Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 10 Juil 2020 - 17:07

80 résultats trouvés pour fantastique

Hanns Heinz Ewers

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 Dans-l10

Dans l'épouvante
Histoires extraordinaires


Et de qualités inégales. Ma confiance en la Petite Bibliothèque Ombres n'aura pas empêché la déception d'ensemble. Qu'étais-je parti chercher dans ces nouvelles ? Dun frisson, du mystère, possible mais surtout je crois la touche d'exotisme, le goût de la frontière entre cet exotisme et le mystère, la petite sensation chaleureuse derrière des réserves formelles de bon aloi ?

Dans les premières nouvelles Hanns Heinz Ewers fait plutôt dans le carton pâte et l'excès grotesque ce qui fait passer le résultat dans la catégorie du divertissement plutôt ennuyant ou ennuyeux (les deux en fait)? On aimerait bien se prendre au jeu mais on baille et on soupire.

La veine plus romantique de La fin de John Hamilton Llewellyn et du Journal d'un oranger fonctionne mieux tout en manquant de surprise et les Antilles de La Mamaloi plus développées ont le malheur d'afficher une provocation qui manque elle aussi de surprise (ou pourra faire montrer les crocs si on envisage les choses autrement).

Déception. Et ennui. Néanmoins possible extrait  prochainement.


mots-clés : #fantastique #nouvelle
par animal
le Dim 5 Nov 2017 - 5:18
 
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Sujet: Hanns Heinz Ewers
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Horacio Quiroga

J'ai lu ce livre à la fin de l'année dernière, comme je vois qu'il y en a plusieurs que cet auteur intéresse, je vous fais part des impressions que j'avais écrites à la va-vite... :

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 51wkr510

Anaconda

Les dix-huit nouvelles d'Anaconda (1921) s'enchaînent si bien que le tout, malgré tout composite, pourrait former un récit qui suit lentement son cours. Dix-huit étranges nouvelles qui circulent en rond, et on se trouve à bord, avec Quiroga qui nous racontent les hommes comme un personnage de Conrad. Là-dessus, la dix-neuvième nouvelle change totalement d'univers mais pas la sensibilité. La lecture d'Anaconda est comme un jeu sur le sens et sur les mots, mais laisse en morceaux, c'est difficile de dire ce qui s'est passé, ou comment. On baigne dans ce qui est à la fois étrange et familier.

Horacio Quiroga a écrit:– Mais cet accent vous va très bien. Je connais beaucoup de Mexicains qui parlent notre langue, on ne ne croirait pas... Ça n'est pas la même chose.
– Vous êtes écrivain ? reprit Stowell.
– Non, répondis-je.
– C'est dommage, parce que vos remarques nous seraient d'une grande valeur, d'autant qu'elles viennent de très loin, d'une autre race.
– C'est ce que je pensais, appuya Miss Phillips. Votre littérature prendrait un nouveau souffle avec un peu plus de parcimonie dans l'expression.
– Et dans les idées, dit Burns. C'est ce qui manque le plus, par là-bas. Dolly est très calée dans cette branche.
– Et vous, vous écrivez, lui demandais-je en me tournant vers elle.
– Non ; je lis dès que j'ai un moment... Je connais assez bien, pour une femme, ce que l'on écrit en Amérique du Sud. Ma grand-mère était du Texas.
Je lis l'espagnol, mais je ne le parle pas.
– Et vous aimez ?
– Quoi ?
– La littérature latine d'Amérique
Elle sourit.
– Sincèrement ? Non.
– Et celle de l'Argentine ?
– En particulier ? Je ne sais pas... Tout se ressemble tellement... Tout est si mexicain !


Mots-clés : #aventure #fantastique #nouvelle
par Dreep
le Jeu 19 Oct 2017 - 7:49
 
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Sujet: Horacio Quiroga
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Horacio Quiroga

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 419n6d10

Contes d’amour, de folie, et de mort

Le titre annonce d’emblée la couleur. Et le premier conte, La poule égorgée, se charge d’enfoncer le clou : il y aura en effet beaucoup de folie et de mort, dans ce livre, et l’amour n’ira jamais sans l’un ou l’autre…

Ces contes (que je qualifierais plutôt de nouvelles), ont été écrits sur une période de quinze ans, et sont selon moi assez inégaux. Celui qui ouvre le recueil, La poule égorgée, est tout bonnement abominable. Tout y est outré, déformé. Atroce. Je crois que je n'aurais pas tenu si le reste avait été à l’avenant...
Pour résumer grossièrement, je dirais que certains contes, mettant en scène des animaux ou des petits bourgeois en mal de sensations fortes, m'ont paru longuets. D’autres (les bateaux suicides, La mort d’Isolde), m’ont semblé un peu surfaits, par le fond comme par la forme ; j'avais le sentiment de les avoir déjà lus. J’ai préféré l’auteur dans des textes plus courts et tranchants, à la réalité crue. Et puis j’ai été marquée, forcément, par sa dénonciation du statut des forestiers -la plupart du temps indiens guarani -, quasiment réduits en esclavage par les propriétaires des exploitations. Pour ceux-là, la nature, l’ivresse ou la musique sont les seuls échappatoires possibles.. A moins qu’il ne s’agisse de mirages ?

Apparement, Horacio Quiroga est régulièrement comparé à Maupassant. Si je peux comprendre cette comparaison par certains aspects, Quiroga n’a pas, selon moi, ce qui fait tout le génie de Maupassant : le sens du « basculement », de la phrase lapidaire qui change tout, qui remet tout en perspective. Et puis, les personnages de Quiroga, tracés à grands traits, réduits à leur amour fou, leur folie, leurs outrances, manquent de finesse, quand Maupassant a le don d'installer des êtres infiniment complexes. C’est peut-être cela qui m’a le plus manqué durant cette lecture, de sentir toute l’humanité de ces hommes au bord du gouffre.

Restée relativement en retrait, je ne retiendrai donc aucune nouvelle en particulier. Et pourtant, c’est un recueil qui laisse une impression durable. Il y a la patte de l’auteur, tout d’abord ; un style, une plume. Et puis cet univers étrange, en demi-teinte, qui, lorsqu’il ne sombre pas dans le fantastique, navigue sans cesse aux frontières d'une réalité nimbée d’une aura inquiétante et désespérée.
Enfin, je ne puis penser à ces contes d’amour, de folie et de mort sans immédiatement visualiser la nature uruguayenne, omniprésente, oppressante. Ce ne sont que serpents tueurs, fourmis dévoreuses, miel paralysant et marécages impénétrables... La promesse d’aventure et de liberté que cette nature-là semble parfois porter n’est qu’illusoire : toujours, l’homme se retrouve dompté, réduit à sa triste insignifiance. Comme avalé. Effacé.
Et c’est ce désespoir, je crois, cette lutte vaine et acharnée, contre la nature, contre la mort, contre la vie-même, que je retiendrai.


mots-clés : #fantastique #nature #nouvelle #social
par Armor
le Mar 17 Oct 2017 - 20:00
 
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Sujet: Horacio Quiroga
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Rubén Darío

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 51zq8q10

Verónica et autres contes fantastiques

Rubén Darío est un écrivain enchanteur qui, dans ce recueil de nouvelles, marie avec raffinement la poésie, l’ésotérisme et bien sûr le fantastique puisqu'il est un grand amateur de littérature fantastique et voue une admiration certaine à Edgar Poe, le tout avec une belle touche d’humour.

Le recueil réunit dix nouvelles : la première, « Thanatothopie » fait référence à la littérature de Poe, un clin d’œil ou un hommage à l'Américain, avec, on s'en doute, la mort au programme ; les hallucinations dans « Le cauchemar d’Honoria », le savoir magique dans ce « Conte de la nuit de Noël » qui n’oublie pas non plus la mort avec la réincarnation ; le monde de son enfance et des fantômes est visité dans « Le spectre », il s'enrichit de ses voyages, avec humour, sur le destin déjà tracé, par exemple dans « Le ruban rouge ». Le temps qui fait son œuvre est ici suspendu dans « Le cas de mademoiselle Amelia ».

Ces courtes nouvelles, des récits quasi surnaturels, sont colorées d’étrangeté, de mystère, et de charme, aujourd’hui je dirais de charme un peu désuet, ce qui ajoute à la poésie de ce cher Rubén Darío.

Mots-clés : #contemythe #fantastique #nouvelle
par Barcarole
le Dim 15 Oct 2017 - 5:42
 
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Sujet: Rubén Darío
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Ricardas Gavelis

Merci Eglantine !  I love you

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 61jwkz10

Vilnius Poker

Un autre roman qui se dresse comme une ville-livre, où les rues sombres forment ensemble un labyrinthe. Une question se maintient avec une force obsédante et donne au titre tout son sens ; Qui croire ou que croire ? Vilnius prend corps de la même façon que Petersbourg chez Gogol ou Bucarest dans la trilogie Orbitor de Mircea Cartarescu (Il y aurait beaucoup d’autres exemples à évoquer). Mais alors que Bucarest prenait une forme franchement délirante, franchement fantastique, c’est plus ambigu pour Vilnius.

L’ambiance est si sombre qu’elle paraît presque irréelle, invraisemblable, mais ne peut pas être complètement noire pour cette raison : La réalité survit autant que la perception de personnages patibulaires, déprimés ou alcoolique le permet. Pourtant on sent bien que cette Vilnius fantomatique est un portrait lucide pour ne pas dire désillusionné de l’homo lithuanicus et à plus forte raison de l’homo sovieticus, de toute l’humanité réduite à un silence stupide. Une musique grisante se dégage de ce roman habilement construit, va directement au cœur d’une certaine manière. Même s’il peut en prendre plein la gueule, parce que le récit est quand même dégoûtant. Mais étrangement pas rebutant, à deux ou trois épisodes près. La troisième partie est peut-être un peu décevante par rapport au reste.

Ricardas Gavelis a écrit:Je n'ai jamais aimé les mathématiques et pourtant j'étais topologue, principalement parce que c'était pratique et sécurisant. C'est aussi la raison pour laquelle je revenais sans cesse à cette macabre et bien-aimée Vilnius. J'avais peur qu'en m'installant ailleurs, je découvre soudain que j'aurais pu, que j'aurais dû, devenir quelqu'un d'autre, mais que c'était trop tard. J'avais peur de me retourner et d'apercevoir mes vies possibles, celles que j'ai dilapidées. Alors je revenais toujours ici où je ne pouvais être rien d'autre qu'un mathématicien. Seulement, une peur encore plus terrible s'emparait de moi à chaque retour : je me rendais compte que j'étais en train de gâcher, irrémédiablement, toutes mes autres vives. J'avais si peur de quitter ces murs, ces rues... n'importe où ailleurs, j'aurais immédiatement découvert une quantité de mes avenirs déjà morts et enterrés, une multitude de possibles avortés.


Mots-clés : #contemporain #fantastique #lieu #regimeautoritaire
par Dreep
le Mer 27 Sep 2017 - 14:31
 
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Sujet: Ricardas Gavelis
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Giovanni Papini

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 51wswq10

Le miroir qui fuit

Originale : Il specchio che fugge (Italien,  la nouvelle du même nom a été publié en 1906, l'ensemble de ces dix contes en cette forme et édition seulement en 1975)

CADRE :
Ce recueil de dix nouvelles fantastiques a été publié et préfacé tel quel bien après la mort de Papini par Jorge Luis Borges dans le cadre de sa « Bibliothèque de Babel » (voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Biblioth%C3%A8que_de_Babel_(collection) ). Pour la nouvelle qui donna le titre au recueil, j'ai bien pu identifié la date de parution (1906), mais pas pour les autres (petit manquement). Est-ce qu'il faut en déduire qu'il s'agit du « jeune Papini » ?

REMARQUES :

Il s'agit donc d'une dizaine de « contes fantastiques » que je ne vais pas présenter un par un. Toujours il y a un narrateur qui participes plus ou moins à l'intrigue ou est lui-même vraiment le personnage principale. Partant d'un élément fantastique absurde, irréel comme la perte d'identité, l'arrêt du cours du temps, le retour vers un état du passé, la confrontation avec une histoire fictive racontée par un autre qui correspond à ma propre vie etc., Papini nous met devant quelques aspects existentiels de nos vies : le temps et son cours  (« sa fuite »), l'identité et sa perte, la vie entre réalité et rêve...

Giovanni Papini me convainc par sa langue aussi bien drôle que grave, qui peut exprimer la peur profond comme une grande ironie, voir un mépris. On peut lire ces pièces comme étant assez pessimistes, voir nihilistes, mais on peut aussi se confronter avec ces expériences d'absurde pour aller plus loin. J'ai donc bien aimé de découvrir Papini finalement à travers ce livre, présent un peu par hasard dans la bibliothèque départementale. J'ai envie de poursuivre l'aventure et je suis déjà tenté par Gog !


mots-clés : #fantastique #nouvelle
par tom léo
le Lun 21 Aoû 2017 - 16:43
 
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Sujet: Giovanni Papini
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Alessandro Baricco



Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 51rnkj10

Châteaux de la colère

Dans cette ville imaginaire de Quinnipack vivent des personnages extraordinaires. Mr Reilh et sa femme la fascinante et mystérieuse Jun.  Un couple dont l’amour participe  à une vie originale sanctionnée par le projet grandiose et fou de Mr Reilh. Pekish dont la vie est rytmée par les  sons et la musique,  Pehnt un jeune garçon abandonné vêtu d’une veste d’adulte qui va sceller son destin, Mme Abegg une veuve jamais mariée. Un autre personnage, Mr H. Horeau vient aussi porter son  rêve à Quinnipack  comme si ce lieu devait concrétiser tous les espoirs.
Ces personnages sont forts comme leurs rêves fous, mais fragiles comme en est leur réalisation.

La musique de ces mots  nous atteint, nous transporte dans des univers étonnants.
Je découvre toujours de la magie, du merveilleux dans ces récits.
L’écriture se découvre en notes tragi-comiques, héroïques ou idéalistes.
Dans ce livre il « croque » subtilement les personnages et dresse une ville familière alors même que sa description se limite à une rue principale, une église et le chemin qui mène à la demeure des  Reilh. Subjugué le lecteur adhère à tous les événements qui s’y déroulent, même les plus loufoques.
Le destin peut être un livre, une veste, une note invisible, une locomotive, une construction de verre parfois.


mots-clés : #fantastique
par Bédoulène
le Dim 20 Aoû 2017 - 5:31
 
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Joyce Carol Oates

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_ma10

Maudits

Grandiose..selon certains critiques....je rajouterai : époustouflant !


J'ai adoré, génial ! Ou "comment J.C.Oates lâche le diable dans l'Amérique puritaine "...."fascinantes études des moeurs et de l'histoire politique de l'Amérique du 19e"...

Tout à fait ça ! Des faits troublants se sont déroulés dans la région de Princeton...JC.Oates en donne une explication pour le moins originale et surtout....très drôle et....instructive.  

Quelques personnages importants du roman : Woodrow Wilson, un parmi les nombreux présidents des US - le 28e, 1913-1921 (qui a mis fin entre autres à l'isolationnisme des Etats-Unis pour se tourner vers l'interventionnisme... )  ...Upton Sinclair promoteur du socialisme aux US (!) 1878-1968 auteur effectivement de "la jungle" livre sur les conditions effroyables des abattoirs, tant pour les animaux que pour les humains...


Jack London, le célèbre auteur, jouisseur, buveur, opportuniste..très content de...Jack London décrit sans complaisance ni indulgence mais avec beaucoup de drôlerie aussi. Sa rencontre avec Upton Sinclair est d'ailleurs hilarante.  Inutile que j'en dise plus, ça a déjà été fait plus haut, quand je pense que J.C.Oates a 78 ans !!!

Quelques personnages importants du roman : Woodrow Wilson, un parmi les nombreux présidents des US - le 28e, 1913-1921 (qui a mis fin entre autres à l'isolationnisme des Etats-Unis pour se tourner vers l'interventionnisme...Shocked )  ...Upton Sinclair promoteur du socialisme aux US (!) 1878-1968 auteur effectivement de "la jungle" livre sur les conditions effroyables des abattoirs, tant pour les animaux que pour les humains...

Jack London, le célèbre auteur, jouisseur, buveur, opportuniste..très content de...Jack London décrit sans complaisance ni indulgence mais avec beaucoup de drôlerie aussi. Sa rencontre avec Upton Sinclair est d'ailleurs hilarante.

Inutile que j'en dise plus, ça a déjà été fait plus haut, quand je pense que J.C.Oates a 78 ans !!! A croire qu'elle vient d'une autre planète, pas du "royaume des marécages"..non non, mais plutôt de celui des (grands) esprits   Wink
 
(commentaire récupéré)


mots-clés : #fantastique
par simla
le Lun 17 Juil 2017 - 3:47
 
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Sujet: Joyce Carol Oates
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Medoruma Shun

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 51azmc10

Les pleurs du vent/Fuon


Originale : 風音 (Fuon, Japonais, 2004)

CONTENU :
« Jusqu’à présent, personne n’avait jamais eu l’idée de parler sérieusement du crâne qui pleure à quelqu’un d’extérieur au village. D’abord parce que le sentiment d’avoir une dette envers ceux qui étaient morts à la guerre interdisait aux survivants de parler à tort et à travers des disparus, mais surtout parce que quiconque entendait la triste lamentation du vent ne pouvait qu’être saisi de stupeur. »

Tout commence par un jeu d’enfants au pied de l’ancien ossuaire, sur l’air de chiche qu’on grimpe sur la falaise, pour aller voir de plus près le crâne humain qu’on aperçoit d’en bas, et qui gémit sous le vent. De toute la bande, seul Akira a le courage de monter. Et de tout le village, seul Seikichi, le père d’Akira, s’oppose à ce qu’un journaliste de la métropole tourne un reportage autour de la légende du crâne qui pleure, objet sacré, emblème des heures terribles de la bataille d’Okinawa…
Les Pleurs du vent conte magnifiquement la paix retrouvée des âmes.

REMARQUES :
Né sur l'île d'Okinawa l'auteur revient dans ses écrits souvent sur les traumatisme de la bataille d'Okinawa, une des plus sanglantes de la guerre mondiale. Le temps présent du roman peut être situé vers le milieu des années 80 :
Akira entre dans un de ces jeux plutôt bête, veut montrer son courage en mettant un bocal d'eau avec un poisson dans un lieu à part, une grotte difficilement accessible ou on déposait les corps. Une sorte de cimetière à ciel ouvert. La décomposition des corps étaient laisse aux élements, ici les vents, le soleil,les animaux de la mer proche. D'une de ces cranes émanait un ton sifflant, rappelant une plainte. Selon la légende il s'agit d'un Kamikaze de la guerre aérienne.

Seikichi, le père d'Akira, se défend violemment quand à ce moment arrive de la ville des journaliste pour extraire de lui un témoignage, un rapport sur le « crane pleurant ». Mieux vaudrait encore s'y rendre et transgresser un lieu de tabou ! Mais cela ne pouvait que produire des malheurs. Il faudrait laisser un tel lieu comme intouchable, sacré, le respecter, et ne pas en faire un lieu de curiosité malsaine. Au contraire du jeune journaliste Izumi, le vieux, Fujii, semble mieux comprendre...

Mais dans un retour en arrière nous comprenons que Seikichi sait de l'histoire vraiment plus. N'a-t-il pas, comme plus tard alors son fils, et maintenant « en pensée » les journalistes ou ce Taguichi du village (trop sûr de lui-même), une fois brisé des tabous ? Est-ce qu'il avait dérangé le repos des morts ? Est-ce que l'âme du mort trouvera enfin ce repos ? Quoi faire ?

Ce roman fin réunit des réflexions sur le respect pour les morts avec des vieilles culpabilités, mais aussi une paix retrouvée enfin. Aussi à travers des élements phantastiques nous entrons dans un monde qui reste et restera encore, marqué par les atrocités de la guerre.

Impressionnant !


mots-clés : #fantastique
par tom léo
le Jeu 6 Juil 2017 - 2:21
 
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Sujet: Medoruma Shun
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Bruno Schulz

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 Produc10

Les boutiques de cannelle


Drohobycz, c'est dans cette bourgade qu' est né l'auteur et notre narrateur. A travers de courts textes tels des nouvelles le narrateur dévoile  la vie quotidienne de sa ville et de sa famille de religion Juive. Il raconte l'homme d'exception qu'est son père, Jacob, dans ses meilleurs moments comme dans les pires puisque ce dernier  souffre apparemment de maladie mentale mais c'est dans le fantastique que va s'exprimer cette altération.  Une échappatoire à la grisaille de cette ville et des habitants que Jacob imagine en couleur et en relief.

Déniant au Démiurge le monopole de la création le Père réinterprète la création et fascine ceux qui l'écoutent.

Sublimés par une écriture poétique,  par des métaphores extravagantes,  cette lecture force l'imagination et emporte le lecteur dans un temps qui lui est inconnu comme ce "13ème" faux mois de l'année.

Le titre du livre porte celui d'une nouvelle "les boutiques de cannelle" où le narrateur, adolescent, va flâner et découvrir ces boutiques,  une nuit au ciel plein de promesses.

L'écriture s'inscrit également dans un jeu de contrastes permanent.

L'écriture suffit à mon plaisir de lecture,mais la personnalité du Père est fascinante de par la liberté de son imagination, de sa sensibilité au vivant  et à l'immatériel même si l'on a conscience qu'il est passé dans un espace sans retour.

Extraits :

Pleins d'affection, ces arbres simulaient le vent, ébouriffant d'un geste théâtral leurs couronnes, montrant, en des poses pathétiques, l'élégance de leurs éventails, argentés à l'envers comme les nobles fourrures des renards.

Il semblait que des générations entières de journées d'été, comme de patients maçons, étaient venues gratter les crépis moisis des vieilles façades, casser leur émail trompeur, mettant à nu leur véritable visage, la physionomie que le sort leur avait sculptée et aussi la vie qui les avait façonnées du dedans.

Sans nul appui, incompris de nous, cet homme extraordinaire défendait sans espoir la cause de la poésie.

Vous donnez à une quelconque tête de drap et d'étoupe une expression de colère et vous l'abandonnez avec cette colère, cette convulsion, cette tension, vous la laissée enfermée dans une méchanceté aveugle qui ne peut pas trouver d'issue.

Le jour est gris, comme toujours dans ces parages, et le paysage rappelle par instants une photographie de journal illustré, tant sont ternes, plats, les gens, les maisons et les véhicules. Cette réalité mince comme du papier, trahit par toutes ces crevasses son caractère de trompe l'oeil.

Plus loin, derrière les toitures de la place du Marché, je voyais de lointains murs de feu, les façades dénudées des maisons du faubourg. Elles grimpaient les unes sur les autres, raidies par la frayeur, sidérées. Un froid reflet rouge les ceignait d'une couleur tardive.



mots-clés : #fantastique #communautejuive
par Bédoulène
le Dim 21 Mai 2017 - 5:02
 
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Sujet: Bruno Schulz
Réponses: 20
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Ilya Stogoff

Le livre blanc

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 Gfdwfg10

J'ai bien aimé. Moins que mASIAfucker mais bien apprécié malgré tout.
Court mélange de récits qui sont en fait des histoire et contes fantastiques propagées par des tribus sibériennes. On ne connait pas la véracité de ces contes ni s'il s'agit plutôt d'un délire du romancier.
Histoires passionnantes et dépaysantes elles peuvent aussi présenter un certain caractère horrifique.
Le style est toujours aussi plaisant, très brut, très direct, très représentatif de la littérature contemporaine russe en somme.
Petit bémol trop de personnages empêchent une compréhension facile et l'organisation de l'histoire est parfois chaotique, c'est voulu certainement mais il faut parfois s'accrocher.


mots-clés : #contemythe #fantastique
par Hanta
le Jeu 23 Mar 2017 - 15:28
 
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Sujet: Ilya Stogoff
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Vues: 456

Yoko OGAWA



Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 Ogawa110

CRISTALLISATION SECRETE


Comment survivre dans un univers -une île- où tout disparaît. Non seulement les éléments du paysage, mais le paysage lui-même. Et les souvenirs de ce qui existait.
C'est précisément l'effacement des souvenirs qui rend possible la continuité de la vie, même réduite à rien.
Et puis, il y a la police secrète qui veille à ce que perdure ce phénomène. Les "chasseurs de souvenirs" traquent impitoyablement les citoyens. Ils fouillent les demeures et confisquent les objets personnels et parfois, souvent, leurs propriétaires.

La narratrice elle-même n'échappe pas à cette amnésie collective. Elle a vécu l'arrestation de sa mère, arrêtée par la police et qui n'est jamais revenue...
Son père est mort peu après, et elle se retrouve seule dans sa maison..

Elle prend conscience par hasard qu'une résistance passive s'organise. Une rumeur. Une autre rumeur laisse croire que certains auraient réussi à s'échapper.

Mais un jour, la narratrice accueille un homme qui, lui, se souvient de tout. Non seulement elle l'héberge, mais elle le cache avec l'aide d'un vieux conducteur de ferry au chômage.
Elle  le cache parce qu'elle l'aime et aussi parce qu'il essaie de la rééduquer. De lui faire retrouver sa mémoire vive et affective.

Pendant ce temps, les disparitions continuent. S'en suit une longue litanie des disparitions.
Les vivres commencent à manquer et les combustibles. Et l'île est plongée dans un hiver éternel.
Les gens se mettent à perdre leurs membres mais ils s'adaptent, résignés et sans mémoire.

Telle est cette histoire absurde. Yoko Ogawa ne hausse jamais le ton. Au diapason de ces disparitions.
Tout disparaît dans une ambiance grise et feutrée. Rendue plus triste encore à cause de la disparition des oiseaux et des fleurs. Et des livres aussi, puisque la police incendie la bibliothèque. El la narratrice se souvient alors avoir lu quelque part qu'"on commence par brûler les livres et les hommes suivent"..

Mais c'était avant. Avant que tout disparaisse, la vie et les souvenirs.
Une vie qui, en fin de compte n'a de prix que lorsque on en est privé peu à peu.

Message récupéré



_________________
mots-clés : #fantastique
par bix_229
le Mar 7 Fév 2017 - 11:21
 
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Sujet: Yoko OGAWA
Réponses: 7
Vues: 512

Haruki MURAKAMI

1Q84 la trilogie

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 Tylych31

Aomamé, 30 ans, thérapeute et professeur d'art martiaux, est fille de témoins de Jéhovah et a été élevée dans cette communauté jusqu'à l'âge de 11 ans, puis renvoyée par ses parents parce qu'elle a rejeté leurs croyances. Aomamé est une jeune femme secrète et solitaire qui travaille aussi comme tueuse à gages pour des missions dont l'objectif est toujours d'éliminer des hommes qui ont commis des violences à l'encontre de femmes.
Tengo, 29 ans, professeur de mathématiques, lecteur chez un éditeur, écrit mais n'a jamais encore réussi d'œuvre accomplie. Il est le fils d'un collecteur de la redevance pour la chaîne de télévision japonaise NHK5. Son éditeur, Komatsu, lui demande de récrire en secret La Chrysalide de l'air, un manuscrit maladroit mais très original reçu d'une jeune fille de 17 ans, Fukaéri, pour le présenter au prix littéraire des jeunes auteurs.
Aomamé et Tengo se sont connus fugitivement à l'âge de dix ans alors qu'ils étaient élèves de la même classe. Cet attachement, dû notamment au fait que leurs parents les forçaient à les accompagner le dimanche lors de leurs démarches au porte-à-porte, les unit mystérieusement comme un philtre d'amour et les rapproche l'un de l'autre tout au long des trois volumes du récit. Les personnages se retrouvent dans un monde parallèle appelé "1Q84" par Aomamé (l'action se situe en 1984).


1Q84 est un univers parsemé de diverses planètes dans lesquelles s’érigent des mondes  différents, et le trajet pour en saisir quelques fragments est séduisant. . Au fil des chapitres je suis restée en suspension, me délectant  de la création florissante de  Murakami et de l’éclosion de l’âme des personnages.
On prend la température d’une planète, le monde de  Tengo, une sorte de printemps à l’effloraison littéraire,  entre raison et désir authentique.
Vient celui de Fukaéri,  jeune fille  ressemblant à une fleur de toutes saisons, à la fois fanée et  fleurit, sa chrysalide nous précipite dans un champ de poésie et de contes pour enfants.
1Q84 ou 1984, Aomamé, un cœur pas si hivernal, invite le lecteur dans les méandres de son esprit, des feintes d’un pic à glace aux détours d’un raisonnement opportun, on inhale la fragrance  prometteuse des pages confidentes, le parfum d’une trame envoûtante.
Ces mondes captivants  se lient par une contingence, des circonstances,  et le climat ambiant, insolite qu’apporte cette lecture est rayonnant. Aucune précipitation quant à la naissance de l’histoire, on vogue au gré des lignes, sur un ruisseau paisible dont le clapotis nous narre les délices  d’une intrigue insoumise, naviguant  à son allure sans que nous y trouvions le temps long.  
Si 1Q84 récoltent des critiques qui font  tantôt la pluie tantôt le beau temps, mon baromètre est au plus haut car s ’il y a un voyage que l’on souhaite prolonger, c’est bien celui du monde  imaginaire ( mais tant que ça ) de Murakami.
Dans ces trois  opus, je me suis vu en visiteuse,  à l’image de l’histoire «  la ville des chats » qu’il décrit  : envoûté par un monde parallèle,  installé en haut d’une tour à guetter les lignes, me pourlécher les babines de ce tête à tête  jusqu’à m’y perdre, ensorcelée.  
Une ronde de personnages envahissant le contenu d’un livre, sans aucune approximation, c’est d’une plume experte que Murakami  érige un univers remarquable.
Une excursion littéraire où souffle un vent  d’esprit, une brise  d’amour, une bourrasque d’imagination malmenant les âmes pensant apprivoiser la notion du temps.


mots-clés : #fantastique
par Ouliposuccion
le Ven 3 Fév 2017 - 14:02
 
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Sujet: Haruki MURAKAMI
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Oscar Wilde

Le portrait de Dorian Gray

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 Tylych11

Par la magie d'un voeu, Dorian Gray conserve la grâce et la beauté de la jeunesse. Seul son portrait vieillira. Le jeune dandy s'adonne alors à toutes les expériences, s'enivre de sensations et recherche les plaisirs secrets et raffinés. "Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais", "il faut guérir l'âme par les sens, guérir les sens par l'âme".
Oscar Wilde voulut libérer l'homme en lui donnant comme modèle l'artiste. Pour se réaliser, il doit rechercher le plaisir et la beauté, sous toutes ses formes, bien ou mal. L'art n'a rien à voir avec la morale. Dans une langue raffinée, l'auteur remet en question la société, le mariage, la morale et l'art. Ses propos sont incisifs et humoristiques. Ce livre scandalisa l'Angleterre victorienne, Oscar Wilde fut mis en prison pour avoir vécu ce qu'il écrivait. Au siècle suivant, Proust, Gide, Montherlant, Malraux ont contribué à la célébrité du génial écrivain.


"L’art est à la fois surface et symbole."


Conçu , construit autour d'un portrait qui ne représente que l'image de l'homme , sa propre perception enfermant la beauté et l'atrocité , c'est bien l'essence de l'Art.
Celui-ci est littéraire , le chef d’œuvre d'Oscar Wilde équilibre et embrasse ce qui ne se dissocie pas , l'hédonisme et l'esthétisme face à la moralité.
A quel moment l'innocence bascule sur la vanité , subjuguée par les interdits , la perversité tourne le dos à la bonne conscience , devient une abnégation et une apologie aux vices.
Mais n'est ce pas le romantisme noir , j'y reviens encore à cette fameuse période si importante , propice dans tous les arts qui donne naissance à la connaissance et la liberté de pensée  ?
La moralité est malmenée pour laisser place à la nature profonde de l'homme , aussi l'esthétisme ,l'émotion exacerbée et l'imaginaire créatif laissent place à ce nouveau mouvement dont Oscar Wilde fait partie en signant son portrait de Dorian Gray , rejoignant Poe et Baudelaire , en passant par Hugo et Praz.
L’existentialisme est né sous toutes ses formes et c'est dans cette œuvre admirable que Wilde décrit la rencontre de l'homme avec lui-même . Oeuvre contestée et classée immorale par la société de l époque , reste à savoir où se situe la noblesse , dans la connaissance éclairée ou l'ignorance de l'ordre établi.  


La beauté, la vraie beauté, s'achève là où l'air intellectuel commence. L'intellectuel est en soi une façon d'exagérer et il détruit l'harmonie de n'importe quel visage. Dès qu'on s'assied pour réfléchir, on ne devient plus qu'un nez, ou qu'un front, ou quelque chose d'horrible. Regarde les gens qui ont du succès dans toutes les professions savantes : ils sont tous parfaitement hideux ! Sauf bien sûr, dans l'Église, mais c'est que, dans l'Église, ils ne réfléchissent pas.


C'est pourtant bien le vertige de cette recherche d'absolu que décrit Wilde , le drame et la terreur du démon qui n'est qu'une représentation somme toute , de nous même. L'effroi que notre conscience s'est évertuée à taire par la prière et la bienséance , source insupportable de turpitudes , devient une louange , une éloge intellectuelle de cette élévation éclatante , noire vacillante et aliénante.
De ce constat tragique est née cette beauté , celle de l'homme , de nous autres , aussi imparfaits et si affreux.

Je suis heureux que vous n’ayez jamais rien fait, jamais sculpté une statue, jamais peint un tableau, jamais produit quoi que ce soit en dehors de vous-même. La vie a été votre art. Vous vous êtes mis en musique. Vos jours ont été vos sonnets.



mots-clés : #fantastique
par Ouliposuccion
le Mer 25 Jan 2017 - 17:32
 
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Sujet: Oscar Wilde
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Vercors

Et bien moi je commence la récupération de commentaire avec


Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 Sylva10

Sylva

En 1924, Albert Richwick, un jeune gentleman farmer anglais, assiste à un prodige : une renarde poursuivie par des chiens sort d'une haie transformée en jeune femme. Il recueille celle qui n'est encore qu'un animal sauvage dans un corps désirable, et va suivre au fil des jours ses progrès vers l'humanité : apprentissage de la pensée, de la parole, maîtrise de l'objet, épreuve du miroir, découverte de la mort, de l'amour, du sens - tragique - de la vie... ce récit est aussi, on s'en doute, celui d'une extraordinaire histoire d'amour entre un Pygmalion et son élève. Histoire rendue plus émouvante encore par le calvaire de Dorothy, avec qui Richwick devait se marier et qui s'avilit dans la drogue à mesure que Sylva se libère.

Une petite histoire de 280 pages, un peu folle, qui se dévore. Tout au plus pourra-t-on reprocher à l'écriture d'être un poil carrée, mais bon... c'est quand même une sorte de cercle carré qu'il a écrit Vercors. Rondement mené et fourmillant d'idées organisées ce cercle ! Une fois de plus on peut se permettre d'être stupéfait par son mélange de lucidité et d'humour, jamais trop grinçant. Situer l'action outre Manche lui permet quelques pieds de nez divertissants, on peut aussi s'amuser de sa distance avec les bonnes mœurs et les apparences d'une bonne société. Mais si on s'arrêtait là, on n'aurait qu'une petite histoire plaisante.

Il creuse tout ça, et le cœur de l'homme en premier, ce Albert Richwick dit Bonny qui raconte à la première personne. Dans les coins du cercle on trouve une analyse assez juste du ou des sentiments amoureux (et des tiraillements contradictoires avec raisons, devoirs, jalousie, aspirations, ...) qui se bat avec une analyse plus compliquée mais vaguement siamoise de la "condition humaine". La renarde devenue humaine apprend la vie et l'humanité à travers quelques étapes clés avec les mots, la mort, le rire, ...

ça pourrait être plat et con, même, osons le mot si Vercors n'était pas réellement intelligent et motivé : le jeu qui se livre entre la morale, de l'individu ou de la société et quelques instincts plus profonds n'est pas gagné d'avance. Les développements ne sont pas évidents et de nombreuses réponses peuvent surprendre. La fable est amère. L'équilibre entre la femme humaine et la femme renarde se trouble quand les rapports de proportions s'inversent entre Dorothy et Sylva. Le simple idéal d'une femme parfaite à l'équilibre entre deux extrêmes si il ne disparaît pas totalement cesse d'être figé et découvre une des grandes forces de l'auteur : la volonté.

La volonté du choix et du changement, un choix loin d'un positivisme benêt, un choix du cœur dans un univers loin d'être idéalisé, une sorte de vrai choix motivé et puissant, en connaissance de cause, très vivant, intense. Dans ce livre ce choix est sous le charme constant et pénétrant de cette étrange femme renarde à la grâce envoûtante. Et peut être bien qu'elle n'enlève au fond rien aux autres.

Un excellent livre, très accessible et très fin (ce n'est pas contradictoire), très vrai aussi dans ses synthèses et observations. Il réalise un miracle propre aux livres (ou aux excès d'imagination) c'est de vraiment mélanger la femme et la renarde. Ce territoire étant, je crois, interdit aux images. Il en subsiste comme un étourdissement.

Les thèmes sont proches de ceux des animaux dénaturés, différemment j'ai retrouvé la même attention aux individus, la présence de la drogue dans Sylva m'a d'ailleurs semblé bien loin d'être un prétexte. C'est très fort.

extrait :

- Je veux dire, reprit-elle avec un peu d'agacement, que vous ne pourrez la présenter que comme un phénomène. Mais pas comme une parente, ni même comme une amie.
- Et pourquoi non ? (J'étais fort étonné.)
- Ce serait une atteinte aux convenances.
- Enfin, expliquez-vous ! m'impatientai-je.
- Elle a une jolie peau; mais c'est de l'ambre. De très beaux yeux, mais c'est du jais. Ses paupières, ce sont des amandes, sur deux pommettes comme des abricots...
- Vous faites un poème ou une nature morte ?
- En un mot, c'est une asiate mon cher. Je suppose que les renards, à l'origine, devaient venir d'Asie. Elle a l'air d'être née aux Indes ou en Cochinchine.
- Avec des cheveux roux ?
Elle eut une moue un peu narquoise et dit :
- Oh, quelque mésalliance...
J'étais un peu désarçonné. Je trouvais bien moi-même à Sylva un type vaguement exotique, mais à ce point... Si c'était rai, je me préparais en effet quelques humiliations, le jour où je prétendrais introduire une native dans la gentry... Je voulus en avoir tout de suite le cœur net. Je dis : "Allons la voir."
Nous remontâmes. Nous trouvâmes Sylva endormie, blottie dans un fauteuil, encore barbouillée d’œuf. Nous pûmes ainsi l'examiner un bon moment, puis nous nous retirâmes comme nous étions venus et je refermai la porte.
- Avouez, dis-je aussitôt, que vous exagérez.
- Vous n'êtes pas de mon avis ?
- Qu'il y ait un petit quelque chose, je ne dis pas. Mais de là...
- Peu ou prou, n'est-ce pas déjà trop ?
- Je ne vous savais pas si pointilleuse, m'étonnai-je.
- Moi ? J'adore les Hindous. Ghandi, Krishnamurti, Rabindarath Tagore... Mais à chacun sa place n'est-ce pas ?
- Je trouve, insistai-je, qu'elle ressemble plutôt à la duchesse de Bath.
- Personne n'ignore que la mère de la duchesse était au mieux avec je ne sais plus quel maharadjah.
- Eh bien, c'est vous qui l'avez dit : quelque mésalliance - comme la duchesse de Bath. N'en parlons plus.
- A votre aise mon cher. Mais je vous ai prévenu.
Le ton, de part et d'autre était poli, mais un peu sec. Je n'avais pas aimé ces réflexions. Certes, chacun à sa place, sinon la société va à vau-l'eau, mais je ne suis pas, quand même, un partisan des théories de ce petit Français qui s'appelle, je crois, Gobineau ou Gobinot. Il ne faut pas exagérer1.
Je proposai une promenade pour faire diversion. Dès qu'il ne fut plus question de Sylva, nous retrouvâmes cette bonne entente, cette chaude affection, cette vieille tendresse qui m'allaient droit au cœur. Nous passâmes une heure très exquise à déambuler dans les bois. Au retour, un peu lasse, elle s'appuyait légèrement sur mon bras. Après tout, étais-je tellement sûr que je n'étais plus amoureux d'elle ?

1. Ces remarques me paraissent bien tièdes, aujourd'hui ! Mais en ce temps, on ne connaissait pas le mot même de racisme, Hitler était un inconnu dans les prisons de la république de Weimar, chacun, sur ces sujets, pensait plus ou moins comme Kipling. Que de changements depuis !

mots-clés : #fantastique
par animal
le Mar 17 Jan 2017 - 17:20
 
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Sujet: Vercors
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André de Richaud

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 Richau10

LA FONTAINE DES LUNATIQUES

"Trois hommes, trois générations vivent dans une grande maison à l'écart du village.
Hugues, le fils de 18 ans, est d' une grande beauté. Le père, fou de musique, arpente le salon en composant des sons et occupe ses nuits à jouer du piano.

Assigné dans sa chambre, le grand père paralysé et mutique n'en finit pas de mourir.
Ce huis-clos est oppressant, mais somme toute harmonieux.

C'est la mort du grand père qui brise cet ordre étrange.
De vieilles blessures mentale se rouvrent chez le fils et la musique file d'entre les mains du père."

Tel nous est présenté ce livre sous le signe du bizarre, de la solitude et de la folie.
On est frappé qu'un homme aussi jeune (22 ans) en sache autant et d'emblée  sur la vie, la passion, la présence de la mort, la folie et le passage du temps.
Qu'il nous décrive la nature avec une telle luxuriance et les hommes avec une telle clairvoyance.
Son style a une grâce si légère et si nouvelle qu'il traverse le temps sans s'altérer.

Message récupéré


mots-clés : #fantastique #initiatique
par bix_229
le Dim 15 Jan 2017 - 12:07
 
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Sujet: André de Richaud
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André de Richaud


Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 La-nui10

LA NUIT AVEUGLANTE


Le jour de la Fête-Dieu dans le village, Cyprien, 20 ans, chausse un masque de carnaval au passage du Saint Sacrement. Un masque horrible et sanglant.
Provocation de jeune homme pour effrayer la procession.
Mais le masque lui reste collé au visage.

Cyprien se réfugie alors dans une vieille maison abandonnée. Miraculeusement à l'abri du froid, de la faim et des autres besoins vitaux, il vit là en évoquant le passé et notamment son enfance. Sans envisager le futur, convaincu que le monde ne saurait accepter l'apparence monstrueuse qui est devenue la sienne.
Il a perdu la notion du temps  au point de ne pas se souvenir depuis combien de temps il vit là. Et d'ailleurs le temps ne compte plus. Cyprien est hors du temps et du monde.
Est-il encore vivant ou n'est-il qu'une apparence, une pensée désincarnée ? Qui pense à vide et se morfond.

"Eh oui, je crois qu' il n'est qu'un soleil, celui des morts, un soleil dense et noir. Un soleil qui ne se lève ni ne se couche, mais dans lequel on marche en aveugle."

Un jour pourtant, il sortira pour affronter le monde et sa réalité.

Une bien étrange histoire. Symbolique et intérieure. Un roman écrit de l' intérieur d'un corps psychique. Rien n'a valeur de réalité, au sens où la "réalité" qui lui est imposée n'en tient pas vraiment lieu. La maison abandonnée n'existe que dans son imagination -si imagination il y a- elle fait corps avec lui. Comme chaque objet.
Peu à peu Cyprien se rend compte qu' il est interné, prisonnier de lui-même. Mais un jour...

"Cyprien, se dit-il, voilà que tu redeviens un homme. Il y a peut-être des années que tu étais présentable et c'est ta timidité seule qui t'a empêché de vivre. Tu croyais avoir un masque, et tu avais un visage comme tout un chacun. Depuis vingt ans peut-être, tu n' as plus sur toi de traces du péché. Et tu continuais stupidement à souffrir !
Idiot symbole de cette idée horrible. Nous inventons seuls notre châtiment."


En creusant dans la vie de Richaud, on en vient à savoir qu'il se détestait, détestait son apparence. Ce n'est pas à lui qu'on parlait, mais à son masque d' adulte. D'où sa volonté de se confiner à lui-même et même d'accepter volontairement de de se laisser enfermer dans un hospice à cinquante ans.

Après avoir connu la gloire littéraire à un peu plus de vingt ans. Après avoir sombré ensuite dans l'alcoolisme et le mutisme.
Un jour, de son hospice, il écrira un mince livre intitulé Je ne suis pas mort.

Mais il était trop tard et sa vie était jouée.

Ce livre est brûlant comme toute confession intime. Et,  comme une étoile filante, brillant d' une façon sublime avant de s'éteindre à l'horizon.

Message récupéré



mots-clés : #fantastique
par bix_229
le Sam 7 Jan 2017 - 14:34
 
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Elio Vittorini

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 31zq4q10


Les Hommes et les autres (titre original Uomini e no)

La note de l'auteur est importante : le titre français n'est pas en accord avec l'idée que donne l'auteur au titre original  Uomini e no.
Soit "que nous les hommes pouvons aussi être des «non-hommes».

L'histoire se déroule à Milan en 1944 pendant la guerre. Situation propice à illustrer l'idée de l'auteur ; Tous les hommes ont en eux le bien et le mal, du moins la possibilité de le faire.

Le narrateur qui est-il ? le spectre d'un des personnages N2 ? l'autre MOI de N2 ? ou sa conscience ?
Le lecteur suit un groupe de «camarades» dans sa lutte contre l'occupant et ses milices, découvre les horreurs. Mais surtout est interpellé par le narrateur, par ses réflexions sur l' homme. Qui est un homme ? qui ne l'est pas ou ne l'est plus ? N'importe quel homme peut se conduire en «non-homme»? Résister pour se libérer mérite-t-il de se perdre ?

Ce récit est lancinant par le style de l'écriture, la construction des phrases dans une alternance d'affirmation et de questionnement, des phrases courtes mais qui curieusement rendent le  rythme lent. Et malgré que les chapitres soient courts et nombreux le récit conserve cette lenteur ou plutôt cette pesanteur.

C'est une réflexion banale, ne dit-on pas souvent «pour faire cela» ce n'est pas un homme.
Je sors un peu perturbée, mais c'est certainement parce que la réponse n'est pas simple, puisque l'homme ne l'est pas ou bien elle est simple et là encore c'est dérangeant. Ou bien suis-je passée à côté ?

complément :

Il y a aussi dans ce récit qui dans l'ensemble est pesant, troublant avec des morts qui parlent, des morts qui disent l'être pour sauver les Hommes, tous, même Berthe répondirent-ils à sa demande.

-Les hommes sont tués et il ne faut pas pleurer ?
-Si nous les pleurons, nous les perdons. Il ne faut pas les perdre.
-Et il ne faut pas pleurer ?
- Bien sur que non ! Que faisons-nous si nous pleurons ? Nous rendons inutile tout ce qui a été.
-Etait-ce cela pleurer ?
Rendre inutile tout ce qui avait été ? Et quoi encore ? Effacer le sang répandu . Rendre inutile la douleur même ? Est-ce cela ?


Berthe et N2 ont une «chose» entre eux qu'ils portent depuis 10 ans. Le narrateur perd le lecteur et est complice de N2 même si parfois il ne le comprend pas. Dans l'organisation de N2 il y a Fils-de-Dieu qui essaie de convaincre Klut l'un des chiens du fasciste et craint de tous «Chien Noir» de changer de «métier»; ont-ils le choix les chiens ?

"Il fit entrer Kaptän Blut dans sa chambre et lui apporta à manger, sur une petite assiette qu'il avait mise de côté ; il lui apporta aussi à boire.
- Ouh disait Blut
- Ouh lui disait Fils-de-Dieu
Il lui retira sa muselière, et , du museau, Blut lui toucha la main, puis il se mit à manger, et il mangeait pendant un momemnt, relevait un moment la tête et lui touchait la main.
- Qu'est-ce que ça te rapporte, ce que tu fais ? lui dit Fils-de-Dieu. Enfermé dans une chambre, de longs jeûnes, et de la viande crue de temps en temps. Ca te plait, ça ? Ce que tu fais, c'est pour ça que tu le fais. Moi, à ta place, je serais déjà loin.
Blut releva la tête. Ouh ! lui dit-il. Et il lui toucha la main.

...

-Vaou, dit Fils de Dieu. Comment, non ? Vaou, vaou. Tu ne la sens pas leur puanteur ? Et tu ne peux même pas dire de qui elle est. Celle de hyène, tu peux le dire. Elle est de hyène. De même celle de vautour. Elle est de vautour. Mais la leur ? Et toi aussi tu pueras si tu restes avec eux. Comme le capitaine Clemm et comme Chien Noir. Tu veux puer comme Chien Noir ?

- Vaou dit Nlut.


(message rapatrié)


mots-clés : #fantastique #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Sam 7 Jan 2017 - 5:37
 
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Sujet: Elio Vittorini
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Vues: 788

Carole Martinez

La terre qui penche

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 Image291

C'est une chanson douce raconté par une fillette délurée et la vieille âme qu’elle est devenue , des siècles après sa mort. Douceur mêlée de cruauté, une histoire de princesse et de prince, d'amour courtois , de forêt profonde et de rivière ensorcelée. Mais c'est aussi une histoire cruelle de fillettes fouettées,  offertes à la soif et au sexe des hommes, interdites de lecture, de pensées et de liberté, fillettes impures qui ne sont "que des culs", guettées par le diable filou.

On retrouve une fois de plus chez Carole Martinez, et avec grand plaisir,  cette dénonciation de la condition des femmes, contre laquelle sa jeune héroïne, Blanche, va se révolter. On est dans  un Moyen-Age traumatisé par la peste dévastatrice, empreint de superstition, assujetti par la religion et l'enfer, mais tous ces carcans n'empêchent pas (ou favorisent) l'explosion sans contrôle des plaisirs, des impulsions  et de la violence.  

Emmenée au Château des Murmures par son père, arrogant et indifférent, pour un un mariage arrangé, elle va transformer celui-ci en folie amoureuse, apprendre à lire, se jouer de l'ogre des forêts, apprendre auprès des uns et des autres les secrets de sa naissance et de la vie : les hommes mauvais ne sont ils pas ceux qui ont le plus souffert?

Sacrée gamine sans mère  qui chevauche un  percheron du nom de Bouc en compagnie de ses trois  loups-amis fantasmatiques, elle réveille d'un baiser son amoureux au bois dormant, se confronte aux sortilèges de la rivière alternativement aimante et meurtrière, espionne chacun, se retire au pays des rêves où la cuisinière concocte des plats délicieux qui vous font revivre les quatre saisons.

A tes côtés, je m'émerveille,
Blottie dans mon ombre qui partages ma couche,
Tu dors, ô mon enfance,
Et pour l'éternité, dans la tombe, je veille


Cette histoire à deux voix, dialogue entre la vie et la mort, entre la jeunesse et la vieillesse, est pleine d'enseignements cachés, de morales implicites, mêlés à une poésie étincelante.
On est en plein réalisme magique, c'est beau comme un retour d'enfance.

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 Image292


mots-clés : #fantastique #moyenage
par topocl
le Ven 6 Jan 2017 - 10:18
 
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Sujet: Carole Martinez
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Ismail Kadare

Qui a ramené Doruntine

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 3 Image287

Conte plaisant dont l'humour macabre n’est pas sans rappeler Perutz, Qui a ramené Doruntine raconte comment une sombre affaire de fantôme devient une affaire d'Etat et de Religion.
On croise ici une famille de neuf frères décimés par la peste, et l'un d'eux sort de sa tombe pour quérir leur unique sœur (la fameuse Doruntine), mariée au loin en terre inconnue. Les rumeurs les plus saugrenues se confrontent aux prises de position rigoristes de la Sainte Eglise Orthodoxe pour influer Stres, le capitaine bonhomme qui enquête sur cette affaire et trouvera sa propre solution (qu'importe la vraie solution?), en forme d'appel à l'esprit national et frondeur des Albanais.

(commentaire récupéré)



mots-clés : #fantastique #polar
par topocl
le Ven 6 Jan 2017 - 5:37
 
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Sujet: Ismail Kadare
Réponses: 4
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