Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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145 résultats trouvés pour creationartistique

Varlam Chalamov

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 4 411z9k10

Récits de la Kolyma

Editions Verdier, 1478 pages

Ce qui m’a intrigué en feuilletant cet énorme livre, c’était que la place importante que Chalamov donne à la littérature dans son livre saute aux yeux. A la Kolyma, nous dit Chalamov, où tout est déshumanisé, elle semble au contraire n’avoir aucune place. On est par ailleurs bien trop occupé à survivre au milieu des truands et du travail forcé, d’un froid qui descend jusqu’à -60° C, des maladies et du manque évident de nourriture. Mais j’avais aussi envie de lire ce livre pour ce qu’il revêt de la perception d’une certaine réalité, atroce. Je n’avais à ce moment-là pas d’autre envie. L’auteur prévient le lecteur que ce qu’il a vécu là-bas le dépasse, nous à plus forte raison encore.

Des petits morceaux sont reconstitués, dans un désordre chronologique et de répétitions. Le livre acquiert en quelque sorte une forme libre de mémoire aux limites humaines : quelques réflexions éparses ― il ne brille pas par sa dimension analytique malgré tout ― quelques épisodes. Notamment un, relaté dans un très beau récit intitulé "Marcel Proust"… Ce fantôme (dans le meilleur sens du terme, s’entend) a un éclat très particulier, très étrange et en tout cas lumineux au cœur de ce témoignage. Si justement la littérature n’a plus de place, ou presque plus, c’est au mieux en tant que souvenir.  Dans des pénibles tentatives de réminiscences de sa vie avant le goulag, ou bien quand on « édite des rômans » pour des truands oisifs. Mais « au mieux, un souvenir » n’est-ce-pas déjà beaucoup ? La littérature devient pour Chalamov un moyen de redevenir humain, qu’il partage avec son lecteur dans une avidité palpable. Mais on se sent comme étranger, peut-être que l’expérience est trop radicale, même si nombre de ces récits sont émouvants.

Varlam Chalamov a écrit:Les valeurs sont brouillées et chaque notion humaine, bien que désignée par un mot dont l’orthographe, les sonorités, l’assemblage familier de sons et de lettres restent les mêmes, renvoie à quelque chose qui n’a pas de nom sur le « continent » : ici, les critères sont différents, les us et les coutumes particuliers ; le sens de chaque mot est transformé.
Lorsqu’il est impossible d’exprimer un sentiment, un événement ou un concept nouveau dans le langage humain ordinaire, on voit naître un mot neuf, emprunté à la langue des truands qui sont les arbitres de la mode et du bon goût dans l’Extrême-nord.



mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #captivite #creationartistique #regimeautoritaire
par Dreep
le Mer 1 Nov - 19:11
 
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Sujet: Varlam Chalamov
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George Orwell

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 4 51h01m10

Dans le ventre de la baleine et autres essais (1931-1943)

Littérature, parcours personnel, socialisme, engagement, Guerre d'Espagne, fascisme, Angleterre, patriotisme, politique tels sont les sujets abordés dans cette sélection de textes.

Rentre dedans sans se laisser aller au tape à l’œil facile, Orwell a l'air d'un homme en... révolte plutôt qu'en colère, une révolte constante qui ne doit surtout pas exclure le choix et l'engagement, y compris physique, y compris le choix du combat. Ce qui frappe dans son exercice de la critique, car c'est surtout de ça qu'il s'agit, c'est qu'il n'hésite pas plus à relever ce qui lui plait, par exemple chez un écrivain comme Dickens, qu'à nommer ce qui ne luit plait pas. De la même manière sur le versant politique il ne se présente jamais les mains vides, il a des idées et des solutions à essayer.

Avec la touche d'humour et d'ironie qui ne manque pas de faire mouche quand il le faut on tient donc une lecture diversifiée et vivifiante. Je reconnais avoir pataugé un brin dans certaines longues tirades sur l'Angleterre et le patriotisme mais c'est assez emblématique du bonhomme et complexifie sa figure d'homme de gauche contrariant pour tout le monde. Sa défiance envers les grands mouvements politiques ne s'arrête pas à la Guerre d'Espagne et on retombe plus tard sur un jeu de vocabulaire qui laisse penser que des décennies après les occasions ratées sont toujours là.

On peut apprécier qu'il apparaisse plus normal, quoique avec une pensée aussi active... que prophète et goûter ainsi un peu plus pleinement la lucidité qui guide sa démarche. La même lucidité qui motive l'urgence quand le monde s'emballe, abandonne l'Espagne et se précipite à reculons dans notre deuxième conflit mondial.

C'est fort intéressant pour qui est sensible à cet auteur et recoupe ce qu'on apprend de lui au travers de ces romans et récits.

Quelques lignes mal ordonnées (désolé ça mérite tellement mieux) avant de laisser place à des citations/extraits.

Et une pensée pour les lectures communes de Bédou et Shanidar sur la Guerre d'Espagne et les mouvements de pensée du siècle dernier !


Mots-clés : #creationartistique #deuxiemeguerre #essai #guerredespagne #historique #social
par animal
le Jeu 26 Oct - 22:24
 
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Sujet: George Orwell
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Javier Cercas

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 4 Cercas10

A la vitesse de la lumière

Résumé:

Le narrateur est un jeune catalan qui trouve un poste à l'Université d'Urbana, aux Etats-Unis. Il y rencontre Rodney Falk, ancien soldat au Vietnam gravement traumatisé, pour qui il se prend d'amitié. Il découvre petit à petit ce que son ami a pu commettre d'horreurs pendant la guerre, durant laquelle il a progressivement perdu son identité.
Rentré chez lui et devenu écrivain à succès, le narrateur tombe dans la débauche et l'alcoolisme. Soudain, sa vie est bouleversée. Pour se reconstruire, et ce qu'il mûrissait depuis déjà longtemps, il écrit l'histoire de Rodney Falk, dont il a eu plus ample connaissance.

Avis:

Si j'ai bien compris, le narrateur est une sorte de double de Cercas. Ce qui est certain, c'est qu'il a réussi le tour de force de donner vie au personnage le plus insupportablement prétentieux et autocentré que j'aie jamais rencontré dans une lecture (aussi, quelle force d'évocation !)

Bon, on le comprend tout de suite, ce narrateur est dans une perpétuelle auto-critique dans laquelle il n'est jamais las de se vautrer. Cette prétendue lucidité, cette espèce de complaisance malsaine avec laquelle il énumère ses ridicules, cela donne à l'esprit une image tout autre que celle qu'il souhaiterait qu'on ait de lui. Et quel style fastidieux ! Pour chaque situation, il tient toutes prêtes deux ou trois hypothèses, toutes fumeuses et superficielles, qui alourdissent inutilement un récit qui manque déjà beaucoup d'allant. Qu'on lui pose un filtre ! Il paraît écrire tout ce qui lui passe par l'esprit. De sorte que si on en enlevait tout le gras, on pourrait se soulager d'une bonne moitié du roman, qui aurait peut-être gagné à ne faire l'objet que d'une nouvelle, centrée sur Rodney et absente de notre pénible guide.

Le narrateur, à part d'affligeantes banalités sur ce que doit être la littérature, ne semble pas l'aimer du tout, et on se demande ce qui a pu lui cheviller au corps cette idée de devenir écrivain. Jamais à court de nous asséner ses boiteuses théories (celles de Rodney, son mentor en quelque sorte, ne sont pas elles-mêmes des plus révolutionnaires), il ne semble pas se rendre compte qu'elles portent toutes uniquement sur la posture, jamais sur le fond, jamais sur la forme.
Je veux dire que les silences sont plus éloquents que les mots, et que tout l'art du narrateur consiste à savoir se taire à temps : c'est pour ça que, dans le fond, la meilleure façon de raconter une histoire, c'est de ne pas la raconter.

Avec un peu de mauvaise foi : pourquoi ne pas s'être tu ? Et effectivement, on esquive constamment d'écrire l'histoire en question, d'où l'impression de vaines contorsions qui s'achèvent sur une dernière grossièreté :

Spoiler:
"- Comment s'achève votre livre ?" *avec un sourire malin* "- Comme ceci."


Je passe rapidement sur la description de la vie de débauche et de mondanités de la nouvelle "coqueluche" du monde littéraire, pour dire seulement que c'est navrant. On dirait ces gens mal à l'aise qui se donnent l'air d'avoir vu du pays et parlent d'une vie qu'ils ne connaissent pas, sans que personne ne soit dupe. Sans mépris pour ces derniers, ça reste très maladroit de la part d'un écrivain.

Alors je m'interroge : Cercas, son narrateur, quelle distance ? S'il a eu pour seul but de créer un personnage odieux, je lui tire mon chapeau (seulement l'intérêt est limité, et ce n'est pas comme ça que je vois la littérature : s'infliger une telle purge). Ou met-il beaucoup de lui-même dans son personnage, certaines des considérations littéraires (dont j'ai parlé) étant affirmées avec trop peu de distance ? Je ne le lui souhaite pas, mais je le redoute.
Le narrateur ayant écrit un premier livre duquel le narrateur est lui-même un double du premier (mise en abyme Cercas => narrateur 1 => narrateur 2), Rodney le lit, se reconnaît dans un des personnages, qui est la seule chose qui l'intéresse dans le roman. J'ai pressenti que cette opinion serait aussi la mienne, concernant A la vitesse de la lumière.
 
Parce que le personnage de Rodney Falk m'a touché. Il est discrètement peint, par petites touches (mais ici, je crains que ce n'est que parce que le narrateur ne s'occupe que de sa propre personne). Ce qui s'y rattache semble vrai, sans affectation. On croit au personnage, à la douleur. Il est sympathique parce qu'il s'efface, parce qu'il est maladroit et inadapté. J'ai même de la tendresse pour lui. Alors ce roman n'aura pas tout raté.

Quelques citations pour donner envie :
Tout le monde regarde la réalité, mais rares sont ceux qui la voient

Je veux dire que celui qui sait toujours où il va n’arrive jamais nulle part et qu’on sait seulement ce qu’on veut dire une fois qu’on l’a dit.

L'artiste n'est pas celui qui rend visible l'invisible : ça, c'est vraiment du romantisme, bien que pas de la pire espèce; l'artiste est celui qui rend visible ce qui est déjà visible et que tout le monde regarde et que personne ne peut ou ne sait ou ne veut voir.


Voilà, je me sens mieux. Very Happy

mots-clés : #creationartistique #guerre #psychologique
par Quasimodo
le Dim 15 Oct - 21:37
 
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Sujet: Javier Cercas
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Alain Robbe-Grillet

Le voyageur

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 4 Le_voy10

Recueil de textes (articles, préfaces), causeries et entretiens (intervious) revus par Robbe-Grillet :
défense et illustration du Nouveau Roman (avec la place prééminente de Nathalie Sarraute) ;
explicitations éclairantes (et intelligibles) sur sa démarche romanesque et, à l’opposé, la contrainte de la réalité dans son écriture cinématographique (il faut ici rappeler l’œuvre de Robbe-Grillet comme scénariste et réalisateur) : littérature et cinéma, deux langages sans rapport entr’eux (l’un s’adresse à l’esprit, l’autre aux sens de la vue et de l’ouïe, etc.) ;
aperçus pertinents sur Sade, Balzac, Flaubert, Proust, Queneau, Barthes, Beckett, Blanchot, Camus, Husserl, Godard, les critiques littéraires, les universitaires, les éditeurs (Minuit) ;
fin de la psychologie et des « vieux mythes de la profondeur », du drame et de la tragédie, de l’âme et de « l’humanisme transcendant » ‒ voire même du sens ? ;
dépravation des thèmes-objets, représentés dans leur superficialité d’images (de mode) stéréotypées, de fantasmes affichés sans mystère (refus de croire aux « profondeurs cachées »), « littérature conflictuelle, c'est-à-dire une littérature de tensions non résolues » entre objectivité des phénomènes et intériorité/ subjectivité/ inconscient : son « objectivisme » (extrait d’Un écrivain non réconcilié, critique de La maison de rendez-vous, publiée en 1972 sous le pseudonyme de Franklin J. Matthews !) ;
le Nouveau Roman comme étape après « le roman de type balzacien, c'est-à-dire d’un système d’ordre [ou classement] reposant sur la chronologie, la continuité causale et la non-contradiction » ;
le Nouveau Roman comme « entreprise d’évacuation de l’auteur hors de son texte » ;
son passage du monde scientifique au littéraire par « perte de confiance définitive dans la vertu et dans la possibilité de faire une œuvre ronde, fermée, propre et nette », c'est-à-dire "total(itair)e" (et suite à la révélation de la face cachée des totalitarismes nazi et stalinien) ;
rejet de « l’idéologie réaliste » normative, commun à tous les arts modernes,
par un intellectuel retors, pervers, humoriste, maître romancier, grand inventeur et créateur.

« Si le voyageur fait apparaître le paysage, le romancier à son tour réinvente le voyageur, qu’il a pourtant été. Le lecteur ensuite ne peut faire autre chose que créer le romancier, c'est-à-dire lui rendre sa vie véritable, et disparaître en elle comme faisait le voyageur dans le paysage… »

« Engagé, le romancier l’est, certes ‒ mais il l’est de toute façon et ni plus ni moins que tous les autres hommes ‒ en ce sens qu’il est le citoyen d’un pays, d’une époque, d’un système qu’il vit au sein d’habitudes et de règles sociales, religieuses, sexuelles, etc. En somme, il est engagé dans l’exacte mesure où il n’est pas libre. »
« Quant à nous, pauvres romanciers, auteurs dramatiques, ou cinéastes […] nous ignorons à l’instant de la création ce que ces formes signifient, et à plus forte raison ce à quoi elles pourront servir [… »
« "Formalistes" ? Bien sûr, nous savons que les formes littéraires sont le vrai contenu des livres, et celles que vous prônez nous paraissent justement représenter le monde que vous [le réalisme socialiste] êtes sensés combattre. »
« Pour nous, la littérature n’est pas un moyen d’expression, mais de recherche. Et elle ne sait même jamais ce qu’elle cherche. Elle ne sait pas ce qu’elle a à dire. "Poétique", pour nous, cela signifie invention, invention du monde et de l’homme, invention constante, et perpétuelle remise en question. "Politique", nous le voyons trop tous les jours, cela ne veut dire, à l’Est comme à l’Ouest, que respect des règles, réduction de la pensée à des stéréotypes, crainte panique de toute contestation. »

« L’écrivain, par définition, ne sait pas où il va, et il écrit pour essayer de comprendre pourquoi il a envie d’écrire. »

« Ce qui caractérise le genre romanesque, c’est qu’il a besoin d’être à chaque instant dans l’impasse. »

« Mais le mouvement de la littérature est ce glissement d’une scène à la même scène qui se répète sous une forme à peine détournée, à peine contournée, à peine retournée… »

« Il s’agit en fin de compte de réduire le réel lui-même, le réel vivant, à une trame rassurante, homogène, linéaire, réconciliée, entièrement rationnelle, d’où toute aspérité choquante aura disparu. Disons-le tout net : le réalisme n’est en aucune façon l’expression du réel, c’est même exactement le contraire. Le réel est toujours ambigu, incertain, mouvant, énigmatique, sans cesse traversé de courants contradictoires et de ruptures. En un mot, il est "incompréhensible". Sans doute aussi est-il inacceptable. Le réalisme, en revanche, a pour première fonction de le faire accepter. Il devra donc, et de façon impérative, non seulement donner du sens, mais donner un seul sens, toujours le même, et le consolider sans relâche par tous les moyens techniques, artifices et conventions qu’il sera possible de mettre à son service. »
« …] la reconnaissance et l’exploration (jusqu’à l’angoisse) de son étrangeté [le réel] constitueront le point de départ nécessaire à l’élaboration d’une conscience libre. Et l’une des fonctions essentielles de l’art est justement d’assumer ce rôle de révélateur. Ce qui explique que l’art ne vise pas à rendre le monde plus supportable (comme le fait sans doute le réalisme), mais moins supportable encore, son ambition finale étant non pas de faire accepter le réel, mais de le changer. »

« La liberté ne pouvant être qu’un mouvement de conquête de la liberté, la liberté ne se conquiert pas une fois pour toutes, elle n’existe que dans le mouvement de sa conquête. »

« Le sens, s’il est unique, est toujours totalitaire. Ce qu’on appelle forme, dans un roman, ce sont, en fait, les déviations de sens ; les interventions formelles du romancier, ce sont les moments où il change de de système de sens, les articulations où s’opèrent des glissements… »

« Quelquefois, des critiques ont remarqué cette contradiction fondamentale, qui existe dans tous mes livres et films, entre une apparence de froide rigueur mathématique, un projet avoué de mise en ordre, et d’autre part l’invasion progressive de la narration par des fantasmes et des spectres. […]
Ce qui m’intéresse, justement, c’est l’impossibilité de concilier l’univers fabuleux qui habite l’homme avec son esprit méthodique. Tout mon travail repose ainsi sur des systèmes de contradictions insolubles, qui forment dans le récit des pôles de tension entre lesquels va pouvoir se déplacer la lecture. »
« …] le texte fuit la signification mais reste ouvert et perméable au sens. »

« Un texte n’est pas le dévoilement progressif d’une vérité, c’est l’aventure d’une liberté. »

« De la même façon que le romancier invente la littérature, le livre invente le public. […]
Le public est créé par l’art, par la littérature. »

« J’y étais. J’ai connu ces gens et ces lieux. Je peux témoigner de leur existence réelle, puisque c’est moi qui les ai créés. »


Clés, notamment pour Les Gommes :

« Il n’est pas rare en effet, dans ces romans modernes, de rencontrer une description qui ne part de rien ; elle ne donne pas d’abord une vue d’ensemble, elle paraît naître d’un menu fragment sans importance ‒ ce qui ressemble le plus à un point ‒ à partir duquel elle invente des lignes, des plans, une architecture ; et on a d’autant plus l’impression qu’elle les invente que soudain elle se contredit, se répète, se reprend, bifurque, etc.
Pourtant, on commence à entrevoir quelque chose, et l’on croit que ce quelque chose va se préciser. Mais les lignes du dessin s’accumulent, se surchargent, se nient, se déplacent, si bien que l’image est mise en doute à mesure qu’elle se construit. Quelques paragraphes encore et, lorsque la description prend fin, en s’aperçoit qu’elle n’a rien laissé derrière elle : elle s’est accomplie dans un double mouvement de création et de gommage, que l’on retrouve d’ailleurs dans le livre à tous les niveaux et en particulier dans sa structure globale ‒ d’où cette "déception" inhérente aux œuvres d’aujourd’hui. »

« Tout l’intérêt des pages descriptives ‒ c'est-à-dire la place de l’homme dans ces pages ‒ n’est donc plus dans la chose décrite, mais dans le mouvement même de la description. »

« Le projet d’adapter cet ordre mathématique [les nombres premiers formant le serpent ouroboros aux 108 anneaux] à une structure narrative était en soi très intéressant, mais il est rare qu’un échafaudage [générateur] de cette sorte (comme tous les échafaudages structurels) survive au travail d’un texte. Le travail du texte part de cette conception plus ou moins abstraite, mais le texte est nourri concrètement par le travail de l’écriture, si bien que l’échafaudage éclate très rapidement. »

« J’étais donc arrivé à l’histoire d’un policier qui enquête sur un crime, sans savoir que le crime n’a pas été commis, et qui, par la logique de son enquête, est amené à commettre le crime à la fin du texte (un nouveau policier peut donc venir pour reprendre l’enquête, etc.) ; c’est donc une structure circulaire telle qu’on en rencontre fréquemment dans la littérature moderne.
Après au moins six mois de travail, j’ai pensé que j’étais en train de récrire Œdipe roi de Sophocle, mais sous une autre forme, qui était circulaire au lieu de linéaire. Œdipe enquête sur un crime, et s’aperçoit qu’il est le meurtrier. »

« …] l’activité de l’écriture allait donner un sens, et non pas découvrir un sens préalable (alors que dans le cas d’Œdipe roi de Sophocle, le sens existe avant, puisque Œdipe a tué son père et découvre qu’il est le criminel). »


Étourdissante, agrémentée d’humour, sans grande complexité lexicale, cette compilation est un complément théorique à Pour un Nouveau Roman, qui ravira les fascinés du renouveau littéraire apporté par Duras, Sarraute, Claude Simon, Ricardou, Perec, Butor, Pinget, Ollier, Cayrol, Duvert, Le Clézio, Beckett et bien sûr Robbe-Grillet.

Ces éclairages m’ont conduit à visionner Trans-Europ-Express ‒ une œuvre saisie en pleine élaboration comme fin en soi ‒, et L’homme qui ment ‒ boucles récursives avec variantes, comme des hypothèses qui buttent dans des impasses, du menteur qui joue comme un comédien ‒ ou l’inverse.

Mots-clés : #creationartistique #nouveauroman
par Tristram
le Dim 15 Oct - 14:41
 
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Sujet: Alain Robbe-Grillet
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Philippe Besson

"Arrête avec tes mensonges"

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 4 Image135

A 17 ans, en 1984, dans sa petite vie provinciale et médiocre, l'année du bac, Philippe Besson a connu un grand amour avec Thomas Andrieu un jeune homme farouche, mais tendre, tout le contraire de lui : fils d'agriculteur, sans culture livresque, voué à rester au pays. Une folie passionnelle de quelques mois qui a fini bêtement, comme elle devait finir, quand Philippe est parti à la fac.

Ils ne se sont jamais revus. Philippe a croisé son fils , par hasard, en 2007, puis encore en 2016, après le décès de Thomas (je ne dévoile rien, ses dates sont écrites à la première page : le livre est dédié à Thomas Andrieu, ce qu'il l'ancre dans la réalité.
C'est un premier amour , qui reste   indéfectiblement inscrit en lui, et laisse des traces dans tous les romans.. Et cette hisoire prend une tournure totalement pathétique avec ces deux rencontres, où il apprend l'empreinte que cela avait laissée en Thomas,  de ces histoires dont on dit que la  réalité dépasse la fiction.

Tout cela est vrai, bien sûr (c'est  écrit sur le quatrième de couverture, qui n'est qu'une des pièces du jeu). Mais Philippe Besson est un malin. Il  raconte comment il a toujours cultivé le mensonge : "Arrête avec tes mensonges", lui disait toujours sa mère. il dut en quoi cela a nourri son œuvre de romancier. Il insiste sur le fait que depuis toujours, pour lui écrire, c’est inventer. Et il appelle son livre "Roman". Déclarant que tout est vrai, il sème en même temps le doute : quelle est la part de la fiction, l'invention, du rêve, du fantasme, de la reconstitution ? Il interroge très habilement le rôle de l'écrivain.

L'écriture n'est pas toujours folichonne, certes (la première page a failli me faire refermer le livre), la description de l'adolescence en province donne l'impression d'avoir été lue cent fois. Mais voilà, j'ai été emportée par cette intelligence narrative. Et par le fait que Philippe Besson est quand même très fort pour raconter la première transgression d'un garçon sage, pour faire ressentir la complexité des personnages, leurs douleurs, leurs errances, le poids porté au fil des années, les regrets. J'ai été vraiment touchée par cette histoire.

mots-clés : #autofiction #creationartistique #identitesexuelle
par topocl
le Ven 6 Oct - 17:49
 
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José Saramago

Manuel de peinture et de calligraphie

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H., peintre conventionnel résigné, est chargé de faire le portrait de S., administrateur d’une grande entreprise portugaise. Pour essayer de réaliser une œuvre vraie, c'est-à-dire de déchiffrer et rendre vraiment la personnalité de son modèle, « pour découvrir la vérité de S. », il peint secrètement un second portrait en parallèle, puis en tente un troisième par écrit : l’ouvrage que le lecteur découvre, deuxième roman de José Saramago. D’abord tentative de saisir S., le texte devient moyen d’introspection, recueil de considérations psychologiques et métaphysiques (conscient d’être un mauvais peintre, il comprend pourtant la peinture en sensible érudit, et apprend en autodidacte l'art de l’écriture), puis exercices d’autobiographie (voyage en Italie, notamment à la biennale de Venise ‒ voir tableau de Fabrizio Clerici) pour en démêler fiction et réalité (le tout constituant effectivement, aussi, un autoportrait).

« Celui qui peint un portrait se dépeint lui-même. Voilà pourquoi ce qui importe, c’est le peintre, pas le modèle, et le portrait n’a de valeur que dans la mesure où l’artiste est un bon peintre. »

« Probablement qu'aucune vie ne peut être contée, car la vie ressemble à des pages de livre superposées ou à des couches d'encre qui, si on les ouvre ou les feuillette pour les lire ou pour les regarder, se défont en poussière et pourrissent aussitôt : viennent à manquer la force invisible qui les tenait ensemble, leur propre poids, leur agglutination, leur continuité. La vie, c’est aussi des minutes qui ne peuvent se dissocier les unes des autres et le temps est sans doute une masse gélatineuse, épaisse et obscure, dans laquelle il est difficile de nager quand on a au-dessus de soi une clarté indéchiffrée qui s’éteint lentement, tel un jour qui, étant né, retournerait à la nuit dont il est issu. Ces choses que j’écris, si je les ai déjà lues, je les reproduis, mais pas intentionnellement. Si je ne les ai jamais lues, je les invente, et si au contraire je les ai lues, je les ai donc apprises et j’ai le droit de m’en servir comme si elles étaient miennes et inventées à l’instant même. »

« Je n’en étais pas conscient quand je l’ai écrit, Je le sais maintenant en réécrivant le texte (leçon importante : rien ne doit être écrit une seule fois seulement). En réalité je me suis trahi, mais personne ne le devinerait, parce que la première fois on se sert toujours d’une langue secrète qui dit tout, mais que rien ne permet de comprendre. Seule la deuxième langue explique, mais tout redeviendrait secret si le code de la première langue était oublié ou perdu en cet instant précis. La deuxième langue, sans la première, sert à raconter des histoires, ce sont les deux réunies qui font la vérité. »

« Mais écrire (cela, je l’ai déjà appris) est un choix, comme peindre. On choisit des mots, des phrases, des parties de dialogue comme on choisit des couleurs ou comme on détermine la longueur et la direction des lignes. Le contour du dessin d'un visage peut être interrompu sans que le visage cesse d'être visage : il n'y a aucun danger que la matière contenue à l'intérieur de cette limite arbitraire s'écoule par l'ouverture. Pour la même raison, en écrivant on abandonne ce qui ne sert pas au récit, même si les mots ont rempli, au moment où ils ont été dits, leur premier devoir d'utilité : l'essentiel est préservé dans cette autre ligne interrompue qu'est l'écriture. »

« D’ailleurs, la meilleure contre la mort n’est pas simplement la vie, pour unique, pour précieuse qu’elle soit légitimement. Cette meilleure arme n’est pas ma vie que la mort effraye, c’est tout ce qui fut vie avant elle et qui perdure, d’être en être, jusqu’à aujourd’hui. »


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H. comme Saramago ont aussi le coup d’œil, telle cette observation si juste qu’elle grince :

« Carmo et Sandra étaient déjà assis et grignotaient poétiquement du fromage frais en buvant du vin. Notre classe sociale aime bien ce genre de restaurant, populaire ma non troppo, avec des nappes à ramages et des carreaux de faïence sur les murs, avec des gens du peuple pour servir et faire la cuisine. Pourtant, par je ne sais quel mystère, la clientèle a toujours cet air civilisé, avec un zeste d’intellectualité et de simplicité prétentieuse qui est la nouvelle façon d’être cosmopolite, à une époque où tout le monde l’est ou est en passe de le devenir. »


Cette lecture également aussi pour (re)visiter l’Italie, ses villes et ses pinacothèques.
Enfin le texte, qui évoque Socrate et Marx, mais aussi les amis et les relations féminines de H., est rattrapé par l’actualité politique, la lutte contre le fascisme.

« "Mon amour." Répéter ces deux mots sur dix pages, les écrire sans interruption, sans relâche, sans une seule clairière, d'abord lentement, une lettre après l'autre, dessinant les trois collines du m manuscrit, le nœud fermé du o comme des bras au repos, la colline unique de la lettre n, puis le saisissement ou le cri du a sur les vagues marines d'un deuxième m, le o qui ne peut être que notre soleil unique, le lit profond du fleuve qui se creuse dans la lettre u, et enfin le r devenu maison, appentis, dais. Puis transformer ce lent dessin en un fil tremblant unique, un signal de sismographe, car les membres frissonnent et se heurtent, mer blanche de la page, nappe lumineuse ou drap étendu. "Mon amour", as-tu dit et je l'ai dit, t'ouvrant ma porte toute grande et tu es entrée. Tu ouvrais très grands les yeux en venant vers moi, pour mieux me voir ou voir davantage de moi, et tu as posé ton sac par terre. Et avant que je ne te donne un baiser, tu as dit, pour pouvoir le dire sereinement : "Cette nuit, je veux rester avec toi." »


Finalement, H retourne au pinceau, bistouri et grattoir d’archéologue, pour transposer son autoportrait écrit :

« Ce récit va s'achever. Il a duré le temps qu'un homme finisse et qu'un autre commence. Il importait de fixer le visage qu'il est encore et de noter les premiers traits de ce qui est en train de naître. Cet écrit fut un défi. »


Mots-clés : #creationartistique
par Tristram
le Jeu 5 Oct - 13:34
 
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Sujet: José Saramago
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Patrick Grainville

Le lien

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Le narrateur a tué au volant la mère de Maha, qui poussa une terrible cri avant qu’il ne s’enfuie. Dans un dessein rédempteur, il pygmalionnise la séduisante orpheline (qui l’a reconnu sans le dire), pour en faire une star "hors système" grâce à son cri/ chant, qui constitue leur lien (tandis qu’elle devient narratrice en alternance avec lui). Idole hiératique, Maha sera notamment confrontée à son double, Yanne, métisse également, mais plus assumée dans la sexualité et l’opportunisme du showbiz, et qui la singe (une bande de mandrills fait d’ailleurs partie de l’équipe).

« Je sens qu’elle recule encore un peu devant sa voix dénudée, ce léger falsetto qui la dévie et l’écarte de soi. Pourtant c’est ça le beau, l’idée sublime, l'idée sublime, cette voix d'alto déportée, sa parenté avec le registre du haute-contre, oui, cette voix qui a fait le deuil de la plénitude, d'un comble paradisiaque, qui s'élève sur un manque et qui le fait chanter, biseautée et sonore, dans le néant cosmique. »


Concession à l’époque, l’érotisme est aussi celui du lycra, du latex et des baskets ; cet érotisme omniprésent m’a ramentu les romans d’Emmanuelle Arsan (comme Le singe vêtu a peur), qui véhiculaient cependant une certaine métaphysique, et une approche différente de la femme. Le discours (trop) rodé de Grainville, dans sa démesure baroque à la limite de l’incohérence et du creux, mêle comme une fin en soi Éros et Thanatos, sacré et psychanalyse, danse et bestialité, image et industrie du spectacle. Et Grainville enfile les images-clichés de son lexique de l’excès, totémique et obsédé, dans une syntaxe facilement minimale, heurtée, mythologies violentes d’un lyrisme qui mêle épithètes et notions hétéroclites, qui en fait délire un peu à vide.

Mots-clés : #contemporain #creationartistique #mondialisation #sexualité
par Tristram
le Mar 26 Sep - 17:19
 
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Sujet: Patrick Grainville
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Héctor Abad Faciolince

Trahisons de la mémoire

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Le livre se comporte de 3 parties

-Dans Un poème dans la poche, Héctor Abad rapporte ses obsessionnelles recherches, 20 ans après, pour authentifier le poème L'oubli que nous serons, qui se trouvait dans la poche de son père assassiné,  attribué à Borges. Petite tempête dans le monde de la recherche littéraire internationale : les experts sont formels pour récuser cette paternité. Mais l'intuition émotionnelle d' Héctor Abad le pousse à  poursuivre sa recherche, à voyager à la rencontre des témoins, et finalement, ça y est, oui : le poème est de Borges. Cela peut paraître un pinaillage épouvantable, mais au moins pour l'auteur, pour la mémoire de son père, c'est quelque chose de crucial, cela a sans doute été un pas de plus dans son deuil.
Il me semble que tous les participants du fil Qui l'a écrit pourraient lire cette partie, illustrée de photos des preuves, en se délectant.

-Dans Une fausse route, il raconte sa situation quand, ayant fui la Colombie après cet assassinat, il s'est installé à Turin avec sa famille. Longue hésitation pour savoir s'il va vendre la montre de son arrière-grand-oncle : assurer la subsistance de la famille, ou conserver le lien avec les ancêtres ? Il raconte ensuite comment Amnesty International l'a aidé et soutenu, mais au prix d' une espèce de marchandage dont il  devait s'acquitter en racontant les misères et horreurs de la Colombie, chose qu'il détestait et qui l'a amené à laisser l'organisation. Il parle du besoin qu'il a eu de cacher son origine colombienne et de faire croire qu'il était espagnol, parlant un espagnol européen, pour mieux s'assimiler, et d'une femme, Lorenza, avec laquelle il a trahi son épouse le temps de quelques cours d'espagnols.

-Les ex-futurs est un très plaisant  petit essai sur les moi que nous ne sommes pas devenus, et en quoi ils nourrissent la création littéraire.

Nous, les humains, sommes insatiables : nous voulons des présences et encore des présences, nous cherchons à nous évader à notre  solitude définitive, nous ne faisons rien d'autre que de lutter pour ne pas être seul, et comme les vivants ne nous suffisent pas, alors nous vivons en commerce perpétuel avec les fantômes, avec cet enfant que nous avons été et même avec l'homme que nous ne serons plus. À cause de ce goût pour converser avec ce qui n'existe pas - ou qui existe dans une autre dimension - nous lisons des romans et pour cela nous regardons des films et des feuilletons télé.


Il s'agit donc de trois récits ou essais qui ont pour thème commun la mémoire, l'appartenance et le renoncement, dans un hommage à Borges, à la littérature, à l'oubli et la supercherie. Hector Abad insiste sur le fait que la mémoire trahit la réalité, et organise ainsi une nouvelle vérité. Ce sont ces réflexions qui constituent les plus belles parties du livre, qui, en effet, peut se lire indépendamment, mais gagne émotionnellement si l'on a lu avant l’extraordinaire L'oubli que nous serons.



Mots-clés : #creationartistique #devoirdememoire #exil
par topocl
le Sam 16 Sep - 9:40
 
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Sujet: Héctor Abad Faciolince
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Giorgio Manganelli

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Centurie

Les cent "romans fleuves" de Manganelli sont contenus dans un très bel ouvrage édité chez Cent pages (il en fait 216, c'est écrit au dos parce que les pages ne sont pas numérotés à l'intérieur) avec le texte écrit sur la page de droite, avec une pousse de chiffres en lettres qui partant du haut de la page s'écoule pour rejoindre le bas de la page de gauche. Cent textes qui se déplient en perspective, faits de surfaces que l'on contourne pour observer les formes géométriques ainsi fabriquées... perspectives infinis formant in fine un corps. Le corps dans son humaine solitude, intranquille et désamouré, s'enfonçant les ongles dans la chaire pour sentir la réalité, tandis qu'au dehors elle est un carnage ; il rêve de fées et de fantômes, se demande si être mort depuis une minute ou l'être depuis cent millions d'années fait une différence... Les romans de Manganelli donnent une impression de flottement, d'une grande tendresse ; imaginez un Borges possédé par l'esprit de Gogol.

Giorgio Manganelli a écrit:Un écrivain écrit un livre sur un écrivain qui écrit deux livres, l'un et l'autre sur un autre écrivain, dont l'un écrit parce qu'il aime la vérité, l'autre parce qu'elle lui est indifférente. De la plume de ces deux écrivains sortent au total vingt-deux livres où l'on parle de vingt-deux écrivains dont certains mentent sans le savoir, certains mentent en le sachant, certains cherchent la vérité en sachant ne pouvoir la trouver, certains croient l'avoir trouvée, d'autres encore croyaient l'avoir trouvée mais commencent à en douter. Les vingt-deux écrivains produisent au total trois cent quarante-quatre livres où l'on parle de cinq cent neuf écrivains, étant donné qu'en plus d'un livre un écrivain épouse une femme écrivain, et ont entre trois et six enfants, tous écrivains [...]


Allez, allez, il faut le lire, hein. Lisez-le Very Happy
Je le conseille chaudement.

mots-clés : #creationartistique
par Dreep
le Ven 15 Sep - 15:23
 
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Sujet: Giorgio Manganelli
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Eric Reinhardt

La chambre des époux

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Curieusement, j'avais gardé un souvenir bien meilleur de Cendrillon, ce livre dont Reinhardt prend soin de nous rappeler plusieurs fois ici à quel point ce fut un roman accompli, et unanimement encensé par  la critique. Je gardais l'idée qu'il m'avait saturée , submergée, mais que c'était brillant de chez brillant. Ce qui explique que j'ai pris La chambre des époux à la médiathèque avant-hier: un sujet plus modeste - et grave qui plus est, un format plus concis, me suis-je dit, ça devrait passer, ça peut même être bien.

Mais alors là, ça n'a pas passé du tout. Ca a plutôt condensé mon exaspération. L'impression d'une pochade  (enfin j'espère au moins que Reinhardt considère ça comme une pochade et non  pas comme quelque chose de sérieux) bâclée qui se donne de l'importance, et qu'il se fout de nous, Reinhardt, à s'exposer en type pathétique, différent, inspiré ("socialement inadapté" dit-il), et il en est si fier.

En fait, ça démarre pas trop mal. Le sujet m'intéresse : il y a 10 ans, la femme de Reinhardt a eu un cancer du sein et il décrit dans son premier chapitre comment ils ont réagi à cela en une intensification de la vie et de la profondeur de leur relation commune. Comment en quelque sorte ils en gardent comme  un bon souvenir. Ca, ça m'a plu, ça a trouvé écho en moi.(Ce premier chapitre est d'ailleurs un article de commande qu'il avait écrit à l'époque, qui se suffisait bien joliment à lui- même, mais auquel malheureusement, Reinhardt a voulu donner une suite)

La suite, ça pouvait presque être drôle : Reinhardt se moque de lui-même : comment après avoir été si magistral, il a craqué un peu plus tard, pleurant comme un veau et ravalant sa morve, après avoir croisé une femme ayant vécu une épreuve similaire, voire pire. Lâchant enfin toute cette trouille géante qu'il a eu et qu'il est arrivé à cacher jusque-là sous ce faux bonheur du cancer. Presque drôle sous le tragique, si ça ne pesait pas mille tonnes. (Et s'il n'en avait pas profité - qu'est ce que ça vient faire là? -  pour ridiculiser ses confrères écrivains au passage, ces types arrogants et pédants qui ne se prennent pas pour de la merde - parce qu'en fait il n'y a que Reihnardt qui a le droit à ça, ne pas se prendre pour de la merde.)

Et puis, Reinhardt trouve la solution pour canaliser ça : écrire un roman qui raconterait l'histoire d'un homme qui avait connu un quasi-bonheur auprès de sa femme atteinte d'un cancer du sein, et qui craquerait et se déliterait en en croisant une autre qui etc etc... Alors il y a un petit jeu de poupées gigognes qui pourrait être malin mais qui est d'un casse pied... Car, déjà que Reinhardt, pour bien se faire comprendre (ou occuper de la place?), explique les choses  quatre fois, là, il reprend et re-raconte tout, et il reprend exactement les mêmes mots et phrases avec "il" au lieu de "je" . Donc 4x2=8 fois, si je compte bien. Hahah, n'est ce pas un effet grandiose (et à peu de frais, en plus)? Mais quand même, créatif : au lieu d'écrire « l'idée qu'elle puisse mourir m'était tout simplement intolérable, tout simplement intolérable, tout simplement intolérable » comme la première fois, Reinhardt  écrit cette fois : « l'idée qu'elle puisse mourir lui était tout simplement intolérable, tout simplement intolérable, tout simplement intolérable, tout simplement intolérable ». Génial, non?

Cela enchaîne ensuite sur une fascination morbide puis une aventure coquine du double de Reinhart avec la femme en agonie, totalement glauque, racontée sur le mode badinage, car vous l'aurez bien compris, cette façon de sauter une quasi morte est une sublime manière de rendre hommage à la vie, et  accessoirement à la guérison de son épouse. Si c’est pas de la psychologie de bazar, ça....

Et il ne faut pas oublier les phrases et digressions tellement longues qu'il est obligé de les couper par des "donc, disais-je", les phrases inlassablement répétées pour faire style, les parenthèses "cocasses", les dialogues aussi creux et vides que les vrais dialogue de la vie pour faire plus vrai...
Ni les détails de la vie sexuelle de Reinhardt et de sa femme, qu'il a la grande délicatesse d'attribuer à son personnage dit fictif, leurs longues conversation sur le fait qu'elle n' a plus de désir, qu'il ne font plus l'amour; mais , oui ils s'aiment, ils s'aiment, encore plus qu'avant, et c'est tellement plus beau, n'est-ce pas un couple qui s'aime tant que ça, bien qu'ils ne fassent pas l'amour et autres platitudes du genre "ils sont trop verts et bons pour des goujats" (tellement plus beau que le médiocre couple moyen à qui, oui, il arrive de faire l'amour, minable qu'il est)...

Bref, là où Reinhardt croit écrire un hymne à sa femme tant aimée, à leur couple si magnifique, à la victoire sur la maladie, on a plutôt un vague  vaudeville raté à la métaphysique intello-raisonneuse à la con (excusez-moi)

Donc, je n'ai pas aimé. Et je l'ai regretté, rien que pour cette phrase des premières pages, pleine de douceur:

(Je crois que rien ,n'est plus fort dans la vie que le plaisir anticipé de retrouver sa bien-aimée à la fin de la journée, et de laisser ce plaisir-là innerver d'une sorte d'orgasme doux, diffus, qui part du ventre, les heures que l'on passe sous l'emprise de cette attente - et quand on a la chance de connaître ça on n'a besoin de rien d'autre que d'eau fraîche, c'est bien vrai.)



mots-clés : #autobiographie #creationartistique #pathologie
par topocl
le Ven 8 Sep - 14:03
 
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Sujet: Eric Reinhardt
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Eric Reinhardt

Cendrillon

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Je précise tout de suite que je fais un commentaire bien que je n'aie pas fini le livre .

Un écrivain parisien parle .
On va tout savoir. Il s'appelle Eric Reinhardt, il a écrit : Demi-sommeil, Le moral des ménages, et Existence, dont il a eu des critiques élogieuses dans le Monde, Elle , etc., et que, quand elles sont élogieuses, il affiche sur ses murs. Il écoute aussi les émissions de radio qui en parlent, dont l'une (dont il nous retranscrit l'intégralité), pas élogieuse du tout, mais suffisamment habilement « écrite » pour qu 'on comprenne que tous ces animateurs de France Culture sont des gros connards. Il travaille dans une mansarde de 12 m2, mais le plus souvent au café Nemours où il commande des cafés serrés et drague vaguement des clientes. Il a deux enfants, Leonardo et Donatien, qui partagent le délicieux rituel du petit déjeuner familial. Il a une femme formidable qui s'appelle Margot qui, tel le prince pour Cendrillon, l'a sorti du bourbier pour en faire un homme qui, certes,  reste un pauvre type désespéré, mais s'épanouit chaque automne, où il croit retrouver une certaine plénitude.
C'est narcissique à souhait, mais comme bien souvent ces hommes déchirés où côtoient l'infantile et le désespoir, sont plutôt touchant (quoique sans doute impossibles à vivre).

À côté de ce récit, deux histoires parallèles,  des productions de l'écrivain suppose-t'on, des images transformées de lui-même (ou de ce à quoi il a échappé?) suppose-t'on aussi, deux hommes falots (comme lui?) incapables de s'affirmer, professionnellement en perpétuel échec, face à leurs femmes tendrement exaspérées. Leur incapacité au monde a marqué définitivement son empreinte sur leurs fils dont on va ensuite suivre les parcours dissemblables.

Donc c'est assez formidablement écrit, plein d'idées ingénieuses, de digressions surprenantes. J'ai souvent été assez admirative, amusée, voire emportée, mais aussi souvent lassée, voire exaspérée face a cette logorrhée créative qui frise parfois le pédant. On a l'impression qu' Éric Reinhardt a participé à un atelier d'écriture où le maître disait : donnez-vous à fond, allez-y au maximum et même plus, rajoutez-en, montrez votre génie, plus il y en a mieux c'est, et surtout ne coupez rien ! On a l'impression que Reinhardt nous dit : regardez comme j'en rajoute,comme je suis un écrivain inventif, qui ne recule devant rien, aucune hyperbole, comme je me roule dans la médiocrité des autres (entre autre) pour en faire mon écrit quotidien le plus brillant.

Reinhardt ne limite donc ni  l'incontinence verbale, ni les redondances volontaires, ni tout un panel de figures de style répétitivement appliquées (phrases nominales enchaînées, allitérations, anaphores, accumulations), ni  les pages, les pages, les pages qui courent imbues de leur propre qualité mais n'apportent rien l'une à l'autre.

Ah ! Il y met de l'ironie et un humour alternativement pince-sans rire ou carrément basique, mais avec un tel sérieux... C'est brillant, brillantissime, parfois, mais, même si je me dis que cela cache la faille, (ou la béance ?) j'en arrive vite à trouver que cela s'exhibe de façon hystérique. Tout cela est troublant ! oui, c'est vraiment troublant, ce mélange d'humilité et de suffisance, de désarroi et de légèreté, cette accumulation multiple, déchaînée qui, en tout cas, ne peut laisser indifférent.

