Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 10 Juil - 21:43

145 résultats trouvés pour creationartistique

Kamel Daoud

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Image116

Meursault, contre-enquête


REMARQUES :
On l’aura compris qu’il s’agit comme point de référence de « L’étranger » d’Albert Camus. Dans ce premier roman Kamel Daoud surprend le lecteur par une élaboration d’un autre point de vue sur les événements, racontés dans le roman par Meursault. Le « récit » de l’Etranger lui a construit un espèce de monument et a cisélé une philosophie d’une certaine indifférence. Mais on y retrouve aucune mention du nom de la victime... On se réfère à lui en parlant de « l’Arabe ». Refus de nom, refus d’identité – ainsi le frère de la victime, Haroun, qui monologue une soixantaine d’années après les faits dans un bar d’Oran, ayant comme auditeur un universitaire enthousiaste du livre de Meursault.

Dans cette présentation fictive de son histoire, et celle de son frère tué, Haroun parle en espace de quinze soirées et rencontres, et donne ainsi chair et vie à une autre vision sur ce qui s’est passé et les personnes impliquées : en gros son frère, sa mère, et lui-même. Non, ils ne sont pas juste des figurants de glorification de Meursault, mais ils ont vécus leurs propres histoires de souffrances, de rêves, de défaites.

Donc, l’Arabe tué du roman de Camus, du récit du narrateur Meursault, c’est Moussa, Moïse ! Est-ce qu’il était éventuellement destiné – commme son illustre patron des récits bibliques (et valables aussi pour l’Islam) – comme un « sauveur, un redempteur ? Ainsi au moins le vit, le rêve son frère plus jeune, Haroun, quand il regardait dans sa petite enfance vers son frère ainé. Cela semble pompeux, mais est-ce qu’il n’y a pas – comme l’ont exprimé d’autres en d’autres mots – dans chaque être humain le germe d’un autre avenir possible? Et l’enfant Haroun a besoin de la légende, d’une histoire. A la suite de la mort de son frère il est devant une situation, un héritage difficile, voir impossible, insupportable : pour la mère souffrante, ne voyant que son fils mort, Haroun devient un ersatz de celui-ci, une tâche et une place qu’il ne pourra -  et ne voudra - assumer.

Je ne viens pas poursuivre à décrire les conséquences (néfastes) de ce meurtre, et de ce moment sur la plage d’Alger, mais le suivant est clair et net : toute la vie en est touchée. Il sera, dit en passant, aussi intéressant que ce n’est pas juste le deuil éternel qui résultera, mais aussi, né de la jalousie, de l’impossibilité d’endosser une autre identité etc, la haine des siens, voir de sa propre mère, de son propre frère... (bonne observation!!!)

Haroun, qui accuse Meursault tellement, lui devient par un jeu de réactions et de mimétisme, de plus en plus semblable : dans sa relation envers sa propre mère, envers la mort, les femmes, l’indifférence envers Dieu.

Cette forme d’absolutisation des conséquences de cette mort nie par ailleurs – une critique possible – une forme de résilience et crée une atmosphère de plainte, voir d’accusation perpetuelle. Est-ce que c’est le signe de grandeur ? Ou de petitesse ? Où sont les forces de résistance intérieures, l’espace d’une vraie liberté ? Aussi libre qu’il veut être, Haroun est cloué à un « destin » subi. Et il deviendra un miroir de l’homme tant haï.

Ainsi le roman devient, comme on avait dit ici et là, un hommâge en forme de contre-point qui contient beaucoup d’aspects intéressants. Il n’est nullement une négation de l’oeuvre de Camus.

Dernièrement Daoud était cible d’une fatwa exprimée par un extrêmiste : une Algérie de l’Islam devrait, ainsi les mots, condamnait à mort un homme comme Daoud qui, par ses écrits, attaquerait la foi. Ainsi le prix est haut. Et s’inscrit aussi, sans que nous le voyons toute de suite, dans un questionnements jusqu’à où on pourra, devra, pourra-t-on s’exprimer.


mots-clés : #creationartistique
par tom léo
le Ven 23 Déc - 18:43
 
Rechercher dans: Écrivains du Maghreb
Sujet: Kamel Daoud
Réponses: 4
Vues: 1098

Bruno Arpaia

Bruno Arpaia
Né en 1959


Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Arpaia10

Bruno Arpaia est un écrivain et journaliste italien né à Naples en 1957. Il est diplômé en sciences politiques de l'université de Naples et spécialisé en histoire de l'Amérique. Il se lance dans une carrière de journaliste au Il Mattino de Naples, avant d'émigrer à Milan en 1989, où il travaille pour le journal La Repubblica. L'année suivante, il publie son premier roman, I forestieri, prix Bagutta - première œuvre en 1991. Il ajoute à son activité de journaliste, une activité littéraire, en publiant en 1994 Il futuro in punta di piedi. Il abandonne son poste à la rédaction de La Repubblica en 1998, pour se consacrer à l'écriture. Il reste journaliste en tant que pigiste.

En 1997, il publie Tempo perso (Du temps perdu) qui se passe lors de la révolution asturienne de 1934. Dans ce roman apparait pour la première fois la figure du jeune révolutionnaire Laureano, dont l'histoire s'entremêlera avec celle du philosophe Walter Benjamin dans son livre suivant L'Angelo della storia. C'est l'histoire d'un destin railleur, celui de Walter Benjamin, fuyant l'Allemagne nazie, avec en arrière-plan le sort d'un continent se précipitant vers la Seconde Guerre mondiale. La relation complexe entre destins individuel et collectif est un des thèmes chers à l'écrivain, comme la réflexion constante sur le temps.

En 2003, il publie Raccontare, Resistere - Conversazione con Bruno Arpaia, long entretien avec l'écrivain chilien Luis Sepulveda, où les deux auteurs dissertent d'un certain nombre de questions qui les unissent : la littérature, la passion politique, l'engagement pour l'environnement, le journalisme.

En 2006 vient Il passato davanti a noi, une évocation des années soixante-dix, de la maturation politique d'une génération, entre la lutte des travailleurs et les grandes batailles pour les droits civiques, jusqu'à la période du terrorisme italien et de la répression. Le livre remporte le Prix Napoli. En 2007, il sort le pamphlet Per una sinistra reazionaria.

En 2011, il publie le roman L'energia del vuoto, avec lequel il plonge dans le monde de la physique des particules, racontant l'aventure de la science sous la forme d'un thriller politique. Connaisseur des littératures espagnole et latino-américaine, Bruno Arpaia complète ses activités de romancier et d'essayiste avec celle de traducteur. Il est également conseiller éditorial et collaborateur des pages culturelles du quotidien Il Sole 24 Ore. Il traduit et édite pour la maison Mondadori les romans de Carlos Ruiz Zafón.


(wikipedia)


Œuvres en français

Dernière frontière
Du temps perdu
Avant la bataille

_______________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 418tj511

Dernière frontière

L’auteur imagine une rencontre entre un Républicain Espagnol et le philosophe Juif Allemand Walter Benjamin,  sur un chemin de montagne dans les  Pyrénées , plus exactement au passage déjoué de la frontière Franco-Espagnole.

Mais cet auteur est rusé, la rencontre se fera tardivement dans le récit ce qui permet au lecteur de faire  longuement connaissance avec le narrateur, Laureano le Républicain Espagnol, émigré au Mexique et lentement  au rythme de sa démarche mal assurée, du vieux Benj  comme ses amis le surnomme, le philosophe.

Tous deux sont des émigrés qui ont fuit leur pays devant le fascisme pour sauver leur vie et leur parcours, leur fuite est aussi terrible pour l’un que pour l’autre, mais Laureano est jeune, fort et a un but , rejoindre celle qu’il aime. Walter est vieux avant l’âge, il n’aspirait qu’à penser, écrire, vivre une vie  tranquille ; il a besoin de la solitude, du silence pour se sentir à l’aise, d’autant que sa santé est fragile. Mais le sort en a décidé autrement, il est poursuivi par le « petit bossu » malfaisant de la comptine depuis son enfance et jusqu’à sa mort.

Seuls ses écrits permettent à Walter de survivre, il ne trouve d’intérêt qu’à l’écriture ; passant des après-midi entières à la bibliothèque nationale de Paris.  Il transportera  dans sa valise les pages écrites d’une thèse qu’il espère faire éditer aux Etats unis, sa fuite l’épuise, la maladie l’accable mais il refuse d’abandonner  ce bagage à l’incompréhension, voir au reproche  de ses compagnons d’infortune.

De nombreux personnages connus, certains de ses amis croisent Benj dans cet exil,  ces rencontres aident Walter à continuer le chemin.   Lui dont les manières surannées, l’ extrême politesse étonnent ceux qui  croisent son chemin et dont la  fragilité invite à l’attention.

L’auteur  a, comme il le dit, puisé largement dans les écrits de Koestler, d’Anna Seghers et de tant d’autres  ce qui m’a rendu la lecture très facile puisque j’ai rencontré dans  mes précédentes lectures, la guerre d’Espagne, les camps de concentration Français. Par contre, je  ne connaissais pas Walter Benjamin (seulement aperçu), cet écrivain, philosophe chassé par le fascisme, par « le petit bossu »  et qui a fait du tableau de Klee « l’angelus Novus » l’allégorie de l’Histoire.

Une bonne lecture  et une écriture agréable,  la construction du récit qui alterne le destin de Laureano et celui de Walter  figure bien le chemin parcouru et à parcourir pour l’un comme pour l’autre, jusqu'à cette "dernière frontière" qui est aussi pour Walter celle  qui sépare la vie de la mort.
Après recherche, je me rend compte de l’habileté de l’auteur à porter à notre connaissance certains écrits de Walter Benjamin en  les « condamnant » mystérieusement dans la valise.

Extraits :  

« Je pense lui racontait-il, que pour mon anniversaire je serai à Nice, en compagnie d’un type plutôt drôle que j’ai déjà rencontré souvent dans mes vagabondages, et que j’inviterai à boire un verre à ma santé, à moins que je ne préfère rester seul. Qui était ce type, Scholem se creusa inutilement la tête pour le comprendre. Aujourd’hui seulement nous pouvons imaginer que c’était le « petit bossu » de ses comptines d’enfant et de ses pires cauchemars, que c’était son destin déjà aux aguets. »

« En peu de temps, il se créa une communauté à partir du néant, une société naquit du chaos et de la confusion. Soudain était apparu un homme qui disait à tous ce qu’il fallait faire. «  Personne ne savait d’où il était sorti ; on savait seulement que cet homme faisait la bonne proposition au bon moment. »

« Walter vivait de détails, et il était capable de reconstruire l’univers de ces vétilles ; mais dans un camp, il cousait les jours ensemble avec un fil de détails absurdes qui résistait à sa pensée. «

« Je crois que le vieux Benj ne pouvait prendre une tasse de thé bouillant qu’après avoir développé une théorie sur la tasse. »

« Il écrivit les dix-huit Thèses au verso d’un de ses carnets, remplissant les marges de lettres minuscules et hâtives, dépouillées par l’urgence de toute hésitation, de tout ornement. Il écrivit comme s’il laissait un témoin dans un relais, un talisman à remettre à ses amis d’outre-atlantique avant qu’il ne soit trop tard. Il écrivit en réunissant enfin marxisme et messianisme, liés dans une ultime et terrible défense contre la foi obtuse dans le progrès, contre l’absurdité de l’histoire.  Il écrivit en franchissant avec une ironie libérée les frontières entre théologie, philosophie et littérature, comme si, face au danger, tout devait apporter sa contribution au salut. »

« Jamais à sa place : telle était toute sa vie »

« Lui qui ne savait sans doute rien faire d’autre, qui à force de se bourrer la tête de pensées était allé  dans la vie comme si elle lui était prêtée, une vie d’occasion. Voilà que cette vie – son corps, son cœur, ses muscles, ses poumons – lui présentait l’addition. »


(message rapatrié)


mots-clés : #creationartistique #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Ven 23 Déc - 17:06
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Bruno Arpaia
Réponses: 0
Vues: 407

Delphine de Vigan

D'après une histoire vraie

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Index210

  - Je ne crois pas à l'accent de vérité, Monsieur. Je n'y crois pas du tout. Je suis presque certaine que vous, nous, lecteurs, tous autant que nous sommes, pouvons être totalement dupes d'un livre qui se donnerait à lire comme la vérité et ne serait qu'invention, travestissement, imagination. Je pense que n'importe quel auteur un peu habile peut faire ça. Multiplier les effets de réel pour faire croire que ce qu'il raconte a eu lieu. Et je nous mets au défi - vous, moi, n'importe qui - de démêler le vrai du faux. D'ailleurs, ce pourrait être un projet littéraire, écrire un livre entier qui se donnerait à lire comme une histoire vraie, un livre soi-disant inspiré de faits réels, mais dont tout, ou presque, serait inventé.



Nous voilà prévenus. Delphine de Vigan, dans cette magistrale  description d'une manipulation, n'exclut pas de manipuler le lecteur. Et elle ne s'en prive pas, d'abord en sourdine, puis de façon de plus en plus évidente jusqu'à l'apothéose finale. Le lecteur, estomaqué et réjoui de découvrir comme il a bien cédé à l'impeccable intoxication narrative,  a depuis longtemps abandonné  de trier le bon grain de l'ivraie, autrement dit le vrai du faux, le réel de la fiction, tant tout cela s'imbrique habilement, tant la ligne de démarcation est rendue impalpable, expertement gommée.

Après la publication de Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine de Vigan traverse une période difficile, prise entre certaines réactions familiales brutales, pouvant aller jusqu'aux lettres anonymes ignominieuses, et le stress de la page blanche après un grand succès. Tout est donc en place pour l'entrée en scène de L. , une femme comme Delphine de Vigan voudrait peut-être être, sûre d'elle et maîtrisée. Au fur et à mesure que le portrait de L. s'affine dans la nuance, celle-ci va asseoir progressivement son emprise sur l'écrivaine, dont elle a décidé qu'elle était faite pour écrire sur le réel, et non de la fiction. L'affrontement de ces deux  personnalités, l'anéantissement de la capacité créatrice de Delphine de Vigan peu à peu réifiée donne un thriller psychologique brillamment mené, qui se place sous la férule de Stéphane King et n'a pas à en rougir.

Il se dégage de cette lecture un magnifique portrait de femme, Delphine de Vigan (ou son double?), femme vulnérable, sensible, tout en douceur, jamais sortie des interrogations. Un portrait qui fait réaliser, comme on a compris un jour que notre institutrice ne vivait pas par, pour, et dans l'école, qu'une écrivain a comme tout le monde une vie privée, un compagnon (ça on le savait), des enfants qui passent le bac et quittent la maison, un paquet de kleenex pour se moucher, des courses à Monoprix,  une réelle épaisseur , en somme, une réalité, on y revient toujours.
Quant à l'aspect vie  privée avec « François » (jamais dans le potin ou l'indiscrétion)  elle est évidemment un des éléments forts de fixation du fameux réel. Et on se prend à penser qu'en 2011 on avait abondamment critiqué Delphine et François, pour leur numéro de  duettistes sur le plateau de La grande librairie, l'un vantant le livre de l'autre, la vouvoyant etc.… Mais que cette fois-ci, si cela avait à se produire à nouveau (et il me semble que cela serait un complément indispensable du livre), cela ne pourrait être retenu qu'à l'avantage de ces deux-là, comme une prolongation provocatrice et désopilante de cette supercherie ainsi menée à son terme.

Et, parce que L. est nègre de profession, qu'elle interroge Delphine sur la création, que la bibliothèque de Delphine a un rôle à jouer dans l'affaire que je ne révélerai pas, ce livre est une magnifique et passionnante réflexion sur l'écriture , le rôle de l'auteur, son rapport avec le public-lecteur, la confrontation de sa création et de son moi intime, l'appropriation du réel pour nourrir la fiction et, vice versa, l'apport de la fiction au récit autobiographique , le rôle des livres que nous avons lus et portons.

   Si c'est pour recommencer à écrire des petites histoires de sans-abris ou de cadres supérieurs déprimés, tu aurais mieux fait de rester dans ta boîte de marketing.


C'est une belle réussite qui a quelque chose de la confession, entre intelligence et tendresse, réflexion et malice, sur un fond romanesque haletant. C'est à la fois drôle, brillant, terrorisant, terriblement intelligent et sensible à la fois .

Le plaisir aurait été absolument complet si le style n'était pas  souvent assez plat.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #creationartistique
par topocl
le Ven 23 Déc - 16:19
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Delphine de Vigan
Réponses: 30
Vues: 1185

Antonio Lobo Antunes

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 51oasx10

Livre des chroniques, volume 4.
Ce qu' en dit sur la Quinzaine littéraire Norbert Czarny :

L'auteur parle du processus de création, insiste sur sa dimension inconsciente ou somnambulique...
L'essentiel tient pour lui à la cohérence de l'oeuvre. Il la décrit à diverses reprises, se décrivant comme une sorte d' aveugle :

" Je ne comprends pas ce roman, j'avance à tatons, au fil des pages, parce que je sais que le roman se comprend, lui."
"Je ne commence jamais un livre avant d' avoir la certitude que je ne suis pas capable de l' écrire."


