Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Mer 7 Déc - 18:17

96 résultats trouvés pour enfance

Henry Bauchau

Tag enfance sur Des Choses à lire - Page 5 4105jp10

L’enfant bleu


CONTENU:
L'enfant bleu, c'est Orion, un garçon psychotique âgé de 13 ans dont les médicaments peinent à apaiser les crises. Véronique, psychothérapeute dans un hôpital de jour parisien, va entrer dans l'imaginaire de cet enfant pour essayer de lui rendre la paix. Elle devine sa richesse, sa sensibilité extrême, et va le guider, avec patience et passion, vers l'expression artistique. Henry Bauchau explore ici, avec sa tendresse de poète et sa passion d'écrivain, la frontière entre art et folie.

REMARQUES:
J’ai lu avec énormément de plaisir „L'enfant bleu“. Juste quelques impressions personnelles :
Ce qui me touche dans le chemin de la thérapie, c’est la longueur, la durée qu’on lui donne. En cela, par ces tous petits pas hésitants vers des améliorations, envers des contrariétés et des résistances, on donne une véracité au récit.
La terminologie venant de la psychothérapie peut quand même d’abord désorienter quelqu’un qui était étranger à cet univers jusqu’à maintenant : perpétuellement on sent derrière l’écrivain le psychanalyste. Mais derrière celui-ci aussi toujours l’écrivain.
Ce qui est intéressant c’est que l’analysante est elle-même dans un certain sens en quête de guérison après des épreuves de la vie. Elle ne reste pas extérieure à la thérapie : le danger d’une fusion est toute proche. Mais c’est aussi par cette implication très personnelle que quelque chose peut changer dans la vie d’Orion. Ces réflexions m’ont très touchées...
Pour celui qui est attiré par l’art thérapie, il va trouver dans ce livre un vibrant plaidoyer.

C’était bien mon premier Bauchau à l’époque, et n’allait pas être mon dernier. Le boulevard m’attendait déjà…


mots-clés : #creationartistique #enfance #medecine #pathologie
par tom léo
le Dim 25 Fév - 22:32
 
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Sujet: Henry Bauchau
Réponses: 10
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Leonid Andreïev

Je suis en train de boucler Le gouffre et autres récits, 470 pages en Broché des nouvelles compilées de Andreïev.

Tag enfance sur Des Choses à lire - Page 5 Le_gou10

Je n'ai pas accroché à tout mais y en a des vraiment prenantes (notamment Le rire).
Il semble assez régulier dans ses thèmes (le désespoir, le cynisme, la désillusion ...) et dans sa façon d'écrire. Une écriture sans emphase particulière mais sans être laconique non plus.
C'est un peu difficile de décrire sa façon de procéder. Ses nouvelles sont assez courtes en général, et ont souvent trait à l'enfance et l'adolescence.
C'a l'air très sombre mais au final pas tant que ça. Mais ce n'est pas non plus lumineux ... Laughing
Il est dans une forme d'entre-deux selon moi. Il n'y a pas grand espoir, mais y a matière à creuser encore !


mots-clés : {#}enfance{/#} {#}nouvelle{/#}
par Invité
le Lun 1 Jan - 15:55
 
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Sujet: Leonid Andreïev
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Alice McDermott

Someone

Tag enfance sur Des Choses à lire - Page 5 51tu3p10


« Je haussai les épaules, consciente et ravie de cette chance d'avoir une conversation ordinaire »


« Someone », titre parfait : Marie est « quelqu'un » avec tout ce que cela implique d'anonyme, d'ordinaire mais aussi de singulier et d'intime.
C'est donc l'histoire d'une femme, de ses 7 ans à la vieillesse. C'est, en fait, totalement banal : dans son quartier de Brooklyn d'immigrés irlandais entre-deux-guerres,elle grandit entre son père alcoolique, sa mère bigote, son frère trop sérieux. Premier amour, mariage, enfants et vaisselles, veuvage, vieillesse... Qu'est-ce qui peut bien nous intéresser dans cette histoire d'une femme qui accueille la vie sans vraiment se battre, ses joies et ses peines, ses hasards ? Eh bien c'est le fait que son regard bienveillant, sa finesse, sa compréhension de l'autre font qu'au seuil de la mort, elle peut se retourner vers quelque chose de plus construit, déterminé, empathique, que le simple énoncé des péripéties pourrait le laisser croire. Cette femme accueille l'instant (la joue d'un enfant qui frotte contre la manche du manteau de son père, la lumière sur une toile cirée, une caresse effleurant l'autre…), accueille l'autre, accueille la vie, en fait un tout : sans en avoir l'air, dans son humilité délurée, elle l'impacte à sa façon. Dans son récit globalement chronologique, mais qui n'est pas totalement linéaire, fait d'instants choisis, de gestes, d'émotions partagées, elle se montre unique, roc incertain et tendre.

Bien qu'échappant aux pires stéréotypes ( puisque le père est doux et gentil et ne roule pas sous la table, la mère montre une compréhension responsable), toute la première partie m'a donné une certaine impression de déjà-vu, modulée par la sensualité du récit, la finesse descriptive et émotionnelle. J'ai accroché surtout à partir de la magnifique scène où Marie rencontre son futur époux, décrite avec une simplicité, une évidence, une générosité qui m'ont fait tomber amoureuse de Tom le bavard timide bien avant Marie. C'est ensuite dans la maturité et dans la vieillesse, où elle quitte le rôle de spectatrice et fait pleinement corps avec son histoire de vie, jouant l'éponge face aux événements,  les affrontant dans une douceur loyale, que je me suis vraiment mise à aimer cette femme singulière quoique ordinaire.

Ce qui caractérise ce livre, lui donne son ton, c'est finalement la bienveillance commune à tous les personnages, cette part d'honnêteté et de bonté qu'Alice McDermott sait aller chercher au fond de chacun, cette loyauté qui fait que certains sont heureux et d'autres écorchés.

Commentaire récupéré

mots-clés : #enfance #famille #viequotidienne
par topocl
le Jeu 28 Déc - 15:46
 
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Sujet: Alice McDermott
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Elena Ferrante

L'Amie prodigieuse

Tag enfance sur Des Choses à lire - Page 5 L-amie10

« Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. Il nous arrivait toutes sortes d’histoires, chez nous et à l’extérieur, jour après jour ; mais je ne crois pas avoir jamais pensé que la vie qui nous était échue fût particulièrement mauvaise. C'était la vie, un point c'est tout : et nous grandissions avec l'obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile. »
Prologue, 5


La misère, avec ce qu’elle fait ignorer, supporter et commettre : violences familiales et dans la rue, jusqu'au gâchis des dons. Au fil chronologique d'une narration à résonance autobiographique, Elena Greco nous rapporte sans misérabilisme ses enfance et adolescence dans un quartier populaire du Naples des années cinquante, notamment marquées par l’ascendant de son amie du même âge, Rafaella Cerullo, dite Lila, surdouée dont les parents ne peuvent payer les études, « méchante » dure et déterminée, perspicace et intransigeante, qui l’influence, ou plutôt la tire en remorque. Le motif dominant du récit, c’est cet écrasement de la narratrice, toujours effacée par l’ascendant de son amie qu’elle ne peut au mieux que suivre (sans que celle-ci en ait voulu ainsi, uniquement acharnée à apprendre, comprendre). Une sorte d’émulation, voire de rivalité sourde, unit les deux jeunes filles : toujours en avance lui semble-t-il, Lila demeure cependant la référence indispensable d’Elena, seule à aller au lycée.
Le meurtre d’un voisin enrichi sans scrupule, Don Achille, constitue un fil d’intrigue. Machisme foncier et susceptible ; espoirs de réussite sociale ‒ l’argent, qui généralement manque : la plèbe, qui contamine et enferme.

« Quels signes pouvais-je donc porter ? Et quel était mon destin ? Je pensai au quartier comme à un gouffre d’où il était illusoire d’essayer de sortir. […]
"J’emploierai toute ma vie, me dit-il comme s’il s’agissait d’une mission, à m’efforcer de ne pas lui ressembler [à son père]." »
Adolescence, 32

« C’est partout la misère qui nous rend tous méchants. »
Adolescence, 43


Tome premier d’une saga de quatre romans, il se termine sur une amorce de la suite.


mots-clés : #enfance #famille #jeunesse #social #violence
par Tristram
le Dim 24 Déc - 15:53
 
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Sujet: Elena Ferrante
Réponses: 32
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Joanne Harris

Tag enfance sur Des Choses à lire - Page 5 16473910

Lorsque Framboise Simon revient dans le village de son enfance sur les rives de la Loire, personne ne reconnaît
la fille de la scandaleuse Mirabelle Dartigen, tenue pour responsable de l'exécution de onze villageois pendant l'occupation allemande, cinquante ans auparavant. Framboise ouvre une auberge qui, grâce aux délicieuses recettes de sa mère, retient l'attention des critiques, mais suscite les jalousies de sa famille. Le carnet de recettes de Mirabelle recèle des secrets qui donneront à Framboise la clé de ces années sombres. Peu à peu, elle découvrira la véritable personnalité de sa mère, parfois si tendre, maternelle et sensuelle, subitement cruelle et tourmentée. En temps de guerre, les jeux d'enfants et les histoires d'amour ne sont pas toujours innocents. Leurs conséquences peuvent même être tragiques.

Et aussi

Cette femme vieillie, qui s'appelle Françoise Simon et qui fait office de narratrice, pourrait révéler un terrible secret. Mais elle ne le fait pas ; pas tout de suite. "Ce n'est pas, hélas, aussi simple que ça", confesse-t-elle au début de ces Cinq quartiers d'orange. Un secret – mais quel secret ? – pourrait se cacher derrière l'aspect si anodin et respectable d'une femme devenue mamie gâteau tenant une petite crêperie sur les bords de la Loire ? Joanne Harris fait preuve dans ce roman d'un indéniable savoir-faire pour capter son lecteur et d'une belle maîtrise du jeu du souvenir. Les lourds silences et les bérets enfoncés des vieux sur la place du village ne nous paraissent être au départ que de simples notations folkloriques. Et puis, petit à petit, ces silences s'animent. Quelque chose ici, dans ce village, dans ce nom de Françoise Simon née Dartigen, dans l'histoire même de cette femme, devient gênant, troublant, tabou. Avec la narratrice, nous effectuons ce long parcours d'une plongée dans un passé trouble qui réveille des démons endormis. Après l'immense succès de Chocolat, Joanne Harris signe son troisième roman et nous offre une œuvre hautement tenue sur la violence insidieuse du souvenir et le poids de l'hérédité. Avec ce nouveau roman, la jeune romancière fait incontestablement son entrée parmi les figures majeures de la littérature anglaise contemporaine. --Denis Gombert




Les secrets trop lourds à porter de l’enfance encombrent parfois l’essentiel de la vie, jusqu’à ce qu’ils émergent. Framboise, 65 ans, a vécu avec un tel poids, et ce roman, entremêlant savamment deux périodes de sa vie, de la narratrice, va doucement nous amener à connaître ce qu’elle a caché depuis ses neufs ans et qui refait surface tant d’années plus tard, l’amenant à le dévoiler et à découvrir aussi que d’autres savent, ont su tout ce temps.

Suite à la mort de sa mère, et surtout du fait de l’héritage qu’elle fait de son livre de recettes, Framboise revient à ses neuf ans, période à laquelle elle vivait dans une ferme du village des Laveuses, avec sa mère, son frère et sa sœur, suite au décès de son père à la guerre. Au fil des pages du cahier de recette, Framboise va redécouvrir sa mère, une mère qu’elle avait perçue comme dure, froide, peu affectueuse, une mère surtout encombrée de terribles migraines qui la clouait au lit, migraines que, pour certaines, Framboise a suscité en cachant dans la maison des bouts d’orange, une odeur qu’elle savait déclencher les migraines maternelles.  Au fil des notes ajoutés au cahier de recettes, Framboise va enfin rencontrer cette femme qu’elle n’a plus revu depuis bien des années, ayant été confiée vers l’âge de 10 ans à une tante.

En parallèle de la lecture du cahier de sa mère, Framboise, âgée de 65 ans va nous faire vivre avec elle a période de ses 9 ans, et de sa vie sous l’occupation dans le village des Laveuses.  Peu à peu, d’une certaine manière, le passé va rejoindre le présent, et nous faisons avec elle le chemin cathartique de la révélation, du retour aux sources, à cette période qui, en partie, a fait d’elle la femme qu’elle est aujourd’hui, cette femme qui revient sur les traces de son enfance, dans le village où elle a vécu ses 9 ans,  avec une peur importante qu’on la démasque.

Dès le début de l’histoire, quand Framboise revient aux Laveuses, elle introduit déjà qu’il s’y est passé des choses qui font qu’elle ne peut révéler sa vraie identité, et qu’elle a peur que quelqu’un la découvre. Au fil du livre, en partie au travers des yeux de Framboise enfant, en partie par les yeux de Framboise adulte, nous avançons vers la vérité de ce qui est arrivé.  Mais pour cela, elle nous emmène auparavant à ses côtés revisiter son enfance sous l’occupation, ses rêveries d’enfant d’attraper Génitrix, un vieux poisson jamais attrapé qui a sa légende et auquel elle s’identifiera à la fin, ses aventures avec son frère, Cassis, et sa sœur, Reine Claude, plus âgés qu’elle de quelques années et qui ont parfois du mal à faire partager à leur petite sœur leurs secrets et activités, eux les grands. Elle évoque aussi sa relation compliquée avec sa mère. Elle nous fait découvrir aussi, avec son regard naïf de petite fille, la vie des villageois au contact des allemands, et nous emmène dans les liens qu’elle-même a pu instaurer avec l’un d’eux.

Ce roman m’a laissé un goût partagé. Au fil des pages j’ai ressenti une certaine lenteur, les choses avançant au rythme auquel Framboise peut les dire. C’est comme lancinant, on sait que les choses vont arriver, se dire, mais ça vient peu à peu, et souvent, pour certains événements, le décalage de notre regard adulte avec celui de Framboise enfant crée une sorte de malaise face à ce que l’on devine. Les mots et les compréhensions de cette enfant de neuf ans donne une naïveté qui, peut-être contribue, à l’impression de lenteur et de décalage. J’ai moins accroché aux aléas que traverse Framboise adulte, car bien que liés à ce qu’elle a vécu enfant et cache, j’ai trouvé que c’était accessoire, sauf les parties avec son ami d’enfance, Paul. Cela développe juste les problèmes et malversations familiales.

Après être arrivée au terme de ce roman , j’ai été séduite après coup par l’ensemble de cette histoire (hormis la période adulte qui est à mon sens trop développée et sans grand intérêt de cette manière) qui mériterait peut être une relecture bien que celle-ci n’aurait plus la même fraîcheur. Une lecture que j’ai pas mal appréciée, qui peut sembler simple et juste lente par moments, mais qui mérite d’être maintenu jusqu’à son terme.

mots-clés : #deuxiemeguerre #enfance #relationenfantparent
par chrysta
le Mer 6 Déc - 18:12
 
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Sujet: Joanne Harris
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Victor Paskov

Tag enfance sur Des Choses à lire - Page 5 97828610

Ballade pour Georg Henig

Ou comment la musique et l'amour de son art permet de transfigurer le présent.

Victor s'est fait un ami en ce maître luthier que ses propres élèves renient. Tous les jours, il lui porte le repas et reste avec lui pour visiter l'imaginaire et l'écouter parler de son pays, de sa femme aimée Bojenka, de son frère Anton décédé qu'il voit chevauchant un magnifique cheval fougueux, de son père Yossif qui lui a transmis son art. Et voilà ce petit garçon enrichi de la présence de ce vieil homme qu'il préfère à celle de ses camarades de classe.

J’avais enfin découvert un grand-père à mon goût : extrêmement pauvre, infiniment bon, il semblait sorti tout droit d’un conte de fées, détenait des secrets, venait d’un pays lointain et inconnu, parlait une langue magique, exerçait un étrange métier et vivait dans la misère  comme un saint


Les pensées et les souvenirs tournoyaient autour de sa tête blanche, comme des papillons autour d’une lampe qui éclaire pour elle-même, sans se préoccuper de ce qui se passe autour d’elle.


Tout autant que la fabrication d'un violon exceptionnel, le livre raconte également la lutte permanente de ces bulgares pour fuir la pauvreté matérielle qui les oppresse. Maître Georgui n'a rien pour vivre, son logis est pitoyable, il ne mange pas à sa fin et sa vie s'achèvera dans la noirceur d'un hospice mais il transmet à Victor la richesse d'aimer un art qui emporte vers la rêverie : les passages sur le bois du violon qui doit parler au luthier sont magnifiques.

Même si le livre est baigné d'une certaine tristesse , la phrase du maître à ses deux élèves ingrats devant un Victor bouleversé,  est certainement une des plus belles leçons du livre : ce sont eux qui sont pauvres car ils ont tourné le dos à leur art, ne le respectant plus et l'ayant rendu juste mercantile.


A eux, le bois ne parlera plus....



Une si belle lecture.

mots-clés : {#}creationartistique{/#} {#}enfance{/#}
par Invité
le Jeu 30 Nov - 21:04
 
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Sujet: Victor Paskov
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Andreï Makine

La terre et le ciel de Jacques Dorme

Tag enfance sur Des Choses à lire - Page 5 La_ter10

Un jeune garçon dans un orphelinat pour enfants de héros déshonorés, déchus (une spécialité soviétique, que de vouer à la vindicte des boucs émissaires choisis parmi les proches antécédents), découvre la langue « apprise » (le français, par opposition à la langue maternelle, le russe) dans une bibliothèque saccagée de Sibérie. Seule autre distraction, la figuration obligatoire dans des cérémonies pour apparatchiks (et, une fois, De Gaulle). Une « tante », Française exilée, participe beaucoup à cette découverte du français, langue quasi disparue.
Stalingrad, seconde Guerre Mondiale : entre trains qui alimentent la guerre en carburant, armes et hommes, et ceux qui les croisent, partant dans l’autre sens avec les blessés et mourants, Alexandra, infirmière de la Croix-Rouge assignée à résidence, a rencontré Jacques Dorme, un aviateur français venu participer à l’effort de guerre (pont aérien Alaska-Sibérie)… Leur histoire d’amour dura une semaine.
Même savamment structuré, ce roman reste de facture classique, ce qui n’enlève pas au plaisir de lecture. Métaphores filées, justesse du vocabulaire : je l’ai lu comme du petit lait (petit, parce qu’il s’en trouve peu).
Seulement progressivement gêné par le parti-pris cocardier de ce panégyrique de l’héroïsme à la limite du pathos (cocorico et à bas les bolcheviks), même si la langue française est belle, et le totalitarisme abominable.

mots-clés : #deuxiemeguerre #enfance #regimeautoritaire
par Tristram
le Mer 29 Nov - 14:09
 
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Sujet: Andreï Makine
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Alice Rivaz

Tag enfance sur Des Choses à lire - Page 5 31ncmb10

" Longtemps le visage maternel se posa sur mes yeux pour les fermer à tout ce qui n'était pas lui. Il me masquait jusqu'à la couleur des jours, jusqu'à l'odeur de l'herbe et des fleurs. Il étouffait la voix des enfants qui voulaient jouer avec moi. Mes yeux ne savaient que le regarder, tout mon être que le respirer, et plus encore, le boire! Mes mains n'étaient faites que pour toucher la robe qui recouvrait un corps si précieux; mes oreilles pour me repaître de ces mots tendres à moi destinés.
Tout devenait félicité  quand la main, la voix, le regard de celle que j' aimais peuplaient mon proche univers, mais tout se ternissait, se couvrait de brume
quand ils s' en retiraient.
[...] Je me sentais trop bien. Comme un poisson dans l' eau. Elle était l' eau."



Ainsi commence l' autobiographie d' Alice Rivaz, née à Clarens, un lieu aimé par Byron et Rousseau. Si le premier amour, profond et fusionnel d'Alice
fut pour sa mère, il est justifié parce que cette mère-là avait les pieds sur terre, ayant très tot voyagé en Europe pour enseigner le français et fui la misère
du foyer. Ce qui ne l' empêchait nullement d' être une mère et une épouse tendre.
Le père lui, était souvent absent, meme quand il était là. Perdu dans ses pensées et convaincu de  la nécessité d' une révolution sociale. On était au début
du 20e siècle et l' espoir du' une révolution faisait son chemin. Du moins dans les milieux ouvriers et intellectuels.
Le père, menaçait souvent de démissionner de son métier d' instituteur et la mère était profondément angoissée par la crainte de perdre leur gagne pain.

Meme si son père était souvent distant, Alice l' aimait l' aimait et l' admirait profondément. Elle n' était donc jamais à l' abri des tensions familiales.
Troublée de voir de plus en plus souvent ses parents se déchirer sans comprendre le sens des mots utilisés ni la position de chacun.
Le monde des adultes lui semblait incompréhensible et blessant. Et les roles qu' ils affectaient en guise modus vivendi l' effrayaient.
La vie est triste et injuste, disaient-ils,  et la consolation est dans la religion pour certains, dans l' utopie et l' action révolutionnaire pour les autres.

Le livre s' achève au moment où un profond changement va affecter leur vie. Le père a fini par avoir gain de cause. Il va devenir journaliste et ils vont
vivre à Lausanne. Changement de  vie, de décor.
Un jour, en lisant le journal, le père bouleversé s' écrie : "Ils ont tué Jaurès." La guerre se profile...Mais c' est une autre histoire.

Tel est ce récit d' une enfance revisitée. Celui d' une femme intelligente, sensible et courageuse. Et en plus, elle a du talent.


Récupéré



mots-clés : #autobiographie #enfance #social
par bix_229
le Sam 25 Nov - 23:38
 
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Sujet: Alice Rivaz
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Arthur Koestler

LA CORDE RAIDE

Tag enfance sur Des Choses à lire - Page 5 51nbdn10


Koestler nous livre son enfance, son adolescence et sa vie de jeune adulte. Enfant Arthur  vit une vie familiale plate  entre  ses parents, l’un rigide, l’autre insignifiant, privé presque totalement de rapports avec les autres enfants. Il acquiert très vite les notions de culpabilité, de punition et de rédemption. Il  sera atteint  toute sa vie d’une timidité incontrôlable  et  emportera ses mythes (Hora Baboue) et  à chaque nouveau choix de vie il passera ce qu’il appelle des « ponts brûlés ».

Koestler est un homme de foi, il a besoin de croire et quand il croit il s’y engage à fond ; c’est ainsi que jeune homme,  il adhère à une société Sioniste et part en Palestine travailler dans une « Kvutsa ». Il restera 3 ans en Palestine, mais la culture Européenne lui manque tant qu’il rentre en Europe où il exercera dans plusieurs grandes villes sont métier de journaliste.

Pendant ses 3 ans la montée du fascisme s’est  décuplée, les partis socialistes d’Allemagne et de Prusse n’ont eu de cesse que de s’affronter au Parti Communiste en se discréditant auprès des ouvriers ;  le seul parti qui représente une alternative au régime fasciste et un espoir  c’est le Parti Communiste avec pour  « guide » la nouvelle Russie.

Après une suite d’ennuis triviaux Koestler se « regarda » et ce qu’il vit ne lui plu pas, un petit bourgeois à succès. Où était le révolté qui partit en Palestine ? Il lui fallut à nouveau engager sa foi.

Arthur Koestler est un révolté , il s’indigne et s’engage toujours avec  ferveur , c’est ainsi que plaçant sa foi dans le Parti Communiste il adhère  en 1931.



« tout comprendre et ne rien se pardonner »  C’est à cette règle que s’est prêté l’auteur.

C’est avec son écriture que moi je qualifie de « noble » (honnête, digne, humaine, agréable et propre) avec  son impitoyable lucidité, ses analyses irréfutables (très argumentées) son esprit scientifique aussi  qui mesure et pèse précisément  que Koestler se décortique et  présente au lecteur le processus d’enrôlement  et de maintien dans cette société au « système clos » qu’est le Communisme.

Il fait aussi une leçon historico-politique de l’Europe d’entre- deux guerres. Son travail de reporter, (notamment les nombreux documents qu’il adresse aux journaux) en Palestine et dans la région lui permet de dresser la situation politique et géographique de cette partie du Monde.

Ce qui est vérifiable aujourd’ hui c’est l’échec des partis de gauche prompt à répéter les mêmes erreurs « On ne peut que les contempler avec horreur et désespoir, car, cette fois, il n’y aura point de salut. »

Son humour mesuré  s’exerce à bon escient et participe aussi à l’efficacité de l’écriture.
Bref encore ne très intéressante lecture !

Extraits :
» nous avions tort pour de bonnes raisons et je continue à croire que, à quelques exceptions près, ceux qui dès le début dénigrèrent la révolution Russe le firent principalement pour des raisons moins louables que notre erreur.
« Les prolétaires naïfs croient aux promesses révolutionnaires du camarade Hyde, sans se soucier des accords diplomatiques, des compromis et des trahisons du docteur Jekyll : c’est dans cette catégorie que se rangent les millions de gens, économiquement déshérités et politiquement incultes, qui votent pour les candidats communistes, en Europe et en Asie. D’autre part, les libéraux naïfs, eux, considèrent le camarade Hyde comme un croquemitaine inventé par les réactionnaires. Cette catégorie compte un certain nombre d’hommes d’Etat (elle comptait le président Roosevelt), d’hommes politiques, de savants et d’artistes occidentaux. »
« je n’en retiens pas moins comme valable une certaine méthode marxiste d’examen . Je continue également à croire qu’éliminer Marx et Engels de l’histoire de la pensée humaine y laisserait un vide presque aussi grand que ferait l’élimination de Darwin. »
« Je n’ai jamais vécu dans une telle promiscuité avec la divinité et ne m’en suis jamais senti plus éloigné. »

« C’est cette conscience de la défaite soulignée par le hautain silence du désert, des cours d’eau taris et des rocs arides, qui provoque la mélancolie de Jérusalem.
"Pendant la grande crise, la plupart des restaurants de Tel-Aviv consentaient à leurs habitués sans ressources un certain crédit. Le système de crédit rotatoire consistait à prendre régulièrement le petit déjeuner dans un établissement A, le déjeuner dans un autre B et le dîner dans un troisième C. Quand on se trouvait en possession d'un peu d'argent, on payait A, où la dette était la plus lourde, la fois suivante B et ainsi de suite par rotation. Si A ou meme A et C vous coupaient votre crédit, il restait toujours B, chez qui on était assuré d'au moins un repas par jour. Je n'ai jamais, depuis, vu un psychanalyste parvenir à des résultats thérapeutiques aussi efficaces."

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #autobiographie #enfance #politique
par Bédoulène
le Sam 4 Nov - 15:21
 
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Sujet: Arthur Koestler
Réponses: 18
Vues: 1832

Anne Godard

Une chance folle

Tag enfance sur Des Choses à lire - Page 5 Images31

C'est l’histoire d'une petite fille qui devient grande, dans une solitude qui est celle de tous les enfants puis des adolescentes, mais exacerbée par cette brûlure qui envahit les heures et les pensées. Un horrible stigmate qui l'astreint à des traitements aussi pénibles et répétés qu'inefficaces, la condamne  au rôle du monstre regardé de travers voire moqué, ou pire encore, plaint. Elle vit  cette marque infamante dans la culpabilité  de l’horreur et de la peine qu'elle impose aux autres comme à elle-même.

Et chaque fois ce qui recommence, c'est le récit de ce dont je ne me souviens pas, tandis que ce qui compte vraiment, c'est ce que je ne raconte pas, ce qui se répète de rencontre en rencontre, leurs yeux sur moi et la question. C'est quoi, là ? Leurs yeux sur elle et la question. Qu'est-ce qui vous est arrivé ? Même lorsque la question n'est pas posée, lorsque leurs yeux ne se sont pas arrêtés, à chaque rencontre, j'attends, j'anticipe et je prévoir le moment où l'on ose enfin, le moment où l'on se permettra de me montrer que ça y est, cette chose, on l'a remarquée, cette chose sur moi qui est la trace d'une autre chose qui m'est arrivée.


Cet aspect est vraiment très bien traité, l’ostracisme lié à la différence, celui que les autres créent et celui qu'elle se crée elle-même. Magda est aimée-malaimée d'une façon tout à la fois phagocytante et rejetante par une mère à qui  le dévouement permet de se créer un personnage au détriment de sa fille. Tout cela est finement montré, les petites phrases, les petites hypocrisies, les petites maladresses qui n'empêchent pas l'amour, la grande détresse.
Ca part épatamment bien, cette relation perverses entre les  deux.

Peut-être qu'elle s'était tellement habituée de le soigner qu'elle oubliait qu'il était à moi ce corps, ou peut-être qu'elle ne faisait plus la différence entre nous, depuis le temps que nous allions ensemble en cure ou à l'hôpital, elle et moi, comme si nous n'étions qu'une.


Et puis il se greffe diverses péripéties de cette vie familiale, tragiques mais au demeurant assez banales, des épisodes vus et revus ailleurs dans les récits d'adolescence, et auxquels manque une profondeur. Les personnalités des autres personnages sont à peine ébauchées et convenues. Cela donne un résultat assez bancal, livré avec une écriture singulière et urgente, mais qui, on le regrette,  ne suffit pas à convaincre pleinement.



mots-clés : #contemporain #enfance #psychologique #pathologie
par topocl
le Mer 1 Nov - 19:55
 
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Sujet: Anne Godard
Réponses: 1
Vues: 536

Gunnar Gunnarsson

Tag enfance sur Des Choses à lire - Page 5 32648610

J'avais beaucoup aimé cette lecture (merci encore Aventin) :

Le jeu des brins de paille et vaisseaux dans le ciel

  Souvenirs d'enfance dans les herbes islandaises. Souvenirs d'enfance racontés proches du point de vue de l'enfant qui est notre guide et narrateur. Donc exercice périlleux... mais réussite complète. On ne tarde en effet pas à se laisser prendre par la main et à regarder par ces yeux d'enfant.

  Ce qui veut dire que le talent de l'auteur pour la narration est tel qu'on ne se pose pas la question de savoir si l'on flirte avec la perfection ou non. De petit événement de la ferme en petite histoire de "Vieille Bega", Uggi notre gamin nous fait faire connaissance avec sa découverte du monde qui pour nous prend des allures de redécouverte.

  Il faut s'imaginer à lire une écriture mesurée, égale, fluide qui montre et raconte sans cesse pour dévoiler petit à petit un entourage et une naissance à soi. Les préoccupations sont d'enfant : être fort, à la hauteur du père mais juste et droit, s'amuser, imaginer mais bien montrées depuis l'adulte, sans niaiserie mais avec toute la douceur requise. Une nostalgie chaleureuse berce ces années qui font courir après un morceau de sucre, des fleurs ou un animal, la douceur du tissu familial au sens large et avec les "domestiques"... toute une confiance qui fait vivre un épanouissement chaleureux.

  D'autant plus précieux que tous ces événements et histoires si contés d'un ton léger n'en esquissent pas moins quelques dilemmes et questionnement moraux et les ombres de la vie et de la mort qui peuplent les aléas de l'existence terrestre. L'exercice de conscience se révélant d'autant plus touchant qu'aidé par la subtilité formelle de ces deux épisodes.

  Touchant aussi parce que ce regard conscient de lui-même et de ses rêves comme de ses très concrètes limites est fixé quand ce n'est pas sur ces vaisseaux dans le ciel que l'on n'entrevoit qu'assez tardivement en tant que tels sur l'entourage, les personnes, leurs beautés et leurs faiblesses et avec le plus souvent un voile sur les défauts. Et on s'amuse aussi à suivre ces tendres descriptions pleines d'empathie et de séductions diverses.

  Et dans la balance de l'expérience l'équilibre se fait entre les tensions et la sérénité, la confiance et la générosité du partage (par le récit, l'écriture) et sur un fond de nature omniprésente, rude et généreuse elle aussi, incertaine, méconnue. Quelque chose reste à portée mais méconnaissable et après il y a encore la mer.

  Et l'indéfectible amour pour cette figure de la mère qui sert d'ancrage à tous ces épisodes d'apprentissage parfois remuant, parfois silencieux et solitaire. Et quel plaisir que de pouvoir se plonger et replonger quelques jours dans une unité, une joie de lecteur comme neuf qui tout familiarisé et attaché qu'il devienne n'en finit pas lui non plus de tout simplement s'émerveiller.

  En conclusion je partage parfaitement l'enthousiasme pour cette petite merveille inestimable (comme souvent les petites merveilles). C'est une très belle façon de commencer son année de lecteur confiant.

 Très très beau, très subtil et pleinement élémentaire. J'associe ce genre de lecture au plus évident plaisir de lecteur, peut-être une des sensations qu'entre toutes je préfère. On est ailleurs le temps de la lecture, un peu ailleurs entre les moments de la lecture et encore ce n'est pas que ça.

(Récup).


mots-clés : #autobiographie #enfance #famille #mort
par animal
le Mer 1 Nov - 10:06
 
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Sujet: Gunnar Gunnarsson
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Réjean Ducharme

Tag enfance sur Des Choses à lire - Page 5 Nez10

Le nez qui voque


Une préface en pied-de-nez,  qui consiste à lister quelques mots glanés dans les œuvres d’ auteurs, philosophes voire anonyme,  que l’auteur conclut ainsi : Je ne suis pas un homme de lettres. Je suis un homme.

L’histoire : Deux adolescent Mille Milles 16 ans et 8 ans, Chateaugué 14 et 6 ans. Oui car Ils veulent demeurer dans l’enfance, surtout MM qui  sent qu’il va devoir lâcher la main de l’enfant de 8 ans qu’il traîne. Chateaugué elle suit MM depuis leur petite enfance.

« Est-ce que c’est vrai qu’elle est encore une petite fille de 6 ans ? Mille Milles lui fait exprès. Mille Milles triche, Chateaugué triche-t-elle ? On dirait qu’elle ne triche pas. Même le poil sous ses bras, blond comme sa peau, à l’air enfantin, en joué, inoffensif ; doux et innocent comme l’agneau naissant. »

Comment ne pas devenir adulte ? ils décident de se « branle-basser » (conprenez suicider).

MM est écoeuré par la sexualité qui s’est éveillée en lui. Il est devenu un « hortensesturber » (il se masturbe quoi !) Rien que de très naturel en somme à son âge « Depuis que le sexuel est en moi, je suis écoeuré, je suis infect envers moi-même et pour moi-même. Je ne suis plus pur, voilà pourquoi je me tue. Voilà pourquoi je ne peux plus souffrir mon mal de l’âme, voilà pourquoi je pense que je ne vaux plus la peine que j’ai mal. »

MM confie à son cahier ses états d’âme,  disant tout et son contraire, décortiquant ses problèmes existentiels.

A vivre tous les jours ensemble, il s’aperçoit que Chateaugué  le trouble.  Elle aussi  grandit, il s’en étonne parfois.

« Est-ce l’écoeurant désir, le désir inavouable, invisible, inaudible, trop bien refoulé, bien noué dans son sac, le désir de jouer avec elle au monsieur et à la madame ? »

« Avant je pensais à l’Alaska, au Labrador, avant qu’elle soit ici. Depuis qu’elle est ici, je ne peux plus penser qu’à sa géographie. »

« Chateaugué arrête de rire, baisse la tête, cache ses yeux avec ses paupières. Soudain, d’un coup de paupières et d’un coup de tête, elle me saisit avec ses yeux, elle m’empoigne avec son regard, elle me demande quelque chose avec la couleur de ses yeux  dans une langue que je ne connais pas. Elle ne m’a jamais regardé de cette façon-là. »

Alors que MM qui a rencontré une femme, mère de famille et que celle-ci par sa désinvolture,  son attention  l’aidera à révéler l’ adulte,  Chateaugué, elle a un besoin vital de MM.

« Questa vient se rasseoir sur mes genoux. Peu à peu, la chair abondante et molle de ses fesses chauffe mes genoux. Elle est lourde. Je la porte comme il se doit, comme un homme, comme un mâle, sans me plaindre, avec orgueil. Je me sens rougir de fierté virile. Il y a dans la surabondance de chair des fesses des femmes, quelque chose de bon, de généreux, de nourricier, de secourable. De tout temps les hommes ont été attendris et alléchés par les fesses des femmes. »

MM s’interroge encore : « Je ne sais plus par quel bout prendre la vie, prendre la mort. Je ne comprends plus du tout. »

Et il décide de choisir la vie, la joie. Ce qu’il tente d’expliquer à Chateaugué :

« De quoi as-tu besoin si tu as la joie ?
Elle s’empresse de répondre, de sa voix et de ses yeux les plus doux et les plus tristes.
- De toi Mille Milles. J’ai besoin de toi. Tu peux dire ce que tu veux : ça ne change rien. Je n’ai que toi. Mais ça ne te fait pas grand-chose. Ça te fait rire. Ça te fait rire ! Tu ne peux pas le nier : tu viens de te tuer à me prouver que tout ne peut que te faire rire. »


Chateaugué  refuse cette « trahison »; d’autant que MM exige qu’elle ait une chambre à elle,(depuis quelque temps, en effet tous deux travaillent, ils sont « utiles à la société comme le dit MM) ce qui déclenche un tsunami d’émotions chez elle. Mais MM ne cèdera pas :

« A mon âme défendant, mon corps désirait le corps presque nu et presque anonyme qui ruait dans je ne sais plus quels brancards. Au fond de moi je me fichais pas mal de l’amitié. Je regardais Chateaugué et je me regardais. Plus je nous regardais, plus je pensais que tout était en péril, que cela ne pouvait plus durer.  Si je lui disais de rester, les  richesses que nous avions été allaient sombrer, les merveilles que nous avions été allaient sombrer dans la cochonnerie, le ridicule, le remords et la haine. »

Seule, elle se retrouve seule et un évènement lui permettra de mesurer ce qui les lie ou se délie entre eux.

« Je te jure, Mille Milles, que si je t’avais vu perdre connaissance, j’aurais eu tellement peur de te perdre que je n’aurais eu peur de personne, que personne n’aurait été capable de m’arrêter. »

Les deux adolescents continueront à déjeuner ensemble dans les restaurants, à se promener, mais leur approche est trop différente.

« Mon regard cherchait à s’enfoncer entre les genoux serrés d’une femme, goûtait à sa peau tendre, allait au-delà, atteignait la pulpe fraîche. »

« Il m’en est bien passé par la tête. J’ai quitté mon banc vert. J’ai pris mon cœur à deux mains. Je lui ai dit que je l’aimais à tout casser. «  [….]Je riais avec elle, mais je n’avais pas le goût de rire. J’avais la bouche trop engourdie. J’avais la bouche habitée, pleine, pleine de feu. Elle n’y a vu que du feu…


Si MM, comme il l’a dit « a triché », Chateaugué elle ne trichera pas avec la vie, ni avec la mort.

***

Encore une fois, même si j’ai trouvé quelques longueurs, les mots de l’auteur m’ont accrochée. Ducharme dévoile par le choix de ses sujets, des hommes et des femmes en rupture avec la société, les délaissés,  beaucoup d’empathie.
Les désarrois, les découvertes des adolescents sont bien décrits même s’ ils restent  incompréhensibles à l’adulte, souvent.



Extraits de plus :

Car MM hait les automobiles et les hommilistes (automobilistes)

« Une automobile rouge, une petite européenne fringante, plus jalouse encore que les autres de son droit de passage, glissait de côté à toute allure en criant victoire de tous ses pneus et s’abattait sur Chateaugué. »
« Devenir adulte c’est entrer, être pris de plus en plus dans le royaume du mal. Même quand il ne fait rien l’adulte vous dit qu’il est occupé. Il est occupé par le mal, investi par la douleur morale. »
« De nouveau je suis seul. Je regarde l’absence de Chateaugué se promener entre les meubles. »




mots-clés : #enfance #initiatique
par Bédoulène
le Dim 29 Oct - 15:19
 
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Sujet: Réjean Ducharme
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Maya Angelou

Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage.

Tag enfance sur Des Choses à lire - Page 5 Images12


Bailey parlait si vite qu'il en oubliait de bégayer, de se gratter la tête et de se nettoyer les ongles avec les dents. Il était emporté loin dans un mystère, enfermé dans l'énigme que les jeunes Noirs du Sud commencent à démêler - à partir de l'âge de 7 ans et jusqu'à leur mort. Le casse-tête sans humour de l'inégalité et de la haine.


Par petites touches s'unissant dans une belle linéarité, Maya Angelou raconte son enfance de petite fille noire de milieu modeste, dans une Amérique ravagée par la ségrégation. Après le divorce de ses parents, elle est ballottée entre grand-mère, mère, père, avec son frère adoré Bailey comme point d'ancrage.
De l'Arkansas à Saint-Louis et Los Angeles, elle observe différentes façons d'être traitée par les blancs. Elle analyse aussi différentes façons d'être aimée et éduquée : l'austère religiosité de sa grand-mère, la négligence affectueuse de son père, la joie lumineuse, tournée vers les plaisirs de sa mère.

Tag enfance sur Des Choses à lire - Page 5 Images11

Elle observe, décortique, essaie de comprendre les nombreuses choses que les non-dits ne lui expliquent pas. Elle découvre peu à peu comment chacun entretient une flamme pour survivre à la chape de la ségrégation, et comment la religion, en entretenant l'espoir d'un avenir meilleur, est un frein pour l'émancipation.

Le récit à hauteur d'enfant ne souffre jamais de son aspect rétrospectif, Maya Angelou relate avec aisance les croyances et les incertitudes de l'enfance, ce qui offre un récit tout à la fois fort et plein de charme.


mots-clés : #autobiographie #enfance #segregation
par topocl
le Mar 10 Oct - 19:31
 
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Annie Ernaux

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Les armoires vides


« Ça suffit d'être une vicieuse, une cachottière, une fille poisseuse et lourde vis-à-vis des copines de classe, légères, libres, pures de leur existence... Fallait encore que je me mette à mépriser mes parents. Tous les péchés, tous les vices. Personne ne pense mal de son père ou de sa mère. Il n'y a que moi. »
Un roman âpre, pulpeux, celui d'une déchirure sociale, par l'auteur de La place.


Avec ce livre, je découvre A.Ernaux, et je dois dire que je suis très partagée et ambivalente quant à ce que j’ai pu penser et ressentir au fil de cette lecture, cela du à son style d’une part, à la teneur du fond d’autre part.

L’écriture d’Ernaux est imagée, elle renvoie à ce que l’on perçoive et vive quelque chose de ce qu’elle a vécu. A la lire, sauf quelques bouffées d’oxygène parfois, je me suis sentie comme étouffée par son style littéraire, ses phrases denses, faites de juxtapositions de mots jetés tels qu’ils viennent, phrases qui parfois ne me semblent même pas prendre sens. Ce sentiment d’oppression que j’ai ressenti presque tout au long de cette lecture et la pénibilité que cela a été de poursuivre me font dire que je n’ai pas apprécié. Après, si je dois aller plus loin sur la forme, je dois reconnaître à l’auteur d’amener le lecteur à se sentir pris dans la même suffocation qu’elle a de son milieu. Elle arrive à ce que l’identification fonctionne si bien qu’on plonge avec elle, et pour cela je reste admirative, mais je ne suis pas sûre d’avoir envie de nouvelles apnées à ses côtés.

Ce qui m’a tenue est surtout le fond de l’œuvre et la finesse avec laquelle l’auteur livre les ressentis de Denise. Petite reine dans son quartier populaire, fille de commerçants ayant une épicerie-bar, Denise dite « Ninise »  passe son temps à manger des bonbons dans l’épicerie de sa mère,  à se moquer des ivrognes qui passent dans le bar de son père, jouer la voyeuse quand ils vont « pisser » dans la petite cour, écouter les confidences osées des dames à sa mère, partager des moments avec ses amies et s’amuser avec elles à se tripoter le « quat sous »,  à  débiter en riant  jurons et expressions populaires, langage fleuri qui lui donne le sentiment d’entrer dans la cour des grands.

Puis, Denise va découvrir l’école libre, éloignée de nombre de manière de son quartier. Elle découvrira vite là-bas qu’elle n’est rien du tout, et prendra conscience d’un autre monde que celui, lourd, pégueux, vulgaire, de la rue Clopart. Dévorée d’envie envers ses camarades de classe de milieux plus bourgeois, et humiliée par elles, elle va faire la peau à la détermination sociale et s’accrocher à sa place de première pendant toutes ses années d’école, de collège, de lycée .... En parallèle, ce qu’elle admirait et appréciait de son quartier, des gens qui y vivent, de ses parents, va peu à peu s’effriter et ses sentiments se muer en haine, dégoût, honte, assortis de la culpabilité de dénigrer ainsi les siens, tout en même temps qu’elle les déteste aussi d’être si gentils, de tant se sacrifier, alors qu’elle les méprise tant.

Ce déchirement qu’elle décrit entre deux milieux, et la honte qu’elle porte comme un costume depuis son entrée à l’école libre vont aller croissant. Ernaux arrive à nous faire vivre le basculement progressif de sa pensée et son évolution au fil des années de Denise, partagée entre honte et culpabilité. Elle nous montre comment avec moult efforts elle tente de s’extirper de son milieu, tout en même temps qu’elle ne s’en extirpera jamais vraiment, tant aucune réussite ne pourra vraiment  l’extraire de cette image d’elle-même comme étant la Ninise des quartiers populaires, une identité qui lui colle à la peau et la rattrape tout le temps.

Une lecture qui mériterait un approfondissement et une re-lecture purement analytique de cette évolution des sentiments de Denise, mais la lourdeur de l’écriture me fait renoncer à cela, car malgré toutes les qualités que je lui trouve sur le fond, je ne me sens pas de refaire une traversée dans les bas-fonds puants, étouffants, oppressants, aux côtés de Ernaux.


mots-clés : #enfance #social
par chrysta
le Dim 28 Mai - 8:14
 
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Sujet: Annie Ernaux
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Florjan Lipus

Florjan Lipus
(Né en 1937)

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Florjan Lipuš, né le 4 mai 1937 à Lobnig au nord de la commune d'Eisenkappel-Vellach, en Autriche, est un écrivain et traducteur slovène de Carinthie. Depuis 1985, il est membre correspondant de l'Académie slovène des sciences et des arts. Florian LIPUS est l'écrivain slovène le plus important dans l' Autriche Carinthie . En 1946, il a commencé à fréquenter l'école primaire à Lepeni. Sur Plešivcu il a assisté au Gymnase humaniste. En 1958 , il a obtenu son diplôme, puis les 4 ans a étudié la théologie à Klagenfurt, mais il a abandonné. En 1962, il a occupé diverses professions : le greffier du fonctionnaire postal à un assureur. En 1966, il a terminé ses études à l'Académie pédagogique de Klagenfurt et la même année est devenu un enseignant d'école primaire. Il a enseigné dans Remšeniku , Lepeni et après 1985 à Šentlipšu . En 1985, il est devenu correspondant étranger de SASA . Il a pris sa retraite en 1988.

Florian LIPUS a travaillé avec la création littéraire à l'époque du gymnase. A cette époque , il était rédacteur en chef du feu de joie slovène Journal. A partir de 1960 , il a été co-fondateur et rédacteur en chef du magazine slovène carinthien central Mladje dans lequel les auteurs discutent de la littérature, l'art et les questions sociales. L'œuvre littéraire de Lipušev comprend des contes, la poésie et le théâtre . Avec sa prédominance moderniste écrit est inclus dans pisateljstvo, comme dans la littérature de la maison florissait vers 1970 et plus tard. La littérature LIPUS est matérielle et stylistiquement variée dans son noyau de fond du problème slovène-carinthien. Utilise le radicalisme , ses œuvres élément apparaissant d'assimilation . La question des Slovènes est inspirée par la philosophie existentialiste. Pour l'ensemble de son œuvre littéraire en 2004, il a reçu le Prix Preseren , il a été nommé pour Kresnik 2004, Vienne a reçu le prix d' honneur pour la littérature 2005


(wikipedia)


Traduits en français

L'élève Tjaz


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Tag enfance sur Des Choses à lire - Page 5 Produc12

L'élève Tjaz

Une excellente lecture, la force de ce livre c'est essentiellement l'écriture ! En tout cas pour moi.

Mais l'histoire est également intéressante. L'élève Tjaz n'accepte pas les lois de l'internat religieux. Il passe la barrière qui à la fois le contraint et le protège du monde et de lui-même. Il compense la faiblesse de son corps par son esprit fantasque et la découverte de son talent d'«escamoteur», le pouvoir de ses griffes. Son exigence d'amour, lui qui est en manque depuis son enfance, et son besoin de liberté le conduiront à une solution dramatique.

Il y a tant à découvrir, mais vous le ferez dans votre lecture!    


extraits

«Pendant qu'à la chapelle, par exemple, ils ont demandé dans leurs prières que les peuples de la terre se délivrent enfin du joug communiste et qu'on parvienne à glisser par un trou de rideau de fer une douceur chrétienne dans un emballage de bon goût, Tjaz a poursuivi les caractères de son clavier, une telle douceur laisse un goût, tu ne t' en es pas débarrassé non plus, il tourne toujours dans ta bouche bien que tu aies mangé, digéré et chié le sucré depuis longtemps.»

«il n'a pas admis qu'on l'aide d'une main pour l'enchaîner de l'autre»

«Personne ne pouvait se douter alors qu'en une nuit pousseraient à ce Tjaz pieux et modeste les griffes les plus longues qu'ait jamais eu un escamoteur issu de la nation.»

«Des scènes émouvantes se déroulèrent alors devant les yeux acides de Tjzaz, on aurait dit que le cuir venait d'être réveillé de son sommeil séculaire ou qu'il revenait de longues années de captivité, les bords et les replis se redressèrent en gémissant, Tjaz redonnait au cuir sa forme brute originelle, lui rendait la liberté, lui rachetait son indépendance, si le cuir avait eu l'oeil d'un homme, cet oeil se serait mouillé devant tant de bienfaits.»

«Il vit très bien au travers de ses cils courbés que des corbeaux noirs tournoyaient derrière ses paupières, ils se régalèrent du ciel, ils filèrent dans tous les sens, ils étalèrent leurs plumes, ils battirent le vent, ils se laissèrent tomber tout droit dans dans le ciel rouge, s' y enflammèrent et se précipitèrent vers la terre tête première, les ailes brûlées.»


mots-clés : #enfance #fantastique #religion
par Bédoulène
le Sam 31 Déc - 17:36
 
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Sujet: Florjan Lipus
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Chigozie Obioma

Tag enfance sur Des Choses à lire - Page 5 41fe6m10


Les Pêcheurs

Nigeria, les années 90 : le narrateur Benjamin et ses frères, en l'absence de leur père, bravent un interdit et pêchent sur les rives d'un fleuve déclaré maudit par les habitants. Un jour, l'aîné est témoin d'une malédiction lancée par un marginal craint et rejeté pour ses prophéties. Ce moment précipite une spirale auto-destructrice qui bouleverse le quotidien de la fratrie.

Ce premier roman de Chigozie Obioma a été une lecture marquante parmi mes récentes découvertes. Le style de l'auteur met en valeur une dimension symbolique et donne au récit la portée d'un conte, d'un mythe, d'une tragédie, alors que le contexte contemporain reste toujours visible à l'arrière-plan. L'univers décrit est parfois étrangement familier à travers le regard d'un enfant, puis terrifiant dans la révélation d'un chaos et d'une démesure.

Si la violence est souvent tétanisante, reflet d'un cataclysme face auquel l'être humain ne semble pouvoir lutter, Obioma utilise l'écriture comme instrument d'une réhabilitation et d'une fragile rédemption. Les mots, d'abord le miroir d'un imaginaire effrayant, incarnent peu à peu un potentiel libérateur bien qu'incertain.


mots-clés : #contemythe #enfance #traditions #violence
par Avadoro
le Lun 26 Déc - 13:41
 
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Sujet: Chigozie Obioma
Réponses: 21
Vues: 1889

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