Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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116 résultats trouvés pour amour

Emmanuel Carrère

Un roman russe

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 Images99

C'est donc une relecture. Et bien , je comprends bien pourquoi je n'avais pas aimé. Je continue à ne pas pouvoir dire que j'ai aimé. Mais.  Mais ce livre est complexe, ambigu et tragique, comme son auteur.

Il s'agit d'un  fatras absolu qui pourrait avoir pour sous-titre Quelques mois de la vie d'Emmanuel Carrère.

Au premier chapitre, il part en reportage sur les traces d'un soldat Hongrois qui a été hospitalisé pendant 50 ans dans un hôpital psychiatrique russe, finalement identifié et ramené à sa famille,  ne parlant plus que par bribes , ne se souvenant de rien. Super sujet, traité de façon frustrante sur un chapitre.

A l'occasion du reportage à Kotelnitch, où est  l’hôpital psychiatrique, Emmanuel Carrère y est séduit par ce village post-soviétique  agonisant, où il parait impossible de vivre mais où des gens survivent quand même. Il tisse des liens et il finira par y revenir fasciné un mois durant, pour s’imprégner de cette vie si étrange pour nous, une non-aventure typiquement carrérienne qui a son charme décadent, et finit  tragiquement.

Pendant la même période il cherche à faire aboutir le projet d’écrire sur son grand-père géorgien immigré  au moment de l'annexion de la Géorgie par l'Union Soviétique, personnalité aussi tourmentée que son petit-fils, malmené par la vie jusqu'à son arrestation et sa disparition mystérieuse en 44, sans doute liée à ses activités d’interprète pour les Allemands. Il pense que creuser l'abcès de ce mystère pourra l'aider à mieux assumer son propre malêtre.

Voilà. Tout ça, quoique un peu disparate, et pas complètement abouti,  c'est épatant. Du Carrère comme on l'aime.

Seulement manifestement cela ne suffisait pas, ou peut-être n'était que le prétexte pour que Carrère,  adolescent amoureux de nous parler de Sophie, la belle Sophie, la Sophie amoureuse,  Sophie qui fait si bien l'amour en présence ou au téléphone , Sophie, l'amour de sa vie. Cependant comme Carrère est, cela ne change pas, totalement immature, égocentrique, égoïstement torturé, supérieur, maladroit, possessif, infantile, cela finit mal et on a droit à tous les détails de cette rupture en plusieurs actes. Au centre de celle-ci, une nouvelle érotique dont Carrère semble très fier, mais que j'ai trouvée d’une longueur.... Et puis des dialogues répétés du genre Tu es l'amour de ma vie mais je ne peux pas te supporter. Tu es la femme que j'aime mais je suis un si sale type. Tu es l'amour de ma vie mais séparons nous, je souffre trop...

Dreep est plutôt indulgent quand il qualifie ça de
@Dreep a écrit: une histoire de cul et de cocu avec sa copine du moment qu'il a étalé dans Le Monde, je crois.

C'est une pleurnicherie infantile, un règlement de compte lamentable, une bombe à retardement dans la vie de la pauvre Sophie.


Manifestement Carrère se complaît dans sa démonstration qu'il est un sale type ( tout en n'omettant pas de nous dire qu'il peut bander sans interruption toute la nuit), un peu comme si le fait de taper sur lui-même l'autorisait à dire tout et n'importe quoi sur les autres. Quelle "sincérité" mal placée! Surtout que c'est carrément rasoir et complaisant, désobligeant, obscène (pas tant les histoires de cul que l'étalage privé et le règlement de compte).

Tout cela pose la question de la liberté de l'artiste. Comme l'a dit Dreep, Sophie existe. Elle avait un autre homme en "roue de secours" et ce pauvre type en prend aussi plein la figure. Et puis la mère de Carrère (personnage publique, Hélène Carrère d'Encausse) lui demande de ne pas dévoiler l'histoire du grand-père et il s'en fout. Il n'en fait pas un portrait très glorieux, de sa mère, mais quand même elle n'est pas un monstre non plus.

Donc, un seul conseil, si vous êtes amené à fréquenter Carrère, prudence, même "si vous n'avez rien  à cacher " selon la formule consacrée.

Donc finalement,  quand
@Dreep a écrit:  Je lui en veux encore.

Je comprends, Dreep, je comprends vraiment. Mais vois-tu les dernières pages (le suicide du cousin, la malédiction familiale, la lettre-confession à sa mère) sont bouleversantes, plus bouleversantes que beaucoup de choses que j'ai  lues, et alors malgré la détestation que j'ai traînée au fil des pages, je lui pardonne. La pourriture, la mesquinerie, je les regrette, c'est cher payé. Mais quoique ici profondément maladroit,  c'est véritablement un écrivain, et il me touche.

@Quasimodo a écrit: quant à Carrère, mais tous ses livres ne sont pas égaux semble-t-il ?

Et bien oui, tout à fait, tu l'auras compris  Cool ...


mots-clés : #amour #creationartistique #relationenfantparent #sexualité #violence
par topocl
le Ven 23 Fév - 19:36
 
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Sujet: Emmanuel Carrère
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Tchinguiz AITMATOV

Djamilia
Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 Aytmat10

Aragon a exagéré, paraît-il, du moins je le croyais pour l'avoir trop entendu. "Plus belle des histoires d'amour", c'est bien définitif, ça ne fait pas bien propre - un rien appellation contrôlée -, ni n'engage tellement à la confiance. (Peut-être est-ce dommage que cette phrase soit sortie de son contexte, car la préface n'a rien de racoleur.)
Quoiqu'il en soit, après la lecture, elle ne me paraît que trop juste (je ne trouve guère qu'un contre-exemple : Alejandra et Martin, dans Héros et tombes). Seulement il n'aurait pas dû le dire, sans doute était-ce une impression beaucoup trop intime pour être partagée. On ne se plaindra pas toutefois des lecteurs gagnés de cette manière, dont je suis.

On est dans l'aïl de Kourkouréou, village des montagnes kirghizes, frais installé, car ses habitants sont d'anciens nomades.
Comme le rappelle Aragon, ce livre n'a rien de pédagogique, d'explicatif, à l'usage des occidentaux, puisque le narrateur est un enfant de l'aïl, à qui sa culture est toute naturelle. C'est précisément dans la fusion de notre sensibilité avec cette culture agricole, traditionnelle et encore tout imprégnée de la vie nomade, de laquelle le lien social incroyablement resserré semble être aux fondations, que j'y ai trouvé une immense partie de mon plaisir.

Elle est d'ailleurs absolument indissociable de l'histoire d'amour à proprement parler, parce que celle-ci questionne toute cette culture. Culture du lien social, chaleur humaine ? Oui, mais on fait sentir au solitaire, à l'original - à Djamilia, à Danïiar - tout ce que son comportement a d'inconvenant. Djamilia, intégrée à une famille en vue et défendue par une belle-mère respectée, est préservée d'une certaine façon. Danïiar, qui ne peut s'y intégrer (le veut-il ?), est mis à l'écart, plaint et méprisé tout à la fois.

Par ailleurs, cette douce exclusion (douce ? à moins que le narrateur, parfaitement intégré et d'une famille illustre, ne la comprenne qu'amoindrie ?), due à cette incapacité de Danïiar, l'orphelin sans nulle attache, de faire sienne les traditions de l'aïl, est doublée d'un attachement charnel, presque viscéral, à la terre. Solitaire et silencieux, il en est venu à une profonde compréhension de la nature, les plus anciennes et probablement les uniques racines qu'il se reconnaisse. Il le révèle, une nuit et beaucoup d'autres, à Djamilia (on le devine) et au jeune Seït qu'il consacre dans sa vocation artistique, par un chant. Chant qui confine à l'essentiel, au plus intime degré de nature, d'une inspiration presque prophétique et qui passant la compréhension humaine, n'en est pas moins éminemment, profondément terrestre.

Cet amour, rupture d'avec les traditions de l'aïl ? Oui, mais aussi Danïiar transmet-il lui-même par son chant, comme un paradoxe, une partie des traditions de cette zone de l'Asie centrale. Il semble, se dévoilant, proposer un chemin plus universel et dans lequel lui et Djamilia puissent être réunis.  

On ne peut que se demander comment le taciturne Danïiar a-t-il pu aller à ce point contre sa propre nature, et s'ouvrir aussi complètement à deux sots qui l'avaient rejeté. C'est une sorte de miracle; et je crois, l'une des plus grandes beautés du livre. Ainsi que l'est la métamorphose de Djamilia.

En quelques mots : le parfum cru et les teintes fânées des fenaisons, la plénitude dans la rudesse; la fertilité et l'âpreté de la vie champêtre. La poésie des inlassables trajets en charette de l'aïl à la gare. Le chant de Danïiar et la douleur de Djamilia qui l'écoute.

Danïiar lança un œil mauvais dans notre direction, et nous n'avions pas eu le temps de nous raviser qu'il avait tiré le sac du fond de la britchka, l'avait mis debout sur le rebord, était sauté à bas, d'une main retenant le sac, et, l'ayant chargé sur son dos, s'était mis en marche. Au début, nous, nous faisions mine de ne rien trouver de particulier à tout cela. Et à plus forte raison les autres n'avaient-ils rien remarqué : c'était un homme qui marche avec son sac, comme tous le font. Mais quand Danïiar atteignit l'escalier, Djamilia le rattrapa.
- Laisse donc, je plaisantais !
- Va-t-en ! - dit-il fort distinctement, et il prit l'escalier.
- Regarde, il le porte ! - marmonna Djamilia, comme pour se justifier.
Elle continuait à rire doucement, mais son rire était devenu pour ainsi dire artificiel, comme si elle s'y fût elle-même forcée.
Nous remarquâmes que Danïiar s'était mis à plus fortement boîter sur sa jambe blessée. Et comment n'y avions-nous pas pensé plus tôt ? Jusqu'à ce jour je ne puis me pardonner cette sotte plaisanterie, car c'était moi, le sot, qui avais inventé la chose !


Nous rentrâmes tard de la gare. Danïiar allait devant. Et la nuit était une splendeur. Qui ne connaît les nuits d'août avec leurs étoiles lointaines à la fois, et proches, extraordinairement brillantes ! Chaque petite étoile est en vue. En voilà une, comme engivrée sur ses bords, qui n'est que scintillation de petits rayons glacés, du ciel sombre elle regarde notre terre avec un naïf étonnement. Nous roulions dans le défilé, et moi je la regardais là-haut longuement. C'était avec plaisir que les chevaux trottaient vers l'écurie, sous les roues le cailloutis grinçait. Le vent, de la steppe, apportait un amer pollen d'absinthes en fleur, un à peine perceptible aromate d'orge mûre, refroidi; et tout cela, se mêlant à l'odeur du goudron et des harnais des chevaux en sueur, vous faisait un peu tourner la tête.


Je recommande sans réserve, c'est un livre magnifique. "Un livre rare, un livre secret" pour reprendre l'expression de Bix, et qui m'a serré le cœur, et qui m'a ému aux larmes.

mots-clés : #amour #traditions
par Quasimodo
le Mer 21 Fév - 18:39
 
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Sujet: Tchinguiz AITMATOV
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Eduard von Keyserling

Dans un coin tranquille/Im stillen Winkel

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 97837110


Je me réfère ici à une édition allemande de 2006 sous ce titre, contenant trois de ses nouvelles… !

CONTENU :

1. Harmonie (1905)
Felix rentre dans sa Courlande natale après un long voyage. Pourtant il n’est marié que depuis deux ans, mais nous comprenons vite qu’il a quitte dans la panique sa jeune femme de maison riche, Annemarie. Après la perte de leur premier enfant elle avait glissé vers une dépression, Felix ne pouvait pas en faire face. Est-elle guéri maintenant ? Comment va se passer ce retour ? Mais le sentiment d’un mur de séparation est bien là, d’une aliénation grandissant, voir aussi : d’une jalousie envers l’oncle Thilo plus âgé, qui est si proche de sa femme. Mais comment est-il possible que Felix est bien capable de vouloir bien plus que seulement désirer d’autres femmes tandisque qu’il ne peut aucunement voir un quelconque droit chez sa femme pour un tel désir ? Son plaisir d’être et de jouer le « maître » des lieux est de loin insatisfaisant pour se rendre aimable…

2. Son expérience de l’amour/Seine Liebeserfahrung (1906)
Un jeune écrivain aimerait tant vivre quelque chose de bien exaltant, digne d’être décrit dans un carnet à part, en vue d’une publication… Une première expérience d’amour ? Alors est-ce que la rencontre avec la belle Claudia, si expérimenté en voyages et affaires du monde, va croître vers une telle expérience ? Où est-ce qu’il va se faire leurrer par son « wishful thinking », incapable de discerner chez elle son inclination vers son cousin ? Où son les frontières entre force d’imagination et narcissisme

3. Dans un coin tranquille/Im stillen Winkel (1918)
La famille d’un banquier part en « datcha », retraite d’été : père, mère , fils et fille. Parfois un aide du père-banquier fait son apparition, biensûr attiré par la mère… Et c’est l’été 1914 : la guerre éclatera, et le patriotisme revêt les coeurs. Mais le fils, Paul, vit cette « guerre » déjà depuis longtemps, exclu par ses camarades. Et il va aussi vouloir montrer son courage et « partir en guerre »...


Mais oui, on pourrait souligner les différences entre ses nouvelles ou alors mettre en relief des motifs se répétant. Plutôt peu de protagonistes centraux, trois, quatre. Le couple (dans sa forme traditionnelle) ne semble guère marcher, et se termine par des frctures, séparations, voir la mort… Les femmes étouffent dans un carcan de règles et dans des relations où elles ont le rôle de soumise. Au même moment les inhérences de la vie d’un couple ne sont plus respectés, et on transmet facilement les cadres de l’étiquette et de la fidélité. Keyserling décrit des murs de séparation qui empêchent d’être vraiment soi-même. Un monde va vers sa fin et tel ou tel protagoniste sent l’incertitude de l’existence. L’auteur alors nous montre la fragilité du monde.

C’est bien, voir très bien écrit, mais pas forcement très édifiant. Pourtant un image de son époque. Bien une recommandation aux amateurs de Keyserling !



Encore une remarque sur ces observations de bix :

@bix_229 a écrit:La Courlande est un petit pays mystérieux et même mythique. En tout cas pour moi, mais je sais qu'il a été annexé par plusieurs pays au cours de son histoire. En tout cas, il étais annexé par la Russie au début de 20e siècle.
Dans ce pays vivait alors, si l'on peut dire, une noblesse en pleine déliquescence. Hors du temps hors de tout.
C'est ce milieu qu'a décrit Eduard von Keyserling dans toute son oeuvre.


Pour l’intéressé(e) à l’histoire de la Courlande et son histoire très riche, je ne peux que recommander le livre extraordinaire de Jean-Paul Kauffmann « Courlande » !

mots-clés : #amour #nouvelle
par tom léo
le Dim 18 Fév - 8:42
 
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Sujet: Eduard von Keyserling
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Siegfried Lenz

Une minute de silence

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 Erfesr10

Deuxième livre que je lis de cet auteur et deuxième fois que j'ai des larmes....
Si le but est d'émouvoir c'est réussi. L'histoire est pourtant complexe, celle d'un deuil mais également d'une histoire d'amour peu avouable. Quand il y a autant d'émotion la morale, j'ai personnellement tendance à m'en ficher prodigieusement et ce fut précisément le cas ici. La seule injustice ressentie est sur le devenir de chacun et non sur ce à quoi ils aspirent.
Magnifique style, toujours mélancolique, on est transporté dans cet univers de petit port du nord de l'Europe.
Lenz fait désormais partie de mon panthéon aux côtés de Hrabal.

*****

mots-clés : #amour #mort #intimiste
par Hanta
le Mar 23 Jan - 10:13
 
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Kent Haruf

Nos âmes la nuit

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 51woqp10

Comme elle se sentait trop seule, Annie, 70 ans est venue demander à son vieux  voisin Louis de venir la nuit chez elle pour discuter. De cette décision fort inhabituelle va naître une relation toute en délicatesse, en pudeur et en sincérité. Celle-ci amène de beaux moments de bonheur simple, comme on croyait qu'il n'y en aurait plus,  et résistera, à sa façon, au qu'en dira-t'on et à l’opprobre filiale.

Il en ressort un petit bouquin court, au style d'une platitude exaltante, que j'ai lu émerveillée par sa simplicité, sa douceur, sa sincérité. Son originalité aussi, loin des grandes péripéties romanesques, mais plein d'une authenticité qui m' a bouleversée. Un merveilleux doudou, qui se paye le luxe de ne pas manquer d'humour.


mots-clés : #amour #intimiste #solitude #vieillesse #viequotidienne
par topocl
le Lun 22 Jan - 17:45
 
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Laurent Mauvignier

Récup
Je viens de terminer "Apprendre à finir" :

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 Sm_cvt10

C'est d"une telle force que je ressens des tensions presque physiques en refermant ce livre ...
En lisant les premières pages , c'est une grande perplexité qui m'a envahie : comment un homme peut traduire si brillamment la complexité psychologique d'une femme trompée, son cheminement intérieur ... cette femme qui passera par un tumulte de violence , espoir , rancoeur , vengeance (par l'aliénation et la dépendance de son mari que lui offre le destin ,à travers l'accident de celui-ci ),pour enfin accepter ce qui fut longtemps pour elle l'impensable ... la mort de son couple ...
Un texte court , dense , oppressant : Laurent Mauvignier nous renvoie à la trivialité de la vie ...à laquelle personne n'échappe d'une manière ou d'une autre ....et il le fait avec brio : le lecteur se trouve englué dans cette histoire ...la nôtre , la sienne , la leur ......impossible de ne pas être touché car il parle de nous , de lui , d'eux ...dans la banalité de la douleur affective ...toujours unique mais universelle ...


mots-clés : #amour #intimiste
par églantine
le Mer 3 Jan - 13:51
 
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Sujet: Laurent Mauvignier
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Clara Dupont-Monod

LA FOLIE DU ROI MARC

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 31ezhf10

Oyez, braves gens, oyez l'histoire du roi Marc, rendu fou de douleur par l'amour qui unit Yseut, sa femme,à Tristan, son neveu, son quasi-fils ! La célèbre légende du Moyen Âge est ici revisitée : si les diverses étapes du parcours des amants sont scrupuleusement respectées, avec leur cortège de délations, de bonheurs éphémères et de souffrances, la passion est cette fois-ci narrée selon le point de vue du mari trompé. Nous assistons alors, de l'intérieur, à la montée progressive de la folie chez ce roi déchiré entre l'amour absolu et vain qu'il voue à sa femme, et l'exercice du pouvoir, qui l'astreintà une certaine sévérité. Son long monologue décline toutes les facettes d'une insatiable souffrance  : sentiment de dépossession, trahison, jalousie, pulsions vengeresses, sursauts irraisonnés de confiance se succèdent, pour finalement laisser la place à la complaisance dans une douleur profonde.Ce roman, le deuxième publié par Clara Dupont-Monod, émeut et dérange tout à la fois : il nous dit la puissance irrépressible de la passion, capable de mener à la destruction de l'orgueil et à l'oubli de soi-même.

Reprenant l'histoire (ou le mythe) de Tristan et Yseult, l'auteure nous le fait percevoir au travers du regard de l'époux d'Yseult, le roi Marc, père adoptif de Tristan, au travers d'un long monologue qu'il fait avec lui même et nous le fait percevoir déchiré entre son amour pour sa femme qui n'a d'yeux que pour Tristan, son amour pour Tristan qu'il a élevé comme son fils, sa place de roi et la pression de ses barons pour qu'il prenne des mesures contre un adultère par tous connu. Face à cela, Marc se débat avec ses doutes qu'il cherche à confirmer tout autant qu'il est parfois dans le déni et veut garder les yeux fermés, continuer à croire qu'il n'y a rien. Il se débat avec une cours aussi qui lui demande de réagir, de mettre un terme à cela, des sujets qui le méprisent car ils perçoivent tous la tromperie, et estime leur roi faible.
Ses décisions, variations de conduite, prise de position sont toujours comme dictées de l'extérieur, par son rang, sa jalousie, le jugement de ses sujets, etc...
Il est pétri d'indécision, de doute, et alterne tous les positionnements.

