Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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204 résultats trouvés pour autobiographie

Francisco Goldman

Dire son nom

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 51oqbf10

Difficile de dire ce qui m’a tenue sous le charme dans ce livre autobiographique. Si on regarde objectivement Francisco Goldman raconte sa propre histoire, fort simple, banale dans sa cruauté-même : presque quinquagénaire, écrivain reconnu ayant plutôt raté sa vie sentimentale, il est tombé amoureux d'une jeune femme mexicaine fantasque, drôle, tendre, qui pourrait être sa fille. Comme Francisco, Aura est passionnée de littérature. Elle consacre une grande partie de son temps aux livres, ceux qu'elle lit, ceux qu'elle étudie, et ceux qu'elle tente d'écrire, s'alarmant de n'avoir encore rien publié alors qu’elle n’ a pas trente ans. Mais elle sait aussi mener une vie d’étudiante avec Francisco, traîner dans les cafés, discuter cinéma, se baigner dans la mer... Elle a un rapport je- t'aime-je-te-hais avec une mère qui a tout sacrifié pour la réussite de sa fille, et un rapport inexistant avec son père qui l'a abandonnée alors qu'il était tout enfant. Ceci explique sans doute et sa force et sa fragilité. Ils vivent quelques années d'intense bonheur puisque aura l’aime aussi, l'épouse, qui partagent leurs moindres instants, Franciso la protège, et Aura le vivifie.

Mais Aura est morte il y a 2 ans écrasée par une vague lors de leurs vacances mexicaines. Francisco Goldman raconte leur bonheur éblouissant de naguère, le drame difficilement surmontable qu’il vit aujourd'hui. Cela n'a rien de racoleur, rien de larmoyant, c'est comme un ami qui raconte, passe d'une histoire à l'autre, se souvient d’une anecdote, repart en arrière, cherche une explication, un signe prémonitoire, et revient à ses douleurs du jour. À part cela, il ne se passe pas grand-chose, c’est une petite histoire de vie, mais on est curieusement formidablement attaché à ce couple, à cette jeune femme, dont on partage le quotidien à travers une superbe écriture. C'est l'histoire vraie de Francisco et de sa jeune femme Aura, qui trouva la mort de 2008, c'est lumineux et tragique à la fois.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie
par topocl
le Sam 17 Déc - 16:21
 
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Sujet: Francisco Goldman
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Boris Chiriaev

La veilleuse des Solovki

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 Image109

   « Etant enfant, je me suis retrouvé un jour dans un abattoir. J'y ai vu, dans un coin, un tas de viscères provenant d'animaux que l'on venait d'abattre. Entre les poumons rosâtres et les boyaux blanchâtres se détachaient en sombre les petites masses des cœurs d'où s'échappait un épais sang noir... Les cœurs palpitaient encore ; on les voyait se contracter et se dilater dans un rythme irrégulier. La force d'inertie de la vie en allée les possédait encore et les forçait à battre. Les uns se mouraient, les autres s'activaient encore, mais à vide, car arrachés à l'organisme qu'ils servaient, jetés sur le sol maculé et inondé de sang.
   Telles m'apparurent les Solovkis des années 1923-927, comme un tas d'entrailles arrachées, mais encore palpitantes et sanguinolentes. Ils n'avaient ni avenir ni présent, ces rebuts jetés sur la grande décharge russe, ils n'avaient qu'un passé. Et ce passé puissant faisait encore frémir leurs cœurs vidés de leur sang.
   Ils étaient déjà morts, mais leur cœur battait encore… »



Boris Chiriaev a été déporté aux îles Solovki de 1923 à 1930. C'était l'époque initiale où on y trouvait surtout des aristocrates, des intellectuels, des  religieux,où l'empreinte du monastère valeureux et rayonnant qui avait habité ces îles depuis des siècles était encore marquée, et où N A Frenkel n'avait pas encore soumis le travail forcé à ses vues stakhanovistes.
La veilleuse des Solovki a été écrit sur 25 ans, et forcément, au fil du temps, Chiriaev et son livre ont évolué. Il n'a pas écrit le livre vengeur qu'il projetait initialement, il a fait le choix non des soviétiques, mais de « l'âme russe ».


  « A travers les ténèbres vers la lumière ; à travers la mort vers la vie »



Les Solovki sont en effet à cette époque un amalgame intime de la tradition  russe historique, avec ce que cela importe de jouissance, de fidélité au tsar, de religiosité et de l'austérité de l'esprit révolutionnaire le plus extrême. Mais tout n'est pas encore tout à fait noir et blanc, des échappées sont encore possibles.

   « Ainsi s'entremêlaient et s'entrelaçaient bizarrement les délicats fils de soie du passé et la toile rêche des temps nouveaux ».



La veilleuse des Solovki, c'est cette veilleuse qu'a maintenue allumée jusqu'à sa mort un moine ascète retiré dans les forêts voisines, c'est aussi la flamme de l'enthousiasme, de la culture et de la dignité, entretenue par les hommes, malgré le travail exténuant, la peur, les coups et la mort qui rôdait. Cette flamme a revêtu de nombreux aspects, par l'entretien de la culture russe (théâtre, journaux et publications diverses, bibliothèque, musée du monastère astucieusement camouflé sous l' appellation « musée anti-religieux », recherche scientifique...), de la religion, et de divers petits actes d'honneur et de rébellion plus ou moins cachée, dont la célébration secrète de Noël, autour d'un sapin interdit, par six détenus de six religions différentes, est un des points culminants.


   « La veilleuse de la conscience morale réveillée, ranimée, la Veilleuse  incandescente de l'Esprit »



L'idée de Chiriaev n'est  pas de cacher l'épouvantable quotidien, qui trouve bien le moyen d'apparaître dans toute son horreur au fil de son récit. Mais ce qu'il veut, c'est transmettre depuis son exil italien  un message d'espoir, traquer  l'humain au cœur de ces détenus avilis. Son récit s'appuie sur de nombreux portraits d'hommes et de femmes qui ont tous su trouver quelque chose à opposer à la barbarie et à l'injustice. Ce n'est pas un roman, mais cela se lit comme un roman entre la truculence du conte populaire et le souffle de la tradition littéraire russe. L'écriture est à la fois attentive et habitée, y convergent la tolérance, l' absence de jugement, la malice par moments, et aussi une grande humilité, puisque de Chiraiev lui-même, on entendra très peu parler.

(commentaire rapatrié)



mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #insularite
par topocl
le Sam 17 Déc - 9:34
 
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Sujet: Boris Chiriaev
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Patti Smith

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 41fjjh10

M Train 

Ce recit-journal rend compte, dans un style élégant, des lectures de l'auteur, de ses rêves, de ses prises de notes et déplacements, de ses états d'âme, mais surtout de leur étroit sertissage à sa vie quotidienne, 
caisses de resonnances de ses propres obsessions, 

à l'appui des photos fort modestes, aussi,
 d'objets ou de scènes qu'elle aura été photographier, de la tombe de Genet à un ballon échoué sur le bitume.
 
C'est une femme de 70 ans qui écrit, et pourtant son rapport au temps rénove tous les poncifs à ce propos, les deuils et quelques flottements émotionnels décrits, seuls, parleront d'une entité frottée au temps qui passe. La solitude, aussi, omniprésente.
J'ai eue en ce sens bonheur à suivre cette rock star que je méconnais par ailleurs, parce qu'elle démontre que nous sommes seuls maitres de notre image. Y compris au coeur du huis clos de notre esprit.

Il est intéressant de constater qu'avec une apparente honnêteté intellectuelle Patti Smith élude certains pans entiers de la vie quotidienne pour articuler son recit autour de bien d'autres, triviaux ou spirituels. La réitération de ses récits de routine nous les fait vivre avec la gratitude volontaire d'un visiteur.  Leur somme brosse un tableau réaliste et pourtant singulier d'une existence autant soumise qu'une autre aux détresses existentielles. Là où je choisirais de conduire 15 km pour arpenter une exposition, elle prendra l'avion pour le japon, mais passé ce fossé de possibles, le tissage de sens en lui même se déploie, généreux, créatif.

J'y rencontre, fidèle, et donc comblée, à mes quêtes, la figure d'une solitude universelle en ses caractères, et les mises en scène et remèdes que l'auteur lui opposent. 

Une promenade poétique en compagnie d'un esprit singulier, non pas puissant mais sensible, attachant et passeur.

Agréable. Et mélancolique lecture. Dont les derniers paragraphes accusent la perte fondamentale à laquelle toute vie nous destine.

Mais en route nous aurons appris à verser un peu d'huile d'olive dans un petit bol, à le poser près d'une tasse de café, aux côtés d'une tranche de pain complet, à aimer les photos nues de ses obsessions, et à écrire, enfin, avec estime de soi, tous nos espoir de naitre à l'écriture, à ses côtés.

Pour résumer , ce sont des Choéphores que patti Smith applique,, et transmet, comme principes de vie.

C'est dépaysant.
J'en ressors non conquise par la figure mythique de Smith mais attachée à son humanité singulière. ça me parais un bon bilan.

En post scriptum une petite note sur le style : parfois, le fond et la forme s'embrument, la narratrice a ses errances et ses incohérences, mais elless sont narrées comme telles, ce qui nous permet de la suivre tout de même et d'en tirer la moelle.


mots-clés : #autobiographie
par Nadine
le Ven 16 Déc - 22:40
 
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Sujet: Patti Smith
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Dominique Ané

Y revenir

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 Arton410



   À l'époque où je revois Vincent, je tente d'écrire des nouvelles. Je ne m'y suis pas essayé depuis l'enfance, tétanisé par ma vénération pour la littérature, et redoutant le syndrome du «livre de chanteur ». Mais je persévère cette fois, parce qu'on m'y encourage, et qu'écrire consiste peut-être en ça aussi : reconnaître son impuissance à le faire, et s’y atteler malgré tout. Vivre nous apprend bien que nous ne savons pas vivre, et nous le faisons quand même. Si au bout il y a un livre, tant pis si ce n'est pas celui qu'on voulait faire. Un livre est un regret, mais au moins est-il délesté de celui de ne pas l'avoir écrit.



Y revenir, c'est revenir à Provins, ville sans vie, ville figée où son enfance se trouva non bercée, mais étrangère. Enfant unique, enfant secret, enfant maladroit, marqué au saut de la solitude, avec son lot de secrets sombres, d'humiliations rentrées. Aimé avec douceur, nourri de feuilletons télévisés, il a grandi à Provins, perclus de rancoeur contre une vie provinciale étriquée, sauvé par sa découverte de la musique qui lui a offert le salut.


   Le pacte scellé avec la musique est irréversible.



Ah ! N'attendez pas le « livre de chanteur » et les anecdotes truculentes. Le livre est tout en sensibilité dans une mélancolie qui exclut l'apitoiement et qui affronte une remise en question d'une honnêteté désarmante. Dominique A est un humble qui sait reconnaître ses attachements comme ses erreurs, qui sait se reconnaître et se raconter.
C'est en outre superbement écrit en petits textes courts, sobres, sans étalage de sentiments, sans larmoiement, profondément touchant.





 
Peut-être faut-il ruser pour mettre le temps à ses pieds ; comme ce garçon fils de menuisier, qui de marionnette est devenu enfant par l'entremise d'une fée, et dont je suis passionnément les aventures cathodiques. N’obéissant qu’à son instinct, il ne se voue qu’à l'instant présent ; il n'anticipe rien, le passé l'indiffère, il est libre. Il le pays cher, et redevient morceau de bois pour avoir bravé les interdits du monde des adultes. Au prix d'innombrables épreuves, il retrouve forme humaine, et la dernière image du dernier épisode le voit courir sur une plage, entraînant son père, qui peine à le suivre. Un enfant peut donc être celui qui mène la marche, tirant le vieux monde derrière lui. Il faut pour cela beaucoup de courage, et je ne suis pas sûr d'en avoir autant. Mais quoiqu'il en coûte, il semble préférable d'être un enfant plutôt qu'un morceau de bois.



 
Le soir parfois, dans la nuit en hiver, ou dans le jour déclinant aux approches de l'été, j'accompagne ma mère jusqu'à la cabine téléphonique face à la supérette à l'entrée de notre résidence. Maman  téléphone à ses soeurs, et moi je traîne autour de la cabine. À rythme régulier, ma mère insère des pièces dans la machine, et la conversation ne s'interrompra que lorsque le porte-monnaie sera vide. Pendant ce temps, je fais des allers-retours sur un muret. De rares voitures passent lentement ; elles semblent le faire à contrecœur, comme désolées de perturber la sérénité du décor. Je ne sais pas pourquoi j'aime autant ces moments-là. Peut-être parce que tout me paraît enfin paisible, imprégné d'une fine brune mélancolique qui, déjà, m'a pris dans ses filets. Le silence de ces fins de journées tient à distance  toutes les peurs. Ici, les dangers que font peser la vie et la fréquentation des autres n'ont plus cours, et je pourrais rester là des heures avec ma mère, auprès de cette cabine, sur ce bout de trottoir où presque personne ne passe, pendant que la machine décompte le temps et les mots échangés.



 
L'enfance vient à glisser. Elle ne rend pas tout à fait les armes, mais l'on doute que celles qu’elle nous a confiées suffirons à nous protéger, et à donner corps à nos désirs. Aucun pistolet en plastique ne fera disparaître la plaine. Une fois le fait admis, la déception ravalée, on rit de sa naïveté, et on chute dans l'adolescence, dans cet entre-deux où les armes de substitution sont si dures à trouver, si peu fiables, et où les pas sont en quête d'adhérence.



   Depuis toujours, le son des pas me fascine. Je rêve d'une musique qui ne serait faite que du frottement de la semelle sur le sol, du claquement du talon sur l'asphalte.
   Lorsque je m'imagine filmé sur le chemin de l'école, je marche exprès sur du gravier pour donner de la densité à la bande-son.



mots-clés : #autobiographie
par topocl
le Ven 16 Déc - 9:21
 
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Sujet: Dominique Ané
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James Agee

Une mort dans la famille

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 Images45


   Il sentait que son père avait beau aimer sa maison et les siens, il était pourtant trop solitaire pour trouver dans la satisfaction de cet amour familial l'aide dont il avait besoin ; que sa solitude même en était accrue, ou bien lui rendait plus difficile de ne pas se sentir seul.(...) Il savait qu' une grande partie de son bien-être tenait à ce qu'il s'attardait pendant quelques minutes loin de chez lui, dans un grand calme, à écouter remuer les feuilles, et regarder les étoiles ; et que sa propre présence, à lui, Rufus, était tout aussi indispensable à son bien-être. Il savait que tous deux savaient le bien-être de l'autre, et les raisons à cela, et à quel point chacun comptait plus pour l'autre, de cette façon incomparable et capitale, que qui ou quoi que ce soit dans le monde ; enfin que le meilleur de leur bien-être reposait dans ce savoir mutuel, lequel n'était ni caché ni révélé.




James Agee nous parle d'une famille où les enfants se savent protégés par leur père, et aimés par leur mère, intuitivement, sans que cela soit forcément dit, et que cela suffit pour que le monde soit beau. Rufus, six ans, que son père emmène au cinéma voir Charlot, et avec qui il s'arrête, rituellement, assis sur une pierre proche de la maison, transmettant par son silence l'intensité de ses sentiments. Et dont la mère, une fois sa vaisselle faite, se repose bienveillante sur le fauteuil à bascule de la véranda, s'en remettant à Dieu.


   Parfois ces soirs-là son père fredonnait un peu et un mot ou deux émergeaient de ce fredonnement, mais il n'achevait jamais fût-ce un lambeau d'air, car dans le silence il y avait plus de contentement, et parfois il disait quelques mots sans conséquences, mais jamais n'essayait d'en dire plus, ou de s'attendre à une réponse ; puisque dans le silence il y avait plus de contentement.


James Agee nous parle des quelques jours qui entourent la  mort de ce jeune père follement aimant quoique farouche, de la sidération face à ce tragique événement, de la bonté réciproque des survivants, ainsi que de leur entourage familial et amical, qui va étayer ces premiers instants.

Et curieusement, ce n'est pas le sentiment du tragique qui ressort de la lecture, mais l'émotion contenue dans  la bonté des personnages, de l'attention à l'autre. Cette délicatesse donne une lecture d'une incroyable et déchirante douceur. Chaque personnage,  vraiment chacun,  les sanglots au fond de la gorge, est  subtilement magnifié par sa générosité intrinsèque. Ils savent que c'est ensemble, dans l’humanité partagée, qu'est leur seule ressource. Les enfants déboussolés sont jetés hors d'un monde qu'ils croyaient bienfaisant, et qu'ils découvrent implacable. Ils observent cette étrange cérémonie entre adultes, reçoivent leur lot d'attention, et en retour sont le soutien volontaire et involontaires des grandes personnes. Chaque personnage, adulte ou enfant, éperdu de solitude et d'amour mêlés, trouve quelqu’un à aider et pour l’aider

Un seul personnage échappe à cette aura d'humanité, dans un monde ou croyants et non-croyants partagent amour et respect, un prêtre aveuglé par son intransigeance, symbole effrayant de ce monde inhospitalier.

Beaucoup de dialogues, aussi réalistes que travaillés, avec ce que cela implique de phrases non terminées, d’alternance de non-dits et  de courage à dire les mots aussi douloureux soient-ils, de silences partagés. Mais James Agee n'écoute pas que les mots, il traque les bruits, aussi insignifiants soient-il, frôlements, gouttes qui tombent, criquets qui s'acharnent… et aussi, une fois encore, l'épaisseur bienheureuse des silences.

Pour parler de cette histoire qui évoque sa propre enfance, James Agee a une plume tout à fait singulière, précieuse, d'une sensibilité infinie, et  qui laisse la lectrice tout a la fois remuée et bercée. Comblée.

(commentaire rapatrié)



mots-clés : #autobiographie #mort
par topocl
le Jeu 15 Déc - 13:29
 
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Sujet: James Agee
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Ruth Klüger

Allez, je plombe l'ambiance! Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 2441072346

Perdu en chemin

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 Index118

Je suis carrément déçue par ce deuxième tome. Ruth Klüger y décrit sa carrière universitaire aux États-Unis et en Allemagne, et, plus rapidement, l'échec de son mariage et le demi-échec  de sa relation avec ses enfants. L'objectif quasi exclusif est de montrer ce que son statut de femme-juive-revenue des camps lui a valu de brimades, propos désagréables, comportements malvenus voire grossiers. Malheureusement cela donne quelque chose de tout à fait descriptif, voir énumératif, où on ne retrouve que rarement l'humour,  la mise à distance, l'irrévérencieuse réflexion qu'on trouvait dans Refus de témoigner. Cela finit par être assez indigeste, et je n'aurais certainement pas fini le livre si je n'avais pas  été si accrochée par le premier, et s'il n'avait pas été  relativement court.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #autobiographie
par topocl
le Sam 10 Déc - 21:26
 
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Sujet: Ruth Klüger
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Ruth Klüger

Ruth Klüger
(Née en 1931)


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Ruth Klüger, née le 31 octobre 1931 à Vienne, est une écrivain et universitaire américaine.

Ruth Klüger est née à Vienne le 31 octobre 1931, dans une famille juive « émancipée, mais non assimilée », ainsi qu'elle la décrit elle-même. Son père, Viktor Klüger, issue d'une famille pauvre exerce comme gynécologue et pédiatre. Sa mère, née Alma Hirschel, d'origine bourgeoise a eu un fils, Jiri (Georg en Allemand) d'un précédent mariage avec un tchèque. Les premiers souvenirs de Ruth sur le monde extérieur sont liés à l'antisémitisme. En 1942, âgée de 11 ans, elle a été déportée avec sa mère à Theresienstadt, puis en 1944 à Auschwitz. Elle échappe à la mort promise en général aux moins de quinze ans car tous les membres de son convoi sont parqués dans le camp B2B, un des nombreux sous-camps de Birkenau appelé « camp familial de Theresienstadt ». Elle est ensuite transférée dans le camp de travail de Christianstadt en Basse-Silésie, camp de travail annexe de Gross-Rosen. En février 1945, pendant l'évacuation du camp, Ruth Klüger et sa mère parviennent à s'enfuir. Elles se réfugient en Bavière, puis émigrent en 1947 aux États-Unis, où Ruth Klüger poursuit ses études à New York puis à Berkeley.

En 1980 elle devient professeur à l'université de Princeton et a enseigné par la suite dans plusieurs universités américaines. Elle a été également pendant plusieurs années professeur invité à l'université de Göttingen en Allemagne. Elle est une spécialiste reconnue de la littérature allemande. Un jour, à Göttingen, elle est renversée par un cycliste dans la Judenstrasse (rue des Juifs). Le traumatisme de la chute réveille ceux de sa jeunesse : « Je crois qu’il me poursuit [verfolgt], veut me renverser, vif désespoir, une lumière dans la nuit, son phare, métallique, comme un projecteur sur du fil barbelé, je veux me défendre, le repousser, les deux bras tendus, l’impact, l’Allemagne, un moment semblable à un combat à mains nues, cette lutte que je perds, du métal, l’Allemagne encore, qu’est-ce que je fais ici, pourquoi suis-je venue, suis-je seulement jamais partie ? » (p. 272)
Cela déclenche en elle un retour vers le passé qui aboutit à la rédaction de son témoignage en 1992 Weiter leben (Continuer à vivre), traduit en français en 1997 sous le titre Refus de témoigner, autobiographie et livre de réflexions sur la déportation, dont le thème principal est le refus de voir son identité réduite à la catégorie d'ancienne déportée, ainsi que la critique des stéréotypes engendrés par la mémoire de la déportation.

Ruth Klüger a reçu de nombreux prix littéraires, dont, en France, le prix Mémoire de la Shoah (1998) et en Autriche, le prix Theodor Kramer (de) (2011)..


(wikipedia)

Traductions en français

Refus de témoigner. Une jeunesse
Perdu en chemin

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Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 516d1p10

Refus de témoigner

lecture bouleversante comme toutes celles sur le même sujet, là une parole de femme

Ce qui m’ a le plus intéressé c’est que ces paroles sont celles de la fillette, puis de la femme, l’auteure prend la place que sa famille, la société, l’histoire veulent lui soustraire, parce que sous tous les cieux il semble acquis que la place de la femme doit être celle de l’acceptation, parce que secondaire. Alors sa réponse est la fuite, physique, matérielle, mentale.

La fuite mais pas l’oubli, se servir de sa mémoire pour revivre, pour contrer tous ceux qui après guerre regardent les survivants comme des coupables, (sous-entendu si les Juifs étaient dans des camps, c’est qu’il y avait bien raison) non dit-elle je ne suis coupable de rien, et encore moins de vivre. Il a fallu des décennies pour que l’holocauste porte un nom, qu’il soit reconnu crime contre l’humanité.

Les va et vient entre le passé et le présent, entre les USA et l’Allemagne montrent bien que l’auteure est toujours en recherche, sur elle-même et les autres, mais lucide, elle sait qu’elle n’est souvent pas crue, comprise.
Rebelle, sévère, la femme reflète la fillette ; les relations avec sa mère sont toujours aussi difficiles, contradictoires et là aussi la fuite s’impose.

