Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 20 Sep - 23:41

32 résultats trouvés pour documentaire

Mathieu Sapin

Gérard
Cinq années dans les pattes de Depardieu


Tag documentaire sur Des Choses à lire - Page 2 97822010


Si Depardieu vous agace, ne lisez pas cette BD, car son auteur a très bien réussi la mise en scène rythmique de son récit, le maelstrom est traduit parfaitement. Sapin ne le singe pas, ce maelstrom, il l'orchestre habilement, pour mieux en extraire les climax et les répis.

Et surtout ce n'est pas dilué : ce n'est pas du Muybridge, pas seulement, c'est plus construit, c'est du travail de narration-BD, pas juste illustratif, et ça croque la personnalité de Depardieu avec semble t'il une belle justesse.
Rien que l'on ne sache déjà si on s'intéresse à cet homme, mais comme des agapes avec lui, image, et son en plus.
Pour une BD que demander de plus ?
En plus c'est long, ça prend bien deux heures à lire, et ça refile un tas d'anecdotes à fouiller par la suite si le coeur vous en dit.

Depardieu ne m'agace pas, alors j'étais ravie.


mots-clés : #bd #documentaire
par Nadine
le Jeu 3 Aoû - 13:51
 
Rechercher dans: Bande dessinée et littérature illustrée
Sujet: Mathieu Sapin
Réponses: 9
Vues: 438

Daniel Keyes

Tag documentaire sur Des Choses à lire - Page 2 41hsfu10

Quand la police de l'Ohio arrête l'auteur présumé de trois, voire quatre viols de jeunes femmes, elle croit tenir un cas facile : les victimes reconnaissent formellement le coupable, et celui-ci possède chez lui la totalité de ce qui leur a été volé. Pourtant, ce dernier nie farouchement. Ou bien il reconnaît les vols, mais pas les viols. Son étrange comportement amène ses avocats commis d'office à demander une expertise psychiatrique. Et c'est ainsi que tout commence… On découvre que William Stanley Milligan possède ce que l'on appelle une personnalité multiple, une affection psychologique très rare qui fait de lui un être littéralement « éclaté » en plusieurs personnes différentes qui tour à tour habitent son corps. Il y a là Arthur, un Londonien raffiné, cultivé, plutôt méprisant, et puis Ragen, un Yougoslave brutal d'une force prodigieuse, expert en armes à feu. Et bien d’autres. En tout, vingt-quatre personnalités d'âge, de caractère, et même de sexe différents. L'affaire Billy Milligan a fait la une des journaux américains, fascinés par ce cas et par la lutte qu’ont menée les psychiatres et Billy lui-même pour essayer de « fusionner » en un seul individu ses 24 personnalités. Quant au livre, construit comme un véritable drame shakespearien, il est le résultat de mois et de mois de rencontres et d'entretiens entre Daniel Keyes et… Ragen, Arthur, Allen et les autres. Une lecture absolument fascinante, bientôt adaptée au cinéma par Joel Schumacher (Chute libre, Phone Game.) "...


Billy Milligan est connu aux états unis pour son procès surmédiatisé dans les années 70, procès qui a attisé maintes controverses et haines,  car il est le premier à plaider non coupable pour cause de personnalité multiple, cela à une époque à laquelle la maladie mentale était difficilement admise. Daniel Keyes, pour écrire ce livre, a rencontré Billy et les protagonistes de cette affaire pendant plus de 16 ans.

Ce livre est une plongée dans cette affaire qui a défrayé les chroniques, nous faisant rencontrer d’abord Billy au travers des yeux de ceux qui l’ont rencontré autour de son procès pendant de nombreux mois (notamment avocats et psychiatres). La première partie nous fait en effet découvrir le « cas » Milligan au travers de leurs yeux, leurs doutes, leur scepticisme, leur adhésion… En tous les cas au travers de tout ce que peut susciter la rencontre avec un homme qui présente de multiples personnalités, qui sont chacune comme des personnes distinctes s’ignorant l’une l’autre ( ou quasiment ), et apparaissant de manière impromptu.
Cela produit des situations étranges, non seulement pour l’observateur, mais également et surtout pour le principal intéressé, ce que Keyes nous fait découvrir dans la seconde partie de ce récit qui traite essentiellement de l’histoire de Billy depuis son enfance et jusqu’à son arrestation en 1975.

La troisième partie se concentre sur l’après procès et sur des rouages judiciaires complexes, à la prise en soin « psychiatrique » hospitalière de l’époque, à la perception qui y existait de la maladie mentale et aux traitements infligés, mais aussi aux haines et passions attisées par le cas Billy.

Ce récit m’a fortement intéressée car il développe un trouble relativement peu connu, et rare sous cette forme, qu’est le trouble dissociatif de la personnalité, ou trouble de personnalités multiples. Développer 2 ou 3 personnalités qui se « méconnaissent » l’une l’autre était quelque chose dont j’avais notion, mais développer de bien plus nombreuses personnalités, je pensais cela du domaine purement fictionnel.
Il me semble également que les folies que cette affaire suscite, l’incompréhension, la haine, sont un sujet toujours actuel quand l’Homme est confronté à l’incompréhensible et donc à la peur, a besoin de boucs émissaires, de reprendre le contrôle. Cette affaire a agité médias, foules et communauté judiciaire et médicale pendant des années.

Pour revenir à Billy, on le découvre d’abord sous le filtre d’yeux externes, observant ses changements perceptibles, commençant à connaître certaines de ses personnalités. On se confronte en même temps dès le début au scepticisme de certains qui le rencontre, ou à leur complète adhésion à croire ce qu’ils entrevoient. Cela avec en fond le procès et la question de déterminer si, oui ou non, Billy simule ou souffre réellement de ce trouble. Ce qui revient à le déterminer responsable des crimes dont il est accusé ou irresponsable.

La seconde partie m’a paru assez longue par moment. Si elle a un grand intérêt car elle permet de rencontrer Billy au travers de son histoire, de percevoir l’apparition progressive de ses personnalités, de mieux comprendre leur fonction, et aussi d’appréhender le début de traitement pour les « fusionner », il est parfois difficile à mon sens de s’y accrocher par le changement fréquent de personnalité qui vient casser d’une certaine manière le processus d’identification au personnage. On passe d’un personnage à un autre, chacun est certes une part de Billy mais des parts très différentes, et, au-delà des personnages principaux, les apparitions des autres donnent le sentiment de se trouver avec des inconnus non investis affectivement. Donc ce sentiment de lâcher – reprise dans l’affect donne une impression bizarre, et la longueur est justement liée je pense au morcellement du personnage vu qu’on a souvent le sentiment de le perdre. Tout en même temps, c’est aussi une manière très juste de faire percevoir ce que peut vivre et ressentir Billy qui perd le temps constamment du fait de l’amnésie qu’il a de la prise de contrôle de l’une ou l’autre de ses personnalités.

Ce livre est intéressant par cet exemple de la clinique psychiatrique peu orthodoxe et peu fréquent. On perçoit le trouble de Billy, comment sa personnalité a pu en arriver à se fragmenter ainsi, et comment le travail a été de remettre en lien les différentes personnalités. On peut-aussi se sentir d’une certaine manière à sa place : que ressentirions nous en vivant cela ? Comment cela peut être déstabilisant, mais aussi comment cela est un moyen de défense contre l’insupportable, l’indicible et la douleur. Par contre il est difficile de s’identifier réellement à ce personnage à multiples facettes, d’où je pense aussi la difficulté et le sentiment de certaines longueurs.  Ce livre soulève aussi la question des pathologies psychiatriques, et de comment elles attisent certaines peurs dans la société, comment elles suscitent différentes émotions. Billy en effet fait peur, est diabolisé...même parmi les soignants. Ce livre soulève aussi la difficulté de diagnostic, les  divergences de perception et opinions au sein du corps médical et comment cela peut impacter la perception d’une personne malade et sa prise en charge, ce jusqu’à ne pas l’entendre et répéter sur elle des violences juste par incompréhension, peur, conflit d’opinion et d’intérêt.

Un sentiment général du coup partagé. Je suis contente d’avoir découvert cette œuvre, elle m’a donné envie de lire d’autres choses à ce propos, mais disons que c’est plus dans une dimension purement d’intérêt pour cette pathologie. Mais j’admets que certaines longueurs font que je suis mitigée quant au fait de dire que j’ai aimé, autant que la difficulté à vraiment ressentir des émotions, sauf quand il s’agit de la manière dont Billy est malmené à différents moments de sa vie.

mots-clés : #criminalite #documentaire #pathologie
par chrysta
le Ven 31 Mar - 7:30
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Daniel Keyes
Réponses: 13
Vues: 809

Collectif : «Grand-Père n'était pas un nazi»: National-socialisme et Shoah dans la mémoire familiale

Tag documentaire sur Des Choses à lire - Page 2 C_gran10

Grand-Père n'était pas un nazi: National-socialisme et Shoah dans la mémoire familiale
Sabine Moller, Karoline Tschuggnall, Harald Welzer

En fait, il y a deux livres sortis récemment en France, le premier est intitulé Soldats- Combattre, tuer, mourir: procès-verbaux de récits de soldats allemands, comptes-rendus des écoutes de prisonniers de guerre allemands analysées par l'historien Sönke Neitzel et le psychosociologue Harald Welzer. J'en ai lu quelques extraits dans les critiques de ce livre , par exemple:

"
Les chevaux me faisaient de la peine. Les gens, pas du tout », dit un lieutenant de la Luftwaffe qui a mitraillé un convoi de civils en Pologne. « Qu'est-ce qu'on s'est amusés », dit un sous-marinier racontant comment il a coulé un convoi transportant des enfants. « Rattata » est l'interjection utilisée par le caporal parachutiste Büsing pour expliquer comment sa compagnie, à l'aube, a assassiné au pistolet-mitrai­l­leur tout un village « près de Lisieux-Bayeux », en 1944.

"

Que dire, sinon qu'en lire plus ne me semblait pas utile.


Par contre Gallimard a fait paraître en même temps cet ouvrage sociologique qui date de 2002, et la mémoire familiale est un sujet qui me passionne.
A partir d'entretiens avec des familles qui comportaient toutes au départ des membres, à un titre ou un autre, du parti national socialiste, les chercheurs ont tenté de cerner ce qu'avaient retenu les générations suivantes .
C'est un ouvrage complexe, difficile à lire et qu'il me serait quasi impossible de résumer.
Je préfère copier la quatrième de couverture qui le fait assez bien:

Qu’on ne s’y trompe pas : cet ouvrage va bien au-delà de son sujet immédiat – la manière dont on parlait de l’époque nazie et de la Shoah, dans les années 2000, au sein des familles allemandes. Il concerne, par ses méthodes, son cadre d’analyse, voire ses conclusions, tous ceux qui, en France ou ailleurs, ont à réfléchir aux mécanismes de la transmission de la conscience historique d'une période d’exception, soit à la confrontation de la mémoire sociale et de la mémoire familiale.
Au fil de quarante-huit entretiens familiaux et de cent quarante-deux interviews individuels sur les histoires vécues du passé national-socialiste et transmises entre les générations, il apparaît, en effet, qu’à «la mémoire culturelle» (celle qu’une société institue à une époque donnée sur un certain passé à travers célébrations, discours officiels et enseignement) s’oppose «la mémoire communicative», non plus cognitive mais émotionnelle, ciment de l’entente des membres d’un groupe (parents et proches) sur ce qui fut leur passé vrai, et qui est constamment réactivée dans le présent d’une loyauté et d’une identité collectives.
Ainsi se transmettent dans les familles d’autres images du passé national-socialiste que celles diffusées à l’école : romantiques et enjolivées par l’intégration de scènes cinématographiques, par exemple, elles sont avant tout relatives à la souffrance des proches, causée par le mouchardage, la terreur, la guerre, les bombes et la captivité.
Paradoxalement, il semble que ce soit justement la réussite de l’information et de l’éducation sur les crimes du passé qui inspire aux enfants et petits-enfants le besoin de donner à leurs parents et leurs grands-parents, au sein de l’univers horrifique du national-socialisme, une place telle qu’aucun éclat de cette atrocité ne rejaillisse sur eux. Transmis sous forme non pas de savoir mais de certitude, ces récits, pour finir, convainquent chacun qu’il n’a pas de «nazi» dans sa propre famille : «Grand-Père n’était pas un nazi.»


En gros, donc, plus on s'éloigne de l'individu d'origine, plus on assiste à des excuses ( s'ils l'ont fait, c'est parce que ils n'avaient pas le choix), un déni ( personne n'était de toutes façons antisémite) ou même une " héroïsation" cumulative ( beaucoup de Juifs ont été cachés, nourris, non dénoncés, etc) afin de bien pouvoir extraire ses propres aïeux de la conscience historique et permettre ainsi de faire coexister pacifiquement le " mal" du pouvoir national- socialiste et le " bien" représenté par ses propres grands-parents et arrières grands-parents.
On est bien loin de la banalité du mal de Hannah Arendt, par contre la banalité du bien est de règle...
Et ceci d'autant plus qu'il s'agit d'individus éduqués dans la conscience historique, les commémorations et nourris de fictions mettant en spectacle cette période.

A ce niveau, comme ce n'est pas du tout un ouvrage de psychologie et que les auteurs ne nous expliquent pas pourquoi il en est ainsi, j'aurais moi tendance à penser qu'après tout, ceci est très humain. Grand-Père n'a pas dû trop se vanter de certains actes , et les générations suivantes n'ont voulu retenir que ce qui leur convenait sans se poser plus amples questions?

Plus surprenant, enfin, pour moi, est la persistance de " clichés "liés la plupart du temps aussi pour les jeunes générations , à toutes les images qu'ils ont vues : le Russe est un violeur, l'américain est toujours sympa, le Juif est toujours riche à millions ( et donc aurait dû pouvoir partir...) et le petit fils interrogé? Et bien, écoutons un jeune homme né en 76: " Parce qu'ici , je n'ai pu voir que ça dans les films , l'enthousiasme des gens, c'était tout de même la classe, la manière dont ils ont fait ça! Comme ils criaient tous: Heil Hitler, ou Sieg Heil! Et cet enthousiasme des gens, c'est ce qui est fascinant d'une certaine manière, la force qu'avait ce peuple à ce moment -là. Parce qu'ils ont tous eu peur de nous! "

... Que l'on n' accepte pas que son grand-père ait pu être un nazi, pourquoi pas. Mais qu'on en arrive à souhaiter qu'il l'ait été, et, finalement, en être très fier, c'est peut être un petit peu plus inquiétant?


mots-clés : #deuxiemeguerre #documentaire
par Marie
le Lun 13 Mar - 3:49
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Collectif : «Grand-Père n'était pas un nazi»: National-socialisme et Shoah dans la mémoire familiale
Réponses: 5
Vues: 432

John Berger

Le hasard-ou plutôt un cadeau -ont fait que j’ai lu deux livres de John Berger en peu de temps.

Tag documentaire sur Des Choses à lire - Page 2 519pzr10

Le premier , au si joli titre: Et nos visages, mon cœur,fugaces comme des photos est une sorte d’autoportrait à travers des thèmes différents, des réflexions sur l’exil, l’art, l’amour ,le temps,l’histoire, la foi, l’écriture,en prose ou en vers ( les siens ou ceux d‘autres écrivains), mais c’est de toute façon un texte très poétique.

Nous sommes tous des raconteurs. Couchés sur le dos, nous levons les yeux vers le ciel étoilé. C’est là qu’ont commencé les histoires, sous l’égide de cette multitude d’astres, qui, la nuit, fauchent les certitudes, et, avec un peu de chance, vous les rendent le matin sous forme de foi.


   ..
Ce qui nous sépare des personnages sur lesquels nous écrivons n’est pas notre savoir, qu’il soit objectif ou subjectif,mais leur expérience du temps au sein de l’histoire que nous racontons.Ce fossé nous octroie, à nous autres raconteurs,le pouvoir de connaître le tout. Mais, par la même occasion, ce fossé nous rend impuissants: une fois le récit engagé, nous ne pouvons plus contrôler nos personnages. Nous sommes contraints de les suivre à travers et en travers de ce temps qu’ils éprouvent, et que nous dominons.
   Le temps et, par là,l’histoire, leur appartiennent. Mais le sens de l’histoire, ce pourquoi elle vaut la peine d’être narrée, ce qui nous inspire, c’est nous, les raconteurs, qui en possédons les aboutissants, car nous nous situons du côté de l’intemporel.
   C’est comme si ceux qui nous lisent ou nous écoutent voyaient tout à travers une loupe. Cette lentille- le secret de toute narration- nous l’ajustons, nous la mettons au point avec chaque nouvelle histoire.
   Si je dis que nous autres raconteurs, sommes les Secrétaires de la Mort, c’est que, l’espace de nos vies fugitives, pour chacune de nos histoires, nous avons à polir ces lentilles entre le sable du temporel et la pierre de l’intemporel.


Ceci n’est qu’un tout petit extrait, c’est en tout cas un texte constamment intéressant, et toujours très fouillé, comme s’il s’appliquait à la compréhension du lecteur grâce à d’autres données, j’aime beaucoup cela.

mots-clé : #creationartistique





Tag documentaire sur Des Choses à lire - Page 2 51zls810

Le deuxième, que j’avais choisi pour aborder cet auteur, c’est Un métier idéal., Histoire d’un médecin de campagne. Une sorte de reportage sur un médecin anglais, John Sassall, et sa vie quotidienne professionnelle .Avec de magnifiques photographies de Jean Mohr. C’est un livre qui date de 1967.

Là aussi, le portrait est très fouillé. Et bien sûr, plus que les descriptions des activités purement médicales de ce médecin de campagne qui fait pratiquement tout lui-même, ce sont les réflexions d’ordre sociologique et philosophique sur la médecine à travers ce personnage , qui interpellent.
C’est un texte dont j’aurais aimé discuter , tant, bien sûr, il me parle.. Même si je ne suis pas forcément d’accord avec les conclusions qu’en tirent d’autres lecteurs . Il vaut mieux d’ailleurs que je dise tout de suite que John Berger signale-rapidement- dans une postface, que ce médecin s’est suicidé.

je reconsidère avec une tendresse accrue ce qu’il a entrepris de faire et ce qu’il a offert aux autres aussi longtemps qu’il a pu le supporter


Et ces lecteurs semblent penser que ce suicide était inévitable.. Je ne le crois pas , même si je crois effectivement que la pratique de la médecine ne peut que fragiliser , à être en permanence en contact avec sa propre finitude.
Mais il n’y a pas que cela, pour John Sassall . Il y a beaucoup plus dangereux..

Il est probablement plus que la majorité des médecins conscient de commettre des erreurs de diagnostic et de traitement. Non parce qu’il commet davantage d’erreurs, mais parce qu’il compte comme erreur ce que beaucoup de ses confrères- peut être à raison- qualifient de regrettables complications…
Néanmoins, le sentiment de ses insuffisances ne provient pas de cela- encore qu’il puisse parfois être provoqué par un sentiment d’échec exacerbé à propos d’un cas particulier. Le sentiment de ses insuffisances ne touche pas uniquement à sa profession.
Ses patients méritent-ils la vie qu’ils ont ou bien en méritent-ils une meilleure?



Alors là, évidemment…si on commence à se demander , de façon plus générale, si les malades "méritent" leur maladie , ou leurs difficultés de tous ordres, on est foutu.. Rien que le verbe "mériter" fait frissonner!

John Berger nous fait partager les conclusions lucides et réalistes que tire John Sassall d'années d'exercice:

Abandonnant son ancien moi, Sassall jette un regard réaliste sur le monde dans lequel nous vivons et son indifférence ordinaire. Il est dans la nature de ce monde que les vœux pieux et les nobles protestations s’interposent rarement entre le coup et la douleur . Pour la majorité de ceux qui souffrent, il n’y a pas d’appel. Les villages vietnamiens brûlaient avec leurs habitants alors que les neuf dixièmes de la planète condamnaient le crime. Ceux qui moisissent en prison à la suite de sentences inhumaines que les juristes du monde entier déclarent injustes continuent quand même de moisir. Presque tous ceux qui crient à l’injustice crient jusqu’à ce que toutes les victimes qui en souffrent aient disparu. Lorsque le coup est dirigé contre un homme , rien ou presque ne vient l’amortir. Il existe une frontière stricte entre la morale et l’usage de la force. Une fois que l’on a été poussé de l’autre côté de la frontière, la survie dépend du hasard. Tous ceux qui n’ont jamais été ainsi poussés sont ,par définition, des hommes qui ont eu de la chance et qui contesteront la réalité de l’indifférence ordinaire du monde. Tous ceux qui ont été contraints de franchir la frontière- même s’ils survivent et parviennent à la repasser- reconnaissent différentes fonctions, différentes substances, dans la plupart des matériaux de base- dans le métal, le bois, la terre, la pierre, de même que dans l’esprit et le corps humain. Ne devenez pas trop subtil. Le privilège lié à la subtilité, c’est de faire la distinction entre le chanceux et le malchanceux.



C'est tout à fait vrai, tout à fait malheureux, mais qu'y faire?
Ce sont là des réflexions d’un humaniste réaliste, est-ce que cela doit interférer dans la pratique d’un métier, qui relève quand même beaucoup  de l’artisanat..
Et d’autre part, que dire de cette tentation d’omnipotence que j’ai ressentie chez ce personnage au demeurant admirable, bien sûr.. Peut être qu’un peu plus d’humilité aurait atténué les conséquences personnelles décrites par John Berger?


En tout cas, si j’avais à décider des réformes des études médicales, ce livre serait , avec quelques autres, une lecture obligatoire tant il renferme de sujets sur lesquels il est préférable de réfléchir avant de se lancer dans la pratique de cette profession.
Une étude assez magistrale de la grandeur- et des dangers- d'un métier.

récup


mots-clés : #documentaire
par Marie
le Mar 3 Jan - 1:15
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: John Berger
Réponses: 3
Vues: 532

Stéphane Geffroy

A l'abattoir

Tag documentaire sur Des Choses à lire - Page 2 Image169

Pierre Rosanvallon a créé "Raconter la vie"un site internet ici et une collection au Seuil pour donner la parole à ceux qui ne la prennent pas habituellement, dans un souci d'alimenter la démocratie.


Le projet Raconter la vie

Raconter la vie : a écrit:Raconter la vie est simultanément une collection de livres et un site internet participatif.

Par les voies du livre et d’internet, Raconter la vie a l’ambition de créer l’équivalent d’un Parlement des invisibles pour remédier à la mal-représentation qui ronge le pays.

Il veut répondre au besoin de voir les vies ordinaires racontées, les voix de faible ampleur écoutées, les aspirations quotidiennes prises en compte. En faisant sortir de l’ombre des existences et des lieux, Raconter la vie veut contribuer à rendre plus lisible la société d’aujourd’hui et à aider les individus qui la composent à s’insérer dans une histoire collective.

Pour « raconter la vie » dans toute la diversité des expériences, la collection accueille des écritures et des approches multiples - celles du témoignage, de l’analyse sociologique, de l’enquête journalistique et ethnographique, de la littérature.

Toutes les hiérarchies de « genres » ou de « styles » y sont abolies ; les paroles brutes y sont considérées comme aussi légitimes que les écritures des professionnels de l’écrit.

Raconter la vie est la communauté de ceux qui s’intéressent à la vie des autres.

Raconterlavie.fr invite chacun d’entre nous à relater une facette de son existence, à échanger avec ceux avec lesquels il partage une communauté d’expérience et à écouter ceux dont il est éloigné, dans un but de connaissance mutuelle.

Cet espace d’échange et d’édition virtuelle accueille à part égale et dans les mêmes conditions tous les récits de vie. En les faisant connaître et reconnaître, il leur restitue leur dignité. En ce sens, Raconterlavie.fr est un lieu créateur de liens.


On a beaucoup parlé des abattoirs, mais du côté des animaux. Stéphane Geffroy, lui, y travaille. Arrivé ici pour un petit boulot, après des années d'échec scolaire, malgré le travail harassant, les odeurs effroyables, le regard vaguement méprisant de ceux du dehors. Parce que c'était bien payé, que l'ambiance était bonne, qu'il était ici considéré. et  cela lui a permis de construire une vie, se marier, devenir père et propriétaire. Sans trop se poser de questions sur le sort des vaches (qui ont la chance d'entendre du Mozart avant de passer par « la tuerie »). En progressant dans la vie d'un pas solide et réfléchi: délégué du personnel, syndicaliste, et pour finir juré, toutes expériences qui ont nourrissent sa réflexion. Et quand il se retourne sur son parcours, il est plutôt content de lui.


Il raconte cela  dans un style purement oral, sans fioritures, avec parfois une certaine naïveté. C'est un parcours de vie simple mais obstiné, qui a su affronter les difficultés, en faire une force intérieure qui l'a aidé à construire sa personnalité, lui qu'on avait plutôt voué à échouer.


mots-clés : #documentaire
par topocl
le Mer 21 Déc - 18:53
 
Rechercher dans: Sciences humaines
Sujet: Stéphane Geffroy
Réponses: 7
Vues: 492

Frank Westerman

La vallée tueuse

Tag documentaire sur Des Choses à lire - Page 2 Image144


   Je commence seulement à entrevoir le mécanisme qui se trouve derrière : la curiosité humaine ne peut se satisfaire de ce qui est incomplet, absurde ou  inconnaissable. Faute de mieux, nous inventons ce qui manque. Mais pourquoi ? D'où vient ce penchant à créer des fables ? Pour donner au monde une cohérence ? Pour le contrôler ?
   « Moins il y a de faits, plus il y a de récits » : j'écrivis cette phrase, un soir sur un Post-it qui, depuis, est resté collé au bord de mon écran d'ordinateur.


21 août 1986, aux abords du lac Nyos, dans une zone volcanique du Cameroun, une explosion, une odeur d’œufs pourris, et le lendemain, sont retrouvés morts les corps de 1800 habitant et d'innombrables têtes de bétail
25 ans après , la zone reste interdite. Faute d'une explication scientifique cohérente, les croyances se sont infiltrées, porteuses  d’étranges théories en appelant à la vengeance biblique, au courroux des ancêtres, aux complots internationaux ou au génocide intracommunautaire.  

Fred Weterman étudie obsessionnellement au fil des années les faits, les interprétations, interroge les survivants et les acteurs principaux de l'après, dévoile les rumeurs et les histoires. Ce récit touche-à-tout  colle  à l'événement et à ses suites complexes, tant à l'échelle des individus qu'à l'échelle d'un pays, mais aussi à la quête obstinée de l'auteur. Westerman  captive le lecteur avec cette histoire unique, dont il révèle autant de faits avérés que d'interrogations. De portraits en digressions, il avance peu à peu selon un plan structuré (l'échec des scientifiques, l'humaine réponse des missionnaires, la fatalité assumée des autochtones.

Au-delà de ce plan organisé, j'ai pâti d'un parti-pris de fragmentation, d'allers et retours chronologiques incessants, qui donnent l'impression que Westerman a fait trois tas de rushs, mais n'a pas trouvé de chef-monteur pour les assembler dans un récit fluide. C'est très haché et ce choix de présentation nuit sans doute à une certaine progression dramatique. Il n'en demeure pas moins qu'on assiste estomaqué à ce mystère sans solution, promu au rang de mythe moderne.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #documentaire
par topocl
le Mar 20 Déc - 17:42
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue néerlandaise
Sujet: Frank Westerman
Réponses: 4
Vues: 593

Svetlana Aleksievitch

La fin de l'homme rouge

Tag documentaire sur Des Choses à lire - Page 2 Images32

Ce livre est une somme, qui, en 550 pages, dit "tout" (ou en tout cas beaucoup) de l'URSS/la Russie depuis un siècle et de cette ahurissante transition. Rien de très neuf pour qui s'y intéresse, par contre, on est dans l'  approfondissement à travers l'intimité du vécu des petites gens.. Svetlana Alexeïevitch continue avec sa technique habituelle, un micro, un stylo, des oreilles, et tout est scrupuleusement noté. L’intervieweuse, bien présente par les choix des histoires rapportées,  s'efface totalement face aux récits de ses interlocuteurs.

Cette technique est à la fois la force et la faiblesse du livre,   ouvrage journalistique et non pas  littéraire. La force, car Svetlana Alexeïevitch a sélectionné ses histoires pour donner un survol historico-  journalistique le plus  complet posssible. Et qu'elle y met  une empathie du fait de sa proximité avec les personnes qui parlent, dans un  respect absolu de leur discours. La faiblesse, c'est que justement ce respect l'a amenée à refuser d'élaguer, ou concentrer, au risque de noyer le lecteur dans la litanie et les redondances  .
Cette démarche est le choix d'une femme pleine de compassion et proche de ses concitoyens, et si la lecture m'a parfois paru longuette, mon intérêt ne s'est pas démenti.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #documentaire #regimeautoritaire
par topocl
le Ven 16 Déc - 8:32
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Svetlana Aleksievitch
Réponses: 12
Vues: 1214

Svetlana Aleksievitch

La supplication

Tag documentaire sur Des Choses à lire - Page 2 Images33

Je vais me la jouer pas-courageuse. Je ne vais rien dire sur ce livre si ce n'est qu'il faut attraper son courage à deux mains, qu'il est indispensable si on veut un tant soit peu comprendre Tchernobyl,"complot de l'ignorance et du corporatisme".
Tout en précisant qu'il n'explique rien: n'attendez pas des chiffres , des pourquoi, des comment, il n'y a "que" des gens qui parlent, qui racontent, qui transmettent. Et nous qui lisons, incapables de lâcher ces pages terribles , bouleversantes, terrifiantes.


   Dans les premiers jours, on évacuait les enfants la nuit, pour que le moins de gens possibles puissent les voir. On voulait dissimuler le malheur, mais les gens savaient quand même. Il guettaient les bus qui passaient et offraient aux enfants de petits bidons de lait, des petits pains. Comme à la guerre… À quoi d'autres pourrais-je bien comparer cela ?




 
 On dit: la guerre... La génération de la guerre... On fait des comparaisons... La génération de la guerre? Mais elle était heureuse! Ces gens avaient la victoire. Ils ont vaincu! Cela leur a donné une formidable énergie vitale ou, pour utiliser le vocabulaire d'aujourd'hui, une orientation très forte vers la survie. Ils n'avaient peur de rien. Ils voulaient vivre, étudier, faire des enfants... Et nous? Nous avons peur de tout... peur pour nos enfants... Pour les petits-enfants que nous n'avons pas encore. Ils ne sont pas encore nés et nous avons déjà peur... Les gens sourient moins. Ils ne chantent plus comme avant au moment des fêtes. Non seulement le paysage change, puisque des forêts poussent de nouveau à la place des champs, mais encore le caractère national. La dépression règne sans partage... Chacun éprouve le sentiment d'être condamné. Tchernobyl est une métaphore, un symbole...


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #documentaire
par topocl
le Ven 16 Déc - 8:31
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Svetlana Aleksievitch
Réponses: 12
Vues: 1214

Mohammed Aïssaoui

L'étoile jaune et le croissant

Tag documentaire sur Des Choses à lire - Page 2 Index711

   J'aimerais que l'on explique la différence entre l'humour juif et les blagues arabes, ce même goût pour l'autodérision, pour le désespoir poli, pour la nostalgie des arbres fruitiers et le champ des rivières, pour les fruits chauds et jamais assez sucrés.



Mohammed Aissaoui se désespère des haines entre juifs et arabes, en Israël et partout dans le monde. Il se désespère aussi de la mémoire perdue d'une façon générale, et notamment de la mémoire perdue d'arabes ou musulmans ayant tendu la main ou sauvé des juifs pendant la guerre. Il se désespère  qu'aucun arabe ou musulman de France ou du Maghreb ne figure dans les 23000 Justes parmi les nations. Et il veut faire bouger les choses…

Il est donc parti à la recherche de personnes, de témoignages, de documents pour essayer de faire bouger cela, en s'attachant tout particulièrement à la personne de Si Kadour Benghabrit, fondateur de la Grande Mosquée de Paris dont il fut recteur jusqu'en 1954, ministre plénipotentiaire du Maroc.
Seulement voilà ; les témoignages concordent pour supposer qu'il a su sauver des juifs (au moins un de façon formelle), en les hébergeant temporairement à la Grande Mosquée, par d'autres procédés notamment des faux certificats, mais il a aussi fréquenté des Allemands haut placés, et mené une vie mondaine que certains trouvaient exagérée…

Tout cela fait une forte supposition, mais ne fait pas une preuve…Le livre est donc le récit de cette recherche, de cette quasi-certitude qui mène quand à une déception, et donc, au final d'un certain échec.

C'est manifestement un travail de titan qu'a fourni Mohammed Aïssaoui, mais le livre est assez desservi par le style très journalistique, découpés en petites sections décrivant chacune un entretien ou  une recherche d'archives, qui fait que cela manque d'un certain souffle. Il y a quelques parties plus personnelles, toujours avec une certaine platitude de style, et qui ne vont pas plus loin que oui il faut entretenir la mémoire, non il ne faut négliger aucune trace, oui les juifs et les Arabes pourraient s'entendre…Et on a quand même la surprise de voir que Mohamed Anissa découvre innocemment des faits historiques avérés (l'existence d'une légion SS musulmane, créée par Amin al-Husseini, le grand Mufti de Jerusalem nazi, et choyée par Hitler)

Et il y a l’histoire complètement émouvante de Mohamed , fils d'Abdelkader Mesli, imam à la Mosquée de Paris, déporté à Dachau puis Mauthausen,  ce que son fils a ignoré toujours ignoré (il est mort quand Mohamed avait 10 ans), jusqu'au décès de la mère, 40 ans plus tard, ou il découvrit des valises entières de documents, de témoignages, de photographies racontant toute cette histoire.

Cela donne donc une certaine creux, un certain sentiment d'incomplétude, avec quelques beaux moments,et cela reste une lecture intéressante et, parfois, enrichissante, avec un petit regret sur le magnifique livre que cela aurait pu être. Et je n'ai pas retrouvé mes notes, mais  il me semble que j'avais eu à peu près la même impression en lisant L'affaire de l'esclave Furcy : beau sujet, mais qui laisse un peu sur sa faim.


Tag documentaire sur Des Choses à lire - Page 2 29009110


Si Kadour Benghabrit à la Grande Mosquée de Paris


Tag documentaire sur Des Choses à lire - Page 2 29028110


La tombe de Si Kadour Benghabrit à la Grande Mosquée de Paris

(Commentaire récupéré)



mots-clés : #deuxiemeguerre #documentaire #religion
par topocl
le Jeu 15 Déc - 19:01
 
Rechercher dans: Histoire et témoignages
Sujet: Mohammed Aïssaoui
Réponses: 1
Vues: 493

James Agee

Tag documentaire sur Des Choses à lire - Page 2 Captur70

LOUONS MAINTENANT LES GRANDS HOMMES. - Plon/Terre humaine

Louons maintenant les grands hommes est un reportage sur les conditions de vie des "petits" blancs du Sud des Etats Unis.
Mais qui dépasse, et de loin le cadre du reportage. C'est une sorte de poème lyrique, fait d'empathie et d'amour pour ces familles de métayers dans la misère et le désespoir.
Une prose exaltée, presque hallucinée et magnifiquement illustrée par le photographe Walker Evans. On peut considérer en fait Evans comme co-auteur.
Un livre à part et tout à fait extraordinaire.
Agee lui ferait penser plutot au poète Walt Whitman, mais en moins serein.

Par ailleurs, impossible d'oublier qu'il contribua en tant que scénariste à African Queen et à ce chef d'oeuvre qu' est la Nuit du chasseur.

Message récupéré


mots-clés : #documentaire
par bix_229
le Jeu 15 Déc - 15:19
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: James Agee
Réponses: 2
Vues: 468

Jean-Christophe Rufin

Tag documentaire sur Des Choses à lire - Page 2 51zvnb10

Asmara et les causes perdues

Comme le sujet de l'humanitaire me passionne et que le parcours de Jean-Christophe Rufin, médecin humanitaire puis ambassadeur de France au Sénégal m'intrigue, voilà qui m'a donné très envie de découvrir ses romans et je n'ai pas été déçue par sa plume "enlevée" de cet auteur qui a l'art de raconter une histoire (vraie). Dans ce roman, Rufin nous décrit, plutôt de façon pudique et modérée je trouve, malgré la gravité du sujet, la grave famine que subit la population en Erythrée, et les dérives et manipulations politiques auxquelles doit faire face un groupe appartenant à une ONG européenne, censé venir en aide à cette population.

C'est le narrateur, Hilarion, habitant Asmara, ancienne capitale coloniale où se déroule la mission, qui nous décrit – dans son journal mais le roman n'a pas les travers du journal – les faits et les gestes, les difficultés que rencontre ce groupe d'humanitaires qui, les uns et les autres, ne sont pas venus pour les mêmes motifs ni pour les mêmes causes, les dysfonctionnements au sein du groupe et surtout ceux qu'ils rencontrent avec les politiques locales. Si leurs buts sont personnels, tous ne sont que des marionnettes. Les populations sont déplacées au gré des autorités totalitaires à des fins stratégiques bien loin de la dimension humanitaire. Quel est alors le sens de la mission ?

Hilarion le narrateur reprend goût à la vie depuis l'arrivée de cet ONG à Asmara, assoupie depuis des lustres...

Je dois dire que j'ai été touchée par ce roman attirant comme un aimant. Tout d'abord par la description de cette ville, plantée là comme un décor de théâtre, sa splendeur fanée, l'architecture toscane de ses villas surannées. La chaleur. Le café ombragé sous les colonnes où se retrouvent les vieux Italiens qui n'ont pas bougé d'Asmara depuis la colonisation. Les petites intrigues amoureuses dans le groupe, rendez-vous au café d'Asmara la nostalgique. Et le pire : le non-sens de la mission humanitaire.

La plume de Rufin coulait de source, et je n'ai pu lâcher ce trop court roman tant ce qu’il raconte m’a intéressée !

J'ai lu également Katiba de Jean-Christophe Rufin que j'ai vraiment apprécié, aussi bien le sujet al-Qaida et comment sont tissés les réseaux terroristes (même si ce roman a un côté polar ou thriller), et comment ne pas apprécier Un léopard sur le garrot, son autobiographie. J'avais pensé qu'il serait trop tourné sur lui-même, mais la lecture était pour moi agréable et enrichissante, et on ne lâche pas le bouquin ! Sacré parcours !

Apprécié aussi : Le Parfum d'Adam, très sympa à lire, on ne s'ennuie pas une seconde malgré quelques petites longueurs mais le sujet m'a donné envie d'aller voir plus loin sur l'éco-terrorisme ! Et enfin, trois autres Rufin, Globalia, La Salamandre et Check-Point. Un régal ces petits plaisirs de lecture !

Eh non, je n'ai pas fait de commentaire pour ces derniers livres. Je n'ai pas encore tenté ses romans historiques. Mais chaque chose en son temps !



mots-clés : #documentaire
par Barcarole
le Mar 13 Déc - 20:38
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Jean-Christophe Rufin
Réponses: 24
Vues: 1127

Ivan Jablonka

Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus - Une enquête

Tag documentaire sur Des Choses à lire - Page 2 C1010

Tout est dans le détail.

Par son travail obsessionnel mais passionnant de fourmi déterminée, Jablonka accumule les faits, donne sens aux détails les plus insignifiants, pour recréer  l'histoire d'une décennie, à travers un homme et une femme qui l'ont traversé valeureusement et en ont été honteusement éliminés. Dans le fin maillage de ce tissu informatif persistent des failles, déchirante pour le petit-fils qu'il est, mais qui créent autant d'ouvertures pour l'historien qu'il est devenu, à écrire des biographies subjectives ancrées dans le réel.

Pendant plusieurs années, Ivan Jablonka, enfant gentiment laissé à l'écart du drame de ses grands-parents communistes polonais juifs émigrés à Paris, abominablement assassinés comme des millions d’autres au camp d’Auschwitz II Birkenau, devenu historien « pour réparer le monde », a compilé les indices, témoignages, récits, archives qui lui permettent ici de reconstituer au mieux l’histoire de Matès et Idesa, ses grands-parents.

Matès est né au shetl de Parczew de parents juifs religieux dans une fratrie de 5 enfants, qui, tous, rejettent le joug d'une religion qui les étouffe et embrassent la cause communiste, dans l'idée de construire un monde meilleur, quitte à perdre leur liberté et leur vie. Lui et son épouse Idesa, emprisonnés, persécutés, fuient la Pologne et arrivent en 1936 à Paris, sans argent, sans amis, sans papiers. L'accueil est basée sur la tracasserie administrative, le rejet et les menaces d'expulsion. Tout ceci n'est qu'un avant-goût qui va trouver son apogée dans l'antisémitisme avoué et glorifié qui mènera dès la victoire allemande vers les rafles et les camps d’ extermination.

Ivan Jablonka ne laisse rien au hasard. Il compulse les récits des survivants et de leurs descendants, les lieux d'archives, les ouvrages historiques ou littéraires pour réunir une documentation qui traque la moindre trace objective ou émotionnelle que ses grands-parents ont pu laisser, et qui permettrait d'écrire leur histoire, de connaître leur vie. Il confronte cette multiplicité de pistes, de traces, à celles laissées par d'innombrables autres juifs polonais qu'ils ont croisés le temps d'une minute ou de plusieurs mois, à celles de frères et sœurs exilés à Bakou ou en Argentine, à celles d'autres, connus ou anonymes, qui pour une raison ou une autre, eurent un destin similaire.

Il réunit une impressionnante somme de documentation qu’il nous restitue avec une précision quasi obsessionnelle et dont le maillage serré laisse subsister bien sûr des zones d'ombre et d'interrogations. Dans ces trous du récit, Jablonka insinue des hypothèses, mais toujours étayées sur des faits, non pas des délires fictionnels mais des options possibles qu’il prend soin de toujours signaler - on sait toujours parfaitement si on est dans un élément irréfutable ou des péripéties possibles, voire probables. Et ce maillage même, n’est que l'image de celui, machiavéliquement constitué par l'autorité policière ou politique pour mieux traquer et condamner les deux émigrés. L'auteur, par cette accumulation de détails, par son attachement à la moindre précision véridique, qu’un non historien aurait considérée comme non signifiante, reste le plus souvent dans une objectivité non compassionnelle, mais d'autant plus efficace, et c'est sur ce fond quasi professionnel que certaines pages, jamais pathétiques, prennent une ampleur d'une beauté bouleversante, une émotion d'autant plus marquante qu’elle est totalement maîtrisée..

Après Les disparus de Mendelssohn  et Une histoire familiale de la peur d’Agata Tuszynska, voici un nouveau récit familial où l'histoire de la recherche,  le caractère tout à fait fascinant des personnages (ces grands-parents qui, ayant voulu créer un monde meilleur, finirent leur vie dans un enfer que nul n'aurait su imaginer), la tragédie aussi intime qu'universelle qu'ils connaissent, s'entrecroisent pour amener Ivan Jablonka, homme courageux quoique découragé, à construire un récit de bout en bout passionnant, offert à ses 2 filles qu’il conduit à l'école maternelle dans le quartier-même où Matès et Idesa se cachèrent plusieurs mois avec leurs 2 enfants. Au-delà de leurs destins individuels, il brosse un portrait tragique du XXe siècle et du sort que celui-ci réserva à des hommes et des femmes à qui l'idéologie arracha leurs amours, leurs enfants et leur vie.

Histoire intime, histoire collective s'entremêlent étroitement, et la quête du détail, le souci d'objectivité rigoureuse ne sont que le terreau qui fertilise ce travail de mémoire dont émerge une émotion d'autant plus forte qu’elle est maîtrisée.



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #biographie #communautejuive #deuxiemeguerre #documentaire #famille
par topocl
le Mar 6 Déc - 16:51
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Ivan Jablonka
Réponses: 23
Vues: 1489

Revenir en haut

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Sauter vers: