Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 24 Juil - 9:50

38 résultats trouvés pour vieillesse

Ernesto Sábato

Avant la fin

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Ce sont les mémoires d’Ernesto Sábato, rédigées à 86 ans.
Dans la première partie, l’auteur suit la chronologie. Jumeau d’un mort-né, traumatisé par un père autoritaire, le monde lui apparaît très tôt comme une noire source de terreur dans le malheur du manque d’amour. Après les misère et rigueur d’une triste enfance de pauvres immigrés dans la pampa, « cette métaphore du néant », il passe du communisme à l’anarchisme sans jamais renoncer à l’humanisme, de la physique dans les laboratoire Curie et MIT au surréalisme, de la pureté absolue des théorèmes mathématiques et du rationnel à l’art (il est aussi peintre).
Ayant abandonné la science et sa position confortable, il retourne à Paris pour travailler à l’UNESCO :
« L’édifice où était situé l’UNESCO avait été le siège de la Gestapo, et dans cette atmosphère raréfiée de paperasseries bureaucratiques je sentis une fois encore se fissurer autour de moi cet univers kafkaïen où je me mouvais. Sombrant dans une grave dépression, face aux eaux de la Seine, je fus submergé par la tentation du suicide.
Un roman profond surgit quand notre existence affronte des situations limites, douloureuses croisées des chemins où nous sentons la présence inéluctable de la mort. Dans un tremblement existentiel, l’œuvre est notre tentative, jamais tout à fait réussie, de reconquérir l’unité ineffable de la vie. Torturé par l’angoisse, je me suis mis avec fébrilité à écrire, sur une machine portative, l’histoire d’un peintre qui cherche désespérément à se faire comprendre [Le Tunnel].
Égaré comme je l’étais dans un monde en décomposition, parmi les ruines d’idéologies en banqueroute, l’écriture a été pour moi le moyen fondamental, le plus absolu et puissant, qui m’a permis d’exprimer le chaos dans lequel je me débattais ; et j’ai pu ainsi libérer non seulement mes idées, mais surtout mes obsessions les plus secrètes et inexplicables.
La véritable patrie de l’homme n’est pas l’univers pur qui fascinait Platon. Sa véritable patrie, à laquelle il revient toujours après ses détours dans l’idéal, c’est cette région intermédiaire et terrestre de l’âme, ce territoire de déchirements où nous vivons, aimons et souffrons. Et dans une époque de crise totale, l’art seul peut exprimer l’angoisse et la désespérance de l’homme, parce que, à la différence de toutes les autres activités de la pensée, c’est la seule qui capte la totalité de son esprit, et tout spécialement dans les grands romans qui réussissent à pénétrer jusqu’au domaine sacré de la poésie. La création est ce début de sens que nous avons conquis de haute lutte contre l’immensité du chaos.
"Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer." Vérité absolue, cher, admiré et douloureux Artaud ! »

Cet aspect cathartique de l’écriture n’est pas propre à Sábato ; c’est même sans doute l’un des principaux moteurs de la création littéraire.
Pessimisme et doute métaphysiques, proximité avec Camus dans une sorte d’existentialisme humanitaire, conscience de la tragique condition humaine et de l’avenir compromis de la planète, dans une seconde partie Sábato expose sa vision de l’illusion du progrès civilisationnel compromis par la technique et la raison aveugles et orgueilleuses, en fait régression et involution dues à la croissance économique qui exclut l’humanité, l’argent qui a remplacé les valeurs, le pouvoir entre les mains de quelques-uns.
Sábato cite, à cinquante ans d’écart, son premier essai (1951), Hommes et engrenages :
« Ce paradoxe, dont nous subissons actuellement les ultimes et plus tragiques conséquences, a été le résultat de deux forces dynamiques et amorales : l’argent et la raison. Ce avec quoi l’homme s’empare du pouvoir séculier. Mais ‒ et c’est là que le paradoxe prend ses racines ‒ cette conquête se fait sous les espèces de l’abstraction : du lingot d’or au clearing, du levier au logarithme, l’histoire de la maîtrise croissante de l’homme sur l’univers a été aussi l’histoire des abstractions successives. Le capitalisme moderne et la science positive sont les deux faces d’une même réalité dépourvue d’attributs concrets, d’une fantasmagorie abstraite dont fait partie l’homme lui-même, non plus désormais l’homme concret et individuel mais l’homme-masse, cet être étrange à l’aspect encore humain, doté d’yeux et de larmes, de voix et d’émotions, mais devenu en réalité un engrenage d’une gigantesque machine anonyme. C’est là le destin contradictoire de ce demi-dieu de la Renaissance qui avait revendiqué son individualité, qui s’était soulevé avec orgueil contre Dieu, en proclamant sa volonté de dominer et transformer les choses. Il ignorait qu’il finirait lui-même par se transformer en chose. »

C’est chose faite sur ce forum… Mais si ce discours n’est pas nouveau de nos jours, je vois presque de la prophétie dans cette progression de l’artificiel "hors-sol", qui se prolonge si symptomatiquement aujourd’hui dans le virtuel : une sorte de confirmation de l’analyse de Sábato.
« …] malheur des hommes, destinés à la beauté mais condamnés à survivre dans la banalité de cette culture où ce qui autrefois avait un sens a dégénéré en une grossière diversion, en excitants et en pathétiques objets décoratifs. Triste épilogue d’un siècle déchiré entre les délires de la raison et la cruauté de l’acier. »

Là, je ne peux que penser aux "substances" et aux récupérations "ethniques" (et mercantiles) actuelles…
Rappel avec à propos d’un titre de gravure de Goya :
« Les rêves de la raison engendrent des monstres »

Sábato parle aussi de la commission nationale (argentine) sur les disparus de 1976, qu’il présida, et son rapport Nunca Más (Jamais plus) ‒ cette surenchère du « terrorisme d’état » qui n’a pas pu trouver l’apaisement…
Dans la troisième partie, toujours par courts textes regroupés selon une thématique, Sábato évoque ses grandes douleurs, comme la perte d’un fils, la détresse de la jeunesse actuelle, l’ombre du suicide, soit ce « testament spirituel » de sa quête de vérité et de sacré. L’épilogue est une adresse aux jeunes gens, aux enfants déshérités : un message d’espoir, d'ouverture et de solidarité, un appel aux « héros, saints ou martyrs » nécessaires.
Voici ses derniers mots (cervantesques), avant la fin de sa vie, ou du monde :
« Seuls ceux qui se montreront capables d’incarner l’utopie pourront mener le combat décisif, celui dont l’enjeu est de recouvrer toute l’humanité que nous avons perdue. »

L’auteur étant un grand lecteur, les références et citations littéraires sont nombreuses : Dostoïevski, « ce diabolique Rimbaud » et bien d’autres, notamment Cioran, avec qui Sábato se trouve des affinités :
« Comme la nécessité de démythifier un rationalisme qui ne nous a apporté que la misère et les totalitarismes. »

Je dois signaler que ‒ en tout cas dans la traduction française ‒ ce livre est entaché par endroits de poncif, de pathos et d’un certain passéisme, ce qui ne retire rien aux convictions de l’auteur, ni à la valeur de son témoignage.

Voici un passage qui résonne particulièrement en moi (mais pas pour le style), sans doute compte tenu de ce que j'ai pu observer de mon côté :
« Dans la ville de Resistencia, j’ai fait une expérience qui me paraît déterminante. C’était au début de l’année, pendant les grandes inondations du Paraná. J’ai été alors bouleversé de voir une telle pauvreté et à la fois une telle humanité. Comme si elles étaient inséparables, comme si l’essentiel de l’homme se révélait dans l’indigence. »


Mots-clés : #autobiographie #creationartistique #ecriture #essai #temoignage #vieillesse #xixesiecle
par Tristram
le Dim 14 Juil - 16:23
 
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Sujet: Ernesto Sábato
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Jocelyne Saucier

Il pleuvait des oiseaux

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Originale : Français (Quebec/Canada, 2011)

CONTENU :
1996 : Dans les larges étendues du Canada, une photographe est à la recherche d'Edward (ou Ted, Ed) Boychuck, l'un des derniers témoins des « Grands Feux » des années 1911-16 (voir aussi par exemple : http://voyagesontario.com/points-interets/le-grand-incendie-de-1916 ), en vue d'un réportage et une exposition de portraits de ces survivants. Mais c'est trop tard : quand elle arrive devant des baraques isolées, loin de tout, Boychuck était mort depuis juste une semaine. Ses compagnons des dernières années, vivant plus ou moins proche, mi-éremite, mi se tenant compagnie, se montrent plutôt pas impressionnés par cette mort, mais en font plutôt des blagues. L'arrivée de la photographe (qui demeurera sans nom) est presque vécue comme une intrusion, même si elle est sous le charme de ces vieillards loufoques. Mais qu'est-ce qui s'est vraiment passé ? Et pourquoi est-ce que ces trois avaient décidé de vivre dans un tel éloignement du monde ?

Plus tard apparaît encore une femme d'âge avancée, tante d'un des hommes qui sert comme intermédiaire entre les hommes et la ville. Cette femme va remuer les habitudes des uns et des autres et apporter une touche de féminité dans cet univers masculin. Et au bout, ce sera aussi une histoire d'amour...

REMARQUES :
Je suis tombé sur ce livre par la récommandation de notre bibliothècaire, et en plus il y avait une histoire de discerner/découvrir le Prix France-Québec (que ce livre a finalement gagné!). Je me suis laissé avoir et je n'ai pas regretté.

Les chapitres différents sont introduits – en français même différents par le choix de lettres en italique – par des espèces de vues panoramiques. Les trois premières parties seront racontées par trois différents acteurs (la photographe et deux des personnages intermédiaires entre le camp et le monde extérieur), avec leur vues sur le déroulement des choses, leur connaissance des « trois vieux ». Puis un narrateur omniscient (première personne) qui va, en partie chronologiquemment, mais aussi avec des regards en arrière, parler d'éléments divers.

En 1996 Tom a 86 et Charles déjà 89 ans. Avec Ed ils étaient plus ou moins longtemps ensemble dans cet écart du monde et il doit y avoir des raisons. Ed avait été le premier à s'installer : il avait survécu le grand feu de Matheson de 1916, sujet (Leitmotiv) qui revient plusieurs fois au cours du roman. Il s'est retiré plus tard dans sa vie ici et travaillait pendant des mois sans grand contact extérieur sur ses peintures. Aussi chez les autres il a du y avoir des raisons diverses qui les a menées dans cet isolement choisi. Pas seulement par haine envers l'espèce humaine, mais partiellement même « chassés » de la communauté. Et il y a des raisons différentes qui poussent alors des hommes (et ici plus tard aussi une femme) à chercher la solitude relative. Fuite ? Protection ? Calme ?