J'en étais là dans ma lecture et mes réflexions, j’avançais avec l'intention d'aller jusqu'au bout, dans une certaine curiosité qui se partageait entre les personnages du livre et le personnage de l'auteur. Et puis, d'un coup, page 275, j'ai été submergée. Après 10 pages de description du Palais-Royal puis 10 pages d'un dialogue ininterrompu, merveilleusement rendu mais parfaitement inintéressant, j'en ai eu marre, j'ai saturé. Je me suis dit que si ça se trouve, les  300 pages qui me restaient à lire pouvaient  n'être que la continuation de ce dialogue, pourquoi pas, encore une trouvaille  provocatrice de Reinhardt ? D'un coup, le destin de Laurent Dahl et d'Éric Reinardt m'indifférait complètement et je me suis dit que le génie, même torturé, est vain quand il m'ennuie

J'ai fermé le livre. J'ai repris la citation ci-dessous, que j'avais noté page 103, qui montre qu'Eric Reinhardt partage sans doute avec moi un questionnement sur lui-même : est-ce de l'arrogance ou de la sincérité ? Les deux sans doute , beaucoup de questions n'ayant pas de  réponse dans la vie.

   - Regarde ! Lis ces phrases ! Du brio ! De l'invention ! Une verve authentique ! Des trouvailles ! De l'humour ! Il parle d'une satire survitaminée ! Et drolatique ! Il écrit que ton livre est drolatique ! Et qu'il est brillant ! Il déplore à chaque ligne que tu brilles ! - Et le truc du marionnettiste trop malin ? - Tu vas pas te plaindre qu'il te trouve malin ! - Et formidablement satisfait ! C'est aimable comme observation ? Marionnettiste formidablement satisfait ? - Mais il souffre ! Tu le surprends en pleine souffrance de gourmet littéraire ! Je crois qu'elle est drôle son existence de gourmet littéraire ? Comment veux-tu qu'il accepte que tu prennes du plaisir ? Mais c'est immoral ! Elle est immorale, ta vie, pour la plupart des gens, c'est immoral ce qu'on vit ! Et en plus les provoques, tu les cherches, tu t'amuses en écrivant ! Tu claques les mots et les trouvailles comme d'autres claqueraient du fric et sortiraient leur carte Gold !




Commentaire récupéré.

mots-clés : #contemporain #creationartistique
par topocl
le Jeu 7 Sep - 18:40
 
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Sujet: Eric Reinhardt
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Josef Škvorecký

Auteur que l'on m'a fait découvrir lors d'une chaîne de lecture en d'autres lieux, et qui m'avait beaucoup plu. Il serait temps que je lise autre chose de ce monsieur !

Les lâches :

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On suit un groupe de zazous pendant une semaine en mai 1945 en République Tchèque, non loin de la frontière allemande, alors que les nazis sont en déroute, fuyant devant l'arrivée des soviétiques et la future victoire des alliés. D'ailleurs, je ne savais pas qu'il y avait eu des zazous aussi en Tchécoslovaquie, ces jeunes marginaux des années 1940, qui avaient un goût prononcé pour le jazz, et l'anticonformisme.

Le héros Danny, est un grand gamin de 21 ans, qui se retrouve au milieu de la guerre, alors qu'il ne pense justement qu'à son saxophone et aux filles, à Irène et à tellement d'autres. Son moyen de les conquérir, leur déclarer sa flamme, à toutes! Même à la copine de son pote  rire Danny est un romantique, rêveur, et les filles le voient plutôt comme un gentil toutou.
Lui n'en a cure de la guerre, de ce qui se profile à l'horizon, il a d'autres rêves plein la tête.

Un livre et un auteur à découvrir !

Maintenant dans mon lit, tout m'était égal parce que je me sentais bien. J'avais chaud. Mes souvenirs me suffisaient, avec mes rêves du futur. Tout ça était bizarre, au point que je m'en étonnai. Je savais que je vivais en 1945, au moment où des gens y étaient morts, ou y avaient été horriblement blessés et souffraient dans la boue et dans les hôpitaux. Des millions encore y avaient été torturés par les Allemands dans les camps de concentration. J'étais au courant de toutes ces morts et me demandais à quoi sert la vie. A rien. Seulement à penser aux filles, à la musique. Je me demandais si ça suffisait pour qu'elle vaille d'être vécue, mais n'arrivais pas à trouver de réponses.



mots-clés : #creationartistique #deuxiemeguerre
par Arturo
le Ven 25 Aoû - 16:45
 
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Jorge Luis Borges

Souvenir de pied total  drunken

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Ferdinando Scianna, Jorge Luis Borges visiting the Galleria Nazionale, Palermo,1984

Fictions

Un ensemble de courtes nouvelles étonnamment faciles à lire. Étonnamment parce qu'il y a étonnement et parce qu'il y a de quoi perdre le lecteur, d'un côté érudition poussée et goût affirmé de la métaphysique et de la littérature avec tous ses rouages, de l'autre volonté joueuse ou amusée, mais néanmoins sérieuse, de fondre ces intérêts dans la forme.

A vous lecteur la succession des petites histoires mystérieuses, inquiétantes et vertigineuses qui vont démonter la réalité pour en construire une autre, différente à peu de choses près mais ce sera définitivement un autre monde. Le temps de suivre le récit souvent indirect de la constitution d'un autre ouvrage ou d'un autre savoir, de goûter son dévoilement, que malgré vous le monde a tourné et n'est plus également tangible.

Le mystère, le dévoilement, le jeu, les faux semblants, les symétries et les miroirs et tout un talent de l'imaginaire guidé. A la limite du rêve éveillé ou de l'instant d'égarement quand une pensée en a entraîné une autre de trop qui est devenue réelle. Le sublime talent de narrateur est quelque part par ici, sérieux, savant, mais savamment chaleureux, toujours à emmener le lecteur un peu plus loin dans le dédale. L'ombre d'une peur avec la certitude qu'une écriture aussi magique ne pouvant être trop trompeuse on s'en sortira.

Et pour l'art de la phrase et du récit, c'est une authentique merveille. Le sens choisissant souvent de résider dans la précision de la discrète élégance de l'assemblage plutôt que dans une implacable mécanique de désossage littéral mot à mot. Il faut dire qu'avec des apparences si trompeuses que celles démontrées, il s'agit peut-être là d'un élémentaire bon sens.

Petit moment de magie.

S'il fallait plusieurs vies et plusieurs bibliothèques pour essayer de décortiquer tout ce qui peut être caché ou référencé dans ces textes, et la question se pose qu'on le veuille ou non, jamais ça n'a pris le pas sur le mouvement de la lecture, cet arrière fond spécial et pas forcément innocent se contentant, si on veut, de laisser planer une ombre très dense au dessus de la lecture. Une part de doute induit supplémentaire.

C'est assez fabuleux. En approximation ça pourrait de loin faire penser à un croisement de Dürrenmatt et de Buzazati (avec d'autres choses encore).

(Récup').

mots-clés : #creationartistique #nouvelle
par animal
le Dim 20 Aoû - 22:06
 
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Sujet: Jorge Luis Borges
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André Gide

Pour l'instant je n'ai lu que les Faux monnayeurs qui m'a fait une forte impression !

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Les Faux-monnayeurs

Ca y est, j'ai découvert Gide. Et c'est un sacré morceau que Les Faux-monnayeurs. Une narration chronologique qui apprécie la forme indirecte et multiplie les points de vues presque autant que les personnages. Extraits de journal tenu par Edouard, un des principaux personnages, lettres, dialogues et réflexions entrecoupées. Mais aussi réflexions sur la forme du roman et de la narration, en plus du roman dans le roman, qui s'appelle, pouvait-il en être autrement, Les Faux-monnayeurs...

Les pistes sont mouvantes mais pas si brouillées que ça. Tout en maniant avec dextérité un humour acerbe Gide suit une construction scrupuleuse autour de quatre personnages, surtout. Deux adultes : Edouard, l'auteur des Faux-monnayeurs, un "vrai" aux prises avec ses limites et Passavant filou manipulateur et écrivain pour la pose. Deux jeunes qui passent leur bac : Olivier gentil mais suiveur et Bernard plus impulsif et qui fâché avec certaines apparences choisi de s'enfuir de la maison...

Deux visions de la littérature et deux figures de mentors potentiels. Un roman d'apprentissage à plusieurs facettes donc mais en plus compliqué. Olivier et Bernard causent volontiers littérature et veulent écrire eux aussi. Olivier est amoureux d'Edouard et réciproquement, mais c'est Bernard qui part avec mais tombe amoureux en un sens de Laura qui ... et ainsi de suite dans ce petit monde qui est bien un petit monde dans lequel on se connaît plus ou moins et se retrouve plus ou moins.

Mais les faux-monnayeurs qui sont-ils ?  Difficile de ne pas attribuer le titre aux joueurs du grand jeu des apparences et des conventions que nous sommes tous plus ou moins, surtout aux moins "gentils" des personnages. Là c'est l'autre trame qui court parallèlement au geste littéraire. Autant l'humour est grinçant autant l'auteur marque un cheminement moral sur le fil à travers les destins croisés qu'il a choisi.

Un cheminement sans grand chose de vraiment irrémédiable tellement les possibles sont nombreux, les circonstances changeantes et présent l'espoir de venir à bout de la carapace de "faux". Reste encore à bien le voir arriver le faux.

Ca n'arrête pas ce roman qui se lit avec une facilité et une gourmandise déconcertante (un poil coupable) !

On pourra être moins sensible à l'intérêt porté aux adolescents mais s'arrêter à ça serait passer à côté d'une oeuvre à peine croyable aussi complexe que vivante. Mouvante, et le lecteur bouge avec.

Impressionnant, déchaîné... tout en bénéficiant d'une écriture qui sait aussi se faire classique. Une vision du luxe.

(Récup).

mots-clés : #creationartistique. #initiatique
par animal
le Sam 19 Aoû - 18:21
 
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Sujet: André Gide
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Percival Everett

La réflexion de Tristram, et l'extrait sur le fil de John Irving, m'ont ramené au roman Effacement, de Percival Everett. Un roman qui gagne à être connu, quant à la question du rôle de l'écrivain dans une société qui attend toujours davantage sur les révélations biographiques des écrivains. Un Thomas Pynchon serait un parano, mais au fond, l'écrivain n'a-t-il pas droit à son anonymat, à être comme les autres. C'est le cas de la célébrité. Cela dit le roman d'Everett traite d'autres thèmes, notamment l'accès à l'édition. Il faut faire le buzz, correspondre aux attentes du marché.


Effacement :


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Un bon roman qui décrit bien, et intelligemment, l'absurdité d'écrire pour l'argent, ce qui revient finalement quelque part à vendre son âme, renoncer à ses convictions, travestir son art.

L'écrivain est-il maître de son oeuvre ? Les critiques littéraires sont-ils des cons ?
Le commerce condamne-t-il la littérature à la médiocrité ?  J'aurais tendance à répondre par l'affirmative. On sent le vécu dans cette histoire, Everett a certainement mis beaucoup de lui.
Je l'ai trouvé original, tant dans le thème que dans l'approche.

J'ai toutefois un gros reproche à faire à ce livre, c'est le roman dans le roman, qui pour moi est illisible. Je pense qu'un très court passage pour donner le ton aurait été suffisant, je n'ai pas eu le courage de lire les 80 pages de ce qui est une parodie de daube littéraire bourrée de clichés, écrite à la truelle.

Bon le style du roman n'est pas non plus fou, ça reste très fluide et accessible.



mots-clés : #creationartistique #segregation
par Arturo
le Ven 18 Aoû - 14:57
 
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Juan José Saer

Grande fugue

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Parti du jour au lendemain de Santa Fé, Gutiérrez revient dans la ville de sa jeunesse après avoir vécu de nombreuses années en Europe. Il s’achète une maison et fait la connaissance de Nula, philosophe amateur et marchand de vin, de trente ans son cadet. Entre eux une amitié se noue. Chacun à sa manière cherche à revisiter le passé : Gutiérrez voudrait retrouver le monde de sa jeunesse, Nula cherche à comprendre un épisode trouble et opaque qui a eu lieu cinq ans auparavant et auquel est mêlée Lucía, la fille de Gutiérrez. À leurs côtés, Gabriela et Soldi, qui font des recherches sur un mouvement littéraire provincial des années cinquante, le précisionnisme, ainsi que les personnages des autres romans de Juan José Saer. Du mardi au dimanche, entre la rencontre de Gutiérrez et de Nula et un grand déjeuner, tous vont pratiquer l’art de la conversation et des non-dits, et compléter des épisodes mentionnés dans les livres précédents – ou en révéler de nouveaux : amours cachées, morts tragiques, mensonges, compromissions, secrets érotiques, vie de bohème, répression militaire. Tout ce qui agite l’univers romanesque saerien revient dans cette Grande Fugue majestueuse, culmination d’une œuvre immense qui marque, après Borges et Onetti, le renouveau de toute la littérature latino-américaine et compte parmi les plus séduisants projets de la création littéraire contemporaine.

(Seuil)

Roman posthume et inachevé (juste une phrase pour le dernier chapitre), cette grande fugue (beethovenienne) reprend les personnages et scenarii de ses œuvres précédentes (et il faudrait sans doute la lire après celles-ci). Sur une semaine (soit sept chapitres), s’entrecroisent donc vie courante (dans l’ombre portée de la dictature encore récente) et évocation du précisionnisme passé jusqu’à l’asado (équivalant du BBQ argentin, ou parrillada) qui réunit tous les protagonistes.

« La spécialité du précisionnisme consistait à combiner les formes poétiques traditionnelles avec le vocabulaire scientifique. »


Longues phrases de descriptions paysagères cinématographiques (notamment le fleuve), météorologiques (l’été s’attarde, comme dans L’enquête) et psychologiques (assez proustiennes : ici aussi, les personnages sont des lieux de passage pour les différents devenirs). Les répétitions, reprises de séquences (avec variations), sont significatives (l'auteur a-t-il lu Kierkegaard ?). Les notations philosophiques de Nula (thèmes du désaccord intérieur-extérieur, de la répétition, du devenir continu) constituent des fragments d’essai(s) qui éclairent sur les propos de la prose de l’auteur :

« Durant quelques secondes, la surface plombée et légèrement ondulée absorbe les pensées de Nula, et dans chacune des vaguelettes hérissées, identiques, en mouvement continu, qui se dressent en formant un relief qui, plutôt qu’une courbe, représenterait plus précisément un angle obtus, il lui semble assister à la représentation visible du devenir qui, de s’exhiber parfois dans ce qui advient au travers de la répétition ou de l’immobilité trompeuse, donne à nos sens grossiers l’illusion de la stabilité. Pour Nula, qui de nombreuses fois chaque jour se surprend lui-même en train d’observer des exemples qui un jour lui serviront pour ses Notes [Notes pour une ontologie du devenir], l’île d’en face, formation alluviale, est une bonne preuve du changement continu des choses : le même mouvement constant qui l’a formée l’érode peu à peu, la faisant changer de dimension, de forme, de lieu, et l’aller et retour de la matière et des mondes qu’elle fait et défait n’est rien de plus, selon lui, que l’écoulement, sans direction ni objectif ni explication connue, du temps invisible qui, silencieux, les traverse. »

« Chacun des éléments de l’histoire [contes pour enfants], heureux ou dramatique, moral ou immoral, amusant ou cruel, possède la même valeur, en fait partie, est l’histoire tout entière et pas seulement une de ses parties, et les passages les plus intenses n’auraient aucun sens, et pas non plus la capacité de nous émouvoir, si les transitions, qui parfois peuvent paraître superflues, ne les soutenaient pas. »

« …] c’est quoi un roman ? […] Le mouvement perpétuel décomposé. […] Bien sûr, dans le sens d’exposer sous forme analytique et statique ce qui en vérité est synthétique et dynamique. »

« …] Nula pense que, bien que tout se ressemble, rien ne se répète jamais et que depuis le début des temps, quand le grand délire a commencé son expansion, chacune des pousses dans lesquelles il reverdit, se renouvelant pour se flétrir à nouveau sans délai, quand elle survient, est unique, flamboyante, inédite et éphémère : l’individu n’incarne pas l’espèce, et la partie n’est pas une partie du tout, mais une partie seule, et le tout à son tour est toujours partie. Il n’y a pas de tout, le merle qui chante avant l’aube chante pour son propre compte. Personne ne l’a entendu avant cette aube, et son chant de la veille, qu’il ne se rappellera pas lui-même avoir chanté et qui ressemble tellement à celui du jour précédent, si on l’écoute bien, montrera clairement ses différences. »


Gutiérrez, devenu scénariste en Europe lors de son long exil volontaire de plus de trente ans, en a ramené une critique amère, notamment de la publicité (il est réservé une grande place au supermarché local dans le livre, et les annonces de l’agence immobilière MORO sont récurrentes) :

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Au long cours de ce livre, outre une petite énigme (mystérieuse configuration aux quatre côtés d’un pâté de maisons), des scènes érotiques, de l’amitié, des vins fins, des couleurs contrastées comme en couverture, on trouvera aussi nombre de sensibles observations et réflexions :

« "Le passé, pense Nula, la plus inaccessible et lointaine des galaxies éteintes qui s’obstine à nous envoyer encore, trompeur, son éclat fossilisé." »

« Sur le moment Gabriela comprend que la mère et la fille représentent, non seulement un ordre qui se manifeste dans la succession, mais aussi une continuité vers l’intérieur et l’extérieur. La répétition, pense Gabriela, n’existe pas, bien sûr, parce que la fille, même si elle paraît identique à sa mère, en grandissant vers l’extérieur, ajoute quelque chose de nouveau au monde, quelque chose qui auparavant n’a jamais existé, parce qu’il n’y a pas deux fractions de temps qui soient semblables et, à cause de cela, la simple accumulation change tout, le présent, le passé et le futur ; dans l’extérieur, la fille intériorise la mère dont elle s’est séparée. Et un jour, grâce à cette intériorisation, elle la projettera de nouveau dans le monde. »



mots-clés : #amitié #creationartistique
par Tristram
le Ven 18 Aoû - 3:35
 
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Sujet: Juan José Saer
Réponses: 38
Vues: 1391

Colm Toibin

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LE MAITRE

Qui était vraiment Henry James ? L'écrivain, on le connaît, il suffit de le lire, mais l'homme...
Seul James aurait pu le dire...
Et encore... Pas sûr !

Le Maitre est donc un roman de Colm Toibin et je me demande pourquoi l'éditeur ne l'a pas mentionné, car ce n' est pas un détail.
Toibin a lu une quinzaine d'ouvrages sur James : biographies, études, correspondance et interrogé une vingtaine de personnes.
Il aurait pu écrire une biographie de plus, mais il ne le voulait pas et comme c'est un écrivain de talent, il a choisi d'écrire un roman dont le personnage principal serait Henry James.

"A un moment je me suis aperçu qu'un certain Henry James me trottait dans la tête et j' ai eu envie d'ajouter un peu de fiction à la vie de ce grand homme."

James était un être secret et Toibin, comme tous les lecteurs de James s'est senti frustré de ne pas le trouver dans on oeuvre.
Dans l' approche de Toibin il y a de l'empathie, une sorte d'imprégnation et même un certain mimétisme stylistique avec l'oeuvre de James qui relève de l'alchimie.
Bien entendu ce qu' écrit Toibin n'est pas la vérité de James, mais c'est un personnage romanesque vivant, complexe, crédible, et c'est déjà troublant.
Coibin n'a pas cherché à démystifier l'homme, même s'il nous le montre parfois égoïste, cruel et lâche.
Aux prises avec les contradictions de tout écrivain digne de ce nom, la renonciation à une véritable vie privée qui le sortirait de sa solitude.
Toibin ne s'est pas contenté de réinventer James, mais aussi sa famille, ses amis, sa maison du Sussex, Lamb House.
Sa famille, c'est surtout ses parents, son frère William, l'aîné qui lui fait de l'ombre, et sa remarquable soeur, Alice.
Il y a aussi les femmes de sa vie : sa mère, sa soeur Alice, Minny Temple, l'amie d' enfance morte prématurément.
Et puis la romancière Constance Fenimore Woolson qui se suicidera en Italie.
Toibin laisse entendre que James est culpabilisé par la mort de Minny Temple et surtout celle de Constance et qu'il se sent en partie responsable de ces morts.

Le meilleur des ces cinq années d'Henry James, c'est quand Toibin réinvente librement les personnages, éclaire des zones d' ombre. Suggère.
Moins quand il s'applique à nous expliquer les états d'âme de James écrivant le Tour d'écrou.

Et de toute façon, on conclue que James a maîtrisé son oeuvre et on est beaucoup moins sûr qu'il a réussi sa vie...

Si vous aimez James, vous ne serez pas déçu et vous découvrirez Toibin.

Récupéré


mots-clés : #creationartistique
par bix_229
le Mar 15 Aoû - 16:04
 
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Sujet: Colm Toibin
Réponses: 8
Vues: 553

Ralph Dutli

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Le dernier voyage de Soutine

Le "dernier voyage" du peintre Chaïm Soutine est un parcours imaginé, halluciné alors qu'il rejoint Paris en ambulance dans un état désespéré, à l'été 1943. Ce moment figé et chaotique permet à Ralph Dutli de saisir la vie et la personnalité de Soutine à travers une suite d'états d'âme, d'inspirations créatives. Si l'approche de la mort et les drames de la Seconde Guerre mondiale donnent à ce portrait une trame solennelle et affligée, l'écriture cherche sans arrêt à célébrer une liberté artistique, à exprimer une fougue qui transcende les tragédies.

Le roman est donc loin d'être une biographie linéaire et Dutli représente Soutine avec une aura remplie de mystère. De l'exil en France à une vie parisienne débridée, de l'éclat au désespoir, l'homme semble fuir les regards et ses toiles sont remplies de fièvre, de colère. Le rythme du roman évoque un flot incessant d'émotions vives, écorchées, qui échappent à la rigidité d'une temporalité.


mots-clés : #biographie #creationartistique
par Avadoro
le Lun 7 Aoû - 22:37
 
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Sujet: Ralph Dutli
Réponses: 3
Vues: 418

NATSUME Soseki

J'ai beaucoup apprécié Oreiller d'herbes, pas seulement pour le titre, et j'ai été confronté aux mêmes manques et nébulosités de tiraillement entre orient et occident. Pourquoi y a-t-il autant de tentations, je ne suis qu'un panda moi et j'aurais bien envie de le lire un de ces jours ce Clair-obscur...

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Oreiller d'herbes

Une lecture de la rubrique des imprévus, titre séduisant, envie de lire un "livre japonais", ce qui m'arrive rarement...

Un narrateur, trentaine (intermédiaire comme on dit par ici - pas dans le livre) part quelques jours au vert dans la montagne. Il est peintre, poète. A l'aube du XXe siècle il réfléchit sur l'art et sur lui même, en quête d'impassibilité. Mais le hasard de ce retour vers un grand calme met sur son chemin une jeune femme énigmatique et remarquable. Nouvelles réflexions.

On pourrait dire que ce petit récit alterne dans ses chapitres les réflexions solitaires et poétiques et les rencontres. Peinture occidentale et japonaise, littérature et poésies occidentales et japonaises. Déambulation japonaise ? Il y a un grand écart des références entre occident et culture traditionnelle japonaise (avec poèmes chinois ou écrits en chinois) et dans ce domaine, comme dans les méandres des pensées, on peut s'égarer. Le poème à venir, le tableau à venir, les bons ingrédients, le juste pas forcément milieu épuré. La quête d'une satisfaction esthétique qui mette de côté la question de l'apaisement.

Pourtant on aussi la volonté d'un roman japonais "différent", là aussi il manque des clés. Alors on compense en faisant le chemin. Facile, les faux airs de roman d'apprentissage tardif et l'humour qui va avec font sereinement leur ouvrage dans le cœur du lecteur qui s'amuse des surprises, des embarras et des contradictions qui se manifestent avec douceur.

Et puis il y a le charme inévitable de cette femme, belle et considérée comme "folle". En fait une histoire qui fait écho à d'autres plus anciennes et romanesques, un amour malheureux et une situation de divorcée, de promeneuse et l'image d'une certaine liberté font le tableau commun qui est assez loin de celui qui ne se peint toujours pas.

On ne peut pas à proprement parler de romance entre notre peintre et cette femme. Une fascination et une cohabitation un rien provocante et amusée. Des instants, des apparitions, c'est presque un rêve.

De même que les poèmes et les égarements, non sans intérêt, sur la peinture et ses sujets : l'émotion ou le détachement ? le sujet ou l'état d'esprit suscité ? De même donc que ces oppositions entre occident et orient qui se mélangent au moins partiellement. La pensée et la sensation se fondent comme deux couleurs ou deux pâtes que l'on tourne. Et le temps surtout, temps qui touche à une fin, joue son rôle, tout comme ce voyage de pas grand chose. Il n'est pas dit que toutes ces réflexions soient si importantes.

Et à la fin il y a bien une forme de résolution à l'énigme, une chute, un déclic, une illumination dirait-on s'il n'y avait une part d'obscurité. A moins que le sens ne soit dans le regard qui dépasse le voile du tableau et le rappel d'un contexte moderne ou actuel ne peut être innocent. A la fin comme avec un bon haiku il y aurait une rupture qui ne ferait qu'exhaler la saveur de ce qui vient de passer. Qui n'est pas lisse mais qui n'est pas violent, un rêve, un charme, une idée que l'on a pas saisi, une sensation envolée alors qu'on allait la reconnaître.

Pour ça, cette balade au vert et cet oreiller d'herbes on quelque chose de tranquille et reposant, embrouillant et dissolvant notre flux de pensée à nous lecteur. Et il y a, primordiale, la très juste mise en image ou mot de l'essentiel énigme esthétique de l'autre et du geste. Et d'autres petites choses, justes elles aussi.

Donc une belle découverte, une vivifiante curiosité, un plaisir reconnu de lecture et beaucoup de charme (sans sombrer dans un cliché japonisant).

Des passages plus difficiles à suivre, des clés qui manquent à la compréhension mais largement de quoi vivre/lire avec tout en l'acceptant. Et ç'a m'a dépoussiéré des souvenirs et un peu de souffle.

(Récup).

mots-clé : #creationartistique
par animal
le Dim 6 Aoû - 13:49
 
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Sujet: NATSUME Soseki
Réponses: 25
Vues: 1540

Virginia Woolf

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Le Commun des mortels. - L' Arche

Dans ce livre, ellle nous parle avec finesse et familiarité d'écrivains qu'elle connaît et qu'elle aime.
Elle s'adresse au "commun des lecteurs", autrement dit à ceux qui lisent par plaisir et par curiosité plutot qu'aux érudits ou aux critiques.
Et elle les connaît biens ces écrivains.
Elle en parle comme de vieux amis ou de lointains parents.
Elle connait leurs travers et elle en parle avec indulgence ou amusement.
Elle connait aussi leur époque, leur famille parfois.
Leurs espoirs, leurs échecs. Leurs amis.
Elle a lu leur oeuvre et parfois même leur correspondance.
C'est plaisant et instructif à la fois. Une découverte...

"Le commun des lecteurs, comme le laisse entendre le Dr Johnson, se distingue des critiques et des érudits.
Il rassemble des gens moins cultivés, que la nature n' a pas dotés aussi généreusement.Ceux-ci lisent pour leur propre plaisir plutôt que pour transmettre des connaissances ou corriger l'opinion des autres. Et surtout, un certain instinct les pousse à créér pour eux-mêmes à partir des éléments épars qu'ils peuvent grapiller çà et là, une sorte de tout - le portrait d' un homme, l'esquisse d'une époque, une théorie de l'art d'écrire.
Ils ne cessent jamais en lisant, de se bricoler quelque structure bancale et incertaine qui leur donnera la satisfaction temporaire de ressembler suffisamment à l'objet réel pour recevoir l'affection, le rire ou le désaccord"…


Récupéré


mots-clés : #creationartistique
par bix_229
le Sam 5 Aoû - 21:24
 
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Sujet: Virginia Woolf
Réponses: 20
Vues: 1059

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