Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Jeu 2 Juil - 11:45

91 résultats trouvés pour conditionfeminine

Chahdortt Djavann

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 51wqa110

Je ne suis pas celle que je suis

Une telle histoire peut  paraître tout bonnement inimaginable, mais vivre perpétuellement en cachette, subir des interdictions en tous genres qui touchent à la vie affective et intime a rendu les Iraniens fous. Les situations les plus improbables et les plus insolites, qui n'ont aucune raison d'exister ailleurs, sont monnaie courante en Iran.

On alterne les très courts chapitre, d'où une lecture rapide pour un livre qui semblait gros au départ.


D'un coté, le récit de l'enfance et la jeunesse de Donya, en Iran, sous la dictature des mollahs, dont je craignais un peu une redite par rapport à En censurant un roman d'amour iranien de Shahriar Mandanipour. Mais les trajectoires et les personnalités des 2 auteurs sont bien différentes, celle de Mandanipour lui a laissé la possibilité de l'humour, alors que dans le domaine privé comme dans le domaine public, l'expérience de Donya (et sans doute partiellement (?) celle de Chahdortt Djavann), a été autrement traumatisante, et n’autorise que la béance et le tumulte. femme  dans ce monde  inimaginable où elles sont considérées comme des mineures et traitées comme des putains, révoltée dès l'enfance, ce qui est loin de lui avoir simplifié la vie,   Ces pages sont d'une violence à la limite du soutenable, le livre dae Mandanipour paraît presque .

Raconter aux autres que l'infâme régime m'a emprisonnée et torturée, c'est plus facile que d'avouer la vérité sur mon père…


D'un côté le compte rendu distant du dialogue /monologue de Donya, une iranienne immigrée à Paris, sortant d'une tentative de suicide incapable de s'adapter à ce nouveau monde, fermée, blessée. Le déroulement des séances et montre  l'éclatement de sa personnalité, l'anéantissement de ses espoirs, la gravité de sa souffrance. Sa vie est un déchirement, sa psychanalyse un long cri errant entre l'incrédulité et le rejet de sa thérapie, l'agressivité et le doute face à son thérapeute, puis, peu à peu, les pensées et les récits, non pas qui s'ordonnent, mais qui prennent un chemin. L'écueil de la langue , quoiqu'elle la  maîtrise merveilleusement , mais qui n'est pas sa langue maternelle, sa langue primale, est un obstacle supplémentaire.

J'ai eu plus de mal à entrer dans ces pages, car d'une part tout est déconstruit, mais logiquement puisque Donya est déconstruite, et parfois exaspérante de ce fait, mais  qui peut lui en vouloir ? , et aussi parce que la psychanalyse, qui me semble parfaitement racontée ici, m' a toujours mise mal à l'aise, position qui est évoquée  dans le livre lors d'un séminaire antipsychanalyse. Mais cela, c'est mon affaire.


Enfin quelques brefs paragraphes sur la vie  privée du thérapeute, dont je n'ai guère compris l'intérêt, (si ce n'est de montrer qu'en fait, Donya poursuit souvent son chemin seule ?). Mais qui émergera sans doute dans les tomes suivants.

Au total un romans des plus intéressants, violent dans l'information, sans concession dans la forme, qui finit un peu en queue de poisson (mais il y a une suite). Mais  de toute façon peut-on espérer qu'un tel destin soit un jour clos ?

- Au moins, on doit reconnaître aux mollahs le mérite d'avoir rendu palpitants les actes les plus anodins ; ce qu'ailleurs ont considère comme ordinaire, ou même ennuyeux parce que trop accessible, devient ici un délice. Comme boire du whisky, écouter de la musique, se voir entre filles et garçons, ironisa Armand.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #conditionfeminine #regimeautoritaire
par topocl
le Jeu 22 Déc - 16:12
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Chahdortt Djavann
Réponses: 6
Vues: 481

Beyrouk

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 Bm_cvt10

Le tambour des larmes

« Je hais les miens, mon oncle et ma mère, et tout le campement.  Je me suis enfuie, Mbarka, j'ai craché sur eux tous et sur ce à quoi ils croient. Ils m'ont volé mon ventre et ma chair, Mbarka, et je me suis enfuie, j'ai enlevé le tambour de la tribu pour les émasculer, pour piétiner leur stupide vanité et pour qu'ils aient honte."
(…)
« J'ai volé leurs maudits totems, tu comprends ? J'ai volé leur fierté, tu comprends ? Et ils me poursuivent et je les fuis, et je cours derrière le petit cœur qu'ils m'ont arraché. »


Une fuite, éperdue. Et une quête, sans fin.

