Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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La date/heure actuelle est Mer 7 Déc - 16:38

110 résultats trouvés pour fantastique

Kôda Rohan

La Pagode à cinq étages et autres récits

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 51soeb10

Contient : Le Bouddha d'amour ; Face au crâne ; Venimeuses lèvres de corail ; La lettre cachetée ; La pagode à cinq étages

Nouvelles traduites par Nicolas Mollard.

Écrivain sans cesse tiraillé entre un idéal ― celui du détachement poétique ―  et l'incertitude face aux désarrois de la société japonaise à son époque, on voit déjà que dans ces cinq récits, Kôda Rohan a constamment cherché à retranscrire cette ambivalence. Autant on sent que son goût pour la poésie est aussi fort qu'il a fait forte impression sur Tanizaki, autant lui a eu le sentiment que c'était un penchant dévoyé. Avouant qu'il avait dans sa jeunesse "plein de romans en tête", tandis qu'il a après coup jugé que le roman portait en lui une esthétique sans impact dans le monde, impuissante à le faire changer.

Au cœur d'une structure littéraire assez traditionnelle, qui peut parfois faire penser aux Contes de pluie et de Lune, ces personnages voués à la solitude et à la passion, se trouvent en butte face à une société bornée par les convenance et le préjugé. Les moments où ces personnages se sentent libérés des autres coïncident souvent avec de très légers moments poétiques. Le flottement dans la narration au moment où les personnages rêvent ou disjonctent, permet de faire basculer le récit dans le fantastique avec un grand naturel. Les choses ne sont pas si simples quand on voit ces personnages reclus succomber dans la folie ou la haine, ou plus banalement, l'aveuglement.

mots-clés : #fantastique #nouvelle
par Dreep
le Mar 24 Avr - 18:16
 
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Sujet: Kôda Rohan
Réponses: 4
Vues: 496

Christopher Priest

Le prestige

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 Proxy_18

Ca a finalement plutôt foiré avec ce Prestige.
Au début j'ai trouvé une belle vivacité au récit, ce frère jumeau méconnu qui échange ses impressions avec le héros par transmission de pensée, cette rencontre dans un  manoir en voix de délabrement, ces deux famille "unies" par la fatalité de leurs ancêtres, deux magiciens célèbres des débuts du XXème siècle qui passèrent leur vies à se haïr. J'étais séduite, c'était sympathique et accrocheur.

Et puis peu à peu,  le deuxième magicien s'est mis à re-raconter l'histoire à sa façon, je me suis mise à m'ennuyer, j'ai sauté quelques paragraphes (et sans doute quelques informations cruciales), et cette faiblesse passagère m'a rendue sensible au nouveau virus BB*, ce qui fait que j'ai zappé encore plus d'infos et me suis retrouvée dans un salmigondis d'expériences farfelues, de dédoublements multiples de personnages, des téléportations foldingues, et quand le mort a écrit dans  son journal qu'il meurt une deuxième fois et continue cependant  à écrire, la machine de Tesla a fini par exploser dans  mon petit esprit fragilisé  qui a disjoncté, me laissant exténuée, sans assez énergie pour tout reprendre à zéro et chercher par une deuxième lecture les clés qui me manquaient: j'ai laissé tomber 20 pages avant la Fin. Pas bien malin, je vous l'accorde.



*Virus Barcarolo-bédoulènien, cousin de la mouche tsé-tsé qui affecte le lecteur inattentif et vieillissant



mots-clés : #fantastique
par topocl
le Sam 7 Avr - 14:02
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Christopher Priest
Réponses: 19
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Julio Cortázar

Cronopes et Fameux

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 Cronop10

Recueil de courts récits regroupés en quatre parties : "Manuel d'instructions" (loufoques), "Occupations bizarres" (d’une famille assez déjantée), "Matière plastique" (la souplesse est une qualité récurrente) et "Histoires de Cronopes et de Fameux".
Depuis Platon, nous distinguons deux types d’hommes, sans oublier le troisième ; nous avons donc les Cronopes et les Fameux ‒ ainsi que les Espérances :

« Les Espérances, sédentaires, se laissent voyager par les choses et les gens, elles sont comme les statues qu’il faut aller voir puisqu’elles ne se dérangent pas. »
Julio Cortázar, « Voyages », in « Histoires de Cronopes et de Fameux », in « Cronopes et Fameux »


Essayer de décrire ces brefs aperçus serait aussi compendieux qu’ils sont lapidaires : il vous sera beaucoup plus vite fait de les lire. Indescriptibles, ils font penser aux Surréalistes, à Vian, à Michaux surtout ; c’est aussi du ressort de l’absurde, avec beaucoup d’humour, et de poésie. Pire, plus on s’avance dans le livre, plus c’est jubilatoire.
Les moralités éventuellement à tirer de ces sortes de contes seraient du domaine du ludique ou de l’illusoire ‒ encore que : les rigides et les légers ? les cigales et les fourmis ? les prosaïques et les poètes ? Sans oublier le troisième type...
Si j’aime ? c’est le genre d’histoires auquel je suis particulièrement sensible.

Assez inclassable ; je verrais à la rigueur l’hashtag Nouvelle ‒ voire Fantastique.

Je recommande également l’incontournable Marelle, mais aussi Le livre de Manuel, et ses nouvelles.


mots-clés : #fantastique #humour #nouvelle
par Tristram
le Mar 3 Avr - 13:50
 
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Sujet: Julio Cortázar
Réponses: 47
Vues: 3238

Christopher Priest

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 51aaq710

Le Prestige

Le Prestige est classé dans la SF, mais il est au croisement de la réalité et de la magie… ! Et pour cause ! il s’agit d’un livre sur la magie et à propos de prestidigitateurs, qui plus est très bien fichu !

L’auteur s’est documenté auprès des spécialistes des tours de magie, depuis le close-up, la magie vue de près jusqu’aux grands tours comme la Grande Illusion, pour inventer cette intrigue bien ficelée un peu à la Léo Perutz.

Pas une intrigue de polar, mais une intrigue quand même sur la jalousie viscérale entre deux magiciens de renom, sur le monde de l’illusion, sur leur illusion et leurs désillusions, leur but étant la mise à mort de l'autre comme avec un taureau. Leurs tours de magie sont spectaculaires, et nous sont contés avec art ! On n’est pas loin d’en connaître les secrets, surtout ceux du magicien concurrent (donc de l’un et de l’autre !) car le rêve de l’un et de l’autre est de maîtriser le tour du rival qui a tant subjugué toute l’Angleterre et même l’Europe pour être le meilleur, le premier.

Les spectacles de l’un, puis de l’autre adversaire, qui s’épient tour à tour sans jamais s’en lasser, à des fins destructrices, et à l’époque où se déroule l’histoire, fin XIXe-début du XXe siècle, sont incroyables et fous, ils mêlent la science à leur art, une science novatrice pour l’époque qui fait appel à l’électricité, puis aux découvertes de Nicolas Tesla, avec une mise en scène ahurissante ! Et comme il faut manger pour vivre et continuer à exercer ce métier auquel ils tiennent plus que tout, les contrats, les tournées, l’argent jouent un grand rôle...

Bref, c’est avant tout un livre sur la magie et les magiciens, qui a d’ailleurs servi de scénario à Christophe Nolan, séduit par cette mise en scène ! Et c’est aussi l’histoire des descendants qui enquêtent sur leur aïeul respectif, sur cette histoire plutôt tragique de ces deux grands magiciens. On ne s’ennuie pas !

Comme dans la réalité dans l’univers de la magie, on retrouve ici l’envie et les jalousies entre magiciens prétentieux, leurs mensonges et leurs [dés]illusions, les bâtons qu’ils peuvent se mettre dans les roues (comme j’ai pu le constater en approchant sur la pointe des pieds cette corporation). Dans le livre, les tours de magie sont inspirés de la réalité du métier de magicien, et le vocabulaire spécifique est respecté.

J’ai donc dit que cette histoire me fait penser à Léo Perutz ! à l’anglaise ! Et j’ai bien aimé cette lecture.

Un extrait au hasard, et sans doute pas le meilleur mais :

Quand Borden ôta son chapeau puis le lança en l’air, je me penchai en avant, guettant l’étape suivante, la plus surprenante. Mais le haut-de-forme monta jusqu’aux cintres, où il disparut pour ne pas reparaître ! (De toute évidence, un machiniste attendait là-haut, qui gagna dix shillings en l’attrapant.) Mon rival se tourna avec un sourire forcé vers le public, dont il obtint les rires attendus. L’hilarité ne s’était pas calmée qu’il tendit calmement la main… et que le chapeau dégringola des cintres à point nommé pour qu’il s’en saisît d’un geste parfaitement naturel. Excellente mise en scène, qui méritait bien la deuxième vague de rires.
Puis, avant que le silence fut revenu, avec une confondante rapidité :
Le chapeau s’envola derechef ! La porte de la deuxième malle se referma en claquant ! Celle de la première s’ouvrit ! Borden en bondit, tête nue ! La deuxième s’effondra ! Borden traversa la scène en souplesse, attrapa le haut-de-forme, s’en coiffa d’un geste décidé ! […]
« Vous savez comment il fait ? insistai-je.
– Évidemment, répondit-il. Et je suppose que vous aussi.
– Je suis plus perplexe que jamais. Comment diable peut-il se trouver en deux endroits à la fois ? Ça me paraît impossible.



mots-clés : #fantastique
par Barcarole
le Mer 28 Mar - 20:15
 
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Sujet: Christopher Priest
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Horacio Quiroga

Contes d'amour de folie et de mort

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 Contes10


Epuisant. J'ai la sensation d'être passé par une succession d'états fiévreux et hallucinatoires; d'avoir longtemps erré par une forêt obscure et sauvage qui entendait me garder captif; ou plutôt de sortir, grelottant, d'une tourbière dans laquelle je m'étais englué.
Quelqu'un a-t-il un rhume, une écharde dans le doigt ? Ce n'est pas bon. Chez Quiroga, c'est même une condamnation à mort.
Le drame vient d'un non-dit qui corrompt, d'un trouble constitutif de l'écriture même, une frustration qui étouffe les personnages comme de l'intérieur : une fièvre qui couve lentement, infecte, et détruit sans que rien ne puisse être expliqué ni ne soit résolu.
Les hommes sont animalisés, et la compassion à leur égard est presque interdite. @Armor, tu trouves que les caractères manquent de complexité. Peut-être ! c'est une monstruosité nue qui est révélée, un dépouillement des qualités d'être humain, les personnages paraissent souvent des valeurs immuables qui participent à ce tableau de cauchemar.

Le recueil est d'une profonde unité, duquel les divers arcs se rejoignent et s'agrègent en un espace compact. Ambiguïté, hallucination, dégénération, stérilité; un peu d'espoir (bien peu).
C'est une grande écriture, sobre, essentielle. Celle de Goethe me fait penser à une sève irriguante, celle de Quiroga à un fruit décomposé. Tantôt on pressent des parentés avec Sabato, tantôt les contours de Kafka se dessinent; parfois, au-delà de la sécheresse, se modulent des accents d'un romantisme sombre (quoique sans délit de lyrisme exacerbé).

Il faut plutôt être en forme, mais je le trouve incontournable.


mots-clés : #fantastique #mort #nature #nouvelle
par Quasimodo
le Lun 26 Mar - 21:36
 
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Sujet: Horacio Quiroga
Réponses: 31
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Washington Irving

RIP et autres contes

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 Gdfhsb10

Ensemble de contes dont le plus fameux est Rip qui est éponyme puisque l'on suit le récit de Rip van Winckle. Histoires fantastiques qui sont un peu les ancêtres des légendes urbaines américaines (on y retrouve Sleepy Hollow) parsemées d'un vrai goût pour les descriptions de type naturalistes. Le récit fantastique est n prétexte pour nous faire découvrir la nature de l'Amérique, la nature sociale, sociétale, politique mais aussi historique. Egalement la vraie nature.
Le style ainsi que les idées développées m'ont fortement fait pensé à Tocqueville et je fus du coup totalement hors de l'aspect fantastique de l'histoire souvent réduite à une élucidation rationnelle servie par l'alter ego avec le pseudo de  Dietrich Knickerbocker qui sert à retracer la vision réaliste de l'histoire. et de l'Histoire.

Intéressant.


mots-clés : #contemythe #fantastique
par Hanta
le Mar 13 Mar - 9:59
 
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Sujet: Washington Irving
Réponses: 5
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Max Porter

La douleur porte un costume de plumes,

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 La_dou10

Petit livre étonnant ! C'était ma Kube de février, je voulais quelque chose de différent, me voilà servi ! Il y a trois personnages, trois points de vue différents : le père, le corbeau, et les garçons. Comme dans une pièce de théâtre, les personnages se répondent ou font tout simplement des monologues. C'est assez léger, même si le thème abordé est sombre. Il se lit vite, il est très émouvant, mais on ne s'embourbe pas dans le pathos pour autant. Je ne connais pas très bien Poe, mais il y a je pense une réelle référence à son poème Le Corbeau (à vous de confirmer :p). Ce roman sort des sentiers battus, il est surprenant et frais, nouveau, je vous le conseille vivement Smile

mots-clés : #fantastique #mort
par Silveradow
le Ven 23 Fév - 12:37
 
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Sujet: Max Porter
Réponses: 1
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Gilbert-Keith Chesterton

La sphère et la croix
Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 51zjoa10

Titre original: The ball and the cross. Roman, 300 pages environ, 20 chapitres.

Les intitulés des chapitres sont vraiment évocateurs, allez, pour la joie de les poser là:
Spoiler:

Publié en 1910 à l'état de livre, parution en feuilletons échelonnés entre mars 1905 et novembre 1906 dans "The Commonwealth". C'est le troisième roman, par ordre chronologique, de Chesterton.

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 La_sph10
Dessin de Ben Hatke, tiré de son blogue où vous en trouverez quelques autres ayant trait à "La sphère et la croix", ainsi que quelques propos sur le livre, dont il a illustré une ré-édition.
Ici un lien vers un téléchargement du livre (en version originale), ou encore ici.

La sphère et la croix est une fable, signée d'un maître-métaphysicien. Rassurez-vous, elle est garnie en paradoxes, l'écriture est leste, décapante et joyeuse, le tout est très enlevé. Pas d'inquiétude, le sens de l'humour, si particulier, est à l'habituel niveau de cette figure de proue britannique du genre. Truculent, rondement mené et jubilatoire !  

Tout commence dans le "vaisseau volant" du professeur Lucifer, accompagné par un moine-ermite âgé, bulgare "de grande sainteté", du nom de Michaël, qu'il a kidnappé dans le but de le convertir à ses idées. Croyant aborder une planète inconnue, tout en croisant le fer (verbal) sur des thèmes emprunts de symbolique avec Michaël, Lucifer manque de justesse percuter...la cathédrale Saint-Paul à Londres, surmontée d'une sphère et d'une croix. Furieux des arguments du moine, le professeur Lucifer jette Michaël hors du "vaisseau volant", celui-ci se rattrape in extremis aux branches de la croix qui surmonte la sphère.

S'ensuit un passage remarquable, poético-philosophique, celui de la descente du moine, qui rencontre un gardien, lequel l'amène via les escaliers au sol, avant de le remettre entre les mains de la police, afin de le faire interner en tant qu'aliéné.

De façon concomitante, un jeune écossais catholique (Evan MacIan) fracasse la vitre d'un homme de plume athée dont les écrits et son commerce ne provoquent qu'une totale indifférence (James Turnbull), après avoir lu en vitrine quelques propos comparatifs entre la Vierge et une divinité mésopotamienne.
S'ensuit un attroupement, une demande de régler cela en duel, et l'affaire finit au tribunal, où MacIan campe sur sa position, tandis que Turnbull, plus roué et plus au fait de ce qui peut se dire à la barre d'un tribunal londonien, s'en sort à son avantage. Mais, à la sortie, coup de théâtre: Turnbull, qui a enfin rencontré quelqu'un qui réagit à ses travaux -la chance de sa vie !-, exige son duel, et voilà nos comparses fouinant dans la boutique d'un antiquaire, afin de trouver les épées ad hoc. Ils en trouvent, ligotent l'antiquaire qui leur refusait le droit de se battre dans son jardinet, et leur duel est interrompu par le fait que l'antiquaire, s'étant libéré, a ameuté la police.

Nos protagonistes s'échappent en cab "réquisitionné" de force, puis quittent la ville afin de poursuivre leur querelle ailleurs, tandis que leur affaire fait grand bruit dans les journaux, et que la police les pourchassent. Chesterton, tout en tirant quelques remarques bien senties et paradoxales sur le journalisme et sur la marche du monde, donne dans le quichottisme.
Chesterton a toujours la délicate gaité consistant à poursuivre un genre prisé il y a longtemps, et qui semble avoir perdu ses lettres de noblesse, la farce, ainsi que le burlesque, comme à plusieurs reprises souligné pour ce qui concerne d'autres de ses romans, que j'ai eu la joie de commenter sur ce fil.

Mais Turnbull et MacIan seront sans cesse interrompus dans leurs tentatives de duel, ce qui participe à l'effet comique. Un pseudo-ange pacificste (?), un philosophe sanguinaire quelque peu dérangé, la marée, une dame de la haute société qui les sauve de la police, jusqu'à une fuite en bateau sur une île de la Manche (où, grimés, ils intervertissent leurs rôles en quelque sorte, pour quelques pages savoureuses), et même sur ce qu'ils croient être une île déserte ils sont sans cesse conduits à remettre leur duel.

Je ne vais pas m'étendre sur le pourquoi c'est si spécifiquement pré-kafkaien et pré-borgésien, ce serait vraiment trop dévoiler. Les personnages secondaires, empêcheurs de s'entretuer en rond ou non, sont remarquables. Et le monde -la société moderne- qui empêche deux gentlemen de s'entretuer pour un prétexte qui, paradoxalement toujours, pourrait être le seul qui vaille, donne aussi l'occasion à Chesterton de renverser ce qui est interprété comme la folie ordinaire du côté de la normalité, et vice-versa. Le retournement du regard du lecteur est finement amené, c'est, là aussi, très chestertonien, et de haute volée.

Chesterton, ailleurs que dans ce roman a écrit:Toute ma vie, j’ai aimé les bords, les arêtes ; et la limite qui amène une chose à se dresser très vivement contre une autre.


Pour les principaux caractères, Michaël/Lucifer (très allégoriques) et MacIan/Turnbull sont, peut-être, à rapprocher de Chesterton/G-B Shaw, ou encore Chesterton/Robert Blatchford (directeur de The Clarion comme, dans le roman, Turnbull est directeur de The Atheist).

Il est intéressant de noter la complicité de Turnbull et MacIan, fraternisant, somme toute, très vite dans l'adversité. MacIan veut expédier le duel avant de trop éprouver d'amitié (=caritas, amour du prochain) envers Turnbull. Et le non-dit final, déductible (permettez que je reste vague, c'est pour l'intérêt des futurs lecteurs) les rapproche encore plus.

Affirmer que j'ai aimé & aime ce livre est peu affirmer.
Je m'efforce de ne rien dévoiler, de tout laisser intact pour que ceux qui sont susceptibles de le parcourir.
Au surplus quelques extraits:

Chapite II a écrit:Londres l'intimida un peu, non qu'il le trouvât grand ni même terrible, mais parce que cette ville le déconcertait. Ce n'était ni la Cité d'or ni même l'enfer, c'étaient les Limbes. Une émotion le saisit quand, tournant le coin merveilleux de Fleet Street, il vit Saint-Paul se dresser dans le ciel:
"Ah, dit-il après un long silence, voici une chose qui fut bâtie sous les Stuarts !".
Puis, avec un sourire aigre, il se demanda quel était le monument correspondant dû aux Brunswicks et à la Constitution protestante. Après réflexion, il opta pour une annonce juchée sur un toit et qui recommandait des pilules.


chapitre XI a écrit:Le père et la fille était de cette sorte de gens qui normalement auraient échappé à toute observation,, celle, du moins, qui dans ce monde extraordinairement moderne sait tout découvrir, excepté la force. Tous deux avaient la force sous leur apparence superficielle, comme ces paisibles paysans qui possèdent dans leurs champs d'immenses mines non exploitées. Le père, avec son visage carré et ses favoris gris, la fille, avec son visage carré et la frange d'or de ses cheveux, étaient tous deux plus forts qu'on ne le supposait. Le père croyait à la civilisation, à la tour historiée que nous avons dressée pour braver la nature, c'est-à-dire que le père croyait à l'Homme. La fille croyait à Dieu et était encore plus forte. Ni l'un ni l'autre ne croyait en lui-même, car c'est là une faiblesse décadente.  


chapitre VIII a écrit:     Je commence à comprendre un ou deux de vos dogmes, monsieur Turnbull, avait-il dit énergiquement, alors qu'ils gravissaient avec peine une colline boisée. Et je m'inscris en faux contre chacun de ces dogmes à mesure que je les comprends.

   Celui-ci, par exemple: vous prétendez que vos hérétiques et vos sceptiques ont aidé le monde à marcher de l'avant et tenu bien haut le flambeau du progrès. Je le nie. Rien n'est plus évident, d'après la véritable histoire, que chacun de vos hérétiques a bâti un cosmos de son invention et que l'hérétique venu après lui a pulvérisé ce cosmos.

   Qui donc aujourd'hui sait exactement ce qu'enseigna Nestorius ? Qui s'en soucie ? Nous ne sommes, sur ce sujet, certains que de deux choses. La première est que Nestorius, en tant qu'hérétique, eut une doctrine tout à fait opposée à celle d'Arius, l'hérétique qui le précéda, et sans aucun intérêt pour James Turnbull, l'hérétique qui vint après lui. Je vous défie de revenir aux libres penseurs du passé et de trouver un asile aupès d'eux. Je vous défie de lire Godwin ou Shelley ou les déistes du XVIIIème ou les humanistes adorateurs de la nature, à l'époque de la Renaissance, sans découvrir que votre pensée est éloignée de la leur deux fois plus qu'elle ne diffère de celle du pape.

   Vous êtes un sceptique du XIXème siècle et ne cessez de répéter que j'ignore la cruauté de la nature. Au XVIIIème siècle, vous m'auriez reproché d'ignorer sa bonté et sa bienveillance. Vous êtes athée et vous glorifiez les déistes du XVIIIème. Lisez-les au lieu d'en faire l'éloge et vous découvrirez que leur univers ne subsiste ou n'est détruit que par l'idée de divinité. Vous êtes matérialistes et vous tenez Bruno pour un héros de la science. Voyez ce qu'il a dit et vous le prendrez pour un aliéné mystique. Non, le grand libre penseur, quelles que soient son habileté et sa bonne foi, ne détruit pas pratiquement le christianisme.  Ce qu'il détruit, c'est le libre penseur venu avant lui.

   La libre pensée peut être suggestive, elle peut être excitante, posséder autant qu'il vous plaira ces mérites qui viennent de la vivacité et de la variété. Mais il est une qualité que la libre pensée ne peut jamais revendiquer...la libre pensée ne peut jamais être un élément de progrès. Elle ne le peut pas, parce qu'elle n'accepte rien du passé; elle recommence chaque fois au commencement, et, chaque fois, s'en va dans une direction nouvelle. Tous les philosophes rationalistes sont partis sur des routes différentes, si bien qu'il est impossible de dire lequel a été le plus loin. Qui peut discuter sur le point de savoir si Emerson fut optimiste à un degré supérieur ou Schopenhauer fut pessimiste ?
   C'est comme si l'on demandait si ce blé est aussi jaune que cette colline est escarpée.  


chapitre XX a écrit:- Vous me refusez ma demi-bouteille de Médoc, la boisson la plus salutaire et qui m'est la plus habituelle. Vous me refusez la société et l'obéissance de ma fille que la Nature elle-même impose. Vous me refusez la viande de bœuf et de mouton, alors que nous ne sommes pas en carême. Vous me défendez maintenant la promenade, une chose nécessaire à une personne de mon âge. Inutile de me dire que vous faites cela en vertu d'une loi. Les lois sont fondées sur le contrat social. Si le citoyen se voit dépouillé des plaisirs et des facultés dont il jouirait même à l'état sauvage, le contrat social est annulé.

- Tous ces bavardages n'ont pas de raison d'être, Monsieur, dit Hutton, car le directeur gardait le silence. Nous sommes ici sous le feu des mitrailleuses. Nous avons obéi aux ordres, faites de même.

- Tout fonctionne ici dans la perfection, approuva Durand, comme s'il avait mal entendu; tout marche au pérole, je crois. Je vous demande seulement d'admettre que si par de telles choses nous sommes privés même du confort de l'état sauvage, le contrat social est annulé. Voilà un point intéressant à débattre.


Porté, incomplet mais avec un zeste de retouches, depuis un message sur Parfum du 25 juillet 2015.


mots-clés : #fantastique #humour #religion
par Aventin
le Ven 12 Jan - 15:40
 
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Sujet: Gilbert-Keith Chesterton
Réponses: 50
Vues: 4252

Pasi Ilmari Jääskeläinen

LUMIKKO

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 51n00p10

Au sein d'’un petit village finlandais prospère une étrange société littéraire secrète composée de neuf écrivains réunis autour de la figure tutélaire de Laura Lumikko, auteur à succès d’une série de livres fantastiques pour la jeunesse. En pénétrant peu à peu dans l’'intimité de cette société – grâce à un Jeu aux règles complexes permettant d’arracher la vérité aux membres de la société – Ella, une jeune professeur de finlandais aux ovaires déficients, découvre le sombre secret de leur inspiration. Pendant ce temps, Laura Lumikko disparaît, tandis qu'une étrange peste semble s'’être abattue sur les livres de la bibliothèque : certains livres voient leur fin subtilement altérer...

Avec une écriture pleine d’ironie, Pasi Ilmari Jäaskelainen nous invite dans un univers trouble, progressivement étouffant, qui n’'est pas sans rappeler celui déployé dans la série Twin Peaks de David Lynch, et réussit la gageure de créer une atmosphère à la fois drôle et inquiétante.
À la fois conte initiatique, hommage à la mythologie finnoise et thriller sombre et angoissant, ce roman polymorphe constitue avant tout une réflexion acérée sur la position de l'écrivain dans la société et sur la nature de l’inspiration.



Ce livre, tout en ayant le désavantage de laisser sur sa faim, a l’avantage de nous mettre face à moults questionnements pour lesquels une relecture serait certainement un moyen de saisir certains éléments qui n’ont pas percuté à la première, alors que nous n’avions pas notion de la chute. J'en ai d'ailleurs fait une en diagonale et j'ai déjà relevé pas mal de choses. Je reste tout de même frustrée car il est étonnamment insaisissable, bien que je pense qu'une analyse fine pourrait en livrer une certaine explication, mais pour cela il faudrait une vraie relecture dans laquelle je ne souhaite pas me lancer dès à présent.

L'ambiance et l'atmosphère étrange monte crescendo, c'est interrogeant mais je pense n'avoir eu une réelle accroche et le désir de savoir que quand certains mystères supplémentaires surviennent.  Reste ensuite à notre interprétation ce que l’on veut bien entendre de ce livre, et c’est là la partie la plus intéressante (et la plus prise de tête) car il faut essayer de recréer le puzzle.

J'ai mis une grande partie en spoiler car cela livrerait des éléments, après, à chacun de choisir s'il souhaite lire ou non. Ces éléments donnent certaines informations de ce qui se passe, mais ce sont essentiellement des recoupements que j'ai pu faire car vraiment, l'œuvre est complexe.

Tout d’abord, voici la trame de fond :
L’histoire se situe dans le village natal d’Ella, un village dans lequel résident nombre d’écrivains, dont ceux de la société littéraire créée par Laura Lumikko. Ella Milana a 26 ans, des « lèvres bien dessinées et des ovaires déficients ». Drôle de présentation d’emblée que nous fait ici l’auteur. Ses fiançailles ont été rompues 3 mois après cette nouvelle. Elle est professeur remplaçant de finnois, et l’histoire commence quand elle découvre avec horreur que la fin de crime et châtiment a été changée, Sonia tuant Raskolnikov.

Cette modification dans l’œuvre de Dostoïevski est à l’origine de sa rencontre avec Ingrid Kissala et du fait qu’elle apprenne de sa bouche le fléau qui s’abat sur les livres, certains d’entre eux étant atteints d’une « peste » qui les rend instables.

Ella a fait son mémoire sur Laura Lumikko et notamment la dimension mythologique de ses œuvres, un ensemble de livres intitulés « Bourg-aux-monstres ». Avec la nouvelle qu’elle a écrite, « Le squelette était assis dans la grotte et fumait en silence », elle est repérée par Laura Lumikko et intègre à Société d’écrivains créée par celle-ci pour être le 10ème et dernier membre.
Spoiler:



mots-clés : #contemythe #fantastique #polar
par chrysta
le Lun 25 Déc - 7:46
 
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Sujet: Pasi Ilmari Jääskeläinen
Réponses: 2
Vues: 737

Romain Verger

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 Cvt_fi10

Fissions


Ce roman est une histoire étrange, cauchemardesque. Un jeune homme se marie avec une jeune femme qu’il connaît à peine, qu’il a rencontrée sur Internet, Noëline. Et ce mariage va être une véritable tragédie, un basculement de sa vie.

Le jeune narrateur se retrouve interné dans un hôpital psychiatrique après s’être crevé les yeux et se rappelle cette nuit de noce mémorable qu’il consigne par écrit chaque jour. Le roman commence dans cette chambre d’hôpital.

L’écriture est belle et tirée au cordeau, chaque détail décrit minutieusement est plus horrifiant que le précédent. Les personnages sont glauques, étranges, en particulier la méchante belle-mère et la belle-famille, tous grotesques et immondes, qui donnent envie de s’enfuir en courant, annonciateurs du cauchemar à venir ; le lieu et le climat qui y règne sont tout aussi sinistres, dans une maison à la campagne emplie d’insectes dégoûtants. Dans ce roman un petit quelque chose de surnaturel ajoute à l’effet esthétique du style.

Ce livre, un thriller, est intéressant par la qualité de son style d'écriture, son esthétisme, son originalité, et ce qu’il produit sur le lecteur.

Extraits :

« Au retour de l’église, j’avais l’impression de revenir d’une messe d’enterrement. Le visage collé à la vitre, hagard et noyé sous les larmes, Noëline se refusait à mes câlins. […] »

« Je ne pensais qu’à faire bonne figure face aux invités qui affluaient, tous ces gens inconnus qui se pressaient pour me féliciter, tous plus laids les uns que les autres. Combien transpiraient la maladie, le visage rougeaud et gonflé, le nez rosacé couvert de papules, lorsque la face tout entière érythème n’était pas le foyer d’abjects granulomes. D’autant qu’à certains moments, des cris de bête nous parvenaient de là-haut, qui ébranlaient les soupières de gaspacho. Alors les gens chuchotaient, comme s’il se tramait quelque chose dont j’ignorais tout. »

« Peut-on mieux dévoiler l’amour à ceux qui s’y destinent qu’en les séparant comme on tranche les siamois, en taillant dans la chair et brisant l’os iliaque, dans le vif des deux, en dédoublant le mal, en répliquant la nuit ? Pour te retrouver, te voir, je suis du bout des doigts les nouveaux traits de mon visage, cette page de braille qu’est devenue ma face : arêtes, séracs, fissures, escarpes, l’exact calque en trois dimensions de ce pays montagneux dans les plis contractés duquel a couvé notre union. Il ne nous aura guère fallu une vie entière pour qu’à l’image de ces couples que de longues années de vie commune façonnent l’un en miroir de l’autre, nous en venions à nous confondre. »



mots-clés : #fantastique #polar
par Barcarole
le Mar 12 Déc - 21:47
 
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Sujet: Romain Verger
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Hanns Heinz Ewers

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 Dans-l10

Dans l'épouvante
Histoires extraordinaires


Et de qualités inégales. Ma confiance en la Petite Bibliothèque Ombres n'aura pas empêché la déception d'ensemble. Qu'étais-je parti chercher dans ces nouvelles ? Dun frisson, du mystère, possible mais surtout je crois la touche d'exotisme, le goût de la frontière entre cet exotisme et le mystère, la petite sensation chaleureuse derrière des réserves formelles de bon aloi ?

Dans les premières nouvelles Hanns Heinz Ewers fait plutôt dans le carton pâte et l'excès grotesque ce qui fait passer le résultat dans la catégorie du divertissement plutôt ennuyant ou ennuyeux (les deux en fait)? On aimerait bien se prendre au jeu mais on baille et on soupire.

La veine plus romantique de La fin de John Hamilton Llewellyn et du Journal d'un oranger fonctionne mieux tout en manquant de surprise et les Antilles de La Mamaloi plus développées ont le malheur d'afficher une provocation qui manque elle aussi de surprise (ou pourra faire montrer les crocs si on envisage les choses autrement).

Déception. Et ennui. Néanmoins possible extrait  prochainement.


mots-clés : #fantastique #nouvelle
par animal
le Dim 5 Nov - 9:18
 
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Sujet: Hanns Heinz Ewers
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Horacio Quiroga

J'ai lu ce livre à la fin de l'année dernière, comme je vois qu'il y en a plusieurs que cet auteur intéresse, je vous fais part des impressions que j'avais écrites à la va-vite... :

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 51wkr510

Anaconda

Les dix-huit nouvelles d'Anaconda (1921) s'enchaînent si bien que le tout, malgré tout composite, pourrait former un récit qui suit lentement son cours. Dix-huit étranges nouvelles qui circulent en rond, et on se trouve à bord, avec Quiroga qui nous racontent les hommes comme un personnage de Conrad. Là-dessus, la dix-neuvième nouvelle change totalement d'univers mais pas la sensibilité. La lecture d'Anaconda est comme un jeu sur le sens et sur les mots, mais laisse en morceaux, c'est difficile de dire ce qui s'est passé, ou comment. On baigne dans ce qui est à la fois étrange et familier.

Horacio Quiroga a écrit:– Mais cet accent vous va très bien. Je connais beaucoup de Mexicains qui parlent notre langue, on ne ne croirait pas... Ça n'est pas la même chose.
– Vous êtes écrivain ? reprit Stowell.
– Non, répondis-je.
– C'est dommage, parce que vos remarques nous seraient d'une grande valeur, d'autant qu'elles viennent de très loin, d'une autre race.
– C'est ce que je pensais, appuya Miss Phillips. Votre littérature prendrait un nouveau souffle avec un peu plus de parcimonie dans l'expression.
– Et dans les idées, dit Burns. C'est ce qui manque le plus, par là-bas. Dolly est très calée dans cette branche.
– Et vous, vous écrivez, lui demandais-je en me tournant vers elle.
– Non ; je lis dès que j'ai un moment... Je connais assez bien, pour une femme, ce que l'on écrit en Amérique du Sud. Ma grand-mère était du Texas.
Je lis l'espagnol, mais je ne le parle pas.
– Et vous aimez ?
– Quoi ?
– La littérature latine d'Amérique
Elle sourit.
– Sincèrement ? Non.
– Et celle de l'Argentine ?
– En particulier ? Je ne sais pas... Tout se ressemble tellement... Tout est si mexicain !


Mots-clés : #aventure #fantastique #nouvelle
par Dreep
le Jeu 19 Oct - 12:49
 
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Sujet: Horacio Quiroga
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Horacio Quiroga

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 419n6d10

Contes d’amour, de folie, et de mort

Le titre annonce d’emblée la couleur. Et le premier conte, La poule égorgée, se charge d’enfoncer le clou : il y aura en effet beaucoup de folie et de mort, dans ce livre, et l’amour n’ira jamais sans l’un ou l’autre…

Ces contes (que je qualifierais plutôt de nouvelles), ont été écrits sur une période de quinze ans, et sont selon moi assez inégaux. Celui qui ouvre le recueil, La poule égorgée, est tout bonnement abominable. Tout y est outré, déformé. Atroce. Je crois que je n'aurais pas tenu si le reste avait été à l’avenant...
Pour résumer grossièrement, je dirais que certains contes, mettant en scène des animaux ou des petits bourgeois en mal de sensations fortes, m'ont paru longuets. D’autres (les bateaux suicides, La mort d’Isolde), m’ont semblé un peu surfaits, par le fond comme par la forme ; j'avais le sentiment de les avoir déjà lus. J’ai préféré l’auteur dans des textes plus courts et tranchants, à la réalité crue. Et puis j’ai été marquée, forcément, par sa dénonciation du statut des forestiers -la plupart du temps indiens guarani -, quasiment réduits en esclavage par les propriétaires des exploitations. Pour ceux-là, la nature, l’ivresse ou la musique sont les seuls échappatoires possibles.. A moins qu’il ne s’agisse de mirages ?

Apparement, Horacio Quiroga est régulièrement comparé à Maupassant. Si je peux comprendre cette comparaison par certains aspects, Quiroga n’a pas, selon moi, ce qui fait tout le génie de Maupassant : le sens du « basculement », de la phrase lapidaire qui change tout, qui remet tout en perspective. Et puis, les personnages de Quiroga, tracés à grands traits, réduits à leur amour fou, leur folie, leurs outrances, manquent de finesse, quand Maupassant a le don d'installer des êtres infiniment complexes. C’est peut-être cela qui m’a le plus manqué durant cette lecture, de sentir toute l’humanité de ces hommes au bord du gouffre.

Restée relativement en retrait, je ne retiendrai donc aucune nouvelle en particulier. Et pourtant, c’est un recueil qui laisse une impression durable. Il y a la patte de l’auteur, tout d’abord ; un style, une plume. Et puis cet univers étrange, en demi-teinte, qui, lorsqu’il ne sombre pas dans le fantastique, navigue sans cesse aux frontières d'une réalité nimbée d’une aura inquiétante et désespérée.
Enfin, je ne puis penser à ces contes d’amour, de folie et de mort sans immédiatement visualiser la nature uruguayenne, omniprésente, oppressante. Ce ne sont que serpents tueurs, fourmis dévoreuses, miel paralysant et marécages impénétrables... La promesse d’aventure et de liberté que cette nature-là semble parfois porter n’est qu’illusoire : toujours, l’homme se retrouve dompté, réduit à sa triste insignifiance. Comme avalé. Effacé.
Et c’est ce désespoir, je crois, cette lutte vaine et acharnée, contre la nature, contre la mort, contre la vie-même, que je retiendrai.


mots-clés : #fantastique #nature #nouvelle #social
par Armor
le Mer 18 Oct - 1:00
 
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Sujet: Horacio Quiroga
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Rubén Darío

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 51zq8q10

Verónica et autres contes fantastiques

Rubén Darío est un écrivain enchanteur qui, dans ce recueil de nouvelles, marie avec raffinement la poésie, l’ésotérisme et bien sûr le fantastique puisqu'il est un grand amateur de littérature fantastique et voue une admiration certaine à Edgar Poe, le tout avec une belle touche d’humour.

Le recueil réunit dix nouvelles : la première, « Thanatothopie » fait référence à la littérature de Poe, un clin d’œil ou un hommage à l'Américain, avec, on s'en doute, la mort au programme ; les hallucinations dans « Le cauchemar d’Honoria », le savoir magique dans ce « Conte de la nuit de Noël » qui n’oublie pas non plus la mort avec la réincarnation ; le monde de son enfance et des fantômes est visité dans « Le spectre », il s'enrichit de ses voyages, avec humour, sur le destin déjà tracé, par exemple dans « Le ruban rouge ». Le temps qui fait son œuvre est ici suspendu dans « Le cas de mademoiselle Amelia ».

Ces courtes nouvelles, des récits quasi surnaturels, sont colorées d’étrangeté, de mystère, et de charme, aujourd’hui je dirais de charme un peu désuet, ce qui ajoute à la poésie de ce cher Rubén Darío.

Mots-clés : #contemythe #fantastique #nouvelle
par Barcarole
le Dim 15 Oct - 10:42
 
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Sujet: Rubén Darío
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Ricardas Gavelis

Merci Eglantine !  I love you

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 61jwkz10

Vilnius Poker

Un autre roman qui se dresse comme une ville-livre, où les rues sombres forment ensemble un labyrinthe. Une question se maintient avec une force obsédante et donne au titre tout son sens ; Qui croire ou que croire ? Vilnius prend corps de la même façon que Petersbourg chez Gogol ou Bucarest dans la trilogie Orbitor de Mircea Cartarescu (Il y aurait beaucoup d’autres exemples à évoquer). Mais alors que Bucarest prenait une forme franchement délirante, franchement fantastique, c’est plus ambigu pour Vilnius.

L’ambiance est si sombre qu’elle paraît presque irréelle, invraisemblable, mais ne peut pas être complètement noire pour cette raison : La réalité survit autant que la perception de personnages patibulaires, déprimés ou alcoolique le permet. Pourtant on sent bien que cette Vilnius fantomatique est un portrait lucide pour ne pas dire désillusionné de l’homo lithuanicus et à plus forte raison de l’homo sovieticus, de toute l’humanité réduite à un silence stupide. Une musique grisante se dégage de ce roman habilement construit, va directement au cœur d’une certaine manière. Même s’il peut en prendre plein la gueule, parce que le récit est quand même dégoûtant. Mais étrangement pas rebutant, à deux ou trois épisodes près. La troisième partie est peut-être un peu décevante par rapport au reste.

Ricardas Gavelis a écrit:Je n'ai jamais aimé les mathématiques et pourtant j'étais topologue, principalement parce que c'était pratique et sécurisant. C'est aussi la raison pour laquelle je revenais sans cesse à cette macabre et bien-aimée Vilnius. J'avais peur qu'en m'installant ailleurs, je découvre soudain que j'aurais pu, que j'aurais dû, devenir quelqu'un d'autre, mais que c'était trop tard. J'avais peur de me retourner et d'apercevoir mes vies possibles, celles que j'ai dilapidées. Alors je revenais toujours ici où je ne pouvais être rien d'autre qu'un mathématicien. Seulement, une peur encore plus terrible s'emparait de moi à chaque retour : je me rendais compte que j'étais en train de gâcher, irrémédiablement, toutes mes autres vives. J'avais si peur de quitter ces murs, ces rues... n'importe où ailleurs, j'aurais immédiatement découvert une quantité de mes avenirs déjà morts et enterrés, une multitude de possibles avortés.


Mots-clés : #contemporain #fantastique #lieu #regimeautoritaire
par Dreep
le Mer 27 Sep - 19:31
 
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Sujet: Ricardas Gavelis
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Giovanni Papini

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 51wswq10

Le miroir qui fuit

Originale : Il specchio che fugge (Italien,  la nouvelle du même nom a été publié en 1906, l'ensemble de ces dix contes en cette forme et édition seulement en 1975)

CADRE :
Ce recueil de dix nouvelles fantastiques a été publié et préfacé tel quel bien après la mort de Papini par Jorge Luis Borges dans le cadre de sa « Bibliothèque de Babel » (voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Biblioth%C3%A8que_de_Babel_(collection) ). Pour la nouvelle qui donna le titre au recueil, j'ai bien pu identifié la date de parution (1906), mais pas pour les autres (petit manquement). Est-ce qu'il faut en déduire qu'il s'agit du « jeune Papini » ?

REMARQUES :

Il s'agit donc d'une dizaine de « contes fantastiques » que je ne vais pas présenter un par un. Toujours il y a un narrateur qui participes plus ou moins à l'intrigue ou est lui-même vraiment le personnage principale. Partant d'un élément fantastique absurde, irréel comme la perte d'identité, l'arrêt du cours du temps, le retour vers un état du passé, la confrontation avec une histoire fictive racontée par un autre qui correspond à ma propre vie etc., Papini nous met devant quelques aspects existentiels de nos vies : le temps et son cours  (« sa fuite »), l'identité et sa perte, la vie entre réalité et rêve...

Giovanni Papini me convainc par sa langue aussi bien drôle que grave, qui peut exprimer la peur profond comme une grande ironie, voir un mépris. On peut lire ces pièces comme étant assez pessimistes, voir nihilistes, mais on peut aussi se confronter avec ces expériences d'absurde pour aller plus loin. J'ai donc bien aimé de découvrir Papini finalement à travers ce livre, présent un peu par hasard dans la bibliothèque départementale. J'ai envie de poursuivre l'aventure et je suis déjà tenté par Gog !


mots-clés : #fantastique #nouvelle
par tom léo
le Lun 21 Aoû - 21:43
 
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Sujet: Giovanni Papini
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Alessandro Baricco



Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 51rnkj10

Châteaux de la colère

Dans cette ville imaginaire de Quinnipack vivent des personnages extraordinaires. Mr Reilh et sa femme la fascinante et mystérieuse Jun.  Un couple dont l’amour participe  à une vie originale sanctionnée par le projet grandiose et fou de Mr Reilh. Pekish dont la vie est rytmée par les  sons et la musique,  Pehnt un jeune garçon abandonné vêtu d’une veste d’adulte qui va sceller son destin, Mme Abegg une veuve jamais mariée. Un autre personnage, Mr H. Horeau vient aussi porter son  rêve à Quinnipack  comme si ce lieu devait concrétiser tous les espoirs.
Ces personnages sont forts comme leurs rêves fous, mais fragiles comme en est leur réalisation.

La musique de ces mots  nous atteint, nous transporte dans des univers étonnants.
Je découvre toujours de la magie, du merveilleux dans ces récits.
L’écriture se découvre en notes tragi-comiques, héroïques ou idéalistes.
Dans ce livre il « croque » subtilement les personnages et dresse une ville familière alors même que sa description se limite à une rue principale, une église et le chemin qui mène à la demeure des  Reilh. Subjugué le lecteur adhère à tous les événements qui s’y déroulent, même les plus loufoques.
Le destin peut être un livre, une veste, une note invisible, une locomotive, une construction de verre parfois.


mots-clés : #fantastique
par Bédoulène
le Dim 20 Aoû - 10:31
 
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Sujet: Alessandro Baricco
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Joyce Carol Oates

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 Cvt_ma10

Maudits

Grandiose..selon certains critiques....je rajouterai : époustouflant !


J'ai adoré, génial ! Ou "comment J.C.Oates lâche le diable dans l'Amérique puritaine "...."fascinantes études des moeurs et de l'histoire politique de l'Amérique du 19e"...

Tout à fait ça ! Des faits troublants se sont déroulés dans la région de Princeton...JC.Oates en donne une explication pour le moins originale et surtout....très drôle et....instructive.  

Quelques personnages importants du roman : Woodrow Wilson, un parmi les nombreux présidents des US - le 28e, 1913-1921 (qui a mis fin entre autres à l'isolationnisme des Etats-Unis pour se tourner vers l'interventionnisme... )  ...Upton Sinclair promoteur du socialisme aux US (!) 1878-1968 auteur effectivement de "la jungle" livre sur les conditions effroyables des abattoirs, tant pour les animaux que pour les humains...


Jack London, le célèbre auteur, jouisseur, buveur, opportuniste..très content de...Jack London décrit sans complaisance ni indulgence mais avec beaucoup de drôlerie aussi. Sa rencontre avec Upton Sinclair est d'ailleurs hilarante.  Inutile que j'en dise plus, ça a déjà été fait plus haut, quand je pense que J.C.Oates a 78 ans !!!

Quelques personnages importants du roman : Woodrow Wilson, un parmi les nombreux présidents des US - le 28e, 1913-1921 (qui a mis fin entre autres à l'isolationnisme des Etats-Unis pour se tourner vers l'interventionnisme...Shocked )  ...Upton Sinclair promoteur du socialisme aux US (!) 1878-1968 auteur effectivement de "la jungle" livre sur les conditions effroyables des abattoirs, tant pour les animaux que pour les humains...

Jack London, le célèbre auteur, jouisseur, buveur, opportuniste..très content de...Jack London décrit sans complaisance ni indulgence mais avec beaucoup de drôlerie aussi. Sa rencontre avec Upton Sinclair est d'ailleurs hilarante.

Inutile que j'en dise plus, ça a déjà été fait plus haut, quand je pense que J.C.Oates a 78 ans !!! A croire qu'elle vient d'une autre planète, pas du "royaume des marécages"..non non, mais plutôt de celui des (grands) esprits   Wink
 
(commentaire récupéré)


mots-clés : #fantastique
par simla
le Lun 17 Juil - 8:47
 
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Sujet: Joyce Carol Oates
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Medoruma Shun

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 51azmc10

Les pleurs du vent/Fuon


Originale : 風音 (Fuon, Japonais, 2004)

CONTENU :
« Jusqu’à présent, personne n’avait jamais eu l’idée de parler sérieusement du crâne qui pleure à quelqu’un d’extérieur au village. D’abord parce que le sentiment d’avoir une dette envers ceux qui étaient morts à la guerre interdisait aux survivants de parler à tort et à travers des disparus, mais surtout parce que quiconque entendait la triste lamentation du vent ne pouvait qu’être saisi de stupeur. »

Tout commence par un jeu d’enfants au pied de l’ancien ossuaire, sur l’air de chiche qu’on grimpe sur la falaise, pour aller voir de plus près le crâne humain qu’on aperçoit d’en bas, et qui gémit sous le vent. De toute la bande, seul Akira a le courage de monter. Et de tout le village, seul Seikichi, le père d’Akira, s’oppose à ce qu’un journaliste de la métropole tourne un reportage autour de la légende du crâne qui pleure, objet sacré, emblème des heures terribles de la bataille d’Okinawa…
Les Pleurs du vent conte magnifiquement la paix retrouvée des âmes.

REMARQUES :
Né sur l'île d'Okinawa l'auteur revient dans ses écrits souvent sur les traumatisme de la bataille d'Okinawa, une des plus sanglantes de la guerre mondiale. Le temps présent du roman peut être situé vers le milieu des années 80 :
Akira entre dans un de ces jeux plutôt bête, veut montrer son courage en mettant un bocal d'eau avec un poisson dans un lieu à part, une grotte difficilement accessible ou on déposait les corps. Une sorte de cimetière à ciel ouvert. La décomposition des corps étaient laisse aux élements, ici les vents, le soleil,les animaux de la mer proche. D'une de ces cranes émanait un ton sifflant, rappelant une plainte. Selon la légende il s'agit d'un Kamikaze de la guerre aérienne.

Seikichi, le père d'Akira, se défend violemment quand à ce moment arrive de la ville des journaliste pour extraire de lui un témoignage, un rapport sur le « crane pleurant ». Mieux vaudrait encore s'y rendre et transgresser un lieu de tabou ! Mais cela ne pouvait que produire des malheurs. Il faudrait laisser un tel lieu comme intouchable, sacré, le respecter, et ne pas en faire un lieu de curiosité malsaine. Au contraire du jeune journaliste Izumi, le vieux, Fujii, semble mieux comprendre...

Mais dans un retour en arrière nous comprenons que Seikichi sait de l'histoire vraiment plus. N'a-t-il pas, comme plus tard alors son fils, et maintenant « en pensée » les journalistes ou ce Taguichi du village (trop sûr de lui-même), une fois brisé des tabous ? Est-ce qu'il avait dérangé le repos des morts ? Est-ce que l'âme du mort trouvera enfin ce repos ? Quoi faire ?

Ce roman fin réunit des réflexions sur le respect pour les morts avec des vieilles culpabilités, mais aussi une paix retrouvée enfin. Aussi à travers des élements phantastiques nous entrons dans un monde qui reste et restera encore, marqué par les atrocités de la guerre.

Impressionnant !


mots-clés : #fantastique
par tom léo
le Jeu 6 Juil - 7:21
 
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Sujet: Medoruma Shun
Réponses: 13
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Bruno Schulz

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 4 Produc10

Les boutiques de cannelle


Drohobycz, c'est dans cette bourgade qu' est né l'auteur et notre narrateur. A travers de courts textes tels des nouvelles le narrateur dévoile  la vie quotidienne de sa ville et de sa famille de religion Juive. Il raconte l'homme d'exception qu'est son père, Jacob, dans ses meilleurs moments comme dans les pires puisque ce dernier  souffre apparemment de maladie mentale mais c'est dans le fantastique que va s'exprimer cette altération.  Une échappatoire à la grisaille de cette ville et des habitants que Jacob imagine en couleur et en relief.

Déniant au Démiurge le monopole de la création le Père réinterprète la création et fascine ceux qui l'écoutent.

Sublimés par une écriture poétique,  par des métaphores extravagantes,  cette lecture force l'imagination et emporte le lecteur dans un temps qui lui est inconnu comme ce "13ème" faux mois de l'année.

Le titre du livre porte celui d'une nouvelle "les boutiques de cannelle" où le narrateur, adolescent, va flâner et découvrir ces boutiques,  une nuit au ciel plein de promesses.

L'écriture s'inscrit également dans un jeu de contrastes permanent.

L'écriture suffit à mon plaisir de lecture,mais la personnalité du Père est fascinante de par la liberté de son imagination, de sa sensibilité au vivant  et à l'immatériel même si l'on a conscience qu'il est passé dans un espace sans retour.

Extraits :

Pleins d'affection, ces arbres simulaient le vent, ébouriffant d'un geste théâtral leurs couronnes, montrant, en des poses pathétiques, l'élégance de leurs éventails, argentés à l'envers comme les nobles fourrures des renards.

Il semblait que des générations entières de journées d'été, comme de patients maçons, étaient venues gratter les crépis moisis des vieilles façades, casser leur émail trompeur, mettant à nu leur véritable visage, la physionomie que le sort leur avait sculptée et aussi la vie qui les avait façonnées du dedans.

Sans nul appui, incompris de nous, cet homme extraordinaire défendait sans espoir la cause de la poésie.

Vous donnez à une quelconque tête de drap et d'étoupe une expression de colère et vous l'abandonnez avec cette colère, cette convulsion, cette tension, vous la laissée enfermée dans une méchanceté aveugle qui ne peut pas trouver d'issue.

Le jour est gris, comme toujours dans ces parages, et le paysage rappelle par instants une photographie de journal illustré, tant sont ternes, plats, les gens, les maisons et les véhicules. Cette réalité mince comme du papier, trahit par toutes ces crevasses son caractère de trompe l'oeil.

Plus loin, derrière les toitures de la place du Marché, je voyais de lointains murs de feu, les façades dénudées des maisons du faubourg. Elles grimpaient les unes sur les autres, raidies par la frayeur, sidérées. Un froid reflet rouge les ceignait d'une couleur tardive.



mots-clés : #fantastique #communautejuive
par Bédoulène
le Dim 21 Mai - 10:02
 
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Sujet: Bruno Schulz
Réponses: 22
Vues: 1755

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