Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 7 Juil - 14:19

164 résultats trouvés pour initiatique

André de Richaud

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 Richau10

LA FONTAINE DES LUNATIQUES

"Trois hommes, trois générations vivent dans une grande maison à l'écart du village.
Hugues, le fils de 18 ans, est d' une grande beauté. Le père, fou de musique, arpente le salon en composant des sons et occupe ses nuits à jouer du piano.

Assigné dans sa chambre, le grand père paralysé et mutique n'en finit pas de mourir.
Ce huis-clos est oppressant, mais somme toute harmonieux.

C'est la mort du grand père qui brise cet ordre étrange.
De vieilles blessures mentale se rouvrent chez le fils et la musique file d'entre les mains du père."

Tel nous est présenté ce livre sous le signe du bizarre, de la solitude et de la folie.
On est frappé qu'un homme aussi jeune (22 ans) en sache autant et d'emblée  sur la vie, la passion, la présence de la mort, la folie et le passage du temps.
Qu'il nous décrive la nature avec une telle luxuriance et les hommes avec une telle clairvoyance.
Son style a une grâce si légère et si nouvelle qu'il traverse le temps sans s'altérer.

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mots-clés : #fantastique #initiatique
par bix_229
le Dim 15 Jan - 16:07
 
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Sujet: André de Richaud
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Ali Zamir

Anguille sous roche

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 Alizam11

Ce roman me laisse un peu perplexe.

J'ai le sentiment de n'être jamais vraiment rentrée dedans et que cette longue phrase déroulée sur plus de 300 pages n'a pour seul intérêt que l'origine comorienne de son auteur et donc l'originalité de sa langue. Mais ce n'est pas absolument suffisant pour faire de ce livre un roman incontournable.

J'ai eu beaucoup de mal à accrocher au départ parce qu'il faut bien reconnaître que le propos global d'Ali Zamir n'a pas beaucoup d'intérêt, n'est pas particulièrement inventif, ni alléchant : une jeune femme de dix-sept ans se noie et nous raconte sa courte vie. De jeune fille sans histoires, bonne écolière et bienveillante envers son père Connaît-Tout, Anguille (c'est son nom) qui a pour sœur jumelle (Crotale), excusez du peu, tombe amoureuse, perd les pédales, s'enflamme, découvre l'amour charnel, le vin blanc, le vin rouge et la fumées des gauloises. L'histoire ne va pas très bien finir, mais ça on s'en doutait un peu. En gros c'est une histoire assez banale que celle de cette jeune fille qui découvre, sans jamais en être heurtée, la duplicité des hommes, la fourberie des mâles et les mensonges des femmes.

Pas vraiment emballée donc par ce roman à double-face, sorte de Janus littéraire dont la banalité narrative est relevée par une langue mélangeant oralité et mots savants, exotisme comorien et cette lucidité d'une jeunesse déniaisée.


Première page :

Oh, la terre m'a vomie, la mer m'avale, les cieux m'espèrent, et maintenant que je reprends mes esprits, je ne vois rien, n'entends rien, ne sens rien, mais cela ne pèse pas un grain puisque je ne vaux rien, pourquoi me laisserais-je broyer du noir alors que tout va finir ici, "un mort confirmé ne doit point avoir peur de pourrir" nous disait mon père Connaît-Tout, celui qui avait la science infuse, et qui, bien qu'il m'avait donné le nom d'Anguille, ignorait que tout le monde vit dans sa propre anguillère, que chaque antre abonnit une anguille, chaque silence une surprise, mais que les surprises varient en fonction du degré du silence, j'ai dit "mon père Connaît-Tout" parce que j'en ai un autre encore, et qu'est-ce qu'on m'a dit moi, c'est un quidam qui erre dans la nature, cela ne doit pas étonner qui que ce soit, s'il y a des gens qui ont un seul père, il y en a qui en ont plus que deux, moi j'en ai deux pour l'instant, et ça c'est une autre histoire,




mots-clés : #initiatique
par shanidar
le Mer 11 Jan - 12:54
 
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Sujet: Ali Zamir
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Zeina Abirached

je me souviens

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 Index117

A la façon de Georges Perec, Zeina Abirached se souvient des faits de son enfance, anodins ou tragiques, qui ont laissé une trace dans sa mémoire. Cela  va de la forme des paquets de Kit-Kat,  au bruit des cassettes qu'on secoue, en passant par la fuite en bateau à Chypre et la collection d'éclats d'obus de son petit frère.
On retrouve le graphisme unique, les mêmes personnages, les parents,  les habitants de l'immeuble, et beaucoup d'autres seconds  rôles pittoresques… On retrouve même la tenture  du vestibule. On est peut-être plus sur le versant  nostalgique que sur celui de l'humour par rapport à Le jeu des hirondelles, mais il y a toujours ce regard personnel, cette tendresse, cette attention aux petites choses sur fond de drame. Et l'image au service de l'idée.

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 Index515     Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 Index226

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mots-clés : #bd #biographie #initiatique
par topocl
le Dim 8 Jan - 21:11
 
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Sujet: Zeina Abirached
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Boualem Sansal

Rue Darwin

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 Image211

Boualem Sansal nous offre un beau roman, largement autobiographique, nourri de sa relation à l'Algérie, de son amour et de sa rage.

Sorti de la douceur de l'enfance au décès de son père, Yazid est récupéré par sa grand-mère, une richissime maquerelle aux décisions totalitaires, poussant à la va-comme-je-te-pousse au milieu d'un groupe d'enfants miraculés, « échecs » des avortements des prostituées qui travaillent à son service. C'est une bande de joyeux gamins qui se serrent les coudes, espionnent les adultes, partagent des secrets, créant ainsi des liens que la distance et les années ne suffiront pas à distendre. Puis Yazid fait le choix de retourner chez sa mère, dans un quartier pauvre d'Alger, et voit son paysage peu à peu envahi par une grande fratrie. Tous ces enfants font à l'âge adulte le choix de l'exil, alors qu'il reste aux côtés de sa mère sont, sans savoir jamais vraiment trouver ses marques, écartelé entre ses deux mondes. C’est au décès de la mère qu'il parvient à démêler les secrets de son enfance. L’histoire personnelle de Yazid se déroule sur fond de l'histoire contemporaine de ce pays, ses violences et ses drames.

Une très belle écriture porte ce roman tout de nostalgie et de colère, cette histoire mythique aux personnages improbables (quoique Sansal nous dise que la plupart ont bien existé). Une écriture parfois presque trop travaillée, noyant par moments le lecteur sous une accumulation censée traduire le grouillement et la violence.
Dans ce petit monde d'enfants malins espionnant une maquerelle irascible, on pense par moments à Garcia Marquez, mais il manque  un petit quelque chose pour que l'alliance du « réalisme » et du « magique » nous porte dans un pur bonheur. Excellente lecture cependant, il ne manque qu'un petit vent de folie.

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mots-clés : #initiatique
par topocl
le Jeu 5 Jan - 18:17
 
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Hermann Hesse

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 97822510

Le Jeu des Perles de Verre

Sous forme d’essai biographique, c’est un récit d’anticipation qui débute par une savoureuse description critique de l’époque des "articles de variétés", c'est-à-dire, le manuscrit ayant été rédigé du début des années 30 à 1942, de l’entre-deux guerres et de ce qu’il imaginait de la nôtre :

« De temps à autre on se plaisait particulièrement à interroger des personnalités connues sur des questions à l’ordre du jour ; Coldebique consacre un chapitre spécial à ces entretiens, au cours desquels on faisait, par exemple, exprimer à des chimistes réputés ou à des pianistes virtuoses leur opinion sur la politique, tandis que des acteurs en vogue, des danseurs, des gymnastes, des aviateurs ou même des poètes devaient dire ce qu’ils pensaient des avantages et des inconvénients du célibat, leur sentiment sur les causes présumées des crises financières, etc. La seule chose qui importât, c’était d’associer un nom connu à un sujet qui se trouvait être d’actualité. »
« Ils vivaient au contraire une vie d’angoisses, au milieu de la fermentation des séismes de la politique, de l’économie et de la morale ; ils ont fait force guerres atroces et force guerres civiles ; leurs petits jeux culturels n’étaient pas tout bonnement un enfantillage gracieux et dépourvu de sens, ils répondaient à un besoin profond de fermer les yeux, de se dérober aux problèmes non résolus et à un pressentiment angoissant de décadence, pour fuir dans un monde irréel, aussi inoffensif que possible. »
« Le Jeu des Perles de Verre » (pp. 72-73)


Puis viennent La vocation, Celle-les-Bois, et Les années d’études, qui nous retracent la formation du héros, Joseph Valet, dans la goethéenne (et lourdement élitiste, engoncée dans le rituel, sous l’égide des Maîtres à penser) « province pédagogique » à Castalie : écoles à l’écart du siècle, qui mènent à L’Ordre (surtout musique et méditation).

« …] ce non-sens gros de sens d’une course en rond de l’élève et du Maître, cette cour faite par la sagesse à la jeunesse, par la jeunesse à la sagesse [… »
« Magister Ludi » (p. 306)


Amitiés, avec des condisciples comme Tegularius (très doué et indiscipliné ‒ inadapté ; identifiable à Nietzsche), et avec le bienveillant Maître de la Musique, en voie de transfiguration sereine. Etude de la langue chinoise, et références au confucianisme (servir le groupe avec humilité est une charge, un lien antagoniste avec l’arrivisme ou ses autres désirs et impulsions personnels). Bref séjour chez le Frère Aîné dans le Bois des Bambous : Yi‒King (le Livre des Métamorphoses, ou traité des mutations) et tirage d’oracles, Tchéuang-Tsi (ou Tschuang Tsé ; il doit s’agir de Tchouang-Tseu).
Toujours dans la défiance vis-à-vis du pouvoir en général et le doute sur le sens final (de l’esthétique en particulier), qui apparaissent en filigrane tout au long de ce bildungsroman, l’élève cherche la voie de l’éveil, hésitant entre action et contemplation, prenant conscience de sa prédisposition et/ou destinée de chef.

Les deux ordres, puis La mission : Joseph Valet est envoyé en représentation dans le monastère bénédictin de Mariafels (soit Rome, le premier ordre puisque religieux, et garant de la civilisation beaucoup plus ancien et expérimenté). Après deux ans de présence, sa mission de diplomate se précise, en vue d’un rapprochement des deux ordres. Il traite amicalement avec le père Jacobus, vieil érudit et remarquable politique, qui lui apprend l’histoire (dont la notion à Castalie est déconnectée de la réalité).

Magister Ludi, puis En fonctions : il devient le nouveau Maître du Jeu ‒ administrateur, défendeur, représentant de Castalie au Vicus lusorum ‒, l’instrument pour dompter la « classe supérieure » que l’ambition obnubile, lui enseigner et l’éduquer, bien qu’ayant tendance à s’occuper des plus jeunes.

Les deux pôles : alors qu’il s’est docilement soumis aux obligations et devoirs de sa charge, il continue son évolution en assumant sa dualité, partagé entre dévotion à la perfection et conscience de la faillibilité de cette Province hiératique, trop distante du (reste du) monde (ce qu’on pourrait appeler « le temps », puisqu’il a pleine conscience de sa précarité).

Une conversation : son ami et rival Plinio Designori, qui fut au temps de leurs études l’enthousiaste avocat du pays extérieur, (celui auquel il appartient, n’étant qu’un auditeur provisoire à Castalie, dont Valet était promu le représentant), revient souffrant et désenchanté par la vulgarité du siècle, entièrement voué au lucre, et juge puérile, artificielle, stérile, châtrée, lâche et parasite, la sérénité de l’Ordre.

Préparatifs : calcul ou naïveté, Valet réintègre le maussade Plinio à Castalie traditionnaliste et conformiste, dont il se prépare à s’évader vers le monde sans sens ni valeur, pour y devenir le précepteur de Tito, fils de Plinio.

La circulaire : Valet expose ses motivations au Directoire : dénonçant la suffisance inconséquente d’un Ordre qui, né des efforts des intellectuels ayant survécu à l’ère de violence des guerres mondiales, est apparu et disparaitra dans l’histoire, il annonce son déclin dans une époque critique.

« L’histoire sociale a toujours pour ressort de l’essai de constituer une aristocratie. […] Le pouvoir, qu’il soit monarchique ou anonyme, s’est toujours montré disposé à favoriser une noblesse naissante par sa protection et par des privilèges, qu’il s’agisse d’une noblesse politique ou d’une autre nature, d’une noblesse de la naissance ou de la sélection et de l’éducation. »
« La circulaire » (p. 457)


Son message (celui de l’auteur) est de sacrifier le Jeu pour perpétuer l’enseignement de la valeur fondamentale, la recherche sans concession de la vérité et la sauvegarde de l’esprit ; il demande en conséquence de devenir maître d’école dans le monde extérieur (et obtient une fin de non-recevoir).

« …] notre fonction première et essentielle, celle qui qui nous rend nécessaires au peuple et fait qu’il nous entretient, consiste à garder pures les sources du savoir. […]
Quand, dans les conflits des intérêts et des mots d’ordre, la vérité est en danger d’être dévaluée, défigurée et violentée comme l’individu, la langue, les arts, comme toute création organique et le fruit de toute haute culture, alors notre unique devoir est de résister et de sauver la vérité, je veux dire sa recherche, comme article suprême de notre foi. »
« La circulaire » (pp. 470-471)


La légende : Valet va essayer d’expliquer sa montée d’un degré d’éveil, chemin qu’il accepte docilement, au Président qui y voit une nouveauté effrayante dans l’Ordre. Dans sa faim de se frotter à la réalité dans l’action, il rejoint son nouvel élève, et se noie.

Ecrits posthumes de Joseph Valet : Les poèmes de l’écolier et de l’étudiant, puis Les trois biographies :

Le faiseur de pluie : il y a bien longtemps, au temps du matriarcat, Valet devient l’apprenti du faiseur de pluie, qui lui transmet son expérience : quand la peur des dangers du monde devient respect et spiritualité. Lui-même, simple chaînon, forme un élève pour servir, et se donne en holocauste pour conjurer une malédiction.

Le confesseur : Josephus Famulus est un ermite au désert qui se découvre le don d’écoute, doux et ne jugeant jamais ; las de cette mission, il déserte, et se confesse à Dion Pugil, un autre pénitent, terrible confesseur qui le ramène à sa vocation et en fait son successeur, lui avouant que lui aussi, doutant de sa propre utilité, avait fui pour aller se confesser… à Josephus.

Biographie indienne : Dasa, tout jeune prince écarté de la succession de son père par sa marâtre, est devenu berger et rencontre un saint yoghin dans la forêt ; il devient paysan par amour, jusqu’à ce que son usurpateur lui prenne sa femme, et qu’il le tue ; il erre jusqu’à retrouver l’ermite et se mettre à son service ; comme le souvenir de sa femme le tourmente toujours, il retourne dans la maya, retrouve son trône, son épouse qui lui donne un fils, jouit des jardins et des livres, mais aussi des soucis et de la fatalité de la guerre, de la perte ; il n’a fait que rêver son cycle de vie dans la roue impitoyable, et se rend au service du yoghin.



mots-clés : #initiatique #romananticipation
par Tristram
le Lun 2 Jan - 23:26
 
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Sujet: Hermann Hesse
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Per Petterson

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 Jusque10

JUSQU'EN SIBERIE

Ce livre est l'histoire d'une femme depuis son enfance jusqu'à la soixantaine. L'enfance, c'est le Danemark des prolétaires et des paysans pauvres dans les années 1930, et ensuite la Norvège.
La réalité que décrit Petterson est rude et parfois violente. Le Danemark agréssé et occupé par l'Allemagne nazie.
Il y a plusieurs façons de voir la réalité, de l'imaginer, de la recréer et bien entendu de la raconter. Celle de Petterson est de faire en sorte que ce roman baigne dans une sorte de lumière et que cette lumière émane de cette femme inoubliable qu'il nous présente.
Cette manière est simple ou le paraît, mais elle est émouvante, parce qu'elle met en relief des moments privilégiés ou décisifs. Et puis, il y a cette façon extraordinaire qu'il a de s'identifier à ce point à ce personnage féminin.
Ce livre est un enchantement.

Je suis au milieu de la boutique, à bonne distance de tout, et je me dis que je me souviendrai de tout ça, de l' obscurité et de moi dans mon chemisier jaune, debout sur le carrelage noir et blanc.

Je lève les bras, je les écarte et je commence à tourner lentement sur moi-même.

J'exécute une danse si secrète que personne d'autre ne peut la comprendre, j'exécute une danse pour me souvenir de mon corps en ce moment précis.

J'ai 17 ans, et j' exécute une danse lente pour que demeure en moi l'image de celle que je suis.

J'exécute ma danse jusqu'au bout et je me vois d'en haut et je me vois de profil et j'enregistre chaque détail de ce que je vois, et tout est encore tranquille, et je vais jusqu'à la porte et je m'assieds sur les marches, et je vois la lumière toute jaune se répandre dans la rue éclairant le haut de la maison d'en face où Herlov Beniksen écate les rideaux et regarde au dehors...

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mots-clés : #initiatique
par bix_229
le Dim 1 Jan - 19:46
 
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Per Petterson

Pas facile de voler des chevaux

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 Images12

Ce livre se construit sur le thème assez classique de l'homme au crépuscule de sa vie, qui tire un trait, se retire dans la solitude, dans l'espoir d'une vieillesse sereine, basée sur l'amour de la nature et le travail manuel,. Il reconnaît en son voisin un garçon qu'il a connu lors de l’ été de ses 15 ans, en 1948, lequel fut bien particulier pour lui, et les souvenirs remontent peu à peu. Entre promenades et travaux campagnards, il nous raconte ce fameux été qui fut sans doute le dernier de son enfance , ses joies et ses bouleversements.

Il ne faut pas chercher une cohérence, un départ et une fin, ou des réponses dans cette démarche. Il faut aimer la nature, le travail des hommes, les lumières et les odeurs. Il n'y a pas de but : c'est comme dans la vie il n'y a que la cohérence d'une personne, qui se construit, puis vieillit. J'ai beaucoup aimé la lecture au fil des pages : une écriture fluide, des descriptions, une façon de voir la vie donnent un réel plaisir de l'instant au lecteur. Mais d'une certaine façon j’ai trouvé que le livre manquait de sens, les faits sont là, les pistes n'aboutissent à rien. Il y a une façon de ne pas tout livrer qui me déstabilise. Et cela laisse, une fois le livre fermé, une certaine insatisfaction.

Toute ma vie j’ai désiré vivre seul dans un endroit comme celui-ci. Même quand la vie était belle, et elle l’a souvent été. Ça, je peux l'affirmer. Qu’elle l’a souvent été. J'ai eu de la chance. Mais même dans ces moments-là, au milieu d'une étreinte par exemple, quand on me murmurait à l'oreille les mots que je voulais entendre, j'ai parfois ressenti un brusque désir d'être loin, dans un endroit où tout ne serait que silence. Pendant des années, je n'y ai pas pensé, mais ce désir était quand même présent. Et maintenant je vis ici, et tout ressemble presque à ce que j'avais imaginé.


Les gens aiment bien qu'on leur raconte des choses avec modestie et sur le ton de la confidence, mais sans trop se livrer. Ainsi ils pensent vous connaître, mais ce n'est pas vrai. Ils connaissent des choses sur vous, ils ont appris certains détails, mais ils ne savent rien de vos sentiments ni de vos pensées, ils ignorent comment les événements de votre vie et les décisions que vous avez été amené à prendre ont fait de vous celui que vous êtes. Ils se contentent de vous attribuer leurs propres sentiments et leurs propres pensées ; avec leurs suppositions, ils construisent une vie qui n'a pas grand-chose à voir avec la vôtre. Et vous êtes en sécurité.


Maintenant, au cinéma, il n'y a plus que des idées. Des idées bien minces et quelque chose qu'on voudrait faire passer pour de l'humour. Tout est censé être si drôle. Mais j'ai horreur de me laisser divertir, je n'ai plus assez de temps pour ça


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mots-clés : #initiatique #nature #solitude #vieillesse
par topocl
le Dim 1 Jan - 17:39
 
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Larry McMurtry

La dernière séance
1966

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 Talach10

A Thallia, bled paumé du désert texan, les adultes et les lycéens s’ennuient ferme… Ces derniers sont bien décidés à explorer activement toutes les sphères dont leurs parents et le pasteur leur ont dit de se méfier. Ils n’ont pas grand chose dans la tête, mais finalement, pas beaucoup moins que les adultes.

Après le billard, le foot et les virées en bagnole, les garçons veulent perdre leur pucelage avant de partir à l'université, et les filles veulent le préserver (enfin, le plus souvent). Ils ont leurs peines de cœur, aussi, et leurs petits calculs . Et ils croient encore que le mariage reste la consécration suprême.

Tout cela donne des situations qui tirent vers le cliché et des personnages plutôt stéréotypés, un peu comme dans les vieux westerns, mais sans le même charme… On lit quelques scènes assez sympathiques, noyées dans une mer de descriptions de pelotages et d’ébats plus ou moins aboutis, sur des banquettes de Chevrolet ou dans les lits  parentaux. Aux derniers chapitres, sourd une petite émotion,  car il faut bien passer le cap des gamineries, passer à autre chose, et cela les laisse tout nostalgiques et effrayés à la fois. L'enfance se termine en même temps que le vieux cinéma joue sa dernière séance.

Malgré cela, rien de bien neuf sous le soleil texan. Plutôt déçue, je suis.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #initiatique
par topocl
le Sam 31 Déc - 10:32
 
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John Hawkes

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 Hawkes11

Innocence in extremis

Hawkes est un écrivain qui vaut le détour, même si après sa mort, il a connu l'oubli, du moins en France. Aux Etats-Unis aussi, il a connu aussi une éclipse, mais de son vivant. Et il a changé sa manière pour devenir plus accessible. Peut-être aussi parce qu'un écrivain, dit de recherche, ne gagne pas sa vie au bout d'un certain temps, même s'il est apprécié par la critique.

Innocence in extremis est le récit des aventures que va connaître un pré ado de 12 ans pendant quelques mois en France. En 1892, le père de Jake prend la décision d'emmener sa famille : ses fils, sa femme, dite l'Irlandaise, sa secrétaire rousse et de nombreuses bonnes qui forment son harem. Son but est d'aller rendre visite à son père, un aristo français vivant dans son chateau de Deauville, au milieu de ses propriétés. Comme son fils, mieux que son fils américanisé, le père est un tyran domestique pour qui tout ce qu'il possède et domine sans réplique est sa propriété absolue : femmes, chevaux, vignobles, domestiques, maîtresses, enfants...

Chez ces gens-là, les hommes sont des patriarches, des chefs de clan. Des êtres vaniteux, des tyrans pervers, lubriques et détestables. Le vieux donc, décide de régaler ses invités par une série de spectacles dont il est le metteur en scène. Tout est réglé au petit poil, mais les choses se compliquent à la fin. Sa belle fille, l'Irlandaise, refuse d' assister au dernière spectacle, au cours duquel, il fait monter sa jument favorite par son étalon préféré. Et elle déclare à haute et intelligible voix qu'elle partira le lendemain. Elle entraîne dans la rébellion la propre femme  du vieux gentleman. Le même jour, le vieux cynique apprend que le fils d' un de ses propres amis est tombé de cheval lors d'une chasse à courre et qu'il en est mort.

Et c'est ainsi  que le vieux cinoque se rend compte que la vie n' est pas aussi bien réglée qu'il l'aurait souhaitée et ordonnée. La réalité lui échappe et le lecteur (moi) s'en réjouit profondément...

Voilà un court roman riche en couleurs, en mouvements, en harmoniques. Un livre brillant et sensuel, dont le coté immoral et cynique fait un peu penser à Choderlos de Laclos ou à Nabokov.

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mots-clés : #initiatique
par bix_229
le Jeu 29 Déc - 15:35
 
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Sujet: John Hawkes
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Bengt Ohlsson

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 6a00d810

SYSTER

«La soeur de Marjorie disparut un vendredi, début mai.Dans la soirée, la police sillonna les environs pour recueillir des informations auprès de ses camarades de classe.
Deux garçons l'avaient vue de l'autre côté du lac, vers trois heures de l'après-midi, après la sortie de l'école. Elle était assise, immobile et regardait dans l'eau. Ensuite elle s'était levée et avait commencé à gravir la colline.
Elle portait son imperméable jaune. Grand comme une pèlerine de moine, il lui descendait jusqu'aux pieds.»


Les recherches se poursuivront pendant des semaines en vain. Les parents de Marjorie vont alors l'envoyer chez sa tante Ilse, la soeur du père.
Ilse vit en solitaire dans une grande maison au bord de la mer, entourée de grands arbres. La première impression de Marjorie en la voyant est plutôt sinistre.

«La maison de tante Ilse semblait abandonnée. Elle était poussiéreuse, couleur blanc sale, et comportait deux niveaux garnis de fenêtres lugubres.»

Livrée à elle-même, à ses questionnements, à ses contradictions d'enfant, et à ses sautes d'humeur, elle s'enferme d'abord dans un mutisme méfiant. Elle observe Ilse. Qui lui fait visiter la maison, puis les environs et le bord de mer. Elle se montre dévouée, affectueuse mais discrète et disponible.
Peu à peu s'instaure entre elles un climat de confiance qui se prête aux discussions, et mieux encore aux confessions. En toute honnêteté et sur un plan d'égalité.

C'est alors que Marjorie confesse qu'elle n'aime pas sa soeur, trop sûre d'elle-même et qui lui fait de l'ombre. Elle avoue même qu'elle souhaite qu'on ne la retrouve pas. Derrière la honte de cette confession, elle se rendra compte qu'en fait elle l'admire et l'aime vraiment. Mais il lui faudra encore du temps.

Marjorie pense autant qu'elle parle et même davantage. Elle s'interroge sur tout. Et son cerveau encore tout neuf, a du mal à formuler, à contrôler les idées, les images, les impressions qui se bousculent.
Elle essaie d'avancer des suppositions, des hypothèses, d'associer des mots aux images. Mais elle assiste impuissante au défilement du temps, des pensées, des visions. Elle passe de l'optimisme le plus noir à un optimisme tout aussi irraisonné... Elle est en train d'évoluer sans en avoir encore conscience.

Mais Ilse est là qui l'écoute toujours. Qui se tait quand il faut se taire. Et qui répond du mieux possible aux interrogations de la fillette qui finit par se livrer entièrement.
En échange, au bout d' un certain temps, Ilse finit aussi par se raconter. Avec pudeur, avec des dons très sûrs de conteuse et de guérisseuse.
La vie d'Else est pleine de blessures anciennes, de chocs en tout genre. Mais aussi de petits et de grands bonheurs.
Sans prêchi-prêcha aucun, elle essaie d'apprendre à la petite fille comment avancer dans la vie en essayant de surmonter les épreuves et de trouver finalement un modus vivendi convenable et à sa mesure.

Et Marjorie qui est intelligente, comprend parfaitement ce que Ilse lui dit et ce qu'elle tait.
Elle est rassurée, sereine, confiante.
Elle peut désormais quitter Ilse et vivre sa propre vie dans sa famille retrouvée. Je ne vous dirai pas la fin, mais elle est justifiée, je trouve.

Pour nous conter son histoire, Ohlsson se place à hauteur d' enfant. Et il est sans aucun doute infiniment difficile de savoir ce qui se passe dans le cerveau d' une jeune enfant confrontée à de telles épreuves.

Mais comme toute histoire qui procède de l'introspection encourt les mêmes difficultés, les mêmes risques, toute fiction réussie est celle qui nous la rend crédible.


mots-clés : #initiatique #psychologique
par bix_229
le Mer 28 Déc - 16:59
 
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Sujet: Bengt Ohlsson
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Hakan Günday

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 Image232 Encore

Un peu too much.

Certes ce roman est intéressant mais j'ai trouvé que Günday en faisait parfois un peu trop avec son personnage. Il est possible d'écrire 370 pages introspectives sans lasser son lecteur, d'autres l'ont fait, mais je dois avouer que par moment cette plongée univoque dans la vie du jeune Gazâ a été un peu asphyxiante. Pas seulement parce qu'il a vécu de sombres horreurs mais surtout à cause de l'accumulation, de la surabondance de ces horreurs. Qu'on en juge : viols, meurtres et lynchage, passeur de clandestin, enfant surdoué, joueur d'échecs, angoissé post-traumatique, enfoui vivant sous un monceau de cadavres, trahissant son seul ami, passant par la folie, la drogue et le sulfate de morphine… un père alcoolique, une mère morte (c'est salé), un passage brillant à l'école, puis l'internat, puis l'asile psychiatrique pour finir (presque) à l'hôtel, un trésor enfoui dans le sable, trois jours en cellule, une étude sur le pouvoir sous forme de spirale, une grenouille en papier, etc.

Cela fait tout de même vraiment beaucoup…

Alors la langue !! L'écriture !! Le style parviennent-ils à sauver de l'asphyxie programmée le lecteur apnéique ?? Pas vraiment… D'abord parce que Günday ne nous épargne aucun détails, aucun des nombreux questionnements qui hantent  Gazâ, aucune des nombreuses péripéties qui jalonnent son existence. Et de temps en temps, je me suis demandée (avec un peu d'effroi) si ce livre n'était pas en partie autobiographique... La haine de Gazâ trouvant dans la logorrhée de Günday comme un écho troublant, une ressource hallucinatoire, un bienfait morphinique fait trembler le lecteur au bord de la crise de nerfs…

Finalement, c'est dans le recours à la gémellité que j'ai trouvé le plus d'intérêt à ce texte. Le double étant dans l'imaginaire de Gazâ le lieu possible de la joie, du partage, de l'amitié. Ainsi de sa relation avec les deux frères Dordor et Harmin ; ainsi de la grenouille en papier offerte par un clandestin et qui une fois dépliée offre le dessin gémellaire des Bouddhas de Bâmiyân. Comme si Gazâ pouvait trouver un exutoire, une sortie, une possible rédemption, s'il acceptait de confier à son double la part hideuse de son existence et de pouvoir ainsi continuer à vivre, solitaire, scindé mais (un peu) pardonné.

Et bien sûr, la solution que retient Günday est de passer par la gémellité détruite pour atteindre l'unicité  qui apporte une sorte de paix à Gazâ.


En tout cas après cette lecture on rêverait presque de trouver une capsule de sulfate de morphine ou de voir reconstruire les deux Bouddhas de Bâmiyân… Et puis on pense à tous ces clandestins confiés aux mains de salauds et on voudrait alors inverser les règles des mouvements migratoires, exactement comme nous y invite Günday.


mots-clés : #initiatique #violence
par shanidar
le Mer 28 Déc - 14:04
 
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Sujet: Hakan Günday
Réponses: 8
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John Maxwell Coetzee

Allez, j'ose! (il y aura sûrement des avis favorables après pour compenser ma balourdise)

Une enfance de Jésus


Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 Image216

A vrai dire je n'y ai rien compris .
J'y ai vu un roman pseudo philosophique  avec  un gamin à claquer qui  passe tout le livre à demander c'est quoi ? Comment ? Pourquoi ?  et son protecteur impassible qui continue à répondre, à expliquer, à raisonner, dans un monde où l'on arrive en faisant table rase de son passé, et où on vous attribue un nouveau nom.
C'est long-long-long, pesant, prêchi-précha ...
Mais sans doute y a t'il là un sens et une poésie qui m'ont échappé...

(commentaire récupéré)


mots-clés : #initiatique
par topocl
le Mar 27 Déc - 13:48
 
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Sujet: John Maxwell Coetzee
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Nirmal VERMA

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 Le_toi10


LE TOIT DE TOLE ROUGE

Kaya est une adolescente qui a encore un pied dans l'enfance. En quelques mois, elle va vivre quelques évènements qui changent une vie. Et qui font d'une enfant une femme. Ou presque.
Kaya a une riche nature, une grande soif de connaissance, une vitalité remarquable, un courage et une tendresse magnifiques.
Elle vit dans un bourg de montagne de la chaîne himalayenne. Avec sa mère, son frère, un bon ange à tout faire, une très vieille dame anglaise et quelques ombres humaines animées par le souvenir.

Nirmal Verma donne une voix à ce qui n'en en a pas : une maison branlante et déglinguée au coeur d' un village perdu, un petit monde très solitaire où les rares personnes sont très vieilles ou plongées dans dans la solitude de leurs souvenirs ou dans une sorte de sommeil hypnotique...
Au vent qui balaie les arbres qui murmurent et bruissent… A la lente évolution des saisons. Aux illusions qui se dissipent. Aux premières douceurs et douleurs de l'amour.

Ce livre est touché d'une grâce frémissante qui se nourrit de ces presque rien qui sont tout, qui sont magie pure.
Comme tout ce qui est beau et fondamental et nécésssaire ce livre se lit, mais défie les commentaires ou les descriptions.

Messages récupérés


mots-clés : #initiatique
par bix_229
le Lun 26 Déc - 18:38
 
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Sujet: Nirmal VERMA
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Akhil SHARMA

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 411qeh10

Notre famille

Nous étions dans l'allée menant à la maison de ma tante, nos bagages dans la voiture. « Qu'est-ce qui nous est arrivé ? sanglotait-elle. Qu'est-ce que Dieu nous a fait ? » Ma mère et elles s'embrassèrent et ma tante s'accrochait à elle, refusant de la lâcher. Ma mère aussi tenait ma tante serrée contre elle et pleurait. Mon oncle était là. Il me mit la main sur l'épaule et j'eus envie de me dégager. Je frissonnais et mon manteau était dans la voiture. Je me demandais pourquoi les gens n'avaient pas été plus gentils quand c'était important.

Nous sommes dans les années 70. La famille Mishra ne se voit pas d'avenir dans l'Inde sous état d'urgence d'Indira Gandhi, et décide de tenter l'aventure du rêve américain. Et effectivement, au départ, tout semble leur sourire : outre le confort matériel, la réussite sociale se profile à l'horizon lorsque l'aîné des deux fils, Birju, est admis dans une prestigieuse université. On projette déjà qu'Ajay, le plus jeune, fera de même dans quelques temps. L'avenir s'annonce radieux.

Un accident, 3 minutes au fond d'une piscine, et c'est le drame.
Après l'espoir, après le déni, les prières nuits et jours, vient la confrontation avec la dure réalité : Birju restera à jamais un légume. Les Mishra s'organisent pour l'accueillir à domicile. Isolés dans leur souffrance, ils ne sont paradoxalement jamais seuls : la maison ne désemplit pas , entre les faiseurs de miracle et ceux qui viennent comme au spectacle visiter cette famille admirable qui affronte si courageusement l'adversité. On amène les enfants récalcitrants à Ajay pour que lui, le frère dévoué et le fils modèle, les ramène dans le droit chemin. On vient aussi très probablement parce que la vision du malheur des autres réconforte de ne pas vivre ça soi-même.

Mais Ajay, justement, notre narrateur, comment vit-il tout cela ?
Il ne nous épargne rien. Rien des disputes homériques de ses parents qui se déchirent ; rien de l'alcool dont la faculté d'oubli fait de l'oeil au père ; rien de la hargne qui s'empare parfois de la mère contre le plus jeune de ses fils, qui, lui, continue de grandir.
Il ne nous épargne pas non plus les sécrétions, les odeurs, les râles émis par ce corps souffrant qu'il faut entretenir jour après jour.  Ni les sentiments aussi intenses que contradictoires que lui inspirent celui qui est son frère sans l'être…
Et surtout, il ne s'épargne pas, lui, l'adolescent tellement mal dans sa peau qui ne sait comment s'intégrer dans cette Amérique où l'on a tant de mal à se mélanger, qui ne sait comment vivre le drame familial sans être ingrat, mais sans négliger sa vie non plus. Il nous narre sans détour ses bassesses, ses pitoyables tentatives pour attirer l'attention, ses pulsions d'auto-destruction ; sa prétention, aussi. Maladroit, parfois antipathique, il mène une adolescence solitaire, qui entrevoit un échappatoire dans l'excellence scolaire et la littérature.

Bien qu'il s'agisse d'un roman, Akhil Sharma reconnaît qu'il est en grande partie autobiographique, et je dois dire que cela se sent à chaque page. Pas de pathos, pas de grandes envolées ; un style sobre pour décrire une vérité crue, dans ce qu'elle a parfois de plus dérangeant.
En creux, entre les mots qui vont droit à l'essentiel, il y a un accent de vérité, un cri du coeur, une souffrance et une pulsion de vie qui m'ont profondément touchée.

Quelques-uns des hommes qui venaient nous voir racontaient que Dieu leur était apparu en rêve et leur avait enseigné la façon de réveiller Birju. D'autres, qu'ils avaient appris d'un saint indien un moyen de le guérir.
Je n'aimais pas ces « faiseur de miracles ». Il me semblait que tout ce qu'ils voulaient, c'était essayer leurs prétendus remèdes sur Birju parce que cela les faisait se sentir au cœur d'importants événements. Malgré tout, ces visiteurs nous apportaient un certain réconfort. Je redoutais leur départ et le moment où mes parents et moi nous retrouverions seul avec Birju. Lorsqu'ils s'en allaient, la solitude surgissait rapidement, comme si une fenêtre s'était ouverte et qu'une bouffée d'air froid s'engouffrait dans la pièce. Parfois ce sentiment de solitude était tel que j'aurais presque préféré qu'ils ne soient pas venus.


(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #immigration #initiatique #famille #pathologie
par Armor
le Lun 26 Déc - 15:44
 
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Sujet: Akhil SHARMA
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Monika Fagerholm

La fille américaine

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 41ja0u10

Un roman qui sort de l'ordinaire, dérangeant et envoûtant. Nous sommes au sein d'une petite communauté de familles qui vivent sur une presqu'île à quelques kilomètres d'Helsinki. La vie des enfants s’organise par petits groupes, très intimement soudés, qui vont être perturbés à l'occasion de la mort de la « fille américaine », noyée sur la plage commune. Les adultes sont des personnages lointains l'étranger. Désespoirs intenses, conciliabules secrets, recherche désespérée d’explications, complots adolescents… La vie de chacun va être marquée pour des décennies.

L'histoire en elle-même est très étrange, faite d’alliances indissolubles, de secrets insondables, d’amours innocentes ou moins innocentes. Le désespoir, la solitude et la solidarité de l'adolescence sont parmi les ingrédients forts de ce roman. Ce qui est encore plus étrange, c'est le style très particulier de Monica Fagerholm, haletant, envoûtant, fait de retours en arrière, d’ incursions dans l'avenir, de répétitions incantatoires… Qui laisse planer un mystère et une tension tout au long du livre. Très difficile à décrire, tout à fait à part, ce livre peut tout aussi bien fasciner que rebuter. Il faut accepter de ne pas toujours tout comprendre, mais ce livre laissera en moi une empreinte durable.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #initiatique #insularite
par topocl
le Lun 26 Déc - 15:39
 
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Sujet: Monika Fagerholm
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Giorgio Bassani

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 51pckh10

Derrière la porte

Originale : Dietro la porta (Italien, 1964)

CONTENU :

Giorgio Bassani raconte dans ce livre une histoire d'amitié, de trahison et le temps de devenir adulte...

Ferrara, Octobre 1929 : le protagoniste, un garçon de 16 ans, sensible et intelligent, entre dans les classes supérieres d'un lycée. Chez les nouveaux coécoliers il ne trouve pas d'amis, jusqu'à ce que Luciano apparaît. Le narrateur cherche l'amitié avec ce garçon difficilement compréhensible, fasciné et repulsé au même moment. Luciano partage avec lui ses propres premieres expériences sexuelles et l'attire dans une sphère de secret… Des mois plus tard le protagoniste doit apprendre que Luciano a joué un « double jeu » pendant tout ce temps...

STRUCTURE :

15 chapitres numérotés, à peu près de longeur égale, sans titre, sur environ 140 pages (dans mon édition allemande).

REMARQUES :

Au changement de l'école, des premières classes du « gymnasio » vers le « liceo », l'environnement du narrateur change complètement : les professeurs ont l'air plus sévères, distanciés, la composition de la classe est autre et aussi son meilleur ami doit répéter une année scolaire et devient inaccessible. Et déjà sur la première page du récit il va avouer qu'a commencé la période la plus noire et malheureuse de son enfance et adolescence déjà difficile. Le narrateur parle maintenant dans une distance de trente années face à ces évenemenets: donc vraiment une impression qui avait resté.

L'adaptation donc, pas du point de vue des succès scolaires, mais de nouveaux liens d'amitiés, ne veut pas réussir, et les anciens camérades sont loins. Puis, début 1930, après les vacances de Noël, apparaît ce Luciano : il fait presque la cour du solitaire, aimerait s'imposer comme ami. Et il suscite des sentiments assez contradictoires : entre le désir irremplaçable d'amitié et de compagnie, mais aussi le dégoût, l'opposition envers certains aspects de sa personnalité. Après quelque temps les « confessions » de Luciano glissent sur une pente douteuse, assez voyeuriste, voulant forcer le narrateur de le suivre. Cela ne peut que susciter la gêne chez celui-ci. Puis, par le contact avec d'autres camarades, sont révélées des choses insoupçonnées de Luciano. Oui, peut-être les remarques ambiguës de Luciano lui révèlent un part refusée de sa propre personnalité : la découverte de la sexualité (dans la puberté) ; la méfiance et l'opposition pas seulement envers les déclencheurs de ces parts, mais aussi envers soi-même.

Certaines questions me semblent dans le contexte du fascisme environnant encore autrement envisageables : Dans le désir d' »appartenance », comment ne pas se trahir soi-même, donner clairement et librement expression de notre opinion, nos sentiments ?

Ce livre appartient, dans l'oeuvre de Bassani, au cycle de Ferrara, sa ville d'origine tant aimée, qui se trouve presque toujours au centre de ses écrits. Assez probablement aussi ici, comme si souvent, il aura travaillé avec des élements de son vécu. Ainsi on retrouve certains sujets clés de l'auteur : l'identité juive du personnage centrale, Ferrara, l'être autre du protagoniste dans le contexte du fascisme ambiant des années 20 et 30, une homosexualité latente… C'est avec une écriture fine, simple et perspicace que l'auteur fait le bonheur de ses lecteurs.



mots-clés : #identitesexuelle #initiatique
par tom léo
le Ven 23 Déc - 18:29
 
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Sujet: Giorgio Bassani
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Jan Yoors

Tsiganes

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 Index310


Yoors, dès l'âge de douze ans, a passé la majeure partie de son temps à parcourir l'Europe dans la roulotte d 'une Kumpania de gitans, qui finirent par l'adopter. Tout ceci avec la curieuse bénédiction de ses parents, des artistes à l'ouverture d'esprit pour le moins extraordinaire. Yoors était heureux dans ses hivers douillets et "civilisés" au domicile familiale, autant que dans ses errances nomades en compagnie des Lovaras.

Son témoignage a ceci d'exceptionnel qu'il ne s'agit pas d'une immersion en terrain inconnu, mais bien d'une assimilation complète au peuple tsigane, dont il nous livre les traditions, fustigeant nos croyances ordinaires à courte vue. A travers les personnages dont il a partagé la vie, les joies et les épreuves, l nous explique l'âme tsigane, si différente de la façon d'être des gadje : ancrée dans le  présent, indifférente à la possession, toute dévolue à la famille, qui guide les étapes au fil du temps, masquant son désarroi dans les cérémonies, rituels et fêtes.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #initiatique #minoriteethnique
par topocl
le Ven 23 Déc - 16:34
 
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Sujet: Jan Yoors
Réponses: 4
Vues: 526

Alberto Vigevani

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 Vigeva12

UN ETE AU BORD DU LAC


A quatorze ans, Giacomo est encore un enfant rêveur, contemplatif. Qui regrette encore ses souvenirs d' enfance à demi effacés. Et qui s' abîme dans la lecture au lieu d' améliorer ses résultats scolaires.
Son père est un avocat milanais très actif et donc souvent absent. Sa soeur seule est une sorte d' alter ego.

Cette année-là, 1938, le père a décidé que la famille irait séjourner en été au lac de Come.

Entouré de son frère, de sa soeur et d' une foule de cousins et d'amis, Giacomo connaît un moment d'euphorie. Mais rapidement, les aînés font bande à part et il n' a plus envie d' aller avec les plus petits.
Du coup il se sent humilié, rejeté. L'été se poursuit dans l'ennui, la monotonie, l'absence de perspectives.

Mais un jour, au bord de la plage, il fait la connaissance d' une femme accompagné de son jeune fils, un jeune enfant convalescent, Andrew.

Giacomo est immédiatement ébloui, subjugué par la mère. Par sa beauté et son rayonnement. Il essaie de l'approcher en gagnant la confiance du petit. Ce qui est chose faite rapidement, la mère souhaitant un ami pour son fils.
Mais chaque fois que Giacomo est physiquement proche d' elle, il a l'impression de rêver les yeux grands ouverts.
De plus, il s'est fortement attaché à l'enfant. Pour la première fois de sa vie, il est responsable d'un plus jeune, d'un plus faible.
En fin de compte, il n'a pas trop de mal à s'interdire toute pensée érotique à l'égard de la mère. Cultivant une dévotion chaste pour une déesse inaccessible.

Ce qui se passera ensuite, au delà des faits, c'est pour Giacomo le passage rapide et bouleversant d' un état à un autre. Une évolution irréversible.
On en a lu des récits sur les mutations de l' adolescence, de ses troubles et de ses émois. Pourtant, ce livre-là est différent. Ce qu'il nous montre c'est à la fois une histoire d' amour et une éducation sentimentale.
Et puis il y a aussi cet effacement de Giacomo subjugué par l' harmonie et la tendresse qui se dégagent de la mère et de son fils.
Tout se passe dans une tonalité feutrée, porteuse de mystère et de silence.
Il y a tellement de détails subtils dans ce petit livre, évidents ou plus encore en arrière-fond, des non-dits.

Il y a toujours quelque chose de mystérieux et  d'inexplicable dans une réussite de ce genre et qui dépasse le cadre même du genre.

Message récupéré


mots-clés : #initiatique
par bix_229
le Ven 23 Déc - 0:14
 
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Sujet: Alberto Vigevani
Réponses: 1
Vues: 389

Beppe Fenoglio

je rapatrie moi aussi :

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 51okqh10

Le mauvais sort

Le récit de la jeunesse d'un valet de ferme. Un brave type attaché à sa famille et à sa terre. Les malheurs de sa famille, son dur labeur, les coups du sort, la succession des espoirs déçus et la déception des réussites modestes. C'est une triste vie à laquelle il s'accroche, c'est vrai qu'il y a la famille et la terre. Son père l'a vendu comme valet et la terre est ingrate. Pendant qu'il travaille comme un âne pour pas grand chose et rester affamé, son père vend le peu de bien qu'ils ont et son frère meurt de faim au séminaire...

Une bien triste histoire contée avec ce qui n'est pas de l'optimisme mais un attachement solide, concret, un rien d'humour et un acharnement confiant. Raconté très simplement une ombre d'humour et de mélancolie douce amère. Ça n'a pas l'air de grand chose, et ça se lit comme rien. ça a l'air d'un monde ancien alors que ça ne l'est pas tant, et il reste quelque chose de la lecture, de ce dénuement, une forme de satisfaction, de confiance. Ce n'est pas grand chose ce petit livre, mais j'espère lire autre chose un de ces jours.



mots-clés : #initiatique #social
par animal
le Mer 21 Déc - 21:55
 
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Sujet: Beppe Fenoglio
Réponses: 5
Vues: 687

Panait Istrati

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 7 51v07v10

LES CHARDONS DU BARAGAN

Sur les terres pauvres du Baragan, en Roumanie, seuls poussent les chardons et quand le vent du Nord souffle avec violence en autome, il les arrache du sol et les pousse en avant.
Seuls les enfants affamés écoutent le vent avec envie. Pour eux le vent souffle la liberté et l'espérance. Alors ils suivent les chardons en les enfourchant comme des chevaux et en espérant qu'il les conduira vers un sort meilleur.

Tel est la situation dans la Roumanie paysanne de l'automne 1906.
Cettte situation c'est celle que vit un jeune garçon dee 14 ans. Lui aussi a suivi les chardons et il finit par arriver dans une ferme où un paysan généreux accepte de diminuer leurs maigres rations pour le faire manger et lui donner une formation..
Mais les récoltes sont mauvaises et tous les paysans sont encore appauvris. A l'exception des boyards, seigneurs et maîtres de tous les biens.

L'année d' après, les paysans se soulèvent au Baragan et dans toute la Roumanie et, s'ensuivra une répression sanglante.

Ce livre est une évocation historique, mais aussi poétique et sensible. La vision des événements est celle d' un adolescent doux et rêveur, baignant dans une atmospère de traditions et de légendes.
Et cette vision-là, celle d'un jeune ado, presqu'un enfant, convient particulièrement à l'écrivain Istrati.



A suivre...



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mots-clés : #initiatique
par bix_229
le Dim 18 Déc - 17:55
 
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Sujet: Panait Istrati
Réponses: 15
Vues: 743

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