Rayhana court, pour échapper à ses erreurs, à son destin, et à ses poursuivants. Séduite par un beau parleur, elle a vécu le drame de tant de femmes avant elle : abandonnée et enceinte, elle n'a eu d'autre solution que de se cacher pour donner naissance à son enfant, qu'on lui a ensuite arraché.
Mais Rayhana a refusé de se conformer à ce qu'on attendait d'elle : vivre comme si de rien n'était, se marier et avoir d'autres enfants, légitimes ceux-là. Insoumise, elle a fui, emportant avec elle le bien le plus précieux de sa communauté, le tambour sacré. Un geste de défi lourd de conséquence, qui lance à ses trousses un village tout entier, rendu fou par ce sacrilège. Mais Rayhana est au-delà de la raison, elle brûle et se consume, et se lance dans une quête aussi brouillonne qu'inlassable, celle de son enfant perdu.

Le récit, émaillé de nombreux flash back, se concentre autant sur le présent de la jeune femme que sur la genèse du drame. Sous la plume de Beyrouk se déploie un monde inconnu et fascinant, celui des nomades du désert mauritanien. L'occasion pour le lecteur d'approcher un peu ces tribus où Allah et les djinns se côtoient en bonne entente, où la poésie et l'amour tiennent une place à part. Mais aussi, hélas, un monde aux codes rigides, pratiquant encore l'esclavage et où, au nom de l'honneur, l'on punit sévèrement le moindre faux pas. Comme trop souvent, les femmes, gardiennes des traditions, se font les bourreaux de leurs propres filles pour préserver leur statut au sein du groupe...

Rayhana est le symbole de la révolte, du refus de l'ordre établi. Tel un papillon affolé, elle court en tous sens, se heurtant sans cesse aux murs culturels dressés devant elle. Mais elle continue, encore et encore.
Incandescente, sa rage brûle tout sur son passage. Il serait si simple, et tellement plus sage, de se débarrasser du tambour sacré, dont le vol met en grand danger sa vie et celles de ceux qui l'accueillent. Mais elle ne peut se défaire de ce constant rappel de sa haine et de son désespoir, symbole d'une oppression mais aussi d'une faute qu'elle ne peut se pardonner. Car c'est là toute l'ambiguïté de Rayhana : envers et contre tout, elle porte en elle la fierté de ses coutumes et de son sang. Perdue dans la grande ville, confrontée à l'anonymat et à une modernité qui la dépasse, c'est à son identité tribale qu'elle se raccroche fermement. Prisonnière malgré elle de ce dont elle cherche à s'émanciper..

La plume de Beyrouk, poétique mais sans emphase, épouse à merveille les moindres états d'âme de la jeune héroïne. Elle sait se faire sobre et discrète ou, au contraire, couler comme un torrent de lave en fusion.
L'auteur a su retranscrire avec une rare sensibilité le désespoir et la rage d'une jeune femme en rupture avec les codes ancestraux. Le personnage de Rayhana, avec sa force, ses failles et ses contradictions, porte en lui le germe d'une émancipation encore à conquérir. Avec son infinie sensibilité, Beyrouk a su nous le rendre inoubliable…

Massouda me serrait dans ses bras et pleurait avec moi. Ma mère, imperturbable, nous fixait toutes les deux. Entre deux sanglots, je vis son visage et il me fit peur. Il y avait en elle une résolution inébranlable, un regard qui avait traversé les doutes, qui avait renvoyé les larmes, et comme une espèce de démence qui gisait là, au fond, et qui allait surgir des yeux globuleux, nous engloutir toutes les deux. Et j'arrêtais soudain de pleurer, ébranlée par la vérité qui brusquement m'apparut : ma mère était prête à tout, au suicide, au meurtre, à tout si sa volonté ne s'accomplissait pas. Ma mère était devenue folle.



mots-clés : #conditionfeminine #minoriteethnique #traditions
par Armor
le Ven 16 Déc - 0:44
 
Rechercher dans: Écrivains du Maghreb
Sujet: Beyrouk
Réponses: 1
Vues: 433

Tom Robbins

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 41w29o10

MEME LES COW GIRLS ONT DU VAGUE A L'AME. - 1O/18

Tous les livres scientifiques sérieux vous diront que l'une des supériorités des humains sur le reste de la création, c'est qu'ils ont un pouce opposable aux autres doigts, ce qui leur permet un certain nombre de palpages, pelotages et autres manipulations interessantes.
Sissy Hankshaw elle, a hérité à la naissance de 2 - deux- pouces surprenants, phénoménaux, tellement longs en fait, qu'à coté, le nez de Cyrano serait un appendice bénin…

Que faire avec un tel handicap ? Sissy trouve sa voie, sa vocation : elle va faire du stop. Elle va devenir la meilleure auto-stoppeuse des Etats-Unis. Une vraie révélation !
Et de fait, elle traversera l' Amérique grace à ses pouces. Comme Sissy est jolie, elle fera tourner bien des tetes et fera des rencontres notables.
Jusqu'à ce qu'un jour, elle arrive au Rubber Rose Ranch, dirigé par une certaine Bonanza Jelly Bean, et où vit une communauté de femmes, qui désirent, entre autres choses, devenir des cow girls et obtenir l' égalité des droits avec les hommes.

Cette communauté va devenir le centre d'une intrigue complexe impliquant le FBI, le dernier groupe d'une espèce rare de grues et le Dr Robbins, psychiatre...
Voilà. Qu'est-ce que ce roman ? Une fable écolo, une entreprise de subversion, ou une énorme galéjade ?

Lisez le et faites vous une opinion... La mienne est faite !

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 807321



mots-clés : #voyage #conditionfeminine
par bix_229
le Jeu 15 Déc - 16:13
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Tom Robbins
Réponses: 6
Vues: 451

Chahdortt Djavann

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 51uohx10

La Muette

A travers cette histoire nous découvrons le triste sort fait aux Femmes.

Là où la bigamie est reconnue pour un Mollah, homme de religion, une jeune femme de 29 ans peut-être accusée et condamnée à la lapidation pour adultère, avéré simplement parce que le Mollah recevait d'un membre de sa famille son accord pour la prendre pour femme.

Un homme peut prendre pour femme une adolescente de 13 ans et en "user".

Cette écriture directe est efficace pour nous décrire cette histoire dramatique.

quelques passages !

Il parlait comme si , en somme, la violence n'était qu'une banalité ordinaire, lieu quotidien de ceux qui naissent et meurent dans la misère.
Ma mère répétait souvent un adage qui m'énervait à l'époque : Nul ne peut lutter contre son destin,à chacun le sort qui lui échoie, ainsi va la vie.

Avec sa main elle enfonçait des boules de neige entre ses cuisses, elle semblait ivre, ivre d'amour, de folie. Pendant quelques secondes j'ai regardé ses doigts frénétiques qui fourraient la neige dans son sexe, cette image m'a effrayée.

Elle apportait plusieurs bouteilles d'eau pour arroser la tombe de mon grand-père ; une fois mon oncle lui a dit : je ne veux pas te désespérer mais ton père ne va pas pousser. Ma mère s'est mise à pleurer de plus belle en blâmant son frère : tu n'as pas honte de plaisanter sur la tombe encore fraîche de ton père. Elle disait qu'un peu d'eau désaltérait les morts. Mon oncle et moi retenions nos rires. Ma mère était croyante et pratiquante ; elle était aussi assez stupide, ça me fait mal de dire ça, ça me faisait mal de l'avoir pour mère, sa bêtise nous a coûté très cher.

Elle avait décidé de mettre un terme à ce projet de mariage avec le mollah ; et elle l'avait fait de façon radicale.Elle s'était offerte à l'homme qu'elle aimait, sans rien lui demander en échange. Un acte plus que révolutionnaire pour une femme, et pas seulement dans notre milieu, mais dans ce pays où l'amour est toujours l'affaire de l'honneur des frères et des pères, une affaire de contrat et d'arrangement, un simple commerce.
Dans ce pays où l'amour est interdit.

"A chacun le sort qui lui échoie, ainsi va la vie." Moi je rêvais d'un avenir radieux, croyais avoir un autre destin. Je voulais devenir médecin, je suis devenue assassin.


"message rapatrié"


mots-clés : #conditionfeminine #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Ven 9 Déc - 17:15
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Chahdortt Djavann
Réponses: 6
Vues: 481

Elif Shafak

Elif Shafak
Née en 1971

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 Elifsh10


Née le 25 octobre 1971 à Strasbourg de parents turcs, Elif Shafak est une écrivaine turque.
Diplômée en relations internationales de la Middle East Technical University d'Ankara, elle est aussi titulaire d'un master en genre et études féminines dont le mémoire portait sur la circulaire Compréhension des derviches hétérodoxes de l'islam. Elle a soutenu sa thèse en sciences politiques sur l'Analyse de la modernité turque à travers les discours des masculinités.

Elle enseigne à l'université, et vit entre les USA et la Turquie.

Son premier roman, "Pinhan", obtient le Prix Mevlana récompensant les œuvres littéraires mystiques en Turquie.
Son second roman, La bâtarde d'Istanbul, best-seller en Turquie en 2006, raconte l'histoire de deux familles, l'une turque, l'autre arménienne, à travers le regard des femmes. Il lui a valu d'être poursuivie en justice pour « Humiliation de l'identité turque, de la République, des institutions ou organes d'État ». Le procès s'est conclu par un non-lieu.

Outre ses romans qui remportent un vif succès en Turquie et ailleurs, Elif Shafak écrit aussi des articles pour des journaux et magazines en Europe et aux Etats-Unis, des scripts pour des séries télévisées et des paroles de chansons pour des musiciens de rock.

source : wikipédia.

Ouvrages traduits en français :

La Bâtarde d'Istanbul, Paris, 2007.
Bonbon Palace, 2008
Lait noir, 2009
Soufi mon amour, 2010
Crime d’honneur, 2013
L’Architecte du Sultan, 2015






Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 97827512

Crime d'Honneur

Lecture terminée, l'histoire se met en perspective, alors que "le destin" qui guide le fil de cette lecture nous joue bien des tours comme dans le superbe film d'Elia Kazan "America, America". En fait j'ai eu l'occasion de parler de kaléidoscope ou de puzzle pour definir ce roman, mais pour être plus précis on devrait parler de ce "Palais des glaces" qui prenait place dans les fêtes foraines d'autrefois, succession de miroirs où chacun s'aventure, et regarde son image démultipliée selon sa position.
Dans ce recit, qui semble mener à l'inéluctable, tel le destin d'autres femmes égarées dont il est fait état, le destin de deux soeurs jumelles Jamila et Pembe, Pembe et Jamila, se mélange comme les marionnettes sous les doigts de l'artiste, en l'occurence ceux de l'auteure, mêlant à loisir leurs vies entre le plateau anatolien et les rues de Londres, entre culture islamique et manifestations de punks anglais, dans un brassage de peuples orientaux aux traditions et coutumes ancestrales.
L'écriture de Elif Shafak est limpide, elle s'écoule agréable, pleine d'un charme oriental, toute en suggestions et retenue. Elle nous fait découvrir l'existence de populations transportées dans une europe où telle la plante épiphyte d'Elias elles survivent en s'attachant "à toutes sortes de choses et poussent presque dans l'air, en vraies nomades".

Spoiler:
le dénouement n'est pas celui que l'on peut croire, en fait le suspens se développe dans les cinquante dernières pages....



mots-clés : #conditionfeminine #immigration #famille
par Chamaco
le Mer 7 Déc - 18:43
 
Rechercher dans: Écrivains du Proche et Moyen Orient
Sujet: Elif Shafak
Réponses: 1
Vues: 473

Julie Otsuka

Certaines n’avaient jamais vu la mer

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 Captur71

Il y a d'abord cette histoire d'immigration des femmes japonaises aux États-Unis au début du XXe siècle, ces mariages promis, ces espoirs portés, qui, comme toutes les immigrations, se partage entre le déchirement et la découverte, entre la désillusion et l'obstination. Il y a ensuite le sort réservé aux Japonais pendant la 2e guerre mondiale et cela a des relents d'exclusion, de lâcheté et d'ignominie. Ces destins malmenés ne peuvent laisser indifférent.

Julie Otsuka  sait parler du détail qui donne à chaque vie sa valeur propre. Elle  trouve sa petite façon bien à elle de nous raconter ça, sa petite musique envoûtante, ce « nous » qui parle de l'individuel comme du collectif, de la banalité comme de la multiplicité des destins. Une prose souvent très belle, touchante, attentionnée, proche de la vie dans sa quotidienneté.  Un peu plus de rigueur aurait sans doute empêché qu’on ait parfois l’impression qu’elle exploite le procédé jusqu’à la corde . Mais dans l’ensemble tous ces morceaux de vies  accolés qui forment un puzzle géant, dense, d’une grande sensibilité.

Petite mise en appétit avec la première page :

Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n'étions pas très grandes. Certaines d'entre nous n'avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n'avaient que quatorze ans et c'étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville et portaient d’élégants vêtements, mais la plupart d'entre nous venaient de la campagne, et nous portions pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté - hérité de nos soeurs, passé, rapiécé, et bien des fois reteint. Certaines descendaient des montagnes et n'avaient jamais vu la mer, sauf en images, certaines étaient filles des pêcheurs et elles avaient toujours vécu sur le rivage. Parfois l'océan nous avait pris un frère, un père, ou un fiancé, parfois une personne que nous aimions s'était jetée à l'eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent, de partir à notre tour.



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #immigration #conditionfeminine
par topocl
le Mer 7 Déc - 15:22
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Julie Otsuka
Réponses: 4
Vues: 313

Henry James

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 41q5wi10

Un portrait de femme

Certains disent que « Un portrait de femme » est l’un des meilleurs romans de James. N’en ayant lu jusqu’à présent qu’un petit nombre, je ne peux me prononcer sur ce jugement. Mais, incontestablement, il s’agit là pour moi d’un vrai chef-d’œuvre.
L’auteur a construit un livre ambitieux, remarquablement construit, centré sur le personnage d’Isabel Archer, autour de laquelle gravitent des individus aussi très intéressants. Comme souvent avec James, la personnalité de ces protagonistes s’élabore par petites touches successives, non sans laisser en réserve des zones d’ombre, certains paradoxes et ambiguïtés.

L’ouvrage peut se diviser en deux parties. Dans la première, la jeune Isabel Archer, belle, intelligente, spirituelle, éprise de liberté, est avide de découvrir le monde, elle vit une sorte de conte de fée en Angleterre puis en Italie. Presque grisée, elle décline deux demandes en mariages dont l’un émis par un lord fortuné et « qui lui plaît ». Ses dialogues avec son cousin Ralph sont de petites merveilles, sortes de duels virevoltants à fleurets mouchetés ou chacun se dévoile (pas trop), cherche à deviner l’autre, s’agace, touche où cela peut faire mal (mais pas trop) ; scènes à mi-chemin entre Marivaux et Laclos. Mais bientôt le piège va se refermer sur Isabel, sans qu’on puisse définir quel en est le ressort principal : la fortune qu’elle a reçue grâce à Ralph qui voulait lui donner les moyens de laisser libre cours à son imagination ?  Le complot de Me Merle ? Le propre choix d’Isabel ? Toujours est-il qu’elle assumera jusqu’au bout sa condition, objet de la seconde moitié du roman. Maintenant, face à une triste réalité, Isabel a mûri, elle sait masquer ses sentiments, tempérer sa nature bouillante, faire preuve de patience. Vaincue, elle n’est pas brisée, elle reste entière, conservant toute son intégrité, elle a surtout gagné en profondeur. La preuve en est dans la dernière rencontre avec Ralph, d’une intense émotion, où chacun se livre enfin complètement à l’autre.

Clin d’œil : il y a une histoire de fantôme au début du livre qu’Isabel souhaiterait voir mais qu’elle ne peut pas, cette apparition étant réservée, selon son cousin, à ceux qui ont souffert « Il faut d’abord avoir souffert, et souffert beaucoup, avoir acquis quelque douloureux savoir » ; très logiquement Isabel apercevra le fantôme à la fin.
Pour terminer, un bout de dialogue qui résume bien pour moi ce beau portrait de femme libre :

« Vous tenez trop à votre liberté.
- Oui, j’y tiens beaucoup, je crois. Mais cela ne m’empêche pas de toujours souhaiter savoir les choses qui ne se font pas.
- Pour les faire ? demanda sa tante.
- Pour choisir, répondit Isabel »


mots-clés : #conditionfeminine #psychologique
par ArenSor
le Mar 6 Déc - 13:34
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Henry James
Réponses: 40
Vues: 2098

Alice Munro

C'était un peu trop «minimaliste» pour moi aussi quand j'ai commencé à la lire, et puis j'ai réalisé que chaque mot avait son importance dans ses textes, elle doit beaucoup gommer! Et même de temps en temps un éclair dans une phrase qu'il ne faut pas laisser passer... Oui... c'est un regard, un état des lieux qui nous contraint souvent à imaginer plus du fonctionnement de ses personnages. C'est dans le recueil  intitulé Les lunes de Jupiter qu'elle décrit un peu plus son cheminement en écriture.

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 513t9k10

Les lunes de Jupiter
traduit de l'anglais ( Canada) par Colette Tonge

D'emblée, Alice Munro , dans la deuxième partie de la première nouvelle, annonce la couleur sur son projet d'écriture. Une tombe, d'un «ermite» inconnu. Recueilli pour ses derniers moments par un fermier et ses filles, qui sont les tantes de la narratrice. Qui était cet homme et que s'est-il passé? On n'en saura rien.

Plus jeune, j'aurais imaginé une histoire . J'aurais affirmé que Mr Black était amoureux d'une de mes tantes..

Plus tard.. j'aurais établi une relation plausible et horrible entre son silence et la façon dont il est mort.

Mais..: Je ne crois plus aujourd'hui que les secrets des gens soient définis et communicables, ni que leurs sentiments soient pleinement épanouis et facilement reconnaissables. Je ne le crois pas. Tout ce que je puis dire, c'est que les soeurs de mon père frottaient le plancher à la lessive, qu'elles moyettaient l'avoine et trayaient les vaches à la main.

Voilà.. Elle ne peut plus raconter que ce qu'elle voit, ou a vu. A nous, ou non, d'imaginer le reste. Alice Munro ne fait que montrer. Et surtout pas démontrer, même si les personnages de ces nouvelles, le plus souvent des femmes, mais pas toujours, "démontrent" elles-même. A travers son regard. Dans ce qu'elle leur fait dire. En particulier, et c'est un thème récurrent ici,  les situations dans lesquelles ces femmes s'engouffrent continuellement, en répétant encore et encore, notamment les choix de conjoints ou compagnons qui ne pourront jamais leur apporter ce qu'elles souhaitent, faisant ainsi leur propre malheur. Alice Munro capte un moment d'existence de ses personnages, en laisse deviner d'autres dans leur futur, conséquences logiques pour le lecteur, ne conclut jamais, ne juge jamais. C'est juste un regard, mais très acéré.

La part autobiographique existe certainement, mais n'a pas grande importance, à mon avis. Par exemple dans la dernière nouvelle qui donne son titre au recueil, peu importent finalement les circonstances de la mort d'un père. C'est plus un éclair de compréhension dans le cerveau d'une femme, d'une fille et d'une mère. Ce qui a manqué dans ses relations avec lui, et il est trop tard. Ce qu'elle a manqué dans ses relations avec ses filles, et il est bien tard aussi. Cette femme en tirera-t-elle des conclusions? Peut-être. Nous, oui, mais pour nous, c'est... décrypté avec brio.

Ces nouvelles sont très denses, dans tout ce qui n'est pas dit d'une part, qui pousse l'imaginaire, et aussi car au milieu de la banalité du récit lui-même, il ne faut pas rater «la» phrase , ou même le mot qui ouvre sur autre chose.

«Brian était simplement quelque chose qu'il fallait supporter, comme le froid glacial du hangar où on vidait les dindes et l'odeur de sang et de boyaux».

Rien à en dire de plus, de ce Brian? Si, plus tard, bien après. Il n'y a aucune sentimentalité, aucune étude psychologique, tout juste ressent-on une empathie certaine pour ses personnages, en tout cas la lucidité d'un regard, c'est-à-dire le sien.


mots-clés : #nouvelle #conditionfeminine
par Marie
le Mar 6 Déc - 2:46
 
Rechercher dans: Écrivains du Canada
Sujet: Alice Munro
Réponses: 11
Vues: 601

Saphia Azzedine

Bilqiss

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 313sw810

Dans un pays islamiste où règne la charia, Bilqiss, l'héroïne de ce roman éponyme, a chanté l’appel à la prière à la place du muezzin qui dormait encore. C’est sa seconde faute, la première étant celle d’être née femme. Bilqiss va être lapidée, la charia appliquée.
C’est un roman accrocheur, qui se lit d’une traite, mais qui peut déranger par la gravité du sujet, et en même temps et aussi parce que certains moments de lecture font plus que sourire. On ne sait pas si on doit rire ou pleurer. La plume de l’auteure est rondement menée dans ce roman choral, la gouaille de Bilqiss est rafraîchissante lorsqu’elle parle de tous ces hommes obsédés qui voient du sexe partout, le juge qui va la condamner à la lapidation, la journaliste américaine peut-être ou pas pleine de complaisance ou d’humanisme débordant… Et d’autres personnages entrent en scène.
C’est un cri de désespérance.
J’ai apprécié le côté « enlevé » de ce roman qui donne le ton dès la première phrase :
« Contrairement à vous, je ne parlerai pas en Son Nom. Mais j’ai une intuition. Vous adorez Dieu mais, Lui, Il vous déteste. »

Ce que j’ai beaucoup moins aimé, mais c’est personnel, ce roman ne me paraît pas vraisemblable, mais je le verrais bien adapté au théâtre pour dénoncer les pays où « on abomine les femmes qui ne sont pas des hommes ». L’auteure d’ailleurs est aussi scénariste, peut-être a-t-elle mis en scène ce roman comme une pièce…


mots-clés : #conditionfeminine #religion
par Barcarole
le Sam 3 Déc - 20:17
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Saphia Azzedine
Réponses: 1
Vues: 340

Mona Chollet

Beauté fatale

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 Index214

 
La perfection, voilà l'ennemi !



Mona Chollet décrypte en quoi les diktats de la mode s'inscrivent dans des millénaires d'aliénation féminine à travers le classique « Sois belle et tais-toi ! », pour cantonner les femmes  dans un rôle de frivolité et de soumission. Le souci de l'apparence est présenté comme le grand questionnement de nos vies, annihilant toute remise en question, générant une docilité sociale dans un consumérisme décervelé .
Elle analyse les mécanismes qui formatent dès l'enfance le petit enfant féminin à travers la publicité, le langage des parents et des médias, puissants soutiens d'une industrie, abusivement assimilée à un institution culturelle voire artistique, et planétairement florissante. Elle déconstruit l'image des mannequins et autres stars, dont la vie, abusivement maquillée en conte de fée,  est donnée en pâtée aux consommatrices pour les bercer d'illusions dévastatrices de beauté, de minceur, de blancheur .


   La confusion des genres entre mode et culture, information et publicité est d'autant plus digne d'attention qu'elle se double d'une offensive idéologique majeure. Déguisant l'agressivité commerciale en philanthropie, ou plus exactement philogynie, elle véhicule le présupposé selon lequel les femmes occidentales, aujourd'hui, ont tout gagné :  elles ont obtenu l'égalité, vaincu le machisme, tout va bien dans le meilleur des mondes, et, pour fêter ce remarquable succès, elles ont bien mérité une nouvelle paire d'escarpins. Une sorte de « fin de l'Histoire » au féminin, en somme.



C'est parfois un peu brouillon, parfois un peu scolaire dans une énumération de citations et d'exemples. Mais  c'est toujours bien satisfaisant de voir écrites un certain nombre de vérités outrageantes, de se sentir moins seule dans  des convictions qui nous font nous éloigner du dogme, du conformisme, de l'obéissance, de croiser un esprit de résistance à un ordre établi basé sur le profit et l’assouvissent des désirs masculins, de lire un appel à la rébellion.

J’ai (beaucoup) moins aimé le dernier chapitre, où Mona Chollet règle leur compte à un certain nombre d’hommes exposés,  trop amateurs et consommateurs  d’allégeance sous forme de chair fraîche, qui, dans l'étalage,  ressemble par moments un peu trop à la presse poeple qu'elle vilipende. Et surtout la conclusion  bizarre et vaguement effrayante que nos sociétés occidentales feraient bien de prendre  exemple sur l'organisation des harems, où l'affinité intellectuelle viendrait à égalité avec l'appétit érotique, où « l'enfermement est spatial , alors que, en Occident, il est immatériel et se fait dans l'image d'elles-mêmes qu'on impose aux femmes. ».....Hum ….

Bref… Je passerai (quoique difficilement )sur ces petits égarements de dernier moment, et je retiendrai un livre mené avec humour sinon avec rigueur, qui vaut bien son pesant de flacons de vernis à ongles.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #conditionfeminine
par topocl
le Sam 3 Déc - 9:20
 
Rechercher dans: Sciences humaines
Sujet: Mona Chollet
Réponses: 17
Vues: 853

Marie NDiaye

TROIS FEMMES PUISSANTES

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 81i7do10

Dubitative au début de ma lecture , dans l'appréhension de retrouver le malaise éprouvé à la lecture de Rosie-Carpe , j'ai vite dépassé mes craintes et à-prioris !
Une fois imprégnée du style narratif bien particulier de l'auteure , la séduction opère !
Et c'est grâce à cette gymnastique de l'esprit , nécessaire pour s'approprier le texte de l'écrivain , que son génie apparaît : par des procédés stylistiques sur lesquels elle s'appuie , elle creuse la psychologie de ses personnages jusqu'à l'extrême , ouvrant des portes sur le presque indicible de l'humain ,au coeur de l'intime ,dans la partie la plus secrète , où se mêlent les blessures ,les failles , les fantômes .......
TROIS FEMMES PUISSANTES , au delà de ces femmes si fragiles en apparence se cache
une force cachée , tue, invisible ......... La force de vie .........
Et c'est bien de cela dont parle Marie Ndiaye , à travers trois portraits de femmes : La puissance n'est pas toujours là où on la voit ....!
Un grand coup de coeur au final , effaçant ma déception avec Rosie Carpe !
Petit Bémol :
J'ai trouvé que les trois récits juxtaposés , s'enchaînent par quelques éléments narratifs pas toujours très clairs ; certes elle crée un lien mais celui-ci est un peu ténu quelquefois ....
Mais est-ce bien important lorsqu'on atteint de tels sommets d'écriture pour traduire le "presque inexprimable "?


mots-clés : #conditionfeminine
par églantine
le Ven 2 Déc - 18:55
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Marie NDiaye
Réponses: 16
Vues: 485

Revenir en haut

Page 5 sur 5 Précédent  1, 2, 3, 4, 5

Sauter vers: