Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 7 Juil - 14:17

111 résultats trouvés pour mort

William Kotzwinkle

Le nageur dans la mer secrète.

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Le-nag11


Diane et Laski habitent au fin  fond d'une forêt engloutie sous la neige. Le bébé s'annonce, et tout se passe bien : la voiture démarre, ne tombe pas dans le fossé. Le travail dure longtemps , mais le personnel soignant est gentil et compétent.
Et puis l'enfant est mort.

J'ai construit une maison pour nous, avec une chambre pour lui, et à présent je fabrique son cercueil. Le travail est le même. Il nous faut avancer, simplement, les yeux ouverts, en restant attentif à ce que nous faisons, sans laisser la place aux sentiments inutiles. Puis nous sommes emportés par la nuit.


C'est une longue nouvelle - ou un court roman - , touchante et pudique, s'attachant au détail, qui sonde l'intime sans remuer  les larmes, une lecture bouleversante de retenue.

mots-clés : #famille #mort
par topocl
le Sam 16 Sep - 14:07
 
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Sujet: William Kotzwinkle
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Geneviève Brisac

Un année avec mon père

De la mort de sa femme dans un accident de voiture (sa femme qu'il a en quelque sorte tuée) jusqu'à son propre décès,  Geneviève Brisac a vécu une bonne année proche de son père, dans un compagnonnage subtil. Auprès de cet homme vaillant mais fragile, exigent et secret, il fallait une bonne louche de délicatesse pour que l'exercice, sur la corde raide, reste léger et confortable.

Ni grands discours, ni déballage d'émotions, ce n'est pas le genre de la maison, tout passe  en fierté et non-dits. Il faut un œil et une oreille acérés pour détecter l'épaule qui tombe de fatigue, le rare mot tendre (« ma grande »), la paupière qui cligne d'exaspération, cachés derrière la crânerie et le brio revendiqué. Et une bonne dose de doigté et de patience pour faire accepter le coup de main, sans amputer sur un territoire et une liberté farouchement revendiqués. Quelques souvenirs émergent, quelques confidence, assez rares,  car nos parents, ces êtres parmi les plus proches de nous, restent aussi parmi les plus mystérieux.

Sous la désinvolture apparente du récit, sous la tendre ironie, Geneviève Brisac cache des sentiments qui la (nous) prennent à la gorge.


mots-clés : #autobiographie #famille #mort #vieillesse #viequotidienne
par topocl
le Mar 12 Sep - 15:21
 
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Joseph Conrad

Gaspar Ruiz
Nouvelle, une centaine de pages, titre original éponyme, parue en 1906 dans le recueil A set of six (en français le recueil fut édité sous le titre Six nouvelles).

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 511gwa11



Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Bander10

Drapeaux et oriflamme du Royaume d'Espagne et des Indes, époque contemporaine à celle où se situe l'action de Gaspar Ruiz.

Il y a une parenté certaine entre les personnages Conradiens de Nostromo et de Gaspar Ruiz. Issus du peuple, entraînés dans les tumultes de leurs époques au point d'écrire, par leurs actes, une petite parcelle de l'Histoire, avec ce côté malgré-eux.
Conrad prétend d'ailleurs avoir écrit cette nouvelle en finissant Nostromo, inspiré par un livre du Capitaine Basil Hall, de la marine britannique, qui servit entre 1824 et 1828 sur la côte ouest de l'Amérique du Sud.

J'ai eu la joie de lire Gaspar Ruiz en édition bilingue, et là, enfin -révélation- les gallicismes et autres hispanismes sautent davantage aux yeux, on discerne aussi avec davantage de netteté ses fameux amenés, son rythme de phrases, et quelques autres éléments du procédé littéraire de Conrad.

La nouvelle démarre fort, sous le signe de l'action. La narration est en partie extérieure, en partie assurée par le Général Santierra, qui fut un compagnon du célèbre Général José de San-Martín, argentin et libérateur du Pérou et du Chili.
Santierra est, à l'époque où se situe la nouvelle, jeune lieutenant de dix-sept ans du camp républicain.

Un prisonnier, un colosse, Gaspar Ruiz, balloté du camp républicain au camp royaliste au gré de la guerre, sans qu'aucun choix politique n'entre en ligne de compte, se retrouve en attente d'exécution capitale, détenu avec d'autres pauvres hères présumés soldats royalistes.
Les Guerres de Vendée en version sud-américaine, quoi.

Chapitre I a écrit: Ce long combat, mené d'un côté pour l'indépendance, de l'autre pour le pouvoir, accrut, au fil des ans et des aléas de la fortune, la sauvagerie et l'inhumanité d'une lutte pour la vie. Tout sentiment de pitié, de compassion disparut devant la haine politique grandissante. Et, comme d'habitude en temps de guerre, ce fut la vaste majorité de la population, celle qui avait le moins à gagner du résultat, qui vit ses membres obscurs et leurs humbles fortunes souffrir le plus.


Chapitre I a écrit: Au nombre des prisonniers faits parmi les troupes royalistes en déroute se trouvait un soldat nommé Gaspar Ruiz. Sa forte carrure et sa grosse tête le distinguaient de ses compagnons de captivité. Manifestement, cet homme était une personnalité. Quelques mois plus tôt, on avait constaté son absence dans les rangs des troupes républicaines, après l'une des nombreuses escarmouches qui précédèrent la grande bataille. Or, maintenant qu'il venait d'être capturé les armes à la main parmi les royalistes, à quel sort pouvait-il s'attendre sinon à être fusillé comme déserteur ?

Gaspar Ruiz, cependant, n'était pas un déserteur; il n'avait sûrement pas l'esprit assez alerte pour évaluer lucidement les avantages et les dangers de la trahison. Pourquoi changer de camp ? En réalité, il avait été fait prisonnier, il avait subi des mauvais traitements et bien des privations. Aucun des deux camps ne témoignait de tendresse à ses adversaires. Le jour vint où il reçut l'ordre, comme d'autres rebelles capturés, de marcher au premier rang des troupes royales. On lui avait fourré un fusil dans les mains. Il l'avait pris. Il avait marché. Il ne tenait pas à se faire tuer dans des circonstances atroces pour avoir refusé de marcher.


Le jeune lieutenant, mû par un intérêt naissant, une empathie spontanée, pour le colosse se débrouille à faire retarder l'exécution au soir, afin qu'un haut gradé dont on attend la visite puisse, qui sait ? intervenir.

Les prisonniers, cruellement assoiffés, doivent à l'humanité du lieutenant et à la force surhumaine de Gaspar Ruiz de pouvoir boire à un seau...quant au haut gradé, il ne viendra pas...


mots-clés : #guerre #mort #psychologique
par Aventin
le Ven 8 Sep - 21:28
 
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Sujet: Joseph Conrad
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Karel Schoeman

En étrange pays

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Captur30

Nous pourrons continuer à vivre ici, dans ce silence, comme les plantes du désert qui poussent dans des  fissures de rochers, en y enfonçant leurs racines pour rester en vie, et leurs petites fleurs sont si minuscules qu'on les voit à peine devant le gravier et le sable dans lequel elles poussent. Il n'y a rien, absolument rien ; mais on peut vivre comme ça.



Certains choisissent la Montagne Magique, Versluis a choisi Bloemfontein, cette ville perdue au milieu du veld - cette terre sans fin, aride, lumineuse et poussiéreuse, fascinante et hostile, réputée salutaire pour les poumons malades. C'est un bourgeois compassé, plein de conventions et de certitudes, pris dans son carcan de célibataire taciturne et hautain. Quoique libre penseur dans un milieu fortement religieux, il s'habitue peu à peu à la communauté européenne.

ce n'était qu'à ce moment, en cet instant fugitif de lucidité, qu'il était capable de mesurer la distance réelle qui existait entre ce pays et le monde d'où il venait - et il devint parfaitement conscient des frontières qui le séparaient de ces gens, des différences infinies entre les mondes respectifs de leurs expériences, de leurs valeurs et de leurs associations.


Il fuit les festivités frivoles au profit d'une relation curieusement intense avec un jeune pasteur et sa sœur infirme, frémissants de passion, ardents d'humanité, écartelés entre deux cultures, courant désespérément vers un accomplissement inaccessible, qui partagent avec lui leurs questionnements existentiels d'exilés.

Nous écoutons Mozart ou Schubert, nous lisons Goethe ou Schiller, et quand nous levons les yeux et voyons cette terre dure et aride nous sommes frappés par la distance qui existe entre ce que nous avons entendu et ce que nous constatons autour de nous - comme si deux réalités entièrement séparées existaient ici, côte à côte, un monde spirituel et celui de notre existence quotidienne. C'est exactement ce qu'Adèle considère comme notre faiblesse, le fait d être écartelés entre deux mondes et, en conséquence, de ne pouvoir vraiment être loyaux à aucun des deux.


Au cœur de ces trois solitudes, la mort, dont, entre gens bien élevés,  on détourne pudiquement le regard, plane, discrète mais inéluctable. Versluis meurt seul, comme il a vécu, mais il meurt sans  angoisse ni regret,  ayant appris le sens du vide  dans ce paysage étranger.

Je crois que progressivement je vois que quelque chose est caché derrière ce vide.
- Non, dit-elle doucement en souriant, alors vous voyez encore mal. Il n'y a rien derrière, il n'y a que le vide. C'est le vide lui-même qui est beau.


Cet enfermement, enrichi de couleurs, de lumières, de bruits et de silence, est un âpre écrin pour des solitudes misérables qui prennent "conscience de l'aspect inachevé de [leur] existence", chacun emprisonné dans un exil différent. Le lecteur se laisse peu à peu envahir par une chape austère, qui l'empêche de lâcher une histoire pathétique et sombre, qui avance à petits pas, pleine de silences, de non-dits et d'envolées fulgurantes, dont il pressent la fin.




mots-clés : #exil #mort #solitude
par topocl
le Mer 6 Sep - 20:46
 
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Kate Atkinson

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C'est pas la fin du monde

Des petites nouvelles façon thé corsé, un peu âcre mais réconfortant pour une galerie de personnages à la banalité attachante et à l'extraordinaire palpable. Une pointe de... réalisme magique ? sur une belle couche d'humour sur la tartine de vie assez pathétique qui constitue la trame de ces vies.

Destins mal barrés, accidents de la vie, solitudes familiales, en bref coups de mou ou gros coups de mou sur paysage de catalogues contemporains automobiles, télévisuels en guise de mantras du quotidien.

Ce quotidien et le familier de ce décor assez envahissant sont ce qui m'a fait penser à William Gibson, et pourquoi pas avec ces personnages "simples" pris dans un itinéraire bis chaotique de leur existence. Avec peut-être ce goût de ne pas les abandonner et de ne pas faire l'impasse sur le merveilleux bancal d'un monde qui dérape (surtout dans les premières nouvelles d'ailleurs, celles qui cataloguent des objets).

Il y a un goût de recette au fil des pages, mais efficace, j'ai trouvé la cuillère un peu chargée mais je pardonne volontiers (en moins dur et plus moderne ça m'a aussi rappelé des nouvelles comme celles de Buzzati).

Par contre on reparle de Gibson. cat

mots-clés : #contemporain #famille #humour #mort #nouvelle #psychologique
par animal
le Lun 4 Sep - 21:34
 
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Geneviève Brisac

Une année avec mon père

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Un récit , ou plutôt des impressions qui demeurent ,d'une année de vie, d'un automne à un autre , après la mort de sa mère dans un accident, laissant leur père ,quelqu'un de très indépendant ,seul .

En exergue:
Dans toute parole donnée, dans toute parole reçue, dans chaque geste et la moindre pensée, dans tout fragment même bref et aléatoire, de notre vie et celle d’autrui, il y a quelque chose de précaire et quelque chose d’inéluctable, quelque chose de caduc et quelque chose d’indestructible.
Marisa Madieri

Malgré les deux morts qui marquent chaque automne- le père est mort en novembre, 14 mois après son épouse- ce n'est pas du tout un livre tragique. Mais tourmenté plutôt par le souci de , pour la narratrice, rester à sa place , veiller sans prendre en charge, il ne le permettrait pas de toutes façons, et c'est très difficile.

"Je déteste mon nouveau rôle. La vie privée de mon père ne m’intéresse pas, ne me regarde pas. D’ailleurs, il ne veut pas que nous nous en mêlions. Je voudrais en être dispensée. Etre loin, à l’autre bout du monde. Je le suis davantage pourtant que je ne le crois.
Le docteur Chaïm se moque de moi.
Vous vous accordez tellement d’importance!
Quelle injustice encore.
Que savez-vous de ce que pense votre père? De sa vie? De ses désirs, de ses principes, de ses peurs?
Presque rien, mais trop encore.
Et je ferme les yeux en versant l’eau du thé pour ne pas voir la rouille, les paquets de pâtes périmés, le calcaire, le vieux pain.
Vous regardez quand même.
Je ne veux pas verser l’eau à côté du pot.
J’essaie de faire des visites plus légères, des visites qui ne seraient plus des visites, des je-passais-juste-par là qui ne trompent personne, ni moi, mais je ne veux pas être l’infirmière, je ne suis pas la garde-malade, éloignez de moi la fille répressive, jamais je n’ai voulu priver mon père de quoi que ce soit, elles tournent autour de moi, ces figures hostiles, ô Cordelia, prête moi ton sourire! J’essaie de ne pas prendre trop d’habitudes filiales.
Je relis Le Roi Lear, Le Père Goriot,et le si beau David Golder pour me vacciner contre l’intimité si décriée des filles et de leurs pères. Je lis Anna Freud, Camille Claudel, Jenny Marx, Virginia Woolf. Les Antigones aux pieds englués dans les traces trop fraîches des semelles de leurs pères.
Je relis le Journal de Virginia Woolf. 1928.
«  Anniversaire de Père. Il aurait eu quatre-vingt-seize ans. Oui, quatre-vingt-seize ans aujourd’hui,comme d’autres personnes que l’on a connues. Mais, Dieu merci, il ne les a pas eus. Sa vie aurait absorbé toute la mienne. Je n’aurais rien écrit. Pas un seul livre. »
Ce n’est pas votre vie, dit le docteur Chaïm, grandissez donc un peu.
"


C'est une année pendant laquelle chacun recherche de nouvelles marques ,et leurs rapports sont:"un mélange de pudeur, d'admiration de frustration et de tendresse. Il y a tout ce qui ne se dit pas, les loupés ou les espoirs décus que l'on se camoufle parce qu'il est trop tard."

Une année traversée de beaucoup de chagrin, qui s'exprime très peu ,même entre soeurs:
"Je ne peux savoir ce que pensent mes sœurs. Un mur de chagrin nous sépare comme nous sépareraient des chutes d’eau. ( Je pense à une image d’Hitchcock, l’héroïne est cachée sous les chutes, un abri, une grotte impensée. La peine ressemble à cela.)"

Et de moments cocasses, dont du moins Geneviève Brisac, avec son humour, cherche à retranscrire la cocasserie.
Et aussi des moments joliment qualifiés d'apnées de l'optimisme..

Un ou deux règlements de compte, aussi faits avec finesse, mais quand même! Un extrait, j'aime assez la façon de raconter de Geneviève Brisac:

"J’ai invité les Butor, dit mon père. J’irai d’abord l’écouter à la Sorbonne, il reçoit une chose honorifique, il fait un discours, ils m’ont gentiment envoyé une invitation. Puis nous dînerons à la Closerie des Lilas. Voudrais-tu être des nôtres?

