Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 10 Juil - 22:03

204 résultats trouvés pour autobiographie

Philippe Grimbert

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 41-6kc10

Un secret

Souvent les enfants s'inventent une famille, une autre origine, d'autres parents. Le narrateur de ce livre, lui, s'est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu'il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne vérifieront pas... Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c'est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu'il lui incombe de reconstituer. Une histoire tragique qui le ramène aux temps de l'Holocauste, et des millions de disparus sur qui s'est abattue une chape de silence.

Psychanalyste, Philippe Grimbert est venu au roman avec "La Petite Robe de Paul". Avec ce nouveau livre, couronné en 2004 par le prix Goncourt des lycéens et en 2005 par le Grand Prix littéraire des lectrices de Elle, il démontre avec autant de rigueur que d'émotion combien les puissances du roman peuvent aller loin dans l'exploration des secrets à l'œoeuvre dans nos vies.



Dans le Paris de l’après-guerre, Philippe G, enfant malingre et chétif, grandit auprès de ses parents sportifs au physique d’athlète. Pensant ne pas satisfaire leurs attentes, il, croit lire de la déception dans leurs yeux et notamment dans ceux de son père, et essaie de les rendre fiers en collectionnant les bonnes notes. En parallèle, il s’invente un frère très différent de lui, plus grand, plus fort, un frère avec lequel il entretient des relations comme avec un ami imaginaire, frère confident tout autant que frère avec lequel il se bat régulièrement. Il invente aussi une histoire à ses parents, une histoire d’amour dont il imagine les premiers rendez-vous, les premiers émois, épargnés des affres de la guerre qui gronde, et dont il est le premier, le seul et unique enfant.

Or, confronté un jour à l’école à un documentaire sur les camps où il voit une femme juive morte et nue, poupée désarticulée trainée comme un sac de sable pour être jetée dans une fosse, son corps réagit aux blagues vaseuses de ses camarades et il saute sur un de ces jeunes imbéciles pour le faire taire, pris d’une violence incompréhensible qui le déborde.

Cet événement libère l’amie proche de la famille, Louise, du devoir de taire l’histoire des parents de Philippe. Peu à peu elle lui livre la réalité de ce qui s’est passé et le libère de cette manière du poids des secrets qu’il a perçu inconsciemment au détour des mots non-dits, des gestes qui trahissent, et ont fait de lui un enfant porteur du symptôme familial et de ses fantômes.

« Un secret » est un livre bouleversant qui retrace l’histoire d’une famille juive sous l’occupation, au destin d’une femme aux choix lourds de conséquences sur ceux qui lui ont survécu. Dans les mots de Louise, nous revisitons une part de l’histoire de la déportation des juifs français sous le commandement de Laval, mais aussi leurs doutes pour certains, leur confiance pour d’autres en leur gouvernement. Par cette histoire qu’elle narre à Philippe adolescent, elle comble les blancs de son histoire, ou plutôt de l’histoire familiale, celle qui pèse malgré lui sur qui il est, ce qu’il est, tant les secrets familiaux se sont inscrits dans sa chair, et tant il porte les non-dits, les silences, les ignorances, qui ne lui appartiennent pas.

Ce livre, tout en délicatesse, en retenu, en pudeur, nous fait revisiter une page de l’histoire, et, au-delà, montre l’impact du secret et ses séquelles  transgénérationnelles, ce raconté avec simplicité et sobriété par celui qui a porté et fait apparaître ce secret.

Court, je l’ai lu en quelques heures, appréciant le style employé par l’auteur qui a choisi des phrases courtes, simples, souvent usant de métaphores qui lui permettent de ne jamais vraiment nommer l’horreur mais de la faire deviner, avec beaucoup de pudeur.

Un livre qui m’a émue, emportée, et que je n’ai pu lâcher avant de le terminer. Une belle découverte bien que je regrette les raisons qui ont pu lui faire voir le jour.

Il fallait bien qu'un jour ou l'autre son fantôme apparût dans cette brèche, qu'il surgit de ces confidences. Ma découverte du petit chien de peluche l'avait arraché à sa nuit et il était venu hanter mon enfance. Sans ma vieille amie, peut-être n'aurais-je jamais su. Sans doute aurais je continué à partager mon lit avec celui qui m'imposait sa force, ignorant que c'était avec Simon que je luttais, enroulant mes jambes aux siennes, mêlant mon souffle au sien et finissant toujours vaincu. Je ne pouvais pas savoir qu'on ne gagne jamais contre un mort.

Et toujours ces questions : régulièrement on m'interrogeait sur les origines du nom Grimbert, on s'inquiétait de son orthographe exacte, exhumant le "n" qu'un "m" était venu remplacer, débusquant le "g" qu'un "t" devait faire oublier, propos que je rapportais à la maison, écartés d'un geste par mon père. [...]
Un "m" pour un "n", un "t" pour un "g", deux infimes modifications. Mais "aime" avait recouvert "haine", dépossédé du "j'ai" j'obéissais désormais à l'impératif du "tais".



Mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #genocide
par chrysta
le Mer 9 Mai - 9:50
 
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Sujet: Philippe Grimbert
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Kenneth Cook

Le Koala tueur et autres histoires du bush

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 6424_310
Recueil de nouvelles autobiographiques venant de ce journaliste amoureux de son pays manifestement mais réaliste sur tout ce qu'il contient de bizarreries.
Truculent est le terme le plus adéquat pour définir l'atmosphère du livre dont les histoires sont placées sous un second degré et une causticité très drôles et très agréables.
Dépaysant, frais, bien écrit, drôle, il ne postule pas à la pléiade mais nous divertit et on passe un super moment ce qui est bien le plus important.
Très belle découverte et belle entrée en matière dans la découverte de cet auteur qui ne demande qu'à être répétée.



mots-clés : #autobiographie #humour #nouvelle
par Hanta
le Mar 1 Mai - 10:15
 
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Eudora Welty

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 41npwa10

Les débuts d'un écrivain


Originale : A Writer’s beginnings (anglais, E.-U., 1983)

Dans ce petit livre Eudora Welty se rappelle  de son enfance et sa jeunesse à Jackson/Mississippi. Née en 1909 elle était l’ainée de trois enfants. Elle parle du frère mort à la naissance, de ses premières expériences de lecture, de ce passe-temps universel qu’est de se raconter des histoires entre frères et sœurs, de l’école bien sûr, des relations avec la famille, le lien avec l’Eglise, des premiers voyages en train jusqu’aux premiers tentatives d’écriture. Et voilà que l’histoire relatée finit ici déjà au début des années 30 avec ses premiers emplois ! Quand elle mourut en 2001 elle aura presque pas quitté sa ville natale.

Eh bien, tout cela n’a pas l’air si intéressant à la première vue, mais celui qui s’intéresse au Sud des Etats-Unis trouve ici un témoin sympathique et attentif. Le titre traduit bien l’original en anglais dans son double sens, selon moi : Il s’agit bien des premières années de vie d’un auteur futur, mais aussi des origines et racines d’une écriture à venir qui se nourrit dans sa propre vie, dans son propre vécu. Toujours à nouveau elle fait comprendre à quel point elle puise les grands sujets de son œuvre dans ses expériences personnelles. Ainsi l’enfance et la jeunesse deviennent des sources pour s’inspirer. Ceci signifie la grande place du souvenir, de la possibilité de se rappeler, de faire mémoire, d’avoir présent en soi les différentes couches de sa vie. Toujours à nouveau il s’agit d’être attentif pour ce qu’on a déjà vécu, mais qui reste éternellement à redécouvrir et à se réapproprier. Dans ce sens-là, ce petit livre dans le style d’un récit autobiographique nous invite à une approche créative avec soi-même.

Une belle petite lecture !

