Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 18 Sep - 20:16

86 résultats trouvés pour immigration

Isaac Bashevis Singer

Le certificat

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 Image108

A Varsovie peu après la première guerre, David est un tout jeune juif au grandes aspirations mais plein d'incertitudes. Il a renié la religion de ses parents, mais pas encore toutes leurs convictions obscurantistes. C'est un philosophe, un raisonneur, un écrivaillon qui rêve d'être publié, mais assez désemparé pour mener sa vie. Il écoute aussi son cœur et son corps, mais ses nombreuses et candides relations avec les femmes sont  compliquées par  les préjugés qu'il n'a pas encore dépassés. Tout cela ne nourrit pas son homme, il galère, frigorifié, le ventre vide, alternativement séduit par les idéaux communistes ou sionistes. Il attend avec impatience le certificat qui lui permettra d'émigrer en Palestine, contraint pour cela à un mariage blanc, incapable pour autant de s'imaginer un destin en Palestine où on demande surtout de bras costauds.

Largement autobiographique, de publication posthume, et donc sans doute pas le meilleur pour commencer avec cet auteur, le certificat fait revivre avec justesse les affres des Juifs polonais de l'entre-deux guerre, à travers le portait attachant d'un jeune homme désemparé, car ses élans de jeunesse se heurtent aux tragiques réalités de l'antisémitisme.

mots-clés : #communautejuive #immigration
par topocl
le Ven 15 Sep - 11:34
 
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Sujet: Isaac Bashevis Singer
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Christos Tsiolkas

Jesus Man

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Roman choc s'il en est qui décrit les péripéties et drame d'une famille grecque en Australie. Ce récit est d'ailleurs un prétexte pour dresser un portrait au vitriol et une description sans concession de la société australienne. Emploi, racisme, chômage, sexe, moeurs, multiculturalisme non assumé, perte d'identité sont autant de thèmes que l'on pourrait transposer sans peine en France. Il est d'ailleurs intéressant de les voir traités pour analyser un autre pays et à la façon de Tsiolkas. Dialogues tranchants, avis tranchés, scènes sexuelles dérangeantes, rapports familiaux poignants et choquants ce roman suinte d'angoisse et de désespoir. On peut penser à du Larry Clark romancé, ou à du Irvin Welsh. C'est dans un style brut avec la volonté de nous planter dans les yeux un décor qu'on ne veut pas voir au quotidien, avec une vulgarité non feinte mais subtile que l'on se prend à réfléchir sur notre propre identité et nos propres pulsions, nos préjugés mais aussi nos attachements et nos réflexions. Un roman utile et vif.


mots-clés : #famille #immigration #social
par Hanta
le Ven 18 Aoû - 10:29
 
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Sujet: Christos Tsiolkas
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Colm Toibin

Brooklyn  

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 51g0jd10


Eileis est une jeune fille parmi tant d'autres dans l'Irlande des années 50: entourée de sa soeur ainée et de sa vieille mère . Dans une attitude de soumission imprégnée de notions de devoirs liées à son éducation judéochrétienne , Eilis semble avancer dans la vie avec un certain détachement , sans réelle attente .
Par l'intermédiaire d'un prêtre installé aux USA , elle partira sur cette terre d'accueil et se frottera à une réalité inconnue à laquelle elle devra s'adapter : Evoluant jusqu'alors avec une obéissance aveugle aux règles morales , s'oubliant elle-même dans un effacement de l'ego , incapable presque de traduire ses émotions , Eilis s'éveillera à elle-même et aux autres .....
Immergée dans cette culture nouvelle dans laquelle elle devra faire sa place parmi tous ces exilés de Brooklynn , découvrant les premiers émois charnels , s'émancipant au fil du temps , de façon presque imperceptible pour devenir une jeune femme avec des désirs et des envies ....
Le décès brutal de sa soeur la ramènera "au pays " pour soutenir sa mère lors d'un séjour programmé pour une durée de un mois . Mais son fiancé lui imposera le mariage avant le départ ....
Le retour d'une nouvelle Eilis , pleine d'assurance , et avec une nouvelle "aura" liée à ces années passées dans le "nouveau monde" ne passera pas inaperçu dans la petite bourgade provinciale irlandaise...Une ébauche amoureuse naitra avec un ami de jeunesse , un poste d'avenir lui sera proposé ...
Et Eilis devra choisir , choisira ....pour la première fois de sa vie , délibérément ,enfin actrice de sa vie , et pleinement consciente des conséquences de ses actes ....
Brooklyn, ce serait une histoire presque bluette si on s'en tenait uniquement à cette narration : mais ce serait sans compter sur le talent de l'écrivain qui met en lumière la notion de choix ....toujours salvatrice lorsqu'elle est assumée et pleinement acceptée ...le choix pour grandir malgré la souffrance , la notion de liberté personnelle et de libération des jougs affectifs ....se réaliser , c'est aussi savoir faire des deuils , et accepter les manques et les absences pour embrasser 'sa destinée choisie" .
Une lecture surprenante parce que plus marquante qu'il n'y paraitrait de prime abord ....L'écriture s'oublie , et la force de ce personnage si particulier s'amplifiera au fil des pages , jusqu'au dénouement final .....
Un vrai coup de coeur !


Commentaire rapatrié




mots-clés : #immigration
par églantine
le Mar 15 Aoû - 10:25
 
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Sujet: Colm Toibin
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Luiz Ruffato

A Lisbonne j'ai pensé à toi.

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Serginho a arrêté de fumer. c'est à peu près tout ce qu'il marche dans sa vie (sa femme et en hôpital psychiatrique, il perd son boulot et son fils lui est retiré par sa belle-famille). Quand sa mère meurt, dernière attache, il décide d'immigrer au Portugal. Non que cela lui fasse très envie, non que cela ne l'angoisse pas, mais tout le monde l'adule (l'envie?) pour cette décision, l'admire et l'encourage.
Arrivé à Lisbonne, c’est une autre histoire: logement précaire, boulot clandestin, hostilités et humiliations diverses, vague liaison avec une prostituée bien roulée qui se joue gentiment de lui. C'est une petite descente aux enfers... Plus question du retour escompté aux pays, plein aux as, pour finir en rentier vénéré : voila comment il  s'est remis à fumer.

Court récit pseudo-oral, A Lisbonne  j'ai pensé à toi est le récit des espoirs et déceptions des migrants, celle d'un paumé trompé  dont les choix ne sont pas  les siens, qui se laisse berner par ses illusions naïves et dérive dans Lisbonne, empreint à la saudade, observant les lieux et les êtres.


mots-clés : #immigration
par topocl
le Dim 6 Aoû - 10:23
 
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Erich Maria Remarque

La nuit de Lisbonne

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Dans les pays que j'avais quittés, les villes noires s'élevaient pareilles à des mines de charbon, et le moindre lumignon dans l'obscurité pouvait être plus dangereux que la peste au Moyen Âge.  Je venais de l'Europe du XXe siècle.


Une fois de plus, Erich Maria Remarque nous plonge dans le peuple éperdu des émigrés fuyant la peste nazie.

L'homme par lui-même n'était plus rien ; un passeport valable était tout.


Schwartz, qui fuit déjà depuis 5 ans de pays en pays, de camp en prison, d’hôtel borgne en cache transitoire, repasse, de façon insensée mais irrépressible,  par sa ville natale d'Osnabrück pour voir une dernière fois sa femme.
Celle-ci, Hélène, décide de fuir avec lui. Acte d 'amour éperdu alors que leur couple modeste s'étiolait avant la menace? Désespoir face à la mort qui la guette en son sein? Schwartz ne le saura jamais.
Au cours d'une nuit de confidence, après la mort d'Hélène, alors qu'ils allaient enfin embarquer pour l'Amérique il va déposer, en une longue confidence, son histoire de fuite, d'amour et d'espoir entre les mains du narrateur, auquel il offre, désespéré,  la chance de partir à sa place.

Le bateau s'apprêtait au départ, comme  l'Arche  au temps du déluge. Et c'était une Arche, en effet. Tout bâtiment quittant l'Europe est alors une Arche. L'Amérique était à un autre mont Ararat, et les flots montaient tous les jours.


L'histoire était évoquée brièvement dans Une terre promise et on croise des personnages et des situations qu'on  avait rencontrés dans Les émigrants: les récits de Remarque  s 'interpénètrent dans un large fresque sans fin sur ce XXème siècle mortifère.
Ce sont d'autres chemins, d'autres épreuves, d'autres passages, mais il y a toujours  cette traque infernale qui transforme des vies ordinaires en épopées aussi tragiques qu' involontaires. Celle de Schwartz est magnifiée par un amour insensé, qui n'aurait sans doute jamais trouvé sa place dans un monde meilleur.

-Je ne me plains pas, reprit-elle, la bouche près de mon visage. Comment nous plaindrions-nous ? Que serions-nous devenus, autrement ? Un couple moyen, fort ennuyeux, qui aurait mené à Osnabrück une vie moyenne, tissée de sentiments moyens. Une fois par an nous aurions fait un voyage conventionnel, pour célébrer l'époque des vacances.


Il y a là un romantisme que je n'avais pas encore trouvé dans les autres livres de Remarque,  qui n’est là que pour mieux dénoncer par contraste l'horreur d'un monde où, si l'amour est interdit, il est seul à donner encore un  sens.


mots-clés : #immigration
par topocl
le Mer 2 Aoû - 18:21
 
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Sujet: Erich Maria Remarque
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Gérard Noiriel

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 Massac10


Je ne connaissais pas du tout l'auteur et son parcours, c'est le titre et le lieu qui m'ont attiré sur cette lecture. Bien m'en a pris.


Le massacre des Italiens


L’ auteur a choisi de faire l’analyse socio-politique de ce drame. Il présente le lieu où il s’est déroulé : Aigues-Mortes dans les Bouches du Rhône,  l’histoire de cette ville médiévale, construction, économie, démographie (tour à tour prospère, puis en récession, stagnante.)

Une ville isolée entourée de marais insalubres lesquels provoquent les fièvres, manque vital  d’eau, à l’époque. Donc un manque d’hygiène.

Ces marais salins sont avec les vignobles les deux économies actives de  la ville mais surtout  les prémices du capitalisme ; c’est la Compagnie des Salins du Midi qui exploite les marais, quant aux vignobles les propriétaires sont les notables de la ville.

Le travail des ouvriers dans les marais est  équivalent à celui d’un forçat : chaleur, sel qui imprègne tout, poids à manipuler, longue journée, mal nourris, mal logés, mal payés …………..

Cette photo illustre la difficulté de pousser les brouettes sur un passage étroit  qui s’élève au fur et à mesure que s’élève les pyramides de sel (c’est le levage)


Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 Brouet10

La CSM  trouve intérêt à mettre en concurrence les ouvriers Français et Italiens, plus rentables, un affrontement meurtrier* se déroula les 16 et 17 août 1893. L’ auteur  en dresse la chronologie. Les victimes en sont les Italiens (morts et de nombreux blessés). Massacre auquel ont participé les ouvriers , les trimards (vagabonds, sans emploi, nomades : les plus démunis) et une partie de la population Aigues-Mortaise.

L’auteur a fait des recherches sur le parcours des personnages représentant l’autorité (le Maire, le Préfet, le Procureur, les gendarmes, l’armée… )et la CSM, tous niant leur responsabilité.

Pour expliquer cette féroce attaque l’auteur analyse l’affaire Aigues-Mortes, à travers  la situation de la France et de l’Italie pays  tous deux touchés par la Dépression.

- Social (l’ affaire des Fourmies  en France par exemple)

- Politique  dans les deux pays également  (En France la thèse nationaliste  exacerbée par les lois de l’immigration  (Barrès, Drumont…..), la thèse libérale…)

- La justice (dont l’indépendance n’est pas avérée dans cette affaire ; pression des groupes nationalistes, le jury de la cour d'assises d'Angoulême où a eu lieu le procès acquittera tous les accusés malgré des preuves accablantes. Ce qui constitue un scandale judiciaire)

- Les relations diplomatiques (résultant  de l’ affaire de Tunis, la guerre de 1870 etc….)

Cependant « L'intérêt national » a incité les gouvernements français et italiens à « enterrer l'affaire ». C'est pourquoi, malgré son importance, cet événement a été ensuite occulté de la mémoire collective.

- L' importance de la Presse (nationale et locale) et son impact sur la population

Remarque :  Les discours les plus nationalistes étaient tenus par les radicaux qui défendaient en même temps les « droits de l'homme » ! (grand écart !)

Rappel et incidence de l’affaire Dreyfus.

Viennent ensuite l’analyse par les experts, psychologues, anthropologues, sociologues…..

La mémoire, l’ oubli,  la résurgence de l’affaire de longues années après

C’est au centenaire qu’est apposée une plaque commémorative sur la place d’Aigues-Mortes.



Une lecture très intéressante qui  fait le lien entre l’immigration de l’époque (les Italiens) et celle d’ aujourd’hui  (les maghrébins), le racisme qui ne se nommait pas en 1893, non plus que le « pogrom ».
Le chapitre  sur la   presse montre bien le pouvoir des » médias », à l’époque déjà avec des extraits judicieux des éditoriaux.

La conclusion de l’auteur  aurait presque suffit à  relater l’affaire, car bien argumentée.

Personnellement j’ignorais ce massacre,  qui s’est déroulé dans ma région, à  Aigue-Mortes , je n’avais pas le sentiment que l’immigration des Italiens avait été si dure, même si bien sur j’avais une connaissance du rejet et des noms péjoratifs qui leur étaient donnés.

Les immigrés sont exploités par les patrons et servent à ces derniers à exploiter  également les ouvriers Français. (me semble que c’est encore d’actualité).

Il y a certaine lecture qui vous rappelle que c’est bien votre pays qui a adopté des lois qui ne l’honoraient pas. Il faut rester vigilent car certaines idées délatrices sont encore bien  vivantes.

*Succinct résumé du massacre

Spoiler:
• 1ère rixe le 16 août : un des ouvriers français reproche à un ouvrier Piémontais de l’avoir touché ou frôlé avec la brouette, ça s’envenime, excédé le Piémontais (qui perd du temps de travail) plonge son vêtement plein de sueur et de sel dans le baquet d’eau potable des français
• J’ai mentionné le manque d’eau donc  on peut mesurer la gravité du geste, de leur côté les français trop faibles sont humiliés de ne pouvoir suivre le rythme des Italiens.
• La CSM a baissé les salaires,  mais consciente de la force des Italiens leur propose un salaire au rendement, qu’ils acceptent ; l’argent gagné durant le mois d’août leur permet de s’habiller toute l’année, c’est crucial aussi pour eux.
• Le 17 août, les trimards se déchainent s’attirant le soutien d’une grande partie de la population Aigues-Mortaise en évoquant (à tort) que des français sont morts dans les marais.
• 7 ou 8  morts, des disparus et de très nombreux blessés (la France et l’Italie ne sont pas d’accord sur les chiffres) mais tous les morts sont Italiens ainsi que la majorité des blessés.





PS j’ai trouvé dans cette lecture un éclairage  quant aux propos de Bernanos  sur les Républiques et la démocratie(les cimetières sous la lune)


Arensor ce livre devrait t’intéresser,  et d'autres je pense


mots-clés : #social #historique #immigration
par Bédoulène
le Sam 29 Juil - 15:41
 
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Sujet: Gérard Noiriel
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Sergueï Dovlatov

L'auteur tant apprécié par moi, Andreï Makine, dit dans un entretien ( http://www.lefigaro.fr/publiredactionnel/2010/05/19/06006-20100519ARTWWW00369-andrei-makine-nous-navons-pas-cree-dimage-positive.php ) qu'un certain Sergei Dovlatov (mais c'est qui???) serait pour lui à estimer plus qu'un Tchekhov (même s'il sait le peu de sens de ce genre de comparaison...) et qu'on aurait du lui donner le Prix Nobel. Si en plus un ami moscovite, grand lecteur, me dit plus ou moins la même chose, je ne peux que retenir et puis noter le nom. Et c'est ainsi qu'on découvre un nouvel auteur. Et quel auteur !


Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_la10

La valise


Originale: Чемодан (Russe, 1986)

CONTENU :
Sergueï n'est pas fait pour être communiste ordinaire. Quand il reçoit finalement la permission de sortir de l'Union soviètique, il n'emportera qu'une valise. Une valise de sa vie précédente... Arrivé en Occident il cache la valise et seulement après des années il la redécouvre. Il l'ouvre et il est confronté avec le passé dans la forme de ces objets emportés jadis... : des chaussettes acryliques finnois, les chaussures volées au maire de Leningrad...
C'est une sorte de « comédie autobiographique », une œuvre plein de bon mots et formules, plein d'humour et nostalgie.
(Source : elements de l'édition allemande de chez Dumont)

REMARQUES :
C'est par le biais des recommandations de Makine et d'un ami russe que j'ai tenté ma chance avec ce petit livre, ce petit bijoux. Dans l'introduction Dovlatov raconte comment il fût amené de quitter l'Union soviètique dans les années 70 avec seulement une valise (contrairement à trois qui étaient permises). Et même cette seule valise ne semble plus l'intéresser, une fois arrivé à l'Ouest : il la cache sous un lit et ne va la rouvrir qu'après bien des années. Et en sortant les objets, c'est des histoires qui remontent : comment il est entré en possession de ces choses. Donc, s'ensuivent huit chapitres sur huit objets. Ces histoires sont souvent franchement drôle à en rire à souhait, puis, à voir de plus près, elles expriment aussi le profond attachement au pays, des us et coutumes (si bizarres des fois pour nous) de la Russie et le chaos, voir l'état de délire dans l'ancien Union soviétique. C'est dans la tradition de l’auto-dérision, de la comédie, mais d'une façon peut-être plus libre, plus accessible au lecteur occidental ?!

Ce fût un plaisir de lecture et une découverte. L'auteur reste noté, et des livres à découvrir !


mots-clés : #humour #immigration
par tom léo
le Lun 24 Juil - 22:07
 
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Sujet: Sergueï Dovlatov
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Willa Cather

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 513gzj11

Mon Ántonia

Jim, onze ans, quitte la Virgine et s’installe au Nebraska, dans la ferme de ses grands-parents. Une famille d’immigrés tchèques, les Shimerda, emménage non loin de là. Ce roman retrace l’histoire de Jim, de le ferme à la ville à l’université, à travers sa relation avec Ántonia, la fille aînée des Shimerda.

J’ai trouvé ce roman superbe. J'ai été séduite, en particulier, par la place qui est donnée au paysage de la prairie grouillante, vibrante, brûlante. Ántonia (un très beau personnage) est à la fois la continuation de cette terre où elle a fini par planter ses racines, et une femme fondamentalement déracinée, nostalgique de son pays d’origine et de sa vie d’avant. On a du coup un commentaire intéressant sur la fondation d’une culture américaine, faite de bric et de broc transporté dans un sac de voyage, à l’arrière d’un train, à travers la plaine…

Je compte lire ses autres romans !


mots-clés : #immigration
par Baleine
le Dim 23 Juil - 15:28
 
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Sujet: Willa Cather
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Ludmila Oulitskaïa

De joyeuses funérailles.

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Tout les gens nés en Russie qui se trouvaient ici, et qui différaient par leurs dons, leur éducation ou simplement leurs qualités humaines, avaient un point commun : tous, ils avaient quitté la Russie d'une façon ou d'une autre. La plupart avaient émigré dans la légalité, certains étaient des réfugiés, les plus intrépides s'étaient évadés en franchissant une frontière. Mais cet acte qu'ils avaient accompli les apparentait. Quelles que fussent leurs divergences d'opinion, quelle que fût la façon dont leur vie avait tourné en émigration, il y avait dans cet acte quelque chose qui les liait irrémédiablement : le franchissement d'une  frontière, la fracture d'une ligne de vie coupée nette, l'arrachement de vieilles racines et l'implantation de nouvelles dans une terre étrangère, avec une autre consistance, une autre couleur, un autre odeur.


Dans le loft New-yorkais délabré d'Alik,  toute la communauté russe exilée se donne rendez-vous. Autour de ce peintre juif émigré, un homme plein de charme, aimé de tous , croquant la vie à belles dents, les âmes russes se retrouvent avec leurs folies, leur nostalgie, leurs névroses et leurs  vodkas.
Seulement cette fois, Alik est en train de mourir... Et si Gorbatchev, renversé par un putsch à l'autre bout du monde, tente de lui voler la vedette, Alik n'en reste pas moins le centre de toutes les émotions.

Cette description du petit milieu russe new-yorkais distille un charme  tour à tour touchant et drolatique. Ludmilla Oulitskaia mène avec finesse et intelligence cette comédie triste, brillante, burlesque. Dans une ambiance de folie douce, de passions désespérées, les héros, dévastés par leur exil, vouent un amour définitif à cette patrie où ils sont nés et qu'ils ont fuie de toutes leur force. Ils voguent dans ce monde nouveau, étrange, inhospitalier mais qui leur a tendu les bras, en y criant leur appartenance au monde qu'ils ont quitté. Ils vivent, chantent, se disputent, délirent, s'aiment ou se détestent ; ils partagent éperdument cette grandiose mise en scène de la mort de l'un d 'entre eux.
Du grand art.


mots-clés : #immigration
par topocl
le Jeu 6 Juil - 20:49
 
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Sujet: Ludmila Oulitskaïa
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Erich Maria Remarque

Cette terre promise

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Je me levai et m'habillai. Je songeai à aller marcher dans la ville jusqu'à être mort de fatigue. Mais  cela aussi n'aurait été qu'une dérobade. Je l'avais d'ailleurs souvent  déjà fait et, par besoin inconscient d'y trouver ou me raccrocher, de faire de la ville un appui et un moyen d'oublier, je l'avais transformée en quelque chose de romantique, comme si les gratte-ciel pleins de lumière n'avaient pas été eux aussi bâtis sur la cupidité, le crime, l'exploitation et l'égoïsme, et comme si les districts de la misère n'en faisaient pas partie.  Je m'étais construit de la cité cette image exaltante et fade tel un contrepoids aux années sanglantes du passé européen que je voulais chasser. Elle était fausse et je le savais


On est comme dans une suite à distance de Les exilés.  Le narrateur, allemand déchu de nationalité, qui a connu des années de  fuite, de cachettes, de camps d'internement, arrive en Amérique avec le passeport d'un ami juif (quelle ironie !) décédé.

« Comment vous sentez-vous en Amérique ? » demanda-t-il.
Je savais que tout Américain attendait qu'on se sente terriblement bien. C'était d'une naïveté attendrissante. « Terriblement bien » répondis-je.


Il intègre une petite communauté d'immigrés divers, qui se soutiennent, s'assistent, se trahissent parfois. Chacun traîne ses propres blessures et errances. Chacun survit. Ils boivent tant et plus, et déambulent; ils parlent, parlent, parlent…

La vie est toujours intéressante comme sujet de discussion. Du coup, on oublie de la vivre. Substitution confortable.


Car si objectivement la vie est maintenant protégée, l'oubli reste impossible, les fantômes des souvenirs sont là, les cauchemars harcèlent, et le quotidien, ce pis-aller, cet absurde enracinement petit-bourgeois, n'a guère de sens.

Nous étions à l'abri, mais pas de nous-mêmes.


Seule l'amitié, l'amour et l'art offrent dans cette d'errance, quelques fugaces éclairs salvateurs.

-Le bonheur ? Dis-je. Qu'est-ce que c'est ? Un terme datant du XIXe siècle, je crois.


Le roman reste inachevé  au lendemain de la victoire en France, et l'on n'en est même pas frustré: cet inachèvement-même est une parfaite image d'un avenir qui veut s'ouvrir, mais reste totalement fermé : rester ? rentrer? se venger  ? se ranger???…


Il y a  quelque chose de poignant dans cet ample récit de l'exil, cette mélancolie élégante qui masque - mal - le désespoir, ces dialogues élaborés, cette noblesse souffrante,   ces espoirs définitivement muselés. S'ils habitent enfin quelque part , ces héros du siècle n'en finissent pas de chercher une douceur perdue. C'est très beau, cela ressemble à un vieux film en noir et blanc, avec des lumières travaillées, des intérieurs feutrés ou misérables, des acteurs aux gueules pas possibles. J'aime beaucoup Remarque, dont la gravité désespérée, dans une réelle intelligence du cœur, se mêle souvent d'ironie et d'humour.


mots-clés : #immigration
par topocl
le Jeu 15 Juin - 13:54
 
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Sujet: Erich Maria Remarque
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Marie-Hélène Dumas

Journal d'une traduction

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 41ymjz10

Le temps de trois saisons,  c'est à dire le temps de traduire La république de l'imagination de Azar Nafisi, qui parle de l'exil à travers la fiction,  Marie-Hélène Dumas a tenu un "journal", accumulation de notes, récits, réflexions, citations et références sur le thème de la langue et ses collatéraux : l'exil, l'intégration, la transmission, l'échange et le voyage, et bien sûr la traduction, tous thèmes évidemment étroitement entrelacés.

Fille et petite fille de Russe blancs qui ont choisi l'assimilation, mais voulu lui transmettre la culture russe via une institution religieuse, Marie- Hélène Dumas a résolument tourné le dos à la langue  russe (mais l' a retrouvée pour parler avec sa mère sur son lit de mort).  De cet héritage mêlant fidélité et rupture avec les origines et la langue de  celles-ci, elle a hérité un tempérament qui quoique fondamentalement rebelle, la portait aussi à rechercher un confortable sentiment d'appartenance, comme une façon de se défaire de son étiquette d'immigrée. Dans cette ambiguïté-même, elle a laissé la porte ouverte aux rencontres, et au hasard, aux "circonstances" en quelque sorte. C'est ainsi qu'elle a eu des moments de vie très "conforme", au sein d'un couple banalement consumériste, laissant ensuite place à des voyages à l'aventure et au fil des rencontres, pour "finir" traductrice solitaire, jouissant de cette solitude habitée, de son jardin et de son indépendance, s'inscrivant sans en étouffer dans une  filiation particulière, la transmettant, à sa dose propre, à  ses filles et  ses petits-enfants.

De ce lignage dont elle creuse les tenants et les aboutissants, les comment et les pourquoi, elle a tiré un grand esprit d'ouverture à l'autre , d'acceptation de ses différences et errances et, une tolérance en quelque sorte, qui n'empêche pas un positionnement tranché, mais indulgent. Et elle s’est jetée dans l'anglais et l'espagnol, langues de musique, de discours amicaux ou  amoureux, de partage libre et non plus imposé, en somme.

La traduction s’inscrit dans cette ligne de découverte du texte de l'autre, de sa langue et de ses coutumes , et de transmission : une transmission affective et intellectuelle, en tout cas subjective, où le traducteur doit trouver sa place, c'est à dire trouver le mot, la formule. Elle se montre à l’œuvre, travaillant de la tête, des mains sur le clavier, des jambes qui l'emmènent vers une solution, dans un travail plus physique qu'il n'y parait , car les tripes aussi y sont pour quelque chose. Se donnant tout entière à ce travail qui est aussi plaisir voire jouissance, insinue-t'elle, passion, érudition  et épanouissement.

Cela donne un livre un peu fouillis (la forme "journal" veut cela), léger et réfléchi tout à la fois, savant et plein d'émotion. A travers la multiplicité des thèmes explorés, se dessine  une grande unité de projet; on découvre une personnalité audacieuse et mesurée tout  la fois, une femme passeuse qui réfléchit , défend son individualité sans rejeter ses racines, une attachante amoureuse du langage et de la vie.


Traduction-trahison?

Marie-Hélène Dumas a écrit:(...)pour qu'il y ait trahison de ce qui est écrit il faudrait que ce qui est écrit n'ait qu'un seul sens, un seul, ce qui n'est pas toujours le cas. Traduire c'est, entre autres, laisser au lecteur les mêmes possibilités d'interprétation que l'auteur l'a fait. Quand j'ai un doute et que je demande à un auteur ce qu'il a exactement voulu dire, ce qui maintenant peut se faire plus facilement et donc plus souvent qu'avant grâce aux e-mails, il me répond la plupart du temps (ce qui fait que c'est une question que je ne pose pratiquement jamais plus), J'ai écrit ce qui est écrit. En cela il suit l'affirmation de Valéry : « Il n'y a pas de vrai sens d'un texte. Pas d'autorité de l'auteur, quoi qu'il ait voulu dire, il a écrit ce qu'il a écrit. »




mots-clés : #journal #immigration
par topocl
le Mer 31 Mai - 15:19
 
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Sujet: Marie-Hélène Dumas
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Atticus Lish

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Parmi les loups et les bandits

Ce premier roman d'Atticus Lish se construit autour de la rencontre imprévisible, dans une ville de New York blessée et amère, de deux solitudes : Zou Lei, jeune femme d'origine ouïghoure, se débat pour espérer obtenir des papiers et une légitimité personnelle alors que Skinner, vétéran revenu d'Irak, affronte quotidiennement ses cauchemars, toujours au bord d'un effondrement.

L'écriture est sombre, souvent sèche et brutale tant l'existence ne semble être qu'une question de survie, reflet d'une lutte permanente contre une adversité presque invisible. Le lien fragile entre Zou Lei et Skinner porte cependant en lui un immense motif d'espoir, au-delà d'une souffrance qui hante chaque personnage et précipite le récit vers le drame. Le contraste entre une violence anonyme, enfouie, et un amour sans illusions mais qui représente une forme d'absolu révèle une sensibilité poignante et brièvement idéalisée. Le titre original du roman ("Preparation for the Next Life") semble montrer un passage, esquisser des promesses démesurées pour combler un vide et un accablement.

Parmi les loups et les bandits est parfois inégal tant l'ambition d'Atticus Lish est élevée, mais des temps forts et un épilogue bouleversant restent longtemps en mémoire.


mots-clés : #immigration #guerre
par Avadoro
le Ven 28 Avr - 21:31
 
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Sujet: Atticus Lish
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Ahmed Kalouaz

Les solitudes se ressemblent

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Une femme, la cinquantaine attend seule , une nuit durant, dans une chambre d’hôtel , un homme aimé qui viendra ou ne viendra pas. Les chambres d’hôtel elle connaît, elle y fait le ménage de jour en jour. La solitude aussi, le rejet, et l'abandon également: elle est née et a grandi dans un camp de harkis, où elle a vécu la double peine :

Enfant de bougnoule. Enfant de traître.


Elle y a vu ses parents anéantis par l'abandon, muets sur leur histoire, dont elle n'a jamais rien su, enfermés dans leur humiliation. Pour le choix d'une cause qui s’est avérée mauvaise, par intérêt ou par méconnaissance, il sont condamnés à une vie à l'écart, immobile, refermée sur elle-même. Interdits d'être et d'aimer. La jeune fille saura se rebeller mais n'effacera jamais cette trace en elle, n'accédera jamais à l'amour qui lui fut refusé dans l'enfance.

Le livre est court, trop court peut-être pour embrasser toute une existence, et le style presque trop travaillé.La partie sur les harkis est subtile et très informative à la fois, et porte le livre j'ai moins aimé le déroulement de la vie adulte, qui lui et entrelacé,  plus banal et inabouti.  Intéressant, donc mais qui laisse un peu sur sa faim.


mots-clés : #immigration
par topocl
le Sam 15 Avr - 9:32
 
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Sujet: Ahmed Kalouaz
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Négar Djavadi

Désorientale

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Négar Djavadi nous parle d'une famille iranienne très proche de la sienne sur trois générations, et à travers elle de la dissidence, et de l'histoire de l'Iran. Mais aussi de son homosexualité et de sa  grossesse par procréation assistée. C'était sans doute beaucoup pour un premier roman, qui cependant ne manque pas de brio.

Au début, elle réussit un quasi sans faute, à la fois virtuose et attachante sur tout le versant iranien.  Dans des allers et retours perpétuels, seulement guidés par les caprices de sa mémoire, elle raconte le poids (mais aussi les bienfaits) de la tradition et du mode de vie iranien, où la famille est à la fois un carcan et un refuge, quoique dévorant et castrateur. Elle raconte, à travers ses yeux de petite fille qui comprend beaucoup mais pas  tout,  comment ses parents s'y sont singularisés, par leur opposition résolue et courageuse aux régimes successifs, comment ils ont dû ensuite s'exiler en France pour sauver leur peau.
C'est l'occasion de parler de  différence au sein d'une société qui courbe parfois l'échine, et n'a guère le choix, d'ailleurs,  puis dans l'exil. Ces pages par leur foisonnement, nous perdent par moment (et c'est sans doute voulu), mais qu'importe c'est une immersion généreuse : il y a là une attention aux émotions, une proximité avec ses personnages et une luxuriance assez irrésistibles.

Les choses se gâtent après le retour en France, car oui, la vie devient pus sûre, croit-on, morne, et la lecture aussi, malheureusement. Certes il y a encore quelques pages sur l'exil, d'autant plus douloureux que le retour est impossible, et une belle envolée au moment de la description de l'EVENEMENT, qu'elle nous a fait miroiter  depuis le début, on finissait par se demander si elle allait arriver à nous en parler. On assiste à la marginalisation rebelle de notre héroïne mais celle-ci devient vite lassante, assez banale, et survolée.  Le fil rouge de l'insémination artificielle (un peu rocambolesque) parait longtemps assez factice, et s'il s'éclaire sur la fin, il est tellement chargé de symbole que c'en est un peu lourd. Négar Djavadi ne sait pas résister aux symboles : les naissances et les morts sont liées, la mère perd la mémoire (bien sûr) mais dans son délire a le mot de la fin qui est celui de toutes les réconciliations.

Les deux premiers tiers du livre sont donc totalement séduisants; ils ne sont pas du tout redondants par rapport à d'autres récits sur l'Iran : du fait même qu'il se situent du côté de la dissidence active, et celle-là observée par la fillette, et aussi parce que c'est une espèce de conte aux tiroirs astucieusement imbriqués. Ils  laissent la place à quelque chose de plus poussif et convenu. C'est dommage, mais malgré tout, c'est le tourbillon initial qui l'emporte et m'a laissé sa bonne impression.



mots-clés : #identitesexuelle #immigration #regimeautoritaire
par topocl
le Ven 24 Fév - 17:38
 
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Sujet: Négar Djavadi
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Mary Anne Mohanraj

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Colombo Chicago

Colombo-Chicago se concentre sur les destins croisés de deux famille sri-lankaises, les Kandiah et les Vallipuram, sur une durée de près d'un demi-siècle.
Plutôt que d'un roman, on pourrait d'ailleurs parler d'un recueil de nouvelles, chaque chapitre étant consacré aux tourments amoureux et familiaux d'un des membres de la famille, à un instant T de sa vie.
L'amour est le thème central de Colombo-Chicago : Passions interdites, violences conjugales, mariages arrangées, amour non payés de retour, homosexualité… Mary Anne Mohanraj semble avoir voulu explorer chacune des multiples facettes de ce sentiment…

Les personnages sont tous, quelque part, des êtres empêchés. La culture sri-lankaise, omniprésente, pèse de tout son poids sur les décisions parentales et les émois adolescents. Même l'exil à l'étranger, les études ou l'émancipation sexuelle ne sont qu'une libération illusoire face au carcan culturel et familial.
Alors, la joie se teinte d'amertume, le bonheur _ aussi éphémère soit-il_ ne se gagne pas  sans sacrifices, et les promesses d'avenir radieux sont assombries par un doute lancinant…

Je ne vais pas nier que ce roman est un vrai tourne-pages, et plutôt agréable. Alors, pourquoi sa lecture a-t'elle aussi généré en moi un véritable sentiment de frustration ?

La multiplicité des personnages ne m'a pas dérangée, contrairement à d'autres lecteurs. Ce qui est véritablement décevant, par contre, c'est de ne recevoir aucune explication sur leur évolution (pourtant parfois bien déroutante !) lorsqu'il nous arrive de les recroiser au détour d'une phase.
L'écriture de Mary Anne Mohanraj n'a rien d'original, j'ai d'ailleurs parfois tiqué à la lecture de certains passages désespérément plats et explicatifs. Pourtant, l'auteur a su trouver un ton bien à elle, fluide, efficace, émouvant parfois. Mais à la réflexion, je crois que c'est là que réside ne noeud de ma frustration. En effet, tous les chapitres nous sont narrés avec la même petite musique, et un procédé narratif qui m'a finalement semblé trop bien rôdé…. Qu'elle nous parle d'une jouvencelle de 17 ans qui accepte un mariage arrangé dans un pays qu'elle ne connaît pas, ou évoque les tourments amoureux d'un médecin américain homosexuel, la mécanique est toujours la même ; certes efficace, mais au final quelque peu lassante...

Je ne voudrais pas paraître trop dure avec ce roman qui ne manque pas de qualités et se lit facilement, avec un certain plaisir même. Mais après l'avoir refermé, c'est bel et bien un sentiment d'inachevé qui domine…


mots-clés : #immigration #famille #romanchoral
par Armor
le Mer 8 Fév - 18:30
 
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Sujet: Mary Anne Mohanraj
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Amin Maalouf

Maalouf, j'ai adoré ses romans historiques, il y a déjà pas mal d'années: Léon l'Africain, Samarcande, Les Jardins de lumière,  Le Rocher de Tanios, Les Échelles du Levant, Le Périple de Baldassare. . Dans ses essais (Les Identités meurtrières, Origines), il séduit par son bel esprit d'ouverture.
J'avais eu quelques réserves par rapport à :

Les désorientés.

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Eh bien, ce commentaire est plutôt difficile à écrire : j'ai du mal à savoir si j'ai aimé ou pas.
Disons que j’incite plutôt à le lire , mais en sachant qu’il est imparfait : de belles choses, une belle histoire, des belles idées entre espoir et désespoir, mais peut-être un peu simpliste sous son apparente complexité, et un mode narratif insuffisamment travaillé.

La belle histoire, c'est celle d'un groupe d'étudiants qui se confond avec l'histoire de leur pays le Liban, jamais nommé.

Nous étions jeunes, c'était l’aube de notre vie, et c'était déjà le crépuscule. La guerre s'approchait.


Ceux qui sont restés, ceux qui sont partis, ceux qui se sont compromis, ceux qui sont restés purs, vont, à l'occasion de la mort de l'un des leurs, reprendre contact au seuil de la cinquantaine pour des retrouvailles qui ont une petite allure de bilan, parfois de confrontation.

J'ai envie de revoir le pays, de retrouver les amis, et s'il est impossible de discuter sereinement je ne discuterai pas. Jamais je ne m'abaisserai à dire ce que je ne pense pas, mais je peux parfaitement m’abstenir de dire tout ce que je pense. Je visiterai le pays, je me gaverai de bonnes choses, et je raconterai mes souvenirs d'enfance en évitant les sujets qui fâchent.


On a parfois l'impression que Maalouf a voulu écrire un roman exhaustif, résumant ses pensées, ses opinions sur autant de sujets que : le Liban, la religion, l’exil, la loyauté, qu'avons-nous fait de nos rêves d'enfant, la culpabilité, l’amitié… Je m'arrête là. Il a donc construit un groupe de personnages dont les confessions, les choix de vie constituent un échantillonnage assez complet, permettant d’analyser et de transmettre un message de tolérance et de fraternité universelle. Ces personnages ont partagé leurs années de jeunesse, puis se sont éparpillées en fonction de leurs convictions, des hasards de la vie, des événements survenus dans leur pays. Chacun a fait (ou subi) son choix, chacun traîne ses justifications et sa culpabilité. Le plus souvent le récit est suffisamment attachant pour masquer ce caractère un peu artificiel, construit – pas toujours cependant- et au final, l'auteur ne tranche pas, aucune raison n’était meilleure que l'autre, et aucun n'en est ressorti indemne.

Message d'une grande ouverture, d'une grande attention à l'autre, qu’on a déjà connu sous la plume de l’auteur (relire Origines) ; mais le problème est peut-être justement que le message prend parfois le pas sur le roman et j'ai parfois été irritée, par un style qui manque de recherche dans les parties narratives, des dialogues où les intervenants livrent une parole ininterrompue sur 4 pages, des mails rédigés comme de la littérature. La fin décevante, comme s ‘il n’avait pas su finir…

Il en ressort un roman un peu appliqué, avec des lourdeurs, dont le style n’est pas impeccable, mais somme toute plutôt attachant, dont le premier personnage est le Liban qui nous est livré, malgré des maladresses et quelques lourdeurs, à travers une histoire d’amitié assez universelle.

Et comment résister à un auteur qui écrit :

On parle souvent de l'enchantement des livres. On ne dit pas assez qu'il est double. Il y a l'enchantement de les lire, et il y a celui d'en parler.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #immigration
par topocl
le Mer 8 Fév - 8:29
 
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Sujet: Amin Maalouf
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Mira Jacob

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L'homme qui parlait à la nuit

Un soir, Amina, jeune américaine d’origine indienne, reçoit un curieux appel de sa mère. Son père, éminent neurochirurgien, passe ses soirées à discourir avec les morts. Il « voit » littéralement ses proches décédés, et passe de longs moments en conversation avec eux. L’instant est grave, Amina décide de rentrer au bercail.

Le roman de Mira Jacob se partage entre le présent et le passé, faisant la part belle à de long flash-back qui reconstruisent patiemment l’histoire de la famille Eapen. A l’origine de tout, il y a ce moment poignant et irréversible, cette visite dans la famille paternelle. L’impossibilité du père d’Amina à endosser le rôle d’aîné traditionnellement dévolu par la société indienne. Tous les non-dits et rancœurs qui d’un coup explosent. La rupture familiale qui s’ensuit, définitive cette fois. Et le retour en Amérique, avec une déchirure au cœur qui s’étend au couple parental…

Amina et son frère aîné Akhil grandissent donc dans une famille où l’amour ne sait se dire ni se montrer, avec un père absent et une mère réfugiée dans sa cuisine.
Une vie non dénuée de joie toutefois, ne serait-ce parce que la famille perdue a été remplacée par une autre, réunion d'immigrants venus de l'Inde du sud qui reconstituent par l’amitié ces grandes familles indiennes aux liens inextricables, le malayalam se mêlant à l'anglais dans les discussions dominicales.
Tandis que les parents restent fidèles à leurs racines, les enfants s'émancipent, font leur crise d'adolescence, et s'ouvrent aux moeurs américaines.

Puis il y a le drame. La mort d’Akhil, à 18 ans. Cette mort hante tout le livre, laissant les vivants à vif, tout aussi désemparés 10 ans après. Ne croyez pas la quatrième de couverture, la conversation avec les fantômes n’est en rien le cœur du livre. Le véritable sujet de Mira Jacob est bel et bien le deuil, la difficile construction d’une adolescente privée de son frère, l’atroce souffrance des parents qui doivent néanmoins demeurer debout pour celle qui reste.

« Mais ce qu’Amina savait, ce dont elle était soudain tout à fait sûre, (…) c’était que ses parent auraient besoin désormais qu’elle existe plus qu’elle n’avait jamais existé et que, en même temps que grandirait ce besoin, grandirait aussi son incapacité à le satisfaire. »

Une fois de retour à la maison, Amina devra faire avec cette absence. Mener sa vie, et accepter que d'autres soient à jamais éteintes. Faire face à la pathologie de son père, et au choix crucial qui s'ensuit...
Mira Jacob a mis beaucoup d’elle-même et de son histoire dans ce roman, ainsi que j’ai pu le découvrir ici : clic. Est-ce pour cet accent de sincérité que j’ai lu les cent cinquante dernières pages la gorge nouée ? L’auteur évite avec brio l’écueil du pathos, elle sait à merveille retranscrire les liens qui unissent deux êtres au-delà de toutes les dissensions, l’amour qui se tait mais qui est pourtant bel et bien présent, la famille qui se resserre quand les mots sont devenus superflus…

Je ne saurais dire si j’ai aimé ce livre. Ce n’est pas le qualificatif que j'emploierais. Après un début prometteur, je n'ai pas spécialement accroché aux premières pages sur la vie de jeune femme d'Amina. Puis sont venus les flash-backs, et ces liens familiaux aussi complexes que mystérieux que l'auteur dessine sans jamais chercher à les expliciter tout à fait. Et je me suis prise à dévorer les pages… avant d'être cueillie par l’émotion, alors que je ne m’y attendais pas.
Aimé ? Mon rapport à ce roman est plus complexe que cela. Tout ce que je sais, c'est que cela fait des semaines qu’il me reste en tête et que je cherche à en parler sans vraiment trouver les mots... Tiens, j'ai d’ailleurs oublié de vous dire que l'auteur a parfois un vrai sens de l'humour et de l'absurde...

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #identite #immigration  #pathologie #famille #mort
par Armor
le Sam 28 Jan - 15:56
 
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Sujet: Mira Jacob
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Chang-rae Lee

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Les sombres feux du passé

Monsieur Hata est l'incarnation même du rêve américain. Japonais d'origine coréenne, il est parvenu à s'intégrer parfaitement dans la petite ville de Bedley Run, où il est un  commerçant respecté et  l'heureux propriétaire d'une maison cossue qui suscite bien des convoitises. Vient l'heure de la retraite, et avec le désœuvrement, de l'introspection. L'occasion pour le vieil homme de se pencher, par exemple, sur la place qui est la sienne dans cette ville  où il a tant œuvré pour  se faire accepter :

Même avec une cheminée couverte de cartes de vœux, je sens que la mémoire collective est ici plus courte que je n'aimerais le croire, et s'abrège de plus en plus. De « ce bon docteur Hata », je suis devenu « ce brave retraité », pour passer à « qui est donc ce vieil Asiatique ? », phrase  que j'ai entendu chuchoter l'été dernier pendant que je payais à la caisse du nouveau restaurant de Church Street – remarque sans malice ni vilain préjugé, mais qui m'a tout de même laissé perplexe. Car, quoique je sois convaincu que ce genre de triste effacement atteint n'importe quel homme ou femme qui vieillit, même ceux qui avaient une certaine position dans la ville, je commence à soupçonner que, dans mon cas, il ne s'agit pas seulement de l'érosion du temps et de la place qu'on attribue à la vieillesse dans la vie moderne, mais plutôt du fait persistant et immuable de ce que je suis, sinon de qui je suis ; de la simple permanence de mon visage.


Certains événements que je ne dévoilerai pas vont ouvrir la vanne des souvenirs que Monsieur Hata gardaient soigneusement enfouis,  lézardant le masque des apparences  et nous révélant un être infiniment plus complexe qu'il ne le laissait paraître.
Pourquoi cet homme, célibataire endurci, a-t-il voulu à toute force adopter une petite coréenne ? Une petite Sunny que, malgré sa coupable indulgence, il n'est jamais parvenu à apprivoiser tout à fait, assistant impuissant à l'inexorable délitement de leurs relations... Une plongée dans les errements les plus graves de l'adolescence qui nous est narrée par un père à la fois totalement impliqué et bizarrement détaché ; sentiment de lectrice que je peine à retranscrire…

Le retour sur lui-même qu'effectue cet homme est un récit grave, douloureux, tendre aussi, traversé de beaux moments d'humanité. Infiniment poignant dans sa retenue. Avec lui le lecteur plonge au plus profond des souvenirs, jusqu'à se retrouver confronté à toute l'horreur des comportements humains en temps de guerre. L'attente de la défaite dans un camp d'hommes à cran, incapable désormais de cacher leurs déviances et leur cruauté...
C'est là, auprès de soi-disant volontaires qui n'étaient en fait que des femmes arrachées à leurs familles pour servir, dans les pires conditions, de filles à soldats,  que le lecteur finira par débusquer le nœud du problème, l'événement autour duquel il tournait depuis de nombreuses pages, l'évidente source de bien des comportements futurs de Monsieur Hata…

Les questions que le lecteur se pose, de plus en plus nombreuses au fil des pages, sur cet homme qui toute sa vie chercha à se faire accepter et à réparer quelque chose, trouveront en partie leur réponse dans ce récit triste et tendre comme l'est la vie. Mais la vérité des êtres nous échappe ; jusqu'au bout, Monsieur Hata et Sunny conserveront  une part de leur mystère…

Une lecture très riche et très forte que celle de ce livre.

Au fond, mon désaccord avec Mary Burns – ou son désaccord avec moi – tenait à ce que, malgré ma décision de rester célibataire toute ma vie, j'aie continué de tergiverser dans mes idées et dans mes actes, au point même de lui demander un soir si elle ne voulait pas vendre sa maison pour venir s'installer chez moi. Nous étions assis l'un près de l'autre dans le salon, devant une bonne flambée, en sirotant notre thé coutumier. Quand je lui ai déclaré ça, elle a soudain posé sa tasse, son expression d'habitude impassible s'est d'abord figée d'étonnement puis s'est illuminée de joie, et j'ai compris alors que j'avais fait une énorme bourde. Dans le silence qui a suivi, j'ai pressenti la décomposition, une crise froide et grave, comme si quelque chose était en train de mourir dans un coin de la pièce, invisible, et sans un mot. Je n'ai cependant pas retiré ma proposition, ni sur le moment, ni les jours suivants, mais je ne l'ai pas renouvelée ; j'espérais simplement qu'elle viendrait peu à peu à expiration. Et bien sûr elle a expiré, sans autre discussion, et presque de la façon que j'aurais souhaitée.


(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #immigration #psychologique
par Armor
le Mar 24 Jan - 17:27
 
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Sujet: Chang-rae Lee
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Imbolo Mbue

Voici venir les rêveurs

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Jende est venu du Cameroun  à Harlem pour vivre le rêve américain, trouver aux USA la liberté, le travail, l'argent... en un mot le bonheur.
Tout va comme sur des roulettes, sa femme et son fils le rejoignent, il est embauché comme chauffeur d'un banquier richissime, avec qui curieusement il partage deux valeurs : le travail et la famille.
Mais le bureau de l'immigration va en décider autrement et peu à peu tout ce bel édifice tombe en capilotade.

C'est  donc un nouveau roman de l'immigration, un best seller qui a défrayé la chronique avant même de paraitre.

L'histoire est assez bien troussée , au prix de quelques faiblesses scénaristiques liées  à une psychologie des personnages approximative. La relation entre la "famille banquier" et la "famille chauffeur" m'a paru des plus improbables, et malheureusement cette relation atypique  se veut un  des ressorts du roman. Pour faire passer la pilule et  rendre l’homme de Wall Street sympathique, Imbolo Mbue lui fait écrire des poèmes et aimer les couchers de soleil, c'est un peu court ... Et pas de grande surprise dans l'écriture,  basée sur les dialogues, aussi alerte dans les temps joyeux que dans l'adversité.

On saura apprécier cette  histoire, finalement riche, et qui donne la parole à ceux qui l'ont rarement, si l'on cherche une légèreté qui est plutôt hors sujet.  Ce livre   est plus de l'ordre du best-seller plus ou moins plaisant, sur fond de "monde d'aujourd'hui", avec ce qu'il faut de fin "heureuse" et de stéréotypes, que de la critique sociétale acide.


mots-clés : #immigration
par topocl
le Sam 21 Jan - 15:39
 
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Sujet: Imbolo Mbue
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Geneviève Dreyfus-Armand et Emile Témime

cette lecture était une lecture commune mais il me semble essentiel de ne pas perdre le ressenti, donc le commentaire est atypique


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"Les camps sur la plage, un exil Espagnol"

Préambule : je retiens "la mémoire par définition est sélective"
Témime étant un Enseignant de l'Université de Provence à Marseille cite les camps qui y étaient établis et dont la disparition (aucune trace) conforte la phrase

photo du camp Oddo où sont rassemblés les Arméniens 1923

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le grand camp Arenas, successivement renommé "camp Vietnam" fermé en 1948, "Enclave juive"  selon les nationalités y résidant (sic)

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Ceci est un rappel de la France terre d'accueil.

Les auteurs précisent que l'émigration politique d'Espagne est récurrente depuis l'invasion Napoléonienne.

La guerre civile Espagnole est avant tout la guerre sociale (le pronunciamento) et une révolution. Cette situation amena Franco à se soulever et s'en suivi la guerre civile, les Républicains en lutte contre le fascisme représenté par Franco et ses alliés Allemands et Italiens.

"explosion révolutionnaire ; elle s'accompagne de violences aveugles, d'exécutions sommaires, de massacres incontrôlés. Il faudra des années pour effacer les traces"

Je pense que l'on peut mettre au compte de ces exactions l' assassinat des ecclésiastiques et la destruction des monuments religieux.

La France n'était pas préparée à recevoir la masse des réfugiés Espagnols, que ce soit financièrement et matériellement. Donc le gouvernement n'offre qu' une solution inadaptée et inhumaine : les camps et les centres d'internement. Certains ne proposent aucun abri, aucune hygiène, aucun soin, ni nourriture, comme celui d'Argelès sur mer où les réfugiés Espagnols survivent sur la plage.

Dans les premiers jours, mois de nombreux Espagnols meurent, de froid, de faim, minés par les maladies.

La frontière de fils barbelés est gardée par des Spahis et des Sénégalais. Après ouverture de la frontière les réfugiés sont expédiés dans les divers camps du sud.
Certaines organisations issues du Front Populaire et certaines religieuses apportent leur aide, la majorité des français n'accueillent pas les réfugiés Espagnols selon la devise française : "liberté, Egalité, Fraternité". Ils sont méprisés, insultés, humiliés, notamment par une certaine presse et plus que les difficultés rencontrées durant l'exode ce sont les mots qui les atteignent plus durablement.

Après quelques mois, le gouvernement Français, attisé par les préfets (mandataires de la population) souhaitent que le retour des Espagnols dans leur pays soit actif, même si dans un premier temps, il interdit la force. Mais peu de pays se proposent d'accueillir les réfugiés, à part le Mexique qui ouvre largement ses frontières ; cependant la majorité des Espagnols préfèrent rester en France pour ne pas s'éloigner de leur pays, même si beaucoup ne peuvent et ne veulent vivre sous le régime franquiste.

De son côté le gouvernement de Madrid, connait aussi des difficultés matérielles à assumer un retour massif des Espagnols et de plus craint de voir le retour de trop nombreux "opposants". Il tergiverse donc.

A l'aube de la seconde guerre mondiale, la France raisonne autrement, elle voit là la possibilité de remplacement des soldats qui partent sur le front par les réfugiés ; certains seront d'ailleurs volontaires pour continuer la lutte contre le fascisme.

Outre les photos très révélatrices sur la situation des réfugiés, c'est leurs regards qui m'impressionnent.

Les Espagnols considérés indésirables ou dangereux par leur activités politiques font l'objet de mesures rigoureuses dans des camps disciplinaires, les brigadistes qui ne se sont pas vu accorder le statut de réfugié politique, se retrouvent dans ces camps (le camp du Vernet où nous retrouvons Koestler) en compagnie des Communistes Allemands et Français.

Les auteurs rappellent que les Espagnols déportés dans les camps Africains (Algérie et Tunisie) doivent supporter comme souffrance supplémentaire "le climat". Certains internés seront aussi utilisés pour main-d'oeuvre par le gouvernement de Vichy. Ces camps sont de véritables "bagnes". Ce n'est qu'avec le débarquement des Alliés que la situation s'améliorera.

Les nombreux chants et Poèmes écrits à cette période évoquent crument le quotidien des réfugiés. Je suis interpellée par celui intitulé "Dolor" "Rivesaltes (revoltijo de mujeres hispanas para pasto de Senegales) traduit par (ramassis de femmes espagnoles, pâture pour Sénégalais) ??

doit-on comprendre que les femmes sont agressées sexuellement ? (dans ce cas cela rappellerait les maroquinades en Italie)

Lors de leur arrivée à la frontière les Républicains ont été désarmés, si l'on peut comprendre que le gouvernement français ait jugé obligatoire ce retrait pour la sécurité, pour les combattants Espagnols c'était l'abandon d'un symbole, celui de leur lutte.

Les autorités françaises scandaient un "allez, allez" comminatoire et une phrase tranchante "ici vous êtes en France" !

Petit à petit, les camps sont organisés, par les soldats Espagnols sous l'autorité d'officiers Français, des ilots de personnes sont créés, des baraquements s'élèvent (construits par les soins des Espagnols), des sanitaires primitifs sont installés, mais malgré ces améliorations les maladies minent le physique et le moral des réfugiés.

Le désespoir, l'ennui sont les chemins de la folie, du suicide. Certains conscients du danger organisent des jeux, des compétitions pour occuper les internés.

Dans leur exode les Espagnols n'ont pu emporter leurs affaires, ils doivent donc se procurer le nécessaire pour survivre (produits d'hygiène, nourriture pour compléter l'insuffisance de celle accordée, vêtements...)

Des profiteurs, installent un marché noir au sein même des camps, cet endroit devient dangereux.



Même si des violences sont rapportées, il ne s'agit pas d'un fait majoritaire.

Il semble que l'ironie et l'humour que ce soit dans les "chants et poèmes" ou sur les faits, soient aussi une protection contre le désespoir.

le local disciplinaire installé à Barcarès est appelé "hippodrome" par les internés. Les "punis" sont le plus souvent accusés de propagande politique ou d'évasion, même si parfois à l'appréciation du chef de camp, des actes insignifiants sont punissables.

Toute expression politique leur étant refusée officiellement, mais l'idéal pour lequel ils ont combattu pendant 3 ans étant toujours vivace c'est grâce à la Culture qu'ils parviennent à s'exprimer.
Les intellectuels et artistes qui se retrouvent aux côtés des soldats entreprennent la conception et la diffusion de "bulletins".
On peut dire qu'un véritable service d'enseignement est mis en place. Les créations littéraires et artistiques s'expriment ouvertement ; c'est leur façon de dire, l'Espagne c'est nous !

Un réseau clandestin politique reliant les communistes internés et les communistes Français déjouent la surveillance des gardiens ; des réunions ont lieu dans les baraquements permettant de diffuser les informations extérieures, notamment une certaine presse qui leur est favorable.

La vie dans les camps exacerbe les divergences existant entre les diverses tendances politiques.

Peu à peu la vie dans les camps s'améliorent et les hommes qui sont engagés par des employeurs apprécient de sortir des camps et de gagner un peu d'argent.

Les auteurs analyse les raisons de l'oubli de ces réfugiés

Tout d'abord le désintérêt de la presse, passés les premiers jours de l'exode, puis le fait que pour le gouvernement français l'urgence c'est l'avance des troupes allemandes.

Le journal Voz de Madrid publié en france est interdit en avril 39 par les autorités françaises suite à leurs articles sur les camps et le sort des réfugiés Espagnols.

Les auteurs sont très lucides sur les raisons qui ont contribué à l'oubli des réfugiés, même après la seconde guerre mondiale alors même que nombreux sont les Espagnols qui y ont participé et ont perdu la vie.

"pour la France de la libération il y a beaucoup de honte à effacer, non seulement la défaite et la collaboration, mais tout ce qui peut ternir ou affaiblir l'image retrouvée de la France combattante et généreuse."

"La célébration de la victoire sur le fascisme, qui s'accompagne d'une sévère condamnation du régime de Franco, s'accommode mal d'un rappel trop insistant des faiblesses et des abandons de la IIIème République à l'égard de la République Espagnole et des exilés de 1939."

C'est par un décret de 1945 que la France accorde la qualité de réfugié politique aux Républicains Espagnols, leur permettant ainsi de retrouver leur liberté et leurs droits.

Le journal "l'Espagne Républicaine" fait porté la responsabilité des souffrances subies par les réfugiés sur les Franquistes ( leur ignoble propagande en France notamment qui avait signalé les Républicains comme des bandits). On ne peut pourtant pas exclure, à mon sens, la responsabilité de la majorité des Français, par indifférence, voire rejet. Même si les auteurs mentionnent pour la population française, le souvenir les luttes du Front Populaire et les conséquences de la 1ère guerre mondiale.

Suit une analyse étonnante, mais très juste de l'ouvrage de Federica Montseny qui emploie un vocabulaire d'inspiration religieuse. Ces termes se justifient dans la connaissance des terribles souffrances subies par les Républicains Espagnols.

Le retour dans leur pays est impensable : comment les Républicains se soumettraient-ils à un régime honni sans risquer de perdre leur idéal, de renier ceux qui sont tombés en son nom, de se renier, de perdre leur dignité ?

Combattre contre les Allemands c'était continuer la lutte commencée en Espagne et retrouver leur dignité.

J'aime beaucoup cette assertion :

"L'ombre de Don Quichotte flotte assurément sur l'exil Espagnol"

Je ne connaissais pas l'existence de ces camps en Afrique du nord et le peu qui nous en ai dit fait frémir. Comme fait frémir l'idée des autorités françaises de mettre, pour garder les prisonniers, des Sénégalais avec lesquels les Espagnols ne peuvent pas parler et qui n'ont aucune idée de ce que ces réfugiés ont vécu en Espagne avant d'arrivée sur les plages françaises. Perversion d'autant plus efficace que la plupart des troupes de Franco étaient composées de 'maures'... Lesquels ne rappellent donc pas de bons souvenirs aux réfugiés.

Je ne savais pas non plus, mais pour le choix des Sénégalais et des Spahis, cette explication :

" une prison à laquelle on donne quelque temps des gardiens difficilement corruptibles et totalement incompréhensifs, les troupes sénégalaises ou marocaines, plus sûres en la circonstance que n'importe quel régiment français. "


Complément trouvé sur le net à propos des Camps d'Afrique du Nord : (Université de Paris I)

" Parmi ces 10 000 exilés, débarqués en Tunisie, au Maroc et en Algérie, les trois départements français d'Alger, Constantine et Oran accueillirent 7 000 réfugiés, Oran recueillant de loin le plus grand nombre d'entre eux[[Il est intéressant de noter que dans les dossiers de l'administration française consultés aux archives le traitement des exilés espagnols s'effectue avec pour référent géographique l'Afrique du Nord bien plus souvent que l'Algérie, le Maroc ou la Tunisie."

" Peut-être plus dures qu'en France métropolitaine, les autorités d'Algérie freinent la possibilité pour les exilés de s'intégrer et de participer à la vie économique. De même, la reconnaissance de leur statut d'exilé tarde. Jusqu'en 1954, ils seront considérés comme apatrides. De fait, les autorités françaises espèrent toujours leur départ."




mots-clés : #guerredespagne #immigration
par Bédoulène
le Dim 15 Jan - 15:56
 
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Sujet: Geneviève Dreyfus-Armand et Emile Témime
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