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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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28 résultats trouvés pour correspondances

Collectif : Lettres d'Amour. George Sand, Alfred De Musset. Préface de Françoise Sagan

George Sand , Alfred De Musset . Lettres d'Amour . Préface Françoise Sagan


Tag correspondances sur Des Choses à lire - Page 2 Captur92

George Sand et Alfred de Musset se sont aimés, puis se sont quittés à Venise en 1832, après des trahisons et des déchirements.
Le récit de cette aventure tient dans les soixante lettres spirituelles, passionnées et passionnantes, qu'ils ont échangées. Françoise Sagan a lu ces lettres et s'est interrogée sur les sentiments des deux personnages. Elle a tenté de comprendre ce qui s'est réellement passé entre cette jeune femme qui ne ressemblait à personne et qui séduisait tout le monde, et le poète alcoolique et génial qu'elle appelait son gamin d'Alfred.


J'ai été assez déçu par cette correspondance que j'aurais souhaitée plus fouillée, moins conventionnelle.
Il aurait été intéressant de retrouver ce gamin de De Musset, homme torturé qui ne savait garder auprès de lui Sand, prenant maîtresses mais ne pouvant se passer d'une Sand moitié mère /moitié amante.
Mais...je n'ai pas retrouvé Alfred De Musset, homme aimant se faire materner, poète et si dur à la fois dans sa relation. Cet homme tentant dans l'auto flagellation de récupérer sa bien-aimée , pour mieux s'enfuir, pour mieux souffrir .La destruction psychologique affligée à George Sand est survolée et presque obstruée par une histoire d'amitié ; de frères entre eux ...Amitié qui n'en a jamais été.
Quant à elle, femme meurtrie par la disparition de son père dès son enfance, recherchant le modèle paternel chez les hommes qu'elle aime frêles et sensibles , les hommes à materner, le tout en étant amante tapageuse , rien n'est très clair ni retranscrit.
Nous y lisons un échange assez plat, beaucoup de courriers concernant les finances, les nouvelles de son fils.
Pourtant, ce sont bien les échanges que George Sand a voulu publier à sa mort, afin que soit rétablie la vérité concernant leur histoire. Histoire ayant suscitée la polémique.

La préface, écrite par Françoise Sagan est prometteuse, superbe, je dirais que c'est ce que j'ai trouvé de plus intéressant dans cette correspondance...L'analyse d'une histoire qu'elle connait, mais qui n'est justement pas traitée en profondeur.

Le point positif est de découvrir que beaucoup de phrases attribuées à De Musset, en particulier dans " on ne badine pas avec l'amour" sont de George Sand, passages de ses lettres remaniées dans les pièces de De Musset.
Autre avis tout à fait personnel, il me semble après diverses lectures que George Sand n'a jamais été célèbre de par ses œuvres qui déjà à son époque étaient considérées comme assez mièvres, mais bien par son esprit et sa position de femme libre aux mœurs dérangeantes.
Les jugements en son temps ont été très sévères et je n'invente rien :

"C'est la vache bretonne de la littérature"  disait Jules Renard."


Baudelaire la détestait je cite :

"La femme Sand est le Prudhomme de l’immoralité, elle n'a jamais été artiste. Elle a le fameux style coulant cher aux bourgeois, elle est bête, elle est lourde, elle est bavarde, elle a dans les idées morales la même profondeur de jugement et la même délicatesse de sentiments que les concierges et les filles entretenues. Que quelques hommes aient pu s'amouracher de cette latrine, c'est bien la preuve de l'abaissement des mœurs de ce siècle.je ne puis plus penser à cette stupide créature sans un certain frémissement d'horreur et si je la rencontrais, je ne pourrais m'empêcher de lui jeter un bénitier à la tête"


Charles Murat qui n'était pas tendre avec elle :

« Elle avait ce je ne sais quoi de glouton dans le mouvement du désir »


Ses discours socialistes et humanitaires sont qualifiés de "Bêlant" par la société intellectuelle "entre autres "le meunier d'Angibault et "le péché de monsieur Antoine".
Ses romans " la petite fadette ", "lélia" ,"la mare au diable" "François le champi" et "les maîtres sonneurs" sont qualifiés de gentillets mais "un rien du tout" dans le monde de la littérature.
A sa mort Flaubert a pleuré Sand en saluant la femme mais non l’auteure, je cite :

« Les hautes figures disparaissent, mais ne s'évanouissent pas .George Sand était une idée. »


Pas un mot sur ses œuvres.
Tourgueniev a salué la femme en disant avoir pleuré comme un veau

« Il fallait la connaitre comme je l'ai connue pour savoir tout ce qu'il avait de féminin dans le grand homme ! L'immensité de la tendresse qui se trouvait dans le génie de l'esprit ... »


(de son esprit...)
La femme, George Sand a donc marqué par son esprit, son ingéniosité, mais non pas dans ses romans ou discours.
J’en viens donc à la conclusion, et bien entendu ; ce n'est encore une fois que mon humble avis, que les meilleurs écrits de George Sand se trouvent dans les œuvres de ses amants ( Ecrits provenant de correspondances dont ils se sont inspirés) ainsi que dans ses échanges épistolaires (outre celui avec de Musset) .


Aussi, je tente très bientôt la correspondance de George Sand et Marie de Flavigny d'Agoult.
Les lettres qu'elles s'échangèrent narrant leur amitié, rassemblées ici pour la première fois, témoignent du caractère exceptionnel de ces deux femmes qui, bravant les préjugés de leur classe, se voulurent maîtresses de leur destin. Toutes deux dotées d'un fort tempérament, elles firent montre d'une force d'introspection et d'une clairvoyance peu communes. Au fil de leurs lettres glissent les ombres de personnalités de premier plan (Balzac, Lamennais, Musset, Mickiewicz, Berlioz) au premier rang desquelles surgissent celles des deux amants, Liszt et Chopin.


mots-clés : #correspondances
par Ouliposuccion
le Mer 8 Fév 2017 - 16:56
 
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Sujet: Collectif : Lettres d'Amour. George Sand, Alfred De Musset. Préface de Françoise Sagan
Réponses: 4
Vues: 1115

Paul Auster

Explication retenue, simla Very Happy
J'ai plus de souvenirs de l'ambiance de ses films. Dans lesquels il ne se passait pas grand chose non plus...

La dernière fois que j'ai lu Paul Auster ,c'était dans sa correspondance avec Coetzee, et je ne sais pas si c'est ici qu'il faut en parler?

Ici et maintenant
Correspondance 2008-2011 entre Paul Auster et J.M. Coetzee
 
Tag correspondances sur Des Choses à lire - Page 2 Cvt_ic10

présentation de l'éditeur

J'attends toujours quelques jours avant de m'aventurer à écrire quelques lignes de commentaire sur une lecture. Pour tenter de déterminer, finalement, ce qu'il m'en reste.
Là, je dois bien l'avouer, pas grand chose.. Même si certains passages ne manquent pas d'intérêt. Heureusement..
J'aime beaucoup les correspondances, celle de ces deux écrivains, que je trouve très différents, me tentait.
Ils parlent de quoi, en fait , en trois ans d'échanges?
De sport, et de pourquoi ils restent tous les deux scotchés devant leurs écrans à regarder des matchs de cricket et de baseball, et pourquoi. De leur aversion commune pour la technologie, de leurs machines à écrire respectives et de leurs souvenirs à ce sujet. De leurs rêves nocturnes. de leurs femmes respectives, de leurs voyages et déplacements divers , de cinéma un peu , de littérature aussi bien sûr, avec un hommage commun à Samuel Beckett. de leurs lecteurs, correspondances de lecteurs, rencontres avec lecteurs, etc.
De la crise financière qu'ils essaient de résoudre , mais je ne pense pas qu'on puisse compter sur eux pour trouver des solutions..
De politique, accord parfait sur Bush,avis proche pour le conflit israélo-palestinien. Passage très rapide, dommage, sur l'influence une fois de plus douteuse de la politique américaine en Afrique du Sud. Un peu plus de détails ne m'aurait pas déplu..
Bref, ils parlent un peu de tout, mais ce tout est quand même très effleuré!
Ce n'est pas bien grave, j'aime les correspondances, et ils pourraient parler météo que cela ne me gênerait pas plus que cela, c'est dire! Et d'ailleurs, ils ne s'en privent pas:)

Avantage? Pour moi, avantage net à Coetzee, mais, là comme ailleurs, c'est affaire de goût, là où Auster, à son habitude, écrit des pages pour ne pas dire grand chose ,même si j'aime souvent bien ce pas grand chose, Coetzee reste Coetzee, lapidaire, mais puissant, et non dénué d'un humour froid et pince sans rire que j'aime beaucoup.
Et donc je termine ces quelques impressions sur ce livre avec  un extrait d'une lettre de Coetzee:

