Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Jeu 2 Juil - 11:44

145 résultats trouvés pour creationartistique

John Maxwell Coetzee

Elizabeth Costello

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Le seuil a écrit:À travers une ingénieuse succession de huit discours officiels, la vie d'Elizabeth Costello, romancière australienne vieillissante, nous est peu à peu révélée. Nous la suivons au gré de ses déplacements, d'une remise de prix en Pennsylvanie à une intervention sur les droits des animaux dans le Massachusetts, d'une conférence sur un bateau de croisière à une visite à sa sœur missionnaire en Afrique du Sud, d'un colloque sur le mal à Amsterdam jusqu'à l'ultime tentative pour franchir la porte vers un au-delà incertain.
La célébrité et l'adulation qui lui valent ces invitations à s'exprimer devant un auditoire reposent sur un roman publié voici trente ans dans lequel elle arrachait la femme de Bloom aux limites qui lui étaient imposées dans l'Ulysse de Joyce. Avec la distance ironique qu'on lui connaît, J.M. Coetzee, une fois de plus, est un autre. Il ignore le clivage entre homme et femme pour faire le portrait douloureux de l'artiste en vieille dame déboussolée, rongée par le doute et l'interrogation sur le pouvoir de l'écriture littéraire face au mal et à la mort.


La lecture de ce livre est d’abord une bouffée d’esprit, comme être le témoin d’une conversation intelligente. On se doute qu’Elisabeth Costello, écrivaine vieillissante (« qui est ou fut écrivaine », vue notamment par les yeux attentifs de son fils, et principalement reconnue comme auteure d’un roman dont le personnage central est Marion Bloom, femme du personnage de l’Ulysse de James Joyce), est un alter ego, ou un porte-parole de l’auteur, et on découvre les regards et réflexions d’une personnalité assez « acidulée » (cassante, assez amère, caustique), qui juge ce(ux) qui l’entoure du haut de son expérience, dans le contexte des huit conférences données : les honneurs reçus dans la reconnaissance, un ancien amant (occasion d’un jugement aussi critique que politiquement incorrect sur la posture du roman indigène africain, qui me paraît d’autant plus judicieux que j’en remuais déjà les éléments avec une mauvaise conscience de bon ton), au gré des communications publiques ne portant pas sur les sujets attendus (le roman, l’écriture ‒ dommage, j’avoue être spécialement attiré par les écrivains qui parlent de l’écriture) mais par exemple sur les droits des animaux, en filiation directe du Troisième Reich (rapprochement discutable entre la Shoah et les abattoirs de Chicago, qui ne manque pas de faire polémique, mais Coetzee ne tranche jamais, alors que ce qu’il énonce se trouve aujourd’hui à la pointe de l’actualité), le christianisme versus l’hellénisme des études humanistes, le "problème" du mal, Éros… avec beaucoup de référence à Kafka.

La méthode, la parole me ramentoit celles des romans de Kundera (peut-être moins déliées, plus patentes) pour formuler des thèses, ou au moins développer points de vue et idées ‒ en fait surtout pour soulever des lièvres : abstraction intellectuelle (mais forte présence de la chair, de l’émotion), avec peu de cohérence apparente entre les thèmes abordés (un peu fourre-tout des dernières cogitations). Ces thèmes abordés ne sont pas forcément ceux que le lecteur recherche particulièrement (et ce n’est plus le temps, l’amour ou la mort auxquels les écrivains se confrontent directement, étudiés sur un large spectre : leurs préoccupations et approfondissements sont moins généraux), et ce que Coetzee expose tient du rongement (il gratte où ça fait mal).


« Je n’ai plus guère le temps de dire des choses que je ne pense pas. »

« "C’est donc cela que vous pensez, dit-il enfin, que nous menons des vies parallèles, hommes et femmes, que nous ne nous rencontrons jamais réellement ?"
La conversation a pris un autre tour. Ils ne parlent plus d’écriture, pour autant qu’ils l’aient jamais fait.
"Qu’en pensez-vous, dit-elle. Que vous dit votre expérience ? Et la différence est-elle une si mauvaise chose ? S’il n’y avait pas de différence, qu’adviendrait-il du désir ?" »

« D’un autre côté, elle ne croit plus tellement en la croyance. Une chose peut être vraie, pense-t-elle maintenant, même si l’on n’y croit pas, et inversement. La croyance peut fort bien n’être, en fin de compte, qu’une source d’énergie, comme une pile qu’on attache à une idée pour la faire marcher. Comme cela arrive quand on écrit : en croyant à ce qu’il faut croire pour venir à bout de ce qu’on a entrepris. »

« L’idée que nous avons l’obligation envers les animaux eux-mêmes de les traiter avec compassion ‒ par opposition à une obligation envers nous-mêmes ‒ est très récente, très occidentale, et même très anglo-saxonne. Aussi longtemps que nous tenons à accéder à des universaux moraux auxquels d’autres traditions sont insensibles, et à essayer de les leur imposer par la propagande ou même la pression économique, nous allons rencontrer une résistance, et cette résistance sera justifiée. »

« Un esclave : un être dont la vie et la mort sont dans les mains de quelqu’un d’autre. Les bœufs, les moutons, les volailles sont-ils autre chose ? On n’aurait pas rêvé les camps de la mort si l’on n’avait pas eu l’exemple des usines de traitement industriel de la viande qui les ont précédés. »

« Elle écrit pour elle-même, c'est-à-dire pour quiconque se trouve dans la pièce quand elle y est toute seule [… »

« Plus précisément, elle n'est plus aussi sûre que les gens sont améliorés par les lectures qu'ils font. De plus, elle n'est pas sûre que les écrivains qui s'aventurent dans les contrées les plus obscures de l'âme en reviennent indemnes. Elle commence à se demander si écrire ce qu'on a envie d'écrire, tout comme lire ce qu'on a envie de lire, est en soit une bonne chose. »


Une lecture de valeur, donc. Je vais la prolonger assez rapidement par celle de L’homme ralenti, ouvrage qui suit chronologiquement celui-ci, et semble aussi en constituer une suite, puisqu'Elizabeth Costello y apparaît.

mots-clé : #creationartistique
par Tristram
le Jeu 6 Juil - 11:53
 
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Sujet: John Maxwell Coetzee
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YI Munyol

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L’oiseau aux ailes d’or


Dans l’original : Kumsijo (coréen, 1982)

CONTENU:
Abandonné par ses parents, Kojuk est accueilli par le maître Soktam, mais d’abord sans que celui-ci aimerait vraiment le former et prendre comme disciple dans l’art de la peinture et de la calligraphier. Plus tard, Kojuk va quitter son maître pour chercher tout seul à réaliser ses dons, ses talents. Au même moment il cherche toujours l’appréciation de son ancien maître tout en gardant ses distances : c’est presque une relation d’amour et de haine.

Dans ce livre c’est le vieux Kojuk qui regarde en arrière et sur sa vie et se demande où se trouvait alors la vraie « beauté ». Depuis longtemps nous pressentons qu’en lui et Soktam, deux générations, deux époques, oui, deux manières de vivre l’art et la vie, s’affrontent. Avant sa mort, Kojuk cherche à rassemble son œuvre.

IMPRESSIONS:
Cette histoire rappelle un peu un conte d’un temps révolu, dans laquelle un garçon mal accueilli va se mettre en route et aller ses propres chemins. Mais à regarder de plus près, cette petite nouvelle se situe dans une XXème siècle, dans une période de transition, de carrefours entre « vieille et nouvelle école » : ici la Corée ancienne et plurimillénaire avec une éducation stricte où la calligraphie et la peinture faisaient intimement partie d’un projet global, d’une vie orientée par des valeurs spirituelles. De l’autre coté la recherche d’une beauté pour elle-même. Les idées développées dans ce livre sur la beauté sont magnifiques et profondes.

Qu’est-ce qui restera après une vie assez turbulente? Quels souvenirs vont monter chez le vieux Kojuk ? Pourquoi va-t-il rassembler ses œuvres dispersées? Est-ce qu’il va trouver – car cela semble être la question clé du livre – l’œuvre avec lequel il avait été digne aux plus hautes idéaux ? La réponse va étonner et est impressionnante…

C’est un petit bijoux !

Invitation à découvrir un peu plus la littérature de ce pays magnifique ! Chez « Actes Sud » on a fait un effort dans cette direction-là et il y a maintenant pas mal de titres ! ( http://www.actes-sud.fr/langue.php?num=0&listelangue=43 )
Évidement il y a aussi d’autres éditeurs…

mots-clé : #creationartistique
par tom léo
le Sam 1 Juil - 16:52
 
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Sujet: YI Munyol
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Jack London

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Martin Eden

C'est l'histoire d'un jeune marin qui étant tombé amoureux d'une jeune fille de la bourgeoisie, qu'il idéalise, pour elle, pour pouvoir l'épouser, il va s'extraire de son milieu grâce à son intelligence, sa volonté, sa pugnacité jusqu'à devenir un écrivain célèbre.

Lui c'est Martin Eden, physique avantageux, elle Ruth une délicate jeune fille. En général dans les contes la fin est heureuse.................oui mais pour cela il faut être deux, il faut que l'Amour, le divin Amour comme l'appelle Martin soit Grand, qu'il fasse abnégation de tout ce qui n'est pas l'autre.

Martin passe ses journées à écrire, il s'affirme dans l'écriture, il est de taille à rivaliser avec les productions qui paraissent dans les revues ou magazines, il le sait, à force d'étudier il a dépassé le niveau intellectuel de celle qu'il aime. Cependant les nouvelles, les écrits qu'il adresse aux revues, éditeurs, lui sont régulièrement retournés ; à bout d' argent, Martin s'engage à nouveau sur les bateaux et dès qu'il revient reprend l'écriture, au grand dam de Ruth et sa famille, celle de Martin aussi d'ailleurs ; tous le haranguent : "fais toi une situation" car pour eux écrire n'en est pas une. Martin s'entête, Ruth lui reproche souvent son attitude, confortée par les critiques de ses parents qui veulent se débarrasser de Martin, indigne de leur fille, de leur classe.
Ruth est ignorante de la vie, elle ne s'émeut pas du dénuement de Martin, de  ses nuits courtes, de son considérable travail, mais qu'il ne puisse assister à une soirée chez ses parents cela la déçoit, la contrarie. Martin souvent pour pouvoir rencontrer Ruth en étant présentable, porte vêtements, vélo, au Mont de Piété. Seule la logeuse de Martin, qui vit aussi dans la pauvreté sait reconnaître les marques de la privation, elle l'aide selon ses moyens.

Martin rencontre un homme qui a sa sympathie, aisé, qui lui aussi écrit et de belle manière, Brissenden l'entraîne à une réunion socialiste, à la suite de l' article  d'un jeune reporter qui a assisté à la réunion et qui n' a pas compris le discours de Martin, ce dernier se retrouve maltraité dans la presse, s'ensuit une mise à l'écart de son entourage et surtout une rupture avec Ruth, qui se laisse convaincre par ses parents de l'indignité de Martin. Pensez un socialiste chez les bourgeois, impensable ; un traitre oui !

Martin tente d'expliquer à Ruth ce qui s'est passé mais elle lui dit sa déception et le rejette. Un cataclysme n'aurait pas eu un effet aussi dévastateur. Après plusieurs jours de désarroi, après le décès de son ami Brissenden, il est tenté de  déchirer les écrits qui s'entassent et qui ont fait des allers/retours chez les éditeurs comme ses vêtements au même rythme au Mont de Piété.
Puis il décide de terminer l' essai commencé, ce sera le dernier. Mais l'ironie du destin se manifeste, plusieurs revues, éditeurs lui font des règlements, de plus en plus conséquent pour ses nouvelles, romans ; il devient rapidement célèbre, fait la une des journaux, bref ce qui aurait été un bonheur il y a quelques mois est aujourd'hui une farce amère.

L'auteur dénonce à travers la situation de l'écrivain Martin, les pratiques des maisons d'édition, les revues, les critiques littéraires ; à  travers la famille Morse, les notables de la ville, l'ignorance, la petite vue de la bourgeoise. Je dirai vulgairement parlant que ces gens là n'ont pas de figure qui, après le succès de Martin, osent l'inviter, l'honorer comme l'un de leur classe, ce qu'il ne sera jamais, bien heureusement. Le jeune homme n'est pas dupe bien sur, il sait jusqu'où peut aller leur hypocrisie.................jusqu'à envoyer Ruth le relancer.

Mais le divin Amour n'existe plus, Martin est indifférent, voir Ruth se défendre ne l'émeut plus, il dément ce qu'elle dit, elle n' a été qu'une illusion car il l'avait idéalisée ; elle ne donne rien alors que la jeune ouvrière qui a croisé son chemin s'offrait coeur et âme.

Martin rembourse au centuple ce qui lui a été donné, à ceux pour qui il comptait quand il n'était que Martin Eden, le vrai Martin, généreux, aimable, seulement le marin, l'ami, le frère.

Il part pour les îles de Tahiti, là où il a été heureux jadis.  Mais sur le bateau qui l'emmène, il n' a plus d'envie, plus de force pour rien.

c'est dans les mots de Swinburne qu'il trouve la solution à son mal,  il est enfin heureux

De trop de foi dans la vie,
De trop d'espoir et de trop de crainte
Nous rendons grâce, en une brève prière
Aux dieux qui nous en délivrent
Et grâce leur soit rendue
Que nulle vie ne soit éternelle
Que nul mort ne renaisse jamais
Que même la plus lasse rivière
trouve un jour son repos dans la mer.

Il s'enfonce dans les eaux, au plus profond, vers l'obscurité.


Les mots de London me sont allés au coeur, aux tripes. Le contraste entre la mentalité ouvrière et celle de la bourgeoisie est bien évident ; les travers des uns et des autres, leurs défauts comme leurs qualités très justes (à mon sens bien sur) Le parcours de l'écrivain je le pense assez bien relaté.

merci à ceux qui ont partagé cette lecture.



Extraits

Le sommeil c'était l'oubli et chaque jour il ne se réveillait qu'à regret. La vie l'ennuyait affreusement. C'était si long, la vie !...

Il la regarda, la trouva splendide. Elle rachetait vraiment la conduite passée, se montrait enfin une vraie femme, supérieure aux lois de fer des conventions bourgeoises. C'était splendide, magnifique, sublime. Et pourtant... que lui arrivait-il donc ? Ce qu'elle faisait ne le touchait ni ne l'émouvait. Il l'appréciait, l'admirait cérébralement. Mais son coeur n'avait pas trésailli. Et il ne la désirait plus.

Voilà, c'est bien ça ! dit-il, dans un moment critique quand ce que vous croyez être le bonheur de votre vie est en jeu, un juron vous fait peur.

Vous avez tout fait pour me faire craindre la vie. Vous m'auriez rabaissé à la mesure de votre vie bourgeoise, où tout est mesquin, faux et vulgaire.



mots-clé : #creationartistique #social
par Bédoulène
le Lun 26 Juin - 18:29
 
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Sujet: Jack London
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Enrique Vila-Matas

Perdre des théories.

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Invité à un symposium international sur le roman à Lyon, un double de l'écrivain barcelonais Enrique Vila- Matas est abandonné dans son hôtel, où personne ne vient l'accueillir. Dans sa solitude, il achète un exemplaire du Magazine littéraire dédié à Julien Gracq et tombe sur un article qu'il a lui-même consacré au Rivage des Syrtes. Cette lecture lui donne l'idée d'élaborer une théorie générale du roman. Il veut mettre en évidence la modernité et l'extraordinaire prescience du roman de Julien Gracq - qu'en son temps une partie de la critique avait trouvé désuet - puis en déduit les principaux axes de ce que devra être un roman. Ayant décidé de rentrer à Barcelone, sur le point de repartir, il découvre l'inanité de toute théorie littéraire. Dès lors libéré de ce carcan, il écrira et perdra des pays, voyagera et perdra des théories, les perdra toutes. (4e de couverture)


Il s’agit  d’un petit ouvrage d’une soixantaine de pages dans lequel Enrique Vila-Matas expose donc avec subtilité, légèreté et humour sa « théorie » sur le roman.
Les principaux traits en sont :

- « L’intertextualité » :

« Ne nous leurrons pas : nous écrivons toujours après d’autres. En ce qui me concerne, à cette opération qui consiste à donner un nouveau sens à des idées et à des phrases d’autrui en les retouchant légèrement, il faut en ajouter une autre, parallèle, et presque identique : l’invasion de mes textes par des citations littéraires totalement inventées, s’entremêlant aux vraies. Ce qui complique encore plus le procédé, mais lui apporte aussi une incontestable allégresse ».


- Les connexions avec la haute poésie

« On m’a demandé un jour s’il était facile de distinguer un bon roman d’un mauvais et j’ai répondu qu’il suffisait d’examiner ce qui le reliait aux hautes fenêtres de la poésie. J’ai précisé que je parlais de liens subtils avec la poésie, non du contraire : romans écrits par des poètes avec arrière-plan de prose poétique, à éviter à tout prix pour un roman ».


- l’écriture conçue comme une horloge qui avance

« On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.
Kafka en est un bon exemple parce qu’il perçut comment évoluerait la distance entre Etat et individu, machine du pouvoir et individu, singularité et collectivité, masse et citoyen. »



- la victoire du style sur l’intrigue

« Le style avance à grandes enjambées, l’intrigue suit en traînant les pieds. »


- la conscience d’un paysage moral délabré

« Il est terrible de voir que l’histoire de notre continent a fini par devenir celle d’un grand vide provoqué par cet immense orgueil consistant à penser que, les dieux étant morts, il n’y a plus que nous d’immortels. Comme dit Félix de Azua, un si grand vide a provoqué en nous un tel désespoir que nous finissons inexorablement par devenir la culture la plus belliqueuse à avoir existé. Pourquoi ? On ne sait pas. Ce qui nous caractérise, c’est une pure activité sans fin, une course folle vers le néant. »


Décidément, plus je le lis, plus je deviens adepte de l'écriture de Vila-Matas !


mots-clés : #creationartistique
par ArenSor
le Mar 30 Mai - 20:54
 
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Sujet: Enrique Vila-Matas
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Leonardo Padura Fuentes

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Hérétiques


Trois parties, trois époques, trois histoires qui ne font qu'une, chacune pleine d'enseignements, extrêmement bien documentée. L'histoire des juifs de Cuba dans les années 30 à 50 à travers  Daniel Kaminski un jeune juif qui a fui la Pologne en 1939, dont les parents furent passagers du Saint Louis, un paquebot chargé de 900 juifs qui se virent refusé le débarquement à Cuba et furent renvoyés se faire massacrer en Europe. Au XVIe siècle, un jeune séfarade,  qui trahit sa foi en peignant. Et à Cuba de nos jours, des bandes de jeunes au psychisme dévasté d'avoir grandi dans un monde d'interdits et de corruption.

Pour faire jonction entre ces trois mondes, une intrigue, à la résolution tarabiscotée, qui tourne autour d'un tableau transmis au fil des siècles, et résolue par Mario Condé, un homme des plus sympathiques, personnage fétiche de Padura, satisfait d'avoir des livres, un bon chien, l'amitié et l'amour dit-il (on pourrait rajouter une bouteille de rhum !). Ex-policier devenu marchand de livres anciens, comme les trois personnages décrits par Padura, c'est un « hérétique », un homme qui choisit sa liberté face au dogme.

Hérétiques est un livre ambitieux, qui fourmille d'informations passionnantes, brille à faire vivre de l'intérieur chacun des personnages et chacune des époques qu'il décrit. Mais… Padura est  trèèès bavard, aime enfoncer les clous jusqu'à la garde, bien tout expliquer et réexpliquer, par des phrases longues et compliquées , voire enchevêtrées. Cela ne simplifie pas la lecture de ce roman, qui  est dense et parfois jubilatoire, mais aussi plein de longueurs, qui m'a réjouie et lassée à la fois.

(commentaire récupéré)



mots-clés : #creationartistique #historique #religion
par topocl
le Mar 23 Mai - 7:48
 
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Sujet: Leonardo Padura Fuentes
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Gérard Garouste

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L'intranquille

"Je suis le fils d'un salopard qui m'aimait. Mon père était un marchand de meubles qui récupéra les biens des Juifs déportés. Mot par mot, il m'a fallu démonter cette grande duperie que fut mon éducation. À vingt-huit ans, j'ai connu une première crise de délire, puis d'autres. Je fais des séjours réguliers en hôpital psychiatrique. Pas sûr que tout cela ait un rapport, mais l'enfance et la folie sont à mes trousses. Longtemps je n'ai été qu'une somme de questions. Aujourd'hui, j'ai soixante-trois ans, je ne suis pas un sage, je ne suis pas guéri, je suis peintre. Et je crois pouvoir transmettre ce que j'ai compris. "


L’histoire commence à la disparition du père de Gérard, une mort qui ne l’émeut pas et dont il dit :  « Sa mort ne change pas grand-chose. Elle ne résorbe rien. Je vis depuis toujours dans la faille qui existe entre lui et moi. C'est là que j'ai compris mon rapport aux autres et au monde. »

Fils d’un père brutal dont la réussite professionnelle et sociale est liée à la seconde guerre et qui a professé toute sa vie sa haine contre les juifs, Gérard nous entraîne au fil des pages dans son histoire, et dans comment, face à l‘héritage d’un père qui, n’ayant pu être héros a fait salaud, il va s’en dégager peu à peu.

Ce livre, c’est l’histoire d’une vie au travers d’une relation entre un père et son fils, et de comment elle construit, guide, ce dernier. C’est l’histoire aussi d’une souffrance face à la maladie qui prend Garouste à l’aube d’être père lui-même et qui l’accompagnera toujours par la suite, fera partie de son quotidien et de celui de ses proches.

C'est aussi l'histoire d'un peintre, et de son essor progressif dans un monde qui n'était pas celui d'aujourd'hui

Un témoignage écrit simplement, touchant, un récit court à traverser sur les vagues des mots et des maux de l’auteur et dont on ne sort pas indemne.


mots-clés : #autobiographie #creationartistique #pathologie
par chrysta
le Mar 9 Mai - 7:49
 
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Sujet: Gérard Garouste
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Colette Nys-Mazure

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Célébration de la lecture


Original : Français, 2005

CONTENU:
Editeur a écrit:" Peindre, lire, écrire, des actes intimes, volontiers à l'abri des regards curieux. Peindre dans l'atelier sous les toits, la verrière. Lire solitaire au nœud de la foule d'une gare, d'un café. Écrire sur un bout de table. Comment un poète peut-il s'inspirer d'une lectrice ou d'un lecteur mis en scène, en forme et en couleurs, par un peintre ? Entre le tableau et le livre, le lien est étroit. Non seulement la page, la toile, déploient leur étendue à peupler, mais l'une et l'autre s'ouvrent telles des fenêtres sur le monde. Jeu de balance entre le dedans et le dehors. La vision est à la fois centrale et périphérique, allant de l'anecdote, du motif révélateur, au déchiffrement minutieux, à la question sans réponse. Je peux recevoir les œuvres avec ma propre sensibilité, les laisser résonner, les relier arbitrairement. Je leur prête mes mots pour qu'ils vivent différemment avant de rejoindre les émotions des lecteurs qui, à leur tour, entreront en résonance et redécouvriront peut-être le tableau. "

De Rembrandt à Picasso en passant par Hopper, Fantin-Latour, Chirico, Bonnard, Derain, Vermeer, Ensor, Courbet, Renoir, Monet, Matisse, Foujita, Monet, Léger, Holbein, Delvaux... tous ont un jour mis en scène l'écrit, la lecture, la lettre... Cet ouvrage original est né de la rencontre de ces tableaux avec l'imaginaire de Colette Nys-Mazure.


REMARQUES :
Livre bien fait, avec des superbes images de peintures de différentes époques d'un coté des doubles pages, et puis, de l'autre, une forme de promenade dans le tableau, une méditation, une pensée qui ont traversé la tête de la poètesse. Une fois une description qui explique un peu un arrangement des objets et personnes de tableaux et ouvre ainsi un accès. Une fois comme les pensées de celui ou celle qui habite la peinture par son rapport à l'écrit, la lecture, soit une lettre, un livre, le Livre. Donc une vraie réussite, et pour les amateurs de la lecture que nous sommes, des petites introductions à différentes facettes de lire (ou pas).


mots-clés : #creationartistique
par tom léo
le Mer 26 Avr - 9:58
 
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Sujet: Colette Nys-Mazure
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Rick Bass

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Nashville Chrome
Qui  se souvient des BROWNS ?
Dans les années 50,  un  trio musical américain de "Country" parvint à s'imposer au point d'être longtemps en tête des charts.
Ils étaient issus d' une famille très pauvre de l' Arkansas -pauvre mais unie-.

Leur succès était justifié par l'authenticité de leur musique, mais plus encore par une qualité du son et de l'harmonie tout à fait exceptionnels.
Naifs comme ils l'étaient, ils furent arnaqués par un producteur qui  établit sa fortune à leurs dépens.
Ils durent prolonger leur carrière pour survivre, mais les temps étaient en train de changer.
Et le succès les abandonna au profit de compagnons de route, tels Elvis Presley.
L'authenticité se faisait rare et la télé et les média leur firent comprendre que leur avenir était derrière eux.
Du trio, le frère et une soeur, cessèrent de bon gré leurs activités musicales au profit d' une vie familiale sacrifiée.
L'aînée ne se résigna jamais, et elle espéra tout le restant de sa vie qu' on ferait de nouveau appel à elle.
Mais le show bizz l'emportait  et les chanteurs n'étaient que des produits interchangeables.
La plus grande victime fut Presley qui mourut riche, gras, comblé et désespéré.

Rick Bass a fait un roman de leur histoire. Et son récit est comme une ballade country, au son juste, mélodieux, délicat.
Un livre qui se lit tout seul et avec plaisir !
On peut aussi y percevoir une époque de transition sur  tous les plans. Les parents dans cette famille ont trimé durement. Ils ont connu la crise des années 30 et la pire des misères.
Ils  applaudirent évidemment au succès de  leurs enfants. Meme s'ils ignorèrent le pire.
L'exploitation des musiciens. La fatigue excessive, les saouleries. Et puis, dans le métier, les accidents de parcours étaient nombreux et courants. Les sentiments fragiles et  aussi les peines de coeur.

C'est un peu cela au début, la musique country : la pauvreté, les amours contrariées. La nostalgie, les souvenirs et les regrets.

Récupéré


mots-clés : #creationartistique
par bix_229
le Lun 17 Avr - 22:58
 
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Sujet: Rick Bass
Réponses: 51
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Siri Hustvedt

Un monde flamboyant

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Pour commencer j'ai presque envie de dire qu'il n'y a rien de romanesque dans ce roman mais qu'il s'agit d'assister à la construction d'un récit et à la construction d'un personnage. Je le rapprocherais de l'excellent livre de A.S. Byatt Possession qui invente sous les yeux incrédules de son lecteur un personnage romantique et fort de femme de lettres préférant se terrer dans le silence plutôt que de s'exposer à la foule. On ne sera pas étonné, d'ailleurs de retrouver d'un livre à l'autre la silhouette fantomatique d'Emily Dickinson dont les murmures poétiques surgissent de temps en temps.

Mais si Emily avait 'choisi' ou du moins 'accepté' sa relégation loin du succès, ce n'est pas le cas de l'héroïne de Siri Hustvedt. Non, Harriett Burden, obscure artiste plasticienne compte bien devenir célèbre estimant que si elle n'a pas encore vécu son heure de gloire c'est que le milieu artistique est d'une misogynie sans nom :

"Toutes les entreprises intellectuelles ou artistiques, plaisanteries, ironies et parodies comprises, reçoivent un meilleur accueil dans l'esprit de la foule lorsque la foule sait qu'elle peut, derrière l'oeuvre ou le canular grandioses, distinguer quelque part une queue et une paire de couilles."


Et puisque tout semble fuyant, il plane aussi un doute sur la véritable relation qu'elle vécu avec son époux, Félix (son grand bonheur) lui-même grand galeriste et ne semblant pas vraiment désirer voir sa moitié lui voler ses plaisirs.

A cela il faut ajouter que Harriett est une femme bien entourée : deux enfants au compteur, une meilleure amie psychologue, une grande maison qu'elle achète après le décès de Félix et qu'elle peuple de jeunes artistes en mal de reconnaissance.

C'est là qu'elle décide de prendre sa revanche sur les spéculateurs de l'art et de créer trois œuvres sous trois pseudonymes masculins différents, lesquels sont pris en charge par de vrais artistes (plus ou moins reconnus). En se cachant derrière leur sexe, Harriett espère pouvoir démontrer que seule son appartenance au genre féminin l'a privé du succès.

Harriett est une femme froide et colérique, âgé de 62 ans (et d'ailleurs morte quand commence l'enquête de celle qui veut rétablir la vérité sur ses mises en scène), elle est d'une rare intelligence, s'intéresse à tous les domaines (de la littérature classique au transhumanisme), elle est à la fois mystérieuse, séduisante et inquiétante. Elle a en elle une colère tut qui semble enfin devoir s'exprimer et la libérer du fardeau (Burden) de toute une vie.

Mais bien sûr les choses ne vont pas se passer exactement comme elle l'avait prévu !

Ce non-roman, très bien écrit, agrémenté de notes passionnantes sur des philosophes qui ont réfléchi à la puissance/impuissance de l'acte créateur et à ce que le regard implique de subjectivité par rapport à la chose regardée, m'a totalement fascinée. Sans jamais s'emballer, sans jamais être trop tordu ou incompréhensible mais en laissant quelques miettes de pain pour retrouver son chemin dans le dédale (il est question aussi de labyrinthe, de dédoublement de personnalité, de créature et de créateur), Siri Hustvedt parvient à écrire un texte inclassable, vertigineux, séditieux, ébranlant. Tout y semble juste, pesé, analysé et libre. Qu'il s'agisse des relations entre Harriett et ses enfants, Harriett et son amie, Harriett et la création, le lecteur découvre, ébloui, l'intérieur du ventre de la baleine et ne peut que fixer, fasciné, les grandes dents molles du mammifère.

Alors peut-être, oui peut-être que la fin du roman tarde un peu à venir mais les personnages de Hustvedt sont si attachants qu'on ne boude pas le plaisir de rester en leur compagnie.
Quant à l'idée que nous voyions ce que nous voulons voir, que l'organe de la vue est en lui-même subjectif et qu'il ne livre en rien (ou bien si peu) de la réalité du monde est une pensée avec laquelle je compte bien jouer encore un peu, car il n'est pas simplement question de mystification ou de faux-semblants mais bien d'essayer de percer les relations entre créature et créateur.

mots-clé : #creationartistique
par shanidar
le Mer 5 Avr - 15:11
 
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Sujet: Siri Hustvedt
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Nicolas Bokov

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Or d'Automne et Pointe d'Argent : Conversations avec Victor Koulbak  


2005
Avec une quinzaine d’illustrations magnifiques à la pointe d’argent de Victor Koulbak
Traduction (du russe): Luba Jurgenson

Présentation de l'éditeur a écrit:A l'automne de leur vie, deux amis, l'un peintre, l'autre écrivain, devisent à bâtons rompus. Ils se sont connus à Vienne, première station de leur exil, en 1975, se sont perdus de vue et se retrouvent trente ans après à Paris (donc en 2005). Cette causerie agréable est pour eux l'occasion de revenir sur leur parcours et sur l'histoire troublée de leur patrie russe. Ils évoquent les mutilations laissées par le communisme. Ils traquent les traces de la culture russe. De l'idée d'une société de justice qu'aurait pu développer la Russie, il reste bien peu de chose. La chute du mur de Berlin, loin d'améliorer la situation n'a fait qu'en accélérer l'évolution. Dans le monde entier, le progrès à tout prix lamine tout sur son passage. Rien ou presque ne résiste à l'appât du gain, aux enrichissements sauvages, surtout pas la culture. C'est à un véritable feu d'artifice que nous convient Nicolas Bokov et Victor Koulbak, tant leurs références culturelles sont vastes, leurs connaissances étendues, de l'Italie au japon, des Etats-Unis à la France, de l'éthologie à la littérature, à la musique ou à l'histoire de l'art. L’humour est toujours présent et donne un ton de connivence agréable aux entretiens. C'est à une résistance pacifique que veulent nous inciter le peintre et l'écrivain. Il est important de savoir marquer une pause pour savourer l'instant fugitif. Qu'un tableau exceptionnel ou l'éclat d'une femme nous émeuve, c'est un peu de notre âme qui rencontre un sursis d'humanité. Cela peut être aussi le germe d'une œuvre future, tableau ou roman. Mais cette immortelle fleur du beau est d'une fragilité extrême, exposée qu'elle est sans cesse à la standardisation prônée par la machinerie commerciale. Il faut veiller sur elle avec soin. Ce livre est une ode à la contemplation, à l'importance de la flânerie et du regard.


Victor Koulbak est né le 12 mars 1946 à Moscou. Comme Bokov il quitte la Russie en 1975. Plus d’informations sur sa vie, son œuvre : http://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Koulbak

Ou sur le site officiel (avec beaucoup de ses œuvres) :
http://www.koulbak.com/

C’est une lecture qui m’a accompagné un bon bout de temps car les passages, on peut les laisser mijoter en soi, y réfléchir. Beaucoup de matières abordées, et pour quelqu’un qui aime les questions sur l’art, la Russie, une certaine conception du beau, on trouve de quoi se nourrir.

J’ai juste un leger regret qu’on peut pas s’empêcher à remarquer des fois un ton « élitiste », avec un regard assez dur sur p.ex. certaines « déviations «  de l’art moderne. Le standard est la peinture et la notion de l’homme du XVIème siècle. Je partage dans un certains sens pas mal d’intuitions des deux causeurs, mais j’aurais souhaité une plus grande compréhension de certaines données de la société, de l’art moderne.

Néanmoins un bon livre de conversation, avec dans l’arrière fond, le repas partagé ou des virements dans la conversation au gré des intuitions.


mots-clés : #creationartistique
par tom léo
le Lun 27 Mar - 22:33
 
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Sujet: Nicolas Bokov
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Albert Sánchez Piñol

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Pandore au Congo

A l'aube de la Première Guerre mondiale à Londres, Tommy Thomson, un jeune écrivain tente de trouver sa place dans la société en accomplissant des tâches de nègre littéraire. Des évènements imprévus le conduisent dans le bureau d'un avocat, qui lui demande d'écrire le récit de son client incarcéré, Marcus Garvey, accusé d'avoir assassiné les fils du duc de Craver au cours d'une expédition au coeur du Congo, où les deux hommes étaient persuadés de s'enrichir.

Pandore au Congo introduit une démesure à travers l'illusion de la toute-puissance d'un colonialisme aveugle. Tommy Thomson accentue malgré lui le caractère tragique et cauchemardesque de ce périple africain car Marcus Garvey se représente lui-même comme une victime de la cupidité et de la folie des frères Craver, afin d'éviter une condamnation à mort qui semble pourtant acquise.

Le dédoublement de la narration fascine et déroute, alors que la vision de Garvey devient quasiment fantastique dans ses hallucinations. Je n'ai cependant pas été ému par un roman trop démonstratif et virtuose jusqu'à son épilogue, même si Albert Sánchez Piñol est très ambitieux dans sa description d'une aventure vouée à la ruine. Par l'intermédiaire de Tommy Thomson, il s' interroge sur le sens et le poids de la fiction mais son discours manque de subtilité dans sa perspective historique.


mots-clés : #colonisation #creationartistique
par Avadoro
le Mar 14 Mar - 23:21
 
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Sujet: Albert Sánchez Piñol
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YI Munyol

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Le poète


Quatrième de couverture : a écrit:« Ceux qui vivent à la dérive ne sont pas tous des poètes, mais tous les poètes vivent à la dérive", écrit ici Yi Munyol... Tel sera le sort de son héros, le talentueux Kim Sakkat, enfant d'une famille brutalement déchue de son rang, et qui dès son jeune âge grandit dans l'espérance de reconquérir l'honneur par l'éclat de sa poésie.
L'écriture et les chemins de la liberté, l'engagement et les illusions de la carrière, l'ambition ou l'abnégation dans l'art véritable : tels sont les thèmes de ce roman fervent qui tend aux fonctions sociales de la littérature le moins complaisant des miroirs.
Au coeur de sa méditation pleine d'inflexions autocritiques, Yi Munyol laisse entrevoir les déchirures de l'histoire coréenne, et les vertiges de cette "dissidence intime" qui fait de lui, assurément, le plus grand écrivain de son pays. »

Cela fait longtemps que j’ai lu ce livre et n’ayant pas fait des notes, je me contente de copier des passages à gauche et à droite. Mais j’ai un vif souvenir d’un livre fort. Des amis coréens parlaient d’un des meilleurs de Yi Munyol. Ce qui semble toucher l’âme du lecteur coréen (et cela peut se produire avec nous aussi !), c’est d’être pris par une histoire qui nous dépasse, d’être quelques fois héritier de situations antérieures.


Yi Munyol, lui-même fils de « traitre » (puisque son père est passé au Nord), évoque la destinée de Kim Sakkat, le grand écrivain coréen du XIXème siècle dont les épreuves furent plus difficiles encore pour arriver à se faire reconnaître comme autre chose que le produit d’un choix scandaleux qui lui est étranger.

(Extrait d’un article d’André Velter, Le Monde, 2 Octobre 1992) a écrit:« Le Poète est, à l'évidence, le roman de deux destins piégés. Kim Sakkat, dont l'existence tout entière se déroule vers la fin de la dynastie Joseon, est à la fois un miraculé et un être déchu pour une faute qu'il n'a pas commise. Son grand-père, qui était gouverneur d'une ville de garnison, a commis, en effet, un crime inexpiable aux yeux de la cour : il a cédé face à une révolte populaire et, sitôt capturé, s'est rallié à la cause des émeutiers en rédigeant une fervente proclamation insurrectionnelle. Des troupes gouvernementales venant à reprendre le contrôle de la situation, il est promptement exécuté et, avec lui, trois générations de sa famille qui, suivant l'usage de l'époque, devaient aussi payer pour cette trahison.

Un enfant pourtant échappe à ce massacre légal, il s'appelle encore Kim Byongyon. Il est vivant et marqué à vie. Sans aucun espoir de carrière en raison de la tache léguée par son grand-père, il va devenir un marginal scandaleux, poète errant dont les poèmes courent de bouche en bouche et ne laissent aucune autre trace. On le surnomme alors "Sakkat" : ce mot désignant le chapeau de bambou qui le protège de la pluie tout en lui permettant, suggère la légende, de se cacher du ciel. »



Le sujet de la trahison a dû interpeller Yi Munyol, vu sa situation familiale...: tant de gens accusés d'avoir trahi leur patrie! Et puis ? Choix des parents, qui sera puni dans la deuxième, voire troisième génération.

Je devrais relire ce livre pour pouvoir confirmer cette sensation qu'au-delà l'aspect politique ou d'injustice, il y a aussi pour ainsi dire l'ébauche d'une figure d'un itinérant proche de certaines traditions universelles (et locales), romantiques et autres.

mots-clé : #creationartistique
par tom léo
le Ven 10 Mar - 22:30
 
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Sujet: YI Munyol
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Eric Fottorino

Baisers de cinéma

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« Je ne sais rien de mes origines. Je suis né à Paris de mère inconnue et mon père photographiait les héroïnes. Peu avant sa mort, il me confia que je devais mon existence à un baiser de cinéma. »


Première approche de cet auteur , j'ai donc découvert tardivement la délicatesse que vaporise Eric Fottorino dans l'ensemble de son livre , une écriture aérienne et intense qui fait renaître ce cinéma de la nouvelle vague avec la nette sensation de me noyer dans un film de Truffaut au beau milieu de toutes ces actrices qui ont fait du cinéma français l'art de la beauté et de la grâce.
Si Gilles Hector , photographe de plateau émérite, père du personnage de ce livre , laisse en héritage à son fils sa passion de la lumière , de l'expression divine de ces égéries qu'il a figé dans le temps , il en découle qu'elle met en évidence la difficulté à saisir le bon angle , la projection de sa propre vie , qui à l'instar d'une photographie , ne délivra jamais le secret de l'ombrage de l'âme , des blessures trop profondes que tout à chacun tente de reconstituer en sondant cette eau de vie qu'est l'essence même de nos racines.
Le rythme est lent , poétique , les mots glissent , les dialogues se font caressants , l'ambiance en huis clos reconstitue l'atmosphère intimiste qui sonde les êtres , à la recherche d'une mère elle se fait mélancolique , à la rencontre d'une femme , elle déverse le désir ensorcelant qui enivre et emprisonne .
Tels sont les thèmes , toujours exaltés , qui définissent l’introspection , qui nourrissent les ogres que nous sommes , affamés de réponses sur notre propre condition et avides d'amour.
Un roman empli de charme , une ode au cinéma d'art et d'essai très réussie.



mots-clés : #biographie #creationartistique
par Ouliposuccion
le Mar 28 Fév - 8:20
 
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David Foenkinos

Charlotte

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Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu'elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d'une œuvre picturale autobiographique d'une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : "C'est toute ma vie." Portrait saisissant d'une femme exceptionnelle, évocation d'un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d'une quête. Celle d'un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.

Si David Foenkinos a toujours été hanté et fasciné par cette femme, allant jusqu'à rechercher la moindre parcelle de sa vie pour mieux la saisir, si elle a influencé la sienne, alors ce livre ne pouvait être que profondément onirique.
Écrit sous forme de vers et de phrases courtes, toute l'étendue de l'émotion qui jaillit de ces pages se ressent, caresse le lecteur.
C'est un goutte à goutte de mots qui se diffuse et fait corps avec ce manteau pudique d'adoration qui cache la nudité d'une pensée qui aurait pu être trop inquisitrice, c'est le silence des mots qui circule et nous inonde jusqu'à nous envahir le cœur.
D'un destin tragique naît la beauté d'un témoignage, sans faux pas, il visite des abysses sans s'effondrer dans la noirceur oppressante d'un sujet glissant.
D'une obsession qu'il peine à retranscrire, Foenkinos nous livre la maturation de son travail, ses difficultés à s'approcher à proximité de son égérie et c'est avec soulagement et admiration que je salue cet aboutissement qui m'a permis de poser mes yeux sur un livre raffiné dans lequel je me suis lovée.
Exquis.

Les mots n'ont pas toujours besoin d'une destination.
On les laisse s'arrêter aux frontières des sensations.
Errant sans tête dans l'espace du trouble.
Et c'est bien le privilège des artistes : vivre dans la confusion.

Pendant des années, j'ai pris des notes.
J'ai parcouru son œuvre sans cesse.
J'ai cité ou évoqué Charlotte dans plusieurs de mes romans.
J'ai tenté d'écrire ce livre tant de fois.
Mais, comment?
Devais-je être présent?
Devais-je romancer son histoire?
Quelle forme mon obsession devait-elle prendre?
Je commençais, j'essayais, puis j'abandonnais.
Je n'arrivais pas à écrire deux phrases de suite.
Je me sentais à l'arrêt à chaque point.
Impossible d'avancer.
C'était une sensation physique, une oppression.
J'éprouvais la nécessité d'aller à la ligne pour respirer.

Alors, j'ai compris qu'il fallait l'écrire ainsi.



mots-clés : #biographie #creationartistique
par Ouliposuccion
le Dim 26 Fév - 11:45
 
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Sujet: David Foenkinos
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Pierre Michon

Rimbaud le fils

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Je suis resté exclu du récit. J'avoue ne pas avoir compris l'intention de l'auteur. Exercice de style ? Eloge du poète ? Eloge du génie ?
Cela m'a paru être superficiel en terme de contenu et je me suis donc résolu à pencher pour l'exercice de style.
En effet, le concept de génie n'est pas défini et pourtant il fut âprement disputé en esthétique, tant disputé qu'il me fut compliqué de penser ce que Michon entendait par ce terme. C'est un exemple de lacune de contenu qui me semble immuable pour comprendre un sens spécifique et une intention particulière de l'auteur.
Si c'est un exercice de style nous ne pouvons qu'applaudir et nous incliner. C'est beau, riche avec un vocabulaire que nous n'avons plus l'habitude de lire ou d'entendre. La langue française est honorée et le plaisir est important.
Il demeure que je pense que c'est l'exemple type d'ouvrage qui obtient le résultat inverse de ce qu'il peut être souhaité. En effet, dans une société et à une époque où la littérature au style élaboré est mise au ban, boudée par la majorité du lectorat, avec pour critique principale une pédanterie élitiste, critique que l'on jugera valable ou non, ce livre incarna exactement ce qui est défié par le dit lectorat critique. Un contenu peu évident, un style complexe, classique, font de ce livre l'objet archétypal, le représentant des livres qui ont écoeuré un large public qui voulait du message, des idées fortes dites simplement. Si la mission était la réhabilitation de ce type de littérature, cela conviendra aux amoureux déjà conquis. Non aux autres.

mots-clés : #creationartistique
par Hanta
le Ven 10 Fév - 20:57
 
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Sujet: Pierre Michon
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Amin Maalouf

Samarcande

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Samarcande, c'est la Perse d'Omar Khayyam, poète du vin, libre penseur, astronome de génie, mais aussi celle de Hussan Sabbah, fondateur de l'ordre des Assassins, la secte la plus redoutable de l'histoire. Samarcande, c'est l'Orient du XIXè siècle et du début du XXe, le voyage dans un univers où les rêves de liberté ont toujours su défier les fanatismes. Samarcande, c'est l'aventure d'un manuscrit né au XIe siècle, égaré lors des invasions mongoles et retrouvé six siècles plus tard. Une fois encore, nous conduisant sur la route de la soie à travers les plus envoûtantes cités d'Asie, Amin Maalouf nous ravit par son extraordinaire talent de conteur. A la suite d'Edgar Allan Poe, il nous dit : "Et maintenant, promène ton regard sur Samarcande ! N'est-elle pas reine de la Terre ? Fière, au- dessus de toutes les villes, et dans ses mains leurs destinées.


Quelle magnifique plume pour nous conter la perse, la sagesse de l’esprit et la poésie d’Omar Khayyâm , hédoniste croyant mais critique envers les religieux, reflétant par le vin la vie et ses délices,poésie si chère à l’Iran que l’on retrouve un peu plus tard chez Alisher Navoi , poète Ouzbek (1441-1501).

Après avoir lu Alamut, c’est avec plaisir que j’ai pu joindre historiquement ces deux histoires, Omar Khayyâm et le vieux de la montagne Hassan Sabbah , la naissance de cet ordre des assassins ayant construit la plus redoutable des machines à tuer, les fidais ou fédayins, soit les martyrs d’aujourd’hui…
Quelle richesse culturelle que ce livre qui nous fait voyager dans le temps, du prestigieux empire Perse à la plus grande invasion menant au plus vaste empire mondial, les mongols : Gengis khan et Kubilaï Khan, jusqu’au XXème siècle, date à laquelle le premier Parlement de la perse vit le jour (1909) mais sous quelles conditions…
La philosophie n’est-elle pas dans le temps l’arme la plus formidable de l’histoire ?
Quoiqu’il en soit, au-delà de toutes les batailles et tous les empires conquis par les plus redoutables guerriers , seuls des vers philosophiques ont traversé le temps pour nous les conter.

Cette roue sur laquelle nous tournons est pareille à une lanterne magique. Le soleil est la lampe; le monde, l'écran. Nous sommes les images qui passent. »Omar Khayyâm
« Ne vous reprochez pas que mon vin soit amer, cette amertume est celle même de la vie »Omar Khayyâm


Un vrai plaisir de lecture qui nous fait bien mieux appréhender l’Orient , sa culture et son histoire.
Samarcande d'Omar Khayyâm , un manuscrit perdu lorsque le Titanic a sombré ?
Voici un des Robaiyats de Khayyâm:


"Tu demandes d’où vient notre souffle de vie
S’il fallait résumer une trop longue histoire,
Je dirais qu’il surgit du fond de l’océan,
Puis soudain l’océan l’engloutit à nouveau."


Un vrai bijou littéraire à ranger précieusement dans sa bibliothèque.


mots-clés : #historique #creationartistique
par Ouliposuccion
le Mar 7 Fév - 9:42
 
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Sujet: Amin Maalouf
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Marie Darrieussecq

Etre ici est une splendeur
vie de Paula M. Becker.

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Paula Modersohn-Becker voulait peindre et c'est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n'aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. Elle voulait peut-être un enfant ? sur ce point ses journaux et ses lettres sont ambigus. Elle a existé en vrai, de 1876 à 1907.

Voilà un roman qui voit le jour en donnant naissance pour la deuxième fois à une artiste méconnue ( en dehors de l'Allemagne) , Paula Modersohn-Becker.
La raison de cet oubli dans l'histoire de l'art est certainement le fait que ce soit tout simplement...Une femme.
Le 19 ème siècle est riche et intense en art mais reste somme toute un monde masculin tout art confondu.On se souvient encore de toutes ces femmes dont Georges Sand qui écrivaient sous des pseudonymes masculins et qui ont essuyé bon nombre d'insultes misogynes pour cette insolence de l'esprit. On retrouve dans cette biographie la liberté de penser féminine ainsi que l'intellect tout en regardant de près cette haute société allemande et parisienne prise sous le joug du machisme fournissant cette bonne dose d'hypocrisie afin de ne pas déplacer le rôle de chacun.
Divers passages assez lassants , ou peut-être n'étais-je tout simplement pas sensible au monde artistique de Paula ; je ne le suis pas de sa peinture qui dénotait à son époque puisqu'elle est une des pionnières de l’expressionnisme mais qui reste à mes yeux assez terne et grossière (toutes mes excuses , hein...)
Grande amie de Rilke , c'est aussi une facette de ce poète qui est abordée , l'amitié d'artistes dans ce village d'Allemagne fréquenté par un petit monde d'intellectuels, Worpswede. A plusieurs reprises après sa mort il écrira sur elle , sur cet être cher perdu , mais pourquoi sans évoquer ses travaux artistiques..
Paula Becker reste une présence , un parcours de femme libre qui aime Paris et qui sera à noter parmi les premières féministes également qui détonne et étincelle dans un univers pas si simple à vivre dans lequel elle tente d'abolir toute frontière qui ne lui sied pas. Finalement sa meilleure compagne aura été la peinture , bien avant son époux.
Néanmoins , Marie Darrieussecq utilise une écriture différente , plus cérémonieuse , c'est à de demander si elle ne voulait pas rivaliser avec l'art qu'elle évoque , cette froideur allemande qui a ralenti ma lecture , ce qui rend l’héroïne assez inaccessible ce qui est bien dommage et je fais le parallèle avec l'écriture de Charlotte de Foenkinos forcément...lecture pas si lointaine , que je trouvais bien plus expressive de par la sensibilité qui émanait de l'écrivain.
Il en reste que c'est un bon livre et que le merveilleux dans tout ça , c'est de pouvoir découvrir une artiste et une vie , pas si anodine grâce à Darrieussecq qui l'écrit et a préparé son expo au musée de l'Art moderne de Paris avec l'aide de compères.


mots-clés : #biographie #creationartistique
par Ouliposuccion
le Dim 5 Fév - 0:21
 
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Sujet: Marie Darrieussecq
Réponses: 26
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Milo Manara

Le Caravage
tome 1: La palette et l'épée


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"La vie sulfureuse du célèbre peintre italien par le maestro Manara Automne 1592. Michelangelo da Caravaggio dit « Le Caravage » débarque à Rome, toiles et pinceaux sous le bras. Il puise son inspiration dans l'âme de la cité éternelle, entre grandeur et décadence, et auprès des personnages hauts en couleur qu'il y rencontre. Rapidement admiré pour son talent, il sera toutefois souvent critiqué pour ses partis pris artistiques, notamment sur ses sujets religieux.Il prendra ainsi pour modèle de sa Mort de la Vierge une prostituée. Une réputation aggravée par le penchant du peintre pour la violence et sa participation à de fréquentes et vives échauffourées... Milo Manara amorce ici un diptyque consacré au génial Caravage et à l'Italie du Cinquecento, dans lequel il exprime à nouveau sa fascination pour la création artistique et la beauté des femmes, tout en rappelant qu'il est aussi un maître de la BD historique au sens de la reconstitution confondant."

Le caravage , l'inoubliable , homme fascinant , ce peintre sulfureux m'a toujours subjuguée tant par son caractère que par ses tableaux d'où émane une sensibilité artistique des plus remarquables.
Pourquoi choisir Manara pour lire sa biographie ?
Parce qu'il me semblait tellement proche de ce génie que j'étais certain qu 'une approche littéraire combinée au dessin ne pouvait que recréer l'univers dans lequel je voulais plonger.
Qui , mieux que Manara , pouvait nous propulser dans ce monde où les femmes sont des muses , qui pouvait mieux que Manara les dessiner et les mettre à la lumière via des dessins éblouissants!
Et je ne suis pas déçue ; Manara nous offre un diptyque fascinant dans lequel tout paraît vraisemblable dans ce récit ,il plonge au cœur même de l'artiste pour en faire ressortir toute l'essence et la création.
Le Caravage habité créait pour enfanter une œuvre dont la genèse probablement n'était que sa propre sensibilité , son amour des femmes et la volonté de raconter sans voile ni cape ce que ses yeux observaient , un point que Claudio Strinati , historien de l'Art met en exergue dans son avant-propos.
Ce ne sont pas des dessins que j'ai pu observer dans cet ouvrage , mais bien des tableaux tant la puissance des couleurs sont intensément belles , reflétant celles des siècles passés ,de la luminosité de Rome à la prison de Tor Di Nona.
C'est clairement un travail bluffant que j'ai feuilleté à plusieurs reprises après deux lectures juste pour le plaisir de ces reproductions.
J'attends bien évidemment avec impatience , la suite...

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mots-clés : #bd #biographie #creationartistique
par Ouliposuccion
le Mar 31 Jan - 22:23
 
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Sujet: Milo Manara
Réponses: 2
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Bahiyyih Nakhjavani

La femme qui lisait trop


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“Ce livre est dédié à la mémoire d’une femme qui vécut en Perse au XIXe siècle et qui, même si on l’a représentée sur une pierre tombale, n’eut jamais l’honneur d’une épitaphe. C’est un hommage à Tahirih Qurratu'l-Ayn, dont la vie, en avance sur son temps et les dernières années d’emprisonnement, de 1847 à 1852, ont inspiré cette histoire.” B.N.
Téhéran, deuxième moitié du XIXe siècle : la cour du shah fourmille d’intrigues de palais, de complots et autres tentatives d’assassinats plus ou moins abouties, sous l’ironique et cruel regard de la mère du souverain persan, qui en a vu bien d’autres dans sa déjà longue et très machiavélique existence et n’a nulle intention de se laisser déposséder de la moindre parcelle de son auguste pouvoir de tyrannique douairière…
Voici que cette fois, pourtant, ce très ancien royaume de Perse va se trouver ébranlé non tant par les menées factieuses des uns ou des autres (menées qu’observe, avec inquiétude, l’ambassadeur de Sa Royale Majesté la Reine d'Angleterre) mais par l’irruption, sur cette scène agitée, d’un protagoniste inattendu en la personne de Tahirih Qurratu'l-Ayn, poétesse fort lettrée dont, dans le royaume, les vers semblent agir sur quiconque en prend connaissance comme de puissants catalyseurs d’énergies subversives – or de l’adjectif “subversif” à celui d'“hérétique”, la distance se franchit aisément, à l’époque …
A travers la figure historique de la poétesse Tahiri à laquelle ses compatriotes et l’Histoire se montrèrent si peu soucieux de rendre justice, et qui osa, en femme libre et maîtresse du langage, affronter le clergé et les théologiens de son temps, Bahiyyih Nahkjavani met en scène les enjeux éternels et plus que jamais incandescents en nos temps contemporains, de la liberté d’expression dès lors qu’elle s’affronte aux interdits, religieux notamment.
En se dressant, avec bravoure, contre toute autorité et en questionnant, en érudite et en femme, les interprétations du monde qui lui étaient proposées, la poétesse de Qazvin éveilla en effet la même violence et les mêmes instincts fanatiques qui se peuvent observer aujourd’hui.


Il est difficile de parler de ce livre remarquable  après ce résumé, d’autant qu’après les mots de Nakhjavani les miens ne feront que pâle figure. Je vais tenter de résumer au mieux.
Un hommage à la poétesse Tahirih Qurratu'l-Ayn, première femme féministe de l’histoire de Perse  voulant généraliser l’alphabétisation  féminine à travers le portrait de 4 femmes :

-Le livre de la mère : Son Altesse royale Mahd-i-Oldya , mère du Shah Nasir-ed-Din  tenant les rênes de l’empire de Perse. On y lit toutes les intrigues politiques liées à la cour, assassinat, la peur et la haine que suscite la poétesse qui s’expose aux yeux du monde sans voile ,en femme libre ,  mais qui a conquis par son esprit et son aura de grandes cités , comme Bagdad et les montagnes d’Irak . Une rhétoricienne de talent s’élève contre les dogmes religieux et le pouvoir du royaume.

Le livre de l’épouse : épouse du maire de Téhéran, Mahmud Khan-i-Kalantar, chef suprême de la police qui écroue la poétesse entre ses murs, sa demeure étant la prison dans laquelle les hurlements dus aux tortures ne sont pas légendes. La captive étant considérée comme un djinn par cette épouse ne laisse pas le harem insensible  et démontre que toutes sont conscientes de leur vie dans laquelle elles jouent « le jeu »d’être une épouse assujettie. Pourtant il suffit de peu pour que ces femmes se rallient à la cause de «l’hérétique ».

Le livre de la sœur : sœur du shah et épouse du grand vizir Amir Kabir. Partisane de la poétesse. L’ordre chronologique des événements commence à voir le jour au travers de cette personnalité, en effet, Nakhjavani  opte pour la narration déstructurée, ce qui nous sollicite à se centraliser afin de ne pas se perdre dans les sinuosités des lignes, chaque chapitre correspond à une pièce de puzzle à assembler au récit. (ce qui m’a valu quelques retours en arrière)

Le livre de la fille : une partie concernant la poètesse Tahirih Qurratu'l-Ayn et sa fille.

« Nous définissons aujourd’hui le voile comme un emblème d’identité culturelle, de foi religieuse. Elle n’y voyait que préjugés, littéralisme et uniformité. Nous en avons fait un symbole politique, un argument dans la négociation de la liberté d’expression, un symbole politique. Elle le rejetait précisément parce qu’il représentait l’oppression. Si l’Islam contemporain est déchiré par l’écart grandissant entre modérés et extrémistes, par le conflit entre chiites et sunnites, et si l’anarchie au Moyen Orient et la montée partout dans le monde du fondamentalisme et de la terreur qui en sont les conséquences ont commencé à menacer la texture même de nos démocraties, il peut être opportun pour le public occidental de redécouvrir l’histoire de cette Perse du XIXème siècle » B.N


Au-delà d’un hommage, Bahhiyih Nakhjavani soulève le voile et nous mène au travers de ses yeux  dans ce royaume ou l’anderoun ne ressemble pas au conte des mille et une nuits, Téhéran n’exalte pas ses  effluves d’épices et de fleurs, mais  la puanteur des famines et des maladies, les jardins paradisiaques sont les lieux de tortures et le vin coulant à flots n’est autre que le sang du peuple.
C’est un voyage au cœur de la Perse, sous une identité dévoilée au travers d’un joyau qui n’est pas des moindres, la liberté d’expression parée de superbes allégories, que Bahhiyih Nakhjavani  signe ce bijou littéraire mettant en avant la condition féminine, la religion et les enjeux politiques.
Un chef d'oeuvre.


texte de Tahirih Qurratu'l-Ayn :

Je suis la rivière de vin rouge
Dans la bouche de la vie et de la mort.
Le dit écarlate de mes paroles
Passe goutte à goutte dans ton souffle.
                           
Je suis la rivière jaune
Qui nourrit et sustente la jeune intelligence
Mes pages safran offrent l’espoir à l’espèce humaine.

Je suis la rivière des mots verts comme le miel, pleins de vie.
Je tiens dans mes bras qui m’inspire et me fait confiance,
Les saisons et leur combat.

Je suis la rivière d’eau blanche
Par laquelle le cœur est lavé de la rouille.
Mes paroles d’unité ont soif de boire la poussière.


mots-clé : #creationartistique #conditionfeminine #historique
par Ouliposuccion
le Dim 29 Jan - 11:48
 
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Sujet: Bahiyyih Nakhjavani
Réponses: 7
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Metin Arditi

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Le Turquetto

Si d'aventure une personne vous parlait de ce livre, de son héros à la vie improbable, de la foule bigarrée du bazar de Constantinople, avec ses mendiants hauts en couleurs, ses fabricants d'encre et de babouches, ses marchands d'esclaves, si cette personne vous racontait Venise, son foisonnement artistique et ses intrigues, si enfin elle évoquait les trois grandes religions monothéistes, alors, vous auriez l'impression que l'on vous parle d'un pavé de 800 pages. Et quelle ne serait pas votre surprise, en ouvrant le Turquetto, de découvrir un livre d'à peine 280 pages, et encore, très aérées.

C'est que nous avons là affaire à un écrivain maîtrisant merveilleusement son art, et qui vous pose un décor comme personne. Quelques détails, disséminés au fil des phrases, et c'est le lecteur qui se construit tout un monde.
L'auteur mélange à merveille imaginaire et grande Histoire, cette Histoire qui ballotte les êtres, et notamment ce pauvre Elie, né juif à une époque où il ne faisait guère bon l'être, et où les trois religions du livre se regardaient en chiens de faïence.

Un personnage un peu éthéré, ce Turquetto, qui connaîtra le rejet, la déchéance sociale comme la gloire et les honneurs, mais traversera tout cela sans guère y attacher d'importance, en homme aussi libre que possible des entraves infligées par la société et ses codes imbéciles. Une seule obsession le guidera toute sa vie, et lui sera aussi nécessaire que de respirer : le dessin.
Peut lui chaut d'être juif, chrétien ou musulman ( ou du moins, voudra-t'il le croire...) Pour lui, seule compte la magie du trait, sa célébration de la piété, sa faculté à révéler la vérité des êtres.

J'ai vécu ce livre comme une succession d'émotions, subtiles et contrastées. La construction de l'ouvrage rappelle un peu une pièce de théâtre, avec ses trois actes divisés en courtes scénettes.
Il faut avouer une chose : on ne s'attache pas vraiment au personnage principal, ce Turquetto omniprésent, passionné, tourmenté, et pourtant insaisissable. Paradoxalement, les personnages secondaires ont parfois plus de corps que le Turquetto lui-même. Certains sont particulièrement marquants, comme le calligraphe amoureux de son art, la vieille et sensuelle "éducatrice" de futures concubines, ou encore l'homme d'église migraineux et désabusé.
Avec une vraie économie de mots, Metin Arditi nous livre l'intimité de tous ces êtres, en de courts chapitres qui, chaque fois, suscitent l'émotion, la réflexion devant la richesse des thèmes abordés, et l'admiration du lecteur devant son art consommé de la chute.


PS : Ne lisez pas la quatrième de couverture, elle en dit bien trop.

(ancien commentaire remanié)


mots-clés : #creationartistique #historique #renaissance #romanchoral
par Armor
le Sam 28 Jan - 14:39
 
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Sujet: Metin Arditi
Réponses: 11
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