Rhut est fidèle à ses idées, à sa non religion, à ses amies que ce soit Ditha (l’amie, la sœur des camps) ou ses amies connues aux USA.

Après avoir lu ce témoignage et parce que j’ ai vu « la Shoah de Lanzmann », la liste de Schlinder et beaucoup de reportages j’étais un peu déstabilisée par son analyse sur ce voyeurisme, même si elle n’a pas employé de mot (il me semble). Mais je me souviens qu’elle s’est à plusieurs reprises adressée à ses lecteurs et plus spécialement à ses lectrices quand elle les pensait plus concernées.

Seuls le respect pour l’auteure peut être une conclusion de cette lecture et la mémoire de ce qui fut



mots-clés : #autobiographie #campsconcentration
par Bédoulène
le Sam 10 Déc - 16:24
 
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Sujet: Ruth Klüger
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Jean-Baptiste Labat

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Voyage aux Iles de l'Amérique (présenté par Daniel Radford)

Ce sont les mémoires du R.P. J.B. Labat qui a séjourné aux Antilles plusieurs années .
Ce moine dominicain est un personnage des plus actifs doué pour édifier, structurer, gérer un village, outre de donner les bénéfices qu’il pense, de la religion aux hommes qui peuplent ces îles, plus particulièrement la Martinique et la Guadeloupe. Mais il visitera aussi la Dominique, Saint Martin etc… au gré des acquisitions françaises et les îles coloniales de l’Espagne au gré des alliances des  pays.
Il dresse un inventaire étonnant des végétaux (forme, utilité, culture) des animaux (les nourriciers, les dangereux), cite même des recettes pour le manger et le boire, car le R.P. apprécie la bonne chère ( il y a d’ailleurs des accommodements à la règle du Carême) et il apparait que les îles étaient giboyeuses et poissonneuses.

Il consacre un chapitre aux cultures qui font la richesse des îles  : le sucre de canne et les sucrières, le cacao et le coton.

Il présente aussi pour les diverses communautés de gens leurs qualités et défauts, leurs mœurs et usages, les civilités  : les propriétaires sont français, les esclaves des noirs et les Caraïbes sont les indiens (ou sauvages comme certains les appellent)

Il ressort de ce récit que la mentalité des hommes, y compris le R.P. était très « macho »(les femmes ont été créées pour servir !)  et que l’esclavage était une chose normale, accepté comme nécessaire(le paiement des esclaves se fait en nature, le plus souvent le sucre en est la monnaie)
« Jamais les épouses ne doivent manger avec leur mari. Cette coutume, toute extraordinaire qu’elle paraisse d’abord, n’est pas trop sauvage.  Après quelque réflexion, elle m’ a paru remplie de bon sens et fort propre pour contenir ce sexe superbe dans les bornes du devoir  et du respect qu’il doit aux hommes. »
« Cependant, elles (les femmes Caraïbes)savent si bien leur devoir et le fond avec tant d’exactitude , de silence, de douceur et de respect  qu’il est rare que leurs maris soient obligés de leur en faire souvenir. » Grand exemple pour les épouses Chrétiennes , que l’on prêche inutilement. »
(dur à lire cela)
La sorcellerie est vivement réprouvé et le R.P. cite d’ailleurs des évènements passés et  certain qu’il a eu l’occasion de voir .

« A la fin pour leur faire voir que je ne craignais, ni le diable, ni les sorciers je crachais sur la figure (le marmouset) et la rompis à coups de pied.
Enfin je le fis mettre aux fers (l’esclave noir) après l’avoir fait laver avec une pimentade, c’est-à-dire avec de la saumure dans laquelle on a écrasé des piments et des petits citrons. Cela cause une douleur horrible à ceux que le fouet a écorchés, mais c’est un remède assuré contre la gangrène qui ne manquerait pas de venir aux plaies. Je fis aussi étriller tous ceux qui s’étaient trouvés dans l’assemblée. »

La guerre avec les Anglais était quasi permanente et les deux pays  avaient besoin de l’aide des Caraïbes pour faire pencher la balance en leur faveur.
Sur l’île de Saint Christophe le Sieur Coullet su convaincre les Caraïbes et les noirs  : « Après les avoir régalés et leur avoir offert maints présents, il les convainquit de rompre leur alliance avec les Anglais.  Ils s’empressèrent  alors de massacrer quelques uns de ces derniers qui tombèrent entre leurs mains et d’apporter leurs membres boucanés pour faire voir qu’ils avaient entièrement rompu avec nos ennemis. »

Déjà le R.P. me parait parler de surconsommation et d’écologie  :  La difficulté de leur chasse (il s’agit des oiseaux appelés diables) en conserve l’espèce qui serait détruite entièrement depuis fort longtemps, selon la mauvaise habitude des français, s’ils ne se retiraient pas dans des lieux qui ne sont pas accessibles à tout le monde. »
« La nonchalance ordinaire de nos insulaires qu’ils communiquent hélas aux européens »
(ceci est, toujours en vigueur)

Le R.P fut à plusieurs reprises atteint de la maladie de Siam (la fièvre jaune)il fut bien soigné et assez fort pour s’en sauver. Il n’hésite pas plus tard alors qu’il souffre de fièvre, d’enflure à se soigner lui-même avec des plantes.(teinture de Scamonée, raclures de mahot-cousin, tisane de bois de gayac et de fguine
Les Européens ont apporté en amérique des maladies comme la petite vérole notamment.

Un chapître évoque le tabac qui devient médicament, et parait-il soigne beaucoup de maux – le R.P. averti toutefois de se garder de tout excès, il est mentionné d’ailleurs qu’il est interdit en Turquie, en Perse.  Cette culture du tabac participera à l’établissement  de nos colonies et l’enrichissement pour le roi.
Café : à présent répandu dans le monde comme boisson  le RP.  A  un avis  laconique sur son utilisation « drogue nouvelle »  cependant sa culture a « sauvé » la Martinique qui ne disposait que de sucreries et peu nombreux étaient ceux qui savaient  bien faire.

Cacao : l’usage du cacao est très répandu aux Iles, les habitants le consomme à l’ordinaire ; en France c’est l’Infante d’Espagne qui a introduit cette boisson.

L’écriture  fait souvent sourire, le R.P. a-t-il un humour involontaire ?
« Cette femme était toute nue et tellement nue qu’elle n’avait pas deux douzaines de cheveux sur la tête. »
« Mais ce qui est bien plus admirable, c’est que sans discours et sans querelle ils se massacrent et se tuent  fort souvent. »
« l’arbre tomba enfin, sa curiosité fut satisfaite, mais il en porta la nouvelle en l’autre monde car il en sentit tout le poids. »
« Cette cérémonie (je leune de 30 à 40 jours) ne se pratique que pour le premier né ; autrement les pauvres maris qui ont cinq ou six femmes pourraient s’attendre à jeûner plus de Carêmes que les Capucins. »

C’est un récit très vivant, intéressant même s’il date, peut-être d’ailleurs  pour cette raison et parce que c’est l’Histoire des Iles, de cette France lointaine.
C’ est aussi une aventure, faune, flore, Caraïbes, Esclaves, hommes d’église, pirates……………


"message rapatrié"


mots-clés : #autobiographie #esclavage #historique #insularite
par Bédoulène
le Sam 10 Déc - 10:02
 
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Sujet: Jean-Baptiste Labat
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Salman Rushdie

Joseph Anton, une autobiographie

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...ou… comment la réalité dépasse (et de loin) la fiction, nous rappelle que nous vivons dans un monde de dingues, de lâches et de courageux, où nous avons tort de dormir sur nos deux oreilles .

Vous n’avez rien compris à la fatwa lancée contre Salman Rushdie ? Vous saurez tout. Vous croyez tout en savoir ? Vous en saurez encore plus. Salman Rushdie a décidé de tout dire, de A à Z, de haut en bas, de gauche à droite, sans laisser passer un détail, sans oublier un nom, une anecdote ou une péripétie. Cela donne une impression de logorrhée obsessionnelle qui est assez jubilatoire, et curieusement, malgré 724 pages fort copieuses, on ne se lasse pas, on accroche à ce récit tout à fait passionnant. On a curieusement en même temps l’ impression que Salman Rushdie est à côté de nous pour nous raconter cette histoire, avec une vivacité qui évoque l’oralité, mais que c'est aussi formidablement écrit, avec un style époustouflant.

Salman Rushdie explique comment on vit, comment on aime (ses femmes, ses fils, ses amis…)ou déteste (quelques règlements de comptes affûtés), comment on écrit, publie, et surtout comment on se bat dans une situation aussi tragique, à la fois kafkaïenne et ubuesque et cela nous donne un récit palpitant, un thriller qu’on a du mal à lâcher, un roman d'aventures des temps modernes.

Mais il ne s'en tient pas la, c'est aussi une profonde réflexion sur qu’est ce écrire, qu'est-ce qu’exprimer sa liberté, qu’ est ce qui est acceptable et y a t’il des choses qui ne le sont pas, jusqu'où mener un combat, et en même temps un grand cri d'alarme face aux fondamentalistes terroristes, et donneurs de leçons en tous genres.

Et cela finit en apothéose, sur fond de 11 septembre, pour nous expliquer ce que la littérature a bien compris, que les hommes sont multiples, profonds, complexes, et que cette complexité même leur donne toujours la possibilité d'avoir quelque chose en commun, au contraire de ce que peuvent dire tous les nationalistes et extrémistes religieux, et que c'est pour ça que la littérature, ou l'art, doivent être protégés, parce qu’ils sont un pont entre les hommes et que sans eux, nous ne survivrons pas.

Salman Rushdie alias Joseph Anton dresse de lui-même un superbe portrait tout en complexité, alternativement humble et arrogant, généreux ou insupportable, adolescent ou réfléchi, un homme que le destin a malmené et dont il parle avec recul, intelligence, humour, sans complaisance aucune. Un homme qui n’a (presque) jamais cessé d’écrire :


   Il était très ému parce que l'achèvement du Dernier soupir du Maure, plus encore que celui de Haroun et la mer des histoires, était une victoire qu'il avait remportée sur les forces obscures. Même s’ils le tuaient maintenant ils ne pourraient pas le vaincre. Il n'avait pas été réduit au silence. Il avait continué d'écrire


…ni de se battre :

   Mais il savait qu'il devait continuer et qu'il allait le faire, calquant sa conduite sur celle de l'irrésistible Innommable de Beckett. Je ne peux pas continuer. Je continue


et qui se retourne sur son histoire en refusant qu'elle ne lui dicte sa vie :

   
Ce ne serait pas comme avant mais ce serait bien



Je ne peux reprocher qu'une chose Salman Rushdie aujourd'hui, c’est qu’il m'a donné envie de relire tous ses livres dont on suit avec éblouissement l'élaboration.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #autobiographie
par topocl
le Sam 10 Déc - 9:48
 
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Sujet: Salman Rushdie
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Giacomo Casanova

Giacomo Casanova (1725-1798)

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Je me décide à ouvrir un fil sur cet individu hors du commun. Une personnalité mouvante qui vous glisse des mains telle une anguille, aux multiples facettes, à l’image des masques vénitiens qu’il affectionnait tant.

Casanova, fut à la fois ecclésiastique (peu de temps), soldat, ambassadeur (plus ou moins officiel selon les circonstances), agent secret, grand voyageur (il séjourne dans toutes les grandes cours européennes), joueur (toujours et dans toutes ses actions), mage (alchimiste, voyant…), aventurier (son exploit le plus célèbre étant l’évasion de la prison des Plombs à Venise), quelque peu escroc, séducteur impénitent et surtout, pour ce qui nous intéresse, écrivain.

Campons mieux le personnage : plus de 1m90, teint mat, vraie force de la nature, il nait à Venise dans un milieu de comédiens et restera vénitien jusqu’au bout des ongles jusqu’à la fin de sa vie, bien qu’il fut éloigné de sa patrie à plusieurs reprises et qu’il finit sa vie tristement comme bibliothécaire en Bohême.

Sa principale caractéristique : Casanova est un amoureux de la vie et il la dévore avec un appétit d’ogre : repas et vins somptueux, conversation entre amis, jeu (le pharaon où il mise gros) et amoureux de la femme (je vais y revenir). Au XXe siècle, Casanova aurait été qualifié de flambeur, dragueur et macho.

Casanova séduit
un nombre considérable de femmes. Il les préfère bien sûr jeunes et jolies, mais apprécie également leur innocence, leur esprit, leur culture, leurs bonnes manières. Toutefois, il ne les veut pas « savantes » et raisonneuses, matières nobles réservées à l’intelligence masculine. Il n’échappe pas à son temps avec des mœurs qui nous choquent aujourd’hui, montrant une attirance pour les très jeunes filles, parfois à peine nubiles, pratiquement vendues par leur mère dans l’espoir d’un beau parti. Mais le sexe n’est pas tout pour Casanova. D’ailleurs, lorsqu’il lui arrive de fréquenter les prostituées, il en éprouve du remords, déçu par les relations « animalières ». De plus ces rencontres lui sont souvent fatales et se traduisent par des chaudes-pisses qu’il soigne à coup de mercure et de régime. En résumé, Casanova doit tomber amoureux pour être heureux et cela ne se résume pas seulement à des échanges physiques. Le problème est que Casanova est constamment amoureux. Il promet le mariage à l’une en toute bonne fois, mais il suffit qu’une autre lui tombe sous les yeux pour qu’il oublie la première. Cependant, bon prince, il cherche à confier cette délaissée à un ami ou une connaissance de qualité afin de lui faire faire un beau mariage !

Libertin donc Casanova, mais pas à la manière de Sade. Ce serait même son antithèse. Pas de provocations blasphématoires chez lui. Esprit libre, éloigné des superstitions, franc-maçon, il croit en Dieu. Casanova est plutôt du genre "gentil" avec les femmes en ce 18e siècle.

Venons-en à l’écriture. Casanova s’est dès son plus jeune âge intéressé à la littérature et en particulier le genre noble en Italie à cette époque, la poésie. Toutefois, les quelques ouvrages qu’il fait publier ne lui apportent pas le succès qu’il en attendait. Comment aurait-il pu deviner que son nom aller passer à la postérité grâce au manuscrit dans lequel il raconte sa vie et qu’il entreprend d’écrire dans la deuxième moitié de son existence ? Manuscrit qu’Il a pensé à faire publier puis à détruire avant de mourir, tel Virgile avec l’Eneide. Comment aurait-il pu penser que ce texte soit publié ? En effet, Casanova est très corporel, il s’embarrasse rarement de métaphores et ses descriptions ne donnent pas dans l’allusif. Il parle masturbation, vit, tout juste si le sexe féminin a droit au doux nom de « sanctuaire ». A cela probablement une raison simple : selon la belle expression de Gérard Lahouati (préface édition Pléiade), L’Histoire de ma vie est une sorte d’A la Recherche des plaisirs perdus. Casanova, ses facultés de séduction sur le déclin, revit les jouissances du passé par le souvenir et l’écriture. Preuve en est que son ouvrage s’arrête en 1774, à la cinquantaine au moment où l’âge fait sentir ses effets.

Alors ce texte ? C’est un vrai roman d’aventure, sans aucun temps mort. Le lecteur est happé par les multiples péripéties, les anecdotes, les rencontres avec des personnages célèbres ou inconnus. L’auteur est d’une verve incroyable mêlant réflexions profondes et décrivant les situations auxquelles il est confronté avec esprit et humour (il n’hésite pas à rapporter certains « râteaux » mémorables avec les femmes). A la fois imbu de lui-même et doté d’autodérision, Casanova nous offre un fascinant kaléidoscope de la civilisation du 18e siècle.

L’histoire du manuscrit est à l’image de l’auteur. Vendu à l éditeur Brockhaus en 1820, il fut traduit dans une version expurgée en allemand, reprise en français ! Ensuite, le manuscrit fut tenu pratiquement secret. Déménagé en catastrophe en 1943, de Leipzig en flammes, il fut enfin publié correctement en 1960. Récemment, la bibliothèque nationale a pu en faire l’acquisition. C’est un vrai miracle que nous puissions lire aujourd’hui les aventures de ce diable d’homme !

Dernier point : il faut absolument éviter les anciennes éditions totalement caviardées : expurgées, réécrites. Seulement deux d’entre-elles sont à recommander : celle de la collection « bouquins » et encore mieux, pour les plus fortuné (e), la dernière édition en Pléiade.


Bibliographie sélective en français :

- Confutation de l’Histoire du gouvernement de Venise d’Amelot de la Houssaye, 1769
- Lana Caprina, 1772
- Icosaméron ou Histoire d'Edouard et d'Elisabeth 81 ans chez les Mégamicres (5 tomes), 1787
- Histoire de ma fuite des prisons de la République de Venise, 1788
- Histoire de ma vie, 1826-1832 (également publié sous le titres Mémoires de J. Casanova de Seingalt)
- Soliloque d'un penseur (essai)
- Ma voisine, la postérité
- L'amour à Venise
- Essai de critique sur les moeurs, sur les sciences et sur les arts
- Discours sur le suicide

Extraits des mémoires :
- Le duel, ou essai sur la vie de J.C Vénitien (épisode des Mémoires, initialement publié séparément)
- Mes folies de l'île de Casopo
- Mes apprentissages à Paris
- Madame F, suivi de Henriette

mots-clés : #aventure #autobiographie
par ArenSor
le Jeu 8 Déc - 13:49
 
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Sujet: Giacomo Casanova
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Doug Peacock

Mes années grizzlis

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 97823510

De mon point de vue, peut-être un peu tordue, sauvegarder les ours était une idée révolutionnaire : une tentative pour empêcher notre monde de devenir complètement dingue.


Les pas de Rick Bass m’ont naturellement embarquée chez Peacock, après un petit détour par Pete Fromm.

Cette fois j’ai vu plein d’ ours, là où Rick Bass passait beaucoup de temps à les pister. Je les ai vus car Peacock a un talent descriptif plutôt fort, pour faire vivre sous nos yeux ces grosses masses de muscles et de griffes qui fascinent les humains, mais ne s’offrent qu’à quelques observateurs plus respectueux que les autres, en l'occurrence Peacock, un grand solitaire rageux, qui fuit ses cauchemars du Vietnam.

Ceux de ma génération ont manifesté contre la guerre, libérant ainsi leur conscience. Moi, je me suis retiré dans les bois et j'ai eu recours à du vin de mauvaise qualité pour obliger ma mémoire à s'endormir.


Cette nature sauvage et inhospitalière, la rudesse de la vie au grand air  sont pour lui comme un cocon salvateur.

Lorsque l'on est assis sur le flanc d’une montagne en pleine tempête, à la recherche de ce que certaines personnes considèrent comme l’animal le plus féroce de ce continent, on éprouve une véritable humilité et une étonnante réceptivité.



Peu à peu, au fil du récit, les pages sur la guerre, aussi évocatrices que celles sur l'aventure-grizzli, se font plus rares, même si des traces continuent à ressurgir jusqu'à la fin du récit.

Cette nuit-là, je dormis profondément. Un sentiment de tolérance et de reconnaissance m’avait envahi, dû probablement au fait de vivre avec l'animal le plus dangereux du continent et d’en accepter les risques inhérents. Je n'étais plus celui qui dominait et je me retrouvais étrangement ouvert et vulnérable.



Et ainsi, Peacock passe 20 ans dans les montagnes à fuir la compagnie des hommes, pas tout à fait celle des femmes. Il n’en règle pas moins ses comptes avec l'impérialisme américain, sa dangereuse tendance à dominer et décimer les hommes et les bêtes.

La façon dont nous nous sommes comportés envers les Indiens, les bisons, les loups et les grizzlis correspond à la manière dont nous avons écrit notre histoire selon des voies convergentes, éclaboussées de sang, qui nous ont conduit où nous en sommes à présent. En dépit du léger remords que nous éprouvons aujourd'hui, nous n'avons aucune excuse.


C’est le portrait d'un impressionnant homme unique, qui voit dans son combat pour sauver les grizzlis une lutte pour une espèce humaine plus libre, plus courageuse, plus chaleureuse. Un homme qui donne à voir et à comprendre des animaux emblématiques entre tous.

La forme du récit est celle de brèves annotations mises côte à côte, autour du fil directeur des grizzlis, au fil des saisons, et il ne faut pas en attendre un début et une fin, une progression, mais plutôt l'évocation par petites touches d'une symbiose qui a duré des années entre un homme et la nature. Cette forme m'a finalement un peu lassée, j'ai fini par sauter des passages sur la fin. Il n'en demeure pas moins que Mes années grizzlis restera un livre marquant.



(commentaire rapatrié)



mots-clés : #autobiographie #guerre #nature
par topocl
le Jeu 8 Déc - 13:32
 
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Sujet: Doug Peacock
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Mario Vargas Llosa

Il ne m'avait pas convaincue en première lecture, Vargas LLosa.

La tante Julia et le scribouillard

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 51najo10

Je n'ai pas été emballée par ce roman semi autobiographique de Vargas Llosa, tout en y voyant bien le côté sympathique et original qu'on peut y trouver.
D'abord, j'ai mis longtemps à comprendre qu'il était dans le registre de l'humour. J'ai trouvé d'une badinerie un peu fade l'histoire avec la tante Julia (dont la seule dénomination est un régal). Cette fadeur-même, le côté falot du héros ne m'ont pas fait passer au-delà du stade du sourire-prêt-à-s'épanouir-si-on-lui-en-accorde-un-peu-plus. C'aurait pu être le cas grâce au scribouillard, car là, l'auteur ne recule devant rien dans le rocambolesque délirant, mais au contraire, c'était un peu trop pour moi....
J'ai regretté que Vargas Llosa n'approfondisse pas plus que la réflexion sur l'écriture et j'attendais aussi une fin plus facétieuse.

Au total, les moments de lassitude ont alterné avec les moments  d'étonnement amusé, mais l'enthousiasme n'y était pas. C'est un livre dont je me souviendrai sans doute, car il a  une singularité vraiment originale, que l’écriture en est habile, mais pas vraiment comme d'un grand moment.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #autobiographie
par topocl
le Mer 7 Déc - 11:12
 
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Jim Harrison

C’est en me délectant de Chaud Brûlant de Bill Buford que j’ai eu connaissance de J. Harrison. Ce roman relate les déboires et plaisirs de ce journaliste qui plaque tout pour faire l’apprentissage du métier de cuisinier chez Mario Batali (cuisinier doué à la personnalité bien trempée et un peu exubérant) à New York et en Toscane. Or j’ai vite constaté qu’ à chaque gueuleton gargantuesque était convié Jim Harrison, célèbre auteur, poète, critique, etc., etc.
Ma curiosité piquée, j’ai acheté le dernier roman qui venait de sortir d’Harrison : « L’Odyssée Américaine ».

Il n’y a pas vraiment d’histoire, juste un départ qui ouvre sur bien des espaces américains. Cliff, la soixantaine, est plaqué par sa femme. Son chien mort, la maison devant être vendue, il prend sa vielle Taurus et un puzzle des Etats-Unis et part pour un voyage qu’il a toujours espéré faire à travers les états. L’idée : renaître, voir à pleins yeux et rebaptiser chaque états. S’en suit la rencontre avec une ancienne étudiante, une relation « chaude » mais qui finira par le gêner dans sa quête de renaissance. Tout le long du roman, écrit à la première personne, on suit Cliff dans ses pensées, tous ses regards par-dessus l’épaule, d’une vie qui est derrière mais pas encore tout à fait, toute cette conscience des erreurs et aussi des bons moments, beaucoup de pourquoi. Derrière chaque phrase, il y a Harrison, son respect de la nature, son attachement à la terre, ses valeurs, et sa dérision.
Sans doute que si on lit cette odyssée à 60 ans, on comprendra d’autres choses cachées dans le texte mais, j’y ai décelé un homme que j’écouterais des heures durant de part sa rare humanité.

Suite à cela, je me suis plongée dans « Retour en Terre ». Bon nombre d’entre vous en ont déjà parlé mieux que je ne le ferais mais j’ajouterai que c’est un hymne à la vie et à l’amour. Le style est franc, comme toujours avec J.H, mais par delà les mots, il y a toujours toutes ses réflexions qui donnent corps à chaque personnage, ses questions auxquelles nous sommes confrontés selon les valeurs que nous sommes prêts à défendre…..et j’aime les valeurs d’Harrison. Beaucoup d’éléments sont puisés dans le vécu de l’auteur, on peut y reconnaître sa mère, son frère, ses filles, lui-même,etc.

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 97822610

Enfin, j’ai lu « En Marge » , son autobiographie. Je l’ai découvert tel que je pensais qu’il était : amoureux de la poésie, l’écriture est sa vie ; amoureux de la nature, elle est la rampe qui lui permet de ne pas tomber . Tout est dit avec beaucoup d’humilité, aucune grosse tête, mais plutôt de la dérision, des questionnements sur certains succès, l’aveu d’une personnalité fragile tirant vers la mélancolie. Lire "En Marge", c’est découvrir un Homme et aussi se rendre compte à quel point chaque roman est un cœur ouvert sanguinolent.

Quelques extraits de "En Marge":

I. Débuts:

- Ma famille:

« …Qu’ai-je oublié?.….L’horloge biologique suffisait et, venant de derrière la fenêtre grillagée, au-delà de l’écheveau bourdonnant d’un moustique ou d’une mouche, il y avait le grondement serein d’une truie, le couinement étouffé d’un porcelet, le chien du voisin, le camion de lait à trois kilomètres de là, le mugissement d’une vache, le sabot paresseux d’un cheval frappant la terre, le cri du coq que j’attendais depuis longtemps et qui, même s’il faisait encore nuit, chassait les inévitables démons nocturnes. »

« …Une famille perdit six enfants en un mois, tous les enfants qu’elle avait. Que resta-t-il alors aux parents? Pas grand-chose, j’imagine. Quarante ans après, j’entends toujours les voix de mon père et de ma sœur Judith, tous deux tués dans un accident de voiture alors que j’avais vingt-cinq ans. Je suis sûr que, la nuit, les parents des six petites victimes de l’épidémie de grippe, lorsqu’ils regardaient la lune et les étoiles, pouvaient entendre leurs voix, ou alors le matin toutes ces chaises vides ont dû les rendre fous de douleur. »

« Quand vous venez de passer dix heures à creuser des fossés par une torride journée estivale, vous n’entrez pas dans le bar du coin en commençant à pérorer sur les vertus du dur labeur et de l’économie, sans oublier la beauté du calvinisme comme système moral. Vous avez envie de boire plusieurs pintes de bière, point final. »

« Néanmoins, je reconnais volontiers qu’une bonne dose de bêtise, de grossièreté répugnante, de sauvagerie pure et simple caractérisent désormais la chasse et la pêche, que ce soit sur des fermes d’élevage de gibier ou lors de véritables tueries, à cause de la mécanisation de la chasse par des véhicules tous-terrains, ou de l’ignominie des touristes revenant du Mexique avec des centaines de kilos de viande découpées en filets. L’homme a une capacité inépuisable à souiller son environnement et en ce domaine les politiciens ont toujours eu une longueur d’avance. »

« Bien sûr ces changements de comportement culturel et l’invention de multiples diversions font partie d’un système économique qui me dépasse. J’envisage ce système comme un bain dans une piscine anémiée, stérile, bondée, puant le chlore, en comparaison d’une délicieuse baignade dans un lac au fond de bois, la berge du lac bordée de nénuphars en fleurs…..[…..]. Même les profondeurs obscures semblent séduisantes en comparaison d’une piscine, comme une promenade printanière sous la pluie dans les bois en comparaison d’une série télévisée où de gens se font descendre ou tabasser à New York ou à Los Angeles tandis que des durs à cuire enchaînent d’insipides répliques soi-disant spirituelles. »

« Mais c’était un univers sauvage, traversé par d’anciens chemins de bûcherons et, correctement consacré à l’épuisement adolescent, le monde naturel peut vous débarrasser de vos poisons au point que votre curiosité l’emporte et que « vous », l’accumulation des blessures et du désespoir, n’existez plus. »

- Grandir:

« Ces défauts de caractère se sont manifestés de bonne heure, par une lenteur à me lever le matin, une difficulté à enfiler mes vêtements, qui persiste encore aujourd’hui. Ô Seigneur, encore cette même foutue corvée: le slip, les chaussettes, le pantalon, les chaussures, essayer de mettre ses chaussettes sur des pieds mouillés qu’on a oublié d’essuyer après la douche. Se laisser tomber à la renverse sur le lit pour lire quelque chose, la chaussette à moitié mise. La banalité des ceintures et des boutons. J’ai été d’autant plus ravi de lire la biographie de Rimbaud par Graham Robb que le héros de ma jeunesse détestait tant boutonner ses vêtements qu’en Ethiopie il conçut à sa propre intention des vêtements dépourvus de boutons. »

« on entend aujourd’hui beaucoup de bêtises sur le fait que nos enfants ne sauraient plus lire, mais comment pourraient-ils prendre goût si leurs parents ne lisent pas et s’il n’y a pas de livres à la maison? Si les livres ne sont pas traités comme des objets bien-aimés au même titre que la page sportive du journal ou le poste de télévision, pourquoi diable un enfant désirerait-il lire? On se demande comment des professeurs au salaire scandaleusement faible peuvent consacrer leur existence à essayer de lutter contre l stupidité des parents, mais dans notre culture soumise au pouvoir de l’argent tout va apparemment pour le mieux dans le meilleur des mondes pourvu que les parents réussissent à se pointer à l’heure à lur boulot souvent assommant. »

« Tous les deux ou trois ans je retombe sur une citation d’une lettre de Rilke, la dernière fois dans le livre étonnant de Richard Flanagan intitulé Death of a River Guide: « C’est au fond le seul courage qui soit exigé de nous: avoir le courage de regarder le plus étrange, le plus singulier et le plus inexplicable dans ce qui s’offre à nous. Le fait que, de ce point de vue, l’humanité se soit comportée avec lâcheté a causé un tort irréparable à la vie tout entière; les expériences que nous qualifions de « vision », ce qu’on appelle le « monde des esprits », la mort, toutes ces choses qui nous sont si proches et que nous évitons quotidiennement ont été éliminées de la vie au point que les sens grâce auxquels nous pourrions des appréhender sont atrophiés. Sans parler de Dieu; »

« Qu’avais-je donc en tête? Un autoportrait de cette époque, dessiné avec une grande économie de trait, me fait légèrement grimacer, hausser vaguement les épaules. […..]
Les grands hérons bleus parmi les pins blancs, le huard qui faisait le tour d’un massif de roseaux avec son petit en remorque, l’ourson qui regardait du haut d’un peuplier, voilà d’agréables images issues du passé, mais elles demeurent beaucoup moins nettes que celle du serpent d’eau qui t’a mordu à la cheville, [….]. Qu’avais-je donc en tête pour, dès ma prime jeunesse, me mettre ainsi en marge? Tu fais l’impossible pour créer un mode de vie qui convienne à ta vocation de poète, ou plutôt un mode de survie qui n’est pas sans ressembler au rituel d’une société primitive par lequel un jeune homme peut commencer de pratiquer la chasse et la cueillette. A la place d’ainés, tu as tes livres. Ton père et tes maîtres t’ont peut-être enseigné à te débrouiller dans le monde, mais tu es tout seul dans cet effort entrepris pour consacrer ta vie à la création littéraire. Le sentiment religieux d’une vocation tente d’ignorer complètement l’énigme biblique selon laquelle « beaucoup sont appelés, mais peu sont élus », même si cette phrase s’incruste au fond de ton cerveau pour remonter à la surface à la moindre crise de mélancolie ou de doute. »

- Le Monde Réel:

« J’avais cinquante ans lorsque j’ai enfin compris que je m’étais marié parce que je ne pensais pas pouvoir survivre seul. Je crois qu’il y a quelque chose en nous qui tente inconsciemment de s’assurer que nous allons continuer de vivre. J’étais tout bonnement incapable d’écarter seul les ténèbres compactes accumulées par les perceptions de mes sens. […] Peut-être est-ce toujours le cas. Je me suis également dit que le fait de grandir dans une famille unie et aimante ne vous prépare guère de manière adéquate à la vie en dehors de cette famille. C’est peut-être une hérésie, mais j’en suis convaincu. On s’habitue au tiède cocon de l’amour humain, dont on constate l’absence dès qu’on descend de la véranda familiale. »

II. Sept Obsessions:

- L’Alcool:

« Je crois vraiment que, lorsqu’on a passé sa journée à manier une pelle ou derrière un bureau en grinçant mentalement des dents depuis le matin, l’alcool constitue le rite de passage obligé entre ce labeur ingrat et vos loisirs du soir, cette partie de votre vie qui a lieu lorsque vous n’êtes pas obligé de gagner votre croûte, les soirées et les week-ends consacrés à la poursuite d’un bonheur auquel on croit mordicus avoir droit. »

« Il est clairement établi que les conducteurs en état d’ivresse, un délit dont je n’ai jamais été reconnu coupable, tuent environ vingt-cinq mille personnes par an. Mais on peut se demander pourquoi les conducteurs qui ne sont pas en état d’ivresse tuent chaque année à peu près le même nombre de gens. Bien sûr, ils sont beaucoup plus nombreux, mais si la propagande était correcte, ils devraient être parfaits. »

«L’histoire littéraire est saturée par l’iconographie de l’alcool, […]. Nous participons tous à ce que les Français appellent la comédie humaine, où notre comportement tend peut-être à la sincérité, mais n’y parvient jamais. Quand une chanson country dit: « La vie a un aspect sombre et trouble. », bon nombre d’entre nous le voient à gauche, à droite, devant et derrière, à la périphérie du champ visuel, mais la tragédie classique exige des individus d’exception en guerre contre des ennemis, le hasard ou le destin. Les étudiants en littérature comprennent que la tragédie n’inclut pas les gueules de bois. La souffrance des gueules de bois, aussi intense soit-elle, ne saurait s’élever au-dessus de la simple farce. »

« Quand vous avez la gueule de bois en avion, vous volez toujours en solo dans une transe intérieure et auto-référentielle saturée des caprices d’un modeste apitoiement sur soi, modeste car la blessure a été infligée par nul autre que vous-même. De toute évidence, si jamais l’avion atterrit sur le dos, vous serez la seule victime de l’accident. Le meurtre et la gueule de bois sont profondément sentimentaux, encore plus que la fête des mères ou un premier amour. […] L’apitoiement sur soi est sans doute la plus dommageable des émotions frelatées. Vous vous vautrez avec délectation dans votre bain de boue intime, votre chimie cérébrale est une soupe lyophilisée de regrets insincères. Alors, le grand garçon en tournée promotionnelle oublie aisément toutes les décennies où aucun éditeur ne prenait la peine de lui proposer la moindre tournée promotionnelle. »