Contrairement à l’indication de la Collection en français chez Flammarion (petite bévue?), il s’agit plutôt d’un récit autobiographique/d’une autobiographie. En anglais ce livre est classé « non-fiction ».

mots-clés : #autobiographie #creationartistique
par tom léo
le Ven 27 Avr - 22:48
 
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Jean Giono

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Cvt_je10

Jean le Bleu

Récit autobiographique qui va de l'enfance au début de l'âge adulte. J'ai été perturbé par quelques tournures et images "lourdes", ça fait épais si ce n'est un peu maladroit, très appuyé. A côté de ça il y a des passages qui fonctionnent (et plus on avance plus ça se libère ?) et on peut s'intéresser et se laisser faire pour découvrir un regard particulier sur une petite ville de province, la campagne environnante et les gens qui habitent ce monde.

Un regard patient et curieux qui cherche une humilité à la fois forte et sereine. Un mélange que l'on trouve aussi dans son approche de la sensualité. On découvre un goût pour les personnages aux marges, à la part de fantastique des hommes et des femmes. Le même goût pour les apports de l'extérieur, les voyageurs et immigrants.

Le séjour à la ferme pour forger l'adolescent, décision d'un sage de père, ne manque parfois pas de saveur non plus.

Tout ce tend néanmoins vers la fin quand la guerre s'impose (jolis passages sur la non définition d'un pays) après le calme dépouillement du voisin poète. Là ça devient plus dur et le sens de l'ensemble se renforce. Des lourdeurs peut-être mais peu de hasards...


mots-clés : #autobiographie #enfance #relationenfantparent
par animal
le Mar 10 Avr - 20:34
 
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Henry Miller

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 41za8w10

Un Diable au paradis

Quelques années après la fin de la deuxième guerre Miller invite Téricaud (Conrad Moricand en vrai) à venir habiter chez lui à Big Sur (sur la côte californienne). Il faut dire que le bonhomme a de l'esprit, de la conversation, qu'il ne se connaisse pas si mal et qu'il vivote aux trois quarts dans la dèche en Suisse.

Ce n'est pas le grand luxe chez Miller et il se débrouille comme il peu pour lui payer la traversée puis...

Miller retrace et épluche la déconstruction de cette relation, Téricaud/Moricand ne tardant à être non pas forcément envahissant mais 'exigeant' et peu concerné par son entourage. Si on doit mettre de côté quelques aspects pratiques on assiste aussi à la définition et à l'opposition de deux approches de la vie. L'un est tourné vers l'astrologie et un fatalisme froid, l'autre vaille que vaille espère, risque, des réinventions non sans s'acharner sur son quotidien. Le tout sur un fond d'analyse de personnalités, la sienne à Téricaud/Moricand et la sienne à Miller.

Pas trop de faux semblant dans l'agacement et le ras le bol, dans la volonté de refiler son fardeau à d'autres, ce qui peut sembler assez dur mais qu'en savons nous vraiment ? Ce qui m'a intéressé c'est le regard sur des attitudes considérées finalement comme choisies, des choix pas si simples c'est vrai mais dont les complications n'occultent pas une possibilité d'action.

On frôle des pensées orientales et on navigue dans l'ombre des rues d'un Paris habité de grands noms et de misère le temps de peser le déterminisme de nos personnalités et le poids de nos destins. Au passage un paquet de phrases et formules qui font mouche.

Loin d'être glacial, nocif ou simplement abrasif voire rancunier, j'ai trouvé à ce livre quelque chose de positif. Je vous le résume très mal mais j'ai beaucoup apprécié ma lecture (qui avec des mondes de différences se trouve tomber peut-être à un bon moment) !

Merci Nadine Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 1798711736 !!!

Mots-clés : #amitié #autobiographie #psychologique
par animal
le Mar 3 Avr - 21:05
 
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Sujet: Henry Miller
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Yasunari KAWABATA

Ossements

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 97822510


Après avoir décrit le vieillissement de son grand-père dans Journal de ma seizième année, le jeune Kawabata raconte l'enterrement de l'aïeul. Le récit possède déjà l'effrayante lucidité de l'auteur. Au lieu du souvenir du défunt ; l'encrassement, la vulgarité, la honte, et l'inévitable démolissement de la sépulture, son abandon hâtif. Kawabata signe-là ses débuts en littérature, en quelques pages ; il a fait publier ce texte quelques années plus tard, se rappelant cette tentation de la mise en scène, un événement qu'il avait vécu tout à fait égoïstement.

mots-clés : #autobiographie #mort
par Dreep
le Sam 31 Mar - 12:18
 
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Sujet: Yasunari KAWABATA
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Joude Jassouma

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Je-vie10

Je viens d'Alep

Joude Jassouma a grandi dans une famille où il n'était pas envisageable que les enfants fassent des d'études. Mais Joude rêvait d'un autre avenir ; avec une ténacité proprement incroyable, il est parvenu à mener de front des études d’électronique et littéraires, tout en tenant une petite boutique de réparation de magnétoscopes pour aider à subvenir aux besoins de la famille. Amoureux de Saint-Exupéry, de Vercors ou de François Villon, il était près de toucher du doigt son rêve de devenir professeur de français à l’université lorsque la guerre en Syrie a éclaté.
La famille s’est alors trouvée obligée de déménager sans cesse, fuyant l’avancée des bombardements, chaque fois un peu plus démunie. Tous entassés dans quelques mètres carrés, rationnant eau et électricité, à la merci des bombes…  

Un jour, de sa fenêtre, Joude vit un chien jouer avec une tête fraîchement décapitée… Ce fut le déclic : vivre en Syrie n’était plus possible, et ce d’autant plus que sa situation était de plus en plus précaire. En effet, ayant refusé de s’inscrire au « service militaire supplémentaire » décrété par le régime pour les hommes de moins de 42 ans, il était considéré par celui-ci comme un déserteur. Mais il était tout aussi impensable pour lui de combattre auprès des forces d’opposition ayant désormais fait alliance avec les groupes islamistes...
Joude est d’abord parti en éclaireur, traversant illégalement la frontière avec la Turquie, bientôt rejoint par sa femme et leur bébé. Ensemble, ils ont décidé de tenter la  périlleuse traversée vers l'Europe, entassés à 40 dans un canot de 6 mètres, avec la mort constamment à l’esprit… Une fois  arrivés en Grèce, c’est le hasard (et surtout de belles rencontres) qui les ont conduits sur le chemin de la France, pays qu’ils n’imaginaient pas une seconde intégrer malgré leur amour pour sa littérature, tant les images de Calais et les rumeurs les avaient convaincus qu'ils seraient rejeté par une population tout entière. Mais l’accueil chaleureux reçu à Martigné–Ferchaud, en Bretagne, leur a heureusement montré un tout autre visage de notre pays.

Ce livre, écrit en collaboration avec la journaliste Françoise de Cambronne, est rédigé dans un style très simple, qui ne s’embarrasse pas de fioritures. On ne peut qu’être touché par l’évidente sincérité de cet homme déchiré et profondément nostalgique de sa ville d’Alep. Tout au long du livre, il évoque avec émotion les merveilles  aujourd'hui en ruine d’une ville qui fut parmi les plus belles d'Orient, et le souvenir de la cohabitation pacifique d'êtres humains de toutes les confessions. (à l’exception notable des juifs, déclarés ennemis publics par Hafez al-Assad)
Hélas, cette Alep-là, gangrenée par la guerre et l’islamisme, détruite par la folie des hommes, n’existe plus… Et le retour tant espéré semble bien illusoire.

Aujourd’hui, Joude sa femme poursuivent tous deux des études à l’université de Rennes, leur petite Zaine va à la crèche, et ils ont obtenu le statut de réfugiés. De quoi envisager un peu plus sereinement un avenir en France. On ne peut que leur souhaiter de tout cœur qu’il soit le meilleur possible.





Vous pouvez lire le premier chapitre de ce livre sur le site de l’éditeur : clic


mots-clés : #autobiographie #guerre #immigration
par Armor
le Dim 18 Mar - 23:37
 
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Sujet: Joude Jassouma
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Sergueï Dovlatov

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 41t6ep10

Le Domaine Pouchkine


aussi publié comme "La Reserve"

Originale : Заповедник (Russe, 1983)

CONTENU :
Boris prend le bus de Leningrad vers Pskov, où se trouve le grand mémorial de Pouchkine, la domaine de ses parents où le poète a vécu et où on a construit plus tard un musée. C'est là que notre héros se présente en vue de devenir guide à travers la domaine. Il fait cela avec une certaine nonchalance typique pour lui et on l'embauche. Sans grandes ressources, il trouvera un abri assez modeste, voir sale, chez un alcoolique du lieu. Peu à peu il fait connaissance des lieux et va faire ses premiers tours guidés après quelques jours d'apprentissage. Pendant ce temps, sa femme Tania réfléchit à la maison, si elle va émigrer avec leur fille. Elle va venir rendre visite à Boris...

REMARQUES :
Malgré un changement de nom, on trouver sans difficultés chez le narrateur des concordances avec la biographie et le caractère de Dovlatov lui-même. Beaucoup de ses livres partent de ce matériel autobiographique. Mais il le transforme (à quel point?) et sait raconter ses évènements de sa vie avec humour, un savoir pour utiliser la langue. Ainsi on ne passera pas beaucoup de paragraphes sans rire ou sourire. L'auteur souligne et transforme encore les situations les plus absurdes et grotesques. Mais il est possible que pour certains un tel approche ne passe pas : l'alcool omniprésent (comme chez beaucoup de Russes), son amour inconsidéré pour (toutes?) les femmes.

Évidemment on ne se passe pas dans un livre d'un intellectuel russe de pas mal de références de toutes sortes, surtout littéraires. Naturellement un livre, jouant en grande partie sur le « Domaine Pouchkine » va parler de ce grand auteur et poète russe génial, considéré comme un monument national.
A coté de cela nous trouvons aussi d'autres descriptions de caractères bizarres, de vrais originaux.

Concernant la langue, on ne peut que deviner par la traduction (et les commentaires intéressants d'introduction par un ami dans la version française!) l'originalité et la pointillesse de Dovlatov.

Donc, ma deuxième lecture de cet auteur, et une invitation, de continuer dans la découverte !


mots-clés : #autobiographie #creationartistique #humour
par tom léo
le Dim 18 Mar - 16:27
 
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Sujet: Sergueï Dovlatov
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Guy Delisle

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Cvt_ch10

Chroniques birmanes



Originale : Français, 2007

CONTENU :
Chronique écrite après un séjour en Birmanie en 2005

REMARQUES :
Comme d’autres BD de Delisle aussi celui-ci se refère à un séjour de longue durée dans un pays qu’on ignore (ou ignorait) assez. Delisle est maintenant lié depuis un bon moment avec Nadège et ils ont le petit Louis. L’auteur suit à vrai dire sa femme en Birmanie pour une bonne année car elle y travaille pour Médecins sans Frontières. Lui-même, il va avant tout s’occuper de l’enfant, travailler sur ses bandes dessinées et aussi faire quelque connaissances dans le monde du BD. Sinon on a l’impression qu’il raconte dans ces chroniques librement un mélange entre son vécu personnel (souvent avec beaucoup d’humour et d’auto-dérision) et des petites explications de certaines expériences autour d’une donnée politique, économique, culturelle etc...

Les récents développements au Myanmar semblent aller dans un sens d’une plus grande liberté et autonomie, et les descriptions de ce livre date alors maintenant presque d’une dizaine d’années. Alors, cela a vieilli ? Peut-être certaines contraintes de la dictature militaire de plusieurs décennies (instaurée en force en 1962 après quatorze année d’essais démocratiques après l’indépendance)  ont perdues un peu de force, et l’ouverture économique et démocratique sont là, néanmoins ce livre est et restera un témoignage d’une époque qui a marqué le pays: témoignage pour la Birmanie/Myanmar même, mais aussi description – comme l’auteur en fait allusion – des mécanismes d’une dictature en exercise. Et certains procèdés, on les retrouve un peu partout dans le monde en pareilles situations...

Ce qui arrive à Delisle a d’abord et presque toujours une note personnelle, et est accroché à une expérience concrète. Mais au même moment ces petites aventures touchent à toutes les domaines de la vie, soit culturelle, politique, économique, réligieuse, culinaire, répressive etc. Le livre épais est structuré en petites épisodes, petites unités thématiques d’une à six pages environs, avec sur chaque page 6-8 petites cases de desseins et de textes. Dans ce sens-là ce n’est pas un récit linéaire ininterrompu, mais plutôt des bouts d’histoires.

Je n’arrive pas bien à décrire le genre de desseins avec lequel Delisle travaille, mais c’est à mon avis un travail à l’encre et des tonalités en gris (pas de colorisations).

C’est intéressant comment Delisle raconte en passant une existence plutôt isolée souvent, des ressortissants étrangers (ambassades, ONG, industries engagés étrangers). Une séparation si typique dans tellement de pays, surtout soi-disant exotiques ou alors aussi résultant d’une certaine politique. A quel point cet isolement est choisi, conséquence d’une recherche d’une vie plus aisée ? Je ne veux pas en juger, mais dans nos pays nous condamnons souvent ces « communautarismes »...

C’est alors en passant, jouant, décrivant avec humour (et des chiffres et faits réels) que Delisle nous présente ses chroniques.

C’est bien fait, drôle, instructif...

mots-clés : #autobiographie #bd #documentaire #regimeautoritaire #viequotidienne #voyage
par tom léo
le Dim 18 Mar - 16:17
 
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Sujet: Guy Delisle
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Gregory David Roberts

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Shanta10


Shantaram

Gregory David Roberts qui a commis ce livre s’est évadé de sa prison australienne. Dans les premières pages, il nous parle de son incroyable évasion, et de sa fuite en Inde. (Il y revient aussi au milieu du roman). Quand il atterrit à Bombay, il est enquiquiné par  les Indiens qui sautent sur les touristes à leur arrivée, mais il est vite pris en charge, restant encore stupéfait par tous ces bidonvilles et cette misère qu’il a aperçus depuis le hublot. Il sympathise avec l’un d’eux, l’adorable Prabaker, qui sera son ami toute sa vie. Il fait aussi la connaissance rapidement de Karla Saaranen, une mystérieuse Suisse résidant à Bombay… Sacrée aventure que leur destin qui se croise !

Sa condition d’étranger évadé de prison l’oblige à la plus grande prudence. D’emblée traqué, il ne peut dormir dans n’importe quel hôtel et Prabaker veille sur lui. Il l’héberge chez lui, puis lui trouve une place dans l'un des grands bidonvilles. L’Australien, incrédule et atterré de devoir habiter dans un tel lieu, finit par accepter. Sa vie dans le bidonville va être une véritable révélation. Il devient le « docteur » du bidonville, car il va permettre aux pauvres d’accéder aux soins. Son ami Prabaker lui donne des pistes pour se procurer des médicaments par des biais détournés, lui-même se familiarise avec la médecine d’urgence auprès d’un médecin de Bombay qui ne pourrait pas accueillir toute la misère des bidonvilles et c'est le seul qui accepte d'apporter cette aide.

Il découvre l’âme spirituelle et l’amour des habitants de ces cabanes misérables malgré leurs difficultés à survivre. Le bidonville qu'il voyait à travers le hublot dans l'avion, est devenu son havre de paix, il est entouré de ses amis bienveillants. Il est invité aussi chez les parents de son ami Prabaker où il découvre là encore une forme de vie, plus rurale, faite d’amour, de joies simples, et de travail aux champs.

De retour à Bombay, Lin (c'est son nom dans le roman) fait la connaissance d’un nombre incalculable de personnes dont beaucoup de gangsters – le roman est foisonnant – rencontre un homme bon pour lui, qu’il considère comme le père qu’il n’a pas eu. Cette rencontre sera décisive. Lin va malgré lui se retrouver enrôlé dans la mafia de Bombay, qui deviendra aussi sa famille.

Il est impossible de tout énumérer tant il y a d’événements, de rebondissements, et tant de personnages qui jouent un rôle important dans l’histoire, malfrats ou pas. Toujours est-il que Lin se retrouve mêlé à des combats de rue, au trafic et à la consommation de drogue, et à d'autres trafics, à la prison en Inde (encore) où il est torturé, à la vengeance, etc., en même temps qu’il baigne dans l’amour infini des Indiens.

Intégré dans la mafia, il doit également se rendre en Afghanistan en guerre, et donc prendre les armes. Il ne refuse pas ce que lui a demandé son "père" d'adoption.

C’est une véritable toile d’araignée qui se tisse, avec des ramifications, les uns connaissant les autres, tout est lié et à chacun sa mission. Amour, trafic, guerre riment ensemble.

Cela donne une histoire incroyable. Pas étonnant que ce livre a été un best-seller. Quant à savoir si toute cette histoire est entièrement celle qu’a vécue l’auteur, je n’ai pas la réponse. Mais on dirait bien ! Alors là quelle épopée !

Quant à moi, j’ai été happée par ce livre !


 
mots-clés : #autobiographie
par Barcarole
le Sam 17 Mar - 14:25
 
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Sujet: Gregory David Roberts
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Shulem Deen

Celui qui va vers elle revient pas.
Prix Médicis Essais 2017

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Image111

Ce n'est absolument pas un essai, mais un récit autobiographique. Je me  demande pourquoi il a eu le Médicis essai. Déjà que les romans  bien souvent ne sont plus des romans, si en plus les essais ne sont plus des essais, cela va devenir compliqué  Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 575154626

Il s'agit donc d'une histoire personnelle, qui apporte un témoignage sur la communauté des Juifs américains ultra-orthodoxes (les plus ultras de chez les plus ultras). Shulem Deen met en lumière  leurs méthodes d'éducation, de bourrage de crâne, de manipulation, en un mot de terrorisme intellectuel.  Bourrage de crâne pratiqué par des gens tout aussi intoxiqués, persuadés qu'ils ont la Vérité parce que, à eux non plus, personne n'a appris à voir autrement, à envisager l'autre. Mais dans cette multitude, (ils sont vraiment nombreux dans ce shetl recomposé à deux pas de New-York), certains se prennent cependant à douter, à jeter un œil ailleurs, à réfléchir. Internet, quoique prohibé, a fait beaucoup pour cela, terreau prodigieux du libre arbitre.

Shulem  Deen est de ceux-là. Peu à peu, il a  abandonné complètement la foi en la Torah, en Dieu, en tout cette parole castratrice dans laquelle il avait été élevé. Mais elle est aussi protectrice, et il raconte la difficulté de remettre en cause une croyance aussi douloureusement et viscéralement inscrite, la douleur que cela constitue, comment il s'est longtemps caché. Il parle aussi des difficultés plus pratiques : comment se réinsérer dans une société américaine quand on n'a fréquenté que les écoles juives et aucun diplôme, jamais adressé la parole à une femme sans frémir, jamais porté de jean, jamais connu les livres, la radio, télé, cinéma… quand on est rejeté, banni par sa communauté,  sa famille, ses propres enfants. Comment on regrette la douceur des rituels et de l'appartenance à un groupe, même tyrannique.
La tolérance, la liberté, ça se paye très cher. Mais c'est une foi comme une autre et pas moyen de transgresser une fois le pas fait.

Vital à qui aime voir comment ça se passe ailleurs, un vrai ailleurs complètement autre,  ou à qui  s'interroge s'il faut être tolérant avec l'intolérance, et comment naissent les fanatiques (qui sont de tous bords, on l'oublie un peu vite), cet ouvrage vaut plus par son aspect documentaire que par ses qualités littéraires,  l’émotion y émerge un peu trop rarement.. Mais il  mérite qu'on s'y arrête.

mots-clés : #autobiographie #education #regimeautoritaire #solitude
par topocl
le Jeu 15 Mar - 18:32
 
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Sujet: Shulem Deen
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Angel Wagenstein

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Abraha10

Angel Wagenstein :  Abraham le Poivrot. -10/18



Lorsque Berto Cohen revient dans sa ville natale de Plovdiv, en Bulgarie, trente ans et plus se sont passés.
Trente ans d' exil ou presque en Israel.
Mais le passé lui saute aussitot au visage. Les souvenirs bien entendu, mais aussi quelques témoins encore vivants.
Ainsi le photographe Costaki, archiviste et témoin passionné, et Araxi, une amie d' enfance et fille de la tant aimée de Marie Vartanian, prof de français de la 5e A.
Araxi avec qui il s' est "marié" à douze ans, et dont il retombe amoureux progressivement sans trop savoir si c' est Araxi qu' il aime ou sa mère à travers elle.
Invité à un congrès ennuyeux, il l' oublie très vite et, accompagné d' Araxi, il parcourt la ville et les lieux de leur enfance.
Plovdiv, une très belle et ancienne ville des Balkans, au bord de la Maritsa.
Mais elle a bien changé la ville !

Pourtant,il sent partout la présence son grand père maternel, Abraham.
Athée revendiqué mais de mèche avec le pope, le rabbin et le mollah.
Ferblantier de son métier, grande gueule et grand coeur, pilier de bars, coureur de jupons et conteur hors pair.
Ne se rappelle t-il pas des temps et des évènements qu' il n' a jamais vécus ?
Il est vrai que la tradition est forte dans ce milieu de juifs séfarades, expulsés d' Espagne en 1419 par l' Inquisition et qui, en Bulgarie, échapperont par miracle au génocide des années 40.
Ce qui fait vivre les juifs et les autres communautés ethniques, c' est une exceptionnelle solidarité. Bulgares, albanais, turcs, jufs et tziganes, coexistent en paix.
Naturellement ça ne durera pas.

Abraham ne se sent jamais aussi bien, autant lui-meme, qu' au milieu de cette commuauté populaire et plurielle.
Lorsqu' elle disparaitra, il en mourra de désespoir.
Comment ne pas aimer cette mosaique humaine !
Où les femmes des trois religions vont aux bains turcs à tour de role sous les yeux attentifs des hommes et des religieux dans une complicité sensuelle mais bon enfant.

Berto aime et admire son grand père plus que tout et dans la famille, il sert d' "agent double" pour ses deux aieuls.
Et puis les autres, Stoichov, le prof principal de la 5e A, idéaliste et révolutionnaire intègre.
Et les Tziganes, remuants et pauvres, avec  leur chef d' orchestre génial, Manouche Aliev.

Celui qui n' a jamais assisté à une fete tzigane ignore ce que c' est que de jouir de la vie, que de s' abreuver de tout son soul sans accabler son ame des angoisses du lendemain.


Mais le communisme, après la guerre, montre sa vraie nature et brise la belle unité de la communauté.

Voilà une fresque enluminée, miraculeusement vivante où le présent se nourrit du passé sous les yeux de Costas Papadopoulos, le photographe.
C' est chez lui que le narrateur et Araxi se retrouvent pour revivre un moment presque oublié  de l' histoire.
Suspendu dans le temps et la nostalgie.

mots-clés : #autobiographie #communautejuive #enfance
par bix_229
le Jeu 1 Mar - 19:53
 
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Sujet: Angel Wagenstein
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Edouard Limonov

Limonov par Limonov
Conversations avec Axel Gylden

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Limono11

En fait Limonov raconte sa vie avec une bonne rasade de mégalomanie, cursus romanesque assez en phase avec le Limonov de Carrère, paru depuis peu à l’époque : lecteur précoce puis petit voyou dans la prolétaire Kharkov, tailleur et poète dans l’underground moscovite, ensuite expulsé par le KGB pour aboutir à la New York des années 70 : fréquentant toujours le milieu branché, il tente de percer en écrivant du roman (autobiographique, évidemment, et sans jamais douter de sa valeur) ; opportuniste non-conformiste, il profite de la liberté sexuelle et s’identifie à la mouvance punk, puis devient majordome d’un millionnaire. Paris des années 70, c’est la consécration de l’écrivain publié, toujours dans la haine de la bourgeoisie (entr’autres), collaborateur de L’Idiot international, de Jean-Édern Hallier (convergence politico-provocatrice en dehors du schéma traditionnel gauche-droite), reporter engagé proserbe dans la Yougoslavie en pleine guerre civile-ethnique. Enfin retour en Russie, fondation du Parti National-Bolchevique, nihilo-extrémiste, engagé dans l’action directe et « qui lutte pour les libertés ».
À ce stade, je dois reconnaître que la valse des étiquettes, l’usage des dénominations tourne au non-sens, devient plus un obstacle qu’une aide à la compréhension…
Après l’évocation de l’expérience « monastique » de la dimension mystico-métaphysique en prison suite à une expédition au Kazakhstan, l’entretien se termine sur des pronostics peu vérifiés semble-t-il sur le destin de son ennemi déclaré du moment, Poutine.

« Il devait y avoir la dictature des voyous et non celle du prolétariat. Mon raisonnement était le suivant : les voyous sont incontestablement plus évolués, plus ingénieux et plus intelligents que le prolétariat. N’importe quel prolo recule devant le couteau d’un voyou. Le vrai chef, c’est le voyou. »

« Dans un régime qui fonctionne sur l’intimidation et la peur, le pouvoir ne peut rien contre celui qui s’est débarrassé de sa peur. Je n’ai pas peur d’être tué, donc je suis invincible. »


Pour le #, autobiographie évidemment. Il est d'ailleurs significatif que celui qui se considère comme écrivain soit rangé dans les "Biographies et correspondances" !


mots-clés : #autobiographie
par Tristram
le Dim 25 Fév - 13:15
 
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Sujet: Edouard Limonov
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Marguerite Duras

La Douleur

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 La_dou11

Sous ce titre a été publié en 1985 un ensemble de cinq textes qui ont pour point commun la fin de la dernière guerre mondiale et la Libération. Certains sont à caractère autobiographique, d’autres sont de pures fictions.

La Douleur raconte l’attente angoissée de Marguerite Duras du retour de déportation de son mari Robert Antelme. Le récit se présente comme un journal. C’est en fait un faux journal qui trouve ses origines dans les fameux « cahiers de guerre », ensemble de notes écrites par Marguerite Duras dans les années 1945-47. Ces textes ont été revus à différentes reprises par l’auteur, notamment pour leur publication en 1985. Comme bien souvent, Marguerite Duras revient sur son passé dont elle modifie sans cesse la teneur. C’est le travail d’une écrivaine et non d’une historienne.
La Douleur est un texte fort qui décrit le comportement à la limite de l’hystérie d’une femme qui attend son mari détenu. Est-il mort ? Est-il vivant ? Tout se passe comme si Marguerite voulait éprouver dans la chair une violence dévastatrice qui serait en sympathie profonde avec celle connue par Robert en captivité. S’y mêle également un arrière-plan de mauvaise conscience, Marguerite ayant une liaison depuis deux ans avec Dionys Mascolo, le meilleur ami de Robert ! Après avoir fréquenté les gares d’Orsay et l’hôtel Lutetia, lieux de rassemblement des déportés, recueilli nombre de témoignages, les informations viennent du colonel Morland, nom de guerre de François Mitterand et le sauvetage in-extrémis de Robert à Dachau. Suit le lent retour à la vie du détenu décrit par l’auteur en termes parfois très crus. La publication de ce texte entraîna une longue brouille entre Duras et son ex-mari.

Monsieur X dit Pierre Rabier est le récit de la rencontre et des relations ambiguës entre Marguerite Duras et un gestapiste, de son vrai nom Charles Delval. Ce texte a été écrit vers 1985 à partir de notes rédigées en 1946 lors du procès de Delval et en 1958 lors de l’élaboration du scénario du film « Hiroshima, mon amour ».
Pour résumer le sujet : après l’arrestation de Robert en juillet 1944, Marguerite se rend au siège de la Gestapo, rue des Saussaies, afin de faire parvenir un colis à son mari interné à Fresnes. Elle tombe sur Charles Delval qui a procédé à l’arrestation de Robert Antelme.
S’ensuit une étrange relation entre le gestapiste et la résistante, fait de séduction de la part de Charles (réciproque pour Marguerite ?) doublée d’un jeu dangereux du chat et de la souris. Ainsi Charles invite régulièrement Marguerite dans des cafés et des restaurants, sous le prétexte de pouvoir aider Robert. Nous ignorons jusqu’où ira leur relation. Un projet d’assassinat de Delval est monté par le groupe de Dionys Mascolo, mais n’aura pas lieu. Finalement Charles Delval sera condamné à mort et exécuté en 1946. Marguerite Duras a témoigné une première fois à charge au tribunal, puis une seconde fois à décharge.
Dans monsieur X, Marguerite Duras présente Charles Delval comme un personnage fasciné par l’Allemagne nazie et ne doutant pas une seconde de la victoire finale. Il interprète donc sa tâche comme une sorte de devoir moral. Nous sommes au cœur de l’ambivalence bourreau – victime, les frontières n’étant pas aussi imperméables que notre vision 70 ans plus tard pourrait le laisser penser.
Fait  étonnant et qui mérite d’être mentionné puisque ces récits ont une forte valeur autobiographique : Dionys Mascolo, amant de Marguerite, entretient une relation avec la femme de Charles Delval avec laquelle il a un enfant ! Compliqué tout cela.scratch

Dans Albert des Capitales Marguerite Duras renverse les rôles et se présente en tant que bourreau. En effet, il s’agit d’un interrogatoire mené par une certaine Thérèse (« Thérèse c’est moi » nous prévient MD) d’un mouchard accompagné d’un tabassage en règle. C’est un texte extrêmement violent, franchement très dur et qui m’a mis très mal à l’aise. M.D. a-t-elle cherché à faire un contrepoint à « L’Espèce humaine » de Robert Antelme ?

Ter le milicien est le portrait d’un jeune frimeur, flambeur, amoureux de la vie qui a été séduit par une collaboration active. On ne sait s’il continuera à vivre ou s’il sera exécuté.

Les deux derniers textes sont des fictions : L’Ortie brisée, fuite d’un collaborateur dans la banlieue parisienne ; Aurélia Paris, jeune juive recueillie dans un appartement parisien. Ce sont deux beaux textes.

Ma lecture de « La Douleur » suit celle de « L’Espèce humaine » de R. Antelme. Ce dernier livre est éprouvant, mais soutenu par une pensée ferme et élaborée. Au contraire « La Douleur »  avec ses textes disparates, ses ambiguïtés, ses non-dits, son caractère beaucoup plus ouvert vers les interprétations du lecteur, offre une autre vision, complémentaire ?, qui peut être dérangeante pour certains, mais n’est-ce pas le caractère des œuvres d’art ? Very Happy


Mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #deuxiemeguerre #genocide
par ArenSor
le Lun 5 Fév - 12:15
 
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Sujet: Marguerite Duras
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Carlo Levi

Le Christ s'est arrêté à Eboli.

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Eboli10



« Confinati » - c-à-d mis en résidence surveillée – de 1935 à 1936, pour antifascisme, à Gagliano, petit village de Lucanie (Basilicate actuelle), Carlo Levi a rapporté de son séjour forcé dans « cette terre sans consolation ni douceur, où le paysan vit, dans la misère et l’éloignement, sa vie immobile sur un sol aride en face de la mort ».

Pourquoi ce titre ?
« Nous ne sommes pas des chrétiens, disent-ils ; le Christ s’est arrêté à Eboli. » Chrétien veut dire, dans leur langage, homme – et ce proverbe que j’ai entendu répéter si souvent n’est peut-être dans leurs bouches que l’expression désolée d’un complexe d’infériorité : nous ne sommes pas des chrétiens, nous ne sommes pas des hommes, nous ne sommes pas considérés comme des hommes, mais comme des bêtes, moins que les gnomes qui vivent leur libre vie, diabolique ou angélique, parce que nous devons subir le monde des chrétiens, au-delà de l’horizon, et en supporter le poids et la comparaison.


Carlo Levi, dans la lenteur et la langueur du temps qui passe, des journées qui paraissent interminablement calmes et vides, observe et peint, découvre et décrit, comprend et analyse.
Sans jamais tomber dans l’apitoiement misérable, Carlo Levi nous confie son vécu dans une écriture qui coule comme une source claire et fraîche, nous livre ses réflexions d’une profonde humanité, nous bouleverse avec ses mots simples. Les descriptions des paysages y sont certes très belles mais ce qu’il réussit à merveille c’est de nous approcher de ses paysans, de leur monde. Le texte sobre donne une telle dimension à la souffrance et au désespoir que l’on frissonne tant on finit par aimer ces paysans.
Carlo Levi fait la lumière sur la réalité de ce qu’était le sud de l’Italie, un pays oublié vivant toujours comme à l’époque féodale où les propriétaires et les fascistes (la petite bourgeoisie) régnaient sur une population décimée par la malaria.
A la fin du roman, Levi expose une sorte de réquisitoire où sont développées les réelles solutions à apporter pour que cette région et ses paysans et leurs enfants se sentent intégrés dans leur propre pays, « créer une nouvelle forme d’Etat qui soit aussi l’Etat des paysans ».

Grande émotion.

(carnet retrouvé...)


mots-clés : #autobiographie #exil #politique #ruralité #social
par Cliniou
le Lun 15 Jan - 12:08
 
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Sujet: Carlo Levi
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Carlos Fuentes

Diane ou La chasseresse solitaire

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Diane_10

Cette « chronique autobiographique » commence (et se poursuit) par d’intéressantes considérations sur Dieu (pouvons-nous être heureux dans la vie, et aussi dans un éventuel ciel ?), la littérature et le cinéma (mais aussi les autres arts), Don Juan (métamorphose et mouvement), auquel s’apparente l’auteur. Il s’agit essentiellement de narrer les (presque) deux mois de sa liaison avec Jean Seberg (Diane Soren dans le livre) ; elle a la trentaine en 1970, lui quarante ans ; les deux sont mariés, elle à un autre écrivain, Romain Gary (Ivan Gravet), lui à une autre actrice, Rita Macedo (Luisa Guzmán). C’est érotique, et assez impudique ; avec des regards (de gauche) sur les sociétés sud-américaine (les faits se passent au Mexique) et américaine (hollywoodienne notamment, mais pas que : influence puritaine, arrogance, etc.) ; sur les mythologies (dont Jeanne d’Arc) ; et bien sûr c’est une histoire d’amour mouvementée jusqu’à la rupture, sur fond de Black Panthers et FBI.
Intéressant pour qui s’intéresse à la biographie de Jean Seberg, « l’accoucheuse de révolution », persécutée, angoissée. Pour qui s’intéresse à Carlos Fuentes, l’écrivain qui se confie exceptionnellement ici, et pas sous un jour toujours brillant. Enfin l’occasion de rencontrer, par exemple, Buñuel (le désir et le rêve doivent en rester à ce stade), ou encore Clint Eastwood (en photo au chevet du lit).

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Jean_s10

« Combien de fois ne me suis-je pas dit : Je serai toujours ce que je suis en ce moment ! Je me remémore et j’écris pour retrouver le moment où elle serait à jamais comme elle était, tel soir, avec moi. Mais toute singularité, amoureuse ou littéraire ‒ souvenir ou désir ‒, est vite engloutie par la grande marée qui sans cesse nous encercle comme un incendie sec, comme un déluge ardent. Il nous suffit de sortir un instant de notre peau pour savoir que nous sommes cernés par une houle toute-puissante qui nous précède et nous survit, indifférente à notre existence particulière.
J’aime et j’écris afin d’emporter une victoire passagère sur l’immense et omnipotente réserve qui est là, mais ne se manifeste pas… Je sais que la victoire est éphémère. Mais elle me permet de garder mes propres réserves, grâce auxquelles je peux faire quelque chose ‒ en cet instant ‒ qui ne ressemble pas au reste de ma vie. L’imagination et la parole me disent que, pour que l’imagination parle et la parole imagine, le roman ne doit pas être lu comme il a été écrit. Cette condition devient extrêmement hasardeuse quand il s’agit d’une chronique autobiographique. L’écrivain doit fournir les variations sur le thème choisi, multiplier les options du lecteur et tromper le style par le style même, au moyen de constantes modifications de genre et de distance. »
« Diane, la chasseresse solitaire. Ce récit, lesté des passions du temps, se met lui-même en échec parce qu’il n’atteint jamais à la perfection, à l’idéal de ce qui a pu être imaginé. Il ne le désire même pas, du reste, car si la parole et la réalité coïncidaient parfaitement, le monde s’achèverait, l’univers ne serait plus perfectible puisqu’il serait parfait. La littérature est une blessure par où jaillit l’indispensable divorce entre les mots et les choses. Par cette plaie, nous pouvons perdre tout notre sang.
Seuls à la fin, comme seuls au commencement, nous nous remémorons les instants de bonheur que nous avons sauvés de la mystérieuse latence du monde, nous revendiquons l’esclavage du bonheur et nous n’écoutons que la voix de la réserve masquée, le pouls invisible qui au bout du compte se manifeste pour affirmer la vérité la plus terrible qui soit, la condamnation irrévocable du temps qui nous est imparti sur terre :
Tu n’as pas su aimer. Tu as été incapable d’aimer. »

« ‒ Les couples qui auraient pu être mais qui ne se sont pas formés, les couples qui se ratent, ajouta-t-elle en français, tu comprends ? les gens qui se croisent comme des bateaux dans la nuit. Cette idée m’angoisse beaucoup. »

« À tort ou à raison, je n’ai vécu que pour écrire. »

« Le mensonge est le revers du progrès. Plus nous avançons dans le progrès technologique, plus nous compensons notre retard moral ou imaginatif en utilisant l’arme dont nous disposons : le mensonge. »

« Le lecteur doit être inventé par l’auteur, imaginé dans le but de lui faire lire ce que l’auteur a besoin d’écrire, non ce qu’on attend de lui. »

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Jean_s11
Diane/ Jean y Carlos

mots-clés : #amour #autobiographie
par Tristram
le Sam 30 Déc - 13:13
 
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Sujet: Carlos Fuentes
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Wallace Stegner

Oups, j'arrive trop tard pour topocl et son train..

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 97828510

The Big Rock Candy Mountain ( La bonne grosse montage en sucre)
traduit de l'anglais ( Etats- Unis ) par Eric Chédaille
Editions Phébus

Ce roman, traduit en 2002, a été écrit trente ans avant Angle d'équilibre. Mais il traite en fait du même thème, analysé avec peut-être moins de recul, et ça se comprend, trente ans de vie aident, quelquefois, à prendre du recul !
C'est une histoire très autobiographique, celle de la famille de cet écrivain américain mort en 1993.
Cette fameuse "candy mountain" représente ce qu'on appelle couramment le "rêve américain", partir de rien et arriver... à quoi, c'est autre chose !
La grande majorité des habitants de ce pays y aspiraient, en tout cas, en ce début de siècle dernier. De là à tous y aboutir....
C'est le récit d'une quête effrénée pour "réussir", en allant toujours plus loin et de manière toujours plus aventurière, du père, donc, de Wallace Stegner, un homme de l'étoffe des premiers pionniers, mais né un peu tard, peut être, alors que la fortune des pionniers est déjà faite, et qu'il ne reste que des miettes à grappiller dans des conditions toujours plus difficiles.

Cet homme traîne derrière lui sa famille, bien obligée de suivre et de s'adapter, sa femme (merveilleux hommage rendu à la femme dans son personnage de mère, le reste est beaucoup plus ambigu) et ses fils, de plus en plus révoltés par les sautes d'humeur d'un père éternellement sujet à des revers de fortune. Un des fils en mourra, et l'autre deviendra universitaire puis écrivain, et son histoire familiale lui servira de trame pour ce premier roman.
A la mort du père, ce fils va lui rendre une sorte d'hommage en écrivant :

"Harry Mason était et un enfant et un homme. Quoiqu'il fît jamais, à n'importe quel moment de sa vie, il fut, jusqu'en ses colères, un être mâle de bout en bout, et il fut presque toujours un enfant.
A une époque plus ancienne, en d'autres circonstances, il aurait pu être un individu montré en exemple par la nation toute entière, mais il n'eût été en rien différent. Il n'en fût pas moins resté un être humain au développement imparfait, un animal social immature ; or, plus la nation va de l'avant, moins il y a de place pour ce genre de personnage. Harry Mason vécut avec celle qui fut ma mère et que je révère pour sa bonté, sa douceur, son courage et sa sagesse. Mais j'affirme, en ce jour où sont célébrées les obsèques de cet homme, et en dépit de la haine que j'ai eue pour lui pendant de nombreuses années, qu'il possédait plus de talents, plus de ressources et d'énergie qu'elle. En affinant les qualités de ma mère, on arriverait à la sainteté, jamais à la grandeur. Ses qualités à lui étaient la matière brute à partir de laquelle se construisent les hommes remarquables. Quoique je l'aie toujours détesté, et bien qu'aujourd'hui je ne l'honore ni ne le respecte, je ne peux lui retirer cela..."

Dans des extraits d'entretiens publiés par le journal Libération en juin 2002, Stegner, parlant de la littérature, écrit :
"Penser qu'il y ait quelque chose de nouveau à dire, à mon sens, ne mène à rien. Ce qui importe, c'est la compréhension toujours plus approfondie de ce qui de tout temps a existé."


C'est ce que, je pense, il a essayé de faire au long de son oeuvre (du même auteur, toujours chez Phebus, deux très beaux romans d'un écrivain plus assagi sinon plus serein, "Vue cavalière" et "La vie obstinée").


mots-clés : #autobiographie #famille #initiatique
par Marie
le Dim 17 Déc - 21:30
 
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Sujet: Wallace Stegner
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François Sureau

Le chemin des morts

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Chemin10
Récit (autobiographique sans doute), de la taille d'une nouvelle (une quarantaine de pages environ), paru en 2013.

Début des années 1980. Un tout jeune brillant juriste atterrit à la Commission de recours des réfugiés (aujourd'hui Cour Nationale du Droit d'Asile). Il évoque le président de celle-ci à l'époque, pour lequel il nourrit de l'admiration, tant pour le parcours que pour la méthode.

Le chemin des morts, au Pays basque, c’est ce chemin particulier qui mène chaque maison jusqu’au cimetière. Chaque famille a le sien, et se tisse ainsi au-dessus des routes et des sentiers une toile secrète, invisible et mystérieuse, qui mène jusqu’à l’église.



Arrivé en France en 1969, fuyant la justice franquiste, Javier Ibarrategui, membre du commando qui avait assassiné Melitón Manzanas à Irún le 2 août 1968 (commissaire, tortionnaire notoire sous le régime franquiste, à la tête de la Brigada Político-Social de Guipúzcoa - à noter que cet assassinat est, à jamais pour l'Histoire, le premier attentat prémédité d'ETA) avait-il à y demeurer en vertu du droit d'asile, tandis qu'entre-temps l'Espagne était devenue une démocratie ?

Pouvions-nous seulement faire à l'Espagne la mauvaise manière de tenir pour nul et non avenu son retour au droit ?


Le cas est épineux, les sinistres GAL (Grupos Antiterroristas de Liberación) opérent, groupes occultes, para-militaires sévissant dans l'ombre y compris (et même par périodes surtout) sur sol français, lequel est considéré par ceux-ci, à tort ou à raison, comme un sanctuaire pour les activistes basques.

Et Javier Ibarrategui s'était tenu plus que tranquille en France, allant même jusqu'à désapprouver, par un écrit circulant dans les milieux clandestins, l'assassinat de l'amiral Carrero Blanco en 1973. Ce qui lui fut reproché
par ses anciens camarades comme par certaines vois autorisées de l'extrême gauche française.



Dire le droit, motiver une décision de justice est ardu.
Lorsqu'un juge adopte une solution, c'est bien souvent parce que la décision inverse lui paraît impossible à rédiger, pas davantage.


Et puis il y a les cas.
En évoquant quelques-uns d'entre eux, on survole le relativisme, chaque époque connaît le sien propre, couplé au regard, qui diffère tous les quinze ou vingt ans.
Et même les cocasseries, la filouterie pas bien méchante:
Je me souviens que ce jour-là nous avions accordé le statut de réfugié à un Zaïrois, dont nous devions découvrir ensuite qu'il s'était déjà présenté trois fois à la Commission sous des identités différentes. Il avait un beau talent d'acteur et revendait ensuite -à un prix abordable- le précieux papier à ses compatriotes.



J'ai beaucoup apprécié cette courte nouvelle (ce court récit), pas seulement pour la teneur et le questionnement central qu'il pose:
En effet -bonheur de lecteur- le style est ramassé, concis, cependant à l'opposé du type script ou scénario, sobre mais jamais sec, toujours à grand pouvoir évocateur: que l'auteur en soit remercié...

mots-clés : #autobiographie #exil #immigration #justice
par Aventin
le Sam 16 Déc - 19:10
 
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Sujet: François Sureau
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Patrick Deville

Vais-je me réconcilier avec Patrick Deville?

Taba-Taba

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Images52

Qu'est ce qui a fait Patrick Deville, ce petit garçon, cette "crevette", qui a vécu ses premières années derrière les murs du Lazaret de Mindin, en face de St Nazaire, cet hôpital psychiatrique où son père anime une troupe de théatre, éprouvant une étrange fascination-amitié pour un pensionnaire, "solitaire ténébreux", scandant sa solitude de l'obscure litanie taba-taba-taba/taba-taba-taba, alexandrin parfait adressé à l'adversité?

Est-ce sa famille dont il déroule un historique tout à la fois romanesque et scrupuleux, grâce aux 3 m3 des archives de cinq générations, léguées par la tante Monne, rescapées de combien de pertes et de hasards ? Journaux d'époque, correspondances, photographies, journaux intimes, répertoires, factures, courriers administratifs lui permettent, une année durant, d'organiser un grand jeu de piste à travers la France, au volant de sa Passat : il n’est pas du genre à se contenter de la paperasse, Deville, il veut retrouver les lieux, il veut voir, il veut sentir, il veut rêver. Il veut imaginer ces fantômes d'ancêtres se glissant dans les rues, pêchant dans les ruisseaux, échappant aux obus, se cachant au maquis...

Est-ce notre histoire française, ses guerres sans cesses enchaînées, ces der-des ders préparant la suivante,  dont le traumatisme se transmet au-delà des mots, trouvant son apogée dans les actes terroristes qui frappent nos territoires paysagers et intimes?

Est-ce l'histoire mondiale, de conquêtes en colonies, à la rencontre desquelles il s'envole en alternance avec son périple des campagnes et villes françaises (Wikipedia nous l'expliquant puisqu'il est directeur littéraire de la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs de Saint-Nazaire, )?

C'est bien sûr tout cela qui l'a fait, fruit de tant de hasards qu'il aurait tout aussi bien pu ne jamais être là. C'est ce qui a fait cet esprit curieux, passionné, érudit, avide de détails inutiles qu'il rend indispensables, d'histoires et de souvenirs, de lectures et de voyages, organisés dans des digressions, des associations temporelles ou spatiales, livrés au lecteur dans un feu d’artifice  foisonnant : émotions,  noms célèbres ou inconnus,  citations, lieux, événements historiques ou intimes étroitement mêlés. Dans la luxuriance et l'emportement, rares sont les instants où l'on frôle la noyade face à ce déferlement.

Le récit emporte brillamment la gageure d'une ambition folle qui cherche à l'exhaustivité : décrire un homme, c'est décrire le monde. Et cet homme, amalgame de tant de choses, de tant de gens, de tant de lieux, de tant de siècles, cet homme lucide se veut optimiste quand le monde part en vrille: et alors, ce monde ne le fait-il pas depuis des siècles et des siècles? C'est par un charme fou, un humour malin, une fantaisie jamais épuisée, un sens du romanesque captivant, une attention à l'autre et un amour partagé que Patrick Deville donne sens à tant de sacrifices  dans les diverses boucheries des siècles passés.

Ici, la littérature,  modelant habilement réalité et fiction entremêlées (il parle de roman sans fiction), répond à nos interrogations essentielles, en quelque sorte. Arrivée éblouie au terme de ce roman universel et intime, je ne sais plus au final si la question est : qu’est ce qui a fait Patrick Deville, ou : qu'est ce qui fait le monde.


mots-clés : #autobiographie #famille #guerre #historique #terrorisme
par topocl
le Mer 6 Déc - 16:22
 
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Sujet: Patrick Deville
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George Sand

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych10

Elle et Lui


C’est l’histoire d’une passion, celle de Thérèse et Laurent,  exacerbée par le caractère inconstant du jeune et talentueux peintre. En effet Laurent semble souffrir d’un déséquilibre psychique, passant de la douceur à la fureur en quelques minutes,  de la jalousie à l’indifférence, ne cessant d’accuser puis de réclamer le pardon de celle qu’il aime.

C’est par l’amitié que ces deux êtres se sont liés,  puis le garçon tombant amoureux de sa tendre et belle amie (peintre elle aussi) la convainc par ses déclarations, ses promesses ( renoncement à sa vie dissipée) de  céder à l’ amour.

« Ecoute,  ajouta-t-elle en tenant sa main dans les siennes avec tout la force dont elle était capable, ne me retire jamais cette main là et, quelque chose qui arrive, garde assez d’honneur et de courage pour ne pas oublier qu’avant d’être ta maîtresse, j’ai été ton ami. »

Mal lui en prit,  le bonheur ne dura  pas 7 jours. Victime d’hallucination Laurent est incohérent,  cette 7ème journée qui s’annonçait agréable fut une déconvenue.

« Il avait eu une hallucination. […]Quand il a été tout près, j’ai vu qu’il était ivre, et non pas poursuivi. Il a passé en me jetant un regard hébété, hideux, et en me faisant une laide grimace de haine et de mépris. Alors j’ai eu peur, et je me suis jeté la face contre terre, car cet homme…c’était moi ! »

Laurent s’ennuyait de cette vie calme, régulière,  il critiquait Thérèse qui pourtant fit des efforts pour sortir avec lui dans des lieux qu’elle n’aurait jamais fréquenté.

« Il faut savoir que la monotonie ne me convient pas, il faut me laisser à mes instincts qui ne sont pas toujours sublimes, mais que je ne peux pas détruire sans me détruire avec eux… »

Pour rompre la monotonie elle proposa à Laurent un voyage en Italie mais en 24 heures Laurent était déjà las de Gênes. Ce fut la rupture après une scène terrible.

Palmer, un américain ami de longue date avec Thérèse avait  favorisé la réunion du couple pensant que Laurent pouvait apporter le bonheur à Thérèse. Il avait une nouvelle à délivrer à la jeune femme (dont il avait d’ ailleurs raconté la vie à Laurent) Thérèse s’apprêtait à rentrer en France et Palmer, fort de sa rupture d’avec Laurent, lui révéla son amour et lui proposa le mariage. Elle accepta.

Palmer et Thérèse reçurent une lettre inquiétante de Laurent, ils le rejoignirent à Florence où il était atteint de fièvre, de délire. Thérèse le veilla et le soigna. Remis de cette épisode Laurent ne se souvenait pas de leur rupture et souhaitait continuer à vivre  avec Thérèse.

« Ce cœur là,  Laurent,  dit-elle en frappant se poitrine, n’est ni si fier ni si ardent peut-être que le vôtre ; mais, vous l’avez dit vous-même souvent autrefois, il reste toujours à la même place. Ce qu’il a aimé, il ne peut cesser de l’aimer ; mais, ne vous y tromper pas, ce n’est pas de l’amour comme vous l’entendez, comme vous m’en avez inspiré, et comme vous avez la folie d’en attendre encore. Ni mes sens ni ma tête ne vous appartiennent plus. J’ai repris ma personne et ma volonté ; ma confiance et mon enthousiasme  ne peuvent plus vous revenir. J’en peux disposer pour qui les mérite […] »

Rentrée en France, Thérèse fut bouleversée et amère de la demande de Palmer, jaloux de Laurent ; elle reprit sa parole sur le mariage.

« Thérèse !Thérèse ! s’écria Palmer avec violence en lui serrant le bras jusqu’à le meurtrir, jurez-moi,sur le souvenir de l’enfant que vous avez perdu, que vous n’aimez plus Laurent, et je tombe à vos  pieds pour vous supplier de me pardonner mon injustice. »

Fort de la rupture de Thérèse avec Palmer, Laurent  redevient  si charmeur, si prometteur,

Ah ! Thérèse, vous m’avez déjà dit une fois que je me vantais devant vous de ce dont je devrais rougir, que j’étais un mur de prison. Vous n’avez oublié qu’une chose : c’est qu’il y a derrière ce mur un prisonnier !
A quoi me servira, je vous le demande, d’avoir barbouillé de peintures fantasques les murs de mon cachot, si le mot  aimer  ne se trouve écrit nulle part ?


que  Thérèse succomba  une nouvelle fois :

« Thérèse sentit bientôt que l’affection de son pauvre enfant, comme il s’intitulait toujours, lui était douce, et que, si elle pouvait continuer ainsi, elle serait le plus pur et le meilleurs sentiment de sa vie.
- Probablement, lui disait-il, j’étais malade sans le savoir quand, pour la première fois, j’ai été coupable envers toi. Une fièvre cérébrale, cela semble tomber sur vous comme la foudre… »


Le premier bonheur de Thérèse n’avait pas duré toute une semaine ; le second ne dura pas vingt-quatre heures.

« Aussitôt ses velléités d’amour pour elle lui revinrent  et en même temps ses soupçons, sa jalousie et sa colère. Jusque là ce charme d’amitié l’avait bercé et comme enivré ; il devint tout à coup amer et glacé. »

« Il obéissait à cet inexorable besoin que certains adolescents éprouvent de tuer ou de détruire ce qui leur plaît jusqu’à la passion.

Thérèse  pensa que c’était elle qui était la cause de la « folie » de Laurent car ce n’est qu’en sa présence qu’ elle se manifestait.


« Un soir, il lui fit une si longue et si incompréhensible querelle, qu’elle ne l’entendit plus et s’assoupit sur son fauteuil. Au bout de quelques instants, un léger frôlement lui fit ouvrir les yeux. Laurent jeta convulsivement par terre quelque chose de brillant : c’était un poignard. Thérèse sourit et ferma les yeux. Elle comprenait faiblement, et comme à travers le voile d’un rêve, qu’il avait songé à la tuer. En ce moment tout était indifférent à Thérèse. Se reposer de vivre et de penser, que ce fût sommeil ou mort, elle laissait le choix à la destinée. »

Mais, un matin un bambin vient sonner à sa porte disant qu’on l’ avait adressé à elle, Mlle Jacques parce qu’elle devait s’occuper de lui, son père étant mort et sa marâtre ne voulait plus de lui. Thérèse reconnait ses traits dans le visage de l’enfant, elle comprend que c’est le fils qu’elle croyait disparu.

Elle remercia Palmer  de lui avoir ramené son enfant ; tous deux partent vivre en Allemagne, la mère avait  chassé la maîtresse.

***

Mon sentiment : passion, souffrance,  l’art, la solitude  qu’est-ce ? romantisme? mais il y a dans ce  livre du drame, du social, le  stoïcisme  de Thérèse,  alors  peut-on   qualifier cette histoire de romantisme réaliste (?)

L’histoire de cette passion est sauvée  par l’écriture  à la fois sensible et forte  de l’auteure,  les sentiments  et les raisonnements  sont bien exploités,  sinon j’aurais certainement abandonné le livre car cette passion  aurait pu virer, avec une autre plume, au pathétique.

Ce livre est dit autobiographique, il semble en effet que certains personnages et évènements de l’histoire s’inspirent  fortement de  la vie de George Sand.


mots-clés : #autobiographie #xixesiecle
par Bédoulène
le Jeu 30 Nov - 10:47
 
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Sujet: George Sand
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