Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


La date/heure actuelle est Mer 17 Juil - 15:44

62 résultats trouvés pour violence

William Faulkner

Trois nouvelles (Une rose pour Emily - Soleil couchant - Septembre ardent)

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Titres originaux: A Rose for Emily - That evening sun - Dry September.

Lu en version Folio bilingue (ci-dessus).
Dates de premières publications: 1930 pour A Rose for Emily, 1931 pour That evening sun et pour Dry September.


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A Rose for Emily (Une rose pour Emily):

Le narrateur écrit au "je", plus exactement au "nous", "nous" englobant ainsi tous les habitants de la ville (Jefferson, bien connue des lecteurs de Faulkner).
Emily et sa maison sont, en quelque sorte, deux monuments, deux exceptions à Jefferson. L'histoire débute par l'évocation de la date du décès d'Emily. Ce décès donne enfin l'occasion à la communauté villageoise de pousser la porte de la maison d'Emily, où elle vivait recluse en compagnie d'un vieux serviteur, qui disparaît dès le décès officialisé:

V a écrit:Le Noir vint à la porte recevoir la première des dames. Il les fit entrer avec leurs voix assourdies et chuchotantes, leurs coups d'œil rapides et furtifs, puis il disparut. Il traversa toute la maison, sortit par-derrière et on ne le revit plus jamais.
Les deux cousines arrivèrent tout de suite. Elles firent procéder à l'enterrement le second jour. Toute la ville vint regarder Miss Emily sous une masse de fleurs achetées. Le portrait au crayon de son père rêvait d'un air profond au-dessus de la bière, les dames chuchotaient, macabres, et, sur la galerie et la pelouse, les très vieux messieurs - quelques-uns dans leurs uniformes bien brossés de Confédérés - parlaient de Miss Emily comme si elle avait été leur contemporaine, se figurant qu'ils avaient dansé avec elle, qu'ils l'avaient courtisée peut-être, confondant le temps et sa progression mathématique, comme font les vieillards pour qui le passé n'est pas une route qui diminue mais, bien plutôt, une vaste prairie que l'hiver n'atteint jamais, séparé d'eux maintenant par l'étroit goulot de bouteille des dix dernières années.


V a écrit:The Negro met the first of the ladies at the front door and let them in, with their hushed, sibilant voices and their quick, curious glances, and then he disappeared. He walked right through the house and out the back and was not seen again.The two female cousins came at once. They held the funeral on the second day, with the town coming to look at Miss Emily beneath a mass of bought flowers, with the crayon face of her father musing profoundly above the bier and the ladies sibilant and macabre; and the very old men --some in their brushed Confederate uniforms--on the porch and the lawn, talking of Miss Emily as if she had been a contemporary of theirs, believing that they had danced with her and courted her perhaps, confusing time with its mathematical progression, as the old do, to whom all the past is not a diminishing road but, instead, a huge meadow which no winter ever quite touches, divided from them now by the narrow bottle-neck of the most recent decade of years.


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That evening sun  (Soleil couchant):

Le thème de la peur, traité très en finesse. Quelle virtuosité dans l'inexprimé, quelle économie de mots, aussi. Beaucoup de dialogues, mettant en avant le langage des enfants:
En effet le narrateur au "je" de la nouvelle est un enfant de neuf ans, Quentin:
Autant Christian Bobin m'avait exaspéré avec ce procédé-là dans La folle allure, autant William Faulkner m'enchante dans That evening sun !

IV a écrit:
Alors, Nancy se remit à faire le bruit, pas fort. Assise, penchée au-dessus du feu, elle laissait pendre ses longues mains entre ses genoux. Soudain, l'eau se mit à couler sur sa figure, en grosses gouttes. Et, dans chaque goutte, tournait une petite boule de feu, comme une étincelle, jusqu'au moment où elle lui tombait du menton/ "Elle ne pleure pas, dis-je".
- "Je ne pleure pas" dit Nancy. Elle avait les yeux fermés. ""Je ne pleure pas. Qui est-ce ?
- Je ne sais pas, dit Caddy qui se dirigea vers la porte et regarda au-dehors. Il va falloir que nous partions, dit-elle. Voilà Papa.
- Je vais le dire, dit Jason. C'est vous qui m'avez forcé à venir."


IV a écrit:Then Nancy began to make that sound again, not loud, sitting there above the fire, her long hands dangling between her knees; all of a sudden water began to come out on her face in big drops, running down her face, carrying in each one a little turning ball of firelight like a spark until it dropped off her chin. "She's not crying," I said.
"I ain't crying," Nancy said. Her eyes were closed. "I ain't crying. Who is it?"
"I don't know," Caddy said. She went to the door and looked out. "We've got to go now," she said. "Here comes father."
"I'm going to tell," Jason said. "Yawl made me come."




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Dry September (Septembre ardent):

Un salon de coiffure pour hommes [blancs] dans une petite ville du Sud Faulknérien. Une rumeur de viol d'une femme blanche célibataire par un noir enflamme la conversation. Seul le coiffeur s'interpose et est persuadé de l'innocence du noir.

Nouvelle où action et suggestion sont étroitement imbriquées, avec finesse: la non-description du lynchage est remarquable, dans ce registre-là (il fut, paraît-il, reproché à Faulkner de ne pas avoir couché ce lynchage sur papier). Très sobre dans son écriture, Faulkner nous gratifie d'une nouvelle dense, paroystique: du grand art.

III a écrit:
La vitesse précipita Hawk parmi les ronces poussiéreuses jusque dans le fossé. Un nuage de poussière s'éleva autour de lui, et il resta étendu, haletant, secoué de nausées, parmi les craquements ténus, agressifs de tiges sans sève, jusqu'à ce que la seconde voiture soit passée et ors de vue. Alors, il se leva et s'éloigna, traînant la jambe. Arrivé sur la grand-route, il prit la direction de la ville en brossant de ses mains son vêtement. La lune avait monté, elle glissait très haut, sortie enfin du nuage de poussière sous lequel, au bout d'un moment, la lueur de la ville apparut.

 

III a écrit:The impetus hurled him crashing through dust-sheathed weeds, into the ditch. Dust puffed about him, and in a thin, vicious crackling of sapless stems he lay choking and retching until the second car passed and died away. Then he rose and limped on until he reached the highroad and turned toward town, brushing at his clothes with his hands. The moon was higher, riding high and clear of the dust at last, and after a while the town began to glare beneath the dust.



Mots-clés : #criminalite #justice #mort #psychologique #racisme #segregation #vieillesse #violence
par Aventin
le Dim 9 Juin - 13:35
 
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Sujet: William Faulkner
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Michel Quint

Les aventuriers du Cilento

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J'aime beaucoup Michel Quint. Sa verve, son style si truculent par moments et délicat à d'autres, cette capacité à deviner de manière opportune quand il est bon d'être sensible et quand il y a une nécessité de punch.
Le prologue installe un décor violent, désespéré, laconique. Il en sera de même pour la suite même si la violence physique laissera place à une violence plus symbolique, plus abstraite.
Ils sont nombreux les livres à parler de quête d'identité. On peut d'ailleurs se demander à une époque où l'individualisme est triomphant comme il se fait que la quête d'identité soit pareille à celle du Graal pour beaucoup de gens.
Une quête d'identité donc, d'histoire également, nationale, régionale, locale, personnelle, à toutes les échelles les points d'interrogation sont majeurs et le héros pris au dépourvu par son absence de pouvoir sur ce qu'il apprend. Ajoutons à cela une critique sociale et politique en filigrane et l'on obtient un ouvrage avec une profondeur certaine.
J'ai été touché par ce périple existentialiste et par cette aventure du sens personnel.
Des longueurs parfois, peut être nécessaires pour reprendre son souffle mais dispensables pour le récit sont le seul bémol mais bien présent que je regrette.


Mots-clés : #identite #social #violence
par Hanta
le Mer 10 Avr - 15:04
 
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Sujet: Michel Quint
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Anne Hébert

Les fous de Bassan

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L'austère village s'accroche aux rochers, et à sa petite communauté protestante consanguine.  Le pasteur, imbu de l’arrogance de sa toute-puissance ecclésiastique,  entretient le spectre du péché, les hommes brident(s ou ne brident pas) leurs instincts, les femmes se taisent, obéissent, et les jeunes filles brillent par leur beauté virginale. Un jeune idiot épie tout ce monde. Les marrées, les vagues, et le vent sauvage attisent l’âpreté de cette atmosphère hostile. Et depuis que deux jeunes filles ont disparu, le 31 août 1936, les fantômes errent sur la grève et attisent le malheur.

C'est dans cette ambiance à la poésie tragique, que Anne Hébert nous décrit, dans une langue ardente ces âmes perclues  de rancœurs, de passions et de non-dits dont le ressassement répond aux assauts d'une nature hostile.
Très beau texte, dans une prose fiévreuse et pleine de lyrisme, de mystères et de romantisme.


Mots-clés : #famille #huisclos #humour #mort #violence
par topocl
le Ven 5 Avr - 15:48
 
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Sujet: Anne Hébert
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Chris Offutt

Nuits Appalaches

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Originale : Country Dark (Anglais/E.-U., 2018)

Quatre chapitres titrés entre 1954 et 1971. Tucker rentre de la guerre de Corée, juste âgé de dix-dept ans. En train, à pieds et en stop il rentre au pays, le Kentucky des Appalaches, assez isolé, oublié par tous, comme cette guerre qu’il vien de quitter. En chemin il libère Rhonda, quinze ans, assez énergiquemment des griffes de son oncle qui voulait l’abuser. Coup de foudre ! Et ils se marient rapidemment. Dix ans après ils ont cinq enfants, dont quatre avec des signes de retardements… Ils habitent dans des conditions simples dans un « settlement » et se sont construit une vie pauvre, certes, mais aussi quelque part heureux. Tucker travaille chez un traffiquant d’alcool. Et les institutions s’intéressent aux conditions des enfants dans de « telles » conditions. Simples ? Ou déjà inacceptables ? Des nouveaux problèmes apparaissent et Tucker se voit dans l’obligation d’agir...


REMARQUES :
L’auteur lui-même est de ce milieu des Appalaches, de villages réculés, à la limite de l’abandon : sans vrai reseau de routes, sans accès simple à des hopitaux, sans eaux courants. Des endroits oubliés où des gens travaillent dur, proche de la nature dont ils font en quelque sorte partie. Celle-ci est parfois cruel, mais offre aussi à Tucker un cadre dans lequel il se meut avec une certaine aisance. Cet homme est capable d’une forme de romantisme, d’un savoir faire naturel, d’une intelligence pratique. Et aussi : comme ancien combattant il avait appris à tuer, à exprimer une violence, à maitriser un savoir faire guerrier qui peut s’apparenter à la maxime de Sunzi : « Penser lentement, agir rapidemment. » (L’art de la guerre).

Edité chez Gallmeister, ce livre est classé sous la série des « natural writing ». Mais l’auteur disait (lors d’une lecture) que cela lui est bien égale comment on veut prendre ses livres. Certains parlent même de « policier, de thriller, de roman tout simplement ». N’importe : le livre dépasse les limites, à mon avis, est pourrait parler à différents types de lecteurs. Il y a aussi cette grande tendresse vécué envers ses enfants handicappés et surtout la complicité avec Rhonda. Et cela coexistent – comme en nous tous – avec une violence possible, surtout quand il s’agit de défendre les siens.

« Il ne réflèchissait pas en termes d’innocence et de culpabilité, de bien et du mal, de justice ou de mérite. Il ne regrette rien et n’en voulait à personne. »

Peut-être on trouve des motifs « américains » de l’innocent persécuté par le destin qui doit se défendre car il ne trouve pas de justice ? Il y a là un « déjà vu » par d’autres films et livres américains.

« J’entends et j’observe », dit Tucker. Combien c’est vrai ! Et on le souhaite aussi pour tous. Bonne découverte d’un auteur jusqu’ici inconnu pour moi !


Mots-clés : #guerre #nature #polar #violence
par tom léo
le Sam 30 Mar - 18:43
 
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Sujet: Chris Offutt
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Itamar Orlev

Voyou

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Que fait Tadek, quand sa femme le plaque, emmenant leur fils et que sa vie s’effondre ? Il part retrouver ce père resté en Pologne, qui l’a élevé dans l’alcool et la violence, ce réputé héros de la résistance déporté à Majdanek, ce monstre égocentrique, devenu ce vieillard qui s’étiole en maison de retraite et qui a bien des révélations à faire.

Curieuses retrouvailles que cette recherche désespérée d’un filiation qui a pourtant bien existé, entre haine et réconciliation, entre rancœur et pitié pour un livre bien décidé à ne répondre à aucune question, mais à montrer comme la réalité est complexe, les sentiments ambivalents, combien le cœur est déraisonnable.

Ce voyage est l’occasion d’un retour aux sources dans une Pologne misérable, rustre, violente, arrosée de vodka. Il montre comme l’histoire y a été d’une cruauté invraisemblable, mortifère pour plusieurs générations. Mais il ne s’aventure jamais dans les explications simplistes ou les raccourcis psychologiques, il reconnaît le caractère indéchiffrable du mystère des individus ballottés dans les méandres de leurs contradictions. 

L’auteur ne cherche pas à faire un roman psychologiquement cohérent, il propose un confrontation pathétique, faite de heurts, de poses, de détours et d’apaisements,   sans glisser une seconde vers l’attendrissement, il parle du malheur des hommes, de leur prédestination et de leur destin, de la souffrance et des incertitudes qu’ils sont condamnés à traîner perpétuellement avec eux.


Mots-clés : #deuxiemeguerre #immigration #lieu #relationenfantparent #violence
par topocl
le Mer 27 Mar - 21:21
 
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Sujet: Itamar Orlev
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Elfriede Jelinek

Les Exclus

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Un fait divers épouvantable qui défraya les journaux en 1965.
C’est « affreux, sales et méchants » ou « Chez ces gens-là » de Brel. D’abord, d’abord, y a le père, ancien officier SS qui a perdu une jambe à la guerre, réduit maintenant au rôle de portier, ayant comme passe-temps de faire des photos pornos, artistiques, de sa femme et de la battre, puis de la tromper. Dure vie lorsqu’on a été maître du monde en Pologne et en Ukraine…
La mère, elle, est totalement soumise et essaie maladroitement de limiter la casse.
Puis il y a les deux enfants, jumeaux, adolescents, Rainer et Anna. Ils n’ont qu’une hâte, fuir ce milieu moche, sale, sordide. Rainer se donne des airs de poète méprisant souverainement le monde qui l’entoure. Adepte de Camus et de l’acte gratuit, il se veut chef de bande et entraîne ses camarades dans des actes de crapulerie : tabassage d’un passant pour lui piquer son fric. Rainer est amoureux fou de Sophie.
Anna, la sœur de Rainer, pianiste de talent, est totalement renfermée sur elle-même, hantise de la souillure, anorexie… totalement inhibée, sauf en ce qui concerne le sexe.

« Anna méprise premièrement les gens qui ont une maison, une auto et une famille, et deuxièmement toutes les autres personnes. Elle est toujours à deux doigts d’exploser de rage. Un étang totalement rouge. L’étang est rempli de mutisme qui sans cesse la noie sous des paroles. »


Joyeux couple !

« Ils se tiennent à l’écart, non qu’ils craignent la lumière, mais la lumière les craint, et pour cause. En classe, comme dans le préau. La harde de loups se regroupe toujours dans les coins. Manifestant une sur-humanité incontestée que les autres aimeraient aussi manifester, mais ceux-ci atteignent à peine le niveau de sous-hommes d’ailleurs indispensables pour faire ressortir les performances sur-humaines. De leurs recoins obscurs ils étendent brusquement les jambes, et presque chaque fois tel fils à sa maman ou telle fille à son papa en jupe à carreaux fait un vol plané. »


Les camarades de jeu ne valent pas mieux : Hans, l’ouvrier aux beaux muscles et à la tête creuse. Il renie les convictions libertaires de ses parents : père fusillé à Mauthausen, mère passant son temps à coller des affiches, mettre sous enveloppes des tracts à l’intention du Parti. Hans rêve de belles bagnoles, de jazz et… de Sophie. En attendant, il entretient une liaison incandescente avec Anna.
Sophie « de », aristocrate, belle blonde sportive, famille très aisée, « propre sur elle ».

« Sourire blanc de Sophie, pure vierge lainée à qui un peu de woolite suffit. »


Elle est peut-être cependant la plus dangereuse du groupe, en tout cas la plus perverse.

Elfried Jelinek qualifie cet ouvrage de satire, terme important qui explique l’exagération, l’outrance, voire l’humour, même s’il est au second degré. Jelinek tire à boulets rouges sur la société autrichienne de l’après-guerre, hypocrite, non dénazifiée. On pense à Thomas Bernard, mais en plus noir ; plus encore au cinéma de Michael Hanecke (« Funny games » par exemple). On pense aussi aux performances extrêmes du groupe d’avant-garde des activistes viennois.
Jelinek a manifestement été marquée au fer rouge pendant son enfance et son adolescence. Elle a survécu grâce à l’écriture qui lui a permis de véhiculer une terrible violence interne. Je pense qu’il y a beaucoup d’elle dans le personnage d’Anna.
Un prix Nobel je pense bien mérité. Je vais poursuivre avec cette auteure (mais il faut des moments propices)  Very Happy


Mots-clés : #jeunesse #regimeautoritaire #satirique #sexualité #violence
par ArenSor
le Lun 25 Mar - 19:40
 
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Sujet: Elfriede Jelinek
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Grégoire Delacourt

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"Mon père", publié en 2019. Voici ma critique:
Un roman que j’ai lu d’une traite, ou presque… Il a fallu que je le repose à plusieurs reprises pour reprendre mon souffle. Essuyer une larme aussi.
Parce que c’est un sujet fort : les enfants victimes de la pédophilie passée sous silence dans l’Eglise catholique.
Parce que je suis maman d’un garçon, maintenant grand, mais que certaines situations angoissantes ont là ressurgi.
Parce que la justice, dans notre pays, est de nouveau montrée du doigt pour ses insuffisances et ses complaisances honteuses : « Elle l’estimera à une peine de trente ans de réclusion criminelle, assortie d’une période de sûreté de dix-huit à vingt-deux ans et laissera des pervers continuer à englander des enfants contre la modique somme de trois ans de prison dont un avec sursis. »

Roman après roman, Grégoire Delacourt étoffe l’aspect émotionnel de l’écriture. Il s’appuie ici sur la parabole, issue de l’Ancien Testament, d’Isaac, que son propre père, Abraham, a prévu d’offrir en sacrifice à Dieu. L’ange Gabriel était alors intervenu pour arrêter le bras paternel meurtrier, et placer un bélier sur l’autel et Isaac alors, put survivre.
Comment un fils peut-il se construire, et devenir père lui aussi, suite à un évènement pareil ? Le silence. Ce silence qui est censé panser les plaies et faire oublier : « Nous savions et nous n’avons rien dit parce que dire était faire exister l’horreur, donner une odeur au sang ».
Alors quand Edouard va apprendre que son fils a été abusé, dans le cadre du catéchisme imposé par sa mère dévote et très pieuse, il va réclamer son propre talion, et va, dans un huis clos de trois jours, demander des comptes à ce curé qui a osé toucher son fils.
C’est violent, puissant… Epoustouflant aussi. Et cette fin… J'ai eu envie de hurler.
Il va me falloir du temps pour « digérer » ce roman.
A lire absolument.


Mots-clés : #enfance #huisclos #justice #relationenfantparent #violence
par Valérie Lacaille
le Lun 18 Mar - 18:07
 
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Sujet: Grégoire Delacourt
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Valérie Manteau

Calme et tranquille

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J’ai choisi ce livre sur le seul nom de son auteur, dont j’ai récemment aimé Le sillon, auquel j’avais trouvé un ton très personnel, une ardeur, une nécessité. J’ai sans doute aussi été séduite parce titre, Calme et tranquille et là je n’ai pas  été déçue : ce n’est absolument pas calme et tranquille.

Comme quoi, quand je ne cherche pas les livres sur le stress post-traumatique, ils viennent jusqu’à moi, même si c’est par le biais d’une espèce de publicité mensongère.

Cela commence avec le suicide de sa grand-mère, chose terrifiante, déboussolante. Pour se restructurer, se ressourcer, lasse des psys à côté du sujet, Valérie Manteau a ses copains de Charlie Hebdo, à commencer par Charb avec qui elle  développe un lien d’une proximité amicale réconfortante, qui ne manque pas de lui rappeler qu’on peut rire de tout, absolument tout,  et qui l’ encourage dans ses recherches littéraires inabouties sur le suicide.
Seulement, travailler à Charlie Hebdo en 2015, ce n’est pas forcément la  solution pour aider à faire un deuil compliqué…
Retrouver ensuite à Istanbul un ancien amant turc, dans un contexte d’élections consternantes en Turquie non plus d’ailleurs.
S’accrocher à son humour caustique ne suffit plus forcément.

À travers ces événements dramatiques, témoins d’une époque chaotique ou le (bon) sens se perd, Valérie Manteau réussit un auto-portrait  atypique : une jeune femme « libre, très libre », en  recherche d’expériences et d’humanité, emmenée à la dérive par la violence de la vie contemporaine.



mots-clés : #mort #terrorisme #violence
par topocl
le Jeu 14 Fév - 17:10
 
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Sujet: Valérie Manteau
Réponses: 8
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Jesus Carrasco

Jesus Carrasco
Né en 1972

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Jesús Carrasco est né à Badajoz en 1972. Détenteur d’un diplôme en éducation physique, il a travaillé, entre autres, comme vendangeur, plongeur dans un restaurant, professeur d’éducation physique, manager musical, graphiste, ainsi que rédacteur publicitaire, et a monté et démonté diverses expositions.

Il a commencé à écrire en 1992, peu après son arrivée à Madrid. Depuis lors, il a été l’auteur de nombreux articles de presse, de plusieurs nouvelles, de deux livres pour enfants et d’un roman, et a muri en tant que lecteur.

En 2005, il publie un livre illustré pour premiers lecteurs, et la même année, il déménage à Séville, où il réside encore à l’heure actuelle. "Intempérie" (2015) est adapté par Javi Rey en 2017 chez Aire Libre (Dupuis).

Source Babelio

Traduits en français :

2015 : Intempérie
2018 : La terre que nous foulons


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Intempérie

"Une immense plaine desséchée par des années sans pluie, un monde fermé sur lui-même et gouverné par la violence. Dans cet enfer, sous un soleil implacable, un petit garçon fuit. Le premier jour, il se cache dans un trou recouvert de branchages, tandis que des hommes le cherchent sans relâche. À la nuit, il sort et file. Autour de lui, il n'y a rien à boire, rien à manger. Et peu d'endroits où se cacher, si ce n'est les bois d'olivier. Mais l'enfant s'obstine à aller de l'avant, à laisser son village loin derrière, à mettre le plus de distance possible entre lui et ceux qui le traquent. Bientôt, il a trop faim, trop soif et, quand il aperçoit un vieux berger en train de manger, il s'approche pour le voler. À partir de là, tout va changer pour le vieil homme malade et l'enfant traqué. Silencieusement, avec rudesse, le berger prend l'enfant sous sa protection. Il lui enseigne ce qui lui permettra de survivre dans cet univers impitoyable : garder les chèvres en troupeau, les traire et trouver de l'eau. Et aussi ce qui fait la grandeur d'un homme : la compassion, enterrer les morts et respecter la terre. Mais ceux qui veulent l'enfant se rapprochent. Bientôt, la confrontation a lieu, d'une violence inouïe. C'est que la lutte signifie bien plus que le combat des corps, les blessures et le sang. Et quand ce sera fini, après la mort et les désastres, enfin, il pleuvra."


J'ai lu ce livre avec difficulté et je dirai même qu'il m'a rendu malade tant il véhicule de violence.
Et je ne le conseillerai même pas.
Non que cette violence soit gratuite ou inutile. L'auteur a sciemment utilisé ce qui fait la matière même de son livre. Et la nature exacte de ses personnages.
Un vieux berger, mais pas seulement vieux, usé, au bout du rouleau. Il conduit quelques chèvres de façon erratique et sans objet réel.
L'autre est un enfant en fuite. Il fuit l'hostilité féroce, démente d'un village entier et de son chef dont il était l'objet sexuel.
Tous ces êtres semblent pris d'une folie collective, la quintessence même d'une méchanceté et d'une lâcheté incontrôlables mais dont ils sont responsables.
Le décor est celui d'une fin du monde. Une terre brûlée par une chaleur torride et durable. Des villages abandonnés par leurs habitants.
Que le berger accueille l'enfant n'étonne pas. Lui aussi est aussi en fuite de de milieu dément.
Il en subira évidemment les pires conséquences.
Rien n'étonne en fait dans cette exacerbation extrême, même si on ignore que le début de tout pourrait etre une catastrophe climatique, pas naturelle du tout.
Mais la conséquence de l'irresponsabilité coupable des humains.

Depuis La Route de McCarthy, on peut lire des livres, des fictions, qui reflètent l' enfer qu' est en train de devenir le monde dans lequel nous vivons. Et où les plus démunis, les plus vulnérable sont les premières victimes d'un suicide collectif programmé.
Où l' on cherche parfois un bouc émissaire là où il n'est pas.
Cela ressemble à la course frénétique de rats pris de folie dans une maison en flammes.
Et c'est lugubre et vrai.


mots-clés : #portrait #vieillesse #violence
par bix_229
le Dim 28 Oct - 17:40
 
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Sujet: Jesus Carrasco
Réponses: 9
Vues: 400

Mick Kitson

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles


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Originale : Sal (Anglais, 2018)

Présentation de l'éditeurPrésentation de l'éditeur a écrit:Que font deux gamines en plein hiver dans une des plus sauvages forêts des Highlands, à des kilomètres de la première ville ?

Sal a préparé leur fuite pendant plus d'un an, acheté une boussole, un couteau de chasse et une trousse de premiers secours sur Amazon, étudié le Guide de survie des forces spéciales et fait des recherches sur YouTube. Elle sait construire un abri et allumer un feu, chasser à la carabine. Elle est capable de tout pour protéger Peppa, sa petite sœur.

Dans le silence et la beauté absolue des Highlands, Sal raconte, elle parle de leur mère désarmée devant la vie, de Robert le salaud, de la tendresse de la sorcière attirée par l'odeur du feu de bois, mais surtout de son amour extraordinaire pour cette sœur rigolote qui aime les gros mots et faire la course avec les lapins.


REMARQUES :
Ce qui pourrait sonner comme une simple fuite de jeunes (enfants?) est en fait l’essai dramatique de ces deux demies-sœurs de quitter une vie, un milieu malsaine où elles ont grandies pratiquemment sans vraie présence aimante parentale, entre une mère dépendante de l’alcool et son copain Robert. Celui-ci, drogué, petit criminel, avait même commencé de « visiter » la petite Sal depuis que celle-ci avait 10 ans. A treize ans elle craind le même destin pour sa sœur Peppa, plutôt encore l’image de l’innocence car gardée par Sal. Pour la préserver elle planifie une solution…

… qui mènera les deux sœurs au coeur des Highlands écossais, décrits ici comme un paysage encore sauvage, isolé. Elles vivront la recherche de nourriture, la lutte contre la maladie, mais recevront aussi de l’aide insoupçonnée dans la personne d’une ancienne hippie et doctoresse allemande, vraie sorcière et fée des forêts qui y vit aussi dans un petit abri. C’est d’un coté Sal au centre de l’histoire, c’est elle la narratrice, en quelque sorte traumatisée par ses expériences, mais aussi infiniment prévenante envers sa sœur. C’est l’amour envers elle qui la motive, et qui lui donne une perséverance et un but.

Presque tout le roman se joue dans cette nature qui a aussi force de guérison. On y intercale des flash-back en arrière sur l’enfance des héroïnes et les histoires de quelques personnes. A propos : la description de la vie d’Ingrid, la sorcière allemande, est excellente et très juste, par rapport à l’histoire allemande.

Bien sûr on pourrait se demander si une fille de treize ans avait pu, grâce à un « manuel des forces spéciales » et des vidéos sur youtube, acquérir un tel savoir pratique, car elle sait tout faire, la gamine ! Mais pas si gamine : en phase de devenir femme. Dans la narratrice on voit une maîtrise de langue qu’on attend pas de ce personnage, mais qui a au même moment une tonalité de distance, de fille traumatisée et prévenante (pour sa sœur), aimante à la fois. Une histoire de survie semble à la fois classique et contemporaine (si on évoque certaines gadgets, instruments d’aujourd’hui).

Derrière une histoire d’abus il s’agit d’un hymne à la vie et à une jeune femme en devenir !

Un beau premier roman fort !

(J'ajoute que j'ai pu rencontrer lauteur lors d'une lecture dans la region. Très sympathique.)


mots-clés : #enfance #fratrie #nature #violence
par tom léo
le Sam 20 Oct - 7:20
 
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Sujet: Mick Kitson
Réponses: 4
Vues: 236

Hubert Selby Junior

Le saule

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Original: The Willow Tree, 1998

4ème de couverture : a écrit:Dans le South Bronx, une bande vient d'attaquer un couple d'adolescents. Maria est défigurée par un jet d'acide. Bobby, tabassé à coups de chaîne de vélo, pisse le sang. Hagard, perdu, il trouve refuge dans une cave où Moishe, un vieux clochard, le soigne. Mais peut-on vraiment guérir de la haine et des rêves de vengeance ?


Très reconnaissant d'avoir découvert cet auteur par la lecture de « Le saule ». Je fus attiré grâce à une petite remarque – de Bix, je pense, quelque part – que le livre rappelle en quelque sorte l'histoire de « Missa sine nomine » de Wiechert. Bon, peut-être c'est un peu bizarre de comparer, mais il est juste que dans un certain sens il s'agit d'histoires de « guérison » (ou pas?) après avoir subi une violence extrême. Ce qui est chez Wiechert avant tout la nature et une contemplation dans la solitude et le silence, c'est chez Selby, ici, cette amitié grandissant entre Moishe et Bobby. Ce qui était la guerre chez l'un comme déclencheur, c'est la violence urbaine chez l'autre, réalité très vraie, pas de tout exagérée à en croire un ami des Bronx...

Ce qui m'a touché aussi dans ce roman, c'est la juxtaposition, ou le parallèlisme entre une histoire très violente, des périodes marquées par une grande violence et une langue au moins rude et plein d'argot de Bobby (langue, écritutre « parlée ») ET, de l'autre coté, une espèce de douceur dans l'être, les propos de Moishe, un homme apaisé après ses traumatismes à lui. Cette coexistence est forte et peut-être très intéressant : la réalité de la violence dans nos vies ET, au même moment, l'invitation, l'expérience à autre chose. C'est un auteur touchant à sa propre fin, et ayant vécu lui-même des choses dures, qui écrit, et cet ensemble donne une grande crédibilité à l'oeuvre. Et ce malgré le fait que dans un certain fil conducteur on pourrait à juste titre aussi ressentir un certain « pathos », je dirais même : typiquemment américain. On s'embrasse, on « toppe », on s'appelle, « mon vieux »... - ici et ailleurs on est dans certaines répétitions qui m'ont un peu amusées ou même semblées un peu trop répétitives. Ainsi je trouve quand même que par exemple le deuxième tiers du roman est tout simplement trop longue. Un peu de coupures n'auait pas fait du mal. Mais on est dans une espèce d'écriture qui tourne, revient à certains sujets, qui exprime les lentes évolutions intérieures.

La tension du roman reste intacte, monte même encore quasimment jusqu'à la dernière page, et les deux, trois dernières pages touchent par leur grâce au sublime (ne pas anticiper la lecture, mes chers!!!).

J'ai envie de poursuivre avec cet auteur !

mots-clés : #amitié #initiatique #violence
par tom léo
le Sam 13 Oct - 22:28
 
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Eric Plamondon

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Taqawan

«  Au Québec, on a tous du sang indien. Si c'est pas dans les veines, c'est sur les mains. »


1981. Les Indiens Mi'gmac de la réserve de Restigouche se révoltent contre les quotas de pêche que le gouvernement veut leur imposer. Les 6 tonnes de saumons qu'ils pêchent annuellement constitueraient une menace pour la ressource. Une vétille pourtant, en comparaison des 800 tonnes prélevées par les pêcheurs sportifs, ou des 3000 tonnes des bateaux-usines qui, eux, ne sont soumis à aucune restriction... Les Indiens sont en fait au cœur d'une bagarre constitutionnelle entre gouvernement fédéral et régional. Ils ne sont qu'un prétexte, mais certains voient là l'occasion de les assujettir un peu plus...
La descente des forces de l'ordre sur la réserve pour saisir les filets est d'une violence inouïe. Ecoeuré par les nombreuses exactions, Yves Leclerc, garde-chasse, démissionne. Peu après, il découvre une jeune indienne mi'gmaq en état de choc après un viol. Avec la complicité d'une jeune enseignante française et d'un vieil ermite indien, Leclerc tente de remettre la jeune fille sur pieds. Mais c'est sans compter sur la menace que représentent ses agresseurs...

Les événements de Restigouche, tristement réels, sont le point de départ de ce drôle de roman hybride, composé de chapitres très courts, qui alternent entre roman noir, récits de chasse ou de pêche, histoire coloniale ou légendes indiennes...
Moins de 200 pages, c'était probablement un peu court pour évoquer tous ces sujets. De fait, l'aspect roman noir, bâclé et peu crédible, en pâtit. C'est un peu dommage, mais ça n'a finalement pas grande importance car l'essence du livre est ailleurs, dans la célébration nostalgique d'une osmose perdue avec la nature, et dans le récit sans fard de la condition des Indiens de Gaspésie. Depuis le XVème siècle,  leur histoire n'a été qu'une longue suite de dépossessions : de leurs terres, de leurs droits, de leurs coutumes, de leurs enfants même. Parqués dans des réserves, les Indiens sont encore, en cette année 1981, victimes du racisme et de l'ostracisme, totalement coupés des québécois « pure laine »  dans un pays qui semble «  préférer essayer d'oublier son histoire plutôt que de la comprendre. »

J'ai appris beaucoup de choses, en lisant Taqawan. Que ce soit sur sur les contradictions québécoises, la privatisation des rivières ou la vie d'un saumon... Roman engagé, tour à tour triste et rageur, sensible et poétique, Taqawan interpelle, et interroge. Malgré quelques bémols déjà évoqués, je ne l'ai pas lâché.  


Mots-clés : #amérindiens #discrimination #nature #violence
par Armor
le Sam 15 Sep - 15:31
 
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Jim Harrison

Un bon jour pour mourir

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Le narrateur, un jeune paumé alcoolo (mais cultivé) rencontre Tim, un jeune rescapé du Vietnam, quant à lui peut-être un peu plus porté sur les "pilules" ; il évoque un barrage qui serait en construction sur le Grand Canyon, et ils décident d’aller le faire exploser. C'est donc un road movie de Key-West (Floride) à Missoula (Montana), en passant prendre au passage la belle et sage Sylvia, qui aime Tim. Ressentant une attirance de plus en plus vive pour cette dernière, le narrateur se demande aussi entre deux excès pourquoi il s’est laissé entraîner dans cette aventure, lui qui est passionné de pêche.
« Je passais mon temps à observer la surface scintillante de l’eau du lagon. Je ne m’en lassais jamais. Qu’y avait-il de mieux à faire ? Boire. Voter. Tomber amoureux ? »

« En observant les autres dans la douce torpeur provoquée par le whisky, je réalisais à quel point mon attachement à la vie était faible. Je n’étais pas impliqué, même en tant que simple observateur, et encore moins en tant que pèlerin. Disons que je n’étais ni dans les tribunes pour voir le match, ni sur le terrain pour jouer. J’étais plutôt dans les sous-sols, observant avec indifférence la structure de base tout entière. »

La situation de la confiante Sylvia (elle-même issue d’une famille rurale fondamentaliste) est pathétique, ainsi placée entre ces deux énergumènes en piteux état :
« Sylvia avait raison, et Tim et moi nous avions tort. Peut-être. Ou du moins, elle faisait partie du groupe de gens étonnamment normaux, qui sont d’ailleurs une surprenante majorité. Nous étions comme des chèvres, en quête d’alcool, de drogue, de dynamite et de promiscuité sporadique, tandis qu’elle était une sorte de déesse au grand cœur, douce, vertueuse, tendre, gentille et fidèle. Cela devait être la culpabilité qui va généralement de pair avec ce genre de déprime. Et puis elle avait l’esprit simple. »

C’est une nouvelle Lost Generation que Big Jim inaugure en se penchant sur la jeunesse égarée d’une autre époque marquée par la guerre, mais aussi les drogues, la culture pop et l’héritage protestant :
« La chanson préférée de Tim était apparemment Get It While You Can de Janis Joplin, que je commençais à redouter. Le désespoir profond que cet air instillait semblait inégalé dans la musique moderne. Des millions de gens écoutent ces chansons, et à moins qu’ils ne soient des débiles profonds, leur humeur en est certainement affectée. »

« D’une certaine manière, j’étais sûr que les gens qui vivaient dans des villes, les Français et les Italiens, étaient moins culpabilisés que nous autres, qui avions grandi dans les marais calvinistes. »

« Tout calviniste continue à faire valoir cette simple allégation : "Dieu l’a voulu ainsi", s’il a encore la foi, ou alors : "Au moins, je suis honnête", quand il ne l’a plus. »

Dans son second roman, Jim Harrison laisse déjà percer sa grande sensibilité à la cuisine :
« Dans les dernières semaines de la grossesse de ma femme, c’était moi qui faisais toutes les courses et je dois dire que les supermarchés surpassent en horreur les stations-service. Rien ne me semblait bon à manger. J’errais dans les allées en pleurant presque, tellement je voulais trouver quelque chose de bon. Cela rendait les employés nerveux – il y avait même quelques réflexions, du genre "Bizarre ce type", "Le Chapelier Fou va faire ses courses", mais cela n’avait rien de drôle. »

Les considérations sur la pêche, les Amérindiens et l’environnement interviennent assez tard dans le livre :
« Et les Nez Percés, qui s’étaient battus sur le sol même où je me tenais, avaient un proverbe : à l’approche de la guerre, ils disaient : "Courage ! C’est un bon jour pour mourir", tout comme les Sioux Miniconjou auraient dit : "Courage ! La terre est la seule chose qui dure." C’est fantastique d’être capable de dire des choses pareilles, et de les penser. »

« C’était dur de penser constamment à l’obligation de trouver un endroit relativement préservé. Pourtant, on pouvait atteindre une zone incroyablement protégée de la côte de l’Équateur et constater que malgré l’étendue infinie du Pacifique, le makaire noir avait pratiquement disparu, après avoir fait les délices des marins japonais au long cours qui le dégustaient en saucisses.
J’étais certainement né trop tard pour en avoir jamais goûté et je savais à quel point il était idiot de faire sauter un seul barrage. Ou cinquante, ou même cent. Mais j’étais persuadé que cela me ferait du bien, et même si ce raisonnement était primitif et stupide, il fallait qu’il en soit ainsi. »

Le réel thème de ce bref roman, dont le narrateur se révèle assez suicidaire et romantique, se trouve bien récapitulé dans la phrase de Rilke placée en exergue :
« Chaque tournant torpide de ce monde engendre des enfants déshérités auxquels rien de ce qui a été, ni de ce qui sera, n’appartient. »

Paru en 1973, il fait penser à Le Gang de la clef à molette d’Edward Abbey (édité en 1975), où de jeunes révoltés envisagent également le sabotage "écologique" d’un barrage.
« Quelqu'un a dit, je crois que c’était un poète russe, que nous n'étions sur cette terre que les ombres de notre imagination. »



mots-clés : #jeunesse #nature #violence
par Tristram
le Lun 10 Sep - 14:58
 
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Deon Meyer

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L'année du lion

Deon Meyer s'éloigne ici du genre policier pour évoquer l'Afrique du Sud dans un futur proche et dramatique, où un mystérieux virus a précipité la mort d'une majeure partie de la population mondiale. L'année du lion est alors le récit d'une reconstruction, tentative d'établir un nouvel idéal face au risque constant du vide, de la destruction et de la disparition.

La relation d'un père et d'un fils au milieu d'un chaos, au centre de tous les enjeux, peut rappeler La Route de Cormac McCarthy, mais Deon Meyer parvient à exprimer une forte singularité dans son approche d'un monde bouleversé, entre dystopie et utopie. S'il s'attache à décrire minutieusement un environnement à la fois fascinant et hostile, il saisit surtout la fragilité d'une volonté de créer un édifice social et politique sur les décombres d'un passé enfoui. Et les paysages tourmentés de l'Afrique du Sud reflètent les déchirements d'une humanité avant tout confrontée à son histoire et à sa propre noirceur, à travers une vision qui mêle l'image de l'avenir à celle d'un présent rempli de contradictions, de souffrances et de promesses.

L'épilogue, qui prend la forme d'un rebondissement décisif, m'a semblé trop brusque dans ses intentions mais l'impression laissée par ce roman atypique et audacieux reste forte.




mots-clés : #initiatique #romananticipation #violence
par Avadoro
le Jeu 23 Aoû - 23:56
 
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Monte Schulz

Sur l'autre rive du Jourdain

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Résumé babelio : A la veille du krach de 1929, trois aventuriers se livrent au braquage de banques et au meurtre à travers l’Illinois, le Nebraska, le Mississippi et le Kansas : Chester Burke, malfrat psychopathe, Alvin Pendergast, fils de fermier rongé par la tuberculose, sentimental et désespéré, et Rascal, un nain doté d’une imagination débordante.

Lecture mitigée, écriture agréable, fluide. Les rôles sont donnés :  le malfrat psychopathe, Chester,  incarne le Mal, le meneur, le décideur,  les "suiveurs"  Alvin le fermier et Rascal le nain impliqués dans  ce road-trip meurtrier. Mais l'ascendant que Chester a sur  Alvin et Rascal n'est pas, à mon avis, assez analysé, le personnage reste plat.

L'auteur décrit les crimes de manière froide, sobre, ce sont les sentiments du jeune fermier Alvin qui montrent le poids des actes.

L'ambiance de ce midwest est par contre assez prégnante.

De nombreuses digressions sont les racontars du  nain mythomane ; une façon de supporter ce road-trip meurtrier ?

Alvin lui lutte tous les jours contre sa maladie, cette lutte l'aiderait-elle aussi à supporter ce road-trip ?

La rencontre du trio avec un cirque et surtout une troupe de Nains a un petit air de "Freaks".  La séance de spiritisme m'a passablement ennuyée.

J'ai été attirée par la 4ème de couverture qui mentionnait :  Conquise, la presse américaine a évoqué à son sujet les noms de Flannery O’Connor, Carson McCullers, Joan Didion et John Steinbeck.

Je donnerais néanmoins une autre chance à cet auteur.


mots-clés : #lieu #social #violence
par Bédoulène
le Jeu 23 Aoû - 10:36
 
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Virginie Despentes

Baise-moi

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Sorte de road movie trash (à l’échelle de la France) de « la petite », Manu, et « la grosse », Nadine, répondant à la violence par un surcroît de violence, et pour le temps que ça peut durer. Ce tandem complice dans l’absence de valeurs morales la plus évidente, ces monstres produits par notre société se rencontrent évidemment sans avenir.
Despentes fait sa seule référence littéraire nominale à Bukowski ; elle m’a un moment ramentu Japrisot par son efficacité stylistique, et guère Houellebecq.

« Il a l’esprit borné et très peu inventif, la mémoire encyclopédique des gens privé d’émotion et de talent, persuadé que donner des noms et des dates exactes peut tenir lieu d’âme. Le genre de type qui s’en tient au médiocre et s'en tire assez bien, bêtement né au bon endroit et trop peureux pour déconner. » (I, 4)

« C’est comme une voiture que tu gares dans une cité, tu laisses pas des trucs de valeur à l’intérieur parce que tu peux pas empêcher qu’elle soit forcée. Ma chatte, je peux pas empêcher les connards d’y rentrer et j’y ai rien laissé de précieux… » (I, 8 )


mots-clés : #amitié #conditionfeminine #contemporain #sexualité #violence
par Tristram
le Mar 17 Juil - 16:39
 
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Sebastian Barry

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Des jours sans fin

Sebastian Barry suit la trace de Thomas McNulty, jeune adolescent irlandais parcourant une Amérique à la fois démesurée, fascinante et destructrice. Son amitié amoureuse avec son compagnon d'aventures John Cole offre une stabilité affective et les rencontres effectuées sur leur chemin, reflets d'une fragilité du roman, semble esquisser la perspective d'un apaisement.

La beauté du roman se révèle à travers ce contraste permanent entre une dimension humaniste épurée et la violence sourde, terrifiante d'une histoire en marche. Des guerres indiennes lors de l'avancée vers l'Ouest à la guerre de Sécession, la vie apparait nouée à un traumatisme existentiel invisible et pourtant omniprésent. Mais même la brutalité dévastatrice des combats ne peut effacer les promesses d'un avenir éclatant, qui se révèle dans l'écriture par une expression lyrique et passionnée, et une attention omniprésente à l'autre, jusque dans ses souffrances et ses blessures.


mots-clés : #aventure #historique #initiatique #violence
par Avadoro
le Jeu 21 Juin - 10:35
 
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Justine Augier

De l'ardeur

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Justine Augier s'attache au personnage de Razan Zaitouneh, avocate dissidente, élément clé de la résistance syrienne, qui a été enlevée avec trois "comparses"en décembre 2013, on ne sait pas par qui, même si on a des doutes, et dont on est sans nouvelles. C'est l'occasion d'un portrait de ce qui se passe en Syrie, la très large répartition des exactions entre pouvoir en place, activistes, et islamistes.

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Justine Augier le dit elle-même, elle n'a jamais été en Syrie, mais elle s'attache à cette icône de la liberté, ayant elle-même travaillé dans l'humanitaire, partageant ses idées à défaut de ses actions.

Elle livre un récit  sans doute volontairement éclaté, sans chronologie vraie, prenant ses distances avec les faits. il ne faut donc pas compter sur ce livre pour satisfaire l'espoir d'y comprendre enfin quelque chose sur la situation en Syrie, qui est présupposée comme acquise .  Il ne faut pas non plus attendre un portrait psychologique fin, on y trouvera plutôt une Razan Zaitouneh reconstituée par Justine Augier. Mais là encore, frustration, si l'auteur s’implique tout au fil du récit, on ne comprend guère  ce lien qu'elle revendique. C'est surtout l'importance du témoignage, plus que l’œuvre littéraire en elle-même, le devoir de mémoire immédiate, qui pousse à terminer le livre.

Un peu foireux donc, fouillis (brouillon?), plein d'enseignement malgré ses lacunes c'était évidemment une bonne idée, même si cela reste inabouti,  d'attirer notre attention sur cette femme emportée par un devoir qui n'admet aucune concession et sur le drame humanitaire de la Syrie.

Mots-clés : #actualité #biographie #captivite #guerre #insurrection #regimeautoritaire #violence
par topocl
le Ven 25 Mai - 11:21
 
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Roberto Bolaño

2666

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J’avais entendu des avis très contrastés sur cet ouvrage : chef-d’œuvre absolu, arnaque…
J’ai eu le malheur d’en lire quelques lignes, alors que j’étais engagé dans d’autres lectures, et j’ai tout de suite était happé, fasciné, à l’instar d’une mouche autour d’une lampe. J’ai lu ce livre d’une traite, sans la moindre lassitude, toujours avec la même avidité, jusqu’à la fin, regrettant d’en arriver au point final ! Shocked

Difficile de résumer ou de parler d’un livre qui associe tellement d’histoires, de modes narratifs, de thèmes… On parle de « livre monde », terme facile mais qui a le mérite d’être évocateur.
2666 est donc le dernier roman de Roberto Bolano, qu’il n’a pas eu le temps de terminer avant sa mort. J’ignore les parties qu’il aurait modifiées, peut-être la dernière pour lui donner plus d’ampleur ?

L’ouvrage se divise en cinq chapitres. Bolano avait décidé in fine de les publier séparément. Ce choix était principalement dicté par un souci d’assurer des revenus financiers à sa famille après sa mort. Heureusement, ses ayant-droits et éditeurs ont décidé de rassembler l’ensemble. C’était le bon choix car les différents chapitres sont unis les uns aux autres par quantité de fils plus ou moins visibles.

1) La partie des critiques : quatre universitaires : un français, un italien, un espagnol et une anglaise sont sur la piste d’un mystérieux auteur allemand qui répond au nom improbable de Benno Archimboldi et que très peu de gens ont vu. Ils vont de colloques en colloques prêcher la bonne parole d’un écrivain qu’ils considèrent comme un maître de la littérature du XXe siècle (on parle même de lui pour le Nobel !). A l’occasion, ils s’intéressent également à un artiste qui s’est amputé d’une main pour la fixer sur un tableau… Ayant découvert une piste de la présence possible d’Archimboldi à Santa-Theresa au Mexique, trois de nos universitaires décident de s’y rendre.

2) La partie d’Amalfitano : celui-ci est un prof de philosophie espagnol qui s’est exilé à Santa-Theresa. Il vit avec sa fille qui commence à fréquenter de mauvais garçons. Amalfitano accroche un livre de géométrie sur un fil à linge le laissant dépérir au fil du temps, nouveau ready-made à la Duchamp. Il entend des voix, expérience qui l’amène aux portes de la folie.

3) La partie de Fate : journaliste afro-américain de Brooklyn, Fate vient à Santa-Theresa pour couvrir un combat de boxe. Il commence à s’intéresser aux femmes retrouvées mortes dans la ville. Fate fréquente les milieux interlopes et doit s’enfuir précipitamment avec Rosa la fille d’Amalfitano.

4) La partie des crimes. C’est le chapitre de loin le plus long, celui que j’ai trouvé le plus fort, véritable point d’acmé du roman. L’histoire s’inspire d’événements réels : les meurtres de jeunes femmes perpétrés à Ciudad Juarez (alias Santa Theresa), à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis.
C’est une longue litanie mortifère, jusqu’à la nausée, d’enfants, jeunes filles et femmes un peu plus âgées, parfois torturés à mort, la plupart violés par « les deux voies », souvent étranglés avec fracture de l’os hyoïde (dont j’ignorais même l’existence avant cette lecture). Bolano nous offre un parcours sordide dans les décharges sauvages, des faubourgs glauques et déshérités à souhait, l’univers de ces malheureuses femmes, serveuses de café, prostituées, ouvrières des maquiladoras. Le lecteur est amené aussi à côtoyer les milieux policiers, le monde des narcotrafiquants, celui  de la justice et l’univers pénitencier ; mondes aux frontières perméables, mouvantes, gangrenées par la corruption.

5) La partie d’Archimboldi nous plonge dans le passé, en Allemagne lors de la seconde guerre mondiale, sur le front de l’est, lieu privilégié de multiple horreurs. C’est un des liens les plus évidents entre les deux dernières parties, la description des pires choses que l’humanité a pu inventer.

Il n’est bien entendu pas question pour moi d’aborder les multiples aspects que présente un tel livre. Je me contenterai donc de quelques réflexions que m’a inspiré cette lecture :

- l’emboîtement des histoires les unes dans les autres : l’auteur peut interrompre son récit pour suivre un nouveau personnage. Il y a ainsi un foisonnement de récits en structure « buissonnante ». Parfois des personnages reviennent, d’autre fois non. Pour ma part, J’ai trouvé ce mode de récit très cohérent avec le fil de nos existences, régies par diverses tendances dans lesquelles l’aléatoire intervient constamment : rencontres fortuites, suivies, interrompues, retrouvées parfois ; diversité de nos centres d’intérêt au cours d’une vie, etc.

- une écriture «tortueuse », « sinueuse » (je ne sais trop quel terme employer), qui se faufile dans une sorte de labyrinthe gigantesque. J’ai souvent pensé à « Mulholland drive » de Lynch.

- le décalage subtil avec la réalité : c’est une impression très forte et intrigante que j’ai eu à la lecture de 2666. Celle de ne jamais être totalement dans le réel, mais juste à côté, derrière une paroi transparente, comme dans un univers parallèle. D'ailleurs, souvent les personnages agissent et se regardent agir. Les miroirs tiennent également une grande place dans le récit. De ce fait, la frontière entre ce qui semble le réel et l’imaginaire, sous forme en particulier du rêve, est très ténue. Comme le dit très bien Dreep, une écriture en « clair-obscur », toujours entre entre deux mondes.

« Au réveil, il crut avoir rêvé d’un film qu’il avait vu peu auparavant. Mais tout était différent. Les personnages étaient noirs, et le film du rêve était donc comme un négatif du film réel ».

« Tout ça est comme le rêve d’un autre. »


- le mal : il semblerait que ce soit un thème récurrent chez Bolano. Déjà le titre du roman évoque la Bête de l’Apocalypse. Ce Mal est effectivement toujours présent dans le livre, en arrière plan, comme un bruit de fond le plus souvent ; parfois il éclate avec brutalité lors de rêves en particulier. Cela m’a rappelé quelques terreurs d’enfance.

Pour terminer, je voudrais insister sur la grande facilité de lecture de 2666 qui ne présente pas de difficultés. Je conseille de le lire sans à priori, en se laissant porter, ce n’est pas un livre policier, ni d’aventures, ni fantastique, encore moins un roman classique, mais tout cela à la fois : un livre-monstre  Very Happy
 
« Même les pharmaciens cultivés ne se risquent plus aux grandes œuvres imparfaites, torrentielles, celles qui ouvrent les chemins dans l’inconnu. Ils choisissent les exercices parfaits des grands maîtres. Ou ce qui revient au même, ils veulent voir les grands maîtres dans des séances d’escrime d’entraînement, mais ne veulent rien savoir des vrais combats, où les grands maîtres luttent contre ça, ce ça qui nous terrifie tous, ce ça qui effraie et charge cornes baissées, et il y a du sang et des blessures mortelles et de la puanteur »


mots-clés : #contemporain #creationartistique #fantastique #polar #violence
par ArenSor
le Mer 23 Mai - 17:39
 
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Sujet: Roberto Bolaño
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Zakhar Prilepine

Des chaussures pleines de vodka chaude

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Originale: «Ботинки, полные горячей вод , сборник рассказов, Russe, 2008)
Traduction: Joëlle Dublanchet (Übersetzer)

Récueil de 11 nouvelles

C'est une très bonne façon de faire connaissance avec un auteur (à mon avis) de lire des nouvelles : on saura après quelques unes peut-être un peu mieux s'il nous parlera ou pas. Si dans le cité « San'kya » le ton politique, voir la violence, est redoutable, on trouvera ici aussi quelque chose qui marque l'écriture de Prilépine. Je trouve cela vraiment rare, qu'une certaine forme très crue, violente puisse se marier ici avec une tendresse touchante, des bribes extrêmement nostalgique. Par là même on comprendra peut-être aussi un des traits de ce pays ? Et de cet auteur un peu, voir beaucoup, controversé pour nos yeux occidentaux ?!

Et sur ce niveau-là je pense que la lecture de ces nouvelles peuvent nous aider. Elles ont quelque chose d'authentiques, de raleur, mais aussi d'humain. Toutes les nouvelles sont racontées de la perspective d'un narrateur (première personne). Certains personnages comme « ma femme, mon frère, mon ami » apparaissent ici et là. Et ainsi on a l'impression (est-ce vrai?) de participer à la vie de l'auteur même. Donc, cela paraît très authentique, même si certaines choses paraissent un peu incrédibles.

Pour moi une vraie découverte.

mots-clés : #contemporain #nouvelle #viequotidienne #violence
par tom léo
le Lun 21 Mai - 9:25
 
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Sujet: Zakhar Prilepine
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