Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 12 Nov - 16:34

30 résultats trouvés pour théâtre

Mikhaïl Boulgakov

Le roman de monsieur de Molière

Tag théâtre sur Des Choses à lire Le-rom10


Il s'agit d'une biographie romanesque, où l’importance du vécu dans la création chez le fameux dramaturge m’a marqué ; il est vrai que la part de l’observation, sans même parler d’autobiographie, ne peut être que majeure chez un satiriste, a fortiori doué d'autodérision.
Passage notoire chez les précieuses ridicules, terrain particulièrement propice à l’ironie de Boulgakov :
« Il y eu Bossuet, qui se rendit par la suite célèbre en ne laissant pas passer un cadavre de quelque renommée en France sans prononcer sur la tombe de celui-ci un sermon inspiré. »

En connaisseur, Boulgakov se permet une appréciation personnelle :
« Molière avait bien raisonné : les censeurs du roi ignorent que tous les remaniements qu’on peut apporter à une œuvre ne changent pas d’un iota son sens profond et n’affaiblissent en rien l’indésirable influence qu’elle peut avoir sur le spectateur. »


Mots-clés : #ancienregime #biographie #historique #théâtre
par Tristram
le Ven 16 Aoû - 13:09
 
Rechercher dans: Écrivains Russes
Sujet: Mikhaïl Boulgakov
Réponses: 9
Vues: 940

Philippe Claudel

Compromis

Tag théâtre sur Des Choses à lire 31ijl010

Originale : Français, 2019

Présentation de l'éditeur Présentation de l'éditeur a écrit:Deux amis de trente ans dans un appartement vide. L’un est un comédien médiocre, l’autre un dramaturge raté. Le premier vend l’appartement et a demandé au second d’être présent lors de la signature du compromis, pour rassurer l’acheteur. Car s’il écrit de très mauvaises pièces, il a tout de même un visage rassurant. C’est sa grande qualité. La seule ? On attend l’acheteur. D’ailleurs, acheteur ou pigeon ? En l’attendant on parle. On se flatte. On se caresse. On se moque. On se taquine. Cela glisse peu à peu. On se blesse en se lançant à la face ce que l’on retient depuis longtemps. Et l’acheteur finit par arriver, qui va assister à un règlement de comptes, farcesque mais sans concession, entre les deux amis. Va-t-il en demeurer le spectateur, en devenir l’arbitre ou en être au final la seule victime ? La vie nous réserve tant d’occasions de nous compromettre pour garder le peu qu’elle nous donne, et parmi cela l’amitié, qui se nourrit bien souvent de compromis.


REMARQUES :
Il s’agit bien d’une pièce créée en Janvier 2019 au Théâtre des Nouveautés à Paris, jouée par Pierre Arditi, Michel Leeb et Stéphane Pizerat, mise en scène par Bernard Murat. Le cadre – un appartement vide que l’un des deux protagonistes du début, l’ami Denis, veut alors vendre. On attend le vendeur… L’histoire se situe dans la semaine avant les élections du Mai 1981, juste après le débat télévisuel entre Mitterand et Giscard. Et les deux artistes rêvés se mettent à délirer de la libération proche, des signes de solidarité, de la victoire de l’humanisme. A voir si cela arrive vraiment à pénétrer leur vie à eux ?

Car Martin pressent que sa présence de témoin tranquille cache quelque chose de louche. Et il s’échauffera… S’ensuit une suite rocambolesque de volte-face, de virages, de changement de perspectifs, incluant plus tard l’acheteur présent. On traverse toutes les palettes des émotions, et c’est très bien fait. Si bien qu’on se perd presque dans les argumentations à la fois grotesque, enjouées et loufoques. Indescriptibles.

Où est le jeu, la prétention ? Où la vérité, la conviction ? Qu’est-ce qui va encore changer notre perception de ce qui se passe ? Quelle comédie alors...?!

Pas mal de tout ! Une lecture rapide et agréable sans être alors un chef d’oeuvre !


Mots-clés : #théâtre
par tom léo
le Mar 18 Juin - 22:03
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Philippe Claudel
Réponses: 59
Vues: 1843

John Millington Synge

La Source des saints

Tag théâtre sur Des Choses à lire La_sou11

Il a fallu que j’aille voir dernièrement la pièce « La Source des saints », mise en scène par Michel Cerda, excellente au demeurant, pour que j’entende parler de John Millington Synge. Pourtant, c’est un auteur qui tient une place  importante dans les pays anglo-saxons, mais qui reste pratiquement inconnu en France. L’une des raisons est probablement la difficulté de traduction de ses pièces, écrites dans un mélange d’anglais et de gaélique.
Noëlle Renaude s’est donc efforcée de donner une nouvelle traduction de « La Source des saints » (dite aussi « La Fontaine des saints ») en essayant de respecter au mieux le phrasé particulier de l’auteur :

« Les croisements illimités des mots très concrets, je jeu de combinaisons des phonèmes, pris dans une syntaxe déréglée, créent une matière illicite : rien ne s’énonce comme il faut, chez Synge. On ne parle pas droit. On se débrouille avec le peu de moyens dont on dispose…
Faire entendre la langue de Synge dans la nôtre, c’est ce que j’ai tenté, cherchant à reproduire ces petits sons, monosyllabiques souvent, onomatopées, cris de bêtes, sifflement de vents, molécules de matière, les pulsant en respectant trous d’air, hiatus, apnées, souffles, allitérations… »

Le résultat est probant à la lecture, un peu moins à la représentation lorsqu’on n’est pas averti de la particularité de la langue (certaines personnes sont parties au cours de la représentation, alors qu’il aurait suffi d’un mot d’explication au préalable).

« La Source des saints » est l’histoire d’un couple d’aveugles, Mary et Martin Doul, vieux et moches, qui vivent de mendicité en occupant un croisement de routes. On pense tout de suite à Godot ; rapprochement tout à fait pertinent puisque Synge a été une des principales sources d’inspiration pour le jeune Beckett ! Un jour arrive dans ce coin perdu d’Irlande, un « saint homme », personne ambigu, entre illuminé ravi et faux prophète. Il apporte une fiole d’eau récoltée à la fontaine des saints, eau miraculeuse ayant le pouvoir de guérir quantité d’infirmités dont la cécité.
Mary et Martin retrouvent la vue ; mais c’est pour se voir comme ils sont, eux qui se croyaient jeunes et beaux. Du coup, ils ne se supportent plus, se battent et se séparent.
Ils vont être également confrontés à la dure loi du travail, allant de désillusions en désillusions. Martin va nourrir de vains rêves de bonheur en courtisant la jeune et belle Molly, promise au maréchal-ferrant.

« Il est âpre, brutal le jour qu’on a chaque jour, au point que j’y songe oui pour l’aveugle c’est un bien de ne pas voir ça ces nuages là qui roulent sur le mont, puis de ne pas tomber sur les gens avec leurs rouges nez, ton nez à toi tiens, mon Dieu, toi le maréchal. »


« Un homme ça lui est rude d’avoir sa vue, si vit près d’un comme toi, ou époux d’une épouse, puis ça doit lui être rude j’y songe oui au bon Dieu tout puissant de regarder le monde aux mauvais jours, puis les hommes comme toi qui vont qui viennent sur lui, puis qui dérapent tout partout dans la boue. »


Rapidement le jour s’obscurcit, Mary et Martin reviennent à leur cécité. Mais le saint homme repasse dans la région et  leur propose une seconde onction qui celle-là sera définitive.
Martin refuse de retrouver la vue et jette au loin la fiole d’eau miraculeuse. Le couple, revendiquant la cécité, part vers le sud

« On y va c’est sûr, car si pour certains de vous c’est bien d’être là à travailler puis à suer comme lui le maréchal, et puis certains de vous d’être là et à faire maigre puis oraisons puis discours sacrés comme vous, c’est bien aussi mon avis d’être là accroupi, aveugle à écouter un vent doux retourner ci là les petites feuilles de printemps puis sentir le soleil, puis pas se tourmenter nos âmes à la vue des jours gris, puis des saints hommes, puis des pieds crasseux que ça piétine le monde. »