Ce propos permet à la fois de mesurer l'ambition de cet homme là, à la fois exceptionnel et banal.
Exceptionnel par la puisssance d'une oeuvre que les Nobel n'ont pas su reconnaître.
Un romancier qui ne se satisfait jamais de ce qu'il écrit, qui doute de son art, malgré les preuves qu'il a fournies depuis plus de 20 ans. Homme banal parce qu'il aime l'anonymat, passe son temps à écrire, fuit les mondanités, déteste les promotions et tout ce qui peut l'empêcherde se consacrer au prochain roman...

On retrouvera dans cette chronique ce que l'on a aimé dans les précéentes : l'histoire d'une vocation née dans l'enfance..
Ce recueil a une tonalité plus mélancolique que les précédents. Beaucoup de proches sont morts, la maladie est là, la souffrance aussi... On sent bien à le lire que la révolte l'a souvent animé.

Autoportrait d'un homme seul, droit et orgueilleux, ce recueil est aussi un bel hommage aux amis...Il est question aussi de la fidélité à l' éditeur Christian Bourgois lorsque le vieil ami est très malade...

Message récupéré


mots-clés : #creationartistique
par bix_229
le Ven 23 Déc - 15:57
 
Rechercher dans: Écrivains de la péninsule Ibérique
Sujet: Antonio Lobo Antunes
Réponses: 13
Vues: 911

Sylvain Prudhomme

Les grands

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Index122

En Guinée, c'est  la guérilla qui a permis d'accéder à l'Indépendance, en même temps que les amitiés et les inimitiés se sont scellées. Ensuite, la vie a repris son cours, chacun son chemin et son camp, l'armée a peu à peu pris les rênes du pays,vite dominée par les narcotrafiquants.
Le groupe Mama Djombo a produit une musique rebelle qui a fédéré les foules, consolé les perdants, et puis la chanteuse Dulce à quitté son amoureux Couto, changé de camp…
Quarante ans plus tard, le jour de la mort  de Dulce est aussi celui  du coup d'état militaire, c'est l'occasion d'un retour en arrière mélancolique pour Couto, et d' un ultime concert inspiré pour le groupe reconstitué.

   « Il y a des soirs où quand tu joues, avait dit autrefois Couto dans une interview, tu sens que ton esprit s'en va se promener. C'est tellement bien que tu t'en vas, ton esprit par faire un tour ailleurs, s'en va visiter l'esprit des autres musiciens, visiter les visages des spectateurs qui sont là, tout près de toi, en train de sourire. Tu sens que c'est bon, tu ne penses plus à rien, tu n'écoutes plus que ce que tu font tes doigts, tu regardes simplement ceux qui jouent à côté de toi et tu vois le sourire sur leur visage, tu n'as même pas besoin de leur parler, simplement tu sais, tu vois qu'eux aussi savent, c'est très bon. »


Tout au long de cette journée, Couto vieil homme qui espère encore en l'amour, traîne sa tristesse à travers la ville où les armes se bandent, dans l'indifférence générale : car ce sont l'amour, l'amitié et la musique  les vrais vainqueurs face à l'amertume de l'échec, la perte des espoirs et amours de jeunesse. Certains ont cédé aux mirages européens, mais pour ceux qui restent, l’engagement reste là, source de solidarité et d'intenses moments de bonheur, même si la foi est sans doute perdue.

Sylvain Prudhomme nous offre un habile mélange de fiction et de réalité. L'histoire de la Guinée est là en toile de fond, le groupe Mama Djombo a été et reste un groupe guinéen mythique. Mais  Dulce et Couto sont des personnages inventés. Couto, le guitariste vieilli en qui coexistent son vieil amour  pour Dulce, la star en-allée et la jeune Esperanza qui lui ouvre un nouvel horizon lumineux. Dulce la voix sublime, la chanteuse que toute la Guinée   porte comme un baume en son cœur, restée elle-même malgré trahison.

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Talac113

L'écriture alterne des dialogues  laconiques qui dévoilent superbement les enthousiasmes et la profondeur des sentiments des personnages, des élans lyriques, sombres ou joyeux , des descriptions urbaines chatoyantes. La langue créole et les paroles de chansons apportent leur touche de sincérité.

   
« Atchutchi dans ses chansons ne  disait pas amour , il disait baliera, quelque chose à mi-chemin du balancement et de la danse. Baliera comme le flux et le reflux du désir, des océans, des astres. Baliera comme le grand balancement du monde, la soif universelle d'aimer. Les hommes et les femmes de ses chansons n'y pouvaient rien, ils étaient les jouets d'une houle qui les bringuebalait de-ci de-là, imprévisible, toute-puissante ».


Très beau roman, déchirant et douloureux, mélancolique et palpitant, bercé à toutes ses pages par la musique et la sensualité, constat d'échec d'un pays et de ses aspirations, témoin que des hommes et des femmes font le choix d'y vivre, d'y connaître malgré tout des fulgurances heureuses ou malheureuses.

(commentaire récupéré)
mots-clés : #creationartistique #insurrection
par topocl
le Mer 21 Déc - 13:44
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Sylvain Prudhomme
Réponses: 4
Vues: 523

Simon Leys

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Captur36

LE BONHEUR DES PETITS POISSONS

Lire Simon Leys est un plaisir constant. Celui que nous procure un homme très intelligent, très cultivé, sans être pour cela pédant ou abstrait. Au contraire le plaisir et la curiosité qui motivent sa vie, Simon Leys parvient à nous les communiquer, à stimuler ce qu'on appelle notre "matière grise".

Dans Le Bonheur des petits poissons, à partir de ses connaissances sur la Chine, il nous montre ce qui différencie profondément la culture chinoise de la culture occidentale. Il cite Le savant sinologue Joseph Needham, "un des très rares ouvrages que les chinois prennent au sérieux."

La civilisation chinoise, écrit Needham, présente l'irrésistible fascination de ce qui est totalement autre, et seul ce qui est totalement autre peut inspirer l'amour le plus profond en même temps qu'un puissant désir de le connaître."

Leys montre que la découverte de la culture chinoise par les occidentaux et réciproquement, est assez récnte, et que beaucoup se sont cassés les dents à essayer de la comprendre. A commencer par Malraux et Segalen.

Simon Leys, montre ailleurs,comment les peintres chinois pratiquent leur art. Les Chinois, écrit-il, considèrent que "peindre est surtout difficile avant de peindre", car "l'idée doit précéer le pinceau." Dans la peinture occidentale, en effet, il est relativement rare que l'oeuvre constitue la simple projection d'une vison intérieure préexistante ; bien plus souvent, la peinture résulte d'un dialogue, voire même d' un corps à corps que l'artiste engage avec sa toile... Le peintre travaillant d' après nature se sert de la "mémoire primaire", utilisant les images qui ne durent qu'un instant, le temps qu' il met pour tranférer son regard du modèle à la toile.

A cette "mémoire primaire", Leys oppose "la mémoire secondaire ou éidétique : l'esprit emmagasine les images comme le ferait une caméra, et il se les projette sur un écran mental où elle apparaissent dans toute leur complexité.... L'imagination éidétique se rencontre souvent à l'état spontané chez les enfants, mais on peut aussi les cultiver méthodiquement.

L'étude et l'exercice de l'écriture idéographique ont probablment favorisé le développement de cette faculté chez les peintres chinois, de même que la pratique de la méditation enseignée par le taoïsme et le bouddhisme chan. Ajoutez à cela toute la technique de la peinture chnoise : la nature même de ses instruments -encre et pinceau-, ne tolérant ni hésitations ni repentirs, exclut largement la possibilité de travailler à partir des images de la "mémoire primaire" (d'après nature) et exige au contraire une exécution instantanée, exempte de retouches. Pour l' artiste, il s'agit en effet de restituer d' un jet l'image qu'il s' était formée dans l' esprit avant de prendre le pinceau...

Plus loin, Simon Leys, parle de la litote et l'art de suggérer plutot que dire, répéter, décrire comme le font trop souvent des créateurs comme Balzac.

Message récupéré


mots-clés : #creationartistique #essai
par bix_229
le Mar 20 Déc - 21:19
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Simon Leys
Réponses: 11
Vues: 559

Diane Meur

La carte des Mendelssohn

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Image155

Diane Meur, sans trop savoir elle-même pourquoi, se met à s'intéresser à la famille Mendelssohn. Moses,  philosophe juif allemand du XVIIIe siècle qui prêche l'émancipation, Félix,  compositeur  prolifique plein de charme. Puis au passage Abraham, leur fils et père, « géant entre deux génies », passeur pas  si terne qu'on le croyait au départ, puis la fille de l'un, le frère de l'autre, le neveu, le lointain cousin… Jusqu'à une géante tache d'huile, joyeusement alimentée d'archives et de consultations compulsives sur Internet portant sur huit générations.

Moses  Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Mosezs10 Felix  Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Felix110

Diane Meur s' instruit, nous instruit, de cette  famille féconde   à travers les siècles,  dont elle dénombre pas moins de 765 descendants. Au fil des événements  historiques ou conjugaux, des opportunités ou des convictions, on change de nom, de confession, de profession, les enfants meurent en bas âge, les amours sont heureuses ou contrariées. Les portraits  sont autant personnalités, féminines ou masculines, sur lesquels l'auteur compulse, retranscrit, mais aussi rêve ou imagine , tendre vis à vis de ses personnages, et pleine d'autodérision .

Cette histoire menée en chef d'orchestre infaillible, entre biographie individuelle et déroulement historique, trouve tout son piquant par la choix de Diane Meur de se mettre en scène, écrivain à l’œuvre, avec ses enthousiasmes, ses hésitations, ses combats, ses recherches, ses rêves et délires, ses fuites d'eau… Le chapitre qui m'a le plus enthousiasmée est celui qui donne son titre à l'ouvrage, « la carte des Mendelssohn » où elle s'acharne, armée de son ordinateur, ses papiers, sa colle  et ses ciseaux, à réaliser obsessionnellement la généalogie complète du Mendelssohn, auquel elle souhaite donner, au delà d'une scrupuleuse exactitude, sa marque tout à la fois sociologique et affective (il faut dire que je m'y suis assez bien reconnue,  en cette femme « qui tien[t] tant à ce que rien ne s'efface, ne s'oublie, ne se perde, etc. », sa table de salle à manger envahie, le feutre qui finit par s'épuiser, l’œil vaguement critique des observateurs et des enfants)

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Lacart10   Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Index117  Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Index215  

 

La carte des Mendelssohn est un roman historique réfléchi, qui se réclame en même temps de l'autofiction dans un mélange des genres charmeur, mêlant intime et universel, introspection et ouverture, sérieux et drôlerie.
Si on regrette que Diane Meur ait dû se limiter, choisir les destins singuliers qu’elle approfondit pour en éliminer d'autres, on se doute que ces « laissés-pour-compte » alimenteront, directement ou indirectement, ses prochaines fictions, et l'on ne peut que s'en réjouir, ce qui atténue le regret de refermer le livre, qu'on aurait bien accompagné plus longtemps.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #creationartistique #historique
par topocl
le Mar 20 Déc - 13:17
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Diane Meur
Réponses: 2
Vues: 469

Claire Messud

La Femme d'en Haut

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Femme-10

La Femme d'en Haut, cette voisine du dessus que personne ne remarque, car, fade comme elle est, il est impossible qu'elle présente le moindre intérêt, qu'elle cache la moindre passion. Nora, institutrice quadragénaire célibataire et sans enfant, fait partie de ces femmes. Elle se défend crânement de ce semi-échec en se disant qu'elle y a gagné l'indépendance. Mais elle est dévorée par les possibles qu'elle a laissés échapper, et le temps d'une année scolaire, ces possibles vont devenir une presque réalité.

Débarque dans sa classe pour une année un jeune élève plein de charme , bientôt suivi de sa mère, artiste pétillante et chaleureuse, et de son père, un intellectuel libanais attentif. Dora va se mettre à les aimer, follement, chacun pour lui, mais aussi l'entité délicieuse  qu'ils constituent en tant que famille. Avec eux,  elle va connaître un semblant de bonheur, enfin s'épanouir dans ses compétences : artistique, maternelle, amicale et amoureuse.  Nora la bonne fille,  brusquement réveillée comme la Belle au bois dormant, demande simplement à prendre part, être quelqu'un, elle y croit.  Tout au long de cette conquête de soi et des autres menée tambour battant, on sent la désillusion à venir. Nora joue le rôle du Kleenex, indispensable et si apprécié quand on en a besoin, mais qu'on ne tarde pas ensuite à abandonner dans un coin. Mais quand tout s'effondre, elle n'est pas du tout décidée à se rendormir.

Description pleine de vigueur et d'humour d'une femme beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît, d'une générosité sans limite, mais qui a fini par perdre les codes à force qu'on ne lui offre rien, la Femme d'En Haut est une réflexion toute en nuances sur l'apparence (cette femme trop terne face à cette famille trop lumineuse), cette construction fragile qui ne demande qu'à s'effondrer. Ce livre va à la rencontre de ses personnages, dans leur complexité, et leurs ambiguïtés-mêmes font qu'on s'y attache profondément. Nora n'est pas séduite par un enfant, ne cherche pas l'amitié d'une femme, ni la conquête d'un amant, elle veut les trois, et les trois ensemble, la richesse de cette famille ou apparemment tout marche si bien, elle croit enfin accéder à la vraie vie. Mais il y a du miroir aux alouettes dans cette famille qui révèle progressivement ses petits égocentrismes, sa non-compréhension de la situation, au final tout aussi naïve que la fascination candide de Nora pour ce monde inaccessible.

C'est un roman très féminin, sans afféterie, qui porte le lecteur dans une dynamique à la fois amusée et horrifiée. On y trouve de belles pages sur la relation de cette jeune femme, renfermée sur un féminisme mal digéré, avec ses parents malades ou vieillissants, qui, eux aussi, derrière leurs apparences, ont leurs expériences propres. On y parle de la création artistique, cette alchimie mystérieuse, épanouissement ou affirmation désespérée de soi, offrande narcissique, et le sérieux qu'on peut y mettre. Et puis cette façon qu'elle a, de prêter à autrui toutes les qualités, de croire autrui tellement meilleur qu'elle, et de tomber de haut après, se rendre compte qu'il est seulement différent, trouve un écho en moi, et est très sensiblement exprimée.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #famille #creationartistique
par topocl
le Lun 19 Déc - 13:38
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Claire Messud
Réponses: 26
Vues: 1185

Carlos Liscano

Le lecteur inconstant suivi de Vie du corbeau blanc

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 97827110

En un volume, deux textes radicalement différents.

La nuit, Liscano écrit une espèce de journal, Le lecteur inconstant, qui parle de son rapport aux mots, à la langue, à l'écriture, au monde, raconte comment au cours de son séjour en prison il a « créé en lui l’écrivain », comment il s’est ainsi inventé Autre, s’est sauvé du chaos. Une réflexion splendide sur l’écriture, où j’aurais recopié en « citation » la moitié des pages si je m’étais écoutée.

Cette partie du livre s’adresse  à vous tous,  qui aimez les livres et lirez avec émotion, cette promenade dans le monde solitaire, courageux quoique fragile, lumineux quoique sombre de Carlos Liscano, cet amoureux-otage-chercheur des mots, ce poète au phrasé paisible, à l’intelligence émouvante, cet homme qui a su créer son propre champ de liberté, et, son innocence perdue, interrogatif, modeste, résolu, y cherche une pureté, en « seigneur du néant ».


   L'écriture est un ordre qui traite de l'ordre du monde. Il faut créer un monde parallèle, complet, total, qui inclue tout ce que contient le monde, mais en dehors du monde. Il doit donc aussi m’inclure, moi. Je suis parce que je m'écris.


Le jour, Liscano, qui, depuis des années, ne peut plus écrire de fiction, écrit Vie d’un corbeau blanc un corbeau (envolé de chez Tolstoï) qui s’approprie des histoires, inspirées de grands textes de la littérature (Moby Dick, Ulysse…) ,les re-raconte à sa façon, pour « comme moi, se prouver qu’il existe ». Cela donne un conte ludique et réfléchi, une parodie de roman d’aventure, un récit léger (mais pas que) sans queue ni tête. Cette partie qui bavarde pour le plaisir de bavarder, raconte pour le plaisir des mots et références, où Liscano veut monter u autre usage de l’écriture, qui est aussi un jeu, facile , fluide, joyeux, m’a moins intéressée et finalement lassée.

Quoi qu’il en soit, je garderai un souvenir ébloui de la première partie, que je recommande chaleureusement, l’autre, cela arrive, n’étant « pas pour moi».


mots-clés : #creationartistique
par topocl
le Dim 18 Déc - 16:52
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Carlos Liscano
Réponses: 17
Vues: 777

Julian Barnes

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 514zwp10

Rien à craindre
traduit de l'anglais par Jean Pierre Aoustin
Mercure de France

Voici un livre qui n’est ni une œuvre de fiction, ni une biographie, ni vraiment un essai. Ce n’est pas non plus un livre de philosophie, bien que..
Plutôt une flânerie , très littéraire dans l’écriture et la construction ( redoutablement efficace, car elle rend le livre passionnant alors que le sujet , la mort, et la peur de la mort, c’est dit, peut dissuader..). Pleine d’humour, de citations ( beaucoup de Jules Renard , cela m’a donné l’envie de lire son Journal, tant les extraits empruntés m’ont semblé fins et drôles . Un connaisseur certes,ce Jules Renard, qui a vu sa mère tomber dans un puits,son père se suicider à son domicile d’un coup de fusil, son frère mourir à son bureau des suites d’une intoxication liée à un chauffage mal réglé ..).

Pleine également d’anecdotes sur des écrivains, des musiciens ( surprenant Rossini..), bref un régal d'érudition et un art parfait de l'autodérision!

Egalement un portrait familial ( vie et mort d'une famille, grands parents, parents, et un frère, philosophe légèrement déjanté, spécialiste d'Aristote et vivant lui aussi en France.). Les deux frères faisaient d'ailleurs le malheur de leur pauvre mère :
Un de mes fils, disait-elle, publie des livres que je peux lire mais ne peux pas comprendre, et l'autre écrit des livres que je peux comprendre mais ne peux pas lire.


Pauvre Mrs Barnes!

Et une réflexion sur ce qu'est un romancier, ce qui fait démarrer une histoire.

Un petit extrait à ce sujet:

La fiction est créée selon un processus qui combine une liberté totale et un contrôle absolu, qui contrebalance l’observation précise par le libre jeu de l’imagination, qui utilise des mensonges pour dire la vérité et la vérité pour dire des mensonges. Elle est à la fois centripète et centrifuge. Elle veut raconter toutes histoires, dans toutes leurs incohérences, leurs contradictions et leur insolubilité; en même temps, elle veut raconter LA vraie histoire, celle qui fond en une seule et raffine et résout toutes les autres histoires. Le romancier est à la fois un impudent cynique et un poète lyrique, s’inspirant de l’austère exigence d’un Wittgenstein- «  ne parle que de ce que tu peux vraiment connaître »- et de l’espiègle effronterie d’un Stendhal.

message partiellement rapatrié


mots-clés : #creationartistique #humour #mort
par Marie
le Sam 17 Déc - 2:33
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Julian Barnes
Réponses: 54
Vues: 1654

Jean Cocteau

Carte Blanche

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Coctea10
Dans l'édition Mermod (Lausanne, 1952), que je vous recommande !

Sa fraîcheur couplée à un dandysme histrionnant, agaçant certains, envoûtant d'autres se retrouve dans cet ouvrage de 1919.
Il s'agit d'une compilation de chroniques hebdomadaires qu'il tenait dans le journal "Paris-Midi" et pour lesquelles, ainsi qu'il s'en explique en préface, son directeur lui avait donné carte blanche.

Richement illustré: En plus des dessins de l'auteur, dont ce portrait de Picasso et Stravinsky:
Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Coctea11

Picasso, Derain, Van Dongen, Utrillo, Gris, Man Ray, Dufy, Braque, De la Fresnaye (une oeuvre comme "souvenirs de guerre", ci-dessous, excellent tableau cubiste que je ne connaissais pas):
Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Roger-10

Illustration sonore aussi, vous ne manquerez pas de le lire en écoutant ceux dont il est question, Satie, Poulenc, Fauré, Milhaud, Stravinsky etc...

Et poétique: Apollinaire, Max Jacob...
En refermant ce petit trésor de pétulance, vous conviendrez (ou pas) que l'immédiat après-guerre était quand même, à Paris, d'une rare effervescence créatrice. Et vous sourirez (toujours ou pas) en lisant des espoirs placés par Cocteau dans le cinéma, et ce que cette forme d'expression artistique est devenue (voir la dernière phrase de ce lien).

Ai-je aimé ce livre ?
Cela ne se discute pas !
Mais, au-delà de celui-ci, toutes les ambiances suggérées ou carrément pointées, surtout musicales et picturales pour ce qui me concerne, sont exceptionnelles.



(Commentaire du 12 mai 2013, rapatrié)


mots-clés : #creationartistique
par Aventin
le Ven 16 Déc - 19:39
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Jean Cocteau
Réponses: 4
Vues: 486

Andreï Makine

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 51ofpt10

Une femme aimée


CONTENU :
Ed du Seuil a écrit:Défendre cette femme... Effacer les clichés qui la défigurent. Briser le masque que le mépris a scellé sur son visage.

Aimer cette femme dont tant d’hommes n’ont su que convoiter le corps et envier le pouvoir.

C’est cette passion qui anime le cinéaste russe Oleg Erdmann, désireux de sonder le mystère de la Grande Catherine. Qui était-elle? Une cruelle Messaline russo-allemande aux penchants nymphomanes? Une tsarine clamant son « âme républicaine »? La séductrice des philosophes, familière de Voltaire et Diderot, Cagliostro et Casanova? Derrière ce portrait, Erdmann découvre le drame intime de Catherine ? depuis son premier amour brisé par les intérêts dynastiques jusqu’au voyage secret qui devait la mener au-delà de la comédie atroce de l’Histoire.

L’art de ce grand roman transcende la biographie. L’effervescence du XVIIIe siècle européen se trouve confrontée à la violente vitalité de la Russie moderne. La quête d’Erdmann révèle ainsi la véritable liberté d’être et d’aimer.


REMARQUES :
Cathérine la Grande, le 18ième siècle – et qu'est-ce que cela a à faire avec nous, avec cet Oleg Erdmann, ce cinéaste russe, né en 1954, qui s'intéresse si passionément à la vie de la tsarine de souche allemande ? Et voilà un premier point commun : C'était la même Catherine qui a fait venir dans la deuxième moitié du 18ième siècle des Allemands dans l'Empire Russe. Et parmi eux alors les aieuls d'Erdmann aussi. Et quand on se rappelera dans sa famille des reproches de colloboration ou tout simplement de ses origines allemandes, on dira avec un petit sourire «et tout cela à cause d'une petite princesse allemande ».

Alors, comment s'approcher d'une vie, comment la décrire ? Erdmann/Makine nous propose plusieurs grilles de lectures : certaines dates clés de sa biographie ; le changement incessant des amants multiples chez cette nymphomane insatiable (sic?) ; ses changements, reformes proposés et imposés par une vision éclairée d'impératricce absolutiste (sous son regne la Russie était en certains points bien en avance dans les « droits humains »...) sous l'influence d'un Voltaire, d'un Diderot ; l'agrandissement de l'Empire par la fondation de villes, d'administration structurée, des guerres...

En quatre chapitres l'auteur saute souvent de ce niveau « historique » du temps de la tsarine vers la Russie d'aujourd'hui des dernières décennies. En celles-ci Erdmann cherchent à adapter la vie de Cathérine dans des films, comme scénariste, comme metteur en scène, dans des versions plus ou moins censurées et existentielles. Et au même moment toute sa vie peut se lire en dialogue avec des événements de la vie de la tsarine.

Mais où se trouvent les interrogations et la recherche d'un Erdmann et, en lui, probablement de Makine ?:
Où est le noyau de vérité d'une personne, d'un homme, d'une femme ? Est-ce qu'on peut vraiment (cette question nous revient souvent) réduire cette femme au jeu du pouvoir et du sexe, à une suite de copulations ? Comment la réprésenter comme un être plus vaste, avec ses désirs, sa recherche d'amour, dans sa complexité ? Qui profite de qui : Cathérine de ses amants (vraiment aimés semble-t-il) ou ces amants de la richesse et de l'influence de la tsarine qui les comblent de cadeaux ?...

Ce sont, transposées, des questions similaires qu'on pourrait poser vis-à-vis d'Erdmann dans sa vie professionnelle et amoureuse, et à nous tous... Et voilà que l'Histoire, l'histoire gagne un autre lien directe avec la réalité d'aujourd'hui. Ce niveau de la narration débute au début des années 80, encore sous Brejnev et puis Andropov, au temps des jeux de Moscou et ensuite. Erdmann doit gagner une part de sa vie dans les abattoirs et vit simplement dans un « appartement de communauté » (Kommunalnaya). Au même moment il lutte ensemble avec le metteur en scène Kozine avec la censure soviètique pour monter et montrer une telle version plus complète, existentielle de la vie de la tsarine. Mais qu'est-qu'on aimait voir, ne pas voir dans un temps où « tous les tsars étaient quasimment par définition sanguinaire et des nuls, et contre le peuple de toute façon etc ? Est-ce que cela serait le bienvenu de présenter la tsarine avec des interrogations et aspirations plus profondes ? Comment intégrer un tel message dans un film soviètique ? (Plus tard il y aura quand même un clin d'oeil vers Tarkovski qui y a réussi!)