-Strip-tease:

« L’exhibition publique de beauté suscite le désir, alors que dans notre réalité « réelle » c’est le désir qui suscite la beauté. »

-La Chasse, la pêche (et les chiens):

« Sur la Yellowstone,[…]. La pêche s’est améliorée le 11 septembre, une date que tout le monde connaît. Le souffle court, j’ai fui la maison pour rejoindre la rivière, tandis que dans mon cerveau tourbillonnaient les larmes et les éclaboussures de sang. Au cours des jours suivant, j’ai peu à peu cessé de regarder la télévision, pour me rabattre sur la radio, où la pensée est accessible au langage. La télévision essaie de vous faire croire que parler c’est penser, qu’une logorrhée non préméditée est un précieux cadeau offert au public, avec l’interminable répétition visuelle des avions percutant les gratte-ciel, comme si des enfants psychotiques se trouvaient aux commandes de ce média. Mille faux sages pontifiants vomissaient leurs sempiternelles analyses en temps de crise. »

-Religion Privée:

« Je crois depuis belle lurette que cette idée de faire grand cas de soi constitue l’échec moral majeur de la prière, et c’est particulièrement difficile pour un poète et un romancier qui a consacré toute sa vie à faire un grand cas de sa propre vision du monde. Voilà bientôt deux siècles que nous vivons avec la conception de l’artiste - […] - en tant que héros romantique et isolé, marginal et souvent paria, un chaman sans portefeuille, un individu doté d’un souffle impressionnant, réel ou truqué, qui lui permet de gonfler son ego jusqu’aux dimensions d’un dirigeable afin de se prémunir contre les coups, réels ou imaginaires, que lui assènent ses concitoyens. Ce n’est pas le genre de personne prompte à reconnaître que nous sommes tous « comme des moutons sortis du droit chemin ». »

« Combien de fois avons-nous entendu dire que cinq millions d’enfants se couchent tous les soirs en ayant faim? Sans doute moins souvent que toutes les fois où nous avons lu ou vu des articles où l’on faisait l’éloge de la richesse. »

-Un bref tour de France:

« Où donc suis-je vraiment chez moi, si un tel lieu existe, dans ce pays qui a tellement compté à mes yeux comme une échappée possible, un baume disponible, un immense réservoir de nourriture, d’art et de littérature? […] Comment, où et pourquoi nous sentons-nous chez nous mentalement sinon physiquement? Où pouvons-nous localiser notre géopiété apparemment génétique?
Les réponses nous échappent aisément, car elles sont parfois trop évidentes, si près de notre nez que nous ne les voyons plus, tout comme nous sommes aveugles à nos propres caractéristiques, à nos propres syncrétismes auxquels nous sommes tellement habitués que nous nous étonnons lorsque d’autres les trouvent étranges. »

« Dehors, je me suis assis sur les marches du baptistère dans les premières lueurs du jour et j’ai regardé des douzaines d’hommes et de femmes installer leurs étals de poissons, de légumes, de viandes et de fromages. En attendant, j’avais repéré une splendide jeune femme au moment de son entrée dans l’église, qui gravissait les marches près de moi. Je l’ai bien sûr suivie à l’intérieur et, parce que la messe était terminée, je me suis dit qu’elle allait peut-être allumer un cierge et prier pour rencontrer son prochain petit ami, peut-être un Américain balourd et hébété. Au lieu de quoi elle est montée jusqu’à l’orgue et elle s’est mise à jouer du Bach à un volume qui a bientôt liquéfié ma structure osseuse ainsi que mon cerveau surmené. »

-La Route:

« […], et j’ai enfin compris la leçon économique qui me crevait pourtant les yeux depis longtemps: les boulots de survie dévorent toute la vie. »

« Un problème rarement évoqué et relatif à l’arrivée brutale du succès, c’est que ce dernier submerge aussitôt l’existence tout entière. »

« J’avais également lu les romans très impressionnants des écrivains autochtones américains Linda Hogan et Louis Owens. La beauté d’un paysage a besoin de votre aide pour perdurer dans votre mémoire. Il faut peupler mentalement ce paysage avec une histoire humaine et, plus important encore, le sentiment de la qualité de vie humaine que seule la littérature de premier ordre est capable de vous procurer. »

« J’ai besoin d’entendre une serveuse me parler de ses problèmes avec sa Plymouth 1985. J’ai besoin de voir une jeune fille en robe verte remplir elle-même son réservoir d’essence par un après-midi torride du Nebraska. J’ai besoin de rendre visite à des clubs de strip-tease paumés où les femmes sont presque aussi moches que moi. J’ai besoin de l’insécurité des tempêtes de neige ou d’une voiture surchauffée quand il fait trente-neuf degrés à l’ombre dans le Kansas, de l’insécurité du cœur et de l’esprit tâtonnants loin de leur milieu habituel. Il est trop facile d’être sûr de soi, trop facile de savoir à tout instant ce qu’on fait, trop facile d’emprunter sans cesse le même chemin jusqu’à ce qu’il devienne une profonde ornière qui bientôt à son tour une tranchée insondable où vous ne voyez plus rien au-dessus du bord. »

« Enfin, le plaisir que tu prends à rouler sans but revient à accepter ta propre fragilité, le passage du temps, tandis que les kilomètres qui défilent égrènent ton propre compte à rebours. Lors de es déplacements à travers le pays, tu es à chaque instant capable de cartographier ton passé, et tu as une vision de plus en plus claire de ton avenir. Jamais tu n’approcheras d’aussi près l’existence libre et capricieuse d’un oiseau migrateur. »

III. Le Restant de la Vie.

- Après la licence:« J’ai souvent pensé que les membres survivants d’une famille accueillent la mort violente de leurs proches avec une répugnance durable. Quarante ans plus tard, cette humeur, cette atmosphère reviennent parfois, comme si l’on jetait un linceul sur moi. Il m’était déjà évident que je ne comprenais pas les processus de la vie, et je comprenais la mort encore moins. Peut-être que personne n’y comprend rien, même si ceux qui ont la foi sont sûrs de leur fait. J’ai parlé avec d’anciens soldats qui m’ont dit que, même sur le champ de bataille, il n’existe aucune préparation émotionnelle. La mort vous laisse sans voix, ou plutôt sans verbe. On devient simplement un primate hurleur, de manière audible ou pas, un primate qui tient entre ses mains son cœur ensanglanté et qui se demande comment il continue de battre. Le mot « amour » acquiert une imprécision mortelle lorsque les objets de l’amour nous sont arrachés et que notre amour s’éloigne dans le vide en tournoyant sur leurs traces invisibles. »

- Boston et Kingsley:

« L’amour ne vainc pas tous les obstacles, mais il en supprime beaucoup. […] Quand, après plus de quarante années de mariage, tu as toujours le cœur qui s’emballe au seul contacte de la main de ton épouse contre tes propres doigts, tu peux sans doute en conclure qu’ensemble vous avez peut-être accompli quelque chose de bien. »

« Retour au chaos, à la confusion, aux limites de notre esprit fragile. Je viens d’apprendre que mon dernier recueil de novellas, intitulé En Route vers l’Ouest, va être publié en Thaïlande. Une demi-heure plus tard, en arrivant à mon bureau du Hard Luck Ranch, en Arizona, j’ai découvert que ma chienne locale préférée venait de s’étouffer en mangeant. Je suis sorti dans la cour et j’ai fondu en larmes, […]. Il est dans la nature de l’esprit humain qu’à l’avenir, dès que je penserai à la Thaïlande, ou quand je verrai mon livre traduit en thaï, ou encore lorsque je mangerai un plat thaï, je me rappellerai Mary de manière poignante. Nous parvenons très rarement à nous extirper de notre vraie nature. »

- Nord-Michigan:« J’intitule ces mémoires En Marge parce qu’il s’agit de la position adéquate et confortable pour un écrivain. Dans les situations où l’on est inévitablement le centre de toutes les attentions, on ressent une désagréable inquiétude, on a même parfois l’impression d’un comportement déplacé. Dès que quelqu’un souhaite « donner un dîner » en mon honneur, je décline aussitôt l’invitation. J’aime les dîners où je me retrouve en marge, c’est-à-dire à ma vraie place. Comment observer les divagations du comportement humain lorsqu’on est la cible de tous les regards? »

- Hollywood:

« Si je passais une heure ou deux assis sur une bûche au bord de la rivière, les variations du courant dissipaient presque aussitôt tous mes soucis, et voilà peut-être la principale raison pour laquelle les pêchent la truite. Lorsqu’on a consacré beaucoup de temps à l’étude du monde des corbeaux, il devient parfaitement logique d’accepter le fait que la réalité est l’agrégat des perceptions de toutes les créatures, et pas simplement de nous-mêmes. »


mots-clés : #autobiographie
par Cliniou
le Mer 7 Déc - 10:15
 
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Sujet: Jim Harrison
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John Burnside

Un mensonge sur mon père

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 Images63

Je suis sûr que mon père ressentait ces choses - mais ces mots sont les miens, et c'est ça le véritable mensonge sur mon père. Je ne peux parler de lui sans parler de moi, de même que je ne peux me regarder dans un miroir sans y voir son visage. (…) quelque soit les circonlocutions dont j'accompagne mon propos, un mensonge reste un mensonge, et je ne suis pas moins une invention, pas moins un faux-semblant, pas moins un mensonge qu'il le fut jamais.


Je suppose que même mon père savait que la mort était la seule situation dont il ne pourrait pas se sortir à l'aide d'un mensonge.


Cette histoire, ce sont tous les mensonges que son père lui a racontés pour protéger une personnalité dominée par la noirceur ; ce sont les mensonges qu'on raconte évidemment, le sachant plus ou moins, quand on essaie de reconstituer la vie d'un homme, et  plus encore d'un père .

Chaque vie est un récit plus ou moins secret, mais quand un homme devient père, l'histoire est vécue non pas au service, mais dans la conscience permanente d'un autre individu, ou de plusieurs. Quel que soit le mal qu'on se donne pour éviter ça, la paternité est un récit, une chose racontée non seulement à, mais aussi par les autres en question.


Ce père-là, « brutal et malheureux », entre misère et alcoolisme, a fait le malheur de ses proches et le sien propre.

Demain, me dis-je, la situation redeviendrait normale. Il s'écoulerait encore un certain temps avant que je me rende compte qu'en dépit des efforts de ma mère, ou des nôtres, il n'y aurait jamais de situation normale à laquelle revenir.


Histoire cent fois racontée d'une enfance annihilée par l'image d'un père inacceptable, puis d'un adolescent qui reproduit les schémas qui lui ont été transmis dans une terrible descente aux enfers.

Je n'attendais rien. Il n'était pas question que le chemin de l'excès mène au palais de la sagesse.L'excès était, pour moi, une tentative désespérée de préserver quelque chose d'inhumain, de me cramponner à la sauvagerie. Je savais que le fait d'être un homme était lié à cette sauvagerie : sauvagerie, non pas barbarie, mais sauvagerie des oiseaux et des animaux, sauvagerie d'un vent âpre dans les  herbes, sauvagerie de la mer, sauvagerie de ce qui reste indompté.


J'y ai rarement vu une telle lucidité, une telle humble sobriété, une telle subtilité dans l'appréhension des ambiguïtés qui nous mènent et malmènent, une telle empathie au monde croisée d'une épouvante face à son épouvante.

C'est un très beau texte, écrit dans une langue limpide, avec des portraits qui soulignent l'extrême humanité de l'auteur, cet homme qui dut attendre d'être père, non pas pour pardonner, mais envisager qu'il « pourrai[t] arriver à pardonner ».

On ne peut apprendre à s'aimer soi-même qu'à condition de trouver à aimer au moins une chose au monde ; peu importe quoi. Un chien, un jardin, un arbre, un vol d'oiseaux, un ami. J'entends par là que le vieux cliché de psychologie populaire est presque vrai dès lors qu'on le renverse : on apprend à s'aimer soi-même en aimant le monde qui nous entoure.


Du grand art.

Nous  sommes dressés à dissimuler l'imagerie de nos vies rêvées - et pourtant, ces images forment un monde en elles-mêmes, elles constituent une écologie, et c'est vers ce monde, vers cette écologie, que j'imagine m'acheminer quand je caresse un long rêve de départ, un après-midi, me projetant au loin, ailleurs, avec une poignée de pièces dans la poche et un petit vent frais qui agite les herbes.




(commentaire rapatrié)


mots-clés : #autobiographie #famille
par topocl
le Lun 5 Déc - 20:40
 
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Sujet: John Burnside
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Emmanuelle Bernheim

Tout s’est bien passé

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 41prse10

À 88 ans, cloué par un AVC dans un fauteuil roulant, le père  d 'Emmanuelle Bernheim, ce père cabotin et autocentré, ce père tant aimé, cet « homme extrêmement volontaire auquel il n'est pas facile de refuser quoi que ce soit » a demandé à ses filles de « l'aider à partir ».

Sujet casse-gueule s’il en est.
Emmanuelle Bernheim choisit de nous offrir un récit des plus factuels des quelques mois où le projet s’est monté, par petites phrases, petits paragraphes, petites observations et petits faits. Loin d’elle l'idée d'y mettre la moindre émotion déplacée, la moindre opinion, la moindre leçon. Elle témoigne. Comment ça s'est passé, sans dramatiser, sans minimiser. Et ce « tout s'est bien passé » qui ouvre et clôt le livre parle d'un devoir accompli et, derrière l’écartèlement de ces semaines douloureuses, la détermination puis la sérénité d’avoir mené à bien ce qui devait l’être.

J'ai donc suivi ce récit à la fois posé et haletant  comme un thriller dont on connaîtrait la fin, gardant tout au fil des pages l’émotion à la distance juste, souhaitée par Emmanuelle Bernheim. Et c’est à la dernière page, que j’ai eu la surprise de sentir ma gorge se serrer de la tension accumulée, de la dignité aimante de ces deux filles.

Dérangeant.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #autobiographie #biographie #mort
par topocl
le Lun 5 Déc - 20:27
 
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Sujet: Emmanuelle Bernheim
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Rick Bass

@Nadine a écrit:Une amie me l'a toujours chaudement recommandé. J'ai du coup lu Winter, qu'elle avait eue la gentillesse de m'offrir. j'aimerais bien avoir ton retour sur ce titre là ?


Je l'ai beaucoup aimé, Winter :

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 Images54

J'ai adoré Winter, où Rick Bass raconte comment, à 29 ans, il fait le choix de vivre avec sa compagne dans la vallée du Yaak, sauvage, retirée, resplendissante, loin des hommes, fermée par la neige en hiver, à écrire et stocker son bois :

C'était comme de partir au combat, ou de tomber amoureux, ou d'émerger d'un rêve délicieux, ou d'y sombrer : comme de marcher dans de l'eau froide par un jour d'automne.


Comment cette expérience l'a transformé, bonifié, l'a inscrit dans sa lignée :

je suis l'homme le plus riche du monde


Il raconte cela avec une  poésie chatoyante :

Il n'y a rien de plus excitant que le vent. Si, un nouvel amour - et puis le vent. Mais le vent a toujours été là. Avant même de connaître l'amour, vous connaissiez le vent. Le vent était capable de vous griser quand vous étiez petit, et il le peut encore, il ne s'en privera pas.


...un humour léger :

Peut-être va-t-il tomber toute la neige du monde, ensevelissant tout, le silence total, et ensuite je ressortirai au printemps différent, plus propre, pas tellement régénéré que renforcé. Je rirai d'un plus grand nombre de choses, et je ne m'emporterai plus autant contre la décadence, la paresse, la tricherie et le temps volé, la vérité volée, en commençant par le président et en descendant tous les degrés de l'échelle jusqu'à l'épicier du coin.


J'ai été embarquée dans ces aventures qui n'en sont pas, cette solitude revendiquée :

Je commence me dissocier de la race humaine. Je ne voudrais pas passer pour un malotru - mais ça me plaît. Ça me plaît  même tellement que ça me fait un petit peu peur. C'est un peu comme si en baissant les yeux vers ma main, je voyais pousser un début de fourrure.


...ce froid qui pénètre tout, cet émerveillant silence :

Hier matin, je suis allé chercher Elizabeth au train, avant l'aube. Tout le monde devrait faire ça au moins une fois dans sa vie : attendre ainsi, dans l'obscurité. J'entendais des oies sauvages survoler les montagnes, en route vers le sud. C'est quelque chose de merveilleux, d'attendre tout simplement, que le train est en retard - il aurait dû être là à quatre heures trente du matin - et que l'on sait qu'il va arriver, et qu'on voit tout à coup luire ses phares.


Sans oublier :

J'avais l'habitude de penser que c'était mal, que c'était une faiblesse que d'avoir besoin d'être au milieu de la nature sauvage pour être heureux - loin de la plupart des choses. À présent, je commence à m'apercevoir que sa n'entre même pas en ligne de compte - que ce soit bien ou mal,une faiblesse ou une force, ça n'a aucune importance. Je suis comme je suis.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #autobiographie #nature
par topocl
le Lun 5 Déc - 10:36
 
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Sujet: Rick Bass
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Louis Guilloux

L'Herbe d'oubli

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 41f8v610


légende : L'herbe d'oubli qui égare et trouble l'intelligence (Louis élève au Collège a commis une erreur de jeunesse et c'est vers la quarantaine seulement qu'il a pu l'avouer)

Un récit que je n'oublierai pas. Guilloux raconte son enfance, son adolescence, sa vie de jeune homme et de temps en temps s' y glisse une parenthèse  qui concerne un fait d'actualité par lequel il se sent concerné.

Même s'il a fréquenté beaucoup d'intellectuels j'ai le sentiment que Guilloux aime la solitude, les promenades esseulées.

C'est une belle peinture qu'il nous offre de la ville de Saint-Brieuc, des personnages qui peuplent les rues de son enfance. Une enfance dans une famille pauvre (leur logement était toujours précaire, chassés tantôt par "les Chouans" parce que son père est membre de la S.F.I.O., ou parce qu'étant cordonnier son marteau dérange etc...) mais honnête.

Le jeune Louis ne pouvant pas devenir un ouvrier (comme son père voyait en lui son successeur) à cause d'une maladie qui a abîmé sa main, c'est donc dans les études qu' est envisagé son avenir. Il aura beaucoup de soutien soit pour les études, soit pour ses premiers emplois et ce n'est qu'à la trentaine qu'il considèrera que son travail d'écriture exige aucune digression.

L' engagement de son père à la Maison du Peuple, les personnes misérables qu'il rencontrera dans sa ville, puis la période de guerre (même si personnellement il n'en a pas souffert) sensibiliseront Louis à la condition des ouvriers et des humbles.

Les annexes et les notes du livre sont très intéressantes car elles explicitent les évènements, lieux et personnes dont l'auteur fait allusion, sa responsabilité départementale : pour le Secours Rouge, avec un membre du PC employé de la SNCF dans la création des Comités de chômeurs.
Ses amitiés avec Palante, Lambert, Jean Grenier, Jean Etienne, Malraux, Camus, Gide.....

J' apprécie les ressentis de l'auteur par rapport aux oeuvres de ses confrères, je piocherai d'ailleurs dans quelqu'uns des livres cités.

L'écriture est fluide, il sait choisir le mot qui donne tout l' intérêt à la phrase sans besoin d'artifice. La lecture est donc très agréable et je n'ai qu'une hâte, la prochaine !


Extraits :

[...]que Mme Gallais était tcomme Joséphine Holtz) originaire de l'Alsace, que nous reprendrions aux Prussiens quand nous serions grands. Que d'injustioces à réparer ! Et cette révolution dont mon père et ses camarades parlaient tant, ce grand bonheur promis de la réconciliation universelle autour des armes brisées ?

Les souvenirs ont leur vie propre, ils changent, vieillissent comme nous-mêmes, mais pas en même temps, ils se fanent, certains meurent avant nous, parfois ils dorment. On sait tout cela et qu'il ne faut pas les brusquer.

La jeunesse est un temps merveilleux qui aboutit presque toujours à une trahison de soi- même dont on ignore comment elle s'est faite, et dont le reste de la vie se passe à contempler les conséquences dans un consentement dont on ne s'étonne même plus.

Nous nous ferions laboureurs, nous apprendrions à tisser la toile, nous nous ferions potiers. Nous redeviendrions des artisans. Quelle exaltation à la pensée que , par une décision si facile - il n'était que de la prendre - nous rentrerions dans un ordre qui, depuis des siècles, avait été celui de nos pères e que nous avions été les premiers à rompre : l'ordre qu'exige le travail quotidien. Cet ordre même, où l'homme est lié à la semence et à l'outil, le plus fécond pour l'esprit. Là était la grande question. C'était en cela principalement que le retour à une vie modeste, modelée sur le rythme des saisons, nous paraissait nécessaire.


"message rapatrié"


mots-clés : #autobiographie
par Bédoulène
le Dim 4 Déc - 18:27
 
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Sujet: Louis Guilloux
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Bernard Wallet

Paysage avec palmiers


Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 Paysag10

Un livre glaçant. Récit autobiographique composé de petits paragraphes distincts les uns des autres sans ordre chronologique particulier et qui nous narre des événements divers lors de la guerre au Liban.
Bernard Wallet y vivait dans les années 80 début 90 et nous décrit un univers apocalyptique où seule la violence, la mort, la destruction ponctuent un désespoir permanent.
Ca fait mal, c'est dur, cela nous tenaille. On n'y croit pas, pourtant l'on sait que les guerres sont sales et laides, on sait qu'on n'imagine pas à quel point. Bernard Wallet nous force à regarder en plaquant notre tête sur une sorte de diaporama horrifique.
L'écriture est tristement belle, le style est propre, harmonieux et composé de forts sentiments de colère et de désarroi. Un brin de cynisme conclut cette lecture nécessaire.
Un grand moment de ma vie de lecteur.

Extrait:
La silhouette d'un prêtre en soutane noire, le genou gauche appuyé sur des gravats, la jambe droite repliée vers l'arrière, dessine l'image parfaite de la génuflexion devant l'autel.
Soudain le prêtre lève son arme.
Les balles éjectées de son MAT49 hachent la poitrine d'un combattant anonyme de l'islam



mots-clés : #autobiographie #guerre
par Hanta
le Sam 3 Déc - 23:34
 
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Sujet: Bernard Wallet
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Luis Sepulveda

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 Images69

Le neveu d'Amérique

Sepulveda nous invite à le suivre dans son autobiographie, une démarche qui ignore la lourdeur habituelle du genre, son style est clair, épuré, et va droit au but, il trace les grandes lignes de son parcours de vie qui nous mène dans un premier temps de son choix politique à son incarcération à Temuco, la prison la plus dure du pays. Il trace entre autre le portrait d'un de ses tortionnaires qui à contre jour révèle la force de son engagement personnel. J'apprécie cette lecture, l'écrivain me plait et surtout sa maîtrise, car en peu de phrases il décrit avec force une situation, un personnage, sans omettre une certaine poésie teintée de nostalgie pour ses compagnons d'infortune...
Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 Carcel11

Libéré de prison le narrateur nous invite à un périple sud américain qui devrait le mener à Martos ville de naissance de son grand-père en Espagne. Et nous entrons dans le savoureux, la peinture des siociétés sud américaines, des descriptions qui me renvoient sur les tables d'école lorsque j'apprenais les problèmes des peuples sud américains confrontés à leur colonisateur, non pas l'oncle Sam, mais l'Empereur du Monde celui dont l'empire ne voyait jamais le soleil se coucher, je veux dire Charles Quint et ses successeurs.
Nous le suivons en Equateur à Puerto Bolivar, petite ville sur les rives du Pacifique, où nous apprenons que même dans les confins du monde déroger aux coutumes des notables c'est s'exposer à bien des inconvénients...
Plus loin dans une estancia où l'on conserve jalousement ses racines espagnoles, une famille descendant des conquistadores nous livre une atmosphère de haine, de bêtise et de rejet du peuple métissé. Lauteur nous offre des petits tableaux ciselés décrivant les moeus des pays qu'il découvre, des moeurs dont j'ai eu l'occasion de soulever le voile parfois à Cuba au contact de famille de descendants d'hidalgos laissant parfois craquer le vernis révolutionnaire pour qu'apparaissent la distanciation avec leurs congénères métissés ou noirs de l'oriente cubain....


mots-clés : #autobiographie #voyage
par Chamaco
le Sam 3 Déc - 22:51
 
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Sujet: Luis Sepulveda
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Arthur Koestler

Arthur Koestler
(1905-1983)


Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 Arthur10

Arthur Koestler, né Artúr Kösztler ([ˈɒɾtuːɾ], [ˈkøstlɛɾ]) le 5 septembre 1905 à Budapest et mort le 1er mars 1983 à Londres, est un romancier, journaliste et essayiste hongrois, naturalisé britannique. Il est né dans une famille hongroise juive ashkénaze et de langue allemande. Il est le fils d'un industriel et inventeur prospère dont le grand succès commercial avait été le « savon de santé », dans lequel les graisses animales, difficiles à trouver durant la Première Guerre mondiale étaient remplacées par des substances minérales faiblement radioactives. On pensait en effet à cette époque que la radioactivité avait des vertus curatives.

Arthur Koestler étudie l'ingénierie à l'école polytechnique de Vienne, et la littérature et la philosophie à l'université. Parallèlement à ses études, il fouille la psychanalyse, lisant Freud aussi bien que les écoles dissidentes, Jung, Adler, Stekel. Il a fait partie de l'une des associations d'étudiants juifs, Unitas, et s'y familiarise avec le judaïsme. Il fait la connaissance de Vladimir Jabotinsky et adhère à la cause sioniste révisionniste qui veut créer en Palestine un État juif moderne et démocratique.

En 1926, il abandonne ses études et part en Palestine comme simple khaluts (pionnier ou ouvrier agricole dans une kvutsa, communauté plus petite que le kibboutz). Son expérience ne dure pas longtemps. Il part pour Haïfa où, avec Abram Wienshall, il crée Zafon (hebdomadaire en hébreu), ainsi que Sehutenu [Notre droit], qui est la ligue des droits civiques, fournissant une assistance judiciaire aux juifs. Il entre au Parti communiste allemand en 1931 et en sort en 1938, en raison des procès de Moscou. Il fait plusieurs séjours en Union soviétique durant cette période.

Couvrant la guerre d'Espagne pour un journal anglais, il est emprisonné et condamné à mort par les franquistes, mais est échangé quelque temps plus tard contre un prisonnier espagnol par le gouvernement britannique. Durant la « drôle de guerre », Arthur Koestler couvre la situation en France, mais est ensuite interné au camp du Vernet par les autorités françaises. Il s'engage dans la Légion étrangère, change d'identité, quitte les rangs de la Légion sans autorisation et rejoint Londres. Ayant demandé à rejoindre l'armée britannique, il est affecté en mars 1942 à la conception d'émissions et de films de propagande au ministère de l'Information. Dans ce cadre, il rencontre Jan Karski et lit à la BBC en mai 1943 le texte rédigé par Karski pour la radio : «L'extermination de masse des Juifs – Rapport d'un témoin oculaire». L'auteur a relaté dans plusieurs ouvrages cette période de sa vie.

Après la guerre, Koestler, qui a conquis une notoriété internationale, sert la propagande anticommuniste menée par les services de renseignements britanniques. Il est l’un des plus importants conseillers de l’Information Research Department lors de sa mise en place en 1948 et milite au sein du Congrès pour la liberté de la culture. Arthur Koestler est fait officier de l'ordre de l'Empire britannique (OBE) en 1972. Atteint de la maladie de Parkinson et de leucémie, il met fin à ses jours par absorption de médicaments en 1983, conjointement avec sa troisième épouse Cynthia. Il défendait depuis longtemps l'euthanasie volontaire et était devenu en 1981 vice-président d'Exit.

source : wikipédia

Oeuvres traduites en français :

Romans :
1932 : Au chat qui louche
1934 : Les Tribulations du camarade Lepiaf
1939 : Spartacus
1943 : Croisade sans croix
1945 : Le Zéro et l'Infini :  Page 1
1946 : La Tour d'Ezra :  Page 1
1951 : Les hommes ont soif
1972 : Les Call girls

Théâtre :
1945 : Le Bar du crépuscule, une bouffonnerie mélancolique en quatre actes

Essais :
1945 : Le Yogi et Le Commissaire
1955 : Réflexions sur la peine capitale (en collaboration avec Albert Camus)
1959 : Les Somnambules, essai sur l'histoire des conceptions de l'univers
1964 : Le Cri d'Archimède : l'art de la découverte et la découverte de l'art
1967 : Le Cheval dans la locomotive
1971 : L'Étreinte du crapaud
1972 : Les racines du hasard
1976 :  La Treizième Tribu : L'Empire khazar et son héritage :  Page 1
1978 : Janus (suite de La locomotive)
La Pulsion vers l'autodestruction
Analyse d'un miracle

Ouvrages autobiographiques :
1937 : Un Testament espagnol
1941 : La Lie de la terre :  Page 1
1950 : Le Dieu des ténèbres (ouvrage collectif)
1952 : La Corde raide :  Page 1
1954 : Hiéroglyphes :  Page 1
1983 : L'Étranger du square (en collaboration avec Cynthia Koestler)

màj le 4/11/2017


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Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 10 51wb9g10

La lie de la terre  (ce livre a fait l'objet d'une LC)

Le récit de Koestler est un véritable documentaire sur l’histoire ; celle de la France  pendant la période de la seconde guerre mondiale et plus précisément de 1939 à 1941 date à laquelle il parviendra à rejoindre l’Angleterre. Mais c’est surtout l’histoire d’Hommes qui comme lui ont dû  fuir leur pays, en proie au fascisme, parce qu'ils étaient Juifs ou communistes et rejoint la France«dernier rempart européen de la liberté».Mais ces Hommes persécutés ont été  « Poursuivi comme le dit K. de Berlin à Paris et rattrapé en France par «la lente procession funèbre avec ses drapeaux où paresse l'araignée noire». Quelle image terrible ! et offerts par le gouvernement français à la Gestapo comme tant d'autres moins connus.

Durant une brève période sans turbulence d’avant la déclaration de guerre,  Koestler goûte aux douceurs  du  sud de la France avec sa compagne.  Dès qu’ils rejoignent Paris, ils apprennent que la chasse aux Etrangers a commencé ; après avoir été arrêté et trimbalé de commissariat en camp  de regroupement Koestler est  interné au Camp du Vernet dans les Pyrénnées. Son récit sur les conditions de survie dans ce camp est dramatique ; comment l’Administration française a-t-elle pu agir ainsi ? le lecteur en est bouleversé, et le citoyen français honteux. Nous le suivrons après avoir été relâché, mais  obligé de se cacher, de fuir vers la zone libre  à travers les vicissitudes en cette période d’ »apocalypse », jusqu’à Marseille où il réussira à s’embarquer vers l’Angleterre.

Koestler nous livre ses sentiments envers le Parti communiste français,  et la Russie
«Le plus exaspérant chez nos communistes était la difficulté pour  nous de les détester. Ils n'avaient aucun des vices traditionnels que nous méprisions ; ils ne volaient pas, et ne cafardaient pas, ils n'étaient ni corrompus ni égoïstes, ils éclataient de vertus. Leur seul défaut était que l'intoxication systématique par la dialectique stalinienne les avaient rendus daltoniens en ce qui concernait leur logique et leur éthique. C'était leur seul défaut, mais un défaut désastreux.»

«Cependant, ceci ne s'applique qu'aux simples soldats prolétaires du parti communiste. Il y avait dans la baraque trente-trois quelques chefs du parti communiste allemand pour qui le contraire était vrai. Il était difficile de ne pas les détester.»

«Nos sentiments envers la Russie étaient ceux d'un homme qui a divorcé d'avec une femme très aimée ; il la hait et, pourtant, c'est encore une sorte de consolation pour lui de savoir qu'elle est là, sur la même planète, jeune et vivante." Mais, maintenant, elle était morte. Aucune mort n'est aussi triste et aussi définitive que la mort d'une illusion.»

la gauche européenne,
«Une des raisons de la banqueroute de la gauche européenne fut son impossibilité à réaliser combien les distinctions de classes sont profondément enracinées dans la mentalité des individus. Ils pensaient qu'ils pouvaient traiter comme un simple préjugé ce qui, en réalité, était devenu un réflexe condition né du genre humain.»

le gouvernement français,
«La guerre avait enfin ouvert à la bureaucratie un débouché à sa traditionnelle xénophobie, mais dans notre cas, un nouveau motif s'y ajoutait. La bureaucratie était pro-Bonnet et pro-Munich et bien qu'elle ne fût pas consciemment pro-Hitler, elle avait pratiquement et tout bien considéré une Weltanschauung fasciste. Elle haïssait tous les réfugiés fauteurs de guerre, qui, d'après elle, avaient entraîné la paisible France dans cette guerre.»

Les français, qui dans leurs propos sont fascistes ou en devenir !

Koestler écrit en parlant de l'Angleterre comme de la France

«Non, il ne voulaient pas de nous, même pas comme chair à canon. Notre seule contribution à cette guerre, qui était notre guerre beaucoup plus que la leur, était rester derrière les barbelés. Ils nous avaient volé notre guerre. Ils nous l'avaient volée et l'avaient perdue ; maintenant les Français allaient s'en laver les mains avec le savon fasciste tandis que nous serions écrasés et enterrés sous les décombres.»

Une réflexion ironique et amère :
«Les antifascistes étaient évidemment très gênants dans une guerre contre le fascisme. Nous étions les indésirables et j'en avais assez d'offrir des services dont personne ne voulait.»

Je retiens aussi la dernière phrase de l'appendice :

«Mais peut-être les historiens futurs déterreront-ils leur histoire pour conter l'épopée des Brigades Internationales et de mon vieux camp de concentration ; et peut-être changeront-ils l'étiquette qu'on leur a collée et les appelleront-ils ce qu'ils furent réellement : Le sel de la terre».

Mais je crains que ce souhait ne se soit pas avéré quand je vois la montée des partis nationalistes en Europe.

(message rapatrié)


mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre
par Bédoulène
le Sam 3 Déc - 17:56
 
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Sujet: Arthur Koestler
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