Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Jeu 2 Juil - 11:05

145 résultats trouvés pour creationartistique

Pacôme Thiellement

Je suis en train de lire Cinema Hermetica et je suis transportée. J'ai voulu ouvrir aussitôt ce fil pour vous faire connaître cet auteur qui mérite le détour.

Je commence avec du lourd. Ci-dessous, vous trouverez un lien vous conduisant vers un extrait de ce livre. Il s'agit du premier chapitre, "Le cinéma est un fantôme de la nuit", consacré principalement au Nosferatu de Murnau et à celui de Herzog :

https://www.larevuedesressources.org/le-cinema-est-un-fantome-de-la-nuit-extrait,2895.html#ext

Dans cet essai, Thiellement nous parle aussi de Freaks, du Gallio (et notamment d'Argento), de Mr. Arkadin, de Cassavetes, de Lars von Trier, de Chinatown, du Locataire... revient à des références récurrentes à Artaud, à Daumal, à Topor, à Twin Peaks, mêle ses considérations de renvois aux philosophies orientales, ésotériques, kabbalistiques... nous touche au plus profond de notre coeur, faisant de nous non plus des spectateurs passifs mais des acteurs, des chercheurs fous, des hallucinés qui veulent atteindre le sur-sens de l'existence.

Quelques citations :

« Inferno est un film « alchimique » dans le sens où il raconte comment on transforme la matière pour faire un film ou plutôt comment on détruit la narration d’un film pour atteindre sa matière propre ; Suspiria raconte comment le film se raconte une fois cette matière transformée. Des deux, on pourrait dire qu’Inferno gît encore dans le puits indifférencié des images produites par le rêve ou la matière ; Suspiria est tout entière la flamme qui vient donner vie à ces images ; elle est l’assomption de cette matière. »


« L’alliance de l’enfance et de la magie, c’est la véritable arme pour le véritable combat – ce combat contre un monde qui se nourrit du caractère apparemment irrémédiable de notre solitude. »


« La culture académique est une culture artificielle, datant de quelques dizaines de siècles au mieux, construite par les oppresseurs d’hier pour séparer les hommes de toujours de leur véritable culture. La culture populaire est notre véritable culture. La « pop », c’est le folklore, et c’est la relation la plus réelle que nous puissions avoir avec l’authentique spiritualité traditionnelle : le Carnaval. »


« Qu’on fasse partie des capitalistes prédateurs ou des révolutionnaires qui s’y opposent, qu’on fasse partie des « mauvais » ou des « bons », ce qui nous manque chaque fois, c’est la pratique du non-agir qui évite les confrontations violentes débouchant sur de plus  grands drames. Que la vie soit déjà écrite ou que notre existence dépende d’actes libres, ce qui nous manque encore, c’est le non-agir nous permettant d’en découvrir la signification. Que nous soyons appelés à un grand destin ou à une aventure ordinaire, ce qui nous manque toujours, c’est le non-agir qui permet à cette vie individuelle de ne pas se transformer en drame pour les autres. »


« Si une œuvre d’art vous rend heureux à partir de mensonges, elle ne vaut rien. Mais si elle vous fait désespérer de la vie, elle ne vaut rien non plus. C’est toute la difficulté. C’est tout l’art. »


« Parce que toutes ces images, tous ces sons, tous ces poèmes sont des citadelles en suspens, qui nous mènent, station après station, vers une après-vie magnifique ou merdique.
Alors la question se pose de la forme audiovisuelle qui nous foutrait le plus en l’air. »


Je n'ai encore jamais vu de film de Cassavetes mais le moins que l'on puisse dire, c'est que Thiellement donne de furieuses envies de découvertes :

« Le cinéma de Cassavetes, avec sa recherche éperdue de la « prise » haletante de vie, avec les états émotionnels dans lesquels les acteurs sont plongés, les improvisations (vraies ou fausses), les détournements de récit (programmés ou non), le cinéma de Cassavetes, avec ses faux raccords, ses effets de « cinéma vérité, ses gros plans, ses images tournées à l’épaule, ses flous, ses « captations », son montage toujours incroyablement raffiné et brutal, sa musique originale mêlant souvent lyrisme grandiose et improvisation jazzy et surtout sa dimension intime, amoureuse, familiale, passionnelle, parentale, sexuelle, alcoolisée, tabagique, le cinéma de Cassavetes est un combat permanent contre la « conspiration de la mort » à l’œuvre dans le cinéma. »


Et sur Lars von Trier (qu'il me donne pour le coup envie de re-re-re-revoir sans fin) :

« […] leur objectif [aux films de Lars von Trier] a toujours été de rendre votre vie plus difficile, vos blessures plus douloureuses, vos opinions moins évidentes, vos sentiments moins purs qu’ils n’en ont l’air. Mais aussi votre cœur plus profond, votre état mental plus friable, votre empathie plus développée, votre esprit plus obsédé par la découverte de vérités. »




mots-clés : #creationartistique #essai
par colimasson
le Jeu 5 Avr - 14:27
 
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Sujet: Pacôme Thiellement
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Sergueï Dovlatov

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Le Domaine Pouchkine


aussi publié comme "La Reserve"

Originale : Заповедник (Russe, 1983)

CONTENU :
Boris prend le bus de Leningrad vers Pskov, où se trouve le grand mémorial de Pouchkine, la domaine de ses parents où le poète a vécu et où on a construit plus tard un musée. C'est là que notre héros se présente en vue de devenir guide à travers la domaine. Il fait cela avec une certaine nonchalance typique pour lui et on l'embauche. Sans grandes ressources, il trouvera un abri assez modeste, voir sale, chez un alcoolique du lieu. Peu à peu il fait connaissance des lieux et va faire ses premiers tours guidés après quelques jours d'apprentissage. Pendant ce temps, sa femme Tania réfléchit à la maison, si elle va émigrer avec leur fille. Elle va venir rendre visite à Boris...

REMARQUES :
Malgré un changement de nom, on trouver sans difficultés chez le narrateur des concordances avec la biographie et le caractère de Dovlatov lui-même. Beaucoup de ses livres partent de ce matériel autobiographique. Mais il le transforme (à quel point?) et sait raconter ses évènements de sa vie avec humour, un savoir pour utiliser la langue. Ainsi on ne passera pas beaucoup de paragraphes sans rire ou sourire. L'auteur souligne et transforme encore les situations les plus absurdes et grotesques. Mais il est possible que pour certains un tel approche ne passe pas : l'alcool omniprésent (comme chez beaucoup de Russes), son amour inconsidéré pour (toutes?) les femmes.

Évidemment on ne se passe pas dans un livre d'un intellectuel russe de pas mal de références de toutes sortes, surtout littéraires. Naturellement un livre, jouant en grande partie sur le « Domaine Pouchkine » va parler de ce grand auteur et poète russe génial, considéré comme un monument national.
A coté de cela nous trouvons aussi d'autres descriptions de caractères bizarres, de vrais originaux.

Concernant la langue, on ne peut que deviner par la traduction (et les commentaires intéressants d'introduction par un ami dans la version française!) l'originalité et la pointillesse de Dovlatov.

Donc, ma deuxième lecture de cet auteur, et une invitation, de continuer dans la découverte !


mots-clés : #autobiographie #creationartistique #humour
par tom léo
le Dim 18 Mar - 16:27
 
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Sujet: Sergueï Dovlatov
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Patrick Chamoiseau

Écrire en pays dominé

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Quatrième de couverture :
Écrire en pays dominé c'est l'histoire d'une vie, la trajectoire d'une conscience, l'intime saga d'une écriture qui doit trouver sa voix entre langues dominantes et langues dominées, entre les paysages soumis d'une terre natale et les horizons ouverts du monde, entre toutes les ombres et toutes les lumières. Écrivain, Marqueur de Paroles, et finalement Guerrier, Patrick Chamoiseau interroge les exigences contemporaines des littératures désormais confrontées aux nouvelles formes de domination et à la présence du Total-monde dans nos imaginaires.


Essai (1997) très structuré (égard de plus en plus rare, l’ouvrage bénéficie d’une utile table des matières).

Il se compose de trois « cadences », entrelardées de paroles du vieux guerrier sur la colonisation (« Inventaire d’une mélancolie ») et de brefs commentaires sur des lectures-phares (« Sentimenthèque »).

D’abord I, « Anagogie par les livres endormis » : les réflexions de Chamoiseau sur le comment écrire dominé par une autre culture, puis la révélation de la découverte des livres-objet (reprise des souvenirs de son autobiographie À bout d’enfance), puis lecture « agoulique », puis, à l’adolescence, découverte de Césaire, de la poésie lyrico-épique, du militantisme, du racisme ordinaire et de l’identité dans la négritude opposée à l’impérialo-capitalisme (qui tente d’imposer ses valeurs « universelles »), domination silencieuse du Centre avec passage pour ce dernier de la contrainte à la subjugation, l’ « autodécomposition » dans le « développement », le mimétisme, la consommation, l’assistanat et la folklorisation, enfin rôles de Glissant et Frankétienne dans son évolution du lire-écrire (Chamoiseau est alors éducateur dans les prisons métropolitaines).

II, « Anabase en digenèses selon Glissant » : après dix ans passés en métropole à rêver du pays, en anabase (expédition vers l’intérieur, voyage intérieur, cf. Saint-John Perse), en admiration libératrice du déprécié, il s’identifie successivement au premier colon (« carrelage » de l’ordre et de la mesure, de la rationalité sur leurs contraires), aux Caraïbes (Amérindiens), aux Africains puis à tous les autres apports ethniques. Marronnage et mer geôlière, danse, tambour, quimboiseurs, mentôs puis conteurs et autres « résistances et mutations ». « Ultimes résistances et défaites urbaines » : après le conteur des habitations-plantations dont l’oralité créatrice se réfugie dans les chansons et proverbes, le driveur errant en déveine et déroute folle se concentre dans l’En-ville, devenant djobeurs et majors, jusqu’au « Moi-créole », le Divers dans la mosaïque créole, sans origine ni unité : le « chaos identitaire » ; Lieu versus territoire.

III, « Anabiose sur la Pierre-Monde » : identité d’assimilation, départementalisation stérilisante, assistanat, modernisation aveugle, développement factice, consommation irresponsable, fatalité touristique (toujours au profit des békés). Domination furtive d’un Centre diffus, du rhizome-des-réseaux, « Empire technotronique où l’empereur serait le brouillard de valeurs dominantes, à coloration occidentale, tendant à une concentration appauvrissante qui les rend plus hostiles à l’autonomie créatrice de nos imaginaires [color=#2181b5]ains et artistes neutralisés « dans la dilution d'une ouverture au monde". Insularité vécue comme isolement versus la (notion de la) mer ouverte. Choix entre les deux langues, la reptilienne et résistante, et le français, par celui qui devient le Guerrier dans le Monde-Relié. Davantage épanouissement que développement de l’Unité se faisant en Divers : la Diversalité.

C’est donc l’historique du ressenti douloureux des (ex-)colonisés du « magma anthropologique », simultanément avec l’éveil par les livres (lus, relus, écrits) du Marqueur de paroles, pour relever le défi du Web.


mots-clés : #creationartistique #essai #identite #independance #insularite #mondialisation
par Tristram
le Sam 10 Mar - 0:23
 
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Sujet: Patrick Chamoiseau
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Paul Auster

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Quel dommage que ce livre fasse 1 000 pages, qu'il pèse 1 tonne, cela va décourager tant de lecteurs ! Quel plaisir que ce roman de la démesure, qu'il fasse 1000 pages, qu' on s'y vautre, qu'on s'y traîne, qu'on s'y love, qu'on y tremble et qu'on y pleure, qu'on y rie, qu'on s'y attache, qu'on y retrouve tant  de souvenirs propres , qu'on y apprenne tant…

Bien sûr, certains aimeront, d'autres pas, mais comment ne pas reconnaître à Paul Auster, cet homme courtois, lumineux, intelligent, d'être en plus un auteur hors-pair, hors normes, qui nous livre ici son Grand Roman Américain, typique d'un lieu et d'une époque, tentaculaire et omniscient et qui ne ressemble à aucun autre? Comment ne pas lui reconnaître un talent extraordinaire de conteur, tant dans la structure narrative, profondément originale et parfaitement maîtrisée, que dans l'écriture d'une richesse, d'une vivacité, une inventivité qui n'est que le reflet de celle de la vie de son (ses) héros, "mes quatre garçons" les appelle-t'il, tellement jeunes et tellement mûrs, tellement heureux et tellement désespérés, tellement attachants?

On l'a dit partout, Archibald Isaac Ferguson est un jeune juif new-yorkais des banlieues dans l'après-guerre, de cette classe moyenne qui, Dieu merci, recherche son émancipation non dans la consommation et la frivolité, mais dans la création, (l'écriture en l'occurrence ), la réflexion, la remise en question, la recherche d'une justice et des libertés. Et comme Ferguson est un enfant puis un jeune homme réfléchi, si souvent "adulte", qui s'interroge en permanence sur la destinée, le rôle du hasard et des choix, Paul Auster, par des glissements dans son environnement, lui offre quatre destins, tout en préservant sa personnalité centrale, qui va évoluer, certes, varier selon les versions, mais rester là comme un noyau fondateur.

Tour de force, Paul Auster déplace sur une vingtaine d'années les personnages (Ferguson et tout son complexe environnement familial et amical)  avec malice, sur son échiquier élaboré, sans jamais perdre le lecteur, en tout cas jusque ce qu'il faut pour que cela soit délicieux de se laisser porter, d'essayer de venir vérifier un détail en arrière et finalement y renoncer, car finalement, on s'en fout, l'instant est là qui nous emporte: il y a cet humour, cette clairvoyance, cette tendresse pour les personnages quels qu'ils soient,  cette générosité sans limites de l'auteur et c'est ce qui importe..  Il y a ce souffle époustouflant à décrire l'intimité d'un jeune homme en formation, son incroyable relation avec une mère toujours ouverte, toujours accueillante, toujours encourageante, jamais envahissante, qui est la clé de sa personnalité, de son aptitude à de devenir un explorateur et un conquérant (un conquérant sympathique) dans tous les domaines : les études, l'écriture, le positionnement politique, le sport, la culture, l'amour, le sexe… L'existence des quatre histoires enrichit formidablement cette façon d'aborder  l'élaboration d'une personnalité, lui donne une puissance, une profondeur.

Les quatre Ferguson ont tous  une relation à l'écrit, qui n'est pas la même, poète, journaliste, prosateur… à succès ou sans succès, tous dans une recherche absolue de sincérité, dans un désir d'inventer de nouvelles voies, et ceux qui cherchent à savoir ce qu'est la littérature ne manqueront pas de trouver ici de nombreuses pistes.
Mais Auster élargit son discours à tous les arts, rend un hommage à un nombre incalculable d' œuvres qui ont marqué son propre apprentissage culturel, les livres, les films, les pièces musicales, le sport qui en même temps qu'un épanouissement physique est un art. Il raconte le plaisir des premières fois,  ces innombarables premières fois qu'il faut connaître, les unes après les autres, pour se construire en tant qu'homme vivant.
Il rend hommage aux médiateurs, parents, adultes bienveillants, amis, petites amies et petits amis, professeurs, tous sources d'inspiration, donneurs de conseils, tuteurs attentionnés, guides à travers le monde, tous  ces gens qui nous aiment, et qui font que nous devenons qui nous sommes.

Il raconte comment la jeunesse née après guerre, dans cette euphorie du jamais-plus et de la quête du bonheur enfin aboutie, sa jeunesse à lui, a grandi au contraire dans  une Amérique violente, autoritaire, imbue d'elle-même, violant les libertés individuelles, méprisant les individus (l'assassinat de Kennedy, de King, la lutte pour les droits civiques, la guerre du Vietnam, les émeutes raciales). Comment elle a fait fleurir en son sein  la révolte et parfois l'engagement.

Il y a enfin New-York, ville tentaculaire, détestable et magnifique, ses rues numérotées où déambuler nuit et jour, ses cafés, ses odeurs, ses taudis, ses habitants, ses universités, ses banlieues d'où chacun rêve de s'échapper...

Et puis, on tourne la 1015ème page... et c'est fini.
Déjà.... pale
Tant pis, il nous reste Paul Auster, il parait qu'il a déjà commencé à écrire son prochain livre!



mots-clés : #amitié #amour #communautejuive #creationartistique #identitesexuelle #insurrection #lieu #relationenfantparent #sports
par topocl
le Sam 3 Mar - 10:58
 
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Hélène Cixous

J'ai découvert Hélène Cixous par un chemin détourné, par les images. Le peintre a de quoi interpeller mais son texte à elle avait lui aussi tout pour se démarquer.

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Luc Tuymans, relevé de la mort de Hélène Cixous

J'en ai donc terminé la lecture (intermittente) et je confirme mes bonnes impressions de cette lecture sur un peintre qui m'intéresse mais que je connais peu. Une découverte au fil d'œuvres choisies et mises en mouvement par les sensation provoquées, essentiellement malaise et reconnaissance partielle. Une vraie découverte du peintre donc qui dépasse l'énumération de toiles et la biographie. Les thèmes sont suivis et enchainés autour de retournements de phrases, de mots (on pourrait citer le titre lui même pour commencer) et rattachés à un contexte culturel global, plutôt que des comparaisons contemporaines on assiste à un tissage choisi par citations avec Proust ou van Eyck. Par là-même ce qu'il y a de chronologie et de citations ou d'entretiens avec le peintre gagne en densité pour sortir de l'anecdotique.

Ca pourrait avoir l'air tiré par les cheveux dans la présentation très mobile et très poussée mais la précision des transitions et des thématiques et impressions qui durent tout le long du texte l'emporte facilement.

Forcément remarquable le lien particulier entre l'image "moderne mais pas que" et un sentiment d'histoire contemporaine (passée et en cours).

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mots-clés : #biographie #creationartistique
par animal
le Mar 27 Fév - 21:51
 
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Sujet: Hélène Cixous
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Henry Bauchau

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L’enfant bleu


CONTENU:
L'enfant bleu, c'est Orion, un garçon psychotique âgé de 13 ans dont les médicaments peinent à apaiser les crises. Véronique, psychothérapeute dans un hôpital de jour parisien, va entrer dans l'imaginaire de cet enfant pour essayer de lui rendre la paix. Elle devine sa richesse, sa sensibilité extrême, et va le guider, avec patience et passion, vers l'expression artistique. Henry Bauchau explore ici, avec sa tendresse de poète et sa passion d'écrivain, la frontière entre art et folie.

REMARQUES:
J’ai lu avec énormément de plaisir „L'enfant bleu“. Juste quelques impressions personnelles :
Ce qui me touche dans le chemin de la thérapie, c’est la longueur, la durée qu’on lui donne. En cela, par ces tous petits pas hésitants vers des améliorations, envers des contrariétés et des résistances, on donne une véracité au récit.
La terminologie venant de la psychothérapie peut quand même d’abord désorienter quelqu’un qui était étranger à cet univers jusqu’à maintenant : perpétuellement on sent derrière l’écrivain le psychanalyste. Mais derrière celui-ci aussi toujours l’écrivain.
Ce qui est intéressant c’est que l’analysante est elle-même dans un certain sens en quête de guérison après des épreuves de la vie. Elle ne reste pas extérieure à la thérapie : le danger d’une fusion est toute proche. Mais c’est aussi par cette implication très personnelle que quelque chose peut changer dans la vie d’Orion. Ces réflexions m’ont très touchées...
Pour celui qui est attiré par l’art thérapie, il va trouver dans ce livre un vibrant plaidoyer.

C’était bien mon premier Bauchau à l’époque, et n’allait pas être mon dernier. Le boulevard m’attendait déjà…


mots-clés : #creationartistique #enfance #medecine #pathologie
par tom léo
le Dim 25 Fév - 22:32
 
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Sujet: Henry Bauchau
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Emmanuel Carrère

Un roman russe

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C'est donc une relecture. Et bien , je comprends bien pourquoi je n'avais pas aimé. Je continue à ne pas pouvoir dire que j'ai aimé. Mais.  Mais ce livre est complexe, ambigu et tragique, comme son auteur.

Il s'agit d'un  fatras absolu qui pourrait avoir pour sous-titre Quelques mois de la vie d'Emmanuel Carrère.

Au premier chapitre, il part en reportage sur les traces d'un soldat Hongrois qui a été hospitalisé pendant 50 ans dans un hôpital psychiatrique russe, finalement identifié et ramené à sa famille,  ne parlant plus que par bribes , ne se souvenant de rien. Super sujet, traité de façon frustrante sur un chapitre.

A l'occasion du reportage à Kotelnitch, où est  l’hôpital psychiatrique, Emmanuel Carrère y est séduit par ce village post-soviétique  agonisant, où il parait impossible de vivre mais où des gens survivent quand même. Il tisse des liens et il finira par y revenir fasciné un mois durant, pour s’imprégner de cette vie si étrange pour nous, une non-aventure typiquement carrérienne qui a son charme décadent, et finit  tragiquement.

Pendant la même période il cherche à faire aboutir le projet d’écrire sur son grand-père géorgien immigré  au moment de l'annexion de la Géorgie par l'Union Soviétique, personnalité aussi tourmentée que son petit-fils, malmené par la vie jusqu'à son arrestation et sa disparition mystérieuse en 44, sans doute liée à ses activités d’interprète pour les Allemands. Il pense que creuser l'abcès de ce mystère pourra l'aider à mieux assumer son propre malêtre.

Voilà. Tout ça, quoique un peu disparate, et pas complètement abouti,  c'est épatant. Du Carrère comme on l'aime.

Seulement manifestement cela ne suffisait pas, ou peut-être n'était que le prétexte pour que Carrère,  adolescent amoureux de nous parler de Sophie, la belle Sophie, la Sophie amoureuse,  Sophie qui fait si bien l'amour en présence ou au téléphone , Sophie, l'amour de sa vie. Cependant comme Carrère est, cela ne change pas, totalement immature, égocentrique, égoïstement torturé, supérieur, maladroit, possessif, infantile, cela finit mal et on a droit à tous les détails de cette rupture en plusieurs actes. Au centre de celle-ci, une nouvelle érotique dont Carrère semble très fier, mais que j'ai trouvée d’une longueur.... Et puis des dialogues répétés du genre Tu es l'amour de ma vie mais je ne peux pas te supporter. Tu es la femme que j'aime mais je suis un si sale type. Tu es l'amour de ma vie mais séparons nous, je souffre trop...

Dreep est plutôt indulgent quand il qualifie ça de
@Dreep a écrit: une histoire de cul et de cocu avec sa copine du moment qu'il a étalé dans Le Monde, je crois.

C'est une pleurnicherie infantile, un règlement de compte lamentable, une bombe à retardement dans la vie de la pauvre Sophie.


Manifestement Carrère se complaît dans sa démonstration qu'il est un sale type ( tout en n'omettant pas de nous dire qu'il peut bander sans interruption toute la nuit), un peu comme si le fait de taper sur lui-même l'autorisait à dire tout et n'importe quoi sur les autres. Quelle "sincérité" mal placée! Surtout que c'est carrément rasoir et complaisant, désobligeant, obscène (pas tant les histoires de cul que l'étalage privé et le règlement de compte).

Tout cela pose la question de la liberté de l'artiste. Comme l'a dit Dreep, Sophie existe. Elle avait un autre homme en "roue de secours" et ce pauvre type en prend aussi plein la figure. Et puis la mère de Carrère (personnage publique, Hélène Carrère d'Encausse) lui demande de ne pas dévoiler l'histoire du grand-père et il s'en fout. Il n'en fait pas un portrait très glorieux, de sa mère, mais quand même elle n'est pas un monstre non plus.

