Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 13 Déc - 6:20

5 résultats trouvés pour sports

Le One-shot des paresseux

Trois curés en montagne

Tag sports sur Des Choses à lire Trois_10

Récit, ré-édité en 2012 par Hoëbeke, qui l'avait déjà ré-édité en 2004, première publication: 1950, éd. B. Arthaud.
165 pages environ.

Jean Sarenne est le pseudonyme du curé d'Huez en Oisans, Jean Zellweger (1915-1974).
Son pseudo est tiré du glacier de Sarenne, devenu aujourd'hui le théâtre lifté d'une...piste noire de la station de ski de l'Alpe d'Huez...O tempora...


________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Avant-propos a écrit:D'ordinaire l'alpiniste "pond" son livre sur la montagne quand il a pu le bourrer d'exploits qui le remplissent comme un œuf.
  Nous n'avons pas voulu faire de même, non par souci d'originalité, mais parce qu'en fait nos plus fortes émotions, nos plus beaux souvenirs, nos plus prestigieuses aventures restent attachés à notre premier contact avec la haute montagne.

  Que les gens d'expérience, qui seraient tentés de crier à la mystification, veulent bien se rappeler leurs débuts.
Ils deviendront indulgents.  


La découverte de l'alpinisme par de jeunes séminaristes autodidactes, à la fin des années 1930.
Il y règne un humour tendre, un humour de joie, antithétique au ricanement, le sourire fondant en rire qui ne fait pas mal, n'égratigne pas (le seul qui vaille ?), fondé sur beaucoup d'autodérision, ne se laissant jamais tout à fait aller au narquois; on pense (mais c'est facile, ils sont cités) à Tartarin sur les Alpes, d'Alphonse Daudet, et (beaucoup !) aux aquarelles de Samivel:

Tag sports sur Des Choses à lire Samive10

Tag sports sur Des Choses à lire 2_sami10


Ce Jean Sarenne a une très agréable plume, on sent, et c'est régal, qu'il ne se prend absolument pas au sérieux dans son rôle d'écrivain, qu'il est là pour faire passer un bon moment, dénué de la moindre prétention, à son lecteur.
On sourit d'attendrissement, un peu en pouffant "oh la la !" aux tribulations de nos séminaristes, qui ne sont d'ailleurs que deux sur un bon deux tiers de l'ouvrage.

Le dernier chapitre (dix ans après, en face nord des Drus) sonne un peu comme un addenda, chapitre de littérature alpine pas loin de l'excellence (on sent que l'auteur en connaît les codes, tiens, tiens !), qui ne déparerait pas publié dans l'une de ces revues aussi prestigieuses que confidentielles (suivez mon regard).
Mais, si ça se déguste volontiers ce type de trouvaille inespérée, c'est moins dans le ton, un peu déconnecté du reste du livre, une manière d'à-part.

On troublerait probablement la modestie de l'auteur en son repos en regrettant que ce livre-là soit sa seule parution, en ajoutant qu'il a l'œil et qu'il sait crayonner: je fus totalement embarqué par son regard doux, qu'il sait faire passer via sa plume agile, gracile même par instants, allant jusqu'à des accointances avec un burlesque un peu perdu aujourd'hui et qui faisait florès il y a un siècle, façon Pieds Nickelés ou Buster Keaton.



Chapitre 1, L'idée a écrit:Un piolet peut être très pratique. Dans les rues d'une ville, avec une soutane et le grand chapeau ecclésiastique, il peut aussi être très encombrant.


Chapitre 10, La piste a écrit:En face de nous jaillissaient en plein ciel les Bans, telle une incisive noire sur une incisive blanche. Ils étaient ce que nous avions imaginé. Par contre, le glacier était plus blanc et lumineux que prévu. Son aspect de crème fouettée nous faisait songer aux montagnes suisses; je ne sais pourquoi, car nous ne les avions pas encore vues. Il s'étirait à la base en une coulée grise semblable à une monstrueuse patte. Elle rappelait le mystère que le Corrège a peint sur les flancs de son Io.


Chapitre 9, La Gandolière a écrit: Un alpiniste a dit quelque part que dans un cas pareil le mieux est de s'occuper l'esprit avec une idée absorbante, celle de la femme aimée par exemple. La recette m'avait paru un remède de commère, injurieux et pour la dignité de l'élue assimilée aux narcotiques et pour la vigueur intellectuelle de celui qui voulait en user ainsi. Ne sachant plus comment soulager ma peine, je fus sur le point d'envier ceux qui pouvaient ainsi se droguer mentalement. Heureusement pour moi je me mis à avoir peur, ce qui me guérit de la monotonie et de ses tentations.


Chapitre 9, La Gandolière a écrit:Une large crevasse la longeait à la base.
"Ce doit être une rimaye", me dit Jo. Et il sourit comme pour s'excuser de l'emploi d'un terme aussi technique. Nous étions un peu confus et troublés, Il faut dire que les lèvres de la crevasse étaient un peu trop ouvertes pour notre ardeur de débutants. Elles semblaient avides, et découvraient de longues stalactites de glace semblables à des dents de requin...
 En vérité j'aurais préféré une moins belle rimaye, mais j'ignorais encore les délicates intentions de la Providence.
 Je regardais le col, quand il sembla descendre à notre rencontre. D'un seul coup, et partout à la fois, la neige qui le remplissait se mit à glisser vers nous. Cette fois je voyais l'avalanche...
  Exactement dans son axe, les pieds dans une masse gluante et profonde, il nous eût été difficile de fuir. La terreur nous paralysa. Bouche ouverte, et ahuris, nous ne pûmes que nous faire tout petits en regardant l'énorme bourrelet qui dévalait de la montagne. Ils ont dû connaître notre peur les malheureux qui, le pied pris dans un rail, voient arriver sur eux soufflant et crachant un lourd train de marchandises,car ce qu'il y avait d'effrayant dans la masse qui avançait, ce n'était pas sa vitesse - elle n'allait pas vite - c'était plutôt quelque chose de comparable à un bouillonnement interne. De puissantes bielles semblaient faire tournoyer la neige sur elle-même en une multitude de rouleaux s'écrasant les uns sur les autres, et le tout avait des allures d'une vague écumeuse courant sur la grève.    


Chapitre 12, Les bœufs rouges a écrit:- À la messe ?
 La pauvre fille en perdit la voix. Comment, nous avions fait les fous, nous avions ri, chanté, plaisanté, nous étions trois gaillards qui semblaient être de joyeux lurons, et nous parlions de bigoteries moyenâgeuses ! Elle ne comprenait plus.
Cette histoire de messe mettait en déroute toute sa psychologie pratique. Elle se mit à nous épier.
Finalement, n'y tenant plus, elle s'écria:
"Mais qui êtes-vous donc ?
- Des séminaristes, on vous l'a dit ce matin.
- Ah !" fit-elle.
  Puis, après un silence: "Et qu'est-ce au juste que des séminaristes ?"
 Le ton était dégagé, comme celui qu'on prend pour dire:
Mais quel est donc ce personnage bien connu, vous savez, celui qui...
"Des séminaristes, dis-je, ce sont des gens qui portent la soutane. Nous sommes trois curés, si vous aimez mieux, trois curés en montagne."
 L'incognito est toujours amusant. Mais on a quelquefois plaisir à le dévoiler. Un jour je fus pris par un clochard pour un de ses respectables confrères. Je revenais d'Oisans. La méprise était donc excusable. Notre conversation roula sur les curés, "ces salauds qui se nourrissent sur la sueur du peuple". Je sus parler du Grand Soir avec enthousiasme. Ce qui me valut plusieurs tapes dans le dos: "Toi t'es un pote, disait l'ami, viens boire un verre".
 Par hasard j'avais une carte de visite. Au moment des adieux je la donnais au bonhomme en guise de souvenir. Il parut surpris.
 Je crois que Simone le fut davantage. Elle devait être de celles qui touchent du bois au passage des robes noires.
   




Tag sports sur Des Choses à lire Samive11

Mots-clés : #alpinisme #amitié #humour #sports #xxesiecle
par Aventin
le Ven 29 Nov - 19:34
 
Rechercher dans: Nos lectures
Sujet: Le One-shot des paresseux
Réponses: 159
Vues: 7172

Le One-shot des paresseux

Les nouveaux alpinistes

Tag sports sur Des Choses à lire Les-no10

2018, éd. Glénat. 240 pages environ, plus un glossaire et une note bibliographique.

Par Claude Gardien:
Alpiniste, guide de haute-montagne, a été rédacteur en chef de la revue spécialisée Vertical, est membre permanent du jury des Piolets d'Or.

On est en 1953. Lucien Devies, après la première ascension de l'Everest (qu'on se met -et c'est joie- à appeler de plus en plus de nos jours de son nom népalais, Sagarmāthā, ou de son nom tibétain Jomo lang ma - souvent transcrit Chomolungma), lâche un retentissant:

Pour les alpinistes, le temps du monde fini commence.


Tout l'art, toute l'érudition et tout le recul d'un observateur aussi bien placé que Claude Gardien tend vers la démonstration, assez fine et pertinente dois-je dire, que cette finitude n'en est guère une, et que le ressort créatif et performant se porte toujours aussi bien, enneigeant d'un coup les respectables notions d'âge d'or, d'alpinisme d'exploration (si ce n'est de prétexte scientifique, comme ce fut le cas au temps des grands ancêtres), et les sous-entendus: tout a été fait, et c'était mieux avant.

Il en vient à conclure:

chapitre L'état de l'art a écrit:Au milieu des années 1970, grimpeurs et alpinistes, en se tournant vers l'escalade libre et le style alpin, ont remis l'impossible au goût du jour. On sait que certaines ascensions ne sont pas encore envisageables. Paradoxalement, c'est le retour de cet impossible qui a fait faire d'incroyables progrès à l'escalade et à l'alpinisme. En quarante ans, on est passé du 6b au 9c, on a réintroduit le respect du rocher, et donc de la nature, on a réinventé l'escalade mixte, on s'est engagé dans les plus hautes parois du monde avec l'aide d'un seul compagnon de cordée, en emportant seulement ce qu'un sac à dos pouvait contenir. Les expressions "vaincre" ou "conquérir" une montagne ont disparu des discours. On tente, on réussit parfois, les seules victoires, les seules conquêtes sont intérieures. On est passé d'un alpinisme de conquête à un alpinisme du respect. La seule lutte qui reste à mener est celle de la protection des montagnes.

 Ce n'est pas l'absence de projets encore irréalistes et de perspectives nouvelles qui guette l'alpinisme. L'activité n'est pas pour autant à l'abri d'une érosion de son intérêt...
Les sociétés dites évoluées acceptent de plus en plus difficilement la prise de risques gratuite.


Et cette dernière menace pèse énormément, à mon humble avis, elle est à prendre très au sérieux.

Sur les choix de voies, de faces, de sommets, d'alpinistes mis en lumière par Claude Gardien, il m'est arrivé de tiquer un peu.
Quelques grands oublis, du moins tel que je les perçois vaché au relais à l'appui de mon balcon orienté sud-ouest, mais l'auteur se fend d'un mot d'excuse liminaire:
mot d'excuse... a écrit: ...à tous les alpinistes qui ne sont pas cités dans ce livre, qui ont pourtant donné tout ce dont ils étaient capables dans des ascensions extraordinaires.
  Le but était de tenter d'expliquer l'évolution de l'alpinisme à partir d'exemples concrets. Choisis bien sûr en toute subjectivité...et en nombre limité, afin de faire tenir cette histoire tronquée en un seul volume.


Puis-je introduire une remarque d'ordre tracé, itinéraire et choix, cher M. Gardien ?

Le pyrénéiste que je fus et suis encore un tout petit peu trouve fâcheux que la seule voie pyrénéenne ayant l'honneur de votre encre et de vos pages soit l'exploit Overdose, voie sur la Grande Cascade du cirque de Gavarnie, ouverte en mars 1978 par Dominique Julien, Rainier "Bunny" Munsch, Serge Casteran et Michel Boulang: encore à ce jour jamais répétée.
(NB: On ajoutera, mais c'est géographiquement très capillotracté, la mention sèche en mode "no other comment" -de quoi réveiller les TOCS de ceux qui en sont affligés- du Naranjo de Bulnes, sur lequel se nourrissent encore les exploits en ces 2010 finissantes et vous êtes placé pour le savoir, mais le Naranjo de Bulnes se trouve dans les Picos de Europa, ceci dit les alpinistes qui ont fait le renom de cette incroyable face géante sont tous pyrénéistes).

Le lecteur pyrénéen trouve aussi que des cordées comme celle des jumeaux Ravier, ou celle des aragonais légendaires Rabada-Navarro n'eussent nullement déparé ces pages.
Il estime que si le Vignemale avait été enchâssé quelque part entre Drus et Jorasses, Claude Gardien n'eût pas manqué de parler d'une voie comme celle de Patrice de Bellefon & compères, directissime en face nord dans les années 1970, non encore répétée à ce jour, ou encore en pages historique la conquête du couloir de Gaube et son fameux bloc coincé, voie étrennée par le grand guide Célestin Passet & clients (Brulle, Bazillac, de Monts) & guide associé (François Bernat-Salles) en août 1889, la première répétition s'osant seulement un demi-siècle plus tard.
Dans la même face, la voie Les Délinquants de l'Inutile  (mars 1994) valut, rappel (sur 2 brins de huit mm) M. Gardien, le Piolet d'Or à Christian Ravier, Rémi Thivel et Benoît Dandonneau.

Il estime enfin que le Pamir, le Caucase, la Sibérie orientale, les rocheuses nord-américaines, le Québec, les Andes d'altitude (mais quel oubli !), le Groenland, etc... pour ne citer qu'un faible échantillon, ont déroulé des pages alpinistiques de tout premier plan.

Tout mon étonnement aussi de constater que les Alpes finissent, au sud, au gapençais, à l'est aux dolomites, au nord à l'Eiger.
Et pas un mot sur les Carpathes, les Tartas, le Triglav à peine cité...Et que dire des voies glaciaires de Lionel Daudet aux Îles Kerguelen, archétype de réalisation à même de vous séduire...

Pour en rester à vos montagnes de prédilection, par exemple la première des Drus par les russes Babanov et Kochelenko en 1998 juste après que des pans entiers de la montagne se fussent écroulés, rendant caducs à jamais les itinéraires, les tracés précédents, et sans que nul sache ce que valait ce granit tout neuf, comme nouveau-né, issu des entrailles des Alpes, eût amplement mérité mention...  

Mais, je vois bien que je chipote: qu'un jour advienne à partager un bivouac abominaffreux autour d'un réchaud en fin de gaz et je suis sûr, cher Claude Gardien, que si l'on vous laisse parler de ces laissés-pour-compte, ce sera magnifique.    
Juste l'impression que vous êtes victime du mal français qui veut une capitale, votre Paris est Chamonix, et qui tende vers l'universel, pour l'imposer le plus souvent malencontreusement: sur ça aussi je ne doute pas une seconde que vous ayez beaucoup à dire.

Merci, un grand merci d'avoir fait un ouvrage grand-public, le moins technique possible et ce n'était pas facile, c'est à lire à proximité d'un moteur de recherches, visualiser ces faces rocheuses &/ou glaciaires (et ces visages humains) est essentiel.  
Si je recommande cet ouvrage ?
Oui, ça va de soi !

Mots-clés : #alpinisme #aventure #historique #sports
par Aventin
le Mer 20 Nov - 17:05
 
Rechercher dans: Nos lectures
Sujet: Le One-shot des paresseux
Réponses: 159
Vues: 7172

Paul Auster

4 3 2 1

Tag sports sur Des Choses à lire Image102

Quel dommage que ce livre fasse 1 000 pages, qu'il pèse 1 tonne, cela va décourager tant de lecteurs ! Quel plaisir que ce roman de la démesure, qu'il fasse 1000 pages, qu' on s'y vautre, qu'on s'y traîne, qu'on s'y love, qu'on y tremble et qu'on y pleure, qu'on y rie, qu'on s'y attache, qu'on y retrouve tant  de souvenirs propres , qu'on y apprenne tant…

Bien sûr, certains aimeront, d'autres pas, mais comment ne pas reconnaître à Paul Auster, cet homme courtois, lumineux, intelligent, d'être en plus un auteur hors-pair, hors normes, qui nous livre ici son Grand Roman Américain, typique d'un lieu et d'une époque, tentaculaire et omniscient et qui ne ressemble à aucun autre? Comment ne pas lui reconnaître un talent extraordinaire de conteur, tant dans la structure narrative, profondément originale et parfaitement maîtrisée, que dans l'écriture d'une richesse, d'une vivacité, une inventivité qui n'est que le reflet de celle de la vie de son (ses) héros, "mes quatre garçons" les appelle-t'il, tellement jeunes et tellement mûrs, tellement heureux et tellement désespérés, tellement attachants?

On l'a dit partout, Archibald Isaac Ferguson est un jeune juif new-yorkais des banlieues dans l'après-guerre, de cette classe moyenne qui, Dieu merci, recherche son émancipation non dans la consommation et la frivolité, mais dans la création, (l'écriture en l'occurrence ), la réflexion, la remise en question, la recherche d'une justice et des libertés. Et comme Ferguson est un enfant puis un jeune homme réfléchi, si souvent "adulte", qui s'interroge en permanence sur la destinée, le rôle du hasard et des choix, Paul Auster, par des glissements dans son environnement, lui offre quatre destins, tout en préservant sa personnalité centrale, qui va évoluer, certes, varier selon les versions, mais rester là comme un noyau fondateur.

Tour de force, Paul Auster déplace sur une vingtaine d'années les personnages (Ferguson et tout son complexe environnement familial et amical)  avec malice, sur son échiquier élaboré, sans jamais perdre le lecteur, en tout cas jusque ce qu'il faut pour que cela soit délicieux de se laisser porter, d'essayer de venir vérifier un détail en arrière et finalement y renoncer, car finalement, on s'en fout, l'instant est là qui nous emporte: il y a cet humour, cette clairvoyance, cette tendresse pour les personnages quels qu'ils soient,  cette générosité sans limites de l'auteur et c'est ce qui importe..  Il y a ce souffle époustouflant à décrire l'intimité d'un jeune homme en formation, son incroyable relation avec une mère toujours ouverte, toujours accueillante, toujours encourageante, jamais envahissante, qui est la clé de sa personnalité, de son aptitude à de devenir un explorateur et un conquérant (un conquérant sympathique) dans tous les domaines : les études, l'écriture, le positionnement politique, le sport, la culture, l'amour, le sexe… L'existence des quatre histoires enrichit formidablement cette façon d'aborder  l'élaboration d'une personnalité, lui donne une puissance, une profondeur.

Les quatre Ferguson ont tous  une relation à l'écrit, qui n'est pas la même, poète, journaliste, prosateur… à succès ou sans succès, tous dans une recherche absolue de sincérité, dans un désir d'inventer de nouvelles voies, et ceux qui cherchent à savoir ce qu'est la littérature ne manqueront pas de trouver ici de nombreuses pistes.
Mais Auster élargit son discours à tous les arts, rend un hommage à un nombre incalculable d' œuvres qui ont marqué son propre apprentissage culturel, les livres, les films, les pièces musicales, le sport qui en même temps qu'un épanouissement physique est un art. Il raconte le plaisir des premières fois,  ces innombarables premières fois qu'il faut connaître, les unes après les autres, pour se construire en tant qu'homme vivant.
Il rend hommage aux médiateurs, parents, adultes bienveillants, amis, petites amies et petits amis, professeurs, tous sources d'inspiration, donneurs de conseils, tuteurs attentionnés, guides à travers le monde, tous  ces gens qui nous aiment, et qui font que nous devenons qui nous sommes.

Il raconte comment la jeunesse née après guerre, dans cette euphorie du jamais-plus et de la quête du bonheur enfin aboutie, sa jeunesse à lui, a grandi au contraire dans  une Amérique violente, autoritaire, imbue d'elle-même, violant les libertés individuelles, méprisant les individus (l'assassinat de Kennedy, de King, la lutte pour les droits civiques, la guerre du Vietnam, les émeutes raciales). Comment elle a fait fleurir en son sein  la révolte et parfois l'engagement.

Il y a enfin New-York, ville tentaculaire, détestable et magnifique, ses rues numérotées où déambuler nuit et jour, ses cafés, ses odeurs, ses taudis, ses habitants, ses universités, ses banlieues d'où chacun rêve de s'échapper...

Et puis, on tourne la 1015ème page... et c'est fini.
Déjà.... pale
Tant pis, il nous reste Paul Auster, il parait qu'il a déjà commencé à écrire son prochain livre!



mots-clés : #amitié #amour #communautejuive #creationartistique #identitesexuelle #insurrection #lieu #relationenfantparent #sports
par topocl
le Sam 3 Mar - 10:58
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Paul Auster
Réponses: 101
Vues: 3940

Laurent Mauvignier

Tag sports sur Des Choses à lire Dans2b10

Dans la foule

Ce livre m' a plongé dans une atmosphère lourde et j' aurai du mal à en
parler sinon en donnant quelques impressions.

Il m' a fallu du temps pour le lire. Il m' est arrivé de le lacher, mais lui, ne m' a jamais laché...

Les deux tiers du livre sont une sorte de lamento à plusieurs voix.
Mauvignier nous plonge dans le mal etre de ses personnages...
Jusqu' à la suffocation.
De quoi s' agit il, on a du vous le dire, d' un moment où le destin de chacun des personnages bascule dans un drame collectif.
Sur un stade de football à Bruxelles en 1985.
Des morts, des blesssés. Un drame public qui provoque des blessures intimes, des felures imprévues, des changements radicaux chez tous les personnages. qui de spectateurs sont devenus acteurs.
Ce livre avance comme un torrent ou plutot un magma de mots, dits ou non, de pensées, d' images, de souffrances infinies, d 'interrogations, de supplications, de colère, de confusion,...
Sous la forme de monologues intérieurs.
Je pourrais dire que le sujet de Mauvignier et surtout la façon de le traiter
est difficile.
Mais chaque livre est un exercice périlleux de voltige et d' équilibre.

De rythme. De mots justement agencés ou qui nous le semblent.
Et celui-là est habité et meme hanté jusqu' au délire.

Pour moi ce fut une effort, une leçon de patience, mais au bilan, une lecture forte,
anxiogène et tellurique.

Récupéré


mots-clés : #faitdivers #sports #violence
par bix_229
le Mer 3 Jan - 15:35
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Laurent Mauvignier
Réponses: 14
Vues: 601

Joseph Kessel

Tag sports sur Des Choses à lire Kessel10

Les cavaliers

quatrième de couverture a écrit:Kessel a situé en Afghanistan une des aventures les plus belles et les plus féroces qu'il nous ait contées.
Les personnages atteignent une dimension épique : Ouroz et sa longue marche au bout de l'enfer... Le grand Toursène fidèle à sa légende de tchopendoz toujours victorieux... Mokkhi, le bon sais, au destin inversé par la haine et la découverte de la femme... Zéré qui dans l'humiliation efface les souillures d'une misère qui date de l'origine des temps... Et puis l'inoubliable Guardi Guedj, le conteur centenaire à qui son peuple a donné le plus beau des noms : "Aïeul de tout le monde"... Enfin, Jehol "le Cheval Fou", dont la présence tutélaire et "humaine" plane sur cette chanson de geste...
Ils sont de chair les héros des Cavaliers, avec leurs sentiments abrupts et primitifs. Et pourtant le souffle de la fable et du mythe les anime et nourrit le roman.


C'est rassurant de constater en cherchant deux petites choses pour préparer ce message et en relisant la présentation de l'auteur que ce livre est considéré comme un chef d'œuvre. Dans le cas contraire il aurait fallu revoir beaucoup d'écrits à la baisse.

C'est une des lectures qui donnent toute la démesure de cet acte qu'est la lecture, toute la force imposée par une œuvre qui prend le pas sur nos émotions et notre réalité de l'instant, c'est un transport fulgurant et intense... et l'épopée, incroyable, étourdissante dans des paysages d'un grandiose magique ne serait pas grand chose, si elle se bornait au presque documentaire, à l'histoire racontée...

Le conte de Kessel rend honneur aux deux objets qui sont peut-être l'âme profonde du conte, l'amour de l'histoire et l'homme, la relation conflictuelle qu'il entretient avec lui-même. Peu d'histoires vous emporteront aussi loin ou vous laisseront frémissant et exténués dans l'attente de la suite, peu d'histoires aussi vous émerveillerons par ses richesses les plus grandes et les plus pauvres. Et peu de conteurs auront le talent et la sagesse de l'auteur pour vous parler des hommes de cette manière. Ouroz champion frustré de bouzkachi est blessé, il partira alors pour un long et périlleux voyage vers lui-même et vers son père. Son père, Toursène, ancien champion, apprend la vieillesse et fait un voyage immobile vers son fils.... d'autres cheminent jusqu'au plus ancien, l'Aïeul de tout le monde, Guardi Guedj, le conteur.

Kessel réussit à faire accepter, et ressentir, le tourment de ces hommes fières, il réussit à rendre attachant Ouroz, suprêmement orgueilleux et même mauvais... même son saïs (palfrenier) et ami, le grand et fort Mokkhi au cœur d'or, tournera mal... la grandeur du conte n'empêche pas d'aller loin dans la noirceur, lucide... c'est étonnamment vivant, émouvant, remuant, haletant. Se mêlent conditions et obligations sociales, fierté, conduite, envie et faiblesse... les choses ne sont pas sans raisons les bonnes comme les mauvaises et dans toute l'aura du conte, du déchirement entre le bien et le mal, les choses ne sont pas si claires et les conclusions rarement définitives. C'est d'une grande humanité, bien observée, et exposée avec une certaine réserve. On garde tout dans un dangereux équilibre, le réel et la tradition comme le progrès vers une humanité plus grande, c'est magnifique tout simplement, quelque soit l'âge du personnage observé.

Et de quelle manière la réalité se mêle de fantastique dans une juste intensité du récit...

Une incroyable découverte, un choc. Un beau roman sur les tourments de l'homme et sur le rapport père-fils. Les femmes sont présentes aussi, en retrait, beaucoup, reflet du pays, et Zéré la "petite nomade" n'a pas vraiment un très beau rôle... mais elles sont présentes dans leur fascination et aussi dans le rapport de l'homme à sa condition.

580 pages extraordinaires. une preuve supplémentaire que la beauté et la puissance ne sont pas contraires de la sensibilité et de la sagesse.

Je n'en dis pas assez sur le coeur et l'âme de la chose, je ne pourrai pas et ça ne servirai pas à grand chose. Pensez à votre orgueil, votre fierté... votre besoin de vous sentir vous mêmes, d'acceptation et à ces paysages hors du monde, de plateaux, de steppes et de montagnes... et lisez ce livre, même si il a l'air un peu épais et différent de lectures plus actuelles, c'est un Livre à lire.

(pied rapatrié).

mots-clés : #aventure #initiatique #sports #voyage
par animal
le Ven 18 Aoû - 17:33
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Joseph Kessel
Réponses: 29
Vues: 1279

Revenir en haut

Sauter vers: