Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Lun 3 Aoû - 12:08

166 résultats trouvés pour initiatique

Kevin Canty

De l'autre côté des montagnes.

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Le lycée fini, David a tourné le dos à sa ville natale, cité minière aux horizons pollués, aux habitants gangrenés, et pour seul paysage l'uniformité,  l'alcool (qu'est ce qu’ils boivent!...) et le sexe, éclipsant la réalité des sentiments.  Mais le destin va l'y ramener à travers un accident à la mine, 91 morts dont son frère. Le roman suit quelques personnages dont la vie va prendre une autre tournure suite à la catastrophe.

Le récit est mené de façon précise, sans sentimentalisme ni atermoiement, dans une analyse des faits assez ordinaire. Si l'auteur atteint une certaine intensité au moment de la catastrophe minière, il n'arrive pas vraiment à s'extraire des clichés habituels, bars provinciaux, ville de losers condamnés d'avance, scène d'amour sur la banquette arrière.....Est-il vraiment encore utile d’écrire (et de lire) ce genre de roman de l'Amérique profonde, sans défaut fondamental, mais vraiment sans surprises?

mots-clés : #initiatique
par topocl
le Mer 14 Fév - 21:04
 
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Gustave Flaubert

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 41bexe10

L'Education sentimentale

(Edition LGF. Livre de Poche, illustré avec un autoportrait de Léon Bonnat)

J'aimais bien imaginer le père Flaubert rêvant au vingtième siècle ( en littérature je précise) bien qu'il ne pouvait pas savoir, je pense que les écrivains des trente premières années du moins, lui aurait beaucoup plu ? Je ne sais pas, je laisse aux exégètes le soin d'imaginer des réponses. Pour autant que ça veuille dire grand-chose, j'ai eu le sentiment plus net que Flaubert là se rapprochait plus de ses contemporains, Thackeray surtout. Frédéric a moins de forfanterie que Barry Lyndon, il semble plus innocent, plus ingénu... quel masque ! J'avoue être tenté de repenser à la Foire aux Vanités, tant l'ensemble ressemble à de gigantesques noces : les personnages se succèdent dans leur bêtise ― pauvres ou grands de ce monde ― dans leurs aspirations pour le grandiose, au milieu du désordre révolutionnaire (mais il n'y a pas de révolution dans La Foire aux Vanités), et des torgnoles, fourberies et coucheries surtout. Entre tous, Frédéric, versatile coureur de jupons, deviendra ministre ou rien du tout, s'il en a le temps...! et Flaubert de vous sublimer tout ça au cordeau, au bal par exemple ou à Fontainebleau.

Gustave Flaubert a écrit:– Décidément, tu n'as pas de chance ! dit Rosanette.
– Oh ! Oh ! peut-être ! voulant faire entendre par là plusieurs bonnes fortunes, afin de donner de lui meilleur opinion, de même que Rosanette n'avouait pas tous ses amants pour qu'il l'estimât davantage ; ― car, au milieu des confidences les plus intimes, il y a toujours des restrictions, par fausse honte, délicatesse, pitié. On découvre chez l'autre ou dans soi-même des précipices ou des fanges qui empêchent de poursuivre ; on sent, d'ailleurs, que l'on ne serait pas compris ; il est difficile d'exprimer exactement quoi que ce soit : aussi les unions complètes sont rares.


mots-clés : #initiatique #xixesiecle
par Dreep
le Jeu 1 Fév - 19:17
 
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Aura Xilonen

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Gabacho

Ce premier roman d'Aura Xilonen expose le parcours de Liborio, jeune mexicain qui cherche à construire sa vie dans une ville du sud des Etats-Unis. De son travail dans une librairie à ses aventures (et déboires) d'apprenti boxeur, il efface pas à pas des obstacles pour combler des manques, le poids d'une solitude et l'absence de perspectives liée à son statut de migrant, "en marge" d'une société qui le contrait à se battre à chaque instant pour trouver une légitimité personnelle.

La violence, infligée et subie, est omniprésente dans Gabacho (titre provenant d'un mot exporté par les Français au Mexique au XIXème siècle, et qui désigne désormais les Américains aux yeux des Mexicains) et la créativité littéraire d'Aura Xilonen permet de la rendre à la fois bouleversante et fascinante, tout en soulignant la fragilité d'une humanité à la recherche d'elle-même. L'exercice de la traduction était aussi redoutable et l'ouvrage se dévoile avec beaucoup de fluidité, dans un mélange de "spanglish" et d'argots divers permettant de renouveler en permanence un souffle, une inspiration.

Gabacho émeut précisément grâce à la fougue et la ferveur d'une jeunesse dépassant les souffrances, les frontières...et ce même si le roman contient quelques longueurs et semble parfois trop ambitieux dans sa structure et ses péripéties.



mots-clés : #immigration #initiatique #solitude #violence
par Avadoro
le Ven 12 Jan - 16:26
 
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Panait Istrati

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Kyra Kyralina

1er tome du cycle «Les récits d’Adrien Zograffi »

Originale : Français, 1923

CONTENU :
Istrati nous emmene en voyage à travers la Roumanie et l’Orient entre la fin du XIXème et le debut du Xxème siècle, sur les traces de Stavrou, le vendeur de limonade. Une fois lancé, cet « honnête homme se revèle un conteur remarquable qui va alors parlé de sa vie. Dans ce premier tome des récits de son accolyte Adrien, nous entendons Stavrou parler de son chemin de croix qui le menera de Braila (alors la ville d’Istrati au bord de la Danube!) par Constantinople, Damas, Beyrouth et le Caire finalement vers ses contrées d’origine.
Il se rappelle de son enfance à coté de sa mère et sa sœurs bien-aimées, leur vies debridée et joyeuse, mais aussi leur chemin vers l’esclavage, ou au moins un prison d’or….

REMARQUES :
La biographie en tête de fil est légèrement à travers, car bien avant avoir été en Russie, Istrati avait été depuis la jeunesse pour ainsi dire sur les routes, ayant exercé des multiples metiers, ayant visité de nombreux pays. Il me semble que tous ces récits autour d’Adrien Zograffi se nourrit de ce vécu. A quel point tous les elemens sont alors aussi autobiographiques, je ne le sais pas, mais quelque part, sous certains égards, ce Adrien, ou alors ce Dragomir/Stavrou seront probablement des « alter ego » de l’auteur où il laissera parler ses expériences dans ces contrées.

Ce qui frappe le lecteur c’est le milieu pluri-ethnique et réligieux dans lequel Stavrou grandit et voyagera ! Des Arméniens, Roumains, Turcs et Grecs…, des Musulmans comme des Chrétiens se cotoient, et vivent dans un bon melange, voir connivence. Quel monde, partiellement disparu ! Et cela vers la fin du XIXème, le debut du XXème siècle. Pas si loin que cela !

C’est alors le recit d’un conteur, et quel conteur ! Stavrou grandissait aupès de sa mère et sa sœur, son père étant absent au moulin, à quelques kilomètres. Pas un couple d’amour… : quand le père vient de temps en temps, c’est pour battre la mère qui se protège comme elle peut. Mais celle-ci, et sa fille Kyra (donc sœur de Dragomir/Stavrou) ne sont pas des tristes figures : elles se réjouissent de la vie, vivent de la richesse héritée de la mère, reçoivent des adorateurs autour de fêtes, de danses, de soirées joyeuses… Mais le drame arrive, un assassinat du père et du frère terribles est comploté. On doit fuir et puis, de fil en aiguille, d’un endroit à un autre, Kyra sera enlevée en Harem, tandis que  Dragomir va enfiler des mes-aventures, souvent victimes de son innocence et de sa vie dorée jusqu’à là.

Des épisodes dramatiques et comiques, le lumineux et le triste, le sourire et les larmes s’ensuivent et sont jamais très éloigné. Comme Adrien le dit une fois, le narrateur le fait dans son personnage de Dragomir/Stavrou : « voir dans les abîmes de l’âme humaine ». Mais même si ces abîmes et la bassesse de l’être humain semblent parfois écrasant , c’est la bonté reçu et vécu qui comptera et suffira. Et donnera à une vie éprouvée une certaine forme de légèreté, d'acceptation dans la révolte ?!

Vous l’aviez compris ? Un récit, un épos entre mille-et-une-nuit, roman d’aventure et de voyage. Quel conteur exceptionnel ! Chapeau !

Et merci alors pour cette invitation à la découverte d’Istrati !!!

mots-clés : #initiatique
par tom léo
le Mar 19 Déc - 7:47
 
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Sujet: Panait Istrati
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Wallace Stegner

Oups, j'arrive trop tard pour topocl et son train..

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 97828510

The Big Rock Candy Mountain ( La bonne grosse montage en sucre)
traduit de l'anglais ( Etats- Unis ) par Eric Chédaille
Editions Phébus

Ce roman, traduit en 2002, a été écrit trente ans avant Angle d'équilibre. Mais il traite en fait du même thème, analysé avec peut-être moins de recul, et ça se comprend, trente ans de vie aident, quelquefois, à prendre du recul !
C'est une histoire très autobiographique, celle de la famille de cet écrivain américain mort en 1993.
Cette fameuse "candy mountain" représente ce qu'on appelle couramment le "rêve américain", partir de rien et arriver... à quoi, c'est autre chose !
La grande majorité des habitants de ce pays y aspiraient, en tout cas, en ce début de siècle dernier. De là à tous y aboutir....
C'est le récit d'une quête effrénée pour "réussir", en allant toujours plus loin et de manière toujours plus aventurière, du père, donc, de Wallace Stegner, un homme de l'étoffe des premiers pionniers, mais né un peu tard, peut être, alors que la fortune des pionniers est déjà faite, et qu'il ne reste que des miettes à grappiller dans des conditions toujours plus difficiles.

Cet homme traîne derrière lui sa famille, bien obligée de suivre et de s'adapter, sa femme (merveilleux hommage rendu à la femme dans son personnage de mère, le reste est beaucoup plus ambigu) et ses fils, de plus en plus révoltés par les sautes d'humeur d'un père éternellement sujet à des revers de fortune. Un des fils en mourra, et l'autre deviendra universitaire puis écrivain, et son histoire familiale lui servira de trame pour ce premier roman.
A la mort du père, ce fils va lui rendre une sorte d'hommage en écrivant :

"Harry Mason était et un enfant et un homme. Quoiqu'il fît jamais, à n'importe quel moment de sa vie, il fut, jusqu'en ses colères, un être mâle de bout en bout, et il fut presque toujours un enfant.
A une époque plus ancienne, en d'autres circonstances, il aurait pu être un individu montré en exemple par la nation toute entière, mais il n'eût été en rien différent. Il n'en fût pas moins resté un être humain au développement imparfait, un animal social immature ; or, plus la nation va de l'avant, moins il y a de place pour ce genre de personnage. Harry Mason vécut avec celle qui fut ma mère et que je révère pour sa bonté, sa douceur, son courage et sa sagesse. Mais j'affirme, en ce jour où sont célébrées les obsèques de cet homme, et en dépit de la haine que j'ai eue pour lui pendant de nombreuses années, qu'il possédait plus de talents, plus de ressources et d'énergie qu'elle. En affinant les qualités de ma mère, on arriverait à la sainteté, jamais à la grandeur. Ses qualités à lui étaient la matière brute à partir de laquelle se construisent les hommes remarquables. Quoique je l'aie toujours détesté, et bien qu'aujourd'hui je ne l'honore ni ne le respecte, je ne peux lui retirer cela..."

Dans des extraits d'entretiens publiés par le journal Libération en juin 2002, Stegner, parlant de la littérature, écrit :
"Penser qu'il y ait quelque chose de nouveau à dire, à mon sens, ne mène à rien. Ce qui importe, c'est la compréhension toujours plus approfondie de ce qui de tout temps a existé."


C'est ce que, je pense, il a essayé de faire au long de son oeuvre (du même auteur, toujours chez Phebus, deux très beaux romans d'un écrivain plus assagi sinon plus serein, "Vue cavalière" et "La vie obstinée").


mots-clés : #autobiographie #famille #initiatique
par Marie
le Dim 17 Déc - 21:30
 
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Sujet: Wallace Stegner
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Henri Vincenot

Le pape des escargots

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 51ipsh10

.
Sans la chaine de lecture de cette fin d'année , il est fort probable qu'il aurait accumulé des années de poussière à venir encore car il ne m'a jamais tenté .
Et au final , grâce à cet engagement j'en ressors plutôt contente .
Même si point trop n'en faut , au risque d'indigestion .
A travers un personnage haut en couleurs comme on le devine aisément avec le titre , Vincenot , avec son talent de conteur inimitable , nous balade dans les Hauts lieux de Bourgogne , dans la verte campagne , dans les cathédrales et les églises romanes , dans le parler du cru qui râpe aux encoignures , qui chante dans l'outrance d'une voix d'ivrogne-prophète-Gazette druidique syncrétique , poête troubadour , prophète en son pays , fou du roi mais pas de la reine ( misogynie atavique oblige ), hors du temps et de la raison des temps modernes , visionnaire , "entourloupeur" parce c'est plus marrant , érudit d'un mélange bizarrement digéré d'une science venue du fond des âges , de celle qui ne s'acquiert pas dans les livres mais se transmet dans un cercle fermé , mythomane une chouille ou plus  , manchot quand ça lui chante (souvent , ça protège de la pioche ) , lyrique plus qu'il n'en faut , sorcier -joueur- hâbleur -mendiant -troubadour .
Alors non ce n'est pas juste une histoire de terroir .
Non plus un conte initiatique .Ni une fable pour faire rêver rêver au coin du feu .
C'est une potée Bourguignonne , qui tient au corps , en apparence foutraque , mais puissamment enracinée dans divers savoirs , loin de notre inculture numérique , surgie de ces sources cachées que seuls les initiés peuvent interpréter .
Amateurs d'architecture et de sculpture , précipitez-vous , c'est le fil directeur de cette fable trublionne .
Et puis quand même les miracles Lève toi et marche sont au rendez-vous , qu'on en appelle à Dieu ou à Diable ou à La Vouivre , il serait dommage de passer son chemin !
J'essaierai de vous recopier des extraits , c'est décoiffant .

mots-clés : #historique #initiatique #nature #spiritualité
par églantine
le Mer 6 Déc - 13:02
 
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Sujet: Henri Vincenot
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George Sand

Merci Bédoulène pour l'ouverture de ce fil, même si George Sand est loin d'être dans l'air du temps (sinon pour être décriée, souvent de façon méprisante) !



Les Maîtres Sonneurs

1853, roman, 445 pages environ, divisé en 32 chapitres -ou, plus exactement, "veillées" et une préface-dédicace introductive.

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 Millet10
Jean-François Millet, Les scieurs de long (vers 1850-1852).




Vous trouverez le texte intégral ici.

Un éclairage contextuel peut paraître nécessaire, ou pas, d'où ce spoiler:
Spoiler:
Revenue...de tout, peut-on écrire, et revenue à son cher Nohant, cette maison du Berry étant peut-être sa seule fidélité inébranlable, en tous cas sa seule vraie stabilité, George Sand est, en 1853, une femme mûre (pour l'époque). Surtout une femme blessée, déçue, vivant des heures noires.

L'issue de la révolution de 1848 est défavorable, elle s'y était engagée avec passion, plume de pointe aux côtés des Lamartine, Michelet, Hugo, tous amis de longue date, et, pour l'un d'entre, eux, ex-amant.
Quittant Paris sous la menace et l'injure, elle retourne en Berry, où son fils Maurice est maire (chahuté, très contesté) de Nohant.  
L'élection de Louis-Napoléon Bonaparte porte un coup de grâce à son action. Il se trouve que, bien qu'il fût du camp opposé et qu'il mette en place, pour l'heure, ce qui n'est pas excessif de dénommer une dictature, George Sand le connaît très bien (qui ne connaissait-elle pas dans le tout-Paris de son époque, au reste ?), depuis les années de sa jeunesse.

Elle n'aura de cesse, tout en lui manifestant une glaciale hostilité, d'obtenir la grâce de personnalités exilées, souvent, il faut le dire, avec succès. Mais c'en est trop pour les Hugo, Michelet, Mazzini et consorts, exilés intransigeants qui l'en blâment ouvertement. Son action est autant mal interprétrée qu'utile, couronnée de succès, et elle jette l'éponge - laissant tomber dorénavant (et ce sera définitif) tout parti affiché, elle se retire sous les huées et les quolibets, opposante perdante pour le camp d'en face, et incomprise et rejetée dans son propre camp.
Quand on mesure son action politique à l'aune du temps, de l'ardeur, de l'argent dépensé "pour la cause" sans compter, de l'entregent, du courage, on se dit que tout cela est fort ingratement payé.

De plus, cette plaie vive suit la rupture d'avec Frédéric Chopin, qui fut toujours jugé trop aristocratique de goûts, de discours et de manières par les milieux communards, intervenue en 1847. Le prétexte à la brouille finale est que Chopin prend le parti de la fille de George Sand, Solange, lorsqu'elle s'unit au sculpteur Clésinger, au grand dam de George Sand. Il semble qu'en plus, Chopin était secrètement amoureux de Solange...

Après quelques courtes liaisons, elle entreprend une relation amoureuse qui s'avèrera plutôt longue, à l'aune de la durée des amours de George Sand, et qui se traduit par une vie commune qui en est à l'époque d'écriture des Maîtres Sonneurs à ses premiers mois, avec le graveur Alexandre Manceau, plébéien et plus jeune qu'elle de treize années.

Encore un de ces amours "maternants", qui jalonnèrent avec régularité son existence, sans doute un renvoi à sa propre enfance, entre un père peu connu pour cause de trépas accidentel et une mère à demi-folle, qui quittera Nohant en laissant la petite Aurore -la future George Sand- et Hippolyte "fils naturel du père d'Aurore" -on dirait aujourd'hui demi-frère de George Sand- aux bons soins de leur grand-mère paternelle, en d'autres termes sa belle-mère. Il n'est donc pas si singulier que ça que, dans ce roman, les enfants soient bien rarement élevés par le couple père-mère au complet, tout au contraire ils sont confiés, ou bien atterrissent dans le foyer qui les verra grandir suite à divers aléas que nous découvrons au fil de la lecture.

Je laisse le soin de l'analyse à plus pertinent que moi, mais je m'en voudrais de ne pas souligner une autre dimension, qui saute aux yeux: par ses nombreux amants, souvent talentueux au reste, en général plus jeunes et moins célèbres qu'elle ne l'est -du moins à l'époque du démarrage de ces liaisons, ça peut changer par la suite- elle s'affranchit du rôle, de la conception même de la femme mariée en son temps et en son lieu, renversant la proposition patriarcale en un matriarcat exigeant, ou plus exactement dans lequel elle tient, bien évidemment, les rênes. Mariton, comme Brûlette et Thérence, sont appelées à faire des unions d'amour, dans lesquelles elles ont le dernier mot et la situation toujours sous contrôle, à une époque où l'on prenait encore en règle générale "un parti intéressant", où l'attirance était secondaire par rapport à l'intérêt.  


George Sand écrit Les Maîtres Sonneurs avec une vitesse étonnante, en quelques semaines à peine. Premiers jets, sans doute, lors du dernier trimestre 1852 et les manuscrits nous révèlent, ce qui n'est pas sans intérêt, que le livre à l'état d'ébauche s'intitule "La mère et l'enfant", et commence à peu près au milieu de la version définitive des "Maitres Sonneurs". L'action se situe à la fin du XVIIIème siècle mais avant la révolution française.

Roman paysan, villageois et forestier, il emprunte son rythme et l'intitulé des chapitres en "veillées" comme celles où, bien sûr, l'on se réunit, et pour quelques décennies encore, à l'époque d'écriture de cet ouvrage, en milieu rural. Le conte de veillée est sûrement une dimension d'art populaire fascinante pour George Sand (je vais tenter plus loin d'exposer pourquoi).

Le narrateur est Etienne Depardieu, alias Tiennet, qui évoque en 1828 les années de sa jeunesse. La langue est magnifique, pleine d'emprunts patoisants, ou désuets, de tournures qui se veulent proche de l'oralité. Vraiment un régal. Ne pas s'embarquer, à mon avis, dans ce livre si l'édition n'est pas confortablement annotée. De surcroît George Sand entend témoigner d'un monde certes pas encore tout à fait passé alors, mais dont on sent confusément qu'elle sait qu'il est appelé sinon tout à fait à disparaître à brève échéance, du moins à se modifier.
Cueillir des instants qui ne seront peut-être plus, se remémorer un passé définitivement perdu à coup sûr, autant de thèmes très cher aux Romantiques, que la grande lectrice de Chateaubriand, l'amante de Musset et de Lamartine possède à merveille.
J'ajoute ceci: Avons-nous jamais été aussi proche des bohèmes de Nerval, dans le dessein poursuivi par George Sand ?

Tout part d'un trio, Joseph, alias "Joset l'ébervigé", au caractère égoïste et tourmenté, Brûlette, beauté de village, et donc Tiennet.
Ce sont de beaux jeunes paysans. George Sand tient, j'en suis persuadé, à montrer combien le peuple proprement dit est beau, sain. Y compris d'ailleurs les caractères d'aînés, les vieillards, etc...

Ils surprennent aussi par l'extrême profondeur de leurs sentiments, la finesse de leurs analyses et de leur comportement en société - leur psychologie aussi.
Une clef d'importance est que, selon George Sand, qui a beaucoup lu et de façon critique Rousseau étant jeune, le terroir façonne le caractère, la terre fait le paysan - juste à l'opposé de la toute-puissance, démiurgique pour ainsi dire, aseptisée et identique partout que nous lui imprimons aujourd'hui.

Au bout de ses introspections, Joset se découvre une attirance pour la musique. Il garde cela secret. Mais Tiennet découvre le secret. Joset, bien qu'amoureux, comme Tiennet de Brûlette, part vers son destin, chez les grands cornemuseux des forêts, en Bourbonnais, un autre pays, un autre terroir, et par conséquent d'autres caractères. Voyage typiquement initiatique. De longs mois plus tard, mandés par Huriel, muletier, homme de grands chemins et qui initiera en secret Joset à la musique dans le Berry, lui fournissant même son instrument (une cornemuse du Bourbonnais, d'une taille bien supérieure aux "musettes" usitées dans le Berry), Tiennet et Brûlette entreprennent le voyage vers les hautes forêts, le pays des bûcheux, des fendeux, des grands chantiers de bûcheronnage, de la vie en forêt et ses codes spécifiques, éloignés des lois qui régissent le royaume comme des habitudes berrichonnes, pour rejoindre un Joset malade et languissant...


Une petite recherche sur Frédéric Chopin plus loin, j'ai l'intuition qu'il y a du Chopin dans le caractère de Joset. Mais à petites touches dosées seulement.
George Sand, qui a reçu dès son enfance une solide éducation musicale, qui fut (brièvement) l'amante de Listz et (longuement) celle de Chopin, qui a connu, protégé et parfois lancé ce que Paris comptait de meilleur en termes de musiciens, de cantatrices etc... signe aussi là un livre sur la musique.

Mais pas celle des salons et des salles huppées de la capitale. Comme c'est encore elle qui en parle le mieux, voici ce que George Sand en dit dans une lettre:

Il y a une musique qu’on pourrait appeler naturelle, parce qu’elle n’est point le produit de la science et de la réflexion. Mais celui d’une inspiration qui échappe à la rigueur des règles et des conventions. C’est la musique populaire : c’est celle des paysans particulièrement. Que de belles poésies naissent, vivent et meurent chez eux, sans avoir jamais eu les honneurs d’une notation correcte, et sans avoir daigné se refermer dans la version absolue d’un thème arrêté!
Le paysan n’examine ni ne compare. Quand le ciel l’a fait musicien, il chante à la manière des oiseaux, du rossignol surtout dont l’improvisation est continuelle, quoique les éléments de son chant varié à l’infini soient toujours les mêmes.

Toujours est-il que l'on apprend que les "musiqueux" ruraux sont une pairie qu'on ne rejoint qu'en se faisant adouber, après avoir acquis une maîtrise certaine, et sur épreuves. Que l'âpreté, la concurrence sont vives, et qu'il faut se voir remettre formellement un territoire, ne pas empiéter sur celui d'autrui. La concurrence déloyale, les coups bas sont légion. Souvenons-nous que la cornemuse est, du moins je le crois, le seul instrument de musique à avoir jamais reçu le statut d'arme de guerre (en Ecosse)- c'est à vérifier, mais il me semble que c'est encore le cas de nos jours pour certains régiments britanniques dont l'origine se perd dans les brumes des Highlands.
George Sand nous montre vraiment un univers musical à part. A noter son insistance sur le thème du terroir qui façonne le paysan, traduit en terroir qui façonne l'artiste, son répertoire, sa "manière" et jusqu'à son instrument.
Et, même si son territoire est défini, il doit encore "performer" suffisamment pour prétendre vivre de ses talents musicaux. Il ne faut pas du tout situer "Les maîtres sonneurs" dans un univers de gentille fête champêtre un peu fleur-bleue. George Sand disait de Chopin qu'il parvenait à exprimer l'infini sur un seul instrument, elle le laisse aussi entendre pour les meilleurs d'entre les personnages de "sonneurs" et "musiqueux".

A noter, cela me paraît important, qu'on en est aux balbutiements de l'intérêt pour le patrimoine folklorique -donc populaire - (le mot "folklore" date d'ailleurs de ces années-là), et par conséquent George Sand est, encore une fois, "en pointe".  
A titre tout à fait personnel, je n'hésite d'ailleurs pas une seconde à qualifier l'intérêt, qui perdure toujours, pour le patrimoine intangible, non matériel en général, d'apport imprévu du romantisme.

On trouve aussi deux belles narrations de luttes entre duettistes à la loyale -surtout une, la première, les deux impliquant Huriel, bien que la seconde soit d'un enjeu et d'une intensité dramatique bien supérieurs à la première, qui est un bon chauffage d'oreilles entre garçons ayant querelle à vider. A celles-ci il faut ajouter une bataille rangée nettement plus fantaisiste.
Mais, pour ce qui est des deux affrontements entre duettistes, narrer une bagarre est un casse-tête d'écrivain, il y a peu de conventions, c'est très difficile à rendre, et comment le faire en suggérant la vitesse d'exécution des mouvements ?
Le plupart du temps, les auteurs ont recours a des expédients, à de bonnes grosses ficelles, donnant peu de crédit à ces scènes. Ce qui sera fait en bonne partie pour le second affrontement.
En dépit de cela, George Sand épate quand même dans cet exercice particulier.
Certes, elle connaît. On se souvient qu'enfant, à Nohant, elle était davantage coups de poings avec les garçons que crêpages de chignons avec les filles, et elle connaît à merveille les us et coutumes non écrits qui régissent ces joutes. La bagarre, l'affrontement physique, dans la mesure où il est loyal et justifié, n'est pour George Sand ni un fléau bestial, ni même un pis-aller sordide, mais la manifestation d'une loi naturelle (loi prise dans un sens rousseauiste, donc) en somme quelque chose de primitif et spontané, ce qui pare ces duels d'une certaine respectabilité.  

Quelques généralités pour finir:
En voulant restituer un parler paysan, la gageure consiste à le faire tout en maintenant une lecture alerte, adaptée à la trouvaille chapitres=veillées. Ce tour de force est réussi avec brio, je vais même plus loin: tout empli de termes peu usités ou déjà surannés ou locaux, dès la date d'écriture, ce livre a pourtant, c'est fort paradoxal, une très grande fraîcheur, et n'est jamais empâté, encore moins pompeux, écueils pourtant difficiles à éviter si l'on recherche la tournure pittoresque et le mot rare.    

George Sand maîtrise l'art du romancier à merveille, je crois que même ses détracteurs et ceux qu'elle indiffère lui reconnaîtront sa qualité de calibrage et de peinture, elle sait relancer l'intérêt du lecteur sans faire du stimuli en continu, sa plume a sa joliesse et n'est jamais du "rentre-dedans".
Ici, elle nous amène à un dénouement qui conserve sa part d'imprévisibilité jusqu'aux toutes dernières "veillées". A noter qu'elle écrit là un roman qui -du moins est-ce mon avis- est susceptible d'entrer parfaitement parmi les ouvrages de littérature pour adolescents, j'espère, sinon je m'y suis mal pris, avoir indiqué quelques autres niveaux de lecture, et, bien entendu, il reste beaucoup d'autres pistes et niveaux que je n'ai pas effleurés !


Un extrait, choisi pour son absence de vocabulaire rare ou inusité, ainsi que de tournures patoisantes ou singulières:
Troisième veillée a écrit:Après avoir pataugé assez longtemps pour en avoir chaud, malgré que la soirée fût bien fraîche, je me trouvai dans des fougères sèches, si hautes, que j’en avais jusqu’au menton, et en levant les yeux devant moi, je vis, dans le gris de la nuit, comme une grosse masse noire au milieu de la lande.

Je connus que ce devait être le chêne, et que j’étais arrivé au fin bout de la forêt. Je n’avais jamais vu l’arbre, mais j’en avais ouï parler, pour ce qu’il était renommé un des plus anciens du pays, et, par le dire des autres, je savais comment il était fait. Vous n’êtes point sans l’avoir vu.
C’est un chêne bourru, étêté de jeunesse par quelque accident, et qui a poussé en épaisseur; son feuillage, tout desséché par l’hiver, tenait encore dru, et il paraissait monter dans le ciel comme une roche.

J’allais tirer de ce côté-là, pensant que j’y trouverais la sente qui coupait le bois en droite ligne, lorsque j’entendis le son d’une musique qui était approchant celui d’une cornemuse, mais qui menait si grand bruit, qu’on eût dit d’un tonnerre. Ne me demandez point comment une chose qui aurait dû me rassurer en me marquant le voisinage d’une personne humaine, m’épeura comme un petit enfant. Il faut bien vous dire que, malgré mes dix-neuf ans et une bonne paire de poings que j’avais alors, du moment que je m’étais vu égaré dans le bois, je m’étais senti mal tranquille.

Ce n’est pas pour quelques loups qui descendent, de temps en temps, des grands bois de Saint-Aoust dans cette forêt-là, que j’aurais manqué de cœur, ni pour la rencontre de quelque chrétien malintentionné. J’étais enfroidi de cette sorte de crainte qu’on ne peut pas s’expliquer à soi-même, parce qu’on ne sait pas trop où en est la cause. La nuit, la brume d’hiver, un tas de bruits qu’on entend dans les bois et qui sont autres que ceux de la plaine, un tas de folles histoires qu’on a entendu raconter, et qui vous reviennent dans la tête, enfin, l’idée qu’on est esseulé loin de son endroit; il y a de quoi vous troubler l’esprit quand on est jeune, voire quand on ne l’est plus.

Moquez-vous de moi si vous voulez. Cette musique, dans un lieu si peu fréquenté, me parut endiablée. Elle chantait trop fort pour être naturelle, et surtout elle chantait un air si triste et si singulier, que ça ne ressemblait à aucun air connu sur la terre chrétienne. Je doublai le pas, mais je m’arrêtai, étonné d’un autre bruit. Tandis que la musique braillait d’un côté, une clochette sonnait de l’autre, et ces deux résonances venaient sur moi, comme pour m’empêcher d’avancer ou de reculer.
Je me jetai de côté en me baissant dans les fougères; mais, au mouvement qui s’ensuivit, quelque chose fit feu des quatre pieds tout auprès de moi, et je vis un grand animal noir, que je ne pus envisager, bondir, prendre sa course et disparaître.

Tout aussitôt, de tous les points de la fougeraie, sautèrent, coururent, trépignèrent une quantité d’animaux pareils, qui me parurent gagner tous vers la clochette et vers la musique,
lesquelles s’entendaient alors comme proches l’une de l’autre. Il y avait peut-être bien deux cents de ces bêtes, mais j’en vis au moins trente mille, car la peur me galopait rude, et je
commençais à avoir des étincelles et des taches blanches dans la vue, comme la frayeur en donne à ceux qui ne s’en défendent point.
Je ne sais par quelles jambes je fus porté auprès du chêne; je ne sentais plus les miennes.

Je me trouvai là, tout étonné d’avoir fait ce bout de chemin comme un tourbillon de vent, et, quand je repris mon souffle, je n’entendis plus rien, au loin ni auprès; je ne vis plus rien, ni sous l’arbre, ni sur la fougeraie; et je ne fus pas bien sûr de n’avoir point rêvé un sabbat de musique folle et de mauvaises bêtes.
Je commençais à me ravoir et à regarder en quel lieu j’étais. La branchure du chêne couvre une grande place herbue, et il y faisait si noir que je ne voyais point mes pieds; si bien que je me heurtai contre une grosse racine et tombai les mains en avant, sur le corps d’un homme qui était allongé là comme mort ou endormi.

Je ne sais point ce que la peur me fit dire ou crier, mais ma voix fut reconnue, et tout aussitôt celle de Joset me répondit :
– C’est donc toi, Tiennet ? Et qu’est-ce que tu viens faire ici à pareille heure ?



(Musé d'un message du 26 avril 2015 sur Parfum)


mots-clés : #initiatique #nature #xixesiecle
par Aventin
le Jeu 30 Nov - 11:53
 
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Sujet: George Sand
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Alessandro Baricco

La Jeune Épouse

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 La-jeu10

Où la découverte, par une jeune promise, d’une famille unie contre l’infélicité au cours d’interminables petits-déjeuners et autres contraintes ludiques et baroques, contre la nuit considérée comme mortelle, dans une maison où les livres sont absents, inutiles voire nuisibles à l’écoute de « tout [qui] est déjà dans la vie ».
Ce sont la Mère, aux raisonnements sibyllins, le Père, débonnaire et sans grande intranquillité malgré ou grâce à son « inexactitude de cœur » (et Comandini le pragmatique, son délégué en affaires), l’Oncle (en fait un inconnu mystérieusement adopté par la Famille) qui ne sort de son somme perpétuel que pour de pertinents oracles, la Fille bancroche et belle, le Fils enfin, absent, sur le retour et/ou disparu…

« Ils étaient ainsi faits : ils ignoraient la succession des jours, car ils visaient à n’en vivre qu’un, parfait et répété à l’infini. Pour eux, le temps était donc un phénomène aux contours flous, qui résonnait dans leur vie telle une langue étrangère. »

« Mais quand il fallait parler, elle [la Mère] ne perdait pas de temps à choisir son interlocuteur : sans doute pensait-elle s’adresser au monde, en parlant, une erreur que beaucoup commettent. »


Le lecteur découvre graduellement les secrets de cette famille à la fois fantasque et tout en retenue, au cours d’un récit au style inventif et lyrique, sensuel, superbe d’esprit, de brio et de charme, qui donne une large part à l’observation psychologique, à l’introspection, à l'humour et à l’érotisme (d’un point de vue essentiellement féminin ; c’est aussi le roman d’initiation sexuelle de l’héroïne).
J’ai savouré le côté orchestral, théâtral (le majordome Modesto et ses messages tussifs, le tailleur Baretti et son épique Index des « accidents » de la poitrine de la Mère).
Dans un élégant « glissement momentané de narrateur », ce dernier s’identifie parfois à tel personnage, parfois parle en tant que l’écrivain, celui-ci incapable de comprendre et d’ordonner les éléments de son existence alors qu’il le fait dans ses romans.
Après de surprenantes révélations, la famille va partir comme de coutume en villégiature estivale : l’histoire s’égare dans des parenthèses sur l’existence confuse du narrateur/ auteur et la création littéraire, digresse dans un délire teinté de surréalisme et d’absurde ; lors de la préparation du départ, des bruits et réponses sans leurs questions sont enfermés dans des tiroirs, ce qui peut rappeler les « parolles gelées » de Rabelais.

« Le fait est que certains écrivent des livres et que d'autres les lisent : Dieu seul sait qui est le mieux placé pour y comprendre quelque chose. »

« Car en définitive, la seule phrase qui pourrait traduire précisément l’intention spécifique de celui qui écrit n’est jamais une phrase, mais le résultat stratifié de toutes les phrases qu’il a d’abord conçues, puis écrites et enfin conservées en mémoire : on devrait les poser l’une sur l’autre, ces phrases transparentes, et les considérer dans leur ensemble, tel un accord musical. C’est ce que font la mémoire et sa nébulosité visionnaire. »


Sorte d’allégorie dramatique, de fantaisie mélancolique et de virtuose rêverie, je comprends le doute d’Avadoro devant ce conte troublant, déroutant, sans grand-chose de précis ou d’univoque, dont le décousu peut laisser perplexe, et même décevoir. Sans doute faut-il se laisser bercer sans trop raisonner (ce roman présente beaucoup de connotations aquatiques, musicales).
L’extrait suivant explicite peut-être quelque peu le propos de l’auteur (veuillez noter l’accent shakespearien de la dernière phrase) :

« Ce qu’il avait à me dire, c’est que la trame de destins que le métier de nos familles avait tissée était parcouru d’un fil primitif, animal. Et que nous avions beau chercher des explications plus élégantes ou artificielles, notre origine à tous était gravée dans les corps en lettres de feu ‒ qu’il s’agisse d’une inexactitude de cœur, du scandale d’une beauté imprudente ou de la brutale nécessité du désir. C’est ainsi qu’on vit dans l’illusion de recomposer ce que le geste humiliant d’un corps ou son geste splendide a bouleversé. On meurt, après un dernier geste splendide du corps, ou un geste humiliant. Tout le reste n’est qu’un ballet inutile, rendu inoubliable par des danseurs merveilleux. »


Une sorte de ronde de la vie, d'un individu à l'autre, dans un déterminisme génésique et sans libre-arbitre (comme chez Max Ophüls)...
La fin, inattendue comme tout dans ce livre, se non-termine par une reprise (peut-être kierkegaardienne, en contrepoint de l'éternel retour nietzschéen).

« C’est par la répétition des gestes que nous arrêtons la course du monde. »

« Elle savait donc qu’il n’y a pas mille destins mais une seule histoire, et que l’unique geste exact est la répétition. »


Délectable !
mots-clés : #famille #initiatique #sexualité
par Tristram
le Ven 10 Nov - 20:26
 
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Sujet: Alessandro Baricco
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Gunnar Gunnarsson

Nuit et Rêve


Originale : Natten og drømmen (Danois, 1926)

CONTENU : Il s'agit du troisième tome (de cinq dans l'originale) de la saga d'inspiration autobiographique de l'auteur islandais. De ces premiers tomes j'ai parlé plus haut. Le fil de narration reprend là, où le deuxième tome s'est achevé : après la mort de la mère, c'est l'arrivée d'une belle-mère dans la maison d'Uggi. Dans les premiers pages il décrit le matin de son neuvième anniversaire... et la narration va nous conduire jusqu'à ses 18 ans et son départ vers le Danemark, pour des études dans une école.

REMARQUES :
Le livre se divise en douze chapitres, qui sont encore sous-divisés par des unités de sujets, thèmes divers, indiqués par une séparation de quelques points (dans mon édition allemande des années 20).

Le roman autobiographique est très chronologique et construit simplement, sans trop d'artifices. L'histoire nous est raconté par un narrateur, parlant de son propre passé assez lointain, son enfance, sa jeunesse dans une Islande rurale, assez dure, simple.

Si les deux premières parties avaient été empreintes de souvenirs d'enfance presque romantiques, se terminant avec la mort de la mère, nous trouvons dans ce tome à la suite de ce recit des descriptions beaucoup plus marquées par des expériences dures, tristes. Ainsi la nouvelle femme du père va être difficilement adoptée par les enfants et Uggi doit se retenir fortement pour ne pas exprimer son malaise. Seulement après beaucoup d'années il semble reconnaître les efforts de sa belle-mère et commence à l'apprécier. Mais une certaine innocence a disparu et le deuil de sa mère, une solitude et le sentiment d'un monde perdu marquent ces années après sa mort. S'ajoutent encore d'autres séparations : le départ d'amis pour le plus ou moins lointain, le refus d'un premier amour.

On trouvera les descriptions des travaux plus ou moins quotidiens ou exceptionnels ; les achats dans la prochaine bourgade ; les cours temporaires à l'école de la ville et l’hébergement là-bas ; le naufrage d'un bateau et comment on videra la cargaison etc
Et à coté de tout ce travail très prenant le désir d'aller plus loin dans l'apprentissage qui est perçu comme une concurrence qui va enlèver des mains tant utiles de la ferme dans des périodes d’appauvrissement. Et les premières tentatives d'écriture, la découverte aussi de la lecture....

Et bien sûr nous continuons à trouver des descriptions impressionnantes de la (force de la) nature : on vit en et avec elle, des fois comme partenaire, des fois comme un jouet face aux éléments. J'ai lu en allemand, mais dans ces scènes il me semble que la langue de l'écrivain devient des fois grandiose et nous tire avec lui. Bon, certains pourraient la trouver un peu pathètique, contenant des anciennes tournures et idées, mais ce livre se meut souvent entre  nuit et rêve, entre réalité dure et espoir, lumière. Dans ce mélange de réalisme et d'humanisme Gunnarsson rappelle vraiment un peu un certain Maxime Gorki, ou aussi, de point de vue de style, de langue, des fois à l’œuvre de Knut Hamsun ou Ernst Wiechert.

Donc recommandation (de ma part) pour les amateurs de ces auteurs et un recit qui se situe dans l'environnement nordique, islandais !


mots-clés : #autobiographie #initiatique #viequotidienne
par tom léo
le Mar 7 Nov - 22:23
 
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Sujet: Gunnar Gunnarsson
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José Carlos Llop

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 Stein10

Le rapport Stein

Dans ce collège de jéuites, tout est gris, morbide, sinistre.
Les enseignants règnent par la peur. Ils forment une hiérarchie, sourdement antagoniste mais fermée.

On est à la fin des  années 60 dans un port, et Franco est encore vivant.
Le narrateur est un ado trop sensible qui se sent prisonnier d' un univers clos
et incompréhensible.
Que ce soit au collège ou dans sa famille de bourgeois aisés.
Sa famille, c' est son grand père et sa grand mère maternels.
Les parents, la mère, le père sont absents.
De temps en temps, ils envoient des cartes postales que l' enfant à le droit
de lire.
Et de regarder les timbres.
Il n' en saura pas plus. Ils sont ailleurs, toujours ailleurs.
C' est tout.

Un jour, arrive au collège un drole d' oisaeu, coloré comme eux. Alors que tous les autres élèves sont vétus de gris.
Il est perçu comme un corps étranger et pris pour cible tant par les maitres
que par les élèves.
Pour le narrateur, au contraire, il est une bouffée d' air frais et de mystère.
Il semble désinvolte, libre d' allure.
Et c' est plus qu' il n' a jamais connu.

Ils deviennent amis et  Stein invite le jeune garçon chez lui.
Ce qu' il vivra et verra alors sera tellement nouveau, inattendu et  bouleversant pour lui que sa vie
en sera marquée à jamais.

Les questions qu' il se posait vont connaitre des réponses, plutot amères et
décevantes.
Mais il se sent désormais pret à les assumer.

"Et tandis que nous entrions dans la ville... j' ai pensé à Guillermo Stein comme on pense à une ombre ; je me suis rendu compte que je ne savais
rien de Guillermo Stein...
Et alors j' ai pensé que c' était peut etre ça la vie, ne rien savoir de personne : ne rien savoir de personne, pas meme de soi-meme, et vivre  comme si on savait."


mots-clés : #initiatique
par bix_229
le Lun 6 Nov - 18:54
 
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Sujet: José Carlos Llop
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William Faulkner

"l'intrus"

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 Cvt_li11



Sujet : Un vieux Noir est accusé du meurtre d'un Blanc par balle, dans le dos. Tous les Blancs de la ville voulant le pendre et le brûler le shériff l'arrête et le met en prison. Un jeune Adolescent Blanc qui a une dette envers cet homme (dette de honte) va à sa demande, avec l'aide de son serviteur Noir adolescent lui aussi et d'une vieille Dame Blanche âgée, commettre un acte impensable. Acte qui conduira à sauver la vie de l'accusé.

A travers cette histoire de meurtre l'auteur évoque bien au-delà du racisme, l'individu, la foule(la Face monstrueuse), la haine de celui qui est différent, la division Nord/Sud. Le droit à chacun de pouvoir vivre sa vie dans la sérénité.


Extraits

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 I110

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 I210
Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 I310


(commentaire rapatrié, lecture ancienne)


mots-clés : #initiatique #racisme #segregation
par Bédoulène
le Dim 5 Nov - 8:54
 
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Sujet: William Faulkner
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Réjean Ducharme

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 Nez10

Le nez qui voque


Une préface en pied-de-nez,  qui consiste à lister quelques mots glanés dans les œuvres d’ auteurs, philosophes voire anonyme,  que l’auteur conclut ainsi : Je ne suis pas un homme de lettres. Je suis un homme.

L’histoire : Deux adolescent Mille Milles 16 ans et 8 ans, Chateaugué 14 et 6 ans. Oui car Ils veulent demeurer dans l’enfance, surtout MM qui  sent qu’il va devoir lâcher la main de l’enfant de 8 ans qu’il traîne. Chateaugué elle suit MM depuis leur petite enfance.

« Est-ce que c’est vrai qu’elle est encore une petite fille de 6 ans ? Mille Milles lui fait exprès. Mille Milles triche, Chateaugué triche-t-elle ? On dirait qu’elle ne triche pas. Même le poil sous ses bras, blond comme sa peau, à l’air enfantin, en joué, inoffensif ; doux et innocent comme l’agneau naissant. »

Comment ne pas devenir adulte ? ils décident de se « branle-basser » (conprenez suicider).

MM est écoeuré par la sexualité qui s’est éveillée en lui. Il est devenu un « hortensesturber » (il se masturbe quoi !) Rien que de très naturel en somme à son âge « Depuis que le sexuel est en moi, je suis écoeuré, je suis infect envers moi-même et pour moi-même. Je ne suis plus pur, voilà pourquoi je me tue. Voilà pourquoi je ne peux plus souffrir mon mal de l’âme, voilà pourquoi je pense que je ne vaux plus la peine que j’ai mal. »

MM confie à son cahier ses états d’âme,  disant tout et son contraire, décortiquant ses problèmes existentiels.

A vivre tous les jours ensemble, il s’aperçoit que Chateaugué  le trouble.  Elle aussi  grandit, il s’en étonne parfois.

« Est-ce l’écoeurant désir, le désir inavouable, invisible, inaudible, trop bien refoulé, bien noué dans son sac, le désir de jouer avec elle au monsieur et à la madame ? »

« Avant je pensais à l’Alaska, au Labrador, avant qu’elle soit ici. Depuis qu’elle est ici, je ne peux plus penser qu’à sa géographie. »

« Chateaugué arrête de rire, baisse la tête, cache ses yeux avec ses paupières. Soudain, d’un coup de paupières et d’un coup de tête, elle me saisit avec ses yeux, elle m’empoigne avec son regard, elle me demande quelque chose avec la couleur de ses yeux  dans une langue que je ne connais pas. Elle ne m’a jamais regardé de cette façon-là. »

Alors que MM qui a rencontré une femme, mère de famille et que celle-ci par sa désinvolture,  son attention  l’aidera à révéler l’ adulte,  Chateaugué, elle a un besoin vital de MM.

« Questa vient se rasseoir sur mes genoux. Peu à peu, la chair abondante et molle de ses fesses chauffe mes genoux. Elle est lourde. Je la porte comme il se doit, comme un homme, comme un mâle, sans me plaindre, avec orgueil. Je me sens rougir de fierté virile. Il y a dans la surabondance de chair des fesses des femmes, quelque chose de bon, de généreux, de nourricier, de secourable. De tout temps les hommes ont été attendris et alléchés par les fesses des femmes. »

MM s’interroge encore : « Je ne sais plus par quel bout prendre la vie, prendre la mort. Je ne comprends plus du tout. »

Et il décide de choisir la vie, la joie. Ce qu’il tente d’expliquer à Chateaugué :

« De quoi as-tu besoin si tu as la joie ?
Elle s’empresse de répondre, de sa voix et de ses yeux les plus doux et les plus tristes.
- De toi Mille Milles. J’ai besoin de toi. Tu peux dire ce que tu veux : ça ne change rien. Je n’ai que toi. Mais ça ne te fait pas grand-chose. Ça te fait rire. Ça te fait rire ! Tu ne peux pas le nier : tu viens de te tuer à me prouver que tout ne peut que te faire rire. »


Chateaugué  refuse cette « trahison »; d’autant que MM exige qu’elle ait une chambre à elle,(depuis quelque temps, en effet tous deux travaillent, ils sont « utiles à la société comme le dit MM) ce qui déclenche un tsunami d’émotions chez elle. Mais MM ne cèdera pas :

« A mon âme défendant, mon corps désirait le corps presque nu et presque anonyme qui ruait dans je ne sais plus quels brancards. Au fond de moi je me fichais pas mal de l’amitié. Je regardais Chateaugué et je me regardais. Plus je nous regardais, plus je pensais que tout était en péril, que cela ne pouvait plus durer.  Si je lui disais de rester, les  richesses que nous avions été allaient sombrer, les merveilles que nous avions été allaient sombrer dans la cochonnerie, le ridicule, le remords et la haine. »

Seule, elle se retrouve seule et un évènement lui permettra de mesurer ce qui les lie ou se délie entre eux.

« Je te jure, Mille Milles, que si je t’avais vu perdre connaissance, j’aurais eu tellement peur de te perdre que je n’aurais eu peur de personne, que personne n’aurait été capable de m’arrêter. »

Les deux adolescents continueront à déjeuner ensemble dans les restaurants, à se promener, mais leur approche est trop différente.

« Mon regard cherchait à s’enfoncer entre les genoux serrés d’une femme, goûtait à sa peau tendre, allait au-delà, atteignait la pulpe fraîche. »

« Il m’en est bien passé par la tête. J’ai quitté mon banc vert. J’ai pris mon cœur à deux mains. Je lui ai dit que je l’aimais à tout casser. «  [….]Je riais avec elle, mais je n’avais pas le goût de rire. J’avais la bouche trop engourdie. J’avais la bouche habitée, pleine, pleine de feu. Elle n’y a vu que du feu…


Si MM, comme il l’a dit « a triché », Chateaugué elle ne trichera pas avec la vie, ni avec la mort.

***

Encore une fois, même si j’ai trouvé quelques longueurs, les mots de l’auteur m’ont accrochée. Ducharme dévoile par le choix de ses sujets, des hommes et des femmes en rupture avec la société, les délaissés,  beaucoup d’empathie.
Les désarrois, les découvertes des adolescents sont bien décrits même s’ ils restent  incompréhensibles à l’adulte, souvent.



Extraits de plus :

Car MM hait les automobiles et les hommilistes (automobilistes)

« Une automobile rouge, une petite européenne fringante, plus jalouse encore que les autres de son droit de passage, glissait de côté à toute allure en criant victoire de tous ses pneus et s’abattait sur Chateaugué. »
« Devenir adulte c’est entrer, être pris de plus en plus dans le royaume du mal. Même quand il ne fait rien l’adulte vous dit qu’il est occupé. Il est occupé par le mal, investi par la douleur morale. »
« De nouveau je suis seul. Je regarde l’absence de Chateaugué se promener entre les meubles. »




mots-clés : #enfance #initiatique
par Bédoulène
le Dim 29 Oct - 15:19
 
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Sujet: Réjean Ducharme
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Chigozie Obioma

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 41fe6m10

Les Pêcheurs

Chigozie Obioma a fait fort avec Les Pêcheurs. Un superbe roman, poétique à certains moments et cruel le plus souvent, où s’entremêlent les imprécations d’un vieux fou, les superstitions, les croyances très ancrées qui mènent à la tragédie. L’histoire se déroule à Akure, au Nigeria - la ville natale de Chigozie Obioma - de la communauté igbo. Le récit se déroule dans les années 1990.

Le père des six enfants, cadre à la Banque centrale du Nigeria, est muté à Lagos, laissant et délaissant son épouse et ses six enfants à Akure. C’est une famille plutôt nantie. Les quatre aînés, Ikenna, Boja, Obembé et Benjamin n’ont pas l’intention de perdre leur temps avec des camarades de classe ou du voisinage qui ne semblent pas les accepter vraiment. Ils n’ont pas non plus l’intention de s’ennuyer dans leur coin. Le père est parti, la mère est occupée. Ils vont aller pêcher dans le fleuve Omi-Ala pas loin d’ici. C'est une très bonne idée d'Ikenna.

Le fleuve et ses rives ont la réputation d’être maudits depuis le temps de la colonisation, et malgré les interdits de s’y rendre, ils vont s'y rendre tous les jours, la pêche étant devenue une vraie passion, même s'ils ne ramènent que des têtards. Malgré le voisinage de commères et autres langues pendantes qui s’empressent de tout dénoncer à leurs parents. Le narrateur, Benjamin, raconte :

« De notre côté, nous nous contentions de recueillir des têtards dans nos boîtes de soda. J’adorais les têtards, leur corps lisse, leur tête surdimensionnée et leur apparence presque informe, telles des baleines miniatures. […] Parfois nous ramassions des coraux ou les coquilles vides d’arthropodes morts depuis longtemps. »


Sur le chemin, ils rencontrent et abordent le vieux fou, Abulu, qu'ils n'avaient jamais vu avant, une sorte de prophète malfaisant et sale, devenu une menace pour la population d’Akure.

« Tandis que nous le regardions, le fou leva les mains et les garda dressées, bizarrement, silencieusement, en un geste sublime qui me frappa de terreur. »


Abulu a la réputation de voir ses prophéties se réaliser à chaque fois. Et en effet, à chaque fois qu’il annonce la mort prochaine à quelqu’un, elle vient à coup sûr. Et Abulu prédit à Ikenna sa mort prochaine, comme une promesse… [je n’en dévoilerai pas trop quand même].

« Le plus troublant chez Abulu, c’était sa capacité à percer le passé des gens autant que leur futur, au point souvent de démanteler l’empire illusoire des âmes, de retirer le suaire du cadavre des secrets enfouis. Avec un résultat toujours sinistre. »


Dans toute l’Afrique, et ailleurs bien sûr, ce type de croyances est toujours très répandu et vivace. Quand le « mal » est lancé, rien ne peut plus l’arrêter. Les victimes prennent les mots au pied de la lettre, y croient dur comme fer, donnant tout pouvoir au prophète fou, et se positionnent aussitôt en victime, et la peur, tenace, est un moteur puissant pour aider à concrétiser ce type de malédiction. Sans cette rencontre maudite au bord du fleuve, la mort ne serait sans doute pas survenue... Ensuite tout s'enchaîne...

Abulu le maudit, Abulu le crasseux prédit à Ikenna qu’il sera tué par un pêcheur, et que ce pêcheur sera l’un de ses frères. Si Ikenna n’a pas tout entendu parce qu’un avion passait à ce moment-là, son frère Obembé, lui, a bien enregistré le message et saura le restituer à Ikenna qui l'exige de suite. La peur, intense, que la prophétie se réalise s'intensifie chaque jour un peu plus, et la méfiance entre les frères s’exacerbe jusqu’à devenir invivable... Ikenna soupçonne Boja. Boja le rassure… Ikenna s’apaise, puis ça revient comme une maladie… car ils ont mordu dans cette dangereuse chimère.

Le pouvoir des mots est d’autant plus puissant que, dans la région d’Akure, le dialecte yorouba est utilisé, l’anglais étant la langue véhiculaire réservée plutôt aux étrangers, sortis de la région. La force des mots dans la langue d'origine est encore plus intense.

« Car la prophétie, telle une bête furieuse, était incontrôlable et détruisant son âme avec toute la férocité de la folie, décrochant les tableaux, cassant les murs, vidant les placards, renversant les tables jusqu’à ce que tout ce qu’il connaissait, tout ce qui était lui, tout ce qu’il était devenu ne soit plus qu’un chaos. Pour mon frère, la peur de mourir comme l’avait prédit Abulu était devenue palpable, une cage dont il était irréversiblement captif, un monde au-delà duquel plus rien n’existait. »


En fond, Chigozie Obioma nous baigne également dans la politique dictatoriale, les partis au pouvoir à l’époque, ceux qui veulent le prendre, puis la guerre civile de 1969 est évoquée, ainsi que les élections prochaines, les troubles dans la rue, etc.

Le rêve du père de voir ses enfants réussir dans des professions au statut social valorisant s’écroule.

La suite du récit est celle d’une vengeance par les deux plus jeunes des quatre frères aînés. La suite logique, donc, de cette malédiction qui a mené toute une famille au malheur, au chaos.

C'est pour moi un livre magnifique, et même une petite merveille ! Un roman anthropologique !
Nous ne sommes pas dans le réalisme magique, mais dans la réalité de la magie, la magie comme une noirceur qui tue, et qui existe encore aujourd'hui.

mots-clés : #contemporain #famille #initiatique
par Barcarole
le Ven 27 Oct - 23:36
 
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Sujet: Chigozie Obioma
Réponses: 11
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Malcolm Lowry

Ultramarine
Titre original éponyme, roman, 220 pages environ, 6 chapitres non intitulés, paru en 1933.
Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 Ultram10
Un exemplaire de la première édition, publiée par Jonathan Cape en Angleterre.

Dès avoir pris connaissance du thème, et tourné les premières pages, on se dit: "houlà !"
Allons donc, voici un certain Malcolm Lowry, jeunot, inconnu, qui s'attaque à un roman largement autobiographique, ayant trait à la mer et à la navigation en équipage, à une date à laquelle les Melville, Stevenson, Conrad, Loti et consorts sont encore largement lus !

Et il aggrave de son cas: de surcroît il pose les questions rebattues à l'excès de l'accomplissement du jeune homme de bonne famille en homme, grâce aux humiliations et au travail de bord, dans le sillage d'un "Capitaines Courageux" de Kipling, par exemple (livre, au reste, cité dans "Ultramarine"), pour rester dans la littérature de gens de mer, et s'il faut sortir de celle-ci nous dirions que c'est là un thème littéraire dont on ne dénombre plus ceux qui s'y sont essayé, à toutes les époques.
Bref: un sujet-bateau (Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 1038959943  je n'allais pas la laisser passer, celle-là).

Ultramarine narre 48 h dans la vie d'un jeune marin, pas qu'un peu moins qu'un matelot, qu'un chauffeur ou qu'un lampiste:
Un mousse. Le plus bas de l'échelle.
Dana Hilliot (c'est son nom, = Idiot ?) est à l'âge du basculement de l'état adolescent à celui d'adulte: à l'évidence ce voyage sera initiatique.
De lui, on sait des origines norvégiennes, un rapport trouble, pas réglé à ses parents et ascendants, sur lesquels il fabule, on n'est pas loin de la mythomanie, mais plutôt dans un sens abaissant envers ceux-ci.
On lui sait une idylle, un amour chaste et pudique, envers une jeune fille, Janet, anglaise, de son milieu social, et Dana va tenter de maintenir pur cet amour, un peu fleur bleue, en dépit des aléas et habitudes inhérents au métier de marin au long cours.

Le bateau lui-même porte le nom d'Œdipus Tyrannus, rien que ça n'est-ce pas, tout un programme !
Pour l'anecdote Lowry, dans la première édition d'Ultramarine, l'avait nommé "Nawab".  
Œdipus Tyrannus, c'est le nom que Lowry donnera au bateau sur lequel Hugh, le demi-frère de Geoffrey Firmin, embarquera pour faire, lui aussi, l'apprentissage du métier de marin dans "Au-dessous du volcan".
Le navire a tantôt été norvégien de pavillon, tantôt britannique. La Norvège était un des pays les plus pauvres d'Europe à l'orée du XXème siècle. Souvenons-nous que Malcolm Lowry a parfois soutenu, sans que ce soit vraisemblable, que lui-même avait quelque ascendance norvégienne.
Un autre bateau (toujours cette fine technique du contrepoint chez Lowry) "navigue" au long cours tout au long de ce roman: l'Oxenstjerna ("Front-de-bœuf", en norvégien), qui revient à de multiples reprises, comme un bateau-arche, sublimé, mythifiable, obsédant et mystérieux, dont nous ne savons rien, ou si peu.


L'Œdipus Tyrannus le rejette, lui est incompréhensible. On sent d'emblée que, de l'adaptation de Dana au navire, dépendra son accomplissement (la réussite ou l'échec de son voyage initiatique), non seulement de marin, mais sa transfiguration de jeune homme de bonne famille en marin (déclassement social, mais désiré), d'adolescent en adulte.

Lowry en vient même à évoquer Dana en termes plus généralement employés pour des machines, histoire de rendre évident le côté fusionnel - et sa nécessité:
Chapitre VI a écrit:La tragédie de l'après-midi , les affres du voyage, tout était oublié. Subitement il eut de lui-même une vision d'une parfaite netteté: une feuille rouge tombée sur un torrent blanc. D'un seul coup, dans sa vie, il n'y eut plus d'incohérences, ni ruptures de temps, ni flottements, ni grippages. C'était lui, rien que lui, dont les rouages intérieurs s'étaient disloqués.

Et, tout d'un coup, le tintamarre tourbillonnant des mécanismes enchevêtrés et des aciers étincelants fit place, en son esprit, à une claire intuition des relations logiques qui commandaient les impitoyables cadences de ces barres de mouvements; les leviers se mirent à danser en mesure avec une étrange cantilène que Hilliot, inconsciemment, avait modelée sur leur murmure, et il lui apparut qu'à travers tout ce complexe engrenage - pièce agrippant une autre pièce, tiges droites qui se levaient pour s'emparer de tiges courbes, leviers qui culbutaient en arrière, se contorsionnaient vers l'avant, - c'étaient sa propre raison d'être, ses propres conflits qui étaient en cause. Finalement, le sens même de son voyage lui devenait évident, et de cela, il devait rendre grâce au puissant, généreux navire.  

Ces énormes cônes de lumière qui inondaient certains espaces, ménageant d'autre part des masses d'ombres brisées, c'étaient, à l'intérieur d'une maison de ténèbres, les luminaires de son esprit qui se mouvaient; mais ces luminaires mêmes, quelquefois, étaient engloutis par l'irruption du grand jour, et la maison de ténèbres se transfigurait en un arbre éblouissant.


Dana évolue dans un monde clos et masculin qui le rejette et l'humilie. Son déclassement social volontaire n'est pas accepté ("il prend la place d'un brave petit gars, sans besoin"). Confiné à des tâches basses -les plus basses à bord-, il cherche à approcher deux marins norvégiens d'origine comme lui, Norman et Andy; afin de s'en faire des compagnons.

Andy est tutélaire, respecté par l'équipage, influent au-delà de ses fonctions (il est coq, chef cuistot).
Une parfaite figure de père de substitution, incarnant, en somme, la loi à bord du navire, navire dont on ne se lasse pas de rappeler qu'il se nomme Œdipus Tyrannus.
Norman, son subalterne mais qui ne le quitte pas non plus en dehors du temps de travail, paraît être "un bon gars", simple et sans calculs.

Andy a, peut-être aussi, quelque chose de totémique via son extranéité, totale vis-à-vis du milieu dans lequel se mouvait Dana Hilliott; en ce sens Andy rappelle Queequeg de Moby Dick de Melville, et pas seulement par les tatouages, mais aussi par l'expérience brute, tangible, l'école du terrain, d'où découle sa position (somme toute en vue, à sa façon aristocratique ou plus exactement élevée, à l'échelle du navire) obtenue par ses mérites, avec l'assentiment d'un équipage entier.  
Ou encore, en figure tutélaire de père de substitution sorti de la confrontation directe avec la mer, de manière longue, c'est-à-dire éprouvée à l'aune du temps, et qui en fait un chef incontestable confinant au totem, voir le Capitaine Disko Troop de Capitaines Courageux de Rudyard Kipling.

Mais Andy, selon une rude pratique traditionnelle envers les nouveaux, et aggravée par les origines de Dana, repousse Dana, l'éprouve, le houspille sans cesse, l'accable de remontrances, de travail, d'humiliations.

Une phrase-clef du livre est: "le bateau t'adoptera si tu le mérites" (notez encore la personnification du bateau).
La manière dont Dana se débarrasse peu à peu de ses faux-semblants, comme d'une gangue inutile, est fort bien tournée.
Est-ce du vécu, Monsieur Lowry ?
Je pense à singer le parler, et les manières à bord, qui ne sont à l'évidence pas les siens, attitude à laquelle il finit par renoncer, mais en douceur.
Je pense à la façon d'assumer des erreurs commises d'emblée, comme s'être rendu au rôle d'embauche en voiture - en limousine - au vu et au su de l'ensemble du futur équipage, ce qui, pour un mousse à cette époque où les automobiles étaient plutôt rares, non seulement ne se fait conventionnellement pas, mais est rien moins qu'inimaginable, erreur au demeurant commise par Lowry lui-même, à ce qu'il semble, lorsqu'il tenta sa chance dans la marine, à l'âge de son héros fictif -mais si autobiographique- Dana.

Il a une occasion de briller aux yeux de cet équipage, lorsqu'un pigeon, d'une totale incongruité, vient se poser sur un mât, à bord. Une façon de montrer qu'il est preux, capable d'actes courageux et gratuits, en somme d'"avoir la vedette" lui est offerte, cadeau tombé du ciel; mais il tergiverse, et c'est Norman qui réalise l'acte de bravoure consistant à aller récupérer le curieux -en ce lieu- volatile.

Plus tard, vers la fin du livre, ce pigeon, adopté et encagé par Norman, fournira une seconde occasion similaire à Dana, en passant malencontreusement par dessus bord, sans pouvoir se servir de ses ailes: et Dana, excellent nageur pourtant, par crainte des requins après une mise en garde d'Andy, ne plonge pas pour le secourir.
Le second signe de ce pigeon est fort différent, pour des incidents assez similaires: mais point trop ne conterai-je les conséquences, ce serait inélégant envers ceux qui lisent ces lignes sans avoir lu le livre, et souhaitent peut-être s'y plonger un jour.

Par fidélité envers Janet -pour ne pas risquer être tenté, noble et sage attitude- Dana passe les escales à bord, refusant de descendre à terre, creusant ainsi davantage le fossé qui le sépare de l'équipage.
Pourtant, tout bien réfléchi, tout bien pesé, un jour il s'y risque, au Japon. Il finit par rencontrer un autre marin, allemand, d'un autre bateau. S'ensuivent quelques pages, savoureuses, d'un Lowry très à l'aise sur un thème commun à tous ses ouvrages:
Quiconque a parcouru quelques pages de cet auteur sait combien Lowry est exceptionnel, vraiment au-dessus du lot, pour ce qui est de décrire l'ivrognerie.

Mais l'un des plus grand apports littéraires de ce livre -j'y viens enfin- tient à un procédé que je trouve remarquable, fort réussi et donnant toute sa dimension à l'ouvrage, bien que je sois certain qu'il navrera, agacera ou fera rejeter le livre par d'autres lecteurs; imaginez des motifs syncopés, composés de bribes de conversations de marins, parfois se raccordant, parfois passant là, sans intérêt, ni queue ni tête, et traversés par Dana Hilliot entièrement plongé dans de l'interne, à soliloquer en silence, avec, pour parachever l'étrange narration, des citations, parfois en grec ancien, parfois en anglais je présume, tout ceci se superposant à l'argot de gens de mer et aux débris de chants de marins...très belle et rare technique scripturale !

Le traducteur, comme l'éditeur, très confiants (trop en ce qui me concerne) dans l'érudition du lecteur, ont omis de traduire les citations en grec ancien, tandis qu'il l'ont fait pour celles des autres langues -s'il y a d'autres langues que l'anglais, ce qui est probable mais non certain.

Au grand jeu "retrouvez l'auteur de la citation", je mise quelques piécettes sur Homère et Eschyle pour le grec ancien, et peut-être Shakespeare, Yeats, Keats, Milton, Melville...
Il faut vraiment que je me procure une édition plus complète, ou plus appropriée en tous cas à mon seuil d'incompétence, lequel s'atteint il est vrai avec une célérité des plus rares.  

En conclusion, Ultramarine ne donne pas l'impression d'un galop d'essai de jeune littérateur en devenir.
Non, vraiment, je reçois Ultramarine comme un Lowry de premier plan, c'est, certes, un livre "moindre" qu"Au-dessous du volcan", mais c'est un roman extrêmement riche, je dirais même généreux en propositions littéraires, et en tous points remarquable.

Il est intrigant, et sans doute vain, de rapprocher le titre du fameux projet que Lowry, cueilli par la mort, n'a pu mener à bien, et qu'il pensait intituler "The journey that never ends" - le voyage qui ne finit jamais, et dans lequel "Au-dessous du volcan" prenait part directe au futur corpus.  
En effet, la notion d'outre-mer du titre n'est peut-être pas celle que nous entendons généralement: "outre les mers qui baignent les côtes de notre continent", en somme; mais bel et bien plutôt outre toutes les mers, outre toutes les navigations cumulées, possibles sur notre planète.
Via le voyage marin (via l'élément maritime et le bateau voguant) une sublimation, une quête abstraite en marche.



Renfloué tel quel d'un message sur [i]Parfum du 25 février 2015, il eût fallu profiter de l'occasion pour faire plus ramassé, synthétique, disons-le: lisible, mais c'est hors de mes capacités.
Quémandant votre indulgence.[/i]


Mots-clés : #initiatique
par Aventin
le Mer 11 Oct - 16:04
 
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Sujet: Malcolm Lowry
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John Williams

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Butcher's Crossing


Originale : Anglais (E-U), 1960

CONTENU :
C'est vers 1870 que Will Andrews quitte Harvard après trois ans d'études pour pouvoir suivre une idée : rechercher un contact plus originel avec la nature. Muni d'une adresse, il tombe à Butcher's Crossing sur une ville au carrefour de la chasse vers les derniers grands troupeaux de buffles. Il y va se joindre à un groupe d'hommes, guidé par un certain Miller, qui lui, parle d'une vallée cachée avec un troupeau pas encore découvert. L'excursion se prépare et les quatre hommes partent. Le voyage et ensuite l'arrivée dans cette vallée reculée, la chasse aux buffles et la (sur)vie des hommes vont être racontés : on deviendra insatiable...

REMARQUES :
Après l'incroyable « Stoner » de John Williams, je ne pouvais que continuer à explorer cet auteur. J'ai donc pris ce roman antérieur de plusieurs années à Stoner, écrit en 1960. Et à notre grand étonnement nous découvrons que ce roman se situe complètement ailleurs : dans la deuxième moitié du XIXème siècle, dans le cadre du Far Ouest, d'abord avec les clichés y associés : cow-boys, filles légères, salon, coiffeur, chevaux dans un village de croisement, de départ et de retour d'expéditions pour chasser les derniers grands troupeaux de buffles. Mais déjà faut-il de plus en plus loin pour des troupeaux de moins en moins grands.

Assez rapidement, et sur la recommandation d'une vague connaissance, Will Andrews contacte un aventurier qui parle de ce qu'il avait découvert des années auparavant : une vallée isolée, cachée, ignorée, avec un énorme troupeau de buffles. C'est vraiment rapidement que le projet prend forme, qu'on se munit du nécessaire et qu'on partira à quatre. Le voyage, inclus une période sans eau et une perte d'orientation, puis l'arrivée dans la vallée (comme une arrivée à la terre promise…) ouvre vers la partie centrale, qui se déroule alors dans cette vallée : chasse, campement, surpris par l'hiver… Se déroule alors dans ces grandes espaces une sorte de huis-clos entre quatre hommes de trempes différentes.


Disons en passant que ce cadre bien différent de Stoner peut convaincre plus d'un sur la maîtrise, la flexibilité de Williams dans son écriture… Ayant souligné alors cette diversité on pourrait explorer cette curiosité que l'auteur donne au protagoniste Andrews son nom de famille comme prénom : William/Will. Donc de là la vague idée d'une forme de souvenirs autobiographiques. Pas du Far Ouest, mais peut-être de la confrontation avec la violence que constituaient probablement pour lui sa participation à la guerre mondiale. Car il faut bien souligner que notre héros Will est peut-être pas mal intentionné, mais qu'il est certainement pas entièrement préparé : les durétés de l'expédition vont le changer à jamais, lui qui était arrivé à Butcher's Crossing comme un garçon innocent.

Donc, le lien avec la vie de l'auteur sont bien sûr juste des idées personnelles possibles, mais ce qui est sûr c'est que des expressions, des réalités très différentes (Stoner ; Butcher'sCrossing) peuvent rendre dans leur complémentarité une idée d'une personne.

Le lieu (« Croisement des bouchers ») me fait penser à un carrefour de décision de vie ce qui est probablement le cas pour Will.

On pourrait (âmes sensibles) retenir le massacre des buffles dans la deuxième partie du roman, mais cette chasse ne constitue qu'une partie du récit. Donc, la comparaison avec le roman légendaire de McCarthy « Méridien de sang ou le rougeoiment du soir dans l'Ouest » n'est pas justifié coté sang, massacre, violence inouie. S'il y a parenté, éventuellement par le fait que l'Ouest américain se créa sa propre fin ? Le massacre aux buffles, presque anéantis entièrement, sont un parabole nous invitant à la réflexion.

Un centre d'intérêt de ce roman serait certainement la vie en univers clos : quatre hommes, liés pour une période prolongée les uns aux autres. Presque un huis clos donc.

Un très bon roman qui n’atteint peut-être pas encore la qualité de Stoner mais laisse présager le meilleur ! Invitation à la lecture !

mots-clés : #aventure #initiatique #nature #violence
par tom léo
le Mar 26 Sep - 18:20
 
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Sujet: John Williams
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Mikhaïl Boulgakov

J'ai lu Le maître et Marguerite il y a 100 ans. Et plus récemment, Récits  d'un jeune médecin et Morphine.

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 97822512

Récits d'un jeune médecin
traduit du russe par Hélène Gibert

Ce sont donc six récits inspirés du séjour qu'a fait lui même Mikhaïl Boulgakov dans un hôpital civil de la province de Smolensk , où il avait été affecté en 1916. Situation un peu extrême du fait de l'isolement géographique et des conditions climatiques pour un jeune médecin fraichement diplômé mais sans aucune expérience pratique. Comme tous, donc.
A partir de cas cliniques rencontrés , Boulgakov construit des récits d'un réalisme parfait, on s'y croirait..
Et surtout, parvient à transmettre ( peut être que cela parlera plus à certains qui ont déjà fait ce genre d'expériences d'une angoisse infinie, où on se sent tellement nuls)la différence entre savoir théorique et confrontation à des situations concrètes.
Avec, dans la progression de ces récits, un cheminement qui est finalement toujours le même, la peur et l'obligation de l'affronter sous le regard de ceux qui vous prennent pour quelqu'un qui, du fait de ses pseudo-compétences , va dominer le problème ( et de là, l'intelligence de comprendre, il l'explique très bien, que finalement, les diplômes ça ne sert pas à grand chose, et qu'il faut absolument accepter l'aide de ceux qui n'ont pas le bout de papier, mais qui ont l'expérience), puis la réussite une fois, quelquefois par le plus grand des hasards.Et après une reprise de confiance en soi qui se termine toujours par une surestimation, et là, l'échec ( il n'y en a pas beaucoup, d'échecs vraiment graves dans ces récits, c'est dommage) , le retour sur terre et la nécessité de redémarrer .

La lecture de ces récits devrait être rendue obligatoire à tous les étudiants en médecine, ils sont très fins, très bien écrits bien sûr et même si l'on n'est plus dans la Russie de 1916, cela n'a aucune importance, la leçon donnée , l'expérience racontée n'ont ni âge ni lieu.

( récup)


mots-clés : #autobiographie #initiatique #medecine
par Marie
le Mar 12 Sep - 21:19
 
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Sujet: Mikhaïl Boulgakov
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Carlos Liscano

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 51bnk-10

La route d'Ithaque

Original: El camino a Itaca (Espagnol/Uruguay, 1994)
écrit, selon note de l'auteur sur la dernière page à Barcelone – Montévideo – Stockholm 1991-94

CONTENU:
Le narrateur Vladimir a quitté son pays d'origine, l'Uruguay, et a atterri via le Brésil – où il avait rencontre la Suèdoise Ingrid – en Europe, en Suède, pour y réjoindre dans un premier moment la dite Ingrid. „A peine il est là, qu'il est déjà parti.“ Et cela pour l'homme corporel qu'aussi bien intéreur. C'est comme si son départ le met en route pour la vie? Oui, aussi à la fuite d'une paternité en Suède, et il arrivera par Paris à Barcelone où il va rester un bon moment. Alors en tout cela il sera en contact avec les différentes réalités de la vie d'un „métèque“, comme il l'appelle lui-même, en citant ce que c'est qu'un métèque:

Un métèque, du grec ancien μέτοικος, métoikos, « celui qui a changé de résidence », est dans la Grèce antique, un statut intermédiaire entre celui de citoyen et d'étranger, réservé à des ressortissants grecs d'autres cités. Aujourd'hui, le terme a pris une connotation péjorative et désigne un étranger à l'aspect exotique qui n'inspire pas confiance.

STRUCTURE:
Unités plus ou moins longues de 2 – 8 pages, séparées par des espaces.

REMARQUES:
Après un longue séjour dégradant et sous la torture dans les prisons de son pays natal, l'Uruguay, l'auteur a connu en 1985 lui-même l'exile, et a atterri lui aussi en Suède et en Catalogne, mais alors pour d'autres raisons que notre Vladimir, figure fictive de ce roman. Et qui fût baptisé ainsi par ses parents ultra-communistes, secs, sans grand amour, en honneur du grand Oulianov/Lénine). Donc je ne serai pas étonné que dans son vécu, mais certainement dans les réflexions qui sous-tendent ce livre, Liscano y puise et s'en inspire. Ce qui était chez Liscano avant tout une nécessité politique et de sécurité, est chez Vladimir plutôt une fuite et un désir peu mur de rejoindre la femme Ingrid en Suède. Quand celle-ci tombera enceinte il ne peut supporter, peut-être aussi à cause d'une incapacité de prendre responsabilité. Il la pousse vers un avortement mais elle se refuse et il deviendra Papa malgré son refus. Il cherche alors le large, financièrement et de point de vue de logement complètement dépendant d'Ingrid, et se sentant pris en otage à cause de l'enfant.

A la suite il sera env une année et demie comme sur un chemin d'errance jusqu'au retour envisagé : de là probablement l'allusion du titre à Ithaque, lieu d'origine d'Ulysse. Et qu'est-ce qu'il ne va pas vivre pendant ce temps dans un Barcelone se préparant aux Jeux Olympiques, chassant les « perdus » de la société. D'un coté les conditions extérieures et de travail, les dépendances d'un sans papier – de l'autre coté l'intranquillité intérieure, l'état d'âme : il ne peut « rester », se reposer. Partout il s'en va avec lui-même dans les bagages, mais il fuit au même moment ces réalités. C'est la douleur qui reste, la plaisanterie est passagère. Depuis longtemps, l'Uruguay n'est plus SON pays ; y retourner il ne le peut pas. Quelles sont vraiment les alternatives..., et nos premiers jugements sur les réfugiés ne nous permettent pas à voir une forme de coupure définitive, en beaucoup de cas.

Bien sûr ce livre contient des notes et impressions autobiographiques, néanmoins on trouvera un autre perspectif plus „fictif“ que dans le „Fourgon des fous“, récit de ses années en prison et sous la torture. Nous lirons un récit crédible comment une vie de sans papier pourrait se dérouler en Europe: leurs conditions de vie, la précarité, l'exploitation par des „esclavagistes“ modernes... Alors nous saurons ce que signifie être un étranger dans l'Europe. On y trouvera dans cette domaine là des remarques perspicaces auxquelles on n'a pas forcement penser avant.

Des fois un certain sarcasme, un certain pessimisme, exprimé surtout dans la première partie du roman, face à la vie demande une forme d'encaisser, et de ne pas se laisser tirer vers le bas. Partiellement cela est empoissonné..., même si cela pourrait être compréhensible de la part de quelqu'un qui est au plus bas...

En général un livre qui éclaircit des pages sombres, ici chez nous. Et donne des perspectifs de compréhension.


mots-clés : #contemporain #exil #initiatique
par tom léo
le Dim 10 Sep - 9:11
 
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Sujet: Carlos Liscano
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Paulo Coelho

Oceanlys, tu m'excuseras (tu peux mettre ça sur le fait que je suis dans un jour de rogne pirat )

L’alchimiste

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 L-alch10

C’est un joli conte en forme de parcours initiatique. Un jeune garçon « écoute son cœur » et n'hésite pas à courir après sa « légende personnelle ». Bien sûr le chemin sera dur, mais à l'arrivée il trouvera son trésor (là, je spoile, mais dès la première la 3e page on l’a compris).
L’histoire de ce périple en elle-même est bien agréable à lire, avec tout ce qu'il faut d’amour, de péripéties, de magie ésotérique et de morale.

Ce n'est pas mal écrit du tout. Ce qui est gênant c’est que c’est explicatif et pontifiant. Ce que j’aime dans les contes, c’est qu'il y a plusieurs degrés de lecture : une belle aventure, et on peut en tirer des leçons. Là, Coelho ne nous laisse pas faire ce travail, il explique de A et Z les conclusions qu’on doit tirer du récit, et les assène d'une façon péremptoire et répétitive. Cela n'a pas suffi à me gâcher l'histoire, mais cela m'a quand même pas mal irritée.

Ce qui peut surprendre est le succès planétaire de ce livre, de ce message. Mais finalement pas tant que ça puisqu’il se contente de reprendre du bien basique, qu'utilise n'importe quel gourou en développement personnel : l'amour donne un sens à la vie, écouter son coeur, la chance sourit aux audacieux, le chemin a plus de sens que le but, le bonheur n’est souvent pas aussi loin de soi que ce que l'on veut bien croire, l'argent ne fait pas le bonheur. Tout cela est idéniable, mais tout cela est complètement faux aussi. Adolescent, cela doit donner un message d’espoir : il suffit d’être courageux pour être heureux. Cela flatte tous les adeptes du « y’a qu’à ». À 50 ans, ça passe moins bien, on a compris depuis longtemps que tous ces gentils préceptes sont quand même assez théoriques quand on mène sa vie (mais là c'est sans doute que je n'ai pas su écouter mon cœur tout au long de mon chemin ).

Ce qui me dérange aussi c'est que la légende personnelle de Fatima semble être d'attendre l'homme qu'elle aimait et de rester à sa disposition.

Et ce qui me gêne tout autant c’est ce Dieu et ces vagues éléments de religion mal assimilée qui apparaissent sur la fin, au milieu de tout ce fatras de bonnes intentions.

Ce qui m'irrite carrément, c’est ces principes assénés comme si c'était La Vérité. Qu’est ce qu’il en sait, Coelho, qu’appliquer son message nous permettrait d'atteindre un monde meilleur ? Il se prend pour Dieu avec ses théories, ses promesses, sa toute-puissance. D'abord, si c’est quelque chose d’alléchant au niveau personnel cette histoire d'écouter son cœur, de laisser sur le côté du chemin ses parents (qui vous ont un peu donné de l’argent au passage), la femme qu'on aime, pour courir après un trésor hypothétique, je ne suis pas sûre qu’au niveau de l'humanité, ce soit un bon mode de fonctionnement. Qu’il ne faille pas parfois accepter de faire certaines concessions, renoncer à certaines ambitions personnelles, en somme, tourner ses yeux vers l'autre et non pas vers sa propre petite légende personnelle.

Ce qui me saute aux yeux enfin, c'est une certaine contradiction dans le propos car oui, il faut écouter son cœur, oui, il faut  affronter courageusement les épreuves, oui il faut respirer l’air pur et la liberté, non, il ne faut pas se dire que l’argent est la clé de la vie mais, quand même, il faut revenir chez soi et y rester tranquillement jusqu'à la fin de ses jours, et le fameux trésor est bien une caisse de pièces sonnantes et trébuchantes, à croire que tout ce qu’on a appris en route n’est pas suffisant. Cela me fait un peut penser à ces jeunes gens qui se paient un tour du monde comme année sabbatique et qui viennent à leur retour prendre l’ emploi de jeune cadre branché dynamique pour lequel ils ont été préparés. C’est très bien, en soi. Mais le sentiment de supériorité qu’ils en tirent m’agace un peu.

On croit donc en lisant que c’est gentillet, mais si on reprend le tout, il y a des choses assez gênantes. Il est bien dommage que tout ce prêchi-précha soit venu altérer mon plaisir de lecture car, sans cela, c'était une bien jolie histoire. Il faut sans doute abandonner un certain état d’esprit cynique pour aimer totalement ce livre,  se retrouver naïf et enfantin. Cela veut dire laisser de côté son sens critique, son ironie, et je n’en suis guère capable  Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 2441072346 .

(commentaire récupéré)


mots-clés : #initiatique
par topocl
le Ven 8 Sep - 17:03
 
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Sujet: Paulo Coelho
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Réjean Ducharme

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L'avalée des avalés

ouf je me suis moi aussi laissée avalée par le récit, par les phrases  qui s'enchainent rapides, intrépides, choquantes, bouleversantes comme le sont les idées, les actions et les sentiments de cette gamine rebelle. Sa rébellion qu'elle nourrit de sa haine, de sa force,  de sa solitude et de sa peur parce que la vie n'est que "vacherie de vacherie", les adultes ne sont pas à la hauteur, ni sa mère, ni son père lesquels dans un  profond ressentiment réciproque se sont "partagés" l'éducation  des enfants, l'aîné Christian appartiendra à la mère (catholique) et Bérénice à son père (Juif). Comment un enfant peut-il vivre son enfance,  être équilibré dans un tel foyer  ?

De Christian et Constance son amie, seuls, elle souhaite obtenir.

"Quelque raison qui m'éclaire ce soir, quelque force qui m'émeuve maintenant, il reste que Christian et Constance me hantent que je les cherche, que je les attends, qu'il faudrait que je les possède, qu'il faudrait que je ne souffre pas à cause d'eux. Il faudrait que je ne connaisse d'eux que leur visage. Il faudrait qu'ils ne soient pour moi que le fou et la reine qu'on déplace sur l'échiquier. Mais je m'ennuierais. Il ne faut pas souffrir. Mais il faut prendre le risque de souffrir beaucoup. Mais j'aime trop les victoires pour ne pas courir après toutes les batailles, pour ne pas risquer de tout perdre. Va te coucher. Vacherie de vacherie!"

"On ne peut rien contre la solitude et la peur. Rien ne peut aider. La faim et la soif ont leurs pissenlits et leur eau de pluie. La solitude et la peur n'ont rien."


Mais Bérénice  veut que son frère lui appartienne elle veut compter beaucoup, trop, pour lui alors même qu'elle est très lucide sur la soumission qu' il accorde à sa mère qu' elle veut haïr ; qu'elle croit haïr.

"Elle me dépasse. Elle m'échappe. Elle me glisse entre les yeux comme l'eau glisse entre les doigts. Pour moi c'est clair : elle est un danger, une menace terrible. C'est un soleil qui me flamberait l'âme si je ne fuyais pas, ne m'en défendais pas."

"Mon idylle avec la panthère blanche aux yeux d'azur ne dure plus, n' a plus cours. Elle a vécu ce que vit toute douceur : l'espace d'un malentendu. C'est sa faute ! C'est une imbécile. Elle est bête à pierre fendre. Elle n'a rien compris. Je l'aimais comme un garçon aime une fille.  Quand j'étais seule avec elle je ne pouvais la regarder sans avoir l'impression de faire du mal. Elle n'a rien compris."

Il faut à Bérénice se protéger en niant, en fuyant tout, même la vie.

"La vie ne se passe pas sur terre, mais dans ma tête. La vie est dans ma tête et ma tête est dans la vie. Je suis englobante et englobée. Je suis l'avalée de l'avalé."

La gamine, se réjouit des disputes entre ses parents, ce qui est d'ailleurs assez rare chez les enfants, mais elle s'en nourrit.

Le père évoquant la mère  :

"Elle a un sexe entre les jambes, elle le porte haut et droit, et un sexe, ma bonne amie, un sexe de femme, un sexe comme tu as la douleur et la honte de devoir en avoir un, c'est tout ce qu'un homme a besoin quand il prend une maîtresse. Elle copule, et ça ne lui met pas le coeur à l'envers. Elle se regarde quand elle est toute nue, et ça ne la dégoute pas. J'ai entendu dire qu'elle lave aussi souvent son sexe qu'elle se lave les oreilles. Pis, elle m'a avoué qu'elle traite son sexe comme son estomac. Quand l'un ou l'autre crie famine, elle lui donne à manger. C'est un curieux spécimen d'une race à laquelle ont ne veut plus guère appartenir : la race humaine."

La mère au père :

"-oui mes frères collaboraient ! Et j'aurais dû collaborer avec eux ! A quatre, nous aurions tué plus de juifs ! Il en resterait moins aujourd'hui. Vous ne seriez peut-être pas de ceux qui restent."

Alors que Christian se bouleverse pour ses péchés, Bérénice ne cède rien à la religion, n' y trouve aucun secours.

"Je ne marcherai pas avec Yahveh. Je marcherai contre les flammes et contre les armées. J'aime mieux être du mauvais côté, s'il faut absolument être d'un côté."

Bérénice choque son frère par son attitude, ses excès ; elle s'accorde tout de même un inceste dans la vie qu'elle a dans sa tête avant d' être expédiée  à New York par son père chez un oncle "redresseur".

"Je sors enceinte du lit de l'enfance. J'en ai plein la ceinture. Des crimes ont pris racine dans mes entrailles, et poussent, se gonglent. Quand je mettrai bas, ce sera laid ! Quand je me promènerai sur le trottoir avec ma ribambelle de crimes, ils trembleront. S'ils ne tremblent pas, ils vomiront ou me cracheront à la figure."

Son amie Constance l'accompagne dans son exil, mais elle y perdra la vie. Bérénice grandit mais elle continue à faire le "mal" et l'oncle la renvoi chez elle.

"J'ai si mal à l'âme Zio, et c'est si important d'avoir mal à l'âme quand on a très mal à l'âme, que je ne peux m'empêcher de m'occuper de mon âme."

Son père l'expédie, à nouveau, mais en Israël.

"Je crois que si les êtres humains s'habituaient à vivre sans rêves, sans leurres, sans faux-fuyants, se décidaient à prendre leur angoisse à bras le corps ils finiraient par produire des individus capables de les guérir.

Elle est incorporée dans une section de l'armée dans  poste de surveillance à la frontière.

"Le seul combat logique est un combat contre tous. C'est mon combat. C'est, sans qu'ils s'en rendent compte, le combat de tous ceux qui font la guerre.

Elle nous l'a dit Bérénice, elle aime les victoires, toutes les batailles, elle le démontrera.



L'écriture m'a encore une fois séduite et c'était pourtant un choix difficile que ce (presque) monologue intérieur d'adolescente.


mots-clés : #initiatique #psychologique
par Bédoulène
le Mer 30 Aoû - 14:46
 
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Sujet: Réjean Ducharme
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Jef Geraerts

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 Oiseau10

Oiseaux de nuit. - Le Castor astral


Septembre 1943, Carl 13 ans vit à son grand regret les derniers jours de vacances dans la ferme de ses grands parents.
Il connaît un bonheur sans mélange dans la foret. Un bonheur fait de liberté totale et protégée.
Le reste du temps il lit Salambo et  son imagination s'enflamme.

Il rencontre un jour un ado de son age. dépenaillé, turbulent, sauvage. Jos.
Tout les diffrencie, mais ils partagent le même gout pour la nature, les aventures. Ils deviennent amis.
Jos lui fait connaître sa famille, sa mère et sa soeur, des créatures féminines sensuelles et somptueuses.
Ils sont gitans et traités en conséquence. Logés dans une cabane délabrée, hors du village. Mais pas à l'abri de la maveillance des braves gens.
Les femmes sont ravies que Jos ait enfin un ami.
Quant à Carl, il tombe raide amoureux d'Alice, une file de seize ans, encore un peu retenue mais physiquement épanouie.

Tous trois vont vivre des moments magiques de liberté et de sensualité inoubliables.
Des virées fantastiques dans les bois la nuit.
Ils couchent à la belle étoiles dans des meules de foin.
Et Carl et Alice n'en finissent plus de se caresser et de s'embrasser.
L'aventure finira mal.

Le livre n'est pas un roman. L'auteur a rééllement vécu cette folle histoire cinquante ans plus tôt. Elle a bouleversé durablement sa vie et il n'a eu qu'un désir, revivre par l'écriture ce qu'il vécut.
Il ajoute qu'il a connu en quelques jours plus d'évènements que pendant tout le reste de sa vie et avec plus d'intensité.
On le comprend et on le croit.

Et par chance, il a réussi à communiquer cette intensité au lecteur.
J'ai rarement ressenti une telle plénitude et un tel bonheur de mots pour exprimer une aventure totale à un àge où généralement on se contente de la rêver.


mots-clés : #initiatique #nature
par bix_229
le Dim 27 Aoû - 21:25
 
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Sujet: Jef Geraerts
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