Des Choses à lire
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166 résultats trouvés pour initiatique

André Gide

Pour l'instant je n'ai lu que les Faux monnayeurs qui m'a fait une forte impression !

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Les Faux-monnayeurs

Ca y est, j'ai découvert Gide. Et c'est un sacré morceau que Les Faux-monnayeurs. Une narration chronologique qui apprécie la forme indirecte et multiplie les points de vues presque autant que les personnages. Extraits de journal tenu par Edouard, un des principaux personnages, lettres, dialogues et réflexions entrecoupées. Mais aussi réflexions sur la forme du roman et de la narration, en plus du roman dans le roman, qui s'appelle, pouvait-il en être autrement, Les Faux-monnayeurs...

Les pistes sont mouvantes mais pas si brouillées que ça. Tout en maniant avec dextérité un humour acerbe Gide suit une construction scrupuleuse autour de quatre personnages, surtout. Deux adultes : Edouard, l'auteur des Faux-monnayeurs, un "vrai" aux prises avec ses limites et Passavant filou manipulateur et écrivain pour la pose. Deux jeunes qui passent leur bac : Olivier gentil mais suiveur et Bernard plus impulsif et qui fâché avec certaines apparences choisi de s'enfuir de la maison...

Deux visions de la littérature et deux figures de mentors potentiels. Un roman d'apprentissage à plusieurs facettes donc mais en plus compliqué. Olivier et Bernard causent volontiers littérature et veulent écrire eux aussi. Olivier est amoureux d'Edouard et réciproquement, mais c'est Bernard qui part avec mais tombe amoureux en un sens de Laura qui ... et ainsi de suite dans ce petit monde qui est bien un petit monde dans lequel on se connaît plus ou moins et se retrouve plus ou moins.

Mais les faux-monnayeurs qui sont-ils ?  Difficile de ne pas attribuer le titre aux joueurs du grand jeu des apparences et des conventions que nous sommes tous plus ou moins, surtout aux moins "gentils" des personnages. Là c'est l'autre trame qui court parallèlement au geste littéraire. Autant l'humour est grinçant autant l'auteur marque un cheminement moral sur le fil à travers les destins croisés qu'il a choisi.

Un cheminement sans grand chose de vraiment irrémédiable tellement les possibles sont nombreux, les circonstances changeantes et présent l'espoir de venir à bout de la carapace de "faux". Reste encore à bien le voir arriver le faux.

Ca n'arrête pas ce roman qui se lit avec une facilité et une gourmandise déconcertante (un poil coupable) !

On pourra être moins sensible à l'intérêt porté aux adolescents mais s'arrêter à ça serait passer à côté d'une oeuvre à peine croyable aussi complexe que vivante. Mouvante, et le lecteur bouge avec.

Impressionnant, déchaîné... tout en bénéficiant d'une écriture qui sait aussi se faire classique. Une vision du luxe.

(Récup).

mots-clés : #creationartistique. #initiatique
par animal
le Sam 19 Aoû - 18:21
 
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André Gide

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 51dcg510

La porte étroite :

On reproche à Gide d'être précieux, suranné, pompeux...
Décidément, je ne m'y retrouve pas du tout. Je le trouve d'une lisibilité des plus agréable, et d'un style toujours précis. Un peu comme Flaubert, il n'utilise pas de mots superflus, on le sent dans une recherche de pureté. A contrario d'un Huysmans par exemple (que j'adore mais qui en fait des caisses dans la recherche d'une langue précieuse).

On sent que l'autobiographie n'est pas très loin dans ce récit, en tout cas pour sa jeunesse. L'intrigue peut paraître désuète, surtout à la vue de la réaction d'Alissa, qui va se plonger dans la foi et la vertu au lieu de répondre aux attentes du narrateur.

Je peux totalement me planter dans mon interprétation, mais j'ai vu un message universel derrière cette histoire, et encore plus d'actualité aujourd'hui à l'ère du virtuel, des sites de rencontres etc. Le thème du fantasme amoureux. Au final, au lieu de prendre des risques, de se jeter dans le réel, on va préférer idéaliser un amour potentiel, une histoire parfaite, car fantasmée. C'est la cristallisation chez Stendhal.
Que ce soit Alissa, qui finalement rêve totalement son histoire, et s'auto-condamne dans sa solitude, ou sa sœur qui, elle, enfouit ses sentiments, et se jette dans un mariage d'intérêt, de dépit.
Il y a quelque chose de désespéré derrière tout ça.

mots-clés : #initiatique #religion





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La symphonie pastorale :


Un court récit sous forme de journal. C'est très vivant, et loin d'être austère comme j'ai pu le lire. Je me suis régalé à la lecture, entrant parfaitement dans la tête du narrateur. La religion est toujours présente, mais encore une fois, je ne pense pas que l'on puisse s'arrêter à ça, je dirais même plus que l'on peut faire une lecture de Gide en l'occultant presque. La trame est suffisamment torturée, même sans forcément s'attarder sur la morale religieuse.

Voyez donc : une jeune aveugle est recueillie dans une famille, quasi muette et pratiquement sauvage. Le père, pasteur, va tenter de l'éduquer, et de lui apporter à travers ses mots sa vision de la vie, et tâcher de lui transcrire ce qui lui échappe : le visuel.
Problème, il va de plus en plus s'attacher à elle, au point d'en délaisser sa femme et ses autres enfants, pour finalement ressentir de plus en plus d'attirance envers la jeune femme. Dans le même temps, le fils tombe également sous le charme de la petite... Je vous laisse imaginer le tableau, digne d'une tragédie grecque !

Dans une prose toujours aussi limpide, qui coule avec grâce, on tourne les pages sans s'en rendre compte, et c'est déjà fini, on en redemande !
par Arturo
le Sam 19 Aoû - 15:58
 
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Joseph Kessel

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Les cavaliers

quatrième de couverture a écrit:Kessel a situé en Afghanistan une des aventures les plus belles et les plus féroces qu'il nous ait contées.
Les personnages atteignent une dimension épique : Ouroz et sa longue marche au bout de l'enfer... Le grand Toursène fidèle à sa légende de tchopendoz toujours victorieux... Mokkhi, le bon sais, au destin inversé par la haine et la découverte de la femme... Zéré qui dans l'humiliation efface les souillures d'une misère qui date de l'origine des temps... Et puis l'inoubliable Guardi Guedj, le conteur centenaire à qui son peuple a donné le plus beau des noms : "Aïeul de tout le monde"... Enfin, Jehol "le Cheval Fou", dont la présence tutélaire et "humaine" plane sur cette chanson de geste...
Ils sont de chair les héros des Cavaliers, avec leurs sentiments abrupts et primitifs. Et pourtant le souffle de la fable et du mythe les anime et nourrit le roman.