Plusieurs années ont passé et nous nous trouvons en 1994 au temps d'Eltsine : Maintenant Erdmann devrait réaliser pour son ex-ami et milliardaire Jourbine une nouvelle adaptation du sujet de Cathérine. Mais qu'est-ce qui s'impose maintenant comme « censure ou barrière » ? C'est la logique frénétique du marché qui, lui non plus, ne veut pas des films intellectuels, demandant une interrogations. Non, on est amené à tourner une de ces versions en 101 épisodes, un soft-porno ! Pas de place pour de la profondeur ! Cela n'attire personne !

Et voilà qu'on arrive à cette conclusion bizarre qu'aussi bien sous le régime totalitaire que sous le nouveau pouvoir on n'est plus ou pas capable de voir ce plus de l'être humain, sa quête la plus profonde pour le bonheur d'amour... L'impossibilité donc de montrer l'être humain dans sa complexité, imposer plutôt la simplification et les schématas !

Désenchantement ? Mais aussi invitation à resister autrement, montrer qu'une « autre vie est possible ». Dans ce sens-là Erdmann n'abdique pas complétement : à la fin du livre se dessine très doucement une autre possibilité pour lui.

Donc, un livre extrêmement riche qui m'a convaincu ! Makine poursuit son œuvre et nous devrons essayer de discerner certaines interroagtions fortes. Un livre plein de connaissances historiques, mais qui ne se laisse certainement pas reduire à un roman historique. Restent des questions essentielles :
Qui est l'homme ? Chercher à aimer et être aimé...



mots-clés : #historique #creationartistique
par tom léo
le Jeu 15 Déc - 22:27
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Andreï Makine
Réponses: 18
Vues: 1310

Efim Etkind

La traductrice



Un petit livre (20 pages de texte) aussi bref et efficace qu'une claque.

Efim Etkind raconte l'histoire de Tatiana Gnédich, une femme russe passionéne de littérature anglaise du XVIIème iècle, qui fut arrêtée pour "trahison à la patrie". Elle  ne survécut à son emprisonnement qu'en traduisant, pendant deux ans et de mémoire  les 17 000 vers du Don Juan de Byron, tâche pour laquelle elle reçut une certaine protection de son commissaire-interrogateur. Puis elle fut déportée huit ans, conservant sur elle,  paufinant, enrichissant peu à peu sa traduction, sublime parmi toutes.

C'est sec et froid, des faits précis, dans un style classique et sans fioritures. Efim Etkind juge même inutile de nous décrire les atrocités du goulag - il considère celà comme acquis. Il veut simplement nous faire connaître ce destin exceptionnel, cette femme portée par sa misson, qui sans doute l'a sauvée.
C'en est presque un peu frustrant,cette brièveté et cette distance, mais c'est son choix. Malgré cela, cette   relation d'une forme de résistance individuelle laisse une trace.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #biographie #creationartistique #deuxiemeguerre
par topocl
le Mer 14 Déc - 11:52
 
Rechercher dans: Biographies et correspondances
Sujet: Efim Etkind
Réponses: 2
Vues: 478

Pascal Quignard

Tous les matins du monde

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 510qtz10


Originale : Français, 1991

CONTENU :
Monsieur de Sainte Colombe aima passionnément sa femme, décédée en 16650. Au-délà de sa mort il continue à la désirer, à vouloir la rencontrer. Maintenant il se consacre encore plus au jeu de la gambe à laquelle il a ajouté une septième corde (de là le titre allemand : « La septième corde »). Il est un musicien pas seulement doué, mais habité aux profondeurs : ce n'est pas juste une maîtrise technique de l'instrument, une virtuosité, mais le flux des émotions et de l'âme. Il est tourné de tout coeur vers ses deux filles malgré un certain silence, un manque de paroles. Elles deviennent à leurs tours des joueuses de gambe splendides. Ensemble ils feront des concerts dans leur propriété simple auxquels d'autres viennent pour les entendre. L'invitation de jouer à la cour du Roi Soleil va être refusée : la place de Sainte Colombe est ailleurs.

Un jour Marin Marais apparaît et deviendra élève de lui. Il deviendra rapidement un virtuose, mais aux yeux de son maître ses façons de la cour, son désir aux honneurs etc ne trouvent pas de faveur...

STRUCTURE :
27 chapitres de deux à six pages avec toujours un nouvel éclairage, une nouvelle observation sur l'histoire.

REMARQUES :
C'est un roman si court, dans un certain sens, mais on pourrait encore en dire beaucoup plus ! Quelle densité et richesse. Pas d'étonnements trop grands que ce livre fait souvent partie des tâches du bac.

Et il s'appuie vraiment à des personnages historiques : Monsieur de Sainte Colombe, plutôt un peu en retrait, comptant comme un des plus grands gambistes, et puis aussi son élève, Marin Marais qui est représenté ici dans une certaine relation ambivalente envers l maître.

Bien sûr on pourrait souligner dans ce roman les relations amoureuses entre Marais et les filles du maître ; le refus (ou pas) d'être au service des grands de l'époque, ou alors les souvenirs mélancoliques de Sainte Colombe à sa femme décédée. Ce dernier point fait penser à quel point parfois une certaine douleur peut même devenir source de créations artistiques et autres extraordinaires.

Mais finalement il me semble qu'au coeur de cette œuvre il s'agit de la question de la transmission : où se nourrit un talent ? Qu'est-ce qui nous aide à vivre certains dons jusqu'au bout ? Le vieux maître voit bien chez le jeune l'art, la virtuosité, mais il lui demande, et à nous : Est-ce que c'est bien cela déjà la musique ? Qu'est-ce qui doit s'y ajouter ? Où est-ce qu'un art reçoit comme une âme ?

Je ne veux pas manquer de faire mention d'une adaptation au cinéma par Alain Corneau, avec Gérard et Guillaume Depardieu ainsi que Jean-Pierre Marielle.


mots-clés : #creationartistique
par tom léo
le Sam 10 Déc - 15:46
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Pascal Quignard
Réponses: 51
Vues: 1846

W.G. Sebald

L' Archéologie de la mémoire : Conversations avec W.G. Sebald. - Actes Sud

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Conver10

Plus j' avance dans la lecture de  L'Archéologue de la mémoires : conversations avec Sebald, et plus je me rends compte de l'originalité hors du commun de Sebald, de la cohérence de son projet. De la façon dont dont il a su intégrer dans  son œuvre tout ce qui l'a fait souffrir. Et qu'il a continué à explorer au prix de grandes souffrances. Et en faisant extrêmement attention de ne pas blesser les survivants de l'holaucoste. Chose qu'il reproche à un certain nombre d' écrivains allemands du 20e siècle.
Comment il su reconstituer des destins frappés par la peste nazie. Qu'il a rencontrés réellement. Le nombre de coïncidences qui ont croisé sa vie est vraiment troublant. Les fameuses images qu'il a jointes à ses textes sont souvent authentiques tout comme la plupart des histoires. Et cela ajoute au trouble que l'on ressent.
Quelle est la part de fiction et celle de la réalité ? Si l' on considère la part de l'imagination, alors, sans aucun doute, Sebald a écrit une forme de fiction. Mais une fiction entièrement nouvelle.

Et puis, il y a tout ce qu'il nous transmet en héritage sur l' histoire de notre époque.  Et qu'on n'a pas fini de découvrir.
Et qui laisse finalement peu d'espoirs sur la nature humaine.
Sebald était vraiment de l'envergure d' un Kafka avec qui, d'ailleurs il a pas mal de points communs.
 
Message rapatrié


mots-clés : #creationartistique
par bix_229
le Ven 9 Déc - 20:00
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue allemande
Sujet: W.G. Sebald
Réponses: 35
Vues: 1771

Philip Roth

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 41sc1b10

Exit le fantôme
traduit de l'anglais ( Etats-Unis) par Marie-Claire Pasquier

Neuvième- et d’après l’auteur- dernier roman mettant en scène un des doubles de l’écrivain, Nathan Zuckerman. Un Nathan Zuckerman parti se réfugier dans la campagne du Massachusetts, après avoir reçu des menaces de mort d’un fanatique religieux antisémite. Onze ans pendant lesquels il a coupé tout lien avec sa vie antérieure, ne s’intéressant plus qu’à une chose, son travail :

À tout prendre, être affranchi du besoin de jouer un rôle était préférable aux tiraillements, à l’agitation, aux conflits, au sentiment de totale inutilité et de dégoût qui, lorsqu’on vieillit, peuvent rendre moins que désirable cette grande diversité dans les rapports humains qui fait partie intégrante d’une vie riche et bien remplie. ..Je m’étais éloigné de la tyrannie de mon caractère passionné- ou peut être l’avais-je, en vivant retiré pendant plus d’une décennie, simplement cultivé avec délices sous sa forme la plus austère.


Et qui, opéré d’un cancer de la prostate, avec les conséquences physiques de cette intervention, c’est-à-dire impuissance et incontinence urinaire ( et Roth n’épargne rien à son personnage..) , souffrant aussi d’une mémoire de plus en plus défaillante, va revenir à New York pour tenter un traitement. C’est le cadre du roman, qui se situe au moment de la réélection de GWB. Après, l’histoire importe peu, finalement. Ou si, bien sûr, si on l’interprète de façon métaphorique . Mais :

Dès que l'on entre dans les simplifications idéologiques et dans le réductionnisme biographique du journalisme, l'essence de l'oeuvre d'art disparaît.


C’est bien sûr beaucoup plus que l’histoire de huit jours d'ouverture du champ des possibles dans la vie d’un écrivain qui voit disparaître tout ce qu’il était. Ouverture qui se referme vite devant la triste réalité des impossibilités physiques. Reste le fantasme dans l'écriture, mais l'écriture quand la mémoire disparaît... Parler de tout ce qu'il y a dans ce livre, d'écrit, ou de simplement évoqué, je m'en garderais bien, à chacun sa lecture. Un des thèmes abordés étant d’ailleurs une condamnation ironique de ces biographies qui recherchent à tout prix l’explication de l’œuvre dans la vie privée de l’auteur. Cependant, il s'agit d'un roman qui condense toutes les obsessions de Philip Roth, encore une fois admirable de lucidité, de finesse et d’intelligence. Mais c'est également à réserver aux inconditionnels- comme moi - c’est de plus en plus désespéré, et désespérant.

mots-clé : #pathologie #creationartistique
par Marie
le Ven 9 Déc - 19:51
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Philip Roth
Réponses: 87
Vues: 4291

Claude Louis-Combet

Blesse, ronce noire

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Images50

Voici une pépite noire, à la fois troublante et fascinante. Claude Louis-Combet nous fait revivre, à travers un long poème d'une prose tourmentée, le destin tragique de Georg Trakl, poète maudit, et de sa jeune sœur, « celle par qui la  ténèbre arrive », qui s’aimèrent d'un amour proscrit, à la fois lumineux et désespéré. Ou plutôt ce que lui, Claude Louis-Combet, en recréée, les sources autres que les poèmes ayant été détruites par la famille,. Peu importe, d'ailleurs, on pourrait être dans une fiction, l’histoire n'en perdrait ni n’en gagnerait en intensité : c'est ce que semblent indiquer les personnages jamais nommés (seul le 4e de couverture leur donne une identité – par respect pour ceux qui se restent ?).

Le garçon a tout juste dix ans et sa sœur vient d'en avoir cinq. De tous les êtres qui peuplent la maison, cette petite fille a été reconnue par son frère, depuis le commencement, comme celle par qui la ténèbre arrive. Cette nécessité s'est installé entre eux dès le temps des premiers regards et des premiers contacts et elle s'est développée comme une très obscure force d'attraction à partir des yeux noirs qu'ils ont, l'un et l'autre, et avec lesquels, la plupart du temps sans dire un mot, ils s'entendent, chacun s'émerveillant de la présence de l'autre et tous deux partageant constamment se silence occulte qui est, peut-être, l’âme en son fond, avec sa charge de rêve et de désir, et qui, chez les enfants qui s'aiment, fait de chacun le double fascinant de l'autre - ou sa promesse, tout au moins, l'annonce d'une identité merveilleusement élargie dans sa réplication.


Dès l'enfance ils vécurent dans l'évident éblouissement l'un de l'autre, le temps oeuvrant à intensifier cette passion indicible, souffre d'une souffrance infinie.

Tu seras mon éternel amour parce que tu seras mon éternel péché. Toujours l'évidence la faute vous interdira de pécher.


La vie les éloigne sans jamais les séparer et ne fera qu'exacerber l'urgence de cette passion dangereuse. La permanence de leur amour, par-delà l’immédiate transgression, exige en contrepartie le renoncement au bonheur. Ils s'éloignent, ils s'égarent, ils se réfugient dans d’artificiels paradis, cheminement déchirant de l'amour fou à la folie ordinaire, ils finissent par se perdre dans les abîmes d'une stupeur abyssale. Ils vibrent du malheur des justes.

Claude Louis-Combet nous parle de cet amour impossible qui bouleverse la vie de ces pauvres enfants abandonnés de la vie, mais les engouffre vers des destins tragiques et dérisoires. Un style inimitable, vibrant et tourmenté, sublime cette passion, la dissèque, faisant la part belle à des sentiments d'exception. D'une poésie sauvage, il évite le scabreux, pour décrire le naufrage de ces deux amants indéfectibles. Les protagonistes jamais nommés (le garçon, la sœur, l’amante) en gagnent une présence étrange.

Un livre magique, tout à fait singulier, sombre, douloureux mais pourtant brillant et séduisant qui nous parle de la solitude de l'enfance,  d’une douleur sauvage.



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #creationartistique
par topocl
le Mar 6 Déc - 18:58
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Claude Louis-Combet
Réponses: 2
Vues: 367

Pierre Senges

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Des_ho10 Cendres des hommes et des bulletins (dessins de Sergio Aquindo)

Difficile d'expliquer le charme fou de ce livre bizarre. Difficile de dire ce qui fait sa richesse, difficile de dire pourquoi ce livre est formidable alors qu'il parle d'antipape, de mendiants, de fous, d'usurpés et de carnaval. Tout cela se passant dans les temps reculés de ce milieu du XVème siècle, que je connais si mal. Comment expliquer l'immersion totale dans un univers qui étonne, qui cherche, qui ne lance aucun pont avec notre présent et qui pourtant réjouit ?

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Des_ho11

Pierre Senges en magicien des mots part en quête d'une improbable histoire : celle de ces mendiants que l'on voit sur la peinture de Bruegel. Des mendiants ? C'est le titre, il faudrait donc s'y tenir mais que font-ils exactement ? Ont-ils toujours été mendiants ? Pourquoi sont-ils regroupés ici et ne seraient-ils pas les ombres d'un roi, d'un pape, d'une noble dame anglaise, d'un sultan ottoman, tous tombés en disgrâce, tous des usurpés à la recherche de leur trône ?

C'est sur cette hypothèse que se bâtit l'histoire, Senges avec les mots, Aquindo avec les gravures. Allant cahin-caha au milieu des rudes hivers, racontant ici et là les aventures de l'antipape Silvestre qui loupa la Sainteté d'une rature, de Philippe de France qui n'arriva pas à Paris, de Jacinta l'anglaise qui fut une femme dans un monde d'hommes, d'Alaeddin qui choisit la vie d'ermite avant de vouloir retrouver les ors et les mosaïques de son palais stambouliote, ils sont tous inconnus, tous évaporés dans les brouillards et les cendres de l'Histoire, du passé et de l'absence.  Senges réinvente leur histoire, réécrivant leurs rêves, leur folie, se proposant, dans une recherche toute hypnotique et encyclopédique, alerte et humoristique, de retrouver leurs traces et de se demander qui est qui sur le tableau de Bruegel.

Ce livre, par son inventivité, la richesse de ses propositions, ses fascinantes hypothèses, ses inlassables reprises et questionnements est un petit bijou littéraire et artistique. Il offre un texte d'une grande intelligence tout en restant intelligible, drôle, cocasse, parfois même espiègle. Il est inclassable, fabuleusement vivant, malléable, surprenant, inattendu, joueur. En utilisant un style d'une grande sécheresse, qui ressemble à une flèche lancée vers une cible qu'elle atteint en plein cœur, Senges propose une lecture nerveuse, tendue, qui absorbe le lecteur.

C'est à un voyage à travers le temps, les espaces, les écritures et les images que nous invitent les deux hommes. Tour à tour ludique, sérieux, documenté, inventif et innovant, le livre est une folle équipée, une chevauchée grotesque, qui se fait entre fous. Il rappelle vaguement le début de l'Histoire de la folie à l'âge classique de Foucault (parce que pour l'instant je n'ai lu que le début), tout en s'appuyant sur des écrits d'époque (dont bien sûr, nous n'avons pas les sources), il est sauvage et libre à l'image de ces pauvres hères qui le temps d'un carnaval échangeaient leurs oripeaux contre les soies divines.

C'est une gourmandise. Un livre éloigné des querelles de notre époque, mêlant fiction et Histoire, s'alimentant à toutes les sources de la connaissance, intellectuellement stimulant, terriblement agréable à lire, parcourir, tenir dans les mains (il faut tout de même les deux mains) et qui nourrit comme rarement livre nourrit.

Un très, très grand plaisir de lecture, certes particulier, qui ne conviendra qu'à certains lecteurs, ceux qui aiment les contes et leurs déboires, qui aiment l'Histoire et ses histoires et qui n'ont pas peur de se frotter à la crasse des ânes et de leurs maîtres, à la cendre des hommes et des bulletins.

Il pourra parfois sembler ennuyeux dans certains développements, on le laissera tranquille jusqu'à ce qu'il se rappelle, insidieusement à nous, comme ses tablettes de chocolat que l'on grignote seul, en douce, incapable de les lâcher et de ne pas les engloutir compulsivement, en se délectant d'un plaisir coupable et solitaire.


Ultra réjouissant !


mots-clés : #creationartistique
par shanidar
le Mar 6 Déc - 17:36
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Pierre Senges
Réponses: 18
Vues: 628

Imre Kertész

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 41kcsz10

Liquidation

C’est un court « roman » qui n’a pas l’ampleur et l’ambition de « Le Refus » mais qui tourne autour des mêmes thématiques. Un écrivain, nommé Bé, dont l’histoire est liée au camp d’Auschwitz, se suicide. L’un de ses amis éditeur récupère ses archives et se met en quête d’un ultime roman dont il est persuadé qu’il existe et qui résumerait toute la pensée de l’auteur. Il rentre en contact avec plusieurs femmes qui l’ont connu et qui lui révèlent quelques facettes du personnage, pièces qu’il tente d’assembler comme un puzzle. Je ne vous en dirai pas plus, même en spoiler)  Razz

On retrouve ici les interrogations principales de Kertész sur le sens de la vie, parfois sous forme de paradoxe :

« Un homme totalement dégradé, en d’autre terme un survivant, n’est pas tragique, disait-il, mais comique, parce qu’il n’a pas de destin. »

« Seules nos histoires peuvent nous apprendre que notre histoire est finie, sinon nous vivrions comme s’il y avait toujours quelque chose à continuer (notre histoire par exemple). C’est-à-dire que nous vivrions dans l’erreur. »

« La grande désobéissance c’est / De vivre sa vie / Et aussi la grande humilité / Que nous nous devons à nous-mêmes / Le seul moyen acceptable / Du suicide, c’est la vie / Se suicider c’est comme /Continuer sa vie / Recommencer chaque jour / Revivre chaque jour / Remourir chaque jour. »

« ..les hommes ne comprennent pas qu’il est plus facile de haïr que d’aimer, et que la haine est l’amour des perdants. »


Son sens de l’humour noir dans le contexte de la Hongrie communiste (cela fait penser un peu à Thomas Bernhard) :

« L’Etat est toujours le même. Il a toujours financé la littérature pour pouvoir la liquider. Quand l’Etat subventionne la littérature c’est toujours une manière déguisée de la liquider. »

« Ici tout le monde a raté sa vie. C’est la spécificité, le génie du lieu. Par ici, si on n’a pas raté sa vie, c’est qu’on est simplement dépourvu de talent. »

« J’avais pris l’habitude de dormir longtemps parce que je commençais à comprendre que c’était la seule activité sensée à laquelle je pouvais passer mon temps. »


Les considérations sur l’écriture et la littérature :

« En tout cas, la littérature est un piège qui nous retient prisonnier. Plus précisément, la lecture. La lecture est comme une drogue qui confère un agréable flou aux cruels contours de la vie. »

« Des quantités de livres dorment ainsi en moi, des bons et des mauvais, de tout genre. Des phrases, des mots, des alinéas et des vers qui, pareils à des locataires remuants, reviennent brusquement à la vie, errent solitaires ou entament dans ma tête de bruyants bavardages que je suis incapable de faire taire. »

« Mais je crois en l’écriture. En rien d’autre, seulement en l’écriture. L’homme vit comme un ver mais écrit comme un dieu. Autrefois, on connaissait ce mystère oublié de nos jours : le monde se compose de tessons qui s’éparpillent, c’est un obscur chaos incohérent que seule l’écriture peut maintenir. Si tu as une idée du monde, si tu n’as pas oublié tout ce qui s’est passé, alors sache que c’est l’écriture qui a créé pour toi le simple fait que tu as un monde et qu’elle continue à le faire, elle est la toile d’araignée invisible qui relie nos vies, le Logos. »



mots-clés : #creationartistique #regimeautoritaire
par ArenSor
le Mar 6 Déc - 11:54
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Imre Kertész
Réponses: 12
Vues: 748

Imre Kertész

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 51tnjr11

Le Refus

Quel livre étrange ! il commence comme un « Nouveau roman » des années 50 par sa recherche d’objectivité : description minutieuse des lieux, répétitions, etc. Il continue par des réflexions sur la nature du témoignage, du roman, de l’écriture en général (il est fortement recommandé de lire auparavant « Etre sans destin »). I Kertézs s’/nous interroge sur ce qu’on retient d’un évènement qui a changé la vie d’un adolescent ; en l’occurrence, des images, des idées qui ne correspondent pas à la doxa admise : le souvenir d’un lever de soleil vu du train, les sales gueules des prisonniers, les crématoires perçus comme une plaisanterie. Comment s’étonner alors que les « autorités » refusent la publication de ce «roman» ? Cet échec incite l’auteur à revenir sur son écrit, ce qui nous vaut un superbe passage sur la relation entre l’écrivain et son texte. Comment ce situe celui-ci ? comment peut-il se relire objectivement ? Kertesz livre là une vraie maïeutique de la création littéraire.

La seconde partie narre les aventures d’un certain Köves, sorte de double de l’auteur. L’écriture se fait alors plus fluide, le climat onirique - le souvenir récurrent de situations et de paroles déjà dites- avec des accents kafkaïens. C’est une partie du livre que j’ai trouvé envoûtante. Le récit se prête à quantité de métaphores ; Köves revenant de l’étranger pourrait être Kertész rentrant des camps de concentration dans un Budapest détruit par la guerre et pris dans la tenaille stalinienne. Le héros erre dans ce monde policé jusqu’à l’absurde où les individus peuvent disparaître physiquement et de la mémoire des protagonistes, comme beaucoup dans les geôles stalinienne, comme les juifs dans les fours crématoires, où le travail n’a d’autre utilité que « d’éveiller l’amour propre et la considération générale » des travailleurs envers eux. Köves est un peu perdu dans cet univers – il prend les policiers pour des douaniers – et étrangement absent. A un moment, il échange avec un certain Berg, encore un double de lui-même, côté non plus victime mais bourreau. C’est, à mon avis, un autre moment clef du livre, qui avait déjà été abordé dans la première partie lorsque l’auteur s’interrogeait sur Ilse Koch – une gardienne de Büchenwald - qui, disait-il, faisait son boulot et accomplissait son destin. Là se trouve l’une des interrogations majeures, il me semble, d’Imre Kertész : quelle différence y-a-t-il entre un bourreau et sa victime ? Comment le destin de chacun peut-il échapper aux circonstances extérieures ? Comment une victime peut-elle être amenée à frapper un prisonnier refusant de s’alimenter ? Sur ces questions plane l’ombre de la « grâce » rédemptrice (ou non !). Il y a là un côté qui me rappelle Dostoïevski.

En conclusion, j’avais peut-être trop pris Être sans destin (ces deux termes résument toute la pensée de Kertész) comme témoignage historique. Le Refus m’a montré combien Imre Kertész est un immense écrivain, non seulement par la qualité de ses réflexions, mais aussi par la construction du récit et un style très original. Pour sûr, un Nobel qui n’est pas usurpé. Un grand merci à Églantine qui m’a incité à me plonger dans ce «roman».  cheers


mots-clés : #creationartistique #regimeautoritaire
par ArenSor
le Mar 6 Déc - 11:21
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Imre Kertész
Réponses: 12
Vues: 748

Revenir en haut

Page 7 sur 8 Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8  Suivant

Sauter vers: