Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 10 Juil - 22:04

204 résultats trouvés pour autobiographie

Daniel Pennac

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Chagri10


Chagrin d'école

Ce livre est plus un documentaire qu'un roman. L'auteur endosse tout à tour le statut d'élève cancre et celui d'enseignant. Un témoignage lucide et honnête sur les affres du cancre et, sans complaisance, sur certains enseignants qui les ont laissés s'installer dans un «non-avenir». Un constat de l'échec de l'Education Nationale par déficit de formation : l'ignorance des Enseignants devant les élèves ignorants. La transmission du savoir pour être efficace doit intégrer les problèmes sociaux, économiques, environnementaux... L'auteur dénonce notamment la prépondérance de la consommation qui fait de l' élève un «élève-client» donc une perte de l'élève Individu au profit de l'élève Marketing. La métaphore finale résume dans une envolée l'essentiel de la méthode que l'auteur enseignant honore. Quelques passages répétitifs mais la lecture de ce livre est agréable, c'est avec tendresse, humour et honnêteté que l'auteur nous délivre son message. De plus ce récit est très argumenté.

quelques passages :

«- les profs, ils nous prennent la tête, m'sieur !

- tu te trompes. Ta tête est déjà prise. Les professeurs essayent de te la rendre.
Cette conversation je l'ai eue dans un lycée technique de la région Lyonnaise. Pour atteindre l'établissement il m'avait fallu traverser un no man's land d'entrepôts en tous genres où je n'avais rencontré âme qui vive. Dix minutes de marche à pied entre de hauts murs aveugles, des silos de béton à toit de fibrociment, c'était la jolie promenade du matin que la vie offrait aux élèves logés dans les barres alentour.»


«- et toi Samir, qu'est-ce que tu portes, là ?

Même réponse instantanée :

-C'est mon L, m'dame !
Ici j'ai mimé une agonie atroce, comme si Samir venait de m'empoisonner et que je mourais en direct  devant eux, quand une autre voix s'est écriée en riant :

- Non, non c'est un pull ! Ca va m'sieur, restez avec nous, c'est un pull, son L c'est un pull !

Résurrection :

-Oui c'est son pull-over, et même si pull-over est un mot d'origine anglaise, c'est toujours mieux qu'une marque !

[...]

parce que ce sont les marques, Maximilien, qui vous prennent la tête, pas les profs !
Elles vous prennent votre tête, elles vous prennent votre argent, elles vous prennent vos mots, et elles vous prennent votre corps aussi, comme un uniforme elles font de vous des publicités vivantes, comme les mannequins en plastique des magasins!»



mots-clés : #autobiographie
par Bédoulène
le Dim 1 Jan - 10:06
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Daniel Pennac
Réponses: 11
Vues: 813

Gyula Illyès

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Produc13

Ceux des Pusztas

Qu’est une Puszta ? un domaine : un château où vit soit un aristocrate, un membre de l’église ou un régisseur, au gré des siècles ou des années et autour sous leur responsabilité, mais à distance respectable, car dérangeantes, des familles vivant dans une grande promiscuité  dans un long bâtiment scindé en pièces, s’y ajoutent les bâtiments indispensables à la vie d’une ferme, étable, porcherie etc.
C’est dans une grande misère qu’au début du 20ème siècle ces domestiques agricoles vivent exploités par les propriétaires du domaine, à l’écart des villages, du reste de la Hongrie. L’auteur est né dans une de ces pusztas, s’il raconte la vie de sa famille c’est simplement pour faire connaître au monde, et  honorer à travers eux tous les habitants des pusztas.

Dans les pusztas aussi, il y a une hiérarchie sociale, les Bergers sont par exemple d’une classe supérieure et les statuts sont hérités par les fils : le fils d’un valet ne sera à son tour que valet etc.
La plupart des gens des pusztas  ont pour origine les Magyars, il ne faut donc pas s’étonner qu’ils aient malgré des siècles conservé les traits de caractères de cette tribu. (Je reprends un passage de la LC 13ème tribu car là aussi étaient les Magyars : Les Magyars qui ont été les alliés des Khazars, de nombreuses années ont reculés (harcelés par les Pétchénègues) à l'ouest jusqu'au territoire actuel de la Hongrie)

L’auteur rappelle les différentes invasions subies par la Hongrie et les dates importantes de l’Histoire.
J’apprécie que l’auteur ne se dérobe pas quand il avoue qu’ après avoir vécu en dehors de la puszta, à l’étranger, qu’à son retour dans le foyer familial il soit lui aussi dérangé par l’atmosphère prégnante, difficilement supportable.
Il explicite les conditions de vie de ceux de la puszta en citant les textes de lois et des documents comme les « conventions » qui un temps liaient les domestiques agricoles au propriétaire du domaine. Souvent personne parmi les domestiques agricoles ne peut bénéficier des « avancées » sociales inscrites dans les lois.

La génération des grands-parents de l’auteur restait aussi esclave après la guerre d’Indépendance qu’avant ou pendant celle-ci.
Lorsque les parents de l’auteur quittent la puszta pour habiter une maison dans un village la mère et le fils sont apeurés par toutes les habitations, ils craignent les villageois, se cachent.
Alors qu’ils se rendent avec appréhension dans une mercerie acheter du fil :

« Nous rapportons la bobine de fil en souriant, comme si elle était un trophée de victoire.
C’ est alors que nous avons pris conscience vraiment que nous étions des gens d’une puszta. »


-------------------------------

Ce récit rend justice à ceux des puszta et représente pour l’auteur je pense un rachat pour les années où il n’ a pas mesuré l’importance qu’ils avaient pour lui, pour la force et l’humanité dont il a hérité de ce lieu de vie. Il s'agit d'une bonne lecture! Je poursuivrai avec un petit texte de cet auteur.

Extraits :

« Le droit de participer aux affaires nationales se trouvait lié à la propriété terrienne : l’histoire de la Hongrie était donc celle des grands propriétaires ; le compte-rendu de leurs querelles. »

« Combien l’évolution historique est rapide chaque fois qu’elle peut se faire dans un sens inhumain ! »

« Bien sûr le servage a été aboli en 1848 et le Parlement a supprimé les droits féodaux. C’eût été très beau de sa part, s’il l’avait fait plus tôt. Dans ce cas là, la noblesse aurait mérité le qualificatif de magnanime, mais étant donné qu’elle avait pris ces mesures, acculée et morte de peur, elle n’a pas le droit d’y prétendre. »

« Malheureusement, il ne leur était pas donné souvent de devenir des êtres humains. Les blasphèmes et les rixes réveillent l’ambiance des pusztas plus souvent que les rires. »

« Moi, j’avais des ennuis surtout avec mon odorat, ce qui n’ a pas échappé à la perspicacité de ma grand-mère. Elle ne me reprochait ni ma lavallière, ni mes souliers cirés d’une façon ostentatoire ; mais elle observait, avec inquiétude et méfiance, mon idée fixe de l’aération. « Ferme donc cete fenêtre, disait-elle en croisant frileusement sur la poitrine son vieux châle tricoté. Ne peux-tu même plus supporter notre odeur ? » Effectivement, je la supportais mal et j’en rougissais. Je me faisais d’amers reproches, je me santais un traître. »

Je dirais que l'affectif a amené l'objectif mais comme le dit Louis Guilloux dans l'intéressante préface

«En lisant Ceux des pusztas, on sent partout que l'auteur lui-même paysan par naissance, l'est resté aussi par sa manière de savoir et de voir, de dire, qu'il a hérité des qualités foncières des paysans de tous pays qui sont la prudence, l'exactitude dans le jugement, l' honnêteté quand il s'agit d'expliquer les choses ou de prévoir le Temps qu'il fera.»

«Avant  d'être bonne ou mauvaise, une chose est vraie ou elle ne l'est pas. Gyula Illyès ne triche jamais. On ne triche pas avec l'évidence. Si on se pose en témoin, on ne triche pas non plus avec soi-même. On fait attention. L'art de Yula Illyès en fait à chaque instant la preuve.»


Un autre extrait car je pense qu'il faut connaître la vie de ces gens :

«La nature procède par bonds, le processus de réadaptation ne se fait pas sans excès. Il a fallu que j'échoue sur les rives de l'océan atlantique, que je fasse l'orateur enflammé aux réunions des débardeurs noirs de Bordeaux, avant de comprendre les raisons qui m'avaient mis en route. Il a fallu que je retourne souvent chez moi, en rechignant, que je trouve non seulement les étables et les bicoques sans charme, mais même les couchers de soleil de la puszta plus tristes qu' ailleurs, avant de pouvoir y rapporter mon coeur. Ensuite, il a fallu du temps pour que mes yeux voilés par l'amour fanatique de la paysannerie et l'enthousiasme des enfants prodigues rentrant au bercail, s'ouvrent et contemplent le paysage dans sa réalité. Les vallées et les collines me connaissaient mieux que je ne les connaissais»

La 4ème de couverture explique l'intérêt du récit suivant, Déjeuner au château :

«Complément indispensable, où, à travers les rapports complexes qui se sont établis entre les aristocrates déchus et leurs anciens domestiques, se dessine, sur l'ancien tableau en ce qu'il a de permanent la figure nouvelle des pusztas.»


°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 31emlp10

Le déjeuner au château

L'auteur à présent «reconnu» fait des séjours au château de la puszta de son enfance, il est invité par le dernier propriétaire le Comte au château de Ürgöd car le seigneur de la puszta n'y vivait pas. À la réforme agraire de 1945 les terres des aristocrates ont été redistribuées aux paysans, domestiques agricoles qui travaillaient pour beaucoup depuis plusieurs générations pour les seigneurs des pusztas. Ce passage des terres est appelé "la relève". Le Comte se retrouve donc hébergé par son ancienne secrétaire et ne dispose que d'une surface très modeste.


«L'aristocratie Hongroise, dépouillée de ses terres, a vécu une expérience curieuse : elle s'est approchée de l'humain.»

