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286 résultats trouvés pour famille

Roberto Alajmo

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 14 417gk710

Fils de personne

Second livre que je lis de cet auteur et le plaisir est encore plus fort. Alajmo est toujours aussi acide, il rogne avec plaisir les  personnages qu’il met en scène, oui en scène car c’est une véritable comédie, noire,  prenante, il ne délivre même pas  le lecteur de son emprise à la dernière page. Le  lecteur  s’étonne que sa lecture soit déjà terminée !

L’écriture est  liquide, elle glisse  mais draine toujours les impuretés de l’âme humaine.

L’Histoire : Un meurtre a été commis dans une famille « pauvre »  comme il y en a des centaines en Sicile, vivent dans l’appartement : les grands-parents, les parents de Tancredi  20 ans.


Ces extraits donnent le ton :

La grand-mère : « Tancredi la connait et il le sait : son ton impatient signifie qu’elle a l’intention de collaborer dans les  limites de l’indispensable. Pas un mot qui ne soit essentiel. Ca fait partie de son caractère, elle est comme ça, mémé Rosa : elle en veut au monde entier. Elle est amère. Arrivée au moment du bilan, elle a découvert que la vie était en dette avec elle, et ne pouvant plus passer à la caisse, elle a décidé de se venger en rendant l’existence plus difficile au reste de l’humanité. »

Le grand-père : « Il a ça de bien pépé Fonzio : parfois on ne comprend pas  s’il fait l’idiot ou s’il l’est vraiment. »

La mère : « En ce moment, sa mère doit être dans le fauteuil, sa place préférée quand il s’agit de perdre connaissance. Il lui arrive d’avoir ce genre d’évanouissements. Mais ce ne sont pas vraiment des évanouissements, car bien qu’évanouie elle arrive à parler. »

Le Père : « Nicola avait mis au point une technique qui consistait à se fâcher tout juste avant de se mettre en colère et  garder ainsi le contrôle de sa colère. Ce n’était pas un véritable emportement, mais il n’était pas feint non plus, et à froid, il n’était pas difficile à produire. Une fois obtenu le prix qu’il voulait, il posait l’objet qu’il tenait en otage, encaissait l’argent et saluait.»

Tancredi : Il a vingt ans désormais. « Il s’efforce de se regarder avec objectivité. Il est grand. Il sait quels sont ses devoirs et maintenant il a décidé de ne plus s’y dérober. La réalité qu’il a à vivre est ce qu’elle est, il n’y a rien d’autre à attendre. »

Tancredi vu par les autres : C’était un adolescent déjà grand et maigre, qui avait poussé d’un coup sans laisser au reste le temps de grandir en proportion. Le reste, et surtout l’intelligence, on espère toujours que ça suivra dans les mois, les années à venir. Serenella l’avait cru jusqu’à maintenant : que son frère était stupide de manière provisoire, que son intelligence devait tôt ou tard arriver. Et en fait non, apparemment. «


Je vous invite donc une fois de plus à faire connaissance de cet auteur.


mots-clés : #criminalite #famille
par Bédoulène
le Ven 9 Déc - 16:50
 
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Sujet: Roberto Alajmo
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Tarjei Vesaas

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 14 Vesaas10

L'arbre de santal

Une famille ordinaire en Norvège au début du 2Oe siècle. Un couple uni, deux enfants, une fille, Margit, un garçon, Egil, de dix et onze ans.
Le père écrit des articles pour les journaux et  sans doute quelque chose de plus personnel. La mère est enceinte et son humeur se met à varier soudain.
Par moments, elle est carrément déprimée et elle confie à son mari qu' elle est «condamnée». De plus en plus souvent, elle se plaint d'être «seule» et «s'absente» mentalement.
Et l'on a déjà compris que la vie de cette famille va être bouleversée.

Comme tous les enfants de leur âge, les enfants ont parfois des rapports agressifs, mais aussi des moments de communion et de complicité exceptionnels.
L'état de la mère se dégrade, contamine l'atmosphère et inquiète le père au plus haut point. Un homme exceptionnellement tendre jusqu' à la faiblesse, intuitif et généreux.
Il va devenir en fait l'unique pilier ou presque sur laquelle Hilde, sa femme va s'appuyer. L'unique pourvoyeur des besoins d'une famille en perdition.
Face à l'adversité, ils deviennent à eux quatre un organisme autonome, symbiotique et sans hiérarchie, les rôles alternant en fonction de la situation.

Hilde est un être magnétique, une voyante, elle capte la lumière. Mieux, elle est source de lumière et illumine tous ceux qui l' entourent. Ou ceux qu'elle rencontre. Mais quand elle «s'absente», tout s' assombrit.
Elle VOIT ce que personne d' autre ne perçoit.  La contrepartie, c'est qu'elle devient dépendante de  son mari et de ses enfants. Elle se coupe de la réalité ordinaire et par la force des choses, les trois autres deviennent extraordinairement perspicaces, attentifs à son égard pour l'arracher à la mélancolie.
Aux yeux des enfants, elle paraît déraisonnable, capricieuse, infantile  et leur père excessivement faible. Mais seulement par moments.
Et, de fait, ils n' ont pas tort. Mais d' un seul sourire, elle les subjugue tous.

Un jour elle déclare qu' elle veut voyager. Et lorsque le père réalise qu' elle est sérieuse, il décide de l'accompagner.
Il hypothèque sa maison et ils partent tous les quatre en train. Ce voyage révèle très vite ce qu'il est, une folle randonnée, une fuite en avant funambulesque. Avec des moments totalement exaltants. Surtout pour la mère, grâce à ses facultés extrasensorielles.
Les autres l'aident constamment, la veillent, la surveillent, la protègent. Mais à la fin, il n' y a plus d' argent. Plus de train. Juste des marches harassantes. Le père doit travailler pour simplement subvenir aux besoins immédiats.
Un jour enfin, l' errance se termine. Hilde va accoucher dans une ferme et accomplir ce qu' elle avait annoncé et prévu des mois auparavant.

Voilà un livre d' une justesse de ton et de style constante. Quasiment miraculeuse. À la fois sombre et lumineux. Meme si cette lumière porte le «soleil noir de la mélancolie».

Rapatrié


mots-clés : #famille #pathologie
par bix_229
le Jeu 8 Déc - 23:49
 
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Sujet: Tarjei Vesaas
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Bohumil Hrabal

Les souffrances du vieux Werther

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 14 Tylych14

Ce sont les souvenirs de son oncle que l'auteur nous dévoile. Un oncle qui nous est sympathique dès les premières pages de la préface.

Je me suis essoufflée à suivre l'écriture qui s'exalte dans les paroles de l'Oncle, sans pause, mais je n'en souhaitais pas. C'est un enchainement de longues phrases qui m'ont tenue jusqu'à la dernière page.

Ouf quel Homme cet Oncle ! Qui a comme «bréviaire» le livre de Batista, ce qui lui permet de «philosopher» sur tout et sur les femmes particulièrement.

Quel auteur que Bohumil Hrabal ! encore une fois ce fut une très bonne lecture.

Extraits :

«sauf que l'excès vous fait du mal comme dit Batista, c'est celui qui écrit des choses qu'on comprend pas trop parce qu'il a été aux écoles»

«Les nobles étaient vicieux parce qu'ils avaient de quoi et puis ils avaient le sens de l'art et de la culture, ils apprenaient juste à bien abêtir les gens par le trône et l'autel»

«et le Christ, surnommé autrement Jésus, a fait des choses que personne n'était arrivé à faire avant, c'était un juif baptisé, comme Ghandi il voulait la justice, que personne sur terre ne fasse cocu et ne vole, et c'est pour ça qu'il a subi la passion. Jan Hus aussi s'est laissé brûler par simple entêtement, et comme ils voulaient picoler pendant la noce, le Christ leur a changé le vin en eau, c'était un rigolo et un magicien...»

«J'ai encore pu lui jouer un rôle d'officier de la garde, et si je m'étais entraîné dès ma petite enfance, maintenant je serais aussi dans les journaux, c'est exactement comme Jésus, depuis son plus jeune âge, il s'était entraîné à faire le docteur, le législateur et le magicien, s'il n'avait pas été tout ça, on ne l'aurait pas considéré comme Dieu, les libres penseurs reprochent à l'église que s'il était Dieu, pourquoi il entretenait des relations avec une femme perdue, mais il lui donnait seulement des leçons d'hygiène publique, comme Batista, et elle, Marie-Madeleine, quoique grue à l'origine, elle a quand même fini par parvenir à la sainteté...»



mots-clés : #famille #humour
par Bédoulène
le Jeu 8 Déc - 21:45
 
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Sujet: Bohumil Hrabal
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Elif Shafak

Elif Shafak
Née en 1971

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 14 Elifsh10


Née le 25 octobre 1971 à Strasbourg de parents turcs, Elif Shafak est une écrivaine turque.
Diplômée en relations internationales de la Middle East Technical University d'Ankara, elle est aussi titulaire d'un master en genre et études féminines dont le mémoire portait sur la circulaire Compréhension des derviches hétérodoxes de l'islam. Elle a soutenu sa thèse en sciences politiques sur l'Analyse de la modernité turque à travers les discours des masculinités.

Elle enseigne à l'université, et vit entre les USA et la Turquie.

Son premier roman, "Pinhan", obtient le Prix Mevlana récompensant les œuvres littéraires mystiques en Turquie.
Son second roman, La bâtarde d'Istanbul, best-seller en Turquie en 2006, raconte l'histoire de deux familles, l'une turque, l'autre arménienne, à travers le regard des femmes. Il lui a valu d'être poursuivie en justice pour « Humiliation de l'identité turque, de la République, des institutions ou organes d'État ». Le procès s'est conclu par un non-lieu.

Outre ses romans qui remportent un vif succès en Turquie et ailleurs, Elif Shafak écrit aussi des articles pour des journaux et magazines en Europe et aux Etats-Unis, des scripts pour des séries télévisées et des paroles de chansons pour des musiciens de rock.

source : wikipédia.

Ouvrages traduits en français :

La Bâtarde d'Istanbul, Paris, 2007.
Bonbon Palace, 2008
Lait noir, 2009
Soufi mon amour, 2010
Crime d’honneur, 2013
L’Architecte du Sultan, 2015






Tag famille sur Des Choses à lire - Page 14 97827512

Crime d'Honneur

Lecture terminée, l'histoire se met en perspective, alors que "le destin" qui guide le fil de cette lecture nous joue bien des tours comme dans le superbe film d'Elia Kazan "America, America". En fait j'ai eu l'occasion de parler de kaléidoscope ou de puzzle pour definir ce roman, mais pour être plus précis on devrait parler de ce "Palais des glaces" qui prenait place dans les fêtes foraines d'autrefois, succession de miroirs où chacun s'aventure, et regarde son image démultipliée selon sa position.
Dans ce recit, qui semble mener à l'inéluctable, tel le destin d'autres femmes égarées dont il est fait état, le destin de deux soeurs jumelles Jamila et Pembe, Pembe et Jamila, se mélange comme les marionnettes sous les doigts de l'artiste, en l'occurence ceux de l'auteure, mêlant à loisir leurs vies entre le plateau anatolien et les rues de Londres, entre culture islamique et manifestations de punks anglais, dans un brassage de peuples orientaux aux traditions et coutumes ancestrales.
L'écriture de Elif Shafak est limpide, elle s'écoule agréable, pleine d'un charme oriental, toute en suggestions et retenue. Elle nous fait découvrir l'existence de populations transportées dans une europe où telle la plante épiphyte d'Elias elles survivent en s'attachant "à toutes sortes de choses et poussent presque dans l'air, en vraies nomades".

Spoiler:
le dénouement n'est pas celui que l'on peut croire, en fait le suspens se développe dans les cinquante dernières pages....



mots-clés : #conditionfeminine #immigration #famille
par Chamaco
le Mer 7 Déc - 18:43
 
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Sujet: Elif Shafak
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Maurizio Maggiani

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 14 97827416

Le Courage du Rouge-gorge

C’est tout d’abord la couverture du livre qui m’a attirée :Acte sud a choisi un Paysage fantastique d’Iran du XIVè siècle. Ensuite, j’ai vu qu’il s’agissait d’un auteur italien et enfin le format oblong du livre me plaisait.
Bref, il fut acheté comme ça, sur un coup de tête ? marketing ? presse ?

Saverio Pascale est le fils d’émigrés italiens anarchistes, installés à Alexandrie d’Egypte pour fuir le fascisme. Sa mère morte alors qu’il était très jeune, il vit avec son mystérieux père, boulanger de son état, entouré d’autres italiens émigrés comme eux.
Saverio se laisse bercer par l’ambiance des quartiers de Ras-El Tin, la mer, les effluves des marmites sans songer au passé.
Ce qui déclenche toute l’histoire est, suite à la noyade du père, la découverte d’un petit recueil de poèmes bien caché dans un tiroir : Le Port enseveli de Giuseppe Ungaretti, texte qui suscite chez Saverio émerveillement et malaise.
Commence alors une période de questionnements et de doutes pour le jeune homme : quel était ce passé dont il ignorait tout ? Quel lien liait le poète et le boulanger ?

Saverio part en quête de ses origines, chemin inverse de celui de son père, route menant d’Alexandrie à Carlomagno ; volonté intime mais aussi collective.
Le jeune homme n’atteindra pas Carlomagno ; il croisera Ungaretti à Rome et cette rencontre furtive et bousculée aura pour conséquence de mettre fin au voyage.
Néanmoins le poète va faire remettre à Saverio un cadeau…

« Mon cher jeune homme,
Croyez-moi, je regrette beaucoup que nous ne puissions approfondir notre connaissance réciproque.
Je vous joins une petite surprise, que, je l’espère, vous pourrez utiliser plus utilement que moi-même.

Giuseppe Ungaretti
»

…un ancien document, note de frais de la condamnation pour hérésie d’un certain Pascal brûlé vif. Une énigme.

De retour en Egypte, débute pour Saverio une période de recherches, d’une part un nouveau voyage entre les livres et d’autre part la recherche intérieure, celle de son « port enseveli » qu’il croit approcher en pratiquant la plongée sous-marine.
L’euphorie grisante des profondeurs le pousseront à l’irraisonnable : Saverio sera victime d’une embolie pulmonaire et sera hospitalisé.

« Je m’appelle Saverio et je raconte cette histoire parce que c’est ce que veut le Dr Modrian. » (Première phrase du livre)
Le médecin veut le guérir par l’écriture et Saverio va raconter l’histoire de Pascal et Carlomagno ; c’est la réalité qui donne naissance au rêve, les histoires dans l’Histoire, c’est soi à travers les autres. Et de ce flou paraît une évidence : la vie, être vivant et là.

Saverio sort de l’hôpital malgré le Dr Modrian, abandonne l’histoire de Pascal pour vivre.
Ce sera poussé par ces amis et amis de feu son père qu’il racontera la fin de Pascal le brûlé vif, moment où les deux histoires se fondent : celle du passé (Pascal) et celle du présent (Saverio).


mots-clés : #famille #historique #immigration
par Cliniou
le Mer 7 Déc - 13:40
 
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Sujet: Maurizio Maggiani
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Herman Koch

Le dîner

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 14 41kclu10

Le dîner est un livre qui, sous des aspects classiques est très dérangeant qui déstabilise par son mode de récit comme par ce qu’il raconte et les idées qu’il remue. Il est difficile d ‘en rendre compte, car c’est la progression du récit et les découvertes progressives qui le rend si fort, et je ne voudrais donc pas déflorer plus ce roman que cela ne l’a été fait dans la presse ou sur le quatrième de couverture. Je vais essayer cependant de vous faire partager mon enthousiasme.

Tout commence par  la couverture, qui je l’avoue ne m’ a pas vraiment tentée au départ. Ce homard rougeoyant m’évoquait quelque chose de ludique, sans doute assez superficiel. Ne vous y fiez pas. Regardez plutôt ses pinces qui sont prêtes à vous saisir cruellement et ne plus vous lâcher. C’est ainsi qu’est fait le livre, ça part léger et ça continue dans un tourbillon angoissant.

Le récit est construit autour du fameux dîner. C’est à dire une unité de lieu, de personnages et de temps qui commence en comédie et finit en tragédie antique où vont se révéler en une soirée des comportements et des personnalités qui se sont construits depuis des années, à l’occasion d’un événement (que je ne veux pas décrire) plus récent qui cristallise tout cela.

On commence donc avec Paul le narrateur , qui va dîner en compagnie de son épouse Claire, avec Serge et Babette, frère et belle-sœur, dans un restaurant bobo-branché. Paul a un regard ironique sur ce monde : description très précise du moindre détail du repas, de la mise en scène, des attitudes des convives, des serveurs, des tarifs, qui est absolument parfaite et bien vue quand on fréquente parfois ce genre de lieux : il en remet juste une petite couche par ci par là pour faire de ce rituel de plaisir luxueux, une mise en scène hilarante. Son frère aussi, il le regarde à sa façon : pas vraiment sympathique, un homme politique de gauche un peu vulgaire, qui sera prochainement élu premier ministre, qui a réussi, qui le sait et en profite, pas toujours avec délicatesse ; Là encre la description de l’homme people un peu arriviste, calculateur, trop bien dans sa peau est plutôt fine.

Puis peu à peu il se fait un glissement insensible. La crique, d’amusante, devient amère. Paul se campe sur des positions d’homme « ordinaire », de « bonheur à trois » dans sa famille qu’il défend avec une jalousie et  une supériorité qui tourne assez vite au mépris. On sort de l’ l’amusement, et on sent des choses grinçantes qui s’insinuent, de la paranoïa pourquoi pas.
Pourtant le dîner commençait sur le mode léger : apéritif au champagne, propos courtois sur les vacances et le films de Woody Allen. Paul mord un coup à droite et à gauche, mais cela passe …

Il faut en venir au plat de résistance et on comprend la tension qui était dans l’air et que chacun semblait nier : Serge en se faisant plus amical qu’il ne l’est, Paul en lâchant son fiel hargneux. Il faut parler des enfants. Des adolescents « comme les autres » qui ont commis un acte répréhensible, chacun le sait , et nous le découvrons peu à peu, comme les parents l’ont eux même découvert, horrifiés (?). Et il faut faire des chois : comment réagir, et surtout, les préserver en postulant qu’ils sont bien plus innocents que la réalité ne va le monter. Mais aussi (surtout ?) préserver son petit bonheur personnel, son cocon familial, sa place en politique, son image personnel de soi et sa famille….Un somptueux travail de déni scrupuleusement organisé, une absence totale de remise en question, et, caché derrière un prétendu amour filial, une absence totale d’humanité.

Tout cela réserve pas mal de surprises, chacun se révèle tel qu’il est en réalité. La sournoiserie, la perversion, la haine, tout y est, magnifiquement enrobée derrière un voile de bonne conscience dévoyée . Le pire n’est jamais celui que l’on croit. Les enjeux de toute une vie se révèlent à travers cet épisode cathartique. Cela explose et quand cela a fini d’exploser cela a encore des soubresauts qui modifient notre façon d’appréhender leur réalité.

Cette histoire nous remue par sa violence extrême. Ce qu’annonce le quatrième de couverture « jusqu’où irons nous pour protéger nos enfants » n’est déjà pas anodin, mais il est réducteur. Ce n’est qu’un des aspects de ce livre à suspense. On s’interroge de façon beaucoup plus large sur ce que nous avons fait de notre société, et de ce que notre société nous a fait en retour pour que nous, parents et eux, enfants agissent ainsi. Le drame qui se joue sous nos yeux n’set qu’un effet zoom sur plein de dysfonctionnements plus anodins que nous pratiquons ou côtoyons au jour le jour sans forcément y prendre garde et qui pourraient , peu à peu au final, nous mener là… nous prévient Herman Koch.

L’idée de nous présenter cette situation de dîner est absolument excellente. Le retournement  de ton au fil du livre, racontant ce repas raffiné jusqu’à ce final monstrueux, est mené avec une grande habileté. Il n’y a pas un moment où on se dit « Ah ça tourne » , les petites saloperies quotidiennes s’infiltrent peu à peu pour bouleverser le récit, sans qu’on s’en rende vraiment compte sur le moment. Les notations sur la cuisine, le service , les interventions des serveurs sont un moteur de l’intrigue, elle permettent des pauses salutaires et souvent drôles dans la progression dramatiques qui sont réjouissantes, elle permettent de conserver le caractère banal de la situation.. Le repas au restaurant constitue un huis clos où la tension monte, mais d’où les personnages peuvent sortir (petit tour au toilettes, dans le parc) et interférer avec d’autres (les serveurs , les autres clients, le fils de passage ) pour faire des pauses dans cette montée en puissance.

Le style n’est pas extrêmement travaillé, c’est le reproche qu’on pourrait à faire à ce livre, mais finalement c’est d’assez peu d’importance, et on y gagne peut-être même en rythme.. Il y a une compréhension de la fragilité humaine, des failles où s’insinue le mal et des extrémités auxquelles elle peut mener qui est assez terrifiante.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #famille #pathologie #violence
par topocl
le Mar 6 Déc - 18:51
 
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Sujet: Herman Koch
Réponses: 9
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Ivan Jablonka

Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus - Une enquête

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 14 C1010

Tout est dans le détail.

Par son travail obsessionnel mais passionnant de fourmi déterminée, Jablonka accumule les faits, donne sens aux détails les plus insignifiants, pour recréer  l'histoire d'une décennie, à travers un homme et une femme qui l'ont traversé valeureusement et en ont été honteusement éliminés. Dans le fin maillage de ce tissu informatif persistent des failles, déchirante pour le petit-fils qu'il est, mais qui créent autant d'ouvertures pour l'historien qu'il est devenu, à écrire des biographies subjectives ancrées dans le réel.

Pendant plusieurs années, Ivan Jablonka, enfant gentiment laissé à l'écart du drame de ses grands-parents communistes polonais juifs émigrés à Paris, abominablement assassinés comme des millions d’autres au camp d’Auschwitz II Birkenau, devenu historien « pour réparer le monde », a compilé les indices, témoignages, récits, archives qui lui permettent ici de reconstituer au mieux l’histoire de Matès et Idesa, ses grands-parents.

Matès est né au shetl de Parczew de parents juifs religieux dans une fratrie de 5 enfants, qui, tous, rejettent le joug d'une religion qui les étouffe et embrassent la cause communiste, dans l'idée de construire un monde meilleur, quitte à perdre leur liberté et leur vie. Lui et son épouse Idesa, emprisonnés, persécutés, fuient la Pologne et arrivent en 1936 à Paris, sans argent, sans amis, sans papiers. L'accueil est basée sur la tracasserie administrative, le rejet et les menaces d'expulsion. Tout ceci n'est qu'un avant-goût qui va trouver son apogée dans l'antisémitisme avoué et glorifié qui mènera dès la victoire allemande vers les rafles et les camps d’ extermination.

Ivan Jablonka ne laisse rien au hasard. Il compulse les récits des survivants et de leurs descendants, les lieux d'archives, les ouvrages historiques ou littéraires pour réunir une documentation qui traque la moindre trace objective ou émotionnelle que ses grands-parents ont pu laisser, et qui permettrait d'écrire leur histoire, de connaître leur vie. Il confronte cette multiplicité de pistes, de traces, à celles laissées par d'innombrables autres juifs polonais qu'ils ont croisés le temps d'une minute ou de plusieurs mois, à celles de frères et sœurs exilés à Bakou ou en Argentine, à celles d'autres, connus ou anonymes, qui pour une raison ou une autre, eurent un destin similaire.

Il réunit une impressionnante somme de documentation qu’il nous restitue avec une précision quasi obsessionnelle et dont le maillage serré laisse subsister bien sûr des zones d'ombre et d'interrogations. Dans ces trous du récit, Jablonka insinue des hypothèses, mais toujours étayées sur des faits, non pas des délires fictionnels mais des options possibles qu’il prend soin de toujours signaler - on sait toujours parfaitement si on est dans un élément irréfutable ou des péripéties possibles, voire probables. Et ce maillage même, n’est que l'image de celui, machiavéliquement constitué par l'autorité policière ou politique pour mieux traquer et condamner les deux émigrés. L'auteur, par cette accumulation de détails, par son attachement à la moindre précision véridique, qu’un non historien aurait considérée comme non signifiante, reste le plus souvent dans une objectivité non compassionnelle, mais d'autant plus efficace, et c'est sur ce fond quasi professionnel que certaines pages, jamais pathétiques, prennent une ampleur d'une beauté bouleversante, une émotion d'autant plus marquante qu’elle est totalement maîtrisée..

Après Les disparus de Mendelssohn  et Une histoire familiale de la peur d’Agata Tuszynska, voici un nouveau récit familial où l'histoire de la recherche,  le caractère tout à fait fascinant des personnages (ces grands-parents qui, ayant voulu créer un monde meilleur, finirent leur vie dans un enfer que nul n'aurait su imaginer), la tragédie aussi intime qu'universelle qu'ils connaissent, s'entrecroisent pour amener Ivan Jablonka, homme courageux quoique découragé, à construire un récit de bout en bout passionnant, offert à ses 2 filles qu’il conduit à l'école maternelle dans le quartier-même où Matès et Idesa se cachèrent plusieurs mois avec leurs 2 enfants. Au-delà de leurs destins individuels, il brosse un portrait tragique du XXe siècle et du sort que celui-ci réserva à des hommes et des femmes à qui l'idéologie arracha leurs amours, leurs enfants et leur vie.

Histoire intime, histoire collective s'entremêlent étroitement, et la quête du détail, le souci d'objectivité rigoureuse ne sont que le terreau qui fertilise ce travail de mémoire dont émerge une émotion d'autant plus forte qu’elle est maîtrisée.



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #biographie #communautejuive #deuxiemeguerre #documentaire #famille
par topocl
le Mar 6 Déc - 16:51
 
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Sujet: Ivan Jablonka
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Vues: 1486

Mikal Gilmore

Un long silence

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 14 51vcd010

Cette photo est une vraie photo de la famille Gilmore

En 1976, le frère de Mikal Gilmore, Gary, a déchaîné les médias américains. Tout d'abord en commettant un double meurtre insensé, exempt de tout mobile, de sang-froid, puis, alors que depuis 10 ans aucun condamné à mort n'avait été exécuté aux États-Unis, en refusant de demander sa grâce, en exigeant son exécution, en demandant que celle-ci soit réalisée avec la méthode la plus violente qui soit (fusillé par un peloton de 5 personnes). Il a ainsi ouvert la porte au rétablissement de la peine capitale aux États-Unis.

D'une histoire pareille, qui a été déjà rapportée par Norman Mailer dans Le chant du bourreau un roman-fleuve de 900 pages qui lui a valu le prix Pulitzer en 1981, et dans plusieurs films et reportages télévisuels, qui continue à hanter la conscience américaine, Mikal Gilmore n'a pu ressortir indemne.

Ce livre est une tentative désespérée d'exorciser son passé, d'expliquer l'inexplicable, de pardonner l'impardonnable, d'aimer désespérément une famille si peu « aimable ». Décortiquant une histoire familiale au fil du siècle, décryptant les personnalités, les héritages, Michael Gilmore essaie de dénouer l'écheveau inextricable qui a amené son frère dans cette folie destructrice et suicidaire. Il veut comprendre, mais sans se contenter de jouer la carte trop facile de la simple enfance malheureuse, de la lourdeur de l'héritage psychologique, marquée par la culture mormone, austère, rigide, et structurante. Il compatit aux victimes, mais il veut aussi compatir à son frère, pris depuis l'enfance, et peut-être même déjà avant sa naissance, dans un engrenage mortifère. À côté de la pire violence du crime final, il met en lumière la douleur partagée de cette famille, l’in capacité que chacun y avait d’exprimer sa souffrance sa solitude autrement qu'en détruisant l'autre.

Gilmore nous décrit cette famille, sa famille , il dissèque cet ancrage maléfique, mais ancrage tout de même, où l'amour est aussi violent (à tous les sens du terme) que désespéré, et entre en résonance avec les pertes et les abandons. Chaque personnage hurle magnifiquement sa détresse à travers ses fureurs et ses folies, et grâce à l'immense empathie et à l’intelligence magnifique de Mikal Gilmore, on est en empathie profonde, mêlée de détestation, pour chaque personnage, aussi révoltant soit  son comportement.

Mais l’auteur ne s'arrête pas là. Il nous interroge sur la vie et la mort, la prédestination et le libre arbitre, notre droit à décider de la mort des autres et de régler nos problèmes personnels par celle-ci. Il parle de la difficulté de vivre avec un passé pareil, comment s'en affranchir sans le trahir comment exprimer son amour pour des êtres aussi détestables, comment juger des hommes et des femmes qu'il aime tant et qui ont tant souffert.

Un long silence, a en anglais un titre beaucoup plus vibrant, bien plus représentatif du livre, : Shot in the Heart. C'est, et je pèse mes mots, le livre le plus bouleversant que j'ai lu depuis bien plus de dix ans

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #criminalite #famille
par topocl
le Mar 6 Déc - 15:25
 
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Sujet: Mikal Gilmore
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Jonathan Franzen

Freedom

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Il y a fort longtemps, je racontais souvent à mes enfants un conte africain où la mère répétait à son enfant « Épaminondas, Épaminondas, qu’as-tu fait de la conscience que je t'ai donnée à la naissance ? ». Dans Freedom, l'Amérique serine à ses personnages « Patty, Walter, qu'avez-vous fait de la liberté que je vous ai offerte à la naissance ? ».

Pour s'en tenir à l'intrigue, Franzen raconte l'histoire de deux amis, aussi différents l'un de l'autre que peuvent l’être deux amis, qui sont pendant quarante ans amoureux de la même femme. Jules et Jim à l'américaine en quelque sorte, mais vraiment très américain. Un pavé subtil et tragique qui nous montre comment , bien qu'ils soient nés dans un pays démocratique, dans un milieu intellectuel et aisé, nos trois héros, gavés de bons sentiments, mais totalement immatures et égocentriques, vont écrire au fil des années leur propre malheur.

Cette toile de fond est l'occasion pour Franzen de  nous peindre une société américaine en pleine errance, pas une petite Amérique bêtement consumériste et sans cervelle, non, des Américains qui réfléchissent, pensent prendre du recul, mais dans un tel individualisme, un tel besoin de marquer leur territoire et montrer leur excellence, qu’ils n'arrivent pas à trouver leur place et détruisent tout sur leur passage.

Cela donne un livre joyeux et sarcastique, d'une richesse foisonnante, éblouissant d'idées et de détails, riche de scènes inoubliables, un portrait sans complaisance d'une société dans l'impasse.(Impasse que refuse Franzen dans les dernières pages fâcheusement un peu trop gentillettes). Tout au fil des 700 pages, il n’y a pas une baisse de régime, toutes les phrases sont pensées , brillantes, intelligentes, indispensables. Franzen aurait eu matière à 10 romans avec ce livre, et il choisit de nous offrir sa version du Grand Roman Américain.

(commentaire rapatrié)
mots-clés : #famille #psychologique
par topocl
le Mar 6 Déc - 15:22
 
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Sujet: Jonathan Franzen
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Alessandro Baricco

Merci, Bédoulène, pour la présentation de cet auteur dont j'ai lu entre-temps trois, quatre livres qui m'ont plutôt plus! Voici mes impressions sur l'un d'eux :

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Sans sang

Original : Senza Sangue (Italienisch, 2002)

CONTENU :

« Le pays allait de l'avant, bien loin de la guerre, à une vitesse incroyable, en oubliant tout. Mais il y avait tout un monde qui n'en était jamais sorti, de la guerre, et qui dans ce pays heureux n'arrivait pas à redémarrer.»

Ce monde va se livrer bataille à la vieille ferme de Mato Rujo, où vivent Manuel Roca et ses deux enfants. Habités par la vengeance, trois hommes viennent débusquer celui qui fut leur ennemi, trois hommes décidés à faire couler le sang. Manuel Roca le sait. Sous la plancher de la maison, il dissimule sa petite fille puis après avoir chargé ses fusils, il demande à son fils de courir se cacher. Déjà le bruit des armes automatiques les rattrape. La guerre n'est pas finie.
(Source : amaz.fr)

REMARQUES :

L'histoire consiste de deux grandes parties numerotées qui sont encore une fois sous-divisées en parties, paragraphes plus petits. Dans la première partie un groupe de trois hommes s'approche d'une maison sise solitairement dans la campagne. C'est là-bas que vivent Manuel Roca avec son fils et sa fille. Il semble préparé, e attente d'un conflit. Il essaie de cacher, de sauver les enfants. Des tirs fusent et Roca est pris. Le responsable de l'attaque semble l'avoir cherché pour une affaire datant de la guerre. Roca aurait torturé des gens, dont aussi le frère de l'agresseur. Est-ce qu'il s'agit de la guerre civile espagnole ? D'une question de revanche ? Alors on se demande : Comment le conflit se termine ? Comment s'en échappe qui ? Qui est victime, qui est l'agresseur? Dans la deuxième partie – dont on ne va pas dire trop pour ne pas enlèver le sel de l'histoire – on change le lieu et on saute dans le temps de cninquante années ! Est-ce que l'histoire a continué ? Comment les survivants ont passé leurs vies ? La langue est circonscrite, pas pathétique. Elle me plaisait beaucoup. En certains passages l'auteur change vers une narration sans orthographie, un parler sans point ni virgule. Bien sûr on pourrait s'approcher d'une interprétation de l'histoire sous l'aspect de la revanche. Mais il y aurait aussi l'histoire d'une execution refusée, ou des conséquences imprévisibles, même d'une mauvaise action. Et même la petite lueur d'une éventuelle réconciliation ? La fin inattendue m'a surpris et plu. Cela fut la première rencontre avec cet auteur. Très bonne impression !



mots-clés : #famille #violence
par tom léo
le Mar 6 Déc - 7:36
 
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Sujet: Alessandro Baricco
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John Burnside

Un mensonge sur mon père

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Je suis sûr que mon père ressentait ces choses - mais ces mots sont les miens, et c'est ça le véritable mensonge sur mon père. Je ne peux parler de lui sans parler de moi, de même que je ne peux me regarder dans un miroir sans y voir son visage. (…) quelque soit les circonlocutions dont j'accompagne mon propos, un mensonge reste un mensonge, et je ne suis pas moins une invention, pas moins un faux-semblant, pas moins un mensonge qu'il le fut jamais.


Je suppose que même mon père savait que la mort était la seule situation dont il ne pourrait pas se sortir à l'aide d'un mensonge.


Cette histoire, ce sont tous les mensonges que son père lui a racontés pour protéger une personnalité dominée par la noirceur ; ce sont les mensonges qu'on raconte évidemment, le sachant plus ou moins, quand on essaie de reconstituer la vie d'un homme, et  plus encore d'un père .

Chaque vie est un récit plus ou moins secret, mais quand un homme devient père, l'histoire est vécue non pas au service, mais dans la conscience permanente d'un autre individu, ou de plusieurs. Quel que soit le mal qu'on se donne pour éviter ça, la paternité est un récit, une chose racontée non seulement à, mais aussi par les autres en question.


Ce père-là, « brutal et malheureux », entre misère et alcoolisme, a fait le malheur de ses proches et le sien propre.

Demain, me dis-je, la situation redeviendrait normale. Il s'écoulerait encore un certain temps avant que je me rende compte qu'en dépit des efforts de ma mère, ou des nôtres, il n'y aurait jamais de situation normale à laquelle revenir.


Histoire cent fois racontée d'une enfance annihilée par l'image d'un père inacceptable, puis d'un adolescent qui reproduit les schémas qui lui ont été transmis dans une terrible descente aux enfers.

Je n'attendais rien. Il n'était pas question que le chemin de l'excès mène au palais de la sagesse.L'excès était, pour moi, une tentative désespérée de préserver quelque chose d'inhumain, de me cramponner à la sauvagerie. Je savais que le fait d'être un homme était lié à cette sauvagerie : sauvagerie, non pas barbarie, mais sauvagerie des oiseaux et des animaux, sauvagerie d'un vent âpre dans les  herbes, sauvagerie de la mer, sauvagerie de ce qui reste indompté.


J'y ai rarement vu une telle lucidité, une telle humble sobriété, une telle subtilité dans l'appréhension des ambiguïtés qui nous mènent et malmènent, une telle empathie au monde croisée d'une épouvante face à son épouvante.

C'est un très beau texte, écrit dans une langue limpide, avec des portraits qui soulignent l'extrême humanité de l'auteur, cet homme qui dut attendre d'être père, non pas pour pardonner, mais envisager qu'il « pourrai[t] arriver à pardonner ».

On ne peut apprendre à s'aimer soi-même qu'à condition de trouver à aimer au moins une chose au monde ; peu importe quoi. Un chien, un jardin, un arbre, un vol d'oiseaux, un ami. J'entends par là que le vieux cliché de psychologie populaire est presque vrai dès lors qu'on le renverse : on apprend à s'aimer soi-même en aimant le monde qui nous entoure.


Du grand art.

Nous  sommes dressés à dissimuler l'imagerie de nos vies rêvées - et pourtant, ces images forment un monde en elles-mêmes, elles constituent une écologie, et c'est vers ce monde, vers cette écologie, que j'imagine m'acheminer quand je caresse un long rêve de départ, un après-midi, me projetant au loin, ailleurs, avec une poignée de pièces dans la poche et un petit vent frais qui agite les herbes.




(commentaire rapatrié)


mots-clés : #autobiographie #famille
par topocl
le Lun 5 Déc - 20:40
 
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Sujet: John Burnside
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Héctor Abad Faciolince

L'oubli que nous serons

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Mon grand-père disait parfois à mon propos : « Cet enfant, il faut l’élever à la dure. » Mais mon père répondait : « La vie est là pour ça, qui cogne durement sur tous ; pour souffrir, la vie est plus que suffisante, et je ne l’aiderai pas. »


Poignant hommage à son père, homme extra ordinaire, à travers lequel Hector Abad  nous raconte qui il est, et nous fait pénétrer dans les arcanes de l'histoire colombienne contemporaine. Hector Abad raconte avec une nostalgie joyeuse puis douloureuse les années heureuses suivies des années tragiques.

Père d’exception, aimant, offrant et soutenant sans attendre en retour, pivot d’une  vie familiale radieuse…

J'aimais mon père d'un amour que je n'ai jamais éprouvé jusqu'à la naissance de mes enfants. Quand je les ai eus, je l'ai reconnu, parce que c'est un amour égal en intensité, bien que différent, et, dans un certain sens, opposé. Je sentais qu'il ne pouvait rien m’arriver si j'étais avec mon père. Je sens qu’il ne peut rien arriver à mes enfants s’ils sont avec moi.
(…) J'aimais mon père d’un amour animal. J'aimais son odeur, et aussi le souvenir de son odeur, sur le lit, lorsqu'il partait en voyage et que je demandais aux bonnes et à ma mère de ne pas changer les draps ni la taie d’ oreiller.



…médecin généreux investi dans un travail de prévention sociale en dépit des obstacles, s’impliquant jusqu’à la mort  dans la lutte pour les droits de l’homme dans un pays où la seule puissance est celle de l’argent et du feu

Les villes et les campagnes se couvraient du sang de la pire des maladies affectant l'homme : la violence. Et comme les médecins d’autrefois, qui contractaient la peste bubonique ou le choléra, dans leur effort désespéré pour les combattre, ainsi tomba Hector Abad Gomez, victime de la pire épidémie, de la peste la plus mortelle qui puisse affecter une nation : le conflit armé entre différents groupes politiques, la délinquance tous azimuts, les explosions terroristes, les règlements de comptes entre mafieux et trafiquants de drogue.


A travers cet homme unique, Hector Abad retrouve les jours heureux de son enfance avec une douceur, une joie de vivre que les tragédies n’ont pas su entamer

La chronologie de l'enfance n'est pas faite de cette lignes mais de soubresauts. La mémoire est un miroir opaque et brisé, ou, pour mieux dire, elle est faite d'intemporels coquillages de souvenirs éparpillés sur une plage de vie. Je sais que maintes choses se sont produites pendant ces années-là, mais tenter de s'en souvenir est aussi désespérant que d'essayer de se rappeler un rêve, un rêve qui nous a laissé une impression, mais aucune image, une histoire sans histoire, vide, de celles dont il ne reste qu'un vague état d’âme. Les images sont perdues. Effacées les années, les paroles, les caresses, évanouis les jeux, et pourtant, soudain, en revoyant le passé, quelque chose s'éclaire à nouveau dans l'obscur région de l'oubli.


Il lance le défi de porter à la face du monde la mort de son père, de le sauver de l’oubli, ainsi que tous ceux qui partagèrent sa lutte et son destin


Un coup de chapeau pour ce récit pathétique sans pathos, qui nous emmène au bout du monde et  des hommes, portait magnifique d’un homme magnifique, défi à la cruauté et à l’oubli



Je compris que la seule vengeance, le seul  souvenir, et aussi la seule possibilité d'oubli et de pardon, c'était de raconter ce qui s'était passé, et rien d'autre.
(...)
J’use  de sa même arme : les mots. Pourquoi ? Pour rien ; pour ce qui est le plus simple et le plus essentiel : pour que ça se sache. Pour allonger son souvenir un peu plus avant que ne vienne l'oubli définitif.




(commentaire rapatrié)


mots-clés : #biographie #famille #regimeautoritaire
par topocl
le Lun 5 Déc - 9:41
 
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Sujet: Héctor Abad Faciolince
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Marie-Hélène Lafon

@Nadine a écrit:Mmm. je sens que mes archétypes fondamentaux vont aimer.
Je note. je vais en chercher à la médiathèque .

Alors on continue Very Happy !

Les derniers indiens

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Au fin fond du Cantal, un frère et une sœur âgés, anciens agriculteurs célibataires, vivent un dernier combat qui consiste à rester chez soi, et ne pas se faire assister. Il ressassent leur passé, les générations enchaînées sur une même terre, une mère autoritaire, le frère décédé dans sa jeunesse lumineuse, les choix qui ne se sont pas proposés, les murs qui se sont dressés. Ils observent leurs voisins, ouverts à la vie et au progrès, avec une fascination mêlant rejet et envie. Ils se demandent s'il ne faut pas acheter des chaises pour remplacer les bancs, mais cela ferait bien du changement…

Décidément, Marie-Hélène Lafon a le don pour parler des gens de peu, ce monde agricole abandonné dans sa solitude, un profond respect pour ces gens de peu . Tout cela ferait déjà un excellent roman d'atmosphère, puissant, attentif, s’il n’y avait en outre la dernière page, qui nous fait tomber, avec une délicatesse subtile, dans la noirceur d'un Maupassant


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #famille
par topocl
le Lun 5 Déc - 9:34
 
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Réjean Ducharme

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Va savoir

Comme disent nos cousins Québecquois je crains d’être tombée en amour  pour cet auteur.

Rémi, le narrateur, aime les femmes, sa femme d’abord qui ne s’est jamais aimée et qui à la suite d’une double fausse-couche part courir le monde en compagnie de Raïa l’ancienne maîtresse de Rémi lequel  lui a confié Mamie  pour lui redonner le goût de l’amour et la ramener auprès de lui.

Pendant ce temps Rémi restaure une veille maison qui accueillera sa Mamie quand, enfin,  si elle revient ; elle lui a dit en partant « la vie il n’y a pas d’avenir là dedans faut investir ailleurs ». Rémi lui s’investit dans l’amour, celui qu’il garde pour Mamie, celui qu’il prend de Jina et Mary ses voisines mais surtout celui de Fanie la fillette de Mary, c’est  d’ elle d’ailleurs qu’il recevra après tant de complicité, de jeux le plus grand mépris.

Mamie s’ingénie à se perdre, à se gommer de la vie, de celle de Rémi et des autres ; elle le fait si bien que même Raïa avoue à Rémi qu’elle l’a perdue complètement.
Comme il le dit à Hubert le mari de Mary, Rémi est un panier percé, il perd les femmes qu’il  aime. Il avait investi, il a compris qu’il ne le fallait pas. Hubert, le mari de Mary  (qui lui perd sa vie) lui accorde à sa succession,  le cœur de Mary.  

Va savoir ?

Ces portraits de femmes sont superbes . Le langage m’a surprise dans les premières pages mais quelle force , quel coup au cœur ces phrases. J’aime cet homme qui met ses sentiments à nu, qui lit si bien les femmes et a su conquérir Fanie qui ne s’était pas ouverte à la vie.


Extraits

Fanie :

« Elle me prend par la main. Je me laisse mener. On ne peut pas résister,  des doigts si menus, si délicats, ce n’est pas humain. On est saisi par la grâce et remis à sa place, au règne inférieur où  on s’élève en grandissant. On est tout organes et tout infections, elle est tout art. On râle, elle rêve.  On a des mangeoires, des lavoirs, des histoires, des boudoirs, des baisoirs, des histoires où les ranger, des maîtres équipés pour nous y tenir et mieux nous rançonner. Elle n’a rien , elle est tout ce qu’elle a. »

« Et ça l’avait épuisée. Ou elle me faisait un numéro, pour se faire porter. Je ne me suis pas fait prier, je l’ai juchée sur mes épaules, et je ne sais pas ce que ça m’a encore fait comme effet, si j’étais heureux de l’avoir, ou malheureux qu’elle ne soit pas à moi. »

« C’est à ce moment que le petit miracle instantané s’est produit. C’est en tout cas l’effet que m’ a fait ce que j’ai pris dans mes bras quand Fanie a réussi à s’échapper et qu’elle m’a escaladé pour que je la sauve… Le monde entier comprenait de quel prix je paierais un autre écart de loyauté : il ne s’en est pas mêlé. »

Raïa :

« Elle veut visiter la vie, fourrer son nez délicat, aux parois frémissantes, où ça fermente. Il faut que ça souffre et ça sacre, se caresse et se salisse, sinon ça l’assomme.

Dali le chien : « Dali finit par la trouver sympathique aussi malgré les accrocs de leurs premiers contacts. Il la raccompagne en prenant ses coordonnées avec son nez, il sait tout de suite où les trouver. Il ne faut pas s’attacher aux gogo-girls qui ont du cran, elles sont trop portées à se ramasser dans un fossé avec du plomb dans le compteur. »

Mamie :

« Pour moi, il y en a une, une seule, et c’est bon de la perdre une fois de temps en temps, de courir le danger de la chercher encore, trouver sous quel visage elle s’est encore cachée. Qui risque rien n’ a rien, et c’est à ne souhaiter à personne, encore moins à la personne qu’on a qu’à la personne qu’on est… »

« Je te prends les doigts et te les mords, te les mange un par un comme je faisais à Raïa parce que tu m’en donnais envie et que tu confisquais les tiens, pas assez soignés, assez élégants pour être adorés, tu leur trouvais des cuticules, un air trapu, bossu, tordu, tout ce qui pouvait t’arranger… »

« Si tu disparais ainsi tu m’auras quitté en me serrant dans les bras de Raïa, et pour le fou d’amour que je suis c’est l’image idéale pour tracer une croix. Tu aurais fait exprès que ça ne me surprendrait pas. Tu auras fait ton gros possible , une dernière fois. Je te demande pardon  de t’avoir demandé ce que tu ne pouvais plus donner mais je sais pas si ce n’est pas moi qui ne te pardonne pas. Tu m’as dévoyé finalement, disqualifié, empêché d’accomplir ma sale petite  besogne de vivant. »

Jina et Mary : « Je les aimais de plus en plus sans le leur faire payer et ça leur faisait de plus en plus plaisir sans que ça paraisse. Histoire d’essuyer mieux les plâtres, on a combiné un de nos
fameux pique-niques. »

(message rapatrié)


mots-clés : #famille #social
par Bédoulène
le Dim 4 Déc - 18:11
 
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Roberto Alajmo

Roberto Alajmo
Né en 1959


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Roberto Alajmo est un écrivain italien né à Palerme en 1959. Journaliste, il collabore à la Rai et au quotidien La Repubblica. Critique théâtral au Giornale di Sicilia, il travaille depuis 1988 comme rédacteur au siège sicilien de la Rai. Il collabore en tant qu’éditorialiste aux pages de Palerme de la Republica et tient une chronique dans la revue Diario della Settimana.  Avec Fils de personne, Un cœur de mère, Les Fous de Palerme et Mat à l’étouffé (Rivages), Roberto Alajmo construit, dans le registre typiquement sicilien de la farce noire, une très contemporaine « Comédie Humaine ».


Source : http://villa-lamarelle.fr

Bibliographie :(traduite en français)

Un cœur de mère
Fils de personne
Les Fous de Palerme
Mat à l'étouffé





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Un coeur de mère

L’histoire se passe dans un village de la Sicile intérieure. Cosimo un célibataire âgé de la quarantaine, tient plutôt avec nonchalance son garage de réparations de pneus de vélos, il vit seul depuis quelque temps dans une maison isolée. Mais il rend visite régulièrement à sa mère qui lui prépare des petits plats et qui a beaucoup d’ascendant sur lui. Mais voilà que ce jour là Cosimo est pressé de rentrer chez lui, il sait que des hommes pas recommandables, doivent lui laisser en garde un enfant.

Effectivement l’enfant est enfermé dans une pièce.  2 ou 3 jours a dit Cosimo pas plus et il sera payé. Pas facile pour un célibataire de s’occuper d’un enfant, Cosimo s’en rendra compte. Les jours passent et les kidnappeurs ne reviennent pas prendre en charge l’otage. Cosimo s’inquiète, qui est cet enfant, pourquoi l’ont-ils enlevé et surtout  que faire de l’enfant si « les autres » ne reviennent pas ?

Cosimo a été choisi comme gardien car à part sa mère il n’a pas de famille, pas de relation, pas d’ami et que dans le village personne ne  l’approche , la rumeur dit qu’il porte malheur et c'est vrai qu'il a triste allure.

Sa situation se gâte quand sa mère arrive  à l’improviste chez lui et découvre l’enfant. Mais, au grand soulagement de Cosimo, après les reproches d’usage, sa mère s’installe et prend les choses en mains. Si elle s’apitoie sur le sort de l’enfant,  après une dizaine de jours, elle se rend compte que cette situation n’est plus vivable, que Cosimo pense être surveillé par des gendarmes, l’enfant refusant de s’alimenter est en piteux état. C’est encore elle, la mère qui par amour pour son fils va dénouer la situation.

Ce livre vaut d’une part par l’écriture tranchante, laconique ; d’autre part par les rapports mère/fils.  C’est une comédie dramatique qui se joue dans la maison avec le sentiment le plus tendre  et le plus ignoble, l’amour d’une mère, sous les odeurs alléchantes des plats cuisinés et  les regards d’une télévision  muette.

C’est une très bonne lecture que je recommande

"message rapatrié"


mots-clés : #criminalite #famille
par Bédoulène
le Dim 4 Déc - 17:38
 
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Sujet: Roberto Alajmo
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Wole Soyinka

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Ibadan  « Les années pagaille »

Ce récit est  pseudo autobiographique car c’est comme l’indique l’auteur un docu-roman.

Entre va et vient  dans le présent et le passé nous découvrons l’adulte  ou le jeune Maren citoyen du Nigeria. Les années du jeune Maren au Government College  révèle le caractère et le  tempérament de celui qui se voudra toujours libre dans tous ses choix : de société, de religion et politique.
Lors de son séjour de quelques années en Angleterre il se mariera avec une blanche de laquelle il aura un enfant ; de retour au pays il vivra aussi avec 2 femmes et aura 2 autres enfants ; situation qui lui vaudra des différends avec ses parents et sa famille.
Il deviendra célèbre comme écrivain (dramaturge) montera des pièces, gèrera une troupe  parallèlement à ses travaux de Recherche alternativement à l’Université d’Ibadan  et d’ Ifé.
Malgré l’Indépendance du Nigéria,  le Royaume Uni  est toujours actif dans le pays « installant » son candidat, le plus utile, aux commandes du pays. L a situation est chaotique et après plusieurs années de despotisme le peuple se rebelle et Maren s’engage pour mettre fin à cette « pagaille » le penkelemes comme l’auteur le nomme.
Le livre se termine à la veille du procès de Maren, procès qu’il a souhaité  (la justification duquel il s’est rendu de lui-même à la police),  pour pouvoir dénoncer ce qu’il en  est des  agissements  du Premier ministre et  des dernières élections bafouées  par celui-ci.

L’écriture est alerte, efficace mais aussi sensible. L’auteur dose bien les moments à sourire ceux à s’indigner.
La situation politique du pays est  découverte par les sentiments de Maren, les personnages qu’il affectionne mais  surtout la position des dirigeants  l’Université d’Ibadan.  Pour l’auteur, l’indépendance de l’Université d’Ibadan  (et plus tard celle des autres) est l’un des  tenants de la démocratie, l’un de ses atouts.
Il reconnait que malgré son pacifisme, il est par moment un homme de colère et c’est en adéquation avec son tempérament qu’il se doit de s’engager pour sortir son pays de la « pagaille ».
Il est intéressant également de voir le processus de décolonisation, car il s’avère que le Royaume uni ne se lâche pas facilement des mains quand il a lâché des pieds. Son interférence dans la politique du Nigéria est  encore visible à l’époque où se clôt le récit. (élections de 1993).
L’humour  est bien présent pour « ponctuer »  les situations et les personnages.

Encore une belle rencontre avec un auteur Africain.

Extraits :  le langage d’ Ezéoba le chef d’une « maison » du college s’adressant à Maren

«  - Poussière infinitésimale de l’espèce humaine. Ne vous l’avais-je pas dit ? Votre nom ne vous avait-il pas prévenus et mis en garde ?  Alors facteur problématique perturbateur inversement proportionnel à sa masse physique, vous tentez d’altérer l’emblème traditionnel  de la maison Swanton que vos prédécesseurs en leur infinie sagesse et maturité cumulatives ont trouvé bon de retenir et de maintenir tout au long de leur passage scolastique turbulent dans les cours de cette institution !  Maintenant dites-moi : connaissez-vous l’histoire  du vilain petit canard ? »

« Jefferies remplaçait le professeur de biologie, Miss Bradlow, dite Bottomless B, Sans-Fondement. Personne ne savait pourquoi elle avait brusquement disparu ; mais son absence, qui coïncidait avec le congé annuel de Padell, le directeur, provoquait toutes sortes de spéculations, surtout parmi les élèves  les plus avertis. Maren refusait de croire ces rumeurs : personne doué d’un peu de bon sens et pourvu d’yeux ne pouvait se laisser séduire par une femme  dont la croupe avait de toute évidence fait l’objet d’une ablation chirurgicale, avant que ce qu’il en restait dans la jupe n’eût été repassé par un blanchisseur professionnel. Pas la moindre trace d’un semblant de relief, rien d’autre qu’une vaste étendue lisse et plate comme le fond d’une poêle à frire. Mais après tout, avec ces gens là, allez savoir ! Kaye lui-même était presque aussi médiocre en cette région de son anatomie. »

A propos de la religion et de la psychologie (je jeune Maren) :

« Les uns comme les autres essayaient de donner des explications et de prescrire à l’homme ses pensées et ses actes, mais n’apportaient pas de réponses aux questions arbitraires soulevées par les textes de la vie réelle. Tout se mêlait inextricablement, avec, d’un côté, la peur de la damnation et, de l’autre, l’impossibilité d’indiguer les vagues de doutes et bientôt de totale incrédulité. »

« Le Vice-Premier ministre de l’Ouest, juriste brillant, avait résumé cette phase de décadence politique nationale en un langage de plus en plus dégénéré, exprimant le cynisme d’une politique de pure consommation, ne cherchant même plus à donner l’illusion de service et de l’engagement : « On nous appelle le parti de la bouffe. Et alors ? Qui ne veut pas bouffer ? Moi, je veux bouffer. Vous ne voulez pas bouffer,  vous ? Ceux qui ne veulent pas bouffer n’ont qu’à rester dans l’opposition. Ceux qui veulent bouffer n’ont qu’à nous rejoindre. Moi oui je veux bouffer. »
Cette philosophie était publiée à la radio et à la télévision. A cette époque, la nation avait encore la grâce  de s’en scandaliser. «



"message rapatrié"




mots-clés : #famille #Independance
par Bédoulène
le Dim 4 Déc - 14:14
 
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Sujet: Wole Soyinka
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Marie-Hélène Lafon

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Joseph


Un journalier , on disait "à l'époque" , un ouvrier agricole plus tard ...Après le livre de Marie-Hélène Lafon on dira peut-être "un Joseph" ...car c'est d'un monde qui se meurt dont il s'agit et Joseph est la représentation vivante de celui-ci .

Joseph , toujours en retrait , observateur silencieux de ce qui se passe autour de lui dans ces fermes "à l'ancienne" où la patronne règne en reine mère auprès de "ses hommes" , où les fins de journées laissant un peu de place à la pensée et au retour sur soi  laissent apparaitre la douceur inavouable de chacun autour de la "sainte table " propre et nette , tout juste encore une miette ayant échappé à l'oeil fatigué de la maitresse de maison ....
Dans ces moments où le corps se relâche enfin , il est doux de se laisser emporter dans le sillage des patineurs artistiques du petit écran ; d'ailleurs même la patronne , elle aime le patinage artistique délaissant ses mots croisés du journal du jour !

Joseph aime les chiffres , les dates , les listes et les comptes , Joseph n'aime pas les mots car ça dérange , ça encombre , et puis il a bien fallu partager avec le jumeau le Michel  : c'est lui qui il a tout pris alors finalement les chiffres ça fera son affaire au Joseph .

Il a bien eu son amourette le Joseph dans sa jeunesse mais ça n'avait pas marché , et même que c'est après qu'il avait sombré .Mais peut-être qu'il aurait sombré sans elle , car c'est bien connu que l'alcoolisme c'est génétique et dans la famille on est marqué au fer rouge .

Finalement le bon de l'affaire , c'est que les cures dans ces centres spécialisés c'est promesse de "bien manger " , de salle de bain à soi bien chauffée et même qu'un jour il s'était passé quelque chose avec la nouvelle psychologue : ce truc honteux tapis au fond de sa mémoire il l'avait sorti ; ça avait du faire du bien et même qu'après il était toujours en avance au rendez-vous .

Marie Hélène Lafon
s'efface enfin dans sa prose pour nous offrir un portrait bouleversant d'un homme , d'une culture , d'une identité qui se meurt ,  car il s'agit de la fin d'un monde , d'une culture . Un regard douloureux à La Raymond Depardon qui déchire les entrailles .


mots-clés : #addiction #famille
par églantine
le Dim 4 Déc - 12:17
 
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Sujet: Marie-Hélène Lafon
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Joyce Carol Oates

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 14 41zdof10

Les chutes


Ce livre nous fait traverser une vingtaine d'année de la vie d'Ariah, tout d'abord jeune mariée et qui finira, malgré son déni par être veuve 2 fois. Ariah se considère damnée, condamnée. Elle a perdu son premier mari le lendemain de ses noces... dans les chutes.... C'est de cette façon que commence le roman. Heureusement, il s'en suivra des années heureuses lors desquelles elle deviendra de nouveau épouse puis maman, sans oublier, toujours, son piano. Mais le sort s'acharne et elle cachera à ses 3 enfants les raisons de la mort de leur père, elle n'en parlera pas. Les enfants, adultes, ados, chercheront, tout naturellement, à mieux comprendre ; car au sein de la ville, leur nom de famille semble connoté.... Quelques longueurs parfois, mais c'est un livre où l'auteur nous entraîne dans le suspens et les ressentis de chaque personnage de la famille.


Lu en novembre 2014


mots-clés : #psychologique #famille
par Allumette
le Dim 4 Déc - 9:19
 
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Sujet: Joyce Carol Oates
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Jean Anouilh

Antigone

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 14 Images84


Antigone, celui d’Anouilh, je l’ai lu , relu, et encore plusieurs fois , et offert aux gens que j’aime. J’en sais quelques passages par cœur. Et Chalandon (avec Le quatrième mur)  est venu me chercher par la main pour le relire. Meilleur à chaque lecture.

Antigone, c'est la petite brune que les garçons ne regardent même pas, celle qui pense que la vie est belle comme un jardin sauvage avant que l'homme n'y mette les pieds, celle qui pense que cela vaut le coup de mourir pour des idées. Et pour son frère aussi, même si celui-ci n'a pas su vous aimer .

Normal qu’à ma première lecture, vers 14-15 ans, elle m'ait plu, cette gamine infernale. Après, j'ai bien fait quelques choix, moi aussi, mais j'ai vite tourné du côté de Créon, du côté : on va tâcher de mener la barque, quitte à faire des concessions et à se dire, oui c’est cette jeunette qui a raison. dans le fond, mais ça serait un sacré bordel s'il n'y avait que des gens comme elle. Mais je me réserve le droit de parfois retourner à mon rôle d’Antigone, de sincère butée. .

La folie contre la raison ? Trop simple. C'est ça qui me retourne à chaque fois, c’est que Créon n’est pas un abominable salaud, ce n'est pas un tyran impitoyable, c'est un homme complètement attachant, complètement désespéré, qui continue la route, pas forcément parce que c'est juste, ou parce que c'est beau, mais parce qu'il faut, même si c'est un peu vain. Le mieux possible. Et le mieux possible n'est pas toujours ragoûtant.

Et puis à côté de cette alternative du choix entre un « non » et un « oui », il y a des tas d'autres personnages qui ont leurs choix à eux, plus flous, moins courageux . Et personne n’est fondamentalement mauvais.
Il y a Eurydice, qui tricote pendant toute la pièce, qui ne dit rien, dont on croit qu’elle s’en fout, ou même qu’elle n’est pas intéressante, et qui finalement s'avère un personnage tout aussi tragique que les autres.
Il y a la nourrice, qui fait le choix de distribuer des tartines, et les gardes, qui ne se posent pas d'autres questions que leurs bouteilles de vin. Ce côté drôle, léger, qui nous donne une respiration dans la tragédie : oui la vie est tragique, mais ce n'est pas tout…nous dit Anouilh. C'est d'ailleurs pour cela qu'Antigone l’aime tant. Et qu’elle ne veut pas la laisser gâcher.

Chaque lecture au fil des années se nourrit de mon histoire et  de mes autres lectures. Chaque lecture est une  redécouverte. Ici en Antigone, j'ai retrouvé « cette posture d'héroïsme » des héros de Vercors,(et, animal,  la sœur d’Antigone, Ismène, ne manque pas de dire : « C'est bon pour les hommes de croire aux idées et de mourir pour elle. Toi tu es une fille. ») et en Créon, le regard désabusé des frères Rolin qui se retournent sur leurs passions de jeunesse.

Ah ! et j’ai encore oublié de parler de la modernité de l’écriture d’Anouilh, ce grand chercheur de pureté. Une modernité qui prend ses bases dans la tradition classique, avec un chœur antique mais qui est ici plein de compassion et d'humour.

Antigone va retourner sur son étagère, jusqu'à la prochaine lecture, mais il (elle) restera là, quelque part, en moi.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #contemythe #famille #justice #politique #théâtre
par topocl
le Sam 3 Déc - 17:21
 
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Sujet: Jean Anouilh
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Oser Warszawski

L'UNIFORME 3ème livre de la trilogie

Quelle profondeur dans cette cinquantaine de pages !

L'uniforme : celui abandonné dans la rue se mouvant au gré de l'air ? Celui témoin d'un passé, sorti du placard ? Celui qui porte médailles ? Ou celui ensanglanté dans lequel se meurt le soldat ?

Ce vêtement c'est l'honneur, la gloire de la patrie.

L'auteur nous décrit la vie quotidienne d'une famille de Berlin pendant la guerre, une famille convaincue de la justesse de cette guerre parce que l'Allemagne peut et doit dominer les autres pays, c'est son destin ! Le chef de famille fait preuve d'une abnégation totale envers la Patrie et son chef suprême : le Kaiser ! Il s'est démuni de ses avoirs pour l'emprunt de guerre et ses trois fils sont sur le front. Que peut-¬il faire de plus ?.............................s'engager lui aussi.

Dans Berlin affamée les familles amputées survivent au rythme du rationnement, la détresse est commune mais supportée avec cette fierté,  cette rigueur que porte en lui le peuple Allemand.

La guerre continue sa moisson d'hommes, à Berlin certains commencent à s'interroger sur son dénouement d'autant que l'empereur d'un pays voisin est destitué mais pour cette famille là, le Kaiser est une icône. Alors quand il abdique et s'enfuit c'est l'effondrement physique et mental du chef de famille déjà éprouvé par les deuils et son passage au front. Ce personnage a le regret d'un temps disparu et ne reconnait pas sa patrie où s'invitent des étrangers.

L'auteur décrit l'horreur de la guerre sur le front et surtout pour les civils à Berlin, par la profondeur des sentiments, l'oralité n'est dans ce récit qu'accessoire.  Il me semble aussi y reconnaître le regard du photographe et du peintre qu'il est.

Le parcours de Warszawski est analysé en fin de livre par la traductrice Rachel Ertel ; c'est intéressant car elle relate les mouvements culturels, le modernisme notamment dans les grandes villes européennes et aussi aux USA.

Extraits :

"Après le passage des troupes, un uniforme était resté sur le pavé de la ville. Aux fils de ses broderies scintillait encore la rosée des cavaliers de la nuit. Piétiné, tout fripé, il se redressa. D'une grande goulée d'air il regonfla sa poitrine plate qui durcit, s'enfla comme une montagne et fit saillie. Les manches et les jambes du pantalon, semblables à des troncs creux, commencèrent alors à se mouvoir en mesure. Il se mit à marcher, et la nuit alentour s'émerveilla de ce vide en mouvement.


"Comme la plupart d'entre eux, un grand chien noir avait gonflé ses babines et son ventre, se préparant à faire entendre sa voix des grands jours quand les bribes éparses du chant des autres s'égrenaient dans les airs comme les vibrations d'une batterie. Personne, hélas, parmi ceux qui l'entouraient, n'avait remarqué le savoir-faire de ce chien-là, dont le corps avait soudain extraordinairement raccourci, gagnant en largeur ce qu'il avait perdu en longueur. Son museau s'étant coincé dans les jupes d'une dame entre deux âges, et cette position n'étant guère plaisante, d'autant plus que la lumière s'y faisait rare et l'atmosphère confinée, il tendait la gueule vers le haut, comme un tuyau. Il s' imaginait qu'ainsi il pourrait mieux rugir et son petit maître serait content de lui. Le chien n'arriva même pas au bout de sa première note. Une douleur terrible l'envahit et lui coupa le souffle. Il laissa glisser sa gueule ouverte le long de la jambe molle de sa voisine, pousser par l'obscur désir d' exhaler son souffle ultime à l'air libre. Il n'y parvint pas davantage : ses pattes vacillèrent, elles refusèrent de porter plus longtemps son grand corps noir."

"La désolation s'était emparée des grands chevaux d'artillerie et elle pesait sur leur dos. Leur tête pendait de ce côté comme une langue inutile, et à ceux qui les conduisaient ils posaient une question muette : "tout cela va-t-il durer encore longtemps ?" Et comme ils ne recevaient aucune réponse, les croupes couvertes de plaies enflaient, gonflaient - ces croupes qui depuis les semailles sanglantes portaient les fardeaux rouges de minuit, un présent pour la ville... Et voilà que leurs cavaliers eux aussi inclinaient la tête, obliquement."

"Du porche des maisons surgissaient en grand nombre des hommes âgés vêtus d'uniforme d'emprunt qui ne leur allaient certes pas comme à des jeunes gens. Dans les rues, depuis longtemps silencieuses, on entendait le bruit des serrures et des portes qui se fermaient, comme un lointain craquement d'os."

"Lorsqu'un enterrement passait dans la rue, les gens regardaient avec envie ceux qui s'en revenaient, munis d'un petit sac de rations supplémentaires."

"Elle tâta les jambes de Frida, et elle ne se contentait plus de hocher la tête : elle l'agitait en tout sans, contemplant, extasiée, ces deux colonnes de chair qui se métamorphosaient à vue d'oeil en une merveilleuse carte de ravitaillement et, Ô magie, Ô splendeur, en un grenier à pain,  à céréales, à charbon...!"

"En un rien de temps il sombra dans la confusion, commença à jeter par terre et à piétiner les rouleaux de gaze et de charpie. Il se démenait, secouait la table pour en faire descendre son fils, lequel avait déjà rendu une jambe au ciel et se traînait, avec son moignon sanglant, quelque part dans les tréfonds de la démence."


(message rapatrié)
mots-clés : #famille #premiereguerre #viequotidienne
par Bédoulène
le Sam 3 Déc - 17:11
 
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Sujet: Oser Warszawski
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