Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Jeu 2 Juil - 12:08

91 résultats trouvés pour conditionfeminine

Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon

L'amour après
avec Judith Perrignon

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Au crépuscule de sa vie, lumineux quoiqu'elle perde la vue, Marceline Loridan-Ivens rouvre la valise de ses archives et se rappelle comment, au retour des camps, avec "l'ombre de la mort" dans son dos, elle a fait le choix de la liberté, là où beaucoup de ses compagnes ont choisi le mariage, la sagesse, les enfants, cadre rassurant pour dépasser l'empreinte infernale. Comment elle joue le "jeu de la séduction dont j'avais abusé pour me rassurer, par simple peur d'être aspirée par le vide".

C'est l'occasion de parler d'un corps qui ne peut que se souvenir des sévices, de l'usage d'une espèce de liberté qu'elle a paradoxalement apprise dans les camps, où, jetée à 15 ans, elle s'est affranchie de toute tutelle pour ne vivre que par elle-même. C'est aussi l'occasion de parler  d'amour dans cette incroyable relation partagée avec Joris Ivens, d'amitié, notamment avec quelques pages très fortes sur Simone Veil, si différente et si proche, de ce lien impossible à couper entre les survivant(e)s.
C'est un texte que la belle écriture de Judith Perrignon contribue à rendre aussi joyeux que terrible, vivant, en quelque sorte, de cette énergie de savoirs, de relations, de combats qui a conduit Marceline Loridan-Ivens.

Seuls comptent la quête, le mouvement, le sens.


Sans mentir, franche, résolue, elle ne franchit jamais les limites d'une impudeur, ni sur l'horreur ou la douleur, ni sur la joie, ni sur le plaisir. Les dernières pages sont bouleversantes, elle se retrouve seule dans le lit de son conjoint décédé reste de son côté, puis adopte le milieu. Tout cela est bien remuant. Il y a une beauté à cette façon de mener sa vie.

Mots-clés : #amour #autobiographie #campsconcentration #conditionfeminine #correspondances #temoignage
par topocl
le Mer 1 Aoû - 15:42
 
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Sujet: Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon
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Virginie Despentes

Baise-moi

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Sorte de road movie trash (à l’échelle de la France) de « la petite », Manu, et « la grosse », Nadine, répondant à la violence par un surcroît de violence, et pour le temps que ça peut durer. Ce tandem complice dans l’absence de valeurs morales la plus évidente, ces monstres produits par notre société se rencontrent évidemment sans avenir.
Despentes fait sa seule référence littéraire nominale à Bukowski ; elle m’a un moment ramentu Japrisot par son efficacité stylistique, et guère Houellebecq.

« Il a l’esprit borné et très peu inventif, la mémoire encyclopédique des gens privé d’émotion et de talent, persuadé que donner des noms et des dates exactes peut tenir lieu d’âme. Le genre de type qui s’en tient au médiocre et s'en tire assez bien, bêtement né au bon endroit et trop peureux pour déconner. » (I, 4)

« C’est comme une voiture que tu gares dans une cité, tu laisses pas des trucs de valeur à l’intérieur parce que tu peux pas empêcher qu’elle soit forcée. Ma chatte, je peux pas empêcher les connards d’y rentrer et j’y ai rien laissé de précieux… » (I, 8 )


mots-clés : #amitié #conditionfeminine #contemporain #sexualité #violence
par Tristram
le Mar 17 Juil - 16:39
 
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Sujet: Virginie Despentes
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Ashok Ferrey

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Produc10

L'incessant bavardage des démons

Je suis né laid. C'est ce que ma mère a toujours dit.
_ Sonny, s'inquiétait-elle, quand allons-nous enfin trouver une fille assez bien pour toi ?
C'était une habile formulation, car par « assez bien », elle laissait entendre, plutôt qu'une jeune personne à la hauteur de ses exigences, une fille assez bonne et accommodante pour bien vouloir me prendre pour époux _ autant dire en pitié.


Sonny est le fruit d'une mésalliance. Son père, héritier de la plus grande famille de la région, a épousé la fille de l'astrologue. Et celle-ci, méprisée par sa belle-famille, s'est peu à peu muée en une vieille femme acariâtre, cupide et méchante comme une teigne, qui règne de main de maître sur le domaine familial en exploitant ses employés.
Sonny, parti faire ses études en Angleterre, y a rencontré la sublime Luisa qu'il s'apprête à présenter à sa mère. Mais Sonny n'est pas un homme comme les autres. Il est possédé par le diable depuis son enfance. Du moins, sa mère en est-elle persuadée. Et les multiples cérémonies d'exorcisme n'ont servi à rien, Sonny est resté possédé, et laid par dessus le marché. Son retour au pays n'augure donc rien de bon, surtout quand on sait que la jolie servante Sita est toujours folle de lui. Surtout quand on sait que le diable rôde dans ces contrées....

Voilà un roman qui démarrait sur les chapeaux de roues et qui fini en eau de boudin. Au départ, j'ai apprécié ce récit qui abordait le déracinement et le manque d'amour maternel sous couvert d'humour et de légèreté. Puis ça s'est gâté...
L'évolution des personnages, tout d'abord, m'a laissée pour le moins perplexe. Plus le livre avance, et plus certaines réactions paraissent incohérentes. Que l'auteur attribue tout cela à l'intervention du Diable n'incite pourtant pas à la mansuétude, même lui ne peut rendre les êtres aussi caricaturaux ou inconsistants.
Parlons-en d'ailleurs, de ces interventions du Diable, qui se veulent drôles et piquantes, et qui m'ont surtout semblé ridicules... Non franchement, la qualité du roman n'a cessé de baisser tout du long.
Et ça m'a mise en rogne.
Parce que le sujet était intéressant, que le début était prometteur, et que, mine de rien, il y a de chouettes passages. J'ai ainsi appris pas mal de chose sur le mode de vie quasi féodal de certaines grandes familles sri lankaises (songez donc, on appelle le patron « Mon Seigneur »!), et sur les rituels élaborés  par les sorciers locaux dans un pays où, apparemment, religions officielles et démonologie font bon ménage, les gens voguant de l'une à l'autre avec le plus parfait naturel...

Je ne nierai pas que le bouquin se lit d'une traite, mais il m'a laissée passablement dépitée. J'aurais voulu l'adorer et au final c'est un flop, ou tout au moins un semi-flop. (Un deux tiers de flop, en fait).
Flûte et re-flûte.


mots-clés : #conditionfeminine #famille #traditions
par Armor
le Ven 6 Juil - 2:46
 
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Sujet: Ashok Ferrey
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Arthur Schnitzler

Vienne au crépuscule

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Nous sommes dans les salons viennois de la fin du XIXème siècle, les salons où l'on cause, où l'on brille. Toute cette superficialité pare "agréablement" l'écrasante victoire d'une caste arrogante (je m'y suis beaucoup perdue, dans les 150 premières pages, impossible de savoir qui est qui dans cet entrecroisement mondain d'Ehrenberg, de Nurnberger, d'Oberger).

Les juifs, sourire crispé ou rictus effrayé, aveugles ou clairvoyants, mais humiliés toujours, croient encore (pour certains) pouvoir échapper à leur sort par l'assimilation ou le sionisme. Les femmes papillonnent, les jeunes filles attendent le mari, les jeunes hommes, libérés des soucis matériels, écrivent ou composent, voyagent (ah ! Le voyage en Italie !), prennent les femmes comme d'aimables êtres jetables : les utilisent, les échanges, les négligent, les abandonnent…

Bien des façons de se livrer à ce petit jeu : avec la distinction forcenée du jeune Georges von Wergenthin , Monsieur le Baron, avec l'ironie mordante et désespérée  de Nurnberger, avec le désespoir défaitiste et égocentré de Bermann. Tous se cachent derrière leur bons mots, leur haute opinion d'eux-mêmes, leurs hautes aspirations. Quel égoïsme, quelle autosatisfaction (mon dieu, que la vie leur est compliquée!). Ce sont d'infâmes mâles imbus d'eux-mêmes, persuadés de leur bon droit et de leur raffinement.

C'est assez bavard et souvent ennuyeux, et ma lecture fut laborieuse, mais il y aussi de bons moments, et peu à peu s'est dévoilée une réflexion sur la destinée au sein de cette  société infatuée qu'on voudrait agonisante.  Le décorticage méticuleux  de la nature humaine et notamment masculine finit par déclencher un certain dégoût. Ces homme sont des porcs croisés de paons : parés,  artistes et intellectuels, c'est à dire soi-disant pensants et pleins de sensibilité, ils  se délectent dans une perpétuelle introspection déculpabilisante, qu'ils croient raffinée, mais qui est  en fait bornée, condescendante  et  auto-satisfaite.


Mots-clés : #antisémitisme #conditionfeminine #culpabilité #historique #initiatique #lieu #psychologique #xixesiecle
par topocl
le Sam 30 Juin - 16:30
 
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Sujet: Arthur Schnitzler
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Kiyoko MURATA

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Fille de joie

2 novembre
Aoi Ichi

Il fait froid ces jours-ci
Mes amies les fourmis sont parties
Alors je m'adresse à la maîtresse
Le soir du dépucelage
La terre s'est dérobée sous mes pieds
Je croyais que ce que ma mère et mes sœurs faisaient
A la lumière de la lune était agréable
La terre s'est dérobée sous mes pieds
Comment je vais faire moi pour travailler demain


1903. Comme tant de fillettes pauvres, Ichi est vendue par ses parents à une maison close, condamnée à vivre dans le « quartier des plaisirs » pour rembourser avec son corps la dette contractée en son nom. Acquise par une maison prestigieuse, Ichi fait son apprentissage auprès d'une oïran, prostituée célèbre entretenue par quelques richissimes protecteurs. Mais le luxe dont s'entoure l'oïran ne peut adoucir la rudesse des leçons auxquelles est soumise la jeune recrue, sommée, par la force s'il le faut, d'acquérir les techniques d'une bonne courtisane...

On envoie Ichi à l'école. Ses patrons attendent d'elle qu'elle puisse écrire des missives raffinées à ses meilleurs clients, le moment venu. L'institutrice, Mlle Tetsuko, essaie surtout d'éveiller l'esprit de ses élèves, tout en leur inculquant des notions de comptabilité afin qu'elles ne se fassent pas gruger par des tenanciers peu scrupuleux.
Pour Ichi, fraîchement débarquée de son île natale, l'école est une révélation, l'écriture un exutoire. A son journal, elle confie ses peines, sa révolte, et son rêve de retrouver un jour son île. Un espoir a priori bien illusoire, car il faut des années pour rembourser sa dette, quand encore on y parvient...
Un édit, publié en 1872, était pourtant censé mettre fin à ce système, quoique l'argument employé soit ahurissant :
L'édit établit que les prostituées qui ont perdu leurs droits humains sont assimilables au bétail. De la même manière que personne n'irait demander à un animal de rembourser une dette, on ne saurait demander à une prostituée de rembourser la sienne. C'est un raisonnement cruel, mais qui nous rendrait service s'il était appliqué. Cela n'a jamais été le cas.


Mais en ce tout début de Xxème siècle, le Japon connaît un frémissement inédit. Les journaux se font l'écho de la toute première grève ouvrière ; les femmes réclament le droit de vote, et l'armée du salut, qui milite activement pour la libération des prostituées, connaît un essort fulgurant.
Kiyoko Murata tente de restituer l'atmosphère qui règne alors dans les quartiers de plaisir, l'éveil d'un début de « conscience politique », et la fin programmée d'un monde. En attendant, pour les jeunes recrues, l'apprentissage est toujours aussi douloureux... La jeune Ichi symbolise le cruel écroulement des illusions de cette jeunesse sacrifiée. L'auteur, malgré la crudité inévitable de certains passages, a su éviter l'écueil de la vulgarité et des détails scabreux pour se concentrer sur les sentiments de la jeune fille. Les mots maladroits qu'elle couche sur le papier parsèment le livre, comme autant de cris du coeur d'une humanité bafouée, mais toujours combative et généreuse.



mots-clés : #conditionfeminine #prostitution
par Armor
le Jeu 28 Juin - 19:09
 
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Sujet: Kiyoko MURATA
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Stieg Larsson

La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette

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Il ne faut pas craindre l'accumulation ou  le trop plein. Stieg Larsson était un obsessionnel, qui n'hésitait pas à écrire une page entière sur l'achat de mobilier de Lisbeth à ikea, sur sa liste de courses à 7-eleven, à ne louper aucun café avalé (en précisant de quel café il s'agit)  aucune cigarette fumée, aucune douche prise, aucune biographie détaillée, aucune marque d'arme à feu, aucun itinéraire etc...Et qui manifestement jubilait à entrecroiser les nœuds de sa pelote soigneusement emmêlée, d'y ajouter des couches, des complications, des liens externes,  des complications encore. Un type à la logique si implacable que même les multiples coïncidences deviennent acceptables..

Ceci admis , c'est avec un parfait plaisir qu'on retrouve Lisbeth Salander, soigneusement occupée à effacer toute trace d'elle sur terre (dans une première partie il est vrai un peu longuette - mais après, quand ça démarre, ça démarre à 100 à l'heure). Cette habile manipulation va malheureusement aboutir au résultat de la placer sous les projecteurs, comme principale suspecte de trois meurtres opérés en une même soirée. Le lien s’avérera être le commerce du sexe, thème féministe une fois de plus chez cet auteur.

Lisbeth tient la place centrale dans ce roman, qui non seulement nous découvre ses origines dans une enfance plutôt corsée (et même plus), une adolescence manipulée sans que nul ne le sache par les services secrets. Elle reste cette Lisbeth si atypique, et ses talents de super-woman augmentent encore, capable de hacker n'importe quel ordinateur, de défier n'importe quel système de surveillance, de fixer n'importe quel document en détail dans sa mémoire hypermnésique, de terrasser n’importe quel agresseur deux fois plus lourd qu'elle, et le pire c’est qu'on y croit!  Dans son libertarisme solitaire, sa logique très personnelle, sa violence intériorisée et extériorisée, sa détermination insondable, son mètre cinquante, elle reste épatamment séduisante (pour une héroïne de roman en tout cas), déroutante et invincible.

Dans cette enquête bien corsée, trois équipes font la course et interagissent, la police, globalement convaincue de la culpabilité de Lisbeth, et ses deux amis : Dragan l'ancien employeur  qui voudrait bien comprendre et Mikael Blomkvist convaincu de son innocence. On est dans un sacré roman choral, avec un aspect militant pour la liberté  et les droits de l'homme et de la femme. qui prend alternativement le point de vue de Lisbeth, des divers enquêteurs, et des malfrats pour dresser des portraits incisifs  sans négliger personne. On passe un vraiment bon moment, on sait très bien que Lisbeth s'en sortira, et qu'importent les moyens



mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #polar #politique #relationenfantparent #romanchoral #vengeance
par topocl
le Sam 16 Juin - 10:41
 
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Sujet: Stieg Larsson
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Stieg Larsson

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes.

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Très habilement troussé, en effet, ce premier opus  de Millenium. Une écriture millimétrique qui colle à ses deux héros réunis dans un  duo tout à la fois bancal et parfaitement adapté . Mikael Blomkvist,journaliste d'investigation plein d'une probité, haineux quand le pouvoir et l'argent sont mal employés, compassionnel avec les faibles et tout ce qui sort des rails, et Lisbeth Salander jeune femme asociale, tatouée et piercée, plaie hurlante hypermnésique, dont il est dit quelque part qu'elle pourrait être Aperger "ou quelque chose comme ça" (je penche pour le "quelque chose comme ça").

Quant à l’intrigue , il s’agit plutôt d'un faisceau d'intrigues intimement entremêlées à composante politique, économique, rituelle, sexuelle, d'une belle complexité qui arrive à rester claire jusqu'au bout, portée par des personnages (un peu moins fouillés que les enquêteurs) pour la plupart membres d'une richissime famille d'industriels suédois, capable derrière son écran de fric des pires turpitudes.

Intelligent, haletant, addictif, quoique un peu glauque par moments par l'accumulation.

mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #famille #polar #politique #sexualité
par topocl
le Lun 11 Juin - 9:51
 
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Sujet: Stieg Larsson
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Brit Bennett

Le cœur battant de nos mères
Titre original : The Mothers

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C'est un roman du passage de l'adolescence à l'âge adulte, avec cette tonalité particulière que cela se passe en Californie, dans une communauté religieuse noire conservatrice, où les "mères", les vieilles femmes, surveillent, jugent, palabrent et racontent l'histoire. Le poids de la communauté, ses exigences comme ses hypocrisies, est énorme sur les individus et   leur formation, que ce soit par la soumission ou la rébellion.

Le fil directeur est la filiation, le rôle des mères, indispensables mais défaillantes, l'amour qu'on leur voue même pour celles  que l'on hait. L'une se suicide sans laisser de raison, elle a eu sa fille Nadia très jeune et celle-ci se demande si sa mère n'aurait pas eu une meilleure vie sans elle, et aurait donc survécu. L'autre n'est apte ni à proposer une vie stable à sa fille Aubrey, ni à la protéger des abus sexuels qui se passent sous son toit. Nadia et Aubrey sont deux amies de coeur, l'opposée l'une de l'autre unies/séparées sans le savoir par leur amour commun, mais si différent, pour Luke, le fils du pasteur.

Nadia fait le choix d'elle-même, se référant sans doute à sa mère, et quand elle est enceinte à 17 ans décide d'avorter, poids qu'elle va traîner comme un boulet malgré l'envol qu'elle prend, quittant sa vie tranquille, son père désespéré, pour devenir une avocate new-yorkaise brillante aux mœurs libérées.  Aubrey, au contraire fait le choix de "la sagesse", la religion vécue, le couple, le mariage, la fidélité, l'enfantement, toutes chose qui ne sont pas forcément faciles non plus.

Plus que l'opposition entre ces eux filles, très réussie mais assez classique,  j'ai aimé le contraste entre Nadia et Luke, qui jouent des rôles inversés de ce qu'il est habituel de distribuer aux hommes et aux femmes. Nadia choisit sa carrière son épanouissement par le mouvement et un certain égoïsme, l'aventure en quelque sorte . Luke au contraire fait le choix des concessions pour la stabilité, l'amour, la filiation. C'est la femme qui est "forte" et l'homme qui est doux.

Bon, au total, je ne vous cache pas qu'il n'y a pas de bon choix, et si j'ai longtemps eu peur que le livre ne soit une apologie de la raison et du renoncement au détriment de l’égoïsme et de l'individualité, il n'en est rien. Chacun souffre à sa manière. Ces trois jeunes ont grandi seuls et trop vite, leur chemin est plein d’embûches, mais que faire d'autre qu'avancer, faire des choix et - si possible - les assumer? Il s'agit de personnages ordinaires, pris dans les tourments d' un destin déjà souvent croisé dans la littérature, mais  l’œil de Britt Bennett, la vivacité de son récit, la touchante exploration des contradictions de la tendresse nous les rend attachants. Et derrière cette histoire qui reste plaisante et sensible si elle n'est lue qu'au premier degré, se cachent de nombreuses questions existentielles fondamentales.


mots-clés : #amitié #amour #conditionfeminine #identite #jeunesse #psychologique #relationenfantparent #religion
par topocl
le Sam 19 Mai - 11:10
 
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Sujet: Brit Bennett
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Sylvain Pattieu

Le bonheur pauvre rengaine

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C'est un fait divers de l'après Grand Guerre, qui fit la une des journaux pendant plusieurs mois, et que  Pattieu, historien avant d'être écrivain, a ressorti des archives.

Il s’agit d'un crime trivial et sordide, survenu à Marseille dans le milieu de la pègre, parmi les souteneurs et les "femmes galantes", tout un petit monde issu du prolétariat et qui souhaite s'offrir mieux, à un moment où le désastre de la guerre laisse des "places à prendre" à un prolétariat miséreux et pas décidé à en rester là.

On se croirait dans une balade de Fréhel. C'est un saisissant portrait d'un lieu et d'une époque, mais surtout d'un milieu qui a alimenté de nombreux films noirs en noir et blanc, relaté ici  en un récit mêlant fiction, photos et archives judiciaires.


mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #faitdivers #historique #social
par topocl
le Lun 5 Fév - 9:51
 
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Sujet: Sylvain Pattieu
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Goliarda Sapienza



L'art de la joie



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Non je ne vous raconterai pas l'histoire , les résumés à rallonge fleurissant un peu partout et comme je n'ai aucun goût pour la répétition , je vous renvoie sur Babélio si vous voulez avoir quelques éléments de la trame .
Mais moi je vous dis juste :
C'est un vent de liberté d'une violence rare .
C'est un portrait de femme comme dans les vrais romans du XIX siècles , mais d'une fibre transgressive difficilement embrassable , un éclatement de tous les carcans , une prise de pouvoir et une abolition intérieure de toutes formes de limites imposées par les lois et institutions des hommes .
C'est un ouvrage politique aussi  et libertaire écrit par une femme féministe portée par une énergie , une audace et une affirmation de soi qui peut déranger , encore aujourd'hui .
Pas étonnant qu'il mit tant de temps à être publié dans une Italie fortement imprégnée par l'institution religieuse .
C'est une fresque romanesque du genre saga , fleuve que l'on verrait bien portée à l'écran en feuilleton télévisé .
Ce n'est pas un roman d'amour , mais dans la logique du personnage , c'est un roman d'amours : on s'aime , on s'unit et se désunit , sans tabous ni lois , dans l'unique "art de la joie" régulateur des tragédies .
C'est un flux , un mouvement de pensées foisonnant , à rattacher non seulement à une personnalité exceptionnelle mais à une époque où nécessité il y avait à faire éclater toutes les entraves sociétales et redonner au corps et à l'esprit une libération et l'héroine du roman Modesta ( facétie de Goliarda Sapienza bien sûr, ce prénom en contresens ) ne fait rien d'autre que d'exulter et de briser toutes ses chaines , sans pudeur ni fausse morale , avec force détermination , violence souvent mais  toujours "droite dans ses bottes" .
Quant à la forme , en échos au fond , Goliarda Sapienza s'autorise tous mélanges de genres sans chercher à garder une cohérence styliste .
Autant de prise de pouvoir, fond et forme confondus peut aussi bien destabiliser le lecteur que le porter à une vénération sans limite vers Modesta et/ou Goliarda (on l'aura compris , au delà de la forme romanesque et des péripéties de l'héroine crée par Goliarda , l'auteure ne fait que s'appuyer sur son personnage pour s'offrir , nue , majestueuse, impudique , armée de sa plume et de là, à nous d'imaginer, dans son sillage hordes de femmes mais aussi d'hommes , fantômes d'eux-mêmes , coupables , assujettis par lois ,religions et ignorance ,  abandonnant leurs vieux oripeaux , pour renaître,  sous ce chant de joie et de fureur , hymne porteur d'une force vitale primitive , animale , enracinée à la terre et à l'ordre presque cosmique du monde , pulsée par un souffle libertaire sans limites .
Voilà .
Je n'ai pourtant eu aucun goût dans cette lecture , une forme plus maitrisée et tenues par quelques rennes m'a manqué . Si Modesta garde une certaine rigueur dans son cheminement vers la libération , Goliarda n'en va pas de même dans son écriture à mon avis .

Il n'en reste pas moins que L'art de la joie est incontestablement une oeuvre majeure incontournable pour qui s'intéresse à la littérature Italienne , sans pour autant en fait un chef-d'oeuvre .


mots-clés : #conditionfeminine #politique #regimeautoritaire #sexualité
par églantine
le Sam 27 Jan - 14:18
 
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Sujet: Goliarda Sapienza
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Ivan Jablonka

Laetitia ou la fin des hommes

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Ivan Jablonka parle de Laetitia, cette jeune femme de 18 ans sauvagement assassinée et  démembrée vers Pornic en 2011, affaire qui a fait grand bruit dans la presse. Il applique ses techniques d'historien-sociologue pour une tentative d'épuisement de ce fait divers.

Il s'intéresse à Laetitia , dans un désir de lui rendre une certaine justice, à sa sœur jumelle Jessica, à leur  environnement familial défaillant(famille biologique et famille d'accueil) préparation parfaite, voire répétition générale au long cours du drame. Il s’intéresse à son assassin, issu du même milieu, avec les mêmes codes, les mêmes fatalités. Il s'intéresse aussi aux protagonistes indirects ,  magistrats, avocats, enquêteurs, politiques (Sarkozy qui en profite pour vendre sa politique compassionello-répressive), journalistes qui ont fait que cette affaire a été ce qu'elle était, qu'elle a été en quelque sorte retirée à Laetitia, sa jeunesse et sa dignité, pour en faire une histoire publique,  et non plus intime,  avec ses mensonges et ses dérives.

Jablonka ne s'exclue pas de ces intervenants extérieurs qui ont pu s'approprier des faits, une histoire, pour l'instrumentaliser, lui, l'universitaire parisien   se mêlant de "ce qui ne le regarde pas", auto-parachuté en province, dans ce lumpen-prolétariat enfermé dans la reproduction de schémas pathogènes, de comportements destructeurs, de violence faite et répétée envers les femmes et les enfants.

C'est assez réussi, dans son exhaustivité qui implique quelques redites reflétant  l'obsession du chercheur. Jablonka a un très grand respect de chaque protagoniste, une compassion bienveillante et ouverte, qui trouve bien sa place à côté de la démarche "scientifique". Cette dernière implique une recherche rigoureuse de la vérité, et Jablonka ne laisse passer aucun détail, aussi nauséabond soit -il, ce qui pourra  rebuter certains.

On est dans une histoire aussi sordide que pathétique, révélatrice car les personnalités s'éclairent peu à peu, les comportements s’individualisent et on comprend que l'extraordinaire ne cache que du très ordinaire.


mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #justice #social #violence
par topocl
le Mer 10 Jan - 17:11
 
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Sujet: Ivan Jablonka
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Margaret Laurence

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Divine plaisanterie

je ne voudrais pas trahir mon plaisir et je ne pose ici que quelques réflexions.

Je trouve que Rachel se censure parce qu'elle est contrainte :  d'une part par la société à laquelle elle appartient et qui met en exergue" l'apparence" ; être correct c'est le mot qu'elle emploie souvent  et d'autre part par le  chantage affectif de sa mère, laquelle d'ailleurs continue à vivre dans son temps.

Comme, malgré tout elle se sent différente de cette société elle se corrige en disant "ce n'est pas moi ça, ce sont les mots de ma mère". Et les mots de sa mère ne témoignent pour moi que d'un égoïsme et d' une injustice envers Rachel, qui tout de même a sacrifié ses études et sa vie.

Sa rencontre amoureuse avec un homme appartenant à l' autre  communauté de la ville (à la réprobation de la mère), va lui permettre de se libérer quelque peu  de ses rapports avec  elle mais c' est  l' opération qu'elle subit la décidera à s'émanciper totalement, à s'avouer qu'elle a le temps pour une autre vie, une vie qu'elle se choisit.

Vu le dilemme alors que Rachel se croit enceinte -la divine plaisanterie- qui résulte du  poids de la société exprimé d'ailleurs par le Dr Raven,  il semble que l'avortement ne fasse pas encore partie des libertés accordées aux femmes, notamment  sur leur corps et  revendiquées  dans  les années soixante.

Les dialogues intérieurs de Rachel sont révélateurs à la fois de la pression qu'elle subie mais aussi de ses désirs (voir par exemple son regard sur les mains du directeur, son attention pour James son élève, voire sa réaction hystérique dans la crypte, les dialogues imaginés avec Nick)

Hector, le propriétaire du service funéraire, parle justement à Rachel, sur son père et sur elle-même, ces deux visites ne sont pas anecdotiques.

Certain livre nous sont plus disponible, c'est le cas pour moi avec celui-ci.

J'ajoute que la postface de Margaret Atwood était intéressante.





commentaire retrouvé

mots-clés : #amour #conditionfeminine #relationenfantparent
par Bédoulène
le Mar 26 Déc - 0:49
 
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Sujet: Margaret Laurence
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Alice Rivaz

Je rapatrie mon souvenir qui n'est pas aussi précis :

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Sans alcool

Des nouvelles donc écrite à différents moments de la vie de l'auteur mais ayant toutes en commun deux thèmes qui se retrouvent étroitement liés, l'amour (ou son absence) et quelque chose qui a à voir avec la condition sociale. Dans cette suite de portraits, surtout des femmes, on trouve principalement de jeunes actives ou des fins de carrière qui sont autant d'effacement de la vie (sociale ?).

Trop attendre, ou ne pas voir, ne pas savoir tourner la page, ruminer. Entre le bureau ou la chambre/appartement en ville, plusieurs fois on croise ces restaurants bon marché, sans alcool. Il y a des touches très vivantes qui esquissent un désir pas forcément raisonnable mais la tonalité principale est sombre, et le sentiment de solitude omniprésent. Le ratage, l'isolement qui est à la fois affectif et social. L'espoir déçu...

Une répétitive tristesse, amère mais empathique et volontaire dans son féminisme. D'ailleurs de ce côté-là on n'a pas forcément l'impression que les quelques décennies écoulées renversent complètement la donne, sans doute parce que la question d'un lien affectif particulier, de la recherche de ce lien indépendamment d'un devoir de sacrifice n'a pas forcément de réponse toute faite.

Un peu déroutant (pour un bonhomme, ou un panda ?), un peu contraint sans doute aussi ça m'a moins accroché que ma précédente lecture néanmoins il est probable que ces nouvelles me restent en mémoire. Le gâchis c'est triste, ça parle, et cette vision qui se construit au fil des nouvelles, ça parle aussi.


mots-clés : #conditionfeminine #nouvelle #social #solitude
par animal
le Dim 26 Nov - 14:00
 
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Sujet: Alice Rivaz
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Colombe Schneck

Sœurs de miséricorde

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Images35

Azul, petite fille Quechua, est élevée par sa mère qui ne sait pas lire mais qui sait aimer, et transmettre l'amour du travail bien fait, et l'amour du prochain. Pauvre parmi les pauvres, déterminée, elle offre à ses neuf petits, sans jamais se plaindre, une enfance qui ressemble au paradis avec son verger croulant sous les fruits.
Mais dès 10 ans, Azul doit quitter l'innocence et, tout en étudiant, travailler pour survivre, subir la dure loi du machisme bolivien, élever à son tour deux enfants, et pour se faire, s'expatrier seule, à Rome ou à Paris. Dans cette solitude étrangère, recueillie par la générosité de religieuses, elle conserve précieusement cette force irradiante héritée de sa mère, et la transmet autour d'elle.

La matière de base du roman était riche, car toute la société bolivienne transparaît ici, c'est très documenté; et touchante, dans cette enfance bolivienne, cette lutte perpétuelle, cette immigration économique vécue par une jeune femme que la force ne quitte jamais. Voila, l'histoire sociale, cette proximité avec la résilience des personnages,  c'est le point fort de ce bouquin.

Seulement Colombe Schneck oublie trop souvent qu'elle écrit un livre et non un article de reportage, le style est  quand même  indigent.

Tant pis pour le style dirons-nous, mais alors , le message? Et bien j'ai été carrément gênée par ce discours implicite : le bonheur des pauvres, aux innocents les mains pleines, la bonté qui vient à bout de tout, etc...La jeune et riche patronne  parisienne d'Azul enviant sa capacité à si bien faire le ménage et convertie à la bonté, non, je dois dire, je n'ai pas marché...(mais j'ai le cœur sec, je sais pale )




mots-clés : #biographie #conditionfeminine #immigration #social
par topocl
le Ven 10 Nov - 14:23
 
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Sujet: Colombe Schneck
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Amulya MALLADI

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_un10

En Inde, le mariage est la grande affaire d’une vie. Alors, quand on a présenté à Anjali un jeune et beau militaire, elle n’a pas hésité longtemps. Malheureusement pour elle, très vite, le prince charmant s’est transformé en crapaud. Un soir, il a tout simplement oublié d’aller la chercher à la gare. Hors, ce soir-là, à Bhopal, l’usine d’Union Carbide a explosé. Asphyxiée par les gaz toxiques, Anjali a failli mourir. Peu après, elle a décidé de ne plus gâcher sa vie avec ce mufle, et a demandé le divorce. Une décision d’autant plus courageuse qu’en Inde, le divorce, synonyme d'ostracisme et, même, très souvent, de rejet familial, est encore impensable pour une femme de la classe moyenne.
Malgré tout, Anjali a réussi à rebondir : elle a repris ses études, et a refait sa vie avec un charmant professeur. Et ils ont eu un fils. Hélas, les gaz de Bhopal et leurs insidieuses conséquences ont terni leur bonheur : le petit garçon est né terriblement malade, condamné à brève échéance. Pour eux, dorénavant, c’est la vie vaille que vaille, l’espoir malgré tout, le sourire pour seule arme.
Un jour, hasard des affectations, l'ex-mari d'Anjali est muté dans la ville où elle a refait sa vie. Leur rencontre est inéluctable... Pour Anjali, c'est la confusion des sentiments. Pour l’ex-mari, confronté au triste résultat de son inconséquence, les remords, la honte, les pitoyables tentatives de se racheter. Et pour le mari actuel, la jalousie, l’amour, le doute, l’abnégation, l’amour encore.

Voilà. C’est donc un livre à trois voix, qui entend plonger au plus intime de ses personnages. Ce livre parle de reconstruction, de pardon, de maladie. Il évoque des sujets tabous en Inde, et se veut le reflet de toute l’ambiguïté des sentiments humains. On ne peut pas dire que ce soit simpliste, alors, pourquoi n’ai-je pas adhéré à ce roman ?

Comme d’autres livres indiens publiés récemment par Mercure de France, Une bouffée d’air pur répond à un certain schéma. Et s’il se lit si facilement, c’est peut-être, _Allez, j’ose le dire ?_ grâce à son écriture calibrée pour plaire à un certain public, de toute évidence féminin. Un public dont on présuppose qu’il consent à être bousculé, mais pas trop ; qu’il admet des drames, mais pas sans amour immortel ; qu’il accepte l’inéluctable, tant qu’on ne lui interdit pas de rêver quand même…
Pour moi, c’est là qu’est le hic. En effet, il suffit d’un peu de lucidité pour voir que le destin d’Anjali, si douloureux soit-il, n’est guère crédible. Ca ne doit pas être si fréquent qu’une femme indienne, divorcée, rejetée par les siens  -et donc quasi sans ressources-, puisse ainsi reprendre des études, rencontrer des amis « pour la vie » absolument merveilleux, puis un homme « pour la vie »  non moins merveilleux (et orphelin, ce qui, vous l’avouerez, est bigrement pratique pour l‘écrivain, les parents n'étant plus là pour s’opposer au mariage).
Ils ne doivent pas être si nombreux non plus, les ex-maris mufles-crapauds, qui, d’un coup d’un seul, sont bourrelés de remords et prêt à tout pour se racheter… (avec _ attention spoiler_  l’aide de leur nouvelle femme, tout amour et compréhension sous ses airs de mégère non apprivoisée).
Alors, que dire de la probabilité que ces bons sentiments soient tous réunis en même temps ? Quasi nulle, bien sûr.
Bon, il y a aussi quelques méchants irrécupérables, dans ce livre. Mais comme un passage obligé...

Pour être tout à fait honnête, je suis dure envers ce roman, qui n’a quand même rien d’une bluette à la Barbara Cartland, et auquel je reconnais des qualités. Mais j'en attendais beaucoup plus, et j'ai été déçue. En vérité, cette écriture « aseptisée » ne correspond tout simplement pas au public que je suis aujourd'hui.
Reste quand même, au milieu de tout cela, un enfant condamné par le cynisme des hommes. Et là, malgré toutes mes réserves, j'avoue, à la fin, j’ai pleuré...


mots-clés : #conditionfeminine #famille #pathologie #psychologique #romanchoral
par Armor
le Lun 9 Oct - 22:50
 
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Sujet: Amulya MALLADI
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Céline Lapertot

Des femmes qui dansent sous les bombes

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Des_fe11

Séraphine a vu assassiner son père, sa mère et son petit frère, et les miliciens ensuite l'ont ensuite longuement violée. Dans une épiphanie résiliante, elle intègre l'armée régulière qui l'a sauvée in extremis.

Ses motivations sont complexes: désir de sauver son pays du chaos où il sombre depuis des décennies,  fascination pour une jeune dirigeante, désir de reconnaissance, justice ou vengeance mêlés... Et aussi, le fait qu'  il ne semble guère y avoir d'autre solution, dans ce pays de tradition où sa famille n'existe plus, et où le chemin tout tracé des femmes n'envisage pas autre chose que virginité, mariage et maternité.

Céline Lapertot s'attache à de beaux portraits de femmes, dont elle dessine les contradictions enchevêtrées. Elle montre comme est fragile le sillon qui sépare engagement dans l'un ou l'autre camp, souligne l'impasse qui mène à des choix qui n'en sont pas et exalte la nécessité du pardon.

Cependant, si elle traque les subtilités individuelles, elle ne situe pas son action : « le Congo, le Mali, le Soudan, le Nord-Kivu, qu'importe, dans le fond.", renonçant ainsi, au profit d'une certaine universalité, aux subtilités territoriales - l'Afrique est une masse globale engloutie dans une guerre civile sans spécificité.
Elle privilégie aussi les personnages plutôt qu'un   développement scénaristique et de là une absence d'ancrage qui laisse un  peu sur sa faim.

Elle adopte un style d'une densité revendiquée, amphigourique et  vite bourratif. Sur ce terreau prometteur qu'est le portrait de femmes-soldats, on dirait un tracteur qui avance et recule indéfiniment, repassant le sillon creusé.
Ce ne sont qu'anaphores, litanies, répétitions. Tout cela me fait penser à cette citation de Clémenceau qui comparait la musique et la musique militaire...

mots-clés : #conditionfeminine #guerre
par topocl
le Dim 17 Sep - 21:55
 
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Sujet: Céline Lapertot
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Dominique Fortier

La porte du ciel

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Captur32

Quand elle comprit qu'elle avait affaire à des hommes plutôt qu'à des revenants, sa terreur grandit.


Quand Eleanor avait huit ans, son père, le docteur McCoy, ramena à la maison une jeune noire du même âge, rachetée pour lui éviter le fouet, rapidement rebaptisé Eve. Les deux fillettes grandissent côte à côte, dans cette famille plutôt libérale, dans le Sud où se déchaine al guerre de Sécession . La jeune noire n'est ni vraiment libre, ni vraiment esclave, la jeune blanche alternativement amicale et rejetante. Cette dernière se marie de façon conventionnellement arrangée, et toutes deux partent ensemble dans une plantation lointaine.


L'histoire est  assez plate, ressemblant plus à une chronique, d'autant que l'auteur gomme consciencieusement toute expression de sentiment et que les quelques rebondissements ne sont pas vraiment inattendus. L'auteur attache par son style, élégant, le plus souvent entaché de noblesse, parfois plus convenu.

Sentant sans doute que tout cela un peu maigre, Dominique Fortier glisse quelques astuces d'écriture : quelques chapitres la première personne au sein d'un discours indirect, quelques considérations plus générales (mais bien effleurées ) sur la Guerre de Sécession, et cinq descriptions, rythmant le texte,  de courte-pointes cousues  par les femmes dont c’est le seul mode d'expression, qui me sont restées totalement incompréhensibles, mini-textes abstraits au sein de l'histoire, métaphore sibylline  du fait que toute histoire est, comme les courtepointes, un assemblage personnel d'éléments disparates se donnant sens les uns les autres.

Il en ressort un récit qu'on suit avec un agrément paisible, mais qui ne connaît pas d'intensité,  comme on lirait une histoire déjà entendue racontée par une voix nouvelle.


mots-clés : #conditionfeminine #esclavage #xixesiecle
par topocl
le Dim 10 Sep - 9:46
 
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Sujet: Dominique Fortier
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Lola Lafon

Mercy, Mary, Patty

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Images97

"Défiez-vous des histoires simples "


Patricia Hearst, l'héritière du richissime magnat d'une presse sevile, élevée dans les meilleures institutions américaines, est enlevée par un groupe révolutionnaire. En quelques jours, elle adhère à leur cause, revendique le droit pour tous à manger à sa faim, quitte à recourir à des méthodes violentes.

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Images98

"On ne trouvera dans ces pages  ni victime, ni coupable, ni sainte, martyre ou héroïne révolutionnaire."


Manipulée, droguée, terrorisée? ou simplement révélée à elle-même comme une photo dan le  bac de développement, parce qu'"elle a vu l'envers de l'Amérique"? Pour elle, n'est-ce pas "un  deus ex machina providentiel vêtu de treillis militaire ?"
Si j'ai subi un lavage de cerveau c'est celui qui nous conditionnes tous à prendre et garder notre place dans la société. J'ai passé douze années dans des écoles privées au milieu de jeunes occupés à développer leurs aspirations de dominants. Rétrospectivement, pour moi, ces écoles sont un terrain d'entraînement, de formation de futurs petits fascistes, on nous encourageait à développer toutes les valeurs du capitalisme : individualisme, sens de la compétition, sans oublier le racisme.


C'est ce que s'activent à dénouer trois femmes, se passant avec passion le relais entre 1975 et aujourd'hui, portant chacune en elle sa forme et sa méthode de rébellion : Gene Neveva, la chercheuse Américaine ancienne activiste, Violaine, son assistante anorexique et -croit-on- candide, et, des années plus tard, bouclant la boucle, la narratrice inommée.

Cela donne un curieux roman très élaboré, un édifice tout à la fois déroutant et magistral de maîtrise. On peine au début à se glisser dans le récit du fait d'un fouillis initial volontairement orchestré, mais surtout du  choix narratif, les personnages sont "je", "elle" et "vous" et cela déconcerte dans les premières pages, et même parfois au-delà, rendant la lecture parfois ardue. Mais ce choix se justifie  pleinement  quand on avance en lecture, instituant une hiérarchie de respect  entre les protagonistes.

Quant au propos, son intérêt est sa grande fluidité.

Pas de chronologie détaillée, mais une analyse rétrospective des archives, textes, radio-cassettes, films pour en tirer la moelle cruciale.

Pas d'apologie du terrorisme, simplement une mise à plat de ce qui peut y mener, ou à toute rébellion quelle qu'elle soit. Ce questionnement: qu’est ce qui fait que dans une société de jeunes blanches bourgeoises font le choix d’adopter la tribu indienne qui les a enlevées (Mercy et Mary), de partager la cause d'un groupuscule terroriste (Patty), ou de partir au Jihad… Car plus qu' encore plus que des actes, c'est sans doute des motivations de ces  "âmes flottantes", "identités mouvantes" » qu'il faut trouver le sens. Le rôle des rencontres qui permettent les choix et les refus.

Pas de leçons, pas de conclusions définitives, pas de raccourcis réducteurs, mais une réelle attention à la détresse que cela exprime, une détermination farouche à ne pas tomber dans le manichéisme, à débusquer l'ambiguïté et la complexité des choses, une pensée intelligemment subversive.

Mercy, Mary, Patty est un hommage à toutes celles qui ont eu le courage de ne pas suivre le  chemin tracé, une analyse,  indépendante de toute naïveté, des accomplissements et des errements que cela implique,  une belle incitation à s'indigner.




mots-clés : #conditionfeminine #insurrection #captivité
par topocl
le Sam 9 Sep - 10:14
 
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Sujet: Lola Lafon
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Zoé Valdés

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 51mm8510

La Douleur du Dollar

Note de l'éditeur:
Voici l’histoire d’une femme, la Môme Cuca, abandonnée par l’homme de sa vie qui, pour tout souvenir, lui a laissé une fille et… un dollar. Mais c’est aussi — et surtout —, des années prérévolutionnaires à nos jours, de la nonchalance à l’exubérance, de l’espérance à l’incertitude puis à la résistance d’un peuple, l’histoire de La Havane — ville peinte ici dans toutes ses contradictions, sa violence et sa sensualité.
Composée dans l'exil, l'oeuvre de Zoé Valdès est sans doute le plus bel hommage que la romancière puisse rendre à son île, son pays perdu, tragique et tant aimé.


Résumé:

La jeune Cuca Martínez (surnommée Cuquita, « cocotte », Caruquita, ou la Niña, « la Môme »), issue d'un milieu très modeste, quitte à seize ans sa ville natale de Santa Clara et se rend, avec toute sa pudeur et ses principes, à  la Havane chez une amie de sa marraine où elle travaillera comme femme de ménage. Elle partage sa chambre avec la Mechunga et la Puchunga, deux bisexuelles qui deviennent ses amies. Un jour qu'elles s’apprêtent à sortir au cabaret le Montmarte, elles habillent la timide Môme et l'emmènent avec elles; Cuca y fera la rencontre de Juan Pérez, dit le Ouane, avec qui elle échangera son premier baiser. Premier baiser qui va tellement l'ébranler qu'elle va se sauver en courant. Convaincue qu'il est l'homme de sa vie, Cuca va l'attendre fidèlement (alors qu'il ne connait même pas son adresse...) durant huit ans, jusqu'à ce que le hasard leurs permette de se retrouver de nouveau au Montmartre. Ils vivent un amour fulgurant mais la Révolution change les choses : Juan, qui travaille pour la mafia, doit quitter brusquement Cuca et Cuba pour rejoindre les USA. Avant son départ, il donne à la jeune femme, alors enceinte, un billet d'un dollar et lui demande de le conserver précieusement dans l'attente de son retour.
Cuca accouche d'une fille, María Regla, sans jamais perdre l'espoir d'un retour du Ouane. María Regla est une enfant de la révolution, nourrie à l'école de message de propagande : elle hait son père, devient journaliste pour le pouvoir castriste, et communique peu avec sa mère. Cuca, de son côté, vieillit tout en tentant de survivre dans sa misère à La Havane.
Dans les années 1990, Juan Pérez, devenu riche et ayant fondé une famille à Miami, est sommé par son chef mafieux de rendre le billet d'un dollar sous peine de voir sa famille américaine avoir de sérieux ennuis. Il revient donc à Cuba où il va retrouver Cuca toujours aussi amoureuse de lui et faire la connaissance de sa fille Maria Regla. Ensemble ils chercheront le billet….

Ce que j'en dis:

Le style de Zoé Valdès risque d'en déranger certains qui la targueront d'être vulgaire. C'est une erreur. Le langage est cru, réaliste, familier,c'est celui de la rue: c'est tranché, direct et sensuel. Il y a le sexe, les larmes et le rire. C'est le cri dans le tréfonds, c'est un amour avec toutes ses contradictions.Ce sont les yeux ouverts face au désespoir. Aucune niaiserie ni mièvrerie, on mord dans sa lèvre jusqu'au sang.

Par rapport à la structure du roman, dès le départ on sait que le narrateur est le cadavre
1ère phrase du roman: “Ce n'est pas moi qui ait écrit ce roman. Moi, c'est le cadavre.”


dont la “petite voix”, la Geminette Criquette vient parfois confirmer ou infirmer ce qui est écrit et ainsi caricaturer le politiquement correct.

La peinture est vive, au couteau pour dépeindre avec intransigeance les incompétences et la corruption des politiques, la misère, le délabrement.

Le rythme est soutenu, L'écriture agile, incisive et aussi terriblement poétique, car Zoé Valdès est aussi poète. De nombreux jeux de mots avec les sobriquets viennent agrémenter le côté sarcastique et ironique de certaines situations.

Je suis d'accord avec l'éditeur: c'est un bel hommage à Cuba.

Lisez Zoé !

Mon prochain roman sera le Néant Quotidien


mots-clés : #conditionfeminine #lieu #revolution #sexualité #violence
par Cliniou
le Lun 4 Sep - 14:42
 
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Sujet: Zoé Valdés
Réponses: 6
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Iceberg Slim

Pimp : Mémoires d'un maquereau

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Fghhfg10

J'ai adoré ce roman autobiographique. Je l'ai aimé pour trois raisons principales :
- le langage est cru mais jamais salace, et il est incroyablement varié ce qui nous fait contourner les stéréotypes du rappeur-racailleux qui parle avec ses mots et tant pis si l'on ne comprend rien. Et ce langage, ce style permet de s'imprégner du paysage dans lequel l'auteur nous propulse.
- l'histoire qui est passionnante, loin des clichés, ce n'est pas une glorification ni une rédemption, c'est le constat d'une évolution heureuse et malheureuse par d'autres moments et cette distance, cette absence de jugement fait du bien.
- la richesse des personnalités qui constituent l"histoire : mi-charismatiques, mi pathétiques, ils sont complexes et cela permet des péripéties plus subtiles qu'il n'y parait.

J'ai vraiment aimé ce livre et je le conseille.


Mots-clés : #autobiographie #conditionfeminine #criminalite #prostitution #segregation #social #violence
par Hanta
le Ven 18 Aoû - 10:38
 
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Sujet: Iceberg Slim
Réponses: 4
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