Pari risqué que de tenir une œuvre complète autour de ce huis clos entre Marc et lui même, à ne nous faire vivre l'histoire que dans la discussion qu'il se fait avec lui même, dans sa tête. Elle le réussit je pense, malgré quelques redondances, mais cet exercice il me semble n'est pas simple. Pour autant, ce monologue perpétuel n'a pas vraiment réussi à m'accrocher, à trop torturer l'esprit de Marc, et torturer le nôtre en même temps de ses multiples revirements, je n'ai pas réussi à apprécier le personnage, je n'ai pas pu ressentir sa souffrance... tellement il semble marionnette de ses pensées et des autres, tellement il n'est pas maître de ses choix il agace; c'est une plainte longue de 200 pages qui vient dire combien il est trahi, malheureux, ce malgré qu'il a tout donné... et honnêtement, ça a fini par m'ennuyer.

mots-clés : #amour #moyenage
par chrysta
le Mar 2 Jan - 14:05
 
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Sujet: Clara Dupont-Monod
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Carlos Fuentes

Diane ou La chasseresse solitaire

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Cette « chronique autobiographique » commence (et se poursuit) par d’intéressantes considérations sur Dieu (pouvons-nous être heureux dans la vie, et aussi dans un éventuel ciel ?), la littérature et le cinéma (mais aussi les autres arts), Don Juan (métamorphose et mouvement), auquel s’apparente l’auteur. Il s’agit essentiellement de narrer les (presque) deux mois de sa liaison avec Jean Seberg (Diane Soren dans le livre) ; elle a la trentaine en 1970, lui quarante ans ; les deux sont mariés, elle à un autre écrivain, Romain Gary (Ivan Gravet), lui à une autre actrice, Rita Macedo (Luisa Guzmán). C’est érotique, et assez impudique ; avec des regards (de gauche) sur les sociétés sud-américaine (les faits se passent au Mexique) et américaine (hollywoodienne notamment, mais pas que : influence puritaine, arrogance, etc.) ; sur les mythologies (dont Jeanne d’Arc) ; et bien sûr c’est une histoire d’amour mouvementée jusqu’à la rupture, sur fond de Black Panthers et FBI.
Intéressant pour qui s’intéresse à la biographie de Jean Seberg, « l’accoucheuse de révolution », persécutée, angoissée. Pour qui s’intéresse à Carlos Fuentes, l’écrivain qui se confie exceptionnellement ici, et pas sous un jour toujours brillant. Enfin l’occasion de rencontrer, par exemple, Buñuel (le désir et le rêve doivent en rester à ce stade), ou encore Clint Eastwood (en photo au chevet du lit).

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« Combien de fois ne me suis-je pas dit : Je serai toujours ce que je suis en ce moment ! Je me remémore et j’écris pour retrouver le moment où elle serait à jamais comme elle était, tel soir, avec moi. Mais toute singularité, amoureuse ou littéraire ‒ souvenir ou désir ‒, est vite engloutie par la grande marée qui sans cesse nous encercle comme un incendie sec, comme un déluge ardent. Il nous suffit de sortir un instant de notre peau pour savoir que nous sommes cernés par une houle toute-puissante qui nous précède et nous survit, indifférente à notre existence particulière.
J’aime et j’écris afin d’emporter une victoire passagère sur l’immense et omnipotente réserve qui est là, mais ne se manifeste pas… Je sais que la victoire est éphémère. Mais elle me permet de garder mes propres réserves, grâce auxquelles je peux faire quelque chose ‒ en cet instant ‒ qui ne ressemble pas au reste de ma vie. L’imagination et la parole me disent que, pour que l’imagination parle et la parole imagine, le roman ne doit pas être lu comme il a été écrit. Cette condition devient extrêmement hasardeuse quand il s’agit d’une chronique autobiographique. L’écrivain doit fournir les variations sur le thème choisi, multiplier les options du lecteur et tromper le style par le style même, au moyen de constantes modifications de genre et de distance. »
« Diane, la chasseresse solitaire. Ce récit, lesté des passions du temps, se met lui-même en échec parce qu’il n’atteint jamais à la perfection, à l’idéal de ce qui a pu être imaginé. Il ne le désire même pas, du reste, car si la parole et la réalité coïncidaient parfaitement, le monde s’achèverait, l’univers ne serait plus perfectible puisqu’il serait parfait. La littérature est une blessure par où jaillit l’indispensable divorce entre les mots et les choses. Par cette plaie, nous pouvons perdre tout notre sang.
Seuls à la fin, comme seuls au commencement, nous nous remémorons les instants de bonheur que nous avons sauvés de la mystérieuse latence du monde, nous revendiquons l’esclavage du bonheur et nous n’écoutons que la voix de la réserve masquée, le pouls invisible qui au bout du compte se manifeste pour affirmer la vérité la plus terrible qui soit, la condamnation irrévocable du temps qui nous est imparti sur terre :
Tu n’as pas su aimer. Tu as été incapable d’aimer. »

« ‒ Les couples qui auraient pu être mais qui ne se sont pas formés, les couples qui se ratent, ajouta-t-elle en français, tu comprends ? les gens qui se croisent comme des bateaux dans la nuit. Cette idée m’angoisse beaucoup. »

« À tort ou à raison, je n’ai vécu que pour écrire. »

« Le mensonge est le revers du progrès. Plus nous avançons dans le progrès technologique, plus nous compensons notre retard moral ou imaginatif en utilisant l’arme dont nous disposons : le mensonge. »

« Le lecteur doit être inventé par l’auteur, imaginé dans le but de lui faire lire ce que l’auteur a besoin d’écrire, non ce qu’on attend de lui. »

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 Jean_s11
Diane/ Jean y Carlos

mots-clés : #amour #autobiographie
par Tristram
le Sam 30 Déc - 13:13
 
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Sujet: Carlos Fuentes
Réponses: 14
Vues: 1118

Margaret Laurence

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 Divine10


Divine plaisanterie

je ne voudrais pas trahir mon plaisir et je ne pose ici que quelques réflexions.

Je trouve que Rachel se censure parce qu'elle est contrainte :  d'une part par la société à laquelle elle appartient et qui met en exergue" l'apparence" ; être correct c'est le mot qu'elle emploie souvent  et d'autre part par le  chantage affectif de sa mère, laquelle d'ailleurs continue à vivre dans son temps.

Comme, malgré tout elle se sent différente de cette société elle se corrige en disant "ce n'est pas moi ça, ce sont les mots de ma mère". Et les mots de sa mère ne témoignent pour moi que d'un égoïsme et d' une injustice envers Rachel, qui tout de même a sacrifié ses études et sa vie.

Sa rencontre amoureuse avec un homme appartenant à l' autre  communauté de la ville (à la réprobation de la mère), va lui permettre de se libérer quelque peu  de ses rapports avec  elle mais c' est  l' opération qu'elle subit la décidera à s'émanciper totalement, à s'avouer qu'elle a le temps pour une autre vie, une vie qu'elle se choisit.

Vu le dilemme alors que Rachel se croit enceinte -la divine plaisanterie- qui résulte du  poids de la société exprimé d'ailleurs par le Dr Raven,  il semble que l'avortement ne fasse pas encore partie des libertés accordées aux femmes, notamment  sur leur corps et  revendiquées  dans  les années soixante.

Les dialogues intérieurs de Rachel sont révélateurs à la fois de la pression qu'elle subie mais aussi de ses désirs (voir par exemple son regard sur les mains du directeur, son attention pour James son élève, voire sa réaction hystérique dans la crypte, les dialogues imaginés avec Nick)

Hector, le propriétaire du service funéraire, parle justement à Rachel, sur son père et sur elle-même, ces deux visites ne sont pas anecdotiques.

Certain livre nous sont plus disponible, c'est le cas pour moi avec celui-ci.

J'ajoute que la postface de Margaret Atwood était intéressante.





commentaire retrouvé

mots-clés : #amour #conditionfeminine #relationenfantparent
par Bédoulène
le Mar 26 Déc - 0:49
 
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Sujet: Margaret Laurence
Réponses: 4
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Françoise Sagan

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 Bm_45610

Un certain sourire

Voici le second livre écrit par la jeune Sagan. On peut imaginer comme il fut attendu au tournant.
Je l'ai trouvé très sensible.

C'est un livre pastel, encore une fois, roman sentimental, mais qui comblera les afficionados de l'auteur. Je trouve qu'elle y met une fragilité qui disparait par la suite, la jeune héroine est vulnérable, intelligente et non encore désabusée. Juste plutôt en désarroi.

Curieusement, et contrairement à Bonjour tristesse, on peut croiser deux trois fois une maladresse de style qui trahit la grande jeunesse de Sagan.
ça reste anecdotique mais nous rappelle la précocité de son talent.

C'est l'histoire d'un premier amour. Pour un homme plus agé, charismatique. Aux allures d'alter ego pour cette jeune femme dont on suit le récit. Elle sera le jouet de la situation, par trop de conscience et compréhension, elle subira, rendue impuissante par intelligence des choses, une union malheureuse qui la laissera affranchie d'espérance en l'amour.

Incipit du roman a écrit:« Nous avions passé l'après-midi dans un café de la rue Saint-Jacques, un après-midi de printemps comme les autres. Je m'ennuyais un peu, modestement ; je me promenais de la machine à disques à la fenêtre pendant que Bertrand discutait le cours de Spire. Je me souviens qu'à un moment, m'étant appuyé à la machine, j'avais regardé le disque se lever, lentement, pour aller se poser de biais contre le saphir, presque tendrement, comme une joue.»


N'écrit-elle pas avec grâce cette petite Françoise ?
Deux ans après elle épousait l'éditeur Schoeller . Un mariage qui la laissera un peu abandonnée lorsqu'il échouera deux ans plus tard. J'ai lu quelque part (mais ne trouve plus la source) qu'elle écrit ce roman à une période où elle rencontre Schoeller.

J'ai été frappée par la manière très neuve de dresser le portrait d'une jeune femme hors des caractéristiques habituelles : elle n'est pas dite belle, elle semble surtout sentimentale, ce n'est pas la frondeuse de Bonjour Tristesse, on y voit davantage les traits d'une jeunesse encore pleine de l'envie de croire, et c'est surtout une intelligence qui mène le récit. Une jeune femme intelligente qui rencontre l'amour. La narration a un ton qu'on retrouve ensuite chez Sagan, toujours, et je n'arrive pas à l'expliquer, mais il a quelque chose d'entier, vraiment. Ce qui donne un livre, des livres, à l'eau de rose mais avec des héros intelligents.
Roman à l'eau de rose intelligente.
mots-clés :  #amour
par Nadine
le Dim 24 Déc - 10:28
 
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Andreï Makine

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 51s-lv10

La vie d'un homme inconnu

Points a écrit:En partant pour Saint-Pétersbourg, Choutov, écrivain et ancien dissident, espère fuir l'impasse de sa liaison avec Léa, éprouver de nouveau l'incandescence de ses idéaux de jeunesse et surtout retrouver la femme dont il était amoureux trente ans auparavant. Son évasion le mènera vers une Russie inconnue où il découvrira l'exemple d'un amour qui se révélera la véritable destination de son voyage.


REMARQUES :
Ce roman est divisé en plusieurs chapitres bien distingués : une première partie apparemment moins forte correspond pour ainsi dire à une entrée en matière. Peut-être les réflexions de Choutov (=Makine) semblent « moins russe », et surtout dans un ton, un style qu’on ne retrouvera pas dans la partie centrale, éblouissante. Ici, dans la première partie, le langage paraît désabusé. Plus tard je me suis dit qu’indirectement par ce chemin là on apprend aussi beaucoup d’une manière russe de voir les choses. Choutov, après trente années d’exil, parle de ses jugements sur la superficialité en France, et se rappelle, entre des lignes, d’un mode de vie russe, de valeurs russes qu’il croit encore éternels, dont Tchekhov est ici un symbole (symbole peut-être mal « souvenu », comme on apprendra vers la fin du livre…). Ce premier chapitre donc est seulement à apprécier dans l’ensemble du livre, et n’a pas beaucoup de valeur en soi.

Dans le deuxième chapitre Choutov se met en route pour Saint Petersburg, en pleine fête du tricentenaire ! Quelle déception : de l’image de la femme qu’il avait aimé et voulait revoir ne restera pas grande chose et la nouvelle société russe paraît superficielle, perdant tout ce que Choutov valorisait. «Dans cette société « tout est là, et pourtant une chose leur fait défaut ». (Splendide phrase !!!)

C’est la rencontre fortuite avec un locataire grabataire qui va rappeler une autre époque : l’Union soviétique que ce Volski raconte du temps du blocus de Leningrad, du temps de la Grande Guerre Patriotique (comme disent les Russes), et le séjour en camp et en bannissement. Mais surtout, au milieu de l’horreur, ce Volski raconte l’amour vécu avec Mila…

Je m’arrête là avec le récit, mais ce long passage du roman sur ces deux protagonistes est d’une beauté éblouissante, où on retrouve un Makine qui sait reprendre un motif, qui fait allusion, qui peint un tableau avec quelques coups de pinceau. C’est du grand art. Mais surtout, c’est d’une humanité profonde. On gardera en mémoire quelques scènes…, quelques paroles.

Le sujet le plus fort – pour moi – c’est l’évocation d’un bonheur possible au milieu d’un profond malheur réel. En ce qui concerne un monde meurtri, on trouverait les mots d’ »un monde transfiguré », sujet de prédilection dans la spiritualité et philosophie russe.

On pourrait se demander si – pensant au « présent » de la Russie, comme décrite par Makine avec un œil très critique – il veut vraiment seulement parler d’un passé, bref : être nostalgique d’une période passée. Mais j’aimerais bien y voir une invitation de toujours à nouveau retrouver l’essentiel, aujourd’hui même.
Pour ma part je nourris l’espérance qu’il y aura toujours des hommes et des femmes qui sauront vivre l’amour, la solidarité et une vie qui ne soit pas uniquement centrée sur eux-mêmes.
Dans ma visite en Russie et dans mes contacts (nombreux) avec des Russes, j’ai pu constater que quelque chose de cette ouverture, de la « bonne culture russe » si désirée par Makine reste vivante ! Malgré tout.



mots-clés : #amour #solitude
par tom léo
le Mer 9 Aoû - 22:19
 
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Sujet: Andreï Makine
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Daniel Arsand

Des amants

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 Image129

C'est une espèce de conte populaire, qui commence avec un prince blessé dans un bois et soigné par un jeune chevrier. Ils sont pris d'amour l'un pour l'autre, et le prince revient  à sa recherche quelques mois plus tard, l'invite dans son château, l'aime et le chérit. C'est un amour sublime entre eux deux, même si l'amour, la fidélité, le bonheur n'ont pas forcément le même sens pour chacun. Mais le Roi, là-haut à Versailles, ne voit pas cela d'un bon oeil, cette "bougrerie", ce garçon vaguement sorcier, ces insolences en quelque sorte. Cela finira mal, on le sait du départ.

C'est l'histoire d'un amour sublime quoique maudit (sublime car maudit?) raconté par Daniel Arsabd selon sa technique habituelle, son grand art devrais-je dire, cent courts chapitres, de cinq lignes à deux pages, qui sont autant de joyaux chatoyants assemblés en mosaîque pour raconter cette histoire pathétique d'amour et de mort, à faire pleurer dans les chaumières - dont la mienne.


mots-clés : #amour #identitesexuelle
par topocl
le Dim 11 Juin - 10:09
 
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Sujet: Daniel Arsand
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Drago Jancar

Cette nuit, je l’ai vue

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 Captur58

   On vit une époque où on ne respecte que les gens, vivants ou morts, qui étaient prêts à se battre, même à se sacrifier pour les idées qu'ils ont en partage. C'est ce que pensent les vainqueurs et les vaincus. Personne n'apprécie les gens qui ne voulaient que vivre. Qui aimaient les autres, la nature, les animaux, le monde, et se sentaient bien avec tout ça. C'est trop peu pour notre époque. Et même si moi, je peux me compter parmi ceux qui, bien que vaincus, ont combattu, au fond, moi je voulais seulement vivre. Que cela ait un sens m’a été révélé par cette femme, curieuse, joyeuse, ouverte à tout et un peu triste que j'ai rencontrée dans un pays lointain qui m’est proche. Veronika.



Il y a avant la guerre et  il y a après la guerre.

Avant la guerre, il y avait Véronica, une femme fantasque et sensuelle, éprise de liberté, qui aimait les chevaux à la folie et les hommes avec déraison, qui se promenait en ville avec son crocodile.
Pendant la guerre avec son époux Léo, le richissime industriel plein d'élégance, ils ont  cru qu’ils n'étaient pas concernés, qu'ils pouvaient continuer à mener la belle vie, qu'on ne leur imposerait pas des choix. Retranchés  dans leur château illuminé au fond des bois, à deux pas des bandes de partisans, ils recevaient des industriels, des artistes, des officiers de l'armée de l'occupation. Et puis…
Après la guerre, les langues ne se délient pas, chacun se retire seul face à cette tragédie. Mais les survivants, ceux qui furent fascinés par la belle Veronica, se souviennent, chacun de son côté. Sortant  de cette chape de silence qui les enferme dans un amalgame de remords et de nostalgie, ils nous livrent leurs inavouables secrets.

Dragon Jancar nous montre ici toutes les facettes de son impressionnant talent. Cette nuit je l'ai vue se construit peu à peu à partir de cinq points de vue qui éclairent les secrets d'une femme, d'une guerre, et d’un pays. On se croirait dans un film lumineux et étrange, en noir et blanc, on visualise ces soldats traînant dans la boue,  les cavaliers contre les tanks, les maquisards traqués… Tout puissant, magique, perdu dans la neige, ce château illuminé aux réceptions somptueuses, ce couple magique, à qui tout est offert, adulé et jalousé par le petit personnel, cette femme magnétique, amoureuse tragique, pleine de tourments et de joie de vivre.

Et si, peu à peu, on découvre pourquoi et comment ont disparu Leo et Veronica, ils n'en finissent pas de hanter les consciences, et nul n'arrivera jamais à dénouer l’inextricable écheveau des culpabilités.

C’est un très beau roman, magique par l'atmosphère, prenant par ses personnages, qui parle de l’histoire de ce siècle et de notre responsabilité collective. Chant d'agonie d'un pays qui n'en finit pas de panser ses plaies, Cette nuit, je l'ai vue est un roman de maître, il nous dit de rester sur notre garde, et que la liberté n'existe pas.

(commentaire récupéré)


Mots-clés : #amour #deuxiemeguerre #historique
par topocl
le Lun 26 Déc - 15:55
 
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Sujet: Drago Jancar
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Dino Buzzati

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 97822210

«Un amour»

L'histoire : Un architecte Milanais, la cinquantaine, s'entiche d'une jeune fille de 20 ans qu'il rencontre dans la maison d'une mère-maquerelle où elle se prostitue.. Moyennant finance la JF accepte de le rencontrer plusieurs fois par semaine.
L'amour qu'il lui porte fait qu'il admet tout d'elle ; humiliations, manipulation et mensonges éhontés. C'est la descente en enfer pour lui, il ne vit que pour elle même s'il prend conscience que son attitude est indigne d'un homme de son milieu.

Après avoir avalé beaucoup de couleuvres, bon gré, mal gré, la preuve irréfutable de ses mensonges fait qu'il met la JF en demeure de se consacrer uniquement à lui. Une conversation avec une amie de la JF qui se prostitue aussi, lui fait prendre conscience de sa condition et de celle de la JF.
Après 2 mois d'éloignement, il relance la JF, leur relation reprend alors dans la sérénité car ils ont changé tous deux.

«Un jour très lointain la fillette regardait en l'air avec un petit sourire timide et malicieux ; le paquet est fermé - voulait-elle dire -, mais je suis maligne, je sais ce qu'il contient, je les connais toutes ces belles choses qui s'y trouvent. Voilà pourquoi elle souriait. Oh ! si elle avait pu savoir.
Maintenant la fillette n'existe plus depuis longtemps elle n'existe plus et une jeune fille se trouve à sa place en apparence une jeune fille qui n'est pas une jeune fille car elle est trop habituée aux jeux de l'amour, une femme se trouve à sa place une femme aux traits tirés qui regarde autour d'elle comme une petite bête traquée et fuit avec entêtement tout droit vers sa propre ruine.»

«Et Dorigo la désirait toujours davantage bien qu'elle ne lui appartint pas, bien qu'elle appartint à d'autres hommes inconnus, à une multitude d'autres hommes qu'il haïssait en s'efforçant de se les représenter : grands, désinvoltes, moustachus, au volant de voitures puissantes, qui la traitaient comme une chose esclave, comme une parmi tant d'autres à leur entière disposition, qui ne valait pas même la peine qu'on y pense, et au moment choisi, après une soirée au night-club, l'emmenaient d'un air blasé dans une chambre et ne la regardaient même pas tandis qu'elle se déshabillait, comme des satrapes de l'Antiquité, et s'en allaient pisser et se rincer les gencives à l'eau de dentifrice, assurés de la retrouver au lit, complètement nue et si l'envie leur en prenait ensuite, se faisant caresser les mamelons, et dans le meilleur des cas la faisait se plier, écarter les cuisses de ses bras, plonger leur visage sur leur bas-ventre, suprême complaisance aux yeux de ces mâles sélectionnés dotés de Ferrari et de yacht à Cannes, mais qui le lendemain matin, au golf de Monza, n'y feraient même pas la moindre allusion, une quelconque petite putain comme il y en a tant, rien de plus, rien de moins qu'une boisson prise dans une auberge de campagne où l'on s'arrête au cours d'un long voyage en auto décapotable, sous le soleil, uniquement pour apaiser sa soif et puis en route !»

«Dans son savoir de femme, stupéfiant à cet âge, elle avait dit : non, sans moi tu n'es pas capable de vivre. Et je ne suis parvenu à rien répondre j'aurais pu rétorquer de cent façons hautaines, cinglantes ou spirituelles au contraire je n'ai rien répondu une fois encore j'étais vaincu, elle m'avait défait, cette fillette me tenait entre ses mains petites, délicates, gentilles, douces, terribles mains mais elle ne serrait pas, elle avait eu juste une minuscule contraction, de quoi seulement me faire comprendre que, si elle avait serré, elle me brisait en deux, mais elle ne serrait pas elle ne souriait pas même, tant cela était tellement naturel et simple pour elle, ce n'était même pas un jeu c'était pour elle la chose la plus naturelle au monde, un moment quelconque de sa vie de femme, qui s'élevait pendant un temps avec une irréfutable puissance.»


Ce que j'en pense : avec justesse et en décrivant les pensées du personnage principal l'auteur nous fait vivre la descente en enfer de cet amour avec son cortège d'espoir, de désillusions, d'attentes,de turpitude. Ce récit est aussi une réflexion sur la prostitution de jeunes filles ; sur la situation sociale ; sur les relations des hommes avec ces jeunes filles qu'ils considèrent tels des objets destinés à leur plaisir et dont ils peuvent disposer. L'écriture et les personnages ont beaucoup de consistance.


mots-clés : #amour
par Bédoulène
le Jeu 15 Déc - 18:36
 
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Sujet: Dino Buzzati
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Jaume Cabré

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 51qlyx10

Confiteor

Avec quelle habileté l'auteur lie les évènements du passé et du présent, interférant dans la lettre testament du narrateur(Adrià) à son fils.

Dans ce récit le destin des personnages est dévoilé grâce à l'âme des objets, textes anciens, dont la rareté les rend unique,   arrachés, pas toujours honnêtement par les protagonistes, et récupérés par Félix Averdol le père d'Adria.

Deux phrases illustrent la situation de l'enfant Adrià : " Ce n'est que hier soir, alors que je marchais dans les rues trempées de Vallcarca, que j'ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable. "

"Ce qui me pesait chez papa c'est qu'il savait seulement que j'étais son fils. Il n'avait pas encore compris que j'étais un enfant."

Pas étonnant que cet enfant, aussi doué fut-il et il l' était, ait choisi pour soutiens et  confidents deux jouets : le chef indien Aigle-Noir et le Shériff Carson (bravoure et sagesse)

En exergue de ce premier chapitre, ce pourrait-être le sentiment de l'enfant : "Je sera rien" Carles Camps Mundo

C'est le père d'Adria qui choisit l'éducation qui convient à son fils (lequel doit faire mieux que tous parce qu'il le peut et que son père le veut) effacement de la mère qui doit s'incliner.

Au fil des études d'Adria, de ses sentiments se révèle une vérité pas toujours comprise par l'enfant mais qui découvre l'homme qu'est Félix Ardèvol, le père. Un homme qui a épousé par intérêt la fille d' un paléographe, qui dans sa jeunesse a été indigne, adulte ignoble et dont la veuve demandera des années durant, la tête de l'homme qui l'a assassiné en le décapitant  (a capite)

Adrià apprend aussi le violon, mais ce n'est qu'à l'adolescence qu'il consentira à jouer devant un public.

j'ai dressé la chronologie de certains faits qui facilitent le suivi des choses et personnages

vers 1400 frère Julia de Sau (ex Fra Miquel moine hérétique  dernier vivant du monastère Sant Pere del Burgal (assassiné) avait en sa possession l'acte fondateur du monastère que récupèrera des siècles plus tard Félix Ardèvol

1690 Jachiam Mureda de Pardac tue Bulchanij Brocia incendiaire de la forêt et s'enfuit emportant le médaillon que lui donne sa petite soeur Bettina (médaillon de leur mère, représentant Santa maria dai Ciüf (médaille de Pardac)

Quelques années après Jachiam retourne à Pardac portant un chargement de bois d'érable et d'un autre bois noble, dans lesquels Lorenzo Storioni confectionnera son premier violon dénommé Vial (c'est une autre histoire d'assassinat) qui sera plusieurs siècles plus tard l'une des pièces de Félix Ardèvol

en 1918 alors qu'il est étudiant à Rome (ecclésiastique) Félix tombe amoureux de Carolina qui lui offre la médaille de Pardac héritée de son oncle (nous saurons certainement plus tard ce qu'il est advenu de Carolina)

à l'âge de 40 ans Félix Ardèvol se marie avec Carme Bosh ils ont un enfant, le narrateur Adria. J'ai aussi relevé dans l'écriture une récurrence ; il fait une description (n'importe le sujet) en tant que spectateur  aussitôt suivie d'une en tant qu'acteur (j'espère que vous me comprendrez avec cet exemple)

"Adrià était très content de connaître le cadre de vie de cette fille qui lui entrait dans la peau........"Et la chambre de Sara était plus grande que la mienne..."

une autre manière de liaison.