« Poussez-vous là vous les chiennants, ou plus d’un y aura sait-on qu’aura sa tête en sang de la tannée de mon bâton. Poussez-vous là, puis ne soyez pas apeurés allez ; on s’en va nous deux aux villes du sud, où les gens ils auront bonnes voix sait-on, puis leurs sales têtes ou leur infamie on n’en saura rien de rien. »

Ce court texte à l’humour grinçant, en dehors de ses qualités de langue, dont les extraits ci-dessus peuvent peut-être donner une idée, aborde un nombre important de questions fondamentales : la normalité et le handicap, plus largement la normalité et la marginalité, le réel et l’imaginaire, la société avec ses contraintes et la liberté, la vieillesse /laideur et la jeunesse/beauté, le rôle de la religion, de la fausse-religion…
Au sortir de la représentation, un ami, prof de Lettres, m’a dit que c’était un étrange mélange de Claudel et de Beckett. Ce n’est pas faux ! Very Happy


Mots-clés : #identite #social #théâtre
par ArenSor
le Jeu 25 Avr - 19:57
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: John Millington Synge
Réponses: 5
Vues: 154

Nathalie Azoulai

Tag théâtre sur Des Choses à lire 41y-4y10

Titus n’aimait pas Bérénice

Alors je suis mitigée. J’ai apprécié toute la partie sur la biographie de Racine dont je ne connaissais pas la vie. Elle écrit bien cette histoire. C’est subtil et elle sait bien nous faire remonter dans le temps. Mais dès qu’elle parle de la romance de Titus et Bérénice, elle tombe dans une sentimentalité grossière et plate.

Le fait que Bérénice se console en lisant du Racine, en se plongeant dans l’histoire de sa vie est intéressant mais je n’ai compris le lien qu’à moitié. Mes amis très intelligents pourraient peut-être m’éclairer ? S’ils l’ont lu.

Mais enfin tout le monde a le droit de se consoler comme il peut et ce doit  pas toujours être logique.


Mots-clés : #amour #ancienregime #théâtre
par Pia
le Lun 15 Avr - 8:01
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Nathalie Azoulai
Réponses: 1
Vues: 85

Daniel Pennac

Mon  frère

Tag théâtre sur Des Choses à lire 00538310

Bernard, son grand frère qui l'a tant protégé enfant, avec qui, adulte  il a partagé des parties d'échec, des ballades avec leurs chiens, beaucoup d'amour et peu de confidences, est mort il y a seize mois. Quoique d'une riche personnalité, c'était un type plutôt en retrait, ce que lui reprochait son épouse,  et c’est sans doute cela qui a poussé Daniel Pennac à mettre Bartleby en scène.

Tag théâtre sur Des Choses à lire Proxy_19


Ce récit alterne donc des histoires sur le frère de Pennnac, qui le rendent assez sympathique, et des éléments sur la pièce qu'il a jouée. Tout cela est intercalé, en chapitres alternants, avec le texte coupé de Bartleby, écrit en italique,  que Pennac a utilisé au théâtre. Au total sur 120 pages, 74 , souvent courtes, sont de Pennac. Si son frère paraissait en effet un type bien (comme c'est souvent le cas dans les éloges funèbres), s'il y a quelque moments d'émotion, le texte est quand même bien léger et tout cela est assez paresseux, sans que cela remette en cause la sincérité de l'auteur.



mots-clés : #autobiographie #fratrie #mort #théâtre
par topocl
le Jeu 4 Oct - 17:45
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Daniel Pennac
Réponses: 10
Vues: 601

Valère Novarina

L'Opérette imaginaire
Pièce de théâtre publiée en 1998

Tag théâtre sur Des Choses à lire L-oper10

L’Opérette imaginaire, c’est le traditionnel quatuor amoureux des comédies légères, constitué ici de trois hommes et trois femmes – mais si, mais si. Six personnages jouant à se séduire les uns les autres. Dans une atmosphère érotico-géométrique, comme en témoigne cet échange entre L’Ouvrier Ouiceps et Anastasie (à l’acte I) :
L’OUVRIER OUICEPS.
Ma spirale verticale repense à vous : permettez-moi que je passe cordon autour d’vot’appendice !

ANASTASIE.
Mon cube est attiré profondément par vot’sphéricité.

L’OUVRIER OUICEPS.
Permettez que je passe mon anneau vital autour des limites externes de votre tétraplastie.

Ou encore une atmosphère érotico-anatomique, où L’Ouvrier Ouiceps et La Dame autocéphale, puis Le Valet de carreau avec la même partenaire, exposent en duo leurs spécificités désirables (à l’acte III) :
L’OUVRIER OUICEPS.
Ce que je veux, c’est ta rate fleurie-e, qui s’exclaffe-e, chaque fois que tu ris…

LA DAME AUTOCÉPHALE.
Ce que je veux, c’est tes doubles poumons, qui s’déplient en accordéons…

L’OUVRIER OUICEPS.
Ce que je veux, c’est ton museau de tanche, au p’tit conduit si tant tellement étanche…

LA DAME AUTOCÉPHALE.
Je désire par-dessus tout ton pli superstinien, où-c’qu’y a de la place pour mes trois mains !

L’OUVRIER OUICEPS.
Ce que je veux, c’est le paquet de tes os, qui me rappellent le gigot…

LA DAME AUTOCÉPHALE.
Ce que je veux, c’est ta précieuse matrice, l’excellence de tous les calices…
[…]

LE VALET DE CARREAU.
Ce que je veux, c’est ta gouttière costale prolongeant, d’façon si vespérale, mon isthme pharingo-nasal…

LA DAME AUTOCÉPHALE.
Ce que je veux, c’est ton tubercule précotyloïdien volant au secours d’mon faisceau cubito-carpien…

LE VALET DE CARREAU.
Ce que je veux, c’est ta valvule pylorique dont l’échappement est extrêmement pratique…

LA DAME AUTOCÉPHALE.
Ce que je veux, c’est ta veine sous-clavière qui conduit droit au p’tit vestibulaire…

L’Opérette imaginaire, c’est trente-huit chansons en vers de mirliton. Extraits :
LE MORTEL, chantant jusqu’à ce qu’on le retue.
Relevailles, chanson mortelle, par un Ex.
[…]
« Attendre ! attendre allongé !
J’l’avoue c’est à désespérer
Tout seul sous terre où on voit rien
C’est déprimant, c’est dégoûtant
D’y passer tou-ou-out son temps…
Revivre ! ça m’enivre !
Revivre ! oh oui, ça m’grise !
J’étais là-bas, tellement couché,
J’étais dans cette nuit noire si en-nuyé :
qu’j’étais na-vré !
C’est épatant, ressusciter ! c’est évident,
Ça m’fait du bien
Ça m’différen-ci-i-e du chien.
Revivre revivre, rerespirer :
C’est la meilleure façon
D’pas trépasser ! »

L’HOMME SANG & LE MORTEL.
L’originelle, chanson de mon professeur de terre :
« Mon professeur de terre
M’disait naguère :
Le pire dans l’homme c’est l’homme :
Vidons-le d’son contenu !
Gommons l’homme, ôtons vite l’homme
D’ici !
Reprenons la femme à zéro
Refaisons d’eux des animaux ! »
[…]

LE MORTEL.
« L’homme n’est pas bon, nom de nom !
Il aime écorcher son frère
Y préfère, sur terre, surtout boulotter
Y s’prend les pieds dans la matière
Y fait tout dégringoler. »

L’Opérette imaginaire, c’est aussi le monstrueux discours de L’Infini romancier, qui présente aux autres personnages le début de son roman, un extrait uniquement constitué de réparties, soit 157 phrases venant à bout des verbes déclaratifs. L’Infini romancier est ainsi réduit à employer des verbes d’action ou d’état, ce qui produit un effet assez cocasse :
L’INFINI ROMANCIER.
[…] « Oh la-la » prospecta Ciboire ; « Je passe » cornemusa Jean Yolande ; « Là, j’hésite » balança Nestor ; « Je suis’s’ivre » zigzagua Boniface ; « Slptatrtacthurch ! » dégringola Caroline ; « Attention à la marche » prévint Prudence ; « Oh pardon ! » péta Philibert ; « Soupe-à-la-grimace-amaigrit-la-louche » oulipa Babouin […]

L’Opérette imaginaire, c’est encore trois actes ponctués par le passage répété du Mortel sur sa civière, une présence déstabilisante qui tend à invalider tout le reste. Ici, le mort fait son apparition alors que les autres personnages s’apprêtent à célébrer le mariage de la Dame autocéphale avec le Valet de carreau :
Les acteurs se rangent dans l’ordre alphabétique : on choisit la Dame autocéphale et le Valet de carreau. Le mort passe sur son chariot poussé par le Galoupe, un message dans les mains.

ANASTASIE.
Que dit-il ?

LE GALOUPE.
Il dit :

LE MORTEL.
Je le dis comme je l’écris : « C’est l’homme, multiplié par la femme, qui m’a porté la mort. »

ANASTASIE.
Ah c’est écœurant.

LE VALET DE CARREAU.
Enterrez-le !

LA FEMME PANTAGONIQUE.
Incinérez-moi vite ça !

LA DAME AUTOCÉPHALE.
Déterrez-le !

L’ACTEUR FUYANT AUTRUI.
Il est trop tard la chose est dite.

LE GALOUPE.
Rechose redite est dite deux fois. Voilà, c’est dit. Aucun mariage peut avoir lieu. Poursuivons le mariage tout de même.

Sortie du mort.

L’Opérette imaginaire, c’est enfin une heureuse découverte qui m’incite à poursuivre avec cet auteur. Peut-être même en adoptant l’ordre chronologique des publications pour mieux saisir cet univers si particulier. En effet, dans Paysage parlé, Valère Novarina explique : « Les spectacles riment, chacun enfonce le clou du précédent. Il y a aussi tout un travail obstiné de retour aux textes précédents, tout un ensemble de « révisions » à la manière de saint Augustin. L’Acte inconnu, c’est La Scène dévoilée et La Scène, L’Origine rouge dévoilée. Je dois revenir sur mes pas pour essayer, à chaque fois, de dire les choses plus nettement ».
Tag théâtre sur Des Choses à lire Hungop10

Képzeletbeli Operett / L’Opérette imaginaire
Créé le 24 avril 2009 au Théâtre Csokonai à Debrecen (Hongrie)
Reprise à l’Odéon-Théâtre de l’Europe en novembre 2011.


mots-clés : #théâtre
par Louvaluna
le Dim 5 Aoû - 12:21
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Valère Novarina
Réponses: 14
Vues: 269

Marcel Aymé

Tag théâtre sur Des Choses à lire Tete0410

La tête des autres

Je continue ma découverte d'Aymé, cette fois par cette pièce de théâtre dénichée à Emmaüs.
Sa lecture, aisée, assez prenante, a été rapide. C'est par un premier acte bien cynique que l'auteur plante le décor de cette mordante critique écrite en 1952. Des procureurs se congratulent d'avoir obtenu la peine de mort pour un accusé dont on doute pourtant peut être de la culpabilité. S'ensuit de véritables rebondissements vaudevillesques et mafieux qui en une sorte de spirale n'auront de cesse de démontrer la noirceur des intérêts individuels.
Mon père me signale que cette pièce est truffée d'allusions d'époque, certains personnages font référence à des personnalités au passé trouble, ça a été un scandale lors de sa création.
De mon point de vue moins averti, je reste marquée par un truc qu'Aymé distille tout du long, une espèce de démonstration du pouvoir de la communication : les personnages, tous "ennemis" les uns des autres, trouvent sans cesse moyen de communiquer, voir de laisser filer la rancoeur, sans être dupes pour autant des malveillances, une espèce de tableau de la loi de la jungle individualiste, où la communication primerait pourtant, supplantant l'appareil judiciaire, lui totalement vérolé.
Corrosif.
Malgré toutes les critiques qu'il avait adressées à la justice, il s'est trouvé, en 1961, un conseiller
à la Cour d'Aix-en-Provence pour solliciter et obtenir une contribution de Marcel Aymé à une
réflexion sur l'art de juger. (Michel Lécureur, Président de la Société des Amis de Marcel Aymé)
:
« Cher Monsieur,
Je suis très touché de votre bienveillante insistance, mais je me sens peu qualifié pour dire sur le
sujet dont vous êtes occupé rien qui puisse intéresser des Juges. Je n'ai pas fait d'études de droit
et je n'ai jamais eu de procès.
Pourtant, à deux reprises dans ma vie, mon attention a été fixée sur la Justice de mon pays et
sur son appareil : la première fois, alors qu'étant collégien, je faisais l'école buissonnière, je
fréquentais, les jours de grand froid, le Tribunal correctionnel dont l'audience était chauffée. À
cette époque, en 1916, la Justice était une Justice de classe (il semble qu'elle le soit encore,
quoique avec précaution). J'ai été profondément remué et scandalisé par la dureté et la
grossièreté avec lesquelles les Juges traitaient les gens pauvres. La deuxième fois, ce fut à la
Libération, le spectacle sans précédent en France, d'une Justice d'exception acharnée à la
vengeance, et à laquelle une magistrature craintive n'a pas ménagé son concours. Comme tout le
monde, j'ai été également au courant des nombreux scandales où la Justice s'est gardée
d'intervenir, sinon de venir en aide aux concussionnaires. Voilà qui n'est pas fait pour donner
une idée rassurante de ce qu'est devenue, en France, la plus haute des fonctions. Certes, des
Juges peuvent se sentir à l'aise dans une recherche consciencieuse du verdict, lorsqu'il s'agit de
l'assassinat d'une rentière ou de l'attaque d'un coffre-fort. Mais est-ce là tout l'exercice de la
Justice ?
Les profanes de mon espèce attendent des Juges qu'ils aient le courage de poursuivre le crime et
le délit sans égard à l'argent ni au pouvoir. Il leur semble que si la Justice consent à se laisser
entamer dans ses positions les plus avancées, elle n'est plus la Justice et qu'un Juge ne peut
avoir bonne conscience, même en face d'un criminel de droit commun. Je souhaite que, dans
votre discours d'ouverture, vous mettiez en garde la magistrature contre l'indifférence et la
légèreté, bien sûr, mais d'abord contre toute espèce de complaisance. Et je souhaite que vous
soyez entendu ! »

Marcel Aymé



mots-clés : #humour #justice #théâtre
par Nadine
le Dim 22 Juil - 19:19
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Marcel Aymé
Réponses: 23
Vues: 1156

Tennessee Williams

La Ménagerie de verre

Tag théâtre sur Des Choses à lire Willia11

Tennessee Williams fut un auteur « culte » pour moi lorsque j’étais adolescent. Puis je l’ai un peu oublié… Il a suffi d’aller au théâtre vendredi dernier voir une superbe adaptation de « La Ménagerie de verre » (Daniel Jeanneteau) pour que je tombe à nouveau sous le charme.

Comme souvent chez Williams, il s’agit d’un huit clos : une femme et ses deux enfants, une fille et un garçon. Tous les trois sont perdus dans leur propre rêve, en dehors du réel et n’arrivent pas à communiquer entre eux, sauf en de rares occasions, moments magiques !

La mère est restée dans le temps de sa jeunesse, élégante fille de l’aristocratie sudiste, entourée de riches prétendants. Las, elle a choisi le mauvais cheval, l’homme qui part à l’aventure abandonnant femme et enfants. Il enverra une carte postale de Mexico avec quelques mots laconiques « Hello, Good bye » !

Le fils, Tom, narrateur et acteur, est un poète. C’est lui qui fait vivre sa famille dans une vie misérable de manutentionnaire dans une fabrique de chaussures. La misère et aucun avenir. Tom s’évade grâce au cinéma.

Le personnage le plus touchant est incontestablement la fille, Laura, d’une timidité maladive, enfermée dans l’entretien de ses petits animaux de verre (la fameuse ménagerie), qu’elle contemple toute la journée.

- Qu’entends-tu par « ce n’est pas tout » ?
- Laura est très différente des autres jeunes filles.
- J’estime que la différence est tout à son avantage.
- Oui, mais les autres – les étrangers – ne la voient peut-être pas comme toi ; elle est affreusement timide, elle vit dans un monde à part… ce sont des choses qui la font paraître un peu bizarre aux yeux du dehors.
- Ne dis pas « bizarre ».
- Rends-toi à l’évidence. Elle l’est.
- Et peut-on savoir ce qu’elle a de bizarre ?
- Elle se cantonne dans un univers à elle – un monde de … petits bibelots de verre, maman… Elle joue ses vieux disques usés, et c’est à peu près tout.


Laura est un de ces petits animaux de verre, resplendissante de mille feux sous la lumière, mais d’une fragilité extrême
« oh ! attention… un souffle peut le briser ».


Lors de la scène paroxystique, la  corne de la petite licorne de verre est cassée.

Je m’imaginerai qu’il a subi une opération. Qu’on lui a enlevé une corne pour qu’il n’ait plus l’impression d’être un phénomène. Maintenant il sera plus à l’aise avec les autres chevaux, ceux qui n’ont pas de corne…


Tout ceci prend un sens particulier en se rendant compte combien la pièce puise dans l’histoire personnelle de l’auteur. En effet, T. Williams avait une sœur schizophrène que sa mère a fait lobotomiser…

A la fin de la pièce, le narrateur s’est échappé de ce milieu castrateur et étouffant, pensant avec regret à sa sœur, peut-être avec une pointe de mauvaise conscience.

Parfois il m’arrive de marcher le soir, dans les rues d’une ville étrangère, en attendant de trouver des compagnons. Je passe devant l’étalage illuminé d’une boutique de parfums. La vitrine est remplie de verre colorié, de minuscules flacons transparents aux couleurs délicates, semblables aux fragment d’un arc-en-ciel pulvérisé… et tout à coup, ma sœur me touche. Je me retourne et je la regarde dans les yeux. Oh, Laura, Laura, j’ai essayé de te laisser derrière moi, mais je suis plus fidèle que je ne voulais l’être.


Ce qui me touche plus particulièrement chez Tennessee Williams est son empathie avec les êtres un peu à part, limite « border-line », dont il parle avec grande délicatesse et sensibilité.


mots-clés : #théâtre
par ArenSor
le Dim 15 Avr - 18:14
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Tennessee Williams
Réponses: 8
Vues: 306

Jon Fosse

Voilà un auteur qui a été prolifique à la fin des années 90 et début 2000, à lire sa bibliographie. Je le découvre par son théâtre, et avec son écriture si particulière, avec ce sens du rythme, je me dis que ses poèmes doivent valoir le détour, et je suis aussi curieux de lire son oeuvre romanesque.

Tag théâtre sur Des Choses à lire 31iehi10

J'ai lu ses deux pièces de théâtre : Visites, et Variations sur la mort.

C'est un peu difficile d'en parler. Jon Fosse instaure un climat pesant, de mystère. Typiquement scandinave ? (j'avais je ne sais pourquoi en tête les paysages vides du film Le sacrifice de Tarkovski).
Les dialogues sont ciselés, tout en hésitations et en redites.
Dans visites, il y a cette fille un peu naïve, un peu simplette, et très peu diserte. Que nous cache-t-elle ?
Elle semble importunée par la présence de L'homme, celui qui fréquente sa mère.
Chez Fosse les personnages n'ont pas de prénoms, c'est La fille, L'homme, La mère, Le frère.
ça donne un climat très particulier, impersonnel et universel.
Je l'ai trouvé vraiment très fort.
Un auteur à découvrir.


mots-clés : #théâtre
par Arturo
le Dim 1 Avr - 16:19
 
Rechercher dans: Écrivains de Scandinavie
Sujet: Jon Fosse
Réponses: 5
Vues: 389

Falk Richter

Voilà un dramaturge contemporain que je découvre avec ses deux pièces publiées chez L'Arche : Je suis Fassbinder, et Sept secondes.

Tag théâtre sur Des Choses à lire 69710

Fassbinder l'insurgé. Et Richter son héritier. En agent provocateur, il part de la figure iconoclaste du réalisateur allemand pour interroger la radicalisation de nos sociétés, la montée des violences de toute sorte, l'exclusion et les discriminations, et poser des questions cruellement absentes de nos débats publics. Pointant la peur comme terreau fécond où prospèrent les extrémismes politiques, il met les sociétés européennes face à leurs responsabilités et l'impasse de leurs systèmes. Que faire face à la terreur ? Rester dans un cocon bien chaud qui nous déresponsabilise ? Prétexter l'enrouage de la machine sans se rendre compte que le machiniste est l'agent de sa propre aliénation ? Quelle place reste-t-il pour un sursaut de conscience dans un corps politique et social moralement exsangue ? Je suis Fassbinder est d'une fureur vigoureuse et non violente.

Dans Sept secondes un chasseur-bombardier américain chargé de missiles largue son chargement mortel sur un pays lointain. Son pilote, un père de famille texan, croit en la mission civilisatrice de la guerre et remercie Dieu chaque jour de combattre du « bon côté ». À plusieurs voix, Falk Richter décrit l'équilibre précaire de la terreur dans un système d'ingérence des états occidentaux, le quotidien de la destruction de masse et l'atroce banalité du mal.


Dans Je suis Fassbinder, ça envoie du pâté, dans tous les sens ! Une pièce de théâtre dans la pièce, avec un metteur en scène, personnage qui se prend pour le célèbre cinéaste allemand. Puis des personnages qui mélangent leur texte et leurs idées. ça fuse, tout y passe, sur des sujets d'actualité brûlants. Avec au coeur le destin de l'Europe, d'une certaine Europe. La menace pour certains de l'Islam, des migrants, d'une vision fantasmée. La montée des extrémismes, que ce soit en Allemagne, en France (nombreuses références à la dynastie Le Pen) ou ailleurs Pologne, Hongrie.

On ne sait plus trop quoi penser devant cette profusion d'arguments, dignes d'un café du commerce sous cocaïne.
Je pense voir assez clair dans sa dénonciation, en faisant passer certains arguments pour des discours de beaufs, fachos, n'empêche que c'est parfois un peu trop gros et qu'il me semble faire un peu l'autruche sur certains sujets, tout en se servant de tout ça, enfin c'est juste mon impression.
Reste que c'est plaisant à lire, et certainement à voir en spectacle vivant.

Et y a de l'idée !

Ce désir qu'arrive un gentil dirigeant autoritaire est en train d'infester tout ce continent. Beaucoup sont comme la mère de Fassbinder, à vouloir des dirigeants forts comme Marine Le Pen, Viktor Orban, Jaroslaw Kaczynski, en espérant que cette fois, ça va bien se passer, que ces gentils dirigeants autoritaires vont régler tous les problèmes, débarrasser le pays des réfugiés, des étrangers, des musulmans et vont créer des structures bien claires sans anéantir des masses de gens cette fois, sans guerre, sans que l'Europe se retrouve encore en cendres.

mots-clés : #théâtre
par Arturo
le Ven 23 Mar - 16:51
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue allemande
Sujet: Falk Richter
Réponses: 1
Vues: 197

Friedrich Dürrenmatt

C'est drôle que wikipédia le qualifie en premier lieu d'auteur de romans policiers, tant en regardant sa bibliographie ce n'est pas l'aspect qui semble le plus prégnant dans son oeuvre (oui je n'aime toujours pas le policier ! Tag théâtre sur Des Choses à lire 1390083676 ).

Mais j'aime Dürrenmatt, en tout cas je n'ai abordé que son versant dramaturge pour l'instant avec deux pièces, qui m'ont conquis :
Romulus le Grand et La visite de la vieille dame.

La première, ma lecture date un peu, mais c'était très chouette, avec l'empereur Romulus (le dernier de l'Empire Romain) en vieux sage un peu décalé.

Tag théâtre sur Des Choses à lire La-vis10

Et la seconde, récemment, tout récemment, cette semaine. Une pièce très pessimiste sur la condition humaine, où on se demande si l'auteur va finalement nous apporter un souffle d'espoir, s'il va nous sauver cette situation inextricable.
Faut-il sacrifier un homme pour le bien de la communauté, c'est un peu le thème de la pièce. Mais ça se transforme. On retourne la problématique, et on voit ce que l'on veut voir.
Je n'en dis pas plus, c'est sans doute sa pièce la plus connue, il me semble que Quasimodo l'a lue également ces derniers temps.



mots-clés : #théâtre
par Arturo
le Jeu 8 Fév - 12:17
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue allemande
Sujet: Friedrich Dürrenmatt
Réponses: 11
Vues: 597

Gilbert-Keith Chesterton

Magie

Tag théâtre sur Des Choses à lire Magie12
Théâtre, une centaine de pages "aérées", 1913, titre original: Magic. A Fantastic Comedy.

En version originale ici.
Ou encore sur TonTube/livre audio là:
La croustillante genèse de cet opus est narrée en introduction (de François Rivière, dans l'édition Payot-Rivages Poche de 2015), je ne résiste pas à l'envie de vous en livrer les grandes lignes:
Elles concernent deux gentlemen amis-ennemis, les plus cordiaux débatteurs diamétralement opposés de leur temps et de leur lieu, G-K Chesterton et G-B Shaw.

Ceux-ci vont, en ces temps pré-médias autres que l'écrit, jusqu'à se produire en public pour des joutes-débats qui font salle comble, en plus de s'affronter par journaux et écrits divers interposés !

Or, George-Bernard Shaw brûle de voir Gilbert-Keith Chesterton tâter d'un genre qui devrait lui aller comme un gant: le théâtre, une forme d'expression où son sens comique, de la répartie mais aussi comique burlesque ou de situation, son art du paradoxe et son écriture enlevée devraient faire merveille.

Aussi il le défie publiquement d'écrire une pièce, promettant même de l'aider au besoin. Pas de réponse. Chesterton publie "Un nommé Jeudi" (roman explicite, voir précédents messages sur ce fil).

George-Bernard Shaw s'enhardit jusqu'à le relancer (1er mars 1908): "Alors cette pièce, où en est-elle ?"

Silence. Mais Shaw revient à la charge en octobre 1909, lui écrivant qu'il a le synopsis à lui fournir, lui indiquant la longueur souhaitable (18000 mots), et même quelle somme il convient de réclamer pour l'édition puis auprès d'éventuels producteurs auprès desquels faire jouer la pièce.

Chesterton réagit par...la publication d'un essai sur G-B Shaw !
Mais Shaw ne désarme pas, passe de la persuasion à l'intrusion quand, trois années plus tard, il prend le prétexte d'une visite (fictive ?) auprès d'un tiers à Beaconsfield (où résident les Chesterton), pour adresser à Mme Chesterton une lettre lui demandant de bien vouloir le recevoir, et, je cite (fin de la lettre)
J'aimerais lire ma pièce Androclès et le lion à Gilbert afin de le stimuler car il serait bon qu'il se mette aussi au travail. Il faudrait qu'à cette lecture, vous-même tombiez en admiration et déclariez que vous ne pourrez jamais aimer un homme incapable d'écrire des choses pareilles...Et que si Gilbert n'est pas en mesure de livrer dans les trois semaines une œuvre de cette qualité, telle l'héroïne d'Une maison de poupée, vous quitterez le foyer conjugal pour aller vivre votre vie.  

Cette fois-ci, Chesterton cède, mais garde la liberté de ne pas respecter le délai imparti: 18 mois plus tard la pièce, en trois actes et un prélude, est créée au Little Theatre de London. Et restera à l'affiche pour cent soixante quinze représentations, coup d'essai, coup de maître !
L'action se déroule dans le salon du Duc, que jouxtent diverses pièces et un jardin.
Personnages: Le Duc (plutôt doux-dingue, incapable d'appuyer une cause plutôt qu'une autre, etc...),
trois personnages représentant les autorités, les références morales et comportementales du lieu et du temps:
Le Docteur Grimthorpe (la science et la méthodologie scientifico-scientiste)
Le Révérend Cyril Smith (la morale, mais celle du Siècle -du temps, distordue vis-à-vis des Evangiles),
Morris Carleon (le jeune businessman américain, pétri d'action, de sens des affaires, et de réalisme matérialiste égocentré),
Puis trois personnages, dont deux clefs:
Hastings (le secrétaire du Duc, guindé, professionnel, froidement drôle)
L'étranger (le premier rôle masculin, magicien (?), chamane (?) prestidigitateur (?), illusioniste (?)),
Patricia Carleon (sœur de Morris, seul rôle féminin, celle par qui tout arrive...)

Le poétique Prélude se déroule dans le jardin, dans l'obscurité, c'est un échange, plutôt onirique, un rien mystique, entre Patricia et l'étranger.

L'acte I voit l'entrée en scène de tous les autres personnages, et le comique naît de leurs réparties, tutoyant parfois la métaphysique aux confins de l'absurde, si chère à Chesterton.

Se mettent en place les autorités, telles que les symbolisent le docteur, le révérend et l'homme d'affaires.

Face à ceux-là, Chesterton fait donner, via l'étranger (et Patricia, "passeuse" involontaire -ou impromptue), une bien réelle (elle !) leçon: de féérie, de foi, d'amour.
Sa patte donne libre cours aux méta (-phore, -physique).
A bien y regarder, nous avons là, en trois actes et un prélude, un joli petit morceau de vulgarisation exégétique drôle, en matière d'immanence et de transcendance.





Sorti du chapeau-claque, entre lapin et colombe, d'un message sur Parfum du 25 juillet 2015.

mots-clés : #théâtre
par Aventin
le Mar 16 Jan - 17:44
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Gilbert-Keith Chesterton
Réponses: 41
Vues: 1212

Nathalie Sarraute

Le mensonge

Tag théâtre sur Des Choses à lire Gd10

Pièce de théâtre savoureuse. Celle-ci se basant sur une critique sarcastique et acerbe des conventions sociales et de la relation parfois conflictuelle que nous pouvons avoir dans l'honnêteté que nous devon ou que nous ne devons pas à autrui.
Par un jeu de rhétorique Nathalie Sarraute permet de mettre en exergue une hypocrisie sociale sur le devoir d'être, le devoir de dire qui finalement entre en contradiction avec des devoirs similaires mais antagonistes.

On y voit également une critique du kantisme. Kant dans Fondements de la métaphysique des moeurs exprime l'idée selon laquelle la vérité est fondatrice du droit et par conséquent elle était un principe inaltérable et in contournable. Schématiquement il conviendra de dire strictement la vérité tout le temps à tout le monde. Ce que Pierre souhaite dans la pièce.
Il en demeurera alors un dilemme sur l'argumentaire à avoir entre s'illusionner des mensonges d'autrui ou déceler chaque mensonge pour expier.

plus que jamais d'actualité.

mots-clés : #théâtre
par Hanta
le Jeu 4 Jan - 9:50
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Nathalie Sarraute
Réponses: 40
Vues: 1218

Howard Zinn

Howard Zinn fait partie des penseurs libertaires états-uniens, comme Chomsky, pourfendeurs du capitalisme néo-libéral.

Historien, mais j'aborde son oeuvre par le pan du théâtre avec sa pièce Karl Marx, le retour. (Marx in Soho, 1999)

Tag théâtre sur Des Choses à lire Captur13

Un Karl Marx qui ressuscite et qui débarque à la fin du vingtième siècle. Le pitch est bon !
Un monologue en un acte.
Truculent. Beaucoup d'humour, des attaques dans tous les sens (Bakounine en prend pour son grade).
Cette pièce est "un travail d'éducation populaire qui doit plus à la contre-information qu'à la vulgarisation".
Avoir une bonne connaissance de l'Histoire et de la vie de Marx est un pré-requis pour apprécier cette pièce un peu foutraque.
La dernière partie se veut comme une sorte de réhabilitation des idées marxistes, un sauvetage désespéré ?

Quelques tirades :

Avez-vous jamais eu des furoncles  ? Il n'y a pas de maladie plus odieuse. Les furoncles m'ont pourri la vie. Et encouragé certains imbéciles à tout expliquer à cause d'eux. "Marx enrage contre le capitalisme à causes de ses furoncles! " (...) Peut-être que ma colère enflamme mes furoncles ? Mais essayez de travailler en restant assis avec des furoncles au cul !


Sa femme, dans un passage très drôle se moque de l'ennui que provoque la lecture du Kapital :
- Sais-tu pourquoi les censeurs ont autorisé sa publication ? Parce qu'ils n'y ont rien compris et qu'ils étaient certains que personne n'y comprendrait rien.


En plus, elle a accepté le fait que je ne puisse jamais avoir tout simplement un travail comme les autres. J'ai bien essayé une fois. J'ai adressé une lettre de candidature aux chemins de fer pour un emploi de bureau. Ils m'ont répondu comme suit : "Dr. Marx,
nous sommes honorés par votre demande d'emploi dans nos services. Nous n'avons jamais eu de docteur en philosophie parmi nos employés de bureau. Mais, ce poste nécessitant une écriture lisible, nous sommes au regret de devoir décliner votre offre. "


mots-clés : #politique #théâtre
par Arturo
le Lun 27 Nov - 16:08
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Howard Zinn
Réponses: 10
Vues: 353

August Strindberg

J'ai commencé ma lecture du tome 1 du théâtre complet publié chez l'Arche.
Avec pour première pièce Le Libre-penseur : (écrite en 1869, donc pièce de jeunesse)

Et ce fut une lecture très stimulante.
J'ai songé à Martin Eden, de Jack London, avec ce personnage central idéaliste, exalté, qui veut changer le monde et bouleverser l'ordre établi, une société sclérosée par l'ordre moral. On peut penser aussi à Nietzsche quelque part. Même si Strindberg leur était antérieur avec cette production.
La prose est dynamique et percutante. En revanche, je me dis qu'à jouer au théâtre ça doit être dur pour les acteurs, vu la longueur impressionnante de certaines tirades !
En bref, un style puissant, et des répliques qui font mouche.

Le thème éternel de l'opposition du fils au père.
- Karl : Ce n'est pas vrai, père. Je ne renie pas Dieu.
- Larsson : Mais tu n'as pas de religion ?
- Karl : Comment le savez-vous ?
- Larsson : Mon Dieu! Tu ne fréquentes jamais la maison du Seigneur et tu ne lis jamais la parole de Dieu. Si quelqu'un fait ainsi, il n'a pas de religion.
- Karl : Le Dieu que je vénère n'habite pas dans des maisons de pierres édifiées par les mains des hommes.
- Larsson : Mais comment s'appelle-t-elle, ta religion ? Tu appartiens tout de même bien à une secte quelconque ?
- Karl : La religion que j'embrasse est celle de l'amour et de la vérité.
- Larsson : Je n'ai jamais entendu parler de cette religion. Et ton intention est de devenir pasteur ?

...


Deux visions antagonistes ...  Very Happy A noter que le jeune Karl est une sorte de transcendantaliste.

Mots-clés : #théâtre
par Arturo
le Jeu 19 Oct - 9:30
 
Rechercher dans: Écrivains de Scandinavie
Sujet: August Strindberg
Réponses: 10
Vues: 476

Federico Garcia Lorca

Le grand poète et dramaturge de la première moitié du XXème.
Parti trop tôt, assassiné lors de la guerre d'Espagne.
Il nous a laissé de belles choses.
Son Romancero Gitano, ode aux gitans, aux vagabonds.

Et un théâtre que je commence à découvrir.

La maison de Bernarda Alba (1936):

Tag théâtre sur Des Choses à lire Produc11
Une des dernières pièces avant de mourir.
Un témoignage d'une époque, la photographie d'un monde qui va peu à peu disparaître.
Et tant mieux, au vu du paysage que nous dresse l'auteur :
poids de la religion, paralysie face au regard des autres (vous me direz que ça n'a pas disparu ! )
Mais enfin, ça semble tout de même loin cette pièce :
Une matriarche qui tient ses filles d'une main de fer, qui ne veut les offrir à personne.
Les rapports sont âpres, la tension omniprésente.


mots-clés : #théâtre
par Arturo
le Mar 22 Aoû - 13:45
 
Rechercher dans: Écrivains de la péninsule Ibérique
Sujet: Federico Garcia Lorca
Réponses: 19
Vues: 1009

Alexandra Badea

Il est plutôt rare que je promeuve des écrivains contemporains, d'ailleurs j'ai tendance à considérer - par la force des choses - qu'un bon auteur est un auteur mort ! Tag théâtre sur Des Choses à lire 1390083676
Le problème avec ceux qui ont encore l'outrecuidance de vivre, c'est qu'ils font partie prenante du grand bouillonnement vibrionnant du paysage littéraire. Pour un lecteur exigeant, il est difficile de s'y retrouver parmi toutes les parutions, sachant que tout semble merveilleux au vu de l'extérieur, et qu'une fois que j'ouvre ledit bouquin j'ai tout de go envie de le refermer : alors ... que faire ? Continuer à lire, à parcourir, se fier à son instinct. Et de temps en temps, il m'arrive de tomber (heureusement) sur un auteur qui me plaît.
Alexandra, réjouissez-vous, vous voilà parmi le cercle restreint des survivants ! (il n'y a pas que les éditeurs qui se montrent intransigeants).

Mais revenons-en à nos moutons. Ce que j'aime chez cette autrice, c'est qu'elle prend à bras-le-corps les thèmes actuels qui font mal : désenchantement, virtualité, déshumanisation du monde du travail ... Un peu à l'instar d'un Houellebecq, mais avec une écriture bien plus incisive (l'utilisation du "tu" fait son effet). C'est aussi le propre du dialogue théâtral. Je n'ai pas encore lu son roman, mais je vous recommande chaudement de découvrir ses pièces de théâtre, notamment Pulvérisés.

Tag théâtre sur Des Choses à lire Pulver10

Quatre métiers, quatre villes : Shanghai, Dakar, Lyon, Bucarest. La vie en entreprise aux quatre coins du monde. Une ouvrière chinoise raconte ce qu'elle subit chaque jour à l'usine : l'humiliation quotidienne. Au même moment, un superviseur de plateau sénégalais dénonce la cruauté dont peut faire preuve son chef d'entreprise pour « faire du chiffre ». Ailleurs, un responsable assurance-qualité voit se détériorer sa relation familiale sous la pression du travail. Et à Bucarest, une ingénieur d'études et développement témoigne de sa difficulté à s'intégrer, à réussir, à gravir les échelons. Le quotidien de ces individus est rude, tranchant, parfois cruel et honteux.


Dites-m'en des nouvelles, et surtout si vous en êtes ressortis indemnes ! Elle a de quoi nous questionner, et mettre le doigt là où ça piquotte !

mots-clés : #contemporain #social #théâtre #viequotidienne
par Arturo
le Lun 21 Aoû - 15:29
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Alexandra Badea
Réponses: 5
Vues: 340

Gustave Flaubert

Et en attendant, un peu de récup :

Tag théâtre sur Des Choses à lire 97822511


Le candidat


Pièce de théâtre en 4 actes. Les deux premiers comportent 14 scènes chacun, le troisième 7, et le dernier 12. Une composition étrange, tout comme la fin, qui ne semble ne pas en être une.

Ce vaudeville n'aura été joué que 4 fois, le public n'applaudissant pas, rideau ! Ils auraient voulu une fin tranchée, un cinquième acte en forme de dénouement classique. Mais Flaubert était bien plus subtil.

Villiers de l'Isle-Adam l'explique bien dans son analyse présente en annexe.

Citation :
Lorsque sur la dernière scène du drame, la toile est tombée, comme la nuit sur les coassements d'un marécage, le public du Vaudeville est demeuré, pendant un bon moment, comme interdit, et pouvant à peine en croire ses oreilles. J'ai un faible pour ce public, lequel est tout particulier. J'ai eu affaire à lui, naguère, et c'est toujours avec intérêt que je l'observe, à l'occasion.
«Eh bien mais ? Et le dénouement ?... cela n'est pas fini ?...» demandait-il machinalement par une vieille habitude.
Il voulait son maire et son notaire.
Hélas ! c'était impossible. On ne pouvait lui servir son plat favori, attendu que, cette fois, la comédie ne finit pas, n'ayant jamais commencé. Le Candidat dure toujours, avec son auréole de satellites ; il est, voilà tout; il continue au sortir de la salle, en renchérissant peut-être. C'est le serpent qui se mord la queue ! Demander la fin de cette comédie, autant demander la suppression de la Chambre. On aurait dû arrêter comme radicaux et subversifs les gens qui ont osé réclamer une chose pareille.


Pour en revenir à la pièce en elle-même, elle est vraiment bien rythmée, très fine dans cette peinture du monde politique, qui se prête merveilleusement bien à la satire et au vaudeville.

Dans une élection provinciale, on découvre les dessous de l'ambition des personnages... Eh oui, le pouvoir corrompt, le politique est une vaste farce, où tout est permis pour l'ascension. Le retors Murel fait froid dans le dos, et Rousselin (le candidat principal à l'élection) est d'une bêtise affligeante. Il est prêt à tout pour séduire ses électeurs, même à marier sa fille au plus offrant (celui qui lui accordera le meilleur accessit vers le pouvoir). C'est dommage que cette pièce soit inconnue, mais à en croire Villiers de l'Isle-Adam, Flaubert en était satisfait?

Citation :
Le seul moyen spirituel d'exécuter la «pièce» eût été de l'applaudir. Mais si le public eût été capable de ceci, Gustave Flaubert ne l'eût pas écrite.

Cette pièce trouve évidemment un écho qui semble intemporel, tant le monde politique paraît voué à rester éternellement dans cette fange ridicule.

A noter que l'humour est bien présent, tout comme le cynisme implacable, le long monologue de la scène première de l'acte III est vraiment terrible.

Quelques extraits :

Flaubert a écrit:

Murel : Saperlotte, il faudrait cependant vous résoudre ! Soyez d'un côté ou de l'autre ! Mais décidez-vous ! finissons-en !  

Rousselin : Pourquoi toujours ce besoin d'être emporte-pièce, exagéré ! Est-ce qu'il n'y a pas dans tous les partis quelque chose de bon à prendre ?

Murel : Sans doute, leurs voix !



Flaubert a écrit:
Rousselin : Il aura le temps ! on a encore cinq minutes ! Dans cinq minutes le scrutin ferme, et alors ?...
Je ne rêve donc pas ! C'est bien vrai ! je pourrais le devenir ! Oh ! circuler dans les bureaux, se dire membre d'une commission, être choisi quelquefois comme rapporteur, ne parler toujours que budget, amendements, sous-amendements, et participer à un tas de choses... d'une conséquence infinie ! Et chaque matin, je verrai mon nom imprimé dans tous les journaux, même dans ceux dont je ne connais pas la langue !
Le jeu ! la chasse ! les femmes ! est-ce qu'on aime quelque chose comme ça ? Mais pour l'obtenir, je donnerais ma fortune, mon sang, tout ! Oui ! j'ai bien donné ma fille ! ma pauvre fille ! (Il pleure)


mots-clés : #théâtre #xixesiecle
par Arturo
le Dim 13 Aoû - 19:05
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Gustave Flaubert
Réponses: 53
Vues: 1822

Luigi Pirandello

Tag théâtre sur Des Choses à lire Six10


Six personnages en quête d'auteur (1921) :

Sans doute une des pièces les plus renommées de l'auteur. Suite à la LC Théâtre, j'inaugure les commentaires pour cette pièce.

Une famille de personnages à moitié créés, laissés en plan par leur auteur, fait irruption dans un théâtre en réclamant à cor et à cri d’exister.


J'ai eu l'impression que cette pièce annonçait le théâtre de l'absurde, et qu'elle était souvent à destination des acteurs, plus que des spectateurs. Mais c'est une sensation.
Il y a de belles envolées lyriques, des réflexions intéressantes, qui mériteraient relecture (dans un moment où je serai plus réceptif que ces temps-ci).
Pour résumer la pensée : l'humain est insaisissable, et présente mille facettes.

J'ai bien aimé le concept, même si ça m'a paru un peu répétitif. Y a quand même des moments drôles et bien sentis.


mots-clés : #théâtre
par Arturo
le Mer 24 Mai - 20:48
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Luigi Pirandello
Réponses: 5
Vues: 941

Jean-Luc Lagarce

Jean-Luc Lagarce
(1957-1995)

Tag théâtre sur Des Choses à lire Jean-l10

Jean-Luc Lagarce (1957-1995) est actuellement l'un des auteurs contemporains les plus joués en France. Metteur en scène de textes classiques aussi bien que de ses propres pièces, c’est en tant que tel qu’il accède à la reconnaissance de son vivant. Depuis sa disparition, son œuvre littéraire (vingt-cinq pièces de théâtre, trois récits, un livret d’opéra…) connaît un succès public et critique grandissant ; elle est traduite en vingt-cinq langues.

Jean-Luc Lagarce, né le 14 février 1957, a passé toute sa jeunesse dans une petite ville de Franche-Comté. A l'âge de 13 ans, il écrit sa toute première pièce de théâtre pour ses camarades de classe. A 18 ans, il s'inscrit à la faculté de philosophie et au conservatoire d'art dramatique de Bensançon. Avec quelques élèves, il fonde une compagnie amateur, La Roulotte, qui rend hommage à Jean Vilar. Son mémoire universitaire a pour thème "Théâtre et pouvoir en Occident".

Quelques années plus tard, Jean-Luc Lagarce abandonne ses études pour se consacrer entièrement au théâtre. Sa compagnie devient professionnelle, il y endosse les doubles rôles de metteur en scène et d'acteur. Il monte des pièces classiques, contemporaines, ainsi que ses propres oeuvres.
Ses premières pièces, notamment, sont marquées par le théâtre de l'absurde, osant des clins d'oeil à Ionesco ou à Jean Genet. Plusieurs d'entre elles brossent un portrait satirique des lieux de pouvoir. Son humour se retrouve dans toute son oeuvre, y compris dans ses dernières pièces, plus sombres et d'inspiration autobiographique.

Jean-Luc Lagarce termine sa dernière pièce, Le pays lointain, quinze jours à peine avant de disparaître à l'âge de 38 ans, victime du sida.

source : Lagarce.net


Oeuvre :

Théâtre
Erreur de construction, 1977
Carthage, encore, 1978
La Place de l'autre , 1979
Voyage de Madame Knipper vers la Prusse Orientale, 1980
Ici ou ailleurs, 1981
Les Serviteurs, 1981
Noce, 1982
Vagues souvenirs de l'année de la peste, 1982
Hollywood, 1983
Histoire d'amour (repérages), 1983
Retour à la citadelle, 1984
Les Orphelins, 1984
De Saxe, roman, 1985
La Photographie, 1986
Derniers remords avant l'oubli, 1987
Music-hall, 1988 : Page 1
Les Prétendants, 1989
Juste la fin du monde, 1990
Histoire d'amour (derniers chapitres), 1990
Les règles du savoir-vivre dans la société moderne, 1993
Nous, les héros, 1993
Nous, les héros (version sans le père),1993
J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne, 1994
Le Pays lointain, 1995 : Page 1

Essai
Théâtre et Pouvoir en Occident

Roman et récits
Le Voyage à la Haye, 1994, roman
Le Bain, 1993, récit
L'Apprentissage, 1993, récit
Du luxe et de l'impuissance, 1994, recueil de onze articles et éditoriaux
Journal, Les Solitaires Intempestifs - 1977 - 1990 tome 1 et 1990 - 1995 tome 2

Cinéma et Opéra
Quichotte, 1989, livret d'opéra
Retour à l'automne, scénario coécrit avec Gérard Bouysse

màj le 16/11/2017




Si je n'ai pas fait de bêtises, il n'y a pas encore de sujet dédié à Jean-Luc Lagarce.  Rolling Eyes
J'ai eu, très récemment, la chance de me replonger dans son univers lors d'une présentation théâtrale organisée dans un conservatoire.
Il s'agissait d'extraits tirés de la pièce Le Pays Lointain.

Même mises bout à bout, et parfois répétées plusieurs fois par différents acteurs, les scènes m'ont rappelé à quel point j'appréciais le style, l'écriture de Jean-Luc Lagarce. Il y a une véritable plume, chez ce dramaturge, une tentative de saisir le mot juste, de parvenir à dire l'indicible.

Ses écrits tournent généralement autour des thèmes de la famille et de l'homosexualité, souvent articulés avec la maladie et la mort.
Je n'ai pas eu l'occasion de voir l'adaptation faite par Xavier Dolan (honte à moi ..?).
Néanmoins, je pense que c'est peut-être le bon moment pour remettre au goût du jour un auteur singulier.

Je vous laisse avec cet extrait, certes un peu long, mais qui m'a le plus interpellé durant cette présentation, par la déchirure qui se dévoile, un coeur en pleine effusion. Que c'est beau !  Very Happy

SUZANNE. – Lorsque tu es parti
– je ne me souviens pas très bien de toi‚ c’était il y a beaucoup d’années –
lorsque tu es parti‚
et je ne savais pas que tu partais pour tant de temps‚ j’aurais fait attention‚ je ne me doutais pas‚ je ne prenais pas garde‚ et je me suis retrouvée sans rien‚
lorsque tu es parti‚
je n’imaginais pas‚ je t’ai oublié assez vite.

J’étais petite‚ jeune‚ ce qu’on dit‚ j’étais petite.

Ce n’est pas bien que tu nous aies quittés‚
parti depuis si longtemps‚
ce n’est pas bien et ce n’est pas bien pour moi et ce n’est pas bien pour elle‚ pour notre mère non plus‚ ce n’est pas bien
– elle ne te le dira pas –
et ce n’est pas bien encore‚ d’une certaine manière‚ pour eux‚ Antoine et Catherine.
Mais aussi
– et je ne crois pas me tromper –
mais aussi ce ne doit pas‚ ça n’a pas dû‚ ce ne doit pas être bien pour toi non plus‚
pour toi aussi. Je pense ça.
Tu as dû‚ parfois‚ même si tu ne l’avoues pas‚ jamais‚ même si tu ne devais jamais l’avouer – et il s’agit bien d’aveu – tu as dû parfois‚ toi aussi – ce que je dis – toi aussi‚ tu as dû parfois avoir besoin de nous‚ souvent‚ je crois‚ et regretter de ne pouvoir nous le dire.
Ou‚ plus habilement
– je pense que tu es un homme habile‚ un homme qu’on pourrait qualifier d’habile‚ un homme plein d’une certaine habileté –
ou plus habilement encore‚ tu as dû parfois regretter de ne pouvoir nous faire sentir ce besoin de nous‚ sans devoir vraiment l’avouer‚ il s’agissait bien d’aveu‚ et nous obliger‚ de nous-mêmes‚ à nous inquiéter de toi‚ sans avoir jamais rien à réclamer.
Tu as dû regretter.

Parfois‚ tu nous envoyais des lettres‚ parfois tu nous envoies des lettres‚ ce ne sont pas des lettres‚ qu’est-ce que c’est ? De petits mots‚ juste de petits mots‚ une ou deux phrases‚ rien‚ comment est-ce qu’on dit ? Elliptiques.
Parfois‚ tu nous envoyais des lettres elliptiques.
Je pensais‚ lorsque tu es parti‚ ce que j’ai pensé lorsque tu es parti‚ lorsque j’étais enfant et lorsque tu nous as faussé compagnie – là que ça commence – car tu nous as faussé compagnie‚ pas autre chose – moi‚ je ne t’avais rien fait ! – je pensais que ton métier était d’écrire‚ serait d’écrire‚ j’avais ça dans la tête‚ tu étais bon élève‚ l’idée que j’ai des bons élèves‚ l’idée que les parents ont des bons élèves‚ c’est à peu près ça‚ au bout du compte‚ c’est quelqu’un qui écrira‚ qui peut écrire‚
et que de toutes les manières
– nous éprouvons les uns et les autres‚ ici‚ tu le sais‚ tu ne peux pas ne pas le savoir‚ nous éprouvons une certaine forme d’admiration‚ c’est le terme exact‚ une certaine forme d’admiration pour toi‚ à cause de ça –
et‚ que de toutes les manières‚
si tu en avais la nécessité‚ si tu en éprouvais la nécessité‚ si tu en avais‚ soudain‚ l’obligation ou le désir‚ tu saurais écrire‚ te servir de ça pour te sortir d’un mauvais pas ou avancer plus encore.
C’est ce que je pensais de toi et j’imaginais‚ je n’ai guère changé d’opinion‚ je n’ai jamais su pourquoi‚ j’imaginais que‚ pour cette raison‚ tu ne risquais rien‚ de fait‚ dans l’existence. Je ne m’inquiétais pas de toi‚ l’idée que nous avons ici‚ dans cette ville‚ cette sorte de ville‚ et les parents partageaient ce même sentiment‚ et tous les autres gens‚ ceux-là qui se promènent sur la route dans la forêt‚ l’idée que quelqu’un qui fut bon élève‚ ce que je disais‚ et qui saurait écrire‚ ne risque rien‚ qu’il n’y a pas à s’inquiéter de lui.

Mais jamais‚
nous concernant‚
jamais tu ne te servis de cette possibilité‚ de ce don‚ pouvoir nous écrire – on dit comme ça‚ c’est une sorte de don‚ tu ris – jamais‚ nous concernant‚ tu ne te servis de cette qualité – c’est le mot‚ drôle de mot – jamais tu ne te sers de cette qualité que tu possèdes‚ écrire bien‚ avec nous‚ pour nous.
À notre égard.

Tu ne nous en donnes pas la preuve‚ tu ne nous en juges pas dignes.
C’est pour les autres.

Ces petits mots
– les petites lettres elliptiques –
ces petits mots‚ ils sont toujours écrits au dos de cartes postales – nous en avons aujourd’hui une collection enviable – comme si tu voulais‚ de cette manière‚ toujours paraître être en vacances‚ je ne sais pas‚ je croyais cela‚ j’ai longtemps cru que tu étais toujours en vacances‚
ou encore‚ comme si‚ par avance‚
tu voulais réduire la place que tu nous consacrerais et laisser aussi‚ c’est bien le pire‚ et laisser aussi‚ ce que je te reproche le plus durement‚ laisser à tous les regards‚ le facteur‚ les messages sans importance que tu nous adressais.

« Je vais bien et j’espère qu’il en va de même pour vous »

Pour un jour comme celui d’aujourd’hui‚
même pour annoncer une nouvelle de cette importance‚
et tu ne peux pas ignorer que ce fut une nouvelle importante pour nous‚ je le dis‚ tu l’entends‚ une nouvelle importante pour nous‚ nous tous‚ les autres ne te le diront pas mais ils le pensent aussi‚
même pour un jour comme celui d’aujourd’hui‚ tu as juste écrit‚ là encore‚ quelques rapides indications d’heure et de date au dos d’une carte postale achetée très certainement dans un bureau de tabac et représentant‚ que je me souvienne‚ une ville nouvelle de la grande périphérie‚ vue d’avion‚ avec‚ on peut s’en rendre compte aisément‚ au premier plan‚ le parc des expositions internationales. Tu signes‚ là comme à chaque fois‚ que tu nous embrasses mais c’est un mensonge‚ des choses qu’on écrit mais dont on n’a que faire‚ tu ne nous embrasses pas.


mots-clés : #théâtre
par ekivhoc
le Ven 24 Mar - 19:38
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Jean-Luc Lagarce
Réponses: 14
Vues: 761

Revenir en haut

Page 1 sur 2 1, 2  Suivant

Sauter vers: