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La date/heure actuelle est Ven 13 Déc - 4:37

33 résultats trouvés pour sexualité

Jim Harrison

Péchés capitaux

Tag sexualité sur Des Choses à lire Pzochz10


Je m’étais réservé la lecture gourmande du dernier roman de Jim Harrison ‒ et je l’ai savouré !
C’est (encore) l’histoire d’un sexagénaire, ici un inspecteur de police retraité et d’origine prolétaire, Sunderson, qui a beaucoup des traits communs avec l’auteur (c'est-à-dire la plupart des péchés capitaux, The Big Seven du titre original ‒ pour mémoire « l’orgueil, l’avarice, l’envie, la luxure, la gourmandise, la colère et la paresse »). Le titre vient d’un sermon qui marqua le jeune garçon alors fiévreux ; il ramentoit les Sept obsessions dans En marge. On reconnaît aussi Sunderson parce qu’il fut l’enquêteur de Grand Maître. Et le personnage s’adonne toujours à la pêche à la truite, à l’alcoolisme, à la fascination des corps de (jeunes) femmes.
« Il aurait dû se sentir coupable, il le savait, mais c’était rarement le cas. »

En fait, Sunderson culpabilise beaucoup (souvent à raison). Il est constamment rongé par l’échec de son mariage avec Diane (qu’il s’impute à juste titre).
« Il se dit qu’un monde sans voitures serait merveilleux. Un retour aux chevaux lui sembla une bonne idée. Sunderson était un luddite invétéré, un Don Quichotte rêvant d’un monde qu’il ne verrait jamais. »

(Le luddisme est une révolte d’artisans anglais au début du XIXe siècle, "briseurs des machines" de la révolution industrielle prenant son expansion.)

Un peu cassé par diverses mésaventures et autres échecs personnels, Sunderson s’installe dans un bungalow retiré du Nord Michigan, pas très éloigné de Marquette et proche de cours d’eau poissonneux ; mais il a pour voisins la famille Ames, ivrognes, méchants, fous à des degrés divers, hors-la-loi qui accumulent sans scrupule les crimes les plus crapuleux, tels que viols et meurtres. Ils sont présentés comme des « déchets humains » à cause de leur « sang vicié », et c’est l’occasion pour Jim Harrison de (faire) débattre sur l’opposition nature-culture, ici fondue dans la perspective historique de la violence intrinsèque de cette Amérique du Nord. La violence, « le huitième péché » sur lequel Sunderson va vouloir écrire un essai (on découvre plusieurs versions de la première page, laborieusement élaborée ; pour se trouver un style, il recopie des extraits de Le bois de la nuit de Djuna Barnes et de l’Ada de Nabokov).
« La violence est une tradition ancestrale en Amérique, dit Lemuel. À l’école, les livres d’histoire ne parlent pas des milliers de lynchages ni de cette habitude de tirer vers le sol dans les tipis pour tuer les femmes et les enfants indiens pendant leur sommeil. Beaucoup de journaux ont proclamé qu’il fallait exterminer tous les Indiens, comme la presse nazie dans les années trente avec les Juifs. »

D’ailleurs le roman est d’une grande actualité ; figurent notamment les détournements de mineures, les femmes battues, sans omettre les sévices sur enfants et l’inceste.
Sunderson, sans doute par déformation professionnelle, est sujet à des prémonitions alarmantes ‒ et rapidement les empoisonnements s’enchaînent chez les Ames.
Il sympathise cependant avec Lemuel, un Ames moins dégénéré, plus civilisé (il est passionné par les oiseaux), comme quelques enfants et jeunes filles ; Lemuel lui fait lire au fur et à mesure de sa rédaction son roman policier.
Scoop:
Ce texte place en abyme sa confession criminelle.

La place du sexe est importante (peut-être trop) :
« Je crois que l’instinct sexuel est profondément ancré, enfoui, encodé au fond de nous, et qu’il nous pousse à nous ridiculiser. […] Il faut de toute évidence peupler le monde, si bien que la nature nous a fait don de ces pulsions à peine contrôlables, qui se manifestent tôt et continuent jusqu’à un âge avancé. »

« On dit volontiers "Tout est dans la tête", mais ce serait où sinon ? Dans la rue ? »

Grâce à l’ami de Sunderson, Marion, un Indien, la question des peuples autochtones est aussi évoquée.
« Aucun épisode de l’histoire américaine n’était plus méprisable que notre traque meurtrière de Chef Joseph et de son peuple, sinon peut-être la guerre du Vietnam. »

« Heureusement pour notre société, presque aucun de nous ne connaît notre histoire. Sinon, les réjouissances du 4 Juillet seraient interdites. »

La fascination pour l’eau de Sunderson (et Harrison), pêcheur et pécheur, transparaît souvent.
« …] le grand mystère de son existence : l’eau en mouvement. »

« Il remarqua qu’il était très difficile de penser à soi quand on regardait un fleuve. En fait, c’était impossible. Un fleuve submergeait vos sens, du moins Sunderson en avait-il toujours eu le sentiment depuis l’enfance. »

Harrison nous promène aussi beaucoup géographiquement (USA, Mexique, Paris, Espagne), influence autobiographique de ses voyages (et observations) personnels.
Et, comme toujours chez lui, des remarques originales parsèment sa prose.
« Sunderson se dit qu’en général nous connaissons très mal les gens, mais qu’il était peut-être mieux que chacun de nous reste essentiellement un mystère pour autrui. »

« Toute la culture américaine incitait chacun à aimer quelqu’un ou quelque chose, une équipe de football ou de base-ball, une fille, une femme, un homme. Cette injonction était aberrante. »

« Il se rappela que l’Espagne avait assassiné son grand poète, Federico García Lorca. Pourquoi ? Comme s’il y avait jamais eu une bonne raison de tuer un poète. »

« En fait, comme la plupart des hommes, il vivait sa vie morceau par morceau et s’en souvenait par fragments. »

« Selon cet auteur, le vrai facteur émotionnel qui déprimait l’alcoolique était l’absolue domination chez lui de son égocentrisme. L’individu qui buvait était le centre fondamental de son propre univers, ses perceptions échouaient à atteindre le monde extérieur et demeuraient entièrement teintées par cet ego démesuré. »

Outre l'aspect roman noir, un peu prétexte, s’entrecroisent densément de nombreux fils narratifs, comme la littérature, les péchés capitaux qui obsèdent Sunderson, etc. ; Harrison reprend ses thèmes habituels dans un brassage toujours original.
(Ce livre m’a paru moins bien traduit que les précédents.)

Mots-clés : #contemporain #fratrie #polar #relationdecouple #sexualité #vengeance #vieillesse #violence
par Tristram
le Dim 1 Déc - 23:46
 
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Sujet: Jim Harrison
Réponses: 40
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Anosh IRANI

Tag sexualité sur Des Choses à lire Livre_10

Le colis

Pour perdre la face, il faut avoir une face, et pas ce qu’avait Madhu : un visage indéfini, homme et femme se la disputant inlassablement pour tenter de s’imposer. Une énergie féminine existait en elle depuis son enfance. Elle s’était exprimée de manière très progressive, d’abord subtile, une cuisse par-ci, un regard timide par-là, un gloussement dans l’obscurité, puis, plus franche, la femme avait pris le dessus, elle s’était moquée de l’homme et l’avait laissé pour mort. Mais cet homme du passé revenait maintenant prendre sa vengeance, il la punissait de s’être débarrassée de lui, se frayait un chemin vers le devant de la scène. Et si cet affrontement ne cessait pas, elle finirait sans visage. Il ne lui resterait plus qu’un crâne.


En Inde, les hijras sont vénérées, un peu. Méprisées, beaucoup. Et craintes peut-être encore plus. Nées femmes dans un corps d’homme, elles se regroupent en communauté autour de leur gourou. Elles ont le don de bénir ou de maudire, à leur guise. Elles sont « le troisième sexe ». Très jeune, Madhu a fui le rejet familial pour devenir l’une d’entre elles et vivre dans le quartier rouge, haut lieu de la prostitution de Bombay. Mais à bientôt 40 ans, son corps autrefois adulé la trahit, et les questions existentielles affluent...

Madhu est à l’heure des bilans. L’heure d'admettre que la liberté qu’elle a crue trouver chez les hijras n’était probablement qu’illusoire et que, derrière le charme de sa gourou et les soupirs exaspérés de son père, se cachaient une complexité qu’elle a toujours niée. L’heure de réaliser que, dans le quartier rouge, les luttes de pouvoir et d’argent sont à l’oeuvre à chaque instant, jusque les rares endroit dont on les pensait exclus. Son passé, sa vie semée d’échecs la rongent… Et c’est précisément à ce moment qu’on la charge d’un nouveau colis.
Les "colis", ce sont des fillettes vendues par leurs familles et qu’il faut broyer mentalement afin qu'elles se résolvent à leur sort : 10 passes par jour, 300 jours par an. Minimum. Madhu a sa propre méthode, bien différente de la violence inouïe des proxénètes, et pourtant tout aussi glaçante… Cette fois encore elle l’applique froidement, consciencieusement. Mais le chaos intérieur qui est le sien depuis quelques temps l’amène à douter…

Il y a des romans, comme ça, qui vous remuent au plus profond de vous. Des livres qui vous rappellent à quel point un seul être peut receler en même temps des abîmes de tendresse et de monstruosité, et qui vous mettent face à votre propre humanité si imparfaite. Pour moi, Le colis fut de ceux-là.
D'ordinaire, les prostituées comme les hijras ne sont que des ombres interchangeables à la merci des proxénètes et du sida, vouées au rejet, aux quolibets et à la honte. Anosh Irani leur rend un visage, des rêves sous le désespoir, des rires et des amours, aussi. Sa plume, tour à tendre tendre, nostalgique ou d’une crudité acerbe, épouse cette humanité mouvante, ambigüe, reniée et pourtant tellement réelle. Madhu, avec ses contradictions, son verbe haut et sa fragilité, est inoubliable.
Un roman coup de poing. Un roman coup de coeur.


Mots-clés : #famille #identitesexuelle #lieu #psychologique #sexualité
par Armor
le Sam 7 Sep - 16:02
 
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Sujet: Anosh IRANI
Réponses: 10
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Almudena Grandes

Tag sexualité sur Des Choses à lire Castil10

Castillos de cartón

J'ai terminé Castillos de cartón avec de grosses réserves. L'histoire n'est pas sans qualités et se lit assez agréablement, mais le style est plein de tics d'écrivain milieu de gamme, nourri d'images convenues, abusant d'hyperboles et d'anaphores insipides (dieu sait pourtant si j'aime ces dorures, lorsqu'elles sont réussies), qui d'un même mouvement dévoilent les intentions de l'autrice et en amoindrissent la portée. Les dialogues, fabriqués, s'enchâssent grossièrement au récit; la narration (à la première personne) est vaine par ses outrances plaintives, désincarnée malgré la meilleure volonté du monde, ce qui donne à soupçonner que l'autrice ne croit pas tout à fait en ce qu'elle écrit. Ce n'est pas une catastrophe, mais ce n'est pas un roman très original ni très bon.

Malgré tout, j'y ai pris un plaisir réel, qui résidait presque entièrement dans le fait de lire en espagnol. Je le recommande donc bien franchement à qui voudrait se remettre à lire dans le texte, car la langue est très claire, le vocabulaire assez riche pour qu'un débutant y trouve de quoi s'alimenter, et assez restreint pour que l'on puisse assez tôt s'émanciper du dictionnaire.

[précision : il n'est pas traduit en français, mais j'ai le sentiment que mes reproches pourraient s'appliquer à ses autres livres]


Mots-clés : #amour #creationartistique #culpabilité #identite #initiatique #jalousie #peinture #sexualité
par Quasimodo
le Ven 5 Juil - 15:33
 
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Sujet: Almudena Grandes
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Jean Genet

Jean Genet
(1910 - 1986)


Tag sexualité sur Des Choses à lire Jean-g10

Jean Genet est un écrivain, poète et auteur dramatique français. Jean Genet aborde dans ses ouvrages, l'homosexualité et l'érotisme, à travers la célébration de personnages ambivalents au sein de mondes interlopes.


Bibliographie sélective :


Théâtre
Les Bonnes, L'Arbalète, 1947,
Haute Surveillance, Gallimard, Paris, 1949.
Le Balcon, L'Arbalète, Décines (Lyon), 1956.
Les Nègres, L'Arbalète, Décines (Lyon), 1958.
Les Paravents, L'Arbalète, Décines (Lyon), 1961.
« Elle » L'Arbalète, 1989.
Splendid's L'Arbalète, 1993.
Le Bagne L’'Arbalète, 1994.

Poésie

La Galère, 1944
Chants secrets (Le Condamné à mort, Marche funèbre), L'Arbalète, Décines (Lyon), 1945
Un chant d'amour, 1946
Le Pêcheur du Suquet, 1946

Romans et autres textes
Notre-Dame-des-Fleurs, 1944.
Miracle de la rose, 1946.
Querelle de Brest, 1947.
Pompes funèbres, 1948.
Journal du voleur, 1949.
Adame Miroir, 1949
L’Enfant criminel, 1979
Lettres à Leonor Fini, 1950

Mots-clés : #erotisme #poésie #sexualité
par Arturo
le Mer 17 Avr - 16:41
 
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Sujet: Jean Genet
Réponses: 1
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Elfriede Jelinek

Les Exclus

Tag sexualité sur Des Choses à lire Visuel11

Un fait divers épouvantable qui défraya les journaux en 1965.
C’est « affreux, sales et méchants » ou « Chez ces gens-là » de Brel. D’abord, d’abord, y a le père, ancien officier SS qui a perdu une jambe à la guerre, réduit maintenant au rôle de portier, ayant comme passe-temps de faire des photos pornos, artistiques, de sa femme et de la battre, puis de la tromper. Dure vie lorsqu’on a été maître du monde en Pologne et en Ukraine…
La mère, elle, est totalement soumise et essaie maladroitement de limiter la casse.
Puis il y a les deux enfants, jumeaux, adolescents, Rainer et Anna. Ils n’ont qu’une hâte, fuir ce milieu moche, sale, sordide. Rainer se donne des airs de poète méprisant souverainement le monde qui l’entoure. Adepte de Camus et de l’acte gratuit, il se veut chef de bande et entraîne ses camarades dans des actes de crapulerie : tabassage d’un passant pour lui piquer son fric. Rainer est amoureux fou de Sophie.
Anna, la sœur de Rainer, pianiste de talent, est totalement renfermée sur elle-même, hantise de la souillure, anorexie… totalement inhibée, sauf en ce qui concerne le sexe.

« Anna méprise premièrement les gens qui ont une maison, une auto et une famille, et deuxièmement toutes les autres personnes. Elle est toujours à deux doigts d’exploser de rage. Un étang totalement rouge. L’étang est rempli de mutisme qui sans cesse la noie sous des paroles. »


Joyeux couple !

« Ils se tiennent à l’écart, non qu’ils craignent la lumière, mais la lumière les craint, et pour cause. En classe, comme dans le préau. La harde de loups se regroupe toujours dans les coins. Manifestant une sur-humanité incontestée que les autres aimeraient aussi manifester, mais ceux-ci atteignent à peine le niveau de sous-hommes d’ailleurs indispensables pour faire ressortir les performances sur-humaines. De leurs recoins obscurs ils étendent brusquement les jambes, et presque chaque fois tel fils à sa maman ou telle fille à son papa en jupe à carreaux fait un vol plané. »


Les camarades de jeu ne valent pas mieux : Hans, l’ouvrier aux beaux muscles et à la tête creuse. Il renie les convictions libertaires de ses parents : père fusillé à Mauthausen, mère passant son temps à coller des affiches, mettre sous enveloppes des tracts à l’intention du Parti. Hans rêve de belles bagnoles, de jazz et… de Sophie. En attendant, il entretient une liaison incandescente avec Anna.
Sophie « de », aristocrate, belle blonde sportive, famille très aisée, « propre sur elle ».

« Sourire blanc de Sophie, pure vierge lainée à qui un peu de woolite suffit. »


Elle est peut-être cependant la plus dangereuse du groupe, en tout cas la plus perverse.

Elfried Jelinek qualifie cet ouvrage de satire, terme important qui explique l’exagération, l’outrance, voire l’humour, même s’il est au second degré. Jelinek tire à boulets rouges sur la société autrichienne de l’après-guerre, hypocrite, non dénazifiée. On pense à Thomas Bernard, mais en plus noir ; plus encore au cinéma de Michael Hanecke (« Funny games » par exemple). On pense aussi aux performances extrêmes du groupe d’avant-garde des activistes viennois.
Jelinek a manifestement été marquée au fer rouge pendant son enfance et son adolescence. Elle a survécu grâce à l’écriture qui lui a permis de véhiculer une terrible violence interne. Je pense qu’il y a beaucoup d’elle dans le personnage d’Anna.
Un prix Nobel je pense bien mérité. Je vais poursuivre avec cette auteure (mais il faut des moments propices)  Very Happy


Mots-clés : #jeunesse #regimeautoritaire #satirique #sexualité #violence
par ArenSor
le Lun 25 Mar - 19:40
 
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Sujet: Elfriede Jelinek
Réponses: 7
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Henry Miller

Le monde du sexe

Tag sexualité sur Des Choses à lire Index110

Je l'ai dis plus haut j'aime le ton de Miller dans ses romans, cette énergie actante, même crue.
J'ai aimé aussi son essai sur Rimbaud parce qu'il transmet la polyfacette de toute émulation.

Mais pour cet opus, cet essai, franchement, , gros bof.

Je dirais que comme entrée dans l'oeuvre, c'est pas le bon à lire, sauf si le lecteur potentiel a juste, virilement, en salon privé, d'homme à homme, envie de trouver à justifier la primauté de sa libido sur toute conception. Oui, ça va causer métaphysique de la b---, mon garçon. Et l'honneur du cerveau sera sauf. Juré. Car Miller ne le dit pas comme ça, et par le fait il fait même un long détour, à plusieurs reprises , sur l'état du monde, le degré de suintement sensuel que les nations diverses offrent au ressentis, il fait de la métaphysique, et même de l'analyse sociétale. Il consacre aussi de nombreuses pages à une réflexion sur la puissance de son oeuvre, la place et la vérité qu'elle dénoncera dans un siècle. (Le génie parle.)
On peut donc y téter la source vive d'un égo plein, toujours séduisant, mais un peu boursouflé à mon avis. La chute de mon commentaire vous apprendra la raison que j'en donne, toute simple.


Miller conseille de vivre , et pleinement. Et souligne que vivre c'est jouir, sentir, prendre. Je l'approuve. Totalement. Oui, c'est vrai, si tu as une libido du diable, tu seras toujours hors de ta vie si tu ne la suis pas. Il a raison bien sûr. Il nous le dit via le récit de ses deux premiers engagements "amoureux" : en étude de cas on, suit comme le maelstrom prend la place de la raison, on suit l'échec des bonnes volonté , et l'échec du bon sens, tout simplement.
Mais l'ossature de sa thèse emprunte des dialectiques , qui si elles assument de troubler les timoré(e)s, (sans que cela semble un but ici car il a tout bonnement oublié de s'adresser aux Humains, j'entends à ces filles qui s'égarent à le lire, bah oui excusez moi de réagir à ça mais là il parle entre hommes)  n'en sont pas moins très maladroitement fardées de vacuité. Elles me disent que si Miller a une vie instinctive, ce que je saluerai toujours, il a cette fois une vanité de taupe. rose. Imberbe piquée d'être intellectuelle , mais un peu simple, quoi. Faudrait peut-être pas en faire une affaire métaphysique pareille, ou pas comme ça, mec. Ce qui est indécent, ce n'est pas de parler cru, c'est de gloser autant pour dire un truc si simple.(ça me fais du bien de lui parler, direct, excusez l'orgueil que ça trahit, mais bon , après 150 pages réifiantes pour moi, c'est de bonne guerre.)
J'aimerais bien pouvoir écrire autant de salades pour simplement dire qu'il faut pas se biler et prendre tout ce que le sexe m'offrira. Et en être payée, vivre de cette plume là un peu fumeuse.
Il ya même quelques passages embarrassants qui vieilliront mal, très mal. N'est pas prophète qui croyait.

N'est pas Miller qui veut.Et là, Miller n'est que Henry. Franchement. Tout orgueil féminin mis de côté. Juré (car il y en a aussi dans ce commentaire ma bonne dame)

Un opus très faible, donc, du Maître des sèves.



Bon, écrit en 1940.

Crise de la cinquantaine, sans doute.

ça valait le coup de le commettre : il a vécu bien longtemps ensuite, pour notre grand plaisir. Il y aura trouvé de quoi passer le cap difficile, quoi. Bien heureusement , après, il est devenu plus simplement lui même.


mots-clés : #autobiographie #essai #sexualité #social
par Nadine
le Dim 3 Fév - 14:36
 
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Sujet: Henry Miller
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Pedro Juan Gutierrez

Tag sexualité sur Des Choses à lire 26651710

J'ai découvert avec plaisir cet auteur, en lisant son premier roman Trilogie sale de La Havane.
ça faisait longtemps que je n'avais pas lu un truc aussi cru et incisif. Il n'y va pas avec le dos de la cuiller, c'est le moins qu'on puisse dire.
Je lui vois une certaine parenté avec Bukowski, même si chacun a son style.
C'est l'envers du décor, la lutte au jour le jour pour la survie. Et une plongée dans la crasse, la bestialité.
Bon, il en fait des caisses, notamment sur le sexe, et y a des anecdotes qui paraissent assez invraisemblables, mais pourquoi pas. Je pense qu'il mêle fiction et réalité, comme beaucoup.
C'est prenant en tout cas, comme écriture, même si je ne le conseillerais pas au tout-venant !


mots-clés : #sexualité #social #viequotidienne
par Arturo
le Jeu 24 Jan - 18:32
 
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Sujet: Pedro Juan Gutierrez
Réponses: 4
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Dany Laferrière

Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer

Tag sexualité sur Des Choses à lire Mythol11

Déjà, drôle de titre, de quoi s'agit-il ? On constate très vite, non sans mélancolie, qu'il ne s'agit pas d'un guide. Le narrateur, on s'en aperçoit, écrit (selon toute probabilité) le roman que nous sommes en train de lire :
C'est l'histoire de deux jeunes Noirs qui passent un été chaud à draguer les filles et à se plaindre. L'un est amoureux de jazz et l'autre de littérature. L'un dort à longueur de journée ou écoute du jazz en récitant le Coran, l'autre écrit un roman sur ce qu'ils vivent ensemble.

(et j'ajoute : c'est à Montréal).

Ce résumé est l'œuvre d'une présentatrice de Radio-Canada, qui accueille le narrateur pour un entretien autour de son premier roman, succès critique et de librairie. Ce n'est qu'un rêve imbibé, le roman est toujours sur le métier, mais le résumé est tout à fait valable.

Le titre n'est pas tout à fait mensonger : les scènes de sexe y sont (assez) nombreuses, et aussi crues que ce titre le laissait présager. Mais dans celles-ci, pas la moindre vulgarité, ce qui m'aurait agacé comme m'ont prodigieusement agacé les scènes de sexe d'Un tout petit monde de David Lodge. Sans doute l'humour du narrateur désamorce-t-il toute gêne, un humour qui feint de regarder droit devant soi, qui n'a pas vocation à mettre le narrataire dans sa poche ni à établir la moindre connivence, dans la manière de Ferdinand Bardamu (mais la comparaison s'arrête là bien sûr !)

L'un des sujets principaux du livre est celui du rapport entre les blancs et les noirs, souvent traité sur un mode délirant ou quasi-burlesque (pour mieux faire tomber les clichés je suppose ?); et d'ailleurs toutes les femmes avec qui le narrateur fait l'amour sont des blanches, ce qui n'est pas indifférent pour les théories qu'il énonce.
(Et non, je ne dis pas "Nègre" comme le narrateur : ce faisant ou ce ne faisant pas, j'ai vaguement l'impression d'être infidèle à l'esprit du livre, tant pis pour moi).
C'est ça, le drame, dans les relations sexuelles du Nègre et de la Blanche : tant que la Blanche n'a pas encore fait un acte quelconque jugé dégradant, on ne peut jurer de rien. C'est que dans l'échelle des valeurs occidentales, la Blanche est inférieure au Blanc et supérieure au Nègre. C'est pourquoi elle n'est capable de prendre véritablement son pied qu'avec le Nègre. Ce n'est pas sorcier, avec lui elle peut aller jusqu'au bout. Il n'y a de véritable relation sexuelle qu'inégale. La Blanche doit faire jouir le Blanc, et le Nègre, la Blanche. D'où le mythe du Nègre grand baiseur.


Le trouble vient sans doute de ce que le narrateur n'est pas forcément très fiable, qu'il est volontiers menteur comme il le suggère lui-même :
Elles sont tellement infectées par la propagande judéo-chrétienne que dès qu'elles parlent à un Nègre, elles se mettent à penser en primitives. Pour elles, un Nègre est trop naïf pour mentir. C'est pas leur faute, il y a eu, auparavant, la Bible, Rousseau, le blues, Hollywood, etc.


De sorte que l'on ne sait jamais très bien si on doit le prendre au sérieux où si l'on n'est pas l'objet d'une mystification.

Dans tout cela, le titre, que signifie-t-il, puisque ce n'est pas un guide ? "Faire l'amour" doit-il prendre un sens figuré (pénétration des lettres imprimées dans la rétine du lecteur, pénétration du texte dans son esprit, communion du lecteur et de l'auteur ?) Mais c'est bien oiseux : peut-être, Arturo, as-tu une explication plus convaincante ?

Par ailleurs, le narrateur répond souvent, lorsqu'on lui demande ce qu'il écrit, qu'il s'agit de fantasmes : sans doute est-ce une clé, quoique les fantasmes doivent être (presque) absents du texte qui est supposé raconter un été de sa propre vie. On aboutit à cette indécidabilité : raconte-t-il sa vie comme on le croit, où n'est-ce de la part du narrateur qu'une gigantesque fumisterie d'écrivain, une fiction purement fantasmatique, Bouba (son collocataire) ainsi que tout le reste n'existant que dans son texte ?

Le brouillage narratif intervient sur tous les plans, puisqu'il pourrait tout à fait s'agir des fantasmes (sexuels, ou plus vraisemblablement : d'écriture) de l'auteur lui-même qui se mettrait en scène en train d'écrire et en train de séduire (mais attention, terrain miné, je m'arrête ici).
D'ailleurs nous ne sommes même pas sûrs que le roman que nous lisons soit l'œuvre du narrateur : son livre s'intitule : Paradis du jeune dragueur Nègre (mais rien n'indique qu'il s'agisse du titre définitif, puisqu'il est en cours de rédaction, sous nos propres yeux).

C'est, enfin, un texte riche, d'une langue jouissive (tiens, tiens !), que j'ai savouré par petits morceaux (les chapitres sont très courts, de petites bouchées), dans lequel Laferrière esquisse ce qui semble bien être sa bibliothèque idéale.
Je suis bluffé. Même si c'est un court roman, peut-être pas ce qu'on appelle un chef d'œuvre, c'est l'oeuvre d'un grand auteur.
Quelques citations pour se régaler :

J'entends, distinctement, l'eau couler du lavabo. Eau intime. Corps mouillé. Être là, ainsi, dans cette douce intimité anglo-saxonne. Grande maison de brique rouges couvertes de lierre. Gazon anglais. Calme victorien. Fauteuils profonds. Daguerréotypes anciens. Objets patinés. Piano noir laqué. Gravures d'époque. Portrait de groupe avec cooker. Banquiers (double menton et monocle) jouant au cricket. Portrait de jeunes filles au visage long, fin et maladif. Diplomate en casque colonial en poste à New Delhi. Parfum de Calcutta. Cette maison respire le calme, la tranquillité, l'ordre. L'Ordre de ceux qui ont pillé l'Afrique. L'Angleterre, maîtresse des mers… Tout est, ici, à sa place. Sauf moi. Faut dire que je suis là uniquement pour baiser la fille. Donc je suis, en quelque sorte, à ma place, moi aussi. Je suis ici pour baiser la fille de ces diplomates pleins de morgue qui nous giflaient à coup de stick. Au fond, je n'étais pas là quand ça se passait, mais que voulez-vous, à défaut de nous être bienveillante, l'histoire nous sert d'aphrodisiaque.


Je l'ai achetée chez un brocanteur de la rue Ontario qui vend des machines à écrire avec pedigree. De vieilles machines. Il les vend à de jeunes écrivains car qui d'autre qu'un jeune écrivain serait assez gogo pour croire à un truc si vulgairement commercial. Et qui d'autre aussi se croirait écrivain parce qu'il possède une machine ayant appartenu à Chester Himes, James Baldwin ou Henry Miller ? Alors, lui, il vend des machines selon le style de bouquin que vous voulez écrire.


La toile, c'est "Grand intérieur rouge" (1948). Des couleurs primaires. Fortes, vives, violentes, hurlantes. Tableaux à l'intérieur du grand tableau. Des fleurs partout dans des pots de différentes formes. Sur deux tables. Une chaise sobre. Au mur, un tableau de l'artiste (L'Ananas) séparé par une ligne noire de démarcation. Sous la table, un chat d'indienne poursuivi par un chien. Dessins allusifs, stylisés. Flaques de couleurs vives. Sous les pieds arqués de la table de droite, deux peaux de fauve. C'est une peinture primitive, animale, grégaire, féroce, tripale, tribale, triviale. On y sent un cannibalisme bon enfant voisinant avec ce bonheur immédiat. Direct, là, sous le nez. En même temps, ces couleurs primaires, hurlantes, d'une sexualité violente (malgré le repos du regard), proposent dans cette jungle moderne une nouvelle version de l'amour. Quand je me pose ces questions - Ô combien angoissantes - sur le rôle des couleurs dans la sexualité, je pense à la réponse de Matisse. Elle m'accompagne depuis.



Merci beaucoup à toi, Arturo, pour cette très belle découverte. A ceux qui voudraient le lire, il est difficile de le trouver autrement que dans l'édition "intégrale" dont j'ai mis la couverture au début de ce commentaire. Mais alors, je le recommande sans réserve.


mots-clés : #creationartistique #humour #identite #québec #sexualité
par Quasimodo
le Mer 9 Jan - 16:11
 
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Sujet: Dany Laferrière
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Hjalmar Söderberg

Egarements

Tag sexualité sur Des Choses à lire 41pnej10


Originale: Sförvillelser (Suèdois, 1895)

CONTENU :
Viviane Hamy a écrit:Printemps à Stockholm. La nature renaît, reprend peu à peu ses droits sur l'hiver et les rues grouillent de monde. Thomas Weber vient d'obtenir sa licence en médecine. N'exerçant encore aucune activité sérieuse, il flâne par les rues du centre-ville et non loin du port, prêt à se jeter dans l'aventure au grès des rencontres fortuites. Un seul but occupe son esprit : dépenser au plus vite l'argent que son père lui a offert en récompense de son succès universitaire. Son premier achat sera une élégante paire de gants rouges ; d'ailleurs la vendeuse, au cou gracile et à l'épaisse chevelure, va vite hanter sa rêverie.

Égarements est un roman de la sensation, d'une belle mélancolie, sur les soubresauts de la jeunesse et l'entrée dans l'âge adulte. À sa parution, en 1895, il provoque un scandale, car jugé indécent et pornographique ; depuis, il est devenu un classique de la littérature scandinave.


REMARQUES :
Le livre parle en quinze chapitres d’environ une dizaine de mois et parle de son « anti-héros » Tomas Weber. Juste à vingt ans il a obtenu sa licence en médecine et pour cela reçu une bonne somme rondelette de son père. Dans le milieu décadent de la ville cet argent est vite dépensé. Il bascule entre son amour de « toujours », Märta, laquelle il aimerait probablement marier à longue terme. Et de l’autre coté son amour, désir pour la jeune Ellen, timide. Est-ce qu’elle ne pourrait pas être un terrain pas dangereux pour « certaines expériences » ? Mais la pendule va une fois ici, une fois là-bas, pas possible de suivre ses inclinations actuelles. Une fois il s’occupe de celle-ci, puis il préfère celle-là. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez Tomas ? Pas de miracle qu’il ne pourra pas écrire crédiblement une thèse pour sa sœur sur le « Saint Sacrement ». Cela n’étonne que sa sœur. Mais avec tout cela ce roman ne provoque plus un tel émoi aujourd’hui (comme à sa parution où on a accusé Söderberg de pronographie etc). Ou bien…?

Alors je me disais déjà : A quoi bon, ce théâtre auquel fait penser l’apparition de différents personnages au début du roman. Mais oui : qui connaît Stockholm va prendre goût de reconnaître des rues, des places connus, comme toujours chez l’auteur partie intégrale des promenades et flâneries. Et aussi quelques bons mots. Et puis ? Est-ce que c’est tout ?

Ah, le roman commençait à provoquer mon vrai intérêt à partir assez exactement le milieu : Les dettes s’accroissent, les femmes commencent à résister, et des doutes existentiels apparaissent. D’un coup une sorte de mise en question de soi-même surgit, une forme de pessimisme mélancolique : Est-ce que je vais l’éviter, me filer dans la route fréquentée, et préférer les mensonges de la vie ? Là le roman me rappelait d’une littérature existentielle que j’associe avec des temps bien plus tardifs, je veux dire plus proche de nous (selon mes connaissances). Y est lié une tristesse de type nordique. Tout cela me faisait m’intéresser au roman.



« … et le voilà tout seul, comme un naufragé sur un radeau à la dérive. »

Parfois je me dis que cette décadence apparaît alors aussi dans une autre lumière comme si Söderberg n’était pas juste un exalté, jubilant, mais un peintre un peu défaitiste d’êtres humains en fin de compte perdus et solitaires.


mots-clés : #amour #lieu #portrait #sexualité #xixesiecle
par tom léo
le Dim 25 Nov - 14:46
 
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Sujet: Hjalmar Söderberg
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Robin D`Angelo

Judy, Lola, Sofia et moi

Tag sexualité sur Des Choses à lire Cvt_ju10


J'ai connu ce journaliste lorsqu'il était à Libération et j'avais lu son premier livre sur Soral avec beaucoup d'intérêt. le sujet présent de ce livre ne m'inspirait ps mais j'aime suivre les bons journalistes.
Une immersion un an dans le milieu du porno amateur, cela a tout pour attirer du sulfureux et du glauque. On peut remercier le journaliste d'être resté rigoureux et de ne pas avoir versé dans le trash et le sordide plus que le milieu ne l'est déjà.
il nous est présenté un marché des corps, une manipulation de la misère féminine. On parle souvent de la femme objet. Mais un objet plus respecté, ici c'est la femme kleenex.
On assiste à l'expérience de femmes de conditions sociales modestes tenter désespérément d'exister en faisant un pacte avec les diables de notre société. vendre son âme, son consentement, son corps pour être remarqué, pour avoir un peu d'argent, pour être aidé.
C'est bouleversant, cela interroge vraiment sur les fondements de notre culture et si on n'est pas déjà féministe avant la lecture de ce livre, nul doute que cela peut en convaincre beaucoup.


mots-clés : #conditionfeminine #sexualité #social
par Hanta
le Ven 23 Nov - 9:52
 
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Sujet: Robin D`Angelo
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Philip Roth

Professeur de désir

Tag sexualité sur Des Choses à lire Profes10

Histoire de David Kepesh narrée par lui-même, surtout ses expériences féminines de jeune professeur de littérature comparée (Tchekhov, Kafka). Ça parle donc de l’empire de la chair :
« …] je ne peux que comparer l’idée fixe du corps, sa froide indifférence et son mépris absolu du bien-être de l’esprit à une sorte de régime autoritaire rigoureux. »

Nous sommes dans la veine de Portnoy et son complexe ; à propos, Professeur de désir appartiendrait à un cycle "David Kepesh", suivant Le Sein (que je n’ai pas lu) et suivi de La Bête qui meurt (qui m’a fort intéressé).
Son humour particulier, peut-être juif (ou plutôt anglais ?) est basé sur les situations cocasses dans les conquêtes féminines de David (c’est plutôt lui qui est conquis, voire écrasé) ‒ aussi dans son analyse avec le psychanalyste Klinger, et encore sur les traces de Kafka dans Prague.
Avec son style travaillé, voire un peu alambiqué une fois traduit, Roth capte l’attention et ne la lâche plus tandis que le ton devient plus poignant, la confession plus personnelle ‒ que Tchekhov et Kafka prennent de plus en plus de place.
« Et puis, il y a mes rêves éveillés en plein cours, aussi riches soudain qu’ils sont irrépressibles, et si manifestement inspirés par le désir d’une miraculeuse rédemption ‒ retour à des existences lointaines, réincarnation sous la forme d’un être totalement différent ‒ que je félicite presque d’être à ce point déprimé et incapable de susciter en moi le plus anodin des fantasmes. »

« Un simple intérim. Ne jamais rien connaître de stable. Rien, sinon mes inéluctables souvenirs de la discontinuité et du provisoire, rien sinon cette saga constamment prolongée de tous mes échecs… »

« Impossible de le dire, pas ce soir, mais dans un an ma passion sera morte. Elle a déjà commencé de mourir et j’ai peur de ne rien pouvoir faire pour la sauver. Et que tu ne puisses rien faire non plus. Si étroitement liés… lié à toi comme à personne d’autre ! ‒ et je ne serai pas capable de lever une main pour te toucher… à moins que je ne rappelle d’abord que je dois le faire. Devant cette chair sur laquelle j’ai été greffé, dont la substance m’a permis de retrouver la substance de mon existence, je serai sans désir. Oh ! c’est stupide ! Absurde ! Injuste ! Etre ainsi dépouillé de toi ? Et de cette vie que j’aime et que je commence à découvrir ! Et dépouillé par qui ? Par nul autre que moi-même ! »


Mots-clés : #amour #sexualité #social
par Tristram
le Sam 15 Sep - 22:20
 
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Sujet: Philip Roth
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Virginie Despentes

Baise-moi

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Sorte de road movie trash (à l’échelle de la France) de « la petite », Manu, et « la grosse », Nadine, répondant à la violence par un surcroît de violence, et pour le temps que ça peut durer. Ce tandem complice dans l’absence de valeurs morales la plus évidente, ces monstres produits par notre société se rencontrent évidemment sans avenir.
Despentes fait sa seule référence littéraire nominale à Bukowski ; elle m’a un moment ramentu Japrisot par son efficacité stylistique, et guère Houellebecq.

« Il a l’esprit borné et très peu inventif, la mémoire encyclopédique des gens privé d’émotion et de talent, persuadé que donner des noms et des dates exactes peut tenir lieu d’âme. Le genre de type qui s’en tient au médiocre et s'en tire assez bien, bêtement né au bon endroit et trop peureux pour déconner. » (I, 4)

« C’est comme une voiture que tu gares dans une cité, tu laisses pas des trucs de valeur à l’intérieur parce que tu peux pas empêcher qu’elle soit forcée. Ma chatte, je peux pas empêcher les connards d’y rentrer et j’y ai rien laissé de précieux… » (I, 8 )


mots-clés : #amitié #conditionfeminine #contemporain #sexualité #violence
par Tristram
le Mar 17 Juil - 16:39
 
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Sujet: Virginie Despentes
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Joachim Schnerf

Tag sexualité sur Des Choses à lire Index11

Mon sang à l’étude

Originale : Français, 2014

CONTENU :
Dans trois jours, Samuel saura s'il est séropositif. Trois jours d'angoisse et de fantasmes les plus fous, trois jours de recherches approfondies sur le mystérieux " patient zéro " qui serait à l'origine du fléau... Mais trois jours, aussi, de passion avec Léna qu'il vient de rencontrer, et avec qui il engage une relation intense, sensuelle.

Au fil de ce roman à l'écriture fiévreuse, le sexe et la mort se frôlent en une danse exaltée. Car tout peut prendre fin très vite.

REMARQUES :
Samuel a 26 ans dans le temps de la narration, en 2014. En théorie déjà une période « post-sidéene »… C’est après avoir eu un « doute » sur des rapports non-protégés qu’il se décide pour une analyse de sang (de là le titre) en vue d’avoir les idées claires et se confronter à l’hypothèse du virus. Donc, on raconte tros jours d’attente entre la première visite au centre de depistage et l’arrivée des resultats. Moments forts, cruciaux…

Dans la littérature, voir des films, sur le fléau on parle souvent de l’accompagnement des séropositifs, la descente en enfer etc, mais ici l’auteur prend le choix de nous décrire un possible vécu face aux doutes, face à l’attente. On a presque l’impression d’anticiper sur la degringolade du corps à longue terme et une disparition progressive d’un esprit présent : délire, cauchemars, rêves…, mais aussi frénésie sexuelle, vécue dans la relation naissante avec Léna. Et c’est déjà le temps de se demander : dois-je me declarer comme possible transmetteur du virus ? Faut-il alerter ses partenaires d’une nuit, ou plus ?

Atteint dans l’intimité, on a le sentiment d’être dévisagé, réconnu. La désorientation nous gagne, on cherche l’oubli et on trouve une solitude, voir un isolement.

Donc, à mon avis des pages forts de ce temps d’angoisse et d’attente. Est-ce que les descriptions sexuelles ont du être si détaillées ? J’en sais rien...

mots-clés : #pathologie #psychologique #sexualité
par tom léo
le Sam 16 Juin - 7:11
 
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Sujet: Joachim Schnerf
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Stieg Larsson

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes.

Tag sexualité sur Des Choses à lire Index10
Très habilement troussé, en effet, ce premier opus  de Millenium. Une écriture millimétrique qui colle à ses deux héros réunis dans un  duo tout à la fois bancal et parfaitement adapté . Mikael Blomkvist,journaliste d'investigation plein d'une probité, haineux quand le pouvoir et l'argent sont mal employés, compassionnel avec les faibles et tout ce qui sort des rails, et Lisbeth Salander jeune femme asociale, tatouée et piercée, plaie hurlante hypermnésique, dont il est dit quelque part qu'elle pourrait être Aperger "ou quelque chose comme ça" (je penche pour le "quelque chose comme ça").

Quant à l’intrigue , il s’agit plutôt d'un faisceau d'intrigues intimement entremêlées à composante politique, économique, rituelle, sexuelle, d'une belle complexité qui arrive à rester claire jusqu'au bout, portée par des personnages (un peu moins fouillés que les enquêteurs) pour la plupart membres d'une richissime famille d'industriels suédois, capable derrière son écran de fric des pires turpitudes.

Intelligent, haletant, addictif, quoique un peu glauque par moments par l'accumulation.

mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #famille #polar #politique #sexualité
par topocl
le Lun 11 Juin - 9:51
 
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Sujet: Stieg Larsson
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Michel Houellebecq

Soumission

Tag sexualité sur Des Choses à lire Soumis10

Ce livre a déjà été abondamment et brillamment commenté, mais des citations furent réclamées, alors…
On retrouve d’emblée cette complaisance benoîte à préciser avec application notre propre médiocrité au travers de celle d’un narrateur type où l’on devine l’auteur. Houellebecq ne renonce pas à se rendre hostile une large part des lecteurs, non sans une certaine provocation plaisante, qui peut confiner au cynisme :
« Dans l'iconographie de l'ouvrage, il y avait la reproduction du prospectus d'un bordel parisien de la Belle Époque. J'avais éprouvé un vrai choc en constatant que certaines des spécialités sexuelles proposées par Mademoiselle Hortense ne m'évoquaient absolument rien ; je ne voyais absolument pas ce que pouvaient être le "voyage en terre jaune", ni la "savonnette impériale russe". Le souvenir de certaines pratiques sexuelles avait ainsi, en un siècle, disparu de la mémoire des hommes – un peu comme disparaissent certains savoir-faire artisanaux tels que ceux des sabotiers ou des carillonneurs. Comment, en effet, ne pas adhérer à l'idée de la décadence de l'Europe ? »

C’est une forme d’anticipation (le genre littéraire qui explore des évolutions possibles de nos sociétés), mais plus une sorte de diagnostic et de matière à réflexion qu’un pronostic ou une analyse argumentée.
C’est aussi le fil de Huysmans, sujet d’études du narrateur et de l’auteur, qui leur sert de vague référence existentielle :  
« Ç'aurait été une erreur d'accorder trop d'importance aux "débauches" et aux "noces" complaisamment évoquées par Huysmans, il y avait surtout là un tic naturaliste, un cliché d'époque, lié aussi à la nécessité de faire scandale, de choquer le bourgeois, en définitive à un plan de carrière [… »

« …] les plats pour micro-ondes, fiables dans leur insipidité, mais à l'emballage coloré et joyeux, représentaient quand même un vrai progrès par rapport aux désolantes tribulations des héros de Huysmans ; aucune malveillance ne pouvait s'y lire, et l'impression de participer à une expérience collective décevante, mais égalitaire, pouvait ouvrir le chemin d'une résignation partielle. »

Structure souple, enchaînement constant, sans temps mort ; une certaine élégance dans la narration, avec le côté clinique et détaché qui convient dans ce bilan d’une existence banale.
Savoureux regard sur la place de la carrière professionnelle (et les sujets de conversation entre collègues), la politique, l’intelligentsia et les médias, bref la société post 68 sur son erre : consommation de masse induite par la croissance, allongement et démocratisation de l'enseignement, émergence de "la jeunesse" comme nouveau groupe social et transformation des mœurs, sexe et détachement dans les rapports humains, solitude, vide de perspective…
« Que l'histoire politique puisse jouer un rôle dans ma propre vie continuait à me déconcerter, et à me répugner un peu. Je me rendais bien compte pourtant, et depuis des années, que l'écart croissant, devenu abyssal, entre la population et ceux qui parlaient en son nom, politiciens et journalistes, devait nécessairement conduire à quelque chose de chaotique, de violent et d'imprévisible. La France, comme les autres pays d'Europe occidentale, se dirigeait depuis longtemps vers la guerre civile, c'était une évidence ; mais jusqu'à ces derniers jours j'étais encore persuadé que les Français dans leur immense majorité restaient résignés et apathiques – sans doute parce que j'étais moi-même passablement résigné et apathique. Je m'étais trompé. »

Les partis et personnages politiques sont donc particulièrement visés, ainsi que les médias (et c'est piquant à lire suite aux dernières élections) :  
« L'implosion brutale du système d'opposition binaire centre-gauche – centre-droit qui structurait la vie politique française depuis des temps immémoriaux avait d'abord plongé l'ensemble des médias dans un état de stupeur confinant à l'aphasie. »

« "Ce qui est extraordinaire chez Bayrou, ce qui le rend irremplaçable", poursuivit Tanneur avec enthousiasme, "c'est qu'il est parfaitement stupide, son projet politique s'est toujours limité à son propre désir d'accéder par n'importe quel moyen à la “magistrature suprême”, comme on dit [… »

« Sous l'impulsion de personnalités aussi improbables que Jean-Luc Mélenchon et Michel Onfray [… »

« La gauche avait toujours eu cette capacité de faire accepter des réformes antisociales qui auraient été vigoureusement rejetées, venant de la droite [… »

« Les fascismes me sont toujours apparus comme une tentative spectrale, cauchemardesque et fausse de redonner vie à des nations mortes [… »

« Et l'existence d'un débat politique même factice est nécessaire au fonctionnement harmonieux des médias, peut-être même à l'existence au sein de la population d'un sentiment au moins formel de démocratie. »

« …] mais les journalistes ayant une tendance bien naturelle à ignorer les informations qu'ils ne comprennent pas, la déclaration n'avait été ni relevée, ni reprise. »

« L'absence de curiosité des journalistes était vraiment une bénédiction pour les intellectuels, parce que tout cela était aisément disponible sur Internet aujourd'hui, et il me semblait qu'exhumer certains de ces articles aurait pu lui valoir quelques ennuis ; mais après tout je me trompais peut-être, tant d'intellectuels au cours du XXe siècle avaient soutenu Staline, Mao ou Pol Pot sans que cela ne leur soit jamais vraiment reproché ; l'intellectuel en France n'avait pas à être responsable, ce n'était pas dans sa nature. »

La femme est particulièrement peu épargnée, cependant :
« Aucune femme n'avait été conviée, et le maintien d'une vie sociale acceptable en l'absence de femmes – et sans le support du foot, qui aurait été inapproprié dans ce contexte malgré tout universitaire – était une gageure bien difficile à tenir. »

Houellebecq donne une raison "scientifique" un peu biscornue au succès de l’islamisme : la prégnance de la polygamie (réservée aux dominants) du point de vue de la sélection naturelle !
« C'est à peine s'il revenait sur le cas des civilisations occidentales, tant elles lui paraissaient à l'évidence condamnées (autant l'individualisme libéral devait triompher tant qu'il se contentait de dissoudre ces structures intermédiaires qu'étaient les patries, les corporations et les castes, autant, lorsqu'il s'attaquait à cette structure ultime qu'était la famille, et donc à la démographie, il signait son échec final ; alors venait, logiquement, le temps de l'Islam). »

D’un point de vue religieux et historique, il en appelle (facilement) à Nietzsche pour discréditer la démocratie :
« L'idée de la divinité du Christ, reprenait Rediger, était l'erreur fondamentale conduisant inéluctablement à l'humanisme et aux "droits de l'homme". »

Quant au titre :
« "C'est la soumission" dit doucement Rediger. "L'idée renversante et simple, jamais exprimée auparavant avec cette force, que le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue. C'est une idée que j'hésiterais à exposer devant mes coreligionnaires, qu'ils jugeraient peut-être blasphématoire, mais il y a pour moi un rapport entre l'absolue soumission de la femme à l'homme, telle que la décrit Histoire d'O, et la soumission de l'homme à Dieu, telle que l'envisage l'islam." »

Ce fut pour moi une lecture fort agréable (et pas trop longue), effectivement impossible à prendre au premier degré.
Et il m’en restera quelques phrases, comme celle-ci :
« Il est probablement impossible, pour des gens ayant vécu et prospéré dans un système social donné, d'imaginer le point de vue de ceux qui, n'ayant jamais rien eu à attendre de ce système, envisagent sa destruction sans frayeur particulière. »



mots-clés : #contemporain #identite #medias #politique #religion #romananticipation #sexualité #social
par Tristram
le Lun 30 Avr - 20:12
 
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Sujet: Michel Houellebecq
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Emmanuel Carrère

Un roman russe

Tag sexualité sur Des Choses à lire Images99

C'est donc une relecture. Et bien , je comprends bien pourquoi je n'avais pas aimé. Je continue à ne pas pouvoir dire que j'ai aimé. Mais.  Mais ce livre est complexe, ambigu et tragique, comme son auteur.

Il s'agit d'un  fatras absolu qui pourrait avoir pour sous-titre Quelques mois de la vie d'Emmanuel Carrère.

Au premier chapitre, il part en reportage sur les traces d'un soldat Hongrois qui a été hospitalisé pendant 50 ans dans un hôpital psychiatrique russe, finalement identifié et ramené à sa famille,  ne parlant plus que par bribes , ne se souvenant de rien. Super sujet, traité de façon frustrante sur un chapitre.

A l'occasion du reportage à Kotelnitch, où est  l’hôpital psychiatrique, Emmanuel Carrère y est séduit par ce village post-soviétique  agonisant, où il parait impossible de vivre mais où des gens survivent quand même. Il tisse des liens et il finira par y revenir fasciné un mois durant, pour s’imprégner de cette vie si étrange pour nous, une non-aventure typiquement carrérienne qui a son charme décadent, et finit  tragiquement.

Pendant la même période il cherche à faire aboutir le projet d’écrire sur son grand-père géorgien immigré  au moment de l'annexion de la Géorgie par l'Union Soviétique, personnalité aussi tourmentée que son petit-fils, malmené par la vie jusqu'à son arrestation et sa disparition mystérieuse en 44, sans doute liée à ses activités d’interprète pour les Allemands. Il pense que creuser l'abcès de ce mystère pourra l'aider à mieux assumer son propre malêtre.

Voilà. Tout ça, quoique un peu disparate, et pas complètement abouti,  c'est épatant. Du Carrère comme on l'aime.

Seulement manifestement cela ne suffisait pas, ou peut-être n'était que le prétexte pour que Carrère,  adolescent amoureux de nous parler de Sophie, la belle Sophie, la Sophie amoureuse,  Sophie qui fait si bien l'amour en présence ou au téléphone , Sophie, l'amour de sa vie. Cependant comme Carrère est, cela ne change pas, totalement immature, égocentrique, égoïstement torturé, supérieur, maladroit, possessif, infantile, cela finit mal et on a droit à tous les détails de cette rupture en plusieurs actes. Au centre de celle-ci, une nouvelle érotique dont Carrère semble très fier, mais que j'ai trouvée d’une longueur.... Et puis des dialogues répétés du genre Tu es l'amour de ma vie mais je ne peux pas te supporter. Tu es la femme que j'aime mais je suis un si sale type. Tu es l'amour de ma vie mais séparons nous, je souffre trop...

Dreep est plutôt indulgent quand il qualifie ça de
@Dreep a écrit: une histoire de cul et de cocu avec sa copine du moment qu'il a étalé dans Le Monde, je crois.

C'est une pleurnicherie infantile, un règlement de compte lamentable, une bombe à retardement dans la vie de la pauvre Sophie.


Manifestement Carrère se complaît dans sa démonstration qu'il est un sale type ( tout en n'omettant pas de nous dire qu'il peut bander sans interruption toute la nuit), un peu comme si le fait de taper sur lui-même l'autorisait à dire tout et n'importe quoi sur les autres. Quelle "sincérité" mal placée! Surtout que c'est carrément rasoir et complaisant, désobligeant, obscène (pas tant les histoires de cul que l'étalage privé et le règlement de compte).

Tout cela pose la question de la liberté de l'artiste. Comme l'a dit Dreep, Sophie existe. Elle avait un autre homme en "roue de secours" et ce pauvre type en prend aussi plein la figure. Et puis la mère de Carrère (personnage publique, Hélène Carrère d'Encausse) lui demande de ne pas dévoiler l'histoire du grand-père et il s'en fout. Il n'en fait pas un portrait très glorieux, de sa mère, mais quand même elle n'est pas un monstre non plus.

Donc, un seul conseil, si vous êtes amené à fréquenter Carrère, prudence, même "si vous n'avez rien  à cacher " selon la formule consacrée.

Donc finalement,  quand
@Dreep a écrit:  Je lui en veux encore.

Je comprends, Dreep, je comprends vraiment. Mais vois-tu les dernières pages (le suicide du cousin, la malédiction familiale, la lettre-confession à sa mère) sont bouleversantes, plus bouleversantes que beaucoup de choses que j'ai  lues, et alors malgré la détestation que j'ai traînée au fil des pages, je lui pardonne. La pourriture, la mesquinerie, je les regrette, c'est cher payé. Mais quoique ici profondément maladroit,  c'est véritablement un écrivain, et il me touche.

@Quasimodo a écrit: quant à Carrère, mais tous ses livres ne sont pas égaux semble-t-il ?

Et bien oui, tout à fait, tu l'auras compris  Cool ...


mots-clés : #amour #creationartistique #relationenfantparent #sexualité #violence
par topocl
le Ven 23 Fév - 19:36
 
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Sujet: Emmanuel Carrère
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Patrick Süskind

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Le Parfum

Résumé
L'histoire abominable et drolatique de Jean-Baptiste Grenouille a déjà fait rire et frémir, en quelques mois, des centaines de milliers de lecteurs allemands et italiens. La voilà, en somme, réimportée en France, puisque c'est ici qu'elle se passe, à Paris et en Provence, en plein XVIII siècle.

Ce vrai roman, ce roman d'aventures, est aussi un merveilleux conte philosophique à la Voltaire. Il y est d' ailleurs beaucoup question d'essences...

"Car l'odeur était sœoeur de la respiration. Elle pénétrait dans les hommes en même temps que celle-ci ; ils ne pouvaient se défendre d'elle, s'ils voulaient vivre. Et l'odeur pénétrait en eux jusqu'à leur coeœur et elle y décidait catégoriquement de l'inclinaison et du mépris, du dégoût, de l'amour et de la haine. Qui maîtriserait les odeurs maîtrisait le cœoeur des hommes."


Concernant le commentaire ci dessous, pour ceux qui n'ont pas lu le roman, il y a  risque d'être spoilé, alors c'est à votre choix de le lire ou pas

Je n’ai pas été déçue de cette relecture du « Parfum » de Suskind. Je l’avais lu il y a de nombreuses années, et m’en souvenais peu, donc je me suis laissée de nouveau emmener dans l'atmosphère odorante de cette histoire. Je trouve que l’auteur nous fait entrer dans une autre dimension avec sa perception du monde au travers des odeurs plutôt qu'avec les yeux. Quant un sens est en berne, d’autres prennent le relai et se renforcent, et certainement que, comme Grenouille, nous percevrions le monde avec bien d’autres nuances si nous le percevions avec son nez (ou si notre odorat était plus développé). Ce roman est pour moi d’une grande originalité et nous embarque dans ce monde odoriférant.

Certains perçoivent le personnage de Grenouille comme "malsain", amoral, méchant …. Personnellement je l’ai trouvé riche et intéressant. Et méchant, je n’emploierai pas ce terme, car pour l’être encore faut il avoir une conscience morale de ce qui est bien et mal, tout en sachant que cette conscience relève des déterminants d’une société, varie d’une culture à une autre et d’une époque à une autre. Grenouille, de par sa naissance, le rejet de sa mère, le rejet de sa nounou, du prêtre, et le manque d’affection dans lequel il a grandi, sans compter une éducation très sommaire voire inexistante, n’a pas notion de bien et de mal. D’ailleurs, à ce siècle, je ne m’avancerai pas trop pour dire ce qui était perçu comme bien et mal.

Après, l’auteur aussi nous prédétermine à le percevoir sous le jour d’une forme de perversion, étant donné que, dès le début du roman, il insinue que Grenouille fait exprès de crier ce qui aboutit à la mort de sa mère. D’emblée, il nous place devant un être ayant une intentionnalité mauvaise. Mais  un bébé n’a pas d’intentionnalité, c’est seulement l’auteur qui nous amène à le penser ainsi. D'emblée il définit les traits de son personnage du côté d'un désir malsain de faire du mal.

Grenouille, dans sa vie, n’a que les odeurs. Elles le guident, l’attirent, le repoussent, etc. Et il explique sa différence et le rejet des autres par le fait qu’il n’a lui-même pas d’odeur. Son but devient ainsi de s’en créer une, et de s’en créer une qui soit très attirante pour les autres, qui fasse qu’on puisse l’aimer.
Lui-même, qui fait au quotidien l’expérience de l’influence des odeurs sur l’attitude des gens, devient peu à peu un orfèvre de l’art d’en créer.

Dans la première partie, nous suivons son enfance et son début d’adolescence, comment il est mis à l’écart, déconsidéré, et comment il pousse un jour la porte du maitre parfumeur. Le décès de celui-ci suite au départ de Grenouille est sans doute une note donnée par l’auteur pour dire que tout se paie, étant donné que la morale a une place importante dans ce roman. On peut imaginer une sorte d’intervention divine pour punir le parfumeur, ou encore, une erreur de sa part, guidée par son inconscient du fait de sa grande culpabilité, qui amène à ce que tout ce qu’il a obtenu grâce à un autre parte en fumée.

Dans la seconde partie, Grenouille prend peu à peu conscience de combien les hommes et leurs odeurs l’envahissent, comment c’est insupportable, et il choisit de s’éloigner de plus en plus du monde humain, jusqu’à rester larvé au fond d’une grotte pendant des années. Je ne sais si cela est à entendre au sens littéral, car il me semble que cette mise à distance de la réalité et de la société humaine signe aussi son entrée dans la psychose et le basculement vers une reconstruction délirante du monde.

Quand il y entre de nouveau, cela va être sous tendu par cette création de parfum, de son parfum. Il est guidé par ce nouvel ordre du monde qu’il a créé, et je ne pense pas qu’il ait notion de ce que le meurtre est un mal. Les femmes (et les hommes en général), ne semblent pour lui que des objets, auxquels il ne s’intéresse que parce qu’ils sont susceptibles de le servir, d’être des ingrédients pour son parfum.

Pourquoi des femmes jeunes, belles et rousses se sont demandé certains. Déjà, nombre de ses victimes n’étaient pas rousses. Le trait commun étant plutôt la jeunesse et le fait d’être vierge. Grenouille ressent quelque chose pour elles, et je dirai qu’il s’agit certainement d’attirance sexuelle, sauf qu’il ne la perçoit pas comme telle et n’en retient que l’odeur, certainement en partie de phéromones dont certaines auxquelles il est plus sensible. Son appétence pour ces odeurs rendant aussi celles qui les dégagent plus jolies. Et certainement que les jeunes filles vierges ne dégagent pas le même fumet.

Pour Grenouille, la différence des sexes et le sexuel en général est quelque chose qu’il n’a pas construit, qui est pour lui forclos ( terme lacanien), et qui va revenir de ce fait dans le délire et les hallucinations. C’est ainsi que je vois la scène d’orgie dans le village, comme une hallucination qu’il a. Quant à la fin, dans laquelle il se fait dévorer pour son odeur, elle peut également être un effet hallucinatoire.

Bref, je pense que pour l’analyser sous ce jour il me faudrait le relire, mais je ne pense pas le faire de sitôt. Deux fois c’est déjà pas mal, mais j’en sors avec le plaisir d’avoir lu un roman écrit d’une belle plume, original, interrogeant, une petite perle selon moi.


mots-clés : #pathologie #sexualité #violence
par chrysta
le Sam 17 Fév - 18:09
 
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Sujet: Patrick Süskind
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Goliarda Sapienza



L'art de la joie



Tag sexualité sur Des Choses à lire 41nys610


Non je ne vous raconterai pas l'histoire , les résumés à rallonge fleurissant un peu partout et comme je n'ai aucun goût pour la répétition , je vous renvoie sur Babélio si vous voulez avoir quelques éléments de la trame .
Mais moi je vous dis juste :
C'est un vent de liberté d'une violence rare .
C'est un portrait de femme comme dans les vrais romans du XIX siècles , mais d'une fibre transgressive difficilement embrassable , un éclatement de tous les carcans , une prise de pouvoir et une abolition intérieure de toutes formes de limites imposées par les lois et institutions des hommes .
C'est un ouvrage politique aussi  et libertaire écrit par une femme féministe portée par une énergie , une audace et une affirmation de soi qui peut déranger , encore aujourd'hui .
Pas étonnant qu'il mit tant de temps à être publié dans une Italie fortement imprégnée par l'institution religieuse .
C'est une fresque romanesque du genre saga , fleuve que l'on verrait bien portée à l'écran en feuilleton télévisé .
Ce n'est pas un roman d'amour , mais dans la logique du personnage , c'est un roman d'amours : on s'aime , on s'unit et se désunit , sans tabous ni lois , dans l'unique "art de la joie" régulateur des tragédies .
C'est un flux , un mouvement de pensées foisonnant , à rattacher non seulement à une personnalité exceptionnelle mais à une époque où nécessité il y avait à faire éclater toutes les entraves sociétales et redonner au corps et à l'esprit une libération et l'héroine du roman Modesta ( facétie de Goliarda Sapienza bien sûr, ce prénom en contresens ) ne fait rien d'autre que d'exulter et de briser toutes ses chaines , sans pudeur ni fausse morale , avec force détermination , violence souvent mais  toujours "droite dans ses bottes" .
Quant à la forme , en échos au fond , Goliarda Sapienza s'autorise tous mélanges de genres sans chercher à garder une cohérence styliste .
Autant de prise de pouvoir, fond et forme confondus peut aussi bien destabiliser le lecteur que le porter à une vénération sans limite vers Modesta et/ou Goliarda (on l'aura compris , au delà de la forme romanesque et des péripéties de l'héroine crée par Goliarda , l'auteure ne fait que s'appuyer sur son personnage pour s'offrir , nue , majestueuse, impudique , armée de sa plume et de là, à nous d'imaginer, dans son sillage hordes de femmes mais aussi d'hommes , fantômes d'eux-mêmes , coupables , assujettis par lois ,religions et ignorance ,  abandonnant leurs vieux oripeaux , pour renaître,  sous ce chant de joie et de fureur , hymne porteur d'une force vitale primitive , animale , enracinée à la terre et à l'ordre presque cosmique du monde , pulsée par un souffle libertaire sans limites .
Voilà .
Je n'ai pourtant eu aucun goût dans cette lecture , une forme plus maitrisée et tenues par quelques rennes m'a manqué . Si Modesta garde une certaine rigueur dans son cheminement vers la libération , Goliarda n'en va pas de même dans son écriture à mon avis .

Il n'en reste pas moins que L'art de la joie est incontestablement une oeuvre majeure incontournable pour qui s'intéresse à la littérature Italienne , sans pour autant en fait un chef-d'oeuvre .


mots-clés : #conditionfeminine #politique #regimeautoritaire #sexualité
par églantine
le Sam 27 Jan - 14:18
 
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Sujet: Goliarda Sapienza
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Alessandro Baricco

La Jeune Épouse

Tag sexualité sur Des Choses à lire La-jeu10

Où la découverte, par une jeune promise, d’une famille unie contre l’infélicité au cours d’interminables petits-déjeuners et autres contraintes ludiques et baroques, contre la nuit considérée comme mortelle, dans une maison où les livres sont absents, inutiles voire nuisibles à l’écoute de « tout [qui] est déjà dans la vie ».
Ce sont la Mère, aux raisonnements sibyllins, le Père, débonnaire et sans grande intranquillité malgré ou grâce à son « inexactitude de cœur » (et Comandini le pragmatique, son délégué en affaires), l’Oncle (en fait un inconnu mystérieusement adopté par la Famille) qui ne sort de son somme perpétuel que pour de pertinents oracles, la Fille bancroche et belle, le Fils enfin, absent, sur le retour et/ou disparu…

« Ils étaient ainsi faits : ils ignoraient la succession des jours, car ils visaient à n’en vivre qu’un, parfait et répété à l’infini. Pour eux, le temps était donc un phénomène aux contours flous, qui résonnait dans leur vie telle une langue étrangère. »

« Mais quand il fallait parler, elle [la Mère] ne perdait pas de temps à choisir son interlocuteur : sans doute pensait-elle s’adresser au monde, en parlant, une erreur que beaucoup commettent. »


Le lecteur découvre graduellement les secrets de cette famille à la fois fantasque et tout en retenue, au cours d’un récit au style inventif et lyrique, sensuel, superbe d’esprit, de brio et de charme, qui donne une large part à l’observation psychologique, à l’introspection, à l'humour et à l’érotisme (d’un point de vue essentiellement féminin ; c’est aussi le roman d’initiation sexuelle de l’héroïne).
J’ai savouré le côté orchestral, théâtral (le majordome Modesto et ses messages tussifs, le tailleur Baretti et son épique Index des « accidents » de la poitrine de la Mère).
Dans un élégant « glissement momentané de narrateur », ce dernier s’identifie parfois à tel personnage, parfois parle en tant que l’écrivain, celui-ci incapable de comprendre et d’ordonner les éléments de son existence alors qu’il le fait dans ses romans.
Après de surprenantes révélations, la famille va partir comme de coutume en villégiature estivale : l’histoire s’égare dans des parenthèses sur l’existence confuse du narrateur/ auteur et la création littéraire, digresse dans un délire teinté de surréalisme et d’absurde ; lors de la préparation du départ, des bruits et réponses sans leurs questions sont enfermés dans des tiroirs, ce qui peut rappeler les « parolles gelées » de Rabelais.

« Le fait est que certains écrivent des livres et que d'autres les lisent : Dieu seul sait qui est le mieux placé pour y comprendre quelque chose. »

« Car en définitive, la seule phrase qui pourrait traduire précisément l’intention spécifique de celui qui écrit n’est jamais une phrase, mais le résultat stratifié de toutes les phrases qu’il a d’abord conçues, puis écrites et enfin conservées en mémoire : on devrait les poser l’une sur l’autre, ces phrases transparentes, et les considérer dans leur ensemble, tel un accord musical. C’est ce que font la mémoire et sa nébulosité visionnaire. »


Sorte d’allégorie dramatique, de fantaisie mélancolique et de virtuose rêverie, je comprends le doute d’Avadoro devant ce conte troublant, déroutant, sans grand-chose de précis ou d’univoque, dont le décousu peut laisser perplexe, et même décevoir. Sans doute faut-il se laisser bercer sans trop raisonner (ce roman présente beaucoup de connotations aquatiques, musicales).
L’extrait suivant explicite peut-être quelque peu le propos de l’auteur (veuillez noter l’accent shakespearien de la dernière phrase) :

« Ce qu’il avait à me dire, c’est que la trame de destins que le métier de nos familles avait tissée était parcouru d’un fil primitif, animal. Et que nous avions beau chercher des explications plus élégantes ou artificielles, notre origine à tous était gravée dans les corps en lettres de feu ‒ qu’il s’agisse d’une inexactitude de cœur, du scandale d’une beauté imprudente ou de la brutale nécessité du désir. C’est ainsi qu’on vit dans l’illusion de recomposer ce que le geste humiliant d’un corps ou son geste splendide a bouleversé. On meurt, après un dernier geste splendide du corps, ou un geste humiliant. Tout le reste n’est qu’un ballet inutile, rendu inoubliable par des danseurs merveilleux. »


Une sorte de ronde de la vie, d'un individu à l'autre, dans un déterminisme génésique et sans libre-arbitre (comme chez Max Ophüls)...
La fin, inattendue comme tout dans ce livre, se non-termine par une reprise (peut-être kierkegaardienne, en contrepoint de l'éternel retour nietzschéen).

« C’est par la répétition des gestes que nous arrêtons la course du monde. »

« Elle savait donc qu’il n’y a pas mille destins mais une seule histoire, et que l’unique geste exact est la répétition. »


Délectable !
mots-clés : #famille #initiatique #sexualité
par Tristram
le Ven 10 Nov - 20:26
 
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Sujet: Alessandro Baricco
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Erskine Caldwell

Tag sexualité sur Des Choses à lire Cvt_le11


Le petit arpent du Bon Dieu


A sa sortie en Amérique ce roman fut sottement poursuivi pour obscénité.Quarante-cinq écrivains américains, et parmi eux les plus grands, protestèrent contre ce procès, et l’attorney de l’Etat de New-York abandonna les poursuites.

La préface et d’André Maurois




C’est l’histoire de la famille du patriarche, Ty Ty, ses deux fils Buck et Shaw, sa fille Darling Jil et Griselda la femme de Buck, dans leur ferme de Géorgie. Ty Ty est persuadé qu’ il y a un filon d’or dans sa propriété et depuis une quinzaine d’années il creuse des trous profonds dans sa terre, aidé de ses deux fils. Croyant, il réserve un arpent au Bon Dieu dont les revenus sont donné chaque année à l’église de sa ville. Mais pour les besoins Ty Ty déplace le « petit arpent du Bon Dieu » car pas question d’ en priver Dieu mais pas question non plus de donner l’or qu’il y trouverait, peut-être.

Ty Ty souhaite faire ses recherches « scientifiquement » mais il kidnappe cependant un homme Albinos, censé découvrir le filon. Ce dernier creuse aussi ainsi que les « métayers » noirs de la ferme. Sans plus de succès.

« J’aimerais mieux me faire péter les boyaux plutôt que de renoncer à cet homme tout blanc. Mais j’veux point de manigances de sorcier. Faudra faire ça scientifiquement »


Darling Jill et l’albinos se plaisent un temps, ce qui fait réagir Ty Ty :

« J’aime pas voir une blanche se mettre en ménage avec un nègre trop noir, mais ça c’était pas mieux, parce que lui c’est un homme trop blanc. »


La deuxième fille de Ty Ty, Rosamond est marié à Will, un ouvrier des filatures ; le couple habite la vallée. Et comme dans toutes les familles il y a souvent le « réprouvé » c’est Jim Leslie marié à une fille aisé qui tient le rôle ; voilà 15 ans qu’il ignore le reste de la famille.

Les filles de la famille sont belles ; Darling Jill est très libre, Griselda est d’une beauté exceptionnelle que Ty Ty vente dans des compliments très sensuels et une imagination érotique.

Will et Jim Leslie sont très sensibles à la beauté de Griselda et se moquent qu’elle soit la femme de Buck, ils la veulent.

« : j’finirai bien par l’avoir cette gosse, dit will avec énergie en remuant la tête de droite à gauche. Il y a assez longtemps que je la veux et j’commence à n’plus pouvoir attendre. Je vais me l’envoyer.
- Je te prie de te taire Will, dit Rosamond.


« Griselda, assise devant Will, le regardait comme s’il était une idole précieuse gratifiée soudain du don de la vie. Elle sentait comme un désir de se jeter à terre devant lui, de lui enlacer les genoux de ses deux bras, et de lui demander de bien vouloir daigner lui poser la main sur la tête.
Il la regardait comme s’il la voyait pour la première fois.
-Lève-toi Griselda, dit-il calmement.
[…] Griselda était debout devant lui. Elle avait les yeux fermés. Ses lèvres étaient entrouvertes et sa respiration oppressée. Quand il lui dirait de s’asseoir elle s’assoirait. Jusque-là, elle resterait debout jusqu’à la fin de ses jours.
Ty Ty avait raison dit-il en la regardant. »


Dans la vallée, l’usine de Scottsville s’est tue, depuis 18 mois les ouvriers, exploités sont en grève. Will Thompson est un homme écouté, un meneur.

« Je vous en fous, avec des salaires pareils ! Les autres usines marchent parce qu’ils ont réduit les tisserands à la famine pour les forcer à reprendre le travail.
Mais nom de Dieu, nous n’en sommes pas là, à Scottsville. Tant qu’on pourra se procurer un sac de farine de temps en temps, on pourra tenir. Et l’Etat s’est mis à distribuer de la levure. Y a qu’à en faire fondre une tablette dans un verre d’eau et le boire et ça vous retape pour un moment.
On n’retournera à l’usine que s’ils diminuent les heures de travail, suppriment les heures supplémentaires ou reviennent aux anciens salaires. Du diable si je vais travailler neuf heures par jour pour un dollar dix quand tous ces salauds de patrons, avec toute leur galette, se baladent dans la vallée dans leurs bagnoles de cinq mille dollars. »


Les ouvriers suivent Will car ils savent qu’il n’y a pas d’autre solution. Il leur faut travailler !

« -Will a rétabli le courant, cria Griselda en dansant de joie. Elle était sur le point d’éclater à nouveau en sanglots. « Will l’a fait ! c’est Will ! C’est Will qui l’a rétabli ».
Soudain, le bruit cessa dans l’usine. Les machines tournèrent moins vite, s’éteignirent. Le silence fut complet, même dans la foule. »


Griselda fait des confidences à Pa :

« Vous vous rappelez ce que vous disiez de moi quelquefois… vous disiez ça, et j’essayais de vous faire taire… et vous ne vouliez jamais vous taire… c’est ça que je veux dire.
Vous et Will êtes les deux seuls hommes qui m’ayez jamais dit ça, Pa.
Will m’a arraché mes vêtements. Il les a mis en pièces, et il a dit qu’il voulait me faire ça. Et il l’a fait. Pa. Je ne savais pas, alors, que j’avais bien envie qu’il me le fasse, mais après, j’en ai été bien sure. »


Jim Leslie vient à la ferme chercher Griselda, Ty Ty n'arrivant pas à le chasser appelle Buck et Shaw, une terrible dispute oppose Buck et Jim Leslie.

« Je veux pas de toutes ces histoires de femmes chez moi, dit Ty Ty d’un ton soudain très décidé. »

Dieu a fait les jolies filles et Il a fait les hommes. Il n’en fallait pas plus. Quand on se met à prendre une femme ou un homme pour soi tout seul, on est sur de n’avoir plus que des ennuis jusqu’à la fin de ses jours. »

Quoi qu'il arrive Ty Ty se retrouve dans son obsession, rien ne peut l’en détourner, il s'y réfugie.

« Il descendit lentement dans le trou. Il avait les reins un peu raides et ses genoux tremblaient. Il se faisait vieux, à creuser comme ça dans ces trous. Bientôt il serait trop vieux pour pouvoir creuser. »


J’aime ces histoires, les vies simples, paysannes ou ouvrières, les gens qui luttent pour vivre, voire survivre.
L’écriture de l’auteur magnifie ces hommes et ces femmes qui réagissent simplement, logiquement ; si l’amour, le désir sont pour eux naturels, s’ils y trouvent une part de bonheur, pourquoi s’en priveraient-ils ?
Rien de pornographique dans cette histoire, de l’érotisme ( l’érotisme que c’est une évocation des plaisirs charnels, nous sommes donc dans le domaine de l’imagination, de la suggestion et de la fantaisie) et de la sensualité (La sensualité est attachée aux plaisirs des sens.).
C’était une relecture faite 40 ans plus tard et même si les mœurs ont évoluées et moi aussi, j’en retire du plaisir.


mots-clés : #famille #sexualité #social
par Bédoulène
le Dim 8 Oct - 23:26
 
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Sujet: Erskine Caldwell
Réponses: 10
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