C'est rassurant de constater en cherchant deux petites choses pour préparer ce message et en relisant la présentation de l'auteur que ce livre est considéré comme un chef d'œuvre. Dans le cas contraire il aurait fallu revoir beaucoup d'écrits à la baisse.

C'est une des lectures qui donnent toute la démesure de cet acte qu'est la lecture, toute la force imposée par une œuvre qui prend le pas sur nos émotions et notre réalité de l'instant, c'est un transport fulgurant et intense... et l'épopée, incroyable, étourdissante dans des paysages d'un grandiose magique ne serait pas grand chose, si elle se bornait au presque documentaire, à l'histoire racontée...

Le conte de Kessel rend honneur aux deux objets qui sont peut-être l'âme profonde du conte, l'amour de l'histoire et l'homme, la relation conflictuelle qu'il entretient avec lui-même. Peu d'histoires vous emporteront aussi loin ou vous laisseront frémissant et exténués dans l'attente de la suite, peu d'histoires aussi vous émerveillerons par ses richesses les plus grandes et les plus pauvres. Et peu de conteurs auront le talent et la sagesse de l'auteur pour vous parler des hommes de cette manière. Ouroz champion frustré de bouzkachi est blessé, il partira alors pour un long et périlleux voyage vers lui-même et vers son père. Son père, Toursène, ancien champion, apprend la vieillesse et fait un voyage immobile vers son fils.... d'autres cheminent jusqu'au plus ancien, l'Aïeul de tout le monde, Guardi Guedj, le conteur.

Kessel réussit à faire accepter, et ressentir, le tourment de ces hommes fières, il réussit à rendre attachant Ouroz, suprêmement orgueilleux et même mauvais... même son saïs (palfrenier) et ami, le grand et fort Mokkhi au cœur d'or, tournera mal... la grandeur du conte n'empêche pas d'aller loin dans la noirceur, lucide... c'est étonnamment vivant, émouvant, remuant, haletant. Se mêlent conditions et obligations sociales, fierté, conduite, envie et faiblesse... les choses ne sont pas sans raisons les bonnes comme les mauvaises et dans toute l'aura du conte, du déchirement entre le bien et le mal, les choses ne sont pas si claires et les conclusions rarement définitives. C'est d'une grande humanité, bien observée, et exposée avec une certaine réserve. On garde tout dans un dangereux équilibre, le réel et la tradition comme le progrès vers une humanité plus grande, c'est magnifique tout simplement, quelque soit l'âge du personnage observé.

Et de quelle manière la réalité se mêle de fantastique dans une juste intensité du récit...

Une incroyable découverte, un choc. Un beau roman sur les tourments de l'homme et sur le rapport père-fils. Les femmes sont présentes aussi, en retrait, beaucoup, reflet du pays, et Zéré la "petite nomade" n'a pas vraiment un très beau rôle... mais elles sont présentes dans leur fascination et aussi dans le rapport de l'homme à sa condition.

580 pages extraordinaires. une preuve supplémentaire que la beauté et la puissance ne sont pas contraires de la sensibilité et de la sagesse.

Je n'en dis pas assez sur le coeur et l'âme de la chose, je ne pourrai pas et ça ne servirai pas à grand chose. Pensez à votre orgueil, votre fierté... votre besoin de vous sentir vous mêmes, d'acceptation et à ces paysages hors du monde, de plateaux, de steppes et de montagnes... et lisez ce livre, même si il a l'air un peu épais et différent de lectures plus actuelles, c'est un Livre à lire.

(pied rapatrié).

mots-clés : #aventure #initiatique #sports #voyage
par animal
le Ven 18 Aoû - 17:33
 
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Sujet: Joseph Kessel
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Michele Mari

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Michele MARI : Les Limaces françaises. - Seuil

Felice est vieux, moche, très moche, pauvre, ignorant, maladroit.
Une épave.
Un monstre.
Et en plus, il perd la mémoire.
Il sert de jardinier et de factotum à des vieux riches qui passent leur temps à regarder des téléfilms merdiques dans leur vaste maison, près du Lac Majeur.
Felice, ils le tiennent à distance et ne s'approchent jamais de lui.

Heureusement pour Felice -pour nous- Michelino, leur petit-fils, passe ses vacances chez eux.
Il a treize ans et demi et il s'ennuie.
Mais il est très imaginatif et déjà fou de livres et notamment de Stevenson.
Au début, Felice lui parait monstrueux. Au mieux, pathétique.

"Comme il était laid cet homme ! J'essayais de l'imaginer sans cratères de variole, sans chassie sur les cils et avec un nez moins bourgeonneux et moins spongieux, il restait quand même laid.
Il y avait quelque chose d'informe dans son visage, comme s'il avait été façonné hativement avec de la pate à modeler : la bouche en particulier ressemblait à une
blessure sans lèvres...
Et il y avait aussi cette cicatrice verticale qu descendait de l' oeil à la bouc, et qui, lorsqu'il riait se fripait tout entière."


Mais ça ne dure pas.
Felice devient pour lui une sorte de héros. Un confident aussi. Un être plein de mystère et d'histoires.
Et il entreprend de  remettre de l'ordre dans sa mémoire pleine d'intermittences en le faisant parler.

Il n'a pas tort, Michelino, d'imaginer, même s'il ne le sait pas.  Il va découvrir tout un pan de l'Histoire officielle, et puis celle de la maison de ses occupants successifs.

Autant le dire tout de suite, ces histoires sont labyrinthiques, faites de pièces et de morceaux qui ne s'ajustent pas.
Un puzzle invraisemblable.
Et pourtant.
Grace à sa persévérance et à son imagination fertile, à son esprit d' aventure, Michelino, parvient à ordonner ces éléments hétéroclites.
A repousser les limites du possible, du vraisemblable, du rationnel.
A se faire aimer de Felice qui, très difficilement, lui livre les clés d'un passé très chargé.
Riche en surprises et en émotions.

PS 1. Si vous n'aimez pas Stevenson, passez votre chemin !

PS 2. Et les limaces françaises ?
Je vous attendais là.
Sachez qu'elles ont un rôle important.
C'est un indice, mais ce livre n'est pas vraiment une enquête.
Vous comprendrez si vous le lisez. Wink


mots-clés : #initiatique
par bix_229
le Mer 2 Aoû - 22:12
 
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Hisham Matar

Au pays des hommes

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Images24

En un temps de sang et de larmes, dans une Libye pleine d'hommes couverts d'hématomes et maculés d'urine, taraudée par le manque et désireuse de se libérer, j'étais cet enfant ridicule en quête de sollicitude, et même si je n'y songeais pas en ces termes à l'époque, l'auto-apitoiement avait viré à la détestation de soi.



Souleyman raconte l'été de ses 9 ans, un été libyen brûlant où la dictature de Kadaffi torture, assassine, paralyse, s'infiltre tant et si bien que les enfants la pressentent alors même que tout leur est caché. Ils ne savent à quel saint se vouer, la mère  mariée à 14 ans pour cause de dévergondage, le père dissident, perpétuel absent privilégiant ses idées sur sa famille, la Guide Suprême enseigné à l'école : au milieu cet enfant est décontenancé, dévasté,  tiraillé, ballotté de secret en tromperie...
Histoire d'une enfance  des plus douloureuses, Au pays des hommes montre comment celle-ci, entre fidélité et trahison, est volée, pervertie, manipulée, chassée.



mots-clés : #famille #initiatique #regimeautoritaire
par topocl
le Lun 31 Juil - 20:32
 
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István Örkény

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Soeur Gloria


Originale : Gloria (Hongrois, 1972), traduit vers le Français par Jean-Michel Kalmbach

CONTENU :
La Hongrie jeune et communiste dissout vers 1950 radicalement les monastères er renvoient les sœurs religieuses dans la vie laïque tout en s'appropriant des bâtiments. C'est ainsi que Soeur Gloria, maintenant à nouveau Ilona, 25 ans, retourne après une dizaine d'années recluses dans sa famille. Mais elle n'y appartient plus totalement, n'appartient ni ici, ni là-bas. Dans son innocence certaine elle ne semble pas faite pour ce monde où on la laisse un peu à coté, comme demeurée ou éventuellement on l'ignore avec ses opinions. Elle quitte sa famille et trouve du travail en ville (Budapest). Mais on use sa générosité, l'accuse même de vol. C'est un peu par hasard que son chemin continue et qu'elle réaprend la vie en contact avec des réalités différentes... Où est-ce qu'elle va aboutir ?

REMARQUES :
Il s'agit d'un bien court roman d'à peine cent pages en quatorze chapitres. On y trouve pas une absurdité ironisant sur le sort de la petite religieuse perdue ; Donc ? Ce n'est pas une attitude d'une mauvais pitié avec Gloria, même si elle est décrite après ses années dans une monastère comme un vrai agneau, ne comprenant pas toujours bien les machinations des autres, ou les prenant comme à prendre. Elle voit toujours et avant tout le bien et interprète les actions des autres d'abord à leur avantage. Est-ce qu'elle doit peu à peu réapprendre en contact avec le monde une certaine prudence, attention voir même une distance, une attitude sceptique ? Nous l'accompagnerons dans ce processus de retour dans le monde, raconté dans une narration dans la première personne.

Est-ce que le contexte nous semble grotesque ? Quoi, dans le XXième siècle on a juste comme ça dissout des monastères et obligé des sœurs de retourner vivre dans une façon non-choisie ? Mais voilà, cela a existé. Et celui qui aimerait avoir un autre regard sur cette réalité, un regard encore plus authentiquement spirituel et historique soit averti du journal impressionnant de Monika Timar : clic  ou sa  correspondance : clic   . A l'époque j'ai lu ces livres avec très grand intérêt.

Bien sûr qu'Örkeny écrit comme connaisseur du regime de l'époque. Il sait à quel point on a essayé de mettre des opposants de différents bords dans des boîtes et sous contrôle. Dans un registre autre on l'a fait avec lui (voir Biographie). Même s'il n'a pas connu Monika Timar, ce récit se révèle plein de tact envers des question aussi bien matérielles que spirituelles, mais aussi de temps en temps d'humour grâce aux frottements entre l'innocence de Gloria avec le monde.

Son style et le ton de ce livre me donne pleinement envie de le découvrir dans ses œuvres plus essentielles...


mots-clés : #initiatique #regimeautoritaire
par tom léo
le Mar 25 Juil - 22:15
 
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Sujet: István Örkény
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Ivan Alekseïevitch Bounine

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La vie d’Arséniev


Présentation de l'éditeur a écrit:A travers le personnage d'Arséniev, l'écrivain russe Ivan Bounine décrit sa propre jeunesse à la campagne, dans la région des steppes. D'emblée, La Vie d'Arséniev nous plonge dans l'univers intime d'un enfant solitaire élevé dans une nature dépouillée, qui s'étend à perte de vue... Accomplissant un intense travail de mémoire, Bounine bâtit le canevas précis d'une enfance, à une époque d'extrême déchéance de la noblesse russe. Les périples au cœur d'une Russie poétique, chaleureuse, interlope, la rencontre avec des personnages insolites, la vie sentimentale - marquée par la violence - d'un homme aussi despote que séduisant forment la trame de ce magnifique et puissant exercice de réminiscence et d'écriture. Avec, en toile de fond, un monde destiné à disparaître...


REMARQUES:
Voilà déjà un pavé de 540 pages, c’est autre chose que les nouvelles présentées ci-dessus! Ayant lu ce livre il y a quelques années, les détails m’échappent aujourd’hui. Mais dans la première partie le sentiment qui émane des descriptions de la nature, de l’homme immergé dans l’infini dégage quelque chose de très vaste, très profond. Par là on comprend un peu mieux cet attachement, peut-être très russe, à la terre, à l’étendue infinie. Vers la fin du récit qui touche alors la fin de l’adolescence, Bounine décrit la recherche d’un emploi, d’un avenir plus citadin. Dans cette partie je me rappelais – peut-être à tort – certains éléments des écrits autobiographiques de Maxime Gorki.

Il me semble que ce livre très riche pourrait aider à faire comprendre la vie de certains Russes à la fin du XIXème siècle. Pour le russophile une bonne découverte !!!


mots-clés : #initiatique
par tom léo
le Mar 25 Juil - 22:08
 
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Sujet: Ivan Alekseïevitch Bounine
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Anonyme : La scierie

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La scierie

héros-limite a écrit:A la suite de circonstances parfaitement indépendantes de sa volonté, un jeune bourgeois de dix-neuf ans se trouve dans l’obligation de vivre, pendant deux années pleines, la vie d’un ouvrier de scierie – genre de vie auquel rien, absolument rien ne l’a préparé.
C’est donc un récit réaliste, mais d’une originalité particulière, puisqu’il s’agit d’une plongée en milieu  «prolétarien», et d’une vraie plongée, sans tricherie aucune, effectuée sous la contrainte et en dehors de tout parti-pris idéologique.
Extrait de la préface rédigée par Pierre Gripari en 1975.


Pas simple déjà de "ranger" ce petit fil ouvert pour parler de l'ouvrage. Récit d'une expérience très personnelle et écrit de façon très brute, pourtant il y a la tentation de le ranger "littérature tout court", pourquoi ? Peut-être l'influence de la préface qui parle d'un ton manquant et d'un choc.

Choc qui peut se comprendre, la description du travail en scierie dans les forêts du Loir et Cher (on ne verra plus le département du même œil) est... brutale. Les Grandes gueules à côté ce n'est pas loin de Winnie L'Ourson. Travail exténuant, dangereux, aussi mal payé que désespérément indispensable.

L'à côté du travail,  qualifié dans la préface de "méchanceté" mérite aussi qu'on s'y arrête. Il n'y a pas de lyrisme du travailleur ou du gagneur. Les coups bas et renvois d'ascenseur du même acabit sont de la partie...

Le truc dingue pourtant c'est la force, la rage, la hargne et l'orgueil  qui font que ce jeune homme tient. Pas envie de s'écrouler devant des types à qui ça ferait trop plaisir, classe sociale oblige et un drôle de besoin "d'en chier", de s'éprouver, de faire l'impossible, de vaincre l'usure. Et pas qu'un peut, c'est fascinant et serait malsain si en filtre on ne sentait pas du recul et une conscience de la vanité de la chose, de même qu'un réalisme quant au gain.

Il n'est pas tout seul dans cette galère, on découvre une "élite" de forcenés fous furieux. Plus forts que les autres, sans répits pour un très mince espoir de s'en sortir mieux à terme dans un contre la montre démesuré.

C'est brut mais précis. Le regard sur le travail, ce rapport au travail, excessif certes mais rare dans la balance montrée entre la contrainte matérielle et le besoin quasi indépendant de faire les choses, de s'éprouver, de s'user (pour reprendre les mots déjà utilisés), une manière de se construire dangereuse, déraisonnée en fait. Un effet de jeunesse, ou pire. Ou alors un réflexe pour se mettre à l'abri au sens où pire que soi sera difficile à trouver.

Une lecture pas nette, le genre de machin qu'on ne lit vraiment pas souvent, rageur, sauvage, violent. Fascinant, avec malaise.


mots-clés : #initiatique #social
par animal
le Lun 24 Juil - 22:13
 
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Sujet: Anonyme : La scierie
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Guillermo Rosales

Les mauvais garçons

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Qzdq10

L'histoire d'un gosse cubain pré-ado bercé par l'occidentalisation juvénile de son pays, l'envie de ne pas se conformer aux règles familiales assez saugrenues, tout ceci ponctué de rapports sociaux conflictuels avec sa famille et ses "copains" les mauvais garçons.

J'ai adoré. Rosales nous confie un petit bijou brillamment écrit. J'insiste sur le brillamment écrit. Son style semble simple, tout semble facile, on peut même penser qu'on aurait pu le faire... Mais non. Il y a une facilité et une aisance à passer du récit réel à la métaphore, du récit enfantin au récit contextuel qui est assez impressionnante.
Les personnages sont riches, pas caricaturaux, mais extrêmement riches. Ils ont une complexité et une palette de couleurs qui empreignent leur caractère et nous laisse une pluralité de sentiments à leur endroit qui déconcerte agréablement. On voyage géographiquement mais on voyage avec leurs péripéties également.
Il y a une capacité à passer du désespoir à la joie, de l'euphorie au chagrin, de la beauté au laid de manière spectaculaire et tellement fluide.

Je m'en vais me précipiter pour lire Mon ange du coup.



mots-clés : #initiatique
par Hanta
le Ven 21 Juil - 10:44
 
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Sujet: Guillermo Rosales
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Jirô TANIGUCHI

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Quarti11

Quartier Lointain

Un salaryman japonais se trompe de train, et retourne dans la ville où il a grandi. Là, il se rend sur la tombe de sa mère, et s’évanouit. Il est alors transporté dans le temps, et revit l’année de ses quatorze ans. Il sait que dans dix mois, son père disparaîtra sans un mot d’explication. Alors, il décide de tout mettre en œuvre pour, sinon empêcher son départ, au moins le comprendre.

J’ai beaucoup aimé ce manga. Bien que le ‘pitch’ ne marque pas par son originalité, Taniguchi traite le sujet avec subtilité. On est vite absorbé par la nostalgie douce-amère, la douleur en sourdine… le découpage en scénettes est particulièrement réussi, et la vie quotidienne du Japon des années 60 prend le pas sur le fantastique.


mots-clés : #bd #initiatique
par Baleine
le Mar 18 Juil - 11:16
 
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Sujet: Jirô TANIGUCHI
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Ivonne Lamazares

- Oublier Cuba -

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 97827110

4° de couverture :

"Dans une société cubaine en plein bouleversement, le récit juste et sensible d'une adolescente prise dans la tourmente révolutionnaire. Cuba, 1958. Tanya a cinq ans lorsque Mirella, sa mère, part rejoindre la guérilla dans les montagnes. Dix ans plus tard, dégoûtée par le régime castriste et usée après un séjour en camp de réhabilitation, Mirella n'a qu'une idée en tête : fuir, à n'importe quel prix. Ce désir impérieux, vital, de Mirella, se heurte au refus farouche de sa fille. Elevée par une vieille tante de La Havane, Tanya a grandi avec la révolution, et a appris à composer avec le système, la débrouille, le marché noir. Tous ses proches sont ici : son frère Emanuel, son amie Paula, mariée au fils d'un puissant du régime, et Andres, jeune communiste idéaliste avec qui elle a une histoire d'amour. Aussi, quand la répression menace de nouveau Mirella, Tanya est-elle confrontée au plus terrible des choix : rester, quitte à trahir cette mère immature et passionnée, qu'elle aime en dépit de tout, ou bien risquer sa vie, comme ces milliers de balseros, pour s'enfuir vers l'inconnu... "


Mon avis qui n'engage que moi: ---Voilà une histoire qui par son sujet pourrait attirer une levée de boucliers des sempiternels défenseurs bien assis des dégâts de la Révolution cubaine, aptes à s’élever contre toute remise en cause d’un système destructeur pour une partie du peuple embarqué contre son gré dans la création illusoire d’un « homme nouveau ». Elle pourrait mais par son absence d’attaques personnelles contre les dirigeants, la mise sur plaque de verre d’un microscope étudiant les souffrances d’une société livrée à une bureaucratie, une police, une forme de pensée unique et n’admettant aucune contradiction, elle se heurterait à une evidence : « oublier Cuba » est un constat poignant d’une famille de gens simples déchirée par la rudesse (et je ne qualifierai pas plus voulant être respectueux des lecteurs) la rudesse et disons l’autisme d’un régime. L’auteure nous fait appréhender les problèmes par le regard d’une gamine de 15 ans à l’aube d’une vie de femme, une gamine embarquée souvent contre son gré par sa mère ne supportant plus la vie dans l’île.

On vit de l’intérieur le climat moral, économique, des cubains des classes modestes, c’est très rare dans ce type de litterature et Ivonne Lamazares nous entraîne à sa suite dans une langue simple rendant accessible les ressentis de ces gens vivant encore dans les années soixante, pour certains de nos jours, l’histoire se passe entre 1958 et 1967, mais elle pourrait se passer maintenant pour beaucoup de cubains surtout ceux du sud de l’île, plus pauvres, plus démunis… Un bon livre, accessible et qui est captivant..


mots-clés : #regimeautoritaire #initiatique
par Chamaco
le Lun 10 Juil - 18:01
 
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Sujet: Ivonne Lamazares
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Béatrix Beck

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Stella Corfou

Une drôle d'histoire d'amour hors normes. Ca déménage cette passion entre le chef de rayon Antoine Leroy et la brocanteuse ensorcelante Stella Corfou de son vrai nom Gilberte Sanpart. Dévoué corps et âmes l'un à l'autre pour la vie cet inséparable couple mal assorti vie des aventures somme toute "normales" sauf que c'est extraordinaire.

Aux frontières de la folie douce ou furieuse, charnelle, sauvage, terre à terre, sublime. Peut-être des impasses sur une réalité (encore) plus dure, peut-être une vie à contre courant riche en incompréhensions, peut-être. Le texte est aussi fulgurant, parfois féroce, que l'image magnétique de ce couple.

La Stella du titre est une incarnation de la libération à laquelle rien ne résiste et conserve une part de mystère. Néanmoins Béatrix Beck n'élude pas les difficultés et la vieillesse est aussi son terrain et ce n'est pas moins fort avec son sens du dysfonctionnel salvateur.

On peut relever aussi la place de la littérature car Stella écrit, puis lit, et on profite de belles variations sur la même page. On pourrait aussi parler des animaux, des enfants, des vacheries, des noms et prénoms bien choisis (autre spécialité).

C'est un peu effrayant aussi, avec ou sans maladie, mais vivifiant. Une sorte de rêve aux frontières brisées... Un condensé de l'auteur toujours égale à elle-même. C'est à dire que ça pourra n'avoir l'air de rien mais il est probable que ça ne vous lâchera pas.

A noter que les illustrations un peu zarbi de Florence Reymond accompagne pas mal le texte en mettant en avant un trouble et des associations composites intimes.

mots-clés : #humour #initiatique
par animal
le Dim 21 Mai - 17:48
 
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Réponses: 28
Vues: 1380

Johan Borgen

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Lillelord

A quatorze ans, Wilfred est beau, brillant. Un ado à qui tout réussit.
Sa mère le chérit, et l'image qu'elle se fait de lui est celle d'un être exemplaire.
En fait, Wilfred a de plus en plus de mal à se conformer à cette image.
Il ne serait qu'un enfant gâté, un frimeur et une tête à claques, s'il n'était autre en réalité.

En quête d'identité et de repères, il ne trouve pas de soutien dans son milieu familial, riche et bourgeois. Mais étouffant.
Pour se défouler, il va temps en temps se mêler aux petits prolos de la ville voisine, une ville norvégienne du début du 20e siècle.
Pour chaparder, molester et courir des risques.

"Tout ce qui était dangereux était bon", pense t-il.
En même temps, l'instinct le poussait à expier, à "se purifier".


"C'est tomber qu'il voulait."
Il était capable de surenchérir sur la douleur.
"L'abaissement était accompagné de plaisir."


Son évolution l'amène à rejeter sa famille. Même si longtemps encore, il préfère biaiser. Dissimuler.

Mais les faux semblants des adultes, leurs habitudes, leur conformisme, leur duplicité le
révoltent profondément.
Un jour, au cours de ses vacances, il rencontre une femme qui jette ses filets. Elle est très pauvre, seule, mais digne et directe dans ses propos.
Il l'admire profondément, elle qui ose se montrer telle qu'elle est.
Par une froide journée d' hiver, en fuite, il essaiera de la rejoindre et manquera de peu y laisser la vie.
Il restera muet  longtemps après.
Et retrouvera seulement la parole à Vienne chez un psychiatre hors du commun où l'un de ses oncles l'a conduit.

Sage, honnète, clairvoyant tel lui apparaît l'Homme.
Comme on est au début du 20e siècle, on peut penser  que Borgen a pensé à Freud.

Le psy met en cause prudemment mais clairement la dissimulation qu'il a érigée en système.
Mais le retour le ramène brutalement au statu quo.

A force de chercher qui il est vraiment, peu à peu, il découvrira les secrets de sa famille, secrets profondément enfouis dans le silence et la dissimulation, et qui  concernent sa mère et son père, mort depuis longtemps.
Tout ce qui était latent et ambigu éclate soudain.
La suite ne peut qu'être difficile.

Ce roman m'a vraiment beaucoup intéressé. Le ton sonne juste dans toutes les situations.
Et ce qui n'est pas dit nous laisse la possibilité de l'imaginer.
Ce que chaque personne enferme en soi faute de pouvoir l'exprimer ou de l'oublier.
Et qui, la plupart du temps se traduit par des apparences qui deviennent habitudes et sclérose.

Un beau livre !


mots-clés : #initiatique
par bix_229
le Mar 2 Mai - 19:48
 
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Christian Garcin

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Garcin10

Le vol du pigeon voyageur

Le sujet de ce court roman est à peu près semblable à celui de Nocturne Indien de Tabucchi : un homme part dans un pays inconnu à la recherche d'une personne disparue. Il s'agit ici d'une jeune femme, la fille de l'employeur d'Eugenio, qui a disparu en Chine du côté de Pékin. Mais là où le livre de Tabucchi flottait dans les brumes enivrantes des mystères indiens, Garcin ne cherche pas à perdre son lecteur et se donne pour double objectif celui de raconter l'état d'esprit de son personnage principal et de montrer la confrontation entre orient et occident.

Eugenio est un homme de 41 ans, qui a décidé de renoncer à l'écriture, aux voyages et à investir sa vie au moment même où son employeur l'envoie en Chine, retrouver sa fille et accessoirement écrire quelques articles. L'apathie du personnage fera qu'il renoncera à renoncer et partira sur les traces, bien légères, d'Anne-Laure. L'enquêteur est de ceux qui sont à la recherche d'une forme de détachement (que l'on pourrait rapprocher du bouddhisme), d'un renoncement à avoir une quelconque emprise sur les choses, sur le monde, sur sa propre vie, une sorte de volonté de devenir "poreux" qui rendent plus ou moins caduques ses entreprises et ses démarches. Mais comme le souligne monsieur Li :

Soyez sûr que si l'on enseignait la géographie au pigeon voyageur, il n'atteindrait jamais sa destination.

Somme toute il faut se laisser guider par l'instinct et quelques pressentiments (lesquels donnent lieu à une rafraîchissante réflexion sur le temps) et surtout ne pas tenter, ici, en Chine de raisonner en occidental… car cette confrontation ne peut aller que vers l'incompréhension et la défiance. Eugénio apprendra donc à ne plus chercher des causes à des effets et finira par regarder, simplement, le fleuve couler. De la même manière, lorsque Eugénio évoquera le problème de la défense des droits de l'homme, une jeune occidentale lui donnera la même réponse que celle de Mo Yan (prix nobel de littérature) : est-il vraiment raisonnable de penser qu'un pays comme les Etats-Unis puisse donner des leçons de morale alors que ce même pays autorise la peine de mort, alors qu'il continue de bafouer les droits de sa minorité noire et que seul l'argent permet d'y gagner ses procès ?

Le très court roman (trop ?) de Christian Garcin s'attache avec raffinement et intelligence à nous parler de cet écart entre les hommes, de cette incompréhension des uns envers les autres et de ce désir d'apathie, de porosité, de laisser aller qui touche presque à la notion de non-savoir bataillienne, laquelle ouvre sur l'angoisse puis sur la libération. Agrémenté de petites sentences chinoises qui irritent puis fascinent Eugenio, ce livre est, à mon avis, une très bonne entrée en matière dans l'univers, la mentalité, l'Histoire d'une Chine située entre Pékin et Xian.


Une petite douceur piquante qui donne envie de poursuivre avec cet étonnant (et attachant) auteur.


mots-clés : #initiatique
par shanidar
le Mer 19 Avr - 17:56
 
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Véronique Ovaldé

Déloger l'animal

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 416xtc10

C'est l'histoire d'une famille et d'une petite fille, Rose, à qui on ne raconte pas tout, qu'on "protège" en lui cachant la vérité, et qui sur ces bribes éparses invente des histoires qui devraient être vraies, ou en tout cas pourraient, qui la bercent et lui construisent comme un monde merveilleux, avec juste ce qu'il faut de cruauté et de beauté. On ne sait d’ailleurs pas  ce qui est le plus étrange, de la réalité ou des rêves.

Tout ceci donne un roman assez poétique,  voué aux mystères, dont le premier est le titre. J'y ai ressenti cependant comme une impression intermittente de malaise, sans doute voulue :   dans ce pays qui n'existe pas, tous les personnages sont des freaks à leur façon (la petite fille a 15 ans mais en parait 7, fait de bizarres crises qui lui valent de fréquenter un institut plutôt qu'une école) et Véronique Ovaldé choisit de ne pas nous donner toutes les clés de leur différence.

L'épilogue, qui nous fait revenir sur terre et renie le mystère qui a baigné l'ensemble du roman, laisse un peu sur sa faim. Ce retour à une réalité ordinaire était-il bien utile? N'est-il pas un manque d'audace? On peut se le demander.

Il n'en demeure pas moins qu'il y a là une certaine magie du récit et des moments poignants sur le passage de l'enfance à l'adolescence, ce regret du refuge, cette fascination du nouveau, la découverte émerveillée de l'amour le plus pur.
mots-clés : #initiatique #famille
par topocl
le Ven 14 Avr - 16:30
 
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Juan Marsé

Calligraphie des rêves

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Images33

C'est l'histoire d'un jeune garçon, à l'aube de passer à l'âge adulte, dans l'Espagne de l'après-guerre. Rêveur, solitaire. Raisonnable… qu’ils disent !
Ringo traîne sa mélancolie désabusée dans sa petite rue Torrente de las Floeres et au bar Rosales dans un monde qui fait penser à l'Amarcord de Fellini, croisé avec le Belleville de Malaussène. Ringo, qui a bien compris que ses rêves de pianiste virtuose lui étaient interdits, se construit des mondes, et, grand amateur de romans et de films d'aventure, élabore ses propres fictions, mêlant indiens, lions sauvages, et belles inconnues. Il scrute les adultes d'un oeil finement observateur mais aussi poétique, et ces adultes cachent aussi des secrets.

C'est peut-être la première fois que ce garçon pressent, ne serait-ce que de façon imprécise et fugace, que ce qui est inventé peut avoir plus de poids et de crédit que la réalité, plus de vie propre et plus de sens, et par conséquent plus de possibilités de survie face à l'oubli


L’intrigue qui sous-tend le roman, à la fois tendre et loufoque, parle de Mme Mir, à la fois touchante et vulgaire, qui cherche désespérément ou « un peu de tendresse extra, » court après « cette sucrerie amoureuse qui constitue sa vie » . Le père aussi, ce tueur de « rats  bleus », «un écervelé et un hérétique », « un rouge et un blasphémateur », « crâneur au dehors et doux au-dedans comme le velours… » a ses mystères qu'on ne découvrira pas tous…

L'intérêt du livre ne tient pas tant dans l'histoire, les réponses (et je trouve que Juan  Marsé aurait pu se passer de l'épilogue, le livre en aurait gagné en mystère et en intensité) que dans le regard du jeune Ringo, sa façon de laisser traîner l’oreille, de recouper, de capter le détail observé avec précision : les personnages, les intonations, les attitudes, les petits détails quotidiens qui fixent le décor, les personnages secondaires, comme ce petit garçon qui passe sur son vélo, qui n'ont rien à faire dans l'intrigue mais construisent une ambiance tout à fait réjouissante.

Elle s’enroule sur elle-même très lentement, avec un air d'abandon et de complaisance étudié, et s'attarde tant au balancement de son bras avant que celui-ci n'atteigne le bas, que la couture, sans que la main ne la touche et comme par magie, s'est remise en place toute seule. Et la voir aussitôt après se diriger vers le bar en se dandinant sur ses extravagantes chaussures à hauts talons, et en remuant les fesses, c'est pour lui le comble. C'est précisément parce que le personnage est si réel, si proche et si quotidien, qu'il l’irrite et le trouble ; il le trouve trop lié à la grisaille du quartier, aux petits artifices, aux petites simulations et aux petites misères que la fréquentation d'autrui impose irrémédiablement chaque jour


Il y a là caractère fondamentalement  mélancolique, mais sans être désespérée, la grande solitude de tous ces personnages, qui vivent leur petite vie apparemment sans relief, mais sont profondément bouleversés, en le sachant ou sans le savoir, par la pression permanente du régime franquiste (lequel apparaît très peu de façon vraiment objective, mais est en permanence là en filigrane). Ils sont perdus, ils sont dans le trou du cul du monde, personne ne s'intéresse à eux, tout le monde fait comme si de rien n'était, comme si tout cela était normal, tout le monde regarde avec un certain mépris amusé cette pauvre foldingue hystérique qui se jette sous les roues d'un tramway-fantôme à la première page, mais c'est bien elle pourtant qui exprime le mieux le désespoir, l'appel au secours qui reste muet chez les autres, cette notion d’avenir bouché qui est un maitre-mot de l’adolescence de Ringo. Tout ce que dit avec une douceur, un humour, qui rendent le livre très attachant

Il y a aussi un style particulier, envoûtant, avec une recherche du détail signifiant je pourrais par exemple plus parler en effet de ce petit garçon qui passe sur un vélo, que j'ai évoqué plus haut, qui n'est vraiment qu'un élément du décor, qui n'a rien à voir avec l'histoire, mais qui est décrit sur plusieurs pages, ses petites roulettes qui le stabilisent, son envie de s'en débarrasser, comment il y arrive, le regard qu'il pose à droite et à gauche sur les gens qui l' observent, et on va le voir repasser un peu plus loin dans le récit, on le reconnaît c'est tout à fait drôle qu'il soit encore là. Il y a plusieurs personnages comme ça qui ont droit à une description magnifique sur quelques pages, qui ne sont que de passage, mais créent toute une ambiance pour le roman. Juan Marsé a un talent du portrait, (j'ai particulièrement aimé sa façon de décrire les attitudes des corps), mais aussi des situations, on pourrait tirer certains passages de son récit pour en faire autant de nouvelles, chacune racontant sa petite histoire, et ces petites histoires accolées contribuant à la cohérence de sa description de la vie dans cette petite rue ordinaire de Barcelone.

Enfin j'ai été séduite par le fait que, comme dans la vie, les mystères sont en partie expliqués, mais pas tous et on ne sait pas tout, que des doutes persistent, et ça, c'est très fort car ce n'est pas de la négligence, c'est un choix réel et en même temps on ne sait pas tout, mais on n'a pas l'impression de rester sur sa faim. Cela contribue au côté  totalement poétique du livre.

l ne faut pas être pressé, le livre met un peu de temps à démarrer, la multiplication des détails nous fait promener à droite, à gauche, parfois touchante, parfois drôle, c'est vraiment un livre de sensations, où qui aime observer ne s'ennuie pas une seule minute. (Si vous êtes de ceux qui passez vos trajets en train ou en métro à observer vos voisins, imaginer leur destin, vous serez servi…)

Voilà c’est un livre sur le rêve, sur les constructions de l'enfance, la confrontation de l'imaginaire et de la réalité, un livre du regard porté sur soi-même et sur les autres, qui m’a vraiment offert une excellente surprise, livre tendre et mélancolique, drôle par moments, d'un ton très original.

(commentaire récupéré et discrètement remanié)


mots-clés : #initiatique
par topocl
le Lun 10 Avr - 11:33
 
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Sujet: Juan Marsé
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Raymond Queneau

Zazie dans le métro

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych89

- Zazie, déclare Gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléon, je t'y conduirai.
- Napoléon mon cul, réplique Zazie. Il m'intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.
- Qu'est-ce qui t'intéresse alors ?
Zazie ne répond pas.
- Oui, dit Charles avec une gentillesse inattendue, qu'est-ce qui t'intéresse ?
- Le métro.


Ce livre est la gaieté même et pourrait être une prescription à la bonne humeur.  Raymond Queneau , ce monument du mouvement OULIPO ,  il cause, il cause, pour ne rien dire…ou tout dire d’un rien  ou le rien qui dit tout… ou peut-être tout ça finalement. Visez l’artiste.
On peut rester circonspect en lisant ce roman, mais personnellement   j’ai bien "crouté", la recette  des  jeux de mots et du burlesque  des personnages  m’a mise en appétit. Je vais donc cajoler le saugrenu,  me faire tendre avec  la gramme-aire…  douce et papouillante envers ce roman.
Un puissant humour, une morale  ou pas, je n’ai pas cherché le  sens véritable  s’il y en a un… Je reste avec  l’aspect brut de légèreté, de dérision, loin de l’épigraphe d’Aristote au début du livre. Il me  semble bien plus intéressant parfois de rester à la surface d’une œuvre qui nous apporte bien plus que la décortication en vue d’y voir toujours un sens profond. Je ne serais donc pas la flicarde de la rhétorique mais bien l’arsouille cautionnant  l’anticonformisme et récidiviste pourquoi pas…l’éclatade lors des carambolages de mots  offre une voie plutôt jouissive à la trame.
Zazie dans le métro qui n’aura trouvé que la grève mais une bonne rame de loufoques.
«  La grève mon cul … J’ai vieilli »  

- Moi, déclara Zazie, je veux aller à l'école jusqu'à soixante-cinq ans. (...) Je veux être institutrice.
- Pourquoi que tu veux l'être, institutrice?
- Pour faire chier les mômes (...). Je serai vache comme tout avec eux. Je leur ferai lécher le parquet. Je leur ferai manger l'éponge du tableau noir. Je leur enfoncerai des compas dans le derrière. Je leur botterai les fesses.
- Tu sais, dit Gabriel avec calme, d'après ce que disent les journaux, c'est pas du tout dans ce sens là que s'oriente l'éducation moderne. C'est même tout le contraire. On va vers la douceur, la compréhension et la gentillesse. (...) D'ailleurs, dans vingt ans, y aura plus d'institutrices : elles seront remplacées par le cinéma, la tévé, l'électronique, des trucs comme ça.

- Alors, déclara-t-elle, je serai astronaute pour aller faire chier les Martiens.



mots-clés : #humour #initiatique
par Ouliposuccion
le Sam 8 Avr - 21:13
 
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Sujet: Raymond Queneau
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Siegfried Lenz

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 41bwo010

Le dernier bateau

Suite à un drame familial qui s’est produit en mer, Arne, douze ans, est le seul survivant. Il est adopté par l’ami de son père qui l’accueille dans sa famille à Hambourg. Il partage sa vie avec les trois enfants de la famille, Hans, Lars et Wiebke la fille. Il se lie d’amitié avec l’aîné, Hans, âgé de dix-sept ans et partage sa chambre, aménagée comme une cabine de bateau.

Arne est un enfant mystérieux, très bon à l'école, mais il est vite rejeté par les camarades de classe. Il collectionne tous les objets qu’il trouve qui font sens pour lui, tous liés au monde maritime. Le père de Hans travaille dans un chantier maritime. Arne se rend souvent sur ces lieux, apprend les nœuds marins grâce à Kalluk, le gardien du chantier avec qui il partage une part de son temps.

Arne vit mal ce rejet de la part de ses camarades de classe et du quartier, et celui de Lars et Wiebke, frère et sœur, et cherche par tous les moyens à se faire accepter de la bande. Tous les moyens seront bons pour se faire accepter… mais alors que, enfin, il va se croire accepté par le groupe, un drame va se produire.

Dans l'action et au décours du livre, on découvre aussi les paysages austères de l’Elbe, et la vie des chantiers maritimes de Hambourg.

Un livre écrit tout en retenue, assez poétique. L’écriture est assez dépouillée.
Lorsque Hans, le narrateur, évoque Arne, il emploie le « tu » de la deuxième personne. C’est un va-et-vient entre le présent narratif où Hans  range les affaires et tous les objets d’Arne dans des cartons avec émotion, religiosité comme des reliques, et qui finiront au grenier, et le passé où Hans était encore en vie. Ce présent est émouvant, avec tous ces regrets, ces silences où, en creux, se devine la culpabilité de ces adolescents, le manque, le vide.

Je n’ai pas passé un mauvais moment de lecture mais le style d’écriture de l’auteur, comme un requiem lent, est trop passif et contemplatif à mon goût personnel. Malgré toute l’émotion que veut rendre l’auteur, et contrairement à d’autres lecteurs, j’ai trouvé une certaine froideur dans ce type d’écriture.

Je n’avais jamais lu cet auteur allemand et je suis heureuse qu’Hanta me l’ai fait découvrir à travers ce Dernier bateau.


mots-clés : #initiatique
par Barcarole
le Mar 4 Avr - 10:10
 
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Sujet: Siegfried Lenz
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Mark Haddon

Le bizarre incident du chien pendant la nuit

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Le narrateur, un jeune garçon de 15 ans , atteint du syndrome d'Asperger (jamais nommé)  raconte quelques jours cruciaux de sa vie, et l'on explore avec lui les méandres de sa vie psychique, sa logique illogique, son incapacité à comprendre l'autre, à peu près égale à celle que les autres ont à le comprendre, ses angoisses insondables, ses rationalisations rassurantes.

C'est un livre qui figure souvent au rayon jeunesse, l'écriture est des plus basiques et l'intrigue plutôt ballote. Cependant, cela m'a été complètement égal, et je n'aurais pas  lâché d'une semelle cet étrange Christopher à l'histoire aussi instructive que touchante.


mots-clés : #initiatique #pathologie
par topocl
le Dim 26 Mar - 19:47
 
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Sujet: Mark Haddon
Réponses: 5
Vues: 375

Pablo Casacuberta

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Ici et maintenant

Ce court roman a été pour moi une belle découverte. Pablo Casacuberta suit les pas d'un adolescent qui cherche des repères, des certitudes, et l'emploi de groom dans un hôtel "de classe internationale" semble être une opportunité inattendue pour briser un malaise et des complexes.

L'écriture séduit par ses variations de ton, qui parviennent à surprendre pour maintenir un intérêt constant, malgré la simplicité de la narration. Si le roman débute avec l'apparence de l'anecdote, les enjeux deviennent progressivement plus denses et Casacuberta saisit un basculement vers l'age adulte, fragile et sincère. Il s'agit de prendre conscience de vérités enfouies pour s'approprier des tourments, des blessures et s'épanouir dans une solitude acceptée, ouverte à la présence de l'autre.

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #initiatique
par Avadoro
le Sam 25 Mar - 14:21
 
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Sujet: Pablo Casacuberta
Réponses: 1
Vues: 341

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