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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Lun 20 Sep - 22:44

117 résultats trouvés pour biographie

Pierre Adrian

La piste Pasolini

Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 Pasoli10


Originale: Français, 2015

On parle de qui ?
Pier Paolo Pasolini est un écrivain, poète, journaliste, scénariste et réalisateur italien, né le 5 mars 1922 à Bologne, et assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, sur la plage d'Ostie, près de Rome. Voir aussi le fil créé :
https://deschosesalire.forumactif.com/t1431-pier-paolo-pasolini?highlight=pasolini
Mais là on parle de PPP comme réalisateur. Il semble que pour beaucoup il excelle (encore plus?) dans la domaine de la poèsie et des articles (proches de pamphlets...)

CONTENU :
Quarante ans après sa mort, Pasolini éclate par sa dérangeante actualité. Pierre Adrian a mené une enquête personnelle, poétique et engagée. À 23 ans, il part pour l'Italie sur les traces d'un écrivain et réalisateur insaisissable et fascinant : Pier Paolo Pasolini. Du "Frioul vide et infini" aux errances dans Rome et ses "nuits sans frein", il hume, palpe cette vie à fleur de peau, à rebours de tous les clichés.
Magnifique quand il provoque la société, Pasolini n'a cessé de bousculer les idées reçues. Quarante ans après son assassinat, il reste vivant au point de nous brûler. Premier détracteur des téléviseurs et de la vie quotidienne, il s'attaque à la société de consommation, loue les joies du football et de la vie pastorale, s'insurge contre la tiédeur bourgeoise, les sentiments institués, et s'acharne à tout désacraliser. Pour s'approcher davantage du sacré.

Un récit de voyage au plus près de Pasolini, une enquête incarnée, mais aussi la quête d'un frère, d'un maître, d'un " meneur d'âmes, meneur de nos petites âmes paumées du nouveau siècle ".

REMARQUES :
Il s’agit pas ici d’une biographie distanciée, un rammassis de données objectives, mais d’un dialogue très personnel, poètique, engagé du jeune auteur avec la personne de PPP. Il voit en lui un « maître » qui nous a encore quelque chose à dire aujourd’hui. Et son cheminement, voyage à travers l’Italie au début de l’année 2015, dans les traces du génir, s’apparente à une confirmation d’intuitions, une initiation. Il aimerait tellement nous faire découvrir l’extrême actualité des interrogations de PPP. Et sa propre personne en est pour ainsi dire un témoin, un « actualisateur ».

Adrian est fasciné par cet homme inclassifiable : désacralisateur et au même moment pleine d’admiration pour, par exemple, la personne du Christ. Dénonciateur des méfaits de la société de consommation et poussé dehors du PC dont il faisait parti. Doux et aimé comme prof dans ses jeunes années, et puis expulsé pour ainsi dire, mis à l’écart à cause de sa homosexualité… Un homme dans des antagonismes, mais dans une vraie recherche qui fascine.

Ainsi il échappe à toutes catégorisations et est en lui-même l’homme comme mystère. Adrian en parle, pas passivement dans une distance, mais activement, touché, mû : il nous le rend proche et fascinant !

Un livre splendide qui fait nous remarquer un jeune auteur qu’il faudra suivre...


Extraits :

… tu dois savoir ceci : dans les enseignements que je te donnerai, je te pousserai – il n’y a pas le moindre doute – à toutes les désacralisations possibles, au manque total de respect pour tout sentiment institué. Mais le fond de mon enseignement consistera à te convaincre de ne pas craindre la sacralité et les sentiments, dont le laïcisme de la société de consommation a privé les hommes en les transformant en automates laids et stupides, adorateurs de fétiches.
(PPP)

… la magnifique habitude de notre vie. Celle de se lever avec le jour, prêt à tout. Le son des loches à heures fixes, les jeunes enfants qui courent autour de la maison, la mère qui déjà s’affaire au ménage. J’aime à croire qu’un poète, lorsqu’il se lève, est joyeux. Il connaît la béatitude. Il reconnaît que la vie est forlidable, et que chaque jous est une nouvelle vie qu’on projette .
(PA)

L’intelligence de sa condition humaine, on ne l’acquiert que lorsqu’on est en danger, qu’on vit tourmenté par le doute qui est la certitude d’être dans le vrai ; donc tu devrais simplement agir, en étant implacablement sévère avec toi-même, et puis on verra, le temps te donnera raison ou tort. (PPP)

Les hommes cherchent toujours à l’extérieur d’eux-mêmes la raison de leurs échecs spirituels ; ils ne veulent jamais se convaincre que a cause en est toujours et uniquemment leur faiblardise, leur manque de caractère et d’intelligence. Il existe un dilettantisme de la foi comme il y a un dilettantisme du savoir.
Gramsci, fondateur du PC italien


mots-clés : #biographie #creationartistique
par tom léo
le Ven 3 Nov - 7:53
 
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Sujet: Pierre Adrian
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Kaouther Adimi

Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 41k19q10

Nos richesses

L’histoire de ce livre est le récit de la librairie-maison d’édition “Vraies richesses” qu’Edmond Charlot à ouvert à Alger. Son combat pour promouvoir la littérature en temps de guerre. Pas de papier, pas d’encre…. Il en a connu du monde, ça a été l’aventure d’une bande de copains qui gravitaient autour de la librairie pour se faire éditer ou apporter leur soutien. Camus, Giono, Roblès, Bosco, Gide, Jules Roy, Temple, Mouloud Feraoun. Et puis, il y a la colonisation et l’insurrection en toile de fond, L’Algérie…..Bien écrit et instructif. Toute une époque!




mots-clés : #biographie #historique
par Pia
le Dim 29 Oct - 17:39
 
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Sujet: Kaouther Adimi
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Michèle Lesbre

Chère brigande

Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 Image122


Ce n'est pas épais du tout du tout : ni en épaisseur (66 pages légères), ni en contenu.
C'est censé être une lettre écrite à Marion de Faouët, brigande bretonne du XVIIIème siècle qui finit pendue à 38 ans. Par un artifice assez curieux, Michèle Lesbre écrit à Marion en lui déroulant sa biographie, alors qu'a priori, celle-ci  la connaît, non? Bon, elle ne risque cependant pas l'ennui, Marion, parce que c'est tellement succinct qu'il n'y a pas de quoi y languir.

Michèle Lesbre parle aussi, de façon anecdotiques, d'autres Bretons, et d'autres brigands ou révoltés, mais c'est tellement fugitif que ça n’apporte pas grand chose (rien, soyons honnête). Elle parle d'elle-même aussi, c'est normal, une lettre c'est censé être intime. Elle a commencé ce livre après la disparition d'une SDF rousse habitant en bas de chez elle, qui l'a longtemps fascinée mais avec qui, honteuse, elle n'est jamais arrivée à établir une relation saine (le lien avec Marion, ténu je vous l'accorde, c'est que celle-ci volait les riches pour donner aux pauvres -  encore que cela soit contesté découvre t'on au décours d'un paragraphe). Elle évoque beaucoup une vague ancienne histoire d'amour bretonne avec un mystérieux "il",  sans guère de consistance , mais qui s’est déroulée sur les lieux même de la vie de Marion. Elle partage  des réflexions et souvenirs divers et variés, mais toujours superficiels, sur notre monde, dont vous ne savez peut-être pas qu'il est terrible et sombre. Cela tournant souvent autour de la pauvreté, de l'exclusion et de la façon dont nous payons notre indifférence et notre arrogance (le livre finit au lendemain du 14 juillet 2016, ce qui permet à  Michèle Lesbre de préciser, des fois qu'on n'aurait pas compris, son incroyable indépendance d'esprit: "Je n'ai aucun goût pour les chants guerriers,  je ne chante pas La Marseillaise ).

Bon, c'est joliment écrit si on néglige les deux-trois fautes de français ou tournures laborieuses, mais c’est totalement indigent, et un peu prétentieux. Tout cela est vendu sur le quatrième de couverture en ces termes "[son]livre, certainement le plus personnel". Wouaouh!



Tu la connaissais, Armor, cette Marion qui a l'air célèbre en Bretagne?


mots-clés : #biographie
par topocl
le Sam 23 Sep - 21:09
 
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Sujet: Michèle Lesbre
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Jacques Josse

L'ultime parade de Bohumil Hrabal

Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 Cfxgbf10

Petit opuscule d'une soixantaine de pages, l'auteur choisit au travers de celui-ci une approche biographique pour déclarer sa flamme à l'auteur tchèque.
En décrivant l'amour de celui-ci pour son pays, pour Prague pour la culture, et son amour pour autrui Jacques Josse humanise un monstre littéraire, le plus illustre avec Kafka dans la ville aux mille clochers.
En nous narrant le quotidien, les habitudes les rituels et sa confrontation au Régime pour clore sur sa triste mort, Josse pleure un ami, pleure un génie, fête l'oeuvre passée à la postérité "Une trop bruyante solitude". C'est émouvant, c'est touchant, c'est joli.

Rien que pour ca cela mérite d'être lu.

mots-clés : #biographie
par Hanta
le Jeu 21 Sep - 21:09
 
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Sujet: Jacques Josse
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Georg Büchner

Georg Büchner
(1813-1837)

Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 Unknow12

Georg Büchner (Goddelau, 17 octobre 1813 – Zurich, 19 février 1837) est un écrivain, dramaturge, révolutionnaire, médecin et scientifique allemand. Malgré la taille modeste de son œuvre — essentiellement trois pièces de théâtre, une nouvelle et un tract —, il est devenu tardivement l'une des figures marquantes de la littérature allemande du xixe siècle, surtout grâce à ses drames La Mort de Danton et Woyzeck.

Aîné d'une fratrie de six enfants, Karl Georg Büchner est le fils de Louise Caroline Reuss et d'Ernst Büchner, un ancien médecin de l'armée naopléonnienne devenu par la suite un industriel renommé, inventeur d'outils scientifiques.
Büchner est élevé dans un monde de sciences, de culture et d'art. À partir de 1821, sa mère se charge de son instruction : elle lui enseigne la lecture, les lettres, le calcul, l'initie aux grands textes religieux  et à l'histoire des peuples de la Terre. À 10 ans, Georg dévore les ouvrages de Schiller. Il s'intéresse aux sciences, et apprend plusieurs langues (anglais, français, italien).

Büchner entreprend des études de médecine à l'université de Strasbourg, où il entre en contact avec des groupes d'opposition républicains. Logé chez le pasteur protestant Johann Jakob Jäglé, il se fiance avec sa fille Wilhelmine en 1832.
En 1833, il s’installe à Giessen pour terminer ses études, et participe à l’agitation politique qui a saisi le sud de l’Allemagne après le Hambacher Fest, manifestation du 27 mai 1832 pour l’unité nationale s’opposant aux régimes despotiques en place dans la plupart des 39 États germaniques.
En 1834, Büchner, influencé par Auguste Blanqui et Saint-Simon, co-fonde une association secrète révolutionnaire : la Société des droits de l'Homme, défandant des idées socialistes. La même année, il entreprend avec le pasteur Weidig, figure de proue de l'opposition en Hesse, la rédaction d'un tract révolutionnaire. Intitulé Le Messager hessois, ce tract est destiné à susciter le soulèvement des populations paysannes, avec le mot d’ordre : « Friede den Hütten, Krieg den Palästen ! » (« Paix aux chaumières, guerre aux palais ! »)

À partir d'octobre 1834, Büchner travaille à la rédaction d'un drame, La Mort de Danton. Il écrit également de nombreux articles polémiques et satiriques, publiés dans Le Messager hessois, qui lui vaudront les foudres des autorités et de la censure. Le pasteur Weidig est arrêté, torturé et meurt emprisonné. Mis sous mandat d'arrêt pour trahison, Büchner s'enfuit à Strasbourg sous le nom de Jacques Lutzius.
Contraint de se tenir tranquille, il se concentre sur l'écriture. En moins de deux mois, il termine La mort de Danton, traduit deux pièces de Victor Hugo (Marie Tudor et Lucrèce Borgia), et rédige la nouvelle Lenz. En parallèle, Büchner poursuit ses recherches scientifiques. Il obtient un doctorat de l'université de Zurich, et déménage dans cette ville pour devenir professeur adjoint à l'université de médecine.

En février 1837, Georg Büchner tombe gravement malade. Atteint, du typhus, il revoit sa fiancée Wilhelmine Jäglé une dernière fois et meurt, le 19 février, à l'âge de 23 ans.
Son frère Ludwig recueille ses écrits et les fait publier avec une introduction et une biographie, en 1850, chez Sauerländer à Francfort.

source : Wikipédia

Bibliographie :

1834 : Le Messager hessois (Der Hessische Landbote), pamphlet, avec Friedrich Ludwig Weidig
1835 : La Mort de Danton (Dantons Tod), théâtre
1835 : Lenz, nouvelle
1836 : Léonce et Léna (Leonce und Lena), comédie satirique
1837 : Woyzeck, pièce de théâtre (inachevée)


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Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 51fnet10


Lenz


Georg Büchner avait environ vingt-deux ans quand il a écrit cette ébauche, on ne sait pas s'il aurait continué, s'il n'était pas mort deux ans plus tard à peine. Le texte frappe immédiatement par son âpreté ; il fait froid, la fatigue et la désolation laissent place à la folie. Lenz se ronge de culpabilité, tout devient insurmontable, et cette torpeur est remarquablement décrite au sein d'une nature oppressante.

"Lenz lui répondit, agressif : «Partir d'ici, partir ? Chez lui ? Devenir fou là-bas ? Tu sais bien que je ne peux tenir nulle part ailleurs que par ici, dans cette région. Si je ne pouvais monter parfois sur une montagne, si je ne pouvais pas contempler toute la région, puis redescendre ici, traverser le jardin et aller regarder la fenêtre de la maison, je deviendrais fou, fou ! Laissez-moi tranquille ! Rien qu'un peu de tranquillité, maintenant que je suis un peu bien enfin ! Partir ? Je ne comprends pas, tout est foutu avec ces deux syllabes. »"


mots-clés : #biographie #pathologie
par Dreep
le Ven 8 Sep - 21:20
 
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Ralph Dutli

Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 Dutli_10

Le dernier voyage de Soutine

Le "dernier voyage" du peintre Chaïm Soutine est un parcours imaginé, halluciné alors qu'il rejoint Paris en ambulance dans un état désespéré, à l'été 1943. Ce moment figé et chaotique permet à Ralph Dutli de saisir la vie et la personnalité de Soutine à travers une suite d'états d'âme, d'inspirations créatives. Si l'approche de la mort et les drames de la Seconde Guerre mondiale donnent à ce portrait une trame solennelle et affligée, l'écriture cherche sans arrêt à célébrer une liberté artistique, à exprimer une fougue qui transcende les tragédies.

Le roman est donc loin d'être une biographie linéaire et Dutli représente Soutine avec une aura remplie de mystère. De l'exil en France à une vie parisienne débridée, de l'éclat au désespoir, l'homme semble fuir les regards et ses toiles sont remplies de fièvre, de colère. Le rythme du roman évoque un flot incessant d'émotions vives, écorchées, qui échappent à la rigidité d'une temporalité.


mots-clés : #biographie #creationartistique
par Avadoro
le Lun 7 Aoû - 22:37
 
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Sujet: Ralph Dutli
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Stefan Hertmans

Guerre et térébenthine

Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 Guerre10

A partir des mémoires que celui-ci lui a léguées, Stefan Hertmans raconte la vie de son grand-père, un homme pieux au point d'en être puritain, d'une grande sensibilité artistique, mélomane, et qui a appris à peindre  en autodidacte alors qu'il travaillait tout jeune dans une fonderie. Après la mort de son père, la guerre de 14, où il défendait consciencieusement l'honneur de la patrie, tout en en voyant  l'absurdité, où il fut blessé 3 fois, fut la deuxième grande épreuve de sa vie, vite suivie par le décès de son amour de toute une vie par la grippe espagnole.

Cet homme, quoique fondamentalement conformiste, reste néanmoins très attachant. Ou bien est-ce l'amour de son petit-fils qui le rend attachant ? Toujours est-il que l'essentiel  du livre a beaucoup de charme, même si les années de guerre, où l'auteur fait raconter son grand-père à la première personne, sont, curieusement, plutôt ennuyeuses.Lecture qui n'a pas déclenché mon enthousiasme mais cependant plutôt agréable.


mots-clés : #biographie
par topocl
le Mar 4 Juil - 17:46
 
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Rodrigo Hasbún

Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 51gspc10

Les tourments


Originale : Los afectos (2015)

Editeur Buchet Chastel a écrit:Bolivie, années 1950 : Hans Ertl, ancien cameraman de Leni Riefenstahl, a quitté l’Allemagne avec sa famille pour s’installer à La Paz. Là, dans cette Amérique latine sauvage et mystérieuse, le patriarche hors norme se réinvente un destin d’explorateur, obsédé jusqu’à la folie par la cité inca perdue de Païtiti dans la forêt amazonienne. Ni sa femme ni ses trois filles ne sortiront indemnes de ces aventures ; et alors que la famille se délite et que chacun tente d’émerger de ce maelström, les soubresauts d’une autre histoire, celle des mouvements de libération nationale qui secouent l’Amérique latine, viennent à leur tour bouleverser la destinée des Ertl.

Le texte prend corps à travers les voix des trois filles et d’un des amants de l’aînée, Monika ; s’y mêle, sur près de vingt ans, fiction, éléments biographiques et faits historiques pour livrer une fresque concise et subtilement nostalgique sur le destin d’une de ces familles marquées au fer par les errances idéologiques du XXe siècle et sur l’histoire sanglante d’un pays, la Bolivie.




REMARQUES :
Inspiré par des personnages et des faits historiques, l'auteur raconte avec quatre perspectifs différents et en deux parties de six chapitres chacune. Ce sont les points de vues des trois filles de Hans Ertl (ancien cameraman de Leni Riefenstahl, explorateur, alpiniste, documentaliste) et d'un ami de l'une d'entre elles. C'est l'histoire d'une aliénation croissante entre quasiment tous les personnages, d'une forme de dislocation, désintégration de toute la famille. Chacun connaîtra ses gouffres, sa solitude, la perte des rêves, un isolement… C'est raconté avec beaucoup d'habilité, liant chaque récit à une voix propre, voir une langue, un style particuliers.

Rapidement on a le pressentiment d'une « catastrophe à venir ». Elle consistera en quoi ? Est-ce que – comme le père a fait un choix douteux sous le régime nazi et à du connaître une mise à part de lui et sa famille après la IIème guerre, maintenant, dans la Bolivie des années 50 et suite, un autre membre de la famille va connaître un pareil destin ? Mais sous autre paramètres ? On le comprendra vite : la personne concernée est Monique/Monika, l'ainée des trois filles Ertl, et peut-être le plus ressemblant au père ?! C'est elle qui – dans le contexte politique bolivienne des années mentionnées, va vivre une radicalisation jusqu'à prendre les armes et devenir recherchée par les autorités.

Donc, récit avec des multiples encastrements dans la grande Histoire. Et en plus ; authentique. En gros le récit va du milieu des années 50 jusqu'à la veille du nouveau millénaire.

La première partie était encore plus polyphone que la deuxième qui se concentre plus sur Monique. Mais en général bien fisselé, bien structuré. Peut-être le récit pourrait faire naître encore plus d'interrogations que je n'arrive à mentionner.

Auteur à suivre...


mots-clés : #biographie #politique
par tom léo
le Dim 25 Juin - 22:20
 
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Sujet: Rodrigo Hasbún
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Bernardo Carvalho

Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 51dmgj10

Neufs nuits

Un jour, un article de journal attire l'attention de Bernardo Carvalho sur l'existence de Bell Quain, un ethnologue américain qui, venu au Brésil pour étudier la vie des indiens Krahô, a fini par se suicider au fin fond de la jungle amazonienne à seulement 27 ans. Mais pourquoi donc ce jeune homme brillant et prometteur a-t'il ainsi mis fin à ses jours ?
Tout ce que l'on sait, c'est que les indiens ont parlé d'une lettre, qui, reçue peu de temps auparavant, l'aurait profondément perturbé. Dans les missives trempées de larmes qu'il a adressées à ses proches, Bell Quain a pour sa part évoqué la maladie dont il serait atteint et la trahison de sa femme. Hors, on ne lui connaissait ni maladie, ni femme… Il n'en faut pas plus que s'éveille l'intérêt de l'auteur, qui se lance dans une quête inlassable de la vérité.

Je l'avoue, j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre. Durant les quarante premières pages, je me suis un peu sentie noyée sous l'accumulation de détails sur la vie personnelle de Bell Quain, le tout me semblant décousu, parfois redondant, et surtout, sans réel fil conducteur.
Mon intérêt s'est évidemment éveillé lorsque l'auteur s'est enfin décidé à évoquer la vie de Bell Quain chez les indiens. J'avoue que j'espérais en apprendre plus sur les observations de l'ethnologue sur les coutumes des indiens Krahô. Mais le propos de Bernardo Carvalho est ailleurs. Ce qui l'intéresse, ce sont les raisons du suicide de Bell Quain, et les théories (plus ou moins fumeuses !) qu'il échafaude sur le sujet.

Il semble bien que quelque chose chez les indiens Krahô ait fait écho en Bell Quain. Il éprouvait pour eux des sentiments ambivalents. Bien loin des solides gaillards des îles Fidji qui l'avaient tant impressionné lors de sa toute première mission, les indiens Krahô étaient des êtres chétifs, vivant dans la peur perpétuelle des attaques ennemies. Bell Quain ne se mêlait pas à eux, et semblait même les mépriser un peu. Et pourtant, il était incapable de les quitter. Selon Bernardo Carvalho, leur situation désespérée entrait en résonnance avec le propre mal être de cet homme tourmenté, complexe, changeant, et peu adapté au puritanisme de son époque.

Avec Neuf nuits, Bernardo Carvalho nous livre un objet hybride assez bizarre, mi-roman mi-témoignage, dans lequel il n'hésite d'ailleurs pas à se mettre lui-même en scène à plusieurs reprises. Le moment le plus mémorable restera certainement le récit plein d'auto-dérision de sa propre expérience chez les indiens Krahô, épisode aussi drolatique que délectable - pour le lecteur tout au moins ! -
Neuf nuits n'est pas un texte "confortable" ;  il m'a tour à tour déroutée ou intéressée. Ce roman, parce qu'il est roman justement, rend inutile toute tentative de démêler le vrai du faux, ce qui au final n'a pas grande importance. La quête de vérité de l'auteur est bien plus intérieure que factuelle, mais Bernardo Carvalho se heurte aux limites des faits et de sa propre imagination. S'il a certainement éclairé quelques pans de la vie et de l'âme ambiguë de l'ethnologue, il a surtout mis en évidence à quel point Bell Quain (ou, peut-être, Bernardo Carvalho lui-même ?) aurait pu choisir pour devise une célèbre phrase de Rimbaud. Oui, décidément, parfois "Je est un autre"…


Merci à Barcarole de m'avoir suggéré ce livre lors de la chaîne de lecture. Wink


mots-clés : #biographie #minoriteethnique
par Armor
le Sam 29 Avr - 19:40
 
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Sujet: Bernardo Carvalho
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Jean Raspail

Le Roi de Patagonie (Moi, Antoine de Tounens)

Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 Images67

Par charité chrétienne, il faudrait tordre le cou aux enfants qui rêvent, car ceux-la sont toujours malheureux…


C'est l'histoire vraie d'Antoine Tounens, petit paysan périgourdin, nourri aux romans d'exploration, qui s'empare d'une idée folle qui sera le substrat de toute sa vie. Autoproclamé Roi de Patagonie, sous l’œil  amusé,  moqueur ou exaspéré de ses amis , riche de l'argent généreusement offert par son frère qu'il va ruiner, le voilà parti pour le grand Sud, à la rencontre de son Royaume et de ses sujets .

Je hais l'ordinaire et le convenable…


Sous la figure tutélaire d’une douce Véronique perpétuellement fantasmée, malgré le légitime mépris des autorités, il finit par rencontrer une vague tribu indienne de sauvages sanguinaires prêts à lui passer tous ses caprices contre quelques litres de rhum. Mais ce n'est , une fois de plus qu’illusion et humiliation.

il raconte cela, moqué de tous, au crépuscule de sa vie, sublime roi déchu revenu en exil dans son Périgord natal.

iI n'existe que 2 formes de grandeurs appropriées à l'homme bien né,  le triomphe et le  désespoir. Elles se valent.


C'est d’abord un roman d'aventure qui nous fait gambader allégrement d'un continent à l'autre,  rencontrer des terres hostiles et encore inexplorées, fréquenter des colons exotiques et des "sauvages" d'anthologie.  C'est surtout le portrait plein de superbe et de douleur de cet homme halluciné, ne cédant rien malgré sa solitude, fidèle à sa foi non partagée. Un récit, très joliment écrit dans un style qui sied à un roi, où le cocasse le dispute en permanence au superbe et au désespoir.

Lorsqu'il ne subsiste que celle-là, la majesté de dérision est encore une royauté.


Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 Images68


mots-clés : #biographie #minoriteethnique
par topocl
le Mer 5 Avr - 21:00
 
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Sujet: Jean Raspail
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Philippe Lançon

Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 41axar10

Les Îles


"J'avais passé une partie exagérée de ma vie à juger les autres. C'était une manière efficace de ne pas les comprendre, de ne pas m'oublier en m' échauffant  ; il était temps de nous laisser, eux et moi, à la liberté et au silence du récit."

Mais ce récit s'il est forcément, puisque décidé, en liberté, celle de l' écrivain et celle de l'homme, son silence raisonne de nombreuses voix, la sienne et celles des personnages qu'il côtoie au gré de sa vie et des nombreuses digressions qui la jalonnent. Car sa vie ne semble faite que de digressions  (au temps, aux lieux, aux sentiments, aux amours,  à la mémoire) : apport ou prélèvement ? les deux certainement.

Il a donc besoin de consolation et ce rôle sera celui de Cuba, l'île que le lecteur découvre au travers des personnages qui y vivent ou la visitent pour le meilleur ou le pire.

L'auteur nous amènera en voyage à Hong-Kong où il a séjourné à plusieurs reprises et qui est  l'île de l'enchantement et pourtant j'ai le sentiment qu'il préfère se consoler à Cuba ; à force de digressions il ne reconnait plus sa vie, s'il l'a jamais connue ? ses amies le trouvaient d'ailleurs immature.

Les îles dans ce récit sont décors, la pièce se joue sur la scène de la vie, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie...........

L'auteur s'est perdu souvent dans et par amour, mais s'est récupéré dans les amitiés, féminines tout spécialement.



La plume est affûtée, elle fait parfois des pâtés (certains détails de ses joutes sexuelles, inutiles à mon sens) les mots bien pesés, sans empathie toutefois (il n'aime pas cette qualité vulgarisée) donc je n'en userais pas avec lui, mais je lui accorde mon intérêt.


C'était tout de même une bonne lecture, et j’ai apprécié particulièrement les portraits des femmes

Ainsi que le personnage de « Rimbaud ».


(message récupéré)


mots-clés : #biographie #insularite #pathologie
par Bédoulène
le Dim 2 Avr - 11:21
 
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Sujet: Philippe Lançon
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Kenizé Mourad

De la part de la princesse morte

Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 Tylych76

C'est une histoire authentique qui commence en 1918 à la cour du dernier sultan de l'Empire ottoman.

Selma a sept ans quand elle voit s'écrouler cet empire. Condamnée à l'exil, la famille impériale s'installe au Liban. Selma, qui a perdu à la fois son pays et son père, y sera " la princesse aux bas reprisés ". C'est à Beyrouth qu'elle grandira et rencontrera son premier amour, un jeune chef druze ; amour tôt brisé.

[i]Selma acceptera alors d'épouser un raja indien qu'elle n'a jamais vu. Aux Indes, elle vivra les fastes des maharajas, les derniers jours de l'Empire britannique et la lutte pour l'indépendance. Mais là, comme au Liban, elle reste " l'étrangère " et elle finira par s'enfuir à Paris où elle trouvera enfin le véritable amour. La guerre l'en séparera et elle mourra dans la misère, à vingt-neuf ans, après avoir donné naissance à une fille : l'auteur de ce récit.
[/i]

Ce n’est pas un livre historique à proprement parler, ni véritablement une biographie puisque Kenizé Mourad a fait appel à son imagination pour se rapprocher au plus près de sa mère. Pourtant, c’est une partie de l’histoire Ottomane, Libanaise et Indienne. Une fresque historique des plus enrichissantes et une immersion dans la cour du dernier sultan, avant la chute de l’empire Ottoman.
Au travers de Selma , c’est un plongeon au cœur d’Istanbul, cité merveilleuse et féérique aux palais somptueux, Beyrouth, cité intellectuelle, une visite de l’Inde et de ses coutumes au milieu des mouvements pour l’indépendance menés par Gandhi.
S’entrechoquent alors les diverses cultures, les idéaux mêlés aux traditions enracinées.
Destin tragique que celui de la mère de Kenizé Mourad, après avoir connu les fastes d’une princesse c’est tout une dignité qui est perdue. Loin du sultanat, c’est une étrangère partout qui jamais ne se sera vraiment trouvée.
Exposé aux tensions politiques et communautaires de l’époque c’est tout l’Orient qui gronde et l’auteure, spécialiste du Moyen-Orient et du continent Indien réussi avec savoir-faire à transmettre l’histoire et la destinée des siens.
Je lirai la suite , "Le jardin de Badalpour".


mots-clés : #biographie #historique
par Ouliposuccion
le Ven 17 Mar - 17:36
 
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Sujet: Kenizé Mourad
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José Frèches

Gengis khan

tome 1 L'homme qui aimait le vent

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tome 2 Le conquérant

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De la Chine aux frontières de l’Europe, il a régné sur le plus grand empire de l’Histoire.
Dès son enfance, Temüdjin, futur Gengis Khan, rêve de grands espaces. Son précepteur chinois, Vieille Cime, lui parle d’Alexandre le Grand : il veut le surpasser en nombre de conquêtes. Il apprend à manier l’arc, à monter à cheval, à apprivoiser les aigles. À la mort de son père, ce nomade prend la tête du clan des Quiyat, puis, en 1206, est élu chef des Mongols.
Séducteur, autoritaire, il rallie à lui de nombreux peuples, bousculant les grandes civilisations sédentaires qui l’entourent : à l’ouest, l’Europe des cathédrales, à l’est, la Chine des Song.
Pour atteindre son rêve de grandeur, Gengis Khan doit se révéler impitoyable.
Avec virtuosité, José Frèches nous raconte les années d’apprentissage et l’ascension fulgurante de ce guerrier implacable qui faisait corps avec ses chevaux et aimait les femmes avec passion et sensualité. Un homme qui voulait vivre tous ses rêves.
Le destin fascinant d’un personnage de légende


Ca faisait un moment que j'attendais de lire une biographie sur Gengis Khan , sans jamais en trouver une vraiment intéressante.
José Frèches qui ne m'était pas inconnu l'a faite , romancée certes , mais étant un historien de la Chine , ça me semblait une bonne chose de choisir celle-ci.
Fascinée par ce guerrier , les mongols , ces steppes d'Asie Centrale , cet empire gigantesque qui fut le plus grand au monde , je voulais connaître la psychologie de ce personnage , sa stratégie guerrière et déterminer si oui ou non , Gengis Khan n'était qu'un tyran sanguinaire ou un héros , puisqu'il est encore l'un où l'autre selon les contrées de l’Asie. Un despotique ou le père d'une nation , il reste un personnage qui encore aujourd'hui fait rêver ou trembler.
Ayant eu la chance de connaître divers endroits de la route de la soie , dont Boukhara , Ourgench et Samarcande qui fut des capitales détruites et pillées par l'armée de Gengis Khan , des lieux d’exactions et d'extermination massive , il m'a semblé qu'au travers de ces romans , José Frèches reste dans une narration assez crédule bien loin de la réalité que peuvent relater les historiens de toutes ces régions.
Encore à ce jour , une haine féroce gronde toujours en Ouzbekistan et au Kirghizistan lorsque l'on évoque Gengis Khan , 800 ans plus tard.
Difficile de juger un tel personnage quand on sait que les mongols défendaient un territoire peu à peu envahit par la grande puissance de Chine , les guerres de clans et les passages de plus en plus étendus de la route de la soie , faite de profit et de stratèges bien loin d'un système mongol proche de la nature et faite de trocs , luttant pour la liberté nomadisée et voyant la sédentarité comme une petite mort.
Sanguinaire peut-être , mais surtout réfléchi , instruit par une éducation auprès d'un sage chinois , Gengis Khan n'était pas le mongol inculte et imprudent , mais un homme qui avait un rêve «  outrepasser Guillaume le Conquérant et construire le plus grand empire mondial »
D'un idéal naît la vanité. Après avoir brisé la muraille de Chine , L'occident devient prenable et accessible.
Pourtant sous cette façade d'homme autoritaire , de conquérant implacable, existe le questionnement, le trouble et la naissance d'une question «  A quoi tout cela a t il servi ? »
2 353 000.
C'est le dernier nombre de morts qu'il a noté avant son décès sur un cahier qu'il ne quittait jamais, un décompte quotidien d'une vie.
Je n'ai pas ressenti ce côté sanguinaire , tout est enjolivé dans ce roman , l'auteur démontre bien plus le côté intellectuel de Gengis Khan , la naissance d'une nation ainsi que son système de répression.C'est un parti pris.
Il aurait pourtant été intéressant de ne pas survoler ce qui a fait de lui l'homme le plus impitoyable , d'aller au delà de la narration des villes prises et des déplacements d'une armée. Finalement très peu de passages illustrent la violence subie au delà de quelques lignes sur des amas de gens brûlés , décapités ou lapidés.
Non pas que j'aime lire cette violence , mais qu'elle est représentative de ce qu'étaient Gengis Khan et son armée barbare.
Représenté comme un homme sensuel et amoureux des femmes , on parle très peu des viols de masse et des meurtres de celles-ci , leurs enfants compris.
Ce n'est sans doute pas pour rien qu'encore à ce jour , il reste l'homme qui a la plus grande descendance au monde...
J'ai pu néanmoins m'égarer dans les steppes de Mongolie et d'Asie centrale avec grand plaisir , dans ces lieux que je connais tant , c'est la grande force narrative de José Frèches qui sait donner vie aux paysages.
Pour conclure , je dirais que ça reste une lecture très intéressante pour ceux qui méconnaissent ce pan de l'histoire fascinant , cet homme qu'est Gengis Khan , un peu moins pour ceux qui sont déjà sur un terrain connu , bien que quelques clés m'aient été données , je reste un peu sur ma faim du fait de tout ce qui n'a pas été relaté.


mots-clés : #biographie #historique #violence
par Ouliposuccion
le Lun 6 Mar - 18:05
 
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Sujet: José Frèches
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Eric Fottorino

Baisers de cinéma

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« Je ne sais rien de mes origines. Je suis né à Paris de mère inconnue et mon père photographiait les héroïnes. Peu avant sa mort, il me confia que je devais mon existence à un baiser de cinéma. »


Première approche de cet auteur , j'ai donc découvert tardivement la délicatesse que vaporise Eric Fottorino dans l'ensemble de son livre , une écriture aérienne et intense qui fait renaître ce cinéma de la nouvelle vague avec la nette sensation de me noyer dans un film de Truffaut au beau milieu de toutes ces actrices qui ont fait du cinéma français l'art de la beauté et de la grâce.
Si Gilles Hector , photographe de plateau émérite, père du personnage de ce livre , laisse en héritage à son fils sa passion de la lumière , de l'expression divine de ces égéries qu'il a figé dans le temps , il en découle qu'elle met en évidence la difficulté à saisir le bon angle , la projection de sa propre vie , qui à l'instar d'une photographie , ne délivra jamais le secret de l'ombrage de l'âme , des blessures trop profondes que tout à chacun tente de reconstituer en sondant cette eau de vie qu'est l'essence même de nos racines.
Le rythme est lent , poétique , les mots glissent , les dialogues se font caressants , l'ambiance en huis clos reconstitue l'atmosphère intimiste qui sonde les êtres , à la recherche d'une mère elle se fait mélancolique , à la rencontre d'une femme , elle déverse le désir ensorcelant qui enivre et emprisonne .
Tels sont les thèmes , toujours exaltés , qui définissent l’introspection , qui nourrissent les ogres que nous sommes , affamés de réponses sur notre propre condition et avides d'amour.
Un roman empli de charme , une ode au cinéma d'art et d'essai très réussie.



mots-clés : #biographie #creationartistique
par Ouliposuccion
le Mar 28 Fév - 8:20
 
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Sujet: Eric Fottorino
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Peter Schneider

Encore une heure de gagnée : Comment un musicien juif survécut aux années du nazisme

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On peut lire ça comme un "simple" roman d'aventure haletant. Konrad Latte , ce jeune pianiste juif, l'un des derniers Juifs dans Berlin qui n'ait pas émigré ou n'ait pas été déporté, survit dans Berlin, de cache en cache, sans baisser la tête, malgré l'absence d'argent, de logement, de papiers et de cartes d'alimentation. Il gagne sa vie comme organiste dans les différentes églises de la ville, puis part sur le front Est diriger un orchestre dans le but de distraire et encourager les soldats, car où est-on le mieux caché que dans la gueule du loup?
C'est tout à fait extraordinaire et palpitant.

Mais Peter Schneider l'a surtout voulu comme un hommage aux Justes qui l'ont aidé, un peu ou beaucoup, une cinquantaine de personnes au moins. Il prend le soin de  nommer tous ceux qui sont identifiables et de décrire leur destin. Une seule a été punie pour cela : celle qui lui a donné deux tickets de rationnement-textile pour s'acheter des lacets...
Et c’est là que Peter Schneider insiste : contrairement à ce qu'on a tant dit pour racheter les consciences, cette attitude de solidarité et de résistance était possible.

Passionnant de bout en bout.


mots-clés : #communautejuive #deuxiemeguerre #biographie
par topocl
le Dim 26 Fév - 20:24
 
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Sujet: Peter Schneider
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David Foenkinos

Charlotte

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Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu'elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d'une œuvre picturale autobiographique d'une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : "C'est toute ma vie." Portrait saisissant d'une femme exceptionnelle, évocation d'un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d'une quête. Celle d'un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.

Si David Foenkinos a toujours été hanté et fasciné par cette femme, allant jusqu'à rechercher la moindre parcelle de sa vie pour mieux la saisir, si elle a influencé la sienne, alors ce livre ne pouvait être que profondément onirique.
Écrit sous forme de vers et de phrases courtes, toute l'étendue de l'émotion qui jaillit de ces pages se ressent, caresse le lecteur.
C'est un goutte à goutte de mots qui se diffuse et fait corps avec ce manteau pudique d'adoration qui cache la nudité d'une pensée qui aurait pu être trop inquisitrice, c'est le silence des mots qui circule et nous inonde jusqu'à nous envahir le cœur.
D'un destin tragique naît la beauté d'un témoignage, sans faux pas, il visite des abysses sans s'effondrer dans la noirceur oppressante d'un sujet glissant.
D'une obsession qu'il peine à retranscrire, Foenkinos nous livre la maturation de son travail, ses difficultés à s'approcher à proximité de son égérie et c'est avec soulagement et admiration que je salue cet aboutissement qui m'a permis de poser mes yeux sur un livre raffiné dans lequel je me suis lovée.
Exquis.

Les mots n'ont pas toujours besoin d'une destination.
On les laisse s'arrêter aux frontières des sensations.
Errant sans tête dans l'espace du trouble.
Et c'est bien le privilège des artistes : vivre dans la confusion.

Pendant des années, j'ai pris des notes.
J'ai parcouru son œuvre sans cesse.
J'ai cité ou évoqué Charlotte dans plusieurs de mes romans.
J'ai tenté d'écrire ce livre tant de fois.
Mais, comment?
Devais-je être présent?
Devais-je romancer son histoire?
Quelle forme mon obsession devait-elle prendre?
Je commençais, j'essayais, puis j'abandonnais.
Je n'arrivais pas à écrire deux phrases de suite.
Je me sentais à l'arrêt à chaque point.
Impossible d'avancer.
C'était une sensation physique, une oppression.
J'éprouvais la nécessité d'aller à la ligne pour respirer.

Alors, j'ai compris qu'il fallait l'écrire ainsi.



mots-clés : #biographie #creationartistique
par Ouliposuccion
le Dim 26 Fév - 11:45
 
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Sujet: David Foenkinos
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Patrick Deville

Peste et Choléra

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Parmi les jeunes chercheurs qui ont constitué la première équipe de l’Institut Pasteur créé en 1887, Alexandre Yersin aura mené l'existence la plus mouvementée. "Ce n'est pas une vie que de ne pas bouger", écrit-il. Très vite il part en Asie, se fait marin, puis explorateur. Découvreur à Hong Kong, en 1894, du bacille de la peste, il s’installe en Indochine, à Nha Trang, loin du brouhaha des guerres, et multiplie les observations scientifiques, développe la culture de l’hévéa et de l’arbre à quinquina. Il meurt en 1943 pendant l’occupation japonaise.
Pour raconter cette formidable aventure scientifique et humaine, Patrick Deville a suivi les traces de Yersin autour du monde, et s’est nourri des correspondances et documents déposés aux archives des Instituts Pasteur.


Il fut un homme épris de liberté qui n'eut pas peur de tout quitter pour explorer le monde , dernière résidence: Vietnam.
Un gentilhomme passionné par les sciences , la médecine , la botanique , qui n'eut pas peur de tourner le dos à tous les honneurs afin de vivre son essentiel.
Un chevalier solitaire avide de connaissances , perfectionniste et méticuleux , il fut le découvreur du bacille de la peste.
Personnage de l'ombre , pilier de l'Institut Pasteur , sa fidélité et sa loyauté en fit d'avantage qu'un génie , mais un philanthrope émérite que la sédentarité paralysait.
Alors que cet homme devrait illuminer chaque esprit , amorcer l'ébauche d'un souvenir , il reste pour la plupart inconnu , mais afin de réparer cette lourde perte , il renaît, réapparaît dans ce livre que lui dédie Patrick Deville , triomphant et insoumis.
Ceci est un hymne.
un hommage.
Une révérence à un homme libre.
A l'excellence.
Il s'appelait Alexandre Yersin.


mots-clés : #biographie #pathologie
par Ouliposuccion
le Lun 20 Fév - 18:27
 
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Sujet: Patrick Deville
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Michel Laval

Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 Ak1011

L'homme sans concession, Arthur Koestler et son siècle

Cette lecture a été faite il y environ 1 an avec Shanidar sous forme de LC mais sur fil d'auteur, j'ai récupéré nos messages car la qualité d'écriture de Michel Laval et le plaisir de lecture m' y incité.

c'est donc sous cette forme que se présente nos commentaires.

 
Bédoulène :

Juste lu une trentaine de pages qui me remémorent ce que nous savons déjà de nos lectures de Koestler. J'aime bien que Laval retrace l' histoire avant, pendant et après la naissance d' Arthur K. et l' argumente des citations d'intellectuels.

(encore des pistes de lecture   )

je vais poursuivre

j'espère que Laval nous parlera de la vie privée de Koestler car c'est ce que nous ne connaissons pas de lui.

En fait cette lecture, pour les 80 pages lues est pour moi une révision des livres de Koestler, mais l'auteur y ajoute des portraits d'intellectuels, celui de Jabotinski, par exemple, est assez pointu et surtout les descriptions des villes (Vienne, Haïfa, Tel-Aviv, Jérusalem, Berlin...) sont intéressantes car il dresse leur historique.





shanidar :

Je te rejoins complètement Bédou (je n'ai lu que 20 pages pour l'instant). Laval ne donne aucune explication aux raisons qui l'ont porté à écrire sur Koestler, le biographe reste dans l'ombre et semble bien mystérieux (je n'ai rien trouvé sur lui sur le net...). Les premiers paragraphes décrivant l'état de l'Europe Centrale à la naissance de Koestler et les réflexions-citations empruntées à Musil et Zweig sont particulièrement éclairantes (j'imagine qu'il faudrait faire un parallèle entre L'homme sans qualités de Musil et la vie de Koestler mais je n'ai jamais lu Musil...). Quant à Zweig, il me semble que la grande différence avec Koestler vient de leur condition sociale (Koestler déclassé face à un Zweig quasiment aristocrate...).

Enfin, il est intéressant de constater qu'en 1905 (année de naissance de Koestler) la photographie du monde est celle d'un moment qui va très vite et complètement être transformé par la guerre, les changements de régime, les révolutions ; les Empires vacillent et avec eux leurs cultures, leurs hiérarchies intellectuelles et leur joug. La vie de Koestler va donc être marquée par ce changement drastique de régime.

Pour le reste, j'espère aussi que Laval va nous parler un peu plus des relations privées de Koestler ou des mécanismes qui ont fait de sa vie ce qu'elle fut (au regard de l'Histoire, des évolutions sociales et de la pensée au XXème siècle)... sinon, nous risquons de ne faire que relire ce que Koestler nous dit déjà (et avec talent) dans ses autobiographies...


 



Bédoulène :

j' ai noté aussi un rv avec Musil et d'autres livres qui m'attirent.  

Effectivement l'auteur retrace le parcours d'A. Koestler, relevant de ses écrits les choix, les thèses essentielles pour en dresser son identité, mais à ce jeu c'est Koestler qui est le meilleur (tu l'as dit : avec talent)

Laval évoque la situation de l'Allemagne au regard de la crise de Wall Street, en effet les banquiers américains ayant exigé le rapatriement des fonds, n'accordant plus de prêt, ce fut l'effondrement économique de l'allemagne ; je pense qu'on peut reconnaître que la situation catastrophique à cette période (notamment le chômage) a permis l'ascension du nazisme qui guettait.

Les voix de certains intellectuels qui étaient conscients du danger, tel Thomas Mann, n'étaient pas entendues. L'auteur fait une métaphore très visuelle de la République de Weimer : le naufrage du Titanic.

Il relate les raisons de Koestler à son adhésion au Parti communiste ; les restrictions qu'il fait Koestler ne pouvait à l'époque pas les voir et nous savons que quand il s'engage ce n'est pas uniquement par raison, il n' a jamais écarté celles du coeur.

Je crois que cette biographie est une entrée pour une première rencontre avec Koestler, mais je continue espérant y trouver un complément.

Peut-être que Laval donnera les raisons du choix de cette biographie ?
 




shanidar :

Nous apprendrons peut-être plus après avoir passé les années de guerre (vers 1947...). Mais je ne suis pas aussi avancée que toi, Bédou. Je pars tout juste pour Haïfa !!

Pour l'engagement au PC, il faut aussi sans doute se souvenir du tout jeune Koestler fasciné par la Marche funèbre de Chopin, jouée lors des défilés du 1er mai à Budapest en 19, qui semble lui donner à la fois un grand émoi musical et partisan !

Ce qui est intéressant c'est de voir que chez Koestler, bien souvent, les choix qu'il prend sont liés à l'instinct, à l'envie de partager des idées, des combats, plus qu'à un réel raisonnement. Je cherche sans trouver, si mes propres engagements sont liés à de violentes émotions, à des images, des sons, de grands évènements, la Chute du mur est pour ma génération un point de bascule, mais il a ouvert une brèche dans les idéologies plutôt que conforté le militantisme (ou quelle que soit la manière dont on veut qualifier son 'être au monde' sans forcément adhérer à un parti en particulier)...





Bédoulène :

d' ailleurs ses camarades lui reprochaient souvent "d'écouter son coeur"  

l' auteur suit Koestler mais pour nous c'est une révision, agréable cependant.

En exergue des chapitres des citations pertinentes.

Dans Berlin déchirée par les luttes entre la révolution brune et la révolution rouge, AK joue le rôle d'informateur qui lui est permis dans son travail pour la maison de presse, mais il doit quitter son poste et après des mois d'attente voilà qu'il lui est autorisé de partir en Union soviétique pour suivre le Plan quinquennal. Pendant une année il va sillonner le pays, se rendre compte des mensonges, de la famine qui mine le pays, de l'arbitraire, les répressions mais son cerveau conditionné ne croyait pas ce que ses yeux voyaient ; l'annonce de l'accession au pouvoir d'Hitler confortait son besoin de croire encore qu'il avait choisi le seul parti pouvant faire face au fascisme.

Retour en Allemagne puis départ pour la France où comme tous les émigrés il se retrouve à nouveau dans une situation difficile, démuni de tout. Là il va travailler bénévolement dans l' association de W. Münzenberg puis à l'INFA.

L'auteur évalue l'implication du "prestidigitateur" Münzenberg, qui habilement amène les intellectuels Français à soutenir ses actions (Gide, Malraux, Barbusse........).

" Le manipulateur avait fait des intellectuels sa cible privilégiée. Plus que tout autre, il avait compris leur intérêt stratégique, il avait perçu leur extrême sensibilité aux mouvements de l'histoire, leur vanité, leur mauvaise conscience, leur vigilance exacerbée, leur hantise d'être pris au dépourvu et leur obsession de se montrer toujours à la pointe des combats, comme s'ils incarnaient l'esprit du monde".

Les actions de Müzenberg et l'implication des intellectuels auprès des ouvriers incitèrent les diverses sensibilités de gauche à s' unir enfin, prémisses du futur Front Populaire !

A. Koestler améliora sa situation financière en livrant quelques articles de presse ; il entrepris de rédiger un livre sur Spartacus, la première des révolutions dont l'échec, après l' avoir comparer avec la situation de l'Europe et les thèses marxistes le laissa bien sceptique sur la réussite de la révolution rouge.

Il part à Zurich où il se mariera avec Dorothé Asher dont il se séparera rapidement ; il rencontre plusieurs émigrés, notamment Joseph Roth dont l'auteur fera un portait aussi réaliste que déprimant.

De fait, l'un des atouts de ce livre est la maîtrise de Laval à faire des portraits saisissants, de personnages comme des villes.

Le parti national-socialiste poursuivi sa montée en Allemagne, leur première victoire fut la récupération de la Sarre .

"Près de cinq cent mille Sarrois, toutes classes sociales confondues, sans la moindre pression, sans la moindre menace ni la moindre violence, opté pour un régime dont la nature ne faisait aucun doute. Tous ensemble, bourgeois et prolétaires, riches et pauvres, nantis et déshérités, croyants et athées, avaient consenti librement à la servitude et s'étaient abandonnés dans un cri sourd de plaisir aux accents de cette voix qui leur promettait en allemand une gloire et une grandeur millénaires. L'adhésion avait été massive, sans réserve ni retenue."

pour sa part Koestler avait conté une anecdote sur l'attitude des dirigeants communistes de la Sarre qui avaient répondu aux ouvriers, lesquels s'interrogeaient sur l'expression de leurs votes, de voter pour la république soviétique allemande ! qui évidemment n'existait pas.

Les citations des personnages renvoient aux titres de livres et aux auteurs : une occasion de prévoir de prochaines lectures !


 



shanidar :

J'apprécie aussi le style de Laval et sa manière très simple d'amener des citations d'autres auteurs que Koestler. Ses descriptions des villes traversées par le cosmopolite Koestler me semblent souvent pertinentes : Haïfa, Tel-Aviv construite sur le sable, Berlin et ses furieuses contradictions, Paris en pleine reconstruction, Jérusalem la religieuse, etc., en revanche je ne suis pas toujours d'accord avec certains de ses raccourcis en particulier celui qui consiste à dire que dans les années 20, Berlin, comme toute l'Allemagne manquait de conscience morale (je ne crois pas qu'on puisse dire ça les yeux dans les yeux de Thomas Mann, par exemple) ou que la France de la même époque vivait non pas une renaissance (les Années folles) mais son irréversible déclin. Néanmoins le texte reste intéressant par sa densité et sa volonté de donner à entendre la voix des intellectuels d'alors.





Bédoulène :

Au vu des résultats des votes pour la Sarre, on peut dire que oui "l'Allemagne manquait de conscience morale"   mais l'Allemagne n'est point seule à en avoir manqué.

Juillet 36 l'Espagne se déchire : "l'Espagne ancestrale avec ses processions et ses cantiques, ses  dévots et ses carabiniers d'une part, l'Espagne républicaine des socialistes, des communistes et des anarchistes, d'autre part."

L'auteur rappelle les exactions commises par les deux camps :

"Le 18 août 1936, le chef de la milice phalangiste de Grenade avait fait fusiller le poète Federico Garcia Lorca. Trois mois plus tard, José Antonio Primo de Rivera, le chef de la phalange, tombait sous les balles gouvernementales dans la cour de la prison d'Alicante après un simulacre de procès. Chaque camp s'auréolait de son martyr dont le supplice creusait entre eux un infranchissable fossé."

Laval encore une fois dresse la situation de l'Espagne de façon détaillée. Rappelant l'élan des intellectuels de gauche à venir soutenir le peuple républicain, oralement ou physiquement. Beaucoup venant d'europe, voire d'amérique rejoignirent les Brigades Internationales.

C'est à la lecture du livre d'Orwell "Hommage à la Catalogne" que les enjeux des différents parti politiques étaient aussi assez explicité.

Koestler veut se battre, il obtiendra 2 cartes de presse et part en Espagne avec son passeport hongrois. Il arrive à tromper le Gal  franquiste Queipo de Llano . Koestler retournera plusieurs fois en Espagne, la 3ème fois  il sera arrêté et emprisonné, il devra sa relaxation à l'intervention des intellectuels, des communistes ...................... et celle active de sa femme.

C'est de son séjour en prison qu'il découvrit le "sentiment océanique", ce sentiment nouveau incitera Koestler à "brûler" un nouveau pont. "Il fit des puissances de la mémoire et de l'esprit des alliées quotidiennes. L'accès à la bibliothèque de la prison lui permit de renouer avec la lecture. Relaxé Koestler demeure en Angleterre où le rejoint Dorothé Asher. Il traduira son aventure espagnole dans son livre "un testament espagnol".

(Le sentiment océanique est une notion psychologique et/ou spirituelle formulée par Romain Rolland qui se rapporte à l'impression ou à la volonté de se ressentir en unité avec l'univers (ou avec ce qui est « plus grand que soi ») parfois hors de toute croyance religieuse.)

"Koestler part en tournée de conférences sur l'Espagne à travers l'Angleterre. Il n'était plus communiste, mais ne l'avouait pas encore."





shanidar :


Michel Laval date de 1930 le sursaut de Thomas Mann en citant un discours qui est repris en français dans un recueil d'essais : Les exigences du jour, mais il ne dit pas dans quelles conditions, ni devant quel auditoire ce texte a été prononcé...

(Bédou, je suis encore à observer la famine ukrainienne en compagnie de Koestler...)

Je trouve vraiment dommage que Michel Laval ne nous propose qu'une synthèse des écrits de Koestler (en tout cas pour l'instant) , il ne semble pas avoir lu de correspondances ou d'articles de journaux pas plus que de journaux 'intimes' des proches de Koestler qui pourraient nous donner une image différente de K. La seule petite chose que nous avons à nous mettre sous la dent pour imaginer un peu mieux la personnalité de Koestler est un passage d'un livre de Manès Sperber (qui devint un grand ami de K.) :
Citation :
Il avait une manière puérile de célébrer ses réussites - un peu comme un adolescent qui se serait introduit en fraude dans le lit d'une femme longuement désirée ou qui aurait séduit toutes les femmes d'un harem en une seule nuit. Koestler semblait vouloir délibérément provoquer l'antipathie. [...] Certes, la plupart des habitués de ses soirées comprenaient qu'ils avaient affaire à quelqu'un d'extrêmement sensible qui se mettait lui-même en scène d'une façon maladroite et surcompensatoire, un personnage dont le langage ironique -du moins l'espérait-il- le mettrait à l'abri de toute blessure. Même celui qui savait -comme moi- apprécier ses plaisanteries et ses répliques pleines de cynisme, même celui-là avait de la peine à le prendre au sérieux et à s'embarquer avec lui dans une discussion objective.


Je regrette beaucoup que Laval n'ait pas fait ce travail de recherches de témoignages sur Koestler qui nous permettrait d'avoir une image extérieure de l'homme.





Bédoulène :

oui tu as raison Shanidar, car nous connaissons déjà le parcours de K. Mais certainement que A.K. ne se livrait pas facilement aussi !

A.K. a garder plusieurs amis pour la vie et c'est par ceux-là que nous aurions appris plus de lui.



reprise de lecture

ocT 37 : de l’autre bout de la méditerranée la Palestine est ensanglantée. Le Haut comité Arabe s’ oppose à l’installation des émigrants Juifs. D’après l’ enquête de la Commission loyale Britannique il apparait impossible que Juifs et Arabes puissent vivre ensemble ; la seule solution serait de partager la Palestine en 2 parties indépendantes. La quotité de territoire proposée aux Sionistes ne leur convenait pas quant aux Arabes ils ne voulaient tout simplement pas des Juifs sur le territoire Palestinien (ce qui est toujours d’actualité) Les Britanniques et les Juifs durent de plus se défendre contre des bandes en provenance des autres pays arabes, lesquelles étaient soutenues par les fascistes allemands et italiens.
Le mouvement Sioniste se fissurait.

Koestler accepte la proposition de reportage faite par le News Chronicle à Jérusalem. Il remarque que le pays a changé, de nombreux Juifs ont rejoint la Palestine, la seule alternative pour eux à la barbarie nazie qui s’était renforcée. A.K. retourne en europe et lance un « SOS » pour la Palestine dans son article.

« Jamais, pour A.K., les Juifs ,n’avaient été menacés d’un péril aussi terrible qu’en cette fin d’année 1937 où tout semblait converger vers leur anéantissement général. Mais sa voix se perdit alors dans un silence de glace. »

C’est au cours d’une conférence sur la guerre d’Espagne que K. refusa de soumettre son texte au représentant du parti ; ce qu’il déclara était de nature à renier les thèses du Parti.
« A.K. comprit à l’instant qu’il venait de commettre l’irrémédiable, que ces propos avaient quelque chose d’iconoclaste, qu’ils résonnaient comme une « déclaration de guerre », et le sentiment immédiat qu’il en éprouva fut celui d’un véritable désarroi. »

C’est l’exécution de Boukharine en Union Soviétique qui conduisit de nombreux Communistes à voir la réalité et à quitter le Parti.

Le « procès » de Boukharine et des autres accusés fut le dernier des grands procès, il ne pouvait masquer 4 années de terreur ; il n’y avait plus de candidat pour participer à ces mascarades.
Laval rapporte les principales phases du procès.

L’auteur a bien saisi le désarroi qui assaille Koestler après sa décision ; cet homme ne pouvait quitter sans douleur cette compagne que représentait le Parti, après tant d’années de vie commune.

« Le geste de Koestler l’avait laissé sur la rive du fleuve, errant parmi les traitres et les hérétiques" . D’ ailleurs les mots de Koestler évoquent bien ce sentiment : « un prêtre défroqué », « seul et inutile », « au ban de l’humanité ».
Manès Sperber, l’ami de Koestler, entré un peu avant lui dans la dissidence, sentait un trou noir spirituel l’emporter « plus profond que l’abîme ».

Koestler se sauva en se replongeant dans l’écriture de Spartacus. Il tira une leçon de la révolte du gladiateur « il avait préféré sacrifier la révolution que la salir », alors que Camus écrivait « tout révolutionnaire fini en oppresseur ou en hérétique ».

K. rejoint dans le sud de la France les émigrants anti-nazis qui séjournent à Sanary sur mer.
De retour à Paris il commence la rédaction de son plus célèbre livre « le zéro et l’infini » qui retrace le procès d’un militant, qui aurait pu être être son ami Weisberg emprisonné comme le lui apprend sa femme.

Alors que la République d’ Espagne agonise dans l’indifférence, en Allemagne Hitler étend son emprise sur d’autres territoires.





shanidar :

Bédou, je suis arrivée au mois d'octobre 37 et au départ de Koestler pour la Palestine. De plus en plus à travers cette biographie se dessine le destin d'un homme seul, expatrié, apatride, exilé... Laval souligne la difficulté des émigrés allemands à trouver en France une terre d'accueil (c'est toujours le cas) et insiste sur le fait que la plupart vivaient en vase clos, ne fréquentant que des compatriotes et se retrouvant finalement coupés de la société française. A l'inverse, lorsque Koestler arrive en Angleterre après sa détention en Espagne, il est accueilli par un cercle de sympathisants anglais, ce qui semble lui permettre de s'intégrer un peu mieux dans la vie anglaise (même s'il continue à écrire en allemand).

Je ne m'étais pas rendue compte à quel point les premiers romans de Koestler avaient été si tardif (en 37, il n'a toujours pas publié Spartacus mais seulement des livres de vulgarisation sur la sexualité et des plaidoyers contre le fascisme).





Bédoulène :

"Je ne m'étais pas rendue compte à quel point les premiers romans de Koestler avaient été si tardif (en 37, il n'a toujours pas publié Spartacus mais seulement des livres de vulgarisation sur la sexualité et des plaidoyers contre le fascisme)." trop occupé par le Parti ! Shanidar

"cette biographie se dessine le destin d'un homme seul, expatrié, apatride, exilé..." tout à fait et à ce nouveau pont franchi avec sa sortie du PC il en sera de même.


suite

A propos du procès de Boukharine Koestler dénie les raisons avancées par le procureur et par Trotsky, qui justifieraient l'aveu, mais pour lui "l'aveu n'était pas autre chose que l'ultime service rendu au Parti, le dernier sacrifice qui lui était consenti."

Laval met en évidence l'analogie des réponses de Boukharine et de Roubachov, le héros de Koestler, il décortique les idées, les liens entre les victimes et le Parti, entre bourreaux et victimes.

en exergue chapitre IX : "Le péché de pratiquement tous les gens de gauche à partir de 1933 est d'avoir voulu être antifasciste sans être antitotalitaire." George Orwell (je mettrais un bémol à cette critique tousme parait injuste, les membres de "la base" eux ne savaient pas, ils croyaient ce que les "chefs" disaient - cela me rappelle une réflexion de Koestler alors qu'il est interné au camp du Vernet, il fait justement cette différence)

Après la rupture d'avec le Parti Koestler a quitté une rive, il marche sur ce nouveau pont mais il n'a pas encore atteint l'autre rive. "Une foi naît en vous par un acte apparemment spontané, comme le papilon surgit de son cocon. Mais la mort d'une foi est progressive et lente ; même après ce qui semble le dernier frémissement des ailes fatiguées, il y a encore un sursaut, encore un faible soulèvement. toute foi sincère montre ce refus obstiné de mourir."

L'auteur, à nouveau saisit très justement les sentiments qui accablent Koestler : "En cette fin d'année 1938, prise entre nostalgie et espoir, rêve et cauchemar, mensonge et passion, la foi d'Arthur Koestler agonisait lentement." Suit un développement intéressant.

Je suis , comme d'habitude saisie par les mots employés par Koestler, mais Laval me séduit par son raisonnement et sa perception vis à vis d'A.K.

à suivre.





shanidar :


Bédou, je pense que tout comme moi en lisant les pages sur les procès de Moscou, tu n'as pas pu t'empêcher de penser au film L'Aveu de Costa-Gavras, qui met bien en évidence lui aussi la difficulté à se séparer du Parti et la "facilité" à se reconnaître coupable pour sauver l'idéologie communiste. Quand on voit que Semprun a écrit les dialogues du film, j'imagine facilement qu'il a dû lui aussi éprouver les mêmes déchirements...

On retrouve également dans les mots et les maux des réfugiés, les incantations qui trouent encore aujourd'hui notre quotidien, comme si rien, finalement ne changeait vraiment, comme si l'homme était toujours aux prises avec les mêmes problèmes : migrations, identité, foi... et les mêmes aveuglements.


Bon. J'entame désormais la partie de la vie de Koestler que je ne connais pas ; c'est-à-dire à partir de son arrivée en Angleterre en 42. Fidèle à lui-même, Koestler écrit dans les journaux londoniens et new-yorkais pour dénoncer l'extermination des juifs d'Europe, mais tout comme Karski, il ne sera pas entendu (ou plutôt écouté). Il cherche aussi à dénoncer les camps dans lesquels ses amis antinazis sont internés en France. Sans plus de succès. On reconnait ici les engagements toujours renaissants de Koestler contre l'injustice et la barbarie mais aussi l'aveuglement des 'hommes libres'.

Laval s'attache également à nous parler du recueil d'essais Le Yogi et le Commissaire qui semble parfaitement exprimer les deux pôles vers lesquels oscillent le monde (matérialité contre spiritualité, pour le dire vite) alors même que Koestler tente de trouver la voie du milieu, celle qui permettrait aux hommes de vivre ensemble...





Bédoulène :

"Le Pape, l'Italie, la France, l'Angleterre et l'Union Soviétique, tous passaient des accords et des pactes avec Hitler. Par contre, aucun accord ne se faisait entre les peuples pour les persécutés."

Staline par "un virage radical consacrait la rupture suicidaire "classe contre classe"  et réhabilitait le mouvement communiste. Les démocraties le trouvaient fréquentable, oubliées les exactions commises ! Même ceux qui avaient rompu avec le PC ne souhaitaient pas agir contre le parti, l'ennemi restait le fascisme. Car ce que n'arrivaient pas à admettre les Communistes et sympathisants c'était : "Partis aux antipodes de l'espace idéologique Européen, Staline et Hitler avaient dérivé vers un même continent, une contrée inconnue et hostile où ils avaient instauré deux régimes similaires" explique Laval, tout en n'éludant pas les différences fondamentales des deux partis.

La presse de droite comme de gauche, en France se déchainait contre les émigrés antifascistes, Koestler, après son arrestation, son internement dans le camp du Vernet réussit à rejoindre l'Angleterre.

Laval fait un constat de l'entre deux guerre saisissant, citant Koestler et les intellectuels des pays européens pour asseoir son analyse, ma foi très juste. Après les atermoiements de la France et l'Angleterre, après maints accords, des plus vils, la deuxième guerre mondiale frappe à la porte de l'europe et s'installe durant 5 ans ; période pendant laquelle périront des millions d'hommes, parmi lesquels des millions de Juifs exterminés par les nazis et fascistes et bien qu'informés il est visible que pour les Alliés, le sauvetage des Juifs n'est pas prioritaire, la guerre idéologique prime.

AK, s'engage comme pionnier dans l'armée Britannique, mais attéré par les nouvelles dramatiques parvenant du continent (sans nouvelle de sa mère, de ses amis, connaissant le sort des Juifs...) il sombre dans une profonde dépression. Rétabli, il participe aux Searchlight Books, dénonce dans la presse, la radio l' extermination des Juifs par les pays fascistes et nazis. Se lie d'amitié avec Orwell pour lequel il a beaucoup de respect.

A.K. avait beau se démener, il fit un mémorandum pour le gouvernement Britannique, demandant une aide stratégique qui fut refuser au prétexte de raisons techniques. Confirmation que "Le sauvetage des Juifs n'était  pas d'actualité, il ne figurait pas parmi les priorités stratégiques des Alliés, qui pensaient que la seule manière de venir en aide aux Juifs était d'écraser le nazisme le plus rapidement possible. L'extermination se poursuivit."


Dans son livre "le yogi et le commissaire" Koestler met en confrontation deux idées "la transformation par l'extérieur"  (la fin justifie les moyens) et "il n'y a de salut qu'intérieur" (la violence est inutile et néfaste) mais il en choisira lui une autre qui  se trouve un compromis entre ces deux pouvoirs (l'action et la communion).

Pendant ce temps le Comité exécutif de l'Union Soviétique actait la dissolution  de l'Internationale communiste, avec la complicité des représentants Communistes des pays européens ; après avoir étranglé la révolution en Espagne, Staline trahissait une nouvelle fois les espoirs de millions de prolétaires et les Intellectuels qui soutenaient l'Internationale.

A.K ne se faisait aucune illusion sur le régime capitaliste "mais elle (la victoire des Alliés) apportera un énorme soulagement temporaire aux peuples du continent" il ajoutait "La gauche devait se résigner à ce combat d'arrière-garde et cependant vital, à ce rapiéçage anachronique et néanmoins nécessaire dont dépendait le salut de l'Europe". Elle devait jeter la vieille défroque des utopies qui avaient dénaturé le sens profond de son combat et de ses idéaux.Elle devait accepter de combattre "un mensonge absolu au nom d'une demi-vérité".

A.Koestler, emprunte à la philosophie et à la psychologie pour analyser, expliquer la situation de l'Europe, les positions des autres intellectuels et des démocraties ; il se sert de ses livres pour divulguer ses idées et ses choix.

J'apprécie les citations mises en exergue par Laval.


à suivre

Je trouve qu'il s'agit d'UN mot bien choisi pour faire une phrase compréhensible, qui exprime la nature du propos ;

J'ai besoin de partager mes ressentis en les citant, d'où mes nombreuses citations  

En Palestine où Koestler fait un voyage pour se rendre compte et pour convaincre les "rebelles" sionistes que le partage du territoire est la meilleure option, mais là-bas pas plus qu'en Europe quand il met en garde les pays de la menace totalitaire il n'est entendu.
De retour à Londres A.K. retrouve sa compagne depuis 2 ans Mamaine. Il se lie d'amitié avec Orwell. (je remarque que l'oncle de Mamaine est un adepte de l'occultisme et croit en la réincarnation, peut-être a-t-il eu une influence sur A.K. qui plus tard s'intéressera à la parapsychologie ?)

Sortie du livre de A.K. "la tour d'Ezra" : Laval décortique le livre dont le message reste "le sionisme donc malgré tout comme seul et unique remède à la condition extrême des Juifs". L'esprit des Anglais est rappelé par l'un des héros du livre : "Ils s'indignent du sort qui est fait au Juifs mais si l'un d' eux demande asile ils invoqueraient des difficultés économiques et les Arabes dépossédés". Pour A.K. les Juifs devaient se battre pour conquérir leur indépendance.

Dans une de ses préfaces A.K. explicitera sa position "le thème central de la trilogie précédente était l'éthique de la révolution ; celui de la Tour d'Ezra est le droit de se défendre". Il reviendra aussi sur "la fin et les moyens" (reproche d'abandon de ses convictions de la part de son  amie Daphné) car il considère toujours l'idée nécessaire mais dans une logique d'équilibre et d'analyse de la situation.

Le détachement d'A.Koestler vis à vis de ses engagements politiques d'avec le PC a été un processus lent car il a espéré longtemps "voir la gauche s'affranchir de la fascination du mythe soviétique et revenir aux idéaux de "l humanisme révolutionnaire occidental".


L'Union Soviétique est devenu un mythe, les exactions sur les "récalcitrants" au régime ont repris, dans tous les pays sous la botte du communisme, mais en France, comme en Italie, les jeunes intellectuels excusent les "erreurs" car Staline, parce qu'il a vaincu les nazis, parce qu'il y a eu la bataille de Stalingrad ...a retrouvé  une "virginité" !!

Quand A. Koestler s'engage, il le fait à fond aussi ses critiques envers le régime totalitaire que Staline a étendu sur tous les pays de l'Est, à la fin de la guerre, sont-elles virulents et dans ses rapports avec les Intellectuels sympathisants ou membres du PCF, il devient intransigeant, voire exécrable quand il est pris de boisson. Il retrouve à Paris, des anciens camarades et la bande à Sartre dont  Laval dresse un portrait détonnant, tout spécialement celui de Simone de Beauvoir.

La critique des livres de Koestler, par les Communistes,  augmentait en rapport de leur diffusion.

à suivre





shanidar :

Ah oui, j'ai beaucoup aimé le renvoi d'ascenseur de Laval qui explique que Simone de Beauvoir détestait Koestler et qu'elle a dû pas mal intriguer pour que Sartre se brouille avec ce dernier. La relation de camaraderie nouée ave Camus se soldera par des horions et celle avec Malraux par une distance progressive, comme si Koestler, toujours tout fou, ne pouvait pas conserver ses nouvelles amitiés (les solides, celles de ses 20 ans semblent durer encore avec Sperber ou Orwell)... comme si Koestler, toujours nerveux, toujours en attente, toujours prêt à se battre était un élément incontrôlable et dangereux, un bâton de dynamite prêt à s'enflammer. Même si cela devait être compliqué à vivre au quotidien, j'aime que l'image de Koestler soit celle d'un révolté, d'une Cassandre immolée, d'un empêcheur de penser en ronds...





Bédoulène :

comme toi j'aime Koestler révolté, attaquant et comme toujours droit dans ses convictions

Tandis que se poursuivent les faux procès dans les pays de l'Est, que l'élimination de ceux qui ne veulent pas se soumettre à Staline, tandis que l'Union Soviétique conserve l' appui de ses partisans occidentaux, dans le congrès pour la Paix, et le congrès Walfdor Astoria, en Palestine la trêve rompue par les Sionistes entraîne de nouveaux combats.

Laval critique le livre de Koestler : Analyse d'un miracle :la naissance d' Israël, personnellement je trouve que la phrase qui suit explicite la position de Koestler que je partage ""une première nation promettait solennellement à une deuxième nation le pays d'une troisième nation". et qui me semble déterminer les relations extrêmes qui survivent à notre époque.

(déclaration de Balfour 1917, conférence de Paris (1919), préalable au traité de Sèvres (1920), confirmé par la conférence de San Remo (1920)

(je relève qu'au premier temps des luttes c'est Israël la première qui a empiété le territoire Palestinien et qui a rompue la trève)

Koestler est Européen, il entend le rester, le lien est distendu entre lui et Israël.

Très intéressant constat que celui de Laval par rapports aux relations entre Koestler et Camus, entre Koestler et Malraux ; on en apprend aussi sur ces deux écrivains qu'il fréquente ; l'occasion de confirmer les vives réactions de Koestler. L' article virulent sur les "neutralistes" vise tout particulièrement JP. Sartre, ce que l'auteur juge exagéré.

Koestler se sent moins isolé quand il entend Melvin Lasky et que celui-ci lui demande de le rejoindre pour préparé ensemble un "anti-congrès de Walfdor Astoria" à Berlin.

Laval gâte son lecteur par des analyses et réflexions personnelles, l'intérêt du livre ne se dément pas au fil des pages.

Pour contrer la Walfdor Astoria, les intellectuels anticommunistes vont diffuser leurs thèses et opinions par l'association culturelle  fondée en 1950 :CLC (Congrès pour la Liberté de la Culture) (il s'avéra plus tard que la CIA finançait "en coulisses" l'association) les écrivains avouèrent : "je ne savais pas" quand le CLC fut démantelé.

Parmi les participants la contribution de Koestler fut la plus remarquable note Laval. Mais comme à son habitude Koestler contraria les membres de l'association, notamment Silone Ignazio qui lui voulait que la liberté soit défendue dans tous les pays et quel que soit le régime. En effet le régime capitaliste est susceptible aussi de privation de liberté (cf la période Maccarthyste aux USA)

Laval détaille les thèmes abordés au Congrès de Vienne, accompagne de réflexions personnelles les contributions de nombreux écrivains.

A.Koestler à son habitude, pousse l'intransigeance jusqu' à  soupçonner le comité de devenir "neutraliste". Il démissionne et part s'installer en Angleterre. Ensuite il part vivre plusieurs mois aux USA, mais suit la vie européenne. Le procès à Paris de David Rousset/Daix et Morgan qui contestent le livre de Rousset sur l'existence des  camps soviétiques.

A.Koestler se souvenant de ses propres difficultés alors qu'il arrivait à Paris,  crée le Fonds pour la liberté des intellectuels qui a pour objet de permettre aux écrivains réfugiés de travailler, écrire et publier.

Ses voyages au Japon et aux Indes, lui confirmeront que la meilleure place est l'Europe.

Il suit le procès d'Otto Katz, qu'il a connu, mais il décide d'abandonner l'Histoire à laquelle il a beaucoup sacrifié ; il sortira de sa "retraite" pour une nouvelle croisade : l'abolition de la peine de mort et un grand meeting en faveur des réfugiés Hongrois suite à l'écrasement de l' insurrection Hongroise par l'armée soviétique. (le rapport Kroutchev avait suscité un espoir)

A.Koestler écrivit, encore et encore, se disputa encore avec les uns et les autres, il critiqua les scientifiques Jacques Monod et Claude Levi-Strauss ; le philosophe Edgar Morin alors même qu' Arthur Koestler était l'initiateur de l'esprit intégratif.

Quatre ans avant sa mort Koestler dans une interwiew énonçait : que le tueur véritable n'était pas l'individu mais le groupe, que la tragédie de la condition humaine résidait dans le dévouement collectif aveugle à des causes ou des idéaux, et qu'en définitive l'existence d'un Dieu omniscient, omnipotent et qui ferait de l'amour son principe essentiel est contredite par toute l'Histoire de l'humanité."

Miné par la maladie Koestler se suicide, en paix grâce au "sentiment océanique" (il était vice-président de  EXIT  Society for the right to die whith dignity)-   ; Cynthia sa femme l'accompagne dans son dernier voyage car : elle ne peut vivre sans lui.

Tous les journaux, même ceux qui l'avaient écrasé sous leur haine lui rendent hommage.

Laval retrace à travers le destin d' Arthur Koestler celui du 20ème siècle, un siècle dramatique dans lequel Koestler a laissé son empreinte.  J'ai apprécié l'écriture de Laval, ses constats et les nombreux développements.

J'ai découvert une facette de Koestler plus intime.

c'était une lecture intéressante, utile soutenue par  l'écriture déliée de Laval.

merci à Shanidar d'avoir partagé cette lecture avec moi





shanidar :

Il me semble que Michel Laval est plus historien que biographe dans le livre qu'il consacre tout autant à Koestler qu'au XXème siècle.

Attentif à toujours mettre en perspective la vie intellectuelle et politique de Koestler dans le siècle où il vécut, Laval se garde bien de toute analyse psychologique du personnage ou de toute analyse littéraire de l'œuvre. Cela pourrait laisser sur sa faim le lecteur qui connaissant déjà Koestler par ses autobiographies attend l'immersion dans la vie de compagnonnage d'un écrivain, journaliste, chercheur plutôt solitaire. Si le personnage qui se dessine sous la très belle plume de Laval est un homme sans concessions, cela ne l'empêche pas d'être intrépide et complexe, à la fois flèche lancée dans l'azur et Zébulon querelleur, sorte de grand timide aboyeur, allant toujours à contre-courant, porté par une haute idée de l'humanité et défendant ses convictions avec âpreté et dédain. C'était à peu près l'image que je me faisais de Koestler et que nous rend parfaitement Laval.

Cette biographie, qui est surtout l'Histoire du XXème siècle, passe en revue les grandes utopies et les grandes désillusions vécues par Koestler : du sionisme au communisme, de l'anticommunisme à la lutte pour l'abolition de la peine de mort, Koestler est un homme de combat, qui ne cessera jamais de clamer haut et fort ses idées, s'attachant souvent à être détesté, n'hésitant pas à malmener ceux qui l'aiment et déguisant sous des airs rogues une timidité d'adolescent rêveur, assoiffé d'Idéal et de justice.

J'ai donc lu avec beaucoup de plaisir ce panorama grand teint d'un siècle défiguré par deux guerres et par l'Holocauste, un siècle qui voit s'affronter deux géants et avec eux deux mondes, deux manière de penser, deux esprits. Il semble qu'aujourd'hui le siècle soit plus complexe et ne permette plus de se coller une étiquette dans le dos afin d'être mieux ciblé, mais ce que déplorait Koestler : la consommation, l'individualisme, le ni oui-ni non, obligent à d'autres confrontations.

A la fin de ce grand et gros livre d'Histoire, on peut se demander si au bout du compte Koestler a choisi entre 'le sentiment océanique' (les rêveries et la méditation) ou le matérialisme inhérent à tout engagement politique ou humain ; il semble qu'arrivé au bout de sa vie, apaisé et malade, il ait su encore une dernière fois choisir entre une mort digne et l'ignominie de la maladie. Militant pour le droit à l'euthanasie, ce dernier engagement, il le tiendra, fidèle à lui-même jusqu'au bout et on ne peut qu'en être à la fois bouleversé et admiratif.


Merci à Bédou d'avoir tenue fermement la barre de ce livre-monde et surtout d'avoir pris le temps d'émailler ses commentaires de nombreuses citations mettant ainsi parfaitement en relief la corrélation entre Koestler et son siècle.


mots-clés : #biographie
par Bédoulène
le Sam 18 Fév - 17:59
 
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Sujet: Michel Laval
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Peter Schneider

Les amours de ma mère

Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 97822410

Ce n'est que sexagénaire, suite à une rupture de son couple, que Peter Schneider a enfin osé ouvrir la boîte qui l'a consciencieusement suivi toute sa vie, la boîte des lettres de sa mère. Sa mère, morte prématurément à 38 ans alors qu'il n'avait que huit ans, qu'il a si peu connue, négligée peut-être, emporté dans ses propres féeries protectrices. Prise dans la tourmente des bombardements de l'Allemagne, sautant de train en train, puis affrontant la faim et l'indigence de l'après-guerre,  femme exilée au Sud d'un  chef d'orchestre retenu par ses obligations professionnelles ou militaires, le seul être humain qui soit là et qui reste, elle  a traîné, protégé, éduqué ses quatre enfants,  dépassée mais toujours là.

C'est un siècle de merde, et pour les femmes un travail d'esclave - rien d'autre !


Seulement, Peter Schneider découvre que cette tourmente était aussi intérieure, cette femme à la fois étayée et détruite par le devoir maternel était une passionnée, une amoureuse spécialiste du ménage à trois, de la confidence-déballage conjugale, de la confession  épistolaire sans dissimulation.

lettre à son mari a écrit:Chez moi, c'est le caractère passionné qui façonne la vie et la détruit. Passion, tu n'as pas e droit d'interpréter ce mot de travers, lde e tordre. Ce sont les braises qui nous font croître au-delà de nous-mêmes, qui nous conduisent à nos limite. C'est pour cette raison que je continue à m'y rendre, parce que je sens qu'on vit seulement là où est hors de portée de soi-même.


C'est l'occasion pour le lecteur de rencontrer un mode de vie rarement raconté, celui des civils pendant la défaite et l'après-guerre allemande; c'est l'occasion pour Peter Schneider de découvrir certaines clés de son histoire familiale et de sa quête personnelle.

L'arrière-fond historique donne une puissance prégnante à ce magnifique portrait de femme dont on ne sait  (et l'auteur avec nous)  si elle est résolument moderne et sans tabou, ou totalement perdue, écartelée entre un homme-refuge incarnation de la fidélité, et un amour sublime mais totalement insatisfaisant. Au delà de l'histoire intime, les parents de Peter Schneider ont vécu pendant la guerre , ont fréquenté des nazis ou sympathisants, et ainsi l'auteur interroge le pardon que les allemands doivent (ou refusent d') accorder à leurs ascendants : le subtil mélange de la sphère intime et de la sphère publique rend son message universel.


mots-clés : #biographie #famille
par topocl
le Sam 18 Fév - 10:37
 
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Sujet: Peter Schneider
Réponses: 16
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Josef Bor

Le requiem de Terezin

Tag biographie sur Des Choses à lire - Page 4 Tylych16

Tirée d'une histoire vraie, à partir d'un vrai compositeur, cet ouvrage qui a été récompensé par le prix des lecteurs 2008 ne m'a attiré au départ ni pour son histoire qui ne me passionnait guère ni pour son auteur que je ne connaissais pas mais par chauvinisme. C'est Tchèque alors je lis, un peu bête mais cela ne m'a jamais trompé.

Et ce n'est toujours pas le cas.

Pourtant dés le début, j'eus un peu d'appréhension, pour cause l'avertissement avant le commencement du récit sur l'ignorance de l'auteur en terme de connaissances techniques sur la musique.

Finalement peu importe, on sent des approximations sur ce sujet mais il n'est pas le principal composant de l'histoire et je dirais même qu'il ajoute quelque chose : l'idée même que l'auteur n'est qu'un spectateur du travail du compositeur, qui entend sans comprendre, qui tente de savoir sans y parvenir et qui au final assiste à tout ce projet fou et désespéré mais tellement fascinant.

Cette histoire permet une réelle réflexion existentielle, face à la tyrannie et à l'inéluctabilité d'un avenir tragique. Que faire ? baisser les bras ? Continuer ce que l'on sait faire de mieux ? La réponse est évidente la mise en oeuvre beaucoup moins.

Cet éloge de ce que peuvent faire de mieux les hommes, l'art en coopération, en osmose, face à ce qu'ils peuvent faire de plus mal est la mise en exergue d'un combat binaire qui tiraille chaque société de façon plus ou moins nuancée mais qui à cette époque est paroxysmique. Dés le début on est emballé par le projet du compositeur on a envie d'y participer, d'aider, de défendre, on souhaite qu'ils y arrivent, on s'investit, on s'implique, on ressent, joie comme tristesse le choc des péripéties et du dénouement.

Le style, épuré comme beaucoup d'auteurs de ce pays, trouve toute sa richesse dans la description des lieux mais surtout dans les relations entre les personnages dévoilant toute une complexité qui donne du corps et du réalisme au récit.

Bien entendu je le conseille vivement car j'ai passé un très bon moment qui m'a fait aussi beaucoup réfléchir.


mots-clés : #biographie #campsconcentration
par Hanta
le Mer 8 Fév - 8:51
 
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Sujet: Josef Bor
Réponses: 4
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