mesure comme les problématiques d’actualité qui nous semblent nouvelles remontent à loin dans le passé ; écrit en 1983, ce livre évoque déjà le remplacement de la viande d’élevage dans nos assiettes :
« Tu sais combien ça coûte ? (Elle prit son assiette.) Y doivent élever un animal entier pendant des années et le tuer ensuite. C’est pas de la viande de cuve. »

Un pouvoir plus connu de la littérature d’anticipation reste celui de reformuler notre présent de manière significative :
« Le pouvoir, dans l’univers de Case, était synonyme de pouvoir des sociétés. Les zaibatsus, les multinationales qui modelaient le cours de l’histoire humaine, avaient transcendé les vieilles barrières. Vus comme des organismes, ils étaient parvenus à une sorte d’immortalité. Vous ne pouviez pas tuer un zaibatsu rien qu’en assassinant une douzaine de cadres clés ; il y en avait d’autres qui attendaient, prêts à grimper les échelons, assumer la place laissée vacante, accéder aux vastes banques de données de la firme. »

« ‒ Il y a toujours un moment où le terroriste cesse de manipuler la gestalt des médias. Un point où l’escalade de la violence peut fort bien se poursuivre mais au-delà duquel le terroriste est devenu symptomatique de la gestalt des médias en soi. Le terrorisme tel que nous l’entendons d’ordinaire est bêtement relié à ceux-ci. Les Panthers modernes diffèrent des autres terroristes précisément par le degré de leur timidité, de leur conscience de la mesure avec laquelle les médias séparent l’acte de terrorisme de l’intention sociopolitique initiale… »

Et il y a encore des remarques, des observations de valeur générale sur le crime, la foule…
« …] cette zone transitoire où l’art n’était pas tout à fait un crime, le crime pas tout à fait un art. »

« L’été dans la Conurb, les foules sur les avenues qui ondulent comme l’herbe couchée par le vent, un champ de chair humaine balayé par des courants soudains de désir et de récompense. »

Curiosa : Animal a cité Gravé sur chrome :
« L'ascenseur glissa vers le haut et traversa dans sa cage étroite le plancher du Paradis. Je comptai les lampes bleues espacées de deux mètres. »

… et je citerai, extrait cette fois de Neuromancien :
« Elle tombait-remontait à travers un large tube de béton lunaire cannelé, éclairé à intervalles de deux mètres par des anneaux de néon blanc. »

Coïncidence significative ??


Mots-clés : #sciencefiction
par Tristram
le Ven 29 Mar - 23:46
 
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Sujet: William Gibson
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Vues: 960

Philippe Claudel

L'Enquête
Tag sciencefiction sur Des Choses à lire L_enqu10

Epigraphe :
« Ne cherche rien. Oublie. »
L’Enfer, Henri-Georges Clouzot


Dédicace :
Pour les prochains,
afin qu’ils ne soient pas les suivants


L’Enquêteur en mission arrive dans la ville de l’Entreprise, un univers très proche du nôtre, peut-être un peu plus cauchemardesque, inhospitalier, absurde, illogique, arbitraire, torturant.
Très vite on pense au Château de Kafka, puis c’est à Philip K Dick qu’on songe, Ubik par exemple. Pour expliciter cette dernière référence, et puisque cet auteur n’a pas de fil, voici ce qu’en dit Gérard Klein dans Philip K. Dick ou l'Amérique schizophrène :
« Au contraire de la plupart des écrivains de Science-Fiction, il ne voit pas dans la mutation et dans l'évolution au niveau de l'Homme l'effet d'une finalité ou d'une causalité biologique, mais le produit dialectique du développement de la structure sociale. Ce qu'affirme Dick, c'est que l'évolution de l'Homme s'effectue à peu près exclusivement dans et par le monde social. […]
Peut-être Dick fait-il preuve d'une plus grande pénétration que Jung, en proposant, non pas que les dieux sont cachés au fond des Hommes, mais qu'ils sont la projection des problèmes des Hommes. »

On y retrouve la même caractéristique, l’impression panoptique, celle d’être perpétuellement observé comme un cobaye dans un laboratoire, « une sorte de rongeur pris dans un piège démesuré ».
« "Et de nos jours, ne sommes-nous pas tous constamment surveillés, où que nous soyons, et quoi que nous fassions ?" »

« "Je suis dans un roman, ou dans un rêve, et d’ailleurs sans doute pas dans un de mes propres rêves, mais dans le rêve de quelqu’un d’autre, un être compliqué, pervers, qui s’amuse à mes dépens." »

Dans L’Enquête, la plupart des personnages a le visage un peu rond, est presque chauve et d’aspect banal ; personne n’a de nom ou de prénom, juste un titre, un rôle : le Policier, l'Ombre, la Foule, les Déplacés. Tout est insensé : même la météo suit des règles incompréhensibles.
L’Enquête, c’est une sorte de quête métaphysique, avec multiples références à notre société comme à la littérature (l’omniprésent portrait orwellien du Fondateur, par exemple). C’est l’exposé de l’impossibilité à comprendre notre monde et de notre parfaite impuissance de "participants", également une interrogation sur le devenir de l’Homme.
La lecture politico-sociétale sur l’entreprise totalisante (Hanta) est aussi pertinente :
« D’ordinaire, l’Enquêteur ne se préoccupait jamais des origines des entreprises, de leur état civil en quelque sorte. Ce n’était pas son affaire. Et puis, dans le monde où il vivait, elles étaient devenues des sortes de nébuleuses, agrégeant à elles des filiales comme autant de particules, les délocalisant, les relocalisant, créant des ramifications, des arborescences lointaines, des radicelles, enchevêtrant les participations, les actifs et les conseils d’administration en des écheveaux si confus qu’on ne parvenait plus très bien à savoir qui était qui et qui faisait quoi. »

« Il n’y a plus de rois depuis bien longtemps. Les monarques aujourd’hui n’ont plus ni tête ni visage. Ce sont des mécanismes financiers complexes, des algorithmes, des projections, des spéculations sur les risques et les pertes, des équations au cinquième degré. Leurs trônes sont immatériels, ce sont des écrans, des fibres optiques, des circuits imprimés, et leurs sangs bleus, les informations cryptées qui y circulent à des vitesses supérieures à celle de la lumière. Leurs châteaux sont devenus des banques de données. »

Le motif du suicide est tout aussi central :
« J’ai un travail qui m’attend. J’ai une Enquête à mener. Des êtres sont morts. Des hommes et des femmes se sont suicidés, je ne crois pas que vous réalisiez ce que cela représente de se suicider, et il me faut comprendre pourquoi. J’ai besoin de savoir pourquoi en si peu de temps, au sein de la même entreprise, au sein de l’Entreprise, des gens ont été à ce point désespérés qu’ils ont préféré en finir plutôt que de faire appel à un Psychologue, de s’en ouvrir au Médecin du travail, de solliciter un entretien auprès du Directeur des Ressources Humaines, de se confier à des collègues ou à un membre de leur famille, ou même d’appeler un des nombreux numéros d’associations qui viennent en aide aux êtres souffrants ! »

« …] c’était la déception de découvrir qu’il avait été un travailleur de l’inutile et qu’il n’aurait jamais eu la force suffisante pour atteindre le but qu’on lui avait assigné : comprendre pourquoi des hommes avaient choisi de se donner la mort, c’est-à-dire pourquoi des hommes avaient décidé à un moment de leur existence de refuser le jeu de l’Humanité, de ne pas attendre la dégénérescence irréversible de leur organisme, la rupture d’anévrisme, la prolifération de métastases, l’obstruction par accumulation de graisses d’une de leurs artères principales, l’accident de la route ou domestique, l’assassinat, la noyade, une guerre bactériologique, un bombardement, un tremblement de terre, un raz de marée, une inondation majeure pour rejoindre la mort. Pourquoi des hommes, cinq, dix, une vingtaine, des milliers, peu importait le nombre exact, étaient allés contre leur instinct profond qui leur commandait de survivre coûte que coûte, de continuer la lutte, d’accepter l’inacceptable parce que la religion de la vie se doit d’être plus forte que le désespoir engendré par l’entassement des obstacles ? Pourquoi des hommes – au sein de l’Entreprise ou ailleurs, le fait était très secondaire – avaient rendu leur tablier, leur insigne, leur uniforme d’homme ? Comment aurait-il pu, lui simple Enquêteur, pauvre hère, comprendre cela et l’expliquer ? »

Métaphore de la ligne à suivre, non dénuée d'humour :
« – Le problème, reprit la femme, c’est que tout le monde suit cette ligne sans discernement. Lorsqu’on lève les yeux, on voit pourtant bien qu’elle va droit dans le mur. C’est le résultat d’une erreur de tracé, ou d’une discrète tentative de sabotage, on ne saura jamais : l’Employé qui l’a peinte jadis a mal compris les ordres, ou bien a voulu mal les comprendre, et plutôt que de la faire obliquer sur la droite de façon à ce qu’elle conduise les personnes jusqu’à mon cabinet, il l’a fait aller dans le mur, et l’a même continuée sur le mur, en tout cas sur deux mètres, le plus haut point atteint par son pinceau, et il l’a terminée par une flèche qui désigne les nuages. Votre cas, comme celui du Coréen, est extrême, mais dites-vous bien que j’ai vu certains individus, près du mur, n’osant pas s’éloigner de la ligne, essayer d’escalader ce mur de cinq mètres, sans prises et qui se termine par des barbelés, jusqu’à se déchirer la peau des doigts et se briser les ongles, et pour aller où ? Au ciel ? Vous comprenez le conditionnement qui peut être celui des hommes dans certaines circonstances, lorsqu’ils doivent obéir à des consignes, des conseils ou des directives. »

Le roman s'achève en prenant une dimension spiritualo-mystique :
« "En Enfer ! Comme vous y allez ! Vous aimez les explications simplistes, n’est-ce pas ? Je ne pense pas que cela fonctionne encore aujourd’hui. Le monde est trop complexe. Les vieilles ficelles sont usées. Et puis les hommes ne sont plus des enfants auxquels on peut encore raconter des sornettes. Non, vous êtes tout bonnement ici dans une sorte de zone de transit de l’Entreprise, qui s’est transformée au fil du temps en une grande décharge à ciel ouvert. On entasse ici ce qu’on ne peut mettre ailleurs, ce qui est hors d’usage, des choses, des objets, des pourritures dont on ne sait que faire. »



mots-clés : #sciencefiction
par Tristram
le Dim 18 Nov - 14:27
 
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Sujet: Philippe Claudel
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Christian Garcin

Les oiseaux morts de l’Amérique

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire 41bcvy10

Que fait un septuagénaire, ancien du Viet-Nam, qui habite aux abords de la clinquante Las Vegas, avec quelques acolytes,  dans un tunnel d’évacuation d’eau ? A part faire la manche, lire et écrire des poèmes, bavarder avec un copain noir, gardien de motel qui récupère les livres abandonnés dans les chambres ? Eh bien il teste la réalité du monde, il voyage dans l’avenir et le passé, s’en nourrit et s’en effraye. Il imagine des mondes parallèles visitables, proches ou très différents du nôtre, et des incursions, de clins d’œils  de ceux-ci dans notre univers. Mais imagine-t’il vraiment, notre monde n’est il pas un vaste présent qui inclus d’autres lieux, d’autres temps, d’autres possibles.

Cela donne  un récit mélancolique, parfois cruel et noir, qui nous fait vivre auprès des exclus de notre société (ceux qui en ont pourtant été les héros guerriers), les enfants et les jeunes hommes qu'ils ont été,  dans une dimension poétique qui interroge notre façon de voir l’instant et le quotidien.


Mots-clés : #discrimination #sciencefiction
par topocl
le Sam 27 Oct - 10:13
 
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Sujet: Christian Garcin
Réponses: 3
Vues: 363

Collectif : Le temps sauvage

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Marsf010

Un recueil/anthologie qui contient :
1 - Isaac ASIMOV, Sally (Sally), pages 5 à 30, trad. Hery FASTRE
2 - Clifford Donald SIMAK, Vous ne retournerez jamais chez vous (You'll Never Go Home Again! / Beachhead), pages 31 à 55, trad. Hery FASTRE
3 - Lyon Sprague DE CAMP, L'Œil de Tandyla (The Eye of Tandyla), pages 57 à 87, trad. Hery FASTRE
4 - Ray BRADBURY, Le Futur antérieur (Tomorrow and Tomorrow), pages 89 à 113, trad. Hery FASTRE
5 - Robert BLOCH, L'Œil affamé (The Hungry Eye), pages 115 à 140, trad. Hery FASTRE
6 - Theodore STURGEON, La Chambre noire (The dark room), pages 141 à 190, trad. Hery FASTRE
7 - John WYNDHAM, L'Ève éternelle (The Eternal Eve), pages 191 à 223, trad. Hery FASTRE
8 - Fritz LEIBER, Je cherche Jeff (I'm Looking for "Jeff"), pages 225 à 242, trad. Hery FASTRE
9 - Jean-Baptiste BARONIAN, Y a-t-il une science-fiction pure ?, pages 256 à 253, Postface

Et un coup d’œil encouragé à noosfere.org

Par quel chemin aborder le commentaire, quand on est peu lecteur de science-fiction... il y a le bon côté de la découverte de Theodore Sturgeon, quand on a découvert récemment Kurt Vonnegut ça un sens, l'envie de pouvoir tremper ou retremper une patte sans trop se mouiller dans l'univers de noms bien connus (Asimov, Simak,  Bradbury, (Leiber)), et puis logiquement c'est se confronter au point d'interrogation de la science-fiction.

Sans grande surprise c'est la nouvelle "fantasy", L'Œil de Tandyla, qui m'a le moins botté. Néanmoins c'est assez représentatif de la diversité qui habite ce petit livre qui voyage entre espace, futur et passé avec une aisance finalement impressionnante. Le petit article qui sert de postface insiste d'ailleurs à raison sur la narration, la volonté de raconter une histoire comme composante commune aux différents genres, sous-genres.

Par ricochet il n'est pas surprenant de retrouver de façon plus ou moins flagrante une attention portée par les auteurs à des sentiments ou comportements forts. Chaque texte apportant sa manière et sa couleur au regard du lecteur.

Une lecture décousue mais une lecture dans l'ensemble enrichissante, intéressante, avec ou sans la touche "vintage" (je pense notamment à Sally, la première nouvelle tournée vers les voitures). Vous ne retournerez jamais chez vous serait la plus typiquement SF avec voyage spatial et extra-terrestres mais avec pas grand chose l'esprit l'emporte de loin. Et c'est facile d'avoir un mot pour chaque nouvelle tellement le recueil est cohérent !

Tout simplement, ça fait du bien. Ce ne sont pas forcément les textes les plus subtils, les plus dégrossis, les plus fins mais ce qu'on y trouve mérite qu'on en profite. Oui, ça fait du bien, et la poésie humaine ténue mais vivante partagée par ces auteurs ne manque pas de sens.

Donc un SF, c'est vaste et pas forcément très technologique, voire pas technologique du tout.

Merci encore compère volatile ! Tag sciencefiction sur Des Choses à lire 3481408968


mots-clés : #fantastique #nouvelle #sciencefiction
par animal
le Ven 19 Oct - 18:39
 
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Sujet: Collectif : Le temps sauvage
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Kurt Vonnegut, jr

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire 51iip010

Tremblement de temps

quatrième de couverture a écrit:2001 : un « tremblement de terre temporel » renvoie tout le monde en 1991. Un nouveau départ ? Pas vraiment.
L'histoire recommence à l'identique. Les gens commettent des erreurs déjà commises, les mêmes catastrophes se produisent encore et encore. Qui délivrera l'humanité de son infernale apathie ? Kilgore Trout lui-même, l'alter ego littéraire de l'auteur ?

Tel aurait pu être le nouveau roman de Kurt Vonnegut, l'auteur culte d'Abattoir 5 et du Petit déjeuner des champions. Sauf que Kurt n'a pas envie de l'écrire. En tout cas, pas comme ça. À la place, il livre au lecteur la genèse de son récit avorté, et en profite pour l'embarquer dans un étourdissant voyage au pays de la fiction.

Brillante méditation sur les États-Unis, la guerre, les amis, la famille et les choix qui nous composent - la vie, quoi d'autre ? -, Tremblement de temps est un objet littéraire unique, à mi-chemin entre le roman et l'autobiographie. Vonnegut s'y dévoile comme jamais, et livre les clés d'une oeuvre dont le succès, ici comme ailleurs, ne s'est jamais démenti.


Amis de la trame linéaire et explicite passez votre chemin ? Amis du commentaire de lecture clair... aussi ? C'est un joli petit bazar ce Tremblement de temps, tissé d'anecdote, d'appels et de personnages historiques, un petit bazar où distinguer le vrai du faux risque de devenir superflu !

Et il faut en prime s'appuyer l'humour, léger, de l'auteur ainsi que l'omniprésence de Kilgore Trout. Envahissant ? Jusqu'à en devenir sympathique ? Pas impossible.

La sensation d'une lecture décousue mais sympathique, ce Vonnegut a décidément l'air de quelqu'un de bien. L'argument prophétique de la science-fiction est a l'air presque inexploité et en même temps il est là tout le temps, au présent, libre arbitre ? c'est explicite. Tout le reste qui fait une pâte d'images et d'habitudes ça l'est moins et pourtant là-dedans il cherche, retourne, repositionne, rappelle, adoucit beaucoup de choses... sans oublier de dire tout ce qui ne tourne pas rond pour lui, la ligne pacifiste et humaniste est toujours aussi claire.

Et il est observateur. On s'y perd, on s'y amuse, on s'y égare... ça ne donne aucune impression de grand livre mais avec sa manière de brouiller autant les pistes que les niveaux de lecture et pour sa sincérité on en sort forcément mieux qu'on y rentre.

Ca me va moi. Et je reviendrai avec des extraits !

"Réveillez-vous ! Réveillez-vous ! Vous avez à nouveau votre libre arbitre, et il y a du pain sur la planche !"

mots-clés : #contemporain #humour #sciencefiction
par animal
le Lun 17 Sep - 22:08
 
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Sujet: Kurt Vonnegut, jr
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Kurt Vonnegut, jr

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Abattoir 5

Plus un conte éclaté qu'un roman de SF, baigné d'un humour désabusé. Quelque part aujourd'hui nous aurions l'idée d'une histoire terminée, un temps en quelque sorte figé. Claude Simon l'a dilaté, a dilaté le temps du souvenir qui habite le présent, Vonnegut l'étale, simultanéité du passé, du présent et d'un possible futur.

Ce qui se fait marquant à part que penser à La route des Flandres qui tient de l'épreuve en lisant ce livre "facile" c'est que leur point de départ est le traumatisme de la guerre. Billy Pilgrim (le pèlerin) fait office de bouffon malgré lui pour (re)traverser l'épreuve (autobiographique) de la guerre et du bombardement de Dresde. Malgré lui, comme ça vient, pour ce gars pas dégourdi mais pas méchant. Le même qui un peu de la même façon retrouvera une Amérique parfaite et une vie prospère qui ne saura pas l'intéresser. Les Trafalmadoriens sont plus intéressants ?

Amérique parfaite ou images qui habitent encore notre quotidien, il y a de quoi faire entre maison, argent et autres images d'une vie attendue, normalisée et gavée de morts et d'attitudes aveugles et préfabriquées.

C'est assez poignant et l'humour nécessaire ne fait que rendre l'ensemble plus touchant. C'est un beau bouquin pacifiste, un vrai qui parle de guerre et d'imagerie populaire, assez brut finalement dont l'apparente spontanéité ne fait pas oublier la difficulté et la peine du geste.

La tendresse pour ce bonhomme qui décroche, se sauve, n'est pas que pour lui même et ça fait du bien.

Encore mieux que pas déçu par ma lecture...

mots-clés : #autobiographie #autofiction #guerre #sciencefiction
par animal
le Dim 19 Aoû - 20:41
 
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Sujet: Kurt Vonnegut, jr
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Daniel Keyes

Des fleurs pour Algernon (roman) :

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Bm_10510

Voilà un des titres phares de la SF, en tout cas un qui revient assez souvent il me semble.
Eh bien, M. Keyes n'a pas usurpé sa réputation avec ce roman magistral, qui est un véritable tour de force, tant par la forme que par le fond.
Un livre bouleversant, je dirais.

C'est l'histoire d'un arriéré mental, qui va devenir le cobaye de scientifiques, qui suite à des expériences et tests sur une souris, relatifs à l'accroissement du QI, ont décidé de passer à l'étape supérieure : l'homme.
Le livre est en fait présenté sous formes de comptes rendus du personnage principal : Charlie. Et on suit son évolution, les premières pages sont bourrées de fautes d'orthographe et de conjugaison, puis progressivement, suite au succès de l'expérience, Charlie, comme Algernon (la souris), va connaître une fulgurante croissance de son intelligente.
Keyes développe au sein de son récit, l'air de rien, beaucoup de problématiques intéressantes : le rapport entre intelligence et adaptation à la société, et aux autres ; le lien entre intelligence et bonheur, intelligence et cynisme, lucidité.
Ce qui est poignant, c'est qu'on avance pas à pas, et le personnage est très touchant : tout ce qu'il souhaite c'est d'être aimé, d'avoir sa chance, il a la naïveté de penser qu'en devenant intelligent il le deviendra. Le plus dur est lorsque le voile des illusions tombe.
C'est aussi un beau livre sur le rapport aux handicap mental, et sur le regard que l'on porte sur les déficients mentaux.

Je comprends que l'une des grandes raisons d'aller au collège et de s'instruire, c'est d'apprendre que les choses auxquelles on a cru toute sa vie ne sont pas vraies, et que rien n'est ce qu'il paraît être.



mots-clés : #pathologie #sciencefiction #science
par Arturo
le Ven 27 Avr - 13:02
 
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Len Deighton


SS-GB

Angleterre, 1941. Londres est occupé par l'armée nazie. Churchill est mort, le roi George croupit au fond d'une cellule et la loi martiale terrorise le pays. Douglas Archer, commissaire à Scotland Yard, se voit confier une enquête de la plus haute importance : le Dr Spode, brillant physicien qui travaillait pour les nazis, a été assassiné et retrouvé avec d'étranges brûlures sur les bras. Et si ce meurtre était le signe avant-coureur de bouleversements autrement plus graves ? Et si le monde était sur le point de changer pour toujours ? SS-GB, un classique de l'uchronie, à (re)découvrir d'urgence !


Ca pouvait promettre et j'étais content de relire un peu en anglais et puis mes précédentes lectures de l'auteur m'avaient bien plu ! Malheureusement bien que ça reste assez efficace ça sent les grosses ficelles et la projection historique marche seulement plus ou moins. Le positionnement du flic intègre qui travail pour l'occupant n'est pas complètement exploitée et les psychologies dans l'ensemble sont rudimentaires.

Curiosité sans prise de tête mais pas mécontent d'avoir passé la dernière page. Dommage.


mots-clés : #deuxiemeguerre #polar #sciencefiction
par animal
le Mer 25 Avr - 21:26
 
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Ursula K. Le Guin

Ursula K. Le Guin
(1929-2018)

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Captur16

Ursula Kroeber Le Guin est une femme auteur américaine de science-fiction et de fantasy.
Elle a écrit des romans, des nouvelles, des poèmes, des livres pour enfants et des essais. Elle est surtout connue depuis les années 1960 pour ses nouvelles et romans de fantasy et de science-fiction dans lesquels elle se distingue par son exploration des thèmes anarchistes, taoïstes, féministes, ethnologiques, psychologiques ou sociologiques.

Née à Berkeley en 1929, Ursula K. Le Guin est la fille de l'anthropologue Alfred Louis Kroeber et de l'écrivaine Theodora Kroeber. Elle vit à Portland en Oregon depuis 1958. Son intérêt pour la littérature se déclare très tôt : à onze ans elle soumet une première histoire (refusée) au magazine Astounding Science Fiction.
Elle poursuit ses études à l'université Columbia à New York, puis en France où elle rencontre son mari, Charles Le Guin. Elle présente en 1952 une thèse sur Les idées de la mort dans la poésie de Ronsard.
Elle publie régulièrement à partir des années 1960, et devient célèbre en 1969 avec son roman La Main gauche de la nuit.

En 2002, le jury du prix Nebula lui décerne le titre de grand maître de la science-fiction.

Auteur prolifique, Ursula K. Le Guin a également publié des essais sur la littérature, des conseils sur l'écriture, de nombreuses nouvelles et des recueils de poèmes.


Œuvres traduites en français /

Cliquer ici pour accéder à la bibliographie de cet ércrivain prolifique:
Cycle de Terremer
Le Sorcier de Terremer, (A wizard of Earthsea, 1968)
Les Tombeaux d'Atuan (The Tombs of Atuan, 1970)
L'Ultime Rivage (The Farthest Shore, 1972)
Tehanu (Tehanu, 1990)
Contes de Terremer (Tales From Earthsea, 2001)
Le Trouvier (The Finder, 2001)
Rosenoire et Diamant (Darkrose and Diamond, 1999)
Les Os de la terre (The Bones of the earth, 2001)
Dans le grand marais, (On the High Marsh, 2001)
Libellule (1997)
Le Vent d'ailleurs (The Other Wind, 2001)

Cycle de l'Ekumen
Le Monde de Rocannon (Rocannon's world, 1966) Incluant la nouvelle Le Collier (Semley’s Necklace, 1964)
Planète d'exil (Planet of Exile, 1966)
La Cité des illusions (City of illusion, 1967)
La Main gauche de la nuit (The Left Hand of Darkness, 1969)
Le Roi de Nivôse (Winter's King, 1969), nouvelle
Plus vaste qu'un empire (Vaster Than Empires and More Slow, 1971), nouvelle
Le nom du monde est forêt (The Word for World is Forest, 1972)
Les Dépossédés (The Dispossessed, 1974)
À la veille de la Révolution (The Day Before the Revolution, 1974), nouvelle
Le Dit d'Aka (The Telling, 2000)
Pêcheur de la mer intérieure (A Fisherman of the Inland Sea, 1994)
Le recueil L'Effet Churten (reprend les trois nouvelles relevant du cycle L'Histoire des Shobies (The Shobies' Story, 1990), La Danse de Ganam (Dancing to Ganam, 1993), Un pêcheur de la mer intérieure (Another Story or a Fisherman of the Inland Sea, 1994)
Quatre chemins de pardon (Four Ways to Forgiveness, 1995)
Trahisons (Betrayals, 1994)
Jour de pardon (Forgiveness Day, 1994)
Un homme du peuple (A Man of the People, 1995)
Libération d'une femme (A Woman's Liberation, 1995)
L'Anniversaire du monde (The Birthday of the World and Other Stories, 2002)
Puberté en Karhaïde (Coming of Age in Karhide, 1995)
La Question de Seggri (The Matter of Seggri, 1994)
Un amour qu'on n'a pas choisi (Unchosen Love, 1994)
Coutumes montagnardes (Mountain Ways, 1996)
Solitude (Solitude, 1994)
Musique ancienne et les femmes esclaves (Old Music and the Slave Women, 1999)
L'Anniversaire du monde (The Birthday of the World, 2000)
Paradis perdu (Paradises Lost, 2002)

Cycle des chats volants
Les Chats volants (Catwings, 1988)
Le Retour des chats volants (Catwings Return, 1989)
Alexandre et les chats volants (Wonderful Alexander and the Catwings, 1994)
Au revoir les chats volants (Jane on her Own, 1999)

Chronique des rivages de l’Ouest
Dons (Gifts, 2004)
Voix (Voices, 2006)
Pouvoirs (Powers, 2007)

Romans indépendants
L'Autre Côté du rêve (The Lathe of Heaven, 1971)
Loin, très loin de tout (Very Far Away From Anywhere Else, 1976)
L'Œil du héron (The Eye of the Heron, 1978)
Malafrena (Malafrena, 1979)
Le Commencement de nulle part (The Beginning Place, 1980)
La Vallée de l'éternel retour (Always Coming Home, 1985)
Lavinia (Lavinia, 2008)

Recueils de nouvelles (sélection)
Le Collier de Semlé (Semley’s Necklace, 1964)
Avril à Paris (April in Paris, 1962)
La Règle des noms (The Rule of Names, 1964), Préquelle au Cycle de Terremer
Le Roi de Nivôse (Winter's King, 1969)
Neuf vies (Nine Lives, 1969)
Plus vaste qu'un empire (Vaster than empires and more slow, 1971)
Étoiles des profondeurs (The Stars Below, 1974)
Champ de vision (Field of vision, 1973)
Le Chêne et La Mort (Direction of The Road, 1973)
À la veille de la révolution (The Day Before The Revolution, 1974)
Ceux qui partent d'Omelas (The Ones Who Walk Away From Omelas, 1973)
Les Quatre Vents du désir (The Compass Rose, 1982)
L'Auteur des graines d'acacia ("The Author of the Acacia Seeds" and Other Extracts from the Journal of the Association of Therolinguistics, 1974)
La Nouvelle Atlantide (The New Atlantis, 1975)
Le Chat de Schrödinger (Schrödinger's Cat, 1974)
Deux retards sur la ligne du Nord (Two Delays on the Northern Line, 1979)
Le Test (SQ, 1978)
Une pièce d'un sou (Small Change, 1981)
Premier rapport du naufragé étranger au Kadanh de Derb (The First Report of the Shipwrecked Foreigner to the Kadanh of Derb, 1978)
Le Journal de la rose (The Diary of the Rose, 1976)
L'Âne blanc (The White Donkey, 1980)
Le Phœnix (The Phoenix, 1982)
Intraphone (Intracom, 1974)
L'Œil transfiguré (The Eye Altering, 1974)
Labyrinthes (Mazes, 1975)
Les Sentiers du désir (The Pathways of Desire, 1979)
La Harpe de Gwilan (Gwilan's Harp, 1977)
Malheur County (Malheur County, 1979)
L'eau est vaste (The Water Is Wide, 1976)
Le Récit de sa femme (The Wife's Story, 1982)
Quelques approches au problème du manque de temps (Some Approaches To The Problem of The Shortage of Time, 1979)
Sur  (Sur, 1982)
Chroniques orsiniennes (Orsinians Tales, 1976)
Les Fontaines (The Fountains, 1976)
Le Galgal (The Barrow, 1976)
La Forêt d'Ile (Ile Forest, 1976)
Conversation dans la nuit (Conversations At Night, 1976)
La Route vers l'est (The Road East, 1976)
Frères et Sœurs (Brothers and Sisters, 1976)
Une semaine à la campagne (A Week In The Country, 1976)
An Die Musik (An Die Musik, 1961)
La Maison (The House, 1976)
La Dame de Moge (The Lady of Moge, 1976)
Pays imaginaires (Imaginary Countries, 1973)
Pêcheur de la mer intérieure (A Fisherman of the Inland Sea, 1994)
Première rencontre avec les Gorgonides (The First Contact with the Gorgonids, 1991)
Le Sommeil de Newton (Newton's Sleep, 1991)
L'Ascension de la face nord (The Ascent of the North Face, 1983)
La Première Pierre (The Rock That Changed Things, 1992)
Le Kerastion (The Kerastion, 1990)
L'Histoire des Shobies (The Shobies' Story, 1990)
La Danse de Ganam (Dancing to Ganam, 1993)
Un pêcheur de la mer intérieure (Another Story or a Fisherman of the Inland Sea, 1994)







Ursula Le Guin, La Main gauche de la nuit

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire La_mai10

Dans le futur, Genly Ai, un Terrien, est envoyé sur la planète Gethen (alias Hiver, ou Nivôse) pour tenter de convaincre ses gouvernements d'adhérer à l’Ekumen (l’écoumène, ou univers habité des Grecs), organisation interplanétaire qui réunit différents systèmes stellaires dans un libre échange d'idées et de technologie.
Sur Gethen, les individus sont androgynes, asexués la majorité du temps (la période de "soma"), jusqu'à ce qu'une poussée hormonale (le "kemma"), se produisant une fois par mois (voir le calendrier gethenien en annexe du livre), leur fasse prendre de manière aléatoire l'un ou l'autre sexe.
Un aspect de cette modalité est particulièrement intéressant : sans dimorphisme sexuel la plupart du temps, il y a moins de relations dominant/ dominé, et la violence a moins tendance à s’organiser en guerre…

« Il parlait beaucoup aussi de la Vérité, qu'il se vantait de "mettre au jour en grattant le vernis de la civilisation".
C'est là une métaphore tenace, universelle et spécieuse, ce vernis (ou couche de peinture, ou pliofilm, ou tout ce que vous voudrez) cachant la noble réalité qu'il recouvre. Cela peut contenir une douzaine de sophismes à la fois. L'un des plus dangereux, c'est l'idée que la civilisation, étant artificielle, n'est pas naturelle, qu'elle est à l'opposé des vertus primitives... Naturellement il n'y a pas de vernis, mais un processus de maturation dans lequel ce qui est primitif et ce qui est civilisé sont des étapes du même développement. Si l'on veut que quelque chose soit l'opposé de la civilisation, ce sera la guerre. Civilisation et guerre s'excluent mutuellement. […]
Ce à quoi il visait, c’était le moyen le plus sûr, infaillible, rapide et durable de transformer un peuple en une nation : la guerre. Il ne pouvait en avoir une idée bien précise, mais il voyait juste. La seule autre façon de mobiliser rapidement tout un peuple, c’est de l’enrôler sous la bannière d’une religion nouvelle ; il n’en avait pas sous la main ; la guerre ferait l’affaire. »


Hasard de la présence en médiathèque de ce roman (peut-être parce que prix Nebula et Hugo suite à sa sortie en 1969), opportunité saisie à cause de bons souvenirs de cette auteure, qui mène à la coïncidence de son thème avec un vif débat actuel, celui des genres.
C’est un planet opera, c'est-à-dire que l’auteure a créé un monde qui n’existe nulle part ailleurs que dans son imagination (et peut-être un imaginaire collectif), à fin d’étudier un concept psycho-anthropo-sociologique, soit in fine une évolution humaine possible.
D’ailleurs, dans le récit, cette planète a peut-être été le laboratoire d’une expérimentation extraterrestre sur une évolution génétique menant à un mode de sexualité particulier, l’indifférenciation sexuelle de ses habitants, qui se "polarisent" aléatoirement en homme et femme pour la reproduction. Evidemment, l’Envoyé passe pour un monstre aux yeux des Géthéniens, paraissant bloqué dans une phase hormonale qui le maintient du côté masculin de son organisme, perpétuellement "excité". La difficulté de l’observateur extérieur à appréhender cette condition fondamentale est telle qu’il ne sait comment envisager ses interlocuteurs (hermaphrodites, bisexuels ?) en dehors de leur période de fertilité : "il", "elle", "ça" (« ni masculin, ni féminin, mais simplement humain ») ? En définitive, il apparaît que :

« Le masculin est moins défini, moins spécifique que le neutre ou le féminin. Mais l’emploi même de ce genre me fait continuellement oublier que le Karhaïdien avec qui je me trouve n’est pas un homme mais une synthèse d’homme et de femme. »


Cet aspect est simultanément découvert avec les intrigues politiques entre le Karhaïde (monarchie) et l'Orgoreyn (État bureaucratique), l’histoire et la géographie de la planète (belles descriptions paysagères, comme lors de la longue traversée épique de l’inlandsis de cette planète à l’ère glaciaire), les mythes, religions, philosophies et même la poésie, dans une sorte d’ethnologie de rêve, d’exploration de mentalités vraiment exotiques, et l’ensemble occasionne une lecture aussi captivante que fluide de ce roman genré (science-fiction, étiquetage réducteur qui peut écarter de belles explorations).
De plus, c’est adroitement agencé dans une structure polyphonique, bien écrit (et, exceptionnellement, bien traduit, autant qu’on puisse en juger sans l’original en vis-à-vis), avec beaucoup de réflexions intéressantes :

« S’opposer à quelque chose, c’est contribuer à son maintien. […] Il faut aller ailleurs, avoir un autre but ; alors on marche sur une autre route. […] il faut aller ailleurs et rompre le cercle. […]
Savoir quelles sont les questions auxquelles on ne peut répondre, et ne pas y répondre, voilà ce qu’il fait apprendre avant tout en période de tension et de confusion. »

« Je n'ai aucune raison de haïr ce pays. Et d'abord comment peut-on haïr ou aimer un pays ? Tibe en est capable, à en juger par ses discours. Moi, j'en suis foncièrement incapable. Je connais des hommes, des villes, des fermes, des collines et des rivières et des rochers, je sais comment les rayons du soleil couchant éclairent à l'automne les mottes d'un certain champ labouré au flanc d'une colline. Que vient faire une frontière dans tout cela ? Ça ne rime à rien. Vérité en deçà, erreur au-delà ‒ voilà que je cite vos grands hommes ! Pour aimer son pays, faut-il haïr les autres ? Si oui, le patriotisme n'est pas une bonne chose. Si ce n'est qu'une forme d'amour-propre, alors c'est une bonne chose, mais dont il faut éviter de faire profession, ou de faire parade comme d'une vertu. J'aime les collines du Domaine d'Estre parce que j'aime la vie, mais c'est un amour d'une nature telle qu'il ne saurait se changer en haine au-delà d'une certaine ligne de démarcation. »

« C’est très bien de voyager vers un but, mais ce qui importe, en fin de compte, c’est ce qu’apporte le voyage lui-même. »



La Main gauche de la nuit appartient au Cycle de l'Ekumen, traitant de la rencontre entre mondes différents, avec toutes les variations de situations et rapports possibles. L'Ekumen prône une éthique de partage libre des connaissances civilisationnelles et notamment techniques, comme le transport spatial. « Elle a vocation pour favoriser la communication et la coopération […] » « Il prend le contrepied de la doctrine suivant laquelle la fin justifie les moyens. » L’entreprise est développée prudemment, patiemment, n’imposant d’autres contraintes que les droits de l'Homme et des restrictions de sécurité, dans le respect des indigènes et de leur environnement ‒ une sorte de mondialisation anticoloniale…
Le thème majeur de ce livre, comme peut-être de toute l’œuvre d’Ursula le Guin, c’est la découverte et l'apprentissage de l'Autre.

mots-clés : #sciencefiction
par Tristram
le Lun 18 Déc - 19:05
 
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Sujet: Ursula K. Le Guin
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J.G. Ballard

Crash !

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Yyfhfj10

Lecture à peine finie. j'avais vu le film de Cronenberg (réalisateur que j'adore) il y a quelques années.

J'ai beaucoup aimé le film, j'ai énormément aimé le livre.
Etant particulièrement fan des récits traitant des déviances psychologiques, souvent générées par des traumatismes on peut dire qu'avant même de commencer j'étais un client adapté à ce type d'histoire.

C'est brut, direct, cru par moments, il ne faut pas le nier et il faut même prévenir que la part de glauque peut vraiment décontenancer un lecteur qui ne serait pas informé. J'ai un peu pensé à du Burroughs dans la description des personnages et ce style si direct et acéré de l'écriture.
Il demeure une violence, une lourdeur brutale dans le récit, je n'ai jamais été à l'aise mais je n'ai pu m'empêcher de lire, comme justement cette sorte de curiosité un peu malsaine que je n'ai pourtant pas habituellement mais qui pousse les automobilistes à s'arrêter pour regarder l'accident.

Cela pousse à la réflexion sur les causes qui nous déterminent suite à un choc, les modifications de nos comportements, de nos envies. j'ai beaucoup beaucoup aimé.

mots-clés : #addiction #sciencefiction
par Hanta
le Jeu 23 Nov - 9:53
 
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Sujet: J.G. Ballard
Réponses: 10
Vues: 319

William Gibson

Histoire de me répéter j'aime bien William Gibson, la SF ne me branche pas plus que ça mais Gisbon c'est de la SF "par en bas". Pas d'univers énorme qui doit signifier quelque chose pas d'idées plus grandes que l'homme. Son ambiance c'est notre monde après ou en plein dérapage dans un tourbillon de technologies et d'images du quotidien. Et puis son goût pour des gens "simples", ses héros en manque de contrôle et en recherche d'une sorte de confort ou de repos, au fond ?

Relecture :

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Willia10

Gravé sur chrome

Commencé par là ou recommencé par là ? Question intéressante. Dans le recueil les deux titres adaptés au cinéma Johnny Mnemonic et New Rose Hotel, des incontournables de son univers avec des consoles Ono-Sendai, des bars louches, des magouilles par cable et des femmes énigmatiques et fortes.

D'abord c'est la manière à la roman noir, un goût de la formule synthétique... et son bric à brac, le genre de bazar qui vous a perdu avant même que vous ne commenciez à le cerner mais que pour l'essentiel il prendra soin de vous éclaircir quelques pages plus loin. Dans l'espace avec des astronautes russes ou à boire un verre au comptoir vous êtes facilement sur le qui-vive et en quête de repères. Lecture stimulante ?

Question suivante, Gibson le prophète ? Je l'avais lu il y a un bail ce livre et une des surprises c'est la touche "datée" de plusieurs éléments : bandes magnétiques, échos de guerre froide, ... dans les repères envahissants de notre société de consommation ça l'est nettement moins. Qu'est-ce qu'on en tire ? Pour ma part que son côté à la pointe, et sa gadgetomanie est en fait un accessoire ou un pivot si on prend le temps de s'arrêter. Ca compte dans la dynamique et dans le décor mais le feeling s'avère plus durable, feeling "humain", ce qui est identique entre votre ici et leur maintenant.

L'ensemble des nouvelles est assez varié et représentatif car on y retrouve des éléments présents dans ces romans et sa chaleur, la poésie de son bric-à-brac attentif, son romantisme aussi avec son histoire d'icône pop camée et malade (et pas seulement).

Je ne le conseillerais pas forcément non plus à tout le monde comme premier contact avec l'auteur mais j'ai pris beaucoup de plaisir à cette relecture. Et je reviens avec des extraits et quelques mots encore ?

En amuse bouche cet extrait déjà posté :

Fragments de rose en hologramme a écrit:Trois heures du mat'.
Se faire un café dans le noir, juste un coup de lampe-torche pour verser l'eau bouillante.
Le rêve matinal enregistré qui s'efface derrière d'autres paupières, panache sombre d'un cargo cubain - qui s'efface avec l'horizon qu'il parcourt sur l'horizon gris de l'esprit.
Trois heures du mat'.
Laisse hier se redisposer autour de toi en images plates et schématiques. Ce que t'as dit, ce qu'elle a dit, pendant que tu la regardais remballer, appeler le taxi.
T'as beau les retourner dans tous les sens, elles recomposent le même circuit imprimé, convergence d'hiéroglyphes vers un même composant central : toi, debout sous la pluie, et qui gueules après le taxi.
La pluie était acide et âcre, couleur de pisse, presque. Le chauffeur t'as traité de connard ; t'as dû en plus payer double tarif. Elle avait trois valises. Derrière son respirateur et ses lunettes, le type avait l'air d'une fourmi. Il est parti sous la pluie en pédalant comme un malade. Elle ne s'est pas retournée.
La dernière vision que tu gardes d'elle, c'est cette fourmi géante, qui t'adresse un geste obscène.



Mots-clés : #nouvelle #sciencefiction
par animal
le Dim 24 Sep - 20:10
 
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Sujet: William Gibson
Réponses: 33
Vues: 960

José Saramago

Mon préféré, c'est le premier que j'ai lu: Tous les noms.
Mais j'avais bien aimé L'aveuglement, moi..

Notes récupérées:

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire 410rhr10

L'aveuglement

Je crois que j'ai trouvé ce qu'il manquait au film Blindness adapté de L'aveuglement magnifiquement traduit du portugais par Geneviève Leibrich.
L'écriture..
Et ses descriptions du chaos après que les habitants d'un pays ( sauf une, allez savoir pourquoi..) aient été frappés par une épidémie qui les prive simplement d'un de leurs sens. Oui, mais lequel, la vue.
Et les petites reflexions philosophico-ironiques, qui ponctuent ce récit touffu, sans presque aucune respiration, des conséquences de cette épidémie. Conséquences bien réalistes , on dérape et on baigne du début à la fin dans les immondices . Privé de vue, l'homme redevient très vite un animal. Avec ses besoins élémentaires. Et la société se réorganise autour de ces besoins.
Quand les besoins naturels pressent cruellement, quand le corps ne peut plus se retenir tant la douleur et l'angoisse sont grandes, alors l'animal que nous sommes se manifeste dans toute sa présence.

Jusqu'à ce que... survienne un très beau "personnage", le chien buveur de larmes.

"Le chien des larmes s'approcha d'elle, il sait toujours quand on a besoin de lui, la femme du médecin se cramponna à lui, non pas qu'elle ne continuât pas à aimer son mari, non pas qu'elle n'aimât pas tous ceux qui étaient là, mais son impression de solitude fut si forte en cet instant, si intolérable, qu'il lui sembla qu'elle ne pourrait être adoucie que par l'étrange soif avec laquelle le chien buvait ses larmes."

Parabole, petit conte philosophique, en tout un roman troublant que l'on ne peut pas abandonner facilement.



Lu également:
Les intermittences de la mort
traduit du portugais par Geneviève Leibrich
Tag sciencefiction sur Des Choses à lire 67911410

La mort, cependant, qui, à cause des devoirs de sa charge,avait entendu tant d'autres musiques, notamment la marche funèbre de ce même chopin ou l'adagio assai de la troisième symphonie de beethoven, eut pour la première fois de sa très longue vie la perception de ce qui pourrait devenir une parfaite concordance entre ce qui est dit et la façon dont c'est dit. Peu lui importait que ce fût le portrait musical du violoncelliste, probablement avait-il fabriqué dans sa tête les ressemblances alléguées , réelles et imaginaires, ce qui impressionnait la mort c'était le sentiment d'avoir entendu dans ces cinquante-huit secondes de musique une transposition rythmique et mélodique de toute vie humaine, ordinaire ou extraordinaire, à cause de sa tragique brièveté, de son intensité désespérée, et aussi à cause de cet accord final qui était comme un point de suspension laissé dans l'air, dans le vague, quelque part, comme si, irrémédiablement, quelque chose restait encore à dire.



Et voici donc l'histoire de la mort ,dans ce conte fantastique ,qui , dans un premier temps, décide de faire grève! Et ce qui s'en suit, et on peut faire confiance à Saramago pour explorer dans le détail les inconvénients de cet évènement. Et les moyens employés pour contrer ces inconvénients. Et les propres inconvénients liés à ces moyens employés...Mais..je ne vais pas vous raconter l'histoire, effectivement, on a toujours l'impression d'entendre quelqu'un vous raconter une histoire à voix haute, et on attend la suite!
Sachez toutefois que la mort va tomber amoureuse d'un violoncelliste. Et de son chien. Et qu'on ne sait pas si la faux, à qui elle a confié la tâche d'envoyer les enveloppes violettes pendant son absence , va vraiment s'en charger. Ca reste un mystère , car, quand même, le lendemain ,personne ne mourut.

Roman paru en 2005, Saramago avait 83 ans.

En exergue:
Pense,par exemple, davantage à la mort- et il serait étrange en vérité que tu n'aies pas accès ce faisant à de nouvelles représentations, à de nouveaux domaines du langage. Wittgenstein


mots-clés : #contemythe #sciencefiction
par Marie
le Jeu 14 Sep - 18:19
 
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Sujet: José Saramago
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Walker Percy

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire 97828610

L’amour parmi les ruines


(anglais/USA: Love in the ruins, 1971)

CONTENU:
La Louisiane dans le Sud des E.-U., 1983. Dr Thomas More, un descendant du saint anglais, médecin névrotique et alcoolique, qui se désigne lui-même comme « mauvais catholique », vit avec trois belles femmes dans la petite ville de Paradise, où il attend la fin du monde. More pense pouvoir arrêté, soigner les souffrances de l’âme de ses contemporains par son invention du « lapsomètre ». A travers lui il peut mesurer le degré d’aliénation dans différentes zones du cerveau et prendre de l’influence en changeant l’apport d’énergie. Mais comment rendre accessible à tous son invention ? C’est en ce moment d’incertitude et de doutes qu’apparaît la figure d’Immelmann, Méphisto moderne, tentateur dans les habits d’un ami et conseiller.
(à partir de la description de l’éditeur allemand, Suhrkamp)

REMARQUES:
Ecrit au début des années 70, Percy situe le roman dans un contexte de tensions et difficultés sociales, raciales, politiques et religieuses dans le Sud profond des E.-U. Son « héro » est de nature loufoque, typique peut-être pour l’œuvre de Percy : derrière les apparences d’un certain échec, d’une pauvreté, d’un état perdu, nous allons trouver un homme en recherche. Dans toutes sa culpabilité et aussi dans l’absence de remord, il se confesse « mauvais chrétien et homme », et pourtant nous reste l’impression d’un homme honnête et saint à sa façon. Dans ce sens là il s’agit bien de nouveau d’un œuvre existentielle qu’on ne va pas lire pour l’abondance d’actions, mais pour certaines réflexions et surtout dialogues profonds et splendides.

Quel beau titre, n'est-ce pas, qui donne une idée des "opposants" que Percy fait se recontrer?!

J’ai lu ce roman en allemand, donc je ne peux rien dire sur la traduction française. La langue est certainement assez drôle, voir innovatrice ou, disons, spéciale. Ici et là, au moins en allemand, j’avais l’impression que la traduction butait sur certains passages…. Ce qui ne change en rien l’impression générale positive !

mots-clés : #sciencefiction #spiritualité
par tom léo
le Mer 13 Sep - 22:04
 
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Sujet: Walker Percy
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Amin Maalouf

Le premier siècle après Béatrice (titre dantesque)

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Le_pre10


Bref et dense ouvrage d’anticipation barjavélien (1994), qui vaut particulièrement pour la lecture géopolitique d’un journaliste à la sensibilité au carrefour de la « faille horizontale » Nord-Sud.  Dans son style "classique" et sans langue de bois (ni parti-pris), Amin Maalouf aborde la thématique du choc de cultures qui se regardent de façon biaisée, entre archaïsme et manque d’action devant les signes évidents des problèmes de survie de l’espèce humaine : de la préférence pour les enfants mâles, secondée par le monstrueux levier d’une technologie sans éthique (ici génétique), le furtif génocide des femmes, et les effets apocalyptiques qui en découlent (de A à Z, le repli de la peur à la terreur).
Cela m’a évoqué ces villes africaines où les filles étaient plus nombreuses que les garçons, distorsion du sexe-ratio inverse du nôtre, et non sans conséquences socio-sociétales (offre versus demande).
C’est aussi une histoire d’amour, narrée par un entomologiste marié à une journaliste et père de Béatrice, avec beaucoup de remarques pertinentes : en fait, une fort agréable lecture, et qui rejoint l’actualité (migration versus expatriation, par exemple).

« N’est-ce-pas l’une des vertus de l’écriture que de coucher sur la même feuille horizontale le futile et l’exceptionnel ? Tout reprend dans un livre l’épaisseur négligeable de l’encre écrasée. »

« Les drames sont à l’Histoire ce que les mots sont à la pensée, on ne sait jamais s’ils la façonnent ou se bornent à la refléter. »

« …] on ne convainc pas une foule, on l’enflamme [… »

« Cet âge de la régression et de la lassitude était [...] celui de la suspicion et de tous les amalgames. »

Précision : mes extraits sont partiaux, plus ce qui retient mon attention (ou flatte mes intérêts) que représentatifs de l’ouvrage (remarque hélas assez générale).



mots-clés : #sciencefiction
par Tristram
le Mer 21 Juin - 15:07
 
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Sujet: Amin Maalouf
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Stanislas Lem

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire 0c1fe510

Solaris

(couverture exotique)

Quand le terme science-fiction prend tout son sens. Kelvin, astronaute, scientifique pur et dur est envoyé sur une station qui survole la planète Solaris. Deux soleil, un rouge et un bleu, un gigantesque océan "vivant" capable de générer des formes aussi complexes et gigantesques qu'éphémères et plus énigmatiques encore de mimétisme d'objets ou de formes humaines. Solaris donc, et un siècle (à la louche) d'énigme scientifique en béton, recherche d'explications, de Contact, recherche d'un autre exprimable, déchiffrable, ...

Ou recherche d'un miroir ? Les scientifiques restés sur la station sont devenus quasiment fous. Le mentor de Kelvin s'est suicidé. Dans les couloirs et les placards rôdent des fantômes très personnels, clones immortels d'êtres aimés ressuscités de l'inconscient des astronautes. Kelvin retrouve Harey, sa jeune femme morte il y a déjà longtemps...

Il y a un suspens de l'inintelligible mâtiné de suspens plus classique, "événementiel", quelques pages un peu longues de description, catalogage de comportement de l'océan de Solaris mais l'introspection intime est finalement plus indirecte. La science se place aussi en miroir à ces manques affectifs, spirituels, un dérivatif puissant mais insuffisant, d'ailleurs incomplet.

Cette réflexion sur la science et sur ses limites de principe, le fait qu'elle est, toute abstraite qu'elle soit, un instrument de perception humaine est bien amenée dans des pages rêveuses, fiévreuses, qui exprime une profonde lassitude morale. La plasticité du sentiment qui ressemble à un argument plus habituel ne fait pas office de naïve bouée de sauvetage mais renvoie elle aussi à une pratique sensible de la condition humaine.

Je lui ai trouvé beaucoup de points communs avec L'Invincible par la mise en oeuvre de son approche "scientifique" et sa thématique de limites de l'exercice du savoir et de l'homme en tant que tel mais plus équilibré, de toute façon forcément plus iconique

Evidemment on pourrait aller chipoter sur le décor et quelques atours de la forme mais la "fiction" dans "science-fiction" ce n'est pas une injure et c'est ça aussi un bon livre, ça dépayse ça fait voyager vers l'inconnu !

(Très recommandable lecture).


mots-clés : #sciencefiction
par animal
le Jeu 15 Juin - 21:36
 
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Sujet: Stanislas Lem
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Stanislas Lem

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire D5278e10

L'Invincible

(c'était de l'occaz).

Un gros vaisseau qui se pose sur une planète pas franchement hospitalière à la recherche d'une précédente expédition qui ne donne plus signe de vie. Même modèle vaisseau, même matériel, mêmes profils dans l'équipage... Nous suivrons pas à pas les précautionneuses recherches entre champs  de force, robots, anti-matières, sondes au milieu d'un inquiétant désert rocheux.

Pour essayer de comprendre ce qui s'est passé, plutôt que de miser sur les petits et grands soldats, la mission choisi son armada de scientifiques de tous bords : géologues, physiciens, biologistes. Tout un petit monde qui ne va pas chômer des neurones quand il vont retomber sur le même problème que leurs collègues.

Toute leur force, leur technologie (un peu datée 50 ans après la publication du bouquin), leurs procédures, habitudes et certitudes les laissent bien désemparés. Notre héros, Rohan (scientifique de son état), dans un état proche du désespoir et de l'épuisement regarde ça d'un œil parfois distant. Une tonalité sombre et anti-dynamique, ce qui est paradoxal en regard de la quantité de suspens, qui fait le charme de l'ouvrage.

Un phénomène de déshumanisation si ce n'est de dévitalisation de la vie vue sous l'angle de l'évolution donne la longueur de vue nécessaire pour ne pas épuiser ce ressort. Bien au contraire, d'autant plus que la vision cauchemardeusement mécanique proposée n'est pas dénuée de simplicité et fait de l'effet. Pour ne pas trop spoiler parlons d'un redoutable "ennemi" non intelligent.

Bémol tout de même sur une partie de l'action qui a sans doute vieilli et surtout sur l'aspect confus de certains passages paysagés, ou d'action dans le paysage, qui ont potentiellement souffert au passage de la barrière de la langue.

Ça ne m'a pas empêché de me prendre au jeu et d'avoir apprécié cette lecture que je n'oublierai probablement pas de si tôt malgré malgré...

(Les exoplanètes ont ce soir une mémoire impressionnante).


mots-clés : #sciencefiction
par animal
le Mar 13 Juin - 22:29
 
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Sujet: Stanislas Lem
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Emily St John Mandel

Station eleven

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Captur13

Une grippe implacable a décimé l'humanité. Tout cesse de fonctionner, faute de gens pour faire fonctionner les transports, l'industrie, les médias...La violence et la folie règnent. Un petit groupe de balladins tâche de résister, douloureusement, au malheur ambiant.

Emily St john Mandel entremêle très habilement les époques:
Le récit post-apocalyptique (cette troupe de théâtreux qui errent de ville en ville avec leurs trois chevaux, leurs carrioles rafistolés, leurs hardes magnifiques et décrépites, leur devise (shakespearienne?) Survivre ne suffit pas  forment un hallucinant cortège).
L 'histoire des quelques jours, non pas de la fin du monde mais de son effondrement.
Et, en rappel de notre monde tant regretté (tant par ceux qui l'ont connu que par ceux qui en ont seulement entendu parler), la biographie d'un jeune homme, Arthur, devenu star hollywoodienne, qui meurt en scène à la première page, jouant Shakespeare, au moment même où la grippe débarque à Toronto.

L'auteur sème des objets fil rouges d'un monde à l'autre,  et notamment cette BD d'anticipation qui parle de mondes abandonnés,  comme autant de liens entre les époques.
C'est assez  intelligent d'écriture, certaines descriptions sont touchantes, notamment dans la réminiscence du monde perdu. Je me suis plutôt bien laissée prendre tout au long de ma lecture. Mais une fois le livre refermé, comme une vague déception, il y avait finalement peut-être plus d'habileté que de vraie émotion. Comme une scénographie sublime pour un livret un peu creux…


mots-clés : #sciencefiction
par topocl
le Ven 19 Mai - 18:41
 
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Sujet: Emily St John Mandel
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China Miéville

Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Perdid11  Tag sciencefiction sur Des Choses à lire Perdid10

Perdido Street Station (tome 1 et 2) , traduit par Nathalie Mège

De la SF mâtinée de fantasy ? Et pourquoi pas ?

Si ce gros roman n'a pas totalement emportée ma ferveur, il a suffisamment de qualités pour être ici un peu disséqué.

Il faut d'abord reconnaître à l'auteur une grande maîtrise de la matière physique dont il va se servir pour construire son histoire, laquelle se situe dans une ville totalement imaginaire -Nouvelle-Crobuzon- (dont il nous propose d'entrée une carte aux noms qui laissent songeur : Mont Mistigri, Sanguigne, Marais-aux-blaireaux, Pré-aux-langues, Osseville, etc.). La topographie du lieu est exploitée au maximum et il faut souligner qu'à aucun moment je ne me suis lassée des -courtes- descriptions de la ville, ses différents quartiers, ses évolutions, ses scories, ses bidonvilles, ses lieux protégés. Si la Ville est un personnage à part entière, elle n'a pas non plus le caractère trop écrasant qui laisserait l'histoire racontée à la marge mais bien au contraire elle fait partie intégrante de la vie des personnages et sert de levier pour faire avancer l'intrigue en passant de quartier en quartier.

Et la Ville est peuplée de différentes espèces, lesquelles ne sont pas censées se mélanger, entrer en interaction, s'aimer mais plutôt se méfier les uns des autres et vivre séparément. Cependant, un couple s'extrait de ce rigorisme et transgresse les mœurs, il s'agit d'Isaac, un humain, scientifique rebelle, déchargé de ses cours à la faculté et passant ses nuits et ses jours à la recherche d'une manière de canaliser 'l'énergie de la crise' et à aimer une femelle insecte Lin, laquelle est une formidable artiste plasticienne.

Arrive un Garuda, c'est-à-dire un homme-oiseau à qui on a coupé les ailes et qui met notre ami Isaac au défi de lui redonner la capacité de voler. Qu'à cela ne tienne, Isaac relève le gant, se lançant dans une course effrénée qui va le conduire jusqu'au conflit avec les dirigeants de la Ville mais aussi les mafieux les plus laids des bas quartiers, une machine robotisée dénuée de conscience et de sentiment et surtout cinq gorgones dont il va bien falloir débarrasser Nouvelle-Crobuzon.

Bien sûr, notre héros (très attachant) ne sera pas tout seul pour parvenir à ses fins et c'est entouré d'une rebelle, d'une femme-poisson, de bandits et d'une phalange restreinte de combattants qu'il va tenter l'impossible.

L'histoire est plutôt bien écrite (sans être renversante), les personnages donnent beaucoup de reliefs à l'aventure et leurs relations intimes sont largement exploitées pour donner de la profondeur à l'ensemble. Comme souvent on n'échappe pas à un discours politique subversif et à l'inutilité d'un pouvoir central incapable de réguler ses propres distorsions. L'ensemble se lit avec plaisir.

J'ai seulement été un peu déçue par les récits de combats (en particulier aériens) que j'aurais aimé plus épiques, plus violents, plus engagés, plus écrits (?). Néanmoins j'ai passé un très bon moment en compagnie de la faune hétéroclite de Nouvelle-Crobuzon, à me demander jusqu'où peut aller la confiance entre 'personnes' issues de mondes différents, élevés dans des morales différentes et n'ayant pas les mêmes objectifs finaux. Si d'un point de vue éthique (en particulier en ce qui concerne la capacité de chacun à se mélanger à autrui pour vaincre sa peur du différent) le roman remplit sa fonction réflexive, il est également agréable à lire et particulièrement soigné dans l'élaboration des différentes strates d'individus.

China Miéville en introduction cite comme inspirateur le nom de Mervyn Peake et il n'a nullement à rougir de cette filiation, en particulier dans sa manière à la fois simple et décalée de présenter le pouvoir régnant sur Nouvelle-Crobuzon.

Au final un roman assez classique dans sa facture heureusement pimenté par une inventivité et un goût de l'étrange étranger qui m'a bien plu.


mots-clés : #sciencefiction
par shanidar
le Mar 18 Avr - 14:10
 
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Sujet: China Miéville
Réponses: 2
Vues: 293

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