Vers les nouveaux arrivants il peut y avoir une méfiance : est-ce qu'il ou elle va déranger l'ordre de cette cohabitation ? Le mépris, est-il justifié ? Peu à peu l'histoire nous revèle ce cheminement, et pendant des moment on pourrait bien se sentir un peu sur une mauvaise piste et se faire désorienter par une espèce de jeu avec les genres : au début il y a même une allusion qui laisserait craindre le pire (un crime) ! L'installation de la vieille Gertrude – qui avait été internée injustement pendant 60 ans dans un asyle psychiatrique ! - va bousculer l'ordre et remuer ces vieux messieurs. Et des sentiments naissent. Oui, le grand âge n'empêche pas de tout une histoire d'amour à naître. Dont il sera question, comme aussi du sujet de la liberté (de quoi ? Pour quoi?), et du vieillissement, la dignité, la mort.

Un bon roman, une belle histoire d'amour tardif, mais aussi un témoignage sur ces grands feux si dévastateur au Canada, surtout dans les années 10 du XXème siècele. Et le titre n'a d'un coup rien de symbolique : derrière une formulation quasiment poètique se cache une dure réalité qui me rappelait un autre roman, allemand, sur les incendies de Dresde : dans la chaleur inimaginable il pleuvait littéralement des corps calcinés d'oiseaux...


Mots-clés : #amour #catastrophenaturelle #solidarite #vieillesse
par tom léo
le Sam 15 Juin - 18:08
 
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Sujet: Jocelyne Saucier
Réponses: 8
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William Faulkner

Trois nouvelles (Une rose pour Emily - Soleil couchant - Septembre ardent)

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Titres originaux: A Rose for Emily - That evening sun - Dry September.

Lu en version Folio bilingue (ci-dessus).
Dates de premières publications: 1930 pour A Rose for Emily, 1931 pour That evening sun et pour Dry September.


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A Rose for Emily (Une rose pour Emily):

Le narrateur écrit au "je", plus exactement au "nous", "nous" englobant ainsi tous les habitants de la ville (Jefferson, bien connue des lecteurs de Faulkner).
Emily et sa maison sont, en quelque sorte, deux monuments, deux exceptions à Jefferson. L'histoire débute par l'évocation de la date du décès d'Emily. Ce décès donne enfin l'occasion à la communauté villageoise de pousser la porte de la maison d'Emily, où elle vivait recluse en compagnie d'un vieux serviteur, qui disparaît dès le décès officialisé:

V a écrit:Le Noir vint à la porte recevoir la première des dames. Il les fit entrer avec leurs voix assourdies et chuchotantes, leurs coups d'œil rapides et furtifs, puis il disparut. Il traversa toute la maison, sortit par-derrière et on ne le revit plus jamais.
Les deux cousines arrivèrent tout de suite. Elles firent procéder à l'enterrement le second jour. Toute la ville vint regarder Miss Emily sous une masse de fleurs achetées. Le portrait au crayon de son père rêvait d'un air profond au-dessus de la bière, les dames chuchotaient, macabres, et, sur la galerie et la pelouse, les très vieux messieurs - quelques-uns dans leurs uniformes bien brossés de Confédérés - parlaient de Miss Emily comme si elle avait été leur contemporaine, se figurant qu'ils avaient dansé avec elle, qu'ils l'avaient courtisée peut-être, confondant le temps et sa progression mathématique, comme font les vieillards pour qui le passé n'est pas une route qui diminue mais, bien plutôt, une vaste prairie que l'hiver n'atteint jamais, séparé d'eux maintenant par l'étroit goulot de bouteille des dix dernières années.


V a écrit:The Negro met the first of the ladies at the front door and let them in, with their hushed, sibilant voices and their quick, curious glances, and then he disappeared. He walked right through the house and out the back and was not seen again.The two female cousins came at once. They held the funeral on the second day, with the town coming to look at Miss Emily beneath a mass of bought flowers, with the crayon face of her father musing profoundly above the bier and the ladies sibilant and macabre; and the very old men --some in their brushed Confederate uniforms--on the porch and the lawn, talking of Miss Emily as if she had been a contemporary of theirs, believing that they had danced with her and courted her perhaps, confusing time with its mathematical progression, as the old do, to whom all the past is not a diminishing road but, instead, a huge meadow which no winter ever quite touches, divided from them now by the narrow bottle-neck of the most recent decade of years.


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That evening sun  (Soleil couchant):

Le thème de la peur, traité très en finesse. Quelle virtuosité dans l'inexprimé, quelle économie de mots, aussi. Beaucoup de dialogues, mettant en avant le langage des enfants:
En effet le narrateur au "je" de la nouvelle est un enfant de neuf ans, Quentin:
Autant Christian Bobin m'avait exaspéré avec ce procédé-là dans La folle allure, autant William Faulkner m'enchante dans That evening sun !

IV a écrit:
Alors, Nancy se remit à faire le bruit, pas fort. Assise, penchée au-dessus du feu, elle laissait pendre ses longues mains entre ses genoux. Soudain, l'eau se mit à couler sur sa figure, en grosses gouttes. Et, dans chaque goutte, tournait une petite boule de feu, comme une étincelle, jusqu'au moment où elle lui tombait du menton/ "Elle ne pleure pas, dis-je".
- "Je ne pleure pas" dit Nancy. Elle avait les yeux fermés. ""Je ne pleure pas. Qui est-ce ?
- Je ne sais pas, dit Caddy qui se dirigea vers la porte et regarda au-dehors. Il va falloir que nous partions, dit-elle. Voilà Papa.
- Je vais le dire, dit Jason. C'est vous qui m'avez forcé à venir."


IV a écrit:Then Nancy began to make that sound again, not loud, sitting there above the fire, her long hands dangling between her knees; all of a sudden water began to come out on her face in big drops, running down her face, carrying in each one a little turning ball of firelight like a spark until it dropped off her chin. "She's not crying," I said.
"I ain't crying," Nancy said. Her eyes were closed. "I ain't crying. Who is it?"
"I don't know," Caddy said. She went to the door and looked out. "We've got to go now," she said. "Here comes father."
"I'm going to tell," Jason said. "Yawl made me come."




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Dry September (Septembre ardent):

Un salon de coiffure pour hommes [blancs] dans une petite ville du Sud Faulknérien. Une rumeur de viol d'une femme blanche célibataire par un noir enflamme la conversation. Seul le coiffeur s'interpose et est persuadé de l'innocence du noir.

Nouvelle où action et suggestion sont étroitement imbriquées, avec finesse: la non-description du lynchage est remarquable, dans ce registre-là (il fut, paraît-il, reproché à Faulkner de ne pas avoir couché ce lynchage sur papier). Très sobre dans son écriture, Faulkner nous gratifie d'une nouvelle dense, paroystique: du grand art.

III a écrit:
La vitesse précipita Hawk parmi les ronces poussiéreuses jusque dans le fossé. Un nuage de poussière s'éleva autour de lui, et il resta étendu, haletant, secoué de nausées, parmi les craquements ténus, agressifs de tiges sans sève, jusqu'à ce que la seconde voiture soit passée et ors de vue. Alors, il se leva et s'éloigna, traînant la jambe. Arrivé sur la grand-route, il prit la direction de la ville en brossant de ses mains son vêtement. La lune avait monté, elle glissait très haut, sortie enfin du nuage de poussière sous lequel, au bout d'un moment, la lueur de la ville apparut.

 

III a écrit:The impetus hurled him crashing through dust-sheathed weeds, into the ditch. Dust puffed about him, and in a thin, vicious crackling of sapless stems he lay choking and retching until the second car passed and died away. Then he rose and limped on until he reached the highroad and turned toward town, brushing at his clothes with his hands. The moon was higher, riding high and clear of the dust at last, and after a while the town began to glare beneath the dust.



Mots-clés : #criminalite #justice #mort #psychologique #racisme #segregation #vieillesse #violence
par Aventin
le Dim 9 Juin - 13:35
 
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Sujet: William Faulkner
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Nuala O'Faolain

Best Love Rosie

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La cinquantaine passée, Rosie qui a parcouru le monde pour son travail décide de quitter celui-ci et de revenir vivre en Irlande auprès de sa tante Min qui l'a élevée.

Les deux femmes n'ont pas eu la même existence, n'ont pas les mêmes idées, et le retour de Rosie s'accompagne pour celle-ci d'une multitude de questions concernant sa vie passée et celle qui l'attend.

Je n'en dirai pas plus parce qu'il faut découvrir les choses petit à petit. Les paysages de l'Irlande, la vie de ce pays, son Histoire et la présence de l'"écrit"- des livres et des auteurs cités - font de ce roman un réel bonheur de lecture.
C'est le livre à lire quand les jours paraissent tristes et que la nostalgie envahit tout.

On en sort ragaillardi, "dépoussiéré" par le vent irlandais et plein de projet pour l'avenir !


Je n'ai pu m'empècher de murmurer en refermant ce livre, la même phrase que j'avait dite en ayant regardé La vie est belle de Franck Capra : "la vraie vie n'est pas si simple que cela...."

Mots-clés : #contemporain #famille #nostalgie #solitude #vieillesse
par kashmir
le Dim 26 Mai - 15:43
 
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Sujet: Nuala O'Faolain
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Wallace Stegner

Vue cavalière

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Après La vie obstinée (seul autre livre de Stegner que j’ai lu), on retrouve Joe Allston, narrateur maintenant septuagénaire, lisant à son épouse Ruth (en 1974) le journal intime qu’il tint lors de leur voyage au Danemark (en 1954) après la mort de leur fils unique : tempête en mer, résidence avec une comtesse à Copenhague, surtout considérations sur la vieillesse (d’un vieux grincheux contre la contre-culture, les jeunes et les romanciers contemporains) et une histoire sordide de génétique et d’inceste.
« Pour qu’un homme consigne le récit de sa vie, il faut qu’à ses yeux elle en vaille la peine. Cela procède d’une arrogance, d’une assurance ou d’une compulsion à se justifier que je n’ai pas. »

« En fac, cherchant à vérifier je ne sais plus quel principe optique, après avoir collé à l’aide de ruban adhésif des lunettes à un poulet de laboratoire, nous lui avions jeté du blé. Au début, il inclinait la tête, visait et manquait chaque grain d’un bon pouce ; mais au bout d’un moment, il avait appris à corriger l’astigmatisme que nous lui avions infligé, et, une fois pris le pli, il était devenu aussi précis de l’un ou de l’autre œil.
Eh bien, en ce moment même, alors que Ruth dort et moi pas, et que cet inconfortable navire nous transporte sur des mers qui ne connaissent pas l’apaisement, je me sens comme un grain de blé, avec le Grand Poulet de l’Univers debout au-dessus de moi en train d’ajuster son coup. J’ignore s’il possède ou non la vision binoculaire ; peut-être est-il, pour ce que j’en sais, aveugle des deux yeux. Mais il ne me ratera pas quand il commencera à picorer. J’ai pour principe de ne pas croire aux verres déformants. Le premier gallinacé venu est capable de s’en remettre au bout de quelques heures. Bertelson [décédé pendant la traversée] pensait probablement l’avoir endormi avec ses soixante-cinq années de piété, et regardez ce qui est arrivé.
Moralité : on ne peut se fier à l’optique, mais on peut compter sur l’appétit. »

