Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 18 Sep - 20:03

286 résultats trouvés pour famille

Guillaume Le Touze

La mort du taxidermiste

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 97823311

A la mort du père, Bernard, le taxidermiste, un secret de famille se dévoile. Qui était vraiment Bernard, cet homme qui organise une mort digne et résistante?
C’est un roman assez ambitieux en cela  qu'en 181 pages, il veut étreindre la transmission générationnelle côté maternel comme côté paternel, côté Algérie en guerre et côté Corse farouche... "Le thème de la filiation apparait dans tous les livres de Guillaume Le Touze", lit-on sur le quatrième de couverture. On peut dire qu'il n'y va pas avec le dos de la cuiller. Mais il le fait assez bien, les personnages (nombreux)  sont attachants, la mort du père réveille comme un vécu, et Le Touze a une belle plume pour décrire la nature sauvage. On passe un bon moment, mais cela ne me laissera pas une trace indélébile...


mots-clés : #famille
par topocl
le Sam 13 Mai - 10:05
 
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Sujet: Guillaume Le Touze
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Tanguy Viel

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 Paris_10

Paris-Brest

La grand-mère du narrateur fait la rencontre au Cercle Maritime (un bar-restaurant guindé, provincial et fréquenté par les militaires et la bourgeoisie brestoise) d’Albert, un homme qu’elle épouse car il lui propose entre autres d’hériter de sa fortune. Une condition : garder la femme de ménage, Mme Kermeur, quand il sera mort. Et cela ne va pas tarder. La grand-mère est rapidement la légataire universelle.

Cet argent est convoité. Les parents du jeune narrateur, installés dans le Sud, rappliquent à Brest. Mme Kermeur a un fils, à la réputation de voleur depuis l’école.
Le narrateur lui-même, qui s’était installé à Paris, revient à Brest.
Le fils Kermeur est omniprésent depuis que sa mère travaille dans l’appartement.
Et tout le monde présent reluque le magot caché par la grand-mère… Péripéties intrigantes commencent.

L’auteur traite son histoire comme un clin d’œil au roman noir, tout en mêlant jeu d’écriture dépouillée, distante, et le ton adulescent du narrateur. Bien sûr il ne s’agit pas d’un polar, et on en est encore plus éloigné encore que, par exemple dans l’un de ses livres, Insoupçonnable, que j’avais préféré de loin à celui-ci. Ici, on entre dans ce livre comme on entre dans Brest, on y rencontre la bourgeoisie provinciale, le bridge, le Cercle Maritime (ce genre de lieu existe encore à Brest), la pluie et le vent, la Marine, la rade, bref, un décor et une atmosphère qui n’auraient pas déplu à monsieur Chabrol.


mots-clés : #famille
par Barcarole
le Mer 10 Mai - 18:44
 
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Sujet: Tanguy Viel
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Fabrice Colin

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 Colink10

La poupée de Kafka

Excellent roman.

L'idée est de faire revivre sur trois générations la figure de Kafka et de confronter ces trois générations parfois violemment parfois amoureusement les unes aux autres.

Else Fechtenberg est une vieille dame aigrie, celle à qui Kafka quelques temps avant sa mort aurait offert une poupée et aurait écrit quelques lettres. La poupée comme les lettres ont disparues et restent une énigme pour les amateurs de Kafka. Abel Spieler fait partie de cette coterie qui rêve de retrouver les derniers écrits du grand écrivain praguois, il est professeur à la Sorbonne, coureur de jupons patenté et menteur éhonté. Sa fille Julie, subit son influence malgré ses intenses réticences (ce qui donne lieu tout au long du roman à une passionnante description des liens entre une fille et son père, ce que l'on ne trouve pas si souvent en littérature). Pour séduire son père, Julie va donc se lancer dans la recherche des lettres, de la poupée et de la petite fille à qui elles furent adressées et elle va rencontrer l'irascible Else, la menteuse, la frelatée, la revêche Else qui va tout faire pour repousser Julie tout en trouvant dans sa jeunesse et dans sa naïveté un regain de vie et de tendresse filiale.

A ce trio détonant, il faut ajouter les villes de Paris, Berlin et Prague qui marquent de leur empreinte la vie et les recherches des protagonistes ; sans oublier l'attirance ultime pour la montagne, Saint-Gervais et le Mont Blanc, lequel surplombe la fin (palpitante) d'un récit qui se lit avec gourmandise.

La langue de Colin attise le plaisir du lecteur par sa sécheresse, sa tension, son humour palpable, sa tentation (jamais assouvie) d'une forme douloureuse voire tragique et une manière assez unique de présenter les joutes verbales, acides, arides entre les trois personnages. De surprises en dénis, de découvertes en falsifications, Fabrice Colin emporte son lecteur dans un récit mouvant et émouvant, truffé de mensonges, d'anecdotes et de tentatives de réconciliation. Le télescopage des trois générations offrent de brillants échanges dont l'ingéniosité et la violence ne parviennent pas à cacher totalement l'amour qui s'en échappe.

J'ai pris énormément de plaisir à lire ce roman joueur et enjoué, qui sans complexe lance des ponts entre les temps et les êtres et parvient bien souvent à toucher le lecteur en son cœur. Le seul bémol étant une fin que j'ai trouvé un peu trop ouverte à mon goût (sans doute parce que j'aurais aimé que ce roman dure encore plus longtemps).


mots-clés : #famille
par shanidar
le Mer 10 Mai - 12:56
 
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Sujet: Fabrice Colin
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Véronique Ovaldé

Ce que je sais de Vera Candida

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 Cvt_ce10

Dans ce portrait d'une famille de femmes, Véronique Ovaldé montre que si on peut  essayer de casser la fatalité de la transmission  transgénérationnelle, le lien reste inscrit et permanent. Elle propose un récit très ancré dans la réalité des Caraïbes, avec des personnages hauts en couleurs, des ambiances et des paysages, et jusqu'aux traces  (discrètes et finalement assez incongrues dans le récit) que la shoah y a envoyées. Mais elle emprunte aussi au  conte : vague sorcière, sortilège amoureux, trésor,  fantômes. Ce sont surtout ces ingrédients qui donnent sa saveur à ce  récit plein de bonnes intentions (autour de la lutte des femmes pour leur indépendance et leur dignité), mais qui aurait été   sinon assez ordinaire. Quoiqu'on ait en main un livre assez original, je l'ai lu sans grande passion.



mots-clés : #famille #conditionfeminine
par topocl
le Mar 9 Mai - 18:29
 
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Sujet: Véronique Ovaldé
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William Faulkner

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 51yx8h10

Le bruit et la fureur

Par rapport à la discussion amorcée sur le côté compliqué de Faulkner, j'ai fini par relire Le bruit et la fureur. Il a fallu que le prof nous explique le projet narratif complexe de Faulkner pour que j'arrive à le saisir. J'en avais échappé beaucoup au cours de ma première lecture. Je dirais que dans l'économie du récit, il est important de comprendre qu'il y a un terrain de golf sur la terre vendue par les Compson. Benjy, le simple d'esprit, est l'un des narrateurs au début du roman. Il offre une perception distordue, faisant appel à d'autres sens. Il comprend à peine les choses, mais les comprend à partir de la perception qui nous est offerte à travers le récit.

Je vous ai parlé du terrain de golf, de Benjy, il faut également mentionner Quentin, le suicidé. La famille Compson s'est saignée en vendant la terre pour payer les études de Quentin à Harvard. Ils sont quatre enfants. Il y a Benjy, Quentin, Caddy et Jason. Le patriarche de la famille a nommé un de ses fils du même nom et Caddy a baptisé son fils du nom de Quentin. La relation entre Caddy et Quentin fut compliquée. Ces gens vivent avec des domestiques noirs et Dilsey occupe le rôle de mère que Caroline, leur vraie mère, n'est pas capable d'assumer.

Le récit se déroule en quatre chapitres, trois s'échelonnant sur trois jours consécutifs et un autre revenant sur un épisode passé en 1910 quand Quentin prend la parole. Nous sommes au cœur des romans du courant de la conscience des années 1920-1930. Nous voyons vraiment la décrépitude morale dans laquelle les gens du Sud des États-Unis composent avec les relents de racisme que ça suppose - à l'encontre des Noirs et des Juifs de New York. William Faulkner est très lucide de par la manière qu'il apporte les éléments de cette déchéance sociale.

Dans Le bruit et la fureur, nous nageons en plein délire par bouts... nous voyons à quel point c'est torturé, compliqué et que les gens ont de la peine à en sortir. Nous sentons ce côté «prisonnier du passé». Les dialogues sont transcrits en suivant une forme très orale et même relâchée dans sa construction et ponctuation défaillante... c'est particulier comme projet de roman.

Voici un extrait que j'avais remarqué et que d'autres ont cité sur Babelio :

C'était la montre de grand-père et, en me la donnant, mon père m'avait dit : Quentin, je te donne le mausolée de tout espoir et de tout désir. Il est plus que probable que tu l'emploieras pour obtenir le reducto absurdum de toute expérience humaine, et tes besoins ne s'en trouveront pas plus satisfaits que ne le furent les siens ou ceux de son père. Je te le donne, non pour que tu te rappelles le temps, mais pour que tu puisses l'oublier parfois pour un instant, pour éviter que tu ne t'essouffles en essayant de le conquérir. Parce que, dit-il, les batailles ne se gagnent jamais. On ne les livre même pas. Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots.



mots-clés : #social #famille
par Jack-Hubert Bukowski
le Sam 15 Avr - 9:28
 
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Véronique Ovaldé

Déloger l'animal

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 416xtc10

C'est l'histoire d'une famille et d'une petite fille, Rose, à qui on ne raconte pas tout, qu'on "protège" en lui cachant la vérité, et qui sur ces bribes éparses invente des histoires qui devraient être vraies, ou en tout cas pourraient, qui la bercent et lui construisent comme un monde merveilleux, avec juste ce qu'il faut de cruauté et de beauté. On ne sait d’ailleurs pas  ce qui est le plus étrange, de la réalité ou des rêves.

Tout ceci donne un roman assez poétique,  voué aux mystères, dont le premier est le titre. J'y ai ressenti cependant comme une impression intermittente de malaise, sans doute voulue :   dans ce pays qui n'existe pas, tous les personnages sont des freaks à leur façon (la petite fille a 15 ans mais en parait 7, fait de bizarres crises qui lui valent de fréquenter un institut plutôt qu'une école) et Véronique Ovaldé choisit de ne pas nous donner toutes les clés de leur différence.

L'épilogue, qui nous fait revenir sur terre et renie le mystère qui a baigné l'ensemble du roman, laisse un peu sur sa faim. Ce retour à une réalité ordinaire était-il bien utile? N'est-il pas un manque d'audace? On peut se le demander.

Il n'en demeure pas moins qu'il y a là une certaine magie du récit et des moments poignants sur le passage de l'enfance à l'adolescence, ce regret du refuge, cette fascination du nouveau, la découverte émerveillée de l'amour le plus pur.
mots-clés : #initiatique #famille
par topocl
le Ven 14 Avr - 16:30
 
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Ivan Alekseïevitch Bounine

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 41mavx10

Soukhodol


CONTENU:
Présentation de l'éditeur a écrit:Chronique nostalgique de l'âme russe, ténébreuse et lumineuse à la fois, Soukhodol est la saga des Khrouchtchev, petite noblesse de province derrière laquelle se dissimule la famille de l'auteur. Le regard de Bounine se pose avec un calme impitoyable sur un monde en déclin. Dans une langue précise et mélodieuse, hommes et nature composent un poème qui dégage une sobre magie empreinte de spiritualité, où se croisent Natalia, servante et " mémoire " de cette famille, Piotr Petrovich, son amour secret, ou Tante Tonia, qu'un amour déçu a enfermé dans la folie. Car " à Soukhodol, l'amour était singulier, la haine aussi ". Et leur temps nous semble, à nous comme à Bounine, " soit infiniment lointain, soit tout proche ". La Cerisaie de Tchekhov, dont Ivan Bounine fut disciple et admirateur, résonne dans ce récit avec des accents et des prolongements tragiques.


REMARQUES :
Par d’autres classiques russes j’avais déjà reçu une idée des changements immenses dans la Russie, déjà bien avant  la Révolution, aussi alors au milieu du XIXème qu’aussi bien au tournant du siècle. C’est une époque de changements, de la lente disparition d’anciennes structures. Bounine raconte ici bien l’histoire d’un déclin : les petits-enfants entendent juste encore de la gloire d’un passé sur l’ancienne domaine de la famille. Y-a-t-il dans ce regard peut-être une certaine nostalgie, Bounine reste très clair sur tout ce qui n’allait pas dans ses « bons vieux temps » : dans le rapport entre serviteur et maîtres, l’apparence et l’être, les parents et leurs enfants. A l’époque de l’écriture une telle vue critique sur la vie dans les campagnes étaient assez innovatrice et aller à contre-courant de l’étiquette dominante.

Je suis très heureux de trouver dans cette description alors au même moment un amour profond pour ses racines et ses origines ET un regard limpide sur la misère existante. Dans un certains sens les deux peuvent coexister…

Justement en cela et en d’autres aspects, comme par exemple cet attachement si fort à la mère-terre, cette insertion dans un flux d’une histoire plus grande, un élément tragique et nostalgique, un certain fatalisme, l’auteur nous donne quelques idées sur cette fameuse « âme russe ». Certains passages et réflexions, surtout au début et à la conclusion du livre était d’une beauté saisissante et encadraient bien les épisodes plus imagées et moins classifiables de l’histoire familiale.


mots-clés : #famille #xixesiecle
par tom léo
le Ven 7 Avr - 22:22
 
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Sujet: Ivan Alekseïevitch Bounine
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Laurent Demoulin

Robinson

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 Images65

Laurent Demoulin a deux vies. Dans le civil il est un universitaire brillant, spécialiste des mots et de Francis Ponge, amateur de Roland Barthes, vivant toujours un livre à la main, et poète. Dans l'intime il est le père non-autiste de Robinson, enfant oui-autiste, "enfant auquel l'enfance est volée et enfant volant dans l'éternelle enfance". Robinson, à qui son père voue un « amour pur», ne parle pas, ne contrôle ses excréments que comme aire de jeux ou  comme  langage personnel. Robinson vit des joies furieuses et des besoins incontrôlables, des colères assassines et des angoisses insondables, tous impossibles à décrypter.

Dehors, le soleil est toujours anormalement chaud : le printemps fait semblant d'être l'été, à la façon dont Robinson et moi faisons semblant d'être un père et un fils.


Laurent Demoulin écrit ce  "roman", « bouée de sauvetage grâce à laquelle j'évite la noyade" . On se doute bien que l'un des rares éléments fictionnels est ce prénom, Robinson, pour son enfant-bulle, son enfant-île, son enfant-sauvage, dont l'auteur essaie au mieux de s'approprier l'insaisissable logique illogique. Laurent Demoulin parle d'amour et de merde, de patience et de bulles de savon, de surplace et de jour-le-jour, de corps qui se love et de main tendue. Il décortique cet amour  d'un père pour son fils, où  chaque instant est un défi, un exploit impossible, avec une humilité fière, qui m'a touchée (plus, même) à chaque chapitre, à chaque page, à chaque mot..

Le monde compte 1  339,7 millions de Chinois, 313,8 millions d'États-Unis , des femmes, des hommes et des enfants, des clercs de notaires, des marchands de quatre saisons et des caissières de supermarchés, et de toutes et de tous, je n'attends qu'une parole, qui ils et elles un jour me disent : debout face à l'angoisse, les mains dans la merde, les yleux incapables de quitter un enfant plus de quelques secondes, le dos brisé par le présent, le ventre tiraillé par l'avenir, noyé dans un amour  paternel filial innommable, affrontant chaque instant mille dangers, tu es, des temps postmodernes, le héros.


Laurent Demoulin a un regard confondant d'empathie et de tendresse, et raconte cela avec une vraie écriture de poète, qui rêve ce monde étrange , "le drame de [sa] vie" , en image magiques. A travers cet enfant-autre, aidé des réminiscences résilientes de sa propre enfance heureuse, Laurent Demoulin  apprend à se  regarder et regarder le monde autrement, et cet autrement interagit avec son univers propre hautement poétique et réfléchi ,  pour construire un autre Laurent Demoulin, être lumineux, courageux, avançant à  tâtons malgré son désespoir éternel.

Ai-je toujours eu un enfant dans les bras ? Calé sur mon flanc droit, à cheval sur mon bassin, les mains sur mes épaules, les fesses soutenu espar mon bras le plus solide ? La vie au coin de ma vie ?


Il approche humblement  d'une appréhension ( à défaut d'une compréhension) du monde étrange de son enfant, pour mieux l'approcher, et mieux l'aimer.

Car contrairement au  sens courant du terme, qui veut que l'autisme désigne une forme de coupure avec le monde, de total repli sur soi, je tiens pour vrai qu'il s'agit d'une forme de contamination du sujet par le monde extérieur, contamination désordonnée, éclatée, absurde, non signifiante,  prolifération folle d'altérité insaisissable. Qu'est-ce qui nous tient à distance de l'autre sinon le langage ? Sans langage, l'autre est partout, en nous, autour de nous, à travers nous.





On parlait sur un autre fil de bonheur. Robinson (je pense aussi à d'autres livres comme  Dernières nouvelles du martin pêcheur de Bernard Chambaz, ou Dans ma peau de Guillaume de Fontclare ) est, mieux que n'importe quel discours théorique, profond ou fumeux, une extraordinaire quoique paradoxale leçon de bonheur. Non pas tant par cette réaction initiale, à la fois imbécile et égoïste, qui vous fait bien vite déceler le bonheur de vos jours d'avoir échappé à cela, un enfant autiste (ou un enfant mort, ou une maladie grave). Mais un questionnement soudain vous saisit pour vous demander si, au contraire, vous ne vous êtes pas privé, par vos petits bonheurs-plaisirs mesquins,  d'une intensité de l'instant, d'une hauteur dans la dignité et l'amour, au final : une dignité et une humanité qui donnent sens - encore  faut-il en être capable.

Lors d'un débat suivant un film sur  une enfant autiste, j'avais été choquée (quoique comprenant le propos volontairement dérangeant et provocateur) par une femme qui disait : parfois je vous envie cela. Mais ce genre de livre me la fait mieux  comprendre: fuir une rationalité facile, accéder à une bonté, un vivre-juste en quelque sorte, qui peut être tout aussi important que le vivre-heureux.

Personne n'est normal, me disait mon frère César quand nous étions adolescents. Je croyais qu'il avait tort, je cherchais des exemples pour le contredire : il avait raison.



mots-clés : #famille #pathologie
par topocl
le Sam 1 Avr - 16:48
 
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Sujet: Laurent Demoulin
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Yann Queffelec

Les noces Barbares

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 Tylych87

Le chant d'amour de Ludo, enfant d'un viol, haï par sa mère, enfermé dans un grenier puis dans un centre psychiatrique...


Une récidive pour ma part, après avoir tenté cette lecture il y a des années lointaines…J’avais trouvé le style  Queffelec un peu lourd, plombant, doublé  d’envolées disertes qui ne m’avaient pas convaincue et j’avoue que je ressens toujours un peu ça.
Un phrasé pesant et emphatique, une fiction peut-être « trop cliché » qui avorte l’émoi de ce récit qui pourtant  aurait pu naître si une écriture plus épurée  avait  laissé  place aux silences des émotions. Une unique image m’est apparue authentique, celle du personnage principal en tête à tête avec lui-même abrité dans une épave à l’instar des fragments de sa vie échouée.  En globalité  Je n’ai  pas été attendrie , ni révoltée ni transportée dans cet univers sans surprise.
Une histoire se voulant  cruelle,  dramatique dont on veut connaitre le dénouement, certes, mais pas mirifique.
Prix Goncourt 1985, pourquoi pas, il faut aimer l’écriture de Queffelec, dans ce cas  je ne doute pas que ce genre de sujet se voulant bouleversant puisse toucher une grande majorité de lecteurs.
Je ne pense pas réitérer Queffelec, pourtant, le sujet de son essai «  Adieu Bugaled Breizh »  m’aurait intéressée.
Si quelqu’un l’a lu et peut nous faire partager son avis…



mots-clés : #famille #pathologie #violence
par Ouliposuccion
le Sam 25 Mar - 17:04
 
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Sujet: Yann Queffelec
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Maja Haderlap

L'Ange de l'oubli

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 Ange-d10

   Les noms des camps sont accrochés à ceux qui ont été assassinés et aux survivants comme de petites étiquettes et ils s'estompent avec ceux qui sont décédés entre-temps. Ils disparaissent avec les fermes et domaines, l'herbe et les buissons les envahissent, les recouvrent, à peine s'il en reste une trace, un tas de débris, à peine un appentis vermoulu, un sentier broussailleux.



Maja Haderlap a grandi en Carinthie, la province  autrichienne la plus au sud, au sein de la minorité slovène. Pendant la guerre, les persécutions, les enrôlements dans la Wehrmacht font que toute cette population est plus ou moins directement liée avec les partisans. Ses grands-parents, ses parents alors adolescents, subissent et partagent la violence, la torture ou les camps.

Sur ces familles, au sein de paysages à la sauvagerie protectrice, pèse "le secret de la menace". La mort et le désespoir n'ont pas fini de réclamer leur dû : Maja Haderlap décrit son enfance, façonnée par le personnage tutélaire de sa grand-mère,  bercée par les récits des différentes générations "assailli[e]s et empoisonné[e]s par leurs propres souvenirs", tragiquement malmenée par un père à jamais dévasté.

Puis son départ vers les études, au moment où justement son corps se fait entendre, l'amène à la découverte d'une autre culture, allemande, celle-là, et ainsi de la notion d'appartenance.

   
Durant des mois, je me sens comme un animal figé pendant la mue, auquel la peau qu'il faut ôter est restée coincée au-dessus de la tête, impossible à enlever. Si quelqu'un s'approchait de moi, je pourrais le cogner, sauf que je ne me doute de rien.


Les mots lui feront  saisir les dimensions sociologiques, politiques et historiques de l'histoire de sa famille, et par ce premier roman qu'elle nous offre,  à chasser l'Ange de l'oubli, dans la tradition des écrits peu à peu exhumés des femmes de sa famille.

 
La décision de m'inscrire en études théâtrales vient de mon idée, résultat de nombreuses soirées au théâtre comme spectatrice, que la scène pourrait devenir pour moi un espace où affronter sans danger tous les désespoirs et les complications. Sur scène, les catastrophes sont limitées, on a beau tuer les protagonistes, ils survivent toujours. Ils manifestent leurs déceptions, leurs travers, leurs rêves, leur amour et leur haine, ils peuvent se laisser aller à leurs sentiments et à leurs craintes les plus cruelles. Une représentation a forcément un début et ne finit pas toujours bien. Mais dans tous les cas elle se finit. Le théâtre ne peut nous attaquer par derrière comme la vie, même quand il se débat dans tous les sens. Tout est jeu, tout est en suspens.


J'ai adoré ce livre qui m'a appris un nouveau pan d'histoire. Je suis entrée avec émotion dans l'intimité de cette famille avec toutes ses complexités et ses souffrances,  puis m'en suis éloignée pour y trouver un point de vue plus général, transgénérationnel et politique, dans une langue à la fois mélancolique et poétique. C'est aussi la révélation d'un paysage, d'un mode de vie paysan qui ne demandait qu'à s'impliquer gaiement et humblement dans le labeur traditionnel(j'ai  pensé à MH Lafon dans la description du quotidien paysan), et à qui la tyrannie a imposé le choix du courage et des actes. C'est aussi un roman d'émancipation, laquelle passe par la découverte du monde, de l'autre et de l'usage des mots.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #famille
par topocl
le Sam 25 Mar - 13:59
 
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Sujet: Maja Haderlap
Réponses: 5
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Erik Orsenna

"En 1995, Érik Orsenna part sur les traces de ses ancêtres cubains. Bernard Matussière, photographe, l’accompagne. Ensemble, ils découvrent les vestiges d’un eldorado aussi désuet que délicieux. À Cuba, ils rencontrent Alvaro, ancien guide de la Révolution, Félix Savón, boxeur à la renommée mondiale, ou encore Teresa, monitrice de plongée désillusionnée... Vive le peuple cubain ! Quelle malédiction a frappé cette île dont Fidel Castro voulait faire un paradis et qui a fasciné Sartre, Beauvoir et même Hemingway ?

Érik Orsenna est écrivain. Ses voyages tiennent une place essentielle dans sa vie et dans son œuvre. Il est notamment l’auteur de L’Exposition coloniale (prix Goncourt), Madame Bâ et Mali, ô Mali. Il a été élu à l’Académie française en 1998.

Bernard Matussière est photographe. Il est aujourd’hui reporter et sillonne le monde pour La Chaîne de l’espoir, une ONG de chirurgiens.

« Brillant, coloré, drôle, mais à l’écoute d’un peuple trahi, ce reportage illustré est un modèle du genre. »

L’Express"
source
Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 419weg10

A propos de «Mésaventures du Paradis, mélodie cubaine» :

D’Orsenna je n’avais rien lu, jusqu’à ce jour, je connaissais le personnage comme homme de télé et comme tout un chacun pour son emploi auprès de Mitterand. Son livre m’a interpellé, l’occasion de savoir ce qu’un descendant de cubains avait pu ressentir au cours de son voyage sur les traces de ses ancêtres. D’ancêtre, il s’agit de Gabriel, le père d’Augustino né en 1875, marié à une Havanaise. Gabriel était papetier (tiens, tiens ..?)et surtout, surtout, excusez moi de causer crûement, un frénétique «queutard» comme en parle un descendant de témoin qualifié de «la momie» :

«Les jambes lyonnaises, à peine débarquées, se sont mises à obéir au doigt de votre aïeul. A son doigt d’en bas. L’île a l’habitude. Depuis le XV° siècle, elle en a reçu, des frénétiques ! Mais, comme lui, rarement. Il n’arrêtait pas. Des femmes, encore des femmes ! La nuit, comme tout le monde, mais le matin, l’après-midi, au beau milieu d’une phrase, il s’enfuyait entre deux pages d’un contrat…»

Qui peut lui jeter la pierre lorsque l’on connaît la beauté des cubaines..? C’est ainsi que Erik Orsenna s’est retrouvé sur la piste de «très nombreux» cousins cubains, alors qu’il s’attendait à une lignée il se retrouvait avec des «cousins» pour lesquels il se pose la question :

«Peut on appeler «cousins des êtres humains nés d’une seule copulation..?»

Ainsi il rencontre Alvaro, Guide de la Révolution, l’occasion  de retrouver la grande histoire, celle de la Révolution Cubaine et surtout de la venue à La Havane de Sartre et Simone de Beauvoir, Alvaro fut leur chauffeur et le témoin  de leur rencontre avec le Che, mais là je n’en dirai pas plus…

Juste un voyage dans le temps des illusions...ponctué par des pannes d’électricité...(l’occasion de lire : «Ouragan sur le sucre» de Sartre..?)
Et ces questions de la foule au passage de Fidel :"Fidel, notre truie est stérile ; Fidel, comment faire quand un toit fuit..?  Fidel, est-ce socialiste, une femme infidèle..?»
Et Erik continue avec une cousine plongeuse, l’occasion de se poser des questions sur les lieux de pêche d’Hemingway et où se trouve la vraie marina..? personnellement j’y ai déjà répondu sur le fil «La Havane».
Puis c’est au tour du Pilote du Port dont le bateau est à quai, éternellement envasé dans le bloquéo, l’occasion de parler de la Santeria.
Puis la cousine, patronne d’un Paladar illégal, où Erik Orsenna redevient «touriste» (ce que tout étranger sera toujours aux yeux des cubains, un peu comme les corses des caraïbes).

Ce livre, enfin, est une plongée au coeur du Cuba que les années qui viennent feront oublier, est-ce un bien, est ce un mal, personnellement c’est le Cuba qui me manque, bien que ce soit aussi le Cuba de la souffrance pour ses habitants, le Cuba qui vous donne mauvaise conscience et qui m’a fait partir, car il y a un moment où voir souffrir les autres sa ns ne pouvoir rien faire devient intolérable, enfin, lorsque l’on réfléchit un minimum.D’où cette question sur le titre : «Mésaventures du Paradis» ou «Mésaventures de l’Enfer»..?
Je reprendrai bien de cet Orsenna aficionado de Alejo Carpenter et du Partage des Eaux comme il le dit lui-même.

(commentaires rapatriés)


mots-clés : #famille #insularite
par Chamaco
le Lun 20 Mar - 17:52
 
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Sujet: Erik Orsenna
Réponses: 4
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Christian Bobin

J’ai lu plusieurs livres de Bobin qui vient d’ailleurs de ma région (française), c’est à dire, du Creusot. Il me semble qu’on ne peut pas aligner plusieurs lectures de ses livres, mais que c’est plutôt à déguster en petites doses. C’est compréhensible si certains s’en lassent, à force de retrouver les mêmes procédés.

Une certaine foi s'exprime: c’est plutôt courageux et j’ai l’impression qu’il ne joue pas, mais qu’il est sincère. Cela n’empêche pas que je ne pourrais, voulais pas lire tout le temps du Bobin… Récemment quand même j'ai compris mieux qu'il a vécu un grand deuil, donc qu'il a passé par une grande souffrance. Si jamais il y a une certaine douceur qui dérange, on pourrait se dire que quand même il a passé par des épreuves. Alors il sait de quoi il parle.

Par une connaissance un petit livre, très personnelle:

La Présence pure


C’est un récit de 1999 à forte connotation autobiographique. Bobin parle de son père qui, au delà de ses 80 années de vie, souffre d’Alzheimer. Il va vivre brièvement dans un hôpital psychiatrique avant d’emménager dans une maison de repos et de soins adaptés. Avec grande fidélité l’auteur rend visite à son père et nous communique ses impressions, ses pensées, qui se laissent lire dans leur circoncision et densité comme des petites méditations. Il s’agit aucunement d’observation d’ordre médicale ou d’une recherche de pitié, mais l’auteur nous livre des idées assez étonnantes et pour beaucoup d’entre nous tout à fait nouvelles. Selon lui, cette maladie assez mystérieuse d’Alzheimer n’enlève pas seulement à celui ou celle qui en est concerné – et pour l’exprimer négativement – son passé et son avenir, mais elle le met dans une présence pure, dans un « être là dans l’instant », proche d’une gratuité.
Dans cette approche de son père il revient souvent en parallèle à l’image, au symbole d’un arbre dans sa tranquillité, son immuabilité. Pour celui qui s’ouvre à un tel regard, Bobin découvre des perspectives nouvelles. Cette vue de la maladie se refuse d’enfermer l’autre dans une pure approche négative et apitoyant, mais parle presque d’une autre manière d’être au monde. Cela nous pose à nous tous des bonnes questions…
Juste une fois Bobin quitte sa tonalité apaisante, car blessé par des expériences faites dans un hôpital psychiatrique, il exprime une certaine dureté vis-à-vis un personnel souvent surchargé.

J’étais très impressionné par cette œuvre de Bobin…


mots-clés : #famille #pathologie
par tom léo
le Sam 18 Mar - 17:48
 
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Ernst Lothar

Mélodie de Vienne

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Cette grosse saga familiale décrit sur quatre générations une famille de Viennois facteurs de piano, et à travers eux les  splendeurs et le déclin de l'Autriche.

Bien que l’auteur explique vouloir révéler l'Autriche au lecteur dans toutes ses ambiguïtés, on n'échappe pas à certains stéréotypes, à des psychologie assez pesantes et dans la dernière partie à un nationalisme assez gênant. Les péripéties s'entrecroisent intimement avec l'Histoire , un peu trop d'ailleurs dans un lien fiction-réalité qui n’est pas toujours clair.
Si on retrouve avec plaisir la Vienne impériale, son  mélange de  conservatisme et de plaisirs, aucun personnage n’est réellement sympathique. Et on n'en ressort pas, contrairement à ce qui est annoncé sur le quatrième de couverture, avec l'exaltation qu'apporterait un petit frère des Buddenbrook ou de la Famille Karnovski, mais plutôt avec le regret que ce n'en soit qu'une pâle imitation.


mots-clés : #famille #historique
par topocl
le Sam 18 Mar - 9:07
 
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Valter Hugo Mãe

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 Le-fil10

Le fils de mille hommes

Crisostomo, pêcheur, s'attriste de l'absence d'un enfant dans sa vie jusqu'au moment où il croise la route d'un jeune orphelin. La rencontre inattendue d'une femme comble également une solitude, et cette famille improvisée semble dès lors s'agrandir jour après jour.

Le fils de mille hommes adopte la tonalité d'un conte, dans un espace isolé presque hors du temps. Mais le roman de Valter Hugo Mãe est loin de n'être qu'une parenthèse idyllique ou naïve. Chaque personnage a été marqué par les épreuves de la vie, et une forme de réconciliation avec soi-même se nourrit des regrets, des souffrances du passé. La construction d'un idéal collectif est alors le reflet d'une persévérance et d'une ténacité.


mots-clés : #famille
par Avadoro
le Mar 14 Mar - 22:06
 
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Anne Ancelin-Schützenberger

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 719yxu10


Anne Ancelin Schützenberger livre dans cet ouvrage, à travers son analyse clinique et sa pratique professionnelle de près d'une vingtaine d'années, une " thérapie transgénérationnelle psychogénéalogique contextuelle ". En langage courant, ceci signifie que nous sommes un maillon dans la chaîne des générations et que nous avons parfois, curieusement, à " payer les dettes " du passé de nos aïeux. C'est une sorte de loyauté invisible " qui nous pousse à répéter, que nous le voulions ou non, que nous le sachions ou pas, des situations agréables ou des événements douloureux. Nous sommes moins libres que nous le croyons, mais nous avons la possibilité de reconquérir notre liberté et de sortir du destin répétitif de notre histoire, en comprenant les liens complexes qui se sont tissés dans notre famille. Ce livre passionnant et truffé d'exemples s'inscrit parmi les toutes récentes recherches en psychothérapie intégrative. Il met particulièrement en évidence les liens transgénérationnels, le syndrome d'anniversaire, le non-dit-secret et sa transformation en un " impensé dévastateur ".


Dans ce livre, l’auteure déplie les bases de la psychogénéalogie et ses notions clés telles que le syndrome anniversaire, les loyautés invisibles, l’impact des secrets et non-dits, les liens au sein d’une famille (dans leur équilibre et déséquilibre), comment notre place dans la famille est comme surdéterminée, etc…  L’hypothèse étant que les places et fonctions que chacun occupe dans une famille ne sont pas anodines mais dépendent de multiples facteurs dont certains sont à chercher dans la généalogie, la lignée, la culture familiale, ses règles, ses mythes…

Dans le livre sont aussi abordés les traumatismes collectifs et comment ils impactent souvent plus fortement les générations suivantes, qui ne l’ont pas vécu dans le réel, que les personnes qui l’ont vécu.

L’idée est que nous sommes chacun un maillon de la chaîne, et que nous sommes imprégnés, déterminés à reproduire certains comportements, accidents, maladie, à mettre en œuvre des sabodages pour éviter de quitter les habitus familaux ( névrose de classe qui amène à rester au niveau d’étude du père par exemple), etc..

Bon, il est évident que cela n’est pas défendu comme une règle générale car ce que développer chacun est aussi dépendant de sa subjectivité, mais l’auteure met en évidence des répétitions signifiantes de différentes choses, et comment il est possible de faire changer certains schémas en les mettant en évidence.

L’ouvrage aborde également les bases de la constitution d’un génosociogramme.

Bon, je n’ai pas l’illusion ici de faire un résumé succinct de tout ce qui est abordé dans le livre que j’ai trouvé riche par la diversité de ce qui est développé assez simple d’accès pour tous malgré des références (parfois) à des auteurs psychanalytiques qui peuvent parfois rebuter ceux qui ne s’y entendent pas. Je suis séduite par la simplicité de lecture ( je l’ai lu en 48h) mais frustrée car s’il y a beaucoup de choses, certaines ( et notamment les situations cliniques) sont multiples mais succinctes et pas forcément vraiment analysées, juste décrites. Je ferai à ce livre un reproche que j’aurai fait aussi à « ces enfants malades de leurs parents » de la même auteure, le fait de cumuler les exemples cliniques devient à force assez lourd par sa répétitivité et  le peu de commentaires et d’analyse plus poussée relativement à une ou plusieurs notions. D’une certaine manière le livre me ferait l’effet d’une mise en bouche.

La psychogénéalogie est un thème que je trouve intéressant, ce livre ne répond néanmoins pas à des questions qui restent pour moi à creuser : qu’est ce qui fait support à cette transmission ? Comment peut-on la penser ?  Mais , sauf erreur, trouver les raisons de ces transmission reste encore au moins en partie en cours de recherche ….


mots-clés : #essai #famille
par chrysta
le Mar 7 Mar - 6:21
 
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Sujet: Anne Ancelin-Schützenberger
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Alice Zeniter

Sombre dimanche

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 Images34

Est-ce que la vie pouvait être que ça ? cette succession d'espoirs et de dépressions, l'un faisant toujours oublier l'autre, malgré les années et le peu de sagesse qu'on pouvait en tirer ? Est-ce que c'était possible qu'il n'y ait pas plus ?


C'est, paraît-il, totalement hongrois.
Alors la Hongrie est un bateau qui prend désespérément l'eau depuis un siècle, et si on ne le quitte pas, on ne peut que se noyer avec lui. Les personnages sont englués dans un immobilisme atone et mélancolique, pris dans le carcan des non-dits familiaux, étouffés par le climat politique, par l'enchaînement d'une histoire malsaine qui leur a confisqué leur identité.

Elle était née à la fin du conflit, tout comme Pàl, et elle avait compris très tôt que ne pas avoir vécu la guerre constituait une frontière inamovible entre sa génération et celle de ses parents, celle du grand-père. Ils n’habiteraient jamais le même monde, ils n'auraient jamais les mêmes yeux.


C'est joliment raconté et plutôt bien construit : on suit le parcours d’Imre , garçon en retrait, jeune homme désenchanté, homme désespéré, et quelques allers-retours temporels racontent les épisodes douloureux et enfouis qui ont marqué les membres de sa famille. Il y a une poésie désenchantée, qui mène les personnages tels des marionnettes désincarnées, de désillusions en désillusions, de désespérance en tristesse.

Leur relation était pleine de la gêne et de la maladresse des corps qui ne sont pas habitués à marcher côte à côte.


Prise dans une mélancolie languide, Alice Zeliter ne cède ni au misérabilisme ni au pathétique, elle sait instaurer une distance. C'est sans doute pourquoi je ne peux pas dire que ce roman m’ait réellement enthousiasmée.

(commentaire récupéré)



mots-clés : #famille #regimeautoritaire
par topocl
le Sam 4 Mar - 9:01
 
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Sujet: Alice Zeniter
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Jean-Louis Fournier

On va où papa ?

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 Tylych12

"Cher Mathieu, cher Thomas,
Quand vous étiez petits, j'ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
Je ne l'ai jamais fait. Ce n'était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu'à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures... "

Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi? J'avais honte? Peur qu'on me plaigne?
Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible: "Qu'est-ce qu'ils font?"
Aujourd'hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre.
Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d'invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un ange.
Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d'une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d'eux avec le sourire. Ils m'ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement.
Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu'ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait: rien.
Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.

Jean-Louis Fournier


A la lecture de cette quatrième de couverture , certains pourraient se dire «  Misère , encore un bouquin exutoire qui va faire pleurer dans les chaumières , ou bien un père qui se fait du fric sur le dos de ses gamins handicapés »
Ne rougissez pas si c'est votre cas , j'en faisais partie.
Pourtant ce livre s'est retrouvé entre mes mains , parce que mon entourage en parlait , parce qu'ils étaient troublés sans être plombés.
Ce que je présumais c'est vite avéré faux , les clichés sont inexistants , l'ironie et le cynisme sont les maîtres mots sans occulter l'amour d'un père qui préfère en rire plutôt qu'en pleurer afin de rendre un hommage des plus vivants à ses enfants , de contrer le regard d'une société qui ne sait pas observer au delà d'un handicap , apeurée par ces différences qu'elle tente d'ignorer par peur d'y être touchée de trop près.
Régulièrement , ces enfants , ces adultes sont les oubliés , n'existant qu'en tant que "pathologie" (barbarie gerbante de la bien-pensance), et c'est avec une force admirable que Jean Louis Fournier , au travers de ses fils , leur redonne une identité , une âme.
De la force d'un père en ressort une fragilité touchante avec cette particularité qui la rend admirable.
L'auteur se flagelle , évoque ses manquements , ses incompréhensions et sa colère ,et c'est sûrement ce qui le rend encore plus humain , évite l'arrière-goût de pathos dégoulinant qu'on pourrait imaginer se prendre en pleine face trop habitués à passer de l'autre côté de la frontière dans ce répertoire.
Rentrez dans ce monde , celui d'une provocation parfois grinçante qui cache de profonds remords , un cri d'amour saisissant.
Si je devais résumer ce livre en un mot , un seul me viendrait à l'esprit :
Dignité.

" Mes petits oiseaux, je suis bien triste de penser que vous ne connaîtrez pas ce qui, pour moi, a fait les plus grands moments de ma vie.

Ces moments extraordinaires où le monde se réduit à une seule personne, qu'on existe que pour elle et par elle, qu'on tremble quand on entend ses pas, qu'on entend sa voix et qu'on défaille quand on la voit. Qu'on a peur de la casser à force de la serrer, qu'on s'embrase quand on l'embrasse et que le monde autour de nous devient flou.

Vous ne connaîtrez jamais ce délicieux frisson qui vous parcourt des pieds à la tête, fait en vous un grand chambardement, pire qu'un déménagement, une électrocution, ou une exécution. Vous chamboule, vous tourneboule et vous entraîne dans un tourbillon qui fait perdre la boule et donne la chair de poule. Vous remue tout l'intérieur, vous donne chaud à la gueule, vous fait rougir, vous fait rugir, vous hérisse le poil, vous fait bégayer, vous fait dire n'importe quoi, vous fait rire et aussi pleurer.

Parce que, hélas, mes petits oiseaux, vous ne saurez jamais conjuguer à la première personne du singulier et à l'indicatif du présent le verbe du premier groupe: aimer. "



mots-clés : #autobiographie #famille #pathologie
par Ouliposuccion
le Jeu 2 Mar - 8:00
 
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Sujet: Jean-Louis Fournier
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Henry James

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 Maisie10


Ce que savait Maisie

le sujet : une fillette dont les parents sont divorcés et chacun remarié ce qui fait dire à la fillette qu'elle a 2 maman et 2 papa. Elle sera un prétexte que chacun accaparera ou se renverra pour se mieux haïr et ce n'est qu'auprès d'une gouvernante vieille, laide qu'elle trouvera l'affection dont elle a toujours manqué. Son beau-père et sa belle-mère l'aimeront aussi, mais cette dernière plus égoïstement, le beau-père, de faible caractère prouvera cependant son amour en lui laissant décider avec qui elle veut vivre.

L' innocente fillette comprendra assez rapidement la situation dans laquelle elle se trouve, l' abandon de ses parents au profit des beaux-parents et se découvrira le "sens moral" dont la gouvernante l'accuse de manquer après bien des revirements, des emballements, des peurs et des situations inconfortables. Les enfants contraints de "partager" les vicissitudes de la vie des adultes mûrissent vite et Maisie est une fillette intelligente.

En fond une critique sur une certaine société de l'époque ; en effet on ne peut comprendre la situation de la fillette et des différents personnages qu'en se référant aux moeurs et les lois de la société Anglaise à cette époque (fin 19ème siècle). La distinction des classes est très sensible.

Une lecture intéressante à laquelle une écriture mesurée qui ne dévoile que peu et laisse la place à l'imagination, celle de la fillette et celle du lecteur, est efficace.


mots-clés : #famille #initiatique #xixesiecle
par Bédoulène
le Jeu 23 Fév - 20:51
 
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Velibor Čolić

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 41cim210

Jésus et Tito


Original : Français, 2010

CONTENU :
En 1970 dans la Yougoslavie de Tito, Velibor a six ans et rêve de devenir footballeur. Noir et Brésilien, de préférence. Velibor fait l'inventaire de ses souvenirs, une enfance sous une bonne étoile, rouge, et une adolescence rock'n roll. Avec une mère catho et un père partisan, ce sera Jésus contre Tito, le match rejoué chaque soir à la maison. Entre Jack London et Pelé, The Clash et Bukowski, le poète en devenir sera maudit, assurément.

REMARQUES :
Čolić déroule en petits tableaux sa vie de la petite enfance jusqu'à la sortie du service militaire. Mais – attention ! - c'est probablement romancé et donc sémi-fictif. Néanmoins, ayant vu l'auteur lors d'une lecture publique où il s'expliqua sur cette façon de procèder, on pourrait être sûr que derrière toute affubulation il y a des éléments très vrais. Dont par exemple ce tiraillement entre la mère croyante et le père politisé. L'un contre l'autre ? Ou l'un avec l'autre ? Le titre indique plutôt Jésus et Tito. Mais ces tensions sont ceux d'un peuple, ou des peuples. Et pendant longtemps dans cette Ex-Yougoslavie les différentes groupes ont pu coexister et même s'apprécier: dans le village de l'auteur alors les Orthodoxes (Serbes), les Catholiques (Croates) et les Muselmans (Bosniaques). Seulement les Juifs semblaient être à part...

Autres expériences difficiles ou déchirantes mêmes l'attendent, dont spécialement le service militaire vers la fin du livre.

Les tableaux sont certainement liés par la vie du narrateur, mais surtout au début - peut-être à raison de la cruauté de l'enfance ? - me paraissaient pas de grand intérêt. Mais néanmoins l'auteur se bonifie avec les pages (selon mon avis) : cela devient bien, même très bien raconté, et les différentes parties gagnent en unité et pugnacité et le contenu nous devient proche. Proche aussi, peut-être, pour expliquer une autre forme de rêve « socialiste » qui paraissait plus humain sous le ciel de Tito ? Paraissait ? Qu'est-ce qui est advenu ? L'enfant et l'adulte si enthousiaste semble se distancier du rêve, au moins de sa forme en réalité.… La suite ? Cela sera probablement écrit dans d'autres livres de Velibor, le Grand, balkanique à souhait ?! (Dont par exemple « Manuel d'exile » décrit l'arrivée en France.)

La langue est (ou devient?) très fluide, maîtrisée, assez étonnant pour un non-Français d'origine d'écrire comme ça dans la langue de Molière. Il peut être très pointu, drôle. Dans l'ensemble très bien, après un début plutôt difficile.


mots-clés : #famille #initiatique
par tom léo
le Mer 22 Fév - 16:28
 
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Sujet: Velibor Čolić
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Peter Schneider

Les amours de ma mère

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 9 97822410

Ce n'est que sexagénaire, suite à une rupture de son couple, que Peter Schneider a enfin osé ouvrir la boîte qui l'a consciencieusement suivi toute sa vie, la boîte des lettres de sa mère. Sa mère, morte prématurément à 38 ans alors qu'il n'avait que huit ans, qu'il a si peu connue, négligée peut-être, emporté dans ses propres féeries protectrices. Prise dans la tourmente des bombardements de l'Allemagne, sautant de train en train, puis affrontant la faim et l'indigence de l'après-guerre,  femme exilée au Sud d'un  chef d'orchestre retenu par ses obligations professionnelles ou militaires, le seul être humain qui soit là et qui reste, elle  a traîné, protégé, éduqué ses quatre enfants,  dépassée mais toujours là.

C'est un siècle de merde, et pour les femmes un travail d'esclave - rien d'autre !


Seulement, Peter Schneider découvre que cette tourmente était aussi intérieure, cette femme à la fois étayée et détruite par le devoir maternel était une passionnée, une amoureuse spécialiste du ménage à trois, de la confidence-déballage conjugale, de la confession  épistolaire sans dissimulation.

lettre à son mari a écrit:Chez moi, c'est le caractère passionné qui façonne la vie et la détruit. Passion, tu n'as pas e droit d'interpréter ce mot de travers, lde e tordre. Ce sont les braises qui nous font croître au-delà de nous-mêmes, qui nous conduisent à nos limite. C'est pour cette raison que je continue à m'y rendre, parce que je sens qu'on vit seulement là où est hors de portée de soi-même.


C'est l'occasion pour le lecteur de rencontrer un mode de vie rarement raconté, celui des civils pendant la défaite et l'après-guerre allemande; c'est l'occasion pour Peter Schneider de découvrir certaines clés de son histoire familiale et de sa quête personnelle.

L'arrière-fond historique donne une puissance prégnante à ce magnifique portrait de femme dont on ne sait  (et l'auteur avec nous)  si elle est résolument moderne et sans tabou, ou totalement perdue, écartelée entre un homme-refuge incarnation de la fidélité, et un amour sublime mais totalement insatisfaisant. Au delà de l'histoire intime, les parents de Peter Schneider ont vécu pendant la guerre , ont fréquenté des nazis ou sympathisants, et ainsi l'auteur interroge le pardon que les allemands doivent (ou refusent d') accorder à leurs ascendants : le subtil mélange de la sphère intime et de la sphère publique rend son message universel.


mots-clés : #biographie #famille
par topocl
le Sam 18 Fév - 10:37
 
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Sujet: Peter Schneider
Réponses: 16
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