La soirée est belle et douce, je les trouve tous les trois en train de boire l’apéritif, Michel Butor a les joues roses, le ventre rond sous l’empiètement de sa cotte grise, une salopette du soir, il sourit aux anges, il évoque les hommages qui lui ont été rendus aujourd’hui. Elle en profite pour rappeler quelques réjouissances récentes, des colloques en l’honneur de ce même Butor, qui est son époux depuis plus de cinquante ans, peut être cinquante-cinq, cet heureux temps, ce temps si ancien, une exposition que nous ne devrions manquer sous aucun prétexte. Ils ont l’air heureux.
Vous ne pouvez pas imaginer le nombre d’universités qui réclament Michel partout dans le monde. Et nous adorons voyager.
Nous partons vers la Closerie des Lilas. Mon père a l'air épuisé, il est pâle. Il vacille sur sa canne...
L'Inde nous a éblouis, raconte Butor, une civilisation étonnante, des civilisations plutôt, des mythes passionnants, le Gange, les temples, les crémations, sans parler des singes qui nous volaient nos affaires ...
Si on commandait le dîner? propose mon père dont je crains qu'il ne défaille d'ennui.
Je crains aussi que les Butor ne sortent des photos, mais ils ont changé de sujet, et, en mangeant d'excellent appétit, ils évoquent les joies que leur donnent leurs enfants, les étés dans le Sud-Ouest avec leurs petits-enfants, les travaux dans la maison.
Ils resplendissent.
Ils ne posent aucune question.
Ils sont à leur affaire.
Mon père est maintenant jaune citron. Il paie le dîner, attrape sa veste, se prend les pieds dans les lanières de son sac, au revoir, au revoir, et nous marchons dans la nuit, clopin-clopant.
Quelles âmes desséchées, dis-je, quelle aura de vanité efficace, comme on dit la grâce efficace.
Ta mère avait raison, murmure mon père, la littérature durcit le coeur, les écrivains sont des monstres d'indifférence.C'est ce qu'elle disait toujours.
Il y a des boulangers d'une cruauté extrême, dis-je, et des fleuristes nazis.
Mon père trébuche une fois encore, l'alcool, la fatigue, le chagrin, nous sommes devant sa porte, je pianote pour l'ouvrir.
Michel Butor était son meilleur ami, et il n'a même pas prononcé son prénom, murmure-t-il.
Par pudeur, peut être, dis-je.
Mais j'ai des doutes.
"

Beaucoup aimé, vraiment.




mots-clés : #autobiographie #famille #mort #vieillesse #viequotidienne
par Marie
le Mer 30 Aoû - 14:22
 
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Sujet: Geneviève Brisac
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Jean-Pierre Martinet

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La grande vie
Editions l'Arbre vengeur

Désormais inscrite à la bibliographie de J- P  Martinet comme une pièce autonome, mais texte paru en 1979 dans la revue Subjectif, nous dit Eric Dussert dans sa  très belle préface.

En exergue: - A qui appartient la terre autour du Cimetière?  - On la réserve à l'agrandissement du cimetière.  Fritz Lang  Les trois Lumières

En bandeau autour de ce petit livre rouge, il est écrit que l'adaptation théâtrale de Denis Lavant lui a valu le Grand Prix de l'Humour Noir.
Là est peut être mon problème, noir, là oui, mais humour??
Tout au long de cette lecture, je pensais à cette chanson de Brel, Fernand, qui parvient encore à me mettre les larmes aux yeux.



Même si l'histoire n'a rien à voir et que, finalement à la réécouter, ce texte de Brel est presque une bluette à côté de celui de Martinet..

Adolphe Marlaud veut vivre le moins possible pour souffrir le moins possible et  y parvient à peu près. Il habite rue Froisdevaux qu'il ne quitte pratiquement jamais ,sauf pour aller au cinéma. Il travaille à mi-temps dans un magasin d'articles funéraires, où, à part cirer les bottes d'un patron d'une imbécillité hors du commun, il connait de grands émois sexuels devant les jeunes veuves qu'il conseille. Son appartement donne sur le cimetière où est enterré son père ( 1902-1953). Il avait 9 ans quand il est mort, il se serait suicidé? On se demande bien pourquoi, c'était un fonctionnaire modèle qui lui a appris ce qu'était un homme de devoir. Sa mère était partie en fumée à Auschwitz. Je crois savoir qu'il l'avait dénoncée à la Gestapo.Elle le trompait, c'était une putain, un divorce en 1942 avec retour à son nom de jeune fille , Jacob, a rapidement réglé le problème.
Histoire de lui apprendre les bonnes manières.

Adolphe finira cloitré dans son appartement ,ou au cimetière d'en face,  dégommant au fusil, les malheureux chats qui passent sur la tombe de son père.Tiens, les chats me font penser à Brel aussi ( j'ai jamais tué de chats, ou alors y a longtemps...) On devine qu'il ne se contentera peut être pas  de tirer sur des chats.
Entre temps, c'est Madame C. , sa concierge, qui aura réussi à briser cet  équilibre  de volontairement non-existence . Il en fallait peu, mais c'est du lourd..Et là...du noir complet, on tombe dans le vraiment sordide, même si tout se tient, bien sûr.

Que dire...Texte lu et relu.
Et j'étais toujours aussi désemparée pour en parler.
Peut être que dans ce dégoût pour le bonheur préfabriqué , Jean Pierre Martinet ( juste dans ce court texte, c'est bien sûr trop peu pour m'en faire une idée plus juste) a laissé suinter dans chacun de ses mots tant de malheur , son propre malheur, que j'ai été dépassée. Débordée. De compassion  dans la définition même, c'est à dire souffrir avec. J'ai souffert..
J'ai une certaine heu...admiration mêlée d'incompréhension pour ceux qui parviennent à en rire, puisqu'on me parle d'humour noir, il faut de sacrées défenses. Que je n'ai pas.Je vais peut être en rester là avec cet auteur, et pourtant, il m'intéresse.  J'y reviendrai peut être?

Un extrait , pour l'écriture, souvent somptueuse:
La rue Froidevaux était laide comme une salle d'attente de deuxième classe perdue dans quelque banlieue où les trains sont si rares que l'on vient là pour dormir, juste pour dormir, au milieu des papiers gras et des restes de sandwichs au jambon, et des canettes de bière si misérables, si solitaires, dans l'urine, les confettis , les scintillants et le vomi, et la tristesse des chiens qui guettent la mort sur les murs salis par tant de doigts crasseux. Dans cette rue, on avait toujours la sensation d'un froid glacial, même au mois d'août. Les passants avaient des allures de chrysanthèmes tardifs, et novembre s'éternisait. Le lierre s'agrippait désespérément aux murs du cimetière, mais au fond, on sentait bien qu'il n'y croyait pas, et qu'il avait été placé là par les soins d'un décorateur neurasthénique. En été, les tombes reverdissaient , et le mur avançait, imperceptiblement. J'entendais parfois des craquements, la nuit, et cela me donnait d'épouvantables crises d'angoisse. Pauvre imitation de la vie. Comme on se sentait seul dans ce désert. Rue Froide. Avec tout ce que cela évoquait: chambre froide, morgue, cadavres abandonnés , jeune filles à moitié pourries, mauves et vertes et blanches, veaux assassinés à coups de merlin, au petit matin, sous une pluie fine. Comment peut-on porter un nom aussi horrible? Froidevaux! Ah, comme vos rues sont froides, messieurs, et comme on y meurt lentement , à petit feu, à petit pas, de chagrin et d'ennui!Comme le coeur est lourd à porter en vos déserts! On y chemine en exil toute sa vie. Etrange voyage d'hiver.





message récupéré


mots-clés : #mort
par Marie
le Lun 21 Aoû - 17:51
 
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Sujet: Jean-Pierre Martinet
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Michel Rostain

Le fils

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych92

« Le onzième jour après ma mort, Papa est allé porter ma couette à la teinturerie. Monter la rue du Couédic, les bras chargés de ma literie, le nez dedans. Il se dit qu’il renifle mon odeur. En fait, ça pue, je ne les avais jamais fait laver ces draps ni cette couette. Ça ne le choque plus. Au contraire : subsiste encore quelque chose de moi dans les replis blancs qu’il porte à la teinturerie comme on porterait le saint sacrement. Papa pleure le nez dans le coton. Il profite. Il sniffe encore un coup la couette, et il pousse enfin la porte du magasin.Papa ne peut plus traîner. Condoléances, etc. Le teinturier , recondoléances, etc.Débarrasse papa de la couette. Papa aurait voulu que ça dure, une file d’attente, une livraison, une tempête, juste que ça dure le temps de respirer encore un peu plus des bribes de mon odeur. Papa se dépouille, il perd, il perd. »


C’est un coup de poing que l’on prend en plein cœur, l’auteur, Michel Rostain perd son fils, emmené par une méningite foudroyante. Pour autant, il n’est pas le narrateur de ce livre, c’est bien son fils, la voix qui n’est plus, qui narre son père de la naissance des symptômes jusqu’au désespoir absolu. Commence une réflexion , les remords , les regrets , la douleur,  les derniers jours sont  passés au peigne fin , un père se raccroche à tout pour continuer à faire vivre un fils ,  comprendre , mais surtout poursuivre  un chemin de vie.

« Quand on demandait à papa quel était son signe astral, il ricanait. Il disait qu'il se foutait éperdument de connaître son signe du zodiaque, et encore plus son ascendant. Il ajoutait qu'il ne savait qu'une chose, le nom de son descendant : "Lion", moi. Aujourd'hui où je viens de mourir, papa n'a plus rien, ni ascendant ni descendant »


Larmoyant, non. Pourtant l’on se retient bien , non pas par les lignes de Rostain , mais par sa sensibilité qui s’en échappe , par l’humanisme qui en découle.
On rit, oui. Pourtant le thème ne s’y prête pas, l’analyse d’un jeune homme de 21 ans décrivant  les tourments et maladresses  de son père est parfois  risible.  
Si la démarche d’un tel livre peut en rebuter quelques-uns, le contenu les réconciliera en vue d’une approche si insolite autour de cette épreuve.
C’est un appel à la volonté, celle d’un père enfermé lui-même dans le cercueil de la souffrance, celle d’un père qui au travers de la philosophie fait subsister son fils, celle d’un père qui à la crainte que toutes parcelles d’existence  de son fils partent en fumée.  

Je voudrais conclure avec les remerciements de Michel Rostain à la fin de son livre :

Le soir même de la mort de notre fils, Daniel Michel me téléphona «  je ne sais pas si un pareil jour tu peux entendre ce que je voudrais te dire, mais j’ai vécu cette horreur il y a quelques années, ce désespoir absolu. Je voudrais te dire qu’on peut vivre avec ça ».
Merci Daniel de m’avoir téléphoné ainsi, merci à toutes celles et ceux qui m’ont ce jour-là et par la suite transmis cette évidence : La mort fait partie de la vie, on peut vivre avec ça. Non pas geindre ni s’apitoyer sur soi et sur les malheurs du monde, ni attendre la fin, mais vivre ! Comment ? je ne sais pas, et je me garderai bien de donner des recettes ou des leçons. A chacun de trouver comment cela lui est possible. A chacun aussi d’aider les autres à trouver. Pour ma part, comme je n’ai pas le goût de me plaindre, ni de leçon à donner sur la vie et la mort, ce livre m’est venu sous la forme d’un récit, mi- réalité mi- fiction. Merci à cette formidable chaine humaine qui m’a donné l’énergie de raconter cette histoire et de transmettre à mon tour le message de Daniel «  On peut vivre avec ça »    

Extrait :

« En bon stoïcien moderne, papa croit comme tout le monde probablement aujourd’hui – que le vrai bonheur, c’est l’instant que l’on vit. Ne rien attendre d’espoirs sur l’avenir. Ne pas se cramponner au passé, vivre purement le moment présent, le bonheur serait là. Équation : maintenant que je suis mort, ton vrai bonheur serait donc ta douleur de l’instant présent ?
Tout ce qui éloigne papa de la détresse, occupations professionnelles, coups de téléphone, démarches etc. lui est insupportable. La seule chose à laquelle il aspire vraiment , c'est cette actualité intime , la souffrance que ma mort provoque en lui. Il en a pour un moment avec ce présent. Il le cultive donc. Faire retraite. Pleurer , assis à côté de ma tombe , le ciel de Douarnenez immense tout autour , la mer au fond , ma tombe toute petite devant l'océan , pleurer , ,accueillir cette douleur , l'aimer presque . le maigre bonheur de son présent c'est son malheur. Papa en veut à quiconque l'en éloigne.





mots-clés : #mort
par Ouliposuccion
le Jeu 11 Mai - 8:04
 
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Sujet: Michel Rostain
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Colm Toibin

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Cvt_no10

Nora Webster

J'ai beaucoup d'estime pour l'oeuvre de Colm Toibin, et ce dernier roman poursuit la recherche d'une simplicité et d'une retenue dans l'évocation des méandres d'une vie. Nora Webster, après avoir fait face à la mort de son mari, doit retrouver un équilibre et reconstruire un quotidien dans l'Irlande de la fin des années 1960. La confrontation du regard des autres, dans les circonstances du deuil et d'un vide à combler, précipite une révolte silencieuse et l'affirmation d'une autonomie, d'une solitude lui permet peu à peu de se dégager d'un poids trop lourd à porter.

Nora accepte des concessions momentanées et souhaite, parfois maladroitement, consolider des liens affectifs et familiaux alors que le conflit nord-irlandais apparait comme une toile de fond étrangement inquiétante. Son épanouissement, notamment à travers la musique, est cependant le reflet d'une indépendance, d'une prise de distance par rapport à des contraintes matérielles qu'elle veut désormais ignorer. Entre un passé évanoui et un futur incertain, Nora parvient progressivement à apprécier la valeur du présent, avec ses difficultés, ses doutes et sa part de renoncement.


mots-clés : #mort #viequotidienne
par Avadoro
le Sam 6 Mai - 22:25
 
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Wallace Stegner

En lieu sûr

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Où l’on retrouve Wallace Stegner, toujours aussi charmeur, avec ses thèmes favoris (la nature rédemptrice, la femme aimante et toujours là quand il le faut, affronter la mort , la maladie dans la dignité, la vie qui triomphe, la fidélité en amours et amitié) mais cette fois -ci les personnages sont fondamentalement sympathies, finis les grincheux misanthropes et ronchonneurs

J’ai passé quelques jours en compagnie de ses quatre personnages, et je ne suis pas près de les oublier. Wallace Stegner semble obéir ici à la requête d’un de ses personnages :
« Oh, écoute ! me répondit Charity. C’est vrai, quoi ! L’art et la littérature ont de ces modes ! Pourquoi ne laisses-tu pas de côté tous ces trucs auxquels s’intéressent tant d’auteurs contemporains ? Pourquoi ne pas écrire quelque chose sur un être humain bon, gentil, présentable, qui mènerait une existence normale dans un environnement normal et s‘intéresserait à ce à quoi s’intéressent la plupart des gens ordinaires – la famille, les enfants, leur éducation-, un livre qui serait à la fois divertissant et édifiant ? »


J’ajoute que ce livre serait aussi tendre, drôle et passionnant !

C’est l’histoire d’une amitié. Larry et Sally, Charity et Sid, deux couples de jeunes universitaires, qui veulent dévorer la vie à pleines dents, connaissent un coup de foudre d’amitié dès leur première rencontre en 1938. Les deux premières parties du livre racontent comment ils se sont passionnément aimés au fil des années, les uns pauvres et les autres riches, partageant les fêtes, les promenades, les pique-niques, leur amour de la musique et de la poésie, se réjouissant des succès des uns et des autres, s’épaulant dans les difficultés . C’est une description très réjouissante de l’amitié et de l’insouciance des jeunes années (i faut se rappeler que l’un des livres de Wallace Stegner, La Vie Obstinée, s’appelle en anglais All the Little Live Things). Ils ont un côté intellectuel, les deux hommes écrivent poèmes, romans ou nouvelles, et c’est l’occasion de réflexions passionnantes sur le métier d’écrire et qu’est ce que la littérature. Mais ils sont aussi pleins de vie et ouverts aux autres. Des enfants viennent combler les deux couples. Les meilleurs moments se passent dans la maison familiale de Charity, où cela grouille de vie, où l’emprise de la nature chère à Stegner transforme le quotidien en paradis. Par moments, il y a des choses qui les séparent, Charity est très déterminée, veut tout régenter et faire le bien de chacun sans se soucier de si cela lui plait ou non. Mais l’amitié est ce qu’elle est, il forment un sacré quatuor.

La vie ne les épargne pas , Sally est atteinte de Polio et perd l’usage des deux jambes, chacun des hommes après des périodes de chômage, trouve du travail dans un état différent des Etats Unis, et si les rencontres sont plus rares, ils s’écrivent et restent dans le cœur les uns des autres

En 1972, ils ne se sont pas vus depuis 8 ans. Charity appelle ses amis d’urgence car elle est atteinte d’un cancer. Ils n’hésitent pas à se rendre à son chevet, et Larry nous raconte ces retrouvailles dans la troisième partie.
Cette partie est tout bonnement bouleversante , la vie est passé et ils se retrouvent intacts et changés. Avec des sentiments tout aussi forts chacun a creusé son sillon, et Charity qui se meurt veut toujours mener son monde.

« Le temps ne l’a pas fait baisser d’intensité, la maladie n’a contribué qu’à augmenter sa puissance en watts. Elle éclaire comme un projecteur. »


La souffrance de chacun est en même temps exprimée et contenue, c’est absolument magnifique. J’ai arrêté de lire deux chapitres avant la fin pour me remettre un peu avant de finir ce roman magnifique.
Ce retour en arrière (le livre est sous forme de flash-back) d’un homme vieillissant sur sa vie est assez nostalgique, sa vie n’a pas été facile à perpétuellement entourer son épouse infirme, il y a eu beaucoup de renoncements, mais c’est un homme très positif et qui décrit à merveille les moments heureux de sa vie, et sait continuer à s’en réjouir et s’attarder aux chances qu’il a eues ; malgré les difficultés, il est heureux de ce qu’il a vécu. C’est un hymne à la fidélité en amitié et en amour, mais cela n’ a rien d’austère ou de raisonneur.


Petite citation pour vous mettre en appétit

« Comment à partir d’existences aussi paisibles que celles-ci, faire un livre qui trouverait des lecteurs ? Où se trouvent les éléments dont se saisissent les romanciers et qu’attendent lesdits lecteurs ? Où sont la grande vie, le gâchis criant, la violence, la dépravation, les désirs de mort ? Où sont les infidélités petites-bourgeoises, les promiscuités, les divorces convulsifs, l’alcool, les barbituriques, les week-ends d’égarement ? Où sont les haines, les ambitions politiques, les appétits de pouvoir ? Où sont la vitesse, le bruit, la laideur, tout ce qui nous fait ce que nous sommes et fait que nous nous reconnaissons dans la fiction ?
Les êtres dont nous sommes en train de parler sont les vestiges d’une époque plus paisible. Ils ont été en mesure d’acheter leur tranquillité et de mettre du champ entre eux et la hideur industrielle ; ils vivent une partie de l’année à l’abri des murs de l’université et passent le reste au milieu d’un berceau de verdure. Leur intelligence et leur tradition civilisée les protègent de la plupart des tentations, indiscrétions, vulgarités et emballements qui empoisonnent et perturbent la vie du commun. »



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #amitié #mort #psychologique
par topocl
le Mar 18 Avr - 11:26
 
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Sujet: Wallace Stegner
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Dmitri Bortnikov

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Sm_97810

Repas de morts


Originale : Français, 2011

CONTENU :
« Dim » se souvient de ses morts : de ceux de sa famille, et puis du temps de son service militaire dans des conditions très dures dans le grand Nord. Dans ce travail de mémoire il va jusqu'au temps d'aujourd'hui, à Paris. Mais là aussi, ce sont la séparation et la mort. Il fait mémoire de ces morts, vit avec eux, et peut-être connaît aussi pour lui-même un étrange attirance, appel de mort...

(Voir aussi:  http://www.editions-allia.com/fr/livre/540/repas-de-morts )

REMARQUES :
En quatre chapitres, contenant plus ou moins différentes périodes de sa vie, le narrateur Dim (diminuitif de Dimitri) nous raconte de ses morts. Il s'agit au plus haut point (mais jusqu'à où?) d'un Alter Ego de l'auteur : on y trouve des concordances avec sa vita comme aussi l'allusion de sa vie d'écrivain à Paris, son premier grand succès avec « Le syndrome de Fritz » (voir récension en ci-dessus!) et des souvenirs du temps de l'armée qui puisent à coup sûr de l'expérience réel. Etc.

Cela devient une longue énumération de morts (et de situations de chagrins), en commençant avec sa mère, les grand-parents. Un moment donné on pourrait – avec reserve, à cause d'une chronologie assez déroutante – supposer qu'une partie de ces souvenirs ont été provoqués par le retour au pays, lors de la maladie avancée de son père.

Car Dim vit dans le temps le plus proche du présent, depuis longtemps déjà à Paris, loin de son pays, la Russie, et une petite bourgade dans la proximité de Samara et la Volga, proche de la steppe, où il avait grandi auprès des grand-parents.

De là, il va se remettre en route à la recherche des diamants cachés juste après son temps militaire. Il avait alors vécu un temps avec deux prostitués, Damiane et Valentine, aimant la première, adorant le fils Victor de l'autre, et s'en occupant comme de son fils. Mais là aussi, il connaît, sinon la mort, alors au moins la séparation...

Et s'intercalent dans ce chapitre des souvenirs très durs de son temps comme soldat dans le grand Nord il y a alors 25 ans: là aussi, humiliation, morts sur le programme. Et ces morts sont aussi présents pour lui, toute une liste, une litanie.

Mais il serait important, vu que d'autres et aussi lui-même pourraient être tenté de le qualifier comme morbide ou malade, de constater que Dim se comprend dans ce travail de souvenir aussi comme un chroniste. Est-ce que le décédé n'est pas perdu définitivement pour le monde si personne ne pense plus à lui ? Ainsi sa litanie des morts rappelle une litanie d'une réactualisation de mémoire, de la présence des morts. C'est peut-être tout un aspect qui se perd aujourd'hui dans nos sociétés ? On n'aimerait plus entendre parler de la mort, de la souffrance. Mais lui, Dim, il vit avec ces et ses morts, les arrache de l'oubli et mene la chronique.

Pour moi se pose juste alors la question comment faire basculer la balance toujours à nouveau vers la vie... Dans certains passages – et on peut le comprendre après tant de deuils, de séparations – le narrateur semble fatigué.

Pour telles raisons je ne le recommanderais pas en général. Il s'y ajoute une langue très franche, directe, crue, parlant de choses dures.

La chronologie n'est pas toujours très clair (autant plus pour moi, étranger?!). Mais c'est certainement aussi voulu. Il y a un échaos » d'impressions qui peuvent former en nous un image.

Le style dans la langue française qu'il a choisie ici pour la première fois (?) est souvent haché, interrompu. Des phrases se terminent très souvent avec « et. « et reprennent,  ou trois points (…). Des tirés séparent des bouts de phrases et des fois sa grammaire va volontairement suivre ses propres règles. Difficile de juger en général si cela lui réussit auprès de tous les lecteurs ! Pour ma part j'ai aimé justement cela. En lisant intérieurement ce texte « à haute voix », en le déclamant, on peut le lire encore plus comme un monologue dramatique, très dense et existencialiste. Je me l'imagine bien fait pour une lecture à haute voix devant public !

« Aimer les morts est une chose. Ne pas mépriser les vivants – une autre. »

Je donne entre 3 à 4 étoiles (sur 5).


mots-clés : #mort
par tom léo
le Dim 19 Mar - 8:28
 
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Sujet: Dmitri Bortnikov
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Jonathan Tropper

Perte et fracas

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych26

J'avais une femme. Elle s'appelait Hailey. Aujourd'hui, elle est morte. Et je suis mort
Doug a 29 ans et il est veuf. Depuis deux ans. Depuis que l'avion dans lequel voyageait Hailey a explosé en plein vol. Depuis, Doug se noie dans l'auto apitoiement comme dans le Jack Daniel's et a pour seules activités le lancer de canettes de bière sur les lapins qui envahissent la pelouse et la rédaction d’une chronique hebdomadaire. « Comment parler à un veuf »
Nul doute qu’il se consacrerait à plein temps à cette douleur si sa sœur despotique, son beau-fils en mal d’attention et son père sénile ne venaient le sortir de sa léthargie.
Et que dire de sa voisine qui s’obstine à lui susurrer des mots cochons à l’oreille…
Qu’il le veuille ou non, plus question de se couper des autres. Mais pour Doug , ce retour à la vie ne se fera pas sans perte et fracas.


Vous aimez l’ironie, vous allez adorer ma vie…


Premier livre de cet auteur que je lis, pourtant dès les premières pages je me sens en terrain connu et reconnais le genre de trempe à la Brady Udall et David Lodge.
Un univers contemporain, famille déjantée sortie d’un sitcom, un veuf qui assassine un coup de verve cynique la société.
Jonathan Tropper explore le sujet de la perte de sa moitié, la perte de soi-même sur un ton juste, sans fausses notes et décrit la violence du monde souterrain dans lequel toute forme de vie devient impossible.
Pourtant, est-il possible de trouver une issue ?
Nous sommes happés dans cet univers tantôt bouleversant tantôt désopilant.
Je recommande vivement ce livre qui se dévore dès la première page.

« J’ai perdu quelque chose…J’ignore, au juste, comment l’appeler mais il s’agit de ce mécanisme qui vous retient
de dire la vérité quand les gens vous demandent comment vous vous sentez, de cette valve indispensable qui
vous permet de garder vos vrais sentiments sous clé, bien à l’abri. »


« C’est ainsi la vie voilà tout. Il n’y a pas de happy end comme au cinéma. Seulement des jours, des
moments heureux.
La seule fin véritable est la mort et, crois-moi, personne ne meurt heureux. Et le prix à payer, quand on ne meurt
pas, c’est que tout change constamment, et la seule certitude sur laquelle on peut s’appuyer est qu’on ne peut
s’appuyer sur aucune certitude. »



mots-clés : #mort
par Ouliposuccion
le Lun 27 Fév - 17:31
 
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Sujet: Jonathan Tropper
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Plinio Martini

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Martin11

REQUIEM POUR IANTE DOMENICA

"Dans la grande cuisine de tante Domenica et en attendant son enterrement, Marco patientait au milieu des parents, presque tous frères et soeurs ou cousins paternels, neveux comme lui de la défunte et arrivés en compagnie de leur femme ou de leur mari et de leurs enfants si nombreux qu'à les voir réunis, lui qui vivait loin d'ici depuis quelques années, il s'en étonnait, et s'efforçait sans  trop de succès d'en faire le compte..."

Après dix sept ans d' absence, Marco revient dans son village natal, dans une vallée reculée du Tessin.
On y célèbre les obsèque de sa tante Domenica.
Et Marco se remémore sa vie passée au village.
Un village longtemps oublié de l'histoire, replié sur ses coutumes ancestrales, ses traditions, ses rites. Ses travaux rudes de montagnards pauvres et sans confort.

Marco a vécu sous l'autorité de la tante. Une bigote fanatique, confite dans ses mortifications ; ses prières et sa morale rigide.
Dans ce village antique elle est investie d'un chariisme qui domine l'inconscient collectif de la communauté, et l'inconscient profond de son neveu.
Laide, elle incarne une idéologie tout entière, dont l'emblème est le nez, un nez interminable.

Marco découvre l'amour avec une jeune fille de seize ans, sensuelle et beaucoup plus futée que lui.
Pris sur le fait alors qu'ils font l' amour, Marco, culpabilisé quitte le village.

Tel est ce récit, qu'on peut considérer comme un acte d' accusation contre la communauté de l'auteur,  ses rites, son étroitesse d'esprit.
Comme d'autres écrivains, Plinio Martini aime et déteste à la fois son milieu, le traditionalisme religieux qui a marqué son esprit de façon durable.
Mais il a su trouver la bonne distance par rapport à la réalité.

Son style est moderne et met en valeur les qualités psychologiques des personnages.
Je l'ai même trouvé envoûtant dans ce moment de ressassement de la mémoire qu'est le temps des obsèques et aussi de la narration.


mots-clés : #initiatique #religion #mort[/color]
par bix_229
le Ven 17 Fév - 19:39
 
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Enrique Vila-Matas

Suicides exemplaires

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Vila10

On ne le dira jamais assez, non seulement Vila-Matas est un immense connaisseur de la littérature mondiale mais c'est en plus un conteur hors-pair.

Il le démontre une nouvelle fois dans ce recueil de douze textes (le premier et le dernier étant très courts), passant en revue différentes formes de suicides ou de tentations du suicide.

Sans jamais être morbide, ni faire l'apologie de la fin de vie (certains personnages renonçant même à la mort volontaire pour retrouver la médiocrité de leur existence), Vila-Matas propose à la fois des textes drôles et des textes qui abordent les motifs qui marquent son répertoire : la disparition par l'effacement, la folie ou sa simulation, le doublement de personnages auxquels il ajoute l'idée que la mort ou l'idée même de la mort (possible, envisageable, rêvée) apporte cette plénitude dont la vie s'absente. Comme si la course effrénée des êtres ou leur banale fixité ne leur permettaient aucun des plaisirs simples que la plénitude (celle qui précède la fin) apporte.

Se jouant des codes narratifs, Vila-Matas fait se rencontrer les vivants et les morts, les vagabonds et les aristocrates, les blancs et les noirs, les espagnols et les cubains dans des récits qui ont le goût de l'inattendu, de l'irréel et d'une sensibilité particulière aux objets qui nous entourent.

Rafraîchissant.


mots-clés : #nouvelle #mort
par shanidar
le Mar 14 Fév - 12:33
 
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Sujet: Enrique Vila-Matas
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Lafcadio Hearn

Fantômes du Japon

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych20

La cinquantaine d'histoires recueillies par Lafcadio Hearn (1850-1904) d'après le folklore japonais révèlent un éventail thématique très ouvert, allant du conte de fées aux histoires d'ogres et de vampires... Mais l'imaginaire japonais ne force pas seulement les portes de la mort, il entrouvre aussi celles de la réincarnation, thème ignoré du folklore occidental, où s'affirme la coloration religieuse qui caractérise le fantastique japonais. Des réincarnations à l'apparence de métamorphoses qui laissent à leurs victimes un espoir immense, à échelle de l'infini dans lequel elles se perdent. Un sentiment de tragique inséparable de l'espoir, telle est la morale que Lafcadio Hearn invite le lecteur à tirer. Comme il l'avait tirée lui-même en trouvant au Japon l'apaisement.


Quelle grâce que ces lignes, quel onirisme autour de ces fables et du folklore japonais. Les fantômes et mythes font  partis d’un paysage, ils sont le tronc qui soutient les feuillages de vie, de croyances, la floraison  légendaire, les germes de l’imaginaire. Le crépuscule de chaque vie ne mène qu’à l’aube de la prochaine, qui ou quoi que nous soyons, le cœur de toute chose a une âme. Une philosophie  honorable, bien loin de nos contes  qui nous délivrent un espoir d’éternité, bien loin de la chambre noire de notre propre interprétation de la mort.

La délicatesse des personnages, leur richesse, leur bonté forcent à la révérence, les mauvais esprits, souvent aux visages féminins d’une pureté époustouflante nous transportent sur le bord de la route, nous promettent  le fabuleux, nous invoquent cette ouverture d’esprit sur cette autre culture.  
Un formidable échantillon d’histoires, au nombre de 50,  qui nous fait voyager au cœur du Japon et de ses traditions.


mots-clés : #contemythe #genocide #mort
par Ouliposuccion
le Mar 31 Jan - 22:46
 
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François Cheng

5 méditations sur la mort

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych11

Essai.
Comme ses Cinq méditations sur la beauté, ce texte de François Cheng est né d’échanges avec ses amis, auxquels le lecteur est invité à devenir partie prenante. Il entendra ainsi le poète, au soir de sa vie, s’exprimer sur un sujet que beaucoup préfèrent éviter. Le voici se livrant comme il ne l’avait peut-être jamais fait, et transmettant une parole à la fois humble et hardie.
Il n’a pas la prétention de délivrer un « message » sur l’après-vie, ni d’élaborer un discours dogmatique, mais il témoigne d’une vision de la « vie ouverte ». Une vision en mouvement ascendant qui renverse notre perception de l’existence humaine, et nous invite à envisager la vie à la lumière de notre propre mort. Celle-ci, transformant chaque vie en destin singulier, la fait participer à une grande Aventure en devenir.


S’il est une heure qui s’arrête dans un espace-temps  de la vie , celle durant laquelle la mort dans notre civilisation entre en action afin de nous mener vers une autre dimension qui serait le « rien » alors cette heure serait celle de la continuité , puisque le rien engendre le tout et le tout engendre le rien. La vie serait donc le renouvellement d’un équilibre provenant d’un symbole universel, tel le Yin et le yang. Voici un résumé concis de cette pensée qui est celle de François Cheng , si l’on peut l’exposer en terme de résumé en vue de la richesse de ses écrits , de ses méditations. Si l’hésitation et le doute sont humains et empreints de sagesse, pour certains hommes c’est une force onirique et la pensée de l’excellence qui en ressort. La mort devient un hymne à la vie  sans jamais faire l’apologie de celle-ci , elle devient une douce poésie démontrant d’autant mieux la beauté qu’est l’existence en vue de notre sursis à tous. Que serait une  vie éternelle à côté de l’éphémère qui nous pousse vers une réalisation, aux échanges passionnés ? Ne serait-ce pas cette chrysalide fragile qui justement nous fait entrevoir la grandeur de la vie. 5 méditations prônant la pensée du double royaume (celui de la vie et de la mort) et non pas le versant d’un seul afin de savoir acquérir une philosophie allant vers la luminosité d’un mieux vivre rayonnant. C’est aux détours du mariage culturel occidental et Chinois (taoïsme, confucianisme et bouddhisme) que François Cheng explore la mort , la passion assimilée à une petite mort dans bien des poèmes et une grande partie de la littérature entre Eros et Thanatos , la violence et le mal en ce monde afin d’en ressortir toujours l'élixir , le nectar d’une pensée  des plus  philanthropes et des plus érudites en vue des références  et des grands hommes de ce monde cités. La dernière méditation est sous forme de poèmes d’une grande profondeur, relatant l’ensemble de ses pensées.

Il est des moments durant lesquels nous sommes suspendus à la noblesse , ce sera celle des lignes  dans ce cas présent. Humbles, nous le sommes face à ce grand monsieur qui aurait tant à apprendre à toutes générations confondues.
Un recueil, la bible d’un croyant pour une athée comme moi qui pourrait trouver un palliatif à dieu au sein de cette philosophie très personnelle afin de trouver la force en soi-même à défaut de foi, de dogme.    
Je conclus donc par la traduction de son  sinogramme en couverture « la vie engendre la vie, il n’y a pas de fin »


mots-clés : #essai #mort
par Ouliposuccion
le Lun 30 Jan - 14:00
 
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Sujet: François Cheng
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Mira Jacob

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 97823312

L'homme qui parlait à la nuit

Un soir, Amina, jeune américaine d’origine indienne, reçoit un curieux appel de sa mère. Son père, éminent neurochirurgien, passe ses soirées à discourir avec les morts. Il « voit » littéralement ses proches décédés, et passe de longs moments en conversation avec eux. L’instant est grave, Amina décide de rentrer au bercail.

Le roman de Mira Jacob se partage entre le présent et le passé, faisant la part belle à de long flash-back qui reconstruisent patiemment l’histoire de la famille Eapen. A l’origine de tout, il y a ce moment poignant et irréversible, cette visite dans la famille paternelle. L’impossibilité du père d’Amina à endosser le rôle d’aîné traditionnellement dévolu par la société indienne. Tous les non-dits et rancœurs qui d’un coup explosent. La rupture familiale qui s’ensuit, définitive cette fois. Et le retour en Amérique, avec une déchirure au cœur qui s’étend au couple parental…

Amina et son frère aîné Akhil grandissent donc dans une famille où l’amour ne sait se dire ni se montrer, avec un père absent et une mère réfugiée dans sa cuisine.
Une vie non dénuée de joie toutefois, ne serait-ce parce que la famille perdue a été remplacée par une autre, réunion d'immigrants venus de l'Inde du sud qui reconstituent par l’amitié ces grandes familles indiennes aux liens inextricables, le malayalam se mêlant à l'anglais dans les discussions dominicales.
Tandis que les parents restent fidèles à leurs racines, les enfants s'émancipent, font leur crise d'adolescence, et s'ouvrent aux moeurs américaines.

Puis il y a le drame. La mort d’Akhil, à 18 ans. Cette mort hante tout le livre, laissant les vivants à vif, tout aussi désemparés 10 ans après. Ne croyez pas la quatrième de couverture, la conversation avec les fantômes n’est en rien le cœur du livre. Le véritable sujet de Mira Jacob est bel et bien le deuil, la difficile construction d’une adolescente privée de son frère, l’atroce souffrance des parents qui doivent néanmoins demeurer debout pour celle qui reste.

« Mais ce qu’Amina savait, ce dont elle était soudain tout à fait sûre, (…) c’était que ses parent auraient besoin désormais qu’elle existe plus qu’elle n’avait jamais existé et que, en même temps que grandirait ce besoin, grandirait aussi son incapacité à le satisfaire. »

Une fois de retour à la maison, Amina devra faire avec cette absence. Mener sa vie, et accepter que d'autres soient à jamais éteintes. Faire face à la pathologie de son père, et au choix crucial qui s'ensuit...
Mira Jacob a mis beaucoup d’elle-même et de son histoire dans ce roman, ainsi que j’ai pu le découvrir ici : clic. Est-ce pour cet accent de sincérité que j’ai lu les cent cinquante dernières pages la gorge nouée ? L’auteur évite avec brio l’écueil du pathos, elle sait à merveille retranscrire les liens qui unissent deux êtres au-delà de toutes les dissensions, l’amour qui se tait mais qui est pourtant bel et bien présent, la famille qui se resserre quand les mots sont devenus superflus…

Je ne saurais dire si j’ai aimé ce livre. Ce n’est pas le qualificatif que j'emploierais. Après un début prometteur, je n'ai pas spécialement accroché aux premières pages sur la vie de jeune femme d'Amina. Puis sont venus les flash-backs, et ces liens familiaux aussi complexes que mystérieux que l'auteur dessine sans jamais chercher à les expliciter tout à fait. Et je me suis prise à dévorer les pages… avant d'être cueillie par l’émotion, alors que je ne m’y attendais pas.
Aimé ? Mon rapport à ce roman est plus complexe que cela. Tout ce que je sais, c'est que cela fait des semaines qu’il me reste en tête et que je cherche à en parler sans vraiment trouver les mots... Tiens, j'ai d’ailleurs oublié de vous dire que l'auteur a parfois un vrai sens de l'humour et de l'absurde...

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #identite #immigration  #pathologie #famille #mort
par Armor
le Sam 28 Jan - 15:56
 
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Brigitte Giraud

A présent

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Image240

Difficile de critiquer un livre où Brigitte Giraud nous parle aussi sobrement et dignement de son deuil. Elle adopte un discours extrêmement précis et factuel pour nous décrire scrupuleusement les 10 journées qui vont de la nouvelle du décès de son compagnon dans un accident de moto, jusqu'à l'enterrement de celui-ci. Cependant, et sans doute parce que je n'ai personnellement jamais connu de deuil vraiment proche, je suis restée un peu à l'écart de tout ceci. Intéressée cependant pas l'idée que, prise par le temps et l'énormité des efforts qu'une rébellion demanderait, efforts impossibles à fournir dans une période aussi douloureuse, elle se laisse mener et imposer pour ses obsèques une conduite qui lui déplaît, et qui déplairait à son époux.
Rien à redire à ce court texte, plutôt une perception personnelle.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #mort
par topocl
le Jeu 29 Déc - 9:49
 
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Sujet: Brigitte Giraud
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Joyce Carol Oates

JCO, versant autobiographie:

J'ai réussi à rester en vie

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 41c-mb10

«Nous ne choisissons pas les gens dont nous tombons amoureux. L'amour que nous éprouvons est notre destin. Nous ne choisissons pas notre destin.»


Sur les bancs de l'université où elle est toute jeune étudiante en littérature anglaise, Joyce rencontre Ray, de 8 ans son aîné. Un mois plus tard ils sont fiancés, deux mois après mariés. S’ensuivent 47 années d'un amour indéfectible, subtil, où ils vont vivre dans leur bulle, parfaitement complémentaires, en affinité parfaite tant au niveau affectif qu’intellectuel, sans un nuage, sans un orage. À tel point que quand Ray atteint 78 ans, et meurt en l'espace d'une semaine, Joyce, qui n'avait jamais imaginé la vie sans lui, se retrouve dans une espèce de désespoir douloureux et hébété. Ce livre est le récit des 4 mois qui suivirent son veuvage.

Il faut dire aussi que ce n'est pas un roman, mais un récit autobiographique de la grande écrivaine Joyce Carol Oates. J'ai été très intéressée par tout ce qui touche au «vivant» : cette relation d'exception, ces époux-amant si proches, qui partagent toute pensée et tous moments, mais ne lisent jamais les écrits de fiction l'un de l'autre, les fameux amis qui ne sont autres que Richard Ford, Philip Roth, Jeffrey Eugenides… et de nombreux autres tout aussi célèbres, quelques passages intéressants sur la création littéraire, la personnalité de JCO enfin: bêtement, cette femme aux plus de 100 ouvrages, dont on parle régulièrement pour le Nobel, qui montre une finesse aussi implacable à décrypter les arcanes de l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus retors, je me l'imaginais forte, voire implacable. C'est en fait une femme douce, timide, humble, menant une vie fort ordinaire, qui n'est plus rien sans l’étayage de son mari tuteur, ayant besoin d'être regardée et aimée pour exister.

«J'aimerais leur dire qu'être un écrivain « établi » ,- voire un « écrivain majeur » (qualificatif qui me semble totalement irréel )- ne donne ni assurance ni sentiment de sécurité, ni même une idée de qui l'on est.»


«En dépit de ma réputation d'écrivain, ma vie privée a été aussi mesurée et bienséante qu’un papier peint de Laura Ashley»


J'ai été estomaquée de voir cette femme, si roulée dans sa création littéraire, totalement naïve et désemparée face à la vie, n'ayant pas une seconde imaginée qu'une vie pour Joyce pouvait exister sans Ray et pour Ray sans Joyce, et donc totalement impréparée à ce veuvage dévastateur. J'ai moins accroché à tout ce qui touche à la mort et au veuvage, je trouve cela plutôt long, et j'ai regretté que Joyce Carol Oates ne m’ait pas traitée en tant que lectrice comme elle traitait son mari :

«Nous avions pour habitude de ne pas partager tout ce qui était perturbant, déprimant, démoralisant, ennuyeux (...) Car  à quoi sert de partager ses misères avec quelqu'un, sinon à le rendre misérable lui aussi ?»


Autant je comprends qu'elle ait ressenti le besoin de mettre cela par écrit pour le dépasser, autant je n'ai pas trouvé cette expérience enrichissante pour moi. Enfin j'ai été très gênée par les nombreux aphorismes sur le thème de «un homme, une femme», «une veuve», comme si nous étions tous pareils et réagissions tous de la même façon…

(commentaire récupéré)



mots-clés : #autobiographie  #mort
par topocl
le Mar 27 Déc - 9:38
 
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Sujet: Joyce Carol Oates
Réponses: 105
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Julian Barnes

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Quand tout est déjà arrivé

Originale : « Levels of Life » (Anglais, 2013)
Traduction : Jean-Pierre Aoustin (2014)

CONTENU :
4ème de couverture a écrit:« You put together two things that have not been put together before. And the world is changed. »
Nous vivons à ras de terre, à hauteur d'homme et pourtant - et par conséquent - nous aspirons à nous élever. Créatures terrestres, nous pouvons parfois nous hisser jusqu'aux dieux. Certains s'élèvent au moyen de l'art ; d'autres, de la religion ; la plupart, de l'amour. Mais lorsqu'on s'envole, on peut aussi s'écraser. Il y a peu d'atterrissages en douceur. On peut rebondir sur le sol assez violemment pour se casser une jambe, entraîné vers quelque voie ferrée étrangère. Chaque histoire d'amour est une histoire de chagrin potentielle. Sinon sur le moment, alors plus tard. Sinon pour l'un, alors pour l'autre. Parfois pour les deux.



REMARQUES :
Dans « Tout est arrivé » Barnes nous présente dans trois chapitres différentes associations, compositions de personnes avec des objets, ou entre personnes, sur des « niveaux différents ». Voilà le temps arrivé pour dire que le titre dans l’originale anglaise est « Levels of Life », alors quelque chose comme niveaux, plans de vie :

- D’abord on présente différentes tentatives de l’homme de prendre de l’altitude et de regarder la terre d’en haut. Entre eux Nadar, pionnier des voyages en ballon, et au même moment de la photographie. En mettant ces deux choses ensemble il arrive à être en 1858 le premier homme à faire des prises de vue aériennes de la terre. Un approche donc quasimment inimaginable jusque là qui aboutit pour l’instant par exemple à une prise de la levée de la terre, vue de la lune...,  pour Barnes une forme de négation d’un interdit presque réligieux de « s’élever ». Cette première partie est racontée surtout avec beaucoup d’humour, mais aussi des détails historiques : Barnes a fait ses recherches. Mais cela ne devient pas sec. « So british ! »

- Puis nous est présenté un autre pionnier de l’aéronautique, Fred Barnaby : bohémien, soldat et... amoureux de Sarah Bernhardt, l’actrice qui fait un tabac à Paris dans ces années. Ils vont vivre une passion intense, mais quand pour Barnaby pose la demande en mariage, Bernhardt, en femme libre, répond à sa façon. Deux « niveaux » de voir cette relation, de prendre position...

- Mais qui s’élève en amour peut tomber d’en haut. Dans la troisième partie – la plus personnelle et poignante, et de loin – l’auteur parle de son chagrin : la perte de son épouse Pat en 2008, après une trentaine d’années de mariage qu’on devine heureuses et épanouies. Voilà une « perte d’hauteur » car le regard vers la vie, ensemble plus riche et large, se rétrecit un peu, et il n’y a pas le vis-à-vis avec lequel on partage toutes ses impressions, ses idées, ses élancements du cœur. On semble plus « incomplet » sans l’autre. Et quelles bêtises ne doit-on pas entendre : « Ah, tu as déjà meilleure mine !  Et maintenant c’est derrière toi ?! » Des amis et connaissances ne trouvent pas toujours un échos bienveillant chez lui. Il a l’air de se fâcher devant certaines paroles qui se veulent apaisantes. Alors je n’ose à peine de parler de ce chapitre, de peur d’être aussi complétement à coté de la plaque. Mais une chose est sûre : Barnes n’accepte pas des consolations d’une vie promise, d’un au-délà etc. Il se déclare résolumment athéiste, donc doit assumer la séparation absolue, sans aucun compromis (est-ce qu’il tient la route?).

Pour cette forme de conséquence radicale il faut avoir du respect. Je ne peux pas lui suivre dans cette logique (terrible), même si – et je suis proche à le suivre en cela - en beaucoup de choses cela doit interpeller de ne pas chercher des consolations faciles et se chercher rapidemment un ailleurs meilleur. Cette vie ici-bas est à prendre au sérieux et elle est unique. Mais il est bien possible que la lecture d’un tel livre demande une certaine maturité. Je ne le donnerais pas à certainen personnes mal-préparées et trop peu sûres.

Mais quelle force d’écriture et aussi d’ouverture dans cette troisième partie forte ! Chapeau !

(J’ai lu le livre dans sa version anglaise.)


mots-clés : #mort
par tom léo
le Ven 23 Déc - 18:19
 
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Sujet: Julian Barnes
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