Malgré les sarcasmes de Jonathan Swift à l'égard du projet de la Royal Society, l'idéal qu'il visait n'était pas sans noblesse. Je n'ai jamais bien compris pourquoi Beckett a laissé tomber l'anglais, mais je suppose qu'il trouvait cette langue trop encombrée d'associations littéraires. Conrad, je me souviens, pestait contre le mot "oak", qui, disait-il ne pouvait être utilisé sans évoquer toute une histoire de la navigation britannique et de l'Empire britannique.
Il n'est pas rare pour des écrivains de s'agacer, en vieillissant, de la prétendue poésie de la langue et de pratiquer un style plus dépouillé.( le " style tardif"). L'exemple le plus notoire, je suppose, est celui de Tolstoï qui, sur ses vieux jours, exprimait une désapprobation moralisante vis-à-vis des pouvoirs de séduction de l'art pour s'en tenir à des histoires qui ne dépareraient pas dans une école élémentaire. Plus ambitieux est l'exemple fourni par Bach, qui à l'heure de sa mort travaillait à son Art de la fugue, pure musique en ceci qu'elle n'est liée à aucun instrument particulier.
On peut, schématiquement, envisager la vie en art en deux ou trois grandes étapes. dans la première, on trouve- ou on se pose- une grande question. Dans la deuxième, on s'échine à y répondre. Et puis, si l'on vit assez longtemps, on atteint la troisième étape, où la grande question susnommée commence à vous ennuyer, et où il vous faut alors aller voir ailleurs. "





mots-clés : #correspondances
par Marie
le Lun 6 Fév 2017 - 2:08
 
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Sujet: Paul Auster
Réponses: 121
Vues: 9315

Georges Brassens : Lettres à Toussenot

Georges Brassens
(1921-1981)

Tag correspondances sur Des Choses à lire - Page 2 A_p14210

Georges Brassens, est un auteur-compositeur-interprète français, il marqua de son empreinte la chanson française.

Ses parents férus de musique lui font découvrir ce plaisir de la vie. Au même moment, George découvre la poésie dans le cours d'Alphonse Bonnafé, son professeur de lettres au collège de Sète. Des auteurs comme Ray Ventura, Trénet, Django Reinhardt, Baudelaire, Villon, Verlaine, Mallarmé, Hugo, sont pour lui autant de sources d'inspiration.

A l'âge de 20 ans, il décide de monter sur Paris mais en 1940, la guerre éclate. Sous l'occupation, il est réquisitionné pour le STO (Service du travail obligatoire) et doit se rendre à Basdorf en Allemagne. Il y rencontre son assistant et ami de toujours Pierre Onténiente. A la fin de la guerre, il se cache chez Madame Jeanne au 9, impasse Florimont, sans gaz, sans eau ni électricité. Brassens y restera vingt-deux ans.

Le 8 mars 1952, il rencontre Patachou, qui tient un cabaret en vogue, sur la butte Montmartre. Depuis quelques temps, le jeune Brassens fait le tour des cabarets parisiens pour soumettre ses chansons à d'autres interprètes car il a un trac fou sur scène. Mais Patachou insiste. Et c'est en ce mois de mars 1952 que George Brassens fait ses vrais débuts, accompagné de son contrebassiste Pierre Nicolas dont il ne se séparera plus.

Jacques Cannetti, lui permet alors d'enregistrer quatre 78 tours chez Polydor. C'est la fin de la galère. Il multiplie les contrats et fait chaque soir le tour des cabarets. Les années 50 permettent à Brassens d'accéder au succès. Bon vivant, il aime réunir ces amis autour de grandes tablées. On pouvait notamment y croiser Lino Ventura, Jacques Brel, Boby Lapointe ou encore Raymond Devos. Il obtient le grand prix de poésie de l'Académie française en 1967.

Le 6 janvier 1969, à l'initiative du magazine Rock & Folk et de la radio RTL, Georges Brassens participe à un entretien historique avec Léo Ferré et Jacques Brel, deux géants de la chanson française.

De son vivant Brassens publie une douzaine d'albums : La Mauvaise Réputation (1953), Les Amoureux des bancs publics (1954), Chanson pour l'Auvergnat (1955), Je me suis fait tout petit (1957), Le Pornographe (1958), Le Mécréant (1960), Les Trompettes de la renommée (1961), Les Copains d'abord (1964), Supplique pour être enterré à la plage de Sète (1966), etc.








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Lettres à Toussenot
1946-1950
Textes rassemblés par Janine Marc-Pezet
Edition Textuel

Ami indéfectible et indécrottable, le jeune Georges Charles Brassens a entretenu une correspondance enthousiaste avec Roger Toussenot, journaliste rencontré dans les couloirs du journal Le Libertaire.

Les liens sont forts et les échanges sont exaltés, Brassens allant jusqu’à écrire à Toussenot : « Toi, tu es l’ami du meilleur de moi-même. »

Cette correspondance a été confiée à Janine Marc-Pezet par Pierre Ontoniente, secrétaire et également ami de Brassens. C’est Toussenot lui-même qui a opéré, fin 1954, une sélection dans les lettres qu’il a reçues de son ami, afin d’éclairer « plus réellement l’invisibilité d’un grand poète de la révolte et de la mort ».

Dans cette édition, seules les lettres de Brassens sont reproduites. Elles permettent de suivre fidèlement une période charnière dans la vie de l’artiste.

De 1946 à 1952, il passe d’une vie de reclus et de disette aux premiers succès : le premier album 33 tours (La mauvaise réputation) sort en 1953.

A ce moment-là, pourtant, le chanteur ne pense qu’à une chose : aider les « bons copains » qui ont partagé les jours de vache maigre depuis 1944.A cette date en effet, le jeune poète décide de ne pas retourner au travail obligatoire en Allemagne.

Il se cache 9 impasse Florimont, chez Jeanne Le Bonniec (La Cane de Jeanne ;Chez Jeanne et Marcel Planche (Chanson pour l'Auvergnat ). Cette impasse a été un lieu de maturation pour Brassens. Tandis que son ventre crie famine, il s’insurge déjà contre les cons, les flics, les gens vertueux, les faux libertaires et les vrais imbéciles. Roger Toussenot devient, à distance, son oxygène, sa nourriture, lui qui apporte ou envoie des victuailles et surtout matière à alimenter et faire mûrir l’esprit du texte tel que Brassens le défendra quelques années après : « C’est toi, abominable philosophe, qui m’excites, qui me pousses, qui prend un plaisir sadique à me faire penser, à me rendre intelligent ! Comme si le fait d’être ne suffisait pas à un homme de ma condition, il faut encore que tu m’obliges à survoler, bandit ! ».

Au fil des lettres, le chanteur naissant rencontre les auteurs de textes qu’il mettra en musique, débat à propos des thèmes qui lui tiennent à cœur : « La chanson un art mineur? Ou quelque chose dans ce goût-là...? Il y a des chansons mineures, voilà tout. C’est un préjugé. » ; et surtout, d’un œil à la fois indulgent et exigeant, il regarde évoluer ses amis et le monde qui l’entoure. Pour les croquer, plus tard, d’un trait de plume et de quelques accords de guitare.

Par quels hasards de la vie Brassens est-il devenu un célèbre auteur-compositeur-interprète et Toussenot un homme de belles lettres et de belles pensées de son temps mais inconnu, tout du moins du grand public ? Brassens croyait plus en son ami qu’en ses propres chansons : « Ces conseils, en vérité, c’est à moi plutôt qu’à toi que je les adresse. Sans doute ai-je confiance en moi, mais je crois encore bien plus à ta résistance qu’à la mienne. ».

Sur fond de tableau d’après-guerre, une question sous-tend cette correspondance : combien de Toussenot un artiste rencontre-t-il dans sa vie pour devenir ce qu’il est ?

Combien faut-il de personnes réelles pour qu’un univers artistique se forme, sorte de l’impasse et voie le jour ; la postérité ne retenant souvent que le nom d’un seul être humain ?

Les acteurs de la pièce qui se joue dans ces pages savaient-ils qu’un seul d’entre eux serait l’élu -heureux et malheureux- et deviendrait porteur d’un esprit, l’esprit du temps, et de leurs interminables discussions sur la poésie, l’époque et l’avenir du monde ?

Hymne à l’amitié et à la création, à travers ce recueil, on comprend qu’aimer un artiste, c’est aimer, à travers lui, tout l’univers qui l’a fait naître.


Sources: Pierre Bachy

Ces lettres de Georges Brassens nous éclairent sur ses goûts littéraires, sur son écriture et son goût des mots , mais aussi sur l'état de misère dans lequel il vivait chez la fameuse Jeanne, qui l'avait accueilli.
Souvent, il écrivait, mais le problème était de poster la lettre, car personne n'avait les moyens d'acheter un timbre...
Quand nous ne mangeons qu’une fois (et encore c’est une façon de parler) toutes les quarante-huit heures, il ne m’est pas possible de t’adresser du courrier car les forces me manquent et je ne m’occupe que de vie intérieure et de soucis de surface»

(août 1949).

Extraits:

Paris, 2 juillet 1948

.....
Ceci- dit, et pour être emmerdant, j'ajouterai que ton entêtement à engueuler les cuistres me fait peur. Je sais bien que la majorité des hommes " a tué les restes de son enfance", " a trahi sa jeunesse", etc ( Toussenot dixit). Corne d'Auroch le sait. Quelques autres le savent. Mais la multitude, elle, ne peut pas le savoir. Alors pourquoi le dire? Besoin de véhémence? Soulagement physique? Pourquoi l'écrireplus précisément? Te voilà maintenant en contradiction avec tes théories! Oui, je sais aussi que Baudelaire considérait le droit de se contredire comme une noble nécessité de l'homme bien né. De même, n'est -ce-pas toi qui me l'a appris? Valéry posait comme condition d'existence de l'Esprit la possibilité de contradiction. Oui, bien sûr! Mais quand même, quelle fatigue inutile! Tes insultes sont encore un hommage à leur connerie! Chacune de tes polémiques ( excellentes d'ailleurs, beaucoup trop excellentes) est un poème fracassant à la gloire de la bêtise humaine. Il est pour le moins savoureux de voir de voir un type très intelligent se préoccuper à ce point de la sottise et de la médiocrité de la société de son temps. Pour un homme de valeur, il n'y a pas de connerie, il ne doit pas y en avoir! Tu vois trop la vérité, tu désenchantes tout ce que tu touches. Tu es le destructeur de tes trésors, malheureux! Plus je te connais, plus je sens qu'il y a du Nietzsche dans ta nature.
Tu parles, tu parles de façon éblouissante certes, mais tu parles et tu ne devrais que chanter. CHANTER, comprends-tu? Vois-tu, tu es trop violent avec les imbéciles, trop intégral. Pourquoi ne pratiquerais-tu pas la théorie de la non-violence? Ils sont cons, c'est un fait, mais que veux tu y faire? Tu ne dis rien aux aveugles qui ne voient pas. Alors! Crois moi, laisse les sots à leur sottise. Crée des fêtes. Pense à tes amis.
Trouve la paix. Redécouvre les voluptés perdues. Deviens l'artisan de ton âme, le musicien de ton silence, l'écrivain de ton génie. Et excuse moi de te souhaiter avec un autre comportement. Tu sais bien que mon amitié n'a rien à voir avec les conseils que je te donne. Tu es: cela suffit. Le reste est littérature!
...
Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges



Il pleut et je reviens tout seul de voir le tableau de Paris voilé de brume. Je hante la bibliothèque. J'y admire les merveilles du monde et la mesure sublime de ce que les hommes pourraient faire s'ils ne devenaient pas des grandes personnes.
C'est Chamfort qui mettra la dernière main à cette lettre en disant pour nous: " Il y a des redites pour l'oreille et pour l'esprit; il n'y en a pas pour le coeur."

p81

Paris, jeudi 8 juin 1950

Mon cher vieux,

Je crains que tu n’attaches trop d’importance aux diverses critiques que je te prodigue depuis quelques temps. Il se peut que je me trompe en jugeant l’expression de ta pensée. Cela m’est déjà arrivé. Et cela m’arrivera encore. Je suis parfois étourdi…..Je vais aborder maintenant un sujet qui me tient à cœur : les rapports des mots et des idées. Ne commence pas par me dire que tu es d’accord. Je ne te demande pas ton avis, que je connais ; je te donne le mien. D’abord, chez moi,le mot a une importance capitale. J’ai appris des mots qui ont fini par devenir des idées. Les mots me plaisent par leur son, par ce que tu appellerais « la musique extérieure ». Je ne veux plus savoir les noms de ceux qui m’ont poussé dans cette voie. Parmi les contemporains du surréalisme, il y a Max Jacob en particulier. Jacob a dit à quelque chose près : « Le sens des mots a moins d’importance que le son ( l’euphonie) ». Et ceci est capital. Mais, cependant, il faut tenir compte que l’un des poètes que j’estime le plus se nomme La Fontaine et que, de ce fait, j’entends tout de même tirer de chacun de mes mots le maximum de signification, ou, si tu aimes mieux : d’ironie, de saveur ,et même de morale. Verlaine a exprimé les mêmes concepts dans ce poème que tu prises plus que les autres, me semble-t-il : « De la musique avant toute chose… » …Chez toi, ce sont les pensées, les idées déjà pensées qui créent les mots. Tu es sans doute meilleur penseur que moi ! Je pense en mots ! Et si j’étais seulement sculpteur, je ferais comme le héros du conte de Wilde, je penserais en bronze. Comprends moi : les idées ne m’émeuvent réellement qu’à travers un autre ( comme toi). Dans mon alchimie, c’est l’émerveillement de l’image obtenue qui me rend reconnaissant envers la pensée à l’instant précis où je me sens plus profond, plus réel. Mon langage est l’incantation, comme Villon. Le tien est l’aphorisme, l’axiome ou la prose philosophique. A longueur de journées, en haussant les épaules, je me dis des trucs philosophiques que je ne juge pas nécessaire d’écrire, tandis que toi, à longueur de journées, tu contes de ravissantes choses, non moins philosophiques certes mais libérées de l’ambition terrible du mot « philosophique » a priori, et que tu ne juges pas digne de figurer dans tes cartons.
De cette différence de nature vient notre affectueux antagonisme. Bon, tu vas venir. Je m’expliquerai mieux lorsque tu seras en face de moi. L’important, a dit Léautaud, n’est pas de faire des chefs-d’œuvres, c’est de se donner du plaisir. Idée peu grandiose, j’en conviens, peu faite pour un Michel-Ange dont tu sembles connaître les vers traduits en français ( où les as-tu-pris ?)mais pleine de piquant et pas sotte . Je pense comme Léautaud et j’écris au jour le jour, en amateur. Bonaffé appréciait beaucoup mon manque de spécialisation et cette fantaisie grave. Je ne suis rien avant la lettre, je n’ai pas de doctrine, d’idée vivant plus longtemps que les roses, et j’aime que tu diffères de moi. Récréation chaque jour, mort chaque nuit, et résurrection obligée par le souffle invisible qui fait que nous nous rencontrons à travers l’espace et le temps…

Je t’embrasse

Georges

p179-180

Toute la charpente de son oeuvre est dans ces lettres... écrites avec humour, poésie et une grande sincérité.
Un très beau livre pour qui aime Georges Brassens.



récup


mots-clés : #correspondances
par Marie
le Lun 23 Jan 2017 - 1:05
 
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Sujet: Georges Brassens : Lettres à Toussenot
Réponses: 4
Vues: 1606

André de Richaud

Je me souviens comme si c'était hier de ma lecture de deRichaud :

Je ne suis pas mort

Tag correspondances sur Des Choses à lire - Page 2 Richau10

Sans doute, ce titre n'est pas vraiment représentatif de l'œuvre de de Richaud, car il s'agit d'une sorte de lettre testamentaire écrite en 1965 (de Richaud meurt en 68) à son nouvel éditeur. L'avant-propos est rédigé par ce dernier, Robert Morel, qui a connu de Richaud du temps de sa reconnaissance et qui le croyait mort (alors qu'il rêvait de l'éditer). Par hasard, il découvre que l'écrivain est encore vivant, enfin… vivant… et il s'engage à publier ce que de Richaud va lui faire parvenir.

Il s'agit de Je ne suis pas mort (titre ô combien ironique donc), et le texte commence ainsi :

Mais non, je ne suis pas mort. C'est bien plus pire !
Suivent 77 pages.
77 pages pour dire avec mordant, mauvaise foi et humour l'abandon dans un hospice du sud de la France où croupissent des vieillards, des indigents et des attardés mentaux. Voilà l'horizon de de Richaud… on comprend sa dépression, sa colère bilieuse, sa rage froide. Car il n'épargne personne, surtout ceux qu'il a lui-même fui et à qui il reproche de ne plus être là. Mauvaise foi, je vous dis.
Et humour… Je ne recopierai pas ici les quelques paragraphes hilarant et morbide relatant la mort gazeuse du père Belhomme, ni celle plus chevalement alcoolisé de sa femme, la mère Belhomme, mais il suffit de dire combien est irrévérencieuse la plume acide de de Richaud pour parler de la mort. Cette mort qui l'effraie et qu'il appelle de tous ses vœux. Car c'est bien là l'attrait de ce court texte : ses paradoxes !

Je ne suis pas mort, se lit avec beaucoup, beaucoup de plaisir, grâce à la langue alerte de cet écrivain plein de rogne qui éructe et qui grogne mais dont on devine bien, sous la peau de l'ours l'âme abimée d'un être qui sait recevoir parce qu'il sait donner…

Extrait :

La solitude ronge. Dans ce pays, j'avais été jeté comme un os. Oh ! Tout le monde était gentil avec moi mais j'aurais aimé être écouté, respecté et, au contraire, tout le monde me plaignait. Le côté un peu blessé que j'ai toujours eu et qui m'avait servi si longtemps à me servir des autres, sans que je fusse très conscient de ce que ce pouvait être de mal, dès que je fus arrivé dans ce pays, fit de moi un pauvre être, une âme pitoyable.


mots-clés : #correspondances #humour
par shanidar
le Dim 15 Jan 2017 - 16:02
 
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Sujet: André de Richaud
Réponses: 25
Vues: 2414

Antonio Lobo Antunes

Lettres de la guerre
De ce vivre ici sur ce papier décrit


Tag correspondances sur Des Choses à lire - Page 2 Lobo10

traduit du portugais par Carlos Batista
Editions Christian Bourgois

Lettres , écrites à sa femme ,alors que Lobo Antunes, tout juste diplômé de médecine , avait été envoyé en Angola entre 1971 et 1973. Cette expérience a marqué toute son oeuvre, et il l'a racontée ailleurs. Ces lettres-là sont une correspondance privée, publiées à la demande de ses filles si j'ai bien compris.
Elles sont très inégales d'intérêt ..il n'a pas le droit de parler de la guerre, même s'il y a quelques sous-entendus, mais on sent à quel point il souffre. Physiquement mais surtout moralement.
Bien sûr, ce courrier privé est surtout , pour ce jeune marié, puis jeune père, un courrier amoureux, un amour qui souffre de la séparation, du manque de nouvelles. Et puis quelques portraits de ceux qui l'entourent, mais assez peu.
Pendant cette période, Lobo Antunes commence l'écriture d'un roman, et c'est finalement ce qu'il y a de plus intéressant dans ces lettres, ce qu'il écrit de ses lectures, de la littérature en général et de comment il la conçoit, et puis de ses difficultés d'écriture au jour le jour.

Un exemple:

Me voilà un peu réconcilié avec mon roman. Le début de la seconde partie me plait. Mais ça me paraît confus et disparate. Et puis c'est plein de sacrilèges: la mort de la Sainte Famille, étouffée sous une cloche, est une horreur qui me précipitera en enfer. Quelqu'un pourra-t-il aimer cela? Telle est la question que je me pose. Le goût du public est très étrange......
....Je crois que l'art, au fond, est une imitation de la vie. Mais, de même que les photos de Medina sont affreuses , étant des miroirs sans mystère, ainsi les récits qui reflètent un univers superficiel de personnages sont creux. Moi, je pense que les gens sont fous, et qu'il faut traduire cette folie secrète, les sautes d'imagination et d'humeur, la peur de la mort, les choses inexprimables. Et cesser de ranger les hommes sur des étagères cataloguées. Tout est contradictoire. L'amour, par exemple, s'accompagne toujours de haine: as-tu déjà remarqué que la mort de quelqu'un s'accompagne toujours d'une joie inavouable? Qu'il y a une part de plaisir dans le chagrin? Et les dialogues, elle a dit, il a dit. Je pense qu'un roman doit reposer sur une sort de tricot souterrain, courant sous l'apparence.
Bon, je dis tout ça rapidement et sans réfléchir. Et puis, je ne suis pas intelligent. Ce sont des choses difficiles à exprimer par des mots surtout mensongers.
Une autre chose qui m'agace, c'est d'écrire avec tant de difficultés. Chacune de ces misérables pages me coûte les yeux de la tête. Et en plus, ça ne se voit peut être pas...



Naissance de deux vocations, l'écriture et la psychiatrie..
Pour afficionados d'Antonio Lobo Antunes!

Récup


mots-clés : #correspondances
par Marie
le Dim 15 Jan 2017 - 6:13
 
Rechercher dans: Écrivains de la péninsule Ibérique
Sujet: Antonio Lobo Antunes
Réponses: 38
Vues: 3736

Etty Hillesum

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Lettres de Westerbork

Etty Hillesum est très au dessus de tout commentaire.

Toute sa courte vie fut une quête lucide et exigeante pour une spiritulalité sans concession.
Dans une période terrible où les juifs de toute l'Europe étaient arrétés et envoyés dans les camps de la mort nazis.

Ce qui ne l'empêcha nullement d'être une femme et une amante entière et passionnée.
Jusqu'au bout, elle essaya de sauver les juifs en courant de très gros risques.
Les lettres qu'elle écrivit sont un des plus beaux témoignages humains sur l'holocauste et un texte sublime d'un être totalement à part.

L'un de ceux qui à lui seul pourrait justifier l'humanité  s'ils n'étaient aussi rares.



mots-clés : #correspondances #deuxiemeguerre #journal
par bix_229
le Mer 11 Jan 2017 - 18:56
 
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Sujet: Etty Hillesum
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Franz Kafka

Lettre au père

Tag correspondances sur Des Choses à lire - Page 2 519pkc10

Curieuse lettre d'abord, qui ne fut jamais adressée et qui, sans doute, n'aurait jamais été lue, écrite à 36 ans par un homme « faible, anxieux, hésitant, inquiet », parue à titre posthume. Et qui n'a pas le caractère spontané et fluide qu'une vraie lettre pourrait avoir, mais relève au contraire d 'une construction scrupuleuse, dense, raisonnée,tournant autour d 'un thème : la destruction , non par un manque d'amour, mais par une éducation pervertie. Ce n'est pas un règlement de compte (car Kafka  aime profondément cet homme qu'il déteste, tout serait presque simple sinon), mais plutôt un état des lieux, une analyse rigoureuse, au terme de laquelle surgit  un appel à une certaine réconciliation  puisqu'il finit ainsi :

il me semble que nous sommes parvenus malgré tout à un résultat qui approche d'assez près la vérité pour nous apaiser un peu et nous rendre à tous deux la vie et la mort plus faciles.


C'est  une longue plainte devant ce qui est , ce qui a été et pas été, sur l’échec d'un homme, le père - inapte à tendre la main, ayant rendu ses enfants de toute façon inaptes à la saisir- et sur le prix à payer par ses enfants. Issu d'un milieu rural pauvre, ayant réussi dans le commerce grâce  son énergie, sa détermination, sa sûreté de soi, il veut transmettre cela à ses enfants. Maladroit, ayant sans doute mal assimilé sa propre ascension sociale, il ne vit qu'à travers elle et loupe sa famille, sa relation à ses enfants, et il souffre, ayant cru trouver une clé, l'ayant même forgée grâce à sa propre énergie,  de voir qu’elle n'a pas suffi à ouvrir la porte du royaume de la béatitude.

Ce qui frappe, c'est l'absence totale de résilience en Kafka le fils. Ce constat d'écorché vif,  de l'échec d'une relation avec un père pourtant adulé, de l'emprise négative de celle-ci, de l'incapacité à en sortir, soit en améliorant cette relation, soit en construisant lui-même un autre royaume : réussite scolaire vécue comme un échec, métier mal approprié, hypochondrie, tentatives de mariages naufragées , écriture qu n’est évoquée que par le biais des périodes infertiles .

( et  cela  pose ainsi quelques questions : Que doit le monde littéraire à Monsieur Kafka Père ? Ne troquons nous pas allégrement, nous lecteurs, la souffrance d'un homme contre son œuvre de génie?)


(commentaire récupéré)


mots-clés : #correspondances #famille
par topocl
le Mar 27 Déc 2016 - 13:53
 
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Sujet: Franz Kafka
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Alan Bennett

Tag correspondances sur Des Choses à lire - Page 2 Images61

"A lady of letters", Talking Heads (Moulin à paroles).

J'ai découvert très récemment cet auteur avec Talking Heads, un recueil de plusieurs monologues où il brocarde des
personnages au tempérament bien marqué. Dans "A lady of letters" (j'ignore comment cela a été traduit en français),
nous lisons la prose volontairement maniérée, pompeuse, d'une midinette percluse et aigrie, couronnée d'une
paranoïa qui la fait regarder de travers les moindres mouvements du voisinage : ainsi, le prêtre devient un hooligan,
l'agent de sécurité des écoles, un pédophile, l'épouse du pharmacien, une prostituée, et les nouveaux voisins d'en face
dont le nourrisson a mystérieusement disparu...
C'est une épistolière compulsive : au moindre incident, au moindre désagrément, la voilà qui s'arme de son Platignum
("It's been a real friend" !) et qui rédige un courrier incendiaire. Pour les détails les plus insignifiants. Comment
ne pas sourire tristement de cette pauvre femme rongée de solitude ? Pas d'euphorie : le ton est grinçant, gêné, parce
qu'empêtré dans le drame... Si bien qu'on hésite toujours entre le rire et une certaine tendresse.
Quel coup de force de tenir en haleine le lecteur, de trouver le sens du drame dans le cadre si contraignant du monologue !
Des confidences très séduisantes, en somme.



Exceptionnellement incarné par Patricia Routledge, disponible en ligne :



mots-clés : #correspondances
par Fancioulle
le Dim 11 Déc 2016 - 13:48
 
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Sujet: Alan Bennett
Réponses: 1
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