Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 10 Juil - 20:26

164 résultats trouvés pour initiatique

Reif Larsen

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Reif Larsen (Né en 1980)

Né à Cambridge au Massachusetts le 2 mars 1980, Reif Larsen a étudie à Brown University et enseigne actuellement à Columbia University, où il termine sa maîtrise en Fiction. Il est également cinéaste et a réalisé de documentaires aux États-Unis, Royaume-Uni et en Afrique subsaharienne sur les étudiants qui travaillent dans le domaine des arts. Il vit à Brooklyn. Le premier roman de Reif Larsen, L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet est sans conteste la meilleure surprise de ce début 2010.


Source : www.randomhouse.co.uk/


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L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet

Une très bonne lecture, j'ai tout apprécié dans ce livre, l'esthétique, le thème, l'écriture et la fin m'a réjouie.

Cet adolescent surdoué est fantastique par la manière qu'il a d'appréhender les évènements, les obstacles, les découvertes qu'il fait durant ce long voyage et lors de son séjour dans la «grande ville».
Sa vision et sa compréhension des adultes est étonnante, souvent amusante. TS connait ses capacités et ses limites - je suis un petit garçon se rappelle-t-il souvent.

Son frère Layton (mort il y a quelques mois) lui manque, et il l'associe parfois à ce voyage initiatique en s'interrogeant sur ce qu' il aurait fait, lui. TS se sent d'ailleurs mal aimé par son Père et il pense sa mère plus intérêssée par la science et sa recherche dans la cicindèle que par son état de Maman, il l'appelle d'ailleurs Dr Clair pour cette raison et par respect aussi pour la Scientifique.

T.S Spivet a quitté le ranch où vit sa famille dans le Montana en catimini mais en laissant un message qu'il s'avait être découvert plus tard, alors qu'il serait déjà dans le train. Il part pour recevoir un Prix obtenu grâce à la précision et justesse de ses cartes scientifiques.

J'ai apprécié tous les dessins et explications sur toutes les anotations - «l'histoire des trous de ver» m'a tout particulièrement intriguée. Un livre très intéressant et original

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #initiatique
par Bédoulène
le Sam 17 Déc - 23:54
 
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Laurie Lee

Rosie ou le goût du cidre

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Je dois dire que j'y allais à reculons, entre le titre un peu gnangnan et le Poulbot anglais de la couverture.
Et bien je dois une fière chandelle à bix, car je me suis absolument régalée à cette lecture. Ce livre raconte les souvenirs de l'enfance pauvre mais joyeuse de l'auteur, dans un  village anglais, à partir de la guerre de 14 et pendant les 10 années qui suivent, un temps où le monde a complètement changé, alors que le village enclos dans sa valéle, vit encore à l'heure du XIXème siècle.

Le thème est donc des plus banals, avec  une mère tendre et fantasque, des grandes sœurs attentives, tout ce qu'il faut de maîtres traumatisants, d'amitié fraternelle, de farces entre copains plus ou moins drôles, d' histoires pittoresques et de ragots villageois. Mais quand le préfacier, Patrick Reumaux, dit : « un livre qui aurait dû ressembler à d'autres livres, mais qui ne ressemble qu'à lui. » , il a tout à fait raison, ce livre est un enchantement de délicatesse, de poésie joyeuse, de nature enchanteresse, d'humanité partagée,   un délice pour l'imagination,   écrit dans un style éclatant qui captive et éblouit à la fois.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #initiatique
par topocl
le Sam 17 Déc - 18:43
 
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Don Carpenter

La promo 49

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Portland, Oregon, été 49.
Toute une flopée de jeunes gens qui ont eu, ou n'ont pas eu leur bac. Avec les préoccupations des jeunes gens de cet âge, l'impression que la vie a tout offrir, mais qu'il faut commencer par : les filles, la bière, le drive-in, les séances à l'arrière de la voiture des parents, les boulots d'été.

Vingt quatre instantanés de quelques pages, chacun se suffisant à lui-même, et l'ensemble constituant le tableau d’un âge de la vie et d'une époque.
L'époque est quand même marquée par le fait que porter un Levi’s est un signe de défi, et que les garçons s'enthousiasment de s'engager plutôt que d'aller à l'université.

Cela parle de plein de situations déjà lues, mais l’écriture est dynamique, c’est resserré et léger à la fois, extrêmement vivant, un vrai roman américain de campus écrit comme des nouvelles. Cela ne laissera pas un souvenir impérissable, mais c'est une excellente lecture pour un dimanche après-midi tranquille où l'on souhaite profiter de l'instant.


(commentaire rapatrié)


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par topocl
le Ven 16 Déc - 18:21
 
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Dorothy Allison

L’histoire de Bone

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Un sacré plaisir de lecture !
Pour une fois, l’illustration de couverture donne une très bonne idée du livre qui nous raconte l'histoire de Ruth Ann, dite « Bone » (os), une petite fille que l'on va suivre entre sa 8e et sa 13e année, et qui, comme sur la photo, n'est pas très jolie, très réfléchie, décidée au point d'être parfois butée, et affronte avec un courage résolu les difficultés de la vie.

La maman de Ruth Ann est issue d'une fratrie de 7 enfants, les Boatwright. C'est une sacrée famille, un clan, un mythe… Dans cette famille pauvre de Caroline-du-Sud, dans les années 50, les garçons sont des fiers-à-bras, des ivrognes, toujours entre boulot précaire et une petite peine de prison. On leur pardonne car derrière cette carapace, ils cachent une grande tendresse et un profond désespoir. De leur côté, les femmes assument. C'est elle qui élèvent les enfants, qui pansent les plaies, consolent les chagrins, font bouillir la marmite. Ce qui domine dans cette famille, au-delà des conflits et des difficultés, c'est une solidarité indéfectible, une loyauté qui ne manque jamais.

Ruth Anne naît alors que sa mère a à peine 16 ans, le père, un « vaurien » qui « fricotait » est déjà reparti… Bone va grandir avec cette étiquette de bâtarde (en anglais le livre s'appelle Bastard out of Carolina) que sa mère va essayer de toutes ses forces de compenser par un immense amour. Un peu plus tard naît une petite sœur, qui va elle aussi rester sans père puisque celui-ci décède rapidement. La mère est déterminée à offrir à ses 2 filles une protection, une sécurité, et pourquoi pas… un peu de bonheur. Pour trouver cela elle se résout à épouser Glen qui devient « papa Glen ». Mais celui-ci se révèle bientôt paumé, complexé, violent. C'est un faible qui confond amour et possession : quelqu'un doit payer pour ses propres souffrances, et ce quelqu'un, c’est Bone.

Rude d'apprentissage de la petite fille, qui, convaincue qu’elle n’a que ce qu'elle mérite, voulant avant tout protéger sa propre mère qu'elle sent si fragile, ne sait pas toujours tirer parti des mains tendues qui pourraient la sauver.

Dorothy Allison, se référant à sa propre enfance sous une forme romancée, nous décrit un univers implacable, riche en amour et en fous rires, mais aussi en rage, haine et violence. Les pauvres aussi ont une histoire, elle est parfois insupportable de violence, mais riche, tendre et passionnée. On ne peut que vibrer pour tous ces personnages, et même si l'on préfère certains, tous appellent au secours, tous méritent qu'on s'attache à eux.
C'est une histoire très dense, dans ce sens qu'il n'y a pas de temps mort, que toutes les péripéties font que le sujet gagne en puissance, que la misère est toujours détestable mais n'appelle jamais notre pitié. Ces gens-là ont un déterminisme à vivre, à grappiller tout ce qui peut rendre heureux au-delà du malheur ce qui nous les rend extrêmement présents.

Il faut lire l'histoire de Bone, cette petite fille à l'image de Dorothy Allison : parce qu'on se doute qu'elle saura panser ses plaies, parce qu'elle est aimée et sait aimer, elle n'est pas près de nous quitter.

(commentaire rapatrié)


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par topocl
le Ven 16 Déc - 8:38
 
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Henri Bosco

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L'enfant et la rivière

1945

CONTENU :
Ce qui attire le petit Pascalet dans sa Provence plus que tout, c'est la rivière toute proche de la maison, de laquelle tous le mettent en garde et l'interdisent de l'approcher. Par peur pour l'enfant, bien sûr, mais : quelle meilleure motivation pour être attiré ! Il rêve d'elle. Et de temps en temps le chasseur Bargabot, personnage un peu sauvage et à la limite des lois, apporte des poissons et d'autres nouvelles à la maison. Quand un jour ses parent vont en voyage et que sa tante Martine n'est pas vraimenet attentive, il demarre un tour d'expédition : il découvre alors la rivière fascinante, une île au milieu et Gatzo, un garçon, retnu sur l'île par des inhabitants qui font peur...

REMARQUES :
Roman d'apprentissage, au moins en France un classique de la litérature d'enfants et de jeunes (et d'autres!). En lisant sur ce roman après lecture, je suis tombé sur des articles parlant de parallèles avec des livres comme Huck Finn et Tom Sawyer de Mark Twain. En tous cas : une petite perle !

Dans cet aventure d'enfance Pascalet découvre comment menace et attirance de la nature dans un premier contact immédiat avec elle. Et aussi une première amitié ; celles qui restent peut-être pour la vie, au moins dans nos mémoires. La liberté et l'indépendance vont marquer ces journées qui suivent la libérationde Gatzo et son intervention : « les plus belles journées de ma vie « , comme confesse le narrateur maintenant déjà âgé. Ils se laissent dériver sur un bateau dans la rivière et s'installe dans un bras mort. Ils vont y passer dix jours.

Dictionary of literary biography a écrit:« L'auteur réussit de communiquer le grand étonnement et le regard tout frais d'un enfant qui accueille avec des sens ouverts ce qu'il y a là dans la campagne ce qu'il y a à voir, à écouter, à sentir. »


Un merveilleux petit livre qui me fait aimer Bosco d'emblée !


mots-clés : #initiatique
par tom léo
le Jeu 15 Déc - 16:39
 
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Shumona SINHA

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Calcutta

Autrefois il y avait un escalier. Raide et étroit. Sa rampe était en ciment rugueux, avec des trous en forme de croix. Trisha se tenait au bord, après s'être dandinée de la chambre du fond jusque-là. Elle avait réussi à se mettre debout, à tomber et à se relever encore, et elle avait marché avec ses petits pieds tout ronds et aussi mous que des raviolis. Le chemin était sans obstacle, elle avait les chaises et les fauteuils comme repères. Sa grand-mère criait depuis sa chambre, mais elle ne pouvait ni marcher ni courir pour attraper Trisha, qui était maintenant au bord du vide. Probablement surprise par le sol qui cessait soudain d'être là, elle oscillait peut-être, attirée par le chemin ouvert, creux, par les marches pointues s'élevant vers  elle comme des dents de scie, leurs bras ouverts et moqueurs, elle avait peur aussi, sans doute. Un peu par peur, un peu par sidération, elle s'était penchée alors, tête en avant.


Depuis des années, Trisha a fait sa vie à Paris. Et c'est à contre coeur qu'elle effectue le voyage retour vers Calcutta pour assister à la crémation de son père. Une fois seule dans la maison de son enfance, les souvenirs affluent... Et en premier lieu, l'image un révolver dissimulé sous une couette rouge… Puis des jeux d'enfants dans les champs et dans le coton, au pied des couettiers itinérants. Et encore et toujours ce révolver, dont il valait mieux ignorer l'existence…

Pour Trisha, le Bengale de l'enfance est un pays sous état d'urgence, en proie aux troubles religieux, et où les soldats d'Indira Gandhi font régner la terreur au sein des groupes communistes. Avoir un père marxiste, c'est l'incertitude au quotidien : la crainte de l'arrestation, ou pire encore, de l'exécution sommaire.

Et puis, il y a sa mère. Une femme éduquée dont un chagrin d'amour a révélé le caractère instable. Même les attentions d'un époux aimant ne peuvent éviter les subits accès de dépression, moments terribles durant lesquels la mère devient un être inerte et insensible à tout ce qui n'est pas sa propre douleur. Alors l'enfant guette anxieusement le moindre signe annonciateur d'une nouvelle crise, et le couple fait de chaque jour heureux une victoire sur le sort et les préjugés.

Tout ceci, et tellement plus encore, nous est révélé par bribes, au fil des souvenirs de Trisha. Des souvenirs dans le désordre, parfois confus, parfois terriblement précis, comme des petites touches impressionnistes. Au lecteur de reconstituer le tableau...

Je l'avoue, je n'ai pas été d'emblée séduite par ce roman malgré ses qualités indéniables. Je suis restée quelques temps extérieure au récit. Et puis, et puis j'ai été cueillie, d'un coup d'un seul, sans trop vraiment savoir pourquoi. Saisie par les émotions qui se succédaient, par cette plume sobre et inventive, par ces images inattendues que seul un poète pouvait trouver.
Quelle est la part de Sumonha en Trisha ? L'auteur a savamment brouillé les pistes, oubliant le récit à première personne du chapitre initial pour se concentrer sur son héroïne. Mais il en fallu du talent pour esquisser en si peu de pages ce Bengale terriblement authentique, et laisser deviner derrière les silences toute la complexité de personnages dont les émotions à fleur de peau et les non-dits pénètrent peu à peu le lecteur jusqu'au coeur.
Un livre qui, une fois refermé, m'a longtemps accompagnée...

Sa mère avait veillé sur lui, jour et nuit, versant des larmes en silence pour ne pas effrayer son fils et cacher son désarroi : elle se sentait coupable d'être en pleine santé tandis que son fils luttait contre un cœur malade. Plusieurs années plus tard quand elle ne put plus se tenir debout, condamnée à un fauteuil roulant que son fils poussait, elle s'était sentie étrangement soulagée, comme tout était rentré dans l'ordre. Se confier aux soins de son fils la rassurait : il y avait là une cohérence. Son fils ignorait tout cela : ils n'avaient pas l'habitude de parler de leurs sentiments. La maison comme une grotte sauvage engloutissait toute parole, toute émotion qui pouvait ressembler à de l'amour. On exprimait sa reconnaissance, sa gratitude, son chagrin, sa déception, sa colère ou sa haine, mais jamais son amour.



(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #initiatique #famille #regimeautoritaire #pathologie
par Armor
le Mar 13 Déc - 6:08
 
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Sujet: Shumona SINHA
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Mark Spragg

Mark Spragg
Né en 1952

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 8 Spragg10


Mark Spragg (né en 1952) est un écrivain américain. Il est l'auteur de trois romans et un livre de fiction, la plupart du temps fixés dans le Wyoming , où il a grandi.

Mark Spragg a grandi sur le Sabres Ranch Crossed, un ranch du Wyoming huit miles à l' est du parc national de Yellowstone. Il est diplômé de l' Université du Wyoming à Laramie en 1974, avec une majeure en anglais. Il a travaillé sur une plate-forme pétrolière, shoed chevaux, et a mené des voyages d'emballage pour soutenir son écriture.

En 1999 , il a publié un mémoire, Where Rivers changer de direction, de son enfance inhabituelle, avec pas de télévision ou de radio , mais entouré par de vastes étendues de beauté en plein air robuste. Le livre a reçu des critiques étoilés Publishers Weekly et Library Journal,  et a gagné les montagnes 2000 et Plains Booksellers Award pour Nonfiction.

Spragg plus tard , a publié les romans Le Fruit of Stone, An Unfinished Life, and Bone feu. Il a également co-écrit le scénario à An Unfinished Life avec sa femme, Virginia Korus Spragg.

Il vit avec sa femme, Virginia, dans le Wyoming.

(wikipedia)


traduits en français

2005 Là où les rivières se séparent.
2005 Une vie inachevée
2007 Le fruit de la trahison
2012 De flammes et d'argile





Là où les rivières se séparent

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 8 Riv1010

Ce récit autobiographique nous emmène dans le Wyoming,  où la violence du vent  déshabille même les âmes, où les chevaux ont la priorité, où l’auteur a passé  son enfance, son adolescence et peut-être y vit-il encore.

Ce récit est pour la plus grande part l’initiation de l’enfant  à la vie, une dure vie comme peut l’être  celle dans un ranch,  le plus grand ranch de la région ; région sauvage où grondent les rivières et les ours, où la Nature ne pardonne pas les erreurs.

Outre ses parents,  l’enfant est l’employé du père, au même titre que les autres  et de même traité,  certains de ses compagnons de travail, ont  inculqué  à l’enfant, puis à l’adolescent  des valeurs essentielles à la formation de l’Homme.

La vie au ranch est de sobriété, de travail, mais combien  l’amour que porte l’enfant aux chevaux est palpable.

Le narrateur  aime la solitude, il le prouvera d’ailleurs dans l’isolement en montagne tout un hiver rigoureux (moins 35°)mais c’est là qu’il commencera l’écriture.

Le dernier chapitre est plus intime encore,  il reconnait, dénonce parfois, l’homme qu’il est devenu, raconte la fin de sa mère.


Une belle écriture passionnée qui porte le récit, les contemplations de l’auteur sont poétiques, les  descriptions physionomiques , le langage confortent la lucidité de son regard.
L’auteur manie l’écriture comme un bel outil utile qui fait du bon travail.
Me voilà à court de mots, parfois je me dis que je ne mérite pas le plaisir donné par une lecture !

Ces extraits vous convaincront certainement
« Je me sentais mieux que le garçon qui s’était endormi la veille. Je me sentais plus vieux que le garçon qui avait failli tuer son cheval. »

« Socks lèche le col de ma veste en jean. Son souffle chaud et humide sur mon cou. C’est la première fois que je suis amené à tirer des conclusions sur la chasse. Par le passé, les chevaux que nous avons utilisés comme appâts n’étaient plus bon à rien, ils avaient perdu leurs dents, ils étaient prêts à mourir. Je n’ai encore jamais associé le chagrin à notre entreprise familiale. »


« On n’a pas si souvent l’occasion d’être ensemble, dit-il.
- On travaille ensemble
- Quand on travaille ensemble je suis ton patron.
- Qu’est-ce que tu es en ce moment ?
- Je suis ton père. Il se tourne vers moi avec un demi-sourire. « Fais donc un peu attention aujourd’hui, et tu verras s’il y a une différence. »

« Je monte dans la montagne le lendemain matin. L’automne tient bon, les journées sont chaudes, les nuits sont fraîches, les arbres commencent à changer de couleur, leurs feuilles arrivées à maturité se teignent de jaune, d’or et de roux.
Je me gare à côté de la maison, je descends de moto et je n’en crois pas ma chance.On dirait que je suis au-dessus du monde, au-dessus de toute activité. L’air est bleu comme du lapis-lazuli. Il pâlira et prendra  la couleur du givre dans quelques courts mois. »

« Je me plie à la taille par-dessus les deux serpents. Leurs yeux exigent chacun de mes mouvements. La femelle se glisse contre son mâle blessé et je voudrais que le fossé soit assez profond pour cacher ma honte. Je dis piteusement à la femelle que je n’ai pas sauvé le mâle, que je n’ai pas mis fin à ses douleurs, parce que je ne croyais pas pouvoir le faire. »

"Elle se sentira absolument seule au monde, unique dans son malheur. Je ne serai pas assez fort pour absorber tout le démon de sa souffrance. J' essayerai, mais je serais battu, le démon retournera en elle et grognera comme un chien méchant qui protège sa maîtresse. Mon amour pour elle ne semblera pas suffisant."


mots-clés : #nature #initiatique
par Bédoulène
le Lun 12 Déc - 19:10
 
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Gaël Faye

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Petit pays

(…)Au temps d'avant, avant tout ça, avant ce que je vais raconter et tout le reste, c'était le bonheur, la vie sans se l'expliquer. L'existence était telle qu'elle était, telle qu'elle avait toujours été et que je voulais qu'elle reste. Un doux sommeil, paisible, sans moustique qui vient danser à l'oreille, sans cette pluie de questions qui a fini par tambouriner la tôle de ma tête. Au temps du bonheur, si l'on me demandait « Comment ça va ? » Je répondais toujours « Ça va ! ». Du tac au tac. Le bonheur, ça t'évite de réfléchir. C'est par la suite que je me suis mis à considérer la question. À soupeser le pour et le contre. A esquiver, à opiner vaguement du chef. D'ailleurs, tout le pays s'y était mis mis. Les gens ne répondaient plus que par « Ca va un peu ». Parce que la vie ne pouvait plus aller complètement bien après tout ce qui nous était arrivé.


Le bonheur. La vie sans se l'expliquer.
Cette vie telle qu'on voudrait tous qu'elle reste, Gaël Faye nous la décrit comme si cela coulait de source, de son écriture à la fois simple et poétique, parsemée de jolies trouvailles comme autant de petit moments de grâce. L'enfance privilégiée d'une bande de copains, avec leurs facéties de garnements, leurs jeux et leurs grands éclats de rire.

Oui mais voilà, nous sommes au Burundi dans les années 90, et malgré tous les efforts de notre narrateur pour la maintenir à distance, la fureur des hommes pénètre peu à peu son monde si bien protégé. Ce sont tout d'abord des rumeurs, venues du Rwanda voisin, prémices d'un drame qui tout à coup explose et emporte tout sur son passage. Jusqu'aux âmes, parfois...

Avec autant de talent qu'il en avait pour nous décrire le bonheur dans un Burundi aux airs de paradis perdu, Gaël Faye nous narre la fin de l'innocence, la découverte de l'horreur absolue, de la haine, la division qui peu à peu gangrène jusqu'aux plus belles amitiés.
Malgré ses tentatives désespérées pour garder, encore un peu, ses illusions, les moments de franche amitié, les jeux d'entants si nécessaires mais maintenant si dérisoires, Gabriel voit son monde se déliter autour de lui ; sommé de choisir un camp, parce que, désormais, le monde est en noir et blanc, en hutu et tustsi, et c'est tout. Parce que, désormais, même les enfants perpétuent, pour se protéger _ mais peut-être pas seulement…_ le cycle infernal de la violence...

Ce qui marque d'emblée à la lecture de ce texte, c'est la justesse du ton. Conté à hauteur d'un enfant de 11 ans, jamais pourtant le récit ne tombe dans cette naïveté ou cette précocité factices trop souvent lues. L'auteur fait montre d'un véritable talent pour retranscrire les sentiments de ce jeune Gabriel qui voit peu à peu son univers se désintégrer, et son identité se dissoudre.
Derrière le récit de l'enfance et du bonheur perdu, perce toujours en filigrane l'adulte dont les certitudes ont volé en éclat, le jeune homme en exil et en quête de lui même ; plus vraiment d'ici, mais pas totalement d'ailleurs non plus. Lorsque l'on sait ce roman en grande partie autobiographique, il n'en devient que plus poignant.

J'ai beau chercher, je ne me souviens pas du moment où l'on s'est mis à penser différemment. À considérer que, dorénavant, il y aurait-nous d'un côté, et, de l'autre, des ennemis, comme Francis. J'ai beau retourner mes souvenirs dans tous les sens, je ne parviens pas à me rappeler clairement l'instant où nous avons décidé de ne plus nous contenter de partager le peu que nous avions et de cesser d'avoir confiance, de voir l'autre comme un danger, de créer cette frontière invisible avec le monde extérieur en faisant de notre quartier une forteresse et de notre impasse un enclos.
Je me demande encore quand, les copains et moi, nous avons commencé à avoir peur.



mots-clés : #initiatique #guerre #genocide #nostalgie
par Armor
le Lun 12 Déc - 18:22
 
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Kate Atkinson

Je rends ses doudous à Marie Wink et je rapatrie:


Dans les coulisses du Musée


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Conçue en 1951, née en 1952, Ruby est une petite fille, puis une jeune fille, puis une femme bien résolue à tirer son épingle du jeu. Elle bâtit son histoire sur l'axiome de base :

Ce monde est merveilleux


Un monde de ce genre :

Quand ils se séparèrent,(…) Albert cria à Jack :
   - Nous avons passé une sacrément bonne journée, hein ?
   Et, ensuite, après la mort d'Albert, Jack se rendit compte que celui-ci collectionnait les bonnes journées comme d'autres collectionnent les médailles ou les cartes postales


et elle nous la raconte car

   En fin de compte, j'en suis convaincue, les mots sont les seules choses qui puissent construire un monde cohérent .


Et raconter son histoire, cela ne peut se faire qu’à la lueur de la vie de ses parents, ses grands-parents et arrière-grands-parents, de toutes ces personnes à travers plus d’un siècle qui, avant elle, ont eu leur propre histoire. On s'y perd un peu, mais quelle importance, dans la vie aussi je ne sais plus toujours qui est la lointaine cousine Jeanne. Donc, comme dans toute famille, on a sa dose d'événements drôles ou émouvants, de tradition répétées, de joies et de deuils, d'amours cachées et de détestations viscérales, de secrets enfouis… Des photographies anciennes créent un lien entre les anecdotes éparses dont la réunion forme la trame de ce roman très plaisant.

Il y a certes une fâcheuse tendance aux hommes ivrognes, volages, et irresponsables, et aux femmes éplorées, harassées par les soucis du ménage et incapables de rebondir, mais c'est tellement bien raconté que c'est sans importance. Car la première qualité de ce livre, c'est l'humour, il y a longtemps que je n'avais pas autant ri, en lisant un livre. En effet, la tournure d'esprit de Ruby est de rire quoiqu’il arrive, dans une dérision tendre et pleine d'émotion. Aucun cynisme, mais une façon de voir le monde en décidant que ses lourdeurs n'auront pas raison d'elle.

J’ai longtemps trouvé ce livre charmant et drôle, en me disant que ce serait une excellente lecture mais qui ne me laisserait à terme pas beaucoup de traces. Les révélations du dernier tiers mettent une certaine gravité dans l'histoire, permettent de tirer quelques leçons de vie et font que Les coulisses du musée gravissent quelques marches dans mon petit panthéon livresque personnel.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #initiatique
par topocl
le Sam 10 Déc - 20:47
 
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Sujet: Kate Atkinson
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Henri Bosco

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Le mas Théotime

C’est tellement de sentiments, d’émotions, la lecture de ce livre, mais c’est avant tout un grand amour pour la Terre et tout ce qu’elle offre à l’être humain ; Terre nourriture du corps mais aussi de l’âme.
Sortant de ma lecture de Simone Weil, j’ai retrouvé dans ce livre sa pensée :  le salut par le travail, le travail salvateur de la Terre et qui conduit vers  la sérénité, la pureté  et plus, vers Dieu.
« Or dans la solitude des champs, des bois et des collines, si quelque aliment pur ne nous soutient, il peut nous arriver d’abandonner, sans le savoir, l’exercice des facultés humaines et de perdre le sentiment et la jouissance des biens intérieurs. Ce sont de vieux biens, depuis longtemps déposés en nous par la patiente communauté des hommes, et qu’ ils nous ont légués pour nous permettre justement de passer sur la terre, sans trop de terreur ni de désespoir. Quand nous les perdons, il ne nous reste plus que notre chair à opposer au monde, et nous savons trop le peu qu’elle pèse. »
« Le travail qui nous occupait du matin au soir, rudement, maintint notre souci commun dans les lieux solides et sains de l’âme. »

« Ils savaient simplement de père en fils, que ces grands actes agricoles sont réglés par le passage des saisons ; et que les saisons relèvent de Dieu. En respectant leur majesté,  ils se sont accordés à la pensée du monde, et ainsi ils ont été justes, religieux. »


Mais comme l’Homme et la Femme  ne sont que des humains ils ont aussi des bonheurs et des malheurs terrestres ; l’amour en est un. Celui qui unit Geneviève et Pascal est malheur par la force de leur cœur sauvage, et bonheur  quand ils comprennent et acceptent qu’il ne vive que dans leur âme,  en le consommant ils le perdraient.

Il y a beaucoup de respect et d’amitié dans les relations entre Pascal et les Alibert, cette famille représente avec honneur la vie de l’homme de la terre,  celui qui  sait s’en faire une alliée.  Le lecteur sent  dans les mots de l’auteur tout le respect que lui-même accorde à ces paysans :
« Elle respirait le bonheur. Et de la voir ainsi je me sentais heureux, parce qu’elle  était grande, belle, et qu’elle marchait près de moi, avec la confiance, à pas lents, comme une vraie femme de la terre. »

Quand Clodius est assassiné à la lecture du testament Pascal découvre la justesse avec laquelle le disparu  l’a jugé puisqu’il lui lègue tout ses biens, à lui alors que tant de haine les  a fait ennemis, mais dont le même sang coule dans les  veines ; c’est avec humilité et honneur qu’il acceptera les devoirs qui y sont rattachés.

« Dans la pièce il y avait Clodius, et il était vivant. On venait d’entendre sa voix, dure, ironique, mais mâle et d’une sorte de grandeur qui nous dominait, même moi, qui l’avais haï, et qui savais pourtant ce que peut inspirer un cœur sauvage. Du mien, une sorte d’amour aussi farouche partait vers lui, et je me disais, tout en moi, avec un orgueil chaud et sombre, que c’était mon sang qui venait de parler. »

Difficile de comprendre, à part au premier abord, dans les premières minutes où Pascal comprend que celui qu’il abrite est l’assassin, la raison de la non-dénonciation.  C’est qu’il ne faut pas oublier l’hospitalité dû à celui qui la réclame, l’asile en quelque sorte.

« Le sens de l’hospitalité l’avait emporté sur le sens moral. »

Quel désarroi ensuite pour Pascal lorsqu’il comprend qu’il se trouve complice de cet homme, mais Théotime le sauve de  l’acte vil, la dénonciation qu’il s’apprête à faire alors que la décision de Geneviève le bouleverse  et qu’il comprend que la séparation est définitive :

« Je fis un pas ; mais, quoique je n’eusse pas honte , tant je brûlais de douleur et de jalousie, je fus arrêté. Une brise m’avait apporté une odeur de fumée que je connaissais bien. Il était six heures, et Marthe venait d’allumer du feu à Théotime pour mon déjeuner du matin.  Malgré moi je me retournais pour regarder ma maison. »

Geneviève qui vivra désormais dans la sérénité qu’offre la piété, donne à Pascal un dernier gage d’amour, en lui offrant l’Ermitage de St-Jean, en tant que Maître il redonnera vit à la fête de Noël « le feu des bergers ».
Pascal vivra ses obligations envers la Terre, ses gens, Théotime  dans la solitude, le respect et l’amitié des Alibert,  avec l’apport de tous les » Vieux  Biens » légués par ses ancêtres.

Une lecture qui illumine, qui apporte la sérénité, les bienfaits de la Terre et un espoir en et pour  l’Homme.
Beaucoup de poésie dans les mots, l’auteur  fouille au plus secret des cœurs et des âmes, n’en cache pas la noirceur mais sait en élever aussi le meilleur.

l'Ermitage de St-Jean du Puy à l'heure d'aujourd'hui

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mots-clés : #education #famille #initiatique #insularite #nature #ruralité #vengeance

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Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
par Bédoulène
le Sam 10 Déc - 17:09
 
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Sujet: Henri Bosco
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Christoph Ransmayr

Merci, Bédoulène, pour cette présentation ! J'ajoute mes notes/remarques de l'époque de la lecture :


La montagne volante

Originale: « Der fliegende Berg » (Allemande, 2006)


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CONTENU :
L'histoire de deux frères qui se mettent en route en partant de la côte sud-ouest de l'Irlande vers le pays de Kham et les hautes montagnes du Tibet oriental. Là ils cherchent – contre tout savoir de cartographie moderne et de moyens de navigation, une montagne sans nom, pas encore ascendue : peut-être une des dernières tâches blanches sur la carte mondiale ? Dans cette quête les frères encontrent la vie archaique de nomades, en conflit avec les usurpateurs chinois, mais aussi de façons différentes la mort… (Source : se référant à la description de l'éditeur allemand)

REMARQUES :
De point de vue de contenu le roman traite en 18 chapitres d'env 13 à 26 pages de deux frères irlandais, fils d'un sympathisant de l'IRA. Tôt l'essentiel semble avoir été dit : lors d'une ascension commune dans l'Himalaya « il y a une année », l'ainé sera enseveli par une lawine de neige tandisque le jeune survivra.

Après ces chapitres d'entrée, jouant près de la montagne, appelée en tibétain « montagne volante », le cadet raconte dans un va-et-viens constant : entre souvenirs de l'enfance, la jeunesse, le temps comme jeune adulte d'un coté. Et de l'auutre : des préparatifs pour l'expédition, l'avancée dans la caravane de nomade, les différentes ascensions.

Liam est un freak des ordinateurs : élévant sur une île en face de Cork/Irlande de la bétail, et cherchant dans le web des informations sur les « tâches blanches » sur la carte mondiale. Une semble se trouver dans l'Himalaya, un sommet jamais pris. Il devient obsedé par le projet de s'y rendre. Padraic, le narrateur et frère cadet, est différent : il se laisse plutôt entraîner. Et leur expédition les menera de la hauteur de la mer dans les hauteurs du Tibet oriental. Mais cette montagne, la « montagne volante », n'est pas juste une désignation locale pour un lieu, mais au-délà : elle a une signification dans la mythologie tibétaine.

Une grande part du chemin les frères sont en route ensemble avec la caravane des nomades. Et Padraic est irrésistiblement attiré par une jeune mère et veuve : Nyema. Une rlation naît. Est-ce qu'elle sera plus forte que la montagne ? Jusqu'à où vont l'aliénation et la distance vers son frère ? Comment se montrent différences et harmonie entre les frères lors de leurs ascensions, leurs entreprises ? Comment ne pas vivre le chemin du bonheur de l'autre comme un dérangements de nos idées, rester proches?

Il y a le paradoxe que d'un coté on pourrait être tenté de voir la fin déjà au début du roman. Néanmoins il y a une forme de montée en tension jusqu'à la dernière page. L'essentiel est ailleurs.

En passant on apprendra dans des retours en arrière des choses sur la societé e Irlande, mais aussi les mythes et la compréhension du monde tibétains.

Certains disaient que ce roman est une élaboration élargie et fictive du drame au Naga Parbat où les frères et alpinistes Georg et Reinhold Messner ont fait une expédition...

Le roman se présente en forme lyrique très dense, mais pas rimée. La langue – en allemand – est un délice, on ne peut pas la trop louer. Ce qu'il en fait nous atteint de façon si courante, allant de soi, sans être simple ou bête. Nous sommes devant un rythme et une mélodie tellement que la lecture est pur plaisir en soi. On s'imagine un tel texte déclamé… C'est parmi le meilleur que l'art littéraire a produit ces dernières années en allemand, avec l'Allemand.

Un livre enrichissant qui excelle par sa langue. Petites critiques minimals pour quelques répetitions et longeurs.


mots-clés : #famille #initiatique #voyage
par tom léo
le Ven 9 Déc - 17:10
 
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Sujet: Christoph Ransmayr
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Mario Rigoni Stern

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Les saisons de Giacomo

Et moi, je me souviens que c'est toi bix qui m'a fait découvrir ce beau romancier en m'envoyant Les saisons de Giacomo ; un livre rare. Un livre qui pourrait être une sorte d'autobiographie racontant la vie d'un tout jeune homme dans les montagnes italiennes, le père absent car travaillant dans les mines françaises, la mère tentant tant bien que mal comme toutes les autres paysannes de faire survivre sa famille avec des pommes de terre et de la polenta et l'enfant qui aime l'école et le travail au champ. Et toutes ces images superbes et douloureuses du temps passé, du temps d'avant la mécanisation des campagnes, du temps d'avant la guerre.

Un livre absolument merveilleux et juste. Qui ne raconte pas d'histoire sur la dureté du temps d'alors mais qui laisse aussi entrevoir ce qu'était la fraternité, la solidarité du milieu rural, une certaine rébellion et une certaine abnégation.

Superbe !


mots-clés : #initiatique
par shanidar
le Jeu 8 Déc - 18:06
 
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Sujet: Mario Rigoni Stern
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Olivier Rolin

Tigre en papier

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Il y a 20 ans, Martin a fait les 400 coups avec une bande de copains. Ils se sont tous éparpillés dans la nature au fil des aléas de la vie, et ce soir, à l'occasion d'une soirée de retrouvailles de leur groupe, il fait la connaissance de Marie, une jeune fille de 24 ans, la fille orpheline de son « ami éternel » de l'époque, Treize. Elle veut connaître son père. Il prend un plaisir mélancolique, à la fois amer et tendre, à jeter un oeil sur sa jeunesse. La vie a passé, qu’est il devenu ?


C'est ça, « à présent » : cheveux gris, l’air d’un bourgeois, et l’envie qui a passé ?

Là déjà , c’est magique, ils déambulent dans Paris à la recherche de la DS de Martin, dénommée Remember, puis roulent sans fin, sans but, sur le périphérique parisien jusqu'à l'aube qui se lève. Les 2 visages se regardent et s'affrontent, reflètent la lumière des enseignes qui hantent l’obscurité, décor omniprésent de la nuit parisienne.
Martin raconte,  parle, parle, parle. Et c’est l’histoire, moitié pensant, moitié parlant, de cet homme désabusé : sa mélancolie, ses remords, ces regrets . Ce que cela suppose de digressions, de souvenirs refoulés qui émergent, d'humour alternativement mélancolique et ravageur. Les souvenirs affluent, s’entremêlent, en ramènent d’autres à la surface.

Le texte du passé dans ma mémoire est complètement déformé, chiffonné.

Tu ne sais pas raconter les histoires, tu mélanges tout. C'est le contraire fillette, réponds-tu : l'imbroglio fait partie de l'histoire.


Et cette introspection dans les arcanes du passé, qui hésite entre l'humilité et l'égocentrisme gigantesque (il s'agit bien d'un homme qui parle de lui-même pendant toute une nuit) prend une valeur toute particulière puisque, justement, dans ce passé, Martin avait épousé la Cause, vivait pour la Cause, et ses enthousiasmes juvéniles s'ancraient dans des convictions dont il saisit aujourd'hui le caractère totalement vain et rigide, s'exprimait par des actions violentes, souvent ratées, dont la vie lui a fait comprendre qu'elles loupaient en fait leur cible, qu'elles ramenaient des croyances généreuses(?) à de petits comportements narcissiques.

Je ne sais pas comment te faire comprendre ça, on n’était pas tellement des « moi », des «je», à l'époque. Ça tenait à notre jeunesse, mais surtout à l'époque. L'individu semblait négligeable, et même méprisable.


Olivier Rolin reconnaît ses erreurs, il n'en renie pas pour autant ses idées, il reste un homme à la marge, pris entre ses renoncements et une croyance viscérale que notre société a dérivé, qu'elle est invivable, même s'il faut bien y vivre. Un homme qui se croyait un tigre, et quia appris qu’il était aussi fragile et inconsistant qu’une feuille de papier.

Détaché de ses anciens héros, fidèle au  spectre de ses amis morts ou éparpillés, il mène une existence dont on sait peu de choses, des noms, des lieux qui trahissent le vide laissé par les espoirs de jeunesse déçus,  une existence écartelée avec une élégance désabusée entre fidélité et  désespoir. Il jette un regard parfois admiratif, parfois honteux, parfois moqueur sur ces jeunes gens et leurs certitudes, leurs audaces, leur fragilité.

…nous étions à la fois très durs et très infantiles, prêts à tuer sans doute et à nous faire tuer sûrement, et en même temps tremblants devant le sexe, et terrifiés aussi par l'autorité d'un chef qui n'était jamais qu'un étudiant un peu plus savant que nous, un peu plus âgé aussi, de 2 ou 3 ans peut-être …

Vous ne saviez pas encore combien les hommes sont tous tramés de nuit, couturés d'effroi, la littérature aurait pu vous l'apprendre mais vous aviez rejeté la littérature, vous ne croyiez que dans la « vie », et la « vie », la « pratique », éclairées par la Théorie, par les analyses et les instructions de Gédéon, étaient d’une simplicité effrayante. Vous étiez intransigeants et terriblement ignorants -et il n'aurait pas fait bon vous le dire .


Cette lecture d’une profondeur touchante, où chaque phrase happe le lecteur, le ramène à sa propre histoire, à ses propres failles, à ses propres errances. Olivier Rolin, à travers Martin, est un fabuleux
conteur, un portraitiste saisissant . Il parle d'une époque révolue, devenue un peu ridicule, mais où un espoir existait peut-être encore.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #initiatique #politique
par topocl
le Jeu 8 Déc - 13:59
 
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Carson McCullers

Frankie Addams

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Douze ans, un mètre soixante six, Frankie Addams vit dans un monde cruel où les mamans sont mortes en couche, les jeunes gens partent à la guerre, les autres filles vous regardent de haut.
C’est une histoire troublante et tendre où une petite fille seule et désespérée pose des questions sérieuses à sa nounou noire, et celle-ci, tout aussi désespérée, cherche à lui expliquer le monde, la prend dans ses bras avec amour dans la grande cuisine carrée, la berce et lui explique avec courage, que notre univers est bien aussi sombre et redoutable qu’elle le dit. Et puis la petite fille se lève, se promène en ville où elle fait d’étranges rencontres, croit ainsi connaître le monde, et se construit des rêves de fumée, des rêves de bonheur… elle croit qu ‘ainsi elle devient une grande fille, que ses tourments vont la quitter, mais elle découvre que le monde des adultes est aussi grave et douloureux que celui de l’enfance.
Tout ceci dans la lumière du Sud, la chaleur étouffante de midi où tournent les mouches, le soir qui tombe sur les confidences, les cris des enfants dans la cour et un piano qui joue au loin jusqu’à vous déchirer l’oreille et vous briser le cœur…
Ce livre est de bout en bout d’un beauté sombre et magnifique. "Les plus désespérés sont les chants les plus beaux » nous dit Musset :Carson McCullers est là pour nous le prouver.

C'était l’heure la plus sombre, où chaque phrase qu'on prononce prend une sonorité si triste et si jolie, même si rien dans les mots qu'on prononce n'évoque la tristesse ou la beauté.



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #initiatique
par topocl
le Mer 7 Déc - 11:36
 
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Chad Harbach

L‘art du jeu

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Ils sont jeunes, beaux, intelligents ; une bande de garçon qui aiment leur petite université de province et vénèrent leur président qui n’a pas (totalement) renoncé à  ses rêves de jeunesse. Plus que tout, ils aiment  le base-ball.  Ils vivent d’amitié et rêvent de gloire. A quelques minimes exceptions près, la fidélité est leur maître-mot. Rien ne les arrête. On ne peut que les aimer dans l’enthousiaste complicité pleine  de droiture de leur jeunesse. Jusqu’au jour où, de grain de sable en grain de sable, la machine se grippe.

Dans ce roman aux héros formidablement attachants, Chad Harbach décrit avec tendresse et humour, intelligence et subtilité, le passage à l’âge adulte, les illusions perdues qui n’empêchent pas d’être heureux. Un roman épatant, servi par la verve de son auteur, qui mène son texte de bout en bout avec le même suspense qu’un match de base-ball, passant du rire aux émotions. Un excellent tourne-pages où l’on accepte de ne pas tout comprendre au déroulement des parties, c’est sans importance, on n’en vibre pas moins pour les Harponneurs !

Chad Harbach confirme que les Etats-uniens ne savent pas seulement jouer au base-ball : ils savent aussi écrire d’excellents romans.


Cela paraissait insensé est illusoire, présenté ainsi. Atteindre la perfection. Mais aujourd'hui, il s'apercevait que c'était précisément ça qu'il souhaitait depuis toujours. Peut-être n’était-ce pas même le base-ball qu'il aimait, mais seulement la quête de la perfection, connaître une vie simple et lumineuse où chaque geste aurait un sens ? Le base-ball n'en était alors que le chemin, la sente par laquelle il pouvait y parvenir, parce qu'avec lui, l’immaculé était concevable. De la folie ? D'accord. Et que fallait-il en déduire alors ? Quel était la conclusion irrévocable si ce qu'on croit du plus profond de son être, ce qui a été le fondement de toute son existence apparaît soudain comme folie une fois traduite en mots? Que l'on était soi-même fou ?




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mots-clés : #initiatique
par topocl
le Mar 6 Déc - 15:39
 
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Ben Fountain

Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn

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Billy,19 ans, puceau et  les rêves qui vont avec, s'est engagé en Irak pour échapper à la prison après une bêtise qui a mal tourné. Avec sa compagnie Bravo, revenus au pays le temps d'une Tournée de la Victoire, adulés, courtisés, ils incarnent le suprême de l'héroïsme et du patriotisme, pour avoir su mater l’ennemi bien salement . D’ailleurs, Hollywood veut tourner un film, sans dire si c’est pour chanter leurs louanges, galvaniser l’Amérique, ou s’en mettre plein les poches.

Demain, il retournent en Irak. Chapeautés par Dime, le sergent qui cache derrière un humour pince-sans-rire et ravageur des oreilles de grand frère éclairé, ils affrontent la dernière étape, leur présence attendue au match de football des Cow-boys  à Dallas. On ne sait trop si cette tournée, farce monstrueuse et dérisoire, est une récompense grand-guignolesque, ou une promotion nauséabonde de l’Amérique bien pensante. Billy  et ses potes errent entre leur envie de sales gosses d’en profiter à fond, leur plaisir et leur fierté à conforter leur image de bon petits gars transformés en héros, leur solitude face à l’incompréhension totale dont il sont  l’objet, leur questionnement désespéré du sens de cette sordide mascarade et de leur engagement. Ils constituent un curieux mélange d’aveuglement, de lucidité et de candeur.

Évidemment, on ne peut s'empêcher de faire un parallèle entre ce match de football américain et la guerre, et Ben Fountain ne s’en prive pas. Ces 2 univers factices de violences bien-pensantes, où les hommes tiennent sous l’exhortation de leurs supérieurs, mêlant hargne et condescendance, où l'acte final, chargé de férocité et d'adrénaline, s’apparente à un écrasement sans scrupules, n'est que l'aboutissement d'une mise en condition, d’entraînements psychologiques et physiques répétés, où il faut foncer sans surtout se poser de questions, ou de jeunes hommes, mastodontes portés par l'appel de la gloire, tout pétris d’amitiés viriles, mettent un temps leur cervelle au repos pour gagner le titre de héros nationaux, déchaîner les foules et les pom-pom girls.

La comparaison est bien au-delà de football/guerre, car le cinéma hollywoodien, et les pom-pom girls, est-ce que ce n'est pas cela : la gloire factice de l'Amérique et de sa fameuse réussite à la portée de tous, son investissment inouï dans le pouvoir et le clinquant, une insulte portée à  ces jeunes abusés, arrachés à leur jeunesse, leur famille, leurs blagues débiles, entraînés pour l’honneur dans un engrenage qu’ils ont cru honnête et qui n’est  qu’une plongée dans l’horreur.

Ben Fountain pousse jusqu’à l’extrême la description de cette Amérique aux certitudes indécentes  basées sur le fric et l’arrogance.

Il faut s’accrocher sur les pages du début, qui sont complètement speed, où on se sent presque agressé par ces informations dans tous les sens, sans toujours de logique, parfois allusives. On se dirait dans un film d’action, caméra à l’épaule ou tout bouge et part dans tous les sens. Tout est fait pour qu'on soit complètement perdu, comme ces jeunes gens le sont, perdus, entre excitation et désarroi face à ce monde qui les agresse sans aucun respect pour eux. Une agression toute autre que celle des combats qu'ils ont vécus, pris entre leur image de bons petits américains, de chrétiens « pacificateurs" , et leur demande d'une vie comme tous les jeunes, les filles, l'alcool et une petite fumette pour se sentir bien.

Mais peu à peu, Fountain se met à écrire plus « normalement », c'est vraiment très brillant, et au milieu du cynisme décapant il y a des moments d'émotion aussi intense que fulgurante. Les héros de Ben Fountain sont, derrière leur obéissance servile, tendres et désespérés. Billy  est alternativement un fanatique de guerre porté par un rêve de grandeur, un petit garçon qui téléphone à sa mère et imagine ce que sera sa vie quand il sera mort au combat, un jeune homme qui veut croire, face à une pompom girl bien roulée, que l’amour peut encore exister et le sauver. Il a 19 ans et connaît toutes les ignominies de la guerre. Il a fait honnêtement ce que l’Amérique ignorante lui demandait, sans trop se poser de questions. La guerre l’ a autant bousillé que mûri, dit-il, mais il  veut encore croire au rêve américain, il refuse de croire que son pays s’incarne dans cette débauche insolente de vulgarité décérébrée.

Les applaudissements se calment et on lui demande s'il pensera à son ami le sergent Breem tout à l'heure pendant l'exécution de l'hymne national, et il répond oui, juste pour demeurer dans le ton. Oui, naturellement, je penserai à lui, ce qui lui paraît obscène, et il s'interroge sur le processus qui fait que chaque discussion à propos de la guerre semble virtuellement profaner les questions fondamentales sur la vie et la mort. Comme si pour évoquer convenablement ces questions, il fallait un discours proche de la prière, sinon on n'avait qu'à fermer sa gueule, car le silence est plus adapté à ce sujet que les sanglots étoilés, les pleurs aigres-doux, les étreintes consolatrices ou quoi que signifie cette saloperie d’expression « tourner la page» que tout le monde utilise. Ils aimeraient que ce soit facile, mais ça ne le sera pas.




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mots-clés : #guerre #initiatique
par topocl
le Mar 6 Déc - 15:00
 
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Emma Donoghue

Room

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On peut raconter l’histoire ainsi : c’est l’histoire d’un bon petit garçon.

Jack. 5 ans. Particulièrement mûr et déluré, gentil …il vit dans une relation fusionnelle et tendre avec sa maman, qui est tout pour lui, et il est tout pour elle. Ensemble, ils vivent dans leur petit monde protégé où alternent les moments  de chansons, d’histoires, de fou rires, mais aussi les règles et les rituels . Certes la maman de Jack est parfois un peu triste, mais le petit garçon est heureux, car, quand on a 5 ans, que demander de plus au Bon Dieu q’une Room chaleureuse et beaucoup d’amour ? Seulement, un beau jour, sa maman décide qu’il est temps pour lui de découvrir le vaste monde. Autant pour lui que pour elle, cette symbiose ne saurait suffire à leur épanouissement ; elle décide donc qu’il est temps pour eux d’affronter le Dehors. C’est une transition douloureuse et haletante, comme un deuxième accouchement. Et le monde si tentateur apporte des merveilles certes, il est plein de bonnes surprises... mais aussi déroutant. Et il n’est pas simple de finalement se dire qu’on pourrait peut-être devenir 1+1 et non définitivement ce concept de « Deux qui ne se quittent pas » ! Le monde est beau mais impitoyable et il s’avère que rien n’est simple.

Voilà. Une histoire banale me direz vous. Seulement…
Spoiler:
Seulement si Jack et sa mère sont dans ce cocon d’amour, c’est que l’enfant est né en captivité d’une mère séquestrée pendant des années par un pervers. Que pour lui l’univers se limite VRAIMENT à cette chambre, et que sa mère a tant d’amour pour lui qu’elle lui a appris à aimer les choses telles qu’elles sont, sans se lamenter sur ses malheurs. Et que s’il est très solide du fait de ce choix éducatif, il ne sort pas indemne d’une expérience pareille. Quand il  découvre et affronte la réalité, c’est comme quand vos parents vous ont révélé que le Père Noël n’existe pas, puissance un million
.

Et tout cela donne un  livre tendre, drôle, attachant. Un peu comme La guerre est déclarée, où le drame est transformé en force de vie. Oui, le début est difficile à  passer. C’est toujours difficile de voir le monde à travers les yeux d’un enfant. Celui-ci voit le monde un peu bizarrement et on ne comprend pas tout suite pourquoi. Cela vient progressivement, très insidieusement la plupart des choses dérangeantes du texte  prennent un sens, cette personnification des objets qu’on trouve un peu niaise au début s ‘impose puisque ceux-ci sont les seuls habitants de la planète de cet enfant. On se prend peu à peu (en fait plutôt assez vite) dans ce récit perpétuellement surprenant d’un monde qui est le nôtre sans l’être vraiment. On fond d’amour pour ce petit gagneur qui affronte le monde avec courage, souvent désorienté, toujours émerveillé. Jack est la seule personne que je connaisse qui sache quoi répondre à cette question un peu vaine et automatique qu’on entend partout : « Quoi de neuf ? ». Jack, du haut de ses cinq ans, répond sans forfanterie: « Tout ».

Absolument rien de cucu dans ce roman d’apprentissage contrairement à ce que les premières pages laisseraient redouter, absolument rien de sordide malgré le sujet. Ce livre, d’une intelligence lumineuse et chaleureuse, est un miracle d’équilibre et de subtilité.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #initiatique
par topocl
le Mar 6 Déc - 14:52
 
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Sujet: Emma Donoghue
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Fulco di Verdura

Fulco di Verdura (1898-1978)

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 8 Fulco-10

Né à Villa Niscemi, Palerme , le 20/03/1898
Mort à Londres en 1978

Fulco Santostefano della Cerda, duc et marquis Murata la Cerda Di Verdura, est un joaillier et designer de bijoux italien. Il est le fils du marquis Giulio et de Carolina Valguarnera, fille du prince de Niscemi. Quand, en 1926, son père meurt, la famille est ruinée. Après avoir donné, en manière de rupture, « le plus grand bal costumé que Palerme ait jamais connu » , il s'enfuit vers Paris. Il rencontre la jeune Gabrielle Chanel qui l'engage comme dessinateur de tissus. L'univers qu'il déroule sur ses coupons l'enchante si définitivement qu'elle lui demande de dessiner dorénavant ses bijoux.

Peu de temps avant la Seconde Guerre mondiale, il quitte Paris pour s'installer à New York. Son premier acte américain consiste à dessiner les bijoux que l'actrice Katharine Hepburn portera dans Indiscrétions (The Philadelphia Story, 1940). Fort du soutien de Harper's Bazaar et de Vogue, qui publient quasiment dans tous leurs reportages de mode les formes animales et végétales dont Verdura s'amuse désormais à tirer des bijoux, il ouvre sa boutique sur la Cinquième Avenue. La clientèle la plus huppée de New York s'y presse. Il se spécialise dans les clips à chapeau et les bijoux minuscules.

Après avoir brièvement ouvert une boutique à Paris, au moment du retour sur le devant de la scène de Coco Chanel vers le milieu des années 1950, et vendu à un associé son affaire de New York, c'est à Londres qu'il choisira de s'établir. Il se plonge dans la rédaction d'un ouvrage autobiographique dont la plus grande partie concerne l'enfance.
site:http://www.verdura.com/



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Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 8 Captur63

Une enfance sicilienne

Un délice ce livre qui exhale tous les parfums de la Sicile ; parfums de fleurs, de mer et de montagne, de glaces à dévorer, parfum des saisons.

Descriptions imagées des palais, des rues, des animaux et des gens à travers les souvenirs tenaces de Fulco de Verdura.

Facéties , rêves et peurs d'enfance que nous raconte Fulco si elles sont extraordinaires n'en sont que plus crédibles à la lecture de la postface.

L'amour que Fulco enfant porte à la Villa Niscemi la rend humaine, c'est la "nourrice de l'enfant", en son sein il se sent aimé ; au-delà de cette habitation est l'étranger.

L'Histoire de la Sicile à travers l'histoire des Palais, des Aristocrates, l'évocation du Roi et de Garibaldi ajoute à la compréhension de la Société à laquelle Fulco et sa Famille appartiennent.

Beaucoup de sincérité, d'amour, d'humour dans l'écriture de ces souvenirs, notamment les rapports entre les membres de la Famille mais également le regard porté sur "les autres".

Fulco qui se dit atteint de  "maladie d'opéra" !


Je pense qu'Edmonde-Charles-Roux a fait une traduction très intéressante du texte de Fulco di Verdura


Extraits

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 8 F_110

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"message rapatrié"


mots-clés : #initiatique
par Bédoulène
le Dim 4 Déc - 23:26
 
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Sujet: Fulco di Verdura
Réponses: 12
Vues: 725

Marie-Hélène Lafon

@églantine a écrit:
J'avais passé un sacré bon moment avec ce mec de la tombe d'à côté !

Toi??? affraid

Bon puisque tu parles de Les pays, allons-y:

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Les Pays

J'en suis encore toute tourneboulée.
C'est l'histoire d'une émigration réussie, le roman de nos campagnes qui se vident. À travers le personnage de Claire, Marie-Hélène Lafon nous raconte son parcours. Enfant née dans une ferme du Cantal, pensionnaire pendant 8 ans à Saint-Flour, étudiante en lettres classiques à la Sorbonne pour finir enseignante à Paris. Marie-Hélène Lafon nous présente Claire à travers trois vignettes, l'enfant de 8 ans qui accompagna son papa au salon de l'agriculture à Paris, la jeune étudiante brillante qui s’appropria peu à peu les codes parisiens, et marqua le jour de sa première réussite universitaire (qui signifiait aussi le début de son autonomie de son indépendance), par l’achat d’un pantalon rouge, La femme mûre devenue à sa façon une intellectuelle, qui reçoit chaque année la visite de son père, mi admiratif, mi effrayé par le destin de cette enfant qu’il mit au monde. Et tout au long de ce parcours, l'empreinte indéfectible laissée par cette enfance, l’éclat réconfortant des rencontres occasionnelles avec des « pays », cousins, amis, inconnus qui, tous, naquirent là-bas.

Mais il n'y a pas que cela, cette histoire de racines et de départ, il y a sensibilité de Marie-Hélène Lafon, que l'on retrouve de livre en livre, son style qui témoigne de l'amour qu'elle porte à la langue, une langue qu'elle n'a pas trouvé dans son berceau, qu'elle a appris à aimer, à dompter, où elle choisit chaque mot. sa façon de dire les choses, de bouleverser sans avoir l'air d'y toucher.
Comme ici, pour évoquer la naissance d’une amitié entre Claire et une autre étudiante :

Après le cours, elles avaient descendu ensemble la rue Soufflot vers la Seine, elles avaient eu à se dire, sans chercher(…) Le lendemain, c’était version latine et ancien français, on se retrouverait, on continuerait, ça commençait.





(commentaire rapatrié)


mots-clés : #initiatique #lieu
par topocl
le Dim 4 Déc - 20:35
 
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Sujet: Marie-Hélène Lafon
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José Maria Arguedas

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 8 Cvt_le10

Les fleuves profonds

Bien que ce ne soit pas un roman autobiographique, il transmet beaucoup de sa vie dans ce livre.

L’histoire se déroule au Pérou, dans la région de l’Apurimac,  ville de montagne avec à ses pieds la rivière Pachachaca.

Le narrateur de ce récit est un adolescent qui est placé par son père – avocat pauvre itinérant à la recherche de l’habitation idéale, qu’il ne trouve pas et qui a du à plusieurs reprises confier son fils alors  qu’il  était persécuté par les politiciens – C’est dans la ville d’Abancay que cette fois l’avocat confie Ernesto au Collège religieux, l’adolescent devra non seulement étudier mais aussi faire l’apprentissage de la vie en société.

L’écriture est poétique, l’ambiance est envoûtante à l’image de la religiosité qui impreigne toutes les actions, les pensées, les jours et les heures dans le collège mais aussi dans la ville et les environs .

Au fil du temps, les traditions Quechua et catholiques apportées par les Castillans ont fini par s’entremêler et c’est  ce qui rend étrange mais prégnante  la religiosité. Ernesto parlant couramment le Quecha profite des deux courants religieux et  s’adresse souvent  à la Nature pour demander son appui et le pouvoir qu’il lui prête .

Tous les évènements qui se déroulent dans la ville (émeute, maladie, morts) sont propices à l’ apprentissage de l’adolescent  qui comme le remarque le Père Directeur du collège, dont les actions et paroles n'ont pas toujours le crédit d 'Ernesto,  sait voir les ombres des choses et des gens.

Il y a aussi la souffrance liée aux pauvres gens, aux Péons, dans ce récit.

Malgré tout c'est un récit très vivant, comme le sont les adolescents  dans leur amitié  et  leurs ressentiments, l' activité des "chichérias" et des promenades du dimanche.

Ernesto fait un peu figure de justicier quand il fustige ceux  qui ne contrôlent pas l’ ardeur de leur âge et se servent de la femme folle qui vit au collège.

C’est une très bonne lecture servit par une belle écriture,  au gré des chants des hommes et de la nature, des musiques. Profonds sont les ressentis que je garderai de ce livre, mais surtout de l’auteur que je souhaite encore lire.

Un grand auteur Péruvien à connaître !

Extraits

"Je me précipitais vers la deuxième cour pour dire adieu au petit arbre. Devant ces branches rabougries, ses fleurs mauves et rares, j'eus peur de Cuzco. Le visage du Christ, la voix de la grande cloche, l'effroi qui régnait sur le visage de l'Indien, le Vieux agenouillé dans la cathédrale, même le silence de la rue Loreto, tout cela m'oppressait. Nulle part il ne pouvait y avoir plus de souffrance humaine. Mais nous partions."

" Le jour où nous arrivâmes, les cloches sonnaient. Il était quatre heures de l'après-midi. Toutes les femmes et la plupart des hommes étaient agenouillés dans la rue. Mon père mit pied à terre et demanda à une femme la raison de ces prières dans la rue et de ces carillons. La femme lui dit qu'on était en train d'opérer le père Limarès, saint prédicateur d'Abancay et directeur du collège. Mon père me fit descendre de cheval et agenouiller auprès de lui. Nous restâmes près d'une demi-heure à prier sur le trottoir."

"Mais moi aussi, souvent je suivis les grands dans la cour intérieure et je me contaminai en les regardant. Ils étaient semblables aux démons et aux monstres de cauchemar qui agitent leurs bras et leurs pattes velues."

"Vends le moi, vends le moi ! criai-je à Antéro.
- Avant qu'on ait pu m'en empêcher, je me jetai sur la toupie, la longue pointe et les yeux ouverts au fer rouge lui donnaient un air irréel. Pour moi c'était un être nouveau, une appartion au sein d'un monde hostile, un lien entre moi-même et cette cour tant détestée, cette vallée languissante, ce collège."

« Qu’est-ce qu’elle peut faire la troupe ?
- Je ne sais pas, petit. Ils feront peur aux métisses et aux Indiens. Peut-être qu’ils tueront quelqu’un pour l’exemple.
- pour l’exemple ?
- Dona Félipa a mis les gendarmes en fuite.
« Pour l’exemple ? » c’était une vieille expression que j’avais entendue tout enfant dans les petits villages. Ca vous glaçait le sang.

« Palacios était intarissable quand il parlait des morts et des damnés. Après l’avoir entendu nous allions trembler dans nos lits comme au fond d’un abîme gelé. »

« Le Père les flattait comme il flattait les puissants de la vallée. Il était très habile avec cette catégorie de gens : il savait choisir les mots et les gestes.  J’étais très sensible à l’intention que les gens mettaient dans leur voix : je comprenais tout. J’avais grandi parmi des personnes qui se haïssaient entre elles, tout en me détestant et elles ne pouvaient pas toujours brandir des gourdins, se battre ou exciter les chiens contre l’ennemi. Elles recouraient aussi aux paroles qui sont un venin, doux et puissant. »

« Les gens poursuivaient les poules qui caquetaient dans les cours et leurs lançaient des pierres ou des bûches. Ils tuaient croyant qu’elles caquetaient de joie parce qu’elles portaient la mort dans leur ventre. »


"message rapatrié"

mots-clés : #initiatique #religion
par Bédoulène
le Dim 4 Déc - 17:58
 
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Sujet: José Maria Arguedas
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