Donc, un seul conseil, si vous êtes amené à fréquenter Carrère, prudence, même "si vous n'avez rien  à cacher " selon la formule consacrée.

Donc finalement,  quand
@Dreep a écrit:  Je lui en veux encore.

Je comprends, Dreep, je comprends vraiment. Mais vois-tu les dernières pages (le suicide du cousin, la malédiction familiale, la lettre-confession à sa mère) sont bouleversantes, plus bouleversantes que beaucoup de choses que j'ai  lues, et alors malgré la détestation que j'ai traînée au fil des pages, je lui pardonne. La pourriture, la mesquinerie, je les regrette, c'est cher payé. Mais quoique ici profondément maladroit,  c'est véritablement un écrivain, et il me touche.

@Quasimodo a écrit: quant à Carrère, mais tous ses livres ne sont pas égaux semble-t-il ?

Et bien oui, tout à fait, tu l'auras compris  Cool ...


mots-clés : #amour #creationartistique #relationenfantparent #sexualité #violence
par topocl
le Ven 23 Fév - 19:36
 
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Sujet: Emmanuel Carrère
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Juan Gabriel Vásquez

Le corps des ruines

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Il va être difficile de rendre compte de ce roman tant il est tentaculaire, intelligent, maîtrisé, tant le roman et le non-roman y sont étroitement intriqués au bénéfice de l'esprit et d'une certaine générosité.

Juan Gabriel Vasquez s'y montre  écrivain à l’œuvre, s’appropriant peu à peu un sujet qui l'a initialement rebuté, à l'écoute des signes qu'au fil des années celui-ci peut lui envoyer, l'amenant à accepter de douter, de se remettre en question pour finalement se l'approprier au prix d'un itinéraire affectivo-intellectuel traversant le temps et les continents.

Ce sujet lui est apporté/imposé par une espèce de complotiste exalté, monomaniaque et  agaçant, Carlos Carballo, fasciné par deux assassinats politiques qui ont été  des tournants majeurs dans l'histoire de la Colombie:  celui de Rafael Uribe Uribe en 1914, et celui de Jorge Eliécer Gaitán en 1948, deux figures de l'opposition libérale. Pour ces deux assassinats,  les exécutants ont été châtiés, et Carballo soutient que la justice s'est refusée à remonter le fil des vrais commanditaires. La juxtaposition de ces deux affaires est l'occasion  d'interroger la société colombienne, pervertie d'avoir toujours frayé avec la violence,  de réfléchir au lien que celle-ci entretient avec le mensonge et la dissimulation, et de montrer comment la quête de la vérité, si elle est vouée à l'échec, permet cependant d'interroger sa propre intimité, mais aussi tout le corps social  notamment dans sa  dimension  politico-judiciaire.

On est  dans une démarche assez curieuse (et plusieurs fois revendiquée) qui mêle sciemment l'autofiction et  l'histoire d'un pays, mais aussi l'Histoire et la fiction  pour produire une œuvre protéiforme, mi-polar politique, mi-réflexion et quête de sens. Dans cette démarche qui n'est pas sans rappeler Cercas, mais portée ici par une écriture fluide et pleine de vivacité, parfois à la limite de la faconde, Juan Gabriel Vasquez communique, par un montage époustouflant,  sa passion, ses émotions  et son érudition. il tire un fil qui en révèle un autre, suggère sans imposer, les longueurs sont très rares (et sans doute indispensables), c'est de la belle ouvrage.




mots-clés : #autofiction #complotisme #creationartistique #historique #justice #politique #violence
par topocl
le Mar 20 Fév - 16:20
 
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Sujet: Juan Gabriel Vásquez
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Stefan Zweig

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Trois Maîtres : Balzac, Dickens, Dostoievski

Originale: Drei Meister. Balzac, Dickens, Dostojewski (Allemand, paru en complet en 1920)
séparé le Balzac 1908, le Dickens 1910 et le Dostoievski en travail sur plusieurs années (sept?!) jusqu’à une première parution en 1919

En ces trois romanciers du XIXème siècle Zweig voyait un peu des génies encyclopédiques, le summum des possibilités, en ce qui concerne le premier pour aller le plus loin dans une analyse d’une société, le deuxième dans les rapports familiaux, et le troisième, visiblement choyé par Zweig, comme celui qui a le plus exploré le lien entre l’individu et les questions existentiels.

Les deux premiers „maîtres“ trouvent des essais plus courts que je n’ai pas lu pour l’instant, étant concentré sur Dostoïevski.

Il ne s’agit PAS de biographies qui ne nécessitent pas un certain savoir de l’œuvre littéraire de ces auteurs. Au contraire: même s’il présente certaines lignes fondamentales de la vie de Dosto, les références fusent, et on comprend aisément que Zweig a du travailler l’œuvre de Dostoïevski du début jusqu’à la fin, inclus le Journal de l’écrivain, et des œuvres secondaires. Sa capacité d’en former une vision de l’œuvre, d’analyser des lignes essentielles m’a vraiment époustouflé, et j’aimerais conseiller ces essais d’un total d’environ 120 pages pour tous les amateurs de l’auteur russe. Sensiblement il y a de l’admiration chez Zweig pour l’auteur russe. Il arrive si bien de montrer celui-ci dans ces tiraillement entre les différents pôles des questionnements existentiels: oui, il parle volontiers d’un certain dualisme. Vouloir réduire ce Russe à un pôle, à un coté de la balance, cela serait déjà enlever quelque chose de la complexité de ce personnage et de son œuvre, entre réalisme et rêve, entre doute et foi, extase et souffrance etc.

On retrouve – en ce qui concerne les amateurs de Zweig lui-même, son langage magnifique et riche, des fois légèrement pathétique (?). C’est bien de se rappeler que ce grand romancier a alors travaillé sur beaucoup de biographies sur les „génies“ de l’humanité.

Entreprise réussie!

mots-clés : #biographie #creationartistique #essai
par tom léo
le Lun 12 Fév - 16:59
 
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Sujet: Stefan Zweig
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Pierre Michon

Les Onzes

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Quelle puissance narrative dans ce roman ! Michon nous narre l'exécution d'un tableau fictif par Corentin peintre assujetti aux oeuvres habituellement de David.
Les onzes, ce sont les onze membres du comité de salut public, le deuxième, non celui de Danton mais celui dirigé par Collot et Robespierre.
Le peintre a pour ordre de les représenter impérieux et grandioses.
Michon nous narre d'abord le vécu du peintre puis sa place lors de la commande. En mélangeant éléments historiques et éléments fictifs nous sommes transportés dans le récit qu'on prendrait pour vrai.
Le style de Michon est parfait, un vocabulaire richissime (malgré la répétition de certains qualificatifs) et la prose délicate avec néanmoins une causticité certaine. Il y a du caractère dans la douceur apparente du style. un caractère parfois énervant tant on peut déceler du conservatisme dans certains propos et un certain mépris. Michon est un auteur que je devrais détester mais c'est un génie au sens où son talent lui permet d'être aimé de tous. Et j'admire profondément cet auteur pour sa capacité à magnifier la langue française. L'histoire me laisse toujours un peu de côté mais lorsqu'on touche le firmament de notre langue maternelle, le reste est accessoire.

*****
mots-clés : #creationartistique #historique #revolution
par Hanta
le Jeu 25 Jan - 9:02
 
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Sujet: Pierre Michon
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Charles-Albert Cingria

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 3 Produc10



Bois sec Bois vert

C’est  une première intrusion dans l’univers de cet auteur. J’ai donc été surprise par l’écriture dans sa forme, la composition et l' enchaînement des phrases, mais une fois apprivoisée j’ai pu en goûter la richesse.

Plusieurs récits, nouvelles et études dans ce livre qui aborde des sujets  divers, du banal buvard au palais.

L’auteur  s’intéresse  où porte sa vue dans ses flâneries, à pieds ou en vélo, dans un simple village ou dans une grande ville comme Rome ce qui nous vaut de belles  descriptions , les leçons de l’Histoire, des réflexions sur les arts.

Si l’ensemble est d’une belle facture, j’ai tout particulièrement aimé « Lou sordel » ( troubadour lombard du XIIIe siècle d'expression occitane).

Le suivre c’est visiter l’Histoire et surtout lire des poèmes écrits en « provençal » (Le mot provençal sert aussi, particulièrement jusqu’au milieu du XXe siècle12, à désigner l’ensemble de la langue d’oc), si l’auteur en pose la traduction française j’ai apprécié qu’il s’oblige à montrer la langue originelle, seule langue dont disposait à l’époque les troubadours.

Bois sec bois vert
: un retour au domicile après longue absence (guerre) se rapproprier les lieux, le temps et la vie. Que s’est-il passé en son absence ? le progrès ! Là il y a matière à critiquer les pays civilisés « soi-disant » actuels où  l’on ne construit plus de cheminée ; « mais c’est le progrès à rebours » !  Mais lui veut son feu !

« Celles (les fascines) que j’ai discernées chez l’Auvergnat de ma rue flambent trop vite. Aussi faut-il les tempérer avec du bois vert, dont je ne manque pas, m’étant, comme tant d’autres laissé duper pour une quantité assez grande. Celui-là craque, crache, pète, lance de longs furieux fils de vapeur, et c’est bien amusant, des matinées entières à contempler cette lutte du mouillé et du sec où le sec q quelquefois la victoire. »

Alors,

« si l’on ne trouve pas surnaturel l’ordinaire, à quoi bon poursuivre ? »

Le camp de César : des voleurs sympathiques « Je reconnais un des voleurs. La pensée me vient de le féliciter, surtout de le réconforter (j’ai bien compris pourquoi il a plié bagage si vite). Une industrie pareille et tant de grâce, tant de fulminante souplesse et aussi tant d’éloquence mériteraient mieux que l’obligation de s’enfuir aux moindres indices signes avant-coureurs de la force publique. »

Mais ce qui m’a le plus impressionnée c’est « le comte des formes » (le magistrat des eaux le plus puissant à Constantinople)

« Les « eaux » qui furent ici le début de tout comme elles l’avaient été de la terre, furent au nombre de huit. »

A travers l’Histoire l’auteur nous conte les tribulations  de l’obélisque de Théodose, puis de celles du Latran qui se dresse à  Rome. Sa curiosité le pousse à regarder de l’extérieur aux nombreuses fenêtres. Mais surtout il montre le caractère Romain des choses, de l’architecture, voire des roseaux. Tout dans Rome est continuité. Tout tient de la race Romaine (à prendre comme un pédigree)

« L’emploi de Rome par Rome –c’est simpliste à dire – s’acquiert par le séjour, difficilement par des considérations et des livres. »

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L’auteur est curieux de tout ce qu’est la vie ;  il laisse voir ses ressentis, explique souvent ses choix et  attitudes ; ses mots exhalent de la poésie.

Il  reproche parfois aux passants de ne pas « voir » ce qui s’offre à leur vue.

Si l’écriture est châtiée l’auteur ne s’en raconte pas, il est dans le vif, le vrai, le surprenant.

Ce fut une lecture qui m’a demandé de l’attention, mais elle le méritait. Malgré  (ou à cause de) mon très modeste commentaire  je vous engage à le lire.

Merci à Jack de me l’avoir proposée dans la chaine de l’hiver.

Extraits :

Eau de vie : On leur pèsera, comme à nous, cette eau ainsi nommée parce que réellement y assiste et participe le principe de la vie, mais non plus, comme à nous, on ne leur permettra pas d’entrer. Les verres seulement, contestablement propres, pourtant de cristal, seront posés sur la fenêtre, et l’argent recueilli disparaîtra de même… »

« Enfin il y a les évènements. Les moindres, en apparence, étant les plus significatifs. Il n’y a qu’à se promener, C’est ça qu’on trouve. Jamais soixante larynx dans une vitrine qui voudraient démontrer que l’espèce ne serait que le résultat par imperceptible d’une lente poussée aveugle. »

« L’archéologie aussi est historique au sens du recommencement humain « Les très grandes civilisations ont toujours eu pour le moins cinq ou six renaissances de différents styles, et leur mélange. C’est excitant ce mélange.


mots-clés : #creationartistique #historique #nature #nouvelle
par Bédoulène
le Sam 6 Jan - 15:56
 
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Sujet: Charles-Albert Cingria
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Ramuz Charles-Ferdinand

Merci beaucoup pour ce splendide commentaire-hommage Églantine  Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 3 3245407319  !






Aimé Pache
Peintre Vaudois
Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 3 Aimy_p10
Roman, 270 pages environ, écrit, selon les sources, sur une douzaine d'années ou bien entre 1905 et 1910, publié en 1910.



Livre sans doute touchant à l'intime pour son auteur, des questionnements, une démarche parfois sans doute pas très éloignés de l'autobiographie.
Le propos est la genèse d'un peintre.

Le talent d'Aimé Pache est décelé par un professeur cabossé de la vie, marginal, moqué, miséreux, raté comme il est dit dans le roman, Vernet, celui par qui notre héros arrive à la peinture, ce Vernet prend l'initiative d'en parler aux parents et de donner des leçons de dessin et de peinture à Aimé.

L'autre fréquentation de type marginal d'Aimé est le savoureux personnage de Rose la Folle (on peut adjoindre aussi, mais il se cantonne à l'arrière-plan le plus éloigné, Pointet le taupier), profil(s) socialement situé(s) à l'extrême marge, qui rend(ent) compte de l'auto-ostracisme volontaire de l'enfance et de l'adolescence d'Aimé, âges longuement décrits, sur fonds de père inaccessible (in-tuable diraient les freudiens), de mère aimante et si proche (on est dans un fusionnel "à la Marcel Proust"), et de fratrie distante.

L'envol du jeune artiste hors de la campagne-nid natal, la phase parisienne d'apprentissage-accomplissement, enfin le retour douloureux au pays forment la trame du roman.

A l'intime de l'art de Ramuz disais-je, on trouve ce grand questionnement entre l'enchevêtrement de l'inné et l'acquis, du culturel et du naturel, de l'action de la contemplation, avec cette conception que le terroir façonne l'être, le marque au sens marqueur.
Chapitre VIII a écrit: Je me représente tout ce que je dois au pays, et, de cette dette, il faudra m'acquitter aussi.

(NB: je relisais cet automne Vie de Samuel Belet, publié peu de temps après Aimé Pache Peintre Vaudois et des thématiques similaires s'y retrouvent.)

La part d'autobiographie tient au fait que le héros est un créateur, un artiste, dans un lieu, un temps et un milieu social où cela ne se fait guère.

L'exercice -tenant de l'improbable funambulisme- de quête intérieure (recherchée ardemment, but positif) sans repli sur soi (sa face sombre, négative) ainsi que les affres de la création lorsque l'artiste lui-même est son seul et exigeant censeur donnent de la profondeur aux pages.
Pache est-il davantage appelé à être peintre qu'il ne choisit de l'être ?

Notre héros est né en 1874, il est donc à Paris aux alentours de -mettons- 1894 et jusqu'à environ 1904, et tout le bouillonnement intense du milieu de la peinture de ce Paris-là n'est ni narré, ni suggéré.

Chapitre VIII a écrit: Dans le repos, Chardin, et le sens du repos et l'intimité; dans le geste et l'allure, et la signification du geste, Delacroix; incomplètement, je vais à Corot, et pas tout à fait à Millet, pourquoi ?


Chapitre IX a écrit: Il passait son dimanche au Louvre. Il y retournait à Chardin et au grand Gille de Watteau, tout blanc, debout, de face, avec les mains qui pendent; Rubens le retenait peu, mais le Mantegna du Parnasse l'habituait à la discipline des formes; et la Pietà d'Avignon au pathétique contenu.


On pressent du conventionnel dans l'art de Pache, un aspect je passe à côté du meilleur de ce que l'avant-garde avait à proposer à un peintre à Paris, pour extirper ce que l'artiste a au fond de lui, sans influence extérieure de l'époque ni positionnement: effort, apprentissage, sérieux et discipline, mais pas d'effet de mode, pas de courant ni d'école auquel se rattacher, pas d'émulation avec d'autres peintres.

Pourtant, il semble bien que ça ne soit pas tout à fait le cas, Pache "digère" dans son coin les nouveaux apports et les inclut dans sa peinture.
Sans que cela ne constitue un faisceau d'éléments probants, ce que disent ses modèles des toiles nous donne en effet une piste de réflexion pour le type de peinture de Pache:
Chapitre V a écrit: - Est-il possible que je sois si vilaine ?
Car elle pensait que sur les portraits il faut qu'on soit plus beau que dans la vie, pour donner confiance aux gens.


Chapitre XIX a écrit: - Si tu faisais mon portrait. Mais, tu sais, pas avec ces vilaines lignes et ces grimaces dans la figure, comme tu m'en a mis l'autre fois,  je n'osais pas te le dire, mais à présent j'ose. Dis, veux-u ?


Chapite XXV a écrit: - Charrette ! dit enfin Ravessoud. C'est-y Adrien, ça ? et c'est-y sa bête ? Et puis, c'est vif dans la couleur... Seulement on n'y connaît rien.


Difficile de ne pas y voir une similarité avec l'art de Ramuz, le paradoxe d'un dépouillement scintillant, d'une simplicité chatoyante, qui se coupleraient avec une exploration intérieure, sur les fondements matriciels du biotope, littéralement essentiel:
L'auteur a appui sur des générations couplées à un terreau très précis pour racines, mais, loin que cela ne l'enferme, c'est -via son art- on ne peut plus propice à l'ouverture aux autres.
Au reste, au cas où nous n'aurions pas voulu voir Ramuz en Pache, l'auteur nous le dit on ne peut plus clairement:
Chapitre IX a écrit: Parler, comme ils ont fait, la véritable langue, mais, eux, c'était sans le savoir. Peindre comme ils ont peint sur les portes des granges, comme ils ont peint sur les vieux coffres, et ils ont aimé les petits bouquets !

Parler (...) la véritable langue (est le propre de l'art de Ramuz) peindre comme ils ont peint (le propre de l'art de Pache).

Ramuz prolonge (sciemment, je pense) ce je passe à côté en nous posant un Paris tel qu'on n'a pas trop tendance à le figurer à cette époque, plutôt villageois, intime pour un presque huis-clos avec les rares personnages qui peuplent le quotidien de Pache, un Paris où l'on ne sort de son quartier que pour aller à la campagne.

Un mot, sans raconter l'histoire, de l'amour d'Aimé et d'Émilienne, pour souligner que ce n'est pas qu'une histoire entre le peintre et son modèle, encore moins une passade de jeunes gens.  
Là aussi Aimé sort grandi en intériorité, disons qu'il a cheminé. Le voilà mûr pour une décision douloureuse, déflagrante autant qu'évidente, entachée d'un poids de culpabilité et d'impossibilités, autant d'impasses sur la quête d'une harmonie qu'il attend et dont on pressent qu'elle s'éloigne sans cesse.

Le final - je me défends bien sûr de le dévoiler - est une apothéose inattendue, et douce au lecteur (comme notre auteur sait être si doux au lecteur), je ne soupçonnais vraiment pas, à peine à quelques chapitres de la fin, que Ramuz tirerait le livre vers une conclusion de ce type.

mots-clés : #creationartistique
par Aventin
le Lun 1 Jan - 19:06
 
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Sujet: Ramuz Charles-Ferdinand
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André Gide

Paludes :

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 3 Ghjghj10

Commentaire qui s'inscrit dans le cadre d'une relecture. Toujours jubilatoire ce roman de jeunesse de Gide qui se veut à la fois critique du roman naturaliste ou réaliste et à la fois un questionnement philosophique sur la place de l'auteur puis de l'homme.

Paludes c'est le nom d'un écrit du personnage principal, c'est le questionnement situationnel de chaque action, situation et responsabilité. Agir est ce de la responsabilité de la personne ? Ecrire qu'on va agir est ce s'engager ? Agissons nous lorsque l'on ne fait qu'exister ? Exister est ce une suite d'actions ?

Magnifiquement écrit avec un style maîtrisé au point de donner des complexes à l'écrivain amateur que nous sommes (il avait 24 ans) Paludes trouve son héritage philosophique chez Kierkegaard, Descartes et Spinoza.

Souvent moqué, critiqué pour son immaturité ce fut surtout un grand coup de pied dans le monde littéraire et dans le monde philosophique. Une oeuvre importante.

mots-clés : #creationartistique #journal
par Hanta
le Dim 17 Déc - 20:06
 
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Sujet: André Gide
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Victor Paskov

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 3 97828610

Ballade pour Georg Henig

Ou comment la musique et l'amour de son art permet de transfigurer le présent.

Victor s'est fait un ami en ce maître luthier que ses propres élèves renient. Tous les jours, il lui porte le repas et reste avec lui pour visiter l'imaginaire et l'écouter parler de son pays, de sa femme aimée Bojenka, de son frère Anton décédé qu'il voit chevauchant un magnifique cheval fougueux, de son père Yossif qui lui a transmis son art. Et voilà ce petit garçon enrichi de la présence de ce vieil homme qu'il préfère à celle de ses camarades de classe.

J’avais enfin découvert un grand-père à mon goût : extrêmement pauvre, infiniment bon, il semblait sorti tout droit d’un conte de fées, détenait des secrets, venait d’un pays lointain et inconnu, parlait une langue magique, exerçait un étrange métier et vivait dans la misère  comme un saint


Les pensées et les souvenirs tournoyaient autour de sa tête blanche, comme des papillons autour d’une lampe qui éclaire pour elle-même, sans se préoccuper de ce qui se passe autour d’elle.


Tout autant que la fabrication d'un violon exceptionnel, le livre raconte également la lutte permanente de ces bulgares pour fuir la pauvreté matérielle qui les oppresse. Maître Georgui n'a rien pour vivre, son logis est pitoyable, il ne mange pas à sa fin et sa vie s'achèvera dans la noirceur d'un hospice mais il transmet à Victor la richesse d'aimer un art qui emporte vers la rêverie : les passages sur le bois du violon qui doit parler au luthier sont magnifiques.

Même si le livre est baigné d'une certaine tristesse , la phrase du maître à ses deux élèves ingrats devant un Victor bouleversé,  est certainement une des plus belles leçons du livre : ce sont eux qui sont pauvres car ils ont tourné le dos à leur art, ne le respectant plus et l'ayant rendu juste mercantile.


A eux, le bois ne parlera plus....



Une si belle lecture.

mots-clés : {#}creationartistique{/#} {#}enfance{/#}
par Invité
le Jeu 30 Nov - 21:04
 
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Sujet: Victor Paskov
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Honoré de Balzac

@Tristram a écrit:
Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 3 Sarras10

Sarrasine



Bref texte d’apparence fantastique relatant l’histoire d’un fougueux sculpteur français qui s’enflamme pour une diva italienne, jusqu’à découvrir qu’il s’agit d’un castrat travesti ‒ un « monstre ».


« Rire, rire ! Tu as osé te jouer d’une passion d’homme, toi ? »


mots-clés : #creationartistique #nouvelle

Avec "Passion dans le désert" et ce texte Balzac empruntait des sentiers scabreux pour l'époque ? Comment les relier à la colonne vertébrale de son oeuvre ?
par Chamaco
le Dim 19 Nov - 9:24
 
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Amaury Nauroy

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 3 Rondes10

Rondes de nuit
Longtemps, le narrateur de Rondes de nuit a vu dans les personnages du tableau de Rembrandt auquel il emprunte son titre, « une mystérieuse ronde de poètes », lui-même s’identifiant à l’enfant ébahie d’être là, « à qui la parole manque », au centre de la composition. Plus tard, au cours de l’ouvrage, sa compréhension du sens du tableau s’approfondira pour y voir désormais « la connivence des vivants et des morts sans quoi toute vie demeure irrespirable ». Les deux côtés de son existence se rejoignent, le portrait du grand-père paysan peut alors figurer dans le livre à côté de ceux de la famille d’élection.


Un auteur de la "génération intermédiaire" qui entreprend de remettre en vie ce qu'on peut qualifier d'une mythologie de la littérature suisse romande forcément ça méritait un coup d’œil. Bien qu'au début on ne sache pas trop ce qu'on va lire.

Et en appeler à des figures établies en passant par la case première personne par les temps qui courent c'est casse-gueule le "j'ai un avis sur tout et suis dans la lignée des... " est une ombre qui fait peur. C'est comme ça, tournée la page de Rembrandt qu'on entre dans le livre.

Si les univers littéraire non pas promis mais supposés sont bien là c'est cependant de façon indirecte. Pas de mimétisme, pas de citations à la pelle mais un détour par le chemin du quotidien. C'est assez tranquillement que commence la découverte du paysage du livre, une sorte d'enquête à épisodes qui commence chez Henri-Louis Mermod.

Mermod c'est parler de Ramuz, Cingria, Gustave Roud mais aussi Maurice Chappaz, Jacques Chessex ou Philippe Jaccottet. Voilà, plus que les oeuvres c'est une dynamique, une pensée diverse et des rencontres concrètes, des gestes, un mouvement prolongé par Amaury Nauroy qui a rencontrer et fréquenter les derniers d'entre eux.

L'anecdote et la citation hors sentier battu donnent de la chaleur à cet exercice périlleux et nous laisse à bonne distance du possible voyeurisme pour nous garder au chaud et alertes dans une lecture agréable pour ne pas dire confortable.

On peut se poser et peser la densité de ce que ça peut représenter pour nous lecteurs qui aimons lire et partager.

Si je compte bien revenir avec un ou deux extraits je ne vais pas être capable de vous résumer beaucoup mieux que ça cette belle lecture. Dans la partie catalogue je n'ai pas cités à côté des noms les plus connus d'autres qui le sont moins (et il est aussi question de peinture) et juste en faire la liste ne serait pas très élégant.

Ce que je peux dire c'est que cette première personne devant le catalogue en question a priori ce n'est pas mon truc mais que descendu de l'étagère et rendu à l'évidence et à la simplicité je profite volontiers du voyage qui va bien plus loin que l'étalage people alternatif de luxe.

Un très bon moment de lecture donc qui parle bel et bien de littérature se gardant bien toutefois de se prendre les pieds dans les tapis à la mode. Ca fait du bien !

A n'en pas douter une petite mine d'or pour certains d'entre vous.

mots-clés : #biographie #creationartistique
par animal
le Sam 18 Nov - 15:39
 
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Sujet: Amaury Nauroy
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Honoré de Balzac

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 3 Sarras10

Sarrasine



Bref texte d’apparence fantastique relatant l’histoire d’un fougueux sculpteur français qui s’enflamme pour une diva italienne, jusqu’à découvrir qu’il s’agit d’un castrat travesti ‒ un « monstre ».


« Rire, rire ! Tu as osé te jouer d’une passion d’homme, toi ? »




mots-clés : #creationartistique #nouvelle
par Tristram
le Ven 17 Nov - 20:30
 
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Sujet: Honoré de Balzac
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W.G. Sebald

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 3 Sebald10

SEJOURS A LA CAMPAGNE

Sebald a rassemblé dans ce livre quelques écrivains proches de lui, spirituellement et géographiquement -en gros le paysage préalpin-
Il semble penser qu'à travers les ages et les lieux, se tissent d'étranges parentés, des affinités électives.
Et que la même "mélancolie lyrique" les accompagne.
Et Sebald va plus loin, l'écrivain -un certain type d'écrivain- est un être malade, mentalement malade, moins désireux d'écrire qu'incapable de ne pas le faire.
Autrement dit, l'écriture serait une contrainte tyrannique à laquelle l'écrivain ne peut échapper.
En pensant à ce type d'écrivains, Sebald précise :
"Le trouble du comportement pousse à transformer en mots tout ce qu'on éprouve, et avec une sureté surprenante à passer à coté de la vie".

A propos de Jean Jacques Rousseau :
"...on pourrait aussi comprendre l'écriture comme un acte en permanence contraignant prouvant que l'écrivain, de tous les sujets malades, est peut etre le plus incurable".

A propos de Morike :
"... l'écriture, ce vice qui en un sens permet un peu de compenser et bien souvent ne lache plus quiconque a commencé à s'y adonner".

Ce livre pourrait être lu seulement pour ce qu'il écrit sur Robert Walser, dans le texte intitulé "Le promeneur solitaire", tant Sebald manifeste de sympathie, de clairvoyance, de compassion pour le malheureux écrivain suisse.
Il faudrait tout citer...

"Walser et Gogol ont en commun d'être comme des oiseaux sur la branche, en commun aussi cette terrible fragilité, les changements d'humeur, la panique, l'humour merveilleusement fantasque et empreint d'une noire tristesse, la manie des bouts de papier et justement l'invention de tout un peuple de pauvres ames, d'un défilé ininterrompu de masques servant à la mystification autobiographique..."

Parlant des débuts d'écrivain de Walser :
"Il écrit sans arrêt avec de plus en plus de difficulté, il continue d'écrire jour après jour jusqu'à la limite et fréquemment un peu au delà..."

Dans le contexte des années 30 et la montée du nazisme, Sebald explique l'écriture des microgrammes "comme un exercice préparatoire à la vie en clandestinité, les messages secrets de quelqu'un qui se trouve rejeté dans l'illégalité...
Et c'est aussi le moyen de surmonter l'inhibition qui l'empéchait d'écrire et de tenter de se soustraire aux instances de jugement, de se musser sous le langage et de complètement s'effacer..."


Sebald conclut :
"Walser m'a sans cesse ccompagné. Il suffit que je quitte un moment mon travail quotidien pour l'apercevoir quelque part, à l'écart, figure reconnaissable entre toutes du promeneur solitaire qui contemple un instant le paysage qui l'entoure..."

Sebald, à plusieurs reprises insiste sur l'impossibilité de définir ou d'expliquer la singularité radicale de Walser.
Et j'ajouterai pour ma part que cette impossibilité de définir ou d'expliquer vaut tout autant pour Sebald et pour nimporte lequel d'entre nous.
Mais que la tentative de Sebald est belle et inoubliable !

Rapatrié

mots-clés : #biographie #creationartistique #essai
par bix_229
le Jeu 9 Nov - 17:02
 
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Sujet: W.G. Sebald
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Daniel Mendelsohn

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_un10

Une odyssée – un père, un fils, une épopée  

Daniel Mendelsohn, professeur de littérature classique, héritier de générations de spécialistes de la littérature classique,  entame un séminaire de première année au Bard Collège, pour  un groupe de  tout jeunes étudiants, naïfs et enthousiastes, sur le thème de l’Odyssée d’Homère. Une transmission intellectuelle qui reproduit celle que lui ont prodiguée ses maîtres, comme un cadeau à la génération suivante. Son père, un vieil homme dur, exigent, scientifique passionné de littérature, mort depuis – et dont la mort fait l’objet du bouleversant dernier chapitre - s’impose comme auditeur libre. Tout au fil des semaines, il va « ronchonner, pinailler et contester tout ce que je m’évertuais à leur enseigner », et le fils, quoique brillant professeur thèsé va souvent  se retrouver « comme si j’avais 11 ans ». Quelques semaines après, ils vont partager une croisière thématique en Méditerranée « Sur les traces d’Ulysse », expérience qui vient couronner cette étude théorique.

l’un de mes tableaux préférés, La chute d’Icare de Bruegel, se trouvait dans ce musée.
Effectivement. Une œuvre très célèbre que vous, qui êtes classiciste, devez particulièrement apprécier.
Absolument, confirmai-je en souriant. Elle nous parle de l’hubris, de ce qu’il y a d’insensé à défier les dieux.
Il me regarda, amusé. Ou plutôt de ce qu’il y a d’insensé à défier les pères!



On a dit que c’était un livre sur son père. Mais en fait, ça s’appelle Une odyssée, en référence à l’Odyssée d’Homère. Son père ? L’Odyssée ? Qu’importe ? N’est ce pas la même chose ? Car l’Odyssée, ne l’a t’on pas dit et répété, est un livre total, un de ces livres uniques et universels qui englobent tout, après lesquels il n’est plus besoin (possible ?) d’écrire quoi que ce soit, car tout est dit. Et cela, n’est ce pas la définition d’un être humain, unique, universel, in-reproductible ? L’analyse littéraire alterne avec le récit familial, l’un éclairant subtilement l’autre et ainsi, au fil des semaines, dans une traversée à haut risque qui le ramène au pays natal, l’Odyssée va lui donner en même temps  les clés de son père et les outils pour sa propre remise en question.

Cheminant habilement, dans un acharnement érudit, entre fiction et réalité, Mendelsohn décortique, crée des liens, des correspondances, des résonances, part en digressions, réminiscences. L’Odyssée c’est la vie tout entière, à commencer par la transmission, la filiation, la fidélité, la ruse, la recherche du port d’attache et les difficultés de la vie. C’est un récit qui  permet de tout comprendre, de « révéler les tendons d’Achille », un récit où le présent fait découvrir le passé (Mendelsohn appelle ça une composition circulaire) dans un miroir intellectuellement brillant et d’une incroyable émotion. On n’a plus aucun doute sur le fait que Daniel Mendelsohn a raison d’avoir consacré sa vie et son intelligence à décortiquer les textes antiques, puisqu’ils gardent cette actualité si prégnante, qu’on peut considérer ces fictions du passé comme une répétition générale de nos vies d’aujourd’hui.

Quelle audace bienvenue que d’offrir en partage ce décorticage chronologique et scrupuleux du texte ! Et quelle jubilation intellectuelle à suivre cette analyse progressive, intelligente, humaine, cette explication de texte en direct, vivante et accessible, tout à la fois rationnelle et subjective. Daniel Mendelsohn y mêle une sensibilité, au fil de la progression de sa quête, dans des détails touchants, ces relations implicites entre trois générations, des choses intimes qui se passent entre ce père et ce fils qui ne sont jamais parlé intimement et ébauchent un dialogue et une compréhension à travers la littérature.

Hommage magnifique à un texte unique et à un père unique, comme tous les pères, Une odyssée est un récit de transmission, palpitant et tendre, qui montre la littérature à l’œuvre, indispensable, généreuse et porteuse de sens. Et si le père, Jay Mendelsohn n’en démord pas, plein d’aplomb et d’humour sous-jacent, de préférer le poème au réel, pour ma part, je dois dire que j’ai bien du mal à exprimer une préférence entre cette fiction et cette réalité, qui, étroitement entremêlées, s’unissent à lever le voile du mystère d’un homme.

mots-clés : #antiquite #autobiographie #contemporain #creationartistique #famille #relationenfantparent
par topocl
le Sam 4 Nov - 10:46
 
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Sujet: Daniel Mendelsohn
Réponses: 42
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Pierre Adrian

La piste Pasolini

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 3 Pasoli10


Originale: Français, 2015

On parle de qui ?
Pier Paolo Pasolini est un écrivain, poète, journaliste, scénariste et réalisateur italien, né le 5 mars 1922 à Bologne, et assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, sur la plage d'Ostie, près de Rome. Voir aussi le fil créé :
https://deschosesalire.forumactif.com/t1431-pier-paolo-pasolini?highlight=pasolini
Mais là on parle de PPP comme réalisateur. Il semble que pour beaucoup il excelle (encore plus?) dans la domaine de la poèsie et des articles (proches de pamphlets...)

CONTENU :
Quarante ans après sa mort, Pasolini éclate par sa dérangeante actualité. Pierre Adrian a mené une enquête personnelle, poétique et engagée. À 23 ans, il part pour l'Italie sur les traces d'un écrivain et réalisateur insaisissable et fascinant : Pier Paolo Pasolini. Du "Frioul vide et infini" aux errances dans Rome et ses "nuits sans frein", il hume, palpe cette vie à fleur de peau, à rebours de tous les clichés.
Magnifique quand il provoque la société, Pasolini n'a cessé de bousculer les idées reçues. Quarante ans après son assassinat, il reste vivant au point de nous brûler. Premier détracteur des téléviseurs et de la vie quotidienne, il s'attaque à la société de consommation, loue les joies du football et de la vie pastorale, s'insurge contre la tiédeur bourgeoise, les sentiments institués, et s'acharne à tout désacraliser. Pour s'approcher davantage du sacré.

Un récit de voyage au plus près de Pasolini, une enquête incarnée, mais aussi la quête d'un frère, d'un maître, d'un " meneur d'âmes, meneur de nos petites âmes paumées du nouveau siècle ".

REMARQUES :
Il s’agit pas ici d’une biographie distanciée, un rammassis de données objectives, mais d’un dialogue très personnel, poètique, engagé du jeune auteur avec la personne de PPP. Il voit en lui un « maître » qui nous a encore quelque chose à dire aujourd’hui. Et son cheminement, voyage à travers l’Italie au début de l’année 2015, dans les traces du génir, s’apparente à une confirmation d’intuitions, une initiation. Il aimerait tellement nous faire découvrir l’extrême actualité des interrogations de PPP. Et sa propre personne en est pour ainsi dire un témoin, un « actualisateur ».

Adrian est fasciné par cet homme inclassifiable : désacralisateur et au même moment pleine d’admiration pour, par exemple, la personne du Christ. Dénonciateur des méfaits de la société de consommation et poussé dehors du PC dont il faisait parti. Doux et aimé comme prof dans ses jeunes années, et puis expulsé pour ainsi dire, mis à l’écart à cause de sa homosexualité… Un homme dans des antagonismes, mais dans une vraie recherche qui fascine.

Ainsi il échappe à toutes catégorisations et est en lui-même l’homme comme mystère. Adrian en parle, pas passivement dans une distance, mais activement, touché, mû : il nous le rend proche et fascinant !

Un livre splendide qui fait nous remarquer un jeune auteur qu’il faudra suivre...


Extraits :

… tu dois savoir ceci : dans les enseignements que je te donnerai, je te pousserai – il n’y a pas le moindre doute – à toutes les désacralisations possibles, au manque total de respect pour tout sentiment institué. Mais le fond de mon enseignement consistera à te convaincre de ne pas craindre la sacralité et les sentiments, dont le laïcisme de la société de consommation a privé les hommes en les transformant en automates laids et stupides, adorateurs de fétiches.
(PPP)

… la magnifique habitude de notre vie. Celle de se lever avec le jour, prêt à tout. Le son des loches à heures fixes, les jeunes enfants qui courent autour de la maison, la mère qui déjà s’affaire au ménage. J’aime à croire qu’un poète, lorsqu’il se lève, est joyeux. Il connaît la béatitude. Il reconnaît que la vie est forlidable, et que chaque jous est une nouvelle vie qu’on projette .
(PA)

L’intelligence de sa condition humaine, on ne l’acquiert que lorsqu’on est en danger, qu’on vit tourmenté par le doute qui est la certitude d’être dans le vrai ; donc tu devrais simplement agir, en étant implacablement sévère avec toi-même, et puis on verra, le temps te donnera raison ou tort. (PPP)

Les hommes cherchent toujours à l’extérieur d’eux-mêmes la raison de leurs échecs spirituels ; ils ne veulent jamais se convaincre que a cause en est toujours et uniquemment leur faiblardise, leur manque de caractère et d’intelligence. Il existe un dilettantisme de la foi comme il y a un dilettantisme du savoir.
Gramsci, fondateur du PC italien


mots-clés : #biographie #creationartistique
par tom léo
le Ven 3 Nov - 7:53
 
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Sujet: Pierre Adrian
Réponses: 2
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