Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


La date/heure actuelle est Mar 23 Juil 2019, 12:21

17 résultats trouvés pour terrorisme

Edna O'Brien

La maison du splendide isolement :

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C'est la rencontre entre une vieille dame âgée, solitaire dont la vie n'a pas été toujours douce et un membre de l'IRA, tout autant solitaire, qui a payé très cher ses engagements et qui cherche à se cacher avant d'effectuer une opération.

Deux destins irlandais, deux êtres abandonnés, deux questionnements de vie...

Et les personnages secondaires, importants, qui nous donnent à comprendre le vécu de ce conflit qui a tant meurtri un peuple.


Après la lecture de Nuala O'Faolain, la rencontre avec l'écriture d'Edna O'Brien a été un choc : c'est le tranchant d'une lame de couteau, c'est violent, sans artifices.
Pas d'atermoiements, juste des vies malmenées, des couples déchirés, des pardons difficiles à trouver.

J'ai aimé et j'ai très envie de lire un autre de ses romans pour voir si on restera dans le même langage.


Mots-clés : #psychologique #terrorisme
par kashmir
le Jeu 30 Mai 2019, 21:11
 
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Sujet: Edna O'Brien
Réponses: 3
Vues: 276

Alaa al-Aswany

L’immeuble Yacoubian

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Si on s’en tient au premier et au dernier chapitre, il s ‘agit d’un homme notable vieillissant, qui, voyant l’âge venir, emploie une jeune femme pour lui prodiguer de la compagnie et un peu plus. Et qui est si doux et si charmant qu’après avoir voulu le gruger, elle finit par l’aimer infiniment.

Mais au Caire la vie grouille et il ne s’agit pas de s’en tenir à une histoire intime et heureuse. L’immeuble Yacoubian, immeuble haussmannien qui réunit les riches dans ses étages et les pauvres sur sa terrasse, est un lieu de vie intense, jamais en pause,  où s’expriment toutes les déviances d’un pays marqué par la misère, la corruption, une religion égarée, des rapports sociaux gangrenés, un puritanisme mal caché par un libéralisme de mœurs qui n’est qu’apparent.

Dans ce roman choral, l’habile conteur Al Aswany fait se croiser et s’entrecroiser  le beau monde et les petites gens, les policiers ripous, les politiciens dépravés et les islamistes aveugles, les bourgeois sûrs du pouvoir de leur argent, les femmes manipulées, pelotées, achetées, les homosexuels réprouvés, tout un monde foisonnant qui illustre les dérives d’un pays, écartelé entre civilisation et régression,  à la fois révulsé et fasciné par l’Occident.



L'immeuble Yacoubian:
Tag terrorisme sur Des Choses à lire Ya10

Une terrasse:
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Mots-clés : #corruption #religion #romanchoral #terrorisme
par topocl
le Sam 25 Mai 2019, 09:13
 
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Sujet: Alaa al-Aswany
Réponses: 21
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Eric Plamondon

Oyana

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Originale : Français/Canada, 2019

Présentation de l’éditeur : a écrit:"S'il est difficile de vivre, il est bien plus malaisé d'expliquer sa vie." Elle a fait de son existence une digue pour retenir le passé. Jusqu'à la rupture. Elle est née au Pays basque et a vieilli à Montréal. Un soir de mai 2018, le hasard la ramène brutalement en arrière. Sans savoir encore jusqu'où les mots la mèneront, elle écrit à l'homme de sa vie pour tenter de s'expliquer et qu'il puisse comprendre. Il y a des choix qui changent des vies. Certains, plus définitivement que d'autres. Elle n'a que deux certitudes : elle s'appelle Oyana et l'ETA n'existe plus.


REMARQUES :
Après la découverte de Taqawan (voir en haut des commentaires) je voulais bien continuer dans l’univers, ou disons le style, Plamondon. Car il est apparemment typé : des chapitres courts avec ici une narratrice « Je » bien mise en avant par lettres, datées en Mai 2018 et formulées à son compagnon de 23 ans, Xavier, au Quebec. Et s’intercalent des points de vues par narrateur neutre soit sur sa vie à elle ou des chapitrettes sur divers sujets sur le pays Basque, son histoire, des traditions. Car cette Oyana a bien grandi au Pays Basque, né le jour même (mais sans le savoir) de la mort de son père biologique, militant de l’ETA et tué par des militaires après un attentat à la bombe en Décembre 1973. Elle grandit chez un père adoptif (et l’ignore) et sa mère et n’est pas autrement engagée dans la lutte indépendentiste des années 80, 90. Jusqu’au jour où, innocents, avec des amis ils sont pris en chasse par la police cherchant des militants. Un ami meurt… Et elle commence presque par protestation à s’intéresser alors pour la cause, s’engage et est impliqué dans une affaire avec issue fatale. Elle n’arrive pas à assumer. Bref : elle doit quitter le pays sous la menace de ne jamais revenir.

Et en ce Mai 2018, 23 années passées, elle apprend la dissolution de l’ETA ! Plus de dangers ? Fin de jouer à la cachette et à la fausse identité (rôle qu’elle a même tenu devant son compagnon!)? Elle décide de rentrer… Et s’approche par étapes.

Plamondon a bien trouvé un sujet qui seulement au premier abord semble loin du Canada : On pourrait rapprocher facilement les situations au Quebec et au Pays Basque avec leurs luttes indépendentistes, la question de la langue, les caractères propres etc. Il le fait dans son style de chapitres courts et intelligents. Ici il parle beaucoup à travers une narratrice et réussit bien pour un homme – il me semble – de « parler en femme ». Au-délà du ou des sujet(s) et son traitement, on retrouve aussi souvent des mots et expressions, des phrases étonnants, pleine de « sagesse » pour utiliser un mot souvent employé. Certaines tournures et explications sont simplement bien. On comprendra aussi le drame de cette femme qui vit avec des mensonges « reçus », et aussi « employées par alle-même ». Elle a menti alors pendant 23 ans à son compagnon ? Néccessaire ou pas : elle croit l’histoire finie, et pourtant… ?!

Découvrez vous-même : cet auteur est définitivement à suivre !

Mots-clés : #culpabilité #exil #independance #terrorisme
par tom léo
le Jeu 23 Mai 2019, 19:36
 
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Sujet: Eric Plamondon
Réponses: 9
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Valérie Manteau

Calme et tranquille

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J’ai choisi ce livre sur le seul nom de son auteur, dont j’ai récemment aimé Le sillon, auquel j’avais trouvé un ton très personnel, une ardeur, une nécessité. J’ai sans doute aussi été séduite parce titre, Calme et tranquille et là je n’ai pas  été déçue : ce n’est absolument pas calme et tranquille.

Comme quoi, quand je ne cherche pas les livres sur le stress post-traumatique, ils viennent jusqu’à moi, même si c’est par le biais d’une espèce de publicité mensongère.

Cela commence avec le suicide de sa grand-mère, chose terrifiante, déboussolante. Pour se restructurer, se ressourcer, lasse des psys à côté du sujet, Valérie Manteau a ses copains de Charlie Hebdo, à commencer par Charb avec qui elle  développe un lien d’une proximité amicale réconfortante, qui ne manque pas de lui rappeler qu’on peut rire de tout, absolument tout,  et qui l’ encourage dans ses recherches littéraires inabouties sur le suicide.
Seulement, travailler à Charlie Hebdo en 2015, ce n’est pas forcément la  solution pour aider à faire un deuil compliqué…
Retrouver ensuite à Istanbul un ancien amant turc, dans un contexte d’élections consternantes en Turquie non plus d’ailleurs.
S’accrocher à son humour caustique ne suffit plus forcément.

À travers ces événements dramatiques, témoins d’une époque chaotique ou le (bon) sens se perd, Valérie Manteau réussit un auto-portrait  atypique : une jeune femme « libre, très libre », en  recherche d’expériences et d’humanité, emmenée à la dérive par la violence de la vie contemporaine.



mots-clés : #mort #terrorisme #violence
par topocl
le Jeu 14 Fév 2019, 17:10
 
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Sujet: Valérie Manteau
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Philippe Lançon

Le lambeau

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Je ne vivais ni le temps perdu, ni le temps retrouvé ; je vivais le temps interrompu.


Le lambeau est la version de Philippe Lançon sur un événement qui a  bouleversé sa vie, après avoir bouleversé toute une nation. La part intime de cet événement après lequel rien n’a plus été pareil : l’attentat de Charlie Hebdo où, si la France et le monde y ont perdu une naïveté, une légèreté,  Philippe Lançon a perdu ses amis, son visage et ses dernières illusions : il s’est perdu lui-même, « un événement qui, dans ma propre vie, mettait le reste entre parenthèses »

C’est une année de reconstruction, entre humilité et obstination, par un homme qui n'a pas pu parler ni manger pendant des mois.  Il s'y réinvente dans une prose qui est très loin d’être journalistique, mais au contraire profonde, brillante, littéraire pour tout dire.  Philippe Lançon n'a aucun souci de de l’universel (il n’y entre même pas): pas de revanche, pas de haine, pas de réflexion convenu sur le fanatisme…. dans une attitude qu’il ne juge même pas utile de justifier:le propos n’est pas là.

Alors n’est-ce pas se regarder le nombril que de ne parler que de soi, de reconstituer au jour le jour, détail après détail, sans en lâcher aucun,  une lutte certes admirable mais ô combien personnelle ? Certains penseront cela. Pour ma part j’y ai surtout vu un partage dans une complète sincérité - qui n’empêche pas les jardins secrets. Voilà ce que c’est d'être un homme, cet homme-là, en lutte tel qu’il est, et est devenu, dans ses faiblesses et dans ses forces, tel qu’il nous le relate dans une impudique pudeur. Car ce livre à lui seul est un oxymore géant, une perpétuelle mise en confrontation de la nuance et de la subtilité, du sérieux et de l’humour, de l’homme et de l’enfant, de l’intellectuel virulent et du patient désarmé, du sachant et de l'ingénu.

C’est aussi un magnifique hommage à ceux qui l’ont aidé : les amis, la famille (dans une recomposition circonstancielle), bien sûr : les toujours-là et toujours-prêts. Mais aussi  les soignants, menés par Chloé, la chirurgienne charismatique, auprès desquels il a trouvé non seulement une technicité hors pair, mais aussi un nid protecteur et stimulant où se ressourcer, constituant pour lui une sorte de balai de dieux et de héros. Et les policiers qui l’ont sécurisé 24 heures sur 24, tout à la fois d’agresseurs potentiels que de ses visions de reviviscence terrorisantes (oui il le reconnaît lui-même un journaliste de Hara-kiri qui remercie ceux qu’il n’appelle plus des flics, c’est assez savoureux). Et puis, aussi Proust dont il lit et relit la mort de la grand-mère, Kafka écrivant à Milena, La Montagne magique de Mann et son enfermement cotonneux , Bach, et toutes ces lectures, ces films, ces musiques,  cette vie antérieure qu’il ne  reconnaît plus, dans ce grand chambardement de la personnalité, de la mémoire et de la cognition, mais qui fut nourrissante, affectivement culturellement, qui fait ce qu’il est quand même, et ce qu’il devient , et, alors même qu’il ne se connaît plus lui-même, lui donne un terreau comme tremplin.

« La réflexion sur ces choses n’apporte rien. C’est comme si l’on voulait s’efforcer de briser une seule des marmites de l’enfer, premièrement on échoue, et deuxièmement si on réussit, on es consumé par la masse embrasée qui s’en échappe, mais l’enfer reste intact dans sa magnificence. Il faut commencer autrement. En tout cas s’allonger dans un jardin et tirer de la maladie, surtout si elle n’en est pas vraiment une, le plus de douceurs possible. Il y a là beaucoup de douceurs. »Ces phrases [de Kafka] me servaient depuis lors de bréviaire, et même de viatique.


C’est un texte somptueux, par son humilité dans une démarche qui aurait vite pu être auto-promotionelle, auto-apitoyée, larmoyante, vainement égocentrique, et aussi par son écriture, sa richesse en humanité et en culture, son émotion et sa pensée.

Philippe Lançon apporte ici une réponse à cette question qui , peut-être, je ne sais pas, rôde parfois en vous : à quoi sert la littérature? N’est ce pas, entre autres, apporter une parole réfléchie, intense face à d’imbéciles agissements, à un monde qui se disloque, donner encore une petite foi en l’homme, fourmi agissante, pensante et créatrice face à l’obscurantisme obtus. Une preuve d'humanité résiliente, en quelque sorte.

j’ai senti de nouveau, mais avec une force inédite, qu’on mourrait un nombre incalculable de fois dans sa vie, des petites morts qui nous laissaient là, debout, pétrifiés, survivants, comme Robinson sur l’île qu’il n’a pas choisie, avec nos souvenirs pour bricoler la suite et nul Vendredi pour nous aider à la cultiver.



mots-clés : #autobiographie #identite #medecine #psychologique #terrorisme
par topocl
le Dim 06 Jan 2019, 13:08
 
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Sujet: Philippe Lançon
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Fernando Aramburu

Patria

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On est au pays basque espagnol. Au village, beaucoup sont convaincus de la justesse du combat de l'ETA. Convaincus ?  Peut-être , peut-être faut-il séparer l'idée et les moyens, en tout cas il ne fait pas bon exprimer une opinion contraire, s'abstenir de manifester son approbation ou de payer l’impôt révolutionnaire. Cette loi de la terreur va séparer deux familles amies, l'une dont le père est assassiné, l'autre dont le fils a rejoint les rangs de la lutte armée. Le temps passe, les gens changent et l'ETA aussi et finit par déposer les armes. Ce n’est pas la fin de 'l’aventure ; chacun va devoir gérer l'empreinte du passé.

Aramburu réalise le tour de force d'être à la hauteur de son ambition, réaliser une vaste fresque historique,  croisée d'un roman familial, pour donner une image honnête, tout à la fois réfléchie et  et compassionnelle des drames qui ont parcouru le pays basque espagnol pendant 40 ans. Il en sort un riche récit romanesque, plein d'intelligence et de nuances, à la hauteur de la complexité d e la situation, avec des les personnages d'une belle présence, dans leurs petitesses comme dans leurs grandeurs, Malgré le choix d'un récit éclaté au niveau chronologique, relaté en 125 chapitres très courts mais d’une garde vivacité, il y a une belle cohérence tant qu niveau historique qu’individuel. Aramburu adopte un style plutôt amusé, malin, qui allège le tragique sans l'effacer.

C'est une intéressante réflexion sur le terrorisme, et le pardon possible, qui ne manquera pas d'enrichir la réflexion de la lectrice ou du lecteur en  nos temps tourmentés.


mots-clés : #culpabilité #famille #historique #terrorisme
par topocl
le Ven 23 Nov 2018, 12:48
 
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Sujet: Fernando Aramburu
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Patrick Deville

Vais-je me réconcilier avec Patrick Deville?

Taba-Taba

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Qu'est ce qui a fait Patrick Deville, ce petit garçon, cette "crevette", qui a vécu ses premières années derrière les murs du Lazaret de Mindin, en face de St Nazaire, cet hôpital psychiatrique où son père anime une troupe de théatre, éprouvant une étrange fascination-amitié pour un pensionnaire, "solitaire ténébreux", scandant sa solitude de l'obscure litanie taba-taba-taba/taba-taba-taba, alexandrin parfait adressé à l'adversité?

Est-ce sa famille dont il déroule un historique tout à la fois romanesque et scrupuleux, grâce aux 3 m3 des archives de cinq générations, léguées par la tante Monne, rescapées de combien de pertes et de hasards ? Journaux d'époque, correspondances, photographies, journaux intimes, répertoires, factures, courriers administratifs lui permettent, une année durant, d'organiser un grand jeu de piste à travers la France, au volant de sa Passat : il n’est pas du genre à se contenter de la paperasse, Deville, il veut retrouver les lieux, il veut voir, il veut sentir, il veut rêver. Il veut imaginer ces fantômes d'ancêtres se glissant dans les rues, pêchant dans les ruisseaux, échappant aux obus, se cachant au maquis...

Est-ce notre histoire française, ses guerres sans cesses enchaînées, ces der-des ders préparant la suivante,  dont le traumatisme se transmet au-delà des mots, trouvant son apogée dans les actes terroristes qui frappent nos territoires paysagers et intimes?

Est-ce l'histoire mondiale, de conquêtes en colonies, à la rencontre desquelles il s'envole en alternance avec son périple des campagnes et villes françaises (Wikipedia nous l'expliquant puisqu'il est directeur littéraire de la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs de Saint-Nazaire, )?

C'est bien sûr tout cela qui l'a fait, fruit de tant de hasards qu'il aurait tout aussi bien pu ne jamais être là. C'est ce qui a fait cet esprit curieux, passionné, érudit, avide de détails inutiles qu'il rend indispensables, d'histoires et de souvenirs, de lectures et de voyages, organisés dans des digressions, des associations temporelles ou spatiales, livrés au lecteur dans un feu d’artifice  foisonnant : émotions,  noms célèbres ou inconnus,  citations, lieux, événements historiques ou intimes étroitement mêlés. Dans la luxuriance et l'emportement, rares sont les instants où l'on frôle la noyade face à ce déferlement.

Le récit emporte brillamment la gageure d'une ambition folle qui cherche à l'exhaustivité : décrire un homme, c'est décrire le monde. Et cet homme, amalgame de tant de choses, de tant de gens, de tant de lieux, de tant de siècles, cet homme lucide se veut optimiste quand le monde part en vrille: et alors, ce monde ne le fait-il pas depuis des siècles et des siècles? C'est par un charme fou, un humour malin, une fantaisie jamais épuisée, un sens du romanesque captivant, une attention à l'autre et un amour partagé que Patrick Deville donne sens à tant de sacrifices  dans les diverses boucheries des siècles passés.

Ici, la littérature,  modelant habilement réalité et fiction entremêlées (il parle de roman sans fiction), répond à nos interrogations essentielles, en quelque sorte. Arrivée éblouie au terme de ce roman universel et intime, je ne sais plus au final si la question est : qu’est ce qui a fait Patrick Deville, ou : qu'est ce qui fait le monde.


mots-clés : #autobiographie #famille #guerre #historique #terrorisme
par topocl
le Mer 06 Déc 2017, 16:22
 
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Sujet: Patrick Deville
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Cyril Dion

Imago

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Encore un livre qui démontre qu'il ne suffit pas d'avoir de bonnes intentions et de bonnes idées pour faire un bon livre.

Cyril Dion entrecroise des destins, dont les éléments nous sont peu à peu révélés..
On part dans le contexte du conflit israélo-palestinien, avec une description époustouflante de la vie dans la zone de Gaza, de cette vie dans un territoire en quasi guerre perpétuelle,  gorgée de harcèlement, de discrimination, d'humiliations, d'incommodités quotidiennes, de bombes tombées à l'aveuglette et de ruines, qui fait naître une  haine aveugle chez les jeunes palestiniens, qui nourrit les vocations des terroristes. Deux frères l'un porté par la vengeance, l'autre par un esprit de tolérance (parmi les deux, l'un lit, l'autre pas, devinez lequel??)
En France, un responsable du "Fonds" chargé de négocier et d'administrer les fonds humanitaires, un homme arrogant mais fier de sa mission, aussi.
Et une femme  marquée par la vie, retirée à la campagne, portrait le plus inabouti.

C'est très intéressant au niveau informatif, très documenté et habilement détaillé. Les pages sur la vie dans la zone de Gaza, le contraste avec les rues du Caire et la vie parisienne, tout le début, en fait, j'ai beaucoup accroché.

Se développe malheureusement peu à peu malheureusement un scénario  "démonstratif" fait de liens familiaux occultes,  peu à peu révélés, mais "pleins de sens". Au passage, le bureaucrate vaniteux connaît comme une épiphanie assez ridicule en se confrontant à la réalité de la vie en Palestine. C'est beaucoup et il est difficile, malgré l'envie que j'en aurais eu,  de sauver ce roman qui veut monter la complexité des choses, mais s'appuie pour cela sur des procédés par trop grossiers.


mots-clés : #conflitisraelopalestinien #guerre #terrorisme
par topocl
le Lun 04 Déc 2017, 10:58
 
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Sujet: Cyril Dion
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Omar El Akkad

American war

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On est dans le Sud, tout au long de  la deuxième Guerre de Sécession  américaine (2074-2093). La montée des eaux et le dérèglement climatique ont déplacé des populations entières. Le Sud refuse la loi des nordistes qui interdit l'énergie fossile. Ses habitants subissent les ravages de cette guerre (guerre bactériologique, drônes...), et soutiennent les valeurs des combattants rebelles. Le père de Sarat meurt dans un attentat, sa famille est déplacée dans un camp de réfugiés où, devenue adolescente,  elle est approchée par des recruteurs, en collaboration avec les service secrets de l'Empire Bouazizi (qui regroupe tous les  anciens pays du Moyen Orient). On l'incarcère et la torture des années dans une île qui ressemble fort à Guantánamo, dont elle ressort détruite, définitivement transformée en un être de haine et de vengeance.

On accompagne tout au long du livre Sarat, cette petite fille qui, enfant, était heureuse et qui se transforme en quelques années en un monstre génocidaire.  C'est un beau (quoique terrible) portrait de femme, qu'on découvre, assez horrifié de cette nouvelle démonstration du fait que la violence n’entraîne que souffrance et violence.

Assez jouissive est cette image des Etats-Unis dévastés, pays qui n'a plus les manettes, livré à l'aide humanitaire internationale, subissant toutes les exactions qu'elle a imposé jusque-là aux autres sur la planète . Il y a des longueurs , certes, mais la guerre est longue; et le scénario se  déroule implacable, rendu totalement crédible par des personnages qui nous ressemblent, pris dans le monde que nous leur préparons.  Ce livre est terriblement angoissant, il montre dans un récit habile tout ce que nous redoutons, et même un peu plus. Plus moyen de croire que nous l'éviterons.


mots-clés :
mots-clés : #ecologie #guerre #romananticipation #terrorisme #violence
par topocl
le Lun 27 Nov 2017, 21:23
 
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Sujet: Omar El Akkad
Réponses: 2
Vues: 284

Zeruya Shalev

Tag terrorisme sur Des Choses à lire Produc13

Douleur

Zeruya Shalev suit le parcours affectif d'Iris, dont le passé est marqué par de graves blessures causées par un attentat-suicide. La "douleur" reste des années plus tard présente dans son corps et dans ses ressentis, alors que la rencontre inattendue d'Ethan, son premier amour, bouleverse complètement un équilibre déjà instable et fragile.

Douleur est un roman qui ne craint pas l'excès dans la représentation d'une intimité. Zeruya Shalev s'empare de sa propre expérience de vie (elle a été victime d'un attentat en 2004) pour saisir, à travers les vides et les espoirs d'Iris, les états d'âme d'une société israélienne confrontée à ses peurs. J'ai été marqué par la puissance dramatique d'une introspection, mais j'ai cependant été déçu par le choix de Zeruya Shalev de multiplier les angles narratifs (notamment avec une intrigue autour de la fille d'Iris), au détriment de la fluidité d'un style expressif.


mots-clés : #conflitisraelopalestinien #terrorisme
par Avadoro
le Dim 07 Mai 2017, 23:59
 
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Sujet: Zeruya Shalev
Réponses: 3
Vues: 364

Yasmina Khadra

Les hirondelles de Kaboul


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Dans les ruines brûlantes de la cité millénaire de Kaboul, la mort rôde, un turban noir autour du crâne. Ici, une lapidation de femme, là des exécutions publiques, les Taliban veillent. La joie et le rire sont suspects. Atiq, le courageux moudjahid reconverti en geôlier, traîne sa peine. Le goût de vivre a également abandonné Mohsen, qui rêvait de modernité. Son épouse Zunaira, avocate, plus belle que le ciel, est désormais condamnée à l'obscurité grillagée du tchadri. Alors Kaboul, que la folie guette, n'a plus d'autres histoires à offrir que des tragédies. Le printemps des hirondelles semble bien loin encore...


Yasmina Khadra , un écrivain , une plume , une voix qui s'élève et qui dénonce au delà de l'entendable , de l'observation si compactée de l'Occident , au même titre que son acolyte que j'aime tout autant , Atiq Rahimi.
Les hirondelles de Kaboul ou l'indicible quotidien des femmes afghanes , la barbarie toujours et encore qui sévit , cette actualité toujours présente qui résonne comme un glas éternel , des mots pour nommer les maux , l'ignorance et la folie.
Des lapidations pour asservir un peuple , la liberté d'antan qui n'est plus que la définition d'un mirage lointain à l'instar de la dignité , d'une humanité bafouée.
La résilience verra t elle le jour de par ceux qui ne se résignent pas , de par celles qui refusent l’avilissement et gardent la tête haute devant des talibans.
On pense à Malala Yousafzai , jeune fille de 17 ans , prix nobel de la paix , luttant contre le droit des femmes ,on rend hommage à Yasmina Khadra pour ce livre sublime et accablant , on pense à tous ces gens opprimés et à toutes ces femmes privées d'identité , et surtout , on fait profil bas , on la ramène pas et on reste humbles en oubliant toutes nos belles paroles et nos de droits de l'homme devant nos oubliées aux mains des talibans qui ne connaissent plus les frontières.

"...je refuse de porter le tchadri. De tous les bâts, il est le plus avilissant. Une tunique de Nessus ne causerait pas autant de dégâts à ma dignité que cet accoutrement funeste qui me chosifie en effaçant mon visage et en confisquant mon identité.Ne me demande pas de renoncer à mon prénom, à mes traits, à la couleur de mes yeux et à la forme de mes lèvres pour une promenade à travers la misère et la désolation ; ne me demande pas d'être moins qu'une ombre, un froufrou anonyme lâché dans une galerie hostile"


mots-clés : #terrorisme
par Ouliposuccion
le Mar 24 Jan 2017, 17:39
 
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Sujet: Yasmina Khadra
Réponses: 13
Vues: 908

John Le Carré

Un homme très recherché ( A most wanted man)
tradit de l'anglais par Mimi et Isabelle Perrin
Editions du Seuil

Tag terrorisme sur Des Choses à lire John210

J’aime beaucoup John Le Carré. Le personnage. Celui qui navigue tout le temps dans le trouble et l’ambigu. Sans doute, il en a beaucoup parlé, et il y a des allusions dans chacun de ses romans, parce que son père était quelqu' un de trouble et ambigu.
Et puis le ton. Et l’écriture.A distance, un peu caustique, mais avec ,par moments, une sorte de rage très rentrée, très intériorisée. Mais que l’on sent.
Dans ses derniers romans, le propos était dans doute plus lourd. Trop, à mon goût, il est très bon dans la demi mesure, moins dans le procès. Il sait si bien que tout est un peu grisaillant..

Là, j’ai retrouvé le John Le Carré que j’aimais.L'écrivain des causes qu'il sait perdues d'avance. L’histoire qu’il raconte est celle d’un jeune Tchétchène qui débarque clandestinement à Hambourg, à un moment où les services secrets de tous les pays viennent de réaliser qu’ils ont vraiment été assez lamentables, en laissant tranquillement s’entraîner en Allemagne quelques charmants jeunes hommes qui ont fini tranquillement par aller accomplir leur mission divine un certain 11 septembre 2001. Celui-là va servir d‘appât et payer pour les autres, ils ne vont pas le louper.

Pourtant,je n’aime pas beaucoup les histoires d’espionnage, d’ailleurs je n’y comprends souvent pas grand-chose, faute de culture géopolitique approfondie. Mais l’essentiel n’est pas là. Il est dans le portrait de ces personnages, d’un bord ou d’un autre, dans le mélange de valeurs si complexes, et surtout dans la réflexion sur ce qu’est la justice . Ce qu’elle pourrait être, et ce que l’on peut en faire ,comme dans ce roman. une justice à la Guantanamo,
la justice où il n'y a pas de putain d'avocats pour tout embrouiller.


En exergue:
La règle d'or est d'aider ceux que nous aimons à nous échapper
Friedrich von Hügel

Récup


mots-clés : #politique #terrorisme
par Marie
le Lun 16 Jan 2017, 02:47
 
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Sujet: John Le Carré
Réponses: 17
Vues: 608

Alaa al-Aswany

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l'Immeuble Yacoubian

Comme certains ce sont les nombreuses références à Dieu qui m'ont interpellée. Mais que ces appels à Dieu soient faits par des voleurs, escrocs, pervers, politiciens véreux n'est pas à lier uniquement à l'Egypte ; les voyous de toute religion, de tout pays utilisent ces appels en "protection" avant et après (remerciement) leurs délits.

Les personnages et les lieux sont décrits précisément.

La construction des parties ne m'a pas gênée, j'ai bien suivi ces nombreux personnages, même si parfois j'oubliais les noms, car leurs actions et paroles me les rendaient reconnaissables.

l'histoire de cet immeuble est lié à l'histoire du pays.

Je pense aussi que la langue est riche en mots.

Le cheminement du jeune Taha jusqu'à son endoctrinement par les Islamistes extrémistes est réaliste et c'est celà qui m'a le plus effrayée. (c'est hélas d'actualité plus que jamais)

Et évidemment, la condition Féminine catastrophique et celle des Homosexuels m'ont touchée.

En résumé, j'ai apprécié ce livre.


(message rapatrié)


Mots-clés : #corruption #religion #romanchoral #terrorisme
par Bédoulène
le Ven 06 Jan 2017, 23:45
 
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Sujet: Alaa al-Aswany
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Boualem Sansal

Tag terrorisme sur Des Choses à lire 51o1ua10

Gouverner au nom d’Allah. Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe

Le texte de Boualem Sansal, dit-il, n’est pas un traité académique, ni une investigation journalistique, ni un rapport d’expert en islamisme, ni un essai d’islamologie.

« Il est la réflexion d’un témoin, d’un homme dont le pays, l’Algérie en l’occurrence, a été très tôt confronté à l’islamisme, un phénomène inconnu de lui jusque-là. »


Pour moi, ce livre est un guide, un témoignage et une magnifique synthèse, un bon p'tit bouquin qui nous apporte un éclairage sur l’islam, religion complexe avec ses écoles de pensée qui ont inspiré ses mouvements, factions et sectes (sunnisme, chiisme, soufisme, kharidjisme, chacune ayant ses différents mouvements) ; et sur cette nébuleuse qu’est l’islamisme, ses ramifications, son évolution, ses risques. Boualem Sansal a vécu et vu de l’intérieur, depuis l’Algérie, la montée de cet islamisme avec inquiétude :

« Nous les avons accueillis avec sympathie, un brin amusés par leur accoutrement folklorique. Quelques années plus tard, nous découvrîmes presque à l’improviste que cet islamisme qui nous paraissait si pauvrement insignifiant s’était répandu dans tout le pays. »


Les premiers chapitres jettent les bases nécessaires pour distinguer toutes ces écoles de pensée de l’islam et leur rôle. Les chapitres suivants sont consacrés à l’islamisme et à ses débats dans le monde, son impact, ses dérives, et il y en a beaucoup. « L’islam est en pleine expansion dans le monde et cette expansion inquiète. » Et dans sa foulée, l’islamisme est aussi en expansion et les raisons en seraient inconnues, explique Boualem Sansal. L’islam est pris en main par les islamistes, nombreux et structurés, leur démarche est offensive : ils recrutent, endoctrinent, convertissent, développent des affaires dites islamiques (finance, commerces halal, écoles coraniques). Des cellules radicales sont formées. Tout est détaillé avec clarté. Sansal note ce paradoxe :

« Dans le même temps que l’actualité donne de lui une image repoussante, l’islam ne cesse de s’étendre, de se renforcer, de mobiliser et fasciner des foules, susciter des vocations et des conversions dans tous les pays, tous les milieux, jusque parmi les élites et les célébrités (scientifiques, sportifs, artistes et même des militaires qui ont combattu le terrorisme islamiste). »

En Europe, l’ascension de l’islamisme est fulgurante avec la radicalisation des jeunes musulmans de 2e et 3e générations et de leurs amis chrétiens... L’islam avait disparu du radar de l’histoire, dit Sansal, monopolisée par l’Occident chrétien depuis le Moyen Âge. En 2 ou 3 générations il est revenu au premier plan. Regain de piété, retour aux valeurs premières de l’islam (salafisme)… Selon l’auteur, la poussée de l’islamisme et son arrivée au pouvoir dans plusieurs pays arabes « inquiètent d’autant plus qu’on pense que la victoire de l’islamisme modéré prépare l’accession au pouvoir de l’islamisme radical et qu’il y a une intelligence à la manœuvre disposant de moyens illimités ».

Les courants religieux islamistes prennent leur source d’abord avec les Frères musulmans en Egypte (créés en 1928 et coordonnés depuis Londres), l'AKP en Turquie, Ennahda en Tunisie. D’autres courants ont des méthodes radicales, en Somalie, en Afghanistan, en Algérie, dans le nord du Mali (AQMI), au Nigeria…, le Hamas palestinien, le MSP algérien, Al-Nosra en Syrie, etc. Sansal explique les ramifications, la mission de leurs chefs, il passe en revue les les présidents assassinés par ces groupes au cours de l’histoire, les liens de la pieuvre Al-Qaida avec les Frères musulmans, etc. Au cours de l’histoire, il évoque le totalitarisme, le FLN…, et les choix que doivent faire les peuples entre des partis militaires et totalitaires ou des partis islamistes… Il évoque aussi la question de l’intégration et l’échec de leur politique. Je m’arrête là pour ces exemples car il n’y a pas de graisse dans son ouvrage impossible à résumer.

Un chapitre a attiré mon attention, celui qui parle de la négation du passé de ces peuples différents dans leur histoire, la négation de ces grands Empires dont ils sont issus, ces peuples qui avaient conçu « des religions remarquables », qui ont été conquis par les armées arabes, ces peuples revendiquant tous - par erreur - leur origine arabe (d’Arabie Saoudite) se croyant tous descendants du Prophète. Méprise :

« C’est un cas unique dans les annales des conquêtes tout au long de l’histoire humaine, sauf erreur il n’y a pas d’autre exemple de fusion aussi totale, jusqu’à disparaître soi-même. D’un bout à l’autre de ce monde, de la Mauritanie à l’Irak, en passant par l’Egypte, la Syrie, le Yémen, les peuples de ces régions se déclarent arabes et insistent sur la pureté de leur origine arabe… »


Car appartenir au peuple arabe c’était faire partie d’une élite, de la royauté, « au premier collège des premiers musulmans du monde ».

Cet ouvrage est bien documenté, clair, agréable à lire, mais je n’ai pu m’empêcher de ressentir un certaine tristesse due à tout ce gâchis (le mot est faible) au fur et à mesure de l’avancée de ce livre. Ce que j’énumère ici n’est qu’une infime partie du livre vu la richesse du sujet et sa complexité puisque même les spécialistes sont dépassés !

Et Boualem Sansal réussit à nous convaincre qu'il a toutes les raisons d’être inquiet.



mots-clés : #religion #terrorisme
par Barcarole
le Jeu 05 Jan 2017, 11:40
 
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Sujet: Boualem Sansal
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Orhan Pamuk

Tag terrorisme sur Des Choses à lire Produc16

Neige

Neige, j’ai beaucoup aimé !
L'histoire se déroule à Kars, ville-frontière avec l'Iran. Ses habitants vivent en vase clos, les routes sont fermées à cause de la neige qui tombe sans discontinuer. Ce qui m'importait dans ce roman, plein de poésie, c'est d'apprendre ce qui se passe au niveau de l'ambiance politique en Turquie à cette époque. Et j’ai été servie. Le but de cette petite synthèse n’est pas de dévoiler le contenu de ce livre mais de parler de son ambiance. Ceux qui l’ont lu, et vous êtes nombreux, pourront le faire beaucoup mieux que moi !

L'errance de Ka, marchant dans les rues de Kars enneigées, fasciné par la beauté de la neige, le silence feutré qu'elle procure, les événements qui se passent à Kars et les personnes qu'il rencontre lui inspirent des poèmes qu'il élabore avec une structure toute particulière à la forme d'un flocon, tel un mandala.

La peur de Ka témoigne des tensions qui règnent à Kars, une peur qui croît à mesure que l'on avance dans le roman. Il se retourne à chaque fois qu'il sort de son hôtel, quand il marche dans la ville, sans cesse aux aguets, comme traqué par le vide, ce silence et la blancheur de la nuit, mais il ne se privera jamais de ses balades, pour s'aérer, aller dans les cafés et les lieux de réunions turcs, la vie prenant le dessus sur la peur d'être assassiné. Ka sait qu’il est en danger.

La peur de Ka est aussi liée à son amour pour Ipek à la beauté troublante, peur de vivre le moment présent par peur de la perdre, ce qui rend cet amour douloureux. Peur qu'elle ne vienne pas ce soir, peur qu'elle ne parte pas avec lui à Francfort pour être heureux, peur d'être tout simplement heureux car le bonheur ne dure pas. Peur de souffrir après. Déjà il en souffre, et la douleur est plus forte que l'amour. Regret d'être venu à Kars pour voir Ipek…

La situation est trouble en Turquie, et se côtoient les militaires, les « ataturkistes » (ou kémalistes), les différents partis et écoles islamistes, depuis le plus modéré jusqu'au plus radical. Putschs, assassinats, disparitions, sont le lot presque quotidien de la population. Pourtant, quand ils vont au théâtre, les spectateurs dénient qu'il y a des morts parce qu'on a réellement tiré, pensant que les bruits de tirs viennent de la pièce. Même les morts dans la salle ne sont pas perçus comme tels. Confondus et ne sachant pas ce qui leur arrive, ils remercieraient presque leurs agresseurs.

J'ai trouvé intéressants les opinions de tous ces interlocuteurs, quelle que soit la position qu'ils adoptent. Je n'ai pas vu ce roman comme un polar ou un thriller, comme pourraient le ressentir d’autres lecteurs. Mais comme une fresque sur une situation dramatique en Turquie à une période récente. Magnifique plume que celle d’Orhan Pamuk.


mots-clés : #terrorisme
par Barcarole
le Lun 02 Jan 2017, 18:15
 
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Sujet: Orhan Pamuk
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Joydeep ROY-BHATTACHARYA

Tag terrorisme sur Des Choses à lire Produc11

Une Antigone à Kandahar

Un avant-poste, quelque part en Afghanistan. Et des soldats américains sur le qui-vive, après des affrontements qui ont vu tomber plusieurs des leurs. La chaleur étouffante, la crasse, le manque de sommeil, la douleur de la perte, et les nerfs à fleur de peau… Les réminiscences d'une vie de famille qui soutient, ou qui détruit quand soudain elle s'effondre sans qu'on puisse retenir la femme aimée qui s'éloigne à jamais…  
Ce quotidien âpre, l'auteur nous le fait toucher du doigt à travers le vécu de quelques uns de ces hommes. Un fragile équilibre soudain mis à mal quand apparaît une silhouette, toute branlante sur une petite charrette. Une femme, seule, qui réclame le corps d'un frère mort pour l'enterrer dignement. Corps qu'on lui refuse car le haut commandement a décidé de l'exhiber comme "preuve" à la télévision.
Mais la femme s'obstine, refuse de partir, et reste là, sous le soleil implacable, à la porte du fort militaire. Une Antigone face à Créon.

Au début, au tout début, je me suis dit que l'auteur en faisait trop, avec son Antigone aux moignons ensanglantés. Cela ne suffisait-il pas qu'elle ait vu sa famille décimée lors de l'attaque aveugle d'un drone, fallait-il aussi l'handicaper à jamais et oser certaines références appuyées à Sophocle ? Oui, j'ai un temps pensé que Joydeep Roy-Bhattacharya allait jouer sur la corde sensible et me perdre. Sauf que ce livre n'est que pudeur, intelligence et sensibilité.

Face à la cruelle réalité du terrain, les soldats tiennent par la certitude qu'ils ont de mener une guerre "juste", d'être le symbole d'une société progressiste et le dernier rempart contre la barbarie. Pour ne pas flancher, ils ont déshumanisé chaque jour un peu plus l'adversaire.
L'attitude d'Antigone, si digne, ne peut que fissurer la barrière mentale soigneusement érigée. Comment, alors, ignorer encore la légitimité de ses sentiments ?  Est-il juste de lui refuser une réclamation qui serait aussi la nôtre ? Est-il décent de la laisser cuire en plein soleil sous prétexte que de l'avis du chef, elle pourrait n'être qu'un leurre, un appât à la solde des Talibans ?

Les doutes, qui étaient sous-jacents, s'expriment désormais au grand jour. Et si les soldats étaient tentés de les faire taire, la petite silhouette sur sa charrette, à elle seule, se chargerait de les leur rappeler ; elle est le symbole des mensonges et des faux-semblants d'un gouvernement américain qui prétend protéger les civils, mais dont les bombes tuent et mutilent chaque jour des innocents… Un gouvernement qui prétend apporter la justice, et qui pactise avec son homologue corrompu.

Nous n'avons pas fini de nous interroger sur la guerre, et tout ne sera jamais dit sur le sujet. Au fond, tous ces hommes, qu'il s'agisse des américains, de leur interprète ou de leurs adversaires pachtouns _ je ne parle pas ici des talibans_, sont là pour une même motivation : venger la mort de leurs proches innocents. C'est en cela que leur humanité les rapproche, et pourtant les sépare à jamais dans deux camps irréconciliables.
Nous aurons toujours besoin de livres pour nous rappeler combien certaines sociétés asservissent les femmes et prônent l'obscurantisme. Mais nous aurons aussi besoin de livres pour interroger l'arrogance d'une culture qui arrive en conquérante imposer sa loi, avec une ignorance crasse et un mépris des coutumes du pays conquis qui entraînent les pires erreurs d'interprétation. Et perpétuent par là-même, encore et toujours, le cycle infernal de la violence…
Une lecture qui interroge, et qui marque pour longtemps...

« C'est la spirale ancestrale de l'attaque et de la riposte.
La seule différence entre eux et nous – et elle est d'importance – c'est que nous sommes des visiteurs. Notre place n'est pas ici ; nous ne sommes pas enfermés dans l'histoire locale, cette piteuse chronique d'échecs, cet avenir incertain. Cela rend d'autant plus essentiel que nous fassions ce que nous sommes venus faire, que nous le fassions vite et que nous partions. Que nous partions avant d'être aspiré dans ce cycle d'échecs et de violence. Que nous partions avant de n'être qu'une tribu vaincue de plus. »


(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #terrorisme #guerre
par Armor
le Lun 19 Déc 2016, 22:02
 
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Sujet: Joydeep ROY-BHATTACHARYA
Réponses: 6
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Yasmina Khadra

Tag terrorisme sur Des Choses à lire L_atte10

L'attentat

ce livre fait partie d'une trilogie.J'avoue n'avoir pas lu les hirondelles de Kaboul mais vu le film.

j'avais déjà lu les sirènes de Badgad

pas obligé de lire les  livres dans l'ordre.

l'attentat est un livre poignant, il m' a pris aux tripes car après lecture on constate que  le conflit ne cessera jamais  et que les kamikazes n'ont que cette arme, leur propre vie pour se défendre.
Ce livre m' a touchée , fin hier et ce mardi, j'y pense encore.



un attentat  suicide a lieu dans un restaurant  de Tel Aviv , une femme se fait  exploser. Nombreuses  sont les victimes .Amine , chirurgien israélien d'origine arabe opère sans relâche, les survivants.
Épuisé, il décide de rentrer un peu chez lui se reposer.Il trouve bizarre de ne pas voir sa femme ni avoir de ses nouvelles .Voilà 3 jours qu'elle est partie chez sa grand-mère.
soudain, le téléphone sonne , on le rappelle d’urgence à l’hôpital.....un corps se trouve recouvert, c'est celui de sa femme, c'est la kamikaze.
elle était palestinienne.
Amine ne comprend pas , il veut savoir ce qui s'est passé dans la tête de sa femme.Il va mener son enquête..souvent à ses risques et périls..

c'est un livre magnifique ,réaliste  très bien écrit


rectificatif j’ai lu également les hirondelles de Kaboul   je viens  de voir le livre dans ma bibliothèque
et  second rectificatif le film c'est les cerfs-volants de Kaboul magnifique


mots-clés : #conflitisraelopalestinien #terrorisme
par faustine
le Mar 13 Déc 2016, 13:55
 
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Sujet: Yasmina Khadra
Réponses: 13
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