Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Lun 28 Sep - 21:45

51 résultats trouvés pour exil

Blaise Cendrars

L'or

Tag exil sur Des Choses à lire L_or13
Sous-titré: La Merveilleuse Histoire du général Johann August Suter.
Roman, 1925, 160 pages environ.

[relecture]

Accueil mitigé à sa sortie pour cet opus, longuement cogité et porté par l'auteur, mais écrit et publié avec célérité. On lui reproche de ne pas avoir fait œuvre de biographe fidèle, d'historien, mais justement c'est ce que Cendrars revendique - comme indiqué en préface il eût pu appeler Alexandre Dumas à la rescousse, selon celui-ci l'Histoire serait "un clou où l'on peut accrocher un beau tableau".

Usant d'effets stylistiques afin d'évoquer, surtout, une trajectoire, le roman prête à une lecture rapide, la course d'un projectile propulsé. Gâcher, çà et là, un peu de peinture afin de soigner davantage les décors et les seconds caractères ne m'eût pas déplu, à titre personnel: de la saveur, certes, dans les ingrédients, petit manque d'épices toutefois.

J-A Suter (Sutter dans la vraie vie), un Suisse de bonne famille, en rupture, passe en fraude en France puis s'embarque pour le Nouveau Monde, et, après moult expédients dont des actes répréhensibles, détours, temporisations, approches, gagne la Californie encore hispanisante et mexicaine, très peu peuplée, y fonde un empire, lequel viendra se fondre dans une Californie annexée pacifiquement à l'Union, avant d'être ruiné par la découverte d'or sur ses terres et la ruée qui s'ensuivit, drainant des flots continus de migrants s'accaparant ses terres, son personnel le quittant pour prospecter, puis, ruine consommée, devient quasi-aliéné (pour ne pas dire complètement fou), avec une phase de récupération par des illuminés mystiques et businessmen, et décéde en tentant de faire valoir ses droits à Washington: un beau sujet.
entame du chapitre 6 a écrit:- Vois-tu, mon vieux, disait Paul Haberposch à Johann August Suter, moi, je t'offre une sinécure et tu seras nourri, logé, blanchi. Même que je t'habillerai. J'ai là un vieux garrick à sept collets qui éblouira les émigrants irlandais. Nulle part tu ne trouveras une situation aussi bonne que chez moi; surtout, entre nous, que tu ne sais pas la langue; et c'est là que le garrick fera merveille, car avec les irlandais qui sont tous de sacrés bons bougres, tous fils du diable tombés tout nus du paradis, tu n'auras qu'à laisser ouvertes tes oreilles pour qu'ils y entrent tous avec leur bon dieu de langue de fils à putain qui ne savent jamais se taire. Je te jure qu'avant huit jours tu en entendras tant que tu me demanderas à entrer dans les ordres.
Un Irlandais ne peut pas se taire, mais pendant qu'il raconte ce qu'il a dans le ventre, mois, je te demande d'aller palper un peu son balluchon, histoire de voir s'il n'a pas un double estomac comme les singes rouges ou s'il n'est pas constipé comme une vieille femme.
Je te donne donc mon garrick, un gallon de Bay-Rhum (car il faut toujours trinquer avec un Irlandais qui débarque, c'est une façon de se souhaiter la bienvenue entre compatriotes), et un petit couteau de mon invention, long comme le coude, à lame flexible comme le membre d'un eunuque. Tu vois ce ressort, presse dessus, na, tu vois, il y a trois petites griffes qui sortent du bout de la lame. C'est bien comme ça, oui. Pendant que tu lui parles d'O'Connor ou de l'acte de l'Union voté par le Parlement, mon petit outil te dira si ton client a le fondement bouché à l'émeri. Tu n'auras qu'à mordre dessus pour savoir si elle est en or ou en plomb, sa rondelle.



Mots-clés : #aventure #colonisation #exil #historique #immigration #independance #justice #mondialisation #voyage #xixesiecle
par Aventin
le Jeu 10 Sep - 7:12
 
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Sujet: Blaise Cendrars
Réponses: 14
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Marguerite Yourcenar

L'Œuvre au noir

Tag exil sur Des Choses à lire Yource10

Roman, 1968, 330 pages environ.  

(relecture)

Magnifique roman, ne cède en rien en altitude aux Mémoires d'Hadrien.

Fine, élégante écriture pseudo-classique, de haute volée.
Marguerite Yourcenar sollicite, à sa façon, le lecteur pour qu'il développe à partir de ses riches énoncés (et c'est régal).

Style remarquable:
On sort du "je" narratif (toujours en comparaison avec les Mémoires d'Hadrien). Une sorte d'impersonnalité narrative, qui peut passer, en trompe-l'œil, pour de la froideur, mais c'est pour mieux poser quelques écrins de tournures et mots rares ou se raréfiant à l'usage de nos jours, la froideur tempérant l'accusation de pédantisme ou d'excès de frivolité dans la recherche fouillée.

Classicisme de la syntaxe (merci, Mme Yourcenar, d'employer dans un roman francophone post Céline/Sartre, des temps de conjugaison peu usités de nos jours en langue française, au lieu de s'en tirer par des périphrases ou des découpes à un point tous les cinq mots !), sur laquelle se greffent des images qu'on dirait baroques, ou bien issues des tableaux des maîtres de la Renaissance.

La Renaissance, justement: Sa mystique, sa violence, ses espérances, ses grands anonymes, ses savants cachés, ses couvents, ses banquiers, ses autorités, ses bourgeois, ses peuples, ses soudards, ses guerres permanentes, ses juges... l'époque nous est brossée sans la moindre complaisance, et de façon très érudite: à ce propos, la note de l'auteur, qui clôt l'ouvrage, est précieuse et fort éclairante, on en regretterait presque que d'autres auteurs ne se plient pas au jeu de laisser sur un coin de table la genèse de leurs créations, leurs recherches...

Une certaine matière médiévale n'est point absente de ces pages, comme une vigueur crue, qui sûrement colle à un regard sagace sur l'époque de narration, la Renaissance n'est pas une rupture avec le monde tel qu'il existait précédemment effectuée en un jour.


Au commencement, deux cousins se rencontrent par hasard sur une route des Flandres: l'un est militaire et s'en va quérir gloire, honneurs et vie de camp, l'autre la science et la sapience, ainsi qu'une quête explorative du monde. On ne sait pas, durant tout le début, lequel d'entre Zénon le philosophe et Henri-Maximilien le soldat sera le héros principal, à supposer qu'il n'y en ait pas deux...

Les thèmes de la recherche, de l'intelligence opposée à la bêtise crue, le combat contre les dogmes et les vérités admises parce qu'assénées, la médecine, la singularité, la Foi et l'athéisme, l'alchimie non traitée de façon farfelue, grotesque ou romantique, la quête de savoir, la médecine et le soin apporté à autrui de façon plus générale, la rébellion, l'audace, la transgression, les erreurs aussi, les découvertes aux conséquences néfastes si ce n'est meurtrières, la solitude et la discrétion, tout ceci compose avec puissance dans le creuset de l'auteur.
Les dialogues sont, parfois, d'une dureté sans nom, bien que d'une grande sobriété.

Le travail d'auteur, L'Œuvre à l'Encre Noire est tellement ciselé qu'on ressent la perfection comme but à atteindre, pour un livre que Marguerite Yourcenar a porté pendant une quarantaine d'années avant de le publier, et qui prendra dix années de dur labeur à sa compagne et traductrice Grace Frick, dans leur maison du Maine, avant d'apposer le point final à la traduction anglais: dix années...

Maintenant, les deux branches de la parabole se rejoignaient; la mors philosophica s'était accomplie: l'opérateur brûlé par les acides de la recherche était à la fois sujet et objet, alambic fragile et, au fond du réceptacle, précipité noir.
L'expérience qu'on avait cru pouvoir confiner à l'officine s'était étendue à tout. S'en suivait-il que les phases subséquentes de l'aventure alchimique fussent autre chose que des songes, et qu'un jour il connaîtrait aussi la pureté ascétique de l'Œuvre au Blanc, puis le triomphe conjugué de l'esprit et des sens qui caractérise l'Œuvre au Rouge ?
Du fond de la lézarde naissait une Chimère.
Il disait Oui par audace, comme autrefois par audace il avait dit Non.  



Mots-clés : #culpabilité #exil #famille #historique #medecine #philosophique #renaissance #violence
par Aventin
le Lun 6 Juil - 19:36
 
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Sujet: Marguerite Yourcenar
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Vénus Khoury-Ghata

Les derniers jours de Mandelstam

Tag exil sur Des Choses à lire Les_de10
Paru en 2016, 120 pages environ.

Plutôt qu'une bio narrative de la fin d'Ossip Mandelstam, avec ce côté source et références et tâcheron du "travail universitaire", Vénus Khoury-Ghata reste poétesse qui parle d'un poète, nul lecteur ne s'en plaindra je crois.

Âpre dans son écriture, ciselant froid, avec cette étrange façon, déjà observée dans d'autres de ses œuvres, de ressasser, ou de remettre à nouveau un point déjà abordé plus tôt dans son ouvrage, une redite en somme, le truc qu'aucun éditeur n'accepterait, le machin à éviter absolument dans les bons conseils à écrivain:
Eh bien, qu'on se le dise: il y a, à la règle, l'exception Vénus Khoury-Ghata.

Par exemple quand elle prend appui sur, puis utilise en leitmotiv ces deux vers de la première version du poème de Mandelstam sur Staline:
On n'entend que le montagnard du Kremlin,
L'assassin et le mangeur d'hommes.

 
D'autant qu'elle remet tel ou tel point (celui ci-dessus et bien d'autres encore) avec un ajout, parfois très ténu, une manière "l'air de rien"...
Et puis, comme un couplet de refrain dans une chanson, on y est appâté, on démarre comme lors d'une reprise en chœur...avec quel autre auteur un tel procédé pourrait-il fonctionner en prose, je me demande ?  

Bien entendu je n'ai pas évité l'écueil prévisible, qui est que ce livre oriente vers de nouveaux livres dont on se fait une joie de les classer parmi les "à lire absolument, bientôt" (PAL en langage du forum):

- En premier lieu l'intégralité de la poésie de Mandelstam bien entendu, en dépit de mon extrême réticence à lire de la poésie traduite en provenance d'une langue qui m'est totalement inconnue.

- Ensuite Le ciel brûle, de Marina Tsvetaïeva (quelqu'un aurait lu ?), et Contre tout espoir, Souvenirs (trois tomes) de Nadedja Mandelstam (idem, quelqu'un aurait lu ?), les poésies de Nikolaï Stepanovitch Goumilev (réitérons: quelqu'un aurait...).

- Bien sûr l'ouvrage de Vénus Khoury-Ghata paru en 2019 sur Marina Tsvetaïeva...

A contrario, subitement, une moindre envie de parcourir à nouveau des pages de Gorki, Boukharine, Pasternak (encore que ce dernier, bien que flageolant sur le chapitre courage, n'a pas été sans aider le couple Mandelstam)...  


On apprend tout de même pas mal de choses sur Mandelstam, sa folie, sa misère, sa fin horrible dans l'univers concentrationnaire stalinien, l'opiniâtreté de Nadedja pour que la poésie de Mandelstam nous parvienne - tard il est vrai, dans les années 1960 et elle s'est imposée très doucement, petit à petit.

Ces éléments-là, pas forcément tous à portée de clic sur moteur de recherches, sont à l'évidence de l'ordre de la bio classique.
Mais en sus, Vénus Khoury-Ghata, la plume acérée, concise et poignante, nous livre un ouvrage plein, fin et sensible - faisons rapide: de grande qualité.

Enfin, il est bon qu'un autre poète (Jean-Paul Michel) me le martèle pour que j'opine quand je n'y crois plus, mais si vous prenez pour une boutade le fait que la poésie a le pouvoir de changer le monde (quoique rarement en temps réel, c'est-à-dire dans l'immédiateté synchrone à l'époque d'écriture), jetez donc un coup d'œil à ces pages-là...  


Mandelstam est le seul à entendre sa voix déclamer ses poèmes à ses voisins, des déportés comme lui.

  La poésie, dernier souci de la horde de prisonniers, susceptibles d'être fusillés d'un jour à l'autre.
  Ils veulent du pain, pas des mots.
  Ils sont en colère, les moins malades brandissent des poings vengeurs.
  Leurs hurlements n'empêchent pas le poète de poursuivre sa lecture.
  Sa voix, il en est certain, finira par couvrir leur vacarme.
  En plus du pain, ils réclament une soupe moins diluée et exigent d'être traités en êtres humains.
  Entassés depuis des mois dans le camp de transit situé à un jet de pierres de Vladivostok sans voir le ciel.

  Sans voir le bout du tunnel, sans savoir la date de départ pour la Sibérie, devenue lieu de villégiature comparée à l'enfer du camp.
  Pas de train pour les transporter en Sibérie, leur dit-on.
  Les rumeurs dans le chaos tiennent lieu de décret.
  Venus de toutes les villes du pays, les wagons déversent sur les quais à déporter ou à fusiller puis repartent à la recherche d'autres suspects, d'autres dissidents à déporter ou à fusiller.

  Comment fait-on le tri ?
  Qui décide d'écourter ou de prolonger une vie ?
  "Écrémer le pays le débarrasser de tous ceux qui pensent autrement que le régime en place" est le mot d'ordre.
  Un bruit de bottes scande le sommeil de Mandelstam alors que personne ne marche; le typhus a cloué ses voisins sur leurs planches.

  "Lève-toi, tu es interdit de séjour au camp. Interdit de mourir sans la permission de Staline".
  Une fausse impression, les mains qui le secouent, la bouche qui crie son nom.
  Peu importe à Mandelstam qu'il soit devenu fou, il sait qu'il est poète et cela lui suffit.
  Il sait aussi qu'il est encore en vie, sinon il ne saurait pas que ses voisins de planches s'appellent Fédor, Piotr, Vlada ou Anton.
  Il connaît leurs noms mais n'arrive pas à coller un visage sur chacun de ces noms.
  Leurs noms, la bouée de sauvetage. Il s'y accroche pour ne pas sombrer. Mourrait si jamais il les oubliait.    

 



Mots-clés : #biographie #devoirdememoire #exil #poésie #regimeautoritaire #violence #xxesiecle
par Aventin
le Dim 5 Juil - 9:03
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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Yves Ravey

Tag exil sur Des Choses à lire Livre_10

Dieu est un steward de bonne composition

Editions de Minuit a écrit:Le dancing Chez Malaga est en émoi. Alfredo, le fils de la patronne est de retour après seize ans passés à l'étranger.
Mais Alfredo ne revient pas dans la seule intention de revoir ses proches. Il doit récupérer un document de la plus haute importance.


J'ai choisi de lire cette pièce en apprenant que Jean-Michel Ribes, que j'estime sans bien le connaître, s'est chargé de la mise en scène, ce qui m'a paru de bon augure. L'intrigue tient à rien, et l'on se moque du document qui motive le retour du fils. La pièce m'a rappelé La visite de la vieille dame de Dürrenmatt, et plus lointainement, Ghelderode. Ce qui doit advenir ne compte pas : tous les regards sont dirigés vers le passé, toutes les conversations le ruminent et le découvrent par pans. L'action de la pièce est terminée avant que celle-ci commence, il n'en manque que le dénouement. C'est une pièce à l'arrêt, une ronde poussive autour d'un personnage dérobé, une tragédie exsangue. Les caractères recréent par le dialogue les tensions de cette intrigue presque achevée qu'ils se révèlent les uns aux autres, et à nous, lecteurs. Il faut reconnaître à Yves Ravey, je n'ose pas affirmer un talent (il faudrait pour cela que je lise un autre de ses livres), mais un certain savoir-faire de dialoguiste. La plupart du temps, peut-être au détriment du sens, le style est naturel (bien qu'artificiel de bien des manières) : les phrases s'enchaînent sans heurts, portent juste, et la semi-oralité est correctement négociée. Artificiel, car certaines répliques sont comme rêvées (elles sonneraient faux prononcées nettement dans le dialogue), il s'y trouve un léger ton d'irréel, comme une sécrétion de la mémoire qui travaille, du passé qui vient au jour. Mais ces réminiscences (peut-être la trace de la logorrhée qui te fait fuir, @Tristram ?) ne sont pas envoûtantes, elles possèdent une dimension romanesque qui en rend la lecture assez agréable. Il y a en outre chez cet auteur une affection pour le vieillot, une nostalgie du passé qu'il place chez l'un de ses personnages mais que je soupçonne être à lui (après la lecture de quelques pages du Cours classique, dans un cadre qui semble emprunté au Petit Nicolas). J'aime croire que cela lui vient de ses origines franc-comtoises. J'ajoute par scrupule, car ça ne m'a guère intéressé, que l'un des sujets principaux de la pièce est celui de l'exil (l'identité de l'exilé).

Une remarque importante pour qui serait intéressé : ne soyez pas influencé (en bien ou en mal) par la couverture, il n'y a que peu de traces du "maniérisme de Minuit".

Je vous parlais des coiffeuses. C’est comme les caissières, il y en a de nouvelles, un lot, chez Billa, deux rues plus loin direction le cimetière, dans le nouveau magasin. Vous ne le connaissez pas ce magasin-là, monsieur Alfredo, il n’empêche, vous en avez de nouvelles. Par cinq elles arrivent. Vous savez que certaines ne savent même pas vous débiter une tranche de jambon...? Le client dit : « Je voudrais du jambon sec. » Elle vous découpe un morceau d’un centimètre d’épaisseur avec la machine à jambon, alors le client lui dit : « Madame, je ne vais pas payer deux cents euros pour une tranche de jambon, je voulais un demi-millimètre d’épaisseur, pas un centimètre, vous avez déjà vu du jambon de Parme épais comme une planche de contreplaqué? C’est du bois, de la sciure solidifiée, ça fait cher le mètre carré, un bois pareil, c’est du sapin, nom de dieu. » Et elle est là, elle vous regarde les yeux en chien de faïence.


Ni tout à fait séduit, ni irrémédiablement rebuté, la prochaine fois je lirai un de ses romans.


Mots-clés : #exil #famille #huisclos #immigration #théâtre
par Quasimodo
le Dim 3 Mai - 14:24
 
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Sujet: Yves Ravey
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Jean Giono


Tag exil sur Des Choses à lire Angelo10

Il n'y a pas de tâche plus noble que la poursuite du bonheur. Là aussi, il est difficile de rester pur sans être dupe, mais quelle victoire si on y parvient ! Iĺ y faut presque autant de bravoure. Je me suis laissé prendre à l'illusion de la quantité. La bonne opinion qu'on avait de moi, j'ai voulu la justifier en me sacrifiant au plus grand nombre. Quel bonheur, au contraire, si je pouvais mettre mon coeur au service de la qualité ! Cette qualité n'étant même contenue que dans une seule personne.

Angelo est un jeune italien, en fait Sarde, un colonel de hussards de moins de 30 ans.
Angelo Pardi, c'est le héros du Hussard sur le toit, sa première apparition sous la plume de Giono. Plus qu' une esquisse tout de même.
Angelo est beau, spontané, fougueux. A la poursuite de l'aventure et de l'amour.
Exilé après avoir tué en duel un espion autrichien, il se réfugie en France.

Les aventures ne manquent pas. L'amour davantage vu qu'il est idéaliste et romantique.
De fait, les femmes jouent un grand rôle dans sa vie, à commencer par sa mère, une duchesse sarde, tendre et affectueuse.
Mais il sera bientôt  troublé par une jeune femme aussi belle que mystérieuse, Pauline de Théus.
Malheureusement pour lui, elle est mariée à un homme plus âgé qu'elle de 50 ans. Le pire est qu'elle en est éprise. Et Angelo devra attendre.

Telles sont les aventures de ce héros stendhalien, inspiré par Dumas et revu par Giono.

Les hommes dans le récit sont des héros garantis bon teint, qui parlent comme des mousquetaires, avec des éclats gascons et des arrières plans métaphysiques.

Mais dans la fiction, on peut tout se permettre, sauf d'être médiocres !

Tag exil sur Des Choses à lire Angelo10

Mots-clés : #amour #aventure #exil
par bix_229
le Mer 22 Jan - 19:17
 
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Sujet: Jean Giono
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Joseph Conrad

Amy Foster

Tag exil sur Des Choses à lire Amy_fo10


Le narrateur rapporte ce qu’un médecin lui a raconté, l’histoire de la femme de Yanko, un émigrant d’Europe centrale parti en Amérique et naufragé sur les côtes du Kent (la distanciation par enchâssement des témoignages est savamment construite par Conrad).
Cette nouvelle est nourrie de l’expérience de l’auteur, lui-même transplanté de Pologne en Angleterre. Et ce récit (écrit en 1901) d’un réfugié fuyant la misère, de plus escroqué par les passeurs, résonne singulièrement aujourd’hui…
« Il est en effet pénible pour un homme de se retrouver un étranger, abandonné, sans défense, incompréhensible, et d’une origine mystérieuse, dans quelque coin obscur de la terre. »

« Il est vrai, disait-il, qu’il les avait abordés comme un mendiant ; mais dans son pays, même si l’on ne donnait rien, on parlait gentiment aux mendiants. Dans son pays, on n’apprenait pas aux enfants à jeter des pierres sur ceux qui imploraient la pitié. »

Yanko, incarnation de l’inconnu et de l’étrange(r) dans ce qui est pour lui aussi le comble de l’étrangeté, ne sera accueilli que par Amy, une jeune femme sans grande beauté, intelligence ou éducation. Il restera détesté, pris pour un dérangé, aux manières différentes.
« Puis le vagabond se leva sans dire un mot devant lui, masse de boue et de crasse de la tête aux pieds. Smith, seul au milieu de ses meules avec cette apparition, dans le crépuscule d’orage où retentissaient les aboiements furieux du chien, sentit en lui la peur devant cette inexplicable étrangeté. »

La dissemblance est renforcée de l’incommunicabilité, puisque Yanko ne parle pas la même langue…
Je me demande si Yanko n’est pas un des Yahoos de Swift, ces humains dégénérés et répugnants, désignation devenue synonyme de rustre déplaisant en anglais…

Mots-clés : #discrimination #exil #immigration #nouvelle
par Tristram
le Jeu 2 Jan - 17:20
 
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Sujet: Joseph Conrad
Réponses: 76
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Edgar Hilsenrath

Tag exil sur Des Choses à lire Fuck-a10

Fuck America

Drôle de truc, ouvertement vulgaire et faussement léger dans son grand sentiment d'absence. Certainement construite d'autobiographie cette stagnation new-yorkaise d'un émigrant juif allemand entre petits boulots et rédaction de son livre, Le Branleur. Entre les histoires de bite du presque jeune homme c'est malgré tout une certaine misère, une présence étrange des autres, comme lui, une grande parenthèse cruelle dans la vie... les difficultés du souvenir et du passé et une très grande solitude. Forcément c'est aussi le rêve américain, sans le rêve.

Pas forcément un livre qui ferait revenir à l'auteur mais après les dernières pages faut voir...


Mots-clés : #exil #genocide #identite #immigration #solitude
par animal
le Mer 1 Jan - 20:50
 
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Sujet: Edgar Hilsenrath
Réponses: 15
Vues: 1277

Juan Goytisolo

Pièces d’identité

Tag exil sur Des Choses à lire Pizoce10


Premier volume de la trilogie Álvaro Mendiola, comme ne l’annonce pas l’éditeur. À propos de ce dernier, il faut signaler que de trop nombreuses coquilles altèrent le texte...

Barcelone, 1963 : le personnage principal, Álvaro Mendiola, 32 ans, est rentré en 1961 dans sa ville natale après un exil de dix ans à Paris. Il est à la recherche de son identité et de celle de son pays, principalement en se plongeant dans le passé. La « tribu » espagnole (terme rimbaldien ?) c’est une longue histoire de misère jusqu’au franquisme issu de la guerre civile, soit 25 ans de « paix » depuis, et l’examen qu’il fait de sa patrie déchue n’est pas complaisant…
« Sol barbare et stérile, combien de générations vas-tu encore frustrer ? »

« Plusieurs années se sont écoulées depuis cette époque, et si Hier s’en fut, Demain n’est pas venu. »

De retour d’exil comme au sortir d’une parenthèse de son existence, une suspension de la vie, Álvaro parcourt en mentales allées et venues remémoratrices (voire ramentevantes) photos de famille et cimetières, avec un sentiment de vague culpabilité.
« (Un de tes premiers souvenirs d’enfance ‒ ou était-ce une création tardive de ton imagination fondée sur une anecdote souvent racontée en famille ? ‒ [… »

C’est notamment l’occasion de narrer l’histoire emblématique du barrage d’Yeste, et le massacre des gardes civils en parallèle avec l’encierro tauromachique.
Méfiance rurale (souvent justifiée) :
« Le pouvoir central continuait à se manifester exclusivement sous forme d’ordres et d’anathèmes, et, comme par hasard, l’intérêt des uns et des autres tournait toujours au profit des caciques. »

Il y a aussi chez Álvaro une volonté de témoigner des faits et personnes dont il ne restera rien à sa disparition (il évoque ainsi ses amis, Sergio puis Antonio).
« …] sans profession connue ‒ car ce n’est ni un office ni une profession, mais un supplice et un châtiment que vivre, voir, noter, décrire tout ce qui se passe dans ta patrie ‒ [… »

« …] ‒ faudrait-il donc qu’ils meurent tous sans savoir quand sonnerait leur heure, unique raison de leur venue au monde, la possibilité conquise un jour et vite arrachée, d’être, de vivre, de se proclamer, simplement des hommes ? ‒ [… »

Image forte du chassé-croisé des touristes européens et des exilés ou émigrés espagnols. D’ailleurs amer constat du passage de l’indigence à « se mercantiliser, se prostituer » dans le tourisme :
« La modernisation était arrivée, étrangère à la morale et à la justice, et l’essor économique menaçait d’anesthésier pour toujours un peuple non encore réveillé, au bout de vingt-cinq ans, du long et lourd sommeil où il était resté en léthargie depuis la déroute militaire lors de la guerre. »

Le tableau des expatriés germanopratins n’est pas moins critique, voire sarcastique, que celui des intellectuels et diverses factions politiques ressortissant de près ou de loin à la République.
Viennent ensuite les belles pages sur l’amour, celui d’Álvaro pour Dolores avec qui il vit depuis dix ans.
De grandes similitudes biographiques sont évidentes entre Álvaro et l’auteur.
La langue est volontiers soutenue, alternant les registres selon les séquences, réflexions cérébrales et mélancoliques, aperçus populaires, comptes-rendus de filature des activistes clandestins, les discours officiels de la dictature rendus avec emphase et sans ponctuation (dès dans l’incipit).
Un vrai bel écrivain.
Je pense que cet ouvrage (ou l’auteur en général) pourrait plaire à Bédoulène, à Quasimodo, à Topocl et Armor, ou encore ArenSor ; mais il est vrai que les livres de Goytisolo sont difficiles à trouver…

Mots-clés : #devoirdememoire #exil #guerredespagne #identite #xxesiecle
par Tristram
le Mer 7 Aoû - 14:31
 
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Sujet: Juan Goytisolo
Réponses: 6
Vues: 420

Irène Nemirovsky

Tag exil sur Des Choses à lire Le_vin10


Le Vin de solitude. - Albin Michel


"Ou bien « Le Vin du souvenir » ? Le « Vin de solitude » ? Le Vin de solitude est un beau titre et il a de plus l’avantage certain de bien fixer ma pensée sur un point essentiel. En effet, je crois que ce qu’il faut montrer surtout, c’est cette enfant qui pousse ainsi, absolument seule. Bien mettre l’accent sur cette profonde et amère solitude, sur les fantasmagories qui peuplent sa vie, sur l’apparence monstrueuse que cette vie prend pour elle."

Irène Nemirowski


Le titre choisi finalement par Irène Nemirowski définit tout à fait le contenu du livre.
L'histoire d'une enfant puis d'une jeune fille seule. D'une ville à l'autre, de Kiev à Paris.
Le père, banquier, s'imagine compenser une enfance misérable en spéculant et en brassant de l'argent facile.
Absent la plupart du temps, il oublie sa fille qui l'adore.

La mère, -et c'est pire- est futile, égoiste, froide, sauf quand il s'agit de prendre un nouvel amant.

Elle n'aime pas sa fille et ne se prive pas de le lui dire. Ni de l'accabler de reproches méprisants.

Et elle ne lui épargnera jamais la vue de ses amants et de leurs coucheries.

La seule personne qui lui manifeste une vraie tendresse fut la gouvernante française. Mais quand la mère s'en appercevra, elle la chassera.
La guerre puis la révolution mettent la famille en fuite. D'abord à St Petesbourg, puis en Finlande, en Suède avant Paris où la mère a entraîné son dernier amant.
La jeune fille, décide alors de le séduire pour se venger de sa mère. Elle n'ira pas jusqu'au bout lorsque elle se rend compte qu'il ne l'aime plus et que la vengeance la plus cruelle est désormais le temps et l'age.

C'est d'ailleurs un élément fort que cette relation mère/fille.
Je ne me souviens pas avoir lu une relation à la mère aussi violente. Sinon celle de Jules Vallès.


On le sait à présent, le roman est en grande partie autobiographique, et cet antagonisme apparaît dans d'autres romans.
Le Vin de solitude est un travail de mémoire assez extraordinaire. Où il s'agit de restituer des situations, des atmosphère, d'essayer de reproduire ou de repenser des conversations.
Travail de mémoire aussi quand il s'agit de se remémorer les lieux où la famille vécut, le mode de vie où la richesse ne fait jamais oublier la négligence, le manque d’âme, la chaleur humaine.

Et aussi les bouleversements de la guerre et de la révolution bolchevik dont elle est témoin.
Ce qu'on retiendra avant tout, c'est le personnage qu'elle incarne, mélange de sensibilité frustrée, mais aussi d'intelligence, de lucidité, de volonté.
Toute sa vie le manque d'affection constituera une blessure permanente.
Et c'est sans doute pourquoi ce qu' elle a vécu se reflète dans un style incisif, précis, cruel.
Ce roman, au moment où il parut (en 1934) constituait un roman d'apprentissage au féminin, ce qui n'était pas encore très courant à l'époque. Si l'on excepte Colette à qui l'on pense parfois.
Mais Colette, elle, avait une mère qu'elle adorait et c'est déjà une grande différence.

Mots-clés : #autobiographie #exil #famille #premiereguerre #revolution #solitude
par bix_229
le Mer 31 Juil - 17:59
 
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Sujet: Irène Nemirovsky
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François Augiéras

Domme ou l'essai d'occupation


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Récit autobiographique, écrit en 1969, 170 pages (12 chapitres) précédées de 15 pages de préface et de lettres, d'abord publié chez Fata Morgana en 1982 après bien des refus d'éditeurs, mais amputé d'un chapitre, puis enfin intégralement aux éditions du Rocher en 1990.


En grande précarité, François Augiéras se fait admettre comme indigent dans un hospice situé à Domme, pas tout à fait par hasard: fin connaisseur du Périgord où il a grandi, et qu'il a sillonné à pied comme à vélo, peut-être avait-il l'intuition du parti qu'il pourrait tirer de ce site, exceptionnel.

En fait nous ne saurons rien ou quasiment de sa vie à l'hospice, qui le lasse ou même le révulse.
Aucune description laissée.
Très tôt il cherche, en guise de demeure de jour, une grotte:
Chapitre I, La caverne à flanc de falaise a écrit: Tout mon avenir à Domme dépend de la découverte d'une grotte.


Illuminé, misanthrope, marginal.
Des signes clairs de rejet (du vandalisme dans et devant la grotte, deux rencontres désagréables) lui sont adressés.  
Autant Augiéras cherche l'écart, celui de la mise à l'écart, autant il entend ne frayer ni avec la population, ni avec l'hospice proprement dit, autant il s'étonne de sa solitude pourtant recherchée et en souffre: car Augiéras, pour qui la rupture avec le monde "des hommes" est consommée, qui n'a que des mots durs pour l'humanité, est un grand paradoxal.

La connivence, l'amitié (et, in fine, davantage pour le second et c'est ce qui donne aujourd'hui toutes ses lettres de malédiction à ce récit, que beaucoup peuvent, je le conçois, vouer aux gémonies) ne se trouvent qu'au travers de deux rencontre, une adolescente et un enfant.

Certain d'être en fin d'un monde (d'une ère), son essai d'occupation c'est-à-dire d'occuper le terrain (en vue d'un nouveau culte ?) est assez fumeux, se paye de majuscules aux débuts de mots couvrant on ne sait quels concepts qu'il ne prend jamais la peine de détailler, d'expliquer.
Il n'a jamais de termes assez violents pour défourailler sur la chrétienté, l'époque, l'athéisme républicain et que sais-je encore, mais s'avère absolument incapable de proposer quoi que ce soit en échange.
On ne sait rien de sa cosmogonie et de ses visions de fumeur d'orties séchées en succédané de cannabis, de sa théologie s'il en a une, à peine une mention en fin de livre sur les lectures qui semblent le pénétrer.

Son rapport d'amour-haine envers la chrétienté est particulièrement troublant: voilà quelqu'un qui a séjourné très longuement parmi les moines au Mont Athos et rêve d'y retourner, qui passe chaque jour des heures dans l'église du village, devant un retable dédié à la Vierge, dans une posture que des chrétiens de passage trouveraient tout à fait rituelle, oscillant entre Adoration et Oraison, quelqu'un qui se livre à des larcins en chapardant cierges et encens pour les brûler dans sa grotte, reproduisant ainsi exactement ce qu'il prétend abominer le plus, le fait, qu'on découvre grâce à un moteur de recherches contemporain, que ces hospices qu'il fréquentait étaient parfois tenus par des religieuses (ou dans lesquels, sans être à la tête de ces lieux, elles occupaient beaucoup de fonctions de petit personnel), etc...

 
Alors, c'est vrai, il serait assez aisé de tourner le piteux François Augiéras en dérision.
Aisé de relever ses ridicules, combien il peut s'avérer calamiteux, de mauvaise influence (et plus sur l'un) sur deux jeunes.
D'autant qu'en couplant ce récit avec ses lettres à Jean Chalon (dans un livre intitulé Le diable ermite, peut-être en ferais-je un commentaire ultérieur) on le voit, dans la même période et ce n'est pas dit dans le récit, calculateur, intéressé, et manipulateur si besoin est.

Mais je ne me livrerai pas à ça.
Ce désemparé-illuminé a ses affres à narrer, cela vaut parfois des passages de qualité. Cet acharnement dans la dinguerie vaut quichottisme et cela se respecte, à condition d'avoir le courage ou la veulerie (c'est selon) de faire une part mal taillée des choses, en laissant de côté la face sombre d'Augiéras, ce qui n'est pas tout à fait lui rendre justice je le reconnais sans peine: il la revendique (y-a-t-il jamais eu un misanthrope ne se voulant pas détestable aux yeux d'autrui ?).

Extraits et autres éléments dans cette vidéo, intitulée rien moins qu'"un essai d'occupation":


Mots-clés : #amitié #exil #initiatique #portrait #xxesiecle
par Aventin
le Dim 14 Juil - 20:50
 
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Sujet: François Augiéras
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Kéthévane Davrichewy

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La mer noire

Aujourd’hui, Tamouna a 90 ans. C’est une vieille dame épuisée qui vit sous assistance respiratoire. Pourtant, c’est avec le coeur battant d’une midinette qu’elle attend Tamaz, qui s’est annoncé à la fête organisée par la famille pour son anniversaire. Tamaz, son amour de jeunesse, l’homme des occasions manquées, qui a traversé sa vie d’émois en regrets, et n’a jamais quitté ses pensées...

Durant cette journée où elle attend Tamaz, Tamouna se remémore son existence ; l’enfance heureuse, en Géorgie, avec la ribambelle de cousins et de frères et sœurs. Puis, en 1918, la déclaration d’indépendance du pays, dont son père devint l’éphémère ministre de l’agriculture. Les premières amours, le temps d’un été, auprès de Tamaz. Un temps qui se rêvait éternel, mais ne fut qu’une parenthèse enchantée avant l’irrémédiable la déchirure : la fuite devant l’invasion soviétique et son cortège de représailles, et l’inquiétude dévorante quant au sort de ceux qu’on a à jamais laissés derrière soi...
Arrivés en France, il a bien fallu se construire une vie. A travers le destin de Tamouna se dessine en creux le sort des immigrés Géorgiens ; l’adaptation à la vie française, la nostalgie du pays perdu, le besoin de préserver les coutumes, de rester soudés pour ne pas affronter seuls l’adversité, et de garder une forme de légèreté, aussi, malgré les épreuves et les deuils. Dans la vie de tous ceux-là il y a eu la guerre, ceux qui ont choisi le camp de la résistance et ceux qui ont combattu auprès des Allemands. Et puis la vie comme elle va, les enfants, les amis, les  amours éphémères, et pour Tamouna, toujours Tamaz, aperçu de loin en loin, comme un rappel du paradis perdu et de ce qui aurait pu être…

Le récit alterne sans cesse entre présent et passé avec nostalgie, pudeur, et une vraie tendresse pour cette famille géorgienne, ses silences, ses non-dits, ses éclats de rire et son incroyable capacité de résilience.

Merci Kashmir, grâce à toi j’ai pu cocher la case Géorgie de mon périple mondial avec un bien joli livre !


Mots-clés : #amour #exil #famille #immigration #nostalgie
par Armor
le Ven 7 Juin - 19:04
 
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Sujet: Kéthévane Davrichewy
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Eric Plamondon

Oyana

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Originale : Français/Canada, 2019

Présentation de l’éditeur : a écrit:"S'il est difficile de vivre, il est bien plus malaisé d'expliquer sa vie." Elle a fait de son existence une digue pour retenir le passé. Jusqu'à la rupture. Elle est née au Pays basque et a vieilli à Montréal. Un soir de mai 2018, le hasard la ramène brutalement en arrière. Sans savoir encore jusqu'où les mots la mèneront, elle écrit à l'homme de sa vie pour tenter de s'expliquer et qu'il puisse comprendre. Il y a des choix qui changent des vies. Certains, plus définitivement que d'autres. Elle n'a que deux certitudes : elle s'appelle Oyana et l'ETA n'existe plus.


REMARQUES :
Après la découverte de Taqawan (voir en haut des commentaires) je voulais bien continuer dans l’univers, ou disons le style, Plamondon. Car il est apparemment typé : des chapitres courts avec ici une narratrice « Je » bien mise en avant par lettres, datées en Mai 2018 et formulées à son compagnon de 23 ans, Xavier, au Quebec. Et s’intercalent des points de vues par narrateur neutre soit sur sa vie à elle ou des chapitrettes sur divers sujets sur le pays Basque, son histoire, des traditions. Car cette Oyana a bien grandi au Pays Basque, né le jour même (mais sans le savoir) de la mort de son père biologique, militant de l’ETA et tué par des militaires après un attentat à la bombe en Décembre 1973. Elle grandit chez un père adoptif (et l’ignore) et sa mère et n’est pas autrement engagée dans la lutte indépendentiste des années 80, 90. Jusqu’au jour où, innocents, avec des amis ils sont pris en chasse par la police cherchant des militants. Un ami meurt… Et elle commence presque par protestation à s’intéresser alors pour la cause, s’engage et est impliqué dans une affaire avec issue fatale. Elle n’arrive pas à assumer. Bref : elle doit quitter le pays sous la menace de ne jamais revenir.

Et en ce Mai 2018, 23 années passées, elle apprend la dissolution de l’ETA ! Plus de dangers ? Fin de jouer à la cachette et à la fausse identité (rôle qu’elle a même tenu devant son compagnon!)? Elle décide de rentrer… Et s’approche par étapes.

Plamondon a bien trouvé un sujet qui seulement au premier abord semble loin du Canada : On pourrait rapprocher facilement les situations au Quebec et au Pays Basque avec leurs luttes indépendentistes, la question de la langue, les caractères propres etc. Il le fait dans son style de chapitres courts et intelligents. Ici il parle beaucoup à travers une narratrice et réussit bien pour un homme – il me semble – de « parler en femme ». Au-délà du ou des sujet(s) et son traitement, on retrouve aussi souvent des mots et expressions, des phrases étonnants, pleine de « sagesse » pour utiliser un mot souvent employé. Certaines tournures et explications sont simplement bien. On comprendra aussi le drame de cette femme qui vit avec des mensonges « reçus », et aussi « employées par alle-même ». Elle a menti alors pendant 23 ans à son compagnon ? Néccessaire ou pas : elle croit l’histoire finie, et pourtant… ?!

Découvrez vous-même : cet auteur est définitivement à suivre !

Mots-clés : #culpabilité #exil #independance #terrorisme
par tom léo
le Jeu 23 Mai - 19:36
 
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Sujet: Eric Plamondon
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Nina Berberova

L'accompagnatrice :

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En quelques scènes où l'économie des moyens renforce l'efficacité du trait, Nina Berberova raconte ici les relations d'une soprano issue de la haute société pétersbourgeoise, avec Sonetchka, son accompagnatrice, bâtarde et pauvre; elle décrit leur exil dans les années qui suivent la révolution d'Octobre, et leur installation à Paris où leur liaison se termine dans le silencieux paroxysme de l'amour et de la haine. Virtuose de l'implicite, Nina Berberova sait tour à tour faire peser sur les rapports de ses personnages l'antagonisme sournois des classes sociales et l'envoûtement de la musique (il y a sur la voix quelques notations inoubliables). Par ce roman serré, violent, subtil, elle fut, en 1985, reçue en France, où elle avait passé plus de vingt ans avant de s'exiler définitivement aux Etats-Unis.

Présentation de l'éditeur.


Si Sonetchka avait accepté de bonne grâce, l'opportunité qui s'offrait à elle en devenant l'accompagnatrice d'une belle et virtuose soprano, il n'y aurait pas eu de roman !

Et vous n'avez pas honte (...)Vous n'avez pas honte, Sonetchka. Nous attendions tellement de vous. dira un des personnages.

Tout le récit tend à décrire cette bourgeoisie russe qui se prépare à l'exil et le regard que porte Sonetchka sur les événements quotidiens, regard d'une vie jusque là faite d'une immense misère.
Mélange d'admiration, d'envie, de suspicion, de haine : tous ces sentiments traversent l'accompagnatrice qui devient le spectateur d'une vie qui est si nouvelle pour elle.

Ce roman,qui nous emporte grâce à la fluidité de son écriture, nous permet de découvrir la vie dans cette Russie d'après la révolution d'Octobre en nous "présentant" des personnages secondaires qui vivent dans les souvenirs de Sonetchka. Et c'est l'autre versant du récit, en fait, pour moi.

C'est un livre qui m'a laissée très triste, en le renfermant : tant d'amertume l'habite...


Mots-clés : {#}exil{/#} {#}musique{/#} {#}social{/#}
par Invité
le Mer 15 Mai - 21:47
 
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Sujet: Nina Berberova
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Alexandre Sergueïevitch Pouchkine

La fille du capitaine

Tag exil sur Des Choses à lire 00498110


C'est avec grand plaisir que j'ai lu ce livre, dans le cadre d'une chaîne de lecture. merci à Quasimodo pour sa proposition.
Je n'avais lu, de Pouchkine, que Boris Godounov, dans le cadre d'une lecture thématique sur la figure du tyran, en litterature comparée, lors de mes années de faculté. (Et je n'en ai que peu de souvenirs malheureusement.)

Piotr Andréievitch Griniov est envoyé par son père dans un fort, pour se frotter à la vie d'homme. Ce dernier espère ainsi l'écarter des premieres tentations de débauche et de boisson. Avant d'arriver sur le site, en compagnie de son valet Savélitch , le jeune homme commence son apprentissage du monde extérieur. Des tavernes, des voyous, des tempêtes, son voyage n'est pas de tout repos, et Savélitch, fidèle et bienveillant, s'avère précieux pour le guider, le réprimander, ou l'accompagner tout simplement. La libéralité de l'un compense la grande prudence de l'autre et vice versa. ils aideront pourtant un homme, en route, enigmatique.Arrivés au fort, recommandation en main, Piotr croit déchanter, quelle tranquilité, quel simulacre guerrier l'attend. Le chef cosaque Pougatchev, qui se fait instituer empereur Pierre III à la force du combat, a beau être dans la région, et se rappeler au souvenir du capitaine et ses troupes, le hâvre ne semble promettre aucun véritable drame . La femme et la fille du Capitaine  vivent parmis les hommes, sagement, et l'esprit familial prédomine sur le militaire. Une romance pudique nait entre Piotr et Maria, des jalousies s'en mêlent, Chvabrine, un autre militaire, n'a de cesse de perturber l'idylle. Mais la menace la plus grande est arrivée et se révèle sans fard, le fort tombe aux mains des troupes de Pougatchev.
Griniov et sa bien-aimée échappent seuls au massacre, avec le valet et quelques villageois.
Je ne raconte pas la suite car ce serait divulgâcher, mais disons que le roman d'apprentissage se corse de douleur et de decillages.

Le contexte :

Ecrit un an avant la mort de l'auteur.

Wikipédia :
"Pouchkine s'est documenté sur la révolte de Pougatchev, avec comme objectif d'en rédiger un compte-rendu historique : l'Histoire de Pougatchev, restée à l'état d'ébauche. C'est ce qui lui permet de mêler ici réalité historique et invention romanesque (...) Il brosse aussi un tableau de la société russe de la fin du XVIIIe siècle : organisation sociale et situation politique (soulèvements populaires, contestation dynastique, expansion de l'empire vers l'est). Le tableau de la Russie, de ses immenses steppes et de son climat extrême, constitue un autre centre d'intérêt du roman.
(...) Pougatchev est (...) complexe, cruel et magnanime à la fois, contrairement à la représentation officielle de l'époque. C'est sans doute que, comme Mazeppa ou le faux Dimitri, autres personnages historiques apparaissant dans l'œuvre de Pouchkine (respectivement dans Poltava et dans Boris Godounov), il est un symbole de l'impossible résistance à l'autocratie, un thème qui a toujours fasciné un écrivain constamment opprimé par les empereurs Alexandre Ier puis Nicolas Ier."

Je confirme, ce roman est l'occasion de réaliser une page d'histoire, et de plonger dans une société dont j'ignorais quasiment tout.

J'ai beaucoup apprécié. Je ne sais si c'est bien traduit (par Raoul Labry) mais cette prose est d'un élégant classicisme.
Le fil de narration est épuré de toute scorie, très relié à la voix centrale du protagoniste, que l'on accompagne au fil du récit qu'il nous fait comme en "conscience".
Du coup, l'initiatique perd sa valeur traditionnellement demonstrative, il est certes induit, mais est particulièrement inclusif à la vie. Piotr conte en effet toujours au même rythme, qui repose sur une sincérité et une candeur, une sorte d'objectivité , non maniériste, Du coup nous est transmis implicitement que la vie initie tout bonnement, car le narrateur ne prend pas lui même compte de ces révélations pour nous en faire un laïus particulièrement appuyé. Le rythme prime, et le ton de Piotr est remarquablement stable.. Aucun changement stylistique, de valeur, entre le jeune homme du debut et de la fin , et pourtant son discours , etroitement relié à la trame vécue, continue d'être vrai.
On est plongé dans une ecriture qui traduit l'évolution intime en n'en prenant pas acte formellement, et c'est fabuleux. ça produit un sentiment de dépaysement, de désuetude, qui à bien réfléchir doit valoir plus que cela : comme un paradis perdu où l'Ego , au centre de la réception, ne ramènerait sa fraise qu'à bon escient.

Enfin, il y a dans mon édition librio un supplément au chapitre final.

Ce dernier est clôs par une "fausse" note d'éditeur "ici s'arrêtent les souvenirs de P.A.Griniov " etc.

Le supplément, lui, développe et dépeint une tentative de massacre survenue lors d'une étape de leur avancée vers le bonheurs. C'est fait selon ce même prisme du narrateur, qui reflète plutôt que réfracte ou disperse. C'est très violent, émotionnellement, on réalise que l'auteur aurait pu sans doute décrire "historiquement" bien plus de carnages, c'est en cela que j'en ai été particulièrement touchée. Je n'ai pas d'explication à cet appendice, je ne sais si il a été censuré ou s'il a été sciemment ôté par l'auteur. Mais c'est un fragment qui donne à voir avec encore plus d'écho l'humanisme certain de Pouchkine. Je devrais relire pour commenter, car l'émotion porte un peu d'imprecision , du coup, mais tant pis. Ce supplément vient après une sorte de "happy end", aussi il replace les enjeux societaux, et politiques, que Pouchkine  incluait certainement dans son oeuvre. C'est touchant.

J'ai aimé qu'il distorde les manichéismes, il dépeind la violence, les raisons supérieures, mais aussi les nuances en chaque personnage. Ses personnages sont clairement situables, certes (gentils, méchants etc) mais il sait donner à chacun la touche qui relativise et contextualise l'argument de chacun.
Impressionnée.


Final du chapitre XI :
Pougatchov eut un sourire amer. "Non, répondit-il. Il est trop tard pour me repentir. Pour moi il n'y aura pas de miséricorde. Je continuerai comme j'ai commencé. Qui sait ? Peut-être aussi réussirai-je ! Grichka Otrepiev a bien règné sur Moscou.
- Mais sais-tu comment il a fini ? On l'a jeté par la fenêtre, dépecé, brûlé, on a chargé de sa cendre un canon et tiré !
-Ecoute, dit Pougatchov, avec une sorte d'inspiration sauvage. Je vais te conter un conte, que dans mon enfance j'ai entendu d'une vieille Kalmouke. Un jour l'aigle demanda au corbeau : " Dis-moi, oiseau corbeau, pourquoi vis-tu sous le soleil 300 ans et moi 33 seulement en tout et pour tout , - c'est parce que toi, mon cher, répondit le corbeau, tu bois du sang frais, tandis que moi je me nourris de charogne." L'aigle réfléchit : "Allons, essayons nous aussi de nous nourrir de même." Bon. L'aigle et le corbeau prirent leur vol. Et voilà qu'ils aperçurent un cheval crevé. Ils descendirent et se posèrent. Le corbeau se mit à becqueter et à louer la pitance. L'aigle donna un premier coup de bec, en donna un second, battit de l'aile et dit au corbeau : "non, frère corbeau; plutôt que de me nourrir 300 ans de charogne, je préfère me gorger une seule fois de sa&ng frais; et puis , à la grâce de Dieu !" Que dis-tu de ce conte Kalmouk ?
-Il est ingénieux, lui répondis-je. Mais vivre de meurtre et de brigandage, c'est pour moi becqueter de la charogne.
Pougatchov me regarda avec étonnement et ne répondit rien. Nous nous tûmes tous les deux, chacun plongé dans ses réflexions. Le tatare entonna une chanson plaintive; Savélitch, sommeillant, vacillait sur le siège. La kibitka volait sur la route d'hiver toute lisse. Soudain je vis le petit village, sur la rive escarpée du Yaïk, avec sa palissade et son clocher, et un quart d'heure après nous entrions dans le fort de Biélogorsk.



Mots-clés : #exil #guerre #historique #independance #initiatique #insurrection #ruralité #trahison
par Nadine
le Dim 12 Mai - 14:11
 
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Sujet: Alexandre Sergueïevitch Pouchkine
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Serge Mestre

Les plages du silence

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Le narrateur raconte la quête de celui qu’il nomme « le garçon » à la recherche du jeune homme que fut   son père Manu, l’un des Républicains qui attendra sur la plage d’Argelès-sur-Mer, l’ouverture de la porte sur la France en 1939, sur un exil  que l’on a appelé la « retirada ».

Réfugié en France Manu ne racontera jamais « sa » guerre, il ne parlera que de ce qui ne le concerne pas directement, sauf à laisser échapper , parfois un nom, un lieu, un évènement qui n’ expliqueront rien et entretiendront l’envie pour le garçon, de savoir ce que sont les trous, dans ce passé qui est tue, de ce passé qui dans ce présent fait qu’il vit sur deux langues, l’espagnol et le français.

Manu après avoir été blessé au pied à  Porto Cristo sera amputé à plusieurs reprises, par morceaux, pourrait-on dire et sera obligé de porter une prothèse.

A la mort de Manu, le garçon partira en Espagne sur les traces de son père, mais c’est plus pour ne pas perdre son père une deuxième fois, pour continuer à être auprès de lui dans cette Espagne qu’ il ne connait que par la voix et les yeux de son père.  Découvrir cette mémoire, ces souvenirs qui lui manquent. Cette quête restera inaboutie, mais c’est  être encore aux côtés de son père. C’est dire combien il l’aimait Manu,  cet homme secret, combien il aimait son père.

Le garçon écrit sur ses moleskines, le journal des souvenirs de Manu !

« J’aurais dû le savoir : la mémoire est tout simplement errance. Je ne suis pas de nulle part, pas d’ici non plus, je suis de la page de ces carnets à travers lesquels je continue à fouiller les traces de ton absence, écrivait le garçon, de ce passé qui se dérobe, me transforme en calque imparfait de moi-même, me lègue un corps indédit dont je ne suis toujours pas parvenu à toucher la jambe manquante. »

***
J’ ai lu plusieurs livres, des autobiographies notamment,  sur la guerre d’Espagne, donc le volet histoire m'était connu (bien que toujours il faille se pencher dessus) donc  c’est surtout cette quête de mémoire qui m’a intéressée.  Ce garçon qui toute sa vie, était attentif à son père mais qui n’a jamais su, ou si peu de son passé en Espagne, de ce que fut « sa » guerre ce qu'était son enfance, sa vie dans ce pays dont lui ne connaissait que la langue.  Ce père avec qui il se tenait à la fenêtre tous les soirs et qui lui signalait dans le ciel les clignotements de l’avion Paris/Barcelone.

Extraits :

« La mémoire, c’est la répétition interprétée »

Dans le camp d’Argelès : « De nombreux réfugiés ne parvenaient pas à réprimer leurs larmes, le froid glaçait tout, autour d’eux. Surtout  ne pas geler entendait-on. Nous nous en sortirons Manu ! renchérissait-on. Où les réfugiés prenaient-ils la force qui les poussait encore à plaisanter ? Sur une jambe, il n’y a qu’un pied qui se congèle ! »

« Aujourd’hui Manu peu m’importe de savoir ce qui s’est réellement passé en Espagne, pour toi, dans les années trente du siècle passé. Ma vie s’est réglée sur le mouvement de ton absence. Le tempo de ta mort a laissé place à de nouvelles tempêtes dans cette tête en désordre qui te survit. Il m’arrive parfois d’entendre siffler ton accent dans la cuisine, le dimanche. »


Une chose m’interpelle, ce garçon est-ce l’auteur ?
Dans la note liminaire à la réédition  Serge Mestre dit : « éternel  petit soldat, pour le nourrir de mes émois d’aujourd’hui, pour le compléter également du prénom de l’épouse de Manu, ma mère désormais disparue. »


Mots-clés : #exil #guerredespagne #relationenfantparent
par Bédoulène
le Mer 1 Mai - 17:24
 
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Sujet: Serge Mestre
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François Cheng

Le Dit de Tian-Yi

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Roman, 1998, 435 pages environ, trois parties de tailles inégales.

L'écriture de François Cheng est gracile, légère, précise; et il faut bien cela pour un ouvrage excédant les 400 pages, pour cet exercice si particulier ambitionnant de couvrir la vie entière d'un personnage, exercice à écueils par excellence, où l'on risque de donner dans l'empâté, l'accessoire, les pages de moindre haleine: c'est un choix courageux d'auteur déjà notoire, qui se risque à un premier roman publié.

Si le roman croise sans nul doute l'autobiographie de François Cheng, il ne se moule jamais dedans: Néanmoins, on a bien un jeune artiste chinois, de sa génération -quasiment de son âge- qui part à Paris, jusque là d'accord, mais à ceci près, et c'est une grosse différence, qu'il revient en Chine et y demeure dès les années 1950 et jusqu'à la fin de ses jours.

C'est la peinture d'un trio, composé de Yumei -l'Amante- artiste de théâtre, d'Hoalang -l'Ami- poète, écrivain et Tian-Yi, le peintre.
De la possibilité, ou de l'impossibilité, d'un amour et d'une amitié, fusionnels, à trois. Mais c'est aussi une fresque de la Chine sur un gros demi-siècle, embrassée depuis la guerre d'invasion nippo-chinoise jusqu'à la fin de la vie de Mao Zedong, ce dernier curieusement jamais nommé, en tous cas jamais autrement que le Chef.    

Beaucoup de considérations passionnantes sur la symbolique, l'art, jalonnent ce qui a l'apparence d'un récit (normal au vu de l'auteur).
Tout ce qui est dit en matière de Taoïsme, Bouddhisme, société traditionnelle et société révolutionnaire ne le cède nullement pour ce qui est de l'intérêt du lecteur.

La représentation romanesque de la nature est à l'honneur, manière peut-être de jonction avec l'art pictural chinois traditionnel: par exemple après ce livre, jamais plus vous ne regarderez un fleuve de la même façon qu'avant:

1ère partie, chapitre 30 a écrit:
"Question très intéressante, essentielle même, essentielle..." C'était le professeur F. célèbre spécialiste de la pensée chinoise, que d'aucuns approchaient avec un respect craintif. J'y étais allé de ma naïveté, sans gêne outre mesure, car je ne demandais qu'à écouter.

"Oui, le fleuve comme symbole du temps; que signifie-t-il ? Voyons, comment répondre à cette question ? " Son front se plissa derrière ses lunettes cerclées d'argent. "Il faut bien parler de la Voie, n'est-ce pas ? ... Tiens, quelle coïncidence ! Demain, nous traverserons justement la région dont est originaire notre cher Laozi. Celui qui est, vous le savez bien à l'origine du taoïsme et qui a développé l'idée de la Voie, cet irrésistible mouvement universel mû par le Souffle primordial. A demain alors; on en parlera."

"La Voie donc..." reprit le savant le lendemain, comme s'il n'y avait pas eu l'interruption de la nuit.
 

   


Pour ce trio, apprenant une funeste nouvelle touchant Haolang, Tian-Yi reviendra de France en Chine, aux heures sombres et tourmentées, pour son malheur peut-on penser, mais toute l'adresse de François Cheng consiste à montrer combien la quête de Tian-Yi, bien que semblant aussi vaine que dangereuse à nos regards, dépasse nos considérations terre-à-terre: il n'y a que cela qui vaille, parce qu'au fond, c'est bel et bien une passion qu'ils vivent (donc une souffrance à mort).  

Si la chronologie par le menu mêle la petite histoire, celle des personnages, à la grande, celle de la Chine du XXème, l'érudit M. François Cheng nous fait aussi caresser, en forme de roman et c'est donc très singulier, l'art pictural ancestral de la Chine, la calligraphie comme la représentation peinte, en démarrant aussi loin que l'art des grottes ornées et en aboutissant au néant sidéral de la révolution -dite- culturelle.
Sans doute est-il nécessaire de s'armer d'un peu d'imagination, et d'effectuer une lecture précautionneuse, mais oui, on a l'impression d'atteindre à cela par les vides, les estompes, les déliés, les courbes, les symboles naissant de sa plume...  




#Amitié
#Amour
#CampsConcentration
#Creationartistique
#Exil
#Regimeautoritaire
par Aventin
le Ven 19 Avr - 1:23
 
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Sujet: François Cheng
Réponses: 18
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Dany Laferrière

L'énigme du retour :

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La nouvelle coupe la nuit en deux. L'appel téléphonique fatal que tout homme d'âge mûr reçoit un jour. Mon père vient de mourir. D. L.

A la suite de cette annonce tragique, le narrateur décide de retourner dans son pays natal. Il en avait été exilé, comme son père des années avant lui, par le dictateur du moment. Et le voilà qui revient sur les traces de son passé, de ses origines, accompagné d'un neveu qui porte le même nom que lui. Un périple doux et grave, rêveur et plein de charme, qui lui fera voir la misère, la faim, la violence, mais aussi les artistes, les jeunes filles, l'espoir, peut-être. Le grand roman du retour d'exil.

Quatrième de couverture.

Première incursion dans l'oeuvre de Dany Laferrière et honnêtement, je ne sais trop que penser.

Le style utilisé pour le récit est original et m'a séduite, mais il ne me reste, la dernière page tournée, que des images générées par le récit, pas réellement un souvenir global.
Si ce n'est les références à Aimé Césaire.
Alors je me demande si je ne suis pas passée à coté.

C'est plus une atmosphère que l'on pénètre plutôt qu'un récit structuré et c'est en cela que le livre pose question.

Il faut que je lise un autre livre de cet auteur, voilà !

Mots-clés : {#}exil{/#} {#}lieu{/#}
par Invité
le Dim 14 Avr - 13:45
 
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Sujet: Dany Laferrière
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Elisa Shua Dusapin

Les billes du Pachinko


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Originale : Français, 2018

CONTENU :
Claire, avec une mère coréenne, un père Suisse (organiste), ayant grandi en Suisse, passe l'été chez ses grands-parents maternels à Tokyo. Son idée : convaincre son grand-père de quitter quelque temps le Pachinko qu'il gère ; aider sa grand-mère à mettre ses affaires en ordre ; et les emmener revoir leur Corée natale, où ils ne sont pas retournés depuis la guerre, il y a cinquante ans. Le temps de les décider à faire ce voyage, Claire s'occupe de Mieko, une petite Japonaise à qui elle apprend le français.

REMARQUES :
Une petite note sur le titr : les « Pachinkos » sont des lieux pleinns de machines à billes, sortes de « flipper vertical », rangées en longues files. C’est le grand-père de Claire, la narratrice, qui tient une telle boutique, le « Shiny », dans un quartier de Tokyo. Jeu extrêmement répandu au Japon, mais aussi : mal famé et presque entièrement dans les mains des Corées. Ce qui les met doublement à part dans la societé japonaise. Il y a en a deux « sortes » de Coréens vivant le pays : ceux qui avaient été déportés par les Japonais lors de leur main-mise sur la Corée (jusqu’en 1945), et ceux qui avaient fui la Corée suite aux guerres, mondiales, ou civile (1950-53). Ces Coréens ne se mèlent pas beaucoup, vivent souvent dans « leur » quartier, prolongent des cultures de leur pays, etc. Ainsi même après 50 ans de présence dans leur pays d’accueil, on sent une certaine forme d’étrangereté chez les grands-parents : ils parlent encore très mal le Japonais !

Et Claire ? Avec sa peau asiatique est pris dans sa Suisse natale aussi comme une « étrangère ». Ayant étudiée le Japonais (faute de pouvoir apprendre le Coréen dont elle ne maîtrise pas ou plus la langue) en Suisse, elle ne peut que difficilement communiqué avec ses grands-parents. Lors de son séjour estival (on devrait se trouver dans ce roman autour de 2013) chez eux, elle va s’engager auprès de Mieko, fille d’une prof de français qui, elle, rêve d’envoyer sa fille en… Suisse pour l’éduquer.

On l’aura compris que ce roman joue sur différentes niveaux avec le sujet du « chez soi », et du sentiment restant d’être étranger. L’auteur nous suggère très finement les décalages, les petites fissures, mal-entendus, des mal-à-l’aise suite à leur insertion ou non-insertion dans des milieux étrangers. Légères ruptures entre pays, cultures, générations, dans les relations de couples…

Tout cela est bien écrit, sans coups de marteaux fracassant, mais avec beaucoup de finesse. C’est raconté dans le présent, et on suit Claire dans son chemin.

Recommandation !


mots-clés : #exil #famille #lieu
par tom léo
le Mar 8 Jan - 7:47
 
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Sujet: Elisa Shua Dusapin
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Velibor Čolić

Manuel d'exil : Comment réussir son exil en trente-cinq leçons

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En pleine actualité sur ceux qu'on appelle migrants mais que j'appelle personnellement exilés, ce livre est une belle leçon. La leçon selon laquelle les exilés ont toujours été mal perçus, africain ou européen, finalement cela change peu. Leçon selon laquelle, finalement notre pays soi disant défenseur des Lumières et de la DDHC est un pays labyrinthique, kafkaïen et schizophrène entre les idées défendues, et l'hypocrisie des valeurs et de la mise en pratique d'un idéal auquel on rêve sans le considérer avec sérieux.
L'auteur n'est pas revanchard, il semble même plus préoccupé par sa propre quête existentielle que par la façon dont on le traite. L'humour est délicat, le propos est léger même si sourd, et le style d'une apparente simplicité est en réalité empreint d'une délicatesse touchante.
Colic réussit l'épreuve de nous montrer des choses indignes avec une dérision fascinante.


mots-clés : #discrimination #exil #temoignage
par Hanta
le Sam 10 Nov - 9:24
 
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Sujet: Velibor Čolić
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Nicolas Cavaillès

Vie de monsieur Leguat

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Originale : Français, 2013

Monsieur Leguat, voyageur et aventurier malgré lui.

France, dix-septième siècle. La révocation de l'Édit de Nantes pousse certains à l'exil, tel François Leguat (1638-1735), huguenot forcé de quitter ses terres à l'âge de cinquante ans. Le destin de cet homme croise dès lors des contrées opposées et éloignées : Hollande, Mascareignes, île Maurice, Indes néerlandaises, Angleterre... Tour à tour gentilhomme des plaines de Bresse, aventurier de l'océan Indien et patriarche des bas-fonds de Londres, Leguat passera de l'Éden originel à la cité de l'Apocalypse.
Nicolas Cavaillès s'empare littérairement de la vie de ce personnage hors-norme, y entremêlant quête spirituelle, découverte d'un monde inexploré et violence de l'être humain.
Goncourt de la nouvelle 2014


REMARQUES :
Il s’agit alors d’un vrai personnâge historique (voir aussi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Francois_Leguat ), justement de la petite ville bressane où est né aussi l’auteur. C’est un nom qu’on retrouve au moins dans ce pays-là, donc Cavaillès a dû en entendre parler très tôt. Si on recherchait purement le récit de son voyage maritime entre le Pays-Bas (lieu de réfuge après la fuite de France) et son retour presque une dizaine d’années après, on trouverait éventuellement le récit détaillé de l’année 1707 «Voyage et aventures de François Leguat et de ses compagnons en deux îles désertes des Indes orientales ».

Mais dans ses 18 chapitres et sur une soixantaine de pages l’auteur retrace pas seulement les arrêts et stations extérieurs de ce cheminement « aventureux », mais démontre justement à sa manière comment ces étapes étaient non-voulues. L’homme est « poussé » par des événements, des données historiques comme justement l’interdiction du culte réformé et la fuite massive de ces chrétiens-là vers un ailleurs. L’homme si bien établi en Bresse va se retrouver au Pays-Bas, et sera « poussé » à prendre un bateau (pour la première fois!) par la force des circonstances.

L’homme qui avait tout, regagnera une paix éphèmère sur une île isolée en Océan Indien, avant de ne perdre tout à vnouveau, et se retrouver même prisonnier. Etc…

Qu’est-ce qui décide vraiment dans les croisements de nos vies , quel concours de circonstances ? Et quand même… : la liberté là-dedans ?

Intéressant malgré l’impression de quelques interprétations hatives de l’auteur.


Mots-clés : #biographie #exil #historique
par tom léo
le Jeu 1 Nov - 16:30
 
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Sujet: Nicolas Cavaillès
Réponses: 6
Vues: 383

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