Après la disparition du père d'Adrià, une jeune femme (Danièla) se présente au domicile de la famille Averdol, elle revendique une part d'héritage, c'est la fille que Carolina a eu de Félix Averdol alors qu'il étudiait à Rome, et qu'il a lâchement abandonnée.

Adrià à présent âgé de 20 ans ne souhaite pas exercer en tant que violoniste, au grand dam de sa mère, il veut continuer à étudier et devenir "philosophe de la culture" comme il l'avait annoncé à l'un de ses camarades. Son amitié avec Bernat se poursuit, ils ont besoin l'un de l'autre, une amitié orageuse certes, mais quoi de plus beau quand l'un console l'autre en lui jouant un morceau au violon ?

Par sa demi-soeur, Adrià prend connaissance d'une personnalité de son père qui lui était inconnue, toute la part d'ombres. Il s'est aussi rendu compte du poids négatif que son père faisait peser sur sa mère, laquelle se révèle habile, autoritaire, gérant le magasin de façon utile. Mais leur relation restera ce qu'elle était, sans tendresse, dialogue restreint au minimum.

Les  plus belles pièces de la collection privée de Félix Ardevol ont été acquises en spoliant les Juifs pendant la seconde guerre mondiale ; le sang d'une victime signe d'ailleurs l'étui du violon Storioni le Vial. (après l'assassinat du violoniste Leclaire par Vial, le violon était donc en la  possession de cette vieille femme Juive)

Ce livre demande a être écouté pour la musique du rythme et des richesses.
Alors il m'apparait que le narrateur n'écrit pas à son fils, non, je pense à celle qu'il a aimée, Sara et que c'est son autoportrait dont il est question, à plusieurs reprises, et qui se trouve dans le bureau d'Adrià ! D'ailleurs il dit suite à une dispute avec sa mère : "Si un enfant m'avait répondu comme je répondais à maman, je lui aurais donné une claque mais je n'ai pas d'enfant."

Par contre, malgré des hauts et des bas dans leur relation il gardera l'amitié de Bernat  et c'est d'ailleurs à lui qu'il confiera le récit de sa vie alors qu'il se sait malade.

Sara sa bien-aimée s'enfuit à Paris, le laissant abattu devant cet acte incompréhensible pour lui ; il part pour l'Allemagne étudier et sa présence dans ce pays est l'occasion d'en connaître plus sur certains personnages. La mort d'un SS nommé Grübbe Franz atteint par les balles d'un ami étudiant de Félix Ardèvol à la Gregoria et qui pour défendre sa patrie a quitté la soutane, Drago Gradnik.

Adrià lit dans la presse qu'un psychiatre a été assassiné, il s'agit du Dr Voigt, alias Zimmermann, alias Falegnani, à qui Félix Ardèvol a acheté le violon Vial ; souvenons nous que cet ignoble docteur qui faisait des "expériences" sur les prisonnières des camps de concentration, avait lui-même volé ledit violon à une vieille Juive après l'avoir abattue. Adria à ce moment là ignore les faits qui le relient à ce docteur.

On apprend aussi la raison de l'assassinat de Frau Julia de Sau (ex Fra Miquel), il avait refusé de couper la langue à un Juif accusé à tort par l'Inquisiteur Nicolau Eimeric.

A travers les siècles  l'Inquisiteur et  l'Obersturmbannfürher Rudolf Hoss révèlent les mêmes exactions sur des victimes , cette alternance de l'un à l'autre  simule un échange entre ces deux personnages ignobles.


j'ai terminé ce livre  de passions,  de toutes les passions humaines les plus ignobles comme les plus belles, physiques, morales ou spirituelles.

En suivant le destin de ces objets, animés dans ces pages  ;  violons, médaille, tableaux, tissu, manuscrits et incunables le lecteur suit celui de l'humanité, en Europe notamment sur des siècles. Ces objets sont des témoins de l'histoire, du Mal qui a sévit dans ces siècles et jusqu'au dernier jour d'Adria spolié par son ami.

J'ai bien apprécié l' "échange" entre les trois illustres du nouvel essai d'Adria : Lull, Berlin et Vico sur l'attentat de l'immeuble d'Oklahoma city.
Egalement "les gardiens" d'Adria qui dialoguent aussi, Aigle-Noir et le shériff Carson.

La métaphore faite par Adria avec la création du monde quand il emménage son appartement avec Benart.

Ce livre m'a passionnée, avec quelle maîtrise, quelle recherche l'auteur l'a composé, construit pour rendre crédibles tous les évènements, les personnages et que l'ensemble de ces morceaux d'histoire s'imbrique dans un tout harmonieux.

un violon Storioni

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 Violon10

Cloitre de Bebenhausen  
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l'Urgell  
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sant pere del Burgat  

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Mots-clés : #Amitié, #Amour, #Creationartistique, #Culpabilité, #Relationenfantparent, #Romanchoral, #Violence
par Bédoulène
le Lun 5 Déc - 23:33
 
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Sujet: Jaume Cabré
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Jean Anouilh

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 6 41wdoi10

Médée
(Nouvelles pièces noires)

Et ton cas est réglé pour toujours, Médée ! C'est un beau nom pourtant, il n'aura été qu’à toi seule dans ce monde. Orgueilleuse ! Emporte celle-là dans le petit coin sombre où tu caches tes joies : il n'y aura pas d'autre Médée, jamais, sur cette terre. Les mères n'appelleront jamais plus leurs filles de ce nom. Tu seras seule, jusqu'au bout des temps, comme en cette minute.



Antigone et Médée, ce sont comme deux sœurs, chacune son visage, sa personnalité, mais une espèce de pacte commun qui les lie par derrière. Antigone c’est la pure, Médée la sauvage. Toutes deux éprises d’ absolu, promises à un destin tragique.

Médée et Jason, c'est encore la lutte entre la folie et la raison. Un amour fou des années partagé, traînant le poids des ignominies commises en son nom, et un beau jour, les destins qui se séparent : Médée qui ne veut pas renoncer, et Jason qui choisi le chemin de Créon, le chemin des concessions, construire non plus détruire, vivre et non plus dévorer. La passion perdue est le prix à payer. Pas beaucoup de remords, on en aurait sans doute aimé un peu plus…

Et puis il y a toujours la nourrice et le garde, qui s'en foutent, qui ne demandent qu’un peu de pain le matin, et un air frais à respirer…


(commentaire rapatrié)

mots-clés : #amour #contemythe #exil #politique #théâtre #trahison
par topocl
le Dim 4 Déc - 9:24
 
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Sujet: Jean Anouilh
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