Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 7 Juil - 13:27

61 résultats trouvés pour identite

Nicole Krauss

Forêt profonde

Tag identite sur Des Choses à lire - Page 2 Cvt_fo10

Eh bien, la forêt a été vraiment obscure pour moi. Il y a là une recherche de virtuosité, dans une tentative pseudo(?)-philosophique tournant autour de l’identité, du double, de la métamorphose, des univers multiples qui nuit férocement au romanesque. Les discours « penseurs » envahissent le paysage et nuisent aux deux intrigues, qui devraient être des thrillers psychologiques, mais sont plutôt des objets cocasses que j’ai abordés avec un certain détachement

Il y a donc deux personnages (dont une écrivaine prénommée Nicole qui ne supporte plus son mari), menés en chapitres alternés, qui ont certes beaucoup de points communs : tous deux abandonnent leur vie américaine plus ou moins ordinaire, insatisfaits l’un de sa réussite vaine l’autre de son mariage en échec, s’exilent sans trop savoir pourquoi, s’installent au Hilton de Tel-Aviv, sont chacun pris en charge par un personnage mystérieux et atypique qui veut leur imposer l’un des histoires de judéité en rapport avec la kabbale, l’autre une curieuse histoire autour de Kafka dont la mort n’aurait été qu’un simulacre lui permettant une deuxième vie à l’abri de la notoriété. Le problème narratif, c’est qu’au-delà de ces similitudes, ils ne se rencontrent qu’à la dernière page dans une pirouette temporelle assez naïve.

J’aspire à un roman comme une clairière, dont le récit linéaire se suffirait à lui-même,sans thèse, sans thème, sans démonstration,
où l’auteur n’aurait pas le besoin de montrer qu’il ou elle est un ou une brillant(e) intellectuel(le),   n’aurait pas besoin de Kafka comme mentor, ni de régler ses comptes avec son ex.


mots-clés : #absurde #autofiction #communautejuive #creationartistique #identite #philosophique
par topocl
le Mer 9 Jan - 18:29
 
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Sujet: Nicole Krauss
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Dany Laferrière

Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer

Tag identite sur Des Choses à lire - Page 2 Mythol11

Déjà, drôle de titre, de quoi s'agit-il ? On constate très vite, non sans mélancolie, qu'il ne s'agit pas d'un guide. Le narrateur, on s'en aperçoit, écrit (selon toute probabilité) le roman que nous sommes en train de lire :
C'est l'histoire de deux jeunes Noirs qui passent un été chaud à draguer les filles et à se plaindre. L'un est amoureux de jazz et l'autre de littérature. L'un dort à longueur de journée ou écoute du jazz en récitant le Coran, l'autre écrit un roman sur ce qu'ils vivent ensemble.

(et j'ajoute : c'est à Montréal).

Ce résumé est l'œuvre d'une présentatrice de Radio-Canada, qui accueille le narrateur pour un entretien autour de son premier roman, succès critique et de librairie. Ce n'est qu'un rêve imbibé, le roman est toujours sur le métier, mais le résumé est tout à fait valable.

Le titre n'est pas tout à fait mensonger : les scènes de sexe y sont (assez) nombreuses, et aussi crues que ce titre le laissait présager. Mais dans celles-ci, pas la moindre vulgarité, ce qui m'aurait agacé comme m'ont prodigieusement agacé les scènes de sexe d'Un tout petit monde de David Lodge. Sans doute l'humour du narrateur désamorce-t-il toute gêne, un humour qui feint de regarder droit devant soi, qui n'a pas vocation à mettre le narrataire dans sa poche ni à établir la moindre connivence, dans la manière de Ferdinand Bardamu (mais la comparaison s'arrête là bien sûr !)

L'un des sujets principaux du livre est celui du rapport entre les blancs et les noirs, souvent traité sur un mode délirant ou quasi-burlesque (pour mieux faire tomber les clichés je suppose ?); et d'ailleurs toutes les femmes avec qui le narrateur fait l'amour sont des blanches, ce qui n'est pas indifférent pour les théories qu'il énonce.
(Et non, je ne dis pas "Nègre" comme le narrateur : ce faisant ou ce ne faisant pas, j'ai vaguement l'impression d'être infidèle à l'esprit du livre, tant pis pour moi).
C'est ça, le drame, dans les relations sexuelles du Nègre et de la Blanche : tant que la Blanche n'a pas encore fait un acte quelconque jugé dégradant, on ne peut jurer de rien. C'est que dans l'échelle des valeurs occidentales, la Blanche est inférieure au Blanc et supérieure au Nègre. C'est pourquoi elle n'est capable de prendre véritablement son pied qu'avec le Nègre. Ce n'est pas sorcier, avec lui elle peut aller jusqu'au bout. Il n'y a de véritable relation sexuelle qu'inégale. La Blanche doit faire jouir le Blanc, et le Nègre, la Blanche. D'où le mythe du Nègre grand baiseur.


Le trouble vient sans doute de ce que le narrateur n'est pas forcément très fiable, qu'il est volontiers menteur comme il le suggère lui-même :
Elles sont tellement infectées par la propagande judéo-chrétienne que dès qu'elles parlent à un Nègre, elles se mettent à penser en primitives. Pour elles, un Nègre est trop naïf pour mentir. C'est pas leur faute, il y a eu, auparavant, la Bible, Rousseau, le blues, Hollywood, etc.


De sorte que l'on ne sait jamais très bien si on doit le prendre au sérieux où si l'on n'est pas l'objet d'une mystification.

Dans tout cela, le titre, que signifie-t-il, puisque ce n'est pas un guide ? "Faire l'amour" doit-il prendre un sens figuré (pénétration des lettres imprimées dans la rétine du lecteur, pénétration du texte dans son esprit, communion du lecteur et de l'auteur ?) Mais c'est bien oiseux : peut-être, Arturo, as-tu une explication plus convaincante ?

Par ailleurs, le narrateur répond souvent, lorsqu'on lui demande ce qu'il écrit, qu'il s'agit de fantasmes : sans doute est-ce une clé, quoique les fantasmes doivent être (presque) absents du texte qui est supposé raconter un été de sa propre vie. On aboutit à cette indécidabilité : raconte-t-il sa vie comme on le croit, où n'est-ce de la part du narrateur qu'une gigantesque fumisterie d'écrivain, une fiction purement fantasmatique, Bouba (son collocataire) ainsi que tout le reste n'existant que dans son texte ?

Le brouillage narratif intervient sur tous les plans, puisqu'il pourrait tout à fait s'agir des fantasmes (sexuels, ou plus vraisemblablement : d'écriture) de l'auteur lui-même qui se mettrait en scène en train d'écrire et en train de séduire (mais attention, terrain miné, je m'arrête ici).
D'ailleurs nous ne sommes même pas sûrs que le roman que nous lisons soit l'œuvre du narrateur : son livre s'intitule : Paradis du jeune dragueur Nègre (mais rien n'indique qu'il s'agisse du titre définitif, puisqu'il est en cours de rédaction, sous nos propres yeux).

C'est, enfin, un texte riche, d'une langue jouissive (tiens, tiens !), que j'ai savouré par petits morceaux (les chapitres sont très courts, de petites bouchées), dans lequel Laferrière esquisse ce qui semble bien être sa bibliothèque idéale.
Je suis bluffé. Même si c'est un court roman, peut-être pas ce qu'on appelle un chef d'œuvre, c'est l'oeuvre d'un grand auteur.
Quelques citations pour se régaler :

J'entends, distinctement, l'eau couler du lavabo. Eau intime. Corps mouillé. Être là, ainsi, dans cette douce intimité anglo-saxonne. Grande maison de brique rouges couvertes de lierre. Gazon anglais. Calme victorien. Fauteuils profonds. Daguerréotypes anciens. Objets patinés. Piano noir laqué. Gravures d'époque. Portrait de groupe avec cooker. Banquiers (double menton et monocle) jouant au cricket. Portrait de jeunes filles au visage long, fin et maladif. Diplomate en casque colonial en poste à New Delhi. Parfum de Calcutta. Cette maison respire le calme, la tranquillité, l'ordre. L'Ordre de ceux qui ont pillé l'Afrique. L'Angleterre, maîtresse des mers… Tout est, ici, à sa place. Sauf moi. Faut dire que je suis là uniquement pour baiser la fille. Donc je suis, en quelque sorte, à ma place, moi aussi. Je suis ici pour baiser la fille de ces diplomates pleins de morgue qui nous giflaient à coup de stick. Au fond, je n'étais pas là quand ça se passait, mais que voulez-vous, à défaut de nous être bienveillante, l'histoire nous sert d'aphrodisiaque.


Je l'ai achetée chez un brocanteur de la rue Ontario qui vend des machines à écrire avec pedigree. De vieilles machines. Il les vend à de jeunes écrivains car qui d'autre qu'un jeune écrivain serait assez gogo pour croire à un truc si vulgairement commercial. Et qui d'autre aussi se croirait écrivain parce qu'il possède une machine ayant appartenu à Chester Himes, James Baldwin ou Henry Miller ? Alors, lui, il vend des machines selon le style de bouquin que vous voulez écrire.


La toile, c'est "Grand intérieur rouge" (1948). Des couleurs primaires. Fortes, vives, violentes, hurlantes. Tableaux à l'intérieur du grand tableau. Des fleurs partout dans des pots de différentes formes. Sur deux tables. Une chaise sobre. Au mur, un tableau de l'artiste (L'Ananas) séparé par une ligne noire de démarcation. Sous la table, un chat d'indienne poursuivi par un chien. Dessins allusifs, stylisés. Flaques de couleurs vives. Sous les pieds arqués de la table de droite, deux peaux de fauve. C'est une peinture primitive, animale, grégaire, féroce, tripale, tribale, triviale. On y sent un cannibalisme bon enfant voisinant avec ce bonheur immédiat. Direct, là, sous le nez. En même temps, ces couleurs primaires, hurlantes, d'une sexualité violente (malgré le repos du regard), proposent dans cette jungle moderne une nouvelle version de l'amour. Quand je me pose ces questions - Ô combien angoissantes - sur le rôle des couleurs dans la sexualité, je pense à la réponse de Matisse. Elle m'accompagne depuis.



Merci beaucoup à toi, Arturo, pour cette très belle découverte. A ceux qui voudraient le lire, il est difficile de le trouver autrement que dans l'édition "intégrale" dont j'ai mis la couverture au début de ce commentaire. Mais alors, je le recommande sans réserve.


mots-clés : #creationartistique #humour #identite #québec #sexualité
par Quasimodo
le Mer 9 Jan - 16:11
 
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Sujet: Dany Laferrière
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Siri Hustvedt

Les yeux bandés

Tag identite sur Des Choses à lire - Page 2 Cvt_le11

J’allais commencer en disant que l’atmosphère était très austérienne, et puis je me suis reprise, face à cette expression sexiste, j’ai décidé que l’atmosphère était plutôt hustvedto-austérienne. (Cependant, mon premier choix était peut-être acceptable si l’on considère qu’il s’agit ici du premier roman de Siri Hustvedt, et que Paul Auster écrivait déjà depuis 10 ans, et avait déjà publié sa fameuse tragédie trilogie new-yorkaise).

Quoi qu’il en soit, il s’agit du récit de deux années new-yorkaises d’une jeune étudiante fauchée, Iris (chercher l’anagramme) luttant pour sa survie dans un New York où la canicule froisse et humidifie les draps, voguant, déambulant de la bibliothèque universitaire à des bouches sordides. Elle fréquente des hommes étrangement exigeants, secrets à en être mystérieux. Elle est dans une perpétuelle quête d’identité, avec une riche expression psychosomatique, toujours à la limite de la folie, en quête d’une sorte de salut entre le bien et le mal. Le livre est un grand jeu avec la vérité, à travers l’usage des noms, des pseudonyme, des objets, de l'art et des images. Le travestissement et la fascination impactent les comportements, les pervertissent, modifient les émotions.

Il en ressort une atmosphère tout à la fois riche et désincarnée, où s’infiltre le désarroi du non-sens, alors que, certainement, dans la tête de l’autrice, tout a un sens. Trouver celui-ci n’est pas forcément le but, mais savoir qu’il est là donne une tonalité particulière à ce récit, dont la sensibilité à fleur de peau cache (ou prétend cacher), un certain intellectualisme quasi mondain : brilalnt et vain tout à la fois.

La forme globale du roman était certainement un coup d’audace pour une primo-romancière : quatre chapitres, les trois premiers comme des nouvelles décrivant côte à côte trois épisodes de cette errance initiatique, alors que le dernier décrit une période plus longue, dans laquelle s’imbriquent les premiers, sans qu’il soit pour autant complètement repris. J’ai eu l’impression que le côté astuce de ce montage, pour intelligent qu’il soit, faisait perdre une certaine force à la narration globale.

Coup d’essai, mais pas encore de coup de maître, mais coup séduisant, et déroutant, dans l’univers déjà totalement structuré de cette autrice pénétrante, où il est surprenant que les femmes n’aient droit qu’à des portraits bizarrement insignifiants.



mots-clés : #identite #initiatique #jeunesse #lieu
par topocl
le Lun 7 Jan - 10:03
 
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Sujet: Siri Hustvedt
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Philippe Lançon

Le lambeau

Tag identite sur Des Choses à lire - Page 2 Proxy103

Je ne vivais ni le temps perdu, ni le temps retrouvé ; je vivais le temps interrompu.


Le lambeau est la version de Philippe Lançon sur un événement qui a  bouleversé sa vie, après avoir bouleversé toute une nation. La part intime de cet événement après lequel rien n’a plus été pareil : l’attentat de Charlie Hebdo où, si la France et le monde y ont perdu une naïveté, une légèreté,  Philippe Lançon a perdu ses amis, son visage et ses dernières illusions : il s’est perdu lui-même, « un événement qui, dans ma propre vie, mettait le reste entre parenthèses »

C’est une année de reconstruction, entre humilité et obstination, par un homme qui n'a pas pu parler ni manger pendant des mois.  Il s'y réinvente dans une prose qui est très loin d’être journalistique, mais au contraire profonde, brillante, littéraire pour tout dire.  Philippe Lançon n'a aucun souci de de l’universel (il n’y entre même pas): pas de revanche, pas de haine, pas de réflexion convenu sur le fanatisme…. dans une attitude qu’il ne juge même pas utile de justifier:le propos n’est pas là.

Alors n’est-ce pas se regarder le nombril que de ne parler que de soi, de reconstituer au jour le jour, détail après détail, sans en lâcher aucun,  une lutte certes admirable mais ô combien personnelle ? Certains penseront cela. Pour ma part j’y ai surtout vu un partage dans une complète sincérité - qui n’empêche pas les jardins secrets. Voilà ce que c’est d'être un homme, cet homme-là, en lutte tel qu’il est, et est devenu, dans ses faiblesses et dans ses forces, tel qu’il nous le relate dans une impudique pudeur. Car ce livre à lui seul est un oxymore géant, une perpétuelle mise en confrontation de la nuance et de la subtilité, du sérieux et de l’humour, de l’homme et de l’enfant, de l’intellectuel virulent et du patient désarmé, du sachant et de l'ingénu.

C’est aussi un magnifique hommage à ceux qui l’ont aidé : les amis, la famille (dans une recomposition circonstancielle), bien sûr : les toujours-là et toujours-prêts. Mais aussi  les soignants, menés par Chloé, la chirurgienne charismatique, auprès desquels il a trouvé non seulement une technicité hors pair, mais aussi un nid protecteur et stimulant où se ressourcer, constituant pour lui une sorte de balai de dieux et de héros. Et les policiers qui l’ont sécurisé 24 heures sur 24, tout à la fois d’agresseurs potentiels que de ses visions de reviviscence terrorisantes (oui il le reconnaît lui-même un journaliste de Hara-kiri qui remercie ceux qu’il n’appelle plus des flics, c’est assez savoureux). Et puis, aussi Proust dont il lit et relit la mort de la grand-mère, Kafka écrivant à Milena, La Montagne magique de Mann et son enfermement cotonneux , Bach, et toutes ces lectures, ces films, ces musiques,  cette vie antérieure qu’il ne  reconnaît plus, dans ce grand chambardement de la personnalité, de la mémoire et de la cognition, mais qui fut nourrissante, affectivement culturellement, qui fait ce qu’il est quand même, et ce qu’il devient , et, alors même qu’il ne se connaît plus lui-même, lui donne un terreau comme tremplin.

« La réflexion sur ces choses n’apporte rien. C’est comme si l’on voulait s’efforcer de briser une seule des marmites de l’enfer, premièrement on échoue, et deuxièmement si on réussit, on es consumé par la masse embrasée qui s’en échappe, mais l’enfer reste intact dans sa magnificence. Il faut commencer autrement. En tout cas s’allonger dans un jardin et tirer de la maladie, surtout si elle n’en est pas vraiment une, le plus de douceurs possible. Il y a là beaucoup de douceurs. »Ces phrases [de Kafka] me servaient depuis lors de bréviaire, et même de viatique.


C’est un texte somptueux, par son humilité dans une démarche qui aurait vite pu être auto-promotionelle, auto-apitoyée, larmoyante, vainement égocentrique, et aussi par son écriture, sa richesse en humanité et en culture, son émotion et sa pensée.

Philippe Lançon apporte ici une réponse à cette question qui , peut-être, je ne sais pas, rôde parfois en vous : à quoi sert la littérature? N’est ce pas, entre autres, apporter une parole réfléchie, intense face à d’imbéciles agissements, à un monde qui se disloque, donner encore une petite foi en l’homme, fourmi agissante, pensante et créatrice face à l’obscurantisme obtus. Une preuve d'humanité résiliente, en quelque sorte.

j’ai senti de nouveau, mais avec une force inédite, qu’on mourrait un nombre incalculable de fois dans sa vie, des petites morts qui nous laissaient là, debout, pétrifiés, survivants, comme Robinson sur l’île qu’il n’a pas choisie, avec nos souvenirs pour bricoler la suite et nul Vendredi pour nous aider à la cultiver.



mots-clés : #autobiographie #identite #medecine #psychologique #terrorisme
par topocl
le Dim 6 Jan - 13:08
 
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Sujet: Philippe Lançon
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Georges Devereux

Tag identite sur Des Choses à lire - Page 2 71cx2g10

La renonciation à l'identité

Ce petit ouvrage reprend une conférence donnée à la Société psychanalytique de Paris, le 17 novembre 1964, par Georges Devereux (1908-1985), autour de la question de la protection de l’identité. L’ethnopsychanalyste y explique que notre identité est continuellement menacée depuis l’enfance par les parents et la société, qui tentent d’abolir notre individualité pour nous ramener à des sujets « normés ». Or, pour lutter contre cette destruction, on développe quantité de masques et de déguisements, comme par exemple en analyse, où les résistances ne seraient que des manifestations normales de protection de notre identité.


J’ai découvert ce livre et la théorie qu’il développe avec un certain intérêt. C’est étonnant car, bien que ne relevant pas des mêmes orientations, il s’apparente un peu d’une certaine manière à des livres plus axés sur la spiritualité qui traitent de la « mise de masques » dès l’enfance pour se préserver et être aimé (Trilogie notamment « La grande mascarade » T1, « L’ode à la joie » et « La croisade des enfants » de A.B Winter).

Devereux, quant à lui, de sa place d’ethnopsychanalyste, développe l’hypothèse que chaque être préserve son identité vraie, soit en y renonçant, soit en la travestissant, ce pour éviter le danger qui existe à ce que d’autres ou lui-même connaissent cette véritable identité, le risque étant l’anéantissement, l’asservissement, l’emprise,etc.

L’élaboration de l’identité, sa formation et ses assises sont étroitement dépendantes de l’environnement (milieu familial, culturel, social, etc…), et, je dirai, de l’histoire familiale dans laquelle s’inscrit l’individu. L’identité se construit donc par le croisement, l’influence, de différents facteurs. Cela car se sont les milieux dans lesquels évolue l’individu qui influencent et déterminent ses représentations, ses normes de comportement, ses jugements de valeur, etc. En ce sens, selon Devereux, l’identité est le produit d’un processus de différenciation, par enrichissement et par accumulation de plusieurs éléments hétérogènes, de traits significatifs n’appartenant jamais exclusivement à un seul individu. Elle prend son départ selon lui dès lors que l’enfant sort de l’unité duelle avec sa mère, soit dès les primo différenciations appuyées sur le « non » de l’enfant (non dit ou agi). Pour Devereux, l’exigence d’une obéissance immédiate de l’enfant, obéissance aveugle et automatique, sans explications, ne permet pas à l’enfant de se constituer un sentiment de continuité de soi  à travers le temps et, par conséquent, de son identité. Devereux pose l’idée que les enfants ayant été brimés dans leur individualité finissent par croire que souhaiter posséder une individualité sera considéré par des êtres tout puissants comme une effronterie et sera punie par la destruction de l’identité voire de l’existence du coupable.

Posséder une identité est, selon Devereux, profondément dangereux. Pour le citer :                   « Le fantasme que la possession d’une identité est une véritable outrecuidance qui, automatiquement, incite les autres à anéantir non seulement cette identité, mais l’existence même du présomptueux – en général par un acte de cannibalisme, ce qui transforme le sujet en objet. Les patients les plus gravement atteints cherchent à se protéger contre ce risque, en renonçant à toute véritable identité ; ceux qui sont moins atteints se constituent une fausse identité. »

Il introduit cette idée dans sa manière de penser les désordres psychiques, la névrose relevant pour lui d’un masquage de l’identité là où la psychose serait une renonciation à cette identité. D’après lui, « tout symptôme est une résistance soit contre l’acquisition et l’attribution d’une identité soit contre la découverte de l’identité réelle du sujet – identité que celui-ci ne veut ni connaître lui-même ni permettre aux autres de connaître. » En effet, il développe l’idée que, dès que nous comprenons un être, dès que nous établissons son identité, dès que nous pouvons prévoir son comportement, nous avons une emprise sur lui et donc nous sommes en mesure d’intervenir dans sa vie, tant pour le bien que pour le mal. Question se pose de ce fait de la dangerosité de la cure analytique et de comment prendre en compte cela dans la cure pour accompagner le patient sans le fragiliser.

Ce livre, et cette recherche théorique autour de l’identité, des ses travestissements et de la renonciation à celle-ci a animé les travaux de Devereux, et respire sa propre histoire. Il est en effet issu de famille juive et a lui-même été amené à changer de nom et de religion pour cacher ses origines. Cet ouvrage, son titre, semblent ainsi faire écho aux propres peurs d’anéantissement er d’asservissement de l’auteur liées à son histoire, et peut être à la quête de sa propre identité.


mots-clés : #identite
par chrysta
le Sam 5 Jan - 11:45
 
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Sujet: Georges Devereux
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Louis Owens

Même la vue la plus perçante
(en exergue : Invisibles, les flèches de la mort volent en plein midi ; même la vue la plus perçante ne peut les discerner. Jonathan Edwards)
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Une histoire qui débute par la recherche d’un corps, la victime et de l’assassin. Mais en fait deux des personnages, le shérif-adjoint Mundo Morales et le frère de la victime, Cole Mc Curtain  découvriront leur « identité »  dans leurs  recherches.

Savoir d’où l’on vient, quelles sont nos origines, notre culture   :  c’est ce qui changera à jamais la vie de ces deux hommes.

Quelle part  colore la peau d’un être ? signe distinctif dans ce pays et ces régions où la couleur de peau est incriminée, rejetée.  

Quelle part de nos ancêtres dans notre âme ?

La spiritualité des Choctaws est particulièrement complexe, vivante alors que paradoxalement les morts semblent réclamer mais aussi offrir plus.


C’est une histoire empreinte de spiritualité, celle des Choctaws et de tous ceux, métis notamment de cette ethnie  indienne ou autres, dont les racines s' y retrouvent.

Les morts s’invitent dans la vie  des  vivants auxquels ils apportent leur sagesse,  car « même la vue la plus perçante » ne peut voir si le cœur et l’âme ne voient pas ;  savoir vivre c’est avant tout savoir regarder et voir.


Je vois aussi dans ce livre une critique sur la guerre, là particulièrement celle du Vietnam  d’où sont revenus abimés  psychiquement  beaucoup de soldats et  plusieurs des personnages sont des anciens soldats.

C’est une lecture intéressante  sur  l’identité et la spiritualité des indiens Choctaws et plus particulièrement sur leur respect et manière de traiter leurs morts.
L’auteur a puisé dans sa vie, sa famille, dans son vécu, pour ce livre (mon premier de l’auteur) c’est évident.

Je prévois une autre rencontre avec l’auteur.

mots-clés : #amérindiens #guerre #identite #polar #spiritualité #traditions
par Bédoulène
le Mer 2 Jan - 14:19
 
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Sujet: Louis Owens
Réponses: 3
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Tony Hillerman

La Voie de l'Ennemi

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Premier "polar ethnologique" de Tony Hillerman, il s'agit aussi de la première enquête de son célèbre personnage, le lieutenant de la police tribale navajo Joe Leaphorn.
L'anthropologue Bergen McKee et son collègue, le professeur J. R. Canfield campent dans la région désertique de Four Corners, dans la réserve navajo du plateau du Colorado. Parallèlement, une de leurs connaissances, le lieutenant Joe Leaphorn du Service de la Loi et de l’Ordre (Bureau des Affaires Indiennes), est à la recherche de Luis Horseman, un jeune Navajo déculturé, qui se terre dans le désert parce qu'il a poignardé un Mexicain.
L’histoire s’organise autour des croyances navajos en sorcellerie d’une sorte de loup-garou, ce qui sera l’occasion d’évoquer les rituels (tel "La Voie de l'Ennemi") et le mode de pensée, mais aussi la déculturation des Indiens, leurs rapports avec notre société et l’argent :
« Mise à part la satisfaction de besoins élémentaires simples, la culture navajo fait peu de cas de la propriété. En fait, être plus riche que ses frères de clan s’accompagne d’un discrédit social. C’est contre nature et, par conséquent, considéré avec méfiance. »

A ce propos, dans le glossaire des traducteurs, Danièle et Pierre Bondil, on trouve :
« Richesse : le désir de posséder est, chez les Navajos, le pire des maux, pouvant même s’apparenter à la sorcellerie. Citons Alex Etcitty, un Navajo ami de l’auteur : « On m’a appris que c’était une chose juste de posséder ce que l’on a. Mais si on commence à avoir trop, cela montre que l’on ne se préoccupe pas des siens comme on le devrait. Si l’on devient riche, c’est que l’on a pris des choses qui appartiennent à d’autres. Prononcer les mots “ Navajo riche ” revient à dire “ eau sèche ” ». (Arizona Highways, août 1979). »

Outre l’aspect "ethnologique", qui bien sûr est ce qui m’a attiré chez cet auteur, le fait de situer le thriller dans un tel contexte présente beaucoup d’intérêt, ne serait-ce que la confrontation entre « la piste de la beauté » qui fonde le mode de vie du "Peuple", et l’énigme policière.
Il est aussi intéressant de voir comment le personnage principal "d’origine", McKee, laissera la place à Joe Leaphorn.
En répons à la citation de Topocl sur le fil "Vincent Hein" :
« La légère brise, soufflant soudain dans l’axe du canyon, apporta l’odeur légèrement âcre de l’ozone libéré par la décharge électrique ainsi que le parfum de la poussière humide et de l’herbe frappée par la pluie. Elle emplit ses narines de nostalgie. Il n’y avait là rien de ces odeurs de goudron fumant, de poussière en dissolution ou de gaz d’échappement prisonniers de l’humidité qui caractérisaient les pluies urbaines. C’était une odeur d’enfance passée à la campagne, d’autant plus évocatrice qu’elle avait été oubliée. »



Mots-clés : #aventure #contemythe #identite #nature #polar
par Tristram
le Mar 1 Jan - 14:35
 
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Sujet: Tony Hillerman
Réponses: 6
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Zadie Smith

Swing Time

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Une petite fille d'une cité londonienne, voit son enfance se dérouler sous la triple emprise de la passion de la danse, de son métissage et  de Tracey sa meilleure copine délurée. Sans doute du fait d'une certaine « sagesse interne », mais aussi grâce à sa mère militante féministe qui la pousse à étudier et gagner son autonomie, elle quitte son milieu d'origine et  devient assistante d'une star mondiale du show-biz, l'aide dans  une entreprise plus paternaliste que généreuse pour construire une école pour filles en Afrique.

Comme toujours chez Zadie Smith, elle multiplie les personnages qu'elle dépeint avec un œil aussi acerbe que tendre, et chez qui l'enfance est déterminante. Elle embrasse de nombreux thèmes (multiculturalisme, différences de classes sociales, féminisme, fatalité  sociale et émancipation par la culture,  fidélité et trahison) qu'elle brasse de façon assez virtuose.  On retrouve aussi sa vivacité, son rythme, sa capacité à dresser des portraits tout aussi piquants que prototypiques. Un peu moins d'humour que dans ses précédents livres, peut-être. Et si l'issue m'a laissée un peu sur ma faim, Swing Time reste une lecture addictive, plaisante, entre sourire et émotion, pleine de personnages attachants, qui n'ennuie pas une seconde.

Mots-clés : #amitié #contemporain #enfance #identite #initiatique #jeunesse
par topocl
le Sam 10 Nov - 10:52
 
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Sujet: Zadie Smith
Réponses: 7
Vues: 538

Hans Henny Jahnn

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Le Navire de bois

José Corti a écrit:Achevé en 1936, Le Navire de bois constitue le premier volet de la trilogie romanesque publiée à titre posthume par Walter Muschg, Fleuve sans Rives. Comme Andreas de Hoffmannsthal, Le Procès de Kafka et L’Homme sans qualités de Musil, la trilogie fait partie des grandes œuvres en prose de notre siècle restées inachevées. Comme dans ses autres œuvres, et notamment son théâtre, Jahnn conduit ses personnages jusqu’au point de rupture où les forces, soudain libérées, se déchaînent. "Ce que nous accordons aux tragiques du passé, écrivait Hans Wolffheim en 1966, à propos de l’auteur du Navire de bois, nous devons le concéder au poète moderne : d’être, au-delà des conventions bourgeoises, un créateur de mythes, de proposer donc des Images archétypiques de l’homme qui font peut-être éclater ces conventions. Il se pourrait qu’on y découvre plus de vérité que dans les icônes confortables de nos normes sociales."

Chez Jahnn, comme chez Kafka, des acteurs cheminent sans but, presque sans chemin. Ils n’avancent plus, de peur de reculer. Ils voudraient marcher, s’élancer, mais ils craignent de marcher à l’envers. Jamais plus les pas ne s’enchaînent. Tout l’effort de l’écrivain consiste à les égarer davantage, à les perdre, car l’idée du “chemin" est encore une entrave : "quand on dit que le chemin est plus important que le but, c’est en souvenir d’un début où ils ont été identiques.” (Jünger, Les Ciseaux)

Pour complaire à sa fiancée, la fille d’un capitaine de marine, Gustav décide à l’improviste de l’accompagner dans un voyage sur un étrange navire de bois, véritable labyrinthe, transportant une cargaison mystérieuse vers une destination inconnue. Seule femme à bord, Ellena devient l’objet des fantasmes de tous les hommes. Un jour, elle a disparu ; en tentant de la retrouver, Gustav provoque involontairement le naufrage du navire.

À la fois roman de haute mer, de la veine des Melville et Conrad, mettant l’homme aux prises avec les éléments, et intrigue policière, comme Le Procès de Kafka, ce récit allie un réalisme intense à un univers intérieur et symbolique : le mystère ou l’absurdité de l’existence, la solitude des êtres, leur obscure culpabilité.

jose-corti.fr


Ce n'est pas le quatrième de couverture mais ça plante le décor et les attentes. Pourtant quand on commence la lecture ce qui frappe d'abord c'est l'impression de qualité, la qualité dans le ça coule de source autant que c'est terriblement bien écrit, cohérent, dense, fluide, régulier.

On s'installe donc assez vite et heureusement parce que ce qui se dessine derrière les mots se complique rapidement. Le côte normal puis surprenant de l'histoire s'altère rapidement... la tonalité d'ensemble est sombre, son mystère côtoie le fantastique et l'objet premier est un tourment incessant, très palpable très physique. Impossible d'échapper aux alternances d'espoir et d'effondrement. Plusieurs monde se confronte, les oppositions ne sont jamais franches, les rapports de forces factices, mêlés d'envies qui restent floues...

Le traducteur (ahurissant de maîtrise ?) évoque la confrontation au réel comme principale source de l'inquiétude ou de la quête sans objet. Très difficile de parler de tout ce qu'il y a dans ce livre, ou qui ne va pas dans ce livre.

Ce qui est sûr c'est qu'on est bien dans le solide et que les références à Kafka ou d'autres on certainement du sens. J'ai pensé à Blanchot aussi. C'est très étrange, très diffus, très visuel, très sensoriel tout court pour des préoccupations très intériorisées.

L'ombre de la période mérite aussi réflexion, elle serait tapie dans le brouillard derrière...

L'autre grosse surprise finalement est de ne pas avoir entendu parler de cet auteur avant cette lecture (recommandation du libraire).

Choc, lecture très marquante.


Mots-clés : #fantastique #huisclos #identite #initiatique
par animal
le Lun 5 Nov - 22:15
 
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Sujet: Hans Henny Jahnn
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Patrick Chamoiseau

La matière de l’absence

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Dans le prolongement des récits autobiographiques sur son enfance, et d’un essai comme Écrire en pays dominé, Chamoiseau reprend une fois encore cet héritage du passé fatidique, « le manque fondateur, l’effacé structurant », la Traite impossible à oublier, avec des mots et une verve renouvelés en variations lyriques.
Roman ? participe plus de l’essai, dans un va-et-vient des souvenirs à l’approfondissement des réflexions.
Sous forme de dialogues avec la Baronne sa sœur à propos de Man Ninotte, leur mère décédée, évocation de la mort dans le monde créole, superstitions, rituels, vide/ en-dehors/ mystère/ disparition :
« Il ne se passait pas un jour sans qu’on ne les remplisse, leur amenant des personnes décrochées des dernières espérances, à croire qu’à la manière de pêcheurs clandestins les cimetières envoyaient vers la vie des lignes chargées d’hameçons, et en ramenaient des trâlées de victimes. »

« Sauf circonstances extraordinaires, et même si les sépultures seront en certains lieux réservées aux personnages marquants, nulle part sur cette planète (sauf durant la Traite des nègres, l’esclavage américain ou dans les camps nazis) un mort ne se verra abandonné sans un bout d’enchantement, et sans qu’il ne serve à étayer une quelconque autorité. »
(Impact, Légendaire du retour)

…théorie de la « grappe » comme groupe de Sapiens ; les Traces, concept venu de Glissant, ce à quoi se résume la culture perdue des esclaves déportés (en parallèle avec la narration de Man Ninotte proie d’Alzheimer après avoir vaillamment combattu la déveine ‒ stratégie de survie dans la misère) ; le jazz, notamment celui de Miles Davis ; un beau passage à propos des plantes, « mémoires végétales » connues des « marchandes-sorcières », les herboristes (pp 187-188) ; dissertation sur les origines de la beauté, de la poésie (et Césaire sera à son tour rappelé) :
« Parlons du sentiment de la beauté.
Imagine cette conscience humaine balbutiante qui s’ouvre sur trois immensités : sur la menace de l’inconscient humain chargé de toutes les animalités ; sur l’omnipuissance de la nature et du vivant ; sur l’infinie désolation de la mort…
Imagine ce qui lui arrive…
Elle commence à se détacher de l’inconscient et d’une indistinction avec le monde. […]
Il faut appeler "présence" le rayonnement indéfinissable de la chose vivante ou minérale à son plus bel éclat. […]
La conscience archaïque percevra tout présence comme vivante : les éléments, les grottes, les pierres, la nuit, le vent, le soleil… Elle y soupçonnera un être imprévisible, secret, obscur, invisible et puissant ‒ je veux dire : une beauté. L’éclat du beau est dans l’intensité de la chose existante lorsque celle-ci inspire la sensation d’une présence. […]
La sacralisation qui donne du sens à l’existant est l’énergie première de la beauté.

Le sentiment du beau ouvre à l'état poétique : cette partie de la vie qui échappe aux obligations des survies immédiates. »
(Éjectats, Légendaire du langage)

Il y a d’ailleurs une réelle poétique chez Chamoiseau, quoiqu’il en dise ; ici, à un lever de jour :
« La ville perdait ses immobilités dans une marée d’éveils. »
(Impact, Légendaire de l’annonce)

Expérience déterminante du gouffre, la cale du navire négrier, d’où l’on doit se refonder, individu séparé du collectif vers la Relation au Tout-monde (notions de Glissant) ; puis le cimetière.

« Les nuits sont toujours enceintes, nous disent les Arabes, elles sont les seules qui, dans un même mouvement, peuvent dissiper les certitudes du jour et recharger le monde pour la splendeur d’une aube. C’est ce genre de nuits qui se vivait dans mes antans d’enfance. »
(Impact, Légendaire du retour)





mots-clés : #devoirdememoire #esclavage #fratrie #identite #insularite #lieu #mort
par Tristram
le Sam 20 Oct - 19:56
 
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Sujet: Patrick Chamoiseau
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Aki SHIMAZAKI

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Le poids des secrets

Le poids des secrets : cinq livres pour autant de visions d'une même histoire. Cinq livres pour cerner au mieux la personnalité de chacun, les raisons des silences, des faux-semblants, et des secrets soigneusement enfouis parce qu'il serait trop douloureux de les dévoiler. L'histoire ? Mieux vaut ne pas en parler, tant le charme de cette série réside dans le fait d'en découvrir peu à peu toutes les facettes. Tout au plus puis-je vous dire qu'elle se déroule principalement dans les années 30-40,  et qu'il y est question des deux enfants d'un même homme, l'un légitime et l'autre non, qui se rencontreront et s'aimeront... Il est aussi beaucoup question de la seconde guerre mondiale, et des aberrations d'un régime autoritaire alors en pleine rhétorique guerrière, avant que ne survienne le désastre de Nagasaki...

L'écriture d'Aki Shimazaki est précise, concise, épurée à l'extrême. D'ordinaire, j'affectionne plus de rondeur, et ce minimalisme assumé m'a de prime abord déroutée. Mais c'était sans compter sur le charme qui en émane et qui vous accroche tout en douceur avant de vous happer... J'ai lu les cinq volumes d'une traite.

De cette lecture, je ne garderais volontiers que le positif. Mais je ne serais pas tout à fait honnête si je n'évoquais pas mes quelques bémols... Pour commencer, je regrette tout de même que, de livre en livre, le style reste strictement identique. Chaque récit émanant d'un être différent j'aurais aimé que, sans renoncer à sa singularité, Aki Shimazaki use d'un «petit quelque chose » qui différencie chaque narrateur. J'ai également moins adhéré au dernier volume de la série, le procédé choisi pour distiller quelques clés de compréhension cruciales me paraissant quelque peu factice et forcé dans sa volonté didactique.

Mais je ne voudrais pas que ces quelques bémols vous donnent une fausse idée de ma lecture ; car sans être aussi conquise que d'aucuns ont peu l'être avant moi, j'ai beaucoup apprécié cette découverte. Je garde en tête le charme évanescent de l'écriture, et la sensible évocation des tourments intimes d'hommes et de femmes englués dans le carcan des convenances d'une époque sans concession. Les visions multiples se cherchent et se répondent, les secrets se dévoilent et pourtant, une fois le dernier volume refermé tout n'est pas explicité, tout n'est pas décortiqué. A chacun sa part d'inconnu et d'irrationnel. Et c'est, je le crois, très bien ainsi.



mots-clés : #amour #deuxiemeguerre #famille #identite #intimiste
par Armor
le Sam 13 Oct - 19:12
 
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Sujet: Aki SHIMAZAKI
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Toni Morrison

L'origine des autres

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"l’auteur se replonge dans ses propres souvenirs mais également dans l’histoire, la politique, et surtout la littérature qui joue un rôle important – notamment la littérature de William Faulkner, Flannery O’Connor et Joseph Conrad – dans la notion de « race » aux États-Unis, que ce soit de manière positive ou négative. L’auteur s’intéresse à ce que signifie être noir, à la notion de pureté des « races » et à la façon dont la littérature utilise la couleur de peau pour décrire un personnage ou faire avancer un récit. Élargissant la portée de son discours, Toni Morrison étudie également la mondialisation et le déplacement des populations à notre époque. " Babelio
« Toni Morrison retrace, à travers la littérature américaine, les modes de pensée et de comportement qui désignent, de manière subtile, qui trouve sa place et qui ne la trouve pas… L’Origine des autres associe l’éloquence caractéristique de Toni Morrison à la signification que revêt, de nos jours, l’expression citoyen de monde. " The New Republic


Je copie les commentaires ci-dessus parce qu'ils synthétisent bien l'objet de cet essai.
Morrisson décortique les mouvements culturels et les postures identitaires, et c'est passionnant. Sa langue reste très accessible, i vous êtes intéressés par l'auteur et son engagement, à travers son écriture, mais que vous hésiteriez pourtant à lire un texte plus directement analytique, essayez tout de même, ce n'est pas du blabla, Morrisson donne beaucoup d'éléments d'analyse, des extraits littéraires, elle explique et met à jour des traits fondamentaux, son analyse historique et sociologique sont très pertinentes, neuves sans doute, mais surtout elle transmet cela d'une manière très intéressante et accessible, je le redis.

Elle n'hésite pas non plus à parler de son propre travail d'écriture, et cet aspect est aussi passionnant : comment choisir l'énonciation , la faire politique.

En somme, un très court mais très dense livre qui nous donne des clefs fondamentales pour mettre en question nos postures face à nos identités construites, et qui nous invite à devenir créateurs d'un monde meilleur. J'ai été très impressionnée notamment par l'analyse qu'elle fait de la société américaine, difficile à appréhender pour un occidental avec une réelle pertinence, pertinence qu'elle nous offre, nous descillant sur de subtils oublis de fondamentaux.

"La romancière montre aussi  comment l'obsession de la couleur n'a cessé de s'exprimer en littérature, par exemple chez Faulkner et Hemingway, participant à la perpétuation de tropes racistes. Elle revient sur les raisons qui l'ont poussée, pour sa part, à "effacer les indices raciaux" dans plusieurs romans et nouvelles, notamment Beloved et Paradise. Laissant longuement parler la littérature, elle invite à une transformation des regards, par l'éthique et par les livres. La langue comme champ de bataille, et comme lieu de résistance. " Lenartowicz pour l'Express

mots-clés : #creationartistique #esclavage #essai #historique #identite #mondialisation #politique #racisme
par Nadine
le Mar 2 Oct - 11:02
 
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Sujet: Toni Morrison
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Jim Harrison

En route vers l’Ouest

Regroupe 3 novellas, En route vers l'ouest, La Bête que Dieu oublia d'inventer, J'ai oublié d'aller en Espagne.

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En route vers l'ouest
Où l’on retrouve Chien Brun (C.B.), déjà personnage dans La femme aux lucioles et Julip… Loin de son Michigan natal (pêche, forêts et fraîcheur), il découvre Los Angeles (occasion d’un réjouissant déluge de surprises et méprises), bientôt avec Bob, un scénariste morfal où l’on a reconnu l’auteur soi-même ‒ mais C.B. lui-même, entre pur crétin seulement motivé par le sexe, l’alcool et la bouffe, « autochtone » au rôle de Candide "simple d’esprit", n’a-t-il pas un peu de Big Jim dans son approche du monde ?
« Le plus difficile pour un homme de la campagne débarquant dans une vaste métropole est de comprendre le rapport entre le métier des citadins et l’endroit où ils habitent. »

« Au plus profond des feuillages tout proches du bosquet de bambous, il se demanda si sa propre existence recelait le moindre secret ou si on lisait en lui à livre ouvert comme dans un vieux bouquin de poche tout fripé. Ce doute lui passa rapidement lorsqu’il remarqua que les carpes orange nageaient invariablement dans le sens inverse des aiguilles d’une montre au milieu de leur bassin miniature et ombragé. Sans conteste, ces carpes étaient plus intéressantes à observer que les divagations nombriliques d’un type en proie au doute métaphysique. Comme nous tous, C.B. ignorait les tenants et les aboutissants de l’existence. Soudain, la carpe de tête exécuta un demi-tour tort gracieux et se mit à entraîner son banc dans le sens des aiguilles d’une montre. Là se trouvait sans doute l’une des réponses aux millions de questions que la vie ne posait pas. »

« À la taverne, deux vieux vétérans de la Seconde Guerre mondiale lui avaient confié que, dans l’Europe ou le Japon en ruine, on pouvait faire l’amour en échange d’une barre de chocolat, mais cette transaction lui avait paru tout sauf admirable. Le moins qu’on puisse faire, c’était de rôtir un poulet et de préparer de la purée pour la pauvre fille, avant de lui mitonner un pudding aux pommes avec du sucre brun et beaucoup de beurre. »




La Bête que Dieu oublia d'inventer


Le narrateur, un vieux solitaire un peu aigri, établit un témoignage ‒
« Peut-être les écrivains racontant une histoire procèdent-ils en réalité à l’enquête d’un coroner… »

‒ sur son jeune ami disparu (suicide par natation), Joe, au comportement insensé suite à un traumatisme cérébral (une sorte de perception modifiée/ directe du monde, particulièrement "sauvage", car perdue sa mémoire visuelle il « voyait chaque chose pour la première fois ») :
« Est-il un chien malade qui désire se terrer, un mammifère qui trouve sa sécurité dans le secret, un jeune homme blessé qui tente vaillamment de mettre un peu d’ordre dans toute sa confusion ? »

Ayant « perdu toute une vie de conditionnements et d’habitudes », « Joe est parti à pied pour dresser de nouvelles cartes du monde, ou plutôt du seul monde que ses sens toléraient. »
Il y a nombre de réflexions typiques de la manière de Big Jim, tournant comme souvent chez lui sur handicap/ infirmité/ déficience/ incapacité/ diminution physique.
Que le narrateur soit fort cultivé légitime de nombreuses références érudites, et pas que littéraires ‒ comprenant une quantité confondante d’auteurs que je ne connais guère ‒, comme Le Darwinisme neuronal d’Edelman (qui au passage explicite le fait que nous soyons tous des individus différents).
Cette dimension "métaphysique" du texte en rend la lecture complexe, le fil des péripéties étant lui aussi très riche, avec une profusion de détours anecdotiques qui ne nuisent cependant pas à la cohérence à l’ensemble.
J’ai aussi apprécié les remarques, probables fruits de l’expérience personnelle de l’auteur, concernant les observations interspécifiques (geais, corbeaux, ours).
« J’ai actuellement l’impression que mon réservoir humain est vide et que j’en constitue le sédiment, la couche de saleté amassée au fond, le résidu de mes propres années. »

« Je ne veux pas dire qu’une rivière serait une panacée, seulement que notre cerveau est incapable de maintenir ses structures troublées lorsqu’il se trouve confronté à une rivière. Je pense que c’est la raison non avouée qui pousse tant de gens à pêcher la truite, alors que la plupart sont tellement incompétents qu’ils ont très peu de chance d’attraper un seul poisson sur leur mouche. »

« Assis sur la terrasse en somnolant de temps à autre, j’ai pensé qu’on avait beaucoup de mal à reconnaître la part immense de notre vie consacrée à de monstrueuses conneries. »

« Je monte et descends, je tourne en rond, ainsi que le veut la condition humaine, mais ne peut-on faire un nombre limité de nœuds sur une longueur de corde donnée ? »

« …] j’ai toujours trouvé plus intéressantes les raisons pour lesquelles un homme croit à quelque chose, que ce qu’il croit. Il ne s’agit pas là d’une subtilité, mais d’une flagrante évidence. »

« Mon esprit a tourbillonné un instant à l’idée qu’un toubib doit dire au revoir aux vivants, alors que le croque-mort, lui, n’a pas besoin d’attendre la moindre réponse. »

« L’angoisse provient de la monotonie du train-train, de cette "vie non vécue" dont on parle si souvent, de l’impression d’occlusion qui accompagne tout naturellement une curiosité étouffée, ou une curiosité qui s’est enterrée dans un trou familier. »

« Depuis ma jeunesse j’ai toujours eu le sentiment de rater quelque chose, sans doute parce que c’était la vérité. »





J'ai oublié d'aller en Espagne

Encore un quinquagénaire, un écrivain producteur de brèves biographies à défaut des œuvres qu’il avait rêvées, riche, raté et ridicule.
Peut-être parce que la fascination mâle pour les croupes féminines devient lassante, ou qu’il n’y a là pas d’autre vue sur la nature qu’un aperçu du Mississippi, c’est assez décevant.

« Il m’est impossible de considérer mon comportement sexuel autrement qu’en termes comiques, même si j’y trouve des motifs d’émerveillement. »

« Ils auraient mieux fait de brûler mes recueils de poésie. Car mes livres appartenaient à une culture qui n’était désormais plus la nôtre. Les idéaux de la jeunesse vous tuent parfois, mais ils méritent de le faire. Les idéaux de la jeunesse sont façonnés à grand-peine par les maîtres des siècles passés, de Gongora à Cela, de Villon à Char, d’Emily Dickinson jusqu’à nous autres, pauvres Bartleby. »

Question : « mon chien incapable, Charley », dans En route vers l'ouest, « mon pathétique clébard Charley », dans La Bête que Dieu oublia d'inventer, seraient-ce des allusions à Mon chien stupide, de John Fante ?


mots-clés : #humour #identite #nature #vieillesse
par Tristram
le Ven 28 Sep - 20:09
 
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Sujet: Jim Harrison
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Jonathan Coe

La Femme de hasard

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The Accidental Woman, titre que personnellement j’aurais peut-être traduit par « La femme fortuite », est le premier roman de Coe, et l’histoire de Maria.
« Maria, qui était fondamentalement d’une nature confiante, avait toujours cru en Dieu, mais en revanche elle n’avait pas la moindre preuve qu’il croie en elle. »

On profite déjà amplement dans cet ouvrage de l’humour qui rendit son auteur célèbre : les collègues (masculins) de Maria dans un magazine à lectorat féminin (p. 122), les misères de la colocation (ici, une offre lesbienne lui occasionnera une réplique bartlebyenne) :
« ‒ On va explorer nos corps, y a rien à voir à la télé.
‒ Non merci, j’aime mieux pas. »

J’ai particulièrement goûté les immixtions de l’auteur dans le cours de son ouvrage, procédé sternien que j’ai toujours savouré (merci papa, pour cette complicité de l’écrivain avec son lecteur, voire son personnage) :
« Mais je crois comprendre leur point de vue, moi-même, rien que de l’écrire, ça me déprime.
[…] Honnêtement, je commence à en avoir marre de Maria, et de son histoire, tout comme Maria commence à en avoir marre de Maria, et de son histoire. […] Avançons donc, car il ne me reste plus à relater qu’un seul épisode de la vie de Maria, et ensuite ce sera fini, et on pourra prendre congé.
Et voilà, on commence à bavarder avec le lecteur, et sans s’en rendre compte on perd complètement le fil du récit. »

« Ça ne vous dérange pas que je raconte ça au passé ? Je trouve l’autre temps vraiment épuisant. »

Mais, hormis cette approche réjouissante, c'est un peu La fête de l'insignifiance, pour reprendre le mot de Kundera. L’histoire de cette jeune femme calme et assez indifférente, sans vrai désir ou projet, et partant sans vraie (réussite dans la) vie, m’a étonnamment touché, finalement.
La trouvaille romanesco-métaphysique de la toute fin est excellente, mais je crois devoir pudiquement la celer ?
Dernière phrase :

« Pendant l’ascension, elle [une alouette] lui lança un nouveau regard, la vit rapetisser, vrilla, la vit bouger, la vit rétrécir et rétrécir encore, monta, regarda de nouveau, vit la petite silhouette à flanc de colline, montant plus haut, toujours plus haut, et alors elle ne vit plus que la colline, où nous devons l’abandonner, l’abandonner à son calme ultime, Maria, un point dans l'imperceptible, sur le chemin du retour, seule, et indifférente, indifférente jusque face à la mort qui, sait-on jamais, est peut-être la prochaine surprise que le hasard lui réserve. »




Mots-clés : #identite #social #viequotidienne
par Tristram
le Mar 18 Sep - 13:24
 
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Sujet: Jonathan Coe
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Sabyl Ghoussoub

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Le nez juif


Originale : Français, 2018

4ème de couverture a écrit:Depuis tout petit, la mère d'Aleph lui répète : « T'es moche, j'espère que tu te referas le nez quand tu grandiras. Et en plus tu ressembles à un Juif. » Mais Aleph sort en boîte, séduit les filles, se fait des amis. Il s'engage, il voyage. Beaucoup au Liban. Il tombe amoureux, se retrouve dans le cinéma et rien ne se passe jamais comme prévu. Entre Paris et Beyrouth, Palestine et Israël, Hezbollah et Mossad, Aleph doit faire des choix. Arabe sous une peau de Juif, il est en quête permanente d'identité.


REMARQUES :
Aleph (première lettre de l’alphabet hébreu ET arabe!!!) est Libanais maronite, grandissant à Paris. Mais depuis toujours, même dans sa propre famille, et dans l’école il est cible de railleries, voir d’insulte : Sale Juif ! Sale Arabe ! Et autres… Tout cela à cause de son nez… juif ? Donc, même à l’intérieur de sa propre famille et communauté il restera souvent étranger. Jeune, il va réjoindre le Liban ! Là, pas de problème ! Vraiment ?

On comprendra que ce roman est un roman de quête d’identité. Les mouvements extérieurs en sont un signe : des nombreux voyages, lieux de vie transitoires. Souvent au milieu d’une vie un peu… en désordre, loufoque, entre disco, rap arabe et autre, des histoires de sexe. Le coté débridé peut un peu rebuter et enlèver le plaisir à certains de cette lecture, mais derrière cela se dégage la question des différences vraies entre Arabes et Juïfs, ou c’est-à-dire : de la relativité de ces différences ? Arabe juif, Juif arabe ?

C’est très probablement en puisant dans sa propre vie et recherches, (voir parallèles entre certaines chroniques trouvées sur le WEB p. ex. : https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/quand-des-israeliens-chantent-dans-la-langue-de-l-ennemi,1409 et des sujets du livre) que Ghoussoub est amené à se poser sans complexe des questions sur l’identité. Et si le « handicap » du « nez juif » lui montre un chemin ???

Je suis pas trop heureux avec le style et certaines legèretés, mais dans certains énoncés et vécus intéressants !


mots-clés : #discrimination #identite
par tom léo
le Mer 5 Sep - 22:14
 
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Sujet: Sabyl Ghoussoub
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Eduardo Halfon


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Monastère

"Une cage allait à la recherche d'un oiseau." Kafka

"3/4 arabe, 1/4 polonais et juif parfois."

Ainsi se définit Eduardo Halfon, la narrateur. Le narrateur qui n' est pas l' auteur.
Enfin pas tout à fait...
Et il ajoute :

"Trois grands parents arabes juifs, venus d' Egypte, du Liban, de Syrie, envoyés en Amérique Latine et un grand père paternel, juif et polonais arrêté à Lodz par les nazis à 16 ans, et envoyé en camps de concentration."


Il est le fruit et le mélange de cette hérédité, exilée au Guatemala.
Un mélange identitaire plutôt mal assumé, turbulent et instable.
D' où son malaise quand il est invité en compagnie de son frère au mariage de sa sœur à Jérusalem.

Sa soeur, il nous la présente jeune, belle, intelligente, ouverte.
Or, ne voilà t-il pas qu' elle va épouser un juif de Brooklyn, ultra orthodoxe.
Eduardo n' a pas envie d' assister à ce mariage.
Moins encore, lorsque mis en présence de ce futur beau frère, il le découvre vain, arrogant, dogmatique et agressif comme tous les néo convertis.
De ce mariage, nous n' en saurons pas d' avantage.

Ce qu' il voit d' Israel, dès le tarmac de l' aérodrome, accentue son malaise.
Un chauffeur de taxi lui demande s' il est arabe et lui déclare tout de go que les arabes sont méchants et qu' il faudrait les tuer tous.
Et puis, il y a ce fameux mur que les Israéliens ont édifié pour être séparés des palestiniens.
Les jours je font que l' enfoncer dans une torpeur étouffante accentuée par la chaleur de l'été.

Jusqu' au jour où il rencontre Tamara,  une femme qu' il a connue et aimée.
Une israélienne forte et rien moins que conformiste.
Elle le conduit au bord de la Mer Morte et cette excursion est l' occasion pour lui  de se confronter à son passé et à son histoire familiale.
Pour elle, de le faire parler, se raconter.
Avouer ses doutes, le fait de ne pas se reconnaitre juif.
Elle lui dit que son histoire familiale fait partie de ses racines, c' est aussi son histoire à lui.
"Notre histoire, conclue-t-elle, est notre seul patrimoine."
J' ai aimé cette histoire brillamment racontée et qui sait nous montrer sans insister, à quel point les êtres humains sont multiples, contradictoires, surtout quand ils sont prisonniers des soubresauts de l' Histoire.


mots-clés : #autobiographie #communautejuive #famille #identite
par bix_229
le Lun 27 Aoû - 20:05
 
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Sujet: Eduardo Halfon
Réponses: 10
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Steve Tesich

Commentaire, impressions plutôt écrits pour ceux qui ont déjà lu le livre !

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Karoo


A mon avis derrière un récit d'une apparente simplicité (dans toutes ses détours), se cachent plusieurs niveaux de lectures et de compréhensions possible. Et cela m'était un bonheur d'essayer de voir plus loin que le bout du nez : ces abords possibles vont du récit, roman d'un simple cynique, via l'auto-dérision, via une vraie détresse jusqu'à une possible lecture métaphysique, existentielle d'une recherche et des observations très justes de l'être humain...

Saul est un personnâge qui au même moment vit des choses apparemment loin de notre expérience, et pourtant incarne (sujet qui revient) un homme d'aujourd'hui : séparé, mais pas encore divorcé, tiraillé, fuyant, mais lucide... Et aussi toutes les descriptions sur ces fuites et problèmes : à voir de plus près on reconnaît des motivations de beaucoup de nos contemporains, voir l'absence de vraie motivation et tout simplement … : la fuite. Cela me semble dominer dans ce caractère. Même l'alcool est une recherche éperdue de fuite, de l'oubli.
Ou la fuite de l'intimité. Cela semble presque contraire à ce qu'on dirait de soi et son désir; pourtant n'est-ce pas profondement vrai qu'aujourd'hui, comme Saul, on n'est pas (ou plus) capable de bien nous affronter nous-mêmes dans une certaine solitude ET l'autre dans une vraie intimité (il ne se sent à l'aise que devant un public...)? Karoo va, dans un certain sens, au bout d'une logique qui anime la plupart des gens dans leurs rapports avec les drogues, l'argent, les autres, la liberté, l'espace privé etc. Comment affronter la réalité : de soi-même, des autres (« La simple pensée à faire face à mes soucis me donnait la nausée. ») ? Pendant une large partie du roman Saul est la narrateur de son histoire. Cela ne change que vers la fin dans une narration apparemment plus distancée par un narrateur omniscient.

Constamment on se meut entre un cheminement d'évitements ET une grande lucidité, car ce Karoo  est derrière ces évitements très lucide, capables de se voir dans ses motivations. Et cela n'est pas un titre de gloire, mais constamment ou souvent une vraie source de frustration : Il ne fait pas ce qu'il veut et il fait ce qu'il ne veut pas. Pourtant en racontant dans l'Imparfait et le passé il a alors une distance vers ce qu'il raconte et nous sous-entendons la possibilité d'un vrai changement pour un avenir, soit pour un « aujourd'hui autre ». A voir.

Ici on s'approche sur une possible signification du choix du prénom : Saul. Ce premier nom de l'apôtre est associé avec Paul (vous vous souvenez du jeu de noms que le Père de Saul fait avec son fils?!), figure (dans l'imaginaire universel) de la conversion. Car finalement notre Saul ici aussi attend une redemption, un changement, une conversion. Bien sûr cela ne correspond pas complètement à la vie de Saint Paul, mais on ne peut pas s'empêcher de faire le rapprochement. Dans la réalité biblique et aussi ici, il s'agit pas juste d'une coupure si nette que les tranches de vie avant et après n'ont pas de lien. Non, il y a une forme de dédoublement, voir de coexistence d'une conscience de ce qui est juste au milieu de ce vie presque... ratée. Figure/symbole de conversion – chez le Père et Saul on trouve la mention des deux noms pour lui ! J'approche cette remarque d'une citation : « ...malade comme je l'étais, j'avais toujours un fragment intact de bonté au fond de moi ».

Certaines pierres d'achoppements, des rencontres faites dans la vie, des questions incontournables sont comme des invitations d'une mise en question de soi-même, des possibilités de saisir une occasion de changer. On peut les fuir.

En ce qui concerne son travail de découpeur de films des autres, voir des chef-d'oeuvres, on peut relèver tant de choses... Certes, il s'agit de détruire l'oeuvre d'un autre. Au-délà encore, un moment donné, la vie de Saul « consiste de ces bouts de graisse, d'inutilités coupées dans le film ». Combien des choses non-essentielles occupent la place ? Qu'est-ce qu'on enlève de notre vie pour trouver la cohérence d'une banalité attirante (mots très directs qui viendront plus tard)...  

Encore une fois : Karoo est lucide et proche de présentir que ce que d'autres appèllent la liberté est associé pour lui à « la fuite ». « Parler de changement était admirable. Esayer de changer était héroïque. » Le flot des paroles, ici et là : et on parle, on parle, pour immerger l'autre, pour « le  baiser » (rôle de Cromwell, presque diabolique, dans les yeux de Karoo, derrière certains accès d'apparente bien-veillance). Et où est la différence avec certains moments de la vie de Saul ?

Même si la première moitié pourrait être pris comme une introduction dans le caractère de Saul, je trouvais cela passionant. Dès un certain moment (Pittsburg ? Espagne?) la catastrophe entre les trois semble annoncée. Pas de surprises pour moi. Peut-être là l'histoire s'étire pour mon goût un peu trop.
Et inclus en cela : la catastrophe existentielle intérieure à venir. Et puis ? Saisira-t-il la chance ou pas ? Hésitations... Quel besoin de pardon... ! D'un coup, avec sa mère il arrive à se lâcher. Puis, physiquemment, chez Cromwell, puis la décision intérieure... : se débarasser de toutes excuses.

La fin me semble magnifique : le questionnement jamais abouti d'une histoire d'un Ulysse moderne dans lequel se retrouve Saul. Et il devient évident quelle est l'enjeu. Quelles sont les questions essentielles qu'il a fui toujours. Magnifique !

On a appelé les derniers pages – si je comprends bien – comme une chute vertigineuse ! Eh bien, qui a écrit ce commentaire ? Il me semble que l'ensemble se tient et est mu d'un grand réalisme. Bien sûr, je n'ai pas « prévu » les détails des derniers chapitres, néanmoins il y a là un « réalisme existentiel » qui tient la route. A voir de plus près, tout le roman, tout le cheminement de Karoo visait un issu. Et qui sera surpris que la question essentielle est métaphysique, existentielle, « réligieuse » ? Cela était sous-jacent sous toute l'histoire.

Un livre qui invite presque à une lecture commune !

On sent un auteur, proche de sa propre mort, interrogé par la sincerité des vraies questions. Splendide !

mots-clés : #addiction #contemporain #identite #spiritualité
par tom léo
le Sam 18 Aoû - 8:01
 
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Sujet: Steve Tesich
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Claire Messud

La fille qui brûle

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C'est l'histoire du passage à l'adolescence entre deux amies de la toute petite enfance, celle qui  raconte, et s'en sort pas mal, et l'autre moins bien dotée au départ, qui s'éloigne, s'enfonce dans des comportements que plus personne ne comprend, entraînant un rejet qui ne fait qu'aggraver sa détresse.

C'est très finement observé, cette fragilité d'une période où se révèlent les carences de l'enfance jusque-là masquées, où explosent les questionnements, et tout est si difficile si on ne trouve pas les bonnes alliances.

Le récit est tout en nuance, en bonnes trouvailles, c'est parfaitement maîtrisé, presque trop, les sentiments sont pour ainsi dire remplacés par cette acuité. C'est une bonne lecture, d'un roman bien structuré, qui  remue des périodes de trouble que nous avons vécues, mais où, peut-être, justement, il manque un certain trouble.

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mots-clés : #amitié #conditionfeminine #enfance #identite #initiatique #psychologique #relationenfantparent #solitude
par topocl
le Mer 8 Aoû - 9:27
 
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Sujet: Claire Messud
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Robert Pinget

Fable

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Je pense n’avoir pas tout compris de cette Fable, mais qu’importe ; suffisamment en tout cas pour me rendre compte que Robert Pinget est un auteur important qui mérite d’être (re) découvert.
Bien sûr, c’est une lecture qui peut être quelque peu déroutante au premier abord. L’image qui me vient à l’esprit est celle du puzzle : une réalité éclatée en de multiples fragments que l’auteur/lecteur assemble peu à peu. Parfois, il se trompe, parfois non et donne alors des bribes de compréhension. Mais à la différence du puzzle il n’y a pas qu’une seule possibilité d’assemblage, mais de multiples qui ébauchent de nouvelles pistes, entrouvrent d’autres possibles, valides ou non. Enfin pour garder la métaphore, la notion de jeu me semble ici essentielle.
Claude Mauriac écrivait lors de la sortie de Fable :

« La fable, la voici : on l’appelle Miette, mais son nom est Narcisse. Il s’éprend moins de son image qu’il ne cherche à en recoller les morceaux brisés. Nous reconnaissons les lieux en même temps que lui. Le temps est retrouvé. Mais, de nouveau, l’espace disparaît, la chronologie s’évanouit. Futur, passé, chronologie à dissoudre. »


C’est tout à fait cela, un individu qui cherche à reconstruire son identité, morceaux par morceaux. Les habitués reconnaitront ici une parenté étroite avec Beckett.

Il y a des temps de désespoir d’abord qui alternent avec d’autres où l’âme se libère mais peu à peu l’alternance ne se fait plus et c’est alors que la tête pourrit


Le temps qui est le mal à la petite semaine, joie qui déserte, conscience de toute vanité, la carcasse se dirige sans boussole vers son dernier asile comme si le thème de la survie était désormais hors d’usage.


Ma vie est faite depuis beau temps, tu y avais mis un grain de futur, il n’a pas levé."]Ma vie est faite depuis beau temps, tu y avais mis un grain de futur, il n’a pas levé.


Mais la ville fumait toujours sous les décombres, l’ancien cauchemar se réveillerait et les grincements de dents, ce passé à dissoudre comme ne faisant plus partie du système, racines plongeant dans le néant, futur itou.

Il y a de belles explorations archéologiques à faire dans ce qui fut appelé le « Nouveau roman »  Very Happy


mots-clés : #identite #nouveauroman
par ArenSor
le Mar 31 Juil - 19:25
 
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Robert Penn Warren

Tous les hommes du roi

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Après tant de mois, j'y étais enfin. Car rien ne se perd, rien ne se perd jamais. Il y a toujours un indice, une facture, une marque de rouge à lèvres, une empreinte de pied dans la plantation, un préservatif sur le sentier du parc, une vieille blessure qui lance, un souvenir d'enfance, une infection dans le sang. Et le passé, le présent et le futur ne sont qu'un seul et même temps, et les morts n'ont jamais vécu avant que nous leur donnions vie, et leurs yeux, au-delà des ténèbres, nous implorent.


Que voilà un roman majestueux, virtuose, prolifique! Un roman noir qui emprunte au meilleur du genre, ses politiques véreux mais pathétiques, suant dans leurs costumes  élégants, ses petits malfrat obéissant dans la chaleur humide du Sud, où il ferait si bon boire et fumer sur les vérandas, si seulement la vie décidait d'être douce et simple, si seulement ces personnages crapuleux n'étaient pas aussi des hommes souffrants... Mais non, l'homme est par nature tourmenté, ballotté par la douloureuse splendeur du ballet de ses sentiments, désespéré de trouver un sens à la vie, une réponse aux aspirations de l'enfant qu'il était, de se définir en tant qu'individu cohérent, de dénouer l’inextricable nœud des responsabilités.

Racontée depuis les temps tardifs de l'apaisement, cette tragédie digne des Atrides nourrit un grand roman des illusions perdues, disserte sur le bien et le mal, la pureté impossible et la rédemption interdite.

C'est jack Burden qui raconte, Jack qui est celui qui ne se salit pas les mains, ou y croit, en tout cas.

il a dit que si le monde était  un tas d'ordures, l'homme, pour sa part, n'avait pas à l'être.


Tout à la fois journaliste et historien il  va comprendre que la quête de la Vérité ne suffit à sauver le monde :  "L'ignorance, c’est le bonheur".

Mais le monde est une gigantesque boule de neige qui dévale une montagne, et jamais on ne la voit remonter la pente pour revenir à l'état de flocons, à l'état de rien.


Car oui,  aussi : "La connaissance c'est le pouvoir", c'est ce qu'a compris Willy Stark, dont il est le bras droit, un "grand couillon naïf" parti de rien et devenu  Gouverneur "intense, inquisiteur, exigeant",  un populiste adulé par les petits, qui sait corrompre, asservir, terroriser.

-Tu as cru que tu pouvais me rouler...faire en sorte que je l'achète. Eh bien je ne vais pas l'acheter! Je vais l'écraser! J'ai déjà acheté trop de fils de pute. Si tu les écrases, au moins ils ne mouftent plus, mais quand tu les achètes, impossible de savoir combien de temps ils vont rester à ta botte.


Ces deux hommes pleins d'estime l'un pour l'autre dans leurs différences,versions pile et face de l'espèce humaine, se répondent en fait comme deux miroirs face à face, et ces miroirs mettent en lumière leurs ambiguïtés. Racontant Willy Stark, Jack Burden se dévoile, solitaire crâneur, homme d'amour et d'amitié, fils orphelin, il  pêche à la fontaine du souvenir , car tout se tient,  "c'est uniquement avec le passé que se forge le futur"

Il y a ce récit tragique aux accents déchirants, ces héros haïssables et qu'on aime pourtant, fasciné, charmé. Il y a aussi l'inventivité, l'acuité, le lyrisme de l'écriture de Robert Penn Warren, tout à la fois sensuelle et vigoureuse, patiente, attentionnée, liquide.  Il y a les pièces du puzzle patiemment accolées, les allers et retours, les chemins transversaux. Il y a les leitmotivs, les réminiscences obsédantes,. il y a les métaphores, leur pertinence, leur sensualité, leur poésie.

Le monde entier, les troncs nus des autres arbres, qui avaient perdu leurs feuilles désormais, le toit des maisons et même le ciel lui-même avaient un air pâle, lavé, soulagé, similaire à celui que peut avoir un homme souffrant d'une longue maladie qui se sent mieux et pense qu'il va peut-être guérir.


Il y a une lectrice comblée.




Ton Ami de Jeunesse est le seul ami que tu auras vraiment, car il ne te voit pas tel que tu es. Dans son esprit, il voit un visage qui n'existe plus, prononce un nom - Spike, Bud, Snip, Red, Rutsky, Jack, Dave - qui appartient à ce visage sans existence, mais qui, par quelque confusion absurde et sénile de l'univers, se rattache maintenant à un étranger ennuyeux qu'on regrette d'avoir rencontré. Mais il se plie à cette confusion sénile, incontinente, de l'univers et continue d'appeler ce pénible étranger par le nom qui n'appartient vraiment qu'à ce jeune visage d'autrefois, à l'époque où sa jeune voix appelait faiblement par-dessus le fruit des flots en fin d'après-midi, murmurait la nuit près d'un feu de camp, ou disait au milieu d'une rue bondée : « Oh, écoute un peu ça : « Aux confins du Welnlok, anxieuse est la forêt... Le Wrekin a gonflé  sa haute toison d'arbres » » Ton Ami de Jeunesse ne reste un ami que parce qu'il ne te voit plus.


Mots-clés : #amitié #amour #corruption #culpabilité #identite #relationenfantparent #trahison
par topocl
le Lun 9 Juil - 21:36
 
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Sujet: Robert Penn Warren
Réponses: 9
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