«Depuis des siècles, l'aristocratie hongroise redoutait la couche de la population à qui elle devait ses fabuleux privilèges  - ceux qui travaillaient sur ses terres la faisaient trembler. D'ailleurs cette peur hystérique était justifiée. Les grands propriétaires méprisaient, opprimaient le peuple, avec une rigueur qui dépasse l'imagination. Jadis les manants étaient mieux traités.»


Ce déjeuner est l'occasion pour l'auteur d'une joute verbale avec celui pour lesquels ses grands-parents et parents travaillaient. Le Comte essaie de convaincre Illyès de sa proximité avec le peuple paysan en flattant son grand-père berger, lequel était apprécié, mais l'auteur mène la conversation, à chaque tentative du Comte sur le grand-père de la Princesse (la femme du Comte) Metternich qui a inculqué à sa petite fille, la peur du Hongrois.

«Elle jeta un regard embrasé sur son mari, puis sur moi aussi . L'angoisse brillait au fond du brasier. Ce n'est pas la surdité qui l'empêchait de répondre.»

Je l'ai rassurée; le peuple Hongrois, tout au moins la partie du peuple qui sème et laboure les champs voisins, n'éprouve pas les sentiments de rancune incoercible à l'égard du noble chancelier que ses cauchemars lui faisaient croire. Et, pour la première fois, le démon de la familiarité insolente des subalternes s'exprimait par ma voix :

«Grand-papa exagérait !»

L'auteur qui est retourné sur la puszta pour écrire dans un lieu tranquille (son étude de la puissance sur la psychologie), explique à son hôte qu'il n'est intéressé que par l'état psychologique des aristocrates. Le Comte pense que l'aristocratie a contribué à faire l'Histoire ; Illyès lui répond qu'«Ils ont guidé cette nation vers l'une des plus sanglantes catastrophe de son Histoire.»

C'est à l'aide d'exemples que l'auteur fait entrevoir au Comte les exactions, les turpitudes, les actions les plus saugrenues des aristocrates sur le peuple des pusztas. Nombres d'aristocrates sont morts, délaissés par leurs anciens domestiques, ne sachant ni s'habiller, se nourrir etc.... «être servi à ce point devient une servitude» Seule une tranche plus en phase avec la Nature, donc plus proche du peuple paysan a été soutenu et a pu se reconvertir.

La secrétaire à propos d'une parente démunie du Comte -«Pourquoi ne regretterait-elle pas ce qu'elle possédait légalement, puisqu'elle en avait hérité?»

Silence. Un silence légèrement accusateur qui m'incitait à répondre :

- Je crois qu'on ne peut hériter légitimement l'injustice.

Le Comte : Et si vous aviez hérité une ferme ?

- Hériter un outil de travail, à l'usage personnel, c'est différent. Hériter un moyen d'exploitation, c'est illégitime, puisqu'on avait déjà dû le prendre à la communauté de manière illégitime.

L'intervention de la parente du Comte relevant certainement d'un état pathologique l'auteur a hâte de quitter le château mais comme le Comte le pique encore c'est sur une correction grammaticale vexante pour ce dernier qu'Illyès prend congé de l'«aristocratie»!

Le Comte : - Vous aviez dit que vous étiez le dernier Petchenègue qui en ait conscience !

Pour la première fois, le rire du Comte était dur et son ton n'admettait pas de contradiction.

- Le dernier Petchenègue qui en eût conscience, aurais-je dit, monsieur le Comte.

Conclusion d'Illyès : «Une gifle vieille de cinq cents ans, a dû m'être rappelée par un de mes gènes, ce coup de malotru devait être sa réaction.»

Je le regrette.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

C'était une lecture intéressante car contradictoire avec Ceux des pusztas. Par l'Histoire qui y est intégrée, par la connaissance des deux peuples, celui des paysans et celui de l'aristocratie.



mots-clés : #autobiographie #social
par Bédoulène
le Dim 1 Jan - 0:56
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Gyula Illyès
Réponses: 1
Vues: 444

Klaus Mann

Le tournant

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Image226

Le tournant m'a narguée, tentée, m'a été proposé plusieurs fois et pourtant, j'ai renâclé. Et j'avais tort. Malgré ses 700 pages, ses centaines de personnages cités, cette autobiographie se lit avec passion, qu'on s'attache au portrait d'un homme ou au portrait d'un siècle.

Deux superbes chapitres racontent une enfance munichoise heureuse, pleine de tendresse. Puis le jeune homme  croque la vie à belles dents entre jouissance et désespoir, toujours parti, écrivain insatiable à l'ombre de son père, membre d'une jet-set européenne avide de culture.


« un vieil individualiste, un vagabond, non dépourvu de tendances excentriques et anarchistes »


L'exil forcé qu'il subit sous la menace du nazisme en tant qu'opposant au régime transforme ses voyages de plaisir en une errance dévastatrice, et déclenche un militantisme forcené : Klaus Mann prend sa canne de pèlerin, informe, explique, convainc et finit , lui, le pacifiste, par s'engager dans l'Armée américaine.
A travers son histoire personnelle (qui refuse tous les détails croustillants), c'est bien sûr l'histoire du monde qui se déroule.

C'est vraiment un bouquin impressionnant, et qui parle tout autant de notre époque, si comparable quand on veut bien y porter attention, et c'est assez terrible.


Quelques citations de le Tournant, correspondant à la période 1923-24:

   « La crise morale et sociale au centre de laquelle nous nous trouvons, et dont la fin ne semble pas encore prévisible, était pourtant bien, déjà en ce temps-là, en plein développement. Notre vie consciente commençait à une époque d'incertitude oppressante. Alors que tout, autour de nous, se crevassait chancelait, à quoi aurions-nous pu nous raccrocher, selon quelles lois aurions-nous  dû nous diriger ?"

   
   «Nos poètes à nous, nous transmirent le dédain de l'intellect, la préférence accordée aux valeurs biologiques et irrationnelles aux dépens des valeurs morales et rationnelles, la survalorisation du somatique, le culte de l'Éros. Au milieu de la vacuité et de la désagrégation générale, rien ne semblait avoir une réelle importance que le voluptueux mystère de notre propre vie physique, le miracle sensuel de notre existence terrestre. En présence d'un Crépuscule des Dieux qui mettait en question l'héritage de deux millénaires,  nous cherchions un nouveau concept de base pour notre pensée, un nouveau leitmotiv pour nos chants, et nous trouvions « le corps, le corps électrique »."

   
 
« La glorification des vertus physiques  perdait à mes yeux toute espèce de charme et toute force de persuasion, quand elle s'alliait à un pathos héroïque et militant, ce qui était, hélas, souvent le cas. Je ne comprenais d'ailleurs absolument rien aux fanatismes sportifs, qu'il nous faut considérer comme un autre symptôme – peut-être le plus  important ! - de l'état d'esprit anti spiritualiste de l'époque. Qu'est-ce que les gens pouvaient bien trouver de si excitant et de si merveilleux à des combats de boxe et à des matchs de football ? Je ne les comprenais pas… »


   « Ce n'était pas à la conscience et à la réflexion qu'aspirait cette société vidée de son sang et désorientée ; ce que l'on voulait, c'était bien plutôt oublier  - la misère présente, la peur de l'avenir, la faute collective... »


   « Ces messieurs Krupp et Stinnes se débarrassent de  leur dette : ce sont les petits qui payent. Qui donc se plaint ? Qui proteste ? Tout cela, c'est à se tordre, c'est à crever de rire, c'est la plus grande rigolade de ce qu'on appelle l'histoire du monde ! »



... qui me terrifient car elles me font furieusement penser à la période actuelle,( bien que le contexte soit différent), et qu'on sait comment ça a fini.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #historique #regimeautoritaire
par topocl
le Sam 31 Déc - 10:09
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue allemande
Sujet: Klaus Mann
Réponses: 19
Vues: 841

Frédéric Pajak

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Pajak10

J'entends des voix

L'Univers de Frédéric Pajak est non seulement très personnel, mais totalement autobiographique.
Il définit la plupart de ses textes de récits écrits et dessinés.
Qu'est-ce qui lui vient en premier, le texte ou l'image ? Je l' ignore. Mais l'ensemble forme un tout homogène et cohérent.

Depuis des années, Pajak  traite presque obsessionnellement de certains thèmes qui le touchent de près et ce depuis près de trente ans.Parmi ceux-ci, des écrivains : Nietzsche, Pavese, Joyce, Primo Levi.
Dans J'entends des voix, on y touve aussi des lieux : Sils Maria, en Engadine, et où séjourna Nietzsche, et Turin, la ville où vécut et mourut  Primo Levi.

J'ai l'impression que Pajak, de livre en livre, se livre plus ou moins directement mais beaucoup plus directement dans J'entends des  voix.

Pajak écrit :

"C'est tout à fait par hasard que je me suis retrouvé, il y a trois ans, à randonner et à dessiner chaque jour dans la montagne, aux alentours de Sils-Maria, où vécut Nietzsche. Fatalement, j'ai repensé à lui, et fatalemnt je me suis replongé à nouveau dans ses écrits… avec l'envie de reparler de lui et - pourquoi pas ? -, avec lui. Un dialogue imginaire qui  m'a reconduit à Turin où j'ai écrit et dessiné [i]L' Immense solitude - livre inachevé qui devait se conclure sur le suicide de Primo Levi.

Déjà trente ans que je lis et relis Nietzche. J'aime toujours autant ses paradoxes, ses provocations, sa liberté. Mais à Sils Maria, j'ai pensé de façon obsessionnelle à sa douleur - sa douleur mentale certes ; sa douleur physique, plus encore. J'ai cherché à comprendre d' où venait ce mal, et en cherchant, j' ai rencontré parfois son
contraire : le plaisir, surtout avec son amie Malwida von Meysenbug, qui l'aura rendu si heureux.

J'ai entendu la voix de Nietzsche, et très vite s'y sont mêlées d'autres voix, celles d'amis et de parents disparus. Au chagrin que m'inspire leur absence se sont ajoutés d'autres états d'âme, et des souvenirs, des paysages, des anecdotes.
Peu à peu ce livre écrit et dessiné, précédé de quelques photographies, s'est refermé, tournant la page d'un seul et même livre - depuis L' Immense solitude jusqu' à Mélancolie - dédié à la solitude, à l' enfance, à l' amour comme ce manifeste dont je rêvais à l'âge de dix neuf ans, lorsque je présentais mes premiers dessins à Gébé, le rédacteur en chef D'Hara-Kiri et auteur de l'An Zéro un, et qui avait pour titre : Manifeste incertain."[/i]


De fait, ce qui m'a le plus touché dans ce livre, ce sont les souvenirs consacrés à son père, à un ami photographe suicidé, à Gébé.

Message récupéré


mots-clés : #autobiographie
par bix_229
le Ven 30 Déc - 18:12
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Frédéric Pajak
Réponses: 3
Vues: 402

Edouard Limonov

Edouard Limonov (Né en 1943)

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Limono10

Édouard Veniaminovitch Savenko, dit Édouard Limonov, né le 22 février 1943, est un écrivain franco-russe et dissident politique, fondateur et chef du Parti national-bolchevique.
Truand à Kharkov, poète à Moscou, sans-abri puis domestique à New York, écrivain et journaliste à Paris, soldat en Serbie, dissident puis prisonnier politique dans l'ex-URSS, Limonov fut empéché d'être candidat à la présidentielle russe de 2012.
Selon Emmanuel Carrère, son biographe, « sa vie symbolise bien les rebondissements de la seconde partie du xxe siècle ».

Limonov est né à Dzerjinsk, en URSS - une ville industrielle située sur la rivière Oka -, près de la grande ville de Nijni Novgorod (Gorki, sous le régime soviétique). Dans les premières années de sa vie, sa famille s'installe à Kharkov, RSS d'Ukraine, où Limonov a grandi. Son père est un officier subalterne du NKVD. Contrairement à la rumeur que l'auteur laisse courir, sans doute par goût de provocation, son père n'est pas un tchékiste haut placé de la police politique, et il n'a donc pas orchestré de purge ou de répression ; petit officier sans ambition, son père est l'équivalent d'un gendarme français, qui sert comme surveillant d'usine pendant la Seconde Guerre mondiale, sans connaître par conséquent le front. Les premières années de la vie de Limonov s'écoulant en grande partie avec des militaires, ces derniers racontent sans cesse des récits de guerre, que le jeune fils d'officier admire. Très affecté, il l'est quand il apprendra que sa myopie l'empêchera d'épouser la carrière militaire, et qu'il devra porter des lunettes, ce qui ne sied pas, selon lui, au grand héros qu'il voudrait devenir Petit, il lit avec passion les romans de Jules Verne et d'Alexandre Dumas, et souhaite parcourir le monde en aventurier et en héros. Il dira plus tard que tout ce dont il a rêvé, il l'a fait.

Dans la banlieue de Kharkov appauvrie et qui sent encore les secousses de la guerre, Limonov et ses amis deviennent des petites frappes, enchaînant les petits coups, qui le font parfois aller en garde à vue, mais il évite la prison grâce à la position de son père, connu et apprécié dans toute la ville. Limonov racontera sa vie à Kharkov et notamment ses aventures de petit truand dans Autoportrait d'un bandit dans son adolescence et Le Petit Salaud. Cette vie de petit bandit s'arrête quand ses deux meilleurs amis sont pour l'un mis en prison pour deux ans, et pour l'autre envoyé à l'usine pour vivre et obligé de se marier car il a mis sa petite copine enceinte.

Il commence ensuite, par l'intermédiaire de son nouvel ami Kostia, à fréquenter la bohème kharkovienne, dont le centre est la librairie 41, où l'on s'échange des livres interdits, les apprend par cœur ou les recopie ; c'est ainsi qu'il découvre Anna Akhmatova, Marina Tsvetaïeva ou le poète montant Joseph Brodsky (qu'il haïra par la suite), et qu'il commence à écrire des poèmes, encouragé par ses amis.

source : wikipédia

Oeuvres traduites en français

Le poète russe préfère les grands nègres
Histoire de son serviteur
Journal d'un raté
Autoportrait d'un bandit dans son adolescence
Le Petit Salaud
Oscar et les femmes
Cognac Napoléon : nouvelles
L'étranger dans sa ville natale
Mort des héros modernes
La grande époque
La sentinelle assassinée : journal dissonant
Le Livre de l’eau
Le grand hospice occidental
Mes prisons

Nouvelles ou recueils de nouvelles :
Salade niçoise
Écrivain international
Des incidents ordinaires : nouvelles
Discours d'une grande gueule coiffée d'une casquette de prolo
Le Dos de madame Chatain
L'Excité dans le monde des fous tranquilles, chroniques 1989-1994
« Cocteau à Kharkov »


________________________________________________________________________________________________________________________________________________________
Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 413e5010

Autoportrait d'un bandit dans son adolescence

Quelques mots sur cette lecture : Tout d'abord ma satisfaction qu'un petit loubard, vivant dans un quartier semblable à nos cités françaises, puissent aimer et maîtriser l'écriture.

Si l'on en croit le livre, c'est après s'être fait "tabasser" copieusement par un plus grand qu' Eddy comprend qu'il lui faut être fort pour ne plus subir, alors il fait le choix d'abandonner les études (lui qui partageait son temps entre l'école et la bibliothèque) et de devenir un autre homme, il devint délinquant.

"Ce jour là il s'était arrêté peu après sa maison [] avait posé sa sacoche par terre, retiré sa cravate de pionnier et l'avait fourré dans sa poche. Ce geste n'avait rien à voir avec un reniement de l'organisation des pionniers. Il symbolisait plutôt pour Eddy-baby le début d'une vie nouvelle. Il avait décidé d'abandonner ses livres, d'entrer dans un monde réel et d'y devenir le plus fort et le plus courageux."

Il y a beaucoup de mépris de la part des loubards, comme d'ailleurs des quelques personnes qui ont une "position"( militaires, intellectuels) vis à vis des "prolétaires" ; Eddy appelle l'ensemble des ouvriers "la moutonnière". Mais peut-être le mépris est-il inconsciemment dirigé aussi contre lui-même.

On n'arrive pas à en vouloir à cet adolescent qui s'effraye lui-même parfois de ses pensées et qui pleure en cachette sur son premier amour.

De saisissants portraits de personnages, comme celui de Slava le Tsigane, psychologue à son heure ou Assia l'amie, voire les chefs de gangs des différents territoires, de la milice.

c'est un récit intéressant servit par un style très réaliste, mobile et qui recrée l'atmosphère de l' époque (révolue ? pas sur)

je ne resterai pas sur une seule lecture.

(message rapatrié)




mots-clés : #autobiographie
par Bédoulène
le Ven 30 Déc - 17:32
 
Rechercher dans: Biographies et correspondances
Sujet: Edouard Limonov
Réponses: 2
Vues: 2977

Peter Matthiessen

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 41s24q10

Le Léopard des neiges

Je conseille volontiers Le Léopard des neiges à ceux qui aiment les "vrais" récits de voyage, l’aventure dans l’Himalaya, les contraintes et les risques de tels périples, la beauté, les risques de ce type d’expédition comme on n’en fait plus beaucoup aujourd’hui...

Le Léopard des neiges de Peter Matthiessen est le récit fait par l’auteur d’une expédition de trois mois dans l’Himalaya. Il accompagne le zoologiste George Schaller, l’initiateur et "patron" du voyage. Ils vont parcourir depuis le Népal dans la région du Dolpo, jusqu’à Shey au Tibet, des régions perdues, franchir des hautes chaînes de montagne comme le Kanjiroba ou le Dhaulagiri, traverser des petits villages retranchés en altitude.

Matthiessen est donc l’invité de Schaller, venu étudier les bharals, sorte de mouflons entre l’ovin et le caprin et, sans trop y croire, rencontrer le légendaire et rarissime léopard des neiges.

Chacun des deux mène sa vie, accompagnés des sherpas et guides qui parfois agacent, tantôt chaleureux, confiants et admirables, tantôt semblant prêts à tout abandonner en échange de roupies pour survivre. Une amitié est née avec ces hommes si précieux dans l’expédition que la vie de tous dépend d’eux, qui doivent porter les lourdes charges, guider le groupe sur des chemins escarpés et dangereux jusqu’à 6 000 mètres d’altitude où l’air est rare et glacial, les paysages époustouflants.

Matthiessen ne parle pas beaucoup de son coéquipier Georges Schaller sauf pour se plaindre parfois de ses exigences, de son comportement glacial et renfermé mais aussitôt dit, il se ravise et comprend qu’il s’agit de respect d’un homme discret pour l’intimité des autres. Leur but est différent, Schaller est un zoologiste en mission, il est en exploration ; Peter Matthiessen est quant à lui dans une quête spirituelle bien que non définie comme telle, après la mort de sa femme, et à la recherche de l’"éveil", malgré les recommandations de son maître Zen Sohen Roshi : « n’attends rien » (de ce voyage).

Matthiessen est bouddhiste, tout comme les sherpas qui accompagnent l’expédition. Chaque jour, il nous confie ses impressions quotidiennes, décrit les étapes qui sont enfin franchies, les camps de base sommaires, les paysages dans la neige imprégnés de yin-yang, les pics vierges scintillant dans la lumière, la glace et le ciel bleu lavande, les chants des populations locales (tels les Ring-mos), les ravins vertigineux et les cols ou les passages à quatre pattes agrippé aux parois ! Sur chaque rocher, on entend le om mani padme hum, mantra bouddhiste en écho aux moulins à prières, les drapeaux qui claquent au vent et dispersent les prières à chaque passage de col, ou encore écrits sur un stupa… Il nous explique en action, dans ce livre, la philosophie des bouddhistes tibétains, lui le bouddhiste zen, la signification des fresques, des décorations, des croyances, des symboles, des mots.

Ce récit de voyage est une véritable bouffée d’air bien frais, paisible et enchanteresse malgré le danger, qui ravive notre fibre spirituelle, que nous avons tapie au fond de nous ! Immergée dans la philosophie bouddhiste-en-acte, j’ai vraiment aimé, c’était pour moi une méditation et la découverte de paysages splendides et impressionnants.


mots-clés : #autobiographie #journal #nature #religion #spiritualité #voyage
par Barcarole
le Ven 30 Déc - 12:27
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Peter Matthiessen
Réponses: 28
Vues: 1194

Pierre Goldman

Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Image264

J'ai pris envie de lire ce livre en lisant Lola Lafon, qui le cite abondamment, puis en trouvant ceci :


  La bibliothèque idéale de Lola Lafon

   Le livre lu et relu
   Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France de Pierre Goldman (ed Points). C’est une œuvre extraordinaire. Un texte écrit en prison et qui embrasse tout à la fois : la philosophie, le droit, une réflexion sur l’innocence, sur le fait d’être juif. Un livre indispensable.



Si la catégorie Cris jetés à la face du monde existait,j'y aurais mis le livre de Pierre Goldman plutôt que dans la catégorie Témoignage.

Pierre Goldman est le fils de Juifs actifs dans la résistance, écorché vif, étranger en tout lieu . C'est un gauchiste déterminé, partisan de la lutte armée, auteur d'un projet de guérilla urbaine. Fin 1969, ayant besoin d'argent, pour ses plaisirs personnels ou pour aider des amis, il a perpétré trois vols à main armée à Paris. À la même époque, dans le même quartier, un hold-up Boulevard Richard-Lenoir se termine par un double meurtre qui lui est imputé alors qu'il n'a jamais cessé de clamer son innocence.

Ce livre, écrit en prison après sa condamnation, est une mélange d'explications, d'argumentations, de réflexions générées par cette affaire.

   Je lui dis écoutez monsieur Braunschweig peu m'importe la réclusion à vie je n'aime pas la vie j'ai grandi dans l'évocation d'Auschwitz pour moi Fresne c'est un internat un peu rigoureux au Venezuela si j'avais été arrêté on m'aurai tué ou torturé et je serais actuellement en prison pour je ne sais combien d'année la prison j'ai toujours su que je risquais d'y séjourner longtemps ce que je ne supporte pas c'est l'infamie de cette accusation de cette condamnation je suis innocent.



Après avoir présenté des extraits de l'acte d'accusation concernant les affaires dont il se reconnaît coupable et celle dont il se dit innocent, Pierre Goldman écrit une première partie sous le titre de "curriculum vitae", où il décrit son parcours, ses agissements, les trois hold-ups, ainsi que son alibi et les raisons qui font qu'il ne peut pas être coupable du quatrième. S'opposant au « curriculum vitae » établi par les policiers, sur la foi de commentaires subjectifs de son entourage, il s'en tient aux faits. Pas d'explications, pas d 'affects. Pierre Goldman s'attache à rendre cette partie sèche, distante, sans fioritures : j'ai fait ceci. J'ai fait cela. Il s'est passé ceci…C'est l'histoire d'un jeune homme de son siècle déterminé par ses origines, s’exprimant dans une révolte folle furieuse par rapport à une société bourgeoise qui n'est plus admissible.

Ensuite, il décortique obsessionnellement l'instruction pour en faire ressortir les contradictions, les faiblesses, les incohérences. C'est un Douze homme en colère obsessionnel et pointilleux, et donc plutôt fastidieux même s'il est primordial il faut une bonne dose d'obstination pour en venir à bout.

La troisième partie, par contre est assez prenante, par sa description du procès, des personnalités. Goldman est tout aussi capable de mépriser un de ses anciens amis que d'admirer l'avocat général. Et cet homme qui a passé une licence de philo en prison, dissèque les modalités du système juridique, à qui il reproche son racisme, son positionnement politique voire idéologique. Il l'accuse, arguments à l'appui, de préjuger de sa culpabilité sur la seule image atypique qu'il présente, de vouloir piéger le gauchiste plus qu'assurer une vraie justice : « juger l'homme dans son ensemble, et pas seulement son crime ». C'est assez poignant.

   À l'absence de preuves déterminante, matérielles, on a remédié en établissant une relation complètement arbitraire entre ce que j'étais (pour l'accusation, pour certains) et l'acte qu'on me reprochait. Je n'ai pas été jugé parce que j'ai été préjugé, parce que le verdict a seulement consisté à faire découler de mon être supposé (de ma personnalité, etc.) un acte criminel et homicide qui - selon l'accusation - en était l'effet quasiment naturel, et, en tout cas, plausible.il fallait à l'accusation que je puisse être la cause d'un tel acte.


C'est donc une lecture pas toujours passionnante au fil des pages, mais qui ouvre sur un homme des moins ordinaires et pose des questions indispensables.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie
par topocl
le Jeu 29 Déc - 10:04
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Pierre Goldman
Réponses: 1
Vues: 450

Martin Winckler

Plumes d’Ange

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Image162

Où l'on retrouve Martin Winckler qui, à travers un nouveau feuilleton initialement publié sur le Web, poursuit son travail autobiographique, et par là sa quête identitaire. Il choisit de présenter cette fois-ci Ange, que nous avons commencé à connaître dans Légendes, Ange, son père au prénom si rare, qui l’a tant aimé et qu'il a tant aimé. Par lequel il a tant souffert aussi, dans une famille comme beaucoup d’autres, où aimer veut dire ne pas faire souffrir et où il a mis fort longtemps à comprendre que faire ses propres choix n'est pas trahir.

Winckler approfondit donc sa recherche sur son père, il a la chance que dans sa famille on ait beaucoup parlé (même si cela n’empêche pas que certaines choses ont été tues), on a beaucoup gardé (de photos, de lettres, de documents, de textes…), Et au-delà du portrait du père, cet homme extraordinaire, « bon » dit son fils et profondément humain, se dessine la quête du fils pour établir ce portrait , ce qui est l'un des thèmes passionnants du livre.
Au-delà des rapports d’une grande tendresse que Marc (Martin Winckler est un pseudonyme) établit avec son père tout au long de son enfance et de son adolescence, Martin (l’écrivain) recherche ce qui, avant sa propre naissance, et après la mort d’Ange n'a pas manqué de le marquer, de l'enrichir et de l’éprouver en même temps. On s'attache énormément à ces « personnages », le père omniprésent, rayonnant, l'enfant fasciné, inconsciemment hanté par l'idée de ne pas être à la hauteur de son attente.

Il est un peu gênant de lire ce livre dans un « cycle Winckler » comme je le fais parce que de nombreux textes sont repris directement de Légendes, et d'autres parties se retrouvent prêtées au personnage de Bruno dans Les trois médecins. Cela donne quelques longueurs. Sans doute Winckler aurait-il gagné à plus reprendre ses textes, les présenter un peu différemment, apporter un éclairage autre. Cela doit moins gêner en cas de lecture à distance des différents ouvrages.

Il faut aussi accepter, quand on lit Winckler, une certaine naïveté, un côté chevaleresque de sauveur de l'humanité, une façon de présenter des personnages fondamentalement trop bons, comme dans un conte. Je pense que c'est la façon dont il vit, dont il voit le monde, et qui pour cette raison entre dans ses livres.

Ceci étant accepté, on prend un grand plaisir de lecture dans cette histoire familiale, histoire d'un homme qui aime son père, et l’imitant et le rejetant à la fois, apprend à devenir homme à son tour.


Dans les toutes premières pages :

 
 Pour élucider l'empreinte qu'il a sur moi, j'ai longtemps voulu remonter le temps et reconstituer sa vie. J’ai cru souhaitable de rassembler des documents, de retracer des itinéraires, de solliciter ceux de ses proches qui vivent encore et qui, pour beaucoup, brûlent de parler de lui. Jusqu'au jour où j'ai compris que ça ne suffirait pas. Ange ne se cache pas dans les archives, il ne se cache pas dans les paroles des survivants ou dans leurs souvenirs. J'ai beaucoup appris des uns et des autres, mais l'homme dont je cherche à dessiner les contours se tient là, sous mes yeux, dans le miroir. Il est là, dans mes mains et mes gestes. J'entends sa voix quand je parle. Et surtout - je raconterai comment je l'ai découvert - il s'est livré dans ce que j'ai écrit. Allez ! J'ai trop tardé à le défier. Aujourd'hui, je dois faire face : c’est sa trace en moi qu’il me faut affronter.


Dans les toutes dernières pages :


  Mon père était un homme bon, il est mort, et personne ne peut dire, et d'abord pas lui, si je suis un type correct, qui fait honneur à sa mémoire. Voilà, c'est ça, je voudrais que ce livre, qui porte le nom de mon père, lui fasse honneur.
   Je sais ce que vous allez vous dire, c'est ridicule de poser les choses en ces termes, et pourtant c'est comme ça que ça se pose dans ma tête et ça me fait chialer là, à l'instant pendant que je vous écris, je ne sais d’où ça vient, mais ça vient de loin, ça me fait un mal de chien.


(commentaire récupéré)

mots-clés : #autobiographie #famille
par topocl
le Mar 27 Déc - 18:05
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Martin Winckler
Réponses: 21
Vues: 1206

John Maxwell Coetzee

Vers l'âge d'homme


Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Sm_cvt14


Ce livre m'a scotché ! J'ignorais qu'il faisait partie d'une trilogie autobiographique et je ne l'ai du coup pas lu dans le juste ordre ni en le pensant autobiographique.
L'auteur nous emporte dans les méandres d'une pensée compliquée, désespérée, le propos d'un poète frustré par son manque de créativité, frustré par le manque d'émotions avec les femmes qu'il rencontre, la peur qu'elles lui volent son inspiration, et ces racines si complexes à intellectualiser.
On retrouve du Kierkegaard, celui de "La reprise" où le jeune (Kierkegaard réfléchissant à sa rupture avec Régine Olsen) pris sous l'aile du philosophe danois (comprenant qu'il s'est trompé en rompant) oscille entre choisir sa vie amoureuse et sa vie artistique.
J'y ai retrouvé du Hrabal aussi dans ses considérations sur l'importance de la littérature au sein de la société, au sein de cultures oubliées et soumises à la violence.
Le style emporte par sa simplicité à exposer des questionnements pourtant complexes.
Il y a beaucoup de pudeur et pourtant tellement de sentiments dans cette oeuvre.
Magistral.



mots-clés : #autobiographie #creationartistique
par Hanta
le Mar 27 Déc - 12:25
 
Rechercher dans: Écrivains d'Afrique et de l'Océan Indien
Sujet: John Maxwell Coetzee
Réponses: 24
Vues: 1416

Joyce Carol Oates

JCO, versant autobiographie:

J'ai réussi à rester en vie

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 41c-mb10

«Nous ne choisissons pas les gens dont nous tombons amoureux. L'amour que nous éprouvons est notre destin. Nous ne choisissons pas notre destin.»


Sur les bancs de l'université où elle est toute jeune étudiante en littérature anglaise, Joyce rencontre Ray, de 8 ans son aîné. Un mois plus tard ils sont fiancés, deux mois après mariés. S’ensuivent 47 années d'un amour indéfectible, subtil, où ils vont vivre dans leur bulle, parfaitement complémentaires, en affinité parfaite tant au niveau affectif qu’intellectuel, sans un nuage, sans un orage. À tel point que quand Ray atteint 78 ans, et meurt en l'espace d'une semaine, Joyce, qui n'avait jamais imaginé la vie sans lui, se retrouve dans une espèce de désespoir douloureux et hébété. Ce livre est le récit des 4 mois qui suivirent son veuvage.

Il faut dire aussi que ce n'est pas un roman, mais un récit autobiographique de la grande écrivaine Joyce Carol Oates. J'ai été très intéressée par tout ce qui touche au «vivant» : cette relation d'exception, ces époux-amant si proches, qui partagent toute pensée et tous moments, mais ne lisent jamais les écrits de fiction l'un de l'autre, les fameux amis qui ne sont autres que Richard Ford, Philip Roth, Jeffrey Eugenides… et de nombreux autres tout aussi célèbres, quelques passages intéressants sur la création littéraire, la personnalité de JCO enfin: bêtement, cette femme aux plus de 100 ouvrages, dont on parle régulièrement pour le Nobel, qui montre une finesse aussi implacable à décrypter les arcanes de l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus retors, je me l'imaginais forte, voire implacable. C'est en fait une femme douce, timide, humble, menant une vie fort ordinaire, qui n'est plus rien sans l’étayage de son mari tuteur, ayant besoin d'être regardée et aimée pour exister.

«J'aimerais leur dire qu'être un écrivain « établi » ,- voire un « écrivain majeur » (qualificatif qui me semble totalement irréel )- ne donne ni assurance ni sentiment de sécurité, ni même une idée de qui l'on est.»


«En dépit de ma réputation d'écrivain, ma vie privée a été aussi mesurée et bienséante qu’un papier peint de Laura Ashley»


J'ai été estomaquée de voir cette femme, si roulée dans sa création littéraire, totalement naïve et désemparée face à la vie, n'ayant pas une seconde imaginée qu'une vie pour Joyce pouvait exister sans Ray et pour Ray sans Joyce, et donc totalement impréparée à ce veuvage dévastateur. J'ai moins accroché à tout ce qui touche à la mort et au veuvage, je trouve cela plutôt long, et j'ai regretté que Joyce Carol Oates ne m’ait pas traitée en tant que lectrice comme elle traitait son mari :

«Nous avions pour habitude de ne pas partager tout ce qui était perturbant, déprimant, démoralisant, ennuyeux (...) Car  à quoi sert de partager ses misères avec quelqu'un, sinon à le rendre misérable lui aussi ?»


Autant je comprends qu'elle ait ressenti le besoin de mettre cela par écrit pour le dépasser, autant je n'ai pas trouvé cette expérience enrichissante pour moi. Enfin j'ai été très gênée par les nombreux aphorismes sur le thème de «un homme, une femme», «une veuve», comme si nous étions tous pareils et réagissions tous de la même façon…

(commentaire récupéré)



mots-clés : #autobiographie  #mort
par topocl
le Mar 27 Déc - 9:38
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Joyce Carol Oates
Réponses: 105
Vues: 4866

Jan Yoors

La Croisée des chemins - La guerre secrète des tsiganes 1940-1944.

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Index_10

Yoors a 17 ans quand la guerre éclate. En 1940, il est contacté par les forces de résistance et il devient agent de liaison entre celle-ci et les tziganes.  La répression dont ils sont l' objet , les réseaux internationaux, l'habitude de vivre cachés, la vie d'errance qui facilite à large échelle le transport de biens et de personnes les prédispose à œuvrer efficacement dans ce sens. Il n'en demeure pas moins qu'il leur faut vaincre le rejet de toute alliance avec les gadje et leur haine de la violence.. Yoors, sur dénonciation,  est emprisonné, torturé puis, il réussit à s'évader. Il se retrouve dans un monde où bien peu de ses amis ont échappé aux rafles et où il va mettre sur pied un réseau d'évasion entre l’Allemagne et l’Espagne.

La première partie qui raconte l'implication tzigane dans la résistance,  son organisation et ses spécificités, est une mine d'enseignement.
La suite (emprisonnement, torture, réseau de passeurs) est plus « classique », je dirais, mais n'en reste pas moins un témoignage passionnant.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #minoriteethnique
par topocl
le Ven 23 Déc - 16:35
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Jan Yoors
Réponses: 4
Vues: 526

Jan Yoors

Tsiganes

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Index310


Yoors, dès l'âge de douze ans, a passé la majeure partie de son temps à parcourir l'Europe dans la roulotte d 'une Kumpania de gitans, qui finirent par l'adopter. Tout ceci avec la curieuse bénédiction de ses parents, des artistes à l'ouverture d'esprit pour le moins extraordinaire. Yoors était heureux dans ses hivers douillets et "civilisés" au domicile familiale, autant que dans ses errances nomades en compagnie des Lovaras.

Son témoignage a ceci d'exceptionnel qu'il ne s'agit pas d'une immersion en terrain inconnu, mais bien d'une assimilation complète au peuple tsigane, dont il nous livre les traditions, fustigeant nos croyances ordinaires à courte vue. A travers les personnages dont il a partagé la vie, les joies et les épreuves, l nous explique l'âme tsigane, si différente de la façon d'être des gadje : ancrée dans le  présent, indifférente à la possession, toute dévolue à la famille, qui guide les étapes au fil du temps, masquant son désarroi dans les cérémonies, rituels et fêtes.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #initiatique #minoriteethnique
par topocl
le Ven 23 Déc - 16:34
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Jan Yoors
Réponses: 4
Vues: 526

Fritz Zorn

Mars

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Image205


Ce n'est pas que je n'ai pas de compassion pour ce jeune homme, présentant un trouble de la personnalité sévère, au moins en partie lié à une éducation pathogène, qui développa à 17 ans une dépression chronique puis un lymphome. Ce n’est pas que son point de vue ne m’intéresse pas, même si je suis loin de partager toutes ses analyses. Mais ce livre est pour moi un fatras de déversement d’autoanalyse et d’opinions proclamées dans un style lourd et redondant, fatras dans lequel il y a cependant mille pistes de réflexion...


Dans les 100 premières pages, la description de la famille est finement analysée, mais il n’ y a pas un personnage autre que l’auteur, pas une anecdote, rien que du général. Rien de vivant, en fait. Et ça ne parle que de lui. Alors certes je comprends que compte tenu de son fonctionnement psychique, c'est sans doute un excellent reflet de son mode de  pensée, mais, bien franchement je trouve cela rébarbatif. Cependant, malgré ces réserves stylistiques, c’est quand même plutôt intéressant cette analyse du retentissement sur la construction de la personnalité de l'auteur. D’autant qu’on y retrouve, cumulés et passés à la loupe, des dysfonctionnements qu’on retrouve de façon plus ponctuelle et moins développée dans pas mal de familles plus banales, y compris les nôtres, celle où nous avons vécue en tant qu'enfant et celle que nous avons construite pour nos enfants.

Dans la 2e partie, la dépression, puis le cancer, se déclarent. On quitte le récit pour passer à l’essai.Zorn tente de nous expliquer la filiation directe entre ces 3 phénomènes : son éducation, sa dépression et son cancer.  En fait il ne tente pas, il postule. Et je dois dire que je ne suis pas arrivée à comprendre en quoi l’arrivée du cancer était une joie. Parce que cela le conforte dans ses idées et sa  pensée magique ?
Au niveau médical, il y a des choses très vraies, sur la nécessité de nommer le mal, et la maladie. On  est en 1977 et que c'était encore moins évident que maintenant à cette époque. Par contre le lien éducation-personnalité-cancer est pour moi tout à fait inacceptable, en tout cas sous cette forme (ce qui ne revient pas du tout à nier les troubles psychosomatiques, ni le rôle du stress sur le déclenchement des maladies, ni  la relation psychologique/somatique)

Enfin, 3ème partie,  l’ essai se fait de plus en plus marqué. C’ est  une réflexion sur ce qui pourrait se résumer à la bourgeoisie et le mal, voire la bourgeoisie suisse et le mal .Tout ceci est assez simpliste, ou parfois totalement confus pour moi, et ma gêne est aggravée par la tendance aux généralités assénées comme vérités.

Zorn montre le caractère apparemment inéluctable des choses : j'ai été élevé dans  une famille hypocrite, sans affect, uniquement préoccupée de sa respectabilité, je suis donc devenu un homme inapte au monde, j'ai donc fait une dépression, j'ai donc eu un cancer. Je n'en veux à personne parce que mes pauvres parents ne sont cela que parce que leurs propres parents étaient déjà de pauvres parents éduqués dans une ambiance délétère… Cette vison est totalement pessimiste et fataliste.

Mais  son analyse évoluant, il prend enfin distance par rapport à son milieu. C’est ici qu’on peut voir comme une révolte, qu’enfin on voit Zorn s’éveiller, qu’on n’ a plus envie de lui donner des coups de pieds dans les fesses. Il appelle au rejet de ces valeurs et à la révolution. Mais  lui-même n’en sera jamais acteur, il est trop longtemps resté fondamentalement bourgeois lui-même dans son inaptitude à transgresser et rebondir. Car au final, il est pris dans une espèce de filet où le cancer lui refuse un avenir dans lequel il pourrait (dit-il), devenir autre. On se demande si ce filet ne le réjouit pas, d’ailleurs, permettant de justifier son incapacité à  quitter ce carcan qu'on lui a imposé : malheureusement, il est trop tard.

Mais bon, écrire, c’est peut-être déjà une transgression, c’est peut-être déjà un geste révolutionnaire.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #essai #pathologie
par topocl
le Ven 23 Déc - 16:28
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue allemande
Sujet: Fritz Zorn
Réponses: 3
Vues: 479

Frank Westerman

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Wester10

EL NEGRO ET MOI

En  1983, à dix neuf ans, Frank Westerman, jeune étudiant alors en vacances, découvre dans un le musée d' histoire naturelle de Banyoles un noir. Le corps est naturalisé et exposé dans une vitrine comme les animaux avec qui il voisine.
Sur le socle, une plaque indique : BOCHIMAN DU KALAHARI.

"On n'était pas chez Mme Tussaud. Je n' étais pas en train d' admirer une illusion de la réalité ; ce Boshiman n' était pas un moulage fait pour donner le frisson...
C'était une personne, écorchée puis empaillée comme on le fait pour un animal."


La stupeur passée, Westerman décide d'enquêter sur ce phénomène.

Il terminera ses études d'ingénieur et entrependra toute une série de voyages, d'abord en tant qu' étudiant puis de coopérant.
En Jamaïque puis au Pérou, où il terminait son mémoire après un stage dans une communauté paysanne du Pérou. C'était l'époque où l'organisation terroriste du Sentier lumineux s'imposait dans une partie du pays.
Westerman apprit beaucoup dans la cpommunauté paysanne : d'abord à observer, à se taire, et se rendre utile pour se faire simplement accepter.
Pas un seul instant, Westeman n'a abandonné l'enquête sur El Negro. C'est pour cette raison qu'il se rendra à Paris, au Musé d'histoire naturelle. Grâce à un polonais qui y travaille, il commence par se renseigner sur le commerce d' animaux empaillés au 19e siècle à Paris.
C'est là qu'il découvrira ceux qui, en plus des animaux naturalisés avaient envoyé aussi  un noir : El Negro. Les frères Verreaux présents dans sa région natale déterrèrent le corps et l'envoyèrent par bateau à Cuvier.
Parallèlement, il découvrira le grand débat  sur l'évolution qui agitait le monde scientifique. On était encore très loin de Darwin.
Bien au contraire, la religion s'efforçait de retarder les théories nouvelles qui pourraient mettre en danger ses propres dogmes.
C'est donc Cuvier qui régnait en maître et se fit connaitre en disséquant le corps de celle qu'on nomma la Vénus Hottentote.

Je pourrais lontemps épiloguer sur la suite d'aventures qui menèrent une fois de plus Westeman sur la piste d' El Negro, mais ce serait stupide et inutile.
Sachez seulement que Westerman revint en Catalogne et au musée de Banyoles vingt ana après son premier voyage. Il avait appris que El Negro avait disparu et avait été envoyé en Afrique pour reposer dans la terre de ses ancêtres. A la suite de protestations d'ambassadeurs et d'intellos africains. Et au grand désarroi de la conservateur du Musée et de la population de la ville catalane. Mais triomphe assuré pour un militant noir de la ville, toubib et membre du parti socialiste espagnol.
Il y eu beaucoup de bruit et de tapage à cause du  pauvre Boshiman, en haut lieu et dans les instances espagnoles autant qu'internationales.
Pour terminer, Westerman se rendra sur les lieux memes où était désormais enterré El Negro -où ce qu 'il en restait- La peau d' El Negro resta en Espagne !
Un coin perdu du Bostwana.
Entre temps, il abeaucoup appris sur l' histoire de l'esclavage et réfléchi sur l'avenir du continent africain.

Ce livre montre que la réalité -même si elle a des côtés sordides ou incompréhensibles- peut être incroyablment romanesque une fois qu'elle a été reconstruite après enquête. Mais un travail introspectif aussi profond et intelligent est rare.
Il est vrai que cette quête changea profondément la vie de l'auteur et l'auteur lui-même.
On le comprend !

Message récupéré


mots-clés : #autobiographie #historique
par bix_229
le Mar 20 Déc - 17:07
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue néerlandaise
Sujet: Frank Westerman
Réponses: 4
Vues: 535

Sandor Marai

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 4102en11

Ce que j'ai voulu taire

Originale:  Hallgatni Akartam (Hongrois, écrit entre 1949/50, perdu, retrouvé et paru finalement en 2013 à Budapest!)

CONTENU :
Ce livre, qui chronique les dix années entre l’Anschluss (mars 1938) et l'exil définitif de Marai (1948), constitue le dernier volet des « Confessions d'un bourgeois ». Il n a jamais été publié du vivant de Márai.

Pour répondre à la question centrale du livre, « Comment la Hongrie en est-elle arrivée là ? », c’est-à-dire à pactiser avec l'Allemagne nazie, puis à devenir un satellite de l Union soviétique, Marai se livre à une analyse approfondie de la société hongroise. Celle-ci est indissociable d'une perception pleine de finesse de la situation mondiale, fondée sur une réflexion étonnamment moderne, d’une lucidité presque visionnaire. Son point de vue est celui d’un bourgeois assumé, un humaniste aspirant à un ordre juste qui pourrait prendre la forme d’un socialisme modéré. Cette chronique de la décomposition d'un pays, d'une culture et d'un mode de vie est une lecture précieuse pour qui souhaite comprendre la Hongrie et l'Europe d'aujourd'hui.

REMARQUES :
A coté de quelques apparitions « personnelles » dans le récit, et contrairement peut-être à la forme de narration des premiers tomes -  plus proche d’un récit, d’un vécu ? - Marai donne avant tout une sorte de chronique et d’analyse de ces années cruciales. Le jour de l’Anschluss est le point de départ d’un tour d’horizon de la situation en Allemagne, en Autriche, mais aussi dans l’Europe, le monde, pour expliquer comment selon lui a pu arriver ce qui est arrivé, d’abord pratiquemment sans resistance extérieure.

Il y aura quelques autres dates clés et portraits poignants d’hommes politiques qui permettent de partir d’un point de départ. Il faut s’imaginer – et Marai en est conscient – comment en espace d’une dizaine d’années la societé hongroise a basculé d’un état bourgeois via une proximité avec le nazisme vers l’intégration forcée dans l’URSS et ses satellites. Tout un monde disparaît, une forme de penser, de vivre... Et au fond, le tout est déjà en germe quand l’Autriche passe dans la Deutsches Reich, en Mars 1938. Des conséquences prévisibles, une guerre inévitable à l’horizon – pour celui qui voyait clair.

Dans la deuxième partie l’auteur s’approche des conséquences du traité de Trianon qui démantelait la Hongrie de deux-tiers de son territoire et d’une partie de sa population. Terrain propice... Mais malgré des abus, on trouve aussi une accusation chez Marai de ne pas rendu ainsi une service à la Hongrie et la situation internationale.

Donc, il s’agit plutôt d’une forme d’analyse, mais d’une grande maîtrise qui donne l’impression au lecteur qu’il comprendra un peu mieux les interdépendances, les relations, les événements. Marai ne se contente pas de voir la Hongie comme pure victime innocente, mais met en avant les attitudes latentes d’antisémitismes et de fascisme. (Le lecteur se demande à quel point certaines de ces analyses ne se revèlent pas encore aujourd’hui comme étant très actuelles...)

Marai se déclare appartenant à cette bourgeoisie éclairée qui a peut-être peu en commun avec des associations plus tardives avec ce terme : une étroitesse, une lourdeur etc. Cette attitude de Marai a rien d’une préférence vers une droite nationale autodestructrice, voir fascisante. Mais on pressent une certaine nostalgie à une vie en voie de disparition. Dans cette veine je me sentais rappelé au « Monde d’hier » de Stefan Zweig...

Pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la Hongrie, mais aussi de l’Europe dans le contexte de la montée du fascisme, ce livre nous dit beaucoup de choses intéressantes. Peut-être on aperçoit ici et là quelques faits qui aident à comprendre une certaine passivité ? Aussi de l’auteur ?

Très informatif, très intéressant. Et dans une écriture d’une grande maîtrise.


mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #regimeautoritaire
par tom léo
le Mar 20 Déc - 16:43
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Sandor Marai
Réponses: 20
Vues: 999

Magyd Cherfi

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Cherfi10

Magyd Cherfi : Ma part de gaulois. - Actes Sud


Actes sud a écrit:C’est l’année du baccalauréat pour Magyd, petit Beur de la rue Raphaël, quartiers nord de Toulouse. Une formalité pour les Français, un événement sis mi que pour l’“indigène”. Pensez donc, le premier bac arabe de la cité. Le bout d’un tunnel, l’apogée d’un long bras de fer avec la fatalité, sous l’incessante pres sion énamourée de la toute-puissante mère et les quolibets goguenards de la bande. Parce qu’il ne fait pas bon pas ser pour un “intello” après l’école, dans la périphérie du “vivre ensemble” – Magyd et ses inséparables, Samir le militant et Momo l’artiste de la tchatche, en font l’expérience au quotidien.
Entre soutien scolaire aux plus jeunes et soutien mo ral aux fi lles cadenassées, une génération joue les grands frères et les ambassadeurs entre familles et société, tout en se cherchant des perspectives d’avenir exaltantes. Avec en fond sonore les rumeurs accompa gnant l’arrivée au pouvoir de Mitterrand, cette chro nique pas dupe d’un triomphe annoncé à l’arrière-goût doux-amer capture un rendez-vous manqué, celui de la France et de ses banlieues.
Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l’identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d’une réalité qui persiste, boite, bégaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vérités à lui tout seul !

“Dire que j’écris me gêne, complexe d’ancien pauvre, d’ex-fils-d’immigré, d’épisodique schizophrène car j’suis devenu français. J’ai du mal à écrire car je m’écris et m’écrire c’est saisir une plaie par les deux bouts et l’écarter un peu plus. La plume m’a séparé de mes compagnons d’infortune, tous ces « Mohamed » de ma banlieue nord hachés menus par une société qui a rêvé d’un « vivre ensemble » sans en payer le prix. Je raconte une fêlure identitaire, un rendezvous manqué. C’était l’année 1981, la gauche arrivait au pouvoir la besace pleine de l’amour des hommes et les premiers Beurs accédaient au bac. Le bac, une anecdote pour les Blancs, un exploit pour un indigène.
Tout était réuni pour cette égalité des droits tant chérie. La promesse d’une fraternité vraie semblait frémir.

Pourtant la rencontre de la France et de sa banlieue n’a pas eu lieu, elle n’a toujours pas vu la lumière car l’exception française persiste, celle d’être français et de devoir le devenir…”


Je n'ai pas encore lu Ma Part de Gaulois, mais j'avais aimé ses deux premiers livres, qui avaient
été remarqués par certains critiques à l'oeil vif et des libraires.


mots-clés : #autobiographie #immigration
par bix_229
le Mar 20 Déc - 16:04
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Magyd Cherfi
Réponses: 1
Vues: 425

Carlos Liscano

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 41rjcx10

Le fourgon des fous


Présentation de l'éditeur, 4ème de couverture
Plus qu'un témoignage, une réflexion sur l'homme et son inextinguible appétit de vivre, sur la nécessité de comprendre l'inimaginable. Sans cris, sans fureur, un plaidoyer vibrant pour le droit à la dignité, un récit pudique et bouleversant.


Montevideo, 1972. Carlos Liscano est jeté en prison par le régime militaire à l'âge de vingt-trois ans. Il en sortira treize ans plus tard. Il aura connu la torture, les humiliations, la honte, les étranges relations qui lient victimes et bourreaux, l'absurdité d'un système qui veut lui faire avouer quelque chose qu'il ne sait pas. Mais il aura aussi connu la résistance envers et contre tout, l'amitié indéfectible qui se noue entre camarades d'infortune, l'urgence de l'ouverture au monde et, par-dessus tout, le pouvoir libérateur de l'écriture. Le 14 mai 1985, avec ses derniers compagnons, Carlos Liscano est embarqué dans un fourgon qui va le mener vers la liberté. Une liberté inquiétante, douloureuse, impossible...


Cela a pris presque trente ans pour Liscano de mettre en mots (ou de publier) une partie de son vécu. Sans voyeurisme, il se montre au lecteur comme cet homme d’un coté humilié, bafoué, mais au même moment gardant un sens de dignité, si difficile à tenir, si devant des yeux voyeurs on a été au bout de ses forces, dans une détresse extrême. Malgré cela il reste très prudent avec des jugements hâtifs sur ce bourreau en face, et sa propre innocence face à la violence.

C’est d’une grande force que Liscano commence son livre plutôt avec la description de gestes qui rendent une dignité : à soi-même, à l’autre, à ses parents morts pendant son incarcération. C’est dans la deuxième partie qu’il parle plus amplement de la torture…, d’abord même dans la troisième personne : le prisonnier, le détenu…etc.  Ce qu’il décrit du rapport du torturé avec son propre corps (qu’il appelle « l’animal ») est très poignant.

Son langage est jamais faussement criant, mais sobre, simple. J’ai beaucoup aimé (en opposition à tellement d’auteurs latino-américains) ce style simple, réaliste, droit, sans « magies ». Ce n’est pas un « beau » livre, mais un récit qu’on pourrait mettre à coté de ceux d’un Primo Levi et d’autres. En fin de lecture je prenais congé d’un homme que je respecte profondément…


mots-clés : #autobiographie #regimeautoritaire
par tom léo
le Dim 18 Déc - 17:34
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Carlos Liscano
Réponses: 17
Vues: 777

Arthur Koestler

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 22510110

Hiéroglyphes

Le premier tome relate l'engagement de Koestler au PC Allemand, l'auteur prévient le lecteur  «Il m'a été impossible de ressusciter l'enthousiasme naïf de cette époque : j'ai pu en analyser les cendres, mais non en ranimer la flamme».

Cependant l'euphorie se dévoile  tout de même dans  certaines phrases, et notamment  par la critique qu'il en fera plus tard, dans les qualificatifs qu'il emploie : «C'est cet aspect actif, brave et chevaleresque du communisme qui m'attira, avec des millions d'autres, dans le Parti, et qui compensa nos déceptions.»

chapitre 1 : Euphorie :  l'engagement au Parti, la vie du Parti communiste Allemand, la foi, l'espérance en la Russie Soviétique, la montée du fascisme.

L'endoctrinement au Parti, résulte de  la dialectique, l'obéissance aux  directives du Komintern, les mesures extrêmes  de sécurité,  la perte d'identité, de l'individu ; le Parti est l'Unité.

Il écrira « La doctrine marxiste est une drogue, comme l’arsenic ou la strychnine, qui, prise à petites doses, peut avoir un effet stimulant, à doses plus élevées un effet paralysant sur le système créateur

A propos du Parti communiste Allemand  : «Après le 20 juillet 1932, il était évident pour tout le monde, sauf pour nous, que le K.P.D., le plus fort des partis communistes d'Europe, était un géant châtré dont les rodomontades ne servaient qu'à masquer la virilité perdue.»

Le PC Allemand se prépare à la clandestinité qui se profile à la montée du fascisme. Koestler contrairement aux autres membres, procède son engagement en demandant par écrit son adhésion au Parti.

L'antinomie entre les socialistes et les communistes est très vive et s'exerce au détriment de la gauche.

Les luttes entre les nazis et les communistes sont fréquentes,  parfois armées, des traquenards où tombent les camarades de Koestler. Lui sera employé à la propagande et par son métier de journaliste à relater ce qu'il entend et peut servir au Parti.


Chapitre 2 : Utopie : Koestler part en Russie, il doit taire son appartenance au parti pour accréditer les articles qu'il doit écrire pour vanter le Plan Quinquenal, il visite la Russie d'Europe et la Russie d'Asie ; il tombe en période de famine, mais la Terreur n'a pas encore commencé au fur et à mesure de son voyage il découvre une Russie de pénuries de tous ordres, lui en souffre moins car les «étrangers» s'approvisionnent à une coopérative privée.

Il comprendra plus tard son attitude là-bas : « J’avais des yeux pour voir, et un esprit conditionné pour éliminer ce qu’ils voyaient. Cette « censure intérieure » est plus sûre et efficace que n’importe quelle censure officielle. »

l ’explication de K. quant au fait que des intellectuels tels que lui soient restés plusieurs années au PC alors même que malgré leur aveuglement ils avaient des doutes, des crises comme il le dit, devant certains faits, il s’avère que d’autres évènements encore plus ignobles (Hitler pour l’Allemagne, Franco pour l’Espagne) les ont confortés de rester dans cette idéologie.

Tome 2 : Exil

Koestler quitte la Russie, mais ayant appris l'accession au pouvoir d'Hitler part pour la France. Ces écrits sont régulièrement refusé par le Parti car trop de sentiments romantiques et bourgeois.  Koestler est complètement démuni de tout ce qui permet de vivre (argent, logement etc.) mais c'est presque pour lui une renaissance  ; il résume ainsi son attitude pendant cette période :

«Si je m'abandonne souvent à des accès d'abattement, les véritables catastrophes me remplissent en général d'une espèce d'exaltation. Et, bien que, je sois jalousement attaché ç ce que je possède et qu'une perte partielle - une chemise volée, une tache sur un meuble - m'irrite et m'attriste, la perte totale de tous mes biens fit naître en moi, les trois fois où la chose se produisit, un sentiment de libération, l'excitatiion d'un nouveau départ. Cela fait partie, j'imagine, du tempérament apocalyptique, du type de mentalité qui aspire à tout ou rien, tempérament qui manque de force dans les crises mineures mais s'épanouit dans les catastrophes


Koestler fait une analyse très réaliste des raisons qui ont amené l'Occident à la seconde guerre mondiale : tous coupables, droite ou gauche, gouvernements, à des degrés différents «ont eut dit qu'ils étaient tous associés dans un pacte de suicide européen.»

La guerre civile débute en Espagne, Koestler y part, pour le Parti, comme «reporter» pour 2 journaux, il se servira de la mission de l'un ou de l'autre au gré de la situation, à sa 2ème mission il est arrêté et emprisonné, il ne doit sa liberté qu'à l'intervention collective de plusieurs intellectuels et scientifiques, ainsi qu'à sa femme dont il est séparé d'ailleurs. En prison il se découvre une paix intérieure qu'il attribue à «l'écriture invisible» comme il appelle cette nouvelle spiritualité (para-psychologie par exemple, expériences sensorielles).

Koestler écrit 3 livres «alimentaires» sur la sexualité, édités par ses cousins.

Le processus de retrait de Koestler par rapport au Parti s'est inscrit dans son esprit sans qu'il en prenne conscience mais après avoir eu connaissance de la Terreur installée en Russie, avoir perdu tant d'amis, il sait qu'il ne pourra plus avaler tous les mensonges, que le dernier lien s'est rompu en apprenant le pacte Hitler/Staline.

«Je devins de plus en plus conscient d'une dette écrasante à payer. Le Zéro et l'Infini que je commençais à écrire l'année suivante en fut un premier règlement.»

et vis à vis de Dorothy qui a grandement contribué à sa libération d'Espagne :

«Je découvris que j'avais, sans le savoir, contracté une autre dette, une dette personnelle, impossible à payer.»

Après une série de conférence en Angleterre où il exprime ouvertement son sentiment sur ceux (POUM) que le Komintern  accuse de trahison, Koestler rédige sa lettre de démission au Parti, mais la termine par une déclaration de fidélité à l'Union Soviétique.

«Etonnant, mais pourtant pas incompréhensible à la lecture de  l'aveu qui suit et dont on peut retrouver l'esprit chez Ignazio Silone et certainement d'autres ex-communistes.»

«J'avais vingt-six ans quand j'adhérai au parti communiste, et trente-trois quand je le quittai. Les années intermédiaires avaient été des années décisives, tant par la saison de la vie qu'elles remplirent que par la façon dont elles la remplirent d'un objet unique. Jamais auparavant, ni depuis, l'existence ne me sembla aussi débordante de sens que pendant ces sept ans. Elle avait la supériorité d'une belle erreur sur une vérité sordide.»

Après sa démission du PC, Koestler a été en butte aux attaques du Parti, notamment pour son livre révélateur sur les procès de Moscou : Le zéro et l'Infini. Son livre est attaqué notamment par l'un de ceux qui avait fait partie du collectif de sa défense alors qu'il été emprisonné Frédéric Joliot-Curie.

Koestler part pour un reportage, passant par la Grèce, Alexandrie, il découvre dans ces pays des luttes, il restera 2 mois et demi en Palestine. Pays où il s'est rendu 11 ans auparavant,

A l'époque à propos des sionistes :

«Il ne s'agissait plus de se demander si le sionisme était une idée bienfaisante ou non. Ils savaient que les chambres à gaz étaient proches. Ils avaient dépassé le stade de la discussion. Quand on les provoquait, ils montraient les dents.»

La terreur arabe s'exprimait par intermittence.

Entre 1942 et 1948 Koestler fit plusieurs séjours, écrivit 2 livres, fit des conférences, plaida la cause du partage comme seul moyen de mettre fin à l'horreur.

Koestler s'établit définitivement dans «la paisible Angleterre», mais visita plusieurs pays, il était à présent un écrivain connu.


C'était une très bonne lecture, mais j'en sors  remuée. Dans le deuxième Tome je trouve que Koestler revient trop souvent sur le passé déjà évoqué et l'on perd donc la chronologie ce qui à mon avis nui un peu à la cohérence des évènements.

Mais j'aime l'honnêteté de Koestler, son analyse, je suis sensible à sa «névrose d'anxiété», sa timidité, je veux le connaître mieux encore, je lirai donc d'autres livres... mais après une pause car j'ai besoin de digérer cette période très troublée.

Si Koestler a trouvé en l'«écriture invisible» une nouvelle spiritualité, je suis sure  que l'héritage du parti communiste s'est inscrit avec  une «encre indélébile».






mots-clés : #autobiographie #politique
par Bédoulène
le Dim 18 Déc - 16:56
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Arthur Koestler
Réponses: 16
Vues: 997

Primo Levi

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 616tc810

Si c’est un homme

J'en sors évidemment, comme tous les lecteurs je suppose, bouleversée et désolée car il apparaît que les décennies écoulées depuis la 2e Guerre mondiale n'ont pas prouvé que l'Homme, soit plus sage, que le message ait été compris.

Voici quelques extraits :

Lors de la pendaison d'un homme qui voulait organiser une mutinerie comme à Birkenau :

«...et peut-être les Allemands ne comprendront-ils pas que la mort solitaire, la mort d'un homme, qui lui est réservée, le vouera à la gloire et non à l'infamie.

Quand l'Allemand eut fini son discours que personne ne comprit, la voix rauque du début se fit entendre à nouveau : Habt ihr verstanden ? (est-ce que vous avez compris ?)

Qui répondit "Jawolhl" ? Tout le monde et personne : ce fut comme si notre résignation maudite prenait corps indépendamment de nous et se muait en une seule voix au-dessus de nos têtes. Mais tous nous entendîmes le cri de celui qui allait mourir, il pénétra la vieille gangue d'inertie et de soumission et atteignit au vif l'homme en chacun de nous.

«Kameraden, ich bin der Letzte !» (Camarades, je suis le dernier!)

Je voudrais pouvoir dire que de notre masse abjecte une voix se leva, un murmure, un signe d'assentiment. Mais il ne s'est rien passé. Nous sommes restés debout, courbés et gris, tête baissée, et nous ne nous sommes découverts que lorsque l'Allemand nous en a donné l'ordre. La trappe s'est ouverte, le corps a eu un frétillement horrible : la fanfare a recommencé à jouer, et nous, nous nous sommes remis en rang et nous avons défilé devant les derniers spasmes du mourant.»

«Le câble d'acier d'un treuil nous barre le passage ; Alex l'empoigne pour l'enjamber, mais Donnerwetter, le voilà qui jure en regardant sa main pleine de cambouis. Entre-temps je suis arrivé à sa hauteur : sans haine et sans sarcasme, Alex s'essuie la paume et le dos de la main sur mon épaule pour se nettoyer ; et il serait tout surpris, Alex, la brute innocente, si quelqu'un venait lui dire que c'est sur un tel acte qu'aujourd'hui je le juge, lui et Pannwitz, et tous ses nombreux semblables, grands et petits à Auschwitz e partout ailleurs.»

«Nous constatons que de nos jours, dans tous les pays victimes d'une occupation étrangère, il s'est aussitôt créé à l'intérieur des populations dominées une situation analogue de haine et de rivalités ; phénomène qui, comme bien d'autres faits humains, nous est apparu au Lager dans toute sa cruelle évidence.»

«Les proéminents juifs constituent un phénomène aussi triste que révélateur. Les souffrances présentes, passées et ataviques s'unissent en eux à la tradition et au culte de la xénophobie pour en faire des monstres asociaux et dénués de toute sensibilité.»

(commentaire rapatrié)



mots-clés : #autobiographie #campsconcentration
par Bédoulène
le Dim 18 Déc - 16:44
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Primo Levi
Réponses: 7
Vues: 765

Jean-Paul Kauffmann

L'arche des Kerguelen – Voyage aux îles de la Désolation

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 K121010

   Pour le survivant, tout livre a un sens. Peu importe son contenu. La moindre histoire est stimulante parce qu'elle donne l'illusion d'être libre. Nous ne sommes plus seuls. Ce qui dans des circonstances ordinaires paraissaient obscur ou insignifiant  ne l'est plus. Contraint à l'élémentaire, l'esprit extrait d'emblée l'essence des choses, élucide ce qui est hermétique, pourvoit à ce qui est indigent. Avec le presque rien, on invente presque tout.



Jean-Paul Kauffmann a toujours rêvé des îles Kerguelen, cet archipel de l'Océan Indien à la limite du continent antarctique, possession française depuis sa découverte par Kerguelen en 1772, peuplé de quelques militaires et scientifiques et de milliers de lapins, éléphants de mer et manchots. Les paysages sont fabuleux, chaos premiers aux évocations bibliques.


  Entre la  page blanche et l'achevé d'imprimer, les Kerguelen donnent l'illusion d'approcher des origines ou des fins dernières.


Quatre ans après sa libération de captivité, c'est chose faite, il s'embarque sur le Marion-Dufresne  se confronter à cet archipel désertique, battu par la pluie et les vents, mi- mystère, mi-vérité. À côté des découvertes naturelles, géologiques, botaniques, zoologiques, à côté des paysages fantastiques, il teste cette nouvelle forme de solitude, où, cette fois encore, le temps ne se compte pas, mais à laquelle l'espace donne une ouverture pour lui salutaire.

   Je suis heureux d'affronter de mon plein gré l'extrême solitude et l'élémentaire clarté d'une nature hostile.



Pas un mot de sa captivité, mais au travers des phrases, au-delà du récit de voyage, du rapport des nombreuses connaissances historiques ou géographiques accumulées , du recensement scrupuleux des noms de lieux et des morts, célèbres ou obscurs, Kauffmann poursuit une réflexion qu'il a intégrée à tout son être, qui s'est construite dans le cachot, et l'a sans doute sauvé, sur le temps, le silence, l'attente, la solitude.

   Existence cloîtrée, sans véritable but : pour moi la vérité à l'état pur.Désolation, terre de l'attente. Attente du chaland, attente d'une meilleure météo, attente du Marion, attente de l'arche que je n'ai pu rallier par Val Travers. C'est l'espoir sans l'impatience.
   Le temps est un espace que le ciel et le vent laissent ouvert. Nul besoin de combler ce vide. L'attente ne s'épuise pas en efforts inutiles, en signes dérisoires que d'ordinaire l'on s'impatiente à interpréter. Dans le désœuvrement kerguélénien, il entre une indolence qui est le contraire de l'apathie, une sorte d'insouciance ardente, tendue vers rien. L'esprit ne dépend ni des faits ni des instants, il n'est captif  ni du passé ni de l'avenir. L'ordre des jours est aboli.



Dans cette expédition, Kaufmann court après des chimères, peut-être. Il s'imprègne du vent (« la singulière complicité entre le silence et le vent »), de la lumière, des odeurs qu'il partage avec ces explorateurs et aventuriers dont les pas l'ont précédé sur l'île.


   Les tombes sont l'une des rares traces d'humanité de la désolation, pays sans arbres que la mort à reboisé de ces stèles plantées en plein vent.


 
 Je déteste la marche. Mes amis pensent que j'aime la nature parce que je possède une maison dans la forêt landaise. Je passe à leurs yeux pour une sorte de  François d'Assise interpellant les fleurs et les oiseaux. Je me garde bien de les contredire. Ils m'imaginent en promeneur solitaire errant sur les chemins forestiers alors que je ne bouge jamais de chez moi. Une vie d'homme ne saurait suffire à explorer l'arpent que je possède.



   Plus que la souffrance le désœuvrement n'est-il pas l'épreuve suprême ? Qui sait combler le vide de l'âme quand plus rien ne l'absorbe est tiré d'affaire. Il triomphe du supplice le plus cruel : le temps sans mesure ni terme. La douleur occupe ; l'être souffrant se contemple dans son tourment. L'ennui ne connaît ni la nuance ni la satiété.



(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #insularite #voyage
par topocl
le Dim 18 Déc - 15:30
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Jean-Paul Kauffmann
Réponses: 6
Vues: 466

Revenir en haut

Page 9 sur 11 Précédent  1, 2, 3 ... 8, 9, 10, 11  Suivant

Sauter vers: