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41 résultats trouvés pour CampsConcentration

Jorge Semprun

Le grand voyage

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Premier livre, roman autobiographique écrit seize ans après sa déportation à Buchenwald, d’un étudiant espagnol exilé en France.
À la distanciation d’intellectuel communiste du narrateur, sensible à rester digne (peut-être par orgueil), répond cette expérience en creux du camp de concentration : ne sont dits que le voyage de quatre jours et cinq nuits en train pour y parvenir, puis le retour à la Libération, avec des aperçus de la guerre civile espagnole et de la Résistance, de son arrestation par la Gestapo, de sa vie après-guerre en « amnésie volontaire ». Ce voyage également intérieur (dans la mémoire) inclus des images postérieures (des faits qu’il ne connaissait pas à l’époque, comme l’auxiliaire SS Else Kock qui fabriquait des abat-jours de peau tatouée) ou extérieures (comme le point de vue du village, de la maison avec vue sur le camp d’extermination et son crématoire fumant). Ce sont donc les contours de l’indicible, le voyage à cent-vingt personnes dans un wagon à bestiaux avec « le gars de Semur », un compagnon d’infortune qui meurt dans ses bras à l’arrivée, les survivants étant pressés debout, immobilisés.

« À ces moments-là, lorsque cette voix retentit, et toujours elle retentit, la simple agglomération d’êtres rassemblés par hasard, informe, révèle une structure cachée, des volontés disponibles, une étonnante plasticité s’organisant selon des lignes de force, des projets, en vue de fins peut-être irréalisables, mais qui confèrent un sens, une cohérence, aux actes humains même les plus dérisoires, même les plus désespérés. Et toujours cette voix se fait entendre.
"Les gars, il faut faire quelque chose", dit cette voix derrière nous. »

(Les prisonniers organisent une collecte d’urine pour humecter des mouchoirs et en rafraîchir ceux qui s’évanouissent.)

Il rapporte d’autres scènes vécues, telle celle du massacre des enfants juifs polonais rescapés de wagons amenant chacun deux cents Juifs, pour la plupart des cadavres gelés.
Pour ce jeune homme empreint de philosophie allemande, il n’est pas nécessaire de comprendre les nazis : il faut juste les détruire. Et il refuse la mentalité ancien combattant (le combat n’est pas fini pour lui). Ce livre expose en fait le positionnement de l’auteur contre le fascisme : la lutte.

Je n’ai pas recopié d’autre extrait témoignant de l’incommunicable détouré par Semprun ; voici d’abord un commentaire sur l’organisation de la Résistance, puis sur Hans, un autre personnage important, Juif allemand, lui aussi résistant, et disparu sans laisser de trace dans un combat (ce qu’il apprend lors de son « grand voyage ») :

« C’est effarant que la torture soit un problème pratique [pour les combattants clandestins], que la capacité de résister à la torture soit un problème pratique qu’il faille envisager pratiquement. […] Les choses étant ce qu’elles sont, la possibilité d’être homme est liée à la possibilité de la torture, à la possibilité de plier sous la torture. »
« …] "je ne veux pas mourir seulement parce que je suis Juif", il se refusait, en fait, à avoir son destin inscrit dans son corps. »


Juste une autre citation, accessoire, mais qui laisse dubitatif à maints égards :

« Il faudra que j’essaie un jour de penser sérieusement à cette manie qu’ont tant de Français de croire que leur pays est la seconde patrie de tout le monde. Il faudra que j’essaie de comprendre pourquoi tant de Français sont si contents de l’être, si raisonnablement satisfaits de l’être. »

Voici une courte interview lors de la parution du livre : url=http://www.ina.fr/video/I00018093

Autre chose : dans ce texte organisé en deux parties (la seconde très courte, juste la marche finale dans la monumentalité opératique, aux accents wagnériens, aux aigles hitlériennes, de leur destination), pas séquencé en chapitres mais d’une seule allée cadencée de paragraphes espacés, certains des alinéas qui le structurent manquent, du fait vraisemblablement du typographe, peut-être soucieux d’économiser du papier (alors autant supprimer les passages à la ligne), en tout cas peu respectueux du phrasé : les espaces sont primordiaux en littérature, et pas qu’en poésie, comme les intervalles et les périodes en musique, et la mise en page est trop souvent bâclée.
C’est d’autant plus dommage que ce texte constitue une superbe reconstruction mélodique des souvenirs de l’auteur, prouvant une fois de plus que le style est nécessaire à la signification de l’écrit.

J’ai commandé L'Écriture ou la Vie, et en parlerai sans doute après lecture.


mots-clés : #campsconcentration
par Tristram
le Dim 4 Juin - 21:42
 
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Sujet: Jorge Semprun
Réponses: 24
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Antoine Choplin

Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 5167yg10


Une forêt d'arbre creux

Histoire basée sur la vie de l'artiste Bedrich Fritta. Mort à Auswitch en 1944 après avoir vécu quelque temps, ainsi que sa femme et leur fils Tommy dans le ghetto de Térezin.

Après une marche dans un vent hivernal Bedrich, sa femme Johanna et leur fils Tomi arrivent à Terezin en décembre 1941.

C'est par quelques "plans" que  l'auteur montre le quotidien des familles juives au ghetto de Terezin. Mais à eux seuls les deux ormes sur la place du village sont une représentation métaphorique de cette vie.

"Les deux ormes, appelons les ainsi, de tailles sensiblement égales, jeunes encore sans doute, distants de quelques mètres à peine et confondant ainsi leurs cimes. Par contraste, la clarté laiteuse du jour perçant la ramure au coeur rend à chaque banche sa forme singulière. On voit ainsi combien la silhouette rondouillarde et équilibrée de l'arbre résulte de l'agrégat d'élancement brisés, de lignes rompues et poursuivant autrement leur course, de désordres. Dans ce chaos que ne tempère que cette tension partagée vers le haut, l'oeil a tôt fait d'imaginer des corps décharnés, souffrants, empruntant à une gestuelle de flamme ou de danse andalouse, implorant grâce ou criant au visage de leur bourreau la formule d'un ultime sortilège, résistant un instant encore à l'apel du gouffre que l'on croirait s'ouvrant à la base du tronc.
Juste derrière les deux ormes passe la clôture de fils de fer barbelés, et parallèles rythmées par les poteaux équidistants. Drôle de portée avec ses barres de mesure, vide de toute mélodie, et contre laquelle, à bien y regarder, semble se disloquer la promesse des choses.[........]S'y entrelacent, en lisière de cette désolation, l'élan et la contrainte, la vérité et l'illusion, le vivant et le mort. A eux seuls les barbelés ne disent rien, pas plus que les arbres ; ce sont les deux ensemble qui témoignent de l'impensable."



Placé comme "chef" du service de dessin technique Bedrich et d'autres peintres, dessinateurs se voient confier comme tâche : la construction du crématorium ! alors ces hommes et ces femmes doivent faire face à leur passion pour leur métier et au désarroi de leur conscience.

"Un contentement, c'est bien cela pour le moins, tenu en joue par une culpabilité impermanente."


Mais leur travail de nuit, en secret les dédommage, ils vont porter à la connaissance du monde la réalité de Térézin.

Leo Haas
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Bedrich Fritta
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Petr Kien  (portrait de Bedrich)
Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 Bedric12

Quelle manière sensible, humaine a l'auteur pour raconter au lecteur la vie et la mort après Terezin en le prenant à témoin.

"A l'oreille de chacun de ces hommes, on aimerait tant chuchoter ce qui, de ce que nous savons et qu'ils ignorent, devrait pouvoir être entendu d'eux, avec l'espoir que leur peine en soit un peu soulagée.
A Bedrich, il faudrait pouvoir dire un mot de son compagnon, celui dont il distingue à l'instant la nuque froissée juste devant, et qui un de ces jours, plus tard, ferait le chemin du retour jusque chez lui. Il faudrait aussi le convaincre des aurores à venir pour son fils Tomi, qui survivrait lui aussi.  [....] Léo Haas recueillant chez lui le petit Tomi et veillant sur sa santé et sur son éducation.

De tant de ses compagnons, on ne lui dirait rien. De Johanna non plus."



Une écriture à haute sensibilité physique, morale et esthétique.

Encore une fois je suis bouleversée par ce récit, par  la maîtrise de l'auteur



mots-clés : #campsconcentration
par Bédoulène
le Ven 21 Avr - 17:48
 
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Sujet: Antoine Choplin
Réponses: 26
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Jean Améry

Par delà le crime et le châtiment . ( Essai pour surmonter l'insurmontable )

Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 41hjqm12



Les témoignages et récits , oeuvres en tous genres ,sur cette blessure de l'humanité, sont nombreux , et ne le seront jamais assez.
Cet essai de Jean Améry se distingue de la littérature sur les camps par une approche philosophique , dans une mise à distance de son vécu de détenu à Auschwitz , pour en faire ressortir l'insurmontable par une réflexion purement intellectuelle .
Je n'aurais pas la prétention d'en faire un résumé , ni une synthèse . Du reste rien n'est réductible de chaque mot cliniquement pesé pour tenter d'être au plus juste de son "expérience" de sa condition concentrationnaire derrière laquelle le désespoir et l'arrachement à la vie crient dans le silence du monde .
Alors oui , Jean AMERY , juif parmi les juifs à Auschwitz .
Mais pas que . Juif intellectuel sceptique .De là ,à réfléchir sur le pouvoir de la pensée comme force ou faiblesse dans ce monde déshumanisé . Il en conclut :

"Le détenu non entrainé à l'exercice de l'esprit acceptait toutes ces choses sans trop sourciller , avec la même égalité d'humeur que celles que trahisaient déjà avant des réflexions comme " "Il faut bien qu'il y ait des pauvres et des riches " ou bien : "Il y aura toujours des guerres " . Il en prenait connaissance , il s'y faisait et dans le meilleur des cas il en triomphait .Mais l'intellectuel se révoltait devant l'impuissance de la pensée , car au début il s'en remettait encore à cette sagesse folle et rebelle selon laquelle "Ce qui n'a pas le droit d'exister ne peut exister . Mais au début seulement . "



Alors oui Jean Amery juif intellectuel parmi les juifs.
Mais pas que . Juif intellectuel agnostique .
Contrairement à ces camarades de camps s'en remettant à une foi divine ou une idéologie , il est bien évident que sa solitude et son absence de perspective d'avenir en l'au-delà ou terrestre constitue une faiblesse supplémentaire .


"Je ne voulais pas être au nombre de mes camarades croyants , mais j'aurais aimé être comme eux : inébranlable , tranquille , fort .Ce que j'ai cru comprendre m'est apparu de plus en plus comme une certitude : l'homme croyant au sens le plus large du terme , que la foi qui l'anime soit métaphysique ou fondée sur une immanence , se dépasse lui-même . Il n'est pas prisonnier de son individualité , il fait partie d'un continuum spirituel que rien n'interrompt à Auschwitz .Il est à la fois plus éloigné et plus proche que l'incroyant .Plus éloigné puisque dans son attitude essentiellement finaliste il laisse à gauche les contenus donnés de cette réalité et fixe les yeux sur un avenir rapproché ou lointain ; plus proche de la réalité , il l'est parce qu'il ne se laisse jamais surmonter par les faits qui le concernent , ce qui lui laisse le loisir d'agir énergiquement sur eux .Pour le non croyant , la réalité est dans le pire des cas , une violence à laquelle il se rend , dans le meilleur des cas un sujet d'analyse . Pour le croyant elle est une argile qu'il modèle , un problème qu'il résout ."


Alors oui Jean Améry , juif intellectuel agnostique .
Mais pas que . De culture allemande .
Et de cette spécificité , imaginons ce que peut ressentir tel homme , de se sentir spolié de cette base identitaire pour , comble de l'ironie , s'afficher ostensiblement dans l'outrance du nazisme , se réclamant de celle-ci .
Alors oui Jean Améry , juif intellectuel agnostique de culture allemande .
Mais pas que . Exilé aussi .
Arraché à cette terre natale :

" Il faut avoir une terre à soi pour ne pas en avoir besoin , de la même manière que la pensée doit posséder les structures de la logique formelle pour en franchir les limites et accéder aux domaines plus fertiles de l'esprit ."


Et que dire de la condition de juif qui n'est juif que par le sang . Sans aucune connection avec la culture juive et qui se retrouve marqué dans sa chair par cette identité qu'il ne reconnait pas ! Voilà qui me rappelle Imre Kertesz qui affirmait être devenu juif à Auschwitz.. Jean Améry , lui , est devenu juif en 1935 découvrant dans un journal les lois de Nuremberg.

De là vivre le paradoxe de "la nécessité et l'impossibilité d'être juif

".

Jean Amery , juif parmi les juifs , sceptique , agnostique , juif par hasard .
Mais au delà : un homme .
Qu'est ce qui définit l'homme ?
Que se passe-t-il lorsque celui ci est soumis à la torture ?
Perte de dignité ? Il faudrait se mettre d'accord sur ce qu'on y met derrière .
Vivre l'insoutenable dans sa chair ...Mais qu'est ce que l'insoutenable ? Peut-on se le représenter sans l'expérience ? :
"Sa chair se réalise totalement dans son autonégation "
"c'est seulement dans la torture que la coincidence de l'homme et de sa chair devient totale" .


Il établira aussi une distinction très nette entre le martyr et le torturé .
De ce vécu il écrira 22 ans plus tard :


"c'était donc fini".Une bonne fois pour toutes . Mais ce n'est toujours pas fini .Je pendouille toujours , 22 ans après , suspendus au bout de mes bras disloqués , à un mètre du sol , le souffle court , et je m'accuse ".


Jean Améry , plaie béante , revendiquant son droit au ressentiment comme une forme de protestation intime , personnelle face à "l'oeuvre cicatrisante et immorale du temps .
Jean Améry accusant le peuple allemand pour la faute collective qui devrait , selon lui , être vécue , inscrite dans la descendance , culpabilité inhérente . Le pardon est pour lui inconcevable .

« Les ressentiments sont là pour que le crime devienne une réalité morale aux yeux du criminel lui-même, pour que le malfaiteur soit impliqué dans la vérité de son forfait. »

Que l'on ne prenne que ce qui fait honneur à sa culture , son peuple pour se construire et que l'on efface la crasse de celle-ci , c'est ce manque de probité que Jean Améry dénonce .

Jean Améry s'est donné la mort en 1978.

Qu'écrire de plus ...Sinon que  Par delà le crime et le châtiment me semble une oeuvre incontournable , essentielle , première pour qui s'intéresse à l'histoire , à aujourd'hui , à l'universel , à sa condition d'homme .
...............................




mots-clés : #essai #campsconcentration
par églantine
le Lun 27 Mar - 11:34
 
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Sujet: Jean Améry
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Aharon Appelfeld

Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 Histoi10

Histoire d'une vie

C’est celle de l’auteur ; les années de la petite enfance où rode des parfums de confiture ; les vacances chez les grands-parents chez qui se parlait le yiddish et le foyer de la famille où l’on ne parlait pas de religion.

Après ce fut le ghetto (à l'âge de 7/8 ans), la mère assassinée, le père travaillant de longues heures et lui presque orphelin à se débrouiller avant le chemin du camp.

L’auteur fait une description de l’ambiance du ghetto et de l’attitude des gens , car il est souvent dans l’observation.

« L’hospice et l’hôpital avait été fermés, et les malades livrés à eux-mêmes, erraient dans les rues en souriant.
« Les policiers les attrapaient brutalement et les entassaient dans des camions. Personne n’implorait leur grâce. Il était entendu pour tout le monde que, si nous étions condamnés à la déportation, ils devaient être les premiers. Même leurs familles n’essayèrent pas de les sauver. »


L’auteur rappelle à plusieurs reprises dans son récit que la guerre est un révélateur, les bons en sont sortis élevés et les mauvais abaissés. Certains se sont conduits en héros et dans ce ghetto, c’était l’enseignant communiste qui s’occupait des enfants aveugles pour lesquels le chemin entre l’institut et la gare avec des stations tout au long m’a fait penser au chemin de croix, mais à chaque station leur chant s’élevait pur vers le ciel.

Après s’ être enfuit du camp (mais  comment ?) l’enfant a erré dans les terres d’Ukraine, les forêts surtout comme un petit animal apeuré, affamé mais prudent, se cachant ou parfois s’offrant à travailler auprès d’une personne vivant seule.

La mémoire est le fil d’Ariane du récit,  l’auteur dit que son corps en garde la vivance alors que l'esprit est dans l'oubli (protection ?)

« La mémoire, s’avère-t-il, a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l’odeur de la paille pourrie ou du cri d’un oiseau pour me transporter loin et à l’intérieur. »

Il y a un élément intéressant dans ce récit c’est l’évocation des camps de réfugiés où transitent les rescapés. Des camps « cour des miracles » où se côtoient adultes et enfants, trafiquants, voleurs…..
Et la révélation d’un camp « particulier » Kaltchund et précisément « l’enclos Keffer ».

L’auteur parle aussi des mains tendues, au camp, à l’armée plus tard, une période où il était démuni.

« Nous n’avons pas vu Dieu dans les camps mais nous avons vu des Justes. »

A son arrivée en Israël l’auteur se sent perdu, pas de maison, pas de famille, ne connaissant que très peu l’hébreu, il travaillera dans les jardins, là il n’est pas obligé de parler, la parole lui est difficile.
L’auteur explique la confrontation entre le yiddish (langue de ses grands-parents) et la langue hébraïque. Lui a perdu sa langue maternelle l’Allemand  qui se trouve être bien sûr celle des assassins. Mais il lui faut apprendre l’hébreu : « mais à quel prix : celui de l’anéantissement de la mémoire et de l’aplatissement de l’âme. »

Deux chapitres sont consacrés à l’interaction entre écriture et religion, l’univers d’écrivains célèbres (Agnon, Ouri Grinberg) et sa position personnelle dans la littérature Juive. Je me souviens que l’auteur, dans un reportage, affirmait la « musique » des mots.

C’est au club de l’association « la vie nouvelle » fondée par les rescapés qu’il retrouvera « une maison ».

« Parfois il me semble que mon écriture ne m’est pas venue de la maison, ni de la guerre, mais des années de cafés et de cigarettes au club. La joie de sa fondation et la tristesse de son déclin vivent et bouillonnent en moi. »

Malgré le sujet je trouve l’écriture de l’auteur sereine ;  l’enfant aimait observer (hérité de sa mère), l’adulte aussi.
Encore une fois la passivité des juifs déportés est critiquée, dans ce livre par les juifs vivant dans d'autres pays, au USA notamment.(mais c'est bien eux les donateurs, ceux qui aident à construire)

C’est le 2ème livre que je lis de l’auteur (après Badenheim 1939) ce ne sera pas le dernier.


mots-clés : #autobiographie #campsconcentration
par Bédoulène
le Sam 25 Mar - 16:00
 
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Sujet: Aharon Appelfeld
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Anise Postel-Vinay

Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 Vivre10

Vivre

Anise Postel-Vinay a vingt ans lorsque les nazis entrent dans Paris. Elle parvient à intégrer un réseau de résistance et elle est arrêtée par la Gestapo en août 1942. Elle est emprisonnée à la Santé en isolement (le moment le plus difficile de son parcours dit-elle), puis à la prison de Fresnes avant de prendre le train pour le camp de concentration de Ravensbrück. Elle devient l'amie de Germaine Tillion et parvient à sauver Geneviève de Gaulle, la nièce du général.

En commençant la lecture de Vivre, j'ai eu le sentiment d'être en terrain connu et de ne presque plus rien avoir à apprendre sur la déportation (d'autant plus que j'ai lu le livre quasiment ethnographique de Germaine Tillion sur Ravensbrück). Mais plus la lecture de ce témoignage avançait et plus l'émotion m'a submergée.

Car ce que raconte Mme Postel-Vinay dans un récit publié en 2015, c'est bien ce que Semprun appelle le Mal radical.
Je connaissais déjà l'histoire des "lapins", ces polonaises utilisées comme cobayes par un médecin du Reich mais je croyais que ses expériences devaient servir à soigner les soldats blessés sur le front russe. Mme Postel-Vinay contredit cette information et souligne que ces expériences sont le résultat de l'orgueil des médecins et d'une 'simple' concurrence entre deux visions, l'une chirurgicale (Gebhardt) et l'autre aux sulfamides (Morell). Pour départager les deux médecins, il fallait donc en passer par la mutilation et la mort de centaines de femmes…

Voilà ce que nous dit Mme Postel-Vinay. Elle nous dit la perversion dans l'ingéniosité, elle nous dit le raisonnement, le calcul, l'intelligence pour parvenir à l'anéantissement.

Tout était calculé pour nous épuiser, pour entretenir un manque dans chaque domaine : le sommeil, les soins, la nourriture, les vêtements -nous n'avions pas assez de tout cela, mais quand même un peu. Un peu de sommeil, un peu de nourriture, quelques vêtements, une infirmerie. Le calcul consistait à épuiser les détenus, pour qu'ils finissent pas disparaître d'eux-mêmes.

(…)

C'est ce qui était le plus impressionnant dans le nazisme : ce calcul de l'anti-homme. Tout était calculé pour qu'une large partie de la population, qu'elle quelle soit disparaisse -vite ou lentement.

Et si la forme très orale de ce récit de 120 pages, très lapidaire, voire frustrante, a au départ un peu gêné ma lecture, je dois dire que ce relâchement-là est sans doute le seul qui permette d'aller au bout de ce témoignage. Sans cette légèreté de vingt ans, sans cette fraîcheur de jeune femme encore presque jeune fille, ce récit serait illisible, inenvisageable, bien trop intolérable.

Mme Postel-Vinay explique que les mois de détention qu'elle a vécu à l'isolement à Paris ont été les plus durs à supporter et que la vie à Ravensbrück était possible parce qu'elle était avec d'autres femmes, d'autres femmes qu'il fallait soutenir, aider, sauver, cacher, protéger.

Grande et belle leçon à retenir que cette solidarité-là.


Elle dit aussi combien il a été dur à la Libération d'arriver à faire entendre la voix des déporté-e-s, reste aujourd'hui ce récit atroce et nécessaire.


mots-clés : #campsconcentration
par shanidar
le Ven 3 Mar - 16:22
 
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Sujet: Anise Postel-Vinay
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Jorge Semprun

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Résumé :
Déporté à Buchenwald, Jorge Semprun est libéré par les troupes de Patton, le 11 avril 1945. L'étudiant du lycée Henri lV, le lauréat du concours général de philosophie, le jeune poète qui connaît déjà tous les intellectuels parisiens découvre à Buchenwald ce qui n'est pas donné à ceux qui n'ont pas connu les camps : vivre sa mort. Un temps, il va croire qu'on peut exorciser la mort par l'écriture. Mais écrire renvoie à la mort. Pour s'arracher à ce cercle vicieux, il sera aidé par une femme, bien sûr, et peut-être par un objet très prosaïque : le parapluie de Bakounine, conservé à Locarno. Dans ce tourbillon de la mémoire, mille scènes, mille histoires rendent ce livre sur la mort extrêmement vivant. Semprun aurait pu se contenter d'écrire des souvenirs, ou un document. Mais il a composé une œuvre d'art, où l'on n'oublie jamais que Weimar, la petite ville de Goethe, n'est qu'à quelques pas de Buchenwald.


Mon avis :

J’ai d’emblée été séduite par ce roman, dès les premières pages quand l’auteur se trouve face aux soldats américains et s’interroge sur le regard qu’il perçoit chez eux, regard d’effroi, d’épouvante, affolé, rempli d’horreur, et conclut : « c’est l’horreur de mon regard que révèle le leur ».
D’emblée, la plume de Semprun m’a emportée, bercée presque, au fil des pages que j’ai avalées avec facilité, sans sentiment de lourdeur, grâce la fluidité de son écriture. Je redoutais me confronter de nouveau aux camps, et à certains écrits « exhibitionistes » de leur horreur, j’ai trouvé un récit qui ne s’y apesantit jamais, tout autant qu’il en parle et fait ressentir le décalage entre représentation de l’horreur des camps vu de l’extérieur et vécu des camps qui ne peut être réellement transmissible, tant l’expérience est personnelle et échappe en partie dès qu’elle passe en mots.

C’est l’incommunicable de l’expérience vécue que Semprun nous fait percevoir, et il y réussit. Il nous fait percevoir l’horreur banale, insolite, comment elle s’infiltre un peu partout dans le rythme des journées, les violences , le quotidien, les odeurs, l’environnement… Au-delà il nous permet d’entendre d’autres moments, ceux de jazz, de cinéma, entre les déportés, etc … petits moments insolites au milieu du Mal quotidien. Cela m’a fait penser à un autre livre que j’avais lu jeune, où l’auteur disait combien on ne se sent jamais autant en vie que quand la mort rôde autour de nous chaque jour. Semprun, d’ailleurs, nous dit bien comment son sentiment de vie s’est ancré là-bas, et comment il n’a eu depuis que l’impression de ne pas exister, de survivre.  La vie fraye avec la mort et il semble que l’un ne peut être réellement perceptible sans l’autre. Toutes les années qui ont suivi les camps, Semprun nous exprime comment il s’est confronté au choix de ne pas écrire car il lui était impossible d’écrire sur autre chose que les camps, mais qu’écrire à ce sujet  le renvoyait à la mort. Il nous fait ressentir au travers de ses lignes, comment il a choisi de vivre en s’éloignant de la mort, en n’écrivant pas, tout en même temps que cela l’éloignait de la vie.

Il lui aura fallu nombre d’années pour poser sur papier des bribes de cette partie de sa vie, celle qui a encombré par la suite toutes les années qui lui restaient. Mais, comme il le dit bien, ce travail de mémoire qu’il a engagé ramène juste à un impossible car ramener les camps au présent ne peut être réalisable.
Page après page, en nous amenant à traverser différents moments et époques de manière un peu éclatée mais en suivant le fil rouge de la poésie qui le ramène à différents moments et souvenirs, Semprun reconstruit quelque chose de son expérience des camps et de l’homme qu’elle a construit, qui en est sorti, imprégné de ce qu’il y a vécu. LA poésie, les livres, cela semble dans ce roman être un fil du souvenir tout autant qu’un pare feu contre la folie de l’horreur vécue ; comme si cette horreur était habillée, fil par fil, de mots, de souvenirs liés à des auteurs qui lui ont permis de reconstruire les coordonnées de son trauma en les habillant autrement, une reconstruction longue et progressive de sa mémoire, une acceptation de la regarder peu à peu en face. Longtemps dans ces pages, il dit comment dans la vie d’après, il n’a jamais été sûr d’être là, d’être revenu, et comment d’une certaine manière, il n’en est pas vraiment revenu. Il raconte comment il a évité cela jusque tard dans sa vie, comment de toute façon c’était incommunicable, comment de plus les gens ne voulaient pas entendre.
« Rien n’est vrai que le camps », dit-il, et toute sa vie semble avoir été tournée vers  comment y retourner, comment se confronter à cela de nouveau, autrement, tant dans la réalité que dans sa tête, pour enfin pouvoir vivre. Cela lui aura pris une bonne partie de sa vie.

Ce livre m’a vraiment touchée, émue, fait réfléchir à nombre de choses dont je ne pourrai pas rendre grand-chose ici, mais je crois que c’est une expérience à traverser avec Semprun de bout en bout pour entendre un peu quelque chose de ce cheminement qui a été le sien et, peut-être, nous permettre de cheminer aussi,  à ses côtés, dans une autre manière de percevoir certaines choses.



mots-clés : #autobiographie #campsconcentration
par chrysta
le Mer 1 Mar - 16:58
 
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Sujet: Jorge Semprun
Réponses: 24
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Fabrice Humbert

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Résumé: Lors d'un voyage scolaire en Allemagne, un jeune professeur découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d'un détenu dont la ressemblance avec son propre père, Adrien, le stupéfie.
Rentré en France, il retrouve son père, sa famille, mais le souvenir de la photographie ne le quitte plus. Il décide alors de se lancer dans une recherche qui va bouleverser sa vie.
Ce détenu, nommé David Wagner, se révèle être son véritable grand-père. Peu à peu se met en place l'autre famille, la branche Wagner, la branche cachée, celle dont personne chez les Fabre n'évoque l'existence. Et c'est le destin croisé de ces deux familles, deux générations plus tôt, lorsque l'ambitieux David Wagner rencontra le riche Marcel Fabre et sa femme Virginie, qui éclate alors au grand jour, ainsi que les terribles conséquences que la liaison entre David et Virginie entraîna.
Au cours de sa quête à travers la France et l'Allemagne, dans la nouvelle vie qu'il tâche d'inventer avec une allemande qu'il vient de rencontrer, le jeune homme se rend compte qu'on ne se débarasse pas si facilement du passé - ni du sien ni de celui de sa famille. Lorsqu'on remonte à l'origine de la violence, c'est sa propre violence qu'on finit par rencontrer.


Terminé ce matin, ce roman me laisse dans un entre-deux, une sorte en même temps de perplexité qui me fait hésiter au moment où je dois dire si je l'ai apprécié.

Croisant au détour d'une visite à Weimar le regard d'un juif déporté sur une photo, ce jeune homme élevé dans la bourgeoisie normande, aujourd'hui professeur d'histoire en visite dans cet espace de mémoire avec sa classe, va être percuté par la ressemblance entre l'homme sur la photo et son propre père. Au retour de ce voyage, il est habité par le doute, et un sentiment qu'il y a quelque chose d'impalpable à découvrir autour de cette photo et de ses protagonistes. Il se lance alors dans une minutieuse enquête qui l'amène à croiser des survivants des camps ayant croisé le détenu qui l'intéresse, et ainsi, à reconstruire une histoire, celle de cet homme sur la photo dont il va peu à peu découvrir le parcours et le destin, tout en même temps qu'il entendra l'horrible réalité du quotidien du camp de Buchenwald où le Mal fraye avec une sorte de normalité, le rire avec la mort, cela autour de l'histoire racontée de David Wagner, l'homme de la photo, par un de ses "amis" de camp.

Toute la première partie du romane traite de David Wagner et de son quotidien, avec une incessante interrogation sur le Mal, le Mal ordinaire, admis, ou occulté, tel qu'il a pu l'être au sein des camps où le normal, insignifiant côtoie la mort, la torture et l'horreur.
Cette première partie, riche sur cette histoire terrible, me laisse avec un sentiment diffus de manque. Manque de quoi ? D'affects je dirai ... peut être parce que l'auteur en fait un récit comme une histoire racontée par un ancien, telle qu'il la narre, et qu'il ne laisse pas transpirer ses sentiments. Peut être aussi simplement parce que le lecteur se laisse aller à l'anesthésie émotionnelle pour tolérer la lecture de cet intolérable, la traverser. Je l'ai trouvé remarquable tout autant que pénible. Remarquable car, si j'y réfléchis, c'était comme me laisser raconter une histoire le soir au coin d'un feu, et que j'arrivais presque à entendre la voix du narrateur. Pénible dans sa monotonie, son aspect exposé parfois, la mise à distance de l'émotion qui me semble être là. Sont ici posés de faits et ils tombent comme un couperet amer.

La seconde partie de l'oeuvre relate plus la psychologie du personnage, et ses dernières quêtes et découvertes plus directement au sein de sa famille auprès de laquelle il va peu à peu remplir les blancs de l'histoire de David Wagner et de son entourage, du contexte de sa déportation, du contexte de sa vie, des gens pour qui il a compté que ce soit dans l'amour ou la haine, de ce que son absence a fait dans le quotidien et la vie de ces personnes, de comment cette absence a impacté l'histoire d'une famille complète.
J'ai trouvé cette partie intéressante mais assez longue tout de même

L'ensemble du livre me laisse avec l'idée que je ne pouvais pas ne pas le lire mais que sa lecture me laisse un sentiment indéfinissable, entre l'intérêt du récit, de l'histoire qu'il raconte et de comment l'histoire de cet homme a marqué les générations successives; tout en même temps j'ai eu le sentiment de lire un écrit assez linéaire.
Je me dis que cet effet est peut être aussi celui en miroir de cette banalité qu quotidien des camps où l'horreur fait partie du paysage sans même plus s'en rebeller ou émouvoir; comme une forme d'anesthésie émotionnelle que l'on connaît aux personnes ayant vécu des traumatismes qui, d'une certaine manière, se transpose dans ce récit, le plaçant d'une certaine manière dans la mémoire de ce trauma qui se dit mais dont ce qu'il fait ressentir reste intérieur, latent, indicible...
Peut être aussi que ces effets viennent rencontrer nos propres difficultés à entendre, voir et comprendre cela sans y mettre une distance qui rend les chose plus supportables même si inacceptables


mots-clés : #campsconcentration #deuxiemeguerre #famille
par chrysta
le Dim 12 Fév - 10:10
 
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Sujet: Fabrice Humbert
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Joseph Gourand

Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 00429010

Les cendres mêlées

Dans la préface de Serge Klarsfeld : réflexion «  Le lecteur ne sort pas indemne de cette plongée dans un univers maudit,  … Jo sera son guide plutôt que Primo Levi.  Y aurait-il une victime plus méritante, plus juste qu’une autre ?  ou bien ai-je mal compris ?


C’est le récit par l’auteur de la déportation du jeune homme de 17 ans qu’il était au jour de son arrestation à Lyon par la gestapo ; passage à Drancy.

A l’’insouciance des années d’adolescence de ce « titi parisien » s’oppose  l’horreur des camps de concentration. Le lecteur suit Joseph sur  ce trajet en train qui conduit à la mort.  Ses parents, sa sœur Marie et son frère ainé André sont ses compagnons de « voyage » terminus Auschwitz. Il sera le seul à en revenir.

Pourquoi crois-je qu’après plusieurs lectures je sortirai de celle-ci moins touchée ? Impossible, les ressentis s’ils sont tous aussi terribles sont exprimés pour chacun de manière si personnelle  que j’apprends encore sur la déshumanisation, des bourreaux comme des victimes . C’est terrifiant pour une victime d’avoir conscience de sa déchéance.

Reste à survivre  et  Joseph a l’indéfectible soutien de son père car lui-même a la naïveté de l’ enfance.:  nous avions vite compris que le tabac était la monnaie d’échange.
Un trafic avec les vêtements soustraits aux déportés faisait l’objet d’une économie de survie.

Après que les anciens du camp ne leur aient pas caché la destination de la mère et de la soeur Joseph assistera à l’abandon de son frère André qui se suicide, à la sélection fatale pour son père.

Les allemands pris en tenaille entre les troupes russes à l’est et les autres pays  Alliés à l’ouest ne voulant pas reconnaître leur prévisible défaite poussent dans un sursaut de haine les déportés sur les routes.

Joseph sera l’un des squelettes fantomatiques qui se traînera dans la marche de la mort mais qui ne l’arrêtera pas ;  il a les paroles de son père pour le soutenir et la promesse faite de construire une famille, pour que vive le NOM et à travers lui les disparus.

C’ est une constante aussi dans les témoignages des déportés de s’interroger sur Dieu, sur sa présence ou son absence.
« Je ne crois pas que Dieu ait jamais séjourné dans aucun des camps de la mort, mais ce jour de Kippour, à Auschwitz, il fallait qu’Il fût sourd pour ne pas entendre. »

C’était une lecture qu’il me fallait faire. Dans ce livre le lecteur voit le bonheur dans l’ enfance, l’ horreur dans le camp puis le ré-apprentissage de la vie au retour en France.

Malgré la charge émotionnelle l’ auteur a épargné le lecteur : "Tout raconter était impossible et le serait à jamais. Ici, dans ces pages, je ne livre que des bribes. Reste l’intransmissible, l’incommunicable, ce que chacun des survivants porte enfoui en lui."
 


Extraits

Les enfants n’échappent pas aux épidémies. Il n’y avait donc aucune raison pour que le virus antisémite les épargnât davantage.

D’in côté la peur et l’angoisse, de l’autre des rires et des pâmoisons. Toute la pornographie d’une époque. Notre mort programmée leur tenait-elle lieu d’aphrodisiaque ?

Aujourd’ hui, lorsque je repense à ces heures, une seule question me hante : pourquoi les alliés n’ont-ils pas bombardé les lignes de chemin de fer menant aux camps de concentration ? Le risque militaire n’aurait pas été bien grand, et le geste Ô combien symbolique.

Eux qui avaient pour fonction et vocation de faire mourir des juifs ne supportaient pas qu’un seul se soit donné la mort. Ils assimilaient cela à une sorte d’évasion réussie. Une libération anticipée.

Je ne me suis jamais beaucoup interrogé sur la notion de culpabilité collective du peuple allemand. C’est l’Homme lui-même qui a failli durant la seconde guerre mondiale et révélé la bête humaine. Tout ce que j’ai vu et entendu depuis n’a fait que me conforter dans cette opinion.

Enfant les morts me faisaient peur, mais désormais c’étaient eux que je craignais le moins. Les morts n’ont ni religion ni nationalité. Ils étaient devenus mes amis.




mots-clés : #autobiographie #campsconcentration
par Bédoulène
le Jeu 9 Fév - 23:32
 
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Sujet: Joseph Gourand
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Josef Bor

Le requiem de Terezin

Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 Tylych16

Tirée d'une histoire vraie, à partir d'un vrai compositeur, cet ouvrage qui a été récompensé par le prix des lecteurs 2008 ne m'a attiré au départ ni pour son histoire qui ne me passionnait guère ni pour son auteur que je ne connaissais pas mais par chauvinisme. C'est Tchèque alors je lis, un peu bête mais cela ne m'a jamais trompé.

Et ce n'est toujours pas le cas.

Pourtant dés le début, j'eus un peu d'appréhension, pour cause l'avertissement avant le commencement du récit sur l'ignorance de l'auteur en terme de connaissances techniques sur la musique.

Finalement peu importe, on sent des approximations sur ce sujet mais il n'est pas le principal composant de l'histoire et je dirais même qu'il ajoute quelque chose : l'idée même que l'auteur n'est qu'un spectateur du travail du compositeur, qui entend sans comprendre, qui tente de savoir sans y parvenir et qui au final assiste à tout ce projet fou et désespéré mais tellement fascinant.

Cette histoire permet une réelle réflexion existentielle, face à la tyrannie et à l'inéluctabilité d'un avenir tragique. Que faire ? baisser les bras ? Continuer ce que l'on sait faire de mieux ? La réponse est évidente la mise en oeuvre beaucoup moins.

Cet éloge de ce que peuvent faire de mieux les hommes, l'art en coopération, en osmose, face à ce qu'ils peuvent faire de plus mal est la mise en exergue d'un combat binaire qui tiraille chaque société de façon plus ou moins nuancée mais qui à cette époque est paroxysmique. Dés le début on est emballé par le projet du compositeur on a envie d'y participer, d'aider, de défendre, on souhaite qu'ils y arrivent, on s'investit, on s'implique, on ressent, joie comme tristesse le choc des péripéties et du dénouement.

Le style, épuré comme beaucoup d'auteurs de ce pays, trouve toute sa richesse dans la description des lieux mais surtout dans les relations entre les personnages dévoilant toute une complexité qui donne du corps et du réalisme au récit.

Bien entendu je le conseille vivement car j'ai passé un très bon moment qui m'a fait aussi beaucoup réfléchir.


mots-clés : #biographie #campsconcentration
par Hanta
le Mer 8 Fév - 8:51
 
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Sujet: Josef Bor
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Willy Holt

Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 Femmes10

Femmes en deuil sur un camion


Rien ne diffère des autres livres lus des survivants des camps (Semprun, Levi, Klugër, Kerstez) ;  de la barbarie, de l’indicible, la faim, le froid, l’épuisement, l’humiliation, la mort.

 Willy Holt  a connu  les camps,  d’Auschwitz à Buna, Buchenwald, Dora jusqu’à Bergen-Belsen, les marches forcées à chaque évacuation de camp quand les Alliés talonnaient les Allemands.

Il a acquis la nationalité française en 1923 au retour de sa mère dans son pays, la France, mais lorsqu’il est arrêté dans un train fin  décembre 43 avec un  manuel de guerilla urbaine (qu’il devait résumer pour le réseau de résistance auquel il appartenait), donc potentiellement « terroriste » lors du bain javellisé qu’il subira les allemands s'aperçoivent qu’il est circoncis, donc Juif,  raison pour laquelle il portera une étoile rouge et jaune à son arrivée à Auschwitz.

Lui qui ne connait absolument rien des Juifs sera donc considéré tel pendant sa détention. (le médecin qui l’avait fait naître avait proposer la circoncision à sa mère pour éviter plus tard une maladie)

Willy a suivi les conseils du chef du premier  block où il échoue, un Polonais qui connait la langue française :

1) Se laver tous les jours
2) ne jamais échanger de nourriture
3) Ne jamais donner aux allemands l’impression qu’il a peur d’eux, ni de l’un d’eux

Willy reconnait qu’il doit en grande partie sa survie pour avoir suivi ces conseils.

Mais aussi parce qu’il s’est servi  de son aptitude au dessin et à la peinture.

Dans ces camps posséder la maîtrise d’un métier  utilisable était un atout. En tant que peintre il s’est vu confier des travaux durs à l’extérieur mais un kapo l’ayant vu dessiner  l’envoya dans une section de peintres  en lettres ; c’est là qu’il fit son premier tableau et qu’ il eut pour « clients » les chefs de l’administration allemande, lesquels payaient en nature (cigarettes, pain) Willy offrait les cigarettes car il ne fumait pas. Cela parait anodin une cigarette mais ceux, ils étaient nombreux, qui étaient en manque pouvaient être poussés à des extrémités.

Dans chaque camp où il est passé il se procurait ses outils de survie : crayon et papier. Son travail de peintre lui permettait d’être à l’abri, ce dont il se satisfaisait car ayant aussi travaillé à l’extérieur il avait pu se rendre compte de l’extrême rigueur du climat et du poids du travail.

Pendant les derniers mois de détention les déportés entendent alternativement les bombardements et les pauses qui génèrent tout à tour espoir et désillusion. C’est au camp de Bergen-Belsen qu' ils  apprennent la défaite des allemands et les français sont  les premiers rapatriés.


J’ ai apprécié ce qu’écrit Holt dans sa préface

Le tatouage du numéro : cette marque « antivol »

« Ma seule culpabilité serait l’oubli »

« sur la chemise de mon dossier, marqué en grosses lettres capitales « TERRORISTE »
J’allais donc savoir « pourquoi », à Auschwitz, j’étais en train de vivre la conséquence d’actes auxquels je pouvais, dans ma détresse, parfois me raccrocher. Je m’étais battu, je me battais encore, contre quelque chose de concret, pour quelque chose de concret.
Autour de moi, des centaines de milliers d’autres, désespérés, enduraient le même supplice, sans en admettre aucun « pourquoi ». Il leur fallait subir, et mourir, sans avoir ce recours de vivre la suite de leurs actes, puisque la raison de leur calvaire, en toute conscience, n’existait pas. »



C’est une belle écriture, un homme qui relate honnêtement ses ressentis, qui essayait  simplement de survivre du mieux possible  sans nuire aux autres.
Il s’explique aussi sur sa position lorsqu’ il se retrouve dans le magasin (vêtements et objets soustraits aux déportés) et qu’il se sert (pour des camarades et lui-même) car le lecteur a une distance que ni lui ni les autres déportés  n’avaient  et,  peut être indigné.

Cela me fait penser aussi  que généralement le regard que les gens portaient sur les survivants à leur retour était ressenti  par eux comme une suspicion, il l’exprime très bien dans sa préface.

De nos jours où plusieurs pays d’Europe sont tentés par les idées extrêmes  ces lectures  rappellent un passé pas si lointain


Extraits :

« Je suis terriblement, violemment tenté de garder pour moi ma part de saucisson, que j’ai dans la main. Il me faut lutter contre moi-même pour enfin tenir parole. «

Pendaisons : « Celle d’un jeune Juif français de seize ans condamné pour vol de pain et de confiture, trouvant à la dernière minute le courage d’entonner la Marseillaise, faisant passer sur nous tous un frisson de révolte et déclenchant chez les SS une réaction de ricanements haineux. »

« Dans un allemand impeccable, sans le moindre tremblement de voix, le supplicié aura ces mots superbes, criés de toutes ses dernières forces : « Gardez l’espoir, je suis le dernier »

« Au sein de ce malheur constant, de cette misère avilissante, de cette détresse, Dieu existe-t-il ?
Bien sûr, Dieu existe. La preuve ? Je le prie et l’injurie alternativement tous les jours. »

« Je suis venu tenter d’apporter du réconfort et c’est moi qui en reçois, par la grâce d’une voix toulousaine, merveilleuse, ensoleillée, et je ne suis pas au bout de mes surprises. »

« Le possesseur de cet accent méridional porte sur son pyjama l’étoile de David. Réflexe typiquement raciste, j’en rougis : sur le moment, cet amalgame judéo-occitan m’étonne. C’est idiot ! Pourquoi les familles juives installées en France, dès avant le Moyen-Age, en particulier justement dans le Midi, n’auraient-elles pas nos accents ? «

« Quatre femmes en grand deuil, quatre Allemandes, ignorant les armes braquées des gardes, nous distribuent, par-dessus les ridelles du camion, des pommes et du pain.
Les SS furieux hésitent. Ces femmes, ils le savent, n’ont plus rien à perdre. Elles tentent, par ce geste, d’absoudre, un peu, la faute de tout un peuple. Faute pour laquelle elles ont payé déjà le lourd tribut : leurs amours, maris et fils, probablement disparus dans la tuerie de la guerre.





mots-clés : #autobiographie #campsconcentration
par Bédoulène
le Dim 5 Fév - 20:28
 
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Sujet: Willy Holt
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Harry Wu

Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 5151dc10

Vents amers

C’est un vrai livre-témoignage de Harry Wu Hongda sur ce qui est résumé en haut en quelques lignes…: sa naissance au sein d’une famille bien placée à Shanghai en 1937 qui ne lui laissait voir que par un filtre une réalité longtemps ignorée : la souffrance du peuple simple et pauvre, quelques rues plus loin, dans des quartiers jamais visités. L’arrivée au pouvoir de Mao et les changements dans la famille et la société sont racontés d’une manière sobre, et aussi en avouant les illusions, les rêves qui allaient de pair au début. L’auteur ne cache pas une première fascination. Puis, un moment donné, c’est une affaire « stupide » qui va le conduire en prison, au camp, les redoutés Laogai chinois qui n’avaient rien, mais vraiment rien à envier au Goulag soviétique, ni certains camps de sinistres mémoires. Il va passer 19 ans dans différents camps, frôlant la mort par épuisement et faim. Il ne nous épargne pas les cotés les plus durs de ce système concentrationnaire et devient par son engagement inlassable d’en parler un « Soljénitsyne » chinois. Il est absolument miraculeux que cet homme garde une certaine simplicité et ne se laisse pas remplir par une simple amertume. Un moment donné, au milieu de la nuit des camps, il a vécu une invitation au devoir de survivre pour rendre témoignage. C’est ce qu’il a fait !

Je fus très impressionné par ce livre. Pas que j’ignorais les horreurs des camps en Chine, mais de lire un tel récit nous met aux frontières humaines. Les expériences de l’humiliation par d’autres et par l’épuisement complet et les pressions de s’autocritiquer poussent aux limites pour redevenir « animal ». Il y avait très peu de lumière…, juste de temps en temps paraissent quelques prisonniers (pas des anges) ou même gardes qui se gardent des traces d’humanité. Et l’auteur, je le mets un peu dans la compagnie des gens comme Primo Levi…

Pour celui qui veut avoir un document clé sur la Chine, probablement un livre incontournable…


mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #revolutionculturelle
par tom léo
le Jeu 26 Jan - 17:07
 
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Nicolas Werth

La route de la Kolyma

Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 97827010

   Aujourd'hui, les dernières traces des dizaines de camps qui occupaient cette vallée s'effacent inexorablement. On n'a pas eu besoin de détruire les camps pour en effacer les traces. Il a suffi de laisser les lieux à l'abandon pour que les traces disparaissent elle-même. Les barbelés, les miradors, les briques des cachots, le bois des baraquements ont disparu, arrachés, démantelés, emportés par les habitants qui se sont tout simplement servis. On a toujours manqué de tout ici… Aujourd'hui, le paysage la Kolyma a éliminé son passé.



Curieusement, bien qu'il soit le co-auteur de L'histoire du Goulag stalinien, en 7 volumes parus en 2004, Nicolas Werth n'avait jamais mis les pieds à la Kolyma. En 2011, il décide de combler cette lacune, de sentir la terre sous ses pieds, de voir les traces et les paysages de ses yeux, d'entendre les témoignages de ses oreilles.

   Face à ce paysage qui offre sa splendeur et dissimule son passé, je ressens un profond malaise : comment peut-on admirer le cadre d'un tel malheur, d'un tel anéantissement, d'une telle souffrance collective ?


Accompagné de sa fille Elsa, et de deux responsables de l'association Memorial à la recherche de tous les vestiges du Goulag susceptibles d'alimenter un musée virtuel du Goulag, il a sillonné les routes construites par les anciens zeks, en voiture, en camion, en minibus. Pendant 3 semaines, il a visité les les  villes désertées, les usines et mines abandonnées, les camps disparus et leurs charniers secrets . Et il a rencontré des habitants. Ceux qui n'ont jamais rien su ou voulu savoir, ceux qui ont vécu dans les camps, ceux qui y ont travaillé en tant que civils. Ceux aussi, qui, fourmis obstinées, s'attachent à en conserver le souvenir, créant des musées, recherchant des vestiges, plantant des croix ou des monuments, commémorant.

Ce livre est le récit de ces trois semaines, les faits, les échanges, les réflexions, les découvertes, illustré de quelques photos. Nicolas Werth transmettre ainsi de façon tout à fait informelle son savoir, et sa culture passionnée de tout ce qui touche au Goulag, sans oublier la littérature qui s'en est nourrie. A côté de cette description informative des évènements historiques, , il parle de l'évolution des connaissances et des points de vue sur le plus grand système concentrationnaire du XXème siècle. C''est une belle réflexion sur l'historien au travail et la mémoire en train de devenir histoire.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #campsconcentration #voyage
par topocl
le Dim 8 Jan - 9:51
 
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Richard Flanagan

Je ne pensais pas forcément accrocher mais c'était bien passé !

Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 41xqpt10

La route étroite vers le Nord lointain

Les éléments de la recette "grand livre anglophone du moment" sont trop apparents, c'est un fait. L'alternance des personnages, les histoires de c... ouple plus quelques scènes choc ça plonge en terrain connu et implique aussi certaines répétitions dans la première partie du livre.

A côté de ça la recette éprouvée contribue théoriquement à la lisibilité, que dis-je à la tourne-page-ibilité de l'ouvrage, et ça marche dans l'ensemble.

Heureusement tout de même, il n'y a pas que la recette, il y a le dosage qui est certes un poil forcé sur le sinistre mais difficile de faire autrement compte tenu du sujet. Les camps de prisonniers japonais dans lesquels les captifs étaient aux travaux forcés dans des conditions effrayantes ça ne faisait pas rêver dans Le pont de la rivière Kwaï ou dans Furyo et ça ne fait toujours pas rêver ! Historiquement on apprendra ou pas des petites choses (moi c'est l'engagement hors d'Asie qui m'a surpris !) en plus du romanesque de base ça ne décrirait pas encore tout à fait le bouquin.

Portons donc notre attention sur la tonalité mélancolique amère avec un soupçon d'espérance qui caractérise beaucoup des personnages. Des personnages qui aussi établis qu'ils en aient l'air sont généralement au-dedans d'eux-mêmes beaucoup moins assurés et se laissent entraîner par le monde qui les entourent vers des ratages et perdre un temps au moins, ou plus, l'amour qui leur serait nécessaire. C'est cliché dit comme ça mais à force de retours et avec le renfort d'un jeu du temps ça vaut plus !

Et puis les retours et le jeu du temps on le retrouve avec la disparition de certains motifs qu'il s'agisse de la culture littéraire ou de certains personnages secondaires. Plusieurs fossés se creusent autour de la guerre, l'avant et l'après et entre les personnages qui se perdent plus loin dans ce moment perdu pendant lequel ils auraient pu ou du ramer dans l'autre sens, vers leurs semblables... L'autre point positif c'est de plonger dans cette problématique quelques représentants de l'autre camp : des officiers japonais qui se refont une vie et une identité morale, un coréen qui ne trouvera jamais sa place et surtout l'écriture de l'histoire, mensongère ou pratique qui ne peut convenir à ceux qui ont vécu des événements impartageables qui disparaissent à toute vitesse.

Sur ces sujets là aussi il accroche bien sans trop donner l'impression de surcharger la barque.

Ce n'est pas la lecture du millénaire mais une bonne surprise  moi qui avait des doutes sur la forme obligée de l'exercice et suite aux avis tièdes qui allaient dans ce sens. Efficace (au moins avec mon rythme de lecture modéré sur la première partie), plus ambitieux et intéressant qu'attendu et laissant quelques réflexions pas mal tournées qui sonnent raisonnable ou juste.

Plutôt bonne pioche donc en ce qui me concerne.

(message téléporté).


mots-clés : #campsconcentration #deuxiemeguerre #social
par animal
le Ven 30 Déc - 18:55
 
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Sujet: Richard Flanagan
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Primo Levi

Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 616tc810

Si c’est un homme

J'en sors évidemment, comme tous les lecteurs je suppose, bouleversée et désolée car il apparaît que les décennies écoulées depuis la 2e Guerre mondiale n'ont pas prouvé que l'Homme, soit plus sage, que le message ait été compris.

Voici quelques extraits :

Lors de la pendaison d'un homme qui voulait organiser une mutinerie comme à Birkenau :

«...et peut-être les Allemands ne comprendront-ils pas que la mort solitaire, la mort d'un homme, qui lui est réservée, le vouera à la gloire et non à l'infamie.

Quand l'Allemand eut fini son discours que personne ne comprit, la voix rauque du début se fit entendre à nouveau : Habt ihr verstanden ? (est-ce que vous avez compris ?)

Qui répondit "Jawolhl" ? Tout le monde et personne : ce fut comme si notre résignation maudite prenait corps indépendamment de nous et se muait en une seule voix au-dessus de nos têtes. Mais tous nous entendîmes le cri de celui qui allait mourir, il pénétra la vieille gangue d'inertie et de soumission et atteignit au vif l'homme en chacun de nous.

«Kameraden, ich bin der Letzte !» (Camarades, je suis le dernier!)

Je voudrais pouvoir dire que de notre masse abjecte une voix se leva, un murmure, un signe d'assentiment. Mais il ne s'est rien passé. Nous sommes restés debout, courbés et gris, tête baissée, et nous ne nous sommes découverts que lorsque l'Allemand nous en a donné l'ordre. La trappe s'est ouverte, le corps a eu un frétillement horrible : la fanfare a recommencé à jouer, et nous, nous nous sommes remis en rang et nous avons défilé devant les derniers spasmes du mourant.»

«Le câble d'acier d'un treuil nous barre le passage ; Alex l'empoigne pour l'enjamber, mais Donnerwetter, le voilà qui jure en regardant sa main pleine de cambouis. Entre-temps je suis arrivé à sa hauteur : sans haine et sans sarcasme, Alex s'essuie la paume et le dos de la main sur mon épaule pour se nettoyer ; et il serait tout surpris, Alex, la brute innocente, si quelqu'un venait lui dire que c'est sur un tel acte qu'aujourd'hui je le juge, lui et Pannwitz, et tous ses nombreux semblables, grands et petits à Auschwitz e partout ailleurs.»

«Nous constatons que de nos jours, dans tous les pays victimes d'une occupation étrangère, il s'est aussitôt créé à l'intérieur des populations dominées une situation analogue de haine et de rivalités ; phénomène qui, comme bien d'autres faits humains, nous est apparu au Lager dans toute sa cruelle évidence.»

«Les proéminents juifs constituent un phénomène aussi triste que révélateur. Les souffrances présentes, passées et ataviques s'unissent en eux à la tradition et au culte de la xénophobie pour en faire des monstres asociaux et dénués de toute sensibilité.»

(commentaire rapatrié)



mots-clés : #autobiographie #campsconcentration
par Bédoulène
le Dim 18 Déc - 16:44
 
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Boris Chiriaev

La veilleuse des Solovki

Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 Image109

   « Etant enfant, je me suis retrouvé un jour dans un abattoir. J'y ai vu, dans un coin, un tas de viscères provenant d'animaux que l'on venait d'abattre. Entre les poumons rosâtres et les boyaux blanchâtres se détachaient en sombre les petites masses des cœurs d'où s'échappait un épais sang noir... Les cœurs palpitaient encore ; on les voyait se contracter et se dilater dans un rythme irrégulier. La force d'inertie de la vie en allée les possédait encore et les forçait à battre. Les uns se mouraient, les autres s'activaient encore, mais à vide, car arrachés à l'organisme qu'ils servaient, jetés sur le sol maculé et inondé de sang.
   Telles m'apparurent les Solovkis des années 1923-927, comme un tas d'entrailles arrachées, mais encore palpitantes et sanguinolentes. Ils n'avaient ni avenir ni présent, ces rebuts jetés sur la grande décharge russe, ils n'avaient qu'un passé. Et ce passé puissant faisait encore frémir leurs cœurs vidés de leur sang.
   Ils étaient déjà morts, mais leur cœur battait encore… »



Boris Chiriaev a été déporté aux îles Solovki de 1923 à 1930. C'était l'époque initiale où on y trouvait surtout des aristocrates, des intellectuels, des  religieux,où l'empreinte du monastère valeureux et rayonnant qui avait habité ces îles depuis des siècles était encore marquée, et où N A Frenkel n'avait pas encore soumis le travail forcé à ses vues stakhanovistes.
La veilleuse des Solovki a été écrit sur 25 ans, et forcément, au fil du temps, Chiriaev et son livre ont évolué. Il n'a pas écrit le livre vengeur qu'il projetait initialement, il a fait le choix non des soviétiques, mais de « l'âme russe ».


  « A travers les ténèbres vers la lumière ; à travers la mort vers la vie »



Les Solovki sont en effet à cette époque un amalgame intime de la tradition  russe historique, avec ce que cela importe de jouissance, de fidélité au tsar, de religiosité et de l'austérité de l'esprit révolutionnaire le plus extrême. Mais tout n'est pas encore tout à fait noir et blanc, des échappées sont encore possibles.

   « Ainsi s'entremêlaient et s'entrelaçaient bizarrement les délicats fils de soie du passé et la toile rêche des temps nouveaux ».



La veilleuse des Solovki, c'est cette veilleuse qu'a maintenue allumée jusqu'à sa mort un moine ascète retiré dans les forêts voisines, c'est aussi la flamme de l'enthousiasme, de la culture et de la dignité, entretenue par les hommes, malgré le travail exténuant, la peur, les coups et la mort qui rôdait. Cette flamme a revêtu de nombreux aspects, par l'entretien de la culture russe (théâtre, journaux et publications diverses, bibliothèque, musée du monastère astucieusement camouflé sous l' appellation « musée anti-religieux », recherche scientifique...), de la religion, et de divers petits actes d'honneur et de rébellion plus ou moins cachée, dont la célébration secrète de Noël, autour d'un sapin interdit, par six détenus de six religions différentes, est un des points culminants.


   « La veilleuse de la conscience morale réveillée, ranimée, la Veilleuse  incandescente de l'Esprit »



L'idée de Chiriaev n'est  pas de cacher l'épouvantable quotidien, qui trouve bien le moyen d'apparaître dans toute son horreur au fil de son récit. Mais ce qu'il veut, c'est transmettre depuis son exil italien  un message d'espoir, traquer  l'humain au cœur de ces détenus avilis. Son récit s'appuie sur de nombreux portraits d'hommes et de femmes qui ont tous su trouver quelque chose à opposer à la barbarie et à l'injustice. Ce n'est pas un roman, mais cela se lit comme un roman entre la truculence du conte populaire et le souffle de la tradition littéraire russe. L'écriture est à la fois attentive et habitée, y convergent la tolérance, l' absence de jugement, la malice par moments, et aussi une grande humilité, puisque de Chiraiev lui-même, on entendra très peu parler.

(commentaire rapatrié)



mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #insularite
par topocl
le Sam 17 Déc - 9:34
 
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Sujet: Boris Chiriaev
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Ruth Klüger

Ruth Klüger
(Née en 1931)


Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 Ruth_k10

Ruth Klüger, née le 31 octobre 1931 à Vienne, est une écrivain et universitaire américaine.

Ruth Klüger est née à Vienne le 31 octobre 1931, dans une famille juive « émancipée, mais non assimilée », ainsi qu'elle la décrit elle-même. Son père, Viktor Klüger, issue d'une famille pauvre exerce comme gynécologue et pédiatre. Sa mère, née Alma Hirschel, d'origine bourgeoise a eu un fils, Jiri (Georg en Allemand) d'un précédent mariage avec un tchèque. Les premiers souvenirs de Ruth sur le monde extérieur sont liés à l'antisémitisme. En 1942, âgée de 11 ans, elle a été déportée avec sa mère à Theresienstadt, puis en 1944 à Auschwitz. Elle échappe à la mort promise en général aux moins de quinze ans car tous les membres de son convoi sont parqués dans le camp B2B, un des nombreux sous-camps de Birkenau appelé « camp familial de Theresienstadt ». Elle est ensuite transférée dans le camp de travail de Christianstadt en Basse-Silésie, camp de travail annexe de Gross-Rosen. En février 1945, pendant l'évacuation du camp, Ruth Klüger et sa mère parviennent à s'enfuir. Elles se réfugient en Bavière, puis émigrent en 1947 aux États-Unis, où Ruth Klüger poursuit ses études à New York puis à Berkeley.

En 1980 elle devient professeur à l'université de Princeton et a enseigné par la suite dans plusieurs universités américaines. Elle a été également pendant plusieurs années professeur invité à l'université de Göttingen en Allemagne. Elle est une spécialiste reconnue de la littérature allemande. Un jour, à Göttingen, elle est renversée par un cycliste dans la Judenstrasse (rue des Juifs). Le traumatisme de la chute réveille ceux de sa jeunesse : « Je crois qu’il me poursuit [verfolgt], veut me renverser, vif désespoir, une lumière dans la nuit, son phare, métallique, comme un projecteur sur du fil barbelé, je veux me défendre, le repousser, les deux bras tendus, l’impact, l’Allemagne, un moment semblable à un combat à mains nues, cette lutte que je perds, du métal, l’Allemagne encore, qu’est-ce que je fais ici, pourquoi suis-je venue, suis-je seulement jamais partie ? » (p. 272)
Cela déclenche en elle un retour vers le passé qui aboutit à la rédaction de son témoignage en 1992 Weiter leben (Continuer à vivre), traduit en français en 1997 sous le titre Refus de témoigner, autobiographie et livre de réflexions sur la déportation, dont le thème principal est le refus de voir son identité réduite à la catégorie d'ancienne déportée, ainsi que la critique des stéréotypes engendrés par la mémoire de la déportation.

Ruth Klüger a reçu de nombreux prix littéraires, dont, en France, le prix Mémoire de la Shoah (1998) et en Autriche, le prix Theodor Kramer (de) (2011)..


(wikipedia)

Traductions en français

Refus de témoigner. Une jeunesse
Perdu en chemin

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Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 516d1p10

Refus de témoigner

lecture bouleversante comme toutes celles sur le même sujet, là une parole de femme

Ce qui m’ a le plus intéressé c’est que ces paroles sont celles de la fillette, puis de la femme, l’auteure prend la place que sa famille, la société, l’histoire veulent lui soustraire, parce que sous tous les cieux il semble acquis que la place de la femme doit être celle de l’acceptation, parce que secondaire. Alors sa réponse est la fuite, physique, matérielle, mentale.

La fuite mais pas l’oubli, se servir de sa mémoire pour revivre, pour contrer tous ceux qui après guerre regardent les survivants comme des coupables, (sous-entendu si les Juifs étaient dans des camps, c’est qu’il y avait bien raison) non dit-elle je ne suis coupable de rien, et encore moins de vivre. Il a fallu des décennies pour que l’holocauste porte un nom, qu’il soit reconnu crime contre l’humanité.

Les va et vient entre le passé et le présent, entre les USA et l’Allemagne montrent bien que l’auteure est toujours en recherche, sur elle-même et les autres, mais lucide, elle sait qu’elle n’est souvent pas crue, comprise.
Rebelle, sévère, la femme reflète la fillette ; les relations avec sa mère sont toujours aussi difficiles, contradictoires et là aussi la fuite s’impose.

Rhut est fidèle à ses idées, à sa non religion, à ses amies que ce soit Ditha (l’amie, la sœur des camps) ou ses amies connues aux USA.

Après avoir lu ce témoignage et parce que j’ ai vu « la Shoah de Lanzmann », la liste de Schlinder et beaucoup de reportages j’étais un peu déstabilisée par son analyse sur ce voyeurisme, même si elle n’a pas employé de mot (il me semble). Mais je me souviens qu’elle s’est à plusieurs reprises adressée à ses lecteurs et plus spécialement à ses lectrices quand elle les pensait plus concernées.

Seuls le respect pour l’auteure peut être une conclusion de cette lecture et la mémoire de ce qui fut



mots-clés : #autobiographie #campsconcentration
par Bédoulène
le Sam 10 Déc - 16:24
 
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Sujet: Ruth Klüger
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Valentine Goby

Kinderzimmer.

Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 97823311

Elle dit mi-avril 1944, nous partons pour l'Allemagne.


Mila a 20 ans, elle arrive à Ravensbrück parce qu'à Paris, elle transmettait des messages.

- En fait, Ravensbrück , vous n'en saviez rien, ce jour-là ? Vous n'en saviez pas plus sur Ravensbrück alors, que nous maintenant ?
Et après un silence la femme répond : oui, peut-être. Suzanne Langlois n'en revient pas, d'une telle proximité entre une fille de terminale et la jeune femme qu'elle était au seuil du camp, à peine plus âgée. L'ignorance, ce serait l'endroit où se tenir ensemble, la fille et elle ; le lieu commun, à 60 ans de distance.


Et 60 ans après, Suzanne explique que l'arrivée à  Ravensbrück, c'était assimilable à une naissance, un changement involontaire de monde, elle est catapultée contre son gré dans un univers dont elle ne sait rien si ce n'est qu'il est hostile, et doit tout en apprendre, très vite : les faits, les mots, les humains, les codes.

Elle n'arrive pas seule, elle a un enfant dans son ventre, et là aussi c'est un avenir dont elle ne sait rien, si c'est «atroce» ou« inespéré».

Et puis, quand elle commence à  comprendre, à  appréhender l'incompréhensible, il faut décider de tenir. Et tenir.
Il faut continuer la résistance autant que faire se peut.
Et il faut retenir pour transmettre.

Voilà. C'est un roman qui parle de Ravensbrück, d'une femme qui y vit, qui y met au monde un enfant, et qui en revient. Et moi, je ne sais pas comment parler d'un tel roman. Plus je lis sur les camps, plus je suis estomaquée, moins je sais parler de ce que je lis. Je n'ose pas dire que c'est magnifique. Je n'ose pas dire que c'est superbement écrit.

On y apprend sur l'enfer des camps, car oui, il y a encore à en apprendre. On y touche au plus intime de l'humanité d'une jeune femme. C'est un livre d'une beauté indispensable, étrange et effroyable, tout en humanité contenue,  où Valentine Goby parle d'un monde atroce et dévasté sur lequel on croit n'avoir plus rien à lire…

Eh bien c'est faux, on peut encore lire Kinderzimmer.



PS : La couverture, c'est du grand n'importe quoi.



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #campsconcentration
par topocl
le Mar 6 Déc - 15:30
 
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Sujet: Valentine Goby
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Anton Tchekhov

Anton Tchekhov
(1860-1904)


Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 Tcheko10

Anton Pavlovitch Tchekhov ou Tchékhov1 (en russe : Антон Павлович Чехов2), né le 29 janvier (17 janvier) 1860 à Taganrog (Russie) et mort le 15 juillet 1904 à Badenweiler (Allemagne), est un écrivain russe, principalement nouvelliste et dramaturge.

Tout en exerçant sa profession de médecin, il publie entre 1880 et 1903 plus de 600 œuvres littéraires ; certaines pièces souvent mises en scène à l'heure actuelle — La Mouette, La Cerisaie, Oncle Vania — font de lui l’un des auteurs les plus connus de la littérature russe, notamment pour sa façon de décrire la vie dans la province russe à la fin du xixe siècle.

Ami d’Ivan Bounine, de Maxime Gorki, de Fédor Chaliapine, d'Alexeï Souvorine, il est l’oncle de Mikhaïl Tchekhov.



Bibliographie :

Théâtre :
1878 : Platonov ; drame en quatre actes
1884 : Sur la grand-route ; étude dramatique en un acte
1886, 1902 : Les Méfaits du tabac ; scène-monologue en un acte
1886 : Le Chant du cygne ; étude dramatique en un acte
1887 : Ivanov ; drame en quatre actes
1888 : L'Ours ; farce en un acte
1888-1889 : Une demande en mariage ; farce en un acte
1889 : Tatiana Repina ; drame en un acte
1889 : Le Sauvage ou L'Homme des bois ou Le Génie des forêts ou Le Sylvain ; comédie en quatre actes
1889-1890 : Le Tragédien malgré lui ; farce en un acte
1889-1890 : La Noce ; farce en un acte
1891 : Le Jubilé ; farce en un acte
1895-1896 : La Mouette ; comédie en quatre actes : Page 1
1897 : Oncle Vania ; scènes de la vie de campagne en quatre actes
1901 : Les Trois Sœurs ; drame en quatre actes
1904 : La Cerisaie ; comédie en quatre actes : Page 1

Recueils :
Les Contes du Melpomène (1884)
Récits bariolés (1886)
Dans le crépuscule ou autre traduction Dans les ténèbres (1887)
Innocentes Paroles (1887)
Nouvelles et Récits (1894)

Romans :
1884-1885 : Drame de Chasse ; roman policier publié en feuilleton
Autres genres
1890 : Notes de Sibérie ; notes
1893 : L'Île de Sakhaline ; carnets de voyage : Page 1

màj le 18/06/2018




Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 51uxqo10

"l'Île de Sakhaline"

je n'ai pas fait le voyage que j'escomptais mais néanmoins ce récit est très intéressant car Tchekov promène sur l'île ses regards attentifs. Celui de l'écrivain, du citoyen mais aussi du médecin. Il ne sait ce qui l'a poussé à partir sur cette île qui porte le désespoir, celui des bagnards mais aussi l'espoir en la colonisation de ce territoire au climat féroce.

Certains passages, nombreux, ont un peu freiné ma lecture, car Tchekov s'attelant à un recensement c'est 10 000 fiches de personnes remplies, des centaines d'isbas et constructions publiques visitées, des verstes à pieds, le décompte de sajènes et déciatines, le nombre de couples et d'enfants légitimes, illégitimes, de célibataires, les différentes colonies dans les 3 arrondissements de l'île, les maladies, les évasions  etc....rien n'échappe à sa plume.

But de ce recensement ? simplement porter à la connaissance du peuple Russe comment vivent les bagnards, les relégués, les colons, les fonctionnaires de l'administration ?
Tchekov ayant adressé à l'administrateur de l' île un exemplaire de son livre, il lui en a simplement été accusé réception.

Personnellement je regrette qu'il n'y ait pas de dialogues relatés entre l' auteur et les diverses communautés vivant sur Sakhaline : les bagnards, les colons,  les quelques indigènes Ghiliaks, et surtout que l'administration n'ait pas permis à Tchekov de rencontrer les détenus politiques. Mais certainement que ces dialogues se seraient révélés trop pauvres :

à propos des soldats : "mais il est grossier, arriéré, incapable et, faute de temps, ne parvient pas à se pénétrer des devoirs du soldat et du sens de l'honneur, de sorte qu'il n'échappe pas toujours à des erreurs  qui font de lui un ennemi de l'ordre identique à ceux qu'il garde ou qu'il poursuit."

à propos des femmes adultes : "l'instruction ne l'a pas touchée, elle vous sidère par son ignorance grossière, je crois que nulle part ailleurs, je n'ai vu de femmes aussi niaises et d'esprit aussi lent qu'ici, dans cette population criminelle et réduite en esclavage."


Si l'auteur fait des critiques, elles sont bien argumentées et suivies  de propositions qui m'apparaissent de bon sens. Tout est incohérence dans la gestion de l'île, à tous les niveaux ; et si certains administrateurs dans leurs notes de services reconnaissent les erreurs, ils continuent à les reproduire car il n'est pas évident d'appliquer les règlements : le règlement de déportation et le règlement militaire, l'incurie règne  (incompétence, vols,  jeux, boisson...)

Si les moyens en personnel sont satisfaits (puisés principalement dans la communauté des bagnards - tout spécialement pour la mine de charbon) les moyens matériels parviennent du continent de façon aléatoire ; les sols ne produisent qu'insuffisamment ce qui est un comble pour une colonie qui se veut "agricole". Les paysans sont soit des personnes libres, soit des relégués qui ayant fini leur peine ont  droit au statut de paysan.

Quel avenir pour les bagnards ? après quelques années devenir relégués, puis plus tard obtenir un statut de paysan et au bout la possibilité de rejoindre le continent (les peines à vie n'existent plus au jour de la visite de Tchekov, la perpétuité se limite à 20 ans)

Libres ou forcés, tous souhaitent partir de Sakhaline.


Tchekov a consulté sur l'île tous les documents qui lui étaient accessibles dont il fait part au lecteur dans de nombreuses notes pertinentes. Certains faits marquants de l'histoire de l'île sont relatés à travers les précédents explorateurs que l'auteur cite, ainsi que dans les rapports avec le Japon.


extraits :

La prison s'est totalement désistée des forçates en faveur de la colonie. Lorsqu'on les emmène à Sakhaline, on ne songe ni à leur châtiment ni à leur amendement, mais à leur aptitude à engendrer des enfants et à tenir une ferme. Elles sont attribuées aux colons sous figure d'ouvrières.

"A gauche, à travers la brume, on aperçoit les caps de Sakhaline, à droite, ce sont d'autre caps... alentour, nulle âme qui vive, pas un oiseau, pas une mouche, et je ne comprends plus pour qui les vagues mugissent, qui les écoute dans la nuit, ce qu'elles veulent, et enfin pour qui elles mugiront quand je serai parti. Ce qui s'empare de moi sur ce rivage, ce ne sont pas des idées, mais bien une médiation. Je suis saisi d'angoisse, mais en même temps, je voudrais demeurer ici sans fin, à contempler le mouvement monotone des vagues et à écouter leur bruit menaçant.

"La flore de la vallée de la Takoê est incomparablement plus riche que celle du Nord, mais le paysage du Nord est plus vivant et m'a plus souvent rappelé celui de Russie. il est vrai que la nature y est triste et sévère, mais sévère à la manière russe ; ici elle sourit ou s'attriste à la mode aïno, sans doute, et évoque dans une âme russe une humeur mal définie."

"Je suis redescendu chercher du tabac, et là, j'ai vraiment vu un "fléau" effarant, qu'on ne saurait trouver qu'à Sakhaline, je présume. Les murs et le plafond étaient recouverts d'une sorte de crêpe de deuil qui ondulait comme poussé par la brise : quelques points isolés qui allaient et venaient en hâte et sans ordre, permettaient de deviner de quoi était faite cette masse pullulante et moirée.On entendait des bruissements, des chuchotements à moitié étouffés, à croire que cafards et punaises tenaient quelque hâtif conciliabule avant de se mettre en chemin."


A part Iégor, il n' a pas vraiment de dialogues, juste quelques paroles échangées, mais on sent combien ce séjour le touche, il lui est difficile d'assister à la séance du fouet (il sort), de voir dans quelle misère, quelle saleté vivent non seulement les bagnards, mais les paysans, les colons.
Il ne pensait pas en effet écrire un livre, il avait d'ailleurs averti son ami et éditeur.

"message rapatrié"


mots-clés : #campsconcentration #insularite
par Bédoulène
le Lun 5 Déc - 23:21
 
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Sujet: Anton Tchekhov
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Imre Kertész


Imre Kertész
(1929-2016)


Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 Kertys10

Imre Kertész, né le 9 novembre 1929 à Budapest et mort le 31 mars 2016 dans la même ville, est un écrivain hongrois, survivant des camps de concentration et lauréat du prix Nobel de littérature en 2002. Né dans une famille juive modeste, d'un père marchand de bois et d'une mère petite employée, Imre Kertész est déporté, à l'âge de 15 ans, à Auschwitz en 1944, puis transféré à Buchenwald. Cette expérience douloureuse nourrit toute son œuvre, intimement liée à l'exorcisation de ce traumatisme. L'édification d'une patrie littéraire constitue le refuge d'un être qui constate l'absurdité du monde car on lui a un jour «refusé le statut d'être humain». Ses ouvrages ouvrent une réflexion sur les conséquences dévastatrices du totalitarisme et la solitude de l'individu, condamné à la soumission et la souffrance silencieuse.

Revenu à Budapest en Hongrie, en 1945, il se retrouve seul, son père est mort et sa belle-mère s'est remariée. Il adhère au Parti communiste, dont il voit vite la dimension oppressive sur les consciences. En 1948, il commence à travailler comme journaliste. Mais le journal dans lequel il travaille devient l'organe officiel du Parti communiste en 1951, et Kertész est licencié. Il travaille alors quelque temps dans une usine, puis au service de presse du Ministère de l'Industrie. Congédié à nouveau en 1953, il se consacre dès lors à l'écriture et à la traduction. La découverte de L'Étranger d'Albert Camus lui révèle, à 25 ans, sa vocation. La philosophie de l'absurde devient un modèle fondateur pour son œuvre. À partir de la fin des années 1950 et tout au long des années 1960, il écrit des comédies musicales pour gagner sa vie. Il traduit de nombreux auteurs de langue allemande comme Friedrich Nietzsche, Hugo von Hofmannsthal, Arthur Schnitzler, Sigmund Freud, Joseph Roth, Ludwig Wittgenstein et Elias Canetti qui ont une influence sur sa création littéraire.

Dans les années 1960, il commence à écrire Être sans destin, récit d'inspiration autobiographique qu'il conçoit comme un « roman de formation à l'envers ». Ce roman sobre, distancié et parfois ironique sur la vie d'un jeune déporté hongrois, constitue le premier opus d'une trilogie sur la survie en camp de concentration. Il évoque notamment le point de vue de la victime dans l'histoire et son conditionnement occasionnel, voire banal, à l'entreprise de déshumanisation menée par l'Allemagne nazie. Cette acceptation passive et ordinaire de l'univers concentrationnaire peut être distinguée du témoignage de Primo Levi dans Si c'est un homme. L'ouvrage ne peut paraître qu'en 1975, pour un accueil assez modeste. Une critique littéraire, Eva Haldimann, remarque cependant le récit et une critique paraît le 19 mars 1977, ce qui va contribuer à le faire connaître en Europe de l'Ouest. Imre Kertesz découvre par hasard la critique dans un journal abandonné dans une piscine de Budapest. Il s'ensuit une correspondance entre la critique littéraire et l'auteur entre 1977 et 2002 qui sera publiée, en 2009, sous le titre : Briefe an Eva Haldimann. C'est seulement après la réédition, en 1985, d'Être sans destin qu'il connaît le succès dans son pays.

Tenu à l'écart par le régime communiste, Imre Kertész n'est reconnu comme un grand écrivain qu'à la fin des années 1980. Il obtient en 2002 le prix Nobel de littérature, «pour une œuvre qui dresse l'expérience fragile de l'individu contre l'arbitraire barbare de l'histoire». En 2003, il est élu membre de l'Académie des arts de Berlin et reçoit en 2004 la croix de grand officier de l'Ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne. En 2011, il publie Sauvegarde, autoportrait d'un homme à l'hiver de sa vie, affrontant la maladie de Parkinson et le cancer de son épouse. Kertész y circonscrit réflexions littéraires, notes, souvenirs et anecdotes sur son parcours, notamment sa fuite vers l'Allemagne et l'antisémitisme dont il a à nouveau fait l'objet en Hongrie après son retour des camps.


(source :wikipedia)

Bibliographie : (ouvrages traduits en français)

Être sans destin : Page 1
Le Chercheur de traces
Roman policier
Le Refus : Page 1
Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas : Page 1
Le Drapeau anglais
Journal de galère
Procès verbal
L'Holocauste comme culture
Un autre, chronique d'une métamorphose
Liquidation : Page 1
Dossier K,
Sauvegarde. Journal 2001-2003
L’Ultime Auberge

màj le 4/11/2017



Etre sans destin

Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 Etre_s10

J'ai trouvé ce récit atypique par rapport à mes lectures sur les camps. J'ai été troublée par les sentiments de cet adolescent vis à vis des Allemands ce que certainement peu de déportés ressentiraient. La méconnaissance dans laquelle sont les Juifs lors de leur «voyage» est par moment insoutenable, on s'insurge contre cette acceptation (le narrateur emploie souvent le terme de «race» quand il parle des Juifs et de lui-même, comme s'il reconnaissait être «à part»).

Après le temps de l'observation, la connaissance des fours, de leur utilisation, il se trouve obligé d'être un «bon détenu», de faire un travail honnête, son éducation s'exprime même dans ces conditions extrêmes. Alors même qu'il est ciblé par le chef des travaux, il lui reconnaît une attitude régulière. La seule justification au comportement de l'adolescent c'est l'obstination qui tient tous ces hommes en vie.

Et cette obstination s'applique à la nécessité de «manger», n'importe quoi mais manger, cela devient une fixation puisqu'il supportera plusieurs jours la présence d'un mort dans son lit afin de subtiliser sa ration.

C'est le train qui l'a amené dans ces camps et c'est pourtant par ce moyen de transport que le narrateur imagine son destin, un train qui l'emmène vers l'avenir, il y fait souvent allusion, mais quand la douleur domine tout, épuisé il descend sur le quai, il est prêt à abandonner. Mais c'est cette douleur qui le protègera du pire puisqu'elle le conduira à «l'hôpital» du camp de Buckenwald où il sera soigné de ses blessures. Sa faim inextinguible est devenue un problème psychique.

Au retour chez lui, il sait qu'il est impossible de recommencer une «nouvelle vie» comme l'y incite les quelques personnes qui le reconnaissent, mais qu'il doit continuer quoi qu'il arrive, avec son passif, cette vie, sa vie et le crédit qu'elle peut offrir ; continuer à s'obstiner.

Je pense que jamais dans mes lectures, la déchéance de ces hommes, à travers celle du narrateur n'a été décrite avec tant d'acuité.
Évidemment les mots me manquent pour décrire tous les sentiments qui affluent au cours de la lecture mais c'est rendre hommage à cet écrivain que de ne pas oublier ses mots à lui.

Je continuerai donc avec Le refus (2ème titre de la trilogie, puis Kaddish pour un enfant qui ne naîtra pas). Le narrateur s'oblige à agir honnêtement avec les Allemands car c'est son éducation qui l'y engage (par exemple il n'ouvre pas son vêtement car le vent pourrait le rabattre et masquer l'étoile jaune, quand le chef des travaux le brime il trouve que c'est juste, son étonnement aux propos de l'une des soeurs voisines qui s'insurge contre leur stigmatisation etc.)

«message rapatrié»


mots-clés : #campsconcentration
par Bédoulène
le Lun 5 Déc - 23:07
 
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Sujet: Imre Kertész
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Vercors

La puissance du jour

Tag campsconcentration sur Des Choses à lire - Page 2 51vfy710

Un peu compliqué à commenter, ce livre.
D'abord, l'impression nettement prédominante de cette beauté pure que j'ai trouvée dans les autres textes de Vercors.
La guerre est finie, chacun a repris (ou pas), ses activités ordinaires. L'esprit d'aventure et d’amitié du réseau manque sans doute beaucoup, la conscience s'est mise au travail, chacun ressasse et tente de digérer à sa façon les bouleversements que la vie a semés en lui. C'est l'occasion de débats sans concessions, de belles confrontations, qui me rappellent d'autres lectures comme Le sang des autres de Simone de Beauvoir ou Les justes de Camus. Autant dire, du très bon.
Chacun sa vérité et chacun sa douleur, autour de thèmes comme la légitimité, la culpabilité, le pardon. Tout cela très résumé car c'est beaucoup plus complexe et nuancé que ça. Ou pour dire autrement : quel monde voulons-nous, et que sommes-nous prêts à faire, ou à accepter, pour l'atteindre ?
Il y a là une intensité dramatique faite d’épure qui accroche sérieusement le lecteur. Questions sans réponse, bien évidemment, et c'est peut-être le reproche que je ferais à Vercors, qui, choisissant l’ optimisme, offre une solution presque trop facile et  emmène si vite Pierre, héros un peu « trop beau » du tréfonds du désespoir à la limpidité lumineuse d'un nouveau départ.
Et…je dois avouer que je n'ai pas trop compris le rôle de la chirurgie du cerveau dans tout cela.


(commentaire rapatrié)

mots-clés : #campsconcentration #deuxiemeguerre #historique
par topocl
le Sam 3 Déc - 11:25
 
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Sujet: Vercors
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