Joe a vécu dans le monde littéraire, et son récit est imprégné de références qui me manquent aux auteurs anglo-saxons anciens, entre autres renvois à Shakespeare, des auteurs américaines ou des ouvrages mystiques. À propos, on rencontre Karen Blixen !
C’est aussi un livre sur le questionnement identitaire ‒ ayant perdu sa seule ascendante et son seul descendant, Joe est en quête de ses origines danoises (comme Hamlet).
Belle langue soutenue :
« Je ne sache pas que le couple batte de l’aile, mais cela ne prouve rien non plus. Un des rares préceptes pertinents que je suis parfois tenté de transmettre à une postérité médusée est que tout est possible et à tout moment. »

Une sorte de petite métaphysique de lecture fort agréable, humaine, non dénuée d’humour et de mélancolie, qui entraîne l’empathie pour le vieux couple et ceux qu’il côtoie.
« Ce moment me fait toucher du doigt à quel point la vie change peu ; de quelle façon, sans événements dramatiques ni résolutions cardinales, sans tragédie, sans même de pathos, l’homme raisonnablement doué, raisonnablement bien intentionné, peut franchir dans sa longueur la grande cuisine du monde et arriver au bout avec la faim au ventre. »

« La caverne de Platon équipée de l’hydrothérapie. M’est revenu une observation de Willa Cather : on ne peut pas peindre la lumière du soleil, mais seulement ses jeux d’ombres sur un mur. Quand on examine sa vie, comme Socrate nous y engage depuis des siècles de façon un tantinet appuyée, n’examine-t-on pas plutôt les ombres qu’elle projette sur d’autres vies ? Une chose en soi ou bien des interférences ? Une réalité objective ou bien le point de fuite d’un exercice aux multiples perspectives ? Le prisme ou bien les couleurs de l’arc-en-ciel qu’il réfracte ? Et si l’on était soi-même le mur en question ? Et si l’on ne projetait jamais d’ombre ou l’arc-en-ciel à soi, qu’on ne fit que capter ceux des autres ? »

Petit rappel, une perspective cavalière est vue d'arrière et de haut, ce qui correspond assez au titre original, The Spectator bird.
Tant qu’à faire, je partage d’autres recherches de définition en rapport avec cette lecture :
Atticisme = Ensemble des qualités propres aux écrivains attiques : sens de la mesure, délicatesse de langage, finesse. Qualités d'élégance, de mesure, de délicatesse propres aux Attiques. Littéraire. Se dit d'un style élégant et pur. (Dans d'autres domaines artistiques). Idéal de beauté, de délicatesse, comparable à celui des écrivains attiques.
Kouros = Arts. Statue grecque archaïque représentant un jeune homme (le fém. correspondant est koré).
(Merci Robert.)
Voilà un roman dont je me suis efforcé de faire durer la délectable lecture le plus longtemps possible. Il va me falloir mettre la main sur les autres livres de Stegner !


Mots-clés : #vieillesse
par Tristram
le Mer 3 Avr - 0:54
 
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Sujet: Wallace Stegner
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Philip Roth

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Le rabaissement

Simon Axler, acteur vieillissant, a perdu son talent, et songe au suicide. En cure psychiatrique, il rencontre Sybil Van Buren, une jeune mère qui a surpris son mari abusant de sa fillette, et lui demande de tuer ce démon. Puis Simon se met en couple avec Pegeen Mike, une jeune lesbienne, dans une renaissance… temporaire.
Drame crûment échafaudé en à peine plus de cent pages.


Mots-clés : #amour #vieillesse
par Tristram
le Mar 2 Avr - 1:01
 
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Pierre Jourde

Pays  perdu

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« C’est un pays perdu », dit-on : pas d’expression plus juste. On n’y arrive qu’en s’égarant. Rien à y faire, rien à y voir. Perdu depuis le début peut-être, tellement perdu avant d’avoir été que cette perte n’est que la forme de son existence. Et moi, stupidement, depuis l’origine, je cherche à le garder. Je voudrais qu’il soit lui-même, immobilisé dans sa propre perfection, et qu’à chaque instant puisse s’en emplir.


Ce pays perdu auvergnat, il faut des heures pour le rejoindre par de petites routes tortueuses au-delà de l’autoroute. Pierre Jourde y a passé de grands temps de son enfance, y a fait les foins avec les paysans, pris des cuites en sa jeunesse. Il y est retourné au fil des années dans la ferme familiale désormais confiée à un métayer, nourrissant les liens d’amitié, visitant les vieux solitaires accrochés à leur terre, à leur maison.

Lorsqu’il y arrive avec son frère pour deux jours, il apprend le décès de la jeune Lucie, 15 ans, dont la leucémie avait vaincu la chevelure mais pas le sourire. Chez les parents de Lucie, ses amis, chacun « entre » l’un après l’autre pour un dernier salut à la jeune morte, un moment de silence et d ‘émotion partagés.Aux obsèques, tout le village est là.

C’est l’occasion de parler de ce pays sauvage, dresser un portrait  de chacun, de ces hommes et femmes qui vivent dans ces vallées  pleines de rudesse , des gens dont les citadins ne savent même pas qu’ils existent - et qui ignorent comment vivent les citadins.  

Pierre Jourde livre dans une très belle écriture  ces portraits qui n’épargnent personne mais font transparaître la tendresse, mêlée  de compassion,  qu’il éprouve pour eux, ces gens en voie de disparition dont on parle moins que des pandas et des dauphins. Ils sont pour Pierre Jourde un élément indispensable de son paysage intérieur, un lien avec quelque chose de solide, d’attachant, des hommes et femmes qui vivent de plein pied dans leur milieu, dans la nature, alors que la société les ignore, et impose de ce fait un jugement, une exclusion, une souffrance.

Les morts aussi sont là, tout aussi présents que les vivants, au cimetière , sur le monument au mort, dans les pensées et dans les cœurs, ils sont là comme s’ils étaient dans la pièce. Son père qui dit si peu sur lui-même de son vivant, si présent dans ce paysage, que, comme beaucoup, il regrette de n’avoir pas assez questionné.

La petite stèle qui énumère les morts de la Première Guerre mondiale a été érigée, comme d’habitude, devant l’école qui sert peut-être encore de mairie. Bessègues, à peu près inhabitée, est une commune. Commune à l’étrange territoire, composé de vallées parallèles, séparées par des arêtes montagneuses, et sans communication entre elles. La stèle anodine, au fond de ce grand calme, diffuse tranquillement sa  double ironie funèbre : dérisoire parcours, de l’instituteur à l’adjudant et puis à rien, quelques décimètres de l’école communale au cénotaphe collectif ; dérisoire population de morts, une quinzaine, pour ce village qui compte un habitant. Ils sont là, tous ensemble, serrés sur la même pierre, leurs maisons s’effondrent, leur noms n’ont plus de sens et ne sont plus lus par personne.


J’ai moins aimé les deux passages plus « sociologiques », sur l’alcoolisme endémique et sur la merde où, c’est le moins qu’on puisse dire,il n’y va pas de main morte. Il s’éloigne des gens gens spécifiquement,  j’ai trouvé ça long et lourds, - regardez comme je suis sans tabous, comme j’écris bien sur les différents états des bouses,  de leurs éclaboussures, des murs et culs de vaches embrenés. Comme quoi, la limite est subtile, et c’est sans doute ainsi qu’il l’ a franchie, avec les conséquences que l’on sait, la complicité s’y est perdue, un pas était franchi pour attiser la haine de certains villageois, qui déclencha le caillassage familial à son passage suivant. j’ai essayé de mener ma lecture à l’écart de ce fait divers, c’est quand même le plus souvent un  très beau texte, Zola en zone rurale, la poésie en plus.

mots-clés : #autofiction #lieu #nature #ruralité #solitude #vieillesse
par topocl
le Ven 15 Mar - 11:58
 
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Sujet: Pierre Jourde
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Louis Aragon

Blanche ou l'oubli

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Coïncidence curieuse : il y a pratiquement un an jour pour jour, je me promettais de lire ce livre !
Certains auteurs, ayant une réputation établie, éprouvent le besoin à la maturité de rebattre les cartes et de s’engager dans de nouveaux sentiers. Tel est le cas d’Aragon. A vrai dire cet écrivain me fait un peu penser à Picasso : tous les deux parcourent une grande partie du XXe siècle, font preuve d’une étonnante maîtrise dès leurs premiers travaux, se renouvellent régulièrement. Ainsi Aragon est passé du dadaïsme au surréalisme, puis au réalisme, pour enfin, aborder avec « La Mise à mort » en 1965, un mode d’écriture expérimental faisant une large place au métalangage et à l’intertextualité (ne maîtrisant absolument pas ces notions, j’essaierai d’expliquer comment je ressens ce livre).
« Blanche ou l’oubli », dernier roman d’Aragon (« Matisse roman » relève à mon avis d’un autre genre), publié en 1967, est souvent considéré comme le chef d’œuvre de cette dernière manière de l’écrivain.
Aragon s’est toujours attaché à la forme « romanesque ». Ce fut d’ailleurs l’une de ses divergences majeures avec les autres surréalistes, Breton notamment, qui considéraient la poésie comme la forme suprême de la Littérature.

« Tous les romans me font sourire. Ils ne sont écrits qu’avec des trous. Je dirais même que tout leur art tient dans la façon de disposer les trous dans la grille ou la dentelle. Il faudrait, pour bien faire, pour que ça soit du moins ressemblant à la vie, tisser menu menu, nouer les points, une étoffe d’intentions, pas même, d’intentions d’intentions. »


« Blanche ou l’oubli » porte bien son nom puisqu’il s’agit des deux obsessions du narrateur, Geoffroy Gaffier, un linguiste atypique, spécialisé dans les parlers de la péninsule indonésienne. Geoffroy a sensiblement le même âge qu’Aragon. Il renvoie à différents moments de son vécu à partir des années 1910 :

« Vous aurez beau dire et beau faire, je regretterai toujours cette mode à la fin de l’enfance, par quoi la femme pour moi prit forme sous ces toitures disproportionnées, et la robe entravée, collante aux hanches et moulant les seins… les longs gants qui retombent du poignet, les doigts retirés pour manger les petits fours. J’avais à peine dix-sept ans, aux premiers jours de 1915, quand il fut pour la première fois dans la rue permis aux hommes de regarder le pied des dames jusqu’à la cheville, et j’en rougissais violemment. »


Le récit navigue entre les années 20, moment de la rencontre avec Blanche, les années 30 et le séjour du couple à Batavia-Jakarta, les années 40 avec la Résistance et l’actualité des années 60.

« Quittant mon haut perchoir amer, je descendais vers les plages, et je parcourais avec ma petite Opel grise ces grands cimetières de l’été, où la beauté du diable semble frappée d’immobilité, nue et crucifiée par le soleil le long de la mer. Garçons et filles ainsi dévêtus donnaient sur le podium  de sable ininterrompu de Menton à Marseille, l’impression d’une folie vestimentaire plus grande qu’à les voir en ville dans le désordre des couleurs et des étoffes fripées. »


C’est un homme qui se souvient de son passé, donc pas d’ordre chronologique précis, mais des souvenirs de temps forts au hasard de ses réflexions. Comme on pouvait s’y attendre avec Aragon-Gaffier, une large place est faite aux événements politiques : l’occupation allemande, les émeutes Ridgway à Paris en 1952, le régime Soekarno en Indonésie et les massacres de 1965…
Blanche est l’un des sujets principaux du livre. Blanche, l’amour fou de Geoffroy, conçue comme femme idéale, égérie célébrée à la manière surréaliste, mais également femme réelle de chair et de sang, disparue dans des circonstances que nous ignorons.

« Geoffroy n’est que parfum de Blanche à en mourir. Inutile de fuir la douleur, elle habite le vent, elle habite la nuit. Inutile d’inventer pour la fuir encore des histoires, des pays, des saisons, des personnages mis ensemble. Des phrases. Des conjonctions de clameurs. La brusque digression d’une image comme au music-hall un numéro d’acrobates barbus. Finis de jouer à cache-cache avec toi-même ! De te détourner en dérision. Finis. Finis toucher ou voir, où cette voix va-t-elle encore battre, à quel mât de voilier ? Finis de faire le fantôme. Accepte enfin d’être, de n’être uniquement que le parfum de Blanche enfuie. »


« De Blanche qui s’efface en moi douloureusement depuis des années. Seul devant cette mémoire creuse. Devant l’impuissance d’arracher Blanche à l’oubli, et le sentiment atroce de n’être moi-même que ce que Blanche a définitivement oublié. L’impuissance à me figurer Blanche. A comprendre en elle ce mécanisme de la pensée par quoi, peut-être, j’aurais survécu pour elle, au moins pour elle, et tout jadis en serait devenu clair comme un matin. Parce que, justement, blanche, eh bien Blanche n’a jamais été un être de mon imagination. »


L’oubli est le second thème important du livre :

« La vie vous passe dessus, et votre jeunesse est à réinventer, il n’en reste que des mots. Et encore les mots, après quarante années… Après quarante années, les mots se sont vidés. Ils ont encore la forme vague des choses, mais il n’y a plus rien dedans. Combien de mots de ma jeunesse, un jeune homme d’aujourd’hui peut au plus jouer aux billes avec. »


« Ce que nous avons pensé de l’âge, nous l’oublions. Nous oublions, je vous dis, nous oublions. Cette faculté merveilleuse qu’a l’homme de ne plus savoir ce qu’il est, de quoi il a l’air, sa tournure, son visage ! Et il lui arrive de dire à une femme je vous aime, persuadé qu’il ne l’a jamais dit à personne jusque-là… Il a oublié toute sa vie, comme une simple enfance, il croit commencer. Il a oublié derrière lui, dans l’ombre des années, toutes les Rosanette et, s’il les revoit, comment voulez-vous qu’il ait pour elles les mêmes yeux : elles sont devenues très grosses, énormes, ou ce ne sont plus que des squelettes fardés. »


« Quand je me retourne en arrière, c’est moins de mes souvenirs que je m’émeus, ces jours-ci, je veux dire à cet âge de brume où me voici, moins de mes souvenirs que de ce qui m’en échappe. La vie, pour l’œil intérieur qui cherche à la reconstituer, ressemble beaucoup à ces rêves dont on se croyait mémoire, et puis qu’il est impossible de préciser. Une image en flotte encore, au-delà de laquelle on voudrait aller, ou en deçà, sans y vraiment parvenir. On revient sur cette silhouette de soi-même, comme si on louchait sur son nez, ses épaules : il ne reste du jeune homme que j’étais qu’une vague attitude, qu’un soupçon de ce qu’il va sans doute advenir de lui. Je relis ma vie comme un roman que j’aurais aimé, ou pas aimé, enfin qui m’eût fait jadis une certaine impression. J’en saute les pages, cherchant ce moment dont j’attends qu’il me prenne à la gorge, je ne le trouve pas ou peut-être l’ai-je passé. Est-ce bien cela, oublier ? Un cache-cache avec soi-même. Il y a des périodes entières de l’existence qui semblent ainsi perdues. »


« Je cours après le temps. Non comme celui-là qui croit retrouver dans son sillage la jeunesse. Le temps l’a laissée au vestiaire, et il est parti, lui, courir devant. Je cours après l’oubli, je me désespère du poids des souvenirs  et, ceux qu’on perd ainsi courant, d’autres aussitôt les remplacent, qui vous font les pieds lourds, on s’arrête à s’en dépêtrer, et déjà le temps est loin devant vous, qui s’amuse à ce je ne sais quoi que je ne comprends plus, le temps en sait tellement que j’ai honte à ne pouvoir le suivre, il parle déjà le temps d’après moi, j’existe pourtant, j’existe encore, attends-moi, ne fais pas l’imbécile, cesse de te prostituer à ces enfants, tu vois bien que je suis tombé sur les genoux, mais que je vais me relever, reprendre mon élan, t’atteindre, attends-moi, j’ai cueilli des fleurs pour toi, elles feront bien dans tes cheveux blancs, mais si tu m’abandonnes dans l’ornière, avec moi c’est ton domaine d’hier qui se meurt, la rupture avec jadis, tu as le fond du crâne troué, le visage que tu tournes vers le soleil est trompeur, il cache la plaie par où s’enfuient tes trésors, tu les trompes, ces gens de demain qui ne savent pas encore que tu es l’oubli, leur rire là-bas me déchire, ô temps cruel ! »


« L’oubli, qui est pourtant de l’homme « fait » (horrible participe passé !), l’enfant n’oublie pas. L’oubli, qui est la vieillesse. Toute la vie en question remise. L’âge. La nuit et le jour. Mes doigts ne retrouvent plus les rides de mon front. J’ai oublié… quelque chose en moi s’est arrêté… le temps. Voilà, le voilà, l’oubli ! C’est le temps qui s’arrête. Blanche ! le temps, jadis, était de nous deux. Et puis, comment, je ne sais plus, dire « quand » ? n’aurait pas de sens, le temps s’est déchiré de toi. Il n’est plus jamais qu’une heure et quart. Un temps qui ne se dépasse plus. Un temps comme l’image d’un cri : on a photographié la bouche et on n’entend rien. Pour toujours ouverte. L’instant est à jamais devenu une pose, une pause. Le silence épouvantable du cri. Blanche ! Personne ne peut m’entendre au fond du temps troué. Il y eut un temps où je n’imaginais pas Blanche, je la voyais, je la touchais, je respirais Blanche. Elle était le temps de ma vie. Et puis le temps s’est arrêté… alors, maintenant, je l’imagine, je passe ma semblance de vie à l’imaginer. On croit avoir un passé, un avenir. C’est cela, le temps. Le passé, je le crois mémoire, l’avenir est dans une certaine mesure, ce que je le fais. Tout cela s’exprime dans le langage, le langage est à l’image de cette image que j’ai de moi comme d’un être en marche, ces nuances du temps, ma grammaire, et la complexité d’être et de se souvenir, d’être est de devenir. Je suis toujours repris par cette illusion, qui fait la réalité pareille au langage. J’ai beau savoir. J’ai la tête ainsi, je dis « hier », je dis « demain » comme des choses certaines. Et j’ai beau le savoir, j’oublie sans arrêt qu’en réalité, le passé comme l’avenir, je les imagine et il n’y a rien d’autre au monde qu’un présent, un perpétuel mourir que j’appelle faute de mieux le présent… »



Vous l’avez compris, tout le roman est une réflexion d’un homme vieillissant, qui sent son passé s’enfuir, qui sait la mort proche et qui tente de se raccrocher au souvenir de Blanche.
« Blanche ou l’oubli » a l’aspect d’une superbe marche funèbre qui oscille sans cesse entre réalité et imaginaire.
Qui est Blanche ? S’agit-il de Blanche d’Hauteville  dont parle un roman d’Elsa Triolet ? Qui est Geoffroy ? Et qui est Marie-Noire, la jeune femme très présente dans la première partie. Marie-Noire est-elle une « hypothèse », créée de toutes pièces par Geoffroy pour mieux approcher Blanche ?

« Marie-Noire est une hypothèse. L’hypothèse est le point de départ de l’imagination. L’hypothèse Marie-Noire avait pour but de m’expliquer Blanche. C’est-à-dire d’imaginer Blanche. A supposer que quelqu’un lise jamais ceci, je lui dois de dire les choses en clair. Il s’agissait de connaître Blanche. »


C’est ce que pense Geoffroy. Mais qui est-il lui-même ? Est-il réel, est-il rêvé ? Et par qui ? Blanche, Marie-Noire comme certains détails le laissent penser ?

« A chacun son rêve et sa vie. On parle ensemble et cela donne un brouhaha. Qui prêterait l’oreille au long désert des autres ? Personne, je vous dis, n’écoute les voyageurs. Chacun fait sa fumée. Et vit dans sa maison trouée, sous son petit panache bleu à lui. »


Et il y a plein d’autres personnages qui interviennent dans le roman : Hölderlin et Diotima –Gontard, Flaubert et Me Arnoux – Elsa Schlesinger. Toujours ces allers-retours entre le rêve et le réel, ou plus exactement ce mélange des deux.
Ils nous renvoient bien sûr à la question essentielle de la nature du langage et de la fonction du roman :

« Parce que, si c’est moi qui parle, Périgueux est un souvenir. Si c’est Marie-Noire, qui est une créature de l’oubli, alors, je disais bien, dans ce cas, Périgueux devient un roman. C'est-à-dire une méditation entre la vie et moi. Quelque chose qui se forme au niveau de la conscience que je prends du monde, au niveau du langage. Une énorme unité sémantique. Quelque chose qui me rend la vie possible. Je ne me passe pas des romans. Le roman, c’est le langage organisé pour moi. Une construction où je peux vivre, l’architecte sait que j’ai besoin de manger, de dormir, de rester éveillé, il a ménagé des fenêtres pour l’air, des vitres pour la lumière, des cheminements d’eau dans les murs, enfin vous voyez ça. L’homme primitif avait besoin de peaux de bêtes, d’une caverne. L’homme d’aujourd’hui a besoin du roman. Malgré ce qu’en disent ses contemporains, ces espèces de nudistes. Marie-Noire, donc, est à Périgueux. Et moi… qui ne me passe pas des romans… qui, moi ? Le moi dont a besoin Marie-Noire pour se passer de moi.  Le moi qui crée, aussi bien à le lire qu’à l’écrire, le roman, tour à tour auteur et lecteur, le moi dont le pluriel est ce nous variable qui s’éteint si le roman cesse d’exister, ce nous extension du moi vers la mer ou la source, entre l’imagination et l’oubli, qui unit par exemple en un siècle bientôt tous les amoureux de Me Arnoux, tous ceux qui au coin de la rue Tronchet et de la rue Vignon… le nous qui ne disparaît pas, contrairement à toutes les règles quand le roi Flaubert meurt, car Flaubert (qui est Me Arnoux) s’efface devant le roman, le roman est devenu le je organisateur du nous. « Et – dit Marie-Noire -, alors si Périgueux est un roman… » Périgueux où Marie-Noire n’a jamais mis les pieds. Périgueux dont elle inventera tout. La couleur de novembre à Périgueux, l’hôtel Domino. Les allées de Tournay. La cathédrale Saint-Front.
Passez-moi les cartes postales. »


Paradoxes vertigineux qu’on rencontre à la même époque dans le « Nouveau roman », mais l’approche d’Aragon est toute différente, par son goût de la langue. Surtout, il se distingue par une prose somptueuse, l’une des plus belles, à mon avis, de la littérature française du XXe siècle, ponctuée d’images fortes qui rappellent le passé surréaliste de l’auteur :

« Les phrases… J’écoute dans les lieux de hasard, un bar où nul ne me remarque plus qu’une orange, une station d’autobus où parler a goût de poussière, une kermesse de juke-box où le sens de toute chose clignote sa douleur, j’écoute la conjonction des vocables, leur billard, le choc interlocutif des paroles, les calembours instinctifs, les coq-à-l’âne électroniques des passants… en un mot le phrasé du paysage… comme une corneille qui étudie le langage des mouettes. »

« L’obsession chez moi de ce concept, dans mes pensées, est si grande que cela vient de m’échapper sous la forme secrète que je lui donne pour moi seul. J’ai dit « bout’ à la m’… » [bouteille à la mer] et parfois l’écriture en varie à ce lieu de passage où la conscience se forme en prenant air de langage. Orthographe même, variable d’ailleurs, « boute-à-l’âme » comme d’un vieux mot français pour la solitude des marins, peut-être un parler de boucaniers ; ou bien c’est encore d’un seul mot « boutalame »,  où la mer peut-être le cède à la lame qui apporte cette boot-à-lame bilingue, une chaussure à éperons, si ce jour-là ma tête incline à je ne sais quel beach-la-mer, ou bêche-de-mer, biche-la-mare, ainsi que l’on appelle ce parler du Pacifique où se mêlent les mots anglais, français, espagnols aux dires des îles. Il m’est arrivé même d’introduire dans ce mot intérieur le th venu du grec, pour en faire je ne sais quel caillou des Cyclades… « bouthalame », comme épithalame peut-être, mais plutôt pour rouler mon bouteillon par la mer hellène, « thalassa »… Dans mon bichelamar à moi, se heurtent plus de langues que des îles Aléoutiennes à la Tasmanie, et si l’on faisait dictionnaire d’elles, il faudrait à chacun des mots des pages pour en expliquer l’étymologie, la texture, le métissage. »

« Un homme seul. Changez-lui les oreilles, le voilà veuf ou bœuf. Fouillez son ventre pour y trouver la peur. Ou ce n’est pas tant qu’il soit seul, on dit d’un homme soûl qu’il a de la compagnie. Et pour les pleurs, il y a le saule. L’homme-saule, ou l’homme-sel, un homme sale, un homme en solde, un homme-saur, comme un hareng, un homme-stupre, comme il y en a des stocks, un simple souffle sur sa couche, la couleur soufre et le cri source, la douleur gouffre où l’âme gueule, un homme s’il, ou non, somnole, s’anémone, et s’anémie, s’amenuise, anamorphose, un homme nu comme minuit… comme les trèfles de minuit. »


Pour terminer et pour le plaisir, cette description de Périgueux, digne de Vermeer ou de Corot :

« Périgueux le vingt-sept novembre… Les ombres sont brun pâle, un trait pourpre dessine les gens sur le fond brun, comme au bord d’une blessure, un trait de pourpre pâle, les mains sont blêmes, les gestes lents, il fait froid, le ciel a de grandes taches roses dans le nuage gris bleu. Le jour est mal rasé. Périgueux, le vingt-sept novembre. Une ville de silence sous une couverture d’écarlate blanc. Périgueux, l’alpha et l’omega de Périgueux, avec la cathédrale saint-Front, les quais de l’Isle, les vieilles maisons… l’eau de l’Isle où verdoie le reflet sombre des maisons  le long du quai, avec sa pente d’herbe jaune mêlée de pierres, la barge qui s’aplatit cul en l’air comme une lavandière sur son linge et, derrière elle, les demeures pauvres, leurs toits rapiécés rose-orange, les unes toutes basses, deux étages ici ou là, sous le chapeau de tuiles taupées, un cordon de bâtisses où saille l’ancien moulin, torchis et poutres croisées faisant balcon, sur l’oblique appui de grandes perches, sept je les ai comptées, pour l’empêcher de tomber avec son toit brun mousse, deux volets claquemurés. Et, par-dessus le tout, les coupoles et tourelles romanes, le clocher de la cathédrale. Tout cela sur le ciel et dans l’eau l’image tremblée, le gris en l’air, le beige en bas, un pléonasme tête-bêche. Un énorme gâteau d’asymétrie avec la crème des nuages. Un firmament d’étain, un vent jaune et déteint. »


mots-clés : #vieillesse
par ArenSor
le Lun 7 Jan - 19:16
 
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Mona Chollet

Sorcières la puissance invaincue des femmes

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Finalement l’histoire des sorcières (de la persécution dont elles ont  fait l’objet à partir du XIXème siècle à la sorcellerie contemporaine) n’est qu’une trame de base. Ce n’est pas de cela qu’elle veut parler, Mona Chollet, et elle le dit, d’où une petite déception initiale de la lectrice. C’est plutôt rechercher en la sorcière ce qui fait qu’elle est une réprouvée, traquer en elle l’insoumise, et en la femme ordinaire ce qui peut l’apparenter à la sorcière : choix du célibat avec ce que cela implique d’indépendance, de liberté et d’affirmation de soi, choix de ne pas avoir d’enfant et donc de ne pas offrir son ventre à la société pour se reproduire, rôle de l’âge qui là encore est un élément majeur de mise à l’écart chez la femme, devenue « moche », stérile et de plus mieux pensante avec l’expérience.

Mona Cholet développe ces trois pistes en trois parties, s’appuyant plus sur l’accumulation de citations, de rapports de récits de femmes, de travaux d’experts et de statistiques que sur la réflexion. On retrouve ici cette démarche que j’avais déjà relevé ailleurs d’affirmations sans preuve et d’utilisation de l’exemple, du cas particulier pour preuve.

Le dernier chapitre dénonce la main mise de la rationalité sur notre monde (Mona Cholet se décrivant comme très irrationnelle, intuitive… caractères typiquement associés aux féminins alors qu’elle réprouve cette attribution). Cette rationalité a créé notre monde basé sur la science, la performance, la domination, - notamment masculine évidemment. S’ensuit une  mise en accusation du monde médical qui s’appuie sur la domination face aux patients en général, et aux femmes en particulier. J’aurais aimé y voir figurer plus souvent les termes « certains médecins » plutôt que les médecins ».

Il s’ensuit un petit (vraiment petit) final conseillant de s’acharner âprement à foutre en l’air tous ces pouvoirs, à s’exprimer en tant qu’être, à sortir du carcan social construit au fil de siècles à l’encontre des femmes, ces sorcières.

Bref un propos salutaire, mais j’ai peu découvert et je n’ai pas été totalement conquise par la mise en forme.



mots-clés : #conditionfeminine #discrimination #essai #vieillesse
par topocl
le Ven 28 Déc - 8:58
 
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Christophe Boltanski

Le guetteur

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Christophe Boltanski a eu un lien assez distendu avec sa mère, il ne parlera donc pas de cette relation, ou à peine. Mais quand celle-ci décède,  elle laisse une accumulation de petits carnets, et quelques amorces de polars qu’elle a écrites, qui vont lancer son fils dans une quête de sens. Cette femme solitaire vivait dans un appartement-refuge, où elle ne jetait rien, développant des idées persécutoires et des hallucinations suffisamment fortes pour diriger sa vie, mais suffisamment raisonnées pour qu’elle reste autonome. Christophe Boltanski envisage l’idée que cette évolution ait un lien avec le fait que jeune femme, elle a milité activement pour le FLN, avec ce que cela implique de secret, de traques, de mystère.

Il alterne donc  des chapitres où il  raconte les dernières années, se lance dans des recherches, enquête pour la mieux saisir (mais sans beaucoup de résultat, il est vrai) , et des chapitres décrivant ce qu’il imagine avoir été cette vie de militante, parti qui laisse plus la place à l’imagination, mais de ce fait aussi à une certaine distance, une certaine confusion.

J’ai été assez séduite par le personnage de la vieille femme, cette adaptation – inadaptation particulièrement touchante. Le reste m’a moins emballée. Il en ressort un roman un peu bancal, alternant un certain brio avec des parties qui m’ont moins motivée.

Un peu comme dans La cache, au final, un beau matériau, mais un certain manque de souffle.


Mots-clés : #autofiction #pathologie #vieillesse
par topocl
le Ven 21 Déc - 18:04
 
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Sujet: Christophe Boltanski
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Sawako ARIYOSHI

Les années du Crépuscule:

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Quatrième de couverture:
Veuf, Shizego est recueilli par son fils et sa belle-fille, Akiko. Celle-ci travaille, élève son enfant et s'occupe activement de son foyer. C'est un dur supplément à ses tâches quotidiennes que représente pour elle ce vieillard en train de sombrer dans la sénilité. Pourtant, malgré les problèmes innombrables, une sorte de lien tendre, un émouvant rapport de mère à l'enfant, va s'établir entre ces deux êtres...


Il est clair que S. Ariyoshi, sensible à la condition féminine au Japon, tourne l'éclairage sur tous les questionnements d'Akiko face à son beau-père.
On est dans les années 60-70, la situation de la femme dans la société est loin d'être reluisante (et ça n'a pas beaucoup évolué au Japon depuis d'ailleurs): une fois mariée, il est normal qu'elle ne travaille pas. Pour celles qui décident de travailler et d'être "indépendantes", certains conflits peuvent naître au sein de la famille mais surtout elles devront assumer toutes les tâches ménagères en plus , l'homme n'y participant pas du tout.
L'autre problème soulevé est l'absence totale de services d'aide aux personnes âgées alors que celles-ci vivent de plus en plus longtemps.
Shigezo (le beau-père) perd la tête, ne reconnaît plus personne sauf son petit-fils et Akiko, fait des fugues.Akiko cherche des solutions autour d'elle pour ne pas laisser son beau-père seul mais s'apercevant qu'il n'y a rien pour l'aider, elle doit se résigner à travailler à mi-temps. Son mari se déresponsabilise complètement du problème, voyant son père devenir sénile, il attrape peur de vieillir et se voile la face en évitant d'aider son épouse.
Alors qu'on suit l'inévitable descente de Shigezo vers la mort, on assiste à la montée inexorable du courage de cette femme qui relèvera tous les défits avec beaucoup d'amour, de patience et accompagnera jusqu'au bout le vieil homme.


mots-clés : #conditionfeminine #famille #pathologie #vieillesse
par Cliniou
le Ven 23 Nov - 11:43
 
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Sujet: Sawako ARIYOSHI
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Hjalmar Söderberg

Dessin à l'encre de Chine et autres nouvelles


Originale : « Historietter », Suèdois, 1890-1941

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Dans cette nouvelle édition de nouvelles de Söderberg chez Cambourakis il s’agit de 31 morceaux, d’une longeur de deux à 10 pages. En fait, le recueil suèdois cité dans une des premières pages comme origine de ce choix en français, fût édité tel quel déjà en 1898. Mais dans les pages d’introduction (très instructifs) on parle d’une période beaucoup plus longue dans laquelle furent alors écrites certaines autres de ces nouvelles partiellement inédites jusqu'à maintenant.

Comme souvent, voir toujours (?) chez Söderberg, le lieu par excellence de ces flaneries, rencontres fortuites, rêves… - est Stockholm.  On rencontre pratiquemment toujours un narrateur impliqué. On trouvera presque toujours une atmosphère qu’on décrira difficilement comme joyeuse, mais plutôt comme liée à la mort d’une façon ou d’une autre. Parfois les premières lignes, paragraphes laissent encore penser à une possibilité lumineuse du récit, mais c’est quand même un certain pessimisme qui prévaudra. On baigne souvent entre rêve et réalité, entre cauchemar et reveil qui va plutôt confirmer les pires idées. Ce sera la plupart de temps l’impression d’un temps sombre de la journée, voir de l'année.

« Je ne saurai dire si j’aime ou je deteste la vie ; mais je m’y accroche de toutes mes forces. Je ne veux pas mourir. »

Le protagoniste constate un monde marqué par la mort, le vieillissement, le vide. Parfois il lutte encore contre ces constats. Souvent un désir de monde, de « vanité » l’habite.

Donc, on comprendra que ce n’est pas une douce proménade dans un pays rose. Néanmoins c’est si bien écrit, souvent avec une distance, une ironie qui nous fait comprendre que cet homme fût (est?) considéré en Scandinavie comme un tout grand, presque à l’égal d’un Strindberg.

Après le roman « Egarements » cela était mon deuxième contact avec Söderberg, peut-être moins leger et plus étouffant? Certains morceaux me rappelaient Léonid Andreïev...


mots-clés : #mort #nouvelle #vieillesse
par tom léo
le Mer 21 Nov - 19:19
 
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Sujet: Hjalmar Söderberg
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Jesus Carrasco

Jesus Carrasco
Né en 1972

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Jesús Carrasco est né à Badajoz en 1972. Détenteur d’un diplôme en éducation physique, il a travaillé, entre autres, comme vendangeur, plongeur dans un restaurant, professeur d’éducation physique, manager musical, graphiste, ainsi que rédacteur publicitaire, et a monté et démonté diverses expositions.

Il a commencé à écrire en 1992, peu après son arrivée à Madrid. Depuis lors, il a été l’auteur de nombreux articles de presse, de plusieurs nouvelles, de deux livres pour enfants et d’un roman, et a muri en tant que lecteur.

En 2005, il publie un livre illustré pour premiers lecteurs, et la même année, il déménage à Séville, où il réside encore à l’heure actuelle. "Intempérie" (2015) est adapté par Javi Rey en 2017 chez Aire Libre (Dupuis).

Source Babelio

Traduits en français :

2015 : Intempérie
2018 : La terre que nous foulons


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Intempérie

"Une immense plaine desséchée par des années sans pluie, un monde fermé sur lui-même et gouverné par la violence. Dans cet enfer, sous un soleil implacable, un petit garçon fuit. Le premier jour, il se cache dans un trou recouvert de branchages, tandis que des hommes le cherchent sans relâche. À la nuit, il sort et file. Autour de lui, il n'y a rien à boire, rien à manger. Et peu d'endroits où se cacher, si ce n'est les bois d'olivier. Mais l'enfant s'obstine à aller de l'avant, à laisser son village loin derrière, à mettre le plus de distance possible entre lui et ceux qui le traquent. Bientôt, il a trop faim, trop soif et, quand il aperçoit un vieux berger en train de manger, il s'approche pour le voler. À partir de là, tout va changer pour le vieil homme malade et l'enfant traqué. Silencieusement, avec rudesse, le berger prend l'enfant sous sa protection. Il lui enseigne ce qui lui permettra de survivre dans cet univers impitoyable : garder les chèvres en troupeau, les traire et trouver de l'eau. Et aussi ce qui fait la grandeur d'un homme : la compassion, enterrer les morts et respecter la terre. Mais ceux qui veulent l'enfant se rapprochent. Bientôt, la confrontation a lieu, d'une violence inouïe. C'est que la lutte signifie bien plus que le combat des corps, les blessures et le sang. Et quand ce sera fini, après la mort et les désastres, enfin, il pleuvra."


J'ai lu ce livre avec difficulté et je dirai même qu'il m'a rendu malade tant il véhicule de violence.
Et je ne le conseillerai même pas.
Non que cette violence soit gratuite ou inutile. L'auteur a sciemment utilisé ce qui fait la matière même de son livre. Et la nature exacte de ses personnages.
Un vieux berger, mais pas seulement vieux, usé, au bout du rouleau. Il conduit quelques chèvres de façon erratique et sans objet réel.
L'autre est un enfant en fuite. Il fuit l'hostilité féroce, démente d'un village entier et de son chef dont il était l'objet sexuel.
Tous ces êtres semblent pris d'une folie collective, la quintessence même d'une méchanceté et d'une lâcheté incontrôlables mais dont ils sont responsables.
Le décor est celui d'une fin du monde. Une terre brûlée par une chaleur torride et durable. Des villages abandonnés par leurs habitants.
Que le berger accueille l'enfant n'étonne pas. Lui aussi est aussi en fuite de de milieu dément.
Il en subira évidemment les pires conséquences.
Rien n'étonne en fait dans cette exacerbation extrême, même si on ignore que le début de tout pourrait etre une catastrophe climatique, pas naturelle du tout.
Mais la conséquence de l'irresponsabilité coupable des humains.

Depuis La Route de McCarthy, on peut lire des livres, des fictions, qui reflètent l' enfer qu' est en train de devenir le monde dans lequel nous vivons. Et où les plus démunis, les plus vulnérable sont les premières victimes d'un suicide collectif programmé.
Où l' on cherche parfois un bouc émissaire là où il n'est pas.
Cela ressemble à la course frénétique de rats pris de folie dans une maison en flammes.
Et c'est lugubre et vrai.


mots-clés : #portrait #vieillesse #violence
par bix_229
le Dim 28 Oct - 17:40
 
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Sujet: Jesus Carrasco
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Willa Marsh

Tag vieillesse sur Des Choses à lire C_une-10

Une famille délicieuse

J'ai donc pris ce titre en médiathèque, pour voir. J'ai lu ça en quatre soirées, et c'était ce qu'on appelle mièvre, mais très agréable. Je ne bouderai jamais cet aspect en moi qui reste très bon public face à un livre ficelé sur l'histoire avant le style, saupoudré de très bons sentiments.
Et là c'est clairement ça. Peut-être ce que tu appelles "atmosphère anglaise", kashmir. Les protagonistes essentiels sont altruistes, diplomates, introspectifs, sages et super bien élevés  etc
D'abord il y a beaucoup de chiens, et beaucoup de mise en scène de leur brave présence. J'ai beau avoir une petite chienne, le procédé m'a fais marrer, ils servent beaucoup à faire avancer l'action et le dramatique : tel chien, ainsi, se demande pourquoi il n'a pas sa gamelle , tandis que sa maitresse apprend qu'elle est cocue : elle en est consciente, il faut qu'elle surmonte son désarroi, qu'elle se lève et qu'elle le nourrisse, etc

Ensuite, il y a ce tableau-cocon de la vie, le rituel du thé, le regard sur les plantes vertes, les intériorités tournées vers les fugaces beautés météorologiques.

Enfin il y a la construction systématique et méthodique d'un système de sens-doudou, des soeurs qui s'entraident,des secrets dévoilés , des trames de vie croisées, des personnes vraiment pas gentilles, des efforts pour les supporter .

c'est donc super dur de dire que c'est bien écrit, que c'est bien, mais j'ai passé un moment très agréable.
Oui .
Quand j'avais la télé , il y a 17 ans, je regardais parfois des sottises toutes mignonnes, c'est pareil : et j'ajoute que si c'est mignon, ya pas de raison de l'appeler sottise.

Donc pour finir, là ce roman appuie pas mal sur les rapports fraternels, et les secrets de famille. Sur la vie de plusieurs soeurs, plus ou moins unies (mention spéciale pour la garce, très drôle)

J'ai trouvé un passage à copier, c'est très bien car ainsi ça sera clair pour tout le monde.:
Le soleil de ce début d'automne entrait par la porte principale, tombant à l'oblique, en bandes de lumière poudrées d'or. Il lustrait la vieille banquette, flamboyait sur la grande plaque de cuivre qui couvrait la table de chêne, touchait d'une lueur tendre les coloris fanés de la large tapisserie de soie accrochée au mur sous la galerie. Une paire de bottines en caoutchouc se trouvait juste à l'extérieur, jetée négligemment sur le dallage de granit ; abandonnée sur le coussin usé de la banquette attendait une corbeille de jardinier en osier, chargée de ficelle, d'un sécateur, d'un vieux déplantoir et de torsades de papier contenant de précieuses graines.
Le chant atténué des grillons, à peine audible par-dessus le murmure du ruisseau, soulignait la tranquillité de l'instant. Bientôt le soleil se déroberait, passant par-delà l'épaule de la falaise pour rouler vers la mer, et de longues ombres ramperaient sur la pelouse. Il était cinq heures : l'heure des enfants.
La chaise roulante sortit silencieusement de l'ombre, ses roues avancèrent doucement sur le sol de mosaïque craquelé, avant de marquer une pause à l'entrée du salon. Son occupante se tint là, immobile, tête baissée. Elle prêta l'oreille à d'anciennes voix, vieilles de plus de soixante ans. Contempla le chintz éraflé, abîmé par les petits pieds et les sandales à boucle. Devant elle, une broderie encadrée, une scène à moitié finie...
Chut ! Quelqu'un raconte une histoire. Les enfants ont fait cercle autour de leur mère : les deux plus grandes partagent le sofa avec leur petite soeur, calée entre elles ; une troisième fille est allongée par terre sur le ventre, elle fait un puzzle, son pied levé battant l'air - signe de vitalité réprimée. Une autre fillette encore est assise sur un tabouret près de la chaise de sa mère, avide des images qui embellissent le récit.
- Je vais vous raconter quelque chose, dit la Conteuse, mais gardez-vous de trop remuer, de tousser ou de vous moucher sans cesse... et ne tordez pas vos mèches. Puis, quand j'aurai fini, je veux que vous alliez immédiatement au lit.


Bon en fait, pour tout vous dire, j'ai bavé d'envie : je n'ai pas de soeur, j'ai été tout à fait bonne cliente de ce fantasme faussement réaliste d'une union familiale étroite  jocolor

mots-clés : #amitié #amour #vieillesse
par Nadine
le Ven 5 Oct - 12:14
 
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Sujet: Willa Marsh
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Jim Harrison

En route vers l’Ouest

Regroupe 3 novellas, En route vers l'ouest, La Bête que Dieu oublia d'inventer, J'ai oublié d'aller en Espagne.

Tag vieillesse sur Des Choses à lire 418tgb11




En route vers l'ouest
Où l’on retrouve Chien Brun (C.B.), déjà personnage dans La femme aux lucioles et Julip… Loin de son Michigan natal (pêche, forêts et fraîcheur), il découvre Los Angeles (occasion d’un réjouissant déluge de surprises et méprises), bientôt avec Bob, un scénariste morfal où l’on a reconnu l’auteur soi-même ‒ mais C.B. lui-même, entre pur crétin seulement motivé par le sexe, l’alcool et la bouffe, « autochtone » au rôle de Candide "simple d’esprit", n’a-t-il pas un peu de Big Jim dans son approche du monde ?
« Le plus difficile pour un homme de la campagne débarquant dans une vaste métropole est de comprendre le rapport entre le métier des citadins et l’endroit où ils habitent. »

« Au plus profond des feuillages tout proches du bosquet de bambous, il se demanda si sa propre existence recelait le moindre secret ou si on lisait en lui à livre ouvert comme dans un vieux bouquin de poche tout fripé. Ce doute lui passa rapidement lorsqu’il remarqua que les carpes orange nageaient invariablement dans le sens inverse des aiguilles d’une montre au milieu de leur bassin miniature et ombragé. Sans conteste, ces carpes étaient plus intéressantes à observer que les divagations nombriliques d’un type en proie au doute métaphysique. Comme nous tous, C.B. ignorait les tenants et les aboutissants de l’existence. Soudain, la carpe de tête exécuta un demi-tour tort gracieux et se mit à entraîner son banc dans le sens des aiguilles d’une montre. Là se trouvait sans doute l’une des réponses aux millions de questions que la vie ne posait pas. »

« À la taverne, deux vieux vétérans de la Seconde Guerre mondiale lui avaient confié que, dans l’Europe ou le Japon en ruine, on pouvait faire l’amour en échange d’une barre de chocolat, mais cette transaction lui avait paru tout sauf admirable. Le moins qu’on puisse faire, c’était de rôtir un poulet et de préparer de la purée pour la pauvre fille, avant de lui mitonner un pudding aux pommes avec du sucre brun et beaucoup de beurre. »




La Bête que Dieu oublia d'inventer


Le narrateur, un vieux solitaire un peu aigri, établit un témoignage ‒
« Peut-être les écrivains racontant une histoire procèdent-ils en réalité à l’enquête d’un coroner… »

‒ sur son jeune ami disparu (suicide par natation), Joe, au comportement insensé suite à un traumatisme cérébral (une sorte de perception modifiée/ directe du monde, particulièrement "sauvage", car perdue sa mémoire visuelle il « voyait chaque chose pour la première fois ») :
« Est-il un chien malade qui désire se terrer, un mammifère qui trouve sa sécurité dans le secret, un jeune homme blessé qui tente vaillamment de mettre un peu d’ordre dans toute sa confusion ? »

Ayant « perdu toute une vie de conditionnements et d’habitudes », « Joe est parti à pied pour dresser de nouvelles cartes du monde, ou plutôt du seul monde que ses sens toléraient. »
Il y a nombre de réflexions typiques de la manière de Big Jim, tournant comme souvent chez lui sur handicap/ infirmité/ déficience/ incapacité/ diminution physique.
Que le narrateur soit fort cultivé légitime de nombreuses références érudites, et pas que littéraires ‒ comprenant une quantité confondante d’auteurs que je ne connais guère ‒, comme Le Darwinisme neuronal d’Edelman (qui au passage explicite le fait que nous soyons tous des individus différents).
Cette dimension "métaphysique" du texte en rend la lecture complexe, le fil des péripéties étant lui aussi très riche, avec une profusion de détours anecdotiques qui ne nuisent cependant pas à la cohérence à l’ensemble.
J’ai aussi apprécié les remarques, probables fruits de l’expérience personnelle de l’auteur, concernant les observations interspécifiques (geais, corbeaux, ours).
« J’ai actuellement l’impression que mon réservoir humain est vide et que j’en constitue le sédiment, la couche de saleté amassée au fond, le résidu de mes propres années. »

« Je ne veux pas dire qu’une rivière serait une panacée, seulement que notre cerveau est incapable de maintenir ses structures troublées lorsqu’il se trouve confronté à une rivière. Je pense que c’est la raison non avouée qui pousse tant de gens à pêcher la truite, alors que la plupart sont tellement incompétents qu’ils ont très peu de chance d’attraper un seul poisson sur leur mouche. »

« Assis sur la terrasse en somnolant de temps à autre, j’ai pensé qu’on avait beaucoup de mal à reconnaître la part immense de notre vie consacrée à de monstrueuses conneries. »

« Je monte et descends, je tourne en rond, ainsi que le veut la condition humaine, mais ne peut-on faire un nombre limité de nœuds sur une longueur de corde donnée ? »

« …] j’ai toujours trouvé plus intéressantes les raisons pour lesquelles un homme croit à quelque chose, que ce qu’il croit. Il ne s’agit pas là d’une subtilité, mais d’une flagrante évidence. »

« Mon esprit a tourbillonné un instant à l’idée qu’un toubib doit dire au revoir aux vivants, alors que le croque-mort, lui, n’a pas besoin d’attendre la moindre réponse. »

« L’angoisse provient de la monotonie du train-train, de cette "vie non vécue" dont on parle si souvent, de l’impression d’occlusion qui accompagne tout naturellement une curiosité étouffée, ou une curiosité qui s’est enterrée dans un trou familier. »

« Depuis ma jeunesse j’ai toujours eu le sentiment de rater quelque chose, sans doute parce que c’était la vérité. »





J'ai oublié d'aller en Espagne

Encore un quinquagénaire, un écrivain producteur de brèves biographies à défaut des œuvres qu’il avait rêvées, riche, raté et ridicule.
Peut-être parce que la fascination mâle pour les croupes féminines devient lassante, ou qu’il n’y a là pas d’autre vue sur la nature qu’un aperçu du Mississippi, c’est assez décevant.

« Il m’est impossible de considérer mon comportement sexuel autrement qu’en termes comiques, même si j’y trouve des motifs d’émerveillement. »

« Ils auraient mieux fait de brûler mes recueils de poésie. Car mes livres appartenaient à une culture qui n’était désormais plus la nôtre. Les idéaux de la jeunesse vous tuent parfois, mais ils méritent de le faire. Les idéaux de la jeunesse sont façonnés à grand-peine par les maîtres des siècles passés, de Gongora à Cela, de Villon à Char, d’Emily Dickinson jusqu’à nous autres, pauvres Bartleby. »

Question : « mon chien incapable, Charley », dans En route vers l'ouest, « mon pathétique clébard Charley », dans La Bête que Dieu oublia d'inventer, seraient-ce des allusions à Mon chien stupide, de John Fante ?


mots-clés : #humour #identite #nature #vieillesse
par Tristram
le Ven 28 Sep - 20:09
 
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Sujet: Jim Harrison
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Robert Olen Butler

L'appel du fleuve.
traduit par jean-Luc Piningre

Tag vieillesse sur Des Choses à lire 51mbdk10

Cela aurait pu s'appeler aussi l'Appel de la guerre. Sur 5 générations, c'est une histoire du genre "Tu seras un homme mon fils!", mais ça ne marche pas.

Robert 70 ans est marié à Darna dans une relation toute de silences, de non dits, de  respect, de partage intellectuel, de courtes phrase qui se suffisent à elles-même. Pendant les quelques jours qui entourent la mort de son père, les vieux démons qu'il a ramenés de la guerre du Vietnam et gardés secrets au fil des décennies l'envahissent. Le grand-père a fait la Grande Guerre, le père a combattu Hitler. Lui a voulu gagner l'amour de son père (bel échec) en s'engageant, alors que son frère a fui au Canada, tranchant définitivement dans l'amour des siens. Ceux qui sont partis ont ramené des secrets terribles que leur femmes ont respectés, les soutenant chacune à sa manière. Un SDF  psychotique traîne par là, son père vétéran du Viet-Nam lui soufflant sa conduite dans son cerveau malade.

C'est donc un thème qu'on a déjà vu et revu, la guerre, le Vietnam, les traumatismes, les secrets, les enfants , les femmes, tout l’entourage qui en souffre.

J'ai assez aimé la façon de faire de Robert (tiens, il s'appelle Robert et je n'ai pas trouvé de biographie qui dise s'il a fait le Viet Nam) Olen Butler. D'abord j'aime bien les enterrements et tout ce qui tourne autour, en littérature du moins : c’est le moment de réunir tout le monde, de catalyser les sentiments, de dire les choses inavouées etc... Et là il s'en sort plutôt bien, c'est puissamment mené, sans débordements, dans cette réserve sentimentale qui semble affecter 'presque) tous les membres de la famille, cachant leur détresse derrière un mot, un geste, un silence.

Robert, cet homme vieillissant qui devient du jour au lendemain l’aîné de cette  famille déchirée, n’est pas la brute qu'ont pu donner les guerres aux générations précédentes; c'est un homme éduqué, intelligent, brillant même , attachant,  qui cache, tout enfoui,  un tout jeune garçon traumatisé et est autant déchiré par le traumatisme que par le secret. J'ai beaucoup aimé ce couple qu'il forme avec sa femme (et d'une façon générale la place des femmes dans ce roman), ce que l'amour est devenu en 50 ans, qui n'a plus besoin des mêmes enthousiasmes et artifices, qui trouve une certaine paix, laquelle peut sembler terne, mais cache en fait une énergie et une tendresse qui n'a même plus besoin de se dire.

Et puis, si au début les réminiscences et autres ramentevances m'ont un peu irritée, comme des flashbacks hollywoodiens, elles  se sont peu à peu mêlées au quotidien, aux espoirs, aux pensées, aux rêves, aux délires, elles ont pris leur place et tout le récit  fonctionne  sur cela, le passé, toujours présent, c'est assez prenant.



mots-clés : #amour #famille #guerre #mort #psychologique #relationenfantparent #vieillesse
par topocl
le Dim 5 Aoû - 11:05
 
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Sujet: Robert Olen Butler
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Anne Marie Lon

Tag vieillesse sur Des Choses à lire Noces-10

Noces tardives

A 84 ans, Edith Tennesen est une vieille dame digne et qui aime la vie.
A 25 ans, elle a délibérément abandonné une carrière universitaire pour se consacrer aux enfants orphelins abandonnés dans un refuge.
Elle s'y est épanouie et n'est partie qu'à regret, "remerciée" avec mépris pour ses bons et loyaux services par une direction préoccupée par la modernité.

Retirée dans sa maison, elle vit selon un rituel bien réglé.
Un jour d'été torride, elle met fin aux habitudes en décidant spontanément d'aller cueillir des fleurs sauvages en forêt.
Pour elle-même mais aussi pour sa  grand-mère maternelle, affectueuse et non conformiste, morte depuis longtemps mais toujours chère à son cœur.

Malheureusement, une mauvaise chute l'immobilise au cours de sa promenade.
Et elle réalise rapidement qu'elle est seule et abandonnée à elle-même.
Au début, elle est sensible à tout ce qui l'entoure, d'autant plus sensible qu'elle est au niveau du sol, des plantes des fleurs et des animaux.

Elle revisite ses souvenirs, essayant de faire un bilan de sa vie passé.
Mais le temps passe et s'étire à n'en plus finir.
Elle est tenaillée par la faim et la soif.
Elle y pallie au mieux avec un régime d'ermite au désert.
Mais les nécessités organiques de son corps lui imposent une souffrance autre que physique.

Couchée au milieu des herbes, elle va passer six jours et six nuits en compagnie des animaux de passage et qui l'observent avec curiosité.
Et aussi d'une myriade d'insectes qui peu à peu prennent possession de son corps.
La pensée d'une mort imminente s'impose à elle.
Et elle essaie de s'habituer à l' idée.

L'attente est interminable pour la vieille dame. Elle finit par le devenir aussi pour le lecteur.
L'auteur n'a pu ou su terminer son livre, oubliant que, parfois, la sobriété et la brièveté sont les façons les plus efficaces de mettre fin à l'attente.
Anne Marie Lon s'est inspirée d'un fait divers. Le pari était beau de le romancer.
Pari à moitié réussi.


mots-clés : #mort #nature #vieillesse
par bix_229
le Mer 6 Juin - 20:21
 
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Sujet: Anne Marie Lon
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Jim Harrison

Grand Maître (faux roman policier)

Tag vieillesse sur Des Choses à lire Grand_10


Juste retraité de la police, Sunderson continue son enquête sur le « Grand Maître » d’une secte, escroc qui apprécie les pré-adolescentes. C’est l’occasion de réflexions sur la vieillesse (et l’appétit pour le sexe, l’alcool et la bouffe), d’anecdotes parfois fort drôles, de péripéties assez violentes, de remarques piquantes sur les Etats-Unis, d’évocations des Indiens, d’observations naturalistes du Michigan au Nebraska en passant par l’Arizona. Pas le meilleur livre d'Harrison, mais une lecture fort agréable quand on est sensible à cet auteur, qui n’avait là peut-être pas d’autre ambition que de se projeter avec ses commentaires sur l’existence ? Passionné d’histoire et de pêche à la truite, marqué par son éducation luthérienne, notant ses pensées et se rappelant son passé, douloureusement divorcé, déconcerté par les changements sociétaux, tiraillé par ses pulsions, ce sympathique senior tragi-comique s’interroge autour du triangle religion-sexualité-argent (pouvoir au centre). Sans aucun doute une grande part d’autobiographie, mais aussi des personnages attachants, habilement cernés (Mona l’ado, Marion l’Indien) ‒ et la vision douce-amère du monde que donne l’expérience.
Je relève une intéressante opposition de l’Histoire, avec son recul, vis-à-vis de l’actualité, « l’histoire instantanée des médias ».
« La sexualité ressemblait parfois à un sac à dos bourré de bouse de vache qu’on devait trimballer toute la journée, surtout pour un senior qui s’accrochait désespérément à ses pulsions déclinantes. »

« Un médecin lui avait jadis conseillé de supprimer le sel toute une semaine pour faire baisser sa tension, et ça avait été une expérience calamiteuse ainsi que le moment de changer de médecin. Vers la fin de cette semaine sans sel, par une torride nuit estivale il avait sucé les seins d’une imposante barmaid de Newbury après ses heures de service et atteint l’extase en lapant la sueur sur la peau de cette fille. »

« Les soi-disant experts le confortaient dans son idée que tout le monde en Amérique ment sur soi, et aussi qu’il vivait dans un pays où parler c’est penser. »

« Il jouissait, du moins temporairement, de cette lucidité inédite qui apparaît lorsqu’on met fin à une habitude bien ancrée. »

« Pour Sunderson, les Indiens étaient le squelette monstrueux enfermé dans le placard de l’Amérique. Il imaginait volontiers un grand drap blanc étendu sur tous les États-Unis, et à des centaines d’endroits le sang des Indiens faisait des taches rouges sur ce drap. »

« Tout se passait comme si ces gens qui jouaient aux Indiens disaient : "Regardez-nous. Nous sommes humains, nous sommes comme vous. D’accord, nous avons volé les terres de plus de cinq cents tribus et massacré quelques milliers d’entre vous, et puis au cours d’un holocauste long de deux siècles, dix millions d’indiens sont morts de faim ou à cause de nos maladies. Mais comme vous, nous revêtons vos tenues et nous dansons." »

« …] l’histoire, une discipline qui après tout avait tendance à dresser l’inventaire des mauvaises habitudes de la nation. »

« Un torrent ou une rivière modifiait aussi la structure de son esprit et le simple fait de regarder l’eau vive lui excitait les neurones comme dans son enfance, quand merveille ne désignait rien de particulier sinon un événement quotidien. »

« Une rivière est plus puissante que le désespoir. »

"Vieillesse", et peut-être "religion", à défaut de "secte" ?

mots-clés : #religion #vieillesse
par Tristram
le Lun 4 Juin - 14:09
 
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Sujet: Jim Harrison
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Philip Roth

Patrimoine Une histoire vraie

Tag vieillesse sur Des Choses à lire Proxy_59

Il appartient à la horde primitive de ces fils qui, comme Freud se plaisait à le présumer, sont enclins à tuer le père - qui le haïssent et le craignent et, après avoir triomphé de lui, l'honorent en le dévorant. Et moi, j'appartiens à la horde incapable de décocher le moindre coup. Nous ne sommes pas ainsi, et nous ne pourrions l'être ni avec nos pères, ni avec personne. Nous sommes les fils que la violence épouvante, qui ne sauraient infliger la moindre souffrance physique, incapables de battre et d'assommer, inaptes à pulvériser fût-ce l'ennemi qui le mériterait le plus, et pourtant, pas nécessairement dénués de pétulance, de caractère, voire de férocité. Nous avons des dents tout comme les cannibales, mais elles sont là, plantées dans nos mâchoires, pour nous aider à mieux articuler. Quand nous ravageons, ou que nous exterminons, ce n'est pas avec des points déchaînés ou des machinations cruelles ou une violence démente et tentaculaire, mais avec nos mots, avec notre cerveau, notre mentalité, tout ce qui a suscité un abîme atroce entre nos  pères et nous, et qu'eux-mêmes se sont échinés à nous procurer. Et nous incitant à être aussi astucieux et bons petits yeshivas buchers, ils ne soupçonnaient guère qu'ils nous donnaient des armes pour les laisser isolés et frappés de stupeur face à notre incessant bavardage.


Dix ans se sont écoulés depuis ma dernière lecture, j'ai changé de génération en quelque sorte, et mon père est mort. j'ai donc lu Patrimoine avec un autre œil , plus touché, certainement.

Touchée par ce portrait d'un père qui quitte la scène, plutôt rustre, un père qui ne maîtrise pas les mots et encore moins la littérature, mais qui maîtrise sacrément bien la vie, contre les vacheries de laquelle il s'est toujours battu avec vigueur,  et il continue à se battre tout aussi hardiment contre les vacheries de la mort, à ce moment crucial où la relation parent-enfant s'inverse, avec une bonne dose de tendresse, de loyauté et d'humour. Et à travers ce portrait, celui d'un fils aimant et résolu, désemparé mais toujours là.

mots-clés : #communautejuive #mort #relationenfantparent #vieillesse
par topocl
le Lun 4 Juin - 10:38
 
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Sujet: Philip Roth
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Jonas Jonasson

Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Tag vieillesse sur Des Choses à lire Cvt_le10

Alors que tous dans la maison de retraite s’apprêtent à célébrer dignement son centième anniversaire, Allan Karlsson, qui déteste ce genre de pince-fesses, décide de fuguer. Chaussé de ses plus belles charentaises, il saute par la fenêtre de sa chambre et prend ses jambes à son cou. Débutent alors une improbable cavale à travers la Suède et un voyage décoiffant au cœur de l’histoire du XXe siècle. Car méfiez-vous des apparences ! Derrière ce frêle vieillard en pantoufles se cache un artificier de génie qui a eu la bonne idée de naître au début d’un siècle sanguinaire. Grâce à son talent pour les explosifs, Allan Karlsson, individu lambda, apolitique et inculte, s’est ainsi retrouvé mêlé à presque cent ans d’événements majeurs aux côtés des grands de ce monde, de Franco à Staline en passant par Truman et Mao...


Mon avis
J'ai beaucoup aimé le début, tout un décalage : un centenaire qui doit fêter son anniversaire dans une maison de retraite alors qu'il a vécu tellement de choses au cours de sa vie. Décalage aussi au niveau de l'écriture, j'en ai beaucoup rigolé.
Nous avons le récit de sa vie "ancienne" en parallèle de sa vie actuelle, ce qui aide à comprendre la réaction de ce vieux.
J'ai trouvé dommage que les passages de sa vie antérieures soient de plus en plus longs. Je voulais savoir ce que pouvait faire un centenaire en partant de sa maison de retraite mais j'ai eu l'impression surtout de lire son passé. Ce décalage qui me plaisait a fini par être lourd, ce qui pouvait être ironique devenait lourd aussi. C'était un peu trop pour moi, ce "vieux" a survécu à toutes les guerres, a rencontré tous les dirigeants du monde, ça a fait un peu "flouf" au bout d'un moment.

mots-clés : #humour #vieillesse
par oceanelys
le Dim 4 Fév - 20:06
 
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Sujet: Jonas Jonasson
Réponses: 2
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