Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 20 Jan - 1:49

87 résultats trouvés pour immigration

Geneviève Dreyfus-Armand et Emile Témime

cette lecture était une lecture commune mais il me semble essentiel de ne pas perdre le ressenti, donc le commentaire est atypique


Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 Les-ca10


"Les camps sur la plage, un exil Espagnol"

Préambule : je retiens "la mémoire par définition est sélective"
Témime étant un Enseignant de l'Université de Provence à Marseille cite les camps qui y étaient établis et dont la disparition (aucune trace) conforte la phrase

photo du camp Oddo où sont rassemblés les Arméniens 1923

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 Camp_o10

le grand camp Arenas, successivement renommé "camp Vietnam" fermé en 1948, "Enclave juive"  selon les nationalités y résidant (sic)

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 Camp_c10

Ceci est un rappel de la France terre d'accueil.

Les auteurs précisent que l'émigration politique d'Espagne est récurrente depuis l'invasion Napoléonienne.

La guerre civile Espagnole est avant tout la guerre sociale (le pronunciamento) et une révolution. Cette situation amena Franco à se soulever et s'en suivi la guerre civile, les Républicains en lutte contre le fascisme représenté par Franco et ses alliés Allemands et Italiens.

"explosion révolutionnaire ; elle s'accompagne de violences aveugles, d'exécutions sommaires, de massacres incontrôlés. Il faudra des années pour effacer les traces"

Je pense que l'on peut mettre au compte de ces exactions l' assassinat des ecclésiastiques et la destruction des monuments religieux.

La France n'était pas préparée à recevoir la masse des réfugiés Espagnols, que ce soit financièrement et matériellement. Donc le gouvernement n'offre qu' une solution inadaptée et inhumaine : les camps et les centres d'internement. Certains ne proposent aucun abri, aucune hygiène, aucun soin, ni nourriture, comme celui d'Argelès sur mer où les réfugiés Espagnols survivent sur la plage.

Dans les premiers jours, mois de nombreux Espagnols meurent, de froid, de faim, minés par les maladies.

La frontière de fils barbelés est gardée par des Spahis et des Sénégalais. Après ouverture de la frontière les réfugiés sont expédiés dans les divers camps du sud.
Certaines organisations issues du Front Populaire et certaines religieuses apportent leur aide, la majorité des français n'accueillent pas les réfugiés Espagnols selon la devise française : "liberté, Egalité, Fraternité". Ils sont méprisés, insultés, humiliés, notamment par une certaine presse et plus que les difficultés rencontrées durant l'exode ce sont les mots qui les atteignent plus durablement.

Après quelques mois, le gouvernement Français, attisé par les préfets (mandataires de la population) souhaitent que le retour des Espagnols dans leur pays soit actif, même si dans un premier temps, il interdit la force. Mais peu de pays se proposent d'accueillir les réfugiés, à part le Mexique qui ouvre largement ses frontières ; cependant la majorité des Espagnols préfèrent rester en France pour ne pas s'éloigner de leur pays, même si beaucoup ne peuvent et ne veulent vivre sous le régime franquiste.

De son côté le gouvernement de Madrid, connait aussi des difficultés matérielles à assumer un retour massif des Espagnols et de plus craint de voir le retour de trop nombreux "opposants". Il tergiverse donc.

A l'aube de la seconde guerre mondiale, la France raisonne autrement, elle voit là la possibilité de remplacement des soldats qui partent sur le front par les réfugiés ; certains seront d'ailleurs volontaires pour continuer la lutte contre le fascisme.

Outre les photos très révélatrices sur la situation des réfugiés, c'est leurs regards qui m'impressionnent.

Les Espagnols considérés indésirables ou dangereux par leur activités politiques font l'objet de mesures rigoureuses dans des camps disciplinaires, les brigadistes qui ne se sont pas vu accorder le statut de réfugié politique, se retrouvent dans ces camps (le camp du Vernet où nous retrouvons Koestler) en compagnie des Communistes Allemands et Français.

Les auteurs rappellent que les Espagnols déportés dans les camps Africains (Algérie et Tunisie) doivent supporter comme souffrance supplémentaire "le climat". Certains internés seront aussi utilisés pour main-d'oeuvre par le gouvernement de Vichy. Ces camps sont de véritables "bagnes". Ce n'est qu'avec le débarquement des Alliés que la situation s'améliorera.

Les nombreux chants et Poèmes écrits à cette période évoquent crument le quotidien des réfugiés. Je suis interpellée par celui intitulé "Dolor" "Rivesaltes (revoltijo de mujeres hispanas para pasto de Senegales) traduit par (ramassis de femmes espagnoles, pâture pour Sénégalais) ??

doit-on comprendre que les femmes sont agressées sexuellement ? (dans ce cas cela rappellerait les maroquinades en Italie)

Lors de leur arrivée à la frontière les Républicains ont été désarmés, si l'on peut comprendre que le gouvernement français ait jugé obligatoire ce retrait pour la sécurité, pour les combattants Espagnols c'était l'abandon d'un symbole, celui de leur lutte.

Les autorités françaises scandaient un "allez, allez" comminatoire et une phrase tranchante "ici vous êtes en France" !

Petit à petit, les camps sont organisés, par les soldats Espagnols sous l'autorité d'officiers Français, des ilots de personnes sont créés, des baraquements s'élèvent (construits par les soins des Espagnols), des sanitaires primitifs sont installés, mais malgré ces améliorations les maladies minent le physique et le moral des réfugiés.

Le désespoir, l'ennui sont les chemins de la folie, du suicide. Certains conscients du danger organisent des jeux, des compétitions pour occuper les internés.

Dans leur exode les Espagnols n'ont pu emporter leurs affaires, ils doivent donc se procurer le nécessaire pour survivre (produits d'hygiène, nourriture pour compléter l'insuffisance de celle accordée, vêtements...)

Des profiteurs, installent un marché noir au sein même des camps, cet endroit devient dangereux.



Même si des violences sont rapportées, il ne s'agit pas d'un fait majoritaire.

Il semble que l'ironie et l'humour que ce soit dans les "chants et poèmes" ou sur les faits, soient aussi une protection contre le désespoir.

le local disciplinaire installé à Barcarès est appelé "hippodrome" par les internés. Les "punis" sont le plus souvent accusés de propagande politique ou d'évasion, même si parfois à l'appréciation du chef de camp, des actes insignifiants sont punissables.

Toute expression politique leur étant refusée officiellement, mais l'idéal pour lequel ils ont combattu pendant 3 ans étant toujours vivace c'est grâce à la Culture qu'ils parviennent à s'exprimer.
Les intellectuels et artistes qui se retrouvent aux côtés des soldats entreprennent la conception et la diffusion de "bulletins".
On peut dire qu'un véritable service d'enseignement est mis en place. Les créations littéraires et artistiques s'expriment ouvertement ; c'est leur façon de dire, l'Espagne c'est nous !

Un réseau clandestin politique reliant les communistes internés et les communistes Français déjouent la surveillance des gardiens ; des réunions ont lieu dans les baraquements permettant de diffuser les informations extérieures, notamment une certaine presse qui leur est favorable.

La vie dans les camps exacerbe les divergences existant entre les diverses tendances politiques.

Peu à peu la vie dans les camps s'améliorent et les hommes qui sont engagés par des employeurs apprécient de sortir des camps et de gagner un peu d'argent.

Les auteurs analyse les raisons de l'oubli de ces réfugiés

Tout d'abord le désintérêt de la presse, passés les premiers jours de l'exode, puis le fait que pour le gouvernement français l'urgence c'est l'avance des troupes allemandes.

Le journal Voz de Madrid publié en france est interdit en avril 39 par les autorités françaises suite à leurs articles sur les camps et le sort des réfugiés Espagnols.

Les auteurs sont très lucides sur les raisons qui ont contribué à l'oubli des réfugiés, même après la seconde guerre mondiale alors même que nombreux sont les Espagnols qui y ont participé et ont perdu la vie.

"pour la France de la libération il y a beaucoup de honte à effacer, non seulement la défaite et la collaboration, mais tout ce qui peut ternir ou affaiblir l'image retrouvée de la France combattante et généreuse."

"La célébration de la victoire sur le fascisme, qui s'accompagne d'une sévère condamnation du régime de Franco, s'accommode mal d'un rappel trop insistant des faiblesses et des abandons de la IIIème République à l'égard de la République Espagnole et des exilés de 1939."

C'est par un décret de 1945 que la France accorde la qualité de réfugié politique aux Républicains Espagnols, leur permettant ainsi de retrouver leur liberté et leurs droits.

Le journal "l'Espagne Républicaine" fait porté la responsabilité des souffrances subies par les réfugiés sur les Franquistes ( leur ignoble propagande en France notamment qui avait signalé les Républicains comme des bandits). On ne peut pourtant pas exclure, à mon sens, la responsabilité de la majorité des Français, par indifférence, voire rejet. Même si les auteurs mentionnent pour la population française, le souvenir les luttes du Front Populaire et les conséquences de la 1ère guerre mondiale.

Suit une analyse étonnante, mais très juste de l'ouvrage de Federica Montseny qui emploie un vocabulaire d'inspiration religieuse. Ces termes se justifient dans la connaissance des terribles souffrances subies par les Républicains Espagnols.

Le retour dans leur pays est impensable : comment les Républicains se soumettraient-ils à un régime honni sans risquer de perdre leur idéal, de renier ceux qui sont tombés en son nom, de se renier, de perdre leur dignité ?

Combattre contre les Allemands c'était continuer la lutte commencée en Espagne et retrouver leur dignité.

J'aime beaucoup cette assertion :

"L'ombre de Don Quichotte flotte assurément sur l'exil Espagnol"

Je ne connaissais pas l'existence de ces camps en Afrique du nord et le peu qui nous en ai dit fait frémir. Comme fait frémir l'idée des autorités françaises de mettre, pour garder les prisonniers, des Sénégalais avec lesquels les Espagnols ne peuvent pas parler et qui n'ont aucune idée de ce que ces réfugiés ont vécu en Espagne avant d'arrivée sur les plages françaises. Perversion d'autant plus efficace que la plupart des troupes de Franco étaient composées de 'maures'... Lesquels ne rappellent donc pas de bons souvenirs aux réfugiés.

Je ne savais pas non plus, mais pour le choix des Sénégalais et des Spahis, cette explication :

" une prison à laquelle on donne quelque temps des gardiens difficilement corruptibles et totalement incompréhensifs, les troupes sénégalaises ou marocaines, plus sûres en la circonstance que n'importe quel régiment français. "


Complément trouvé sur le net à propos des Camps d'Afrique du Nord : (Université de Paris I)

" Parmi ces 10 000 exilés, débarqués en Tunisie, au Maroc et en Algérie, les trois départements français d'Alger, Constantine et Oran accueillirent 7 000 réfugiés, Oran recueillant de loin le plus grand nombre d'entre eux[[Il est intéressant de noter que dans les dossiers de l'administration française consultés aux archives le traitement des exilés espagnols s'effectue avec pour référent géographique l'Afrique du Nord bien plus souvent que l'Algérie, le Maroc ou la Tunisie."

" Peut-être plus dures qu'en France métropolitaine, les autorités d'Algérie freinent la possibilité pour les exilés de s'intégrer et de participer à la vie économique. De même, la reconnaissance de leur statut d'exilé tarde. Jusqu'en 1954, ils seront considérés comme apatrides. De fait, les autorités françaises espèrent toujours leur départ."




mots-clés : #guerredespagne #immigration
par Bédoulène
le Dim 15 Jan - 15:56
 
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Sujet: Geneviève Dreyfus-Armand et Emile Témime
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Ahmed Kalouaz

Avec tes mains

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 Index211

C'est décidément une belle découverte que cet écrivain qui, avant d'écrire sur sa mère, avait écrit sur son père. Comme dans Une étoile aux cheveux noirs, rien de bien original, mais, sur quelques trames de base, combien de vies sont-elles réellement originales?

C'est donc l'histoire de son père, orphelin miséreux élevé par personne (son père est mort à la guerre de 14), soldat de la guerre de 40, émigré en France pour les travaux les plus pénibles, où il est rejoint par sa famille, étranger aux mots, étranger à la langue, étranger au pays qui l'héberge, étranger à ses enfants. Un homme dont on peut dire qu'il avait tiré la mauvaise carte, qu'il était mené par son destin, et qui a, au moins, fait trois choix dans sa vie: partir, vivre cependant avec sa famille, et retourner se faire enterrer au pays.

Au-delà du récit d'une existence, dont le premier mérite est de ne pas être du tout hagiographique, c'est aussi une réflexion sur l'exil, sur la barrière qui se dresse forcément avec la génération suivante, dans une langue sobre et belle, alliant le respect de la sincérité .

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(commentaire récupéré)


mots-clés : #famille #immigration
par topocl
le Lun 9 Jan - 10:24
 
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Sujet: Ahmed Kalouaz
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Rosie Dastgir

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 97822610

Une petite fortune

Après ses études d'ingénieur, Harris n'est pas retourné au Pakistan épouser la femme qui lui était destinée ; tombé amoureux d'une anglaise, il a choisi de faire sa vie au Royaume-Uni. Désormais divorcé, il tient dans le nord du pays une petite épicerie de quartier qui vivote tant bien que mal.
Harris est un homme infiniment complexe, qui entretient des relations compliquées avec son entourage, et notamment avec sa fille Alia. Son amour maladroit et envahissant, tout comme son incapacité à comprendre les désirs d'émancipation de la jeune femme, creusent un fossé irrémédiable entre eux.

Harris ne semble réellement revivre que lors de ses escapades au Pakistan, ou lorsqu'il déguste un bon curry chez ses cousins, recréant dans son pays d'adoption l'illusion d'une vie de famille "traditionnelle". Mais le rôle de patriarche bienfaiteur qui lui a été dévolu lui pèse : que ce soit en Angleterre au Pakistan, son statut d'ingénieur fait fantasmer famille et amis, qui voient en lui une manne financière inextinguible. La coquette somme qui lui est octroyée après son divorce ne fait qu'attiser les convoitises, et met en lumière le caractère intéressé de certaines relations…
Incapable d'évoquer ses difficultés et de refuser son aide, souvent passif, Harris s'enfonce peu à peu dans un profond mal-être. L'espoir d'un renouveau pointe toutefois le bout de son nez lorsqu'il fait la connaissance de Farrah...

A travers Harris, l'auteur décrit à merveille le poids qui pèse sur les épaules de ces jeunes qui, partis étudier à l'étranger, portent à eux seuls les espoirs de toute une famille. La communauté, autrefois si rassurante, se révèle soudain étouffante pour ces hommes condamnés à la réussite.
Le jeune Rashid est à ce titre le pendant de Harris ; celui qui a échoué. Incapable de trouver un travail à la hauteur de ses pourtant brillantes études, il ne parvient ni à aider ses proches ni à s'intégrer dans cette nouvelle culture. Le sentiment d'échec, la culpabilité, le racisme ordinaire l'amènent peu à peu à se réfugier dans la religion, faisant de lui une proie idéale pour les prédicateurs à l'affût...

La richesse de ce livre réside en grande partie dans la sensibilité avec laquelle Rosie Dastgir a su décrire les personnages qui gravitent autour de Harris. Aussi complexes qu'attachants, ils incarnent chacun à leur façon les différents visages de l'immigration et de la double culture. Emancipation féminine, dangers de l'acculturation comme du repli communautaire sont autant de thèmes abordés avec intelligence et subtilité.
L'on sent le vécu lorsque Rosie Dastgir _ elle-même fille d'un Pakistanais et d'une Anglaise_ parle de la pression exercée par la communauté, lorsqu'elle évoque la rébellion d'une jeune femme écartelée entre deux cultures parfois antagonistes, lorsqu'elle décrit le désarroi et les espoirs de ces êtres qui cherchent désespérément à se réaliser sans pour autant renier leurs origines.

Une petite fortune est un premier roman, et pourtant l'auteur fait déjà montre d'une belle maîtrise, évitant l'écueil du manichéisme et brossant avec justesse des portraits tout en nuances, dans un style fluide qui vous emporte.
Une réussite !

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #identite #immigration #famille
par Armor
le Dim 8 Jan - 2:21
 
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Sujet: Rosie Dastgir
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Vikram SETH

Ah, moi aussi j'avais beaucoup aimé Un garçon convenable!
Et Quatuor aussi.

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 51ozgc10

Deux vies
traduit de l'anglais ( Inde) par Dominique Vitalyos
Albin Michel

Vikram Seth est un garçon convenable...Convenable et même plus que cela aux yeux de sa famille, en tout cas, et c'est à sa famille qu'il rend hommage dans ce livre, qui relate donc l'histoire d'une amitié de plus de 20 ans, amitié transformée en mariage ,de raison sans doute, mais qui ,lui, a duré plus de 30 ans.

En fait, on pourrait même dire qu'il s'agit du récit de trois vies, car Vikhram Seth consacre nombre de pages à raconter pourquoi il s'est intéressé à cette branche de sa famille,son oncle Shanti et sa tante par alliance Henny. Et, ce faisant, comment en fait il est devenu écrivain.

Mais son souhait était de faire revivre par ses mots ces deux personnages dont le trajet ne fut pas si banal.Car Shanti était le dernier né d'une famille indienne, envoyé faire des études de dentisterie à Berlin en 1931. Ne parlant bien entendu pas un mot d'allemand...
"
Quand le train est arrivé à Charlottenburg, des gens sont descendus. J'ai demandé à un monsieur : " Bitte, Berlin?"Il a répondu:"Ja, ja".J'ai demandé:"Bitte, Charlottenburg?" et il a dit:"Ja, ja". Je ne comprenais pas comment un endroit pouvait être à la fois Charlottenburg et Berlin, j'ai pensé que j'avais à faire à un peuple de fous.....

"
Et c'est en cherchant une chambre meublée qu'il va faire la connaissance d'une famille allemande et juive, les Caro, dont la dernière fille ,Hennie, avait quand même demandé à sa mère de ne pas prendre le "noir" comme locataire...
Et voilà le destin - et le coeur du récit de Vikram Seth- lancés.

Ce n'est qu'en 1951 que Shanti et Hennie se marient. Entretemps, il a perdu son bras droit à Monte Cassino et a du ,pour survivre, apprendre à donner des soins dentaires avec son seul bras gauche.
Hennie a réussi à fuir en Angleterre en 39. Hélas, ni sa mère, ni sa soeur ,qui seront déportées. La mère meurt rapidement de maladie, sa soeur Lola est gazée.
Les chapitres les plus intéressants sur le plan historique sont d'ailleurs les récits ( d'après des lettres échangées entre Hennie et ses anciennes amies qui ont survécu parce que non juives) des réglements de comptes après guerre entre compatriotes allemands, résistants ou pseudo-résistants ou ayant franchement collaboré au régime nazi.

C'est un livre que je déconseillerais à ceux qui n'ont pas le goût des chroniques familiales, des livres de souvenirs ( avec documents joints, et photos). Moi, j'ai beaucoup aimé cette histoire d'une part, et d'autre part les tergiversations de l'auteur au fil des pages, qui sembleront sans doute ennuyeuses à certains ,sur le pourquoi- comment-quand- etc la raconter.

récup


mots-clés : #biographie #immigration
par Marie
le Sam 7 Jan - 2:35
 
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Sujet: Vikram SETH
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Brigitte Giraud

Nous serons des héros

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 Index221



Olivio a fui le Portugal avec sa mère, après la mort de son père dans les geôles de Salazar. Ils se réfugient à Lyon où la mère forme un nouveau couple avec Max, un pied noir bravache. Et Olivio se noue d'amitié avec Ahmed, qui habite l' HLM d'à côté, fils d' immigrés algériens, empli d'une violence mal contenue.

Dès la première ligne on sent que le mélange de ces trois exils sera explosif. On suit la formation d'un adolescent sans repères, par une plume assez douce habilement située à hauteur d'enfant, avec ses énigmes et ses espoirs. Le suspense monte face à ce mélange de trois personnages si similaires et si  différents à la fois, et puis sur les cinq pages finales la violence explose dans un sens qu'on n'attendait pas, ou en tout cas pas comme ça, qui, malgré une belle ferveur, surprend par son manque de lien avec les forces en puissances. Tout ça pour ça?  Certes, c'est comme dans la vie où les faits ne suivent pas une logique organisée, mais dans un roman cela m'a déconcertée: toutes ces pistes abandonnées.


(commentaire récupéré)
mots-clés : #immigration #regimeautoritaire
par topocl
le Ven 6 Jan - 17:16
 
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Tishani DOSHI

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 51voz010

Le plaisir ne saurait attendre.

Lorsque Babo s'envole pour  Londres afin de parfaire sa formation, ses parents, Prem Kumar et Trishala, ont déjà décidé qu'il reviendrait bien vite à Madras pour épouser la jolie Falguni et fonder l'entreprise familiale dont ils ont toujours rêvé. Las, il suffit d'un regard pour tous ces projets soient bouleversés... Oubliées, les ancestrales coutumes matrimoniales indiennes et leurs préceptes de castes et de religion ; oubliée aussi, le charmant zézaiement de Falguni dont les lettres trempées de larmes emplissent la valise de Babo. A Londres, Babo a croisé le chemin de la jolie Sian… Bien vite rappelé en Inde pour de fallacieuses raisons, Babo entre résistance. Quelques larmes et claquements de portes plus tard, Sian le rejoint à Madras. Ensemble, ils auront deux ravissantes fillettes qui, à cheval entre deux continents et deux cultures, devront trouver leur place en ce monde.

De prime abord, le contenu du livre pourrait faire penser à un roman sentimental à la sauce tandoori, un pendant littéraire des films de Bollywood, destiné à satisfaire la ménagère en mal d'exotisme. Mais Tishani Doshi a su éviter les écueils de l'eau de rose et du mélodrame, et faire d'une saga familiale tout ce qu'il y a de plus traditionnelle un roman enlevé et addictif. Les évènements s'enchaînent à un rythme soutenu, appelant l'air de rien à la réflexion sur des thèmes aussi divers que le choc des cultures, le métissage, ou les affres du temps qui passe… Autant de sujets que l'auteur connaît bien puisque ce roman est inspiré de sa propre expérience.

L'adaptation ne sera pas toujours simple pour Sian. Difficile en effet de quitter un taiseux terroir gallois pour intégrer une bruyante tribu indienne, qui, en plus d'avoir des meurs étranges, semble totalement méconnaître le mot "intimité"… Une famille bigarrée et attachante, veillée par la figure tutélaire de la vieille Ba qui, de sa maison au fin fond du Gujarat, transmet à tous son étonnante absence de préjugés et son appétence pour la vie.

Ce récit, aussi universel que typiquement indien, dégage un charme particulier, fait de vitalité et de tendresse, avec en prime quelques touches d'humour et un zeste de poésie. Alors certes, le plaisir ne saurait attendre n'est pas un "grand" roman ; mais quel agréable interlude ! A savourer les doigts de pieds en éventail et le coeur en Inde…


Extrait :

Petit passage "remèdes de grands-mères et choc des cultures" :

"Sian arpenta les sentiers du jardin durant toute sa grossesse en dépit des cris d'orfraie des femmes du clan Patel, qui désapprouvaient ses exercices quotidiens. Chacune y allait de ses doctes conseils. Elle aurait dû rester allongée, manger des friandises dégoulinantes de ghee, prendre des bains d'huile, peindre, lire, chanter _ N'importe quoi, mais surtout pas glisser ses pieds enflés dans des chaussures de marche et demander à Selvam qui était à moitié aveugle de la conduire chez ces cinglés de rédemptionistes.

"Pourquoi ? s'inquiétait Trishala. Pourquoi mettre en danger la vie du bébé ? Pourquoi boire du café quand je me tue à te dire que c'est mauvais pour l'utérus ? Pourquoi refuses-tu de comprendre qu'une femme enceinte doit être grosse ? "

 Trishala, qui virevoltait dans la maison et débordait d'énergie nerveuse, persuadée qu'elle connaissait mieux que quiconque les dangers de la grossesse, surtout quand il s'agissait d'un bébé à cheval entre deux castes, entre deux pays, entre deux couleurs.

"Au moins, bois plus de lait, insistait-elle, montrant sa propre poitrine plantureuse. Sinon, l'enfant aura faim."

Même Ba lui écrivait de Ganga Bazaar. Sian faisait-elle tremper des graines de fenugrec toute la nuit, avant de les appliquer avec des peaux d'oranges et de citrons sur ses seins, afin qu'ils grossissent ? Trishala avait-elle du sel gemme sous la main pour accélérer l'accouchement ? Babo avait-il trouvé des racines de [i]Ficus racemosa
? Il devait les insérer dans le vagin de Sian une fois nettoyées pour voir si elles en ressortaient entières. Le cas échéant, elle donnerait naissance à un garçon. Si elles se rompaient, ils pouvaient être sûrs d'avoir une fille.

Rompue : c'était bien le mot qui décrivait l'état intérieur de Sian."
[/i]

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #immigration #famille
par Armor
le Jeu 5 Jan - 18:29
 
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Sujet: Tishani DOSHI
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Philip Caputo

Clandestin

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 97822613

C'est sûr que Philipp Caputo n'a pas lésiné sur les moyens. Il mêle roman d'amour, réflexion historique, thriller, Nature writing, saga familiale...Il inscrit son roman dans la durée sur plusieurs générations par des récits entremêlés, malédiction et vengeance à l'appui. Il oppose l'Ouest ancien avec ses cow-boys et la naissance de la Révolution mexicaine, et l'Ouest moderne où la frontière est le terrain de jeu des passeurs de migrants et des narcotrafiquants. Il se glisse dans la peau de multiples personnages, ranchers, policiers, infiltrés ou non, bandits, infiltrés ou non. Il n'hésite pas à mêler à cela Sénèque, le 11 septembre et même la guerre en Irak.

C'est un roman très riche avec plein de thèmes , une certaine naïveté (le bon trader résiliant qui lit Sénèque, l'histoire d'amour assez basique). Mais on passe très volontiers là dessus, car l'histoire, en lien avec le passé, est complexe et pleine de rebondissements et certains personnages, au contraire, sont incroyablement fouillés, en particulier le propriétaire du ranch frontalier, qui est l’incarnation de cette opposition anciens/modernes, s'accroche aux valeurs de ses aïeux, et cela en fait un homme d'une grande droiture mais un bon facho quand même.

C'est donc très ambitieux, et on pourrait croire que tout cela fait un peu trop, et bien non, au bout du compte c'est un panorama grandiose d'un mode de vie et d'une région, une étude de caractères apparemment bien tranchés mais finalement plutôt ambigus. Le Prix Pulitzer est bien mérité, on suit ça avec une exaltation tranquille, sans relâche au fil des 770 pages du livre.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #historique #immigration #famille
par topocl
le Ven 30 Déc - 16:54
 
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Sujet: Philip Caputo
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Akhil SHARMA

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 411qeh10

Notre famille

Nous étions dans l'allée menant à la maison de ma tante, nos bagages dans la voiture. « Qu'est-ce qui nous est arrivé ? sanglotait-elle. Qu'est-ce que Dieu nous a fait ? » Ma mère et elles s'embrassèrent et ma tante s'accrochait à elle, refusant de la lâcher. Ma mère aussi tenait ma tante serrée contre elle et pleurait. Mon oncle était là. Il me mit la main sur l'épaule et j'eus envie de me dégager. Je frissonnais et mon manteau était dans la voiture. Je me demandais pourquoi les gens n'avaient pas été plus gentils quand c'était important.

Nous sommes dans les années 70. La famille Mishra ne se voit pas d'avenir dans l'Inde sous état d'urgence d'Indira Gandhi, et décide de tenter l'aventure du rêve américain. Et effectivement, au départ, tout semble leur sourire : outre le confort matériel, la réussite sociale se profile à l'horizon lorsque l'aîné des deux fils, Birju, est admis dans une prestigieuse université. On projette déjà qu'Ajay, le plus jeune, fera de même dans quelques temps. L'avenir s'annonce radieux.

Un accident, 3 minutes au fond d'une piscine, et c'est le drame.
Après l'espoir, après le déni, les prières nuits et jours, vient la confrontation avec la dure réalité : Birju restera à jamais un légume. Les Mishra s'organisent pour l'accueillir à domicile. Isolés dans leur souffrance, ils ne sont paradoxalement jamais seuls : la maison ne désemplit pas , entre les faiseurs de miracle et ceux qui viennent comme au spectacle visiter cette famille admirable qui affronte si courageusement l'adversité. On amène les enfants récalcitrants à Ajay pour que lui, le frère dévoué et le fils modèle, les ramène dans le droit chemin. On vient aussi très probablement parce que la vision du malheur des autres réconforte de ne pas vivre ça soi-même.

Mais Ajay, justement, notre narrateur, comment vit-il tout cela ?
Il ne nous épargne rien. Rien des disputes homériques de ses parents qui se déchirent ; rien de l'alcool dont la faculté d'oubli fait de l'oeil au père ; rien de la hargne qui s'empare parfois de la mère contre le plus jeune de ses fils, qui, lui, continue de grandir.
Il ne nous épargne pas non plus les sécrétions, les odeurs, les râles émis par ce corps souffrant qu'il faut entretenir jour après jour.  Ni les sentiments aussi intenses que contradictoires que lui inspirent celui qui est son frère sans l'être…
Et surtout, il ne s'épargne pas, lui, l'adolescent tellement mal dans sa peau qui ne sait comment s'intégrer dans cette Amérique où l'on a tant de mal à se mélanger, qui ne sait comment vivre le drame familial sans être ingrat, mais sans négliger sa vie non plus. Il nous narre sans détour ses bassesses, ses pitoyables tentatives pour attirer l'attention, ses pulsions d'auto-destruction ; sa prétention, aussi. Maladroit, parfois antipathique, il mène une adolescence solitaire, qui entrevoit un échappatoire dans l'excellence scolaire et la littérature.

Bien qu'il s'agisse d'un roman, Akhil Sharma reconnaît qu'il est en grande partie autobiographique, et je dois dire que cela se sent à chaque page. Pas de pathos, pas de grandes envolées ; un style sobre pour décrire une vérité crue, dans ce qu'elle a parfois de plus dérangeant.
En creux, entre les mots qui vont droit à l'essentiel, il y a un accent de vérité, un cri du coeur, une souffrance et une pulsion de vie qui m'ont profondément touchée.

Quelques-uns des hommes qui venaient nous voir racontaient que Dieu leur était apparu en rêve et leur avait enseigné la façon de réveiller Birju. D'autres, qu'ils avaient appris d'un saint indien un moyen de le guérir.
Je n'aimais pas ces « faiseur de miracles ». Il me semblait que tout ce qu'ils voulaient, c'était essayer leurs prétendus remèdes sur Birju parce que cela les faisait se sentir au cœur d'importants événements. Malgré tout, ces visiteurs nous apportaient un certain réconfort. Je redoutais leur départ et le moment où mes parents et moi nous retrouverions seul avec Birju. Lorsqu'ils s'en allaient, la solitude surgissait rapidement, comme si une fenêtre s'était ouverte et qu'une bouffée d'air froid s'engouffrait dans la pièce. Parfois ce sentiment de solitude était tel que j'aurais presque préféré qu'ils ne soient pas venus.


(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #immigration #initiatique #famille #pathologie
par Armor
le Lun 26 Déc - 15:44
 
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Sujet: Akhil SHARMA
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Pavel Hak

Trans

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 313zqc10

Toujours pour mon plus grand plaisir ce même style brut et imposant de la part de cet auteur. L'on y suit les péripéties de Wang Tse, émigré clandestin qui quitte donc son pays pour rejoindre l'occident. Mais les choses se passent dramatiquement et peut être même fatale.
Le récit est violent, mais Hak n'exagère jamais cette violence pour la rendre malsaine d'exubérance. le propos en est quasiment documentaire si ce n'est que le héros est le narrateur dans beaucoup de situations et que ses pensées nous sont dévoilées.
Certains passages sont très dérangeants notamment sur le cannibalisme, mais il demeure toujours ce pragmatisme et cette simplicité de la narration (très traditionnelle de la littérature tchèque) qui occasionne le fait que si l'on est choqués par les situations décrites, l'on n'est pas choqués par les procédés de descriptions ni par l'intention de l'auteur.
Il s'agit de nous raconter l'histoire de la monstruosité humaine, dans la survie comme dans les systèmes horribles qu'il a mis en place.
Un excellent ouvrage.


mots-clés : #immigration #violence
par Hanta
le Dim 25 Déc - 21:37
 
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Sujet: Pavel Hak
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Chahdortt Djavann

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 41dfar10


Comment peut-on être Français?


Elle (quand je dis « elle » je parle de Roxane) a des mots très durs sur son pays. On peut comprendre quand on lit ce qui lui arrive. Il y a peu de nostalgie, même si, la solitude qu’elle ressent à Paris la rapproche de ce qu’elle connait comme faisant partie d’elle-même, de son identité, qu’elle ne pourra jamais changée. Elle dit d’ailleurs qu’à Paris elle est Iranienne, alors qu’en Iran, elle était elle-même sans se poser de questions. Mais elle rejette l’Iran, pour sa tyrannie vis-à-vis des femmes, pour son contrôle permanent sur elles, pour le manque de liberté, pour la violence des hommes, pour l’ignorance dans laquelle la population est maintenue. Son personnage de Roxane est plus jeune qu’elle, elle est née plus tard, mais en ayant lu sa biographie, je me dis qu’elle parle un peu d’elle-même. Les études, les petits boulots, la tentative de suicide. Le père, qui est celui qui va la sauver en lui permettant de partir à Paris. Dans la vie de Djavann, le père s’est révolté contre le régime des Mollahs, il aimait lire et avait été un personnage influent. Dans le bouquin on retrouve ces composantes.


Quand Roxane arrive à Paris, elle est comme beaucoup d’étrangers qui ont idéalisé le pays dans lequel ils vont habiter. Sauf que pour elle, il y a une couche supplémentaire. Elle n’a jamais été nulle part quand elle était petite, sa vie se passait entre les quatre murs de sa maison, entourée d’une famille nombreuse qui ne s’apercevait pas de sa présence. Elle trouvait son échappatoire dans la lecture. Activité que sa famille réprouvait silencieusement. Devenue femme, elle ne pouvait ni voyager, ni se déplacer sans la présence d’un homme. Les gardiens de la morale Islamique veillaient et surveillaient. Sauf que ces « gardiens » n’avaient pas de moralité, étaient ignorants et profitaient de la situation. Ce qui amène Roxane a fuir son Pays.


Les premiers temps, elle vit comme dans un rêve. La misère qui règne en Iran, le manque de tout,  la font s’extasier dans les rayons des supermarchés. Elle se balade dans les rues de Paris, goute à la liberté de s’asseoir toute seule à la terrasse d’un café pour commander un verre de vin. Puis la réalité la rattrape. Elle se heurte à la mentalité des Français si différente de la sienne. Elle se dit que les Française respire la liberté de la naissance à la vie adulte. Elle ne sait pas quoi faire de cette liberté qu’elle ne connait pas, elle ne sait pas comment réagir. Les gens autour d’elle, fortement individualistes, continuent à vivre en parallèle et elle se sent seule. Pourtant elle finit par s’en sortir. Les petits boulots, les études. Elle fait tout pour maitriser le Français. Elle recopie, elle récite des heures entières, elle lit, un dictionnaire sous la main, elle l’emmène d’ailleurs partout avec elle pour chercher un mot immédiatement. Mais la solitude reste et elle ne se sent pas assez proche de qui que ce soit pour parler de ses combats intérieurs. Alors elle écrit à Montesquieu des lettres qu’elle envoie aux quatre coins de Paris. Lettres qui lui reviennent non lues naturellement. Mais ça l’aide à voir plus clair, à exprimer ses colères et ses doutes. Un jour elle est arrêtée par la police pour avoir roulé en vélo en sens contraire. Elle n’a pas sa carte de séjour sur elle et se retrouve dans une cellule. Son passé lui revient brutalement et elle perd les pédales.



Elle écrit bien Chahdortt Djavann. Ce qui est une performance quand on sait qu’elle est arrivé en France il y a un peu plus de dix ans. Elle a beaucoup d’humour. C’est une militante, une révoltée qui ne fera pas de compromis. C’est une femme éprise de liberté, un caractère fort qui déjà enfant avait le courage de ses convictions.


mots-clés : #immigration #regimeautoritaire
par Pia
le Jeu 22 Déc - 6:00
 
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Sujet: Chahdortt Djavann
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Magyd Cherfi

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 Cherfi10

Magyd Cherfi : Ma part de gaulois. - Actes Sud


Actes sud a écrit:C’est l’année du baccalauréat pour Magyd, petit Beur de la rue Raphaël, quartiers nord de Toulouse. Une formalité pour les Français, un événement sis mi que pour l’“indigène”. Pensez donc, le premier bac arabe de la cité. Le bout d’un tunnel, l’apogée d’un long bras de fer avec la fatalité, sous l’incessante pres sion énamourée de la toute-puissante mère et les quolibets goguenards de la bande. Parce qu’il ne fait pas bon pas ser pour un “intello” après l’école, dans la périphérie du “vivre ensemble” – Magyd et ses inséparables, Samir le militant et Momo l’artiste de la tchatche, en font l’expérience au quotidien.
Entre soutien scolaire aux plus jeunes et soutien mo ral aux fi lles cadenassées, une génération joue les grands frères et les ambassadeurs entre familles et société, tout en se cherchant des perspectives d’avenir exaltantes. Avec en fond sonore les rumeurs accompa gnant l’arrivée au pouvoir de Mitterrand, cette chro nique pas dupe d’un triomphe annoncé à l’arrière-goût doux-amer capture un rendez-vous manqué, celui de la France et de ses banlieues.
Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l’identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d’une réalité qui persiste, boite, bégaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vérités à lui tout seul !

“Dire que j’écris me gêne, complexe d’ancien pauvre, d’ex-fils-d’immigré, d’épisodique schizophrène car j’suis devenu français. J’ai du mal à écrire car je m’écris et m’écrire c’est saisir une plaie par les deux bouts et l’écarter un peu plus. La plume m’a séparé de mes compagnons d’infortune, tous ces « Mohamed » de ma banlieue nord hachés menus par une société qui a rêvé d’un « vivre ensemble » sans en payer le prix. Je raconte une fêlure identitaire, un rendezvous manqué. C’était l’année 1981, la gauche arrivait au pouvoir la besace pleine de l’amour des hommes et les premiers Beurs accédaient au bac. Le bac, une anecdote pour les Blancs, un exploit pour un indigène.
Tout était réuni pour cette égalité des droits tant chérie. La promesse d’une fraternité vraie semblait frémir.

Pourtant la rencontre de la France et de sa banlieue n’a pas eu lieu, elle n’a toujours pas vu la lumière car l’exception française persiste, celle d’être français et de devoir le devenir…”


Je n'ai pas encore lu Ma Part de Gaulois, mais j'avais aimé ses deux premiers livres, qui avaient
été remarqués par certains critiques à l'oeil vif et des libraires.


mots-clés : #autobiographie #immigration
par bix_229
le Mar 20 Déc - 16:04
 
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Sujet: Magyd Cherfi
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Wally Lamb

Wally Lamb (Né en 1950)

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 Wallyl10

Wally Lamb, né le 17 octobre 1950 à Norwich dans le Connecticut, est un écrivain américain. Professeur d'Écriture créative à l'Université du Connecticut jusqu'en 1999, il s'est imposé sur la scène littéraire internationale avec Le Chant de Dolorès, La Puissance des vaincus et Le Chagrin et la Grâce, tous présents sur les listes de best-sellers du New York Times et traduits dans plus de vingt pays. Wally Lamb commence à écrire en 1981, l'année où il devient également père. Ses premières publications sont des nouvelles publiées dans le Northeast, un magazine littéraire hebdomadaire. Son premier roman, Le Chant de Dolorès parait en 1992.

(wikipedia et autres)


traduits en français

Le Chant de Dolorès
La Puissance des vaincus
Le Chagrin et la Grâce
Nous sommes l’eau
Felix Funicello et le Miracle des nichons


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Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 51syub10

La puissance des vaincus

À travers l’histoire de deux frères jumeaux dont l’un est schizophrène nous découvrons sur plusieurs générations le destin d’une famille d’immigrés Italiens, plus particulièrement des Siciliens, débarqués aux Etats-unis en 1901. En héritage, les mêmes évènements, doutes, recherches ; des Pères qui élèvent des enfants dont ils ne sont pas les géniteurs, des jumeaux qui perdent leur moitié par mort physique ou psychique. En fond, la religion, celle des Italiens, celle des « Mericane » ou celle de la minorité Indienne de la ville de Three Rivers où s’est établie la famille des jumeaux.
Abordée aussi l’homosexualité et par l’un des drames la pédophilie.

L’auteur met à nu les sentiments des personnages, notamment ceux de Dominick –le narrateur – le jumeau sain qui se perd à gérer à la fois son amour et sa haine contre Thomas le frère malade que leur mère « préfère ». Dominick adopte une position de « défense » pour se protéger, plus précisément devant leur beau-père Ray, homme violent, qui les effraie quand ils sont enfants, mais qui pourtant au long des années, des drames sera présent, et assumera sa responsabilité.
L’enfermement physique et moral de Thomas déclenchera une psychothérapie de Dominick laquelle avec la lecture d’un journal écrit par leur grand-père lui permettra de se découvrir.

Une très bonne lecture, dès la première page l’auteur nous cueille à froid et le lecteur n’a qu’une hâte suivre Dominick. Je l’ai suivi page à page, mot-à-mot sans jamais me lasser, j’ai découvert comme lui les bonheurs et les malheurs de la rivière.  
J’ai trouvé les dialogues entre lui et le médecin psychiatre très réalistes, de même pour la description de l’établissement haute sécurité. L’assistante sociale, n’a pas failli à sa mission, l’ensemble m’a paru cohérent et plausible, facile de compréhension pour les profanes.

Je remercie Topocl pour m’avoir offert le plaisir de cette découverte.

extraits :

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 Wl_110


Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 Wl_210


mots-clés : #immigration #famille #pathologie
par Bédoulène
le Mar 20 Déc - 8:58
 
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Sujet: Wally Lamb
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Israel Joshua Singer

La famille Karnovski

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 Image122

C'est à l'aube du XXe siècle que David Karnovski quitte l'obscurantisme de son shetl polonais pour rejoindre les lumières de la Haskala à Berlin. Il s'y épanouit au contact de brillants intellectuels éclairés alors que son épouse s'étiole loin de sa famille et de la chaleur du pays natal. Leur fils Georg après avoir participé aux combats de la Grande Guerre, s'intègre brillamment, devient un médecin éminent et épouse une goy. Leur fils Jegor va subir dans la souffrance sa double culture, en même temps qu'on assiste à la montée du nazisme et des discriminations. Ils émigrent aux États-Unis dans les années 30 où ils vont peiner à s'intégrer, entre l'hostilité du pays et la difficulté à s'identifier aux juifs américains.

C'est surtout à l'étude passionnante et pleine de nuances de la  communauté juive européenne et américaine dans toutes ses diversités, que s'attache IJ Singer. Car cette identité commune n'est  pas à tout coup  source d'alliance, mais aussi de mépris et de jalousies : orthodoxes ou assimilés, croyants ou convertis, riches ou  pauvres, intellectuels ou bons-vivants, installés de longue date en Allemagne ou originaires de l'Est, toutes ces disparités contribuent à compliquer les relations.

IJ Singer s'attache aussi à disséquer les relations filiales, l'émancipation des plus jeunes se heurtant aux valeurs chèrement acquises par les générations précédentes.

On se laisse bien embarquer par cette belle saga familiale, même si elle s'essouffle un peu lors de son arrivée en Amérique.


mots-clés : #communautejuive #famille #immigration
par topocl
le Sam 17 Déc - 18:05
 
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Sujet: Israel Joshua Singer
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Mathias Enard

Rue des voleurs

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 Image159

Attention, chef d’œuvre !
Lakhdar est un jeune garçon futé et cultivé, un amoureux des livres qui s’essaye à reluquer les filles.
Pace qu’il est né au Maroc dans une famille musulmane rigoriste, que l’islamisme rôde, que la révolution gronde, sa vie se heurte à la cruauté de l’ errance et du chaos ; les rêves d’amour et d’émigration sont autant de cauchemars traversés par la violence et la mort.
Mais qu’importe l’histoire…
Mathias Enard, virtuose de la langue ne se laisse aller à aucun apitoiement, aucun misérabilisme, mais construit un récit d’un lyrisme sobre et d’ un doigté sans concession. On est envoûté par le foisonnement des personnages, des ambiances, la complexité des expériences.
Histoire magnifique, prose magique, claque magistrale, Rue des voleurs pourrait se lire à haute voix. Il devrait séduire celles et ceux qui désespèrent da la littérature française .



mots-clés : #immigration
par topocl
le Sam 17 Déc - 15:53
 
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Chimamanda Ngozi Adichie

Americanah


Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 Index114



   Elle n'était plus très sûre de ce qui avait changé à Lagos et de ce qui avait changé  chez elle.



Si l'on s'en tient simplement à l’histoire, c'est finalement assez banal. Ifemelu, une jeune femme nigériane qui n'a pas les deux pieds dans le même sabot, émigre en Amérique pour échapper aux éternelles grèves des profs de l’université. Choc culturel, auquel elle s'adapte peu à peu, mêlant concessions et refus de se renier. Tout en conservant son identité, elle s' « intègre », avec cependant l'impression d’être souvent sur le seuil. Elle développe un blog à succès, plein d'humour et de gentille provocation, sur le thème des relations interraciales. Quinze ans après, lasse quoique jeune encore,  son pays natal l’attire comme un aimant, et, à nouveau choc culturel, et ce que cela implique pour le surmonter. Retrouvera-t 'elle Obinze, dit Ciel, son amour de jeunesse ?

Seulement il serait dommage de s'en tenir à cela, car C N Adichie, dresse un portrait des plus attachants de son personnage principal, et a une vivacité pleine d'humour pour  décrire son périple mêlant embûches et  joies aux États-Unis, tout comme celui d'Obinze, moins réussi,  en Angleterre. C'est un récit sans aucun apitoiement, qui ne revendique rien, ne déteste personne, mais se contente de témoigner.C N Adichie a une réelle tendresse pour ses personnages, une perspicacité à décrypter leurs grands élans et leurs petits travers, une finesse d'observation réjouissante.

CN Adichie nous initie aux complexités des relations interraciales, au décalage qui persiste en Amérique, ce pays dont la discrimination a été abolie, et ceci y compris dans un milieu soi-disant progressiste et ouvert. Sans parler de la hiérarchie entre les Noirs issus des esclaves américains et ceux issus d'une immigration récente. Cette analyse m'a beaucoup fait penser à ce que Ruth Klüger évoquait dans Refus de témoigner, sur le paternalisme et l'incompréhension dont furent l'objet les survivants auprès d'une Amérique soi disant progressiste.

La dernière partie, le retour Nigéria, est un peu moins réussie. D'une part parce que j'aurais aimé qu'elle  nous explique  plus la situation là-bas, de façon moins anecdotique (mais c'est son droit aussi de ne pas avoir ouvertement pensé au lecteur occidental dans son écriture). D'autre part parce que l'histoire d'amour prend le dessus et que les histoires d'amour, même si elle aurait pu faire  bien pire, c'est souvent un peu con.

En somme c'est un gros livre de 500 pages qui se lisent avec beaucoup de plaisir, généreux, où on peut prendre son temps, jouir des détails, profiter de multiples personnages assemblés avec autant d'ardeur que de drôlerie. Un livre optimiste (trop peut-être), où on ressent une grande proximité pour les multiples personnages, l'auteur nous invitant à partager sa tendresse pour eux.  Les différences culturelles y  sont pointées, sans tabou, avec une efficacité qui n'exclue pas la nuance.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #immigration
par topocl
le Jeu 15 Déc - 13:20
 
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Sujet: Chimamanda Ngozi Adichie
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Jordi Soler

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 51n3lq10

Les exilés de la mémoire

Cette phrase " c'était la guerre de quelqu'un d'autre" m'a intriguée, mais arrivée à la fin du livre, je pense que cela voulait dire qu'il n''est plus aujourd' hui le même homme qu'il était quand il s'est engagé, aujourd' hui il sait que le retour en Espagne a été impossible, parce que finalement il ne le désirait plus, parce que trop de temps a passé, trop d'évènements, ses enfant et petits-enfants sont Mexicains.

Quand il est retourné dans sa ville après la mort de Franco, il n'a plus rien reconnu, il ne s'est pas "retrouvé" ce n'était plus lui qui avait fait la guerre.

J'ai été, une nouvelle fois comme dans mes lectures récentes, très triste de connaître l'attitude de la France, des Français envers les Républicains Espagnols, qui se croyaient des réfugiés et finalement étaient bien des prisonniers dans le camp d'Argelès ; et la légèreté avec laquelle cet épisode a été oublié par tous, comme le remarque le poète Jaime Gil de Biedma.

l'Ambassadeur Mexicain a été héroïque ; quelle humanité !

Je me rends compte que mes lectures qui se déroulaient dans les pays d'amérique du sud se rejoignent par l'ambiance, la société, le statut des Indiens ou Indigènes.


Une écriture très chaleureuse, sincère, j'ai lu le récit s'en pouvoir m'en détacher.

Nous voyons aussi le profit que les USA font par l'Alliance .... (je n'ai pas le livre sous les yeux) que dénonce celui qui s'appelle Doménech  (faut pas le rencontrer au coin d'un bois celui ci)

Soler a bien su doser la réalité et la fiction.

J'aurais aimé connaître le sentiment de Luis Rodriguez quand il a reçu l'information que la France, donc en 41 sous le gouvernement de Vichy, l' "honorait"   ?? lui qui avait justement rencontré Pétain !!!!!


mots-clés : #immigration
par Bédoulène
le Sam 10 Déc - 11:27
 
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Sujet: Jordi Soler
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Colm Toibin

Brooklyn

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 Ab4110

J’adore ces romans qui vous envoûtent à partir de trois fois rien. Car, si on fait le choix d’être primaire, comment peut on résumer ce livre ? L’histoire toute bête d’une jeune fille prise entre tradition et modernité, entre son pays de naissance et son pays d’adoption, entre deux amours naissants, et qui est obligée de faire un choix, choix qui lui est imposé plutôt que mûrement décidé.

A partir de cette histoire bien banale, Toibin nous fait vivre deux années de la vie d’Eylis, partie toute jeune fille de son Irlande natale pour Brooklyn (et déjà là ce n’est pas elle qui choisit). Comment, déterminée et fine observatrice, elle va vaincre ses réticences, son mal du pays, pour s’y faire une place, aimant travailler, mais aussi s’amuser, toujours avec une simplicité et une droiture, qui font d’elle non quelqu’un d’extraordinaire mais quelqu’un de profondément attachant.
Eylis mûrit sans le savoir, apprend à se gouverner et s’attache à Tony découvrant que le bonheur est facile. Son retour au pays remet ses nouvelles valeurs en question, car qui est –elle de ces deux facettes d’elle-même, qui ont en commun la recherche d’un amour simple et tranquille, mais n’aiment pas le même homme ?

Toibin nous raconte humblement des faits, s’attache à décrire des actes quotidiens, des émotions ordinaires étouffées par la gangue du devoir et des traditions. L’adaptation d’Eylis aux USA est difficile, certes, mais elle ne tombe dans aucun des pièges sordides que rencontrent souvent les émigrants, tout lui est finalement plutôt aisé en arrivant en Amérique. La vie lui est finalement plutôt douce .

Il est particulièrement touchant que Toibin ne juge pas, qu’il ne décide pas que sous prétexte que ces choix sont contraints il seront forcément mauvais. Je veux même croire, connaissant Eylis comme Toibin nous l’a décrite, qu’elle sera assez simple et sincère pour être heureuse. ; Elle gardera sans doute toute sa vie l’image d’un homme qu’elle a laissé de côté, mais rien ne veut dire que ce souvenir sera douloureux ou regretté.

C’est une grande force de ce livre tout en douceur et tendresse, qui nous décrit le passage à l’âge adulte d’une jeune fille bonne et courageuse, prise dans une histoire qui la dépasse un peu.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #immigration
par topocl
le Sam 10 Déc - 10:46
 
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Jordi Soler

La fête de l'ours


Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 Im1010


Dans Les exilés de la mémoire et La dernière heure du dernier jour, Jordi Soler racontait comment son grand-père Arcadi, républicain espagnol, avait traversé la frontière, s'était retrouvé en camp à Argeles-sur- mer et avait fini par émigrer au Mexique où il connut une belle réussite, en tout cas sur le plan social, à travers sa plantation de café, mais resta pétri de la nostalgie et des déchirures de l'exil. Il avait dû parler (je ne me souviens plus très bien), d’Oriol, le frère d’Arcadi, disparu dans une tempête de neige lors de sa traversée des Pyrénées avec son frère. C’est d’ Oriol que nous parle La fête de l’ours.

Peu à peu, Oriol était devenu l'un des fleurons de la légende familiale : un portrait mi-tragique mi-théorique s'était construit, et avait apaisé insensiblement la souffrance de chacun. Mais tout ceci va être bouleversé lorsque, après la publication de ses livres, à l'occasion d'une conférence à Argeles- sur-mer, Jordi Soler se voit remettre par une femme ,vieillissante, sale et rebutante, une photo de son grand-oncle pendant la guerre civile. Oriol a survécu, Oriol est resté en France où il a mené une existence non plus mythique mais réelle, et Jordi Soler va s'attacher à rencontrer des personnages qui ont partagé la vie de son grand-oncle, fouiller des archives et reconstituer, sur fond de hautes vallées des Pyrénées, une vie dont on se demande si elle est sortie d'un film de Fellini ou d'un conte médiéval. On va croiser l'enfance virginale, un ogre gentil, une sorcière effrayante, une maisonnette cachée dans la forêt, une bête terrifiante, qui constituent les ingrédients d'une révélation progressive, aussi déroutante que terrible, qui trouve son acmé dans le dernier chapitre, un suspense magnifique à Prats-de-Mollo, dans une apocalypse festive qui explique le titre du livre.

Jordi Soler remet en cause toutes les idées bien-pensantes sur les héros, sur la mémoire familiale, fait appel au devoir, à l’honneur, à la terreur et à la haine. Il nous livre une histoire hallucinante, farouche, dans un style magnifique où les phrases nous enveloppent, nous emportent et nous bercent. Il nous emmène dans des scènes magnifiques, géantes, le premier et le dernier chapitre sont magiques, splendides. Il y a dans ce livre un mélange de réalité crue, d’humanité bestiale et d'imagination inventive qui transcendent le simple récit

C'est plus qu'un coup de cœur, c'est un coup de massue.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #immigration #famille
par topocl
le Sam 10 Déc - 10:15
 
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Sujet: Jordi Soler
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Zadie Smith

Sourires de loup

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 4 Index510

C’est à la guerre que se sont connus Archie, un Anglais raz-des-pâquerettes qui ne demande qu’une chose, c’est qu’on le laisse tranquille et Samad, le Bangladais qui se croit meilleur parce qu’il a des opinions sur tout. Unis par une guerre ennuyeuse donc décevante, qu’ils ont clôturée par un acte de violence gratuite, leur secret.
On les retrouve entre 1975 et 1998, épousant de très jeunes femmes beaucoup plus fines et ouvertes qu’eux : une beauté haïtienne pour l’un, et une bangladaise pour l'autre, dans le cadre d'un mariage arrangé. Et nous voilà partis pour la 2e génération, une fille d'un côté, des jumeaux de l'autre, aussi différents que cela se fait dans les romans. Samad compte sur ses fils pour respecter les préceptes de l'islam et la tradition que, sous ses belles paroles, il n'a cessé de bafouer.

   Et plus Samad s'éloignait vers la haute mer, attiré vers les profondeurs par une sirène nommée Poppy Burt-Jones, plus il était décidé à donner des racines à ses fils sur la terre ferme, des racines profondes qu'aucun orage, qu'aucune tempête ne sauraient arracher. Plus facile à dire qu'à faire.



Et voilà le thème principal d’un roman d’une grande richesse, qui multiplie les histoires et les rebondissements :  peut-on sans trahir ses racines, respecter la tradition tout en s'ouvrant à  la modernité. Et bien, cela  semble non seulement pas facile, mais assez douloureux…

   L’immigrant ne peut que rire des peurs du nationaliste (l'envahissement, la contamination, les croisements de races) car ce ne sont là que  broutilles, clopinettes, en comparaison des terreurs de l'immigrant : division, résorption, décomposition, disparition pure et simple.



Zadie Smith n'a pas de réponse, mais elle propose de nombreuses pistes, puisque vont intervenir une famille juive outrageusement paternaliste, un généticien qui joue avec les souris comme Dieu joue avec les hommes, des fondamentalistes musulmans à la petite semaine, une grand-mère Témoin de Jéhovah, un criminel nazi ou supposé tel, Les versets sataniques de Salman Rushdie… Tout cela dans un enchevêtrement d' intrigues et une joyeuse confrontation de cultures, d'opinions, de modes de vie et de personnages.

Malgré la multiplicité des personnages , tous ont leur personnalité, tous sont aussi vivants que mes voisins. Chacun a son accent, ses tics de langage, sa façon de parler, Zadie Smith a un sens du portrait phénoménal, en même tant très typé et plein de nuances et de surprises. Et une capacité à mener son récit en divers lieux et temps sans nous perdre un instant, voguant savoureusement entre authenticité et burlesque.

Chacun en prend pour son grade  dans un humour décapant qui coure au fil des pages (je me suis fait regarder de travers à force de rire sur mon canapé, et malgré le sérieux de son sujet c'est un livre vraiment gai et chaleureux ), toujours accompagné d’une grande tendresse, forçant le trait juste ce qu'il faut, sans vouloir donner de leçons, sans donner tort ou raison à aucun. On se prend à aimer chaque personnage, même le plus fade, même le plus vaniteux, même le plus réac…

A travers la vie de deux amis au demeurant assez minables, Zadie Smith nous propose un roman brillant, éblouissant par moments, drôle sans relâche , un portrait d’une certaine Angleterre qui n’ a pas toujours la parole, prolétarienne et multiethnique. Un livre éminemment joyeux et tendre pour une cause grave.

Un coup de chapeau au traducteur (ou traductrice ?), Claude Demanuelli

   « Je t'en prie, Jones rends-moi un grand service, veux-tu ? Si jamais tu entends quelqu'un, quand tu seras rentré chez toi - si tu rentres, si nous rentrons dans nos pays respectifs - , si jamais tu entends quelqu'un parler de l’Asie », à ce stade, sa voie baissa d'un ton et s’emplit de tristesse, « réserve ton jugement, je t'en prie. Si on te dit «  Ils sont ceci », « Ils font cela » ou « Voilà ce qu'ils pensent », attends pour juger de façon définitive d’être en possession de tous les faits. Parce que ce pays que les gens appellent l'Inde connaît des centaines d'autres noms, il est habité par des millions d'individus, et si tu crois avoir trouvé deux hommes semblables dans cette multitude, et bien tu te trompes. Ce sera juste une illusion d'optique. »


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #humour #religion #immigration
par topocl
le Sam 10 Déc - 10:10
 
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Upton Sinclair

La jungle

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Plus que l'histoire d'une famille lituanienne qui émigre aux États-Unis au début du XXe siècle, La jungle est l'histoire d'un jeune Lituanien qui émigre avec sa famille. La nuance est de taille car, si chacun des membres de la famille va apporter sa contribution au niveau financier, seul Jurgis que l’on suit de la première à la dernière page, a réellement intéressé Upton Sinclair qui en a fait un personnage vraiment creusé, analysé, qui a une épaisseur. Si on est ému par les difficultés des autres membres de la famille, on n'y est pas attaché car Upton Sinclair daigne à peine le décrire et les faire exister.

Il y a deux façons de lire ce livre, soit comme un roman, soit comme réquisitoire

Un roman : comment un jeune Lituanien droit, courageux, déterminé, responsable, arrive à Chicago pour trouver du travail, enthousiaste au début, puis tombant de Charybde en Scylla, perd toute vitalité, toute dignité, sombre dans le vice et l'alcool, finit par ne se soucier que de lui-même, alors même qu’il n’est plus qu’une loque, pour être finalement sauvé par l'illumination de la parole socialiste. Même si tout cela correspond très certainement à une réalité du monde du travail de l'époque(on a en effet lu de nombreux romans et récits parlant de ces drames de l’émigration), et dans une moindre mesure d'aujourd'hui, on a quand même un peu l'impression que Upton Sinclair s'est fait une liste de toutes les situations dramatiques, macabres, dégradantes, sans en oublier une, auxquelles il pouvait confronter son héros. Cependant, on souffre avec lui, on se désole de sa déchéance, on se réjouit de son retour parmi les hommes.

Un réquisitoire : Upton Sinclair a fait un travail de documentation extrêmement poussé et l'on n’ignore plus rien du monde du travail de cette époque, des procédés utilisés dans les abattoirs (technique, hygiène, recrutement), des terribles corruptions qui se développent comme une pieuvre dans le monde du travail comme dans le monde de la politique et de la justice, du maillage fin scrupuleusement établi pour enfermer le prolétariat dans sa misère et son inculture, afin d'en mieux abuser ensuite. C'est parfaitement détaillé, cela fournit des détails très intéressant sans être rebutant On regrette parfois (cela reste roman) que Upton Sinclair explique trop plutôt que de donner à voir.

J'ai été gênée par les 40 dernières pages, exposant à travers des discours divers d'hommes politiques le projet socialiste de l'époque d'une façon quand même bien lourde et pesante qui frise le prosélytisme.

Il n'en demeure pas moins que ces 550 pages sont le reflet dramatique et passionnant d'une époque, pleines d'enseignement et qu’il serait bien léger de détourner les yeux d'un livre qui a marqué son époque et permis des avancées dans le domaine du respect de l'homme et des réglementations sanitaires


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #social #immigration
par topocl
le Sam 10 Déc - 10:04
 
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Sujet